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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

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© Les carnets métaphysiques & spirituels

QUÊTEUR DE SENS

ESSAI ANTHOLOGIQUE (2005)

 

Préambule

La plupart des livres racontent des histoires humaines ordinaires, histoires qui mettent en scène, le plus souvent, l’Homme plongé dans son ignorance et son égocentrisme aux prises avec le monde et les difficultés de l'existence, avec ses angoisses, son mal-être et sa quête égotique et infructueuse (centrée essentiellement sur la satisfaction de ses désirs).

 

Beaucoup d’ouvrages traitent également de l’Homme sage, de « l’Homme réalisé » parvenu à un état de détachement empreint de joie et de sérénité qui (après un long chemin intérieur et de rudes épreuves spirituelles) accède au bien-être, à l’éveil, à la réalisation située au-delà de l’ordinarité commune.

 

Mais peu de livres abordent le passage, la transition entre cet état de mal-être et de quête (parfois fébrile) et les premiers pas sur le chemin intérieur. Peu de livres retracent l’itinéraire de l’Homme situé dans cet entre-deux, de l’Homme encore englué dans son ordinarité et pas encore établi sur le chemin spirituel, de l’Homme qui aspire à sortir du marécage du monde (en y étant encore entièrement ou en partie empêtré) et qui ignore le chemin à emprunter, de l’Homme égaré qui marche vers une sagesse qu’il sait encore inaccessible.

 

Ces pages tentent (sans doute trop succinctement et peut-être maladroitement) de combler cette insuffisance en redonnant sa place à cet Homme à la croisée du monde extérieur et du monde intérieur, qui chemine vers le centre de son être et qui tente d'aller du « plus étroit » vers le « plus ouvert » hors des sentiers battus et, bien souvent, à contre-courant des règles et des normes communément établies. Telle est l’ambition de ces pages. Puissent-elles soutenir le lecteur et l’encourager dans sa démarche et son cheminement. Puissent-elles l’inviter à s’ouvrir au monde infini qui l’habite… et l’aider à donner un sens (un sens véritable) à sa vie pour qu’il apprenne enfin à mieux vivre avec lui-même, avec le monde et les aléas de l’existence.

 

 

Introduction

J’ai écrit ce livre pour permettre à chacun – et en particulier aux êtres qui aspirent à trouver un sens à leur vie – de bénéficier de ma modeste – et néanmoins relativement longue – expérience de quêteur de sens.

 

Cet ouvrage vous propose de nombreux extraits de mes livres précédents, sélectionnés sous l’angle exclusif de la quête existentielle. Vous y trouverez des repères, des réflexions, des interrogations, des témoignages, des points de vue, des recommandations et des conseils que j'ai consignés au fil de mes recherches (et au fil de mes livres) pour tenter d'éclairer chaque chercheur et lui permettre ainsi d'avancer sur sa propre voie.

 

Mon ambition n'est pas de vous exposer mes découvertes sur la vie et sur le monde car il appartient à chacun de trouver « ses vérités » et de bâtir son propre chemin. Mon seul dessein est de vous apporter une aide et un réconfort éventuel si vous êtes désespérément à la recherche d'un sens à votre existence.

 

Avant de vous laisser arpenter ces pages, j'aimerais vous dire que d'autres aussi marchent (ont marché et marcheront encore) à la recherche d'eux-mêmes, cheminant avec la même peine, menant avec obstination cette même quête.

 

J'aimerais aussi vous dire de ne jamais désespérer d'être sans réponse et sans vérité et qu'il n'est pas vain de continuer à chercher jusqu'à l'obsession un peu folle, la signification, le sens de sa présence ici-bas. 

 

Je vous souhaite une bonne et fructueuse lecture...

 

 

Qu’est-ce qu’un quêteur de sens ?

Un quêteur de sens est le terme générique qui définit un être qui cherche un sens à la Vie – un sens singulier et/ou universel. Selon l'avancée de ses recherches, le quêteur peut être qualifié de chercheur existentiel (un être qui cherche encore un sens à l'extérieur de lui-même) ou de chercheur intérieur (un être qui, après « s'être cogné aux quatre coins du monde », poursuit son chemin et sa quête de sens en empruntant la voie de l'intériorité). Mais quelles que soient les différences (et parfois même les nuances) entre le chercheur existentiel et le chercheur intérieur, le quêteur de sens aspire fondamentalement à trouver un sens à l'existence.

 

Je n'ai jamais entendu ces termes dans une autre bouche que la mienne et ne les ai jamais vus sur d'autres pages que celles que j'ai écrites. Je m'en étonne... mais rassurez-vous, je n'ai pas la présomption de croire que je suis le premier à tenter de nommer une catégorie particulière d'êtres humains qui cherchent à comprendre le sens de la vie. Bien d'autres avant moi s'y sont penchés... et sûrement avec plus de succès et de rigueur.

 

Il n'en demeure pas moins que ces termes me semblent appropriés pour définir et qualifier ce genre d'individus. Dans cet ouvrage, je vais tenter (sans doute maladroitement) de définir le quêteur de sens, d’établir son portrait (si tant est qu’il en ait un), de mettre en évidence son itinéraire, d’éclairer le lecteur sur le regard qu’il porte sur le monde et sur la vie, de passer au crible les différentes phases de sa trajectoire, de rendre compte de son évolution vers l’intériorité et d’évoquer enfin les premiers pas qu’il effectue sur le chemin intérieur et les transformations majeures qui s’opèrent en lui.

 

 

Le chercheur existentiel

 

Tentative de définition

 

Généralités

Chaque homme est à la recherche du bonheur et d'une certaine forme de sagesse dans son existence, mais bien peu s'engagent délibérément et entièrement dans une véritable quête. Chacun se forge, au fil de la vie, une philosophie existentielle (intuitive ou réfléchie, grossière ou élaborée) qui impulse les choix importants et colore en grande partie la conduite de vie, mais peu d'Hommes ressentent la nécessité intérieure de s'engager pleinement dans une longue et difficile démarche de compréhension de la vie. Contrairement au plus grand nombre, la recherche du sens de la vie est fondamentale, voire vitale pour le chercheur existentiel (il s'y emploie de façon permanente et quasi obsessionnelle). 

 

 

Que cherche-t-il exactement ?

Le chercheur est en quête d'une vie idéale conforme à ses aspirations et aux exigences contraignantes du réel. Il aspire à concilier ses idéaux intérieurs à la réalité et au monde qu'il considère souvent comme des entraves à sa réalisation et à son épanouissement personnels. Il s'investit dans des projets qu'il juge susceptibles de satisfaire ses exigences intérieures. Le chercheur arpente la Vie en enchaînant les expériences existentielles (passant de l'une à l'autre sans cohérence apparente, guidé par cette seule quête qui constitue le fil rouge de son existence). Son parcours et sa trajectoire sont souvent perçus (par les autres) comme chaotiques et incohérents. Souvent instable professionnellement, le quêteur rêve de trouver et de s'engager dans une activité à même de répondre à toutes ses attentes.

 

 

Quel genre d'être est-il ?

Le chercheur existentiel est inconsciemment ou non un être en quête d'Absolu, un être fondamentalement métaphysique. Un être, de par l'inaccessibilité de sa quête, souvent mal dans sa peau, un être régulièrement en proie au mal-être, un être en souffrance. Un être décalé, un être à la marge, un être de l'entre-deux, pas réellement inclus dans le monde ni véritablement exclu du monde, un être à la fois acteur et spectateur du monde. Un être globalement insatisfait (en recherche quasi permanente d'amélioration voire de perfection). Un être qui se sent (le plus souvent) différent de ses congénères, en décalage par rapport au monde, tout en étant globalement et en apparence très semblable. Un être très souvent grave – à l'incurable gravité existentielle – qui éprouve toutes les peines du monde à goûter aux plaisirs et aux joies de l'existence. Un être qui éprouve l'irrépressible besoin d'évoluer et qui déteste, le plus souvent, toute forme d'immobilisme et d'inertie. Un être curieux et ouvert d'esprit, à l'affût du monde et de lui-même. Ses questionnements ont trait aux aspects essentiels et fondamentaux de la vie. Le chercheur cherche dans les domaines les plus divers des éléments de réponse à ses questionnements (dans les livres, dans l'art, dans les sciences, dans les rencontres...). Un être solitaire (à l'indéfectible solitude) qui ne sent aucune appartenance profonde à un groupe humain particulier et qui se sent plutôt appartenir à l'espèce humaine et plus largement encore à la grande famille des êtres vivants. Le chercheur existentiel n'aime généralement pas les groupes. Il chemine seul et vit sa quête dans une très grande solitude (solitude d'ailleurs souvent délibérément choisie) même s'il vit parfois cette solitude avec beaucoup de difficultés notamment dans les périodes d'incompréhension, de doute, de remise en question et les crises de mal-être. Le chercheur existentiel est souvent à la recherche dans son entourage et ses relations d'appuis et d'encouragements propres à nourrir et à conforter sa quête. Il a l'intuition d'une sagesse qui lui reste néanmoins inaccessible.

 

 

Comment perçoit-il le monde ?

Le chercheur existentiel éprouve souvent un sentiment d'incompréhension à l'égard des activités humaines les plus courantes et les plus répandues (ce qui peut engendrer une certaine forme de mépris à l'égard de l'humanité, voire parfois une franche misanthropie). Le chercheur est un être qui ne peut souffrir (la plupart du temps) les valeurs véhiculées et prônées par ses congénères qu'il juge, en général, superficiels et sans intérêt, englués dans les divertissements et les distractions et animés essentiellement par une recherche effrénée de confort, par l'appât du gain et du pouvoir et par un goût excessif pour le paraître... Il est souvent acerbe et critique à l'égard du monde. Le chercheur se moque de la réussite sociale, du pouvoir et de l'argent. Seule sa quête a quelque valeur à ses yeux. A ce titre, il s'engage d'ailleurs souvent dans une démarche artistique professionnelle ou amateure (écriture, peinture, photo etc...), l'un des rares domaines susceptibles, à ses yeux, de le faire avancer dans sa recherche.

 

 

En résumé

En résumé, il serait raisonnable de définir le chercheur existentiel comme un chercheur de vérité, de sagesse et de bonheur qui aspire à donner un sens à son existence et à son humanité et un sens (un sens universel) à la Vie. Le chercheur existentiel est un être en quête d'une place dans le monde qui lui permettrait de concilier ses exigences intérieures (idéaux et aspirations) et les exigences du réel. C'est un être ouvert d'esprit, curieux de lui-même et soucieux du monde qui cherche à comprendre les aspects fondamentaux et universels de l’Homme, de l’existence et du monde humain. C'est un être qui aspire à vivre pleinement et harmonieusement avec lui-même et à mieux vivre en compagnie des autres. C'est un chercheur d’Absolu à l'affût permanent de nourritures existentielles. C'est un être qui tente de se nourrir de toutes choses ; d’expériences, d’événements, de livres et de rencontres. Cette quête répond à une aspiration profonde, à un besoin vital, à une nécessité absolue. Et l'existence du chercheur existentiel n’est souvent qu’une longue succession de recherches infructueuses (étapes nécessaires à la poursuite de sa quête).

 

 

Les grands cycles de la quête existentielle

La quête du chercheur existentiel obéit presque toujours au même cycle où alternent des phases d'insatisfaction (désœuvrement et dégoûts existentiels) et des phases d’enthousiasme (allant et exaltation).

 

 

L'insatisfaction 

Le chercheur existentiel est un être toujours insatisfait et toujours déçu par les expériences qu'il vit et les projets qu'il met en œuvre. Il remet souvent (voire toujours) en cause l'existence qu'il est en train de vivre (existence qu'il juge la plupart du temps insatisfaisante, décevante, navrante, déprimante...).

 

(extrait) UNE TRAVERSéE DU MONDE :

A l’origine, il y a l’ennui. Toujours il y a l’ennui. L’ennui et le dégoût. Le dégoût de soi et celui du monde que l’on contemple à travers le miroir de l’âme et des hommes. Le regard acerbe et la plume acérée n’épargnent personne. On fustige l’horreur, on blâme la médiocrité, ces reflets si perceptibles de nous-mêmes. Mais il ne faut pas s’y tromper, il n’y a que notre propre faiblesse que l’on voudrait voir anéantie. Ainsi, de raillerie en récrimination, le mépris se propage – en mal insidieux qui se nourrit de lui-même. Le spectateur du monde s’en délecte jusqu’à plus soif. Quant à l’observateur autocritique, il ne parvient guère, lui, à s’en repaître indéfiniment. Il finit par se lasser. Il ne peut se résoudre à ressembler à ce qu’il hait et récuse. Il aspire à sortir du rang pour échapper à qu’il déteste tant chez ses congénères...

 

 

La réflexion 

Insatisfait, le chercheur se met alors en quête d'une idée ou d'un projet qui pourrait enfin lui permettre de vivre une existence harmonieuse conciliant ses aspirations et la réalité contraignante du monde. Lors de cette phase, le chercheur réfléchit de manière intense (et permanente) cherchant un peu partout (au fond de lui-même, dans les livres, dans le monde mais aussi dans l'existence des autres) une nouvelle expérience en mesure de satisfaire ses exigences (nouvelles et/ou anciennes). Il passe en revue toutes les éventualités qui s'offrent à lui et échafaude toutes sortes de pistes et de plans... Bref, au cours de cette période, le chercheur est en pleine effervescence mentale et intellectuelle.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Survient alors l'envie d'ailleurs, l'envie « d'autre chose ». Le cœur se met donc à l'affût... D’un bruissement léger du vent dans la frêle ramure de la vie. D’une clameur à l’horizon presque imperceptible. D’un courant mystérieux qui donnerait quelques indications sur l'orientation à donner au voyage. L'esprit, quant à lui, se plaît à imaginer quelque destination lointaine, une terre inexplorée, un paradis depuis longtemps rêvé. L’âme les considère, les juge, les jauge et finit par se laisser convaincre par une idée, un lieu, une expérience dicté(e) par une intuition inconsciente née de tout ce qu'auront récolté le cœur et l'esprit...

 

 

La préparation au changement de vie

Lorsqu'une idée ou un projet a été trouvé(e) (non sans mal d'ailleurs), le chercheur s'active à mettre en œuvre l'expérience dans laquelle il souhaite s'engager. Il entreprend alors de nombreuses démarches pour donner corps à cette « nouvelle vie », à ce « nouveau départ ».

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Ensuite viennent les longs préparatifs ; fastidieux et euphoriques, pleins d'angoisse et de joie. L’impatience alors détrône l'ennui et l'effervescence. Le désir d'ailleurs se fait plus vif, plus prégnant, plus pressé. La traversée du monde est là, imminente, à portée de main.

 

 

La mise en œuvre du choix existentiel

Au cœur de cette phase, le chercheur se donne les moyens de réaliser son nouveau projet. Il s'engage donc à corps perdu dans cette préparation (formation, remise à niveau, stage, nouvelle activité, créations diverses etc etc). Plein d'entrain et débordant d'enthousiasme, il croit avoir enfin trouvé LA solution à TOUS ses problèmes et à toutes ses difficultés. Il est certain que ce choix est le bon et cet nième projet l'ultime réponse.

 

 

La réalisation du projet

Après les mille démarches nécessaires à la réalisation de son nouveau projet, le chercheur entre enfin de plain-pied dans le nouvel univers qu'il a choisi. Les premiers temps, malgré quelques doutes qui parfois peuvent l'étreindre, le chercheur est heureux de cette nouvelle existence. Puis, progressivement, au bout de quelques jours, de quelques semaines ou de quelques mois (ou au bout de quelques années pour les chercheurs les plus opiniâtres), l'ennui existentiel et le mal-être ressurgissent. Le chercheur est de nouveau en proie à l'insatisfaction et à la déception car cette nouvelle vie se montre encore une fois fort différente de celle qu'il avait imaginée...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Après le choix d’une terre nouvelle à explorer, après les démarches et les formalités préalables, voici enfin venu le temps du départ, le temps de la découverte. Et qu’importe les terres traversées... Les seuls compagnons du marcheur seront la solitude et ce regard distant sur ces bouts de lande inconnus, loin des terres conquises et apprivoisées. Au cours de ce voyage, il découvrira mille paysages, éprouvera mille émotions, mille sentiments. Ainsi, au fil des pas, au fil des pages, il pourra ressentir l’étonnement, l’ennui, la joie ou la honte, le plaisir, l'incompréhension, le mal-être, le bonheur et la sérénité. Et il pourra éprouver aussi (très provisoirement) cet étrange sentiment d’avoir enfin trouvé son chemin et la crainte terrifiante de s’y perdre. Mais en dépit de la richesse de cette expérience, le marcheur finira par se lasser et trouver cette aventure aussi ennuyeuse que les précédentes comme si aucune route n'était capable de satisfaire ses rêves et ses aspirations...

 

 

Le retour à l'insatisfaction

Déçu mais aussi plus riche de cette nième expérience, le chercheur existentiel se remet en quête d'une nouvelle idée, d'un nouveau projet. Et le cycle recommence ; voilà à quoi ressemble – à peu près – la vie du chercheur existentiel...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

En dépit de sa lassitude (et de son désappointement), le voyageur sortira de cette traversée avec un moi nouveau, un moi plus riche de lui-même. Et en quittant cette étroite bande de terre, il retrouvera avec joie sa liberté. Il s’arrêtera un instant puis, très vite, repartira ailleurs – en arpenteur de vies – à la recherche de nouvelles terres à explorer, à la recherche de contrées plus lointaines et plus riches de sens qui lui indiqueront l’horizon, l’horizon d’un avenir plus prometteur encore.

 

 

Les grandes thématiques de la quête existentielle

Voici les thèmes principaux qui accompagnent le chercheur existentiel sur son chemin et qui occupent, parfois, son esprit jusqu'à l'obsession :

 

- Les questionnements fondamentaux

- Le mal de vivre

- L'ennui existentiel

- La critique acerbe du monde

- Les nourritures existentielles

- La quête d'un équilibre

- L'irrépressible nécessité d'avancer

- Le sentiment de différence

- La solitude

- Le désespoir

- L'art et la création

 

 

Les questionnements fondamentaux

Ces questionnements sont incessants. Ils harcèlent sans discontinuer le chercheur existentiel. Ils peuvent intervenir à tout moment de la journée (voire plusieurs fois par jour à certaines périodes). Ils ont principalement trait au sens de l'existence, à la recherche de la « vraie vie », à la quête de la sagesse et aux fondements de « ses essentialités ».

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Je n’ai eu de cesse, au cours de cette vie, de m’interroger sur le sens de l’existence. Et toujours, je me suis heurté à l’étroitesse de ma compréhension. Étrange, obscur et absurde phénomène que ce passage ici-bas. Les raisons de cette présence en ce monde m’échappent et m’échapperont peut-être jusqu’à mon dernier souffle. Quel est le sens de la vie ? Comment répondre à une telle question ? Exit donc cette vaine interrogation. Que nous reste-t-il alors, si ce n’est le sens particulier qu’il nous faut donner à cette existence (à défaut d’en trouver un plus universel) ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

A quoi consacrons-nous nos journées ? Travail et sommeil essentiellement. Quelques heures dédiées aux repas et aux tâches ménagères. Et le reste que nous dilapidons en repos et en divertissements. Mais où est donc « la vraie vie » ? Et comment avoir le temps de la découvrir et de la vivre avec cette existence-là ? J’ai toujours eu le sentiment désagréable de marcher à côté de ma vie et d’en vivre une qui n’a jamais vraiment été la mienne.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Pourquoi ce qui intéresse les hommes n’est-il jamais l’essentiel ? Feignent-ils de l’ignorer ? S’y consacrent-ils dans la solitude ? N’y songent-ils jamais (j’en doute, mais qui sait ? Peut-être...). Je les vois discuter, avec le plus grand sérieux, de sujets sans intérêt. Même les plus intelligents s’y livrent sans scrupule. Pourquoi ? Et qui suis-je, moi, pour penser que je suis l’un des rares à me préoccuper de l’essentiel ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Quelle est la vraie, la seule, l’unique question à laquelle il vaille la peine de répondre ? La question la plus essentielle à la vie de tout chercheur existentiel ? Voici cette question déclinée de trois façons (à la fois identiques et différentes) : quel sens donner à son existence ? Quelle signification lui donner ? Quelle direction prendre ?

