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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Des choses et d'autres

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20 avril 2018

Carnet n°144 Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Un univers encerclé par le silence. Des mains ouvertes, des battements de paupières. Et des gestes comme le premier rayon de lumière sur ce qui s’obstine dans sa nuit. Le recoin d’un exil pour vivre – et écrire des lignes – des livres – l’âme adossée au ciel en surplomb de l’ivresse encensée par les hommes. Visage – et voyage – libres – tendus vers un seul désir ; livrer les secrets d’une aube moins insaisissable que ne l’imagine le monde…

Un ciel, un livre, un poème – et le même point d’entrée dans le silence pour que durent les danses – et que soit percé le mystère de cette étrange origine. Mains, ventre et bouche amarrés à ce qui préserve notre nuit – jetés, soudain, dans le regard – droit – éclatant au milieu de l’écume – dans ces rêves aussi inconsistants que le monde…

Murmures, néant, soleil attablés ensemble sous les yeux des hommes à l’âme si exaltée et silencieuse – revenus des terres dont on ne revient jamais indemne…

 

 

Journal d’un monde où se retirerait, peu à peu, le rêve – où le réel occuperait l’essentiel de l’homme – où le jour – et les yeux ouverts – se substitueraient progressivement au sommeil et à la nuit. Le désir d’une autre terre – moins folle que ces rives massacrées par la fureur et l’ignorance…

 

 

Une vie, un chant, un monde éparpillés dans des yeux moins sombres qu’autrefois. Et quelques lignes d’un poème pour soigner le plus incurable de l’homme

 

 

Et nous sanglotons, à présent, dans un feu que nos mains ont allumé pour vaincre l’enfer où nous avons cru être jetés…

 

 

Un destin pour un autre – brusquement étouffé par ce que nous avons fui. Comme le juste retour d’une nuit inachevée – et, peut-être, inachevable…

 

 

Dans tous ces mondes – et ce jour oublié – une main, parfois, se pose sur nos lèvres pour inviter le silence à renaître entre nos lignes. Comme le point d’appui nécessaire à la parole qui célèbre – et se consacre au plus sacré…

 

 

Une terre, mille danses et un pas – le seul possible, en vérité – le seul nécessaire pour s’extraire du crépuscule où sont plongés les rondes et les visages…

 

 

Dire le monde et le soleil est – et sera toujours – insuffisant. Il faut y plonger l’âme et le pas – et se brûler à leur ardeur – pour donner quelque valeur – et une certitude – au ciel évoqué sur nos pages…

 

 

La neige comme le récit – et le motif récurrent – de la lumière sur cette terre où l’on étouffe – et où l’on meurt – dans la sueur, le noir et le sang…

 

 

Une lumière encore – et plus d’un silence – sur le visage de nos congénères au cœur perdu – et à l’âme égarée – qui s’impatientent dans les flammes d’un Dieu inventé par simple dépit

 

 

Nous sommes le fil de ce qui nous a égarés. Et cette encre au milieu du sang. Et ce rire parmi les larmes – toutes ces larmes qui coulent sur les visages. Nous sommes le sol, le seuil et le soleil de l’impossible – et par extension (ou, soustraction, le plus souvent) ceux de tous les possibles. Et ce geste vif et innocent dans la nuit – sur cette couleur et cette frontière qui nous séparent du silence et de la neige – d’un monde plus vivable…

 

 

Il y a, entre l’enfance et la présence, mille chemins – et autant de chiens de garde qui veillent sur le troupeau des malheurs – et davantage encore autour de la silhouette du monde qui s’affole devant l’étrangeté du silence…

 

 

L’incarnation étrangère à son mystère – à son origine – devient au fil des jours – au fil du temps – toujours plus douloureuse – aux frontières d’un absurde inévitable – qui cherche, dans sa foulée, son extinction ou son arrachement – impossible, bien sûr, sans le défrichement de ce qui entoure – et emprisonne – l’innocence de l’âme…

 

 

Dieu, jamais, ne s’invite sans raison. Présent toujours, partout, au milieu des êtres, des choses et du monde mais ne se dévoilant qu’au plus près de son franchissement – lorsque le silence devient le lieu de la prière – et que le langage transforme ses plaintes en émerveillement…

Le voyage – et le récit – possibles de tout homme, en vérité…

 

 

Un chant monte des étoiles à travers notre silence. Il cherche un passage au cœur de notre effacement pour que le soleil révoque – et répare – nos amputations – et nous familiarise avec un réel moins défaillant que les rêves...

