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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

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UNE ÂME SENSIBLE (VOLUME 1)

EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2016-2019)

 

L'herbe est parfois la seule amie du jour. Je m’assois à ses côtés. Et nous bavardons en silence. Le ciel – je le sais – nous entend. Je devine son sourire et son acquiescement. Et il se réjouit – j'en suis persuadé – de ces liens fraternels.

 

 

Au cœur des collines, mon âme exulte. Je la vois danser au-dessus de la plaine où les hommes tournoient bruyamment. Dans leur agitation furieuse.

 

Il n'y a que les cailloux et les herbes folles pour comprendre notre joie. Le ciel et le vent leur ont confié leur secret. Et nous dansons ensemble parmi les arbres et les insectes que notre âme a conviés à la fête. Ah ! Quelle douce cérémonie ! Et quelle joyeuse célébration que la nôtre ! On entend Dieu taper des mains, le visage illuminé d'un immense sourire...

 

 

A chaque promenade – je remercie les pierres et les herbes folles de m'accueillir. De tenir compagnie à mon âme solitaire. Et d'entraîner mes pas dans leur danse silencieuse.

 

 

Et ce vent glacial qui réduit le cœur des hommes au silence.

 

Au fond de leur chair, il y a un cri silencieux. Une âme innocente qui rêve d'éclore. Une colombe qui rêve de s'envoler. Et je vois la naïveté de leurs gestes les maintenir derrière leurs barreaux – prisonniers au fond de leur cage...

 

 

Il n'y a que le ciel pour rire ou pleurer. Nous ne sommes que ses instruments dérisoires...

 

 

Le plus minuscule insecte est mon frère. Et c'est lui que je défends avec le plus d'ardeur tant on le maltraite et le méprise...

 

 

Le défilé des jours tristes et heureux dans le regard silencieux. Joyeux en toutes circonstances.

 

 

Il y a dans la solitude du ciel et la diversité de la terre tout ce qui nous est nécessaire... Rien ne saurait nous combler davantage.

 

 

Toujours il y a le ciel sur lequel on peut compter. Et les quelques amis que la terre nous a offerts. Et cela est bien suffisant pour vivre. Et marcher sur son chemin d'homme...

 

 

Des dizaines de corneilles dansent dans le vent frais de l'hiver. Heureuses habitantes du ciel qui tournoient dans les airs en dessinant de joyeuses arabesques. Peut-être (et sans doute à leur insu) sont-elles plus proches de Dieu – et de la vérité – que bien des hommes...

 

 

Au gré des circonstances, l’âme se promène entre terre et ciel. Tantôt au ras de l’herbe, tantôt près des nuages. Selon les besoins et les situations. Selon l’implication que le monde lui réclame.

 

 

Pour le passant – et l’infatigable marcheur – il n’y a nul territoire. Nulle frontière. Nul horizon. Il n’y a que la foulée dans laquelle il est tout entier...

 

 

S'allonger sur le sol en pleine nature. Dans l'herbe, sur le sable, sur les pierres ou les rochers. Partout où cela est possible. Quel délice !

 

Ah ! Les vertus curatives et revigorantes de la terre...

 

 

Je n'apprécie que la compagnie de ceux qui sont vivants ou qui cherchent à percer le mystère de notre présence en ce monde. Et quitte à choisir, je préfère le silence (celui des vivants et même celui des morts) que la parole inepte et frivole – la parole apeurée et mensongère – des presque vivants.

 

 

On ne le répétera jamais assez. Rien n'est plus beau et émouvant que l'éphémère et la fragilité...

 

 

Le vol des oiseaux dans le ciel. Et le soleil couchant – au loin – qui salue leur passage. Et mon cœur ému qui s'incline en silence.

 

 

Tout est en ordre dans l'univers. La moindre poussière, le plus imperceptible mouvement participent à cette harmonie qui, pour tromper les yeux impies, prend la forme du chaos.

 

Les Hommes avec leur lubie du classement et du rangement croient mettre de l'ordre. Ils ne font que saccager et corrompre la grâce naturelle des choses. Le monde en souffre. Et il n'y a qu'eux pour ne pas s'en apercevoir...

 

 

Les yeux s'usent. Et se lassent. Jamais le regard. Toujours neuf. A chaque instant.

 

 

Une herbe qui pousse dans la fissure d'un mur ou d'un trottoir m'émeut davantage que tout discours. Et la vue d'une fleur sur un chemin de pierres autant que le sourire d'un enfant...

 

 

Les vallées et les collines regorgent de merveilles lorsque le ciel les éclaire de sa douce lumière. Et c'est toute la terre qui sort de l'obscurité...

 

 

J'étais assis par terre – sur un chemin de campagne désert – à regarder les nuages et les fleurs sauvages lorsque Dieu m'a tendu la main. Je l'ai saisie et il m'a projeté si haut dans le ciel que mon âme a touché les étoiles.

 

 

Chaque jour – au cours de notre promenade – le ciel laisse ma main courir sur la page. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, elle reste fidèle à sa modeste mission. Et qui pourrait la blâmer ? De ses petits traits dérisoires, elle n'offense personne. Elle invite simplement les yeux à regarder l'infini. Et essaie humblement de faire entrer un peu de ciel dans le cœur des hommes...

 

 

Côtoie et observe ce qui danse en ce monde. Fréquente ce qui demeure parfaitement immobile. Et laisse-toi instruire. Et te seront révélés la vérité – et tous ses secrets – dont tu pourras, un jour, te faire le reflet...

 

 

Ton travail en ce monde est celui que te dicte le ciel. Il n'y a nulle autre besogne à accomplir.

 

 

Un vol d’étourneaux dans le ciel gris et bas. Plusieurs milliers sans doute. On les entend passer dans un frémissement d'ailes et de joie. Plus sûrs de leur trajectoire et de leur itinéraire que nous le sommes de nos pas et de notre voyage... Et je les regarde avec tendresse s’éloigner vers l'horizon.

 

 

Derrière la maison, quelques fleurs de pissenlit et quelques renoncules ont décidé d'affronter l'hiver. Leur jaune est si vif qu'on dirait de petits soleils.

 

 

Ce soir, en rentrant de notre promenade sur les berges sauvages de la rivière – saccagées par les pelleteuses et les engins de chantier – un arbre m'a interpellé. Il était digne et un peu penché (sans doute à cause des rafales de vent qu'il avait dû endurer toute sa vie). A mon passage, il a grommelé : « Dis aux hommes d'arrêter leur massacre ». Je l'ai regardé avec émotion. Et lui ai répondu : « que puis-je faire ? Les hommes ne savent pas ce qu'ils font*». Et mon aveu d'impuissance l'a rendu plus triste encore. Mais ces paroles ont ranimé – je l'ai senti – au fond de sa sève un regain de révolte et de rébellion. Aussi ai-je ajouté : « personne ne peut arrêter la marche destructrice des hommes !». L'arbre alors m'a souri avec tristesse et m'a chuchoté à l'oreille : « il ne nous reste donc que les larmes ». Et de mes bras impuissants, j'ai entouré avec tendresse son tronc rêche et rugueux. Et nous avons pleuré ensemble en silence...

 

* Luc 23

 

 

Et je sens le ciel au-dessus de nos têtes sourire de nos espoirs et de nos combats. De nos pleurs, de nos cris et de nos plaintes. De nos rires, de nos coups et de nos craintes. De nos caresses et de tous nos enlacements. Et ce sourire est si tendre et si puissant qu'on peut le sentir depuis la terre se déverser – sans discontinuer – sur toutes les âmes du monde.

 

 

L'infini du ciel et la beauté des collines. Mes yeux ne s'en lassent pas. Et serait-il le seul paysage qu'il me soit donné à voir pour le restant de mes jours, je ne regretterais – pour rien au monde – mon fugace passage sur terre... sur ce petit coin de terre ouvert sur l'immensité...

 

 

Sur un chemin de campagne, un caillou m'a arrêté pour me demander sa route. J'ai d'abord été surpris. Puis je l'ai regardé en souriant. Et j'ai levé les yeux vers le ciel.

 

 

L'amour des âmes pour les corps est aussi invisible que celui des corps pour les âmes. Mais sa puissance est plus vive. Et plus décisive sur les destins.

 

 

Le cœur des hommes peut bien pencher vers l'espérance, il y a du désespoir au fond de leurs yeux.

 

 

Sous un buisson, quelques fleurs se sont réfugiées. A l'abri des regards. Pour échapper sans doute aux mains assassines et aux pas meurtriers.

 

Plus loin, un arbre nomade parcourt à grands pas la vaste étendue à la recherche de la pluie. Et les nuages, bienveillants, se sont approchés pour lui offrir un peu d'ombre.

 

 

Il y a tant d'âmes chavirées qui cherchent un port. Et presque toutes échouent sur un récif.

 

 

Qu'il soit donné à voir à nos yeux aveugles ! Et le monde sera éclairé...

 

 

De gros nuages gris courent dans le ciel. Laissant quelques trouées bleutées où perce le soleil. Offrant au monde – et aux yeux – une voûte opaque parsemée d’îlots de lumière.

 

 

Chaque jour, la vie, le ciel et la terre guident notre main sur la page. Dieu les a autorisés à se laisser traverser par sa parole. Nous, nous nous contentons d'ouvrir notre carnet et de laisser notre petit crayon danser sur la feuille.

 

 

C'est le ciel qui déverse ces paroles sur la page. Et lui seul fait danser le petit crayon que notre main hésitante peine parfois à tenir...

 

 

Dans la forêt, on aperçoit les collines au loin et quelques éclaircies dans le ciel. Et on entend l'âme, toujours ravie de ces paysages, chanter avec le vent. Et soudain, nous nous redressons avec solennité pour écouter, radieux, cet hymne à la terre. Ému par la joie qu'il offre à ses habitants.

 

 

Et même dans les pires soupirs, il y a une extase qui attend...

 

 

Des plus grandes peines peut naître – et naît souvent – la plus grande joie.