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES :

L'essentiel n'est ni de vivre riche, ni de vivre mieux ou vieux, ni même de vivre en bonne santé mais de savoir pour quoi l'on vit, cela donne à l'âme un inestimable contentement.

 

 

Le mal de vivre

Terriblement présent dans la vie du chercheur, le mal de vivre est une sorte de compagnon de route, à la fois terrifiant et nécessaire à la poursuite du chemin. 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Toujours j’oscille entre celui que je suis et celui que j'aimerais être. Et cela m’écartèle sans cesse. Comme un condamné à perpétuité.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

De nouveau, ce sentiment de flottement, cette impression de glisser hors de la vie, cette sensation d’égarement de vous-même. Le mal de vivre comme plaie incurable. La mort même, je crois, ne saurait me délivrer de cette blessure.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Aujourd’hui, j’ai couru tout le jour, happé sans résistance par cette odieuse nécessité de vivre. Cette odieuse nécessité de subvenir à mes besoins fondamentaux. Ah ! Qu’il est terrible de se consacrer à cette vile activité qui m’ordonne d'agir. Agir, voilà à quoi je passe mes stupides journées. Inquiet et tourmenté, fébrile et frénétique, voilà à quoi je dois me résoudre aujourd’hui. Et j’ai l’étrange sensation d’être littéralement rongé de l’intérieur, de n’être plus que la proie facile et malheureuse d’un système auquel je ne peux me soustraire. Cette vie me ronge. C’est là ma redoutable impression. Pourtant, rien, ni personne ne m’a contraint à m’infliger ce retour au monde. Personne ne m’a forcé à retrouver ce gouffre. Quelle torturante contradiction ! C’est seul que j’ai décidé d’y revenir ! Tu dois penser, mon cher I., que ce retour au monde est une belle absurdité ! Oui ! Tu as raison ! C’est une terrible absurdité qui hante mes jours et mes nuits et qui me laisse sans force, vide d’envie et de désir. Agir et réussir. Agir et réussir. Aujourd’hui, ces deux misérables mots m'exhortent à revêtir la parure grotesque de l’acteur du monde que je me refuse à devenir. Ô mon cher I., si tu pouvais ressentir ma douleur… Je ne suis plus aujourd’hui que l’ombre de moi-même, un misérable pantin à qui le monde fait perdre la tête. Ô pauvre de moi ! Pauvre de moi ! Et cette infâme pitié que j’éprouve en regardant ma vie. Pauvre marionnette chahutée par la folie de ce monde.

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Aujourd’hui le ciel s’est assombri. Et votre joie de vivre s’est envolée. Elle s’était posée quelques instants sur vos jours, puis comme un papillon volage, elle vous a quitté pour d’autres fleurs aux pétales plus attrayants. Avec elle est partie la lumière des beaux jours. Peut-être a-t-elle deviné le ciel gris de vos pensées, senti l’inéluctable retour de l’orage ? Alors elle a préféré vous abandonner à votre tristesse, soucieuse de protéger ses ailes délicates. Et elle s’est éloignée, trop fragile pour affronter le grondement sourd de votre désespoir.

 

A présent, les nuages sombres de la mélancolie sont proches, menaçants, comme annonciateurs d’une averse de désespérance. Mais vous ne savez lire dans ce ciel si vaste et si changeant. Vous êtes à sa merci, résigné à vous plier à la fureur du déluge comme une fleur délicate incapable de se protéger de la pluie cinglante de la douleur. Alors inquiet, vous attendez que s’éloigne la tourmente. Et dans votre attente impatiente et anxieuse, vous priez pour que reviennent les rayons de la joie, le ciel clair de l’espérance comme un ultime appel à votre joie de vivre papillonnante.

 

(extrait) Le marionnettiste :

Certains jours, je me dis que le plus dur c’est d’en être réduit à rien. Je suis rien, rien, rien, c’est ça la vérité. Ni un fils, ni un père, ni un amant, ni un ami. Juste un type qui pense en rond dans sa tête. Un type qui n’arrive même pas à se supporter quand il est tout seul. C’est pas croyable d’être comme tu es, Docspi ! Mais rien n’y fait. Plus je me dis ça, moins je me supporte. Et pourtant je suis bien obligé. A cause de mon histoire... J’ouvre mon cahier. Ce vieux cahier tout déglingué que je range dans mon armoire. Et puis j’écris ce que j’écris maintenant. J’écris que je suis rien, rien, rien du tout et que c’est ça la vérité. J’écris plein de trucs comme ça. En les écrivant, ça fait du bien. Ça fait du bien ! je crie. J’écris que je crie que ça fait du bien. C’est vrai que ça fait du bien. Je me sens plus calme. Alors j’écris que je me sens plus calme. C’est idiot mais c’est comme si ça me soulageait d’un poids. Comme si c’était pas moi qui vivait ça. Mais un autre. Un autre que moi qui souffrait à ma place.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Après cette journée passée trop loin de moi-même, me voilà épuisé, exténué. Ce soir, je suis au bord de la rupture. Et comme un ivrogne qui se précipite sur sa bouteille, je prends la plume pour te raconter. Pour t’écrire, dans une fièvre irraisonnée, ces mots que tu trouveras peut-être incohérents et dénués d’intérêt. Mais je t’écris, mon cher I., pour retrouver ma vie véritable, cette vie que j’ai roulée dans la boue, cette vie que j’ai trahie, cette vie à laquelle je n’ai pas cru et qui, elle non plus, n’a pas voulu croire en moi. Je voudrais tant te raconter l’enfer misérable dans lequel je me suis jeté…

 

(extrait) Le marionnettiste :

Handicapé pour la vie. C’est dur de se dire que l’on est né comme ça. Et puis le temps passe, mais ça n’efface rien. C’est toujours là. Et c’est toujours aussi douloureux. Personne ne peut rien pour vous. C’est comme ça, c’est la vie. Pourtant quand je m’apitoie sur mon sort comme aujourd’hui, ça me met dans une drôle de colère. Une colère noire que personne ne voit jamais. D’ailleurs personne ne voit jamais rien, ni la colère, ni la tristesse, ni rien d’autre. Chez ceux qui vivent à côté de nous, on ne voit que le bonheur, et le plaisir, et la joie de vivre. Pourtant des problèmes, on en a tous. LUI les siens et moi les miens. C’est comme ça. Et on doit tous faire avec. On peut pas faire grand-chose pour aider les gens avec leurs problèmes, sauf les écouter. Et, au fond, ce n’est pas grand-chose écouter les gens. Certains jours, j’aimerais bien crier à ceux qui vivent autour de moi que j’ai vu leur tristesse. Mais je n’ose pas. Je les regarde sans rien dire. Dans ces moments-là, je me sens tout proche d’eux…

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Absent, sans inspiration devant la copie blanche du jour. 8 heures d’examen quotidien depuis de longues années. Et cela fait bien longtemps que vous n’apprenez plus vos leçons ; vous n’avez plus rien à dire, plus rien à écrire.

 

Aujourd’hui, c’est au-dessus de vos forces de rester là, assis la tête sur votre cahier à attendre la récréation, à attendre ainsi, l’esprit ensommeillé, près du radiateur qui brûle votre impatience.

 

Aujourd’hui, vous êtes un cancre et vous ne craignez plus d’être expulsé du lycée triste des affaires du monde. Vous n’avez qu’une envie ; être renvoyé à votre école de liberté.

 

Aujourd’hui, vous êtes las de voir tous ces élèves appliqués autour de vous, tous ces élèves consciencieux toujours prêts à lever le doigt dans l’espoir d’une récompense, d’un bon point ou d’une image, et qui jettent à la ronde le regard satisfait de ceux qui ont compris, un œil sur vous, méprisant et arrogant, et l’autre, si doux si mielleux, vers le maître d’école ravi. Aujourd’hui vous êtes fatigué d’écouter des heures durant tous ces vieux professeurs ennuyeux qui déchiffrent avec peine leurs notes délavées par l’ennui et déchirées par les années perdues. Vous êtes fatigué de toutes ces conversations sur les cours, les notes, les devoirs à rendre pour le lendemain, de toutes ces simagrées embarrassées et inutiles.

 

Vous ignorez les raisons de votre présence ici, dans cette pension austère où chacun s’engage pour l’éternité, cloué toute la journée dans cette salle d’étude et obligé de se mettre au lit la soirée à peine commencée au lieu d’aller jouer au-dehors. Il n’y a pas de place ici pour les enfants indociles, rebelles à l’autorité du maître, qui ne pensent qu'à faire le mur pour aller courir après les étoiles. Vous avez toujours détesté votre métier d’élève. Vous avez toujours préféré rester chez vous, seul dans votre chambre, avec vos jouets, vos billes de rêves et vos poupées d’ennui. Vous avez toujours aimé jouer avec des riens. Une feuille et un peu d’encre, et vous partez pour un long voyage au pays des songes, dans le monde infini et mystérieux des mots. Et même si vos jeux n’amusent personne, et même si les adultes vous trouvent encore trop enfant, ce n’est pas grave parce que vous y croyez, vous, à ces histoires, à ces aventures enfantines où vous êtes le héros sans peur qui saute de monde en monde, de mot en phrase, toujours invincible, toujours vivant.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Quelle joie ai-je à vivre chaque jour qui passe ? Je n’ai aucune joie à vivre car je ne sais pas vivre… au fond, je ne sais et ne fais qu’essayer d’exister. Et du présent, je ne peux saisir que le sentiment qu’il m’échappe. Non, le présent ne m’a jamais exalté. Son insipidité, oui, je la connais. J’ai cette profonde et douloureuse connaissance de la routine du quotidien, avec cette absence de l’âme, ce vide et cet ennui si caractéristiques du désœuvrement existentiel. Je connais aussi cette obsession un peu folle et un peu maladive de l’avenir, et n’utilise bien souvent le présent qu’à préparer ce futur qui m’angoisse comme pour essayer d’en atténuer l’incertitude. Éternellement pris entre l’enclume (l’insipidité du présent) et le marteau (l’angoisse du futur), ma vie ne peut que crier sa douleur tant elle me confine à la souffrance de vivre, à l’éternelle insatisfaction d’être.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Il y a une grande tristesse à être au monde… une infinie tristesse ponctuée de petites joies dérisoires…

 

Il y a tant de « grandes choses » en moi… pourquoi s'acharnent-elles à sortir « si petites » ? Est-ce lié aux limites de la condition humaine ? En conserverais-je inconsciemment la plus grande part par devers moi ? Est-ce ma perception qui les déforme et leur donne un poids et une dimension qu'elles n'ont pas ? Pourquoi ces « grandes choses » ne sortent-elles donc pas à leur vraie mesure ?

 

 

L'ennui existentiel

On pourrait appeler indifféremment cet état singulier ennui existentiel ou désœuvrement métaphysique. C'est un vide que l'on porte en soi. Une absence totale de points d'accroche, de points d'attache avec la vie, avec le monde et avec soi. C'est une sorte d'abîme dans lequel le chercheur glisse assez régulièrement.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Un après-midi pluvieux. Inerte. Figé dans l’immobilité du jour. Je suis là, silencieux. Sans tristesse. Sans joie. Simplement là et sans désir. Je ne fais rien. Je n’ai envie de rien. Pas même l’envie de ne rien faire. Je regarde l’ennui qui s’est approché. Il est entré d’un pas tranquille. Il est venu s’asseoir à mes côtés. Sans rien dire, sans bouger. Je devine ce qu’il veut ; encombrer mon âme qui rechigne à se suffire d’elle-même. Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Que faire lorsque l’on est soumis ainsi au désœuvrement et à la lassitude ? Rien… seulement regarder la vie comme une offrande de chaque instant. Et, peut-être aussi, l’écrire pour mieux s’en persuader.

 

Même dans l’ennui, il ne faut jamais désespérer de retrouver l’encre noire tarie. Les mots finissent toujours par revenir. Mais ils sortent fragiles, après ce long silence, apeurés, peut-être, d’être livrés à la sauvagerie de la feuille blanche.

 

Au plus profond de l’ennui, je sais désormais que je ne serai plus jamais seul. Les mots m’accompagneront comme des amis muets, heureux de m’écouter. Ils seront toujours là, prêts à me réconforter et à me distraire. Et toujours il y aura à dire parce que je suis bavard des mots que je m’écris à moi-même.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Depuis quelques semaines, je suis sans force. Assailli par l'angoisse et le désœuvrement qui portent à son paroxysme mon dégoût des choses. Et, une fois de plus, je me sens glisser dans le creux du monde.

 

La matinée entière, je l’ai passée à relire le recueil de nouvelles écrites par un ami. J’y ai puisé un peu de vigueur qui m’a permis de traverser les heures jusqu’à midi. Le recueil achevé, je me suis replongé dans mes propres récits pour en apprécier la qualité. Ce qui aggrava mon désarroi...

 

Voilà bientôt un mois que j’ai eu la prétentieuse idée de faire parvenir l’un de mes manuscrits à quelques éditeurs. Et dire que je suis préoccupé par la manière dont seront accueillies ces pages n’est pas un vain mot. Qu’ai-je fait là, sinon me jeter avec plus de force encore dans l’angoisse ? Comme si ma démission (oui, j’ai décidé de quitter cette insipide activité où je m’enlise depuis bientôt un an) ne suffisait pas à me ronger les sangs. Mon séjour ici s’achèvera bientôt, dans quelques semaines, dans quelques mois tout au plus. Et je redoute maintenant avec d’autant plus de craintes les événements vers lesquels je précipite mon existence. Alors comme pour endiguer l’oisiveté des jours et lutter contre mon désarroi, je passe mes journées à lire. « Vagabonds » de Hamsung, « les grands chemins » de Giono. Comme si les livres qui servent, si souvent, à agrémenter l'ennui permettaient aussi de transformer l'inactivité en occupation constructive.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Le dimanche est un jour qui peut se montrer particulièrement pernicieux. A ce jour béni du repos, on y songe parfois dès lundi, s’imaginant déjà profiter de ces heures paresseuses ou programmant quelques activités plaisantes, sûr dès lors de prendre, le fameux jour, du bon temps et de vaquer enfin à ce qui nous plaît. Et lorsque arrive dimanche, on s’attelle consciencieusement aux tâches prévues, sans joie ni plaisir, en pensant déjà à lundi. 

 

(extrait) Le marionnettiste :

Certains jours, je m'ennuie. C'est comme ça. Tout m'ennuie. Les autres, ma vie, le monde entier. C'est pénible. C'est le cas aujourd'hui. Je ne sais pas quoi faire. Comme tous les dimanches, je tourne en rond dans ma chambre avec des pensées qui tournent en rond dans ma tête. Tout me fatigue. J'ai fermé la porte à clé pour être tranquille. Parce que si l'on venait me déranger, ça serait pire que tout. Dans ces moments-là, je deviens presque méchant. C'est comme une horreur que je serais obligé de faire sortir de moi. Je peux rien contrôler. Je gueule, je m'emporte, je dis des bêtises et des méchancetés que je ne pense même pas. Et ça fait mal à celui qui les reçoit en pleine figure. Et ça tombe sur n'importe qui, le premier qui passe, le premier que j'aperçois. Alors, dans ces moments-là, je préfère rester seul. Comme ça, je ne fais de mal à personne.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Depuis quelque temps, mes journées ont perdu toute consistance. Porté seulement par les contingences du quotidien et les dernières affaires à régler (avant mon départ définitif). Tant de vide et de lassitude m'épuise. Aussi, chaque soir, je dois m’allonger pour trouver la force d’amorcer ma soirée. Après ces quelques instants de repos, je parviens enfin à m’extraire de cette indolence, bien décidé à profiter des dernières heures du jour. Dernières heures du jour que je passe, depuis quelques semaines, à courir sur le sentier qui longe les rives du fleuve. Moi qui me suis toujours moqué de ces coureurs à pied, depuis bientôt un mois maintenant, je m'efforce de courir quelques kilomètres avant de céder (le plus souvent) aux plaisirs moins éreintants de la marche. Je n’ignore pas que ces sorties ne sont qu’une façon un peu lâche de quitter l'ennuyeuse quiétude de l'appartement. Je m’y astreins donc sans effort, prétextant auprès de S. une vague préparation physique en vue de la randonnée prévue cet été. Mais je sais qu’il n’en est rien. Je me résous seulement à ces courses quotidiennes pour m'extraire quelques instants de ce désœuvrement insupportable.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Si peu de choses à vivre, si peu de choses à dire. S’occuper l’esprit comme nécessité absolue pour ne pas sombrer, à nouveau, dans l’ennui. Accepter d’Être et de vivre sans ce petit rien de joie que procure l’esprit en mouvement. Accepter cet état presque végétatif. Vivre ces heures et ces jours in-signifiants. Le temps passera ; et cette fadeur de vivre aussi. L’espérance n’est pas ailleurs.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Aujourd’hui, terrible journée d’ennui. Heures vides et inutiles. 24 heures de ma vie irrémédiablement perdues. 24 heures qui n’ont servi à rien, si qui m’ont permis de m’ennuyer en pleurant sur mon sort… Ah ! La belle affaire ! Serait-ce là la seule activité dont je sois digne ? 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Parfois le vide m’étreint en arrivant sans crier gare pour passer la journée en ma compagnie. Le dimanche en particulier, ce jour si propice à l’ennui. Pourtant, à ce jour béni du repos, j’y songe souvent dès lundi, m’imaginant déjà profiter de ses heures paresseuses, ou programmant quelques activités plaisantes, sûr dès lors de prendre, le fameux jour, du bon temps et de vaquer enfin à ce qui me plaît. Et lorsque arrive dimanche, je m’attelle consciencieusement aux tâches prévues, sans joie ni plaisir, en pensant déjà à lundi.

 

Le dimanche est un jour bien traître. Aussi perfide que l’ennui qu’il amène avec lui. On s’y traîne sans savoir si l’on va s’en sortir. Et pourtant si. Lundi finit par arriver. L’ennui après l’ennui. A défaut de mourir d’ennui, cette vie est à mourir de désespérance…

 

(extrait) Le marionnettiste :

Dehors, j'entends la voix des camelots haranguer la foule des chalands qui se pressent devant les échoppes. C'est jour de marché aujourd'hui. Et les jours de marché me donnent cette occasion presque inespérée de tromper un moment mon ennui. Comme peut très bien le faire d'ailleurs la contemplation des nuages dans le ciel ou celle plus idiote des rideaux qui s'agitent quand je laisse ma fenêtre entrouverte ou celle des fissures du plafond dans lesquelles je me sens glisser vers un ailleurs plus salutaire. Mais les jours de marché, c'est différent. C'est la réalité, la vraie qui s'agite sous mes fenêtres. Je regarde tout ça, tous ces gens qui traînent leur caddie, leur gosse dans les bras, leur chien en laisse, en couple ou en famille. Tous ces gens faussement occupés qui s'agglutinent devant les stands en traînant leurs pieds et leur ennui derrière eux. J'ai un haut-le-cœur ! Je vois plus qu'un mouvement informe qui coule devant mes yeux qui ne regardent même plus la foule. Je vois plus que le grand marronnier immobile qui regarde tout ça d'un air moqueur et amusé. Je vois plus que le coin de ciel bleu et les nuages qui passent au-dessus de ma tête derrière le béton jauni de l'immeuble d'en face. J'entends les cris des enfants et des marchands forains. J'entends quelques bribes de conversations écœurantes et qui m'écœurent plus encore. Je sens tout ce flot me submerger. Et pourtant je suis là-haut, assis à ma table devant mon cahier, loin de ce monde ignoble qui me donne la nausée.