Nous sommes – et serons toujours – le remède à toutes les croyances. Le désir, la promesse et l’évidence d’un autre monde sous l’apparence – d’un réel plus vrai – et plus vivant – que notre sommeil – cette léthargie aux faux élans prophétiques…

 

 

Un extrait de démesure pour vivre l’unicité de chaque instant. L’être, sans doute, affranchi de la mort et du temps…

 

 

On vit parmi les hommes comme on leur tend la main – à la dérobée – pour éviter les visages discourtois, les conversations insipides et le prosaïsme coutumier. On vit avec cette promesse faite au silence de le célébrer quoi qu’il arrive. Assis au cœur d’une solitude que rien ne peut entamer…

 

 

Nous ne livrerons aucune bataille pour le silence. Nous nous déferons simplement toujours davantage pour lui céder le pas…

 

 

Exilé d’un monde qui n’a rien à dire sinon parler de la variabilité du climat, des circonstances et des humeurs. Ce que les hommes prennent, sans doute, pour le plus réel – et qui n’est pourtant qu’un rêve accessoire – qu’une manière de traverser l’existence en s’imaginant semblables aux autres…

 

 

Nous évoluons dans un trou qui a l’apparence d’une vie – l’apparence d’un monde – et qui n’est, sans doute, qu’un coin des abîmes où nous ont plongés le rêve et la certitude d’exister. Plus haut, il y a un jour – et cette lumière au-dedans de nous – qui creusent leur passage dans notre désir de les retrouver…

 

 

Mots arrachés au néant – jetés au monde – et qui tombent dans un autre néant – plus douloureux que celui des origines…

 

 

Un peu d’éclat dans l’aveuglement, voilà ce que cherchent les hommes. Jamais la lumière qui bannirait toute cécité…

 

 

On se dresse contre un monde – et des visages – brutaux et taciturnes – indifférents à ce qui les entoure et les effleure – anxieux seulement à l’idée de devenir et de mourir – soucieux seulement d’agrémenter leur furtif passage par quelques plaisirs pour oublier leur misère et leur finitude…

 

 

Nous marchions autrefois sur des traces incertaines. Nous sautions par-dessus des pierres vieilles comme la terre – cherchant un lieu étranger au monde – inconnu des hommes – pour échapper aux rêves et satisfaire notre faim de vertige. Nous étions jeunes – au milieu de notre âge – au milieu de notre siècle – persuadés que l’improbable surgirait au détour d’un chemin – sur un visage – dans la rencontre d’un visage aux traits simples et gracieux – épargné par les épreuves et le temps – aussi léger que l’air. Et, pour le trouver, nous avons tourné – et tourné encore – fouillé – et fouillé encore – dans tous les recoins du monde – trop occupés à notre tâche pour voir, dans notre ivresse, le silence s’approcher et le sable dessiner la figure recherchée – trop plongés que nous étions dans notre si risible (et pathétique) quête…

Et nous rions, aujourd’hui, de ce long périple qui dura jusqu’au soir de l’automne – sereins, à présent, au milieu de nous-mêmes – sur ce sable où continuent de tourner et de fouiller les visages…

 

 

Une traversée longue – souvent interminable. Et cette rive à la distance infime – si proche lorsque l’innocence devient notre unique désir – notre seule ambition…

 

 

Une voix encore belliqueuse – prête à armer la main pour détruire toutes les ombres rebelles. Et, pourtant, en amont – à la source de tout surgissement – existe un seuil où tout est anéanti – et renversé. Un espace où le jour et la nuit se tiennent dans la même main – réunis – où le monde et le silence ne sont qu’un seul état – et où l’ombre n’est que le prolongement (provisoire) de la lumière…

 

 

Un nid de paille – amoureusement posé au milieu des pierres. Un coin de verdure et de ciel bleu. Un désir de progéniture et l’ambition d’un avenir plus confortable. Voilà le rêve de tout homme martelé depuis le début du monde. Comme le signe de l’infranchissabilité des limites animales. La poursuite d’un sommeil pour rendre l’espoir – et le songe – interminables…

Et, pourtant, une lumière plus belle que nos attentes gît au fond de notre mémoire…

 

 

Des signes sur la page – comme la marque d’un manque que les mots ne peuvent satisfaire – mais qui se laisseront peu à peu convaincre de leur beauté et de leur nécessité face au silence et à la folle indifférence du monde. L’œuvre d’un homme encore prisonnier des ronces – encore déchiré par son rêve, un peu fou, de lumière…