 

 

Les pires immondices exhalent parfois un doux parfum. Comme il arrive que la tristesse – la grande tristesse – soit le prélude de la joie.

 

 

Les pierres des chemins nous sont plus douces que l'asphalte des trottoirs. Et la présence du ciel et des arbres plus essentielle que celle des hommes.

 

 

Une farouche solitude. Voilà ce dont l'âme a besoin. Quant au reste, n'ayez crainte, le ciel et la terre y pourvoient...

 

 

Avec une sincère candeur, nous croyons nous épancher. Et ce n'est que le ciel qui pleure à travers nos lèvres...

 

 

Nous croyons découvrir, explorer et parcourir le monde et l'existence. Mais, en vérité, c'est le ciel qui, à travers nous, cherche un chemin...

 

 

En d'incroyables rondes s'emmêlent la vie et le monde. Dans une danse interminable de joutes et de caresses. Terribles et somptueuses.

 

 

Sentir le souffle de Dieu, à travers notre main, coucher sa parole sur ce petit carnet. Comment ne pas s'en émouvoir ? Il est bien naturel que les larmes coulent sur nos joues...

 

 

Devant le soir qui s'avance, je m'incline. Et je salue la lune qui apparaît. Aujourd'hui, le ciel est silencieux. Et je n'ai aucune parole à lui offrir. Notre silence nous suffit. Ensemble nous regardons la terre qui achève sa journée. Et qui se prépare pour la nuit.

 

 

Et devant l'infini – l'infini du ciel – je m'agenouille. Devant tant de beauté, cette joie et cette paix qu'il vous offre, comment ne pas s'agenouiller ? Notre cœur se penche, vacille... Remercie le regard et le monde. Et pleure en silence.

 

 

L'heureux déroulement des saisons. Le ciel toujours pare la terre des habits de circonstance. L'habillant et la déshabillant avec la plus parfaite justesse.

 

 

A chaque nouvelle lune, nous regardons s'endormir la terre. Et ses créatures. Et à chaque nouveau soleil, nous saluons leur réveil. Les jours passent ainsi. Sous le regard tendre du ciel qui veille sur sa création.

 

 

L'immensité toujours accueille l'infime qui loge en lui. Et qui lui est possible d'habiter – même si en ce monde bien peu le savent et y parviennent...

 

 

Un arbre penché par le vent. Et combien d'êtres – combien d'hommes – courbés par le poids des circonstances ?

 

 

Un héron cendré au milieu d'un pré s'envole vers le ciel gris et nuageux. Il s'élance avec maladresse et majesté. Comme un ange exilé sur terre qui regagne son royaume.

 

 

C'est dans le dépouillement et la nudité que se révèle le potentiel de l'homme. Et la grandeur de l'être. A la fois objet dérisoire et ordonnateur souverain.

 

 

Un bain de couleurs dans nos yeux transparents où se reflètent le gris des nuages. Les visages tristes et ahuris. Le vent dans les feuillages. Le parfum des fleurs. Toutes les beautés de la terre. Les malheurs des hommes. La misère des bêtes. Et le rire des enfants.

 

 

Quelques lignes par jour. Voilà qui est suffisant... Habiter le ciel dans la simplicité des heures contente mon âme. L'écriture vient par surcroît. Comme une modeste offrande à la terre. Et un geste maladroit – une pauvre main tendue vers les hommes.

 

 

Qu'y a-t-il donc dans le cœur d'un homme qui ne peut éclore ?

 

 

Les poètes sans carnet, sans livre ni poème sont les plus prolixes. Et sans doute les plus sages et les plus heureux. Ils ne sont pas tributaires de leur main trop lente. Et trop terrestre. A chaque instant, le silence couche dans leurs yeux un poème. Mille – dix mille poèmes par jour qui apparaissent et s'effacent aussitôt. Et qui jamais ne tomberont dans des oreilles impies ou indifférentes...

 

 

En définitive, peu de choses sont nécessaires au bonheur d'un homme. Un ancrage à la terre – un environnement et un mode de vie adaptés et respectueux de ses caractéristiques pour que son cœur se sente en harmonie ; et un regard qui fréquente l'infini du ciel.

 

 

A l'instant où la misère te frappe, embrasse-la...

 

 

Dans l'enceinte du cœur rue l'éternelle sauvagerie que l'Amour seul peut apprivoiser.

 

 

Puissions-nous vivre nus et sans secret. Pleinement transparents. Jusqu'à en devenir invisibles. Se réaliser en un effacement si pur et si complet qu'on en devienne pleine présence...

 

 

A la bêtise et aux instincts barbares, il n'y a qu'une réponse : l'Amour.

 

L'Amour, en vérité, est – et sera toujours – la seule réponse. A toute question. A toute situation. A toute chose.

 

 

Aux réclamations du temps, oppose l'instant. Et tu ne seras plus – plus jamais – l'esclave des heures et des jours.

 

 

L'écriture me vient comme un envol. Et c'est peu dire de la légèreté de ces fulgurances que mon être et ma main – si terrestres – alourdissent malgré leur dévouement et leur fidélité...

 

 

En l'instant plein, le monde et la vie révèlent leur pleine saveur.

 

 

Sur la roche des collines, la mousse est accueillante. Et j'entends les grands éclats de rire de mes pieds nus qui dansent autour du grand arbre que mes mains joyeuses saluent avec candeur. Et le ciel s'ouvre sur notre passage.

 

 

C'est au cœur des collines – et sous le ciel immense – que mon cœur se réjouit. Se réjouit d'être au monde. Et c'est là que mon âme puise toute sa vigueur.

 

 

En ce jour de printemps – à la chaleur presque estivale – le vent, les insectes et les herbes sauvages nous accueillent. Et nous offrent le spectacle de leur vitalité.

 

Après l'austère – et la belle – saison du silence et du repos, le vivant piaffe d'impatience. Et s'affaire avec effervescence à son renouveau. Devant nos yeux, les êtres paradent, bâtissent, inventent, rivalisent d'exubérance et d'originalité, offrent leurs cris, leurs danses et leurs pirouettes. Heureux de revêtir leur nouvelle parure printanière. Et de participer à cette pagaille joyeuse et insensée*.

 

* Et un peu envahissante parfois...

 

 

Les choses du monde(1) et les choses de l'esprit(2) ont perdu leur attrait. Aujourd'hui, seuls le cœur, l'innocence et l’authenticité trouvent grâce à mes yeux.

 

Le reste me fait l'effet d'un costume inutile et dérisoire. Bon à ranger au fond d'un tiroir. Ou mieux, à déchirer – et à transformer en chiffons – pour lustrer – et servir – le réel. Afin de le faire briller.

 

(1) Les affaires et les préoccupations ordinaires des hommes.

(2) Les idées et les préoccupations intellectuelles.

 

 

Je ne suis ni un aventurier ni un bâtisseur. Ni un marginal ni un rebelle. Et moins encore un homme de convention ou de tradition. Je n'aspire qu'à vivre en paix au milieu des collines. Parmi les arbres et les herbes sauvages. Auprès de mes chiens. Et à l'écart des hommes. Avec la visite occasionnelle de quelques frères sensibles...

 

 

Trouver refuge sous le feuillage d'un arbre pour se protéger de la pluie, je ne connais d'abri plus merveilleux. Et plus accueillant. Ah ! Quelle tendresse – et quelle gratitude – j'éprouve pour mon protecteur... Les larmes jailliraient presque tant je suis ému par cet accueil. Et cette entraide naturelle...

 

 

Lorsque je suis contraint de marcher parmi les fleurs sauvages – réunies en larges et épais massifs – qui ferment l'accès à un sentier, mon pas se fait léger et sautillant pour éviter de les meurtrir (autant que possible). Et en passant l'allure légère et précautionneuse, je les prie d'excuser ma lourdeur. Et les désagréments occasionnés par mon passage.

 

 

J'aimerais parfois être un oiseau transparent. Vide et sans substance. Ne dégradant rien. Et ne blessant personne. Ne fendant pas même l'air pendant son vol...

 

 

J'éprouve une grande tendresse pour ces lignes dérisoires – pour ces minuscules fragments. A mes yeux, ils sont le reflet d'une infime part du ciel que je peux voir et habiter. Et le reflet d'une infime part de la terre que j'habite et dont je suis composé...

 

 

Au cours de cette existence, j'ai arpenté bien des chemins. Et de cette humble marche ne subsistent que l'usure des pas, la clarté du regard et la simplicité du cœur.

 

 

Quelques riens sous mes pas que j'honore – et vénère – comme si je marchais sur le visage de Dieu.

 

 

Mon métier ? Cueilleur de pensées célestes que je dépose à ma fenêtre pour offrir au monde un peu de grâce et de beauté. Quelques fleurs par jour suffisent. Il ne faut pas encombrer les yeux des hommes si l'on souhaite ouvrir leur regard à l'infini...

 

 

On pourrait marcher dans le désert. Le regard suffirait...

 

 

Avant que ne se flétrissent les visages, offre des gestes et des paroles qui adoucissent les esprits. Et réconfortent les cœurs et les corps. Et à ceux qui sont mûrs, offre ce que le chemin t'a appris. Accompagne leurs pas vers l'innocence.

 

 

Les fleurs sauvages savent se faire l'exact reflet des merveilles de la terre. Les hommes devraient être ainsi... Et lorsqu'ils le seront, les frontières du ciel et de la terre s'effaceront. Et pourra naître – et s'épanouir – le règne de l'innocence et de la beauté.

 

 

Que serait la vie – et le monde – sans toi ? Et que seraient-ils sans le regard ?

 

 

Dans sa grande malice, Dieu n'a pas oublié d'offrir au monde sa part de noirceur et de grisaille qu'il a pris soin de mélanger à ses merveilles et à ses beautés. En saupoudrant le tout d'une bonne dose d'étrangeté et de fantaisie...

 

Et l'on voit partout les hommes chercher à démêler les fils avec sérieux et application...