 

La critique acerbe du monde

La critique du monde est sans doute un passage obligé pour le chercheur. Comment en effet (en tout cas au début de la quête existentielle) ne pas porter un regard critique sur l'aveuglement et la bêtise du monde ? Comment se taire sans cautionner l'étroitesse, la mesquinerie et l'égoïsme humains qui s'étalent en ce monde et que l'on brandit souvent (un peu partout) comme l'affligeant étendard de l'humanité ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Les hommes m’insupportent ou m’ennuient. J’aimerais tant qu’ils m’indiffèrent. Je ne connais que trop leurs jeux stupides. C’est un misérable spectacle. Je voudrais fuir le monde pour vivre seul, seul, seul. Mais c’est impossible, je m’insupporte déjà…

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

L’après-midi touche à sa fin. Vous rentrez chez vous après avoir passé la journée à l’extérieur, trop loin de vous-même. Toutes ces heures, vous les avez employées à être là-bas avec eux, ces autres dont la présence, à chaque instant, vous encombre. Toute la journée, vous avez dû vous résoudre à rester parmi eux, à entendre leurs bruits, leurs rires, leurs bavardages. Eux, ce sont vos collègues. Et toute la journée, il vous a fallu trouver le courage, le courage un peu lâche, de ne pas vous enfuir. Et ce soir, en les quittant, la nausée vous prend. Dans votre tête, les bruits de la journée s’entrechoquent en résonnant à l’infini comme un écho démultiplié.

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Depuis 6 mois vous vivez dans cette ville. Vous y êtes venu pour travailler. Votre premier vrai travail. 6 mois d’ennui et d’apprentissage du monde. Ce que vous avez appris ? Cela tient en quelques mots : « si peu de chose(s) ». Des choses que l’on peut découvrir n’importe où, que l’on peut voir chez n'importe qui ; l'égoïsme, l’hypocrisie, la bêtise, la mesquinerie. Était-ce si important de connaître cela ? Vous ne le savez pas. Pas encore, il est trop tôt.

 

Ce « si peu », vous l’aviez déjà aperçu dans le monde, mais jamais vous ne vous étiez approché aussi près de la médiocrité humaine. Et aujourd’hui, ce « si peu », vous avez du mal à l’avaler, des arêtes d’indignation plein la bouche et cet arrière-goût d’amertume qui vous brûle la gorge. Ce que vous avez vécu ? 6 mois de faux-semblant et de simulacre. 6 mois d’une mauvaise pièce où les acteurs ânonnent leurs répliques médiocres sur une immense scène d’ennui. Ce que vous avez vu ? La peur qu’ont les acteurs de perdre leur beau rôle, la crainte qu’on leur vole le haut de l’affiche.

 

Il n’y a pas de place ici pour vous, dans cette troupe d’acteurs sans éclat, aux représentations si fades, si conventionnelles. Il est temps, à présent, de regagner votre loge, de laisser les artistes à leur mauvaise farce et à leurs jeux en bonne société. L’heure est venue de baisser les rideaux du monde, loin du cirque et de ces pantomimes ridicules, de ranger votre costume et vos accessoires pour reprendre la route, votre chemin d’étoiles. 6 mois pour comprendre que vous brûlez d’envie de rejoindre la troupe des clowns solitaires qui parcourent le monde, la troupe des clowns tristes qui s’arrêtent ici et là pour donner quelques représentations, quelques misérables spectacles qu’ils ne jouent que pour eux-mêmes et qui poursuivent leur chemin en versant des larmes de rire sur leurs joues blanches. 

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

J’ai toujours détesté les hommes. Du plus loin que je me souvienne… leur vie m’a toujours semblé sans intérêt. Tous tentent de la remplir en courant après quelques rêves dérisoires : qui une reconnaissance, qui un succès, qui un plaisir, en quête perpétuelle de petits riens dont la réussite semble étonnamment les contenter.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Une pause avec quelques personnes du service où l’on m’a affecté pour une mission spéciale de quelques jours. Aujourd’hui – mon dernier jour parmi eux – je les accompagne. Chacun prend un siège et s’installe autour de la table. On prépare le café, sort quelques biscuits et les conversations s’engagent ; le menu du déjeuner, les courses et la préparation des menus de la semaine, les dimanches en famille et les sorties dans les parcs d’attraction. Chacun alimente la discussion, évoquant ses souvenirs, donnant son avis, interrompant les autres. Les histoires personnelles se suivent dans une ronde ininterrompue de monologues entrecoupés. Tous semblent se repaître de ce tour de table informel, pas le moins du monde empêtrés dans cette caricature de la communication humaine, ni même interloqués par ce simulacre de vie sociale. Chacun semble même y trouver plaisir, dévoilant l’originalité de son quotidien ou exposant avec fierté les merveilles de son existence domestique. Parmi ces joyeux drilles en quête de bavardages – aussi stériles qu’incessants – je me sens bien ridicule, moi qui n’ai aucune histoire à raconter. Pas un seul mot. Discret comme un spectateur au théâtre qui ose à peine s’éclaircir la gorge. En les écoutant, j’ai le sentiment d’appartenir à un monde lointain. Pas si différent pourtant sauf, peut-être, pour l’essentiel... Quant au reste, il nous rapproche ; la pente de la facilité, la routine et la médiocrité. Mais jamais je n’ai pu me livrer à ces farces sérieuses où chacun espère faire impression par son jeu, son costume ou ses répliques. Cet autre en moi toujours me l’a interdit m’imposant de contempler le ridicule du monde auquel nul ne peut échapper ; que nous participions à ces bouffonneries ou que nous en soyons le spectateur embarrassé, le ridicule est toujours là, fidèle à nos vies.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Avec le soleil, les hommes ont envahi la ville, pris d’assaut la campagne. Partout, ils ont assiégé le monde. Nul endroit où me réfugier. Je les vois d’ici se répandre dans les rues, sur les chemins, submerger la terre, en couple ou en famille. Les éternelles promenades dominicales. Nonchalantes et désœuvrées. A chaque printemps, la même rengaine qui confine ma liberté à l’intérieur.  

 

Mais d’où me vient cette aversion irrépressible pour les hommes ? Et ma colère qui s’exaspère dans cette incapacité à sortir. Même ici, seul dans cet appartement, l’atmosphère est irrespirable.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Sur un parking désert, près des quais. Accoudé à la balustrade, je regarde l’étroit bâtiment qui surplombe une immense place. Le long mur vitré dévoile l’intimité des foyers, la vie familière des familles. J’observe la façade illuminée qui expose au monde les secrets des hommes. Les uns dînent, penchés sur leur assiette, d’autres, confortablement installés dans un fauteuil, regardent la télévision. D’autres discutent autour d’un verre. D’autres encore rangent, nettoient, lisent et que sais-je encore. Mais tous étalent une parcelle de leur vie – si maladroitement abrités derrière ce grand mur transparent. Et, chez eux, je ne perçois rien d’extraordinaire. Comme si nous avions tous la même existence. Des vies banales et insignifiantes...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Je regarde ce monde étranger. Je regarde les hommes qui y vivent. Que font-ils ? A quoi aspirent-ils ? A la vie des champs, hors des sentiers battus de la ville ? A la liberté, loin des carrefours oppressants où s’agglutine la foule ? Non, ces hommes-là ont des vies rudimentaires et archaïques, limitées aux besoins essentiels ; manger, boire, dormir, se reproduire, se divertir, s’enivrer et se donner quelques plaisirs frustres et grossiers. Voilà les seules activités dans ce monde ! Triste univers que celui-ci ! Pauvre et affligeant où toute délicatesse est exclue, interdite toute pensée, bannie toute subtilité, inexistante toute évolution. Un monde figé dans la terre, un monde de mâles au cœur rude et insensible, un monde immuable depuis la nuit des temps et qui le restera, sans doute, à tout jamais.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Ce jour-là, je ressentis pour la première fois une inclination totale et absolue à la misanthropie. La crise passée, je t’en avais fait part. Et tu m’avais parlé, je m’en souviens, de crise misanthropique profonde. Tu avais vu juste. Quelque temps plus tard, j’ai ressenti la nécessité d’occuper cette place de misanthrope à plein temps, de me consacrer entièrement à cet emploi de spectateur du monde solitaire et enragé. C’était là un sentiment si fort que rien, je crois, n’aurait pu m’en détourner. Et dans cet élan qui, chaque jour, m’éloignait davantage des hommes, un détachement bien heureux de la chose matérielle m’avait, à son tour, pénétré, m’exhortant à ne plus toucher à rien qui put avilir mon rôle de contemplatif sardonique et solitaire. L’art se devait d’être alors mon unique souci et ma seule nourriture. Je me souviens de tes moqueries quant à mes ambitions misanthropico-artistiques. Pourtant, inconcevables me paraissaient le moindre effort, la moindre tentative d’agir autrement avec et en ce monde. Et ne parlons pas de celle de participer à sa marche stupide ! J’avais fait le deuil de ces misérables activités humaines. Oui, mon cher I., j’avais définitivement renoncé à cette incommensurable médiocrité. Planant au-dessus de la masse affligeante des hommes.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Autrefois les hommes étaient abrutis par le travail. Aujourd'hui, ils sont abrutis par les loisirs et les distractions. Quand les hommes apprendront-ils enfin à s'affranchir ?

 

S'il était naturel, en ce monde, de naître avec 2 grandes ailes, 4 longues jambes, 4 bras puissants, un esprit et un cœur larges, profonds et ouverts, la condition humaine (avec ses 2 jambes et ses 2 bras tout bêtes, son esprit étroit et superficiel et son cœur fermé) nous semblerait une véritable infirmité.

 

Les Hommes sont d'étranges aventuriers. Ils partent à la découverte de contrées lointaines, s'aventurent dans le cosmos et l'univers mais éprouvent les plus grandes réticences à explorer l'espace qui les habite.

 

Les hommes cherchent des modèles (des maîtres, des experts, des professeurs) et des réponses toutes faites pour être guidés vers le bonheur, la sagesse, la vérité. Le mimétisme est le signe d'une grande puérilité et d'une affligeante paresse. C'est se méprendre sur la quête. Nul effort ne peut être épargné à celui qui chemine.

 

Les nourritures existentielles

Les nourritures existentielles s'avèrent totalement indispensables au chercheur. Elles lui permettent d'alimenter substantiellement sa quête. Elles lui sont absolument vitales. Aussi est-il à l'affût de la moindre nourriture... celle qu'il trouve dans les livres et les rencontres, dans l'art et la vie même... partout où son regard et son esprit se posent et se laissent aimanter.

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Au plus profond du doute, toujours vous allez vers les livres. Vous allez à leur rencontre y trouver le salut de votre âme. Dans ces instants d'errance, souvent vous prenez un livre au hasard dans votre bibliothèque. De tous ces livres, votre vie s’est nourrie. Et presque tous ont marqué votre esprit au fer rouge de leurs vérités. L’empreinte y est encore gravée comme la marque d’une appartenance, la seule qu’il vous soit possible de revendiquer.

 

Du plus loin qu’il vous souvienne, vous êtes toujours entré en lecture comme l’on entre en religion, avec foi et renoncement, en ouvrant chaque livre comme si vous poussiez la porte d'une petite chapelle et en effleurant les mots comme les grains d’un chapelet de vérités infini.

 

Chaque livre vous offre ainsi sa force, la force de poursuivre votre chemin de vie et la lecture de vos années. Chaque livre imprime en vous ses lettres de noblesse, vous livrant ses mystères et vous divulguant, au fil des pages, vos propres secrets. Par chaque livre vous êtes touché, touché par la grâce de ses vérités qui réchauffent votre âme frigorifiée par la froideur cinglante du monde.

 

En général, vous ouvrez un livre au hasard, vous laissant guider par les phrases qui s’offrent à vous. Et, souvent, les premiers mots suffisent à ranimer votre foi chancelante. Vous les laissez pénétrer votre cœur, espérant qu’ils s’y agrippent pour le remplir de l’amour qu’il vous manque. Il arrive pourtant qu’aucune phrase ne parvienne à gravir votre souffrance, à se hisser jusqu’au cœur du mal, à franchir les portes de vo-tre foi vacillante. Avec l’habitude, d’un seul regard, vous sa-vez si une phrase sera assez généreuse pour vous réconforter et vous laisser puiser en elle le sang qui fera renaître votre foi agonisante comme la promesse d'un avenir plus clair.

 

Mais, parfois, vos livres sont impuissants à apaiser l’incertitude, alors vous les quittez pour aller vous réfugier dans une petite librairie du centre-ville, découverte par une après-midi pluvieuse, une de ces journées sombres où votre âme, dans son égarement, cherchait une petite église déserte pour y retrouver la force de croire. Dans cette librairie, vous y entrez avec respect et recueillement. Vous en poussez la porte avec précaution en prenant soin de la refermer sans bruit derrière vous. Vous aimez à y déambuler à votre aise, aux heures où les fidèles, trop fiers de leur foi ostentatoire, l’ont désertée. Vous avez toujours détesté ces bigots prêchant aux infidèles, leur missel sous le bras. Vous avez toujours préféré les impies à la foi hésitante qui blasphèment de temps à autre, incertains du Christ et des Évangiles et qui s’égarent de religion en athéisme, de certitude en défaillance. Vous vous sentez si proche de ces compagnons de souffrance, de ces frères de misère qui avancent avec tant de maladresse sur leur chemin de vérité. Une fois entré dans cette librairie, dans ce havre de lecture, vous laissez votre regard contempler ces murs fragiles, construits dans la foi, mot après mot, phrase après phrase, dans un mélange de doute et de certitude, vous regardez avec ferveur ces murs bâtis dans la quête de soi comme une recherche éternelle de Dieu. Vous pouvez y passer des heures entières entre la prière et la méditation examinant ici un ornement, là une œuvre magistrale car ici, comme dans toutes les librairies et les bibliothèques du monde, dans tous ces temples sacrés, il n’y a pas un Dieu unique et tout puissant, mais des milliers, des millions crucifiés sur la croix de l’ignorance, abandonnés à l’indifférence et à la bêtise des hommes et offerts à ceux qui recherchent la vérité. Ici, comme dans tous les panthéons du monde, reposent des milliers, des millions de Bibles, toutes semblables dans leur recherche du divin et pourtant, à chaque fois, uniques, irremplaçables, différentes par les chemins célestes qu’elles empruntent. Dans ces cathédrales de l'esprit et de la pensée, vous aimez à vous recueillir en livrant votre âme à la prière. Ainsi, de livre en livre, vous poursuivez votre chemin de croix comme une longue route vers vous-même.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

J’ai toujours aimé l’acte de lire, me nourrir de la vérité des mots. Les avaler avec goinfrerie, et puis laisser faire le lent travail de la digestion. Jusqu’ici peu de livres – bien trop peu de livres – ont alimenté ma vie, forçant mon destin, poussant mes choix vers les jours, les mois et les années à venir. Pourtant, voilà quelque temps, j’ai découvert Christian Bobin. Au début, rien. Trop de poésie, trop de saveur. Puis, un jour, tout, enfin presque tout, et très vite quelques livres lus dans la foulée, avec bonheur et intensité.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

J’écoute la parole de Bobin. Sa voix enregistrée sur une mauvaise bande me délivre de ces tristes figures. Et je suis ébloui par tant de clarté, ébloui par cette voix qui me parle et me découvre ; la vie tranquille, paisible, calme. Peu de rencontres, peu de visages. L’entêtement enfantin, laisser ce qui dérange, ce qui nous attriste et nous blesse. Le bonheur d’écrire pour espérer combler la faille qui nous sépare du monde et nous éloigne de nous-même, le bonheur d’écrire pour emplir la brisure de notre vie, le bonheur d’écrire pour donner aux insignifiances, à toutes nos insignifiances, la noblesse d’une reine couchée sur le drap d’une feuille blanche.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Ouvrir un livre comme une porte sur le monde, une fenêtre sur la vie, un passage qui déboucherait sur soi.

 

 

La quête d'un équilibre

L'équilibre est une aspiration centrale du chercheur existentiel. Il demeure à ses yeux un idéal qui lui permettrait de concilier ses nécessités intérieures et la réalité du monde. Il représente sans doute pour cet être de l'entre-deux, toujours insatisfait et vacillant, une possibilité de donner à son existence une réelle dimension protéiforme.

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Un samedi après-midi. Premier jour du week-end, premier espace de temps libre où les heures s’étirent, interminables, comme un long soupir d’ennui, un immense bâillement de paresse. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, le samedi est le premier jour de votre semaine, celle qui compte, celle qui vous permet d’exister entre deux longs week-ends de travail inactif. Le week-end, c’est 5 jours pour rien, juste de quoi vivre – juste de quoi assurer le vivre – une misère de jours, un gaspillage inepte du temps.

 

Pour les sans-travail, ces pestiférés du monde, la plaie est différente, la souffrance est ailleurs, dans l’abondance de temps, dans cet excès de temps désœuvré qu’ils vivent jusqu’à l’écœurement. Ceux-là souhaiteraient sûrement voir leurs journées asservies par la contrainte, par le poids d’une activité, n’importe laquelle, mais qui leur redonnerait le leurre d’une place – même minuscule, même infime – dans le regard du monde.

 

Mais pour vous, comme pour bien d’autres, ces frères solitaires, ces chercheurs de contrées radieuses, le samedi est un jour de liesse, un jour de labeur et de joie où vous allez aux champs les outils à la main et le cœur léger comme un paysan heureux de retrouver la terre de ses pensées, libre de débuter son ouvrage où bon lui semble, libre d’écouter le chant des oiseaux, libre enfin de laisser à demain ses travaux pour aller flâner sur les chemins alentour, contempler la beauté du monde et y cueillir quelques idées comme un bouquet de fleurs sauvages. Le samedi est pour vous un jour de labeur paresseux, un jour de paresse laborieuse où vous laissez filer le temps, votre filet à papillons sur l’épaule pour attraper les idées légères qui traversent votre vie. Vous les attrapez encore avec maladresse, soucieux, pourtant, de ne pas meurtrir leurs ailes fragiles. Vous les regardez un instant puis vous les relâchez. C’en est assez pour les croquer sur votre petit carnet. Voilà votre travail ! Vous êtes paysan, collectionneur de papillons, laboureur de pensées et croqueur d’idées futiles. Et le reste de vos jours, vous vous reposez à votre bureau en rêvant à ces terres promises, à ces baisers volés aux fiancées volages de vos semaines.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

J’attends ta lettre désespérément. Ici, rien n’a changé. Je suis toujours en proie à cette effervescence, courant tout le jour, happé dans un tourbillon stérile et superflu. Cette décision soudaine de m’investir dans le monde me met décidément bien mal à l’aise. Les luttes intestines dont je te parlais continuent de m'accabler. Je suis toujours écartelé entre la nécessité de vivre et ma volonté d’exister. Si tu savais comme j'aimerais retrouver ces jours tranquilles et vagabonds pour explorer l'existence. Si tu savais comme j’aspire à cette vie de création, à ce rôle d’estivant qui musarde la tête hors du monde ! A cette vie inspirante et inspirée !

