EN SON FOR INTERIEUR (VOLUME 2) première partie
JOURNAL (2025-2026)
1
Que serions-nous sans le cœur et le regard ?
2
De la chair soulevée
par les désirs du monde
emportée là où il y a
envie et jouissance
3
Du sang et des images
comme un déluge
Notre manière si infirme d'être vivant
4
L'esprit de l'Homme distingue, sépare et circonscrit les choses pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos apparent – cet étrange enchevêtrement du réel – et pouvoir nommer les objets du monde mais, en vérité, rien n'est séparé (pas même celui qui croit les observer).
5
Un monde d'histoires et d'équations
où nul n'écoute
où nul ne comprend rien
6
Au-delà des règles de ce monde
au cœur de l'illisible et de l'indéchiffrable
là où le ciel écrit sur la roche
(à la craie blanche) des lois incompréhensibles
7
S'en remettre à la vie, au monde, aux circonstances, au destin
8
S'exerçant à son rude métier d'homme
sous le ciel et les étoiles
sur la pierre
au milieu de ses pairs et des malheurs
9
Au lieu de vivre le réel
nous le représentant
et dissertant (sans fin) sur ses reflets
10
Où que l'on soit, quoi que l'on fasse, on est toujours dans les bras de la vie...
11
Sans même se souvenir du royaume
Déjà la tendresse et la lumière
dissimulées sous les larmes
derrière la violence et l'obscurité
comme si la nuit n'était qu'une apparence
12
Traqué(s) inlassablement par l'infini
qui aimerait, en nous, retrouver ses terres
13
Il est des êtres et des livres qui vous réconcilient avec l'homme et le monde. Il y a, en eux, quelque chose de fragile et de fraternel. Quelque chose de terriblement humain...
14
Cette lumière au fond des yeux
comme si le jour se levait au fond de l'âme
15
Il y a en chaque homme une petite musique que l'on entend dans toutes les choses qu'il entreprend. Comme un petit air qui n'appartient qu'à lui...
16
Le cœur à l'ouvrage ; littéralement
17
Il y a sur cette terre toutes les sensibilités du monde...
18
Le cœur plongé dans la lumière et le sang
19
Aussi proche du ciel que du néant
20
Cet après-midi, au cours de ma promenade, j'ai croisé deux sangliers qui tentaient d'échapper à une meute hurlante de chiens de chasse. Deux juvéniles de petite taille et à l'air placide. Ah ! Il ne fait vraiment pas bon être sanglier en ce monde... mais où aller lorsqu'il n'y a nulle part le moindre refuge ni le moindre allié ? Courir jusqu'à en perdre souffle. Fuir aussi loin que possible...
Je doute qu'un seul chasseur en ce monde se soit déjà mis (ne serait-ce qu'un instant) dans la peau de ces pauvres bêtes qu'il fait passer de vie à trépas. Il faut être bien peu empathique et bien peu sensible pour donner la mort et poursuivre (ou faire poursuivre) pendant des heures de pacifiques animaux qui ne demandent qu'à vivre tranquilles.
21
Près du feu
autour duquel ne cesse de tourner la mort
autour duquel ne cessent de danser les vivants
22
C'est dans l'épreuve et les malheurs que la grandeur de l'homme se manifeste
23
Le cœur retranché au-dedans
lorsque la vie se montre trop cruelle
lorsque le monde fait couler trop de sang
24
Il y a des sourires et des regards qui ne vous quittent jamais ; ils vous donnent de la force et du courage pour toute votre vie.
25
Le ciel au milieu des étoiles
Et, parfois, au milieu des visages
26
Il y a un temps pour être, vivre, rencontrer, aimer et ressentir. Et un autre pour témoigner...
27
Des mots imbibés du regard
où le verbe est tissé de silence
où la voix est d'abord une écoute
et une expression de la tendresse
28
On ne devrait écrire que pour témoigner de son expérience et de son vécu ou parler des choses de l'es-prit, de l'âme et du monde. Hormis le journal et la poésie, toute autre forme d'écriture me semble vaine.
29
Dire les joies et les tristesses de cette existence
les choses de la vie et de l'âme
les beautés et les infamies de ce monde
ce qui donne sa texture et sa couleur au poème
30
Quelques mots encore
histoire d'offrir une place à la parole
dans ce monde de bavardages et de cris
31
C'est au cœur de la forêt que je me sens chez moi. Véritablement chez moi...
32
Comme l'animal à l'aube
qui s'ébroue au seuil de la nuit
affamé de soleil et de tendresse
33
Mon cœur se serre en songeant à l'interminable cortège des vivants* qui ont défilé sur la terre depuis la création du monde. Que sont-ils devenus ? Et où sont-ils aujourd'hui ?
* en particulier, les bêtes et les hommes
34
D'un côté, le poids du passé
et de l'autre, celui de l'instant qui passe
35
Mon âme est comme aimantée par la forêt – son ambiance, ses bruits, ses énergies. Lorsque j'aperçois des arbres – en particulier des hêtres ou des résineux – je suis irrésistiblement attiré. Je cherche alors un endroit à mon goût – un peu à l'écart du chemin – pour y poser mon séant. Et je sens presque aussitôt la joie envahir mon âme.
36
Ivre de joie, de solitude et de silence
37
Marcher avec tant de respect, d'attention et de légèreté que les pas deviennent une longue caresse pour la terre
38
Le viatique léger
un sourire
un peu de tendresse et de clarté
que l'on offre aux quelques âmes que nous croisons
39
C'est le quotidien notre joie. La saveur des jours et des gestes ordinaires
40
Le cœur penché sur les mains et les choses
offrant une présence (et des gestes) d'une grande pureté
41
Le réel couronné
à l'instant où l'esprit comprend
42
Dieu n'exige rien de nous sauf, peut-être, que nous ayons le cœur honnête...
43
Au fond de l'âme
cette ivresse et cette clarté si puissantes
qu'elles font fermer les yeux
44
Seules nos histoires nous intéressent. Et, pourtant, toutes sont si dérisoires...
45
Rien que des désirs et du temps
au-dedans des têtes
46
Avec tout le sommeil engrangé
de quoi dormir pendant des siècles
47
Témoigner de sa vie pour soi ou pour les autres ? Qui donc pourrait s'intéresser à ce que nous vivons puisque chacun ne trouve d'intérêt qu'à sa propre existence. Il faut que la vie de l'autre trouve en nous une résonance minimale pour daigner (un tant soit peu) s'y pencher.