 

 

La solitude de l'homme n'est rien – elle est si dérisoire en comparaison de la solitude du regard face au monde...

 

 

As-tu remarqué la lumière sur les collines ? Et la lueur qui brille dans tes grands yeux sombres ?

 

 

Accorde-toi à la nature, aux saisons et au cours naturel des choses. Et ton existence sera juste.

 

 

Vois simplement ce qui est. Et s'il y a lieu, agis en conséquence...

 

 

Vis sans repère ni référence. Et ton existence sera libre et spontanée...

 

 

Simplifie ton existence. Recentre-toi sur l'essentiel. Ne conserve que le nécessaire. Et ne subsistera que ce dont ta nature a besoin...

 

 

Vient cette heure que je redoutais tant. Mon regard – et mon âme – ne sont plus capables de poésie. Comme si le ciel m'avait exilé. Et je me morfonds en gémissant dans ma vie grise et misérable... traînant mes yeux dans quelques livres de lumière et mes guêtres sur quelques chemins printaniers. Mais je le sens bien : le cœur n'y est plus...

 

 

Sans le ciel, tout me paraît vide et fade. Sans attrait ni couleur. Comme si la grisaille avait tout recouvert. Les heures me semblent tristes et vaines. Si tristes. Et si vaines. J'erre tout le jour comme un fantôme avide et nostalgique du temps glorieux où le regard teintait le monde de merveilleux...

 

 

Plusieurs centaines de pâquerettes ont élu domicile dans le jardin. Petites, fragiles et délicates, elles se sont installées sur la vaste étendue herbeuse qui entoure la maison. Dansant avec gaieté dans le vent frais du jour. Si vaillantes dans le printemps. Et si innocentes sous le ciel. Plus qu'un tableau printanier, une merveille de la terre. Admirable. Et émouvant. Offrant à la folie et à la misère de ce monde mal en point un peu d'innocence. Un peu de beauté et de poésie. Les yeux ne se lassent pas de leur présence à la fois discrète et magistrale. Et de leur candeur qui réjouit le cœur – et enchante l'âme.

 

 

Soudain une tempête étoilée dans nos grands yeux sombres. Comme de petites flammèches de joie éclairant l'obscur de l'âme...

 

 

Que dire d'autre que la vie – la vie qui est là devant soi ? Et la façon dont elle touche le cœur ?

 

 

Qu'y a-t-il à comprendre du monde ? Rien. Trois fois rien. Peut-être quelques règles et quelques lois pour en faire un usage juste et judicieux. Mais le monde se moque bien d'être compris. Il ne demande qu'à être aimé.

 

 

Il n'y a rien de plus émouvant qu'un homme qui se livre à cœur ouvert en se moquant de la bienséance et des conventions. Qui cherche le vrai, le juste et le bon dans le marécage de l'existence, du monde et des pensées. Et qui n'aspire qu'à vivre – et à goûter – simultanément toute l'épaisseur et la légèreté de la vie. Sa parole sera toujours belle et authentique. Et d'émotion, on l'embrasserait. Et le remercierait pour sa maladresse et sa fragilité. Pour sa quête désespérée – et parfois désespérante – de consistance, de joie et de vérité...

 

 

Écoute les chants du monde. Les plus beaux sont les plus silencieux. Et les plus émouvants ceux qui savent se faire discrets – presque imperceptibles...

 

 

Mon regard glisse entre le vert des champs et le gris du ciel. Sur la ligne d'horizon où se dessinent les collines. Et je vois soudain la main de Dieu me saluer. Je lui réponds d'un sourire. Et le remercie de m'apprendre à reconnaître partout les signes de sa présence...

 

 

Dans les fossés, l'herbe est aussi verte que celle des prés et des jardins. Mais elle a sur elles quelques avantages : elle est libre de pousser – et de vivre – comme elle l'entend. Et elle est dotée de cette force brute magnifique qui caractérise si bien l'instinct sauvage.

 

 

Un seul homme. Et le monde resplendit de beauté. Deux hommes. Et déjà le désastre s'annonce...

 

 

Écrire est pour moi un geste d'Amour. Un vrai geste d'Amour et de gratitude. Une façon très personnelle d'être en vie. Et d'être au monde parmi les hommes. Je n'en ai pas trouvé de plus puissants. Et de plus dignes. C'est le don – le modeste don – que la vie m'a accordé. Et dont je dispose humblement – et peut-être avec maladresse – pour dire au monde – et à l'humanité – le peu que la vie m'a appris...

 

 

Mener une existence simple. Et habiter (avec profondeur) le regard nu et impersonnel. Voilà ma seule ambition terrestre...

 

 

Se défaire de la terre ? Impossible. Se défaire du ciel ? Impensable. Nous sommes cloués à leurs horizons...

 

 

La marguerite et l'aigrette du pissenlit s'effeuillent au vent. Et toi, qu'égraines-tu lorsque le temps passe ?

 

 

A petits pas. Geste après geste. Ainsi chemine l'homme.

 

 

Qui voit son propre visage, voit le visage du monde. Qui voit le visage du monde, voit le visage de Dieu. Lorsque tout est vu, rien ne s'efface. Mais tout meurt et renaît sous une autre lumière...

 

 

Instant de vie éternelle à qui sait le goûter...

 

 

Le chant du vent dans les arbres. Comme les louanges naturelles de la terre au Divin.

 

 

Sois ton propre temple. Et ta propre église. Et lorsque tu auras le cœur suffisamment humble et accueillant, Dieu t'ouvrira les portes. Et te confiera ses secrets.

 

 

Aucune vocation religieuse. Mais une aspiration spirituelle totale. Absolue.

 

 

Aucune fleur n'exhale le même parfum...

 

 

Les moines – et les solitaires – sont les sentinelles de l'humanité – de notre humanité. Les plus dignes. Et les plus brûlantes.

 

 

Dans l'épreuve, se manifeste la dignité ou la veulerie. Et nous n'avons pas même le choix d'en décider...

 

 

Si tu as besoin d'appui, de soutien, de conseils, ne les cherche pas dans le monde. Cherche en toi. Et dans les âmes vivantes. Le monde se trouve là où sont les âmes vivantes. Il n'y a d'autre monde sur cette terre...

 

 

Les nuages, les arbres et les herbes sauvages sont tellement plus sages, plus dignes et plus aimables que les hommes. Leur compagnie est toujours un enchantement. Sans doute parce que la terre et le ciel sont leurs maîtres. Et qu'ils leur obéissent sans jamais rechigner. On ne peut malheureusement pas en dire autant des hommes...

 

 

Devant un sourire – un seul sourire – un sourire vrai – un sourire authentique – le monde s'efface. Et ne reste bientôt sur nos lèvres que le goût sucré de l'Amour...

 

 

Il ne faudrait écrire que par surplus poétique.

 

 

Une disposition de l'âme à contempler. Et à témoigner de la beauté et de la noirceur du monde.

 

 

Feuillages verts. Nuages gris. Le cœur s'éveille à une autre lumière. Offerte par la sensibilité de l'âme...

 

 

Un instant à la fois. Une heure à la fois. Un jour à la fois. Une vie à la fois. Le temps ne peut s'offrir autrement...

 

 

L'orage gronde au loin. Le vent se lève. Et le ciel s'obscurcit. Et je vois soudain les arbres et les herbes danser de joie. Comme s'ils se réjouissaient de l'averse qui arrive. Heureux d'accueillir – et de s'offrir à – la pluie.

 

 

Deux petites marguerites sur un chemin de pierres aride m'ont transpercé le cœur. Et de gratitude, je leur ai offert un peu d'eau.

 

 

L'âme confiante, le pas léger, le cœur joyeux et le regard innocent. Il n'y a, je crois, de plus belle façon d'aller dans le monde.

 

 

Cette folie des hommes à vouloir s'accaparer et amasser alors qu'il suffirait de ne rien désirer pour tout recevoir...

 

 

La nature, les arbres et les animaux restent incroyablement dignes et stoïques face aux abominations des hommes. Et face à l'humanité, je suis à leur côté. Face à la barbarie, mon cœur sait se faire plus naturel, animal et végétal qu'humain.

 

Je suis toujours aux côtés de mes frères de misère. Et toujours du côté de ceux qui subissent la violence et l'oppression des classes dominantes. Il y a dans mon cœur un communiste ontologique, indomptable et incorruptible mâtiné de libertaire pacifique...

 

 

Le ciel bleu. Les jours fastes et joyeux. Et le ciel gris. Les jours mornes et tristes. Dieu nous joue parfois d'étranges farces. Mais à nous de déchiffrer son langage. Si simple. Et si mystérieux...

 

 

Un oiseau sur un fil. Immobile. Le regard tendu vers le ciel. Je crois qu'il attend l'éternité. C'est son silence qui m'offrira la première joie du jour. Quelques heures plus tard, nous repassons au même en-droit. Et il n'a pas bougé. Après tout peut-être l'a-t-il trouvée ?

 

 

Où vont les nuages lorsqu'ils quittent l'horizon ? Le ciel leur offre-t-il un abri pour leurs vieux jours ?

Une armure de mensonges. Ainsi s'habillent les hommes. Et toute rencontre vire à la tromperie et à l'affrontement. Ah ! Que le ciel nu me semble loin parfois...

 

 

Un bout d’étoffe sur la peau que le ciel m'arrache pour m'habiller de vent. Ainsi le corps et l'âme se font plus vifs...

 

 

Mille années ne feront jamais un homme. Mais un seul jour peut le défaire. Et lui offrir les merveilles que ses pas fébriles cherchaient si désespérément...

 

 

Le fou et le sage ne peuvent se tromper. Ils vivent avec le cœur juste. L'homme de la rue, lui, se déguise. Et son cœur triche. Mais Dieu et le ciel ne sont pas dupes.

 

 

Ouvres-tu les bras aux vents du monde ? Ou restes-tu cloîtré derrière ta clôture ? A quelle race d'homme appartiens-tu ?