 

Je me sens si malheureux, mon cher I., de ne pouvoir me consacrer à ce qui me semble si essentiel en cette vie. Comment pourrais-je dès lors trouver le courage de m’engager dans une autre activité ? Comment pourrais-je devenir actif, efficace et professionnel dans un autre emploi (forcément détestable à mes yeux) ? Comment pourrais-je m’y résoudre ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Aujourd’hui, je songe à cette existence-là, simple et joyeuse, ancrée dans la vie, enracinée dans le sol, légère et rude, si éloignée de la vie citadine dans laquelle j’ai toujours vécu. Oui ! Aujourd’hui, je sens venu le temps de déblayer ma vie de tout l’inutile qui l’encombre ; la pesanteur de ce travail de bureau, les chaînes de cette vie sociale, tout ce ramassis d’obligations auxquelles je me suis insidieusement soumis. (…) Demain, ma vie – je le sais – courra dans les champs de l’écriture, entourée d’animaux, entre le ciel et la terre, loin des villes et loin des hommes. Et derrière ce rêve, j’entrevois le pluriel de la vie auquel mon âme entière aspire ; les journées de labeur qui vous apportent le pain et la joie auprès des bêtes, ensoleillées de quelques heures d’écriture. Le retour au rire et à la légèreté pour me guérir de la gravité et du sérieux de ces trop sombres années. 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Pourquoi cette nécessité de nourrir ma vie dans cet équilibre fragile, toujours fluctuant, que chaque jour il me faut reconquérir ? Pourquoi cette dualité si forte des aspirations ? Comme si mon existence était scindée, compartimentée, avec des journées plurielles, une vie plurielle. Des années partagées, cloisonnées, quelques mois en autarcie, replié sur soi, et le reste du temps, plongé au cœur du monde, immergé dans le tumulte de la ville. (…) Pourquoi ce besoin d’intellectualiser mon quotidien ? Et pourquoi celui de pragmatiser mes réflexions ? Pourquoi cette nécessité de relier les deux de manière équilibrée et cohérente ?

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

A présent, vous êtes chez vous. Les bruits se sont dissipés, lentement remplacés par le vide et le silence. La soirée est maintenant avancée et vous avez le sentiment qu’il ne vous reste que quelques miettes, quelques miettes de temps. Et vous avez faim de vivre, vous avez faim de vous-même. Mais comment apaiser cette faim avec quelques miettes ?

 

Votre esprit ne peut ignorer que vous ne lui accordez que les restes d’un mauvais plat. Alors pour le contenter, vous vous mettez à chercher, à fouiller dans les tiroirs de votre âme. Vous les sortez, vous les retournez, vous les secouez. Et que trouvez-vous ? Le silence et un amas de bruits inutiles, échos agonisants de cette journée si mal employée. Alors, vous faites l’inventaire et vous rangez, vous séparez les bruits du silence pour découvrir, caché derrière cet amoncellement écœurant, un ravissement savoureux recroquevillé sur lui-même.

 

Depuis longtemps la nuit est tombée lorsque vous vous asseyez à votre bureau. Vous avez pris soin auparavant de disposer une belle nappe à carreaux sur la table de vos rancœurs. Tout est prêt. Votre repas sera frugal, frugal mais d’une exquise saveur. Ce soir, vous dînerez de rêves retrouvés que vous déposerez sur l’assiette blanche de votre cahier.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Ce matin, je fus envahi par une étrange impression. Celle d’être écartelé par deux nécessités contradictoires. Comme si toutes deux m’imposaient de les satisfaire simultanément. Comprends-tu mon désarroi, mon cher I. ? Comment peut-on être à la fois l’acteur et le spectateur de ce monde ? Comment peut-on à la fois gagner sa vie et trouver le temps d'exister ? Tu sais bien que c’est là chose impossible. Alors pourquoi ces deux nécessités s’acharnent-elles ainsi à vouloir cohabiter ? Réponds-moi, je t’en prie. J’attends ta réponse avec impatience.

 

 

L'irrépressible nécessité d'avancer

Tout chercheur existentiel aspire à progresser dans sa quête. Il lui faut avancer coûte que coûte. Nulle place pour l'immobilisme. Cheminer est à ses yeux son seul salut et son unique dessein. 

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Tu n’es pas sans savoir, mon cher I. que la vie a toujours été, à mes yeux, un chemin (chemin de croix et d’ornières) sur lequel chaque jour il me fallait avancer. Et aujourd’hui, je me sens bien désemparé face à cette impérieuse nécessité que je ne comprends plus guère et qui me pèse bien plus qu’autrefois. (...) Et tu sais bien, mon cher I., que je préférerais mourir plutôt que renoncer à cette absurde quête de sens. Tu comprendras donc qu’il me soit impossible de me délecter par désespoir des maigres plaisirs que cette vie peut m’offrir. Et je désespère de cette impossibilité.

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Ce soir, vous peinez à écrire comme si chaque mot ravivait votre plaie de vivre ; comme une brûlure sur votre joie. Depuis quelques jours, vos journées sont vides et vous êtes incapable de remplir la page blanche du soir.

 

Depuis toujours, vous allez ainsi, dans la vie comme dans l’écriture, d’un mot à l’autre, d’une histoire à l’autre, avec peine, en cherchant vos mots, en cherchant votre vie, poussé par cet impérieux désir d’en venir à bout. Mais cette recherche est sans espoir car les mots et la vie filent entre vos doigts, insaisissables, comme un ruisseau de liberté qui refuserait d'achever sa course dans l’océan noir de vos pensées. 

 

Depuis quelque temps, la vie ne nourrit plus vos jours et les mots n’apaisent plus votre faim de vie. Pour vivre des mots, vous avez oublié les mots à vivre. Et vous vous égarez dans les mots comme dans la vie. Alors, sur la page blanche, vous rayez les mots comme des amis inutiles, incapables de vous réconforter. Avec eux, vos rencontres s’espacent puis s’estompent. Et vous restez ainsi cloîtré dans l’absence, dans votre chambre de solitude, au seuil de la vie, au seuil de l’écriture.

 

Puis, un jour, d’autres mots, d’autres amis surgissent. L’écriture revient et la vie réapparaît comme si elles refaisaient surface, comme si elles remontaient des abîmes de l’absence, l’absence qui nourrit l’oubli. Puis, vous oubliez l’oubli. Et, de nouveau sur la page, vous écrivez quelques mots pour témoigner de votre vie. Ainsi, jour après jour, vous poursuivez votre chemin de vie en noircissant vos pages de mots.  

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Mes journées sont vides, mais je me refuse à tomber dans la léthargie. Du désœuvrement, je sombrerais dans le néant. Et mon esprit, même affaibli par la fièvre, ne saurait être dupe. J’imagine alors que je me laisserais doucement dériver vers la mort, comme un homme tombé à la mer qui se sait irrémédiablement perdu. Non, je préfère me résigner à ce rôle de naufragé, agrippé à son embarcation de fortune, construite avec quelques débris de son passé. Oui ! Mon existence ressemble à celle de ces naufragés accrochés à un morceau d’épave de leur enfance, sur le point d’être engloutie par les vagues de la mélancolie, avec le faible espoir de découvrir une île dans cette immensité hostile. Pourtant, je n'ai qu'un seul rêve ! Rejoindre une terre d'espérance et m'y échouer pour faire entrer mon âme en convalescence. Mes forces revenues, je me sentirais alors le courage de partir à la découverte de ce nouveau territoire pour y dénicher quelques trésors. Tel un Robinson heureux, remerciant le ciel d’avoir échappé à son destin de matelot et bénissant la terre de s’être soustrait à son destin de naufragé. Enfin, je pourrais apprendre à vivre seul sur cette île, face à mes incertitudes et à mes faiblesses, puis je les apprivoiserais pour vivre en leur compagnie. Et encouragé par ces nouveaux compagnons de silence et de solitude, peut-être finirais-je par trouver la paix et la joie et m'installer durablement dans cet havre qui me protégerait du monde et de moi-même... comme un pas supplémentaire vers la contrée radieuse de mon existence. 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

L'étrange sentiment d’avoir enfin trouvé sa voie. Et, aussitôt, la peur qui m’envahit, cette peur indicible de ne plus avoir envie de faire autre chose. La peur d’être heureux et d’aimer faire ce que l’on fait. La peur d’y consacrer sa vie entière, celle de s’y consacrer chaque jour avec plaisir, de se lever chaque matin avec cette joie farouche qui vous envahit et de rentrer chaque soir avec cette fatigue sereine et heureuse. La peur de cantonner son existence au travail, aux tâches domestiques et à quelques triviales distractions… Quelle tristesse, cela serait ! La peur de perdre cette soif de soi, de renoncer à cette quête du sens de la vie qui m'habite depuis si longtemps. La peur de voir disparaître celui que je suis et celle de devenir un autre que j’ignore et que je méprise déjà.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

J’éprouve comme un irrépressible besoin de pluralité, un besoin de goûter tous les univers du monde, un peu ici, un peu ailleurs, un peu plus loin, là-bas… Expérimenter la vie, découverte après découverte, avec cette angoisse, cette joie et cette tristesse si caractéristiques du voyageur. M’emplir d’existences, de richesses et de malheurs pour me fortifier et avancer vers moi-même.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

J’éprouve l’irrépressible besoin de nourrir mon esprit. A quoi bon pourtant ? M’arrive-t-il parfois de penser. Pourquoi satisfaire cette nécessité ? Et aussitôt, je songe à ces hommes qui m’entourent ici, englués dans leurs instincts. Serait-ce pour ne pas devenir comme eux ? Pour ne pas m’animaliser ? Pour ne pas sombrer dans cette ardeur bestiale qui seule semble les animer ? Pour ne pas devenir un « estomac sexuel » et aller au-delà des besoins les plus élémentaires. Oui, pour exister et construire sa vie par-delà le plaisir, le divertissement et la faim. Pour bâtir ses piliers existentiels sur d’autres valeurs plus élevées et plus nobles. Oui, résonne en moi cette impérieuse nécessité d’aller plus loin, d’aller plus haut, de franchir mes propres frontières que je franchis pourtant presque toujours avec peine comme si je n'étais pas totalement persuadé du bien-fondé de cette démarche, démarche incomprise, incompréhensible par le monde, par mes proches et mon entourage qui semblent limiter la vie aux contingences quotidiennes et matérielles. Mais la vie peut-elle se limiter à ces « choses si prosaïques » ? N’avons-nous pas besoin d’autre chose ? N’y a-t-il pas un autre sens à découvrir, à atteindre, à suivre et à vivre peut-être ? Oui, un sens à vivre tout simplement.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

L’absence de réflexion et le refus de toute forme d’évolution engendrent un repli sur soi et une consolidation des convictions que l’on érige alors en principes absolus, inaltérables, vice rédhibitoire à la compréhension de l’Autre. Ces Autres qui forment le reste du monde, leur existence, leurs idées, leurs actes, tout cela est alors rejeté avec violence. Beaucoup d’hommes sont ainsi. Des esprits figés, prisonniers de leurs pensées étroites. Des esprits immobiles enlisés dans leurs médiocres et fallacieuses vérités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Les années passent comme les jours, insoucieuses de nos déboires, en traçant ce chemin que nous suivons pas à pas et où je chemine aujourd’hui comme un automate aveugle et ignare. Où et quand ce chemin s’arrêtera-t-il ? « Tais-toi » me dit une voix, « tais-toi et marche ! ». Je me tais et continue de marcher, le pas résigné et songeur, continuant d’hésiter à chaque carrefour.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Si l'on demandait à chacun de dessiner la carte des souffrances et des bonheurs humains, nul ne s'entendrait ni sur les territoires ni sur l'itinéraire pour traverser l'existence sans encombre.

 

Il y a dans la vie de chaque Homme, des parcelles de bois sombres, des clairières lumineuses, des coins de terre obscurs et des bouts de ciel bleu, une infinité de paysages inexplorés. Le vrai voyageur quitte sa demeure pour aller arpenter ce monde.

 

 

Le sentiment de différence

Le chercheur existentiel se sent foncièrement différent de ses congénères (sans l'être véritablement, bien sûr). Il a le sentiment que ses aspirations et ses centres d'intérêt sont peu partagés par les autres hommes. Le plus souvent, il se croit seul à poursuivre une telle démarche et pense que ses questionnements existentiels et son itinéraire de vie sont assez singuliers...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Conversations entendues cet après-midi au café, à la table voisine où étaient assises trois jeunes femmes. Très vite, on comprend. Un travail, un mari, des enfants. Souvent, on emplit sa vie ainsi, malgré nous, trop écrasé par les conventions. La normalité comme seule possibilité, avec dans la voix cette légère intonation qui trahit notre résignation forcée. Comme si nous n’osions dire qu’à demi-mot : « Que voulez-vous ? C’est ainsi… »

 

Pourtant, en général, nous nous félicitons tous de ce bonheur sans grâce, trop faibles ou trop lâches pour y renoncer, trop effrayés peut-être d’envisager une autre voie. Nous préférons nous enfoncer dans le fauteuil confortable de la routine, nous laissant bercer par la mollesse des jours et des années, où chaque matin le corps devient plus difficile à mouvoir. Le temps passe. Et les déplacements se font de plus en plus rares. Et, bientôt, on ne quitte plus son foyer que pour aller au travail ou au centre commercial, puis on retourne chez soi dans l’inertie du quotidien. Incapable de courir vers d’autres horizons, trop effrayé de renoncer à cette vie confortable qui bâillonne pourtant nos désirs et nous cantonne à une existence de plus en plus étroite. Qu’il est difficile d'aller vers l'inconnu, de trouver le courage de vivre ses rêves, de s'engager sur des chemins de traverse. Il est plus aisé de s'enfoncer dans cette impasse du quotidien, y ajoutant chaque jour, quelques pavés pour, le lendemain, y poursuivre sa route. Mais on a beau reculer indéfiniment la fin de ce chemin, il n’en demeure pas moins une voie sans issue.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Flot submergeant de citadins, pour la plupart employés de bureau. Tous les voyageurs semblent se connaître. Conversations futiles et rires convenus. De quoi parlent-ils ? Famille et travail, sans exception. Qu’ils me semblent étriqués et peu naturels, engoncés dans leur costume, avec leur eau de toilette bon marché, leurs cheveux soigneusement coiffés, si propres sur eux pour rejoindre leur bureau. Je détourne la tête pour regarder mon reflet dans la vitre. Et j’y vois un homme aux vêtements froissés, aux cheveux hirsutes, à la mine fatiguée qui rêve déjà à ses prochaines aventures campagnardes, saines et aérées, loin du monde et de toutes ces existences écrasées par les conventions sociales.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Le train me ramène vers P.. Paysages vallonnés où paissent quelques troupeaux. La rame est bondée. Beaucoup d’hommes d’affaires. Tous portent le même costume. Sombre, strict, impeccable. Les mêmes souliers de cuir noir. Les mêmes chaussettes grises. Seule la cravate les différencie. Colorée, vive et joyeuse, choisie dans un médiocre élan d’originalité. Sur le visage, le même sourire. Faussement naturel, exagérément courtois. Le même regard satisfait et suffisant où brille une lueur trop forte, exagérée d’arrogance et d’orgueil. Mais sous la pellicule de fierté, on perçoit le vide et la tristesse. Et tous peinent à cacher cet abîme effrayant, cette fissure qu’ils ont creusée au-dedans, et dans laquelle ils se sont enterrés. Je les regarde avec pitié et je pense à mon existence, à ce qu’elle sera et à ce que je souhaite lui offrir, m’imaginant déjà là-haut, seul, loin de ces regards trop pleins d’eux-mêmes.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Décalage. Décalage entre eux et moi. Gigantesque et imperceptible décalage. Comme un immense abîme, comme une mince frontière qui nous sépare. Tout respire notre dissemblance, si visible. (…) Avec eux, j’hésite entre l’indépendance et les rapprochements maladroits dans une sorte d’atermoiement un peu lâche, sans me résoudre à opter pour la liberté ou l’intégration, pris entre les feux de la solitude et de la compromission. Entre ostracisme subi, rejet réciproque et exclusion volontaire. J'aimerais pourtant que les autres acceptent ma singularité ; comme si j'aspirais, au fond, à être reconnu comme membre indépendant de ce collectif...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Brusque énervement face à cet univers, à son ignorance incurable, devant ce mur de stupidité érigé en rempart infranchissable. Et, pourtant, je me tais. J’écoute simplement ces hommes qui haïssent la différence, animés par une sorte de peur instinctive. Non, ici comme ailleurs (et, peut-être même, davantage ici qu'ailleurs), jamais la différence n’est comprise et plus rarement encore acceptée. Les hommes préfèrent camper sur leurs maigres certitudes – étroites et rassurantes.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Fuir le monde, la vie courbée, assujettie à la fadeur des rapports humains et à la prédominance des fonctions sociales qui écrasent et anéantissent les êtres. Soumis et obéissant. Jamais. J’aspire trop à la liberté. A conserver cette liberté de penser, d’agir, d’exprimer, cette liberté de vivre et d’exister. Oui, la liberté d’exister tout simplement. Je ne revendique rien d’autre que cette liberté, rien d’autre que ce droit à la non-appartenance, que ce droit à la différence dans ce monde où toutes ces choses sont ignorées ou méprisées ; dans ce monde où tous ceux qui cherchent à vivre hors des sentiers battus subissent, peu ou prou, l’ostracisme de la masse qui perpétue et propage la maladie de la normalité. Normalité si louable à leurs yeux, si obsolète et si écrasante pourtant... Non, je ne revendique rien d’autre que cette liberté d’exister autrement et de vivre ma différence.

 

 

La solitude

Le chercheur existentiel est un être foncièrement solitaire. Sa quête l'exige... et son sentiment de différence le soumet souvent à cette solitude. Malgré la souffrance qu'elle peut parfois engendrer, elle demeure sans doute sa meilleure amie et sa plus fidèle alliée.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Le vent s’engouffre par la fenêtre entrouverte. Dehors, le mauvais temps rugit, abattant sa colère sur le monde. Je contemple la course folle des nuages sur l’horizon. Ils passent devant la fenêtre en un éclair et disparaissent aussitôt derrière le mur du ciel. Ballottés par la furie du déluge, les arbres se penchent dangereusement. 

 

J’aime ce temps. Lourd, triste et impétueux qui s’abandonne à son irritation comme s’il faisait écho à mon propre mécontentement. Il sait que son humeur fâcheuse nous déçoit et nous malmène, mais il ne s’en soucie guère et s'adonne sans scrupule à ses inclinaisons orageuses. 

 

Depuis vingt jours, il pleut. Une pluie bienfaitrice qui redonne à la terre son pur visage. Une colère du ciel qui révèle le vide du monde. Les hommes se cachent, terrés chez eux, à se lamenter de cette pluie ininterrompue. Je les vois derrière leurs murs, à l’abri du ciel ombrageux, trompant leur ennui devant les éclairs bleutés de leur téléviseur. Je les imagine protégés derrière leurs rideaux à maugréer contre l’impossibilité de sortir, obligés de différer leur promenade désœuvrée dans les rues marchandes du centre-ville.

 

Vingt jours de pluie qui ont débarrassé les rues de l’impureté des foules et de leurs courses stériles, et autant de jours où je me suis purifié de la saleté du monde. Vingt jours de désert abandonnés aux rares amoureux de la pluie. Chaque jour, je pus ainsi déambuler sur les trottoirs déserts de la ville et récolter cette pluie de printemps comme de l’or tombé du ciel. Vingt jours pendant lesquels je pus aller sur les voies tranquilles, l’esprit avide d’orage et de solitude, le cœur joyeux dans cette tourmente des paysages. Heureux de me retrouver enfin seul au milieu du monde.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Chaque soir, je rentre par le petit sentier qui mène au cabanon. Je regarde le soleil se coucher derrière les collines en illuminant, à cette heure du jour, le ciel de cette lumière bleue orangée si particulière. Ma journée s’achève ainsi à la nuit naissante. Je rentre chez moi. Loin des bruits de la ville, loin du monde et de sa vaine agitation, loin de toutes ces exubérances citadines. Je rentre chez moi, sale, puant et fatigué, mais heureux. Heureux de cette journée et de ces quelques lignes que j’écris chaque soir sur mon cahier. Heureux de cette vie de labeur rude et authentique. Heureux de cette solitude et de cet isolement. Heureux d’être seul au monde avec ma vie et mes vérités, sans l’Autre qui n’a pas de place ici. Ici, où je n’ai aucun compte à rendre excepté à moi-même. Oui, j’aime cette existence. Cette existence sans fard, loin de la superficialité de mes congénères. Cette existence qui embrasse la réalité nue et parfois cruelle de la nature, à mille lieues de la barbarie insidieuse du monde qui cache si souvent son nom, sa violence et sa perfidie pour mieux tromper les hommes.

