Carnet n°327 Entre les mains de l'invisible
Février 2026
Creuser la parole jusqu'au silence
Veiller et prendre soin
comme si nous étions seul(s) au monde
Un peu de lumière
éparpillée au milieu des mots
Aussi près du jour que du rêve
Aussi près de l'arbre que du monde
Mais qui sommes-nous donc ?
Seul
sur un très ancien chemin
dont on ignore à peu près tout
(et en particulier où il mène)
Lentement
Si lentement
que nous n'arriverons jamais
Mais qui donc a dit
qu'il fallait se déplacer ?
A l'ombre de la source
Nous autres, petites marionnettes
Dieu si densément
au fond de l'âme et de la chair
au fond du cœur et des yeux
Au cœur de l'obscurité
cette clarté inespérée
Dans les profondeurs du cœur
tant de blessures et de défaites
qui, un jour, se convertiront en lumière
Le regard si ample
que tout est vu
Le cœur si large
que le monde n'est plus
qu'un infime point dans l'espace
Comme les bêtes hurlantes
nous, cherchant un passage
Dans la main
ce miroir que l'on tourne
tantôt vers soi
tantôt vers ce qui nous fait face
Il n'est rien qui ne soit déjà là
Une existence et un monde
sans ailleurs ni au-delà
Rien que ce que nous vivons
Ce qui n'empêche pas (bien sûr)
à tous les possibles d'exister
Ce perpétuel engagement du cœur
dans nos gestes, nos paroles et nos pas
Des traces de pas sur notre feuille
et des mots qui traînent sur tous les chemins
Le cœur plongé dans le geste
Et l'esprit docile qui obéit aux circonstances
La main sur la pierre
là où nous a amené la vie
Le cœur contre l'arbre
là où l'on doit être
Et le monde au loin
avec lequel on ne converse plus
Quelques mots et quelques gestes encore
comme si, chaque jour, il (nous) fallait tout recommencer...
La vie, le monde, la mort
et tous nos pourquoi
nichés au fond du silence
Au fond du cœur silencieux
là où naissent le geste et la parole justes
Si proche de l'étoffe du monde
Et cette force (inépuisable) qui exhorte l'âme
à découvrir ce qui pourrait apaiser
la crainte de vivre et l'angoisse de la mort
Sous le signe de la simplicité
celui qui a compris l'essentiel
Peut-être est-ce la nuit qui s'étend ?
Peut-être est-ce la mort qui approche ?
à moins que la lumière ne s'intensifie
à moins que ne s'unissent toutes les forces de vie
Là où s'attarde la voix
au plus près de nos tremblements
Ce qu'il faut d'Amour et de lumière
pour que le cœur ose aller vers sa perte
Jusqu'où faut-il aller
pour exister au cœur de l'absence
et rayonner à travers son effacement ?
Qui sommes-nous
pour avoir l'air
si seul(s) et si idiot(s) ?
Depuis le commencement du monde
cette nuit qui s'éternise
(et que si peu parviennent à traverser)
Et cette aube
au fond de l'âme
qui n'ose se lever
comme si la nuit
était (encore) trop épaisse
Lorsque la voix se mêle
au chant de l'oiseau
l'encre semble plus claire
et la parole se fait plus légère
Des pas silencieux
sur ce chemin sans retour
Sans cause
la joie qui fait goûter l'inespéré
et qui rend obsolètes toutes nos questions
Le cœur partagé
entre ses propres élans
et les exigences du monde
Le cœur si bouleversé
par la douleur du monde
Si lentement
des abysses aux sommets
de l'obscurité vers la lumière
puis dégringolant
et s'assombrissant
en une fraction de seconde
Comme happé par le mouvement cyclique du monde
Penché sur la pierre pour observer la danse
(inconsciente et joyeuse) des mortels
Un escalier invisible
jusqu'au soleil
au-dedans de l'âme
Ce si peu que nous sommes
combien d'entre nous
l'ont-ils déjà perçu ?
