SI PRES DE NOS LEVRES, LE SILENCE (VOLUME 2)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2022-2023)
Dans cette joie de n'être plus rien ; un regard – une tendresse – des sensations ; la possibilité d'un au-delà de l'homme...
Au cœur de ces rives luxuriantes ; sans homme – sans histoire – sans nom
Le lieu de la sauvagerie – des esprits – de l'invisible
Parmi une faune effrayante (et qui nous fascine)
Les joues habillées d'herbes et de lichens
Les lèvres retroussées ; la narine alerte
Le pas souple
L'âme qui épouse le corps – les lieux – la soif
Les yeux grands ouverts
Et des vagues de réel qui déferlent – qui nous submergent – qui nous engloutissent
Les préliminaires – peut-être – de l'alliance – des noces – du mélange – de l'hybridation ; cet ineffable que nous sommes, peut-être, sur le point d'incarner...
A cheminer cahin-caha sur cette sente étrange – avec, sur l'épaule, ce grand sac de rêves et d'illusions dans lequel nous piochons à l'envi pour rassurer l'esprit et distribuer, ici et là, quelques terreurs – quelques faux-semblants – quelques folies – afin de tirer avantage de ce qu'offre le monde
Témoin de ses propres jeux – jouant ; de ses propres yeux – regardant
Ce qui coule entre les doigts ; et qui vient de la terre et du ciel
Le théâtre – l'étonnant théâtre – du vivant
Au commencement des mondes et du temps
L'épaisseur de la nuit
Et ce qui cherche la lumière
Au milieu de la brume et des peut-être
L'indicible apparaissant ;
maître du monde – maître des songes et du temps
Au cœur du murmure silencieux ;
quelque chose de l'infime
Un peu d'espace dans l'afflux de sang
Et l'Amour sur l'ombre de la faim
A guetter encore ;
comme s'il suffisait d'attendre...
Au-dehors – le reflet de la lune sur les grands arbres
Le silence magistral de l'hiver
Comme une longue nuit où tout sommeille ; sauf l'âme qui veille en retrait – dans un coin de l'abîme – à l'abri des bruits du monde
Dans cette longue chaîne ininterrompue
De l'immobilité à l'immobilité ;
à travers tous les gestes et tous les vertiges
Le soleil sur nos mains attachées
L'invisible enchâssé dans la chair
Dieu parmi nous – au service du monde –
des visages – des circonstances
Dans la main d'un plus grand que soi
Qu'importe les ruptures – la mort – le pourrissement
La continuité de l'itinéraire ; et l'élargissement de la communauté d'appartenance ; bien plus qu'un espoir – une évidence
Le souvenir d'un lointain intérieur
A la suite de l'origine ; et à peu près rien d'autre
En dépit des luttes – des remparts – des assauts
[et eux aussi dans le prolongement]
Au bord de l'abîme – très souvent ; et le risque (permanent) de la dérive
Et ce souffle qui manque, parfois, pour rejoindre l’œil premier
Sous le règne merveilleux du provisoire et du naturel
Seul ; dans la trace des anciens ; les premiers hommes – les premières créatures peut-être...
Enchevêtré(e)(s) avec la terre et le ciel
Du bleu recouvert d'argile – d'herbe et de feuillages
La terre
L'herbe grasse
Les ventres féconds
La danse des vivants
Jusqu'aux dernières feuilles de l'automne
Jusqu'aux premières neiges de l'hiver
A vivre encore – encore et encore – ensemble
Sur cette rive ; de jour en jour
Existence contre existence
Au fil des millénaires qui passent
Le temps de l'âge authentique ; l'esprit sincère (sans mensonge) – en plein réel – sur la rudesse de la roche – dans la trame magmatique ; la matière réticulaire ; l'existence comme une évidence métaphysique...
La pénombre par endroits
Moins de rire et de jour
Loin du nom – et de la figure – que l'on vénère
Comme un abîme spéculaire
L'espace encombré de choses et de bruits
La tête trop altière
Et l'intérieur encore trop tapissé
d'images et de mots
Comme étranger à toute poésie ;
à la nécessité du vide –
de la solitude – du silence
D'un monde à l'autre ; d'un visage à l'autre
La succession des expériences qui nous apprend, peu à peu, à élargir notre communauté ; à apprivoiser l'Autre – le lointain – l'apparente étrangeté ; à nous découvrir derrière tous les masques et tous les déguisements
Engagé vers la source
Sans mot – sans passé – sans séparation
En dépit de tout ce sable sous nos pieds
La chair et l'âme ; l'étoffe du monde sur l'ossature du Divin
Exposé à tout ; protégé de rien ; comme les fleurs et les bêtes ; avec des yeux pour pleurer
La chair douloureuse ; et le cœur encaissé qui apprend, peu à peu, à s'ouvrir et à redécouvrir l'envergure de son territoire
La tête penchée sur l'infime
La réalité des pieds
Avec l'infini – en soi – pourtant...
Ici – sans la possibilité d'un autre monde – sans la possibilité du moindre ailleurs
A compter les pas – et parfois les pierres – et parfois les sourires – et parfois les conquêtes – au lieu de laisser le vent guider la danse
Le corps et l'esprit – inquiets – perplexes – embarrassés ; chargés (à leur insu) de nuit et de matière ; si peu habités – au seuil (presque toujours) de l'absence
L'âme – la terre – le ciel – le vent –
parfaitement alignés
La posture et le geste (joyeusement) ensoleillés
En soi ; l'obsession du bleu et la hantise de l'inaccompli...