48
A travers ces lignes
minutieusement alignées sur la page
ce qu'il faut de silence et d'espace
pour dessiner (assez maladroitement)
le visage de celui qui parcourt le poème
49
Ah ! Ces lèvres folles qui disent et embrassent
comme si le monde était digne de recevoir
notre amour et d'écouter nos confidences
50
Au fil des millénaires, les Hommes n'ont jamais cessé de raconter leur expérience du monde et ses conséquences sur leur âme.
51
Le récit de soi
d'un seul souffle
52
Des millénaires de paroles
Et des siècles de livres
qui, au fond, n'ont pas changé grand-chose
53
Plus je prends de l'âge, plus je suis effaré par l'ignorance et l'indifférence des hommes.
54
Toute la richesse du monde
aux mains de quelques âmes cupides et insensibles
55
Le cœur en plein sommeil
56
On porte sur soi (comme un nez au milieu de la figure ou un costume coloré) toutes les expériences de notre vie et la manière dont on les a traversées...
57
Là où l'âme se frotte
aux aspérités du miroir
aux déformations des reflets
comme une pierre qui rayerait le visage
58
Savourer chaque instant. Voilà, parfois, la seule activité du jour...
59
Le cœur enivré
comme si Dieu était à l'intérieur
60
Être tolérant, c'est offrir à l'autre le droit à la différence, à la variabilité et à la transformation
61
D'un baiser à l'autre
entre tous ces poings brandis
62
S'effacer inépuisablement
63
Au cœur de la forêt. Je ne connais de lieux plus plaisants pour passer la journée.
64
Dans la respiration de l'arbre
de la lumière
suffisamment pour aller
à travers les saisons et les siècles
65
Le cœur si près de la mousse
si près de l'arbre et de la feuille
que l'encre coule (presque) verte sur la page
66
C'est ce qu'il y a de plus humain en l'autre qui touche notre cœur profondément
67
A portée de cœur
ce qui se cache
sous le nom et la peau
68
Nulle âme ne peut échapper à la puissance de l'Amour et de la lumière
69
Il y a chez mes congénères un mélange de frivolité, d'insensibilité et d'inconscience qui me les rend assez peu sympathiques.
70
Ce qui coule dans les veines
jusqu'à engendrer les malheurs
71
A contre-jour
assez aveugle assurément
comme si l’œil était coincé
dans l'un des interstices sombres du réel
où tout a l'apparence du monde
72
Le cœur, l'âme, la chair, l'esprit, la vie, la mort, le monde. Et mille expériences pour essayer de les apprivoiser...
73
Au cœur de la source déjà
comme un mendiant assis sur un trésor
qui, pour s'enrichir,
ne jurerait que par le voyage
74
Le cœur inchangé malgré les expériences. Voilà le lot de bien des hommes.
75
Des pelletées de terre et de nuit
dans les yeux tournés vers le dehors
incapables encore d'esquisser
une petite révérence à l'intérieur
76
Il y a des jours où nous ne sommes qu'ennui et tristesse
77
Si lourd
le monde
derrière nos paupières
78
A même la lourdeur
ce qu'il faut de joie, de tendresse et de lumière
79
Se laisser mener par ce qui nous habite. Et qu'importe ce qui vient momentanément se loger au fond de notre cœur ou de notre esprit...
80
Jouet de l'enfance
comme l'eau qui coule
sans carte
sans se soucier de l'âme
embrassant le monde
sans craindre son destin
81
Se défaire de toutes ses représentations (mentales) pour vivre le réel
82
Sans rien séparer
ni soi ni le reste
ni l'être ni le monde
comme au cœur des liens qui se tissent
83
Le monde et l'existence se montrent parfois si âpres et si rudes qu'il appartient à l'âme de se faire tendre pour contrebalancer cette adversité. Je crois qu'il n'y a pour l'homme d'autre recours que celui-là...
84
Derrière la sauvagerie des corps
le souffle des âmes
et l'assentiment divin
85
Le cœur crevassé
d'où suinte un restant de tendresse
86
Au fond, il n'y a ni soi ni monde – nous n'existons pas. Il n'y a que la vie...
87
Abattues les murailles de l’immensité
agenouillé à présent au milieu de la lumière
88
C'est dans le lien que le cœur s'épanouit ; et dans la solitude que l'esprit se révèle. Et lorsque la solitude et les liens sont vécus simultanément, l'âme connaît la joie.
89
Au-delà de la chair
Le mélange, la danse et le tournis
bien davantage qu'un désir
bien davantage qu'une prière
le lieu de la survie
90
Aujourd'hui, j'ai conversé avec un troupeau de vaches pendant 5 longues minutes : meuh ! Meuhh ! Meuhhh ! Et inutile de dire qu'elles se sont lassées avant moi...
91
A mesure que la parole s'érode
le silence, au fond de l'âme, devient plus intense
92
Au cœur de la forêt. Quelques sonnailles dans le lointain. Assis sur un petit sentier. Le cœur aussi silencieux que les lieux. L'âme portée à la méditation et l'esprit à la contemplation. Je laisse ma main courir sur le petit carnet, un peu nostalgique du temps où Bhagawan* m'accompagnait...
* Bhagawan, mon dernier chien est mort il y a quelques mois
93
Des arbres, des bêtes, des hommes
comme des nuages
soumis aux vents
et au règne des étoiles
94
Il y a si peu d'événements dans ma vie. Seulement des instants et des jours qui passent. Mais je n'en suis que très rarement affecté. C'est moi qui ai choisi cette existence tranquille et solitaire. Ma joie dépend de ma capacité à ressentir avec intensité ce si peu qui m'est donné à vivre.
95
Le cœur affamé
avide de vent et d'horizons
cherchant l'essence du monde et de l'âme
la tendresse et le souffle de la liberté
quelque chose que la main ne peut saisir
et qui s'offre à celui qui s'est effacé
96
Le cœur dépouillé – suffisamment vide – pour fêter la moindre chose et les gestes les plus ordinaires. Mon âme n'ignore pas que tout est liens et rencontre et que la vie peut être célébrée – et honorée – à travers ce mode de vie agreste et frugal.
97
Sans autres bagages que ceux que porte l'âme
sans autre joie que celle d'être là
sensible à ce Dieu qui sait s'agenouiller
avec nous sur la pierre
98
On peut transformer la joie qui nous est donnée en gestes et en paroles et l'offrir à ceux qui nous entourent.