Il y a si peu d'espace
entre l'infime et l'infini
à peine de quoi y glisser son âme
Comme l'oiseau
hésitant entre le ciel et son nid
sautillant de branche en branche
pour faire entendre son chant
Un cœur qui a épuisé
tous les pourquoi
L'âme de l'Homme si obscure
comme si elle ne pouvait
échapper à la nuit qui l'habite
Sans rien attendre
Se laissant mener
par le cours des choses
Si bas
que la brume et le rêve
n'ont plus de prise sur l'âme
Le cœur hissé à hauteur de ciel
Là où il n'y a plus ni peines, ni plaintes, ni pleurs
Et si le cœur était trop vaste pour les rêves
Et si la nuit n'était qu'une manière de voyager
Et si nos désirs n'étaient qu'une malhabile manière
d'approcher l'impensable
Vers cet infranchissable ailleurs
Le bleu du ciel
Et l'éternelle solitude de l'âme
Cette lutte et cet abîme
au fond de la prière
Deux mains jointes
comme un peu de lumière
sur les malheurs et la mort
Silencieusement et sans histoire
au seuil d'un pays si peu fréquenté
Quelle parole faudrait-il prononcer
pour ne pas entacher le silence ?
Souffrant
sans rien comprendre à la douleur
et sans pouvoir y échapper
Un peu de ciel au fond de l'âme
mélangé à cette affreuse boue noire
Autour de soi
mille choses étranges
et tant de visages inconnus
Tout un monde que Dieu
a pris la peine de peindre
aux couleurs de la terre
Le cœur qui cherche l'immuable
en ce monde où tout n'est que perte et adieu
Ramené sans cesse
sur cette pente
où tout glisse vers la mort
Et sous nos rêves
empilés en désordre
au fond du cœur
quelque chose du ciel et de la prière
Entre la pierre et l'étoile
nos yeux un peu perdus
Tous ces mortels
avides de sable et d'écume
que l'éternité et l'infini indiffèrent
Sous la même lumière
tous ces mondes
en plus du nôtre
Au fond de nos yeux
ce souvenir si ancien
où le ciel et le monde
n'étaient pas séparés
Au-dedans la route
sur laquelle l'âme avance peu à peu
La douleur posée sur l'épaule
comme une besace
et le vide à combler
Si triste de voir
l'âme aller seule sur son chemin
Ici
sans que rien dure jamais
Aux origines du monde et du temps
Là où il n'y a que le ciel, la pierre et l'enfance
et ce qu'il faut de tendresse et de silence
Une feuille, un feutre et le cœur assez sensible
pour dessiner les choses de l'âme, de la terre et du ciel
Il nous faut parfois toucher le fond du rêve
(là où le sommeil est le plus profond)
pour pouvoir remonter à la surface du réel
Le cœur sans chimère
encore entre les mains du rêve pourtant
Les mots jetés
comme une poignée de sable
dans le vent
La terre tachée de sommeil et de sang
frémissante sous la pesanteur des coups
portant sur sa nuque l'âme des morts
et la (terrible) douleur des vivants
Le cœur des mortels sous un ciel impassible
comme abandonné à un rêve trop lointain
Pas à pas
vers cette rive qui honore la fraternité des âmes
où rien ne distingue l'essence de l'écume
où tout est habillé de terre et d'infini
Au pied de l'arbre planté là comme un pieu
le cœur battant sous les feuillages
dictant à la main son universelle parole
Comme un chemin sur la page
une minuscule sente qui part de l'âme
pour aller Dieu sait où
Seulement ce que nous offre le jour
Il ne faut guère s'attendre à plus
Là où tout brûle
jusqu'au feu lui-même
Ce qu'il manque à la plupart des Hommes ?
Une véritable vocation humaine
Qu'y a-t-il au fond de notre absence ?