A l'intérieur ; le langage muet et la pourriture qui guette
Le monde ; sans le regard – sans la lumière
Privé(s) de soleil et de lucidité ; comme condamné(s) à prolonger l'errance souterraine – au-dehors comme au-dedans
Le vent – le monde – la mort – en face
Qu'importe les croyances et les pensées
Ce qui brille au fond de l’œil
Et ce que le cœur étreint
Au seuil d'une sagesse automnale ; le geste et la parole naturels et spontanés
L'abandon plutôt que la volonté
Le geste plutôt que le pourquoi
L'engagement plutôt que l'indifférence ; et l'esprit – pourtant – au-dessus de ce qui semble affairé
Le cœur aimant ; qu'importe les visages et les circonstances ; qu'importe ce qui nous est proposé
Ici ; sans invention – sans imaginaire
Loin de l'attente à genoux ; des paroles en l'air –
de la terre promise
Tout étreint ; y compris le plus vil –
l'haïssable – le mauvais sort
Qu'importe les noms que l'on donne à Dieu
Qu'importe l'hostilité du monde et des âmes
La réponse – la clémence – la tendresse – en soi
Tous ces rêves auxquels on se livre
Sans que jamais l'Amour grandisse
Endormis dans les bras du rêve
La tête collée contre sa poitrine
Dans le bleu des fables qui affaiblit l'ombre ;
et qui, en secret, lui donne sa force
Et cette disgrâce – et cette infortune – et cette cécité – que nul ne voit – que nul ne sent – que nul ne se risquerait à constater – sauf (bien sûr) le cœur lucide et silencieux qui sait ; et qui ne pourrait (quand bien même le souhaiterait-il) détourner de leurs songes et de leurs bruits les esprits endormis
La tentation de l'exil pour échapper aux ruses – aux manœuvres – à l'hypocrisie – aux mensonges – aux jugements – aux accusations – aux trahisons ; à tous les tourments de la vie collective
Tous rois ; en ce royaume...
Depuis toujours ; comme si l'on était seul ; à marcher ensemble (apparemment)
Qu'importe la brièveté de l'existence et l'intérêt que l'on porte au mystère
L'écho incessant des origines – à travers nous
A se méfier ; à aimer ; puis, à se détester (et programmés pour cela peut-être)
A partager le plus commun
A être ; à devenir ; ce à quoi l'on se destine (très naturellement) ; sans rien comprendre – sans même trouver la force ; sans même trouver les mots
Ce que nous sommes ; et ce que nous faisons – semble-t-il...
On supplie ; au lieu de s'effacer ; au lieu de s'oublier...
On aimerait encore ; on aimerait davantage ; un peu plus ; des rations supplémentaires de tout – de temps – d'or – d'amour – de matière
Et Dieu qui ne se montre pas ; que nos yeux et notre cœur (trop grossiers) ne parviennent à voir
Si insensible(s) encore...
La démesure (irraisonnée et incontrôlable) du vivant en ce monde ; comme si l'infini poussait au-dehors et au-dedans...
Le monde et le mystère – enchâssés dans le même secret
La mort irrécusable malgré les pleurs – les prières – les promesses – les ornements
Ce qui (nous) fait disparaître – en apparence
L'invisible (comme toujours) à la manœuvre
Le cœur impuissant – en dépit des rituels
Ce qui, ici, se transforme ; et ce qui est appelé ailleurs ; autrement
De monde en monde ; à travers l'esprit qui sait ; et les âmes qui voyagent (le plus souvent)
Des choses – au-dessus des têtes – (bien) étranges ; l'enfer et le firmament
La route parfaite des cœurs encaissés ; ce qu'ils disent ; ce qu'ils croient – de leur victoire sur le sauvage et l'innocence
La peur qui pousse les âmes à se barricader ; à trouver refuge derrière des murs de pierres et d'idées
Les mains sur les yeux et les oreilles au lieu de relever la tête pour écouter le chant – et regarder le spectacle – du monde ; jouant (presque toujours) sa propre tragédie
Et cet air que l'on se donne ; et cet air que l'on fredonne – pour se donner du courage ; rehausser les clôtures – renforcer les barrières ; et fermer les volets – et les paupières – à la nuit tombée
A demi-mot – dans le noir
Dans le désordre des signes et de la tête
Tous entassés au fond de la solitude
Au milieu des vivants et des morts
Le cœur tourné vers plus haut
Un poème ; comme de la neige lancée vers le ciel ; avec un peu de lumière et quelques restes d'ombre (maladroitement) mélangés à l'encre noire
Au recommencement du devenir
Le regard porté ailleurs
Offrir à l'existence et à la mort une autre lumière ; davantage que la possibilité d'une espérance ; davantage que le menu concours d'une croyance ou d'une prière
Ici et là ; à défaut de terre – à défaut de ciel
Ici-bas – l'âme singulière ; et la chair et l'esprit en commun
Là où les pas dansent sur leur pente
Sans rien savoir ni de la folie – ni de la vérité
A faire n'importe quoi avec n'importe qui ; comme si nous n'étions personne...
Seul – à bout de force
Las de l'étrangeté du monde
Comme un cœur parmi les pierres
Le cri de l'innocence au fond des yeux
Nous abandonnant à toutes les larmes qu'exige notre vie
Sans (jamais) pouvoir enjamber ni l'indifférence – ni le bruit
Équipé(s) pour la faim et la lumière
La bouche parfois béante – parfois béate
Passionnément ; la montée du jour
Le risque de vivre
Au-delà des choses
Rouge ; comme l'étoile et la main assassine
Sans jamais voir l’œil
Offrant à l'âme cette teinte si tenace
Adossée à la mort ; la parole
Le poème ; tel un (infime) rouage du ciel
Comme un chant obstiné
Une résistance à la bêtise et à la folie ;
à cette cavalcade indifférente du monde
A travers soi – l'Absolu peut-être
De l'indigence à l'apothéose
Sous le joug de l’œil et du temps
Cette existence sur la pierre
Porté(e)(s) – depuis toujours – par le reste
Dans les yeux – ce vide criant
A aller toujours – le rêve en avant
Serrés l'un contre l'autre
Le cœur et le silence
L’œil et le monde
L'âme et le vide
Le corps et la mort
L'esprit et l'éternité
Ce qui compte ; écrasé – anéanti
A coups de saccages
Le cœur errant ; sans même explorer l'inconnu
Sur cette terre épineuse et pentue
Ces (pauvres) vies qui passent
Comme des ombres ; des traces sur la neige
Debout ; les yeux fermés
La lumière que l'on cherche – aveuglément – dans les ténèbres
Les bras tendus devant soi – jusqu'à l'autre bout de la terre
Dans le même sillon ; sans jamais voir le jour
Qu'importe l'insignifiance – l'ampleur – la vérité – de ce que nous vivons...