 

 

Quelques poussières encore dans le jour – inévitables comme l’ambition d’une autre vie – d’un autre monde – face à l’indifférence des hommes…

 

 

Nous sommes multiples – et la racine commune de ces formes insensées. Nous sommes le miroir et ses reflets – tous ses reflets. Et cette solitude qui se tient en amont de l’angoisse et de la diversité. Et le prolongement (timoré) d’un soleil encore trop timide pour naître au fond du sommeil – dans cette chair – et sur ces visages – si atrocement partagés – encore trop rebelles et querelleurs pour se réunir…

 

 

Au quotidien, l’homme sage est attentif autant à ce qui passe qu’à ce qui demeure. Il prend soin de ce qui s’effacera demain comme de ce qui durera toujours. Il sait vivre dans cette double perspective – être présent, à chaque instant, au cœur du monde et du silence…

 

 

Et ce blanc vertigineux sur la page qui invite au silence – bien davantage que sa célébration par quelques mots inutiles. Et, pourtant, persiste ce souffle qui tente, à travers la noirceur de l’encre, de révéler le plus transparent – l’inexprimable…

 

 

Devenir plus léger que le monde – et plus apte que lui à s’affranchir de la pesanteur par le fil de la poésie et du silence qu’il nous faut déployer jusque dans nos outrances…

 

 

Nos déchirures ne sont que les signes de notre fragmentation – et des mille luttes pour se tenir monolithiques, bancals et incomplets auprès de nous-mêmes…

 

 

Nous sommes l’illimité qui pardonne – qui encourage et transcende notre fin – les limites infranchissables de l’homme…

 

 

Il faut bien un œil – un regard – pour témoigner de l’indicible…

 

 

Toujours un peu plus loin – un peu plus haut – cette glace à briser – pour rompre la monotonie des jours – et la poursuite effrénée – effarée – incompréhensible – de quelques ombres…

 

 

Nous nous recomposerons du même froid que l’hiver – les yeux, peut-être, un peu moins ouverts que ceux de la neige tombée par mégarde sur nos pas sacrilèges

 

 

Seul face à l’océan qui a converti le vent en fuite du monde. Seul au milieu des vagues contre lesquelles se sont heurtés tant de désirs – aujourd’hui épaves échouées – abandonnées au fond de ce qu’ils n’ont su surmonter…

 

 

Nous quitterons sans une larme ce à quoi nous nous serons éreintés pour ce bleu au fond du jour qui offrira à notre solitude un souffle plus ardent – et un peu de courage à notre fatigue…

 

 

Le ciel toujours se précise dans les failles de la terre – moins vague – et plus prometteur – que celui que nous cherchions la tête plongée dans quelque rêve…

 

 

Nulle objurgation – et nulle menace – proférées. Une simple parole née du retrait – de cet exil du monde nécessaire pour trouver la force de l’aimer…

 

 

Questions aveuglantes toujours qui jamais ne révèlent l’origine de la curiosité chez celui qui s’interroge – et l’espace en lui qui se moque de toutes les réponses…

 

 

Pourquoi l’aube et la parole… Et pourquoi la faim emporte-t-elle la destination et la hauteur de notre langage…. Serions-nous donc ces yeux braqués sur l’impossible…

 

 

Nous proférons qu’un centre existe au-delà du possible – en deçà de ceux qui crient – et répandent leurs prières sur le front d’un Dieu inventé de toutes pièces…

 

 

Murs, partout. Au-dehors comme au-dedans. Longs, hauts, borgnes – infranchissables sûrement – contre lesquels s’impatientent toutes les foules aveugles…

 

 

Nous oublions ce qui dure pour quelques rêves enchanteurs. Nous vivons dans le déni du possible – et l’ingratitude des bourreaux pour les survivants…

 

 

Une parole passe – traverse la nuit et le sommeil des hommes. Et rebondit sur le néant pour nous revenir comme si la prononcer suffisait à réenchanter le regard posé sur le monde…

 

 

Et ces gestes – et ces pas – semblables à ceux qui anéantissent la terre, quel Dieu pourrait nous aider à nous en soustraire… Les aurions-nous lancés sans le consentement du silence… Comment une main – et une âme – portées par un tel élan ont-elles pu corrompre le grand Amour qu’elles ont effleuré – et qui les a accueillies pour couronner leur persévérance…