Et s'il y avait une part substantielle du mystère
Mieux que toute activité ; écrire
et mieux encore ; contempler
Derrière les apparences
le secret qui fait tenir les choses ensemble
Derrière les danses fébriles du monde
ce qui se tient immobile et silencieux
Entre les mains de l'invisible
depuis le premier jour du monde
Aux mains de l'Absolu
notre chemin, nos prières, notre dévotion
Ce qui échappe au temps et à la douleur
le cœur éternel et infini
La lumière noire de la mort
qui accompagne la fin du souffle
et le (mystérieux) passage vers l'au-delà
Aux lisières du rêve
les pierres et les ombres du temps
et le cœur épris de lumière
En tous lieux
la force d'aller encore
A deux doigts de dire
puis se ravisant
pour plonger au cœur du silence
Écrire
peut-être comme une besogne
sûrement comme une nécessité
et, sans doute même, comme une vocation
Au milieu des autres
à user son âme pour exister (essayer d'exister)
au lieu de quitter le monde et d'aller vers l'inconnu
Quelque chose
au milieu des jeux et des ombres
qui fait irruption à la manière d'un soleil
dans un recoin oublié
Assis à ma table
attendant qu'une âme me rejoigne
qu'un poème s'écrive
que Dieu me fasse un signe de la main
Le vent
toujours
précipitant la parole
vers le silence
Quelque chose
au seuil
parfois un peu de lumière
parfois de vieux rêves
qui se moquent bien
de ce que nous désirons
Au fond du cœur
comme un désir secret
celui de tout perdre
et de disparaître
Et cette aube
à l'approche de la mort
qui extirpe l'âme
de son obscurité
Ce qui loge
dans nos tréfonds
de plus en plus léger
et de plus en plus tangible
à mesure que l'on s'approche du secret
Là où tout se chevauche
la mort et la lumière
le monde et le silence
la joie et le cœur brisé
Par là où l'on passe
ce qui révèle (bien sûr)
notre manière de voyager
A la source de soi
quelque chose d'autre
un ailleurs enfoui
dans ses propres profondeurs
Une joie, un rire
Une fête peut-être
sous la pluie qui chante
devant ces arbres si grands
dont le feuillage danse
au son des gouttes
A l'écart de la cité des Hommes
Le regard aimanté par le ciel
Là où s'écrivent les poèmes
si loin de soi quelquefois
Assis à ma table
devant cette fenêtre
où passent tous les rêves du monde
Le cœur engagé
entre la pierre et l'absence
Si proche du seuil
où les yeux se détournent du sommeil
et où le visage n'est plus qu'un large sourire
Presque un silence
cette parole drapée de réel
à la fois si profondément sombre
et gorgée de toutes les promesses de la lumière
Plongé au cœur de cette longue veille
où le cœur – un peu fébrile – est à l'affût
et où l'âme tranquille attend en silence
Notre cœur incompris de mortel
oscillant entre le monde et l'exil
entre la querelle et le chant
ne sachant trop que faire
ne sachant trop où aller
nous guidant avec tant de maladresse
Au pied de l'arbre
Tout ce bleu oublié
qui sait si bien panser nos blessures
Si démuni
face au monde et au temps
face à la vie qui coule
entre les doigts
avec au fond de l'âme
cette petite voix
qui aimerait savoir
où l'on va
Le baiser tardif
mais inexorable
de cette présence (en soi) qui sait
Vers soi encore
jusqu'à effacer son visage
pour prendre celui de Dieu et du monde
Nos vies ?
Mille acrobaties
sur un fil invisible
qui se perd dans l'infini
Ce qui nous brûle
jusqu'à l'incandescence
Si près du cœur
ce que l'on murmure
et ce que l'on ne comprend pas encore
La tête si près des arbres
que le ciel semble tout proche
que la lumière traverse le front
et que le chant se mêle aux frondaisons
Et cet oiseau
qui loge au fond du cœur
et qui fait chanter la voix
Si noire cette nuit
que tout semble perdu
Il y a désormais
au fond de mon âme
un silence qui se fait entendre
Le cœur (sans doute) mêlé au plus désirable
Sur ces rives où s'accumulent les chants, les prières et les morts
Le mystère intact au fond de l'âme et des yeux
Le cœur au milieu de tant de choses
qu'il semble un peu perdu
Au fond de l'âme
là où il y a un ciel et un feu
assez d'espace et d'énergie
pour donner aux désirs la force nécessaire
Le cœur aveuglé
tantôt par la laideur
tantôt par la beauté
Comme si chaque pas
nous éloignait de la vérité
Quelque chose écoute
le silence peut-être
Au fond du cœur suffisamment de soleil
pour sourire au milieu des peines et des soucis
Des vies faites (essentiellement) de ciel et de sable
Sur cette rive où tout fait naufrage
où seul Dieu peut nous hisser
au-dessus du monde et de la mort
Tant de tendresse
dans cette main
éternellement ouverte
Et si, en soi, quelque chose
pouvait échapper à la mort ?