Nos pas ; dans la (parfaite) continuité du voyage...
La chair tendre et tremblante ; tandis que nous respirons ; tandis que nous déambulons dans le labyrinthe ; tandis que nous jouons avec la matière ; tandis que l'âme et le monde se révèlent l'un dans l'autre ; tandis que la langue et le pas approchent du silence ; avant que la mort ne nous emporte ailleurs ; avant que le temps ne nous porte vers un autrement...
Gracieux ; la danse des âmes – le tournoiement des couleurs dans la lumière – ces pas – tous ces pas – dans l'invisible ; le cœur au bord de l'indicible – le souffle (imperceptible) du temps sur la pierre – et nos fronts rayonnants
Le ciel déployé
Au milieu des ombres
Des traces sur la pierre blanche
Et dans la main – le geste qui sait
Sous cet amoncellement de couleurs
La figure intacte
Et la voix sans tremblement
A l'angle du jour que la nuit a choisi
Amoureusement
Quelque chose de la blessure
Ce qui s'érige – ce qui vacille
Une sorte de verticalité balbutiante
L'image et le mot ; à la place du ciel – trop souvent...
Le déferlement de l'invisible
Sur les mains tremblantes
Sur le cœur battant
Sous quelques rais de lumière
Le temple et la prière
L’œil qui sépare le ciel du monde
Et par-dessus la croix ; l'invisible
Au milieu des pierres ; le cercle
Et appuyé contre la perte ; le salut
A grandes pelletées de vent ; le seul labeur – la seule possibilité – de l'homme...
Des mots du dedans ; quelque chose de soi (immanquablement)...
Sous quelques étoiles
Quelque chose qui veille ; de vivant
Partout où l’œil reste ouvert
Ici – contre soi ; tout près du ciel
Aveuglément
Entre la pierre et la prière
Tantôt vers l'obscur – tantôt vers la lumière
La possibilité de la couleur
Et, parfois même, la transparence
Mille égarements – quelques détours
Vers le bleu
Sans appartenance
Au milieu des fables et des gerbes de lumière
Peu à peu – oublié le jeu initial...
En soi ; ce qui nous accompagne
Au milieu des obstacles et des reflets
Guidé(s) vers le haut – au-dedans – peu à peu
Allant sur le seul chemin ;
dans la seule direction – possibles
Au plus bas ; là où le ciel rejoint la glaise
Au plus haut ; là où la terre devient miracle et merveille
Comme un passage à gué entre Dieu et les étoiles
Devant les yeux qui s'interrogent
Dans ce désert sans sable – sans lumière
Qu'importe nos pensées incandescentes
Pris dans le tumulte – le déclin – la débâcle
En dépit de la persistance du miracle – au-delà
La parole bariolée
Du ciel et de la neige
Terrestrement engagé(e)(s)
Comme le geste-témoin
Glissant de l'âme à la bouche
Le cœur moins aveugle
Apprenant à traverser la terre et le temps
S’immisçant là où les yeux s'épuisent
S'immobilisant là où l'on doit demeurer
Nous accompagnant
Au-delà des histoires et des noms
Insoucieux des sentences et des règles du jeu
Entre le reflet du feu et la désespérance
Chaque jour ; un surcroît d'aventure
Allant de rive en rive ; au milieu des pierres et des cris ; dans la proximité funeste des hommes
Ce vide qu'il faudrait enlacer ; comme des mains qui laisseraient le sable s'écouler ; comme l'esprit qui se laisserait gagner par l'abandon
Amoureusement ; et sans alternative
Parce que le jour ; plus simplement
A petits pas ; jusqu'à la hauteur qui se soustrait
Au cœur de la vie où, sans cesse, l'on recommence
En soi ; le souffle et le vent
A respirer encore au milieu des choses
Dans les tresses du temps ; la mort cadenassée ; et encore (trop souvent) brandie comme une menace ; comme un rappel à l'ordre – en quelque sorte – lancé à ceux qui s'imaginent mortels
Séparément ; de moins en moins
Par-delà les frontières
Par-delà la substance
Cette sorte d'intimité avec le reste
Les pieds sur le sol
Le cœur pénétré et consentant
Au milieu des vivants ; une compagnie – une amitié – un Amour – en soi – à creuser – incontournablement
Le geste juste ; comme si la vérité était inscrite au creux de la main – au fond de la chair – au fond de l'âme
L’œil comme obstrué par l'excès de distance et le manque de lumière
A nous offrir, peu à peu, à l'impensable
Tous les rêves émiettés au fond de la tête
Nous évanouissant à mesure que le réel gagne en force – en réalité
Notre cœur de plus en plus vivant
Notre existence ; malgré nous – malgré le monde – malgré les Autres
L'épaisseur ; fendue, peu à peu, par la possibilité du silence
Puis, emportée par les eaux
Jusqu'au retournement (inattendu) de la soif
A la même source ; l'âme et les lèvres – s'abreuvant
Aussi longtemps que nous pourrons nous transformer ; le défi de l'abandon...