 

(extrait) Le marionnettiste :

On a beau dire, on est tout de même bien seul. Même ici, avec les miens. J'ouvre le cahier. J'écris : on a beau dire, on est tout de même bien seul. J'hésite à écrire avec les miens. Je ferme le cahier. Non, je ne peux pas écrire avec les miens. Jamais personne ne m'a appartenu et jamais personne ne m'appartiendra. Je suis ainsi. Seul et sans attache. Moi qui étais si possessif. Je me demande pourquoi ça a disparu. Je réfléchis. La déception causée par ceux qui ont partagé ma vie ? C'est idiot ! On finit toujours pas décevoir et par être déçu. Je n'aime pas ça. Mais qui aime ça ? Personne, je crois. J'ai appris à ne plus avoir envie de décevoir ni que l'on me déçoive. Je préfère rester seul. C'est dur. Très dur. On souffre beaucoup. Parce que les autres ont tellement de bonnes choses à nous offrir.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Les heures paisibles de la mi-journée. Les heures méditatives et sereines. Les longues heures de solitude à écrire, à rêver et à se laisser lentement imprégner par la beauté sauvage du monde. Loin de la férocité citadine, dans mon refuge solitaire. Si loin de cette société cruelle, machine à broyer les hommes et à anéantir les vies, machine à asservir le monde. Ici, je suis libre et seul. Seul, libre et soumis aux exigences de cette liberté que j'ai choisie autant par goût que par nécessité. Fuyant la solitude au milieu des hommes pour la rudesse de cette existence simple, belle et authentique. 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Nous sommes seuls. Évidemment, nous sommes seuls. De la naissance à la mort. Et on a beau chercher un peu de compagnie pour égayer notre existence, que peut la présence d’autrui face à notre solitude ? 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Aux yeux du monde, le solitaire est sans doute l'individu le plus suspect qui soit. On le perçoit sûrement comme un homme indigne de toute compagnie. Mais pourquoi ne s'interroge-t-on jamais sur l'indignité de toute compagnie ?

 

Nous sommes tellement prisonniers de notre vie, tellement occupés par nous-mêmes que nous avons toutes les difficultés du monde à accorder une place réelle à ceux qui vivent avec nous (nos proches), à accueillir ceux qui vivent à nos côtés (amis, voisins) et à ouvrir la porte à ceux que nous croisons (connaissances, passants, inconnus).

 

Notre vie est une étrange synthèse, un étonnant mélange d'un trop-plein de soi et d'un immense désert de l'Autre.

 

Nous n'accordons souvent une place aux autres dans notre vie que pour emplir un espace que nous ne savons ou ne parvenons pas à combler nous-mêmes.

 

Vivre, c'est marcher seul dans un désert peuplé d'ombres. Et lorsqu'il nous arrive de nous cogner contre elles, on s'en trouve déboussolé, désorienté, ne sachant plus quel chemin emprunter…

 

Notre vie est souvent une terre aride, impropre à faire naître (et croître) toute rencontre.

 

Nous ne rencontrons jamais personne. Le plus souvent, nous ne croisons que des fantômes égarés qui se fuient eux-mêmes et, au mieux, des fantômes affamés qui errent dans le monde à la recherche d'eux-mêmes.

 

Dès qu'il sortait de chez lui, il revêtait une carapace de froideur arrogante pour ne laisser entrer le monde dans son cœur. Car il en avait toujours eu très peur et il rêvait secrètement depuis l'enfance que ceux qu'il croiserait se cogneraient contre cette paroi glacée et finiraient par glisser à ses pieds. Mais c'est toujours l'inverse qui se produisait. Tous le fuyaient comme l'abominable, l'infréquentable homme des neiges. Et il mourut seul enseveli sous des tonnes de glace.

 

Lorsque je me sens fragile et vulnérable, je reste chez moi, le cœur recroquevillé sur ma table de travail. Ces jours-là, il arrive (pourtant) que la vie se bouscule devant chez moi, frappe à ma porte, m'appelle par la fenêtre et je fais comme s'il n'y avait personne, je me cache, la tête tapie sous mes feuilles de papier et j'attends que la vie passe et aille frapper à une autre porte.

 

 

Le désespoir

Le désespoir est un sentiment fréquent chez le chercheur existentiel. Signe de son incessante insatisfaction et de son irrépressible (et parfois utopique) besoin de concilier sa vie et ses exigences intérieures. Le désespoir peut inaugurer une crise existentielle grave et dévastatrice qu'il lui faudra traverser. S'il en sort (et il n'y a aucune raison qu'il ne parvienne à en sortir), il s'en trouvera assurément aguerri et renforcé dans sa démarche.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Le monde est trop laid et trop cruel. J’ai donc décidé de rester seul avec mon dégoût du monde, avec mon dégoût de moi-même. C’est ça ou la mort. Mais je ne peux me résoudre au suicide. Je suis trop lâche, je dois me résigner à vivre.

 

Devant l’indifférence du monde, j’ai choisi le silence. Le silence de la colère. Le silence de la douleur. Le silence des mots que la voix ne peut exprimer. Le silence de la solitude. Le silence de la pièce close. A l’abri du monde, replié sur soi, terré derrière ma table de travail. 

 

Parfois je m’imagine être un autre, un de ces personnages heureux, fiers de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font et de ce qu’ils possèdent. Moi, je ne suis rien, je ne fais rien. Je ne possède pas même ma vie. C’est à elle que j’appartiens. Et c’est elle qui me livre aux événements que je me résigne à vivre en geignant.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Aujourd’hui, tout me semble inaccessible. Vivre même est au-dessus de mes forces.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Hier, après avoir terminé ta lettre, je me suis couché au bord du désespoir. Et, ce matin, je me suis réveillé avec un profond sentiment d’écœurement. Trouver le courage de se lever n'a pas été une mince affaire... Puis, lentement mes ignobles activités m’ont tiré de cette indolence. Je m’y suis consacré tout le jour en traînant ma carcasse et mon apathie. Et, seule, la tension nerveuse me fait encore tenir debout ce soir. A l’intérieur, je me sens si vide... J’ignore si je tiendrais longtemps encore. Ces derniers jours, mon courage et mon endurance ont été rudement mis à l’épreuve. Et je me sens, ce soir, au bord de l'effondrement. Si tu savais, mon cher I., comme cette course folle me désespère et m’épuise ! Je ne suis plus aujourd’hui que l’ombre de moi-même. Écris-moi vite, je t’en prie. Ton ami.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

La désespérance d’attendre. Une vie entière à attendre... Et ce temps qui passe me désespère... Mais qu’attendons-nous en cette vie, sinon la joie, sinon l’impossible bonheur de vivre ? Cette vie est décidément sans espérance. Elle nous exhorte à espérer. Et nous, pauvres hommes, avons l’inconscience de la croire et la folie de soumettre nos vies à cette vaine promesse…

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Ces quelques jours de réflexion ont été salutaires. J’ai pris une décision que je pense sans appel : je renonce définitivement à mon retour au monde. Est-ce là un choix judicieux ? Je l’ignore. Et je ne saurais dire ce qui m'a poussé à prendre cette décision... Peut-être me demanderas-tu alors ce qu’il reste de cette stupide frénésie dans laquelle je me suis jeté ces derniers mois ? Rien, mon cher I., il n’en reste rien. Quelques pages griffonnées, une succession d’efforts anéantis et l’inébranlable certitude de m’être, à nouveau, fourvoyé sur un chemin qui n’était pas le mien. Et aujourd’hui, comme autrefois, j’ai le sentiment d’être un vagabond sur le bord de la route qui ne sait où aller et qui, par dépit, s’assoit sur le bas-côté pour regarder passer ses congénères qui poursuivent leur voyage, sûrs de leur trajectoire et de leur destination.

 

En définitive, je crois, mon cher I., que chaque pas en cette vie n’aura été pour moi qu’un éternel recommencement. Et le monde un dédale de sentiers qui m'aura toujours ramené à l'endroit où j’ai débuté ce voyage. Tu sais, mon cher I., il m’arrive pourtant de ressentir l’infinité des possibles. Mais lorsque mon pas s'engage sur un chemin, j'ai l'impression que l'horizon s'éloigne ou se referme...

 

Mes projets, tu le sais, ont toujours été échafaudés à ces heures où tout semble possible mais ils se désagrègent aussitôt qu'ils entrent en contact avec le réel, comme s'il étaient incapables de faire face à la réalité. Aussi restent-ils en moi, découragés par les efforts qu’il faudrait déployer pour les faire naître. Peut-être est-ce dû à mon incapacité à vivre de manière réaliste dans le monde ? Peut-être est-ce un manque de confiance en moi ? Ou, va savoir, un manque de confiance dans la vie ? Difficile, dans ces conditions, de s’investir dans la moindre activité, de mener à terme la moindre tâche, et, plus encore, de se consacrer à une « œuvre »...

 

Je me suis toujours engagé, je crois, dans ce qui m'apparaissait inévitable ou nécessaire. Et je n'ai jamais eu qu'un seul désir : vivre en paix avec moi-même. Oui, je crois que ma vraie motivation est là : vivre en paix avec moi-même. C’est cette aspiration qui donne un sens à mon existence et à l’œuvre que je tente d’accomplir. Mais il arrive (assez régulièrement) que cette aspiration ne parvienne plus à contenter ma joie et mes exigences. Je n’ai alors plus goût ni à vivre, ni à poursuivre mes travaux. Ne me reste plus qu’un sentiment d’absurdité qui m'exhorte à regarder avec ironie ce monde qui s’agite autour de moi.

 

 

L'art et la création

La création artistique (au sens large) est souvent l'un des rares instruments à la disposition du chercheur existentiel pour mettre en œuvre sa quête. Elle lui permet d'élargir sa compréhension (du monde, de la vie et de lui-même), de poser parfois quelques repères dans sa trajectoire de vie, d'établir une cohérence entre sa quête et son existence et de lui offrir une matière (infiniment renouvelable) nécessaire à la poursuite de ses recherches.

 

(extrait) L'INNOCENCE BAFOUEE :

Aujourd’hui, vous sentez que votre écriture s’est transformée, qu’elle s’est muée en une activité nécessaire (presque vitale). Mais il vous faudra maintenir l’écriture à distance et ne lui accorder plus de prestige ni d’autorité qu’elle ne voudrait s’en donner car l’écriture n’est pas la vie. La vie – la vraie vie – est ailleurs. Elle habite, sans doute, une région encore inaccessible pour vous. Vous devrez donc poursuivre votre chemin hors de l’écriture, regarder avec plus d'attention le monde qui vous entoure et partir à la découverte d'autres rives plus lointaines et plus difficiles d'accès... La vraie vie s’y trouve sûrement. Et il vous faudra, sans doute, marcher longtemps avant de la rencontrer…

 

Jamais l’écriture ne pourra vous servir de corde pour vous hisser jusqu’à la vie, ne voyez en elle qu’une façon de trouver une meilleure prise pendant l’ascension. L’alpinisme est un sport à haut risque. Et l’existence comme la haute montagne recèle mille dangers. A chaque instant, au moindre faux pas, la chute vous guette. La chute abyssale, la longue glissade vers le gouffre du désespoir et, sûrement, la mort au fond du gouffre.

 

L’écriture n’est qu’une façon de mettre en scène votre vie, qu’une façon supplémentaire de vous envelopper dans votre égotisme. D’ailleurs ce que vous écrivez, cent fois, mille fois, des millions de fois peut-être, d’autres avant vous l’ont déjà écrit… alors, au fond, quelle importance ce que vous écrivez ? Il n’y a aucun crédit à accorder à l’écriture. Vous écrivez, c’est un fait, vous éprouvez l’impérieux besoin d’écrire, mais, au fond, est-ce qu’écrire a quelque importance ? Au diable donc ce que vous écrivez ! Fuyez comme la peste ce sentiment absurde et pernicieux que développent bon nombre de ceux qui écrivent. Et promettez-moi de ne jamais vous sentir écrivain ! Promettez-moi de ne jamais espérer appartenir un jour au cercle étroit des auteurs reconnus. Je vous en conjure, ne vous livrez pas à cette mascarade. Ne prenez jamais plaisir à jouer au martyr de la page blanche, ne vous enchaînez pas aux délices perfides de l’inspiration, prenez soin de ne jamais vous enfermer dans l’écriture car vous vous couperiez de l’essentiel ; vous négligeriez la vie, la vraie. Alors, je vous en prie, levez-vous, éloignez-vous de vos phrases, écartez-vous de cette quête pesante du mot juste, refermez votre carnet et rejoignez le monde, retrouvez la vie ! Pour bien écrire, il vous faudra d’abord bien vivre, non une vie pleine d'événements et d’aventures, mais une vie intense où vous serez capable de saisir chaque seconde qui passe pour en extraire l’entière substance, non dans le dessein dérisoire de l’écrire mais afin de comprendre la vie et de mieux vivre votre existence. Parce que la vie et votre existence méritent qu’on les empoigne ainsi, tout en elles nous invite à recueillir leur saveur. Une existence simple pourra vous combler de bonheur et de joie pour peu que vous sachiez entendre le souffle de la vie. Alors, je vous en conjure une dernière fois, oubliez vos ombres d’écriture, quittez votre table et vos crayons et regagnez le monde, rejoignez la terre des hommes, retrouvez la vie, retrouvez votre vie ! Construisez votre existence et vos livres, croyez-le, se bâtiront d’eux-mêmes. Vivez ! Et la vie vous donnera matière à vivre et à écrire !

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Écrire comme exercice nécessaire à la poursuite des jours. Écrire comme acte de survie. Écrire comme nécessité absolue, comme nécessité fondamentale. Écrire pour alléger le fardeau de vivre. Écrire chaque pensée, chaque sentiment, chaque geste quotidien. Écrire chaque jour vécu comme une œuvre unique.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

Être comme les autres, à se dépêtrer dans le labyrinthe étroit du quotidien. Rien d’autre ou presque et cela contente l’âme. Bien des gens vous le diront, et chez bon nombre d’entre eux vous le verrez. Tout en eux transpire cela, tout en eux suinte ce goût si ordinaire (et si restreint) pour la matérialité. Et puis, un peu plus tard, un autre jour, c’est là ! Vous le sentez ! Ça revient ! Ça ressurgit d’on ne sait où, et ce besoin de dire et de témoigner vous reprend ! Ça sort en jets brûlants, comme un volcan resté trop longtemps endormi, comme une renaissance, avec l’envie de partager ce magma qui se déverse sur votre existence, avec la joie de dire ce qui vous traverse. Et ça vous brûle de l’intérieur ! Et ça vous secoue au-dedans ! C’est une force irrépressible qui vous submerge et vous jette, impuissant, dans une frénésie joyeuse et exaltée.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

La joie de construire de ses mains ; de travailler le bois, la pierre, le fer, la terre… La joie immense – et presque maternelle – de donner forme à la matière...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE :

L’écriture est un exercice cathartique, une sorte d’exutoire thérapeutique inoffensif où l’on peut déverser sa violence sans porter préjudice (ni au monde, ni à soi-même). On peut donc s’y livrer sans crainte. Mais, le plus souvent, l’écriture nous sauve de nous-mêmes et de cet abîme qui nous sépare du monde. Pour ma part, je crois que j’écris pour ne pas donner corps à la folle envie de détruire l'inhumanité que je vois chez tous les hommes.

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Si tu savais comme j'aimerais retrouver ces jours tranquilles et vagabonds pour explorer l'existence. Si tu savais comme j’aspire à cette vie de création, à ce rôle d’estivant qui musarde la tête hors du monde ! A cette vie inspirante et inspirée !

 

Je me sens si malheureux, mon cher I., de ne pouvoir me consacrer à ce qui me semble si essentiel en cette vie. Comment pourrais-je dès lors trouver le courage de m’engager dans une autre activité ? Comment pourrais-je devenir actif, efficace et professionnel dans un autre emploi (forcément détestable à mes yeux) ? Comment pourrais-je m’y résoudre ? C’est impossible ! Mais cette impossibilité me paraît presque secondaire au regard de mon inaptitude artistique. Car c’est elle, en définitive, qui m’exhorte à quitter l’art pour rejoindre le monde. Mes œuvres sont si pitoyables... Aussi n'ai-je d’autre choix que de retrouver ce désolant chemin de la normalité. Oui ! Je dois me résigner, la mort dans l’âme, à rentrer dans le rang. A accepter les lois absurdes de ce monde. Et si tu savais comme je maudis cette incapacité à suivre mes aspirations les plus profondes. Incapable d’assumer ma préférence, ma différence, mon existence – que je place pourtant au-dessus de tout – mais qui ne sont rien puisque je ne m’y consacre guère que dans l’ombre. Je t’en prie, écris-moi. Sauve-moi de ce naufrage ! 

 

(extrait) UN ROBINSON MODERNE :

Vous savez, dit-il, j’ai beaucoup réfléchi là-bas. Beaucoup marché aussi. Dans les collines. Et j’ai pensé à Van Gogh. Comment aurais-je pu ne pas penser à lui ? N’est-il pas l’archétype de l’artiste maudit ? Puis, soudain, M. a pris un voix étrange (lointaine, presque absente) comme s'il était plongé dans quelques souvenirs. Vous savez, me dit-il, chaque jour, j’allais à sa rencontre pour le regarder peindre. Chaque jour, je tentais de l’approcher pour lui dire mon admiration, mais, à chaque tentative, il prenait la poudre d'escampette. Comme s’il n’aspirait qu’à être seul... Comme s'il n'aspirait qu'à vivre pour sa peinture... Vous savez, j'ai vu comme son regard était habité et comme son geste était fébrile – presque violent – lorsqu'il barbouillait sa toile avec ses couleurs... comme s'il était animé par une force mystérieuse...

 

(…) Durant tous ces après-midis, alors que j'arpentais les collines à la recherche d’une idée, en quête d’une émotion, d’une sensibilité, d'un paysage, j'ai compris qu'il m'était impossible, moi aussi, de renoncer à mon destin. Comme Van Gogh, il me fallait répondre à cette nécessité absolue. Le reste (tout le reste), ma situation matérielle, l'argent et la reconnaissance, toutes ces choses n'avaient aucune importance. Seule ma quête comptait… Bien sûr, je n'ai pas le génie de Van Gogh mais je sens que nous sommes frères dans l’âme, que nous appartenons à cette race d’artistes qui doivent brûler leurs jours avec la misère de leur vie, avec leur âme écorchée et leur cœur à vif. M. a fermé les yeux comme pour prolonger sa rêverie. Je suis resté silencieux (et un peu songeur aussi). Je me suis levé sans un mot. Et j’ai quitté le square fasciné par la puissance de l'imaginaire et la capacité de certains hommes à sentir au fond de leur âme un irrésistible appel...

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES :

Librairies, bibliothèques et littérature regorgent de faux livres. Les vrais livres sont rares. On les reconnaît non par la beauté de leurs phrases, ni l'attrait de leur histoire mais par la lumière qu'ils font en nous.