99
Le cœur de moins en moins clandestin
à mesure qu'on s'approche du mystère
100
Porteuse de tant de caresses et de vibrations
que l'âme offre ses résonances et sa tendresse
à tous ceux qui passent
101
Il y a dans ces après-midis passés au grand air – dans la forêt l'essentiel du temps – une sorte de retour au premier homme confronté à la beauté et à la rudesse du monde et à la perspective métaphysique et spirituelle de l'existence terrestre. Comment, en effet, ne pas ressentir en ces lieux éloignés de toutes distractions, à la fois les limites et les potentialités de la vie humaine et ne pas s'interroger sur sa place, son rôle et son insignifiance devant la multitude des vivants et l'immensité du ciel ?
102
Au creux de la parole
le langage de l'âme
des signes invisibles
le commencement de l'au-delà
103
Quelque chose
derrière le silence
le murmure des Dieux
104
Chaque journée est une vie à part entière. Mais pour le ressentir, il faut s'affranchir de la manière dont l'esprit accole les jours entre eux (en les appréhendant comme une continuité). L'analogie entre une vie et une journée est assez évidente ; chaque matin est une naissance et chaque soir, nous mourons lorsque l'esprit plonge dans le sommeil. Et entre le lever et le coucher, toute une vie se déroule... indépendamment de la veille et du lendemain. Chaque jour est donc un recommencement (presque) parfaitement neuf...
105
Un jour après l'autre
Un pas devant soi
Un pas après l'autre
Le jour devant soi
106
Cet après-midi, j'ai croisé un renard. Il ne m'a pas jeté un regard. Il a tracé son chemin. Fier et déterminé. Magnifique.
107
Dieu jetant quelquefois
au-dessus des têtes et des âmes
de minuscules poignées de hasard
108
Au fond de l'âme
Au fond de l'encre
ce qu'il reste de l'enfance
109
Partout, il y a le sacré et l'infini. Jusque dans ce qui en paraît le plus éloigné et, en particulier, dans ce qui semble le plus humble, le plus fragile, le plus éphémère ou le plus profane
110
Ici et ailleurs
d'autres lumières
d'autres silences
et d'autres éternités
que celles que nous imaginons
111
Le merveilleux est dans l'insignifiance. Jamais dans le spectaculaire
112
Et cet aveu inespéré du moins tangible
qui habite quelquefois le geste et le poème
113
Autour de moi, des troupeaux de nuages à la queue leu-leu jusqu'à l'horizon
114
Au fil de l'errance
peu à peu le soleil
et le goût du voyage
115
Si inspirants ces nuages
qui courent dans le ciel immense
qu'ils nous laissent bouche bée et le cœur attendri
116
On peut bien s'entourer (s'encombrer pourrais-je même dire) de mille choses, nous ne possédons que ce que nous portons en notre for intérieur. Et c'est avec cela qu'il faut apprendre à vivre...
117
Là
abandonné
sans rien posséder
dans l'ivresse de la solitude et du dépouillement
118
Il y a tant de légèreté au cœur même de notre lourdeur. Tout, en vérité, a le poids d'une plume... même le plus grave de ce monde
119
Quelque chose du secret
sous l'épaisseur du monde
derrière le tremblement des âmes
Le mystère que le cœur s'efforce d'éclaircir
120
C'est le fait de vivre en profondeur les mille gestes quotidiens qui leur donne leur valeur. Nous ne pouvons en goûter la saveur que si notre âme vibre intensément au cœur des activités ordinaires. C'est là, je crois, la condition pour vivre dans la joie...
121
Ce qui habite le plus familier
ce regard et ce feu
qui n'ont besoin ni de l'âme ni des yeux
122
Il y a partout une présence qui nous habite et nous relie au reste. Quelque chose (à défaut de pouvoir le nommer autrement) qui nous met en contact avec le monde (avec ce qui nous entoure) et avec nos profondeurs (ce que l'on pourrait peut-être appeler l'âme). Tout ce qui est vécu devient alors rencontre, joie, tendresse et célébration... Il n'y a, je crois, de sentiment plus délicat et plus puissant...
123
Là où, peu à peu, le silence remplace les hurlements
Là où, peu à peu, la joie remplace les tremblements
124
Lorsque l'on n'a plus d'ami (humain), tout fait amitié. Toute rencontre (avec une pierre, un arbre, une bête, le ciel, un congénère ou un paysage) pour peu que l'on sache regarder et accueillir ce qui est devant soi devient tendre et intime – porteuse de connivence et de fraternité.
125
Le cœur si joyeux
le cœur si chantant
comme si une nuée d'oiseaux
y avait trouvé refuge
126
Je crois qu'il ne faut faire que ce pour quoi l'on est fait. Le reste n'est qu'effort inutile et perte de temps. Et pour savoir ce pour quoi l'on est fait, il suffit d'écouter la vie et d'aller là où elle nous pousse...
127
Assis sur la pierre froide
contemplant tous les reflets
ce qui traverse le monde et l'esprit
et attentif à ce qui résonne
aux échos du cœur
à ce qui résiste à la folie du monde
128
La paix, c'est le contraire de la mesure (du temps, de l'efficacité, de la tristesse, de la joie, des succès, des échecs, des visages, des relations etc etc) ; c'est avoir en soi et devant soi la possibilité du plus ouvert...
129
Laisser la prière s'extirper du sommeil
pour soutenir dans son œuvre le cœur de l'homme
130
Rien n' arrive sans raison
131
A la place que la vie nous a choisie
132
Tant de pourquoi
qui se heurtent
à la terre et au ciel
allant ainsi
sans réponse
vers le mystère
133
Comme le silence
Y a-t-il plus belle comparaison ?
Y a-t-il plus beau compliment ?
134
Un seul mot parfois
Et tout s'illumine
135
Le cœur est voué à aimer. Et rien d'autre...
136
L'âme et les bras
chargés d'Amour et de vie
137
Le cœur recueilli
passionnément contemplatif
posé entre les mondes
attentif à tous les vivants
138
Chaque geste est un baiser de Dieu
139
Par-dessus le cœur
ce ciel d'ivresse
qui invite l'âme et le pas à la danse
140
Le délicat labeur de l'être. Si loin de la besogne de l'homme. Si proche de la fleur qui éclot, de l'arbre qui pousse, de la bête qui court, de la lune qui se reflète dans une flaque d'eau, de l'étoile qui brille en plein ciel.