 

 

Aujourd’hui, le monde est désert. Bien davantage qu’autrefois. Ne règne plus qu’une solitude aux airs de couronnement…

Désert habité – comblé par le regard qui se pose partout – et se mêle au désordre des choses. Espace collé au froid, au sommeil et à l’ignorance – à tous ces élans maladroits qui se cognent aux âmes et aux visages terrassés par la peur, la faim et la mort…

 

 

Nous portons un livre – mille livres – une parole – dont l’incandescence contrarie le sommeil et l’ignorance – et la peur instinctive des visages à l’égard des vents qui flottent au milieu du monde – et qui s’engouffrent partout en déchirant les bannières et les certitudes…

 

 

Les mêmes vents et la même faux s’abattront sur le sage et l’ignorant. Mais dans le cœur de l’un, la joie sera ravivée alors que dans celui de l’autre, tout sera dévasté. Tous les deux continueront, bien sûr, le même voyage – le premier en effaçant (simplement) les pas du second pour que celui-ci puisse le rejoindre…

 

 

Dans l’attente effrayée d’une fin inévitable. Comme la seule condition nécessaire au franchissement du sommeil dont si peu d’hommes savent s’extirper…

 

 

Un incident – un rien – parfois nous bouscule – et ravive cette pesanteur d’autrefois que nous avions (presque) oubliée. Cette difficulté à être au monde et à vivre le plus quotidien. C’est là encore qui se traîne dans nos profondeurs – comme la maladie de l’homme – cette vénéneuse monotonie des jours qui, en nous, pèse de tout son poids – et qu’il faut traîner comme une lourde chaîne qui ôte toute grâce – toute légèreté – à nos vies – à nos âmes – à notre foulée…

 

 

Un peu d’air seulement nous maintient parfois en équilibre sur le fil fragile – tendu entre nos (mille) énigmes…

 

 

Un chemin à la démesure de l’âme – caché au fond du silence – déserté(s) par les hommes – et, pourtant, ouvert(s) à tous – ouvert(s) à chacun…

 

 

L’existence et le monde toujours s’enlisent dans nos conjectures – dans ce souci de devenir et d’être identique à soi – à cette idée que nous nous faisons de nous-mêmes. Barrage où flottent, avec quelques débris du passé, le souvenir et le désir de tout maintenir en ordre – et cet œil inquiet qui façonne cette mainmise (si risible) sur le prodigieux filet d’imprévus et d’incertitude qui s’écoule le long de nos vies…

 

 

Fissures d’un temps rêvé (seulement) où les histoires – toutes les histoires – migrent. Et dans lesquelles elles se déversent pour s’imaginer plus précieuses – et plus durables – que la rosée…

 

 

Nous tendons les mains vers des ailes qui se refusent – trop peu tentées par l’aventure que nous leur proposons. Trop différentes, sans doute, pour y consentir – nées dans un monde où l’inquiétude et le temps – le souci de la chair et la peur de la mort – ont été révoqués – balayés comme de vieux souvenirs – de vieilles nécessités inutiles…

 

 

La nuit sombre – noire jusque dans nos rêves de jour – s’évertue à nous prémunir contre toute attente – contre tout espoir de réponse à nos appels tremblants – à ces prières qui ressemblent davantage à un cri désespéré (pour sortir des ténèbres) qu’à un véritable désir de lumière…

 

 

On ne vit que dans l’idée de la vie. Et on ne s’imagine mourir que dans l’idée de la mort. Mais la vie et la mort sont tout autres – différentes de l’idée que nous nous en faisons – plus profondément scellées à ce que nous croyons être qu’à ce que nous sommes…

 

 

Quelque chose en nous bouge – et dégringole – alors que nous essayons de nous installer, à notre aise, dans la certitude. Et cette compagnie nous inquiète, nous qui tentons, sans cesse, de nous rehausser – et de (re)trouver l’appui nécessaire à notre tranquillité. Et, pourtant, malgré nos tentatives et notre acharnement, nous savons (quelque chose en nous sait) que nous serons, tôt ou tard, emportés dans sa chute…

 

 

Le temps est au bord de nous-mêmes. Toujours. Et, pourtant, nous l’imaginons soudé à nos profondeurs – vissé au fond de notre âme. Mais hier n’est pas un jour – et moins encore une certitude. Et demain, pas davantage. Et d’aujourd’hui, nous ne savons rien…