Si tourmenté(s) par les affaires du monde
et si peu concerné(s) par les choses de l'âme (et du ciel)
occupé(s) à vivre – paraît-il
Aux limites de l'Homme
là où le rêve et la nuit
cèdent la place au silence
Et s'il n'y avait aucun passage au fond de cette nuit ?
De l'ombre encore
comme le seul portrait possible de l'Homme
Des amas de mots au fond de l'âme
que l'encre éparpille sur la page
Sur cette terre sans âme
Si peu de lumière sur les routes du monde
et rien que la clarté de l'âme pour voyager
Par là où passent les nuages
voilà (pour nous) le seul chemin
La chambre posée au fond des bois
au cœur du silence et de la nuit
L'âme et l'arbre dialoguant en silence
mêlant leurs chants étranges
Laissant la prière se hisser jusqu'au silence
Toujours le même sol
sous nos pas si peu assurés
et toujours le même ciel
pour accueillir nos (pauvres) prières
La porte ouverte
Et l'âme sur le seuil
laissant entrer tous les vents
Tant de férocité, de crimes et de sang
que la terreur règne partout sur cette terre
Pas assez de lumière et de silence (en soi)
pour vivre dans l'obscurité et les bruits de ce monde
La parole hissée au-delà du sens
si près de cet horizon
que ne perçoivent
que quelques Hommes
Au fond de soi
cette tendresse qui prend des allures
tantôt de ciel
tantôt de main
et qui laisse dans l'âme
des traces de son passage
Rien qu'un peu de chair et de sang
Rien qu'un peu de souffle et de feu
et une âme qui, de temps en temps, s'interroge
Derrière soi
quelque chose
Et derrière cette chose
une autre chose encore
et ainsi de suite
Le cœur
si près du jour
à l'intérieur
Ce qui s'incline
devant ce que l'on rencontre
cette part (en nous) qui a compris
Vers la lumière
inexplicablement
Sous les draps du monde
beaucoup d'indifférence et de haine
et quelques gestes d'amour
Ce qu'il faut de jour
pour conserver la main ouverte
Au cœur même du silence
cette profusion de mots
Le ciel aussi vaste que mon cœur
Quelquefois
rien ne peut nous sauver de la nuit
A la pointe de la main
(et au cœur du geste)
tout le ciel nécessaire
et la terre qui défend encore
(si âprement) son territoire
Comme un soleil
dans cette encre noire
Insensible(s)
comme si rien ne nous était familier
D'un monde à l'autre
d'un cœur à l'autre
sans jamais rien atteindre
sans jamais percer le secret
Des nuages au-dessus de la chambre
Et sur la table la main qui écrit un poème
Le cœur fracturé à force de ruptures et de trahisons
qui finit par tendre au monde un miroir brisé
Une voix née des profondeurs de l'âme
qui s'applique à décrire ce qu'elle a traversé
Figures et âmes tissées dans cette toile
faite de ciel, de sang et de silence
De proche en proche
comme si tout était frontière
comme si tout était chemin
Arrachée au silence
cette voix que l'on n'entend pas
Le jour
tenu entre nos deux mains silencieuses
N'être plus qu'une absence
pas même un visage
un peu de silence
au milieu du monde
Une poignée de lumière
jetée sur tous nos soucis
Nous éloignant peu à peu de la lisière
Nous enfonçant de l'autre côté
Là où il n'y a plus de frontière
Les mains vides
Et, au fond du cœur, cette présence
La chambre abandonnée à l'hiver
avec ses figures de glace
et ses reflets givrés
Sur ce chemin si imprévisible
où, peu à peu, s'intensifie la joie
Sur cette étrange route
qui ne traverse aucun pays
la foulée égale
qui pousse à épouser le jour
Rien, en réalité, ne distingue la mort du reste
Jusqu'au vertige
les tourbillons du monde et du temps
Si dense
ce qui nous traverse
jusqu'à en avoir le souffle coupé
A l'origine de l'écart
un besoin de silence et de lumière
quelque chose que ne peut offrir le monde
Sous le même ciel
les joies et les peines
et ce que rien ne peut épuiser
Là où le destin nous malmène
A force de vivre au-dedans
quelque chose du dehors s'en va
une illusion peut-être
Qu'y a-t-il derrière notre visage ?