141
Des lieux où se mêlent le jeu, la prière et l'innocence
142
Il y a quelque chose du jour dans les yeux ouverts et quelque chose de l'abîme dans les yeux fermés. Et l'homme est, je crois, tout entier dans ce paradoxe ; aussi attiré par la lumière que par l'obscurité...
143
Tout mêlé au rêve, au sang et à la cendre
144
Le feuillage des arbres agité par le vent est à lui seul un spectacle.
145
Sur la pierre blanche
dans la compagnie des herbes et des bêtes
le monde au fond de l’œil
et la main délivrée du labeur de l'homme
146
Qu'y a-t-il donc dans le cœur de l'homme ?
147
Des éclats de sang
et des reflets de lumière
sous la chair incandescente
148
En soi, l'envergure et la perspective
149
En ce lieu privé de sens
où tout se passe
150
Le regard
par-dessus l'écume du monde
ou la traversant d'un seul élan
151
Du bleu encore
jusqu'au fond des yeux
152
Au-dessus du cirque
où se jettent bien des malheurs
le cœur sans doute trop délicat et voyageur
pour y demeurer
préférant à la rudesse du monde
la tendresse et l'inconnu
153
Quelque chose plutôt que la fumée de nos vies...
154
Tourné vers cet Absolu
qui habite autant le monde
que le fond de l'âme
155
Ah ! Ce vieux rêve de lumière
156
Journée d'automne. Des milliers de feuilles emportées par le vent... et qui courent sur la pierre cherchant, sans doute, un endroit pour se cacher et mourir.
157
Le silence et l'oubli
au terme du voyage
158
En attente du ciel...
159
Parmi les étoiles
les ombres de la nuit
dansantes elles aussi
à travers le passage
où se faufilent les âmes
160
Les émotions sont, sans doute, l'un des liens au monde et au réel les plus puissants. Nous sommes irrévocablement reliés les uns aux autres (et au reste) à travers la manière dont ils nous touchent et dont nous les touchons.
161
C'est le dedans qui exprime
ce que le dehors ne peut qu'effleurer
162
Le plus haut en ce monde est le plus humble
163
Si discrètement
le jour qui se lève
derrière la fenêtre des yeux
164
Pieds nus
sur la terre
les yeux comme ceux du premier homme
tournés vers le ciel
165
Derrière le sommeil
les marges silencieuses du monde
166
En silence
depuis toujours
sous la même étoile
167
Contre le ciel
cette voix qui n'appartient à personne
168
Le cœur vagabond et l'âme passagère dans cette vie-voyage...
169
Porté par les courants qui cheminent
entre la pierre et le ciel
entre le monde et l'invisible
au-dessus des gouffres
creusés par la main de l'homme
170
De quoi aller comme les nuages
sous les auspices d'un ciel parfois (un peu) trop sage
171
Nous appartenons tous à la même fratrie. Et, l'essentiel du temps, nous l'oublions. Nous faisons comme si l'autre et le monde nous étaient étrangers.
172
Derrière nos sourires et nos grimaces
des tremblements nés de la rupture inaugurale
entre les âmes, les êtres et les choses
173
A la lumière de ce qui ne se voit pas
Des pensées comme des nuages
Des chants sacrés et du silence
Et des leçons que l'on n'apprend pas
174
Tout est à la dimension du cœur
175
Là où le chant devient silence
en ce lieu où le sourire est la seule prière
176
Il y a de la magie et du merveilleux lorsque la géographie de l'âme recouvre celle du monde.
177
Là où tout se rencontre
Le sang et la prière
Les noms et les visages
La douleur et la joie
Les vivants et les morts
Tout ce qui existe ici et ailleurs
En ce monde et un peu plus loin
178
Seul le cœur sait se partager en autant de parts que nécessaire
179
Ce qui se renouvelle
au fil des jours, des siècles, des saisons
à mesure que les choses du monde s'achèvent
180
Nous ; entre le mystère et l'insignifiance – entre le merveilleux et l'infirmité...
181
Sans s'interroger
comme si nous étions des hommes
depuis toujours
182
Entre envergure et dérision
Ce monde, ce ciel, cette terre
183
Passant
comme le soleil
la parole et le destin
avant d'être avalés par la nuit
184
Au-dedans même de la lumière
cette boue et ces cris
ces ombres qui tremblent
et cette chair vouée à la mort
185
Au fond de soi
cette présence, cette force, cette verticalité
186
Quelque chose du bleu et du voyage
au pays des morts et des vivants
187
Assis face au monde comme devant un spectacle. Témoin de tant de danses et de récits. L’œil tantôt accueillant, tantôt agacé. Le cœur tantôt plein de remontrances, tantôt plein de gratitude et d'encouragements
188
Le cœur érodé par le monde
et que le silence (si patiemment) reconstitue
189
Témoin de toutes les fantaisies de l'âme et de l'esprit
190
Là où il y a peu, il y a respect et gratitude. Et là où il y a abondance, il y a excès et indifférence. L'esprit de l'homme est ainsi fait...
191
Allant
comme une nuée de créatures
au ventre proéminent
refusant la frugalité et l'innocence
au profit de la chair et de l'abondance
192
Au fond, rien n'a vraiment d'importance
193
Bientôt nous deviendrons
cadavre et poussière éparpillée sur la terre
âme survolant le monde des vivants
un peu de vent au bras de Dieu et de la lumière
194
Tant de merveilles ! Et, pourtant, quelle tristesse que ce monde...
195
Dans le bleu de cette voix
l'écho triste du monde
et le cri des désespérés
196
Le vrai travail est solitaire et silencieux ; il se fait au-dedans de l'âme
197
Ce qui s'échafaude
depuis le fond de l'âme
cette étrange échelle vers la lumière
198
Lorsqu'il n'y a plus d'activité occupationnelle, il ne reste que les nécessités quotidiennes. Ce sont elles et les situations (induites par les circonstances) qui guident les gestes et l'existence.
199
Le cœur enfoncé dans son destin
voyageur sans histoire ni chemin
s'en remettant au ciel et au vent
200
Rien que les couleurs changeantes de l'âme et du monde. Et l'esprit en contemplation.
201
Moins homme que brume
moins chair que âme
et tout qui, peu à peu, s'efface
et tout qui, peu à peu, s'enlace
sans même le besoin de croire
202
Témoigner de cette traversée du monde et de l'existence comme s'il s'agissait d'un voyage ethnographique ; un séjour en terres inconnues...