 

 

Des chercheurs existentiels « célèbres »

Voici une courte liste (non exhaustive, bien sûr) d'Hommes plus ou moins connus qui, à mes yeux (à travers l'idée que je me fais de leur cheminement existentiel et/ou de leur œuvre), peuvent être qualifiés – à des degrés divers – de chercheurs existentiels :

 

– Vincent Van Gogh

– Jacques Brel

– Nicolas Bouvier

– Hermann Hesse

– Constantin Brancusi

– Henri Michaux

– Antonin Artaud

– Émile Cioran

– Jean Paul Sartre

– Andy Goldsworthy

– Albert Camus

– Samuel Beckett

– Richard Moss…

 

 

De la quête existentielle à la quête intérieure

Toute quête existentielle a de réelles chances d'aboutir et de se transformer en quête intérieure (ou spirituelle).

 

Après s'être cogné aux 4 coins du monde (sans trouver le moindre élément de réponse satisfaisant), le quêteur de sens se trouve confronté à l'absurdité de la vie. Il ne lui reste alors souvent d'autre issue que la mort (ou l'idée de la mort).

 

Après avoir cherché désespérément un sens à la vie à l'extérieur (dans le monde, dans des idées, dans des projets, dans un mode de vie ou un mode de pensée...), le quêteur de sens se sent découragé et parfois anéanti. Il peut alors insidieusement glisser vers le néant (dépression, idées suicidaires, dégoût existentiel profond...).

 

Comme bon nombre de phases transitoires, cette période est particulièrement critique. Elle peut se révéler extrêmement douloureuse et absolument terrifiante. Mais elle constitue souvent une étape nécessaire à la poursuite du chemin. La proximité et la prégnance de l'idée de la mort peuvent s'avérer un moteur de recherche puissant. Pétri de doutes et d'incertitudes, le quêteur de sens cherche alors désespérément en lui quelques maigres ressources pour traverser cet immense désert de solitude et d'absurdité. Progressivement, il parvient à trouver la force d'émerger de cet état de déréliction profond et finit par entrevoir un peu de lumière au bout du tunnel. Et chemin faisant, le quêteur de sens a l'intuition (parfois la certitude ou la conviction inébranlable) que sa quête peut se poursuivre en cherchant la réponse en lui-même. Cette idée, encore nébuleuse, s'éclaircit progressivement. Et il lui apparaît bientôt avec force qu'il n'existe à présent qu'une seule direction, qu'un seul chemin possible : chercher en soi les réponses à ses multiples questionnements. Et après maintes hésitations, le quêteur s'engage alors sur le chemin intérieur, apprenant peu à peu à transformer sa perception du monde et de la vie. L'existence prend alors un sens véritable et une dimension nouvelle.

 

Ainsi débute la quête intérieure (ou spirituelle) qui peut s'inscrire (mais pas de manière systématique – loin s'en faut) dans une tradition religieuse qui offre au quêteur de sens un cadre et un socle, à la fois théorique et pratique, parfois nécessaire à la poursuite de son cheminement.

 

(Extraits) PENSEES VAGABONDES :

Se cogner aux quatre coins du monde, puis poursuivre le chemin en soi.

 

Puisqu'il est impossible de transformer la vie, les êtres et les choses de ce monde, il est sage (sinon de bon sens) de transformer sur eux notre regard.

 

Regarder en soi, c'est partir à la recherche de sa propre lumière… et découvrir bientôt une lueur qui n'est que le reflet singulier de la Lumière qui habite chacun.

 

Toute réelle transformation naît d'une métamorphose du regard. Toute métamorphose du regard naît d'une lente et longue évolution. Toute évolution naît d'une très progressive exploration de soi-même qui naît, elle-même, du besoin irrépressible de répondre à l'insatisfaction fondamentale de notre vie. Ainsi, l'insatisfaction est sans doute l'un des plus puissants moteurs de recherche de l'homme.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR :

Monsieur Arnaud a froncé les sourcils.

Vous avez l’air de vous plaindre des difficultés du voyage ! Il n'y a pourtant aucun doute, jeune homme ! Ce voyage est merveilleux… je reconnais qu’il est parfois difficile et source de souffrances… mais les épreuves ne sont pas inutiles. Vous pouvez me croire ! Tout ce que vous avez enduré a un sens ! Les épreuves et la souffrance sont des chances formidables pour les chercheurs…

Les épreuves et la souffrance… des chances formidables ?

Eh oui ! Bien sûr ! dit monsieur Arnaud avec un grand sourire (ravi sans doute de trouver là une occasion de me donner quelques explications…).

C’est très simple ! dit-il, vous avez cherché le trésor un peu partout, n’est-ce pas ? Vous avez visité de nombreux quartiers sur cette Planète, vous vous êtes installé dans certains en croyant y découvrir les joyaux… vous avez cru les trouver… mais vous les avez perdus… ensuite vous avez essayé de les récupérer… mais vous n'y êtes pas parvenu… alors vous avez commencé à errer sans savoir où aller… vous avez vécu de grandes souffrances… mais vous avez eu l’intelligence de poursuivre votre chemin… et vous avez fini par arriver dans ce quartier…Vous savez, jeune homme, il est important que vous compreniez ce qui vous a poussé à venir jusqu'ici… Avant de s'engager sur le chemin intérieur, il convient de réfléchir au sens de ses pas…

J’ai regardé monsieur Arnaud avec perplexité.

Ne prenez pas ces paroles à la légère, jeune homme ! Je vous livre ici la clé qui ouvre la porte du quartier des Chercheurs du Dedans ! Sans cette traversée du Labyrinthe, jamais vous n'auriez découvert le chemin intérieur. Si vous n'aviez pas voyager à travers la Planète, par quel miracle, dites-moi, auriez-vous trouvé ce quartier… Avant d'arriver jusqu'à nous, il vous a d'abord fallu comprendre que les joyaux des autres quartiers n'étaient pas les vrais joyaux. Cela a été, il est vrai, source de grande souffrance. Mais, sans cette épreuve, vous seriez resté dans le quartier qui vous semblait le plus approprié pour les trouver… N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'il vous est arrivé dans le quartier des Boîtes ? Comme la plupart des Grands Dôm, vous y avez séjourné longtemps… très longtemps… trop longtemps sans doute… Mais heureusement que vous avez fini par perdre ces joyaux… et que vous avez poursuivi votre chemin… ces souffrances, ces épreuves et cette traversée de la Planète ont donc été nécessaires pour arriver ici…

Oui… peut-être…, ai-je dit, peut-être avez-vous raison, monsieur Arnaud mais… pourquoi certains résidents découvrent le quartier des Chercheurs du Dedans…? Et pourquoi certains empruntent le chemin intérieur alors que d’autres ne soupçonnent même pas son existence…?

Monsieur Arnaud eut un petit sourire moqueur.

Eh bien ! Hum ! Hum ! dit-il, je viens en partie de vous donner la réponse, jeune homme… mais peut-être souhaiteriez-vous quelques explications supplémentaires ?

J’ai hoché la tête en guise d’approbation.

Eh bien ! dit-il, chaque résident de cette Planète est mû par une force intérieure qui le pousse à voyager. Cette force permet à chacun de trouver son chemin à travers les différents quartiers de la Planète… chacun s’arrête dans le quartier qui semble répondre à ses attentes… là où il pense trouver une partie des joyaux. D’autres résidents, en revanche, ne parviennent jamais à se satisfaire des faux joyaux ou des bouts de vrais joyaux qu’ils ont trouvés. Aussi, changent-ils sans cesse de quartier… allant ici et là… pour tenter de découvrir les vrais joyaux et le trésor. Et vous appartenez sans nul doute, jeune homme, à cette catégorie de chercheurs ! Aujourd'hui, cette force intérieure vous a conduit ici, dans le quartier des Chercheurs du Dedans, car vous sentez à présent, au fond de votre cœur, que seul le chemin intérieur peut vous mener au trésor…

Monsieur Arnaud a fait une courte pause. Puis (après un instant d’hésitation), il a ajouté :

Mais vous savez, jeune homme, nous sommes tous sur cette Planète des chercheurs de trésor… et tous les résidents du Grand Labyrinthe finiront un jour par emprunter ce chemin… ce n'est qu'une question de temps (et de mûrissement intérieur)... lorsqu’ils comprendront enfin que les joyaux et le trésor ne peuvent être trouvés à l’extérieur… qu’il est vain de les chercher dans les autres quartiers, ils viendront ici… et se tourneront tout naturellement vers le chemin intérieur.

 

 

LE CHERCHEUR INTERIEUR

Dans cette partie, je tenterai d’abord d’établir le portrait du chercheur intérieur, puis j'essaierai de définir (de façon partielle et relativement superficielle) la quête spirituelle. La raison majeure de ce survol tient au fait que je n’ai guère de distance quant à mon propre cheminement intérieur, initié seulement depuis quelques années. Mais dès que mon expérience le permettra, j’aborderai cette thématique dans mes prochains ouvrages*. Ensuite je dirai un mot sur les dangers et les obstacles principaux de ce processus de transformation intérieure avant d'évoquer les changements majeures qui surviennent chez le chercheur spirituel.

 

* Si cette thématique vous intéresse, je vous invite à consulter les très nombreux ouvrages écrits sur le sujet. Ils sauront – j'en suis persuadé – satisfaire votre curiosité – ou mieux encore apaiser votre faim – et vous permettront peut-être de trouver une voie spirituelle en adéquation avec votre sensibilité...

 

 

Tentative de définition

Le chercheur intérieur est un être sur la voie de l'intériorité ; un être qui chemine intérieurement... autrement dit qui opère une transformation progressive de son regard sur le réel (perception plus large, plus profonde et plus fine).

 

Le chercheur intérieur ne se contente pas de revêtir les parures extérieures d'une quelconque tradition spirituelle ou religieuse (rites et attributs parfois ostentatoires d'une pensée dogmatique extérieure à lui-même). Le chercheur chemine très progressivement vers certains aspects de « la vérité » dont il a l'intuition et dont il s'imprègne jusqu'à les faire siens. Le chercheur ne s'épargne aucun effort, il se bat, se débat parfois, il avance, glisse, tombe, recule et poursuit enfin sa marche éreintante, exténuante et merveilleuse vers certains éléments de « la vérité » qui le dépassent (situés au-delà de son identité propre) et qui se trouvent paradoxalement déjà en lui… éléments de « la vérité » recouverts d'un fatras d'idées et de pensées inutiles, d'émotions passagères et pourtant tenaces, d'a priori encombrants, de croyances superfétatoires qu'il lui appartient de déblayer lentement afin de faire grandir l'espace intérieur nécessaire à un élargissement de conscience... éléments de « la vérité » enfin qu'il lui faut expérimenter pour qu'ils deviennent des composantes essentielles de son être.

 

Le chercheur intérieur prend conscience qu'il n'est pas un être figé et immobile (aux vérités définitives et solidement établies) mais un être en évolution, un être en devenir, un être en transformation permanente. Alors même qu'il peut encore éprouver un sentiment de stagnation dans son existence ou qu'il peut encore blâmer les événements extérieurs en apparence défavorables, il sait que la vie et les événements lui permettent de poursuivre son chemin quoi qu'il arrive.

 

Le chercheur apprend, peu à peu, à réduire ses attentes à l'égard de la vie. Il tente d'accueillir tout ce qui se présente à lui, les événements extérieurs et les événements intérieurs que sont les émotions, les sentiments, les pensées, les souffrances et les peines…

 

Le chercheur apprend à se contenter (contentement très éloigné de la résignation…). Il accueille ou s'évertue à accueillir – et à accepter réellement – les situations extérieures et intérieures qui se pré-sentent à lui car il a conscience qu'elles prennent sens dans son existence.

 

Le chercheur est un être qui apprend à accueillir davantage la souffrance (en général) et sa souffrance (en particulier). Malgré un sentiment de mal-être qui peut, bien sûr, encore parfois l'étreindre, il ne se débat plus avec autant d'âpreté pour s'en défaire...

 

Le chercheur accueille plus volontiers son sentiment de non-appartenance à un groupe (soit parce qu'il a trouvé sa place au sein d'une quelconque communauté, soit parce qu'il se satisfait de poursuivre son chemin sans place véritablement reconnue).

 

Le chercheur prend conscience que l'idéal qu'il a toujours cherché à atteindre n'est qu'un concept. Il comprend qu'il n'existe ni chemin idéal, ni rencontre idéale, ni être idéal, ni vie idéale. Il apprend alors à composer (avec plus ou moins de joie) avec les exigences du réel.

 

Le chercheur sait qu'il peut travailler (travailler intérieurement s'entend) avec toute chose, avec toute personne, avec tout événement dans n'importe quel lieu et dans n'importe quelle situation. Tout est en mesure de nourrir ce travail intérieur et de le faire « progresser sur le chemin »...

 

Le chercheur prend conscience que le sentiment de différence qu'il éprouvait n'était qu'une séparation illusoire avec les autres induite par une mise à distance (parfois involontaire ou inconsciente). Il s'aperçoit progressivement qu'il n'était (et n'est) pas aussi séparé qu'il le pensait.

 

Le chercheur apprend à donner à son incurable gravité un peu de légèreté, à considérer les événements avec plus de distance et d'humour. Il apprend à goûter avec plus de saveur (et même parfois avec plus de plaisir) aux joies – petites et grandes – de l'existence.

 

Le chercheur développe une curiosité accrue pour la vie, notamment pour les aspects ordinaires de la vie quotidienne – considérés, en général, comme insignifiants ou sans intérêt.

 

Le chercheur apprend à considérer la vie, le monde, les autres avec un regard neuf et spontané et (quand cela lui est possible) avec un regard émerveillé car il prend conscience de la beauté de toutes les choses de cette vie et de ce monde...

 

Le chercheur éprouve aussi davantage de gratitude pour la vie et pour ce qui lui est donné à vivre car il prend conscience du caractère précieux de l'existence (et de tous les phénomènes liés au vivant), de la beauté et de la rareté de chaque instant qu'il considère de plus en plus comme un merveilleux présent.

 

Le chercheur s'ouvre davantage aux autres et au monde. Il ne renie certes pas sa solitude (et son importance) mais il éprouve moins le besoin d'un repli forcené. Il est moins enclin à trouver dans la solitude un abri contre les dangers, les errances ou les égarements du monde.

 

Le chercheur accepte davantage le monde et cherche de moins en moins à le transformer. Il prend conscience qu'il n'est qu'un élément du Tout, qu'un maillon de l'ensemble et qu'il est impuissant à tout contrôler et/ou à tout régenter. Il s'aperçoit progressivement que la vie est parfaite ainsi, telle qu'elle est… même s'il a parfois encore quelques difficultés à l'admettre.

 

Le chercheur a l'intuition d'une sagesse qu'il découvre progressivement et qui imprègne peu à peu son regard et son existence.

 

La quête intérieure

 

Comment définir la quête intérieure ?

La quête intérieure (ou spirituelle) représente, à mes yeux, une transcendance, un dépassement de soi, un élargissement de conscience, une démarche non égotique, une voie qui procède d'une absolue nécessité intérieure, un long, difficile et merveilleux chemin que chacun découvrira sans doute un jour... une lente maturation intérieure, une extraordinaire possibilité d'actualiser son potentiel humain, et sans doute la meilleure façon d'apprendre à devenir un être humain à part entière...

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR :

(…)

Le chemin intérieur est une voie périlleuse et difficile. Inutile de s’y précipiter ! Si vous souhaitez avancer sur ce chemin, il vous faudra d'abord ouvrir votre cœur et élargir votre esprit… ce sont là les premiers pas sur le chemin…

Ouvrir mon cœur et élargir mon esprit…?

(…)

Pour ouvrir votre cœur et élargir votre esprit, il vous faudra laisser venir à vous tous les événements du chemin… sans en rejeter un seul… il vous faudra apprendre à accueillir chaque chose, chaque être et chaque événement du voyage… et qu'importe qu'ils vous semblent agréables ou désagréables… vous devrez tous les laisser entrer dans votre cœur… pour l’attendrir… et les laisser pénétrer dans votre esprit… pour l’éclairer ! Alors soyez sûr que vous avancerez sur le chemin du Dedans ! Mais n'allez pas imaginer que c'est là une tâche facile… c'est sans doute l'un des exercices les plus difficiles de ce voyage…

(…)

Monsieur Arnaud m'a regardé avec un air de moquerie évident.

Il n'est sans doute pas inutile de vous dire, jeune homme, qu'il est extrêmement dangereux de s'aventurer sur ce chemin sans l’aide d’un professeur sérieux et expérimenté ! Vous savez... ceux qui arrivent dans ce quartier sont un peu… comme des P’tits Dôms… incapables de marcher seuls… le chemin du Dedans est si long, si difficile et si dangereux que ceux qui s’y aventurent seuls prennent tous les risques… Croyez-moi, jeune homme ! Sur ce chemin, les dangers sont innombrables… et il n’est pas rare de voir certains chercheurs se perdre en route…, tourner en rond jusqu’à la fin de leur voyage, ou même se rompre le cou à la première ornière… Oui ! Croyez-moi, jeune homme ! Ce chemin est une véritable ascension ! Et y cheminer n’est pas, comme on le croit un peu naïvement, une partie de plaisir… ceux qui s’imaginent que le chemin du Dedans est un sentier doux, tendre et plaisant ne sont pas au bout de leurs peines et de leurs surprises… Le chemin intérieur est un chemin rude et merveilleux qui monte vers la Lumière ! C’est un chemin abrupt et difficile ! Et il est plus sage d’y cheminer en compagnie d’un professeur et au sein d’une école.

(…)

Tout chercheur doit entreprendre un long et éprouvant voyage pour découvrir le trésor… au fil du chemin, nous devons tous surmonter de terribles épreuves… mais si nous savons garder ouverts notre cœur et notre esprit… à chaque instant et en toutes circonstances… alors ils s’élargiront progressivement… et lorsque ils seront suffisamment larges pour y accueillir chaque chose… chaque être… et chaque événement du voyage… alors nous comprendrons que notre conscience n'était entravée que par leur obscurité et leur étroitesse…

Petit Lam a ouvert les yeux, il a posé sur moi un regard plein de bonté et a poursuivi son étrange enseignement.

En réalité, dit-il, malgré les apparences… notre conscience a toujours été aussi vaste que l'espace qui nous entoure… et aussi lumineuse que le soleil dans le ciel…. et lorsque nous découvrons enfin sa nature véritable… nous comprenons… que l'étroitesse de notre cœur et l'obscurité de notre esprit… nous aveuglaient… et nous empêchaient de voir que le trésor était là… qu'il a toujours été là… à chaque instant de notre voyage…

(…)

Petit Lam a pris une longue inspiration, il a joint les mains à hauteur de la tête et du cœur et a longuement expiré. Puis il a posé de nouveau sur moi un regard d’une infinie bonté.

En définitive, dit-il, notre voyage est très simple… il peut nous sembler compliqué et incompréhensible car… au début du chemin… nous ne comprenons pas le sens de nos pas... aussi nous mettons-nous à courir désespérément après le trésor… cherchant un peu partout et très maladroitement les joyaux… mais le chemin nous apprend peu à peu à découvrir une autre façon de chercher… les événements de notre voyage… les personnages que nous croisons… tout ce que nous rencontrons sur notre chemin… nous invite à élargir notre cœur et notre esprit… et celui qui résiste à cette ouverture progressive et naturelle ne cesse de souffrir… nul ne peut résister indéfiniment à cette force intérieure… cela peut prendre du temps… mais le voyage trouve véritablement son sens dans cette ouverture… et si nous savons avancer patiemment sur ce chemin… un jour, nous finissons par comprendre que tout ce que nous rencontrons au cours de notre voyage… tous les événements… sont de merveilleuses occasions de grandir à l'intérieur… de progresser sur la voie... et d'avancer vers le trésor…

 

 

Le déroulement de la quête spirituelle 

A l'aune de ma pratique, je serais tenté de définir ce déroulement comme une sorte de cheminement en spirale qui va progressivement vers une compréhension et un ressenti plus larges, plus fins et plus profonds, un cheminement fait d'avancées et de reculs apparents où alternent cycles de repli sur soi et de participation au monde, phases de crise, de luttes et d'angoisse et phases d'éclaircies, de détente et de sérénité où l'on apprend à travailler avec honnêteté sur soi et les événements que nous traversons et où l'on gagne très progressivement en paix, en joie et, sans doute aussi, en intelligence (de cœur et d'esprit)...