Qui nous regarde ?
Qui fait bouger nos mains ?
Et s'il n'y avait personne ?
Encore du bleu
pour remplacer la parole
Encore du bleu
pour balayer tout ce sable
que nous avons entassé
Là où se façonne la parole
A peu près n'importe où
pour peu que le cœur sache se faire poreux
pour peu que l'âme sache s'abandonner
Presque rien
une âme humble
une voix discrète
presque inaudible
qui vont leur chemin
sans bruit
sans se soucier
de l'assentiment des visages
Comme un passage
entre la tristesse et le sommeil
où se faufilent tous les innocents
et les (rares) rescapés de ce monde
Interrogeant l'âme inlassablement
pour dénicher un horizon
un peu de lumière
dans cette obscurité ancestrale
Peine perdue
toutes nos tentatives
sans doute faudrait-il mieux
s'abandonner et se laisser porter...
Présence et gestes de l'effacement
dans ce foisonnement de vitrines et de miroirs
Le cœur plongé à la fois
dans les tempêtes du monde et le bleu du ciel
Du fond de l'enfance
le besoin de jeu et de lumière
et cette voix qui sait si bien
mélanger le silence et le chant
Vers ce ciel
qu'aucune route ne peut trahir
Les deux mains jointes
l'une posée sur la pierre
et l'autre déjà en plein ciel
A la pointe de l'âme
il y a un espace pour l'enfance et la prière
et un grand ciel auquel tout est arrimé
Rien qu'un regard
au fond de ce trou où tout est jeté
Là où le silence et la solitude
sont un lieu qui attirent toutes les peines
toutes les prières et tous les pas
Pierre après pierre
ce que nous construisons
si laborieusement
Ce qui nous éloigne de l'abandon
le désir d'aller contre le vent
cet étrange chemin d'ambitions
Et ce rire
devant la nuit qui s'étend
Tout s'efface sans jamais disparaître
Notre voix
épelant tous les noms du monde
à l'oreille de personne
Au-dedans du poème
un ciel, des arbres
des bêtes et des chemins
que l'encre restitue
avec les couleurs de l'âme
Quelle frontière as-tu franchi
toi qui t'es éloigné du monde ?
Ce que la voix porte malgré elle
les couleurs de l'âme
les couleurs du monde
et tout ce qui se tient au fond du cœur
D'une absence à l'autre
reliées on ne sait comment
par un fil qui fait office de chemin
Si près de l'ombre
que tout nous épuise
que même la lumière
est découragée dans son labeur
Aux limites du rêve
d'autres rêves
plus anciens encore
qui nous empêchent de franchir
les frontières érigées
par l'esprit de l'Homme
Comme entravé aux chaînes de la peur
Le cœur blessé
et nous voilà aspiré violemment
jusqu'au fond de l'entaille
Prisonnier de tous les élans
au fond de notre cage
Sur cette sente
où le voyage a la couleur des larmes
Là où tout bataille, où tout boitille
où tout semble si branlant et bancal
Malgré toutes ces traces de monde
tatouées sur la peau
les yeux fermés
manière maladroite (bien sûr)
d'oublier le triste destin de l'Homme
Pas si loin du reste
notre âme et notre voix
séparées peut-être par
ce qu'il faut d'espace pour un baiser
Le cœur hivernal offrant son rire aux corneilles et au vent
dessinant une lumière pour éclairer le ciel blanc
et faire sortir de son terrier ce qui habite nos tréfonds
Posé là où il n'y a plus rien à prendre et à donner
dans cet interstice où le vide et le rien
deviennent le seul chemin
Chaque jour
sur ce petit sentier
qui mène au-delà de la chambre
au-delà de la feuille et du poème
quelque part où Dieu se promène sur la pierre
Là où tout se mêle
le cœur et le rêve
le ciel et les mains bleuies par le froid
Parce que tout nous blesse et nous dépèce
il faut nous éloigner des bouches et des mains
qui, en ce monde, ne servent qu'à apaiser la faim
Comme rivées au rêve
ces paroles nocturnes
qui obligent l'esprit
à se soumettre
au règne de l'obscurité
Tout tourne autour du songe
même les poèmes et les paroles sages
même le silence et les syllabes sacrées
Que restera-t-il de ce long témoignage ?