203
La géographie de l'âme
avec ses crêtes et ses abîmes
avec ses rives et son orient
et toutes les terres
qu'il nous reste à explorer
204
Le dépouillement est une porte ouverte sur l'être
205
Mourir encore et encore
jusqu'à disparaître
jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
206
Tendresse, profondeur et verticalité ; lorsqu'elles sont ressenties simultanément, il y a une sorte de ravissement. L'être se laisse alors goûter délicieusement ; et l'on savoure à la fois le vide de l'esprit, la paix de l'âme et l'intensité du cœur.
207
Peu à peu
comme un passage qui se dessine
entre les murs qui s'effritent et se fissurent
comme si l'on abandonnait le sommeil et le temps
comme si l'on s'extirpait de la gangue du monde
une expérience au-delà (bien au-delà) de l'âme et du nom
208
L'essentiel tout simplement
209
Par-dessous le sommeil
ce qui veille silencieusement
et ce qui guette la lumière
210
L'âme nue
au milieu des arbres
devant la page qui s'écrit
211
Rien que la vie
Rien que le monde
212
Comme un rêve
ce qui s'achève
sous le regard
de ce qui dure encore
213
Se comprendre, c'est comprendre le monde. S'aimer, c'est commencer à aimer le monde...
214
Comme une ardeur au fond de l'âme
prête à fendre la fumée et l'épaisseur
215
Devenir son propre objet d'étude et d'observation, c'est devenir son propre ethnographe, le mieux placé sans doute pour se découvrir et se comprendre.
216
Adepte de toutes les géographies
Dessinant – et dialoguant avec – tous les horizons intérieurs
217
Pourquoi sommes-nous si prompts à lutter ? Et si l'on se trompait magistralement... Et s'il n'y avait ni affrontement ni combat à mener... Et si tout ce que l'on nous demandait, c'était d'accueillir et d'aimer...
218
A force d'innocence
ce que le cœur peut ressentir
ce que l'âme peut percevoir
la magie et le merveilleux du monde
tout ce bleu capable de remplir les yeux
en dépit des blessures et des soucis
219
La vie, la seule réelle aventure peut-être...
220
Non pas de l'autre côté du monde
Non pas de l'autre côté de l'âme
ici-même
en ce lieu – et dans l'état – où nous sommes
221
Des jours sans occuper le temps
222
Sur cette longue route faite de prières et de mots
223
L'une des choses qui m'émeut le plus en ce monde : les gestes de tendresse que nous avons parfois les uns pour les autres en particulier pour les êtres (plantes, arbres, Hommes et bêtes) qui n'appartiennent pas à notre cercle intime.
224
Au plus près de la chair blessée
Et au plus près des larmes
l'esprit qui sent ; l'esprit qui sait
225
Je me demande bien pour quoi le journal est un genre littéraire si peu lu et apprécié ; il ne s'égare ni dans la fiction ni en circonvolution. Il va (si l'on peut dire) droit au but et parle de la vie, de l'Homme et du monde – de mille choses qui pourraient aider et/ou éclairer le lecteur sur sa propre existence et sur son rapport au monde... Mais je crains que l'être humain et, en particulier l'Homme contemporain, déteste ce qui a trait à la réflexion et ce qui pourrait remettre en cause son existence, il n'apprécie que les histoires et ce qui l'éloigne de son quotidien...
226
Le verbe qui s'expose
dans son face à face avec le monde
sous le vent qui balaye les excès du langage
cherchant à dire l'indicible
cherchant à raconter l'inénarrable
227
D'insignifiance en insignifiance. Ainsi passe la vie... parsemée de peines et de petites joies.
228
Quelque chose entre la tristesse et l'extase
tout ce qui nous est donné à vivre
229
La vie, un chemin tracé par le mystère
230
De si loin parfois
le voyage
231
La vie terrestre, un étrange mélange de limites et de possibles
232
Si peu de place entre les rêves
233
Rien que des promesses et des larmes
234
Tant de temps pour un si bref séjour
235
Si fugace ce parfum d'éternité
que connaissent la fleur, la bête et l'Homme
236
Attendant peut-être
ce qui ne viendra jamais
237
Une existence où rien n'est jamais futile
238
Jetés ces amas de rêves
dont nous n'aurons plus jamais l'usage
239
Rien que la voix et l'étreinte
et la course infatigable du monde
240
S'en remettre entièrement à la vie
241
La proie de tout
Le prédateur de rien
voilà à quoi s'abandonne
celui qui sait
242
Tout est jeu (et la vie particulièrement) ; et combien d'entre nous savent-ils encore jouer ?
243
Comme des enfants jouant dans la poussière
244
Nous jetant dans les vagues
si amoureusement
Nous laissant emporter vers le large
si religieusement
245
La vie partagée entre l'Amour, le jeu et l'exploration. Prête à tout expérimenter...
246
L'esprit vagabond
éparpillé au milieu de ses désirs
247
La vie et le cœur réinventés
par celui qui est vivant
248
A travers nos existences particulières et nos destins individuels, c'est la vie qui se goûte comme si l'impersonnel expérimentait ce que nous croyons avoir de plus intime et de plus singulier.
249
Ce qui se cache
sous le recommencement de la chair
ce qui prend parfois l'allure d'un mythe
mais qui a, en réalité, le visage du mystère
250
Comment font les bêtes qui n'ont ni divertissement ni espace récréatif ? S'ennuient-elles ? Ont-elles une vie psychique et/ou spirituelle dont nous ne soupçonnons pas la richesse ? Collent-elles si parfaitement à leur environnement et à la dimension non égotique (ou impersonnelle) de l'existence qu'elles peuvent s'en passer ? Pourtant je songe à ces animaux attachés, entravés, encagés, cruellement arrachés à leur milieu naturel, réduits à manger et à déféquer, privés de toute activité quotidienne, condamnés à ne rien faire leur vie durant, et je suis persuadé qu'ils doivent éprouver ennui, tristesse et lassitude et que leurs journées doivent leur paraître bien longues et bien désespérantes...
251
La chair usée à force de jours
Et le cœur exténué qui bat encore
252
Dépouillé de presque tout (d'amis, d'activités, de plaisirs gustatifs et consommatoires, d'appui, de réconfort, de consolation etc etc) et confronté au vide, quelle âpre épreuve parfois lorsque l'intériorité n'est plus « habitée »... Livré sans ménagement à la solitude et à la vacuité...