L'œil et le monde ; comme un attelage guidé par le désir et les instincts ; aveuglément vers le sacrifice
Le cœur (de plus en plus) étranger
Avançant ; ne sachant que faire – ne sachant que penser
Dans les rouages du monde et du temps
Au cœur de la pénombre
Guidé(s) par le cœur insatisfait – (toujours) inassouvi
La porte encore ouverte sur la nuit
Au plus clair du cœur
Dans la plus haute intimité
Au-delà du proche ; le merveilleux
Le reste devenant (pour l'esprit)
de la même famille
Sans que rien ait changé ; ni les visages –
ni l'apparence du monde
A la confluence des chemins
La matière quittant l'épaisseur
Les épaules délaissant le poids
Nous quittant ; et nous rejoignant
Auprès de la source
Par-delà le rouge ; ce que l'on entrevoit
Dieu autant dans l'animosité que dans la tendresse ; autant dans la noirceur que dans la clarté
A même le ciel qui – partout – s'est éparpillé
Dans la bouche ; et au fond du ventre – la chair mâchée et remâchée ; jusqu'au débordement de la matière...
Dans la transparence discrète de l'effacement
Le cœur à deux doigts du bleu
Traquant le vent ; et débusquant le sable (sans même voir la malice qui a envahi les têtes)
Contre soi ; les ombres du monde parées des plus séduisantes couleurs
Sur notre peau ; l'inconsistance ; et la beauté par-dessous ; et ainsi jusque dans nos profondeurs les plus intimes – les plus secrètes – les moins parcourues...
Mis bout à bout ; la hâte et le terme
A peine une ébauche de voyage ; (tout juste) quelques pas esquissés
L’œil cherchant – à travers la multitude – la vérité
Comme un secret ; le mystère reformulé à travers la surface grouillante
Et aussi (bien sûr) tout entier dans le rien ; et peut-être même davantage...
Le cœur nu ; comme dégagé d'un piège ; miraculeusement ; sans jamais – pourtant – s'écarter du monde et de la mêlée ; nous laissant dévorer au lieu d'intervenir – au lieu de participer...
Au milieu des arbres ; marchant – dans leur silence
Le cœur ; le lieu du désencombrement et de l'intimité ; sans rien exclure du monde
Traînée de poussière et de sommeil ; dans les yeux – sous les pas
La splendeur et le triomphe ; qu'en rêve
Comme une mendicité ; ce que nous réclamons (si expressément)
Sous l'égide du dérisoire et de l'obscurité ; assurément
Aux ordres de la terre ; écrasé(s) par le poids du monde ; et submergé(s) par ses impératifs ; et le reste dont on se débarrasse ; le cœur (presque) toujours inconsistant
L'irruption de la grâce dans la chair meurtrie
Ce qui surgit sans nous heurter
Et ce qu'il reste une fois le superflu soustrait
Au cœur même de la perte
Au cœur même du chaos
Cette possible reconnaissance
Cette possible réconciliation
La parole libre ; sans emprise
Sans masque – sans nom – vers la plus haute nudité ; au-delà de toutes les corruptions possibles
Au plus près du vivre ressenti ; là où les tremblements et les larmes valent davantage (bien davantage) que les mots...
Face au monde qui se dresse – qui se hâte – (immanquablement) voué au dehors et au désœuvrement ; et qui, dans sa folie, continue de mépriser toutes ces choses qui semblent si essentielles aux yeux des sages...
Un peu de lumière – sur soi
Le commencement (peut-être) de l'inoubliable
La main tremblante et le cœur étreint
Touchant celle – et celui – des Autres
Alors qu'autour de nous la nuit a tout englouti ;
le ciel – le soleil – l'espoir – la sensibilité
Divisant le monde ; comptant les points ; et affermissant sa position (et sa posture)
De part et d'autre de la nuit à laquelle on est assigné
Vers la simplicité ; sans rituel
De naissance en naissance ; jusqu'à l'origine...
Quelques signes calligraphiés ; trempés dans le feu – le ciel – la possibilité ; sans oublier le rêve – la mort – le monde – que l'on ne peut jamais écarter du tableau
La possibilité du voyage malgré la matière et la mort
De très loin ; parfois depuis le commencement
Au-dessus du rêve et de l'abîme
Traînant en tous lieux
Sans le moindre étendard
Par-dessus l'espèce et l'obscurité
Au cœur de l'invisible
Entre la pierre et la lumière ; à même la trame
Sur le même fil que les funambules et les oiseaux
A tenir tête au monde ; au lieu de s'abandonner aux cimes et au vent...
Étrangement étrangers ; ces visages – ce lointain – cette assise sur la pierre...
Le cœur si infirme
Avec la terre et ses labyrinthes pour seul horizon
Si loin (encore) de la sagesse ; de l'âge de raison
A hauteur d'homme ; l'infini décelable
Et dans le vide creusé ; le mystère – comme une étrange (et perpétuelle) épiphanie...
Nous détachant (apprenant, peu à peu, à nous détacher) de la fiction du monde et du temps ; abandonnée à ceux qui ne peuvent s'en passer
Transformé en serviteur anonyme ; le cœur (discret) à la place de la figure
Et toutes les richesses de l'âme offertes au vent
Si nu – si démuni – si impuissant ; si vide – si clair – si joyeux – à présent
Frère(s) du reste ; sans (même) le savoir
Et encore cannibale(s) – en dépit de Dieu – en dépit de la ressemblance – en dépit de la proximité
Au fond de la nuit ; ce manque de lumière
Et au fond de la chair ; ces sanglots inconsolables
La nudité couronnée ; jamais arrogante
Si près du cœur – de l’œil – de l'Autre ; et du haut (du plus haut) quelques fois
Comme un vertige ; bien au-dessus du rêve
Dans l'intimité de la matière
En soi – le jeu et la simplicité ; et la célébration du seul visage – au milieu de la multitude – au milieu de la confusion
Qu'importe la nuit – les yeux ouverts – le cœur cadenassé – pourvu que l'on jubile à chaque découverte ; et que la joie se mêle à tous les remous...