 

 

Un matin brumeux dans la plaine. Entends-tu le chant des oiseaux ? Et le vent gronder dans la vallée ? Délaisse un instant ta besogne. Et écoute-les. Mais que ton cœur ne quitte jamais la montagne.

 

 

A qui appartient la terre ? Et qui gouverne le monde ? Peux-tu y répondre ? Ou préfères-tu plonger dans la vie océanique ?

 

De quoi donc est fait le cœur des hommes pour qu'ils tentent ainsi d'évincer Dieu – et pour qu'ils s'acharnent – avec tant d'obstination – à vouloir prendre sa place ?

 

 

Une extase dans la brume. Comment est-ce possible ? Le cœur est ouvert. Simplement ouvert.

 

Au cœur ouvert, l'innocence. La joie des pas dans l'obscurité du monde.

 

 

Des gestes simples et habités dans un quotidien simple et habité. L'homme ne peut offrir au monde de bien plus précieux. Et Dieu n'en demande pas davantage...

 

 

A l'homme qui marche nu s'offrent toutes les merveilles de la terre.

 

 

Dieu s'offre aux plus humbles comme aux plus faibles parce que la vie leur a ôté leur esprit de conquête. Et leur âme orgueilleuse.

 

 

Lorsque l'on agit en homme – avec les yeux et le cœur d'un homme – il faut s'en remettre à Dieu. Lorsque l'on agit au nom de Dieu – depuis l'espace divin(1) – il convient de l'offrir aux hommes(2)...

 

(1) Avec un regard et une tendresse impersonnels...

(2) Et à tous les êtres...

 

 

Le son de la cloche du soir. Le bruit du vent dans les feuillages. Et la lune souriante dans le ciel.

 

 

Un regard transparent. Et sans mystère. Si profond que le ciel y glisse sans résistance...

 

 

Assis à la terrasse des heures, j'écoute le vent. Regarde les arbres, les nuages et les jours qui passent. Dans le silence paisible des saisons.

 

 

Les yeux perdus et apeurés des êtres de ce monde font peine à voir. Ah ! Mon Dieu ! Si la terre ne peut les aider, que le ciel vienne donc à leur secours...

 

 

Que donneraient – que seraient prêts à donner – les hommes pour quitter leurs jours fébriles et inconsistants – délaisser leur existence sans épaisseur – pour vivre un instant plein – un seul instant de totale et parfaite plénitude ?

 

 

Installé sur les collines ou assis dans le jardin qui entoure la maison, je regarde la vie frémir. Faire ses mille cabrioles. Jaillir, sauter, explorer les alentours. Pendant des heures, je contemple le monde. Sa puissance, sa malice, son courage, sa brutalité. Et derrière les paupières closes, le regard est silencieux. A l'abri des tours – et de l'ardeur si obstinée – des vivants.

 

 

Un cœur honnête. Et un regard sensible. Voilà ce qui te sauvera, homme !

 

 

Comme vous l'aurez compris, je fréquente davantage le ciel, les collines et les forêts que les hommes, les églises et les places de marché...

 

 

Il n'y a personne à imiter. Il convient simplement d'écouter son cœur et les circonstances dicter leurs impératifs et leurs exigences. Le chemin se dessine ainsi...

 

 

L'écriture – toutes ces notes – sont une histoire entre le ciel et mon cœur. Entre ma main et le vent. Elles ne concernent que très indirectement les hommes...

 

 

Si tu n'éprouves toujours aucune tendresse pour la plus infime créature de la terre, Dieu n'a pas encore suffisamment empli tes yeux et ton cœur d'Amour.

 

 

Dieu offre à chacun quelques grâces. Et quelques infirmités. Exactement celles dont on a besoin pour s'éveiller à son visage...

 

 

Si l'on ne découvre l'Amour en soi, jamais on ne rencontre l'Amour.

 

 

Y a-t-il un homme sur cette terre dont le sourire émerveillerait le silence ?

 

 

La condamnation des hommes que Dieu récuse. Et qu'il porte en son sein comme des oisillons blessés. Et affamés de son visage.

 

 

Entre les mains jointes de la prière se cachent l'indicible et l'inavouable misère des hommes.

 

 

La lumière douce du soir sur les collines rappelle à mon âme que la beauté et la paix n'ont pas totalement disparu de ce monde.

 

 

Les êtres vivent en groupe. Ou vont par deux. Rares sont les solitaires en ce monde.

 

 

Les hommes ne sont guère attachés aux êtres. Et moins encore ils les aiment et les comprennent. Seul ce qu'ils représentent à leurs yeux a quelque importance...

 

 

Il est aisé – et heureux – d'être seul. Mais il est rude – et douloureux – d'être trahi...

 

 

Ô mon âme, ne pleure pas ! Toi qui as connu la grâce du ciel et du silence, ne te morfonds pas dans l'affliction. Dieu veille à ce qu'elle devienne parfaite. Voilà la rude épreuve qu'il t'envoie à présent...

 

 

Ce qui nous manque, en vérité, nous allège. Si le cœur sait s'en dessaisir...

 

 

Le vide et la nudité sont les conditions requises – et le chemin le plus court – pour être en présence de Dieu.

 

 

On rencontre toujours ce dont on a besoin...

 

 

S'abandonner à ce qui est là. Et à ce qui surgit...

 

 

Ému jusqu'aux larmes par la tendresse du monde. Dont les hommes savent parfois se faire les plus magnifiques représentants...

 

 

Dans l'écoute claire de la chair. Dans l'accueil caressant des brimades, un ciel sans toit. Un faîte sans limite qui coiffe tous les horizons de misère vers lesquels rampent les hommes.

 

 

Le cœur sensible et à vif sous la colère...

 

 

Pourquoi ce si peu de partage dans la parole des hommes – dans leurs bras timides et frileux – et dans leur cœur glacial – si insensibles et indifférents – auxquels s'accrochent pourtant tant de médailles et de revers ?

 

 

Le cœur cisaillé par l'aveuglement et la maladresse d'un monde sans excuse. Mais pardonnable...

 

 

Accueillir et effacer. Encore et encore. Accueillir et effacer. A chaque instant. Rester nu et vierge. Ne rien conserver. Ni les événements. Ni les émotions, ni les sentiments et les pensées qu'ils ont suscités.

 

 

De l'être et du monde, voilà le grand défi de l'homme. Réunir – et unifier – ces deux aspects fondamentaux de l'existence qui semblent, si souvent, incompatibles...

 

 

Être vivant parmi les ombres. Debout parmi les corps agenouillés. Digne et silencieux parmi les bruits et les grimaces.

 

 

Que de consolations et de tourments pour les cœurs exigus et les âmes peureuses qui craignent les contrées inconnues du silence et de l'infini...

 

 

Un coin de terre où poser son sac et son séant, ouvert à quelques chemins qui traversent le monde. Et l'immensité du ciel dans le regard. Voilà – voilà simplement – ce dont l'homme a besoin...

 

 

Avec les yeux de l'effacement, les bras servent le monde et le ciel.

 

 

Je ne comprendrais décidément jamais les hommes. Ils habitent un monde qui m'est si peu familier. Et je me sens si étranger parmi eux...

 

 

L'odieuse tyrannie des territoires où les seules règles sont la force et la puissance.

 

 

Lorsque tombe le soir sur les brumes de la terre, à quoi songent donc les hommes ? Dans quel rêves sombrent-ils après les chimères du jour ?

 

 

Le poète vit à la lisière du monde. Il fréquente le silence, le vent et les nuages, côtoie Dieu et l'Absolu, dialogue avec les arbres, les pierres, les fleurs et les bêtes et s'endort – et meurt – seul et anonyme parmi les hommes.

 

 

Silence du cœur. Sagesse des yeux. Justesse des gestes. Et pas une seule égratignure sur la chair du monde...

 

 

Un seul cœur. Un seul Amour. Un seul esprit. Un seul corps. Une seule substance. Mais une infinité de membres et de combinaisons...

 

 

Pas de geste ni de pas justes sans Amour. Et sans lumière. Sinon les créatures œuvrent comme des mécaniques obscures et sans âme, les yeux et les mains rivés à leur tâche...

 

 

Rien de plus émouvant qu'un homme en quête. A la recherche de son identité profonde... Et rien de plus beau lorsque l'être se dévoile... Mais que dire lorsque la rencontre a lieu – et que le silence s'impose ? Et combien d'hommes y accèdent-ils véritablement ?

 

 

N'être, ne vivre et n'exprimer que l'essentiel. Vierge de tout superflu. Et sans autre élan que les nécessités naturelles... Ni idéal. Ni ligne de conduite. Mais un impératif incontournable impulsé par l'innocence, l'infini et le silence.

 

 

J'ai si peu d'amis – et de frères – parmi les hommes. Et tant parmi les pierres, les arbres et les bêtes.

 

 

Jamais la supplication n'enfantera la maturité... Mais l'absence d'écho peut faire naître le désespoir nécessaire...

 

 

Et toi, homme, qu'aimes-tu ? J'aime la solitude, la poésie et le silence. J'aime les longues marches dans les collines. J'aime les arbres, le ciel et les nuages. J'aime le souffle du vent dans les feuillages. J'aime les herbes sauvages et les feuilles mortes qui dan-sent entre les pierres. J'aime le chant des oiseaux et leur vol dans l'azur. J'aime contempler les heures calmes du jour et du crépuscule. J'aime les nuits claires et étoilées. J'aime l’honnêteté et l'authenticité des êtres. J'aime la parole qui court sans bruit sur mon carnet. J'aime les baisers de l'innocence. Et la présence des âmes simples et humbles. Bien des choses en ce monde ravissent mon cœur... et même la grossièreté et l'exubérance des créatures – et des hommes – et même leurs lois et leurs élans stupides – m’émeuvent parfois...

 

 

La seule incongruité en ce monde est de ne pas aimer. Et la seule folie de ne pas en ressentir l'impérative nécessité. Caractéristiques pourtant si communes chez les hommes...