Quelques paroles peut-être
La petite musique des mots
ou nos deux mains jointes en silence
ou ce que le cœur aura déposé entre les lignes
à moins, bien sûr, que tout ne tombe dans l'oubli
Jour de diète
où les choses de la terre ne sont pas fréquentées
où même le ciel se fait lointain
où tout passe par le silence et la prière
A petits traits
ce que dessine la lumière
sur notre visage
La douleur du monde sur l'épaule
et cette joie au fond de l'âme
affranchie de toutes nos mésaventures
Notre dérisoire et grandiose ambition de vivre
Là où tout s'étiole
dans ce dehors qui nous échappe
qui n'existe pas peut-être
Des mots façonnés par la douleur
alors que d'autres sont sculptés dans la joie
ainsi se fabrique le poème
dans ce dialogue (permanent)
entre le noir et la lumière
Sans jamais s'établir
parfois habité
parfois déserté
cherchant encore le lieu où être
Écrire
comme pour échapper à la nuit du monde
et au gouffre de l'âme
Sur cette pierre
où le ciel est gravé
comme un drapeau invisible
qui flotte au vent
pour rappeler aux yeux qui cherchent
la prépondérance de ce qui ne se voit pas
Enchevêtrés
le ciel et la pierre
la vie et la mort
le silence et le poème
sur nos lèvres
qui se vouent à la vérité
Comme une halte
au cœur de cette nuit
où tout a le visage de la mort
De plus en plus sauvage
à mesure que le silence s'approfondit
Démesurée l'écume du monde
comme si dans nos vies
il n'y avait de place pour l'Absolu
Ce qui scintille
dans l’œil de celui qui voit
Aller encore
comme la feuille poussée par le vent
comme le sang pulsé par le cœur
sans rien connaître du trajet
mais devinant peut-être où la route s'arrête
Les mots
aujourd'hui peut-être
la seule certitude
Le reste n'est que désordre,
confusion et tâtonnement
La vie ?
Mille petites choses que l'on ignore
et mille grandes choses que l'on ne voit pas
et qui (parfois) se révèlent au fil des pas
Ce qui se dit ou rien
la même chose en réalité
pour celui qui voit le monde
au-delà des images et des mots
Dire toujours
comme si le langage était un chemin
mais comment ignorer qu'aucune parole
ne mène à la vérité
Jour de fête
ce que reflète la prunelle
scintillant
sautillant
aux portes du plus lointain
Du bleu encore
qui colore l'âme et les gestes
de ceux dont le cœur est habité
et qui roule au fond des yeux
et qui roule aussi sous les doigts
pour s'offrir à ceux qui les côtoient
Sans compter les heures
l'œil ouvert
aux marges du temps
là où le monde cesse d'être un rêve
Au cœur de l'obscurité
la danse des yeux fermés
Qu'importe ce que tient la main
et ce que saisit l'esprit
pour celui qui est affranchi
de ce que l'on peut acquérir et comprendre
laissant tous les rêves s'effilocher
laissant le monde et l'âme s'entremêler
au cœur d'une perspective où plus rien n'encombre
Le cœur rangé avec le reste
comme s'il était une chose du monde
(aussi anodine que les autres)
Sans rien deviner
quelque chose est là
qui nous interroge
et qui se pose la question
de l'importance des visages et des noms
Des traces de ciel
un peu partout
jusque dans nos empreintes de pas
Qu'est-ce que le réel ?