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR :

(…)

L’intelligence, mon garçon, n’est pas seulement affaire d’esprit comme le pensent la plupart des résidents. L’intelligence n’est pas uniquement affaire de raisonnement logique et d’accumulation de connaissances bien souvent d'ailleurs… assez bêtement empilées les unes sur les autres. Il s’agit là d’une forme très grossière d’intelligence ! Cette forme est nécessaire mais insuffisante. L’intelligence est beaucoup plus vaste ! Elle revêt de multiples aspects selon les avancées de chacun sur le chemin. Ainsi, l’intelligence peut prendre la forme de la persévérance si l’on poursuit son voyage avec courage malgré les difficultés que l'on rencontre. Elle peut aussi prendre la forme d’une nécessité intérieure qui pousse le chercheur à aller ici et là, à visiter certains quartiers, à en contourner d’autres ou à s’arrêter dans ceux qui lui semblent propices à ses attentes. Mais quelles que soient les formes que prend l’intelligence, tôt ou tard, elle amène le chercheur à comprendre qu’il existe une vérité qui dépasse son entendement habituel. Ainsi, le joyau de l’intelligence ouvre progressivement l’esprit du chercheur à cette vérité ! Il l’amène d’abord à regarder dans son cœur et à l'ouvrir très progressivement. En définitive, où qu’il soit sur le chemin, l’intelligence est le joyau qui fait avancer le chercheur vers le trésor ! Et s’il sait marcher avec patience et persévérance, le chercheur finit par comprendre que les autres joyaux se trouvent en lui… et qu’il lui appartient de les découvrir.

(…)

A chaque étape du voyage, mon garçon, le chercheur découvre une nouvelle facette du joyau de l’intelligence. C’est un joyau qui ne cesse de grandir pour élargir et éclairer l’esprit de la Conscience ! Et plus l’esprit de la Conscience s’élargit et s’éclaire, plus le chercheur regarde dans son cœur ! Et plus il regarde dans son cœur, plus il voit sa profondeur et son étendue. Il s’aperçoit alors que son cœur peut accueillir bien plus de choses qu’il ne le pensait. Alors le chercheur continue à ouvrir son cœur et à y accueillir chaque chose car ces choses lui semblent de plus en plus familières (un peu comme s’il accueillait une partie de lui-même). Et le chercheur finit par prendre conscience qu’il n’y a aucune différence entre ce qu’il y a au fond de son cœur et ce qu’il y a au-dehors. Et, un jour, à force de patience et de persévérance, si le chercheur parvient à garder ouverts son cœur et son esprit en toutes circonstances, alors il comprend que la beauté est partout. Le chercheur découvre alors le joyau de la beauté ! Et il peut enfin goûter à toutes les merveilles rencontrées sur son chemin. Car toute chose, tout être, tout événement lui semblent merveilleux ! Alors naissent progressivement en son cœur une bonté et un Amour inconditionnel pour tout ce qu'il rencontre. Le chercheur découvre alors le joyau de la bonté ! Son cœur s’emplit de gratitude... et il éprouve une affection et un respect pour Tout ce qui existe, pour tous les résidents de la Planète, pour le voyage, pour les paysages et le chemin, pour ses ornières et ses difficultés, pour ses plaisirs et ses joies. Et cette découverte lui procure une confiance inébranlable dans le voyage et une grande force pour poursuivre son chemin. Grâce à cette confiance, le chercheur découvre alors le joyau du pouvoir. Il comprend qu'il peut poursuivre son voyage contre vents et marées… et avancer sur son chemin malgré les tempêtes… Grâce à cette confiance, à cette force et à cette ouverture, le chercheur découvre peu à peu la richesse, la vraie et la seule richesse qui soit sur cette Planète, la richesse du voyage. Et il comprend enfin que le trésor n’est autre que le voyage lui-même avec ses découvertes successives... Et le chercheur peut enfin goûter la joie à chaque instant du voyage ! Et il continue sa route sans peur et sans contrainte, avec un cœur toujours plus spacieux et un esprit toujours plus lumineux… Il apprend à épouser les méandres du chemin, à se lier d’amitié avec tout ce qui le traverse et tout ce qu’il rencontre… il comprend qu’il n’y a aucun trésor à chercher… car il sait que le trésor est partout, en lui, en l’autre, en chaque chose, en chaque être, en chaque rencontre, en chaque événement… il sait que le trésor est là… partout où ses pas le mènent…

 

 

Les principaux dangers de la quête spirituelle 

L'ésotérisme, la superstition, les faux maîtres spirituels, le sectarisme, la foi aveugle, les croyances sans ressenti personnel, le syncrétisme, le prosélytisme (plus ou moins) forcené, l'idéalisation, l'absence de doute, le décalage entre l'Être et l'apparence de l'Être, l'enfermement dans un cadre de pensée dogmatique, le manque d'ouverture, l'intolérance.

 

 

Les obstacles majeurs au cheminement

La croyance d'avoir enfin trouvé « la vérité », l'isolement et le repli sur soi, l'excès volontariste, la déconnexion avec le réel, le nomadisme spirituel, le matérialisme spirituel.

 

 

Les thématiques principales de la quête intérieure

Voici les principaux thèmes qui accompagnent le chercheur sur son chemin et qui participent à la transformation progressive de sa perception sur le monde, sur la vie et sur lui-même.

 

- Une importance accrue accordée à l'intériorité

- Une fixation égocentrique moins forte

- Une simplicité et un retour à l'essentiel

- Un renversement des valeurs et une curiosité accrue

- Un sentiment de séparation moins fort

- Une transformation du regard

- Une plus grande capacité à accueillir les événements

- Une capacité à accueillir ses parts d'ombre

- Un sentiment d'indépendance et de gratitude

 

 

Une importance accrue accordée à l'intériorité

Le chercheur comprend peu à peu la nécessité de tourner son regard vers l'intérieur. Il substitue donc au regard critique habituellement tourné vers le monde et les événements extérieurs un regard attentif sur la façon dont il reçoit et accueille intérieurement les événements qu'il traverse. Il apprend progressivement à chercher en lui l'ouverture et la force de recevoir le monde tel qu'il se présente à lui (et, si possible, tel qu'il est) sans chercher à blâmer la vie ou à rejeter sur d'autres la responsabilité des souffrances que peuvent engendrer les événements et les aléas de l'existence. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Tourner en rond… jusqu’à ouvrir la brèche de notre regard étroit. Tourner en rond… jusqu’à ce que l’infini nous apparaisse au-dedans.

 

Il y a en nous tant d’horizons inexplorés… tant de vérités à découvrir… Chacun est à lui seul un monde infini.

 

Les difficultés nous semblent venir de l'extérieur, mais seuls les obstacles sont en nous.

 

Un regard bienveillant transforme le monde.

 

Certains jours, nous n'avons plus ni la force ni le courage d'avancer… il nous faut alors puiser en nous plus profondément encore pour trouver la force et le courage d'accueillir le découragement et l'apathie… c'est aussi cela poursuivre le chemin en soi…

 

En cette vie, chacun doit tenir son rôle, celui que la vie lui a octroyé. On trouve son rôle en écoutant la vie en soi.

 

Savoir, c'est ingurgiter des connaissances empilées les unes sur les autres et plus ou moins intelligemment organisées. Connaître, c'est s'imprégner d'une vérité jusqu'à la faire sienne. Savoir est la marque des gens cultivés, connaître celle des gens intelligents (non au sens logique ou rationnel du terme mais au sens vrai).

 

Mille fois sur le chemin, remets tes pas… Mille fois en ton cœur, recueille les pleurs…

 

Ce sont nos pensées, nos actions et notre regard qui donnent au monde sa couleur, son relief, son éclat.

 

La façon dont nous voyons la vie n’est que le reflet de notre monde intérieur.

 

Élargir son cœur sans le déchirer… voilà une tâche peu aisée…

 

Notre monde croit davantage en ceux qui ont des pensées qu'en ceux qui ont des convictions. Cette bizarrerie tient sans doute au fait que la plupart des hommes choisissent aveuglément leurs convictions, par facilité, par paresse, par commodité, pour ne pas avoir à réfléchir et être confrontés à leurs propres doutes. Mais c'est oublier que chez d'autres, les convictions sont l'aboutissement transitoire (et encore très largement ouvert et évolutif) d'un long cheminement, qu'elles se sont progressivement construites par la raison, qu'elles ont été enrichies par l'intuition et étayées enfin par la sensibilité et l'intelligence du cœur (dont les intellectuels, à tort, se méfient tant).

 

 

Une fixation égocentrique moins forte

Le chercheur adopte progressivement un regard moins autocentré et moins égocentrique. Il sait que la vie et le monde peuvent continuer à tourner sans lui. Il apprend peu à peu que les autres sont plus importants et plus essentiels que sa propre individualité. Il tente alors de trouver un équilibre entre lui (la reconnaissance de son identité particulière) et les autres, équilibre sans cesse fluctuant orienté vers un effritement progressif de l'ego.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous croyons construire notre vie. Mais il n'en est rien ; c'est la vie qui, à travers nous, fait son œuvre.

 

L'illusion de construire notre vie en toute liberté tient à notre impression de pouvoir choisir notre existence en fonction de nos désirs mais c'est ignorer les forces mystérieuses qui les sous-entendent et qui nous poussent à opérer ces choix.

 

La vie ressemble à un immense puzzle (un puzzle infini et en perpétuel mouvement) dont chaque vie serait une pièce, à la fois minuscule, unique et irremplaçable.

 

Oser mourir à soi-même, c'est se donner la chance de renaître au monde. Mais on ne meurt jamais complètement, on apprend progressivement à entretenir un rapport différent au monde.

 

Apprendre à s'oublier, c'est commencer à accorder une place plus grande aux autres… jusqu'au jour, où il nous est enfin possible de leur redonner leur place réelle : la seule qu'ils méritent, celle qui n'aurait jamais dû perdre, celle qui a toujours été la leur : la totalité de l'espace.

 

Les autres sont souvent considérés comme une gêne (une source de nuisance), parfois comme un réconfort, un faire-valoir ou un tremplin ; et ils sont toujours un miroir. Il est rare que nous soyons avec les autres indépendamment de ce qu'ils représentent pour nous...

 

On commence à aimer les autres lorsque l'on parvient à se mettre à leur place. Mais ce n'est là qu'une sorte de projection (tout à fait) égocentrique. Une sorte de premier pas vers l'Amour d'autrui. Il faut, en général, un long et difficile travail sur soi pour aimer l'autre sans qu'intervienne notre propre individualité.

 

Se dépouiller de soi-même, c'est devenir plus riche de l'essentiel.

 

Notre plus grand malheur est de nous croire importants… Nous le sommes sûrement… mais sans doute pas comme nous l'imaginons…

 

Nous ne sommes les uns pour les autres que les instruments de la vie. Il serait vain de croire autre chose.

 

La vraie liberté est d’accepter de devenir le serviteur enjoué de la vie.

 

 

Une simplicité et un retour à l'essentiel

Les préoccupations du chercheur se recentrent sur les aspects les plus fondamentaux de la vie. Il simplifie, décomplexifie et décérébralise des pans entiers de son existence et de sa quotidienneté. Il recentre ses essentialités en apprenant à se défaire des préoccupations secondaires (souvent liées aux conventions sociales et aux regards des autres) et en se focalisant davantage sur les éléments primordiaux qui donnent véritablement sens à la vie humaine. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

« L'Être » nous éloigne, peu à peu, du « faire » frénétique que nous avons toujours connu. Et lorsqu'on le laisse prendre sa pleine envergure, il donne au « faire » (jusque dans les moindres gestes et les actes les plus anodins) une justesse et une harmonie insoupçonnables.

 

La solitude est une compagne exigeante et d'un abord difficile. Mais lorsque la séduction a opéré (qu'elle est parvenue à nous séduire), il est rare – très rare – que nous soyons déçus.

 

Une vie : de petits riens mis bout à bout. De petits riens, à chaque fois, uniques, irremplaçables, inestimables…

 

Cheminer vers soi consiste à ôter une à une les pelures que nous avons revêtues pour nous protéger du monde et de l'existence afin de découvrir notre nudité et notre vulnérabilité. C'est ce dénuement et cette fragilité qui nous rendent invincibles et nous donnent la force de nous tenir debout dans toutes les tempêtes.

 

Aussi accueillant qu'une cellule monastique… voilà pour moi l'image même de la convivialité ! N'est-ce pas là l'endroit le plus accueillant et le plus propice pour faire naître la joie ?

 

« L'homme ordinaire » cherche toujours l'extraordinaire. L'homme sage ne cherche rien. Il sait que l'extraordinaire est partout, il le voit dans l'ordinaire de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, de chaque situation.

 

La vie assigne à tout homme une double tâche : trouver une place en ce monde qui lui permette d'être lui-même.

 

Se préparer à la mort, c'est apprendre que toute chose a une fin irrémédiable.

 

Il faut chercher partout car partout est la réponse. Il ne faut rien chercher car la réponse se dessinera lorsque l'on sera mûr pour la voir et l'entendre. La réponse est déjà en nous, recouverte sous des tonnes de couches qui la dissimulent. Notre travail consiste à ôter une à une ces couches. Notre effort doit porter sur ce besoin de nudité.

 

La seule chose qui m'importe est le bagage que j'emporterai par-delà la mort.

 

Au seuil de la mort, deux choses me semblent essentielles : partir le cœur apaisé (sans regret sur sa vie passée et satisfait de ce que l'on a vécu) et s'en aller l'esprit serein (sans crainte de ce qui va arriver).

 

Vivez non pas comme si chaque instant était le dernier mais comme s'il pouvait être le dernier.

 

 

Un renversement des valeurs et une curiosité accrue

Le chercheur apprend à poser un regard plus large et plus profond sur le cours des choses et sur l'existence. Le bons sens populaire communément admis par les Hommes lui semble erroné, du moins simpliste ou éminemment réducteur. Loin de s'arrêter aux apparences (toujours très superficielles) et à la tendance naturelle de l'Homme à l'anthropocentrisme, le regard du chercheur s'établit au sein d'un cadre plus large au-delà des inclinations humaines ordinaires, au-delà de l'égocentrisme et de la vision étroite de l'Homme, au-delà de la mort et du cadre existentiel strictement humain. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

N'avoir aucun a priori sur ce qui devrait être, mais apprendre à porter un regard frais et spontané sur ce qui est.

 

Ériger ses vérités en dogmes, c'est vouloir se protéger du doute. Vouloir se protéger du doute, c'est invalider la vérité qui, sans le doute, ne peut exister.

 

Gardons-nous de juger la vie et le monde, apprenons à rester humbles, ouverts et sans a priori ; et tous deux, croyez-le, sauront nous révéler, derrière leurs tristes et parfois terribles apparences, toute leur beauté.

 

S'appauvrir est incontestablement l'une des plus sûres façons de s'enrichir.

 

Perdre, c’est gagner en humilité et en dénuement. Savoir perdre est une immense victoire sur soi-même.

 

Lorsque la vie nous détourne de notre chemin (ou, plus exactement, nous détourne du chemin que nous avons eu l'illusion de construire), c'est toujours là un détour nécessaire, une étape indispensable pour nous rapprocher de nous-mêmes.

 

Tout sentiment de contrainte n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

Se perdre, c'est retrouver une partie de soi trop longtemps oubliée...

 

La vie rêvée, la vraie vie n’est autre que celle que nous vivons.

 

Refuser toute protection, toute carapace, toute fuite face aux aléas de la vie, c'est apprendre à se tenir debout dans la tempête. C'est apprendre à devenir réellement vivant.

 

Le plaisir, le confort et la sécurité sont de mauvais guides sur le chemin. Refuser de les suivre nous épargnera bien des impasses.

 

Aider les autres, ce n'est pas les divertir d'eux-mêmes, c'est au contraire les encourager à explorer leurs terres obscures et les inviter à plonger au cœur de leur être pour qu'ils trouvent leur propre joyau.

 

La souffrance est un aiguillon efficace, elle est sans doute notre plus fidèle alliée. C'est elle qui nous pousse sur le chemin. Mais il faut du temps pour s'en rendre compte et plus encore pour pouvoir lui rendre grâce.

 

Lorsque vous croisez 2 femmes et que vous trouvez l'une belle et l'autre laide, c'est que vous avez encore besoin d'apprendre à voir, d'apprendre à affiner votre regard pour trouver partout la beauté !

 

Il est idiot et inutile d'avoir peur que la vie nous reprenne ce qu'elle nous a donné. La vie ne donne ni ne reprend rien. La vie transforme, nous transforme et se transforme. Vivre, c'est se transformer sans cesse. Craindre le changement, la métamorphose, la transformation, c'est tout simplement avoir peur de vivre.

 

Henry Michaux écrivait : « J'écris pour me parcourir ». Quant à moi, je dirais : « J'écris pour nous découvrir… ôter les voiles sombres qui dissimulent nos paysages intérieurs pour percevoir la vie et les horizons qui nous habitent ».

 

Ô Vie, puisses-tu me nourrir de chaque chose ! Il serait plus juste d'écrire : Ô Vie, puisses-tu me donner conscience de me nourrir de chaque chose !

 

Un homme qui pleure dans une maison, une maison située au cœur d'une ville, une ville située au cœur d'une région, une région située au cœur d'un pays, un pays situé au cœur d'un continent, un continent situé au cœur du monde, un monde situé au cœur d'une planète, une planète située au cœur d'une galaxie, une galaxie située au cœur d'un univers, un univers situé au cœur du cosmos lui-même sans doute situé au cœur d'un espace infini… 2 remarques alors : nous sommes toujours au centre, au cœur de l'espace. Et que représente la souffrance d'un être dans cette immensité ?

 

 

Un sentiment de séparation moins fort

Le chercheur prend conscience de la distance illusoire qui le séparait jusqu'alors du reste de l'humanité. Il comprend progressivement que cette séparation était le fruit d'un sentiment de différence exacerbé et d'une mise à distance inutile avec les autres Hommes.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

C'est en vivant loin du monde que l'on vit parfois au plus près de soi-même… et, à d'autres périodes, il arrive que cela soit l'exact contraire…

 

On ne peut oublier le monde en vivant au plus près de soi.

 

L’homme n’aime souvent que ceux qui lui ressemblent et ce qui le rappelle à lui-même. Il faut pourtant apprendre à aimer la différence. C’est elle qui nous enjoint de repousser sans cesse les frontières de « notre territoire » afin d'accueillir toujours davantage l’autre qui devient progressivement notre prochain, puis notre proche et, sans doute par la suite, une réelle partie de nous-mêmes.

 

Devenir les uns pour les autres, la main, le pied, la jambe, le bras, la tête, le cœur d'un seul et même corps.

 

 

Une transformation du regard

Le chercheur modifie son regard sur le monde et sur l'existence. Il apprend à ne plus se débattre avec les événements qui lui sont donnés à vivre. Il sait qu'il appartient au monde et à la vie, qu'il en est l'un des éléments… qu'il doit traverser la vie et se laisser traverser par elle… qu'il fait partie intégrante du monde et que le monde l'habite… Les événements prennent sens dans son existence et trouvent place dans son cheminement. Cet ancrage fait croître en lui une confiance toujours plus grande dans ce que lui offre la vie. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

La vie n'est que dynamique, et nous autres, êtres humains, ne la vivons essentiellement que de manière statique. Notre désir de la figer à jamais (par le souvenir, la parole et la pensée) est sans doute la cause de notre malheur. Voilà pourquoi nous sommes toujours avec elle en porte-à-faux.