 

 

La probité ne se laisse appâter ni par le gain ni par le plaisir. L'homme droit et honnête n'aspire qu'à la vérité. Qu'elle éclate – qu'elle puisse éclater – dans l'ordinaire des jours...

 

 

La bouche – et la parole – bavardes. Intarissables malgré le silence.

 

 

Lorsque l’œil caresse le monde, sa tendresse lui est pleinement rendue. Et l'on voit bientôt l'un et l'autre s'unir dans une incroyable volupté...

 

 

Jamais les pas silencieux dans la forêt n'épouvanteront l'âme des arbres et des bêtes. Au contraire, ils la rassureront sur l'innocence présente dans le cœur des hommes...

 

 

Quoi qu'il arrive – et quoi qu'il se passe – il s'agit toujours d'une affaire entre soi et soi. Il ne peut en être autrement en cette vie. Et en ce monde...

 

 

Passant éphémère et dérisoire certes... mais pas totalement étranger à l'essentiel...

 

 

Le plus juste ne survient ni de l'Amour qui se cherche ni des bonnes intentions. Mais des noms qui s'effacent...

 

 

Un livre doit réconcilier et ouvrir. Profondément et authentiquement. Sinon il n'est qu'un amas de lettres mortes...

 

 

Inutile toute parole qui ne prend sa source dans le silence... Et mensongère si elle n'est pas entendue depuis ce même silence... Du bruit superflu et anecdotique...

 

 

Ma parole ne s'adresse pas aux hommes. Mais au silence de leurs yeux craintifs et interrogateurs. Et à l'infini qu'ils portent comme une triste malédiction...

 

 

Pourquoi écrit-on ? Parce que le monde ne sait écouter... Pour être en mesure d'entendre, l'homme doit se retrouver seul. Seul face à lui-même avec la page comme miroir devant les yeux...

 

 

Même la terre, l'herbe et le rocher ont besoin de la tendresse – du respect et de la gratitude – de la main qui les touche – qui les caresse ou s'en empare...

 

 

Chez un être, je regarde d'abord les éraflures et la patine de la vie – et des événements – sur le cuir du visage. Et sa façon toute particulière de transformer cette texture – et ses ombres – en infimes taches de lumière...

 

 

Il est parfois difficile de ne pas répondre aux sirènes du monde qui sans cesse nous appellent. Et qui sans cesse nous ramènent sur les rivages de l'individualité...

 

 

J'éprouve une affection particulière pour les hommes qui ne participent à aucune activité productive et marchande. Et parmi eux, je n'aime rien tant que ceux qui vivent comme les fleurs des fossés, allant d'heure en heure, au jour le jour. Ouverts à la rosée – et à la brume – du matin comme à la traversée des astres sur l'horizon. Heureux – toujours heureux – des exigences du ciel et des saisons.

 

 

Les êtres et les hommes. Ni pleinement innocents. Ni totalement assassins...

 

 

Il n'y a de chemin où le cœur s'égare. Partout où il va – partout où il pénètre – sa présence réconforte. Et sa lumière éclaire...

 

 

Ce soir, en rentrant à la maison, j'ai vu deux feuilles sur la route tombées d'un grand platane qui se donnaient la main pour courir dans le vent. On aurait dit qu'elles ne voulaient pas se séparer pour aller vers la mort. Aujourd'hui, je n'ai fait – je crois – de plus belle rencontre...

 

 

La poésie est souvent un cri. Un cri de rage ou de désespoir. Mais il lui arrive, de temps à autre, de se faire lampe – question jetée dans la nuit – lorsque, sous ses habits de dentelle, elle sait se transformer (malgré elle) en grâce et en lumière. Comme un infime soleil capable d'éclairer pendant un instant les abîmes du cœur, les ténèbres du monde, l'horizon sombre et la beauté inaccessible de l'autre rive...

 

 

Il n'y a rien en ce monde de plus précieux – et de plus beau – que les arbres, les nuages et le vent. Leur présence est non seulement nécessaire à la terre, mais elle comble toutes ses exigences.

 

 

Un visage. Un regard. Et nous voilà soudain épe-ronné ! Comme si la grâce – toute la grâce – du ciel nous foudroyait brusquement. Et se déversait dans tous les recoins de l'âme...

 

 

En sursis. Et dans les bras de l'éternité. Voilà, bien sûr, la condition des êtres de ce monde...

 

 

Aller du pas humble et lent du marcheur. Il n'y a de plus belle – et de plus appréciable – allure pour traverser l'existence et le monde...

 

 

L'éternité n'attend que notre passage. L'herbe, les fleurs, les nuages et les bêtes l'ont compris bien avant nous...

 

 

Tout au long de notre courte vie, nous n'ébauchons que des esquisses. Des tentatives que nous jetons au ciel pour lui demander d'éclairer le brouillon de notre existence. Et son silence nous surprend comme s'il voulait nous faire comprendre qu'il était toujours parfaitement satisfait de nos pauvres gribouillis...

 

 

Chaque jour, nous écrivons de petites choses. Elles s'invitent à notre table et nous les inscrivons sur notre carnet à la lumière du ciel. Petites choses qui viennent – et parlent – du monde, de la vie, de l'infini, du silence, de Dieu, de l'Absolu, de l'homme et de la vérité. Chaque jour, elles nous traversent. Et notre âme se sent obligée de les recevoir en leur déroulant le petit tapis rouge de la page. Nous, nous préférerions nous taire. Et rester silencieux.

 

 

Un pas vers le ciel. Un autre vers le monde. Ainsi s'immobilise l'homme ordinaire. Seul le sage sait réunir la terre et le ciel dans la même foulée. Et convertir les pas en grâce – en envol – en légèreté...

 

 

Des notes claires sur la page. Aussi inutiles et essentielles que la rosée du matin.

 

 

J'aime entendre chanter le petit crayon sur la page. Et le voir danser – aller et venir – dans son petit théâtre de papier comme s'affairent les hommes sur la scène du monde. Je laisse libres – entièrement libres – sa voix et ses pas. Et il trouve immanquablement son chemin. Comme s'il était guidé par les lèvres du silence. Participant comme les pierres, les arbres, les bêtes et les étoiles aux chants de la terre et à la grande chorégraphie de l'univers.

 

 

Une vie d'arbre, de nuage et de rosée. Voilà où te conduira le chemin des sages...

 

 

Une étoile dans le silence. Et voilà soudain le monde qui s'anime et danse dans la nuit. Un seul astre. Et tout s'embrase...

 

 

Face au monde, l'indicible désarroi que l’accueil transforme en joie.

 

 

Le monde n'est pas la chose de l'homme. Le parfum des fleurs, l'ombre des arbres, la course des bêtes, la résistance des pierres, l'ardeur des vents et la puissance des rivières, elles aussi, dessinent le visage de la terre...

 

 

Dans les pas de l'innocence, l'âme invulnérable...

 

 

Ah ! Qu'il est bon de pisser au vent, verge au soleil ! Se faire, pour un instant, fontaine du jour arrosant la terre...

 

 

N'être rien. Qu'un souffle ténu dans le vent et la lumière parmi les rochers et les étoiles.

 

 

Ce soir, nous sommes rentrés à la maison en compagnie de quelques vaches (une vingtaine peut-être) qui allaient de leur pas lent et majestueux sur la petite route menant à l'étable. Ah ! Mes amis ! Quelle joie de partager avec elles les derniers virages de notre promenade après cette longue journée de travail passée au grand air...

 

 

L'humilité d'une feuille morte. Quel homme pourrait y prétendre ? Même chez les plus effacés se cache une fierté invisible qui luit dans la modestie des yeux...

 

 

A quelles tâches consacres-tu tes jours ? A quelles divinités ton cœur est-il suspendu ? Si elles ne t'offrent le loisir de voir le ciel et de sentir le vent sur ton visage, elles ne méritent peut-être pas ton dévouement...

 

 

Un oiseau sur une branche. Une feuille dans le vent. Une trace sur la neige. Voilà comment s'invite l'infini en ce monde. Et voilà sa façon d'appeler l'infime à le rejoindre...

 

 

Un sourire. Un simple sourire dans le silence des jours. Mais qui pourrait effacer toutes les tristesses du monde...

 

 

Je n'aime rien tant que ces heures paresseuses où l'âme se remplit de lumière. En ces heures oisives, on ne rêvasse pas, on est – et l'on vit – au plus près – et au plus juste – de la vie. Celle qu'ont oubliée les hommes – et leurs mains besogneuses – qui rêvent de gloire et de renommée.

 

 

Malgré le masque aimable de la bienséance et des aménités, les hommes n'offrent, bien souvent, que des yeux implorants, des gestes de grande mendicité et des pleines brassées de mécontentement...

 

 

Les cheveux ébouriffés par le vent. Et la tendre caresse du ciel sur notre visage.

 

 

Le dérisoire de ce monde – et de cette vie – malgré le débordement partout du merveilleux. Dans chaque geste. A chaque instant.

 

 

Ah ! Toutes ces découvertes dont nous serons à jamais les seuls témoins...

 

 

Recevoir avec tendresse et innocence, il n'y a rien d'autre à faire en cette vie – et en ce monde.

 

 

Offrir au jour – et à ce/ceux qui passe(nt) – ce que l'on a de plus précieux...

 

 

Malgré son foisonnement, mon écriture se fait discrète. Presque invisible. Qui en ce monde sait que ma main, chaque jour, tient registre du ciel et des saisons ?

 

 

La simplicité – et la vérité – d'une parole qui ne s'encombre d'habillages...

 

 

Le cœur emprisonné n'en demeure pas moins innocent...

 

 

Allongé sur le sol, je regarde le ciel. A moins que ce ne soit lui qui nous regarde...

 

 

Du cœur habité naissent la vie simple et l'enchantement. Et la lumière nécessaire pour habiter – et éclairer – le monde.

 

 

L'infini d'une parole. Voilà ce que je demande au poète. La beauté, nous la laissons bien volontiers aux esthètes...