253
Ce qu'il (nous) faut désapprendre
pour échapper à l'ignorance de l'Homme
254
Le cœur trop parcimonieux parfois ; pas assez enclin au partage
255
L'âme triste
de voir l'opacité des yeux
et la brume du monde
gagner le fond du cœur
256
Le grand vent du monde sur les âmes de passage
257
Le cœur posé au milieu de la neige
258
Cet après-midi, au cours de ma promenade sylvestre, j'ai croisé un clan de sangliers (essentiellement des jeunes) et deux chevreuils (une mère et son faon) poursuivis par une meute de chiens. Alors que les sangliers couraient tout droit vers les chasseurs installés non loin de là, les chevreuils ont eu la bonne idée de descendre au bas de la colline pour laisser passer la horde sanguinaire. J'ai essayé maladroitement de désorienter les chiens mais après quelques atermoiements, ils ont continué leur course en se dirigeant sur la piste des sangliers passés par là quelques minutes plus tôt...
259
Le cœur penché sur la pierre
témoin de tous les drames
260
Non loin des cités où se déroulent l'essentiel des activités humaines, des hommes exploitent, maltraitent et assassinent les bêtes – agriculteurs, chasseurs, employés des abattoirs – agissant à l'abri des regards et sans que personne y trouve à redire invisibilisant ainsi la souffrance et la mort de millions d'animaux.
261
Sous nos genoux
le sang noir de la terre
262
Toujours la lumière
par-dessus la mort
263
Humble témoin de l'Homme (et du monde) et infatigable observateur de l'âme
264
Le cœur à travers toutes les pensées
essayant (maladroitement) de dire ce que sont
l'âme du monde et l'essence de la vie
Le travail sensible du poète
265
Ne laissant derrière soi qu'un récit fragmenté
des éclats de vie ponctués de quelques silences
266
Le monde et la vie n'attendent pas les vivants et ne regrettent pas les morts ; ils tracent leur chemin – se déroulent – sans l'ombre d'un intérêt ni une once de nostalgie pour ceux qui ont fait un pas de côté ou ceux qui les ont quittés.
267
La vie traversée
sans aucun retour possible
268
Dans l'aridité du monde, un poème. Comme une oasis pour étancher la soif...
269
Il y a tant de monde(s)
au cœur du poème
autant peut-être qu'au fond du silence
270
Maladroit résident du pays des livres et des mots
271
L'écriture morcelée
comme l'âme et l'esprit sans doute
272
Des gestes, des mots, des pas. Et ce qu'il faut de silence et de contemplation...
273
Le poème et la prière
sur les hauteurs du monde
lancés par des lèvres tendres
274
Ce que nous offrons en fin de compte ? Seulement notre manière d'être au monde
275
Ce que l'on dépose modestement
(si modestement) au pied du reste
quelques gestes
quelques mots
une manière indiscutable d'être ensemble
276
Le cœur intègre
Le cœur vertueux
débordant de ce ciel
dont la terre a tant besoin
277
Cela surprendrait mes congénères de me voir assis par terre en toutes saisons – par tous les temps – au milieu de la forêt, mon barda (livre, carnet, chaussures et sac à dos) étalé autour de moi, méditant, contemplant ce qui m'entoure d'un regard tendre, lisant ou écrivant. Passant ainsi plusieurs heures de la journée sans réelle occupation. Et il y a pourtant au cours de ces heures tranquilles et solitaires l'essentiel de ma vie...
278
Être touché et traversée
comme l'arbre par la lumière
279
Au-delà de l’œil et de l'attente
cette longue veille sous les étoiles
Le cœur au milieu des ombres
à dévisager toutes les figures du temps
280
Devenir si poreux que tout nous touche, nous émeut, nous concerne. Devenir si poreux qu'une partie des frontières entre les êtres et les choses se diluent pour faire l'expérience du contact permanent.
281
D'un bout à l'autre du monde
le même corps
la même respiration
sur fond de silence et de lumière
282
On se fait du mal les uns les autres puis, un jour, on meurt...
283
Nous déchirant
si souvent
et sans même le savoir
jusqu'à l'insupportable
284
Nul vivant ne peut s'extraire des forces de la terre et du feu
285
Marié à la roche et à la lumière
Qu'importe les épreuves et le chemin
286
Rien que du ciel et du vent
au fond de l'âme
et cette cargaison d'oiseaux et d'étoiles
qui virevoltent et scintillent
au-dedans du sang
287
De vie en vie. De monde en monde. Dans une traversée sans fin...
288
Allant vers cette contrée
où la vie et la mort se tiennent par la main
où rien n'est plus vivant que le poème
où rien n'existe vraiment sinon peut-être
la voix et le cœur qui bat
289
S'inquiéter des Hommes, des bêtes, des plantes, des pierres comme s'ils étaient des membres de notre famille (ce qu'ils sont, bien sûr, au-delà des apparences)...
290
Blottis les uns contre les autres
dans cette chaleur animale
291
Il y a derrière les bruits du monde et de l'esprit un silence inaltérable
292
Quelque chose que l'on ne perçoit pas
comme un éclipse
peut-être un suspens
au milieu des histoires du monde
293
Assis dans la forêt pendant des heures, les yeux hagards. Absorbé corps et âme par ce qui m'entoure, me diluant peu à peu dans le ciel, la pierre et les feuillages.
294
Sous les arbres qui nous murmurent de sages paroles
et que l'on porte jusqu'au cœur pour nous autoriser
à danser sous les étoiles
à courir comme les nuages
à demeurer droit dans le vent
à vivre et à mourir
comme les bêtes et les hommes
295
La bouche bée
devant la beauté des nuages
leur étrange ballet
leur étrange langage
et l'inconsistance de leur passage
296
L'autre nous restera, peut-être, à tout jamais étranger...
297
Les uns contre les autres
si loin encore des premières cimes
dans le froid du monde
dans le froid des cœurs et des mains
L'âme enfouie sous des tonnes de glace
298
Quel incroyable ressourcement nous offre le monde naturel
299
Dans l'intimité de l'herbe
le vent et la rosée
sous le jour qui se lève
300
En définitive, ce sont la vie, le monde et les autres qui orientent et déterminent notre existence et notre œuvre (si l'on est artiste). Nous, nous faisons de notre mieux mais nous n'avons (presque) pas la main sur nos orientations, nos échecs et nos succès.