 

Toutes nos épreuves sont essentielles… et pourtant si dérisoires… à moins qu'il ne faille dire : « toutes nos épreuves sont dérisoires… et pourtant si essentielles ».

 

Ne dit-on pas que la vie est un éternel recommencement… l'alternance du jour et de la nuit, le cycle des saisons, les mille activités de la vie quotidienne... comme si l'existence voulait nous apprendre le transitoire de chaque chose, de chaque geste, de chaque acte… L'éternelle leçon des jours qui passent.

 

Au-dessus des nuages, nul mauvais temps, mais un ciel infini. En dessous, un voile de grisaille percé de quelques éclaircies. Mais à y regarder de plus loin, les choses apparaissent différemment. Au-dessus des nuages, un ciel bleu et infini. Et au-dessus du ciel bleu et infini, le noir le plus sombre, l'obscurité la plus grande. Toute élévation demeure un mystère...

 

Ne rien craindre de la Vie car elle nous ouvre, nous offre et nous invite au meilleur chemin qui soit.

 

Nous ne connaissons qu'une infime partie du chemin. L'existence humaine n'est sans doute, elle-même, qu'une essentielle et modeste étape sur « le chemin de la vérité ».

 

Toute confrontation au monde est d'abord une confrontation à soi-même.

 

Le monde est un étrange miroir où nos travers sont mille fois grossis…

 

C'est en se frottant au monde que l'on découvre les aspects les plus anguleux de soi-même mais c'est souvent loin du monde (dans la plus grande solitude) que l'on apprend à en raboter l'essentiel. Et c'est en retournant au monde que l'on peut apprécier le chemin parcouru et le chemin à parcourir… autrement dit, la qualité du travail effectué et l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir.

 

Dans le vaste théâtre du monde, nul n'est irremplaçable mais chacun est indispensable.

 

On croit vivre pour toujours les uns avec les autres, mais, bien sûr, il n'en est rien… Il n'y a rien de plus faux. On s'accompagne un temps, allant ensemble sur le chemin pour quelques instants, quelques heures, quelques jours, quelques mois, quelques années... La vie a vite fait de nous séparer… (et tôt ou tard, bien sûr, elle nous sépare), que nous nous quittions, que nos chemins divergent ou que la mort vienne à frapper… et notre chemin se poursuit ailleurs continuant à croiser d'autres destins…

 

L'un aime les femmes petites et menues, l'autre les hommes grands et forts. Mais qui aime-t-on vraiment derrière ces autres que nous croyons aimer ?

 

Apprends à faire de toute chose une rencontre… de tout geste une découverte… de toute situation un territoire à explorer…

 

 

Une plus grande capacité à accueillir les événements

Le chercheur espère moins de l'existence, non qu'il se résigne à vivre les événements avec fatalisme mais il apprend progressivement à les percevoir non comme extérieurs à son parcours (événements subis et « accidents de la vie ») mais comme partie intégrante de son cheminement et de son intériorité.

 

Ainsi, cherche-t-il moins à contraindre et à modeler le réel comme il le faisait autrefois (et comme le font la plupart des Hommes) afin que l'existence puisse satisfaire ses attentes mais il apprend au contraire à accueillir la vie comme elle arrive. Il sait par expérience que ses déceptions seront toujours à la hauteur de ses espérances. Aussi, sans attente (ou en les ayant substantiellement réduites), il peut accueillir ce qui se présente sans craindre la désillusion.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

S'ouvrir à soi-même, c'est commencer à s'intéresser à l'humanité… commencer à s'intéresser à l'humanité, c'est essayer de découvrir la place de l'Homme… essayer de découvrir la place de l'Homme, c'est le premier pas métaphysique vers la quête du sens de la vie humaine, c'est l'avant-chemin de la spiritualité…

 

Le fait même d'appeler certains événements des épreuves révèle à quel point nous ne savons pas encore les appréhender pour ce qu'ils sont.

 

Le découragement est le signe d’une attente trop grande à l’égard de la vie qui nous empêche d'accueillir les événements en cours, la vie qui vient et la vie à venir.

 

Trouver sa propre verticalité, indépendamment de toute chose et de tout être, la laisser grandir et tenter de lui rester fidèle en toutes circonstances.

 

Quand le monde devient (ou, du moins, te semble devenir) trop hostile, ne fuis pas, ne te recroqueville pas, trouve refuge en toi pour que te soit offert non seulement le courage d'accueillir les événements mais la force de poursuivre ta route !

 

Se retirer en soi comme l’on fermerait les volets pour se protéger des lumières factices du monde et regagner la vie obscure afin de retrouver la lumière à l'intérieur.

 

A la naissance, les Hommes sont de petits points minuscules qui aspirent et apprennent très vite à s'étendre et à s'élargir. La plus grande part des activités humaines tend à cette horizontalité. Et beaucoup s'en satisfont amplement. Toute leur existence est vouée à cette seule dimension : ils passent leur vie à étendre leur action, leur pouvoir et leur propriété. Peu parviennent à découvrir la verticalité, cette dimension pourtant fondamentale qui permet de donner un sens véritable à l'horizontalité.

 

Chercher en soi toutes les ressources… non pour lutter ni combattre… mais pour accueillir et embrasser.

 

Apprendre à se libérer de nos peurs et de l'emprise du monde, c'est commencer à devenir plus libre.

 

La nécessité intérieure fournit une incroyable énergie. Elle est sans doute notre moteur le plus puissant. Elle permet d'avancer, de traverser les épreuves et les échecs, de sortir des impasses. Sans elle, la volonté serait anéantie à la moindre difficulté. Elle permet la persévérance qui nous offre la force de poursuivre notre chemin quoi qu'il arrive…

 

Il n'y a aucun combat à mener. Ni contre la vie, ni contre le monde ni contre soi. Si combat il doit y avoir, il doit être mené pour maintenir l'exténuant (et parfois insurmontable) effort que nécessite l'acceptation et l'accueil de toute chose.

 

Le monde pour maison et la vie pour refuge. Sur tous les chemins, partout, j'aimerais me sentir chez moi…

 

Les désillusions sont comme des repères sur notre chemin. A chaque fois qu'elles surgissent, elles nous indiquent une nouvelle direction à prendre. Et nous tournons ainsi à chaque carrefour qu'elles posent sur notre route… jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il est vain d'espérer du chemin et qu'il nous faut tout simplement marcher sans rien attendre… sur le chemin qui est le nôtre…

 

Espérer, c'est s'attendre à être déçu toujours. Ne rien attendre, c'est vivre au plus près du réel – au plus près de ce qui est. C'est le gage d'une joie affranchie des circonstances.

 

Il ne faut pas craindre de fréquenter ceux qui nous semblent infréquentables (pour toutes sortes de mauvaises raisons), car ils nous invitent, malgré eux, à explorer une partie de nous-mêmes que nous refusons de voir.

 

Il ne sert à rien d'égayer la vie quand on est triste. Il nous faut seulement accueillir avec joie notre tristesse.

 

Ouvrir son cœur ne le fragilise qu'en apparence (on peut, en effet, se sentir blessé, triste ou abattu puisque l'on y accueille la dureté, l'hostilité, la douleur, les peines et la souffrance) mais en profondeur, il s'en trouve assurément fortifié.

 

Les aspérités de l’existence sont des coins d’ombre où l’on se heurte souvent aux autres et au monde. Pour qui sait y demeurer, elles deviennent un abri réconfortant et un tremplin vers la lumière.

 

Ne s'attendre à rien est le plus sûr moyen d'aller sur le chemin.

 

A chaque pas, apprendre à devenir le chemin lui-même…

 

Ouvrir sa vie à tous les vents (à tous les vents du monde)... vents bons et mauvais, vents forts et faibles, car tous nous poussent vers nous-mêmes.

 

Apprendre à tout accueillir… apprendre à ne rien rejeter… pas même son incapacité à accueillir… ni même sa volonté farouche de tout rejeter.

 

Quel déchirement de laisser la souffrance ouvrir en nous un espace… Que de luttes pour tenter de refermer cette plaie béante qui nous brûle… Mais quelle joie de sentir progressivement cet espace s'élargir et s'ouvrir à toute chose…

 

En apprenant à accueillir progressivement la Vie, on trouve la joie. Quand on a trouvé la joie, la Vie s’invite naturellement.

 

Accepter de ne rien contrôler (ni ses états intérieurs ni les événements de notre existence) en ayant une confiance toujours plus grande dans la vie constitue un pas immense vers la sérénité.

 

Se frotter au monde est un exercice métaphysique de première importance car il nous révèle non seulement notre personnalité profonde mais aussi les points d'attache (et donc les points de fragilité) de l'armure que nous avons façonnée pour nous protéger de ses assauts.

 

Ne s'accrocher à rien est le plus sûr moyen d'aller plus libre. Ne s'accrocher à rien ne signifie pas être indifférent mais se laisser traverser, accueillir sans retenir, laisser partir sans s'agripper…

 

Ne jamais faire le jeu du monde, mais laisser la vie édicter ses règles.

 

Chaque instant est un adieu au précédent. Ainsi passe notre vie… d'adieu en adieu… et les morts aussi nous quittent de cette façon…. eux qui étaient encore vivants l'instant d'avant.

 

Accepter de ne pouvoir sauver le monde, contribuer peut-être à sauver quelques êtres, s'aider sûrement à se sauver soi-même (non par égoïsme, mais par réelle impossibilité de venir en aide aux autres). Au fond, on ne peut se sauver que soi-même… et encourager les autres à se sauver…

 

On ne renonce à rien, ce sont les choses qui se détachent. Elles tombent comme les feuilles mortes pour enrichir le sol qui donnera toute sa force à l'arbre dépouillé.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR :

(...)

La plupart d'entre nous obéissons à nos désirs tout au long du voyage ! C’est un cycle infini dans lequel nous ne cessons de nous empêtrer… une ronde infernale dans laquelle nous ne cessons de tournoyer… Nous croyons être libres en essayant de satisfaire nos désirs. Mais ce que nous appelons communément la liberté n’est, en réalité, que le plus avilissant des esclavages. Et nul ici-bas ne fait exception à la règle ! Nous voyageons tous sous le joug puissant de nos dé-sirs… Nous leur obéissons tous comme des esclaves enchaînés ! La vérité est que nos désirs sont nos maîtres ! Et tous (autant que nous sommes), nous tentons vainement de manipuler les habitants du Grand Labyrinthe et de choisir les événements du voyage à seule fin de répondre à nos attentes… Aussi la plupart d’entre nous rejetons tout ce qui entrave notre recherche… tout ce qui nous semble indigne, dangereux, douloureux et inconfortable ! Nous fuyons comme la peste ce que nous ne voulons pas… ce que nous n’aimons pas… ce que nous ne désirons pas ! Mais qui, sur cette planète, jeune homme, peut se vanter de toujours trouver ce qu’il désire…? Qui peut se vanter de toujours pouvoir échapper à ce qu’il n’aime pas…? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux choses désagréables...? Aux échecs…? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux critiques…? Aux déceptions…? Qui peut se vanter de pouvoir échapper à la souffrance et à la douleur…? A la disparition de ce qui nous est cher et de ceux que nous aimons…? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux maladies…? Au chagrin…? Et au passage dans l’Autre Monde…?

J’ai réfléchi un instant.

Eh bien… personne, monsieur Arnaud ! Je… je crois que nous sommes tous confrontés à ces événements au cours de notre voyage. Personne ne peut éviter ces difficultés et ces épreuves...

Eh oui ! dit monsieur Arnaud, tous ces événements font partie du chemin. Voilà pourquoi il est vain de les rejeter !

Monsieur Arnaud a fait une courte pause. Il m'a regardé droit dans les yeux. Puis il a continué son explication.

Vous savez, jeune homme, ce sont nos désirs et nos attentes les responsables de nos déceptions et de nos souffrances ! Ce sont eux qui nous enferment… qui nous emprisonnent dans un monde étroit, dans un monde labyrinthique dont nous sommes le centre unique… un monde dans lequel nous ne cessons de nous enliser tout au long de ce voyage… un monde qui nous empêche d’ouvrir notre cœur et d'élargir notre esprit… un monde replié sur lui-même qui entrave notre quête du trésor… un monde qui nous confine au refus et à la peur… Voilà, pourquoi il est préférable, jeune homme, d’accepter tout ce qui se présente à nous sans distinction ! Apprenez à devenir libre de vos désirs ! Apprenez à réduire vos attentes à l’égard du voyage et à accepter tout ce qui se présente à vous sur le chemin ! Apprenez à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement entrer dans votre cœur ! Alors, progressivement, votre cœur s’élargira ! Et, au fil du temps, il deviendra si large et si grand qu’il pourra accueillir tout ce que le voyage vous donnera à vivre... Il deviendra si large et si grand qu’il pourra accueillir tous ceux qui souffrent sur cette Planète ! Et dans votre cœur, ils trouveront un grand réconfort...

Monsieur Arnaud a fait une nouvelle pause. Il a, de nouveau, planté ses yeux dans les miens. Puis il a continué sa dé-monstration.

Apprenez aussi à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement pénétrer votre esprit pour l’éclairer ! Et si vous laissez votre esprit accueillir tout ce qui se présente, progressivement vous comprendrez qu’il n’y a aucune différence entre les événements douloureux et les événements agréables... aucune différence entre vous et les autres résidents de cette Planète... aucune différence entre ce qu’il y a au fond de votre conscience et ce qu’il y a au-dehors… et qu’en dépit des apparences, rien ne vous distingue de ce qui vous entoure… Et lorsque vous aurez totalement et réellement compris cette vérité au fond de votre cœur et de votre esprit et qu’ils sauront Tout accueillir sans rien rejeter, alors la Lumière inondera votre Conscience. Ce jour-là, jeune homme, vous découvrirez le trésor ! Alors, vous pourrez accueillir tous les événements du chemin avec joie… vous pourrez voyager sans peur… vous pourrez voyager partout sans contrainte… et aller le cœur en paix là où le chemin vous conduira…

 

 

Une capacité à accueillir ses parts d'ombre

Par un travail introspectif assidu (émotionnel, intuitif, ressenti et analytique), le chercheur prend conscience des parts d'ombre de sa personnalité qu'il avait pris soin jusqu'à présent d'ignorer ou de camoufler. Cette exploration intérieure progressive lui permet de découvrir la similitude des aspects intérieurs de son être et des éléments extérieurs de la vie et du monde. Ainsi, il comprend peu à peu que chaque chose et chaque être sont composés d'éléments semblables. Et cette prise de conscience fait naître en lui une plus grande tolérance...

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous sommes des êtres limités… de mille façons. Pour s'en convaincre, il suffit de voir le degré d'inconfort et de souffrance que nous sommes capables d'endurer… Nous avons pourtant le potentiel de dépasser ces limites… être en chemin, c'est travailler à cet élargissement…

 

Le rejet (souvent inconscient) d'une partie de soi est sans doute à l'origine de notre violence, violence intérieure d'abord que l'on exerce, souvent à notre insu, contre quelque partie de nous-mêmes et violence extérieure (simple reflet de notre violence intérieure) que l'on exerce contre quelque partie du monde.

 

Apprendre à accepter ses parts d'ombres, c'est commencer à trouver en soi un peu de lumière.

 

Nous avons le droit d'être idiots, mauvais, méchants, médiocres. Nous le sommes tous à certains moments et à des degrés divers. Ces aspects de nous-mêmes que nous tentons vainement de camoufler appartiennent aussi à notre humanité. L'ignorer, c'est s'exposer à une fuite en avant toujours plus grande, c'est construire une image fausse et partielle de nous-mêmes, c'est donner du poids à un leurre dont nous serons, tôt ou tard, les premières victimes.

 

Croire en son intelligence fondamentale sans omettre l'idiot qui est en nous et l'abruti qui, parfois, nous gouverne...

 

Livrer bataille (contre soi, contre les autres ou contre le monde) revient toujours à scinder artificiellement le monde. D'un côté le Beau, le Bien, le Vrai, le Normal, et de l'autre, le Laid, le Mal, le Faux, l'Anormal. Cette perception est non seulement arbitraire (et subjective) mais elle est totalement fausse. La réalité est non seulement plus subtile (et enchevêtrée) mais elle nous confronte toujours à ce qui est indépendamment de nos jugements et de nos perceptions.

 

 

Un sentiment d'indépendance et de gratitude

Le chercheur prend conscience de l'indéfectible solitude inhérente à la condition humaine. Il comprend qu'il est seul (qu'il est né, qu'il vit et qu'il mourra seul) et s'en satisfait (ou tente à tout le moins – au début du chemin – de s'en satisfaire). Il n'est plus systématiquement en quête d'une façon d'exister à travers le regard des autres. Il apprend peu à peu à rendre grâce à la vie pour ce qu'elle est et pour ce qu'elle offre, quels que soient les événements (qu'ils lui semblent porteurs de joie ou de tristesse).

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous sommes à la fois résolument seuls et irrémédiablement liés aux autres. C'est avec cette double vérité qu'il convient d'apprendre à vivre… Ne pencher ni du côté de la solitude morbide, ni sombrer dans la dépendance aliénante…

 

Ne jamais rien avoir à prouver à quiconque ni à soi-même est sans doute l'un des plus sûrs moyens de se délester de nos fardeaux, l'une des plus sûres façons de ne jamais se laisser dérouter… et enfin l'une des plus sûres manières d'avancer vers soi…

 

Chacun devrait travailler à sa mesure… à son rythme… selon ses goûts et ses aspirations… sans se soucier ni du talent (le sien et celui des autres) ni du regard indifférent, admiratif ou méprisant du monde.

 

N'avoir à rendre de compte à personne… mais ne jamais oublier ce que l'on doit aux autres (ainsi qu'à tout ce qui nous a permis et nous permet d'être ce que l'on est).

 

Ne pas se laisser dérouter par le monde… mais rendre grâce à tous ceux que l'on rencontre.

 

Nous devrions remercier tous ceux qui nous agacent ou nous exaspèrent car ils nous révèlent, malgré eux, les aspects de nous-mêmes que nous détestons. A chaque fois que nous les croisons, ils nous offrent l'occasion de nous ouvrir à ces aspects que nous refusons de reconnaître.

 

Encourager les autres à s'aider eux-mêmes (à trouver en eux les ressources nécessaires) est sans doute la meilleure façon de leur venir en aide.

 

Nous pouvons avoir recours à tous les conseils du monde mais nul ne peut apprendre à marcher sans devenir son propre guide.

 

Il n'y a pas de chemin idéal. Chacun doit partir et avancer avec ce qu'il est et depuis l'endroit où il se trouve. Chacun doit cheminer à son rythme et à sa mesure sans chercher à imiter quiconque mais en cherchant en lui le chemin et la force de poursuivre sa route.

 

 

Des chercheurs spirituels « célèbres »

Voici une courte liste (non exhaustive, bien sûr) d'Hommes plus ou moins connus qui, à mes yeux (à travers l'idée que je me fais de leur cheminement et/ou de leur œuvre), peuvent être qualifiés – à des degrés divers – de chercheurs intérieurs (ou spirituels) :

 

 

Thérèse de Lisieux

Charles Juliet

Christian Bobin

Paul Claudel

Dan Millman

Louis Lavelle

Théodore Monod,

Vincent La Soudière

Arnaud Desjardins,

Jiddu Krishnamurti

Maurice Bellet

Jean Marie Kerwich,

Georges Haldas...