 

 

Après avoir marché tout l'après-midi dans le vent frais de l'hiver, notre âme – et notre corps – chaque soir, se réfugient au coin du feu. Hypnotisés par la lumière des flammes qui dansent dans la cheminée. Se réchauffant – et se consolant, peut-être, de la carence de l'astre intérieur...

 

 

Quel goût ont donc les lèvres de pierre ? Et comment franchir le grand mur des visages ? Et dire que nous ne sommes entourés que par des ombres et des silhouettes de sable...

 

 

En ces jours d'hiver, un soupçon de mélancolie. Si douce – et si tendre – qu'elle ne pourrait entamer la joie qui nous porte...

 

 

Les jours assassins. Et la nuit souveraine de l'homme. Malédiction ou promesse pour le monde ?

 

 

La nuit, croyez-moi, n'en a pas fini de nous éclairer...

 

 

Il n'y a, pour moi, de plus grand pèlerinage que de marcher dans la forêt au milieu des feuilles mortes...

 

 

Les étoiles sont minuscules dans le ciel. Et leur lumière est si faible. Peut-être – qui sait ? – ont-elles été des hommes autrefois...

 

 

Les chemins, au bout du compte, ne nous auront montré que leurs promesses. Et le vent souffle encore sur le monde...

 

 

La poésie est une fenêtre – l'une des innombrables fenêtres – que Dieu a dessinées sur la terre pour éclairer les hommes. Et que certains ouvrent pour y boire la lumière à petites gorgées...

 

 

La lumière s'offre à tous. Mais si peu savent la recevoir – et la laisser traverser l'âme – pour la restituer sans ombre...

 

 

La lumière jamais ne se révèle comme nous l'avions imaginé. Elle apparaît – et se montre – toujours telle qu'elle est. Indemne de nos fantasmes.

 

 

Rien en ce monde – en ce monde de bruits, de bavardages et de petites tractations – ne vaut la compagnie – et la conversation – des arbres et des nuages.

 

 

L'Amour jamais ne se lasse. Mais le cœur, hélas, parfois se fatigue...

 

 

Tu ne trouveras nul abri contre les assauts du monde et des jours. Mais si ton cœur devient innocent, il saura les désarmer...

 

 

Nous appartenons tous à la lumière. Et c'est l'ombre pourtant, le plus souvent, qui nous habite...

 

 

Tout en ce monde a un prix. Excepté peut-être l'Amour et la joie. Mais, eux aussi, en vérité, en ont un : l'effacement de soi.

 

 

Après le silence, les mots dansent encore. Réclament leur part de joie. Aspirent, eux aussi, à participer aux réjouissances. A célébrer la vie, le monde et l'infini.

 

 

Qu'y a-t-il derrière le visage de l'Amour ? Rien ni personne. Parfois seulement un peu de chair... Mais dans ses yeux, il y a l'infini. Sur ses lèvres, le silence. Et Dieu, toujours, dans son souffle.

 

 

Certains aiguisent leur épée. Et d'autres leur âme. Les premiers, en général, sont des guerriers. Et les seconds des poètes... A chacun ses armes, n'est-ce pas ?

 

 

Qu'espérais-tu donc des chemins ? Et de la parole du poète ? Sinon l'annonce d'une fête...

 

 

De la pluie et du silence. Le jour, parfois, n'a rien d'autre à offrir...

 

 

Le doux balancement des pas portés par les vents du hasard et de l'inconnu...

 

 

Si nos yeux, nos mains, notre cœur et notre âme n'étaient présents, qui s'occuperait de nous ? Et qui veillerait sur ce monde malade ?

 

 

La compagnie des herbes et du ciel, des bêtes et des poètes me console de mon manque de goût pour le monde. Non que je n'aime les hommes... mais il m'est impossible de vivre parmi eux...

 

 

La joie toujours vient du cœur. Jamais des circonstances...

 

 

La vie est poétique. Ou elle est misérable. Elle ne peut être vécue que sur ces deux modes... Et toutes les manières de vivre n'en sont que les déclinaisons...

 

 

Il n'y a, je crois, d'amour sincère. Mais le cœur peut apprendre à se faire honnête. L'Amour alors adviendra, clair et authentique. Infini et lumineux...

 

 

Dans les replis de la lumière, Dieu nous attend. Il se révélera lorsque l'abandon aura fait son œuvre... Et que l'innocence aura remplacé les ambitions...

 

 

Peut-on avoir les yeux plus proches de la vérité que lorsque le cœur ignore tout – et qu'il sait devenir ce qui advient...

 

 

Ce sont les vents qui se chargent du destin de notre parole. Et eux seuls...

 

 

Le ciel est notre essence. Et la terre notre nature.

 

 

Tant d'hommes parcourent l'horizon – s'enfoncent dans le lointain – alors que le seul horizon qui vaille – et auquel mènent tous les autres – se trouve derrière les yeux...

 

 

La parole poétique ne vénère rien. Elle évoque simplement le merveilleux du monde et le silence...

 

 

Et si le spectacle n'était que dans les yeux ? Y as-tu songé, homme, avant de lancer ton pas ? Avant de jeter ton geste dans la noirceur du monde ?

 

 

Encore une nouvelle journée que nul autre ne pourra vivre...

 

 

La seule brimade que Dieu peut infliger aux hommes est le silence – qui est aussi, ne l'oublions pas, sa plus sûre – et magistrale – récompense... La terre, elle, se charge du reste : du juste retour des coups et des caresses donnés...

 

 

La terre est un temple offert aux yeux impies... Et la mécréance ne serait rien si elle n'enflammait ses colonnes. Et ne condamnait aux flammes la foule des visages...

 

 

Toute vie est l'histoire d'une longue agonie. Et de la folle aspiration à trouver son centre inaltérable et éternel...

 

 

Les dix mille gestes du quotidien si souvent merveilleux. Mais parfois vécus misérablement lorsque le cœur saturé n'y voit plus que corvées et source d'exaspération...

 

 

La bêtise, la grossièreté, la mesquinerie et l'animosité partout. A chaque coin de rue. Comme s'il n'y avait en ce monde que des âmes sans innocence...

 

 

Le rouge-gorge et la marguerite ont-ils davantage confiance en la lumière du ciel qu'en la main de l'homme ? Je l'espère... De tout cœur, je l'espère...

 

 

L'obscur a beau peser dans la balance, nous pencherons toujours du côté de la lumière...

 

 

Avec qui aime-t-on être – et passer du temps ? Avec qui aime-t-on partager le plus essentiel et le plus précieux ? Y réfléchit-on suffisamment avant de s'entourer ?

 

 

La vie des hommes. Entre nécessités, devoirs, plaisirs et réconfort. Et il n'y a, malheureusement et bien souvent, pas davantage...

 

 

Et si, en définitive, seules la marguerite et la pâquerette savaient habiter le monde avec poésie...

 

 

La chair toujours se nourrira de chair. Mais lorsque l'esprit sera libre des appétits et des dents carnassières, l'Amour présidera à tous les festins...

 

 

L'Amour, la fine pointe de la lumière...

 

 

Je te l'aurai (déjà) dit mille fois, homme ; ne cherche que l'impossible...

 

 

La pauvreté et la poésie. L'herbe et l'infini, voilà, en vérité, mes seuls amis...

 

 

Qu'est-ce qui, en ce monde, égaie ton cœur ? Que jamais tes pas ne s'en détournent...

 

 

J'appartiens à la confrérie des arbres, des bêtes et des étoiles. Et comme mes condisciples, je serai à jamais banni de la société des hommes. Et qu'importe... si vous saviez comme notre cœur se réjouit de vivre loin de leurs cités...

 

 

Quelle chimère le cœur ne pourrait-il entendre...

 

 

L'homme peut mourir en paix et sans regret, quel que soit son âge, pourvu qu'il ait le sentiment d'avoir pleinement vécu. Et accompli ce pour quoi il était né...

 

 

L'homme. Semblable à la nuit qui dort...

 

 

La bouche des hommes inclinée vers la source. Buvant la joie à pleine gorgée. Quand – et où – ai-je donc fait ce rêve ?

 

 

Et j'ai vu, au loin, les étoiles se pencher sur les hommes. Et tomber avec eux dans la nuit...

 

 

Grande est la source de joie. Immense. Bien plus forte que la férocité du monde...

 

 

Toujours heureux celui qui se voue à une plus grande œuvre que lui...

 

 

Au cœur du monde, le silence immuable des forêts. Merveilleux. Majestueux. Et retentissant lors-que les lèvres bavardes et les tronçonneuses ont déserté les lieux...

 

 

Il n'y a que Dieu en nous qui puisse soumettre notre orgueil. Et le faire plier. Même si, bien sûr, le monde et les circonstances l'aident dans sa tâche en s'y appuyant de tout leur poids...

 

 

Il n'est pas toujours aisé d'être un homme en ce monde. Et moins encore un homme dont la grande aspiration est d'embrasser l'Absolu...

 

Le silence des hommes n'est pas celui de Dieu. Un abîme creusé par les bruits du cœur et de l'esprit les sépare. L'âme l'apprend au cours de sa traversée...

 

 

Qu'y a-t-il donc au plus près du cœur et des étoiles ? Une âme errante cherchant son chemin...

 

 

Nous aimerions partager la lumière. Mais nous ne participons, malgré nous, qu'aux noirs et communs sanglots de la désespérance...

 

 

Ah ! Que me sont doux le chant des oiseaux et de la rivière et la caresse du vent dans les feuillages. Ah ! Que j'aime la solitude et le silence des collines... Il n'y a pour moi, en ce monde, de plus hautes réjouissances...

 

 

Et si l'envers de la nuit n'était pas le jour ? Mais la joie de l'âme qui habite au plus près du mystère...

 

 

Le mensonge et l'imposture sont le propre de l'esprit. Et l'on voudrait nous faire croire que l'on peut accéder à Dieu par la croyance... Quelle imbécillité !