301
Le cœur lacéré par les vents du monde
et écrasé par les foulées du temps
302
L'âme tout de guingois
à force de coups
à force de ruses
à force de désirs
et de soif inassouvis
303
Le poème ? Parfois cri, parfois chant – né de l'expérience du monde
304
Au cœur du poème
Le souffle du monde et du temps
Le prolongement de l'âme
Et quelquefois le visage (apprivoisé) de la mort
quelque chose entre le sursaut et le tremblement
un tremplin peut-être vers le silence
305
Des mots comme une passerelle
jetée entre les âmes
entre les mondes
Manière de réunir ce qui semble séparé
306
Fondamentalement sans activité dans cette folle civilisation du « faire »...
307
Happé par cette danse
qui emporte tout
308
En ces lieux de vertige
autour desquels tout tournoie
dans l'ivresse de l'enfance
excité par tous les jeux
auxquels se livrent les vivants
309
Ah ! La vanité de toutes les choses de ce monde...
310
Victimes du même rêve
détenteurs de la même folie
dans ce monde sans remède
311
Face à la mort et aux nécessités essentielles, tout semble si dérisoire
312
Sur cette terre sans espérance
ce qu'offrent le cœur et la main
à ce qui ne fait que passer
313
Né des tremblements de la chair
ce désir de lumière
314
Je crois que j'ai fait, peu à peu, des liens avec l'invisible et les non-humains le centre de mon existence.
315
L'âme clandestine
glissant sous les feuillages
dansant près des rivages
courant sur tous les chemins
pour échapper au monde et au sommeil
316
Quelle que soit notre vie et quoi que nous vivions, nous n'avons pour goûter à la saveur de l'existence que les gestes du quotidien.
317
Le souffle et la soif
pour aller à travers les jours
318
Ici-bas la voie terrestre
comme le seul chemin
qui mène aux portes du ciel
319
Que d'efforts (et d'énergie) déployés par les Hommes pour oublier ce qu'ils sont et les situations difficiles où ils sont plongés.
320
Ce qu'il faut parfois inventer de mensonge
pour continuer à vivre
321
Des pensées générales trop abstraites (et trop éloignées de la vie) pour faire de la poésie. Mais on ne choisit pas ce qui traverse notre cœur et notre esprit...
322
Chaque parole
un monde inconnu
un horizon qui s'invite
quelques possibles
et, parfois, un poème
323
Traverser la vie et le monde de manière discrète et anonyme (presque de manière invisible). Sans bruit ni tapage. Avec l'essentiel au-dedans...
324
Invisible dans cette ère du paraître
325
Si près de la joie et de l'éternité
326
Instant après instant – vie après vie – nous ne cessons de changer de réalité. Comme un voyage sans fin parsemé de courtes éclipses (certaines phases du sommeil et de la mort)...
327
A l'ombre d'un temps infini
les petites danses du monde
les petits tracas et les petits soucis
les mille âmes qui s'interrogent et s'impatientent
et la lumière que rien ne détruit
328
L'existence à mes yeux ? Entre incarcération, traversée et expérience ethnographique
329
Sans espérance
ce voyage du dehors
où tout se quitte et se querelle
comme si les désirs sans cesse divergeaient
comme si rien n'était fait pour contenter le cœur
330
Au fond de l'impossible
cette étrange lumière
que cherche le cœur de l'Homme
331
En ce monde, il y a toujours matière à se plaindre ; et l'esprit (humain) ne manque jamais une occasion de geindre ou de maugréer...
332
Le cœur mendiant
Le cœur endormi
333
La vie désirante
et la vie désirée
s'empoignant parfois
jusqu'à ce que s'éteigne tout idéalisme
334
Contempler parfois le vide effrayant de sa vie
335
D'une absence à l'autre
sans se rendre compte
qu'il n'y a jamais eu personne
336
Fort de son expérience. En définitive, nous n'avons que cela ; ce que l'on vit et la manière dont notre existence enrichit l'âme et nous reconnecte avec ce que nous portons dans nos tréfonds...
337
Sous les yeux
et sous le front
exactement le même chemin
338
Ne pas se soucier outre mesure de la vie apparente tant l'essentiel est invisible...
339
Ce qui consent
jusqu'à acquiescer au pire quelquefois
340
Mille petites choses nous maintiennent vivants. Et mille petites choses remplissent nos vies. Nous ne sommes presque rien et nous sommes reliés à tout le reste. Aussi faudrait-il être bien sot pour s’enorgueillir de son existence...
341
Sur le lit défait des rêves
un peu de lune et d'enfance
et quelque chose (bien sûr) du mystère
342
Devant la tragédie du monde... Que faire ? Que dire ? Que penser ? Et si on laissait le cœur en décider...
343
Couverts de larmes et de sang
les morts et les vivants
344
Sous la même lumière
le ciel et la terre
l'âme et la poussière
le rêve et la prière
345
Ah ! Quelle émotion lorsque je songe à tous mes prédécesseurs – illustres ou anonymes – qui ont essayé de découvrir l'essence de l'existence et les lois du réel... qui ont tenté de découvrir et d'expérimenter ce que voulait dire être un Homme... Tant de philosophes, d'artistes, de poètes, de scientifiques, de moines et de sages ont consacré leur vie entière à ces questions...
346
Mille poèmes
pour dire
ce qu'est réellement l'âme de l'Homme
347
Ce qui m'intéresse ? L'essence... le cœur même de la vie... le mystère qui nous habite...
348
Allant
par-delà le monde et la blessure
par-delà l'âme et le sang
vers ce pays qui n'existe pas
349
Mes livres et mon quotidien sont profondément existentiels et métaphysiques. Presque chaque instant de ma vie est habité par les grandes questions de l'Homme.
350
La voix debout
murmurant l'indicible
rejoignant les bords déchirés de l'Amour
osant une parole capable de guérir
351
Vivre dans le monde humain (et dans la compagnie des autres), c'est s'offrir un peu de confort matériel (et de réconfort psychique) et subir son lot de désagréments et de tracasseries...