Le monde est au bord de nous-mêmes. Toujours. Et, pourtant, nous l’imaginons plus réel que nos rêves. Présent à chaque instant. Avant notre naissance et après notre mort. Et, pourtant, nous ne sommes pas certains de l’existence des pierres et des visages. Et nous doutons parfois même de leur consistance. Et de notre propre figure, nous ne savons rien…

 

 

L’être s’éternise au fond de nous-mêmes. Et nous n’avons d’yeux que pour sa périphérie – et parfois seulement pour le reflet des jeux qu’il invente pour se distraire et nous perdre davantage…

 

 

Nous ne sommes, bien souvent, que le reflet de la lumière qui cherche son visage parmi la multitude alors qu’il suffirait de tourner la tête – et de renverser les yeux – pour voir le miroir – et la source de clarté – au fond de notre regard…

 

 

Quelque chose nous étreint derrière la souffrance – cette souffrance perpétuelle – ce sentiment lancinant d’incomplétude. Ce qui manque, peut-être, aux jours – ce qui manque, peut-être, au monde – ce qui manque, peut-être, à chacun pour que l’on puisse se retrouver et aimer l’ensemble des fragments – et leur quête si douloureuse…

 

 

S’affranchir à jamais du pays où l’on dort… Avec ce pressentiment d’une brûlure sur la chair – d’une blessure à même le rêve – pour dissoudre dans nos veines ce sang qui dure – et ce sommeil où le monde pénètre sans même un soupçon de droiture…

 

 

Un univers encerclé par le silence. Des mains ouvertes, des battements de paupières. Et des gestes comme le premier rayon de lumière sur ce qui s’obstine dans sa nuit. Le recoin d’un exil pour vivre – et écrire des lignes – des livres – l’âme adossée au ciel en surplomb de l’ivresse encensée par les hommes. Visage – et voyage – libres – tendus vers un seul désir ; livrer les secrets d’une aube moins insaisissable que ne l’imagine le monde…

 

 

Un ciel, un livre, un poème – et le même point d’entrée dans le silence pour que durent les danses – et que soit percé le mystère de cette étrange origine. Mains, ventre et bouche amarrés à ce qui préserve notre nuit – jetés, soudain, dans le regard – droit – éclatant au milieu de l’écume – dans ces rêves aussi inconsistants que le monde…

 

 

Murmures, néant, soleil attablés ensemble sous les yeux des hommes à l’âme si exaltée et silencieuse – revenus des terres dont on ne revient jamais indemne…

 

 

Sans un mot – sans un cri – dans une présence qui s’affirme entre les yeux qui se balancent au milieu du monde – entre espoir et soupir – la colère retenue comme un péril – comme la face obscure d’une force (presque) indomptable…

 

 

Nous marchons sous une voûte – la tête enturbannée du rêve un peu mièvre – obsolète* – de nous voir atteindre les sommets – et, de là, étendre notre territoire pour asseoir notre pouvoir maléfique – et dévastateur – sur ce que le monde nous a offert avec tant d’ingénuité…

* d’une époque révolue…

 

 

Le chant à peine perceptible du silence – à travers le vent et les bruits, si hasardeux, du monde – s’élevant vers le ciel et ce qu’il reste d’innocence dans le cœur de l’homme…

 

 

Un cri – une angoisse – face à l’invisible. Et cette volonté de grandir pour remplir ce vide immense dont la persistance nous effraye – et nous condamne à en découvrir le règne et l’usage…

 

 

Il y a cette douleur au fond de l’âme – tapie à l’ombre des jours – qui donne à nos élans l’envergure des fous.

Il y a aussi dans notre langue des fenêtres sur le jour – quelques mouchoirs – et quelques chiffons – pour essuyer les larmes et le sang qui coulent sur les joues – et dans les veines – partout où le monde s’obstine à défaire ce que nous célébrons…

Et il y a ce mystère – et ce silence – enfouis en nous-mêmes que nous recouvrons de choses et de pertes…

 

 

Tête dans les mains – dans la pénombre – agenouillés devant ce qui s’use sans voir ni la source – ni les graines – à l’œuvre partout, du renouvellement…

 

 

Nous aimons, dans la finitude de nos visages, ce que la mort ne fait qu’emporter – mue par la juste reconquête de ce que nous lui avons si follement emprunté…

 

 

L’infini existe – autant que l’éternité. Et nous le savons lorsque s’approche la mort – et que recommence ce que nous avons fréquenté et utilisé sans conscience…