Incroyablement vivant(s) ; malgré le rêve et les illusions
Sur le seuil – la porte toujours entrouverte
Déjà engagé(s) dans l'issue ; en dépit du labyrinthe
Ce que nous sommes ; en plus du reste ; autant que lorsque tout a été soustrait...
Déclinant les offres (toutes les offres) au profit de la lumière
Si proche(s) du bleu malgré les étoiles ; malgré la résistance de l'homme
(Presque) aussi fraternellement vivant qu'aux origines...
A l'origine du monde et du silence ; la même lucidité – le même enchevêtrement – la même confusion qu'aujourd'hui...
Éclaboussé par le sang des bêtes et la sève des arbres à l'horizontale
Cherchant au-delà des instincts – au-delà de l'homme
De l'autre côté du monde ; puis, de l'autre côté de l'âme
Le cœur rouge et ruisselant ; aussi rouge que la terre ; aussi ruisselant que les larmes
Sous la lumière ; tâtonnant
Aussi près des bêtes que possible
De pierre en pierre ; puis, d'arbre en arbre ; jusqu'à l'impénétrable...
A s'étreindre ; comme les arbres – en secret
Le sentier – dans la voix ; la lumière
Au fond de soi ; ce qui nous porte – en vérité
La nuit pleine d’orgueil et d'étoiles
Dans ce sommeil éveillé
A s'imaginer seulement
La substance du vent ; bleue
Sans trace ; dans le ciel
Au fond des bois
Sans rien corrompre
Sans rien enlaidir
Sans ambition
Goûtant l'invisible
Obscurément ; comme l'ombre sur notre visage ;
comme la lumière qui éclaire le passage
En s'achevant ;
à la manière du rêve et du langage
A travers l'ivresse d'un Dieu qui brûle
A la manière d'un songe ; l'impossible
Le trésor et le surcroît
Au plus bas du monde
Au plus près de l'âme
Au fond du plus rien – en quelque sorte
Jusqu'au dernier geste soustractif ; et moins encore
Un travail de titan pour l'homme – si familier des ajouts – des accumulations – des amoncellements
Face à soi – toujours ; le vide – le monde – les pierres ; et l'Autre quelques fois
N'étant plus que cela ; cet étrange mariage
avec le monde et les choses
La multitude des visages
Et des pelletées d'infini
Le vide par-dessus la main qui donne
Et par-dessus l'offrande
La même chair ; le même esprit –
à travers la farandole des figures
La part qui prend ; et la part qui s'élève
La part qui sait ; et la part qui demande
A travers la nuit terrestre ; le sort des mortels
Entre le ciel et la poussière
Une pluie d'étoiles sur le front enneigé
L'homme hissé jusqu'au plus haut de lui-même
A travers le même rêve
Sur cette corde fragile – branlante – très provisoirement attachée entre deux points fixes dans le temps
Aux prises avec les vents et les risques de collision et de bascule
Poussière suspendue – sous le soleil – en attendant la chute (inévitable) ; puis, l'envol (la migration vers d'autres contrées peuplées d'autres gouffres – d'autres cordes – d'autres particules)
La boue bleue tournoyant derrière les grilles que la cécité et la nuit ont façonnées
Une existence ; sans la nécessité des Autres – sans même la nécessité du langage...
Ni tien – ni mien ; nôtre assurément
Et l'infini en plus ; sans qu'il soit nécessaire de le partager...
Face à soi – encore ; au cœur de la soif rassasiée
Sur la terre ; passant
Vers l'autre rive
Au fond des yeux ; dérivant
L'âme gorgée de matière
D'une épaisseur à l'autre
Guidé(s) par l'intelligence (mystérieuse)
de ce qui nous porte
Recouverts par quelques pelletées d'argile ; l'âme – le cœur – l'esprit – le chemin – toutes les choses – toutes les possibilités...
Tourné vers soi
A la place du vent
Les mains dans l'ombre
L’œil aux aguets
Attentif à ce qui a besoin d'attention
Au cœur de l'invisible – déjà ; la chair flamboyante
Sous le feu de ce qui nous consume – pourtant
Indéfiniment ; le retour – entre la continuité et le recommencement
La route ; pas à pas
Entre le voyage et l'immobilité
A notre place ; sur toutes ces pentes qui se succèdent ; glissant – peu à peu et de manière ininterrompue – jusqu'au centre de l'étendue
Le cœur sur la pierre ; sensible et besogneux
Là où règne le feu
Là où la voix est arrachée au rêve
Face aux cœurs querelleurs ; face aux fronts trop fiers ; la figure humble (presque toujours)...
Le prix de l'exil ; de moins en moins exorbitant à mesure que l’œil s'ouvre ; à mesure que le cœur voit et reconnaît...
En soi – le bruit – Dieu – la parole
Au cœur du vide et du silence – pourtant ;
là où la matière est célébrée
A l’œuvre ; le temps – le monde et la lumière
Le feu – l'infime et l'appel
Comme un rêve ; et du sommeil
La mort ; et un peu de couleur ;
là où demeure l'infini ;
là où l'on sait s'agenouiller
La terre ; par poignées
En plein silence ; au milieu des images
Des corps ; et toutes les choses du monde
Mille reflets sur le visage
Et le sourire ; et les étoiles
Le Dieu vivant ; au lieu du rêve ; au lieu de l'or ;
plus proche que jamais
Le passage offert ; et que l'on obstrue – peu à peu
Au fil des pas ;
le merveilleux (par intermittence)
Les yeux (trop souvent) ligaturés
Comme emporté au loin ;
là où commence la mémoire
Dans le prolongement indéfini de l'élémentaire
Ce qui se creuse ;
la matière – l'esprit – la lumière
Comme condamné(s)
à l'éternelle étrangeté du monde
A supposer (bien sûr) que nous existions...