 

 

Nous n'avons que notre cœur et notre pas. Et devant nos yeux, le chemin... C'est ainsi que l'on traverse le monde – et l'existence – pour approcher les contrées de la vérité.

 

 

Peut-être suis-je simplement trop naïf pour comprendre – et accepter – le jeu des hommes et de la vie. Et bien trop sensible pour y participer...

 

 

Regarder les oiseaux du jardin picorer, en cette triste et froide saison, les graines et le beurre offerts à leur appétit me réjouit le cœur. Et de les voir ainsi, si vivants et si joyeux, mon âme s'émeut et s'attendrit...

 

 

Au fond, le monde n'est-il pas simplement là pour nous révéler tous nos visages ?

 

 

Parce que le monde ne pourrait aller seul, Dieu l'accompagne. Et parce que nous sommes les deux, nous pouvons à la fois aimer et aller sur les chemins...

 

 

Le livre (poétique), porte des secrets du monde. Et, parfois, clé de l'enchantement...

 

 

Que fait donc la fleur pour être heureuse qui t'est (encore) inaccessible ? Être – et devenir – en silence dans la grâce imparfaite des jours...

 

 

Plus le temps passe – et la compréhension s'affine – moins les hommes nous semblent être des hommes. Et moins nous-même, nous nous sentons humain...

 

 

Tel un marcheur parmi les ombres, j'avance, à petits pas solitaires, vers la lumière...

 

 

Le sombre vertige de la pesanteur. N'est-ce donc pas un piège – et une franche rigolade – pour l'âme si légère...

 

 

L'homme est un serial killer bien davantage par ignorance que par intention. Ce qui n'en fait pas moins de lui le plus grand tueur de tous les temps...

 

 

Et j'entends partout la voix du poète dans les chants de la terre. La mélodie du vent, des arbres et des rivières. Et jusque dans leurs plaintes et leur silence...

 

 

Partout – un monde de poésie et de chants poétiques – alors que les hommes ont réduit le langage au bavardage, à la réclame, à l'idéologie et aux modes d'emploi...

 

 

La fleur est plus libre que l'homme. Et plus belle et plus innocente aussi. Elle vit son destin dans l'abnégation et l'oubli d'elle-même. Voilà pour quoi elle est si heureuse. Contrairement à l'homme qui n'en a que l'air...

 

 

Un monde de marchands et de gladiateurs où les vitrines et les arènes envahissent la cité. Où pourrait donc bien vivre le poète ? Et où pourrait-il installer son modeste atelier sinon dans la proximité des arbres et des nuages...

 

 

Les vents du monde nous poussent vers des errances auxquelles seuls échappent la fleur, l'arbre et le rocher. Si libres – et si légers – sur leur assise...

 

 

Une mésange sous la pluie drue et le vent froid de l'hiver. Comment le cœur pourrait-il ne pas être chaviré...

 

 

Nous n'aurons donc à jamais pour apprendre à vivre – à comprendre et à aimer – qu'un seul essai... interminable...

 

 

Je n'aime pas les poètes. Je n'aime que ceux qui cherchent, de leurs doigts empruntés, l'innocence dans leur fouillis. Et je n'aime pas ceux qui disent l'avoir trouvée. Je n'aime que ceux qui hésitent encore...

 

 

Combien y a-t-il de poètes parmi les hommes ? Et combien d'innocents parmi les poètes ? Aussi pourquoi voulez-vous que nous fréquentions le monde...

 

 

Un jour, j'ai bu à la source du silence. Et mes mots se sont apaisés... Et est apparue la joie dans mes cris – et mes gestes – désespérés...

 

Et la nuit – plus sombre que les ombres – s'est extirpée malgré la nuit qui dure encore...

 

 

Et si l'audace – et le courage – n'était de vivre. Ni même de rester vivant... Mais de s'avancer, tremblant, devant la vérité...

 

 

Es-tu ? Aimes-tu ? Non ? Alors à quoi donc es-tu occupé ? Qu'as-tu de si essentiel à faire pour ne pas être – et ne pas aimer ?

 

 

Je n'aspire à rien. En particulier en matière d'écriture. Ni à être penseur ni à être poète. Mais la sensibilité est si vive et la dimension métaphysique de l'homme si profondément inscrite en moi que la moindre ligne se transforme presque toujours en pensées – et en notes – vaguement poétiques...

 

 

Un instant, une existence, une éternité. A quelle aune mesures-tu ta vie ? Est-ce donc de ton hésitation que naissent tes empêchements ?

 

 

Au bord du ciel, j'ai vu une myriade d'oiseaux s'envoler. Et quelques anges malicieux accrochés à leurs ailes...

 

Nul ne peut tuer Dieu, la joie et le merveilleux. Ni les hommes, ni la tristesse, ni la haine. On peut simplement les oublier – et en être (provisoirement) privé...

 

 

Et si, en réalité, le ciel n'était brumeux que dans les yeux... Et si partout alentour, il n'était que transparence et lumière...

 

 

Le silence du brin d'herbe. Et le silence du ciel. Imperturbables malgré nos questions sur l'innocence et la beauté...

 

 

Est-ce du bleu que le ciel descendra ? Est-ce du vert que la terre s'élèvera ? Où pourraient-ils donc se rejoindre si le cœur ne sait reconnaître – et accueillir – les couleurs ?

 

 

Et pourquoi ne pas simplement rire du grand désastre du monde et de notre vie...

 

 

Le pathétique et l’orgueil de toute expression – de tout ce qui s'expose. A la fois cri désespéré et vain appel...

 

 

Plus on s'offre, plus on invite l'Autre à donner – et lui donne l'envie, à son tour, d'offrir... Mais il y a des êtres – et des hommes – qui, quoi qu'ils reçoivent, n'accordent et ne concèdent jamais rien...

 

 

Et si l'existence n'était qu'un rêve – et le monde, une fable – dont nous serions les personnages et le narrateur...

 

 

S'affranchir de l'être et du monde ? Mais com-ment pourrait-on échapper à soi-même... Jamais nous ne pourrons nous défaire ni de l'être ni du monde...

 

 

Une parole. Quelques mots. Pour essayer d'exprimer la même beauté que le nuage et la fleur...

 

 

Sur le lit de l'espérance naissent, parfois, les pires cauchemars...

 

 

La faux, l'écume et les vents... Et le silence derrière qui veille à ce que rien ne s'éternise en ce monde...

 

 

La poésie trop explicative – et trop soucieuse d'exhaustivité – se fait indigne et médiocre philosophie. Et nul ne la lit. Trop lourde pour le cœur. Et trop faible pour l'esprit...

 

 

La poésie. Quelques traces de doigts dans la poussière...

 

 

Je ne connais de plus grande joie que l'amitié d'un livre. Et juste au-dessus – et plus joyeux encore – la proximité et le parfum de l'herbe et des étoiles...

 

 

Et s'il n'y avait, en cette vie, que la matière brute des jours et du monde. Et l'Amour...

 

 

Silence, métaphysique et poésie. Voilà de quoi mon âme, chaque jour, se nourrit. Et avec la compagnie de l'herbe et des arbres – et les chemins que nous arpentons – la proximité et la fréquentation des hommes ne nous sont (presque) plus nécessaires...

 

 

Chemins de vie et d'écriture. Tant de foulées pour approcher le silence. Et faire du cœur et des pas son sanctuaire...

 

 

La vie paisible n'est pas celle que l'on croit. Elle ne naît – et ne peut naître – que du cœur silencieux...

 

 

Il y a des êtres – et des âmes – trop sensibles et trop peu armés pour vivre en ce monde. Et fréquenter l'épaisseur et la grossièreté de leurs congénères...

 

 

Aux chants du vent et des poètes répond le silence. Répond toujours le silence. Et le ciel enchanté...

 

 

Des mots humbles pour une littérature modeste... Et des notes nécessaires. Bien plus indispensables, sans doute, que la parole mensongère des romanciers...

 

 

Des sandales, un bâton et l'herbe des collines. Voilà à peu près tout ce dont nous avons besoin dans notre vie...

 

 

Il y a cette sensibilité si nécessaire à la vie, au monde et à la parole des poètes. Et qui fait si cruellement défaut aux hommes...

 

 

Dans le refus du monde et de la vie sociale se cache, très souvent, une résistance à la bêtise et au mensonge. Et, presque toujours, une forme de sagesse qui cherche la vérité...

 

 

Il faudrait un Amour insensé pour convertir la sauvagerie du monde. Et le cœur, heureusement, est pourvu de cette folie...

 

 

Est-ce donc le ciel ou les ombres de la terre que je vois danser dans nos yeux sauvages...

 

 

Le monde a disparu. Il n'y a plus ni hommes, ni bêtes, ni collines. Il n'y a plus que la douceur d'être. Et le souffle clair du vent sur le visage de Dieu...

 

 

Et si la parole du poète n'était que le cri de l'homme... Et la peine de tous – la peine de chacun – cherchant sa délivrance... La pointe fine du monde émergeant des instincts et des grognements de la terre. La facette la plus étincelante du borborygme originel – taillée dans la chair douloureuse ; et maladroitement lancée vers le ciel...

 

 

Pourquoi s'élancer sur les routes alors que veille au-dedans le seul trésor...

Qu'y a-t-il, en ce monde, de plus beau – et de plus réconfortant – qu'une fleur, un sourire, un livre ouvert qui nous attend...

 

 

Et si nos blessures aussi n'étaient que des songes...

 

 

Le poète n'écrit rien. Ne produit rien. Il est le terrain de la parole. Le réceptacle sensible des tressaillements du ciel. Et la main de l'âme qui les restitue...

 

 

S'asseoir en silence. Et regarder les désastres et les merveilles du monde. La grâce et le saccage des vies...

 

 

Tant d'heures – et d'instants – étranges et différents dans une journée. Comme une vie entière qui défilerait en un seul jour...

 

 

En définitive, je ne peux vivre qu'à l'écart des hommes – dans les forêts et les collines. Dans la compagnie des arbres, des fleurs, des bêtes et des pierres . Sous le ciel immense...