Et quel est le meilleur moyen d'en témoigner ?
Par cet autre chemin
qui passe par l'invisible et le silence
pour aller Dieu sait où
Au cœur des mots
le monde et l'âme de celui qui écrit
portés par toutes les possibilités du langage
Le cœur infatigable
tout à sa besogne et à son étreinte
Allant si aveuglément
sur cette route sans étoile
Rêvant encore de ces yeux affranchis
Adossé aux rêves du monde
un chant d'automne
qui célèbre le silence et le sang
et qui cherche à répondre
à toutes les questions de l'Homme
Devant soi
un monde invisible
et assez de lumière
pour reconnaître l'étrange territoire
qui entoure l'infini
Au fond de l'âme
le monde
mille pensées
le cœur couronné
et ce qui traverse le poème
Assez d'âme et de tendresse
pour voyager
sans ami ni compagnon
Nous rapprochant
inexorablement du mystère
Un passage sans doute
aux abords de ce que l'on écrit
peut-être une passerelle
vers un ailleurs plus désirable
La voix posée
au-dedans des mots
et l'oreille attentive
pour écouter la place
laissée au silence
Loin de tous les lieux fréquentés
cet îlot de solitude et de vérité
Ce qu'il faut abandonner
ce qu'il faut éprouver
ce qu'il faut franchir
et ce qu'il faut conserver
pour apprendre à être un Homme
Si peu de ciel
et tant de désirs et de mort
en ce monde si avide d'autrement
La liberté d'aller au-delà des cercles
de hisser le chant jusqu'à la plus haute douleur
de favoriser le silence et la vérité
de ne pas faillir à son destin d'Homme
A travers nos mains
peut-être le plus terrible
Rejoindre ce qui en nous
se cantonne au rôle de témoin
L'épée et la cendre
célébrées depuis toujours
par le cœur humain
Le souffle de plus en plus vertical
à mesure que l'on explore ses profondeurs
Agenouillé
au milieu des rêves
les mains jointes
dressées comme une flèche
vers le ciel
Et si rien n'était vrai
ni la vie, ni la mort, ni le monde
ni les reflets du miroir
seulement le rêve
d'un esprit endormi
En soi
la géographie de l'âme
avec tous ses territoires
ses gouffres, ses failles, ses péninsules
ses Everest et ses terres inconnues
Parler encore
comme si les mots parvenaient à dire
comme si les mots pouvaient suffire
Contre la nuit du dehors
une absence
et au-dedans de soi
une plus grande obscurité encore
Le corps en bandoulière
secoué par la course de l'âme
qui cherche à attraper un peu de ciel
Sur cette pente étrange
où rien ne peut être saisi
où rien ne peut être bâti
si près du vide que tout semble
indéfinissable et incertain
Rien en dehors du ciel et de la mort
sinon notre ignorance, notre incompréhension et notre peine
Tout ce labeur dont il ne sortira peut-être rien...