La parole prisonnière des fables et des croyances de l'homme et du monde qui (trop souvent) nous soustrait au plus vrai – à ce qui se rapproche de la vérité vivante
Hors du monde ; l'horizon ouvert – l'âme offerte ; le vide qui (enfin) se révèle
La tête dressée
Hors des siècles
S’affranchissant (peu à peu) de sa gangue
Vers les hauteurs
Le cœur ouvert
Et les pieds (encore) dans la fange
Sous la lumière crue du jour ; le monde
Les mains jointes (quelques fois)
Le souffle déployé
Les lèvres tremblantes
Près du refuge des bêtes
Le Dieu vivant
Au-delà du rêve des hommes
Le reflet du ciel dans les yeux confiants
A l'abri – dans les bois
Le jour dans les yeux
Enveloppé par le bleu souverain
Au milieu des rêves et des fantômes
Des pierres et des étoiles
Les lèvres serrées sur l'écume
Les yeux levés vers le ciel
A l'abri des lourdeurs humaines ; des horizontalités trop grossières
Le cœur au fond du regard ; à mesure que les noms deviennent fenêtre ; à mesure que l'espace remplace le monde – la fièvre – le rêve ; à mesure que l'écume disparaît...
La terre – au milieu des étoiles
Encore la nuit
Malgré la couleur – la lumière
Et ce bleu – sous les arbres
Au milieu de ce que l'on croit ne pas être
Gardien du peu ; de l'infime – face au reste ; sur la balance – du dérisoire
Nous désolidarisant plus encore en cas de menace ou de malheur
Alors que vit – s'offre et se déploie – devant nos yeux – l'inespéré ; la possibilité du rassemblement
La route dans le vent
Face au ciel ; la terre contre le dos
Et ce silence – au milieu des cimes ;
sauvage – nécessaire – paroxystique
Dieu ; plus intensément
Autant que l'âme et la matière
La terre si haut perchée
Le ciel si accessible
Plus ni exil ; ni étrangeté
L'étreinte – le silence – l'origine
Déjà l'essentiel en soi ; au milieu du fouillis des images
A la recherche d'un lieu qui servirait (à la fois) de refuge et de tremplin
Carré de pierre
Carré de ciel
A écouter la parole des arbres ;
la sagesse ancestrale
Face à la lumière ; la tête (une partie de la tête) encore encombrée par les fables du monde
Bras écartés ; sans (jamais) se dérober à son destin...
Dieu au cœur des dissemblances ; s'amusant de voir chacun brandir (avec force) ses croyances et ses caractéristiques singulières...
L'infime et l'infini ; au cœur l'un de l'autre
On a beau avoir l'air proche ou éloigné de la source ; on ne peut en être séparé...
Autour de soi ; des silhouettes drapées d'un peu de matière ; de l'argile maladroitement façonnée ; et le mystère abandonné au fond de l'âme
Le cœur comme un bloc ; soustrait aux risques – à ses propres yeux ; comme la soif
Et ce que nous refoulons plus loin ; par-delà le regard et les confins
Sous la même lumière au fil des saisons...
Sans importance – sans impatience ; jusqu'au dénouement
Au-delà des alliances
Recueilli dans ses propres bras
Uni(s) – déjà uni(s) – à l'infini
La nuit dans laquelle on s'enroule ; et le ciel que l'on habille de noir ; dans l'indifférence des yeux
L'esprit en tête ; et le secret au fond de l'esprit
Ce qui se déplace d'un monde à l'autre
Au-dessus des montagnes et des toits
A travers nos lèvres inquiètes
Accoudés à la nuit
Colonisant la pierre
Anéantissant à coups
de piques et de pointes
Le ciel et l'Autre
Faisant tout revenir à la terre ;
sans la moindre larme –
sans le moindre tremblement
Face à la lumière ; sans autre provision...
En ces lieux ; l'invisible
Penché(s) sur le temps qui passe
Et la nuit ; et ce qui nous relie
Comment pourrions-nous l'oublier ?
Les bêtes et les hommes partageant le sacrifice et le trésor commun ; les yeux se consacrant à l'inventaire du monde ; le secret (savamment) dissimulé au fond du silence ; les mains et les bouches saisissant et s'emparant ; les mains et les bouches rejetant et bannissant ; et les cœurs mendiant et s'exaltant ; indifférents à l'existence des Autres ; et l'âme à la traîne ; et l'esprit étroit et retors à la manœuvre – toujours asservis à la matière
Condamné(e)(s) à cet étrange vertige de l'arrachement ; l'âme – le cœur – la chair – le monde
Porté(s) tantôt par le manque et la faim ; tantôt par la gratitude et la joie
Au milieu de la poussière
Qu'importe le nom de Dieu face à l'indifférence ; face à la force du rêve qui a envahi les têtes ; face au degré d’absence de ceux qui s'imaginent humains
Dans les ornières du temps
Au cœur du plus précieux
Portés par cette faim d'or – d'ivresse et de nuit
Quelque chose des bêtes et des rois
Comme si le cœur était équipé pour l'obscur – les paillettes et les chemins de fantaisie
Ce que l'on soustrait pour se séparer de l'inhumain...
Rien pour résister au rêve et à l'écume ; aux jeux de la lumière
Du plus haut ; l'étreinte
Ce qui – dans le cœur – est atteint
Et avec ce qui reste ; l'esprit à la verticale
Rien de nouveau ; sinon cette proximité du sol et l'impossibilité de la lumière
Qu'importe que le temps succède au temps ; que le monde succède au monde
Et pourtant – peu à peu – l'innocence ; en dépit de tout...