 

 

Un homme face au ciel. Seul et interrogatif. Le regard irrésistiblement attiré par l'infini et la lumière. Qu'y a-t-il de plus émouvant en cette humanité...

 

 

Au milieu des bêtes, le jour clair. La fête. Et la danse du vent. Les révérences de l'herbe. L'acquiescement silencieux des arbres. Et l'approbation du ciel et des nuages. La musique de l'eau sur les roches et les galets des rivières. Le consentement entier de l'univers.

 

Et au milieu des hommes, la nuit qui avale. Le froid et la peur qui gagnent le fond des âmes. Et le cœur asphyxié qui s'atrophie...

 

 

La besogne obscure du poète. Et ses lignes claires sur le blanc de la page. Tentant d'arracher à la noirceur du monde – et de l'âme – un peu de lumière...

 

 

L'angoissante approche du monde à notre fenêtre. Traversant portes closes et volets fermés. Pénétrant tout jusqu'à la moelle. Et l'hypersensible jamais ne pourra se barricader. Il se laissera dévorer jusqu'au dernier os...

 

 

Et si la bouche – et si nos lèvres – n'étaient faites pour parler. Ni même pour manger. Mais pour sourire et embrasser...

 

Et cette fêlure en soi que les années auront transformée en faille – et qui, à présent, s'emplit de lumière...

 

 

On vit, on rit, on pleure sans même savoir que nous portons cette fêlure (inguérissable peut-être...). Et qu'elle est notre plus grand trésor avant que n'advienne la lumière...

 

 

Ah ! La longue et funeste liste des songes dont jamais le cœur ne viendra à bout...

 

 

Quelque chose gît là, abandonné... Et qu'il suffirait de recueillir pour faire apparaître la lumière...

 

 

Des morts au milieu des vivants. Et des vivants au milieu des morts. Et la ronde inlassable des âmes...

 

 

Une étoile. Comme un songe, une promesse, un espoir de voir, un jour, triompher un ciel moins noir...

 

 

L'enfant, là-bas, assis sous les étoiles, a-t-il encore ton visage... Ou la vie l'a-t-elle déjà transformé en figure d'os et de poussière...

 

 

Couché dans l'herbe. Sur les chemins des collines. Au plus proche toujours de la terre. Et pas si éloigné, pourtant, des étoiles – et du grand soleil. A égale distance, peut-être, entre la lune et les oies sauvages...

 

 

Et tourne le vent. Et s'abat la foudre. Et dure l'éternité le temps d'un soupir...

 

 

La vie comme une rivière de lumière sans île – sans rivage – où les hommes seraient les pierres et le vent. Et le limon emporté jusqu'à l'océan...

 

 

Défricher le silence à coups de pelle alors qu'un battement d'ailes, sans doute, suffirait...

 

 

Pour n'avoir su dire les mots – écouter – et confier les secrets... Pour n'avoir été qu'absence, je nous pardonne...

 

 

Et dans le silence aussi, bien sûr, il y a une solitude inconnue. Et merveilleuse...

 

 

Et parmi les oiseaux, là-bas, et les fronts posés contre la neige, derrière les ailes et les yeux hagards, se dessine déjà le nouveau monde avec ses arbres (et ses fleurs) gonflés de lumière – avec ses âmes (et ses cœurs) qui embelliront la terre et ses visages – tous ses visages – cernés par le silence et la beauté...

 

 

Les simples jours de l'homme. Jamais perdus. Jamais effacés malgré la démesure du monde. Malgré sa déraison...

 

 

A la fenêtre, le jour. Les ombres. Et le temps qui passe... Avec au-dedans du regard, cette lumière inchangée...

 

 

Dire serait-il donc aussi vain que se taire ? Pourquoi alors ne pas succomber au silence...

 

 

Quelques instants pour vivre. Et pour comprendre... Mille fois, peut-être, recommencés. Approfondis et affinés sans doute pour pouvoir, un jour, aimer sans fin...

 

 

A l'ombre du cœur fleurissent les plus beaux jours. Et les plus belles rencontres...

 

 

Écrire inlassablement. Comme si quelque chose cherchait (encore) à éclore... Une présence – une lumière – une liberté peut-être parmi tant de signes obscurs, d'absence et d'embarras...

 

 

Rien jamais n'avilira le silence. Pas même le vacarme des siècles...

 

 

Qui est là lorsque nous y sommes à peine... Comme une présence – un léger tressaillement – un sourire. Quelque chose sur le visage de l'absence...

 

 

Oublier. Courir dans le silence à gorge déployée. Et écrire un peu. Dire cette lumière qui jamais n'encombre l'âme...

 

 

Un rêve, un amour, une vague promesse. Et l'éternité d'un jour qui dure encore...

 

 

Peut-être parce que le silence jamais ne s'efface, les bruits courent encore – courent toujours – à jamais – à sa surface...

 

 

Les collines, les saisons et la fenêtre de l'atelier ouverte – toujours ouverte – sur l'horizon. Et la possibilité, toujours plus évidente – et presque palpable aujourd'hui – de la lumière...

 

 

Ne voyez-vous donc pas le manque sur notre visage ? Derrière nos rires presque insolents ? Derrière nos larmes ? Derrière nos cris ? Derrière nos peurs et notre incompréhension ? Combien d'entre nous seraient-ils prêts à vendre leur âme pour un peu d'espoir, un peu de lumière, la promesse – même improbable – de jours meilleurs ?

 

 

On imagine (toujours) l'âme voyageuse. Elle n'est pourtant qu'une passagère, presque immobile, dans l'éternité...

 

 

Il n'y a peut-être, en définitive, qu'une seule chose qui importe : la lumière, en nous, qui cherche à éclore...

 

 

Un jour, un siècle, une épreuve. Et l’innocence à faire naître au fond de l'âme. Et la lumière, plus vive, au cœur du monde. La tâche infinie de l'homme...

 

 

Rien de ce qui est amassé – ou écrit – ne compte. Rien ne résistera à l’œuvre du temps. Seuls importent la parole et le geste présents. Le silence. Et la certitude de l'effacement...

 

Le plus grand danger serait, pourtant, de se taire. De rester silencieux face à la barbarie – et de refuser de mettre la parole au service de la beauté et du silence. De laisser la laideur et l'infamie envahir les siècles. D'abandonner la sagesse aux âmes guerrières et mercantiles...

 

 

Quelle sera la dernière révérence de la pâquerette ? Le dernier chant de la mésange ? Et la dernière parole du poète ? Et à qui seront-ils destinés ? Mais le monde s'en soucie-t-il seulement...

 

 

L'exercice des jours. Des pages et des pas quotidiens. Métaphysiques, philosophiques, poétiques et spirituels. Une marche et des notes – une simple marche et de simples notes – creusées dans l'expérience humaine...

 

 

Ne plus rien dire d'autre que le silence. La pensée effacée. L'émotion pure d'exister...

 

 

Je crois, au fond, que la solitude, la marche et l'écriture m'auront appris l'essentiel. A mieux vivre en ma compagnie parmi les hommes ou en leur absence...

 

 

Une lueur toujours brille malgré l'invasion des territoires. Les figures ternes. Et les larmes sur les visages...

 

 

Que pourrions-nous avoir de plus à dire que le silence...

 

La parole, le cri, la plainte et la prière ne sont, sans doute, qu'une main (un peu désespérément) tendue vers lui...

 

 

Un visage, une larme. Un geste, un sourire. Un oiseau dans le ciel. Et le silence. Et ces révérences toujours incomprises...

 

 

Les vaticinations du poète aussi peu utiles que les cris de la foule. Et moins bouleversantes, sans doute, que les soins – et la tendresse – d'une mère penchée sur son enfant malade...

 

 

Entre soi et soi se terre, sans doute, la plus insoluble et mystérieuse énigme. Et la plus magistrale... Au regard de laquelle les autres ne font figure que d'indignes distractions...

 

 

Le monde n'est peut-être qu'une méprise. Un essai. Une tentative sans conséquence. Le pari un peu fou d'un Dieu qui s'ennuie...

 

 

Au bout du chemin, une étoile. Au bout de l'étoile, un rêve. Au bout du rêve, un autre chemin. Et un rêve, peut-être, de chemin interminable...

 

 

Se retirer plus loin en soi. Plus loin encore que là où naît l'amour... Au cœur d'un silence impartageable. Là où s'est réfugiée la plus haute solitude. Là où ne règnent plus que la lumière et la tendresse...

 

 

Ne pas témoigner de l'indicible. Incarner son possible visage... Sans doute est-ce cela être sage... Vivre sur terre, humblement auréolé d'une lumière intacte, parmi les bêtes et les hommes...

 

 

Et nous mènerait-on au plus près de la vérité, il nous faudrait (encore) faire les derniers pas. L'essentiel du voyage...

 

 

Peut-être le monde est-il dépeuplé – et nous seul(s) le savons... Mais à qui appartiennent donc tous ces visages s'ils ne sont les nôtres...

 

 

Le poète écrit comme le soleil brille. Et comme les vents soufflent et tournent. Sans raison et pour les plus hautes nécessités...

 

 

Sous la férule du silence, sans doute, les plus belles paroles. Celles qui se prononcent sans même le souci d'être entendues...

 

 

Parole après parole, on se défait du silence pour le rejoindre plus sûrement peut-être...

 

 

Et au fond de l'abîme, cette étoile à naître que nos mains enfanteront à la fin de tous les désastres...

 

 

Comme un moine attaché à sa cellule et à sa prière, je traverse les jours, les joies et la solitude de l'âme...

 

 

Un soleil à venir peut-être. Et ce vent – et ces bruits – qui n'en finiront jamais. Et cette soupente où se cachent nos ombres – toutes nos ombres. Et ce lieu, en nous très retiré, qui ne connaît que le silence...

 

 

Et ces larmes si fécondes – annonciatrices de toutes les joies...