Ce qui résonne
au fond du cœur
peut-être l'âme
peut-être le monde
peut-être l'essence de l'Homme
qui peut savoir
Paroles qui donnent à voir
tous nos paysages intérieurs
Au fond des yeux
des larmes et des bouts de poèmes
Plus attaché à l'écoute
qu'à la mort et au recommencement
Ce que la nuit avale
et ce que le jour restitue
Une corde
au bout de laquelle pendent
l'esprit qui pense et l'âme qui danse
La marque des ignorants
collée sur le front
et celle de ceux qui aimeraient savoir
logée au fond de l'esprit
Le cœur impitoyable des Hommes
L'ombre des mots
sur la page
en plus de nos larmes
Le cœur suspendu au ciel
se balançant au-dessus des fleurs et des étoiles
Des bouts d'âme inexplorés
entre l’œil et le regard
Entre la chambre et le lointain
un fil sur lequel marcher
et un peu de vent pour nous pousser
Quelque chose de posé
sous la peur
une menace
le visage de la mort peut-être
et qui nous inquiète bien plus que de raison
Au cœur du silence
là où il n'y a plus de frontière
entre l'âme et le monde
entre l'écoute et la parole
Sous un ciel de rencontre
qui éclipse tous les rêves
Ce qu'il faut de vent
pour assurer assez de liberté au langage
Au milieu des fleurs
là où la parole devient une absence
la possibilité d'une prière
qui ressemblerait à une caresse
Impassible face à l'ensorcellement des esprits de ce monde
Comme un ciel au-dessus des remous de la terre
Du haut de la mort
le chant encore
fidèle à ce qui danse
sur la terre
Par-delà l'abîme
un passage qui traverse le monde
et longe le silence
comme une échappée vers la lumière
Sur cette route qui mène
vers le plus brûlant
Allongé sous les feuillages
au milieu du ciel déjà
Aux lisières du temps
là où la prière s'accroche aux anneaux du ciel
là où les lèvres susurrent (amoureusement) leurs paroles
là où les frontières et les lois du monde s'effacent
là où l'âme devient la croisée de tous les chemins
La parole
comme un bruit de pas dans la neige
l'écho à peine audible d'un murmure
susurré à l'oreille des Dieux
Demeurer là
dans l'intention du poème
comme au commencement du monde
Laisser l'encre refléter l'éclat de la lumière
Au-dessus d'un chemin
qui est, peut-être, un visage
une manière de tenir entre ses mains
le poids palpable de la prière
Comme un manque
au-dedans de l'écriture
et un élan aussi vers l'Absolu
En dessous du bleu
cette tristesse de ne pouvoir être ensemble
La tête silencieuse
penchée sur la pierre
Entre le cœur noir et la lumière
des visages et des âmes
qui cherchent à tâtons
Comme un passage
là où l'instant disparaît
Happé par ce tourbillon de pensées et d'émotions
comme si on s'éloignait, peu à peu, du plus intime
Une parole livrée
à ce qui, en nous, parvient à deviner
Sous nos yeux
ce qui est dépourvu de Dieu
l'enfance aveugle du monde
Au-dedans de cette parole
l'hospitalité et le vent nécessaires
Au fond de notre souffle
ce qui paraît inébranlable
Alourdi(s) par les pierres
qui logent au fond de notre cœur
Jusqu'au miracle parfois
les recommencements
Ce qui apparaît (parfois)
au fil des images et des mots
un peu de lumière
un peu de vérité
Dire ce qui brûle
Comme un soleil
au fond de l'âme
Nous détachant peu à peu du rêve
pour plonger l'âme et les mains dans le réel
Ce qui se bâtit dans la parole
à la fois une liberté et une résistance
Je rêverais d'un abri
qui soit aussi un tremplin
une sorte de promontoire
qui permettrait à l'âme
de plonger (sans crainte)
au cœur de la vie
Un peu moins que rien
ce qu'il restera de nos vies
L'âme soucieuse de son voyage au-delà de la mort
emmagasinant tout ce que l'existence terrestre lui aura appris
Quelque chose dans notre voix
Ce que le monde ne pourra soustraire
Peu à peu
comme un retour vers la maison natale
en ce lieu où tout a commencé ;
la vie, la mort, le monde, le temps
et tous nos (pauvres) questionnements
Sur la pierre
là où s'est installée
la cacophonie des règnes
là où le rêve a pris le pas
sur le réel et le poème
Dans l'intimité de la peur et de la peine
paumes jointes pourtant
mais parfaitement inopérantes
révélant (aujourd'hui)
le peu de poids de la prière
A exercer son rude métier d'Homme
au milieu des larmes et du sang
au milieu de l'espérance et des prières
au milieu des malheurs et de la misère
La main posée sur l'arbre et la pierre
laissant, peu à peu, les heures dériver vers le ciel
Ce qui vient après la nuit
peut-être la mort, peut-être la joie
peut-être le ciel, peut-être l'ennui
Une parole qui essaie de ne révéler
que les vérités de l'âme et du monde