A nous débattre dans la fumée épaisse ; à prier le ciel – la lumière – l'éternité ; sans jamais consentir au repos ou au pas de côté ; condamné(s) à cette fièvre qui ne pourra nous arracher à la boue
A se résoudre à la bêtise – au sacrilège – à l'imposture – à la matière malmenée
A consentir au rêve et au sommeil ; et jusqu'aux forces les plus dévastatrices
Comme de la fumée entre le sol et le ciel
Pourquoi diable – de passage et si peu équipé(s) pour pénétrer le mystère...
Gestes et pas impatients
Porté(s) par le tourbillon des chimères
Avec sur les épaules le poids du monde
A vivre comme derrière une vitre
Défaisant (presque toujours) le plus simple
au profit de l'ombre
A travers la tête ; (trop) aveuglément
A s'imaginer percevoir le réel ;
et le temps qui s'écoule
Le front obstiné ; obscurci
Bricolant des solutions
avec quelques bouts de ficelle
trouvés sur le chemin
Invoquer le silence plutôt que la raison ; et déployer l'esprit plutôt que l'idée du monde
Une manière d'éradiquer toute croyance ; d'interrompre la tradition et d'initier un mouvement singulier (éminemment intime et subjectif) visant à révolutionner l'élan et le geste – le regard et la perspective
Loin des horizons communs
Au milieu des arbres et des bêtes
Serrés les uns contre les autres
Le cœur hanté par l'invisible
Et l'âme guidée par le mystère
Un peu à l'écart du rêve et du monde
Entre le vrai et ce qui brille ; le cœur (presque toujours) partagé...
La main qui caresse ce qui pleure ; et la figure penchée sur le reste
De bon augure ; cette présence – cette attention...
Suspendu(s) au rêve et à l'indifférence
Brinquebalé(s) jusqu'à ce que disparaisse la cécité
Aveuglément ; sans s'interroger
Nous consolant de l'infime et du dérisoire
Un feu pour enflammer les rêves ; faire taire les cris et réserver à la chair la promesse de l'étreinte ; puis, attendre la joie qui envahira les cendres
Bout de ciel et de pierre ; comme une étoffe qui flotte au vent – si maladroit sur ces rives hostiles
En dépit des apparences – conçu pour des périples verticaux
Édifiant depuis le plus bas – à hauteur de poussière
Et toujours courbé – pourtant – en dépit des ambitions et des prières
Étendu(s) sur le flanc
Servant de miroir aux étoiles
Et essayant – pourtant – d'élargir le monde ;
d'agrandir le territoire et l'enclos
La croix toujours sur l'épaule
Oscillant sans cesse entre l'avant et l'après – entre le centre et la périphérie ; comme si l'espace et le temps existaient réellement...
Quelque part entre le désir et le rêve
Jusqu'à nous dessaisir de toutes possibilités
Devenant ce qui voit ; ce qui vient –
sans les mots
Ici et ailleurs ; comme une fenêtre éclairée
Une figure ; quelques vibrations à même la trame et des tourbillons de poussière ; qui que nous soyons – quoi que nous fassions...
Penché(s) vainement sur les saisons qui passent...
Assujetti(s) à ce que nous n'abandonnons pas
Le regard comme un soleil noir
Assombrissant le monde et la mort
Et dans leur sillage ; ceux qui vivent – ceux qui croient – ceux qui boitent et bâtissent – ceux qui déclinent et périssent
Infirme(s) ; toujours infirme(s) – quelque part
De l'or plein les mains ; et (toujours) derrière la vitre
Des pierres et des promesses à profusion
Si loin encore de ce qui excède le désir
Nous ; comme figurant(s) ici
Comme un bruit – un décor –
anonyme(s) de plus en plus
Voix et silhouette(s) évanescentes
émergeant du rêve et du sol
Comme des traces noires pour les Autres
Quelque chose entre la douleur et la joie ;
guère compréhensible (sans doute)
Mais sans autre possibilité
Allant là où l'on doit aller
Entre le jour et le reste
L'obscur révélant (peu à peu) sa nature
Parvenu – comme autrefois –
en ces temps de toujours
Comme l'eau ; obéissant à sa destinée
En tourbillons de ciel ;
dévalant les reliefs de pierre ;
serpentant entre les rêves
Dans le sens de la pente
Effaçant – avec le reste –
les risibles traces des hommes
Sur le chemin de la cendre ; des carrefours et des étoiles ; les mains chargées de présent ; tout ce dont le cœur a besoin...
La parole ; plus obstacle que tremplin ; plus réponse que découverte ; plus rempart qu'issue ; à ce point que le silence est (presque) toujours préférable...
Tout à sa place ; l'âme – le monde – le reste ; et nous qui avons disparu...
A crier plus haut que le ventre ; fort heureusement...
Entre les Autres et le ciel ; à cette place étrange
Au-delà de l'image ; au-delà de l'espérance
A la jonction et dans le prolongement ; maillon (exactement) de tout ; esprit et matière ; danse et épaisseur
Sans séparation ; sans distinction – le cœur commun – le cœur uni ; l'entièreté de l'espace
Le Dieu vivant sous l'apparence
Au plus près de l'ardeur et de ce qui brûle
Dans tous les mouvements
L'univers en marche
Jamais loin ; jamais au-dehors
Hors d'atteinte ;
la tête très près (tout exprès)
Amoureusement
Le cœur (un peu) crispé sur la question
L'espace de quelques instants
D'un intervalle à l'autre ; dans les interstices de la chair et du rêve...
L'encre qui gicle – qui se répand – qui envahit le carré blanc ; et qui colore l'âme (les âmes peut-être – espérons-le) de son bleu céleste
Sur nous ; pauvre matière – la patte céruléenne
Le même silence entre ; et à la fin
Un chant à la manière de l'incertitude
Le rêve et le vent tissés ensemble
Non pour dire ; pour célébrer ; et la joie que cela offre ; un rayonnement peut-être...