352
Le cœur affranchi des grands rites humains
allant dans le désordre de son feu
braises rouges dans ses rouages
quelque chose comme un rire
et un (irrévocable) besoin
d'aller au-delà de l'Homme
353
Tout est sacré mais notre cœur l'a oublié
354
Le ciel
au creux de la paume
355
Dans le champ de la lumière
même ce qui se cache dans l'ombre
356
Le désert du cœur, le lieu de tous les accueils
357
Si vide que le monde et le temps n'existent plus
358
Personne
Seulement une âme, une main, une voix
Et un rire immense et anonyme
359
Tout passe ; rien ne reste excepté ce qui regarde et ressent
360
La mort comme un miroir
devant lequel il convient de baisser les yeux
361
Quelles mystérieuses relations entretenons-nous avec les entités et les créatures du monde invisible ? Se livreraient-elles avec nous à un étroit commerce ? Qui saurait le dire... Et s'il y avait aussi avec elles des ententes, des conflits et des transactions ?
362
Par des chemins obscurs
la lumière
363
Au cœur de la forêt. Là où l'Homme n'est qu'un hôte passager
364
Sous la même étoile que les bêtes
et sur la pierre à leur côté
365
La main posée sur la pierre
Le cœur livré à la prière
Loin des bruits du monde
(presque) affranchi du jeu des mortels
366
Dans le silence et la solitude du quotidien, mille instants de présence pure
367
Nous écartant, peu à peu, du bruit des mots
des esprits qui tentent d'éclairer
les routes de ce monde
des voix qui tentent d'expliquer le chemin de l'âme
de tous ceux qui font passer la prière avant la joie
368
C'est ce qui nous habite profondément qui « s'exprime » et s'actualise, peu à peu, en cette vie
369
Sans pourquoi
le cœur s'engage
le poème s'écrit
porté par ce qui a traversé l'âme
370
Tout passe comme un rêve. Et, pourtant, certaines expériences et certaines images peuvent nous hanter longtemps...
371
Pas d'espoir
ni de désir
derrière nos grilles
mais un feu capable
de brûler toutes les images
et tous les rêves
372
S'asseoir en silence
et attendre la fin du temps
et le recommencement de la joie
373
Chaque jour, on devrait se réjouir – et remercier – de voir la terre et le ciel, de respirer l'air frais matinal, de revêtir quelques bouts d'étoffe pour se protéger du froid, de sentir le soleil sur sa peau, de pouvoir rassasier sa faim avec des aliments, d'avoir la possibilité d'aller et venir librement et de se coucher à la nuit tombée. Avoir dans le cœur la gratitude de ceux qui perçoivent le caractère sacré et divin de toutes les activités et de tous les gestes de la vie quotidienne.
374
Là où le bleu parvient à colorer la langue
à déplacer le monde et à ouvrir les yeux
375
Entre l'étreinte et l'éblouissement
376
Une vie simple faite de nécessités et de joie. De la solitude et du silence, des collines et des arbres, des activités quotidiennes et un peu de marche et de poésie
377
A la charnière du vent
un peu de ciel
et quelques mots pour en témoigner
378
Le cœur empli de gratitude est propice à la joie et à l'intensité du ressenti. Il créé quelque chose comme une tendresse au fond de l'âme – un inestimable présent – qui nourrit l'existence entière et donne à ce qui est vécu et au lieu où l'on se trouve une lumière et une saveur toutes particulières.
379
Par-dessus le monde et le temps
Ce à quoi invite le poème
vers cette contrée de l'enfance
où le ciel parvient à colorer
le regard et les mots
380
A l'abri des braises
là où le monde ne ressemble plus à un incendie
là où le regard a la fraîcheur de la brise
là où la porte est à la fois ouverte et fermée
là où la raison n'est pas capable d'entrer
381
Par quel mystérieux tour de passe-passe, ce qui est dérisoire nous semble si important (nous-même, notre existence, nos proches, notre travail etc etc). Si nous étions réellement lucides, tout nous paraîtrait incroyablement insignifiant... Ceci étant dit, la plus infime des choses et la plus minuscule des créatures ont une valeur inestimable...
382
Dans la géographie du sommeil
tant de fausses vérités
383
Derrière le si peu
comme une hauteur (presque) inatteignable
384
Être en vie est un véritable miracle ; ce qui ne nous épargne ni les peines, ni les malheurs, ni l'âpreté de l'existence...
385
Plus haut que la douleur
le cœur battant
et plus haut encore
le soleil qui se terre
au fond de l'âme
386
A travers l'épaisseur du regard
quelques tremblements
le début d'un cri – peut-être
un reste de joie – sans doute
et une manière (bien sûr) de dire merci
387
C'est un travail à plein temps que de se montrer suffisamment vide, attentif et disponible pour être en mesure de ressentir l'être dans ses profondeurs et la joie et la gratitude au fond de son cœur. On a vite fait de s'encombrer de pensées, d'activités et de distractions qui viennent quelque peu « pervertir » cet état de réceptivité et de dépouillement.
388
De l'autre côté du cœur
un peu plus qu'un ciel
cette incroyable lumière
capable de transformer
l'âme des Hommes
389
Je n'aime que les êtres et les choses qui respirent l'authenticité
390
Quelque chose (bien sûr) de la lumière dans la parole
391
La vérité des mots n'est rien
comparée à celle des gestes
392
Riche de ce que la mort ne pourra défaire ; ce qui s'enracine dans les tréfonds de l'être
393
Plus haut que le jour
Là où l'être prend sa source
le visage de ce qui n'est jamais né
le visage de ce qui ne meurt jamais
394
Savoir, c'est connaître le nom des choses du monde, leur mode de fonctionnement et les liens qu'elles entretiennent entre elles. Connaître, c'est faire l'expérience profonde des choses de l'âme ; c'est éprouver les fondements mêmes de l'être. Celui qui sait est savant, celui qui connaît est sage.
395
Sans plus savoir distinguer
l'ombre de la couleur
le silence du monde
la paume pourtant pleine de présages
396
Quels sont « les bagages » de l'être ? Sont-ils (en partie) liés aux caractéristiques de l'individualité ou s'en affranchissent-ils ?
397
Du silence et de l'oubli
au cœur de cette âme sans âge
qui habite nos tréfonds
398
Ce qui nous a quitté(s)
abandonné sans inquiétude
399
Cette insatiable curiosité qui nous pousse à aller toujours au-delà du connu...
400
Nous aventurant plus avant
dans cette incertitude qui semble si fraternelle
401
De l'autre côté du ciel
sur le versant de l'âme le plus infréquenté
le chemin et la destination
ce lieu où il n'y a ni rêve, ni règle
ce lieu où il n'y a rien ni personne
pas même des jours et des êtres qui passent