Qu'importe l'obscur ; qu'importe l'insignifiance ; lorsque l'élan et le trait obéissent à la nécessité
La marque (presque toujours) de la confusion et de l'emportement
Jusqu'à l'avènement de la lumière ; cette étrange liberté
Dans l'Absolu du monde ; si mystérieux
Épaule contre épaule
A la lisière du signe
Le commencement – la solitude – le voyage
Ce qui nous échoit
avant l'étape du rougeoiement
L'au-delà du ciel – de l'écume – du langage
D'un lieu à l'autre
Sans se déplacer
A la jonction
A travers cette perpétuelle continuité
Trop de terre dans la tête et le sang
Au cœur de la matière – le plus grand soleil – pourtant...
Alignés ; sous la lumière
Comme si la nuit n'existait pas
Comme si l'aurore était une invention
De proche en proche ; et toujours le même éloignement...
Cette étrange indifférence (mâtinée parfois d'un peu d'émerveillement – de surprise ou de peine) face à l'apparition – face à l'usure – face au déclin et à la mort
Et l'esprit qui s'interroge (assez rarement) sur la matière soumise aux impératifs du temps
Hors de soi ; comme la seule condamnation...
A la cime de l'insuffisance ; les yeux – l'homme – l'esprit – confrontés au monde (à cet étrange amas de particules et d'images) qu'ils ont, eux-mêmes, inventé ; rive blanche pour les uns ; tertre sombre pour les autres ; et transparence pour quelques (rares) privilégiés qui ont su percer l'épaisseur du mystère
Chaque jour comme un surcroît de ciel
Sous l'étoile montante ; la terre claire
Sur le seuil ; comme l'arbre et la fleur
A la jonction du monde et de l'invisible
La chair simple
Et le rouge au cœur
A croire (encore) aux vertus des images et du songe
Célébrant l'espérance et l'illusion...
Attendant l'impossible offert par un Dieu qui habiterait le ciel – la prière – l'extase ; jamais le monde – l'ordinaire – le dedans
(Parfaitement) indissociable(s) du reste (de ce que l'on considère habituellement comme le reste)
Ici – au plus près ; qu'importe ce qu'en pense la tête
Polycentrique ; comme les facettes du même visage
A travers le rêve ; la clarté
La figure triste ; les yeux fermés ; le cœur froid et barricadé ; et encore l'essentiel du chemin à parcourir (bien sûr)
Sous la lumière
Sur la pente colorée
Les figures en sang
Dérivant peut-être
S'abandonnant à trop de volonté(s)
S'exténuant à faire le chemin
Du rêve à la terre foulée
Sans comprendre ni la violence –
ni l'évanescence – ni la futilité
Le jaillissement de l'encre
Comme un rêve dans la lumière
A la jonction du silence et du possible
Ce qui s'éparpille ; ce qui aime (et aspire) à se disperser ; pointant le ciel ; le suppliant d'offrir à la terre d'autres voluptés
L'innocence de la ligne
Comme un ciel
En guise de réponse
Abouché avec l'arbre ; les lèvres enduites de sève
Et, par endroits, l'écorce qui a remplacé la peau
Et dans les profondeurs du sol ; des vibrations
Et nos cheveux ébouriffés par le vent qui chatouillent le ciel
L'avènement d'un monde nouveau ; à travers l'homme végétal ; dessinant les prémices d'une civilisation prometteuse ; pacifique – solidaire – silencieuse – verticale
L'âme libre ; le cœur incliné et la main tendue – sans erreur possible
Aperçu ; le mystère ; à travers la blessure – cette part de ciel qui n'en a pas l'air (qui n'en a jamais l'air)
En ce lieu où s'attardent les âmes silencieuses...
Au-delà des mondes
Au-delà de l'imaginaire
A la fois ancré dans le silence et le vent
Sans doute – inexistant
Entre la poussière et l'infini
D'un bout à l'autre du voyage
D'un bout à l'autre de la prière
Toujours indécis
D'écorchure en écorchure ; jusqu'à l'imperméabilité ou l'effacement (selon le tempérament et la perspective dans laquelle on est engagé)...
A vivre sans pouvoir se résoudre (d'aucune manière)...
Ce que nous laissons se corrompre – s'aigrir – se souiller ; faute de compréhension
Exténué(s) jusqu'à l'agonie ; au lieu de vivre ; au lieu d'exulter
Blessé – avec les arbres et les bêtes – par la main qui tient la hache et le couteau ; par la barbarie ordinaire des gestes ; par tous ces visages parés pour le rire – la fête – le festin
Le cœur lacéré ; et sur la feuille – et sur la terre – de longues giclées de sang noir
La nuit sans la lumière ; l'innommable ; ce que célèbrent ceux qui vivent au pays de la mort
Captif du désir – de la haine – de la délivrance
A tous les degrés du délire – du chemin – de la fantasmagorie
Comme s'il y avait une grille à franchir pour enjamber le temps ; échapper au monde ; rejoindre la vraie vie ; vivre la vérité
Au lieu de plonger en son cœur sans tressaillir ; pour devenir ce que l'on cherche – ce que l'on fuit – jusqu'à la moelle ; jusqu'à dépasser l'essence et l'effacement ; pour revenir à l'indistinction – au socle commun et éternel de toutes les figures (infailliblement) éphémères
De plus en plus silencieux à mesure que l'on approche de la source ; à mesure que se révèle le mystère
La terre et le ciel ; le terrain de jeux des hommes sur lequel tout est dessiné à la craie
Des gestes et des paroles ; depuis des millénaires – identiques ; sans la moindre retombée...
De la même source
La mort et la matière
L'esprit et le vent
A nous arracher à l'eau stagnante
Vers le mouvement
Le visage mille fois peint et masqué ; la silhouette mille fois déguisée et travestie
D'un passage à l'autre
Du sable au sourire ; jusqu'à ce que tout cède – jusqu'à ce que tout éclate en vérité...