 

 

Nous œuvrons à une naissance incertaine dans un pays inconnu – sans nom – sans peuple ni territoire – invisible – et, pourtant, si présent déjà au milieu du monde…

 

 

La vie entière est poésie – derrière les gestes et la main si fâcheuse des hommes – derrière le cri des bêtes, l’ignorance et les fronts braqués qui dessinent leurs ambitions en livrant le monde à d’atroces supplices – derrière la misère et la faim – derrière les guerres et les querelles sans cesse renaissantes – interminables…

La vie entière est poésie pour celui qui sait voir au-delà de la mort et des apparences…

La vie n’est même que cela – cette permanente tentative de la vivre entière en éveillant le poète qui, en nous, veille dans l’ombre – et sans malice. La vie n’a d’autre ambition (pour nous) ; la découvrir, l’habiter et la célébrer pleinement depuis le regard le plus innocent – affranchi de ce à quoi nous nous obstinons pour le rendre impénétrable…

 

 

Etreint par une langue à la couleur de l’or qui convertit la maladresse en feu – et tous les désirs en silence…

 

 

Une nuit, placée haut dans les supplices, se glisse, comme la mort – et nous renverse pour déterrer l’avenir creusé sous nos paupières fermées – cousues par les rêves et les promesses d’un soleil improbable – vanté par un Dieu – inventé pour survivre aux malheurs. Une grâce, en somme, au milieu des larmes et de l’espoir…

 

 

La main de l’homme comme un soleil noir arrachant au ventre du monde quelques entrailles pour de grandioses (et provisoires) festins. Inapte encore à transformer l’âme et la faim pour bâtir une terre plus vivable…

 

 

La mort, le sang et le soleil. Et quelques âmes mues par l’urgence du changement – déchargées de la vie à hauteur d’homme qui donne aux élans ce goût si âcre de la peur…

 

 

Le rêve emmêlé aux chevelures trace sa route sous l’injonction d’un peuple dénué de perspective et de remords. Le temps est (donc) venu de s’écarter du tapage et des jeux englués dans le temps. Il est (enfin) l’heure de n’être personne – de se laisser mourir sans peur de devenir ce que nous sommes – de s’exclure des drames qui, sans cesse, font renaître le monde…

 

 

Un passage entre la pluie et la rivière – entre la goutte et l’océan – à cet instant où le temps s’ignore...

 

 

Aller sur cette échelle où tout se consume – aller au-delà de la crainte – et au-delà de l’aube – vers ce soir où l’enfance se renouvelle – loin des foules et des troupeaux qui végètent – et se multiplient – sans autre raison que celle de leur fragilité et de leur ignorance – voués à cet instinct si tenace de la perpétuation. S’écarter pour mieux voir – mieux vivre – et mieux être – par-delà ce qui s’étire – ce qui continue de s’étirer – en nous dans l’ombre et les tourments face à un soleil indéchiffrable et incompréhensible…

 

 

Une plainte toujours – un mal de vivre peut-être – là où le souvenir nous ramène à la vie de l’homme – si banale – si ordinaire – au milieu des supplices et des promesses – loin du regard soumis à aucune autre exigence que celle de foudroyer l’espace, le temps et les visages – et cette incorrigible obstination à n’exister qu’à travers le rêve, la mémoire et la mort…

 

 

Tout (re)commence avec nous. Et ne s’éteindra jamais…

 

 

Prison, miroir. Et l’exil d’une passion plus ardente que nos vies – en deçà de laquelle nous survivons à peine. Aussi demeurerons-nous ici – avec le silence – au milieu des bavardages. Inassouvis et intraitables…

 

 

Quelque chose se couche en nous qui ressemble à notre attente – assidu comme le soleil qui, chaque jour, recommence…

 

 

Ni quiétude, ni détresse. Une concordance entre le rêve et le rêveur. Dans cette faille où chaque mot se jette pour échapper à la torture de ceux qui ne regardent que leur visage flétrir. Peut-être un autre rêve que ne pourront, sans doute, pas même imaginer ceux qui dorment encore…

 

 

Nous irons, de notre pas chaste, au-delà des pages – et au-delà du silence – pour nous résoudre et nous effacer – en continuant de lancer quelques mots tremblants aux visages trop occupés à faire semblant dans des jeux aussi vains qu’est utile l’Amour…

 

 

Des jeux, des peurs, des tremblements. Et un envol soudain au-dessus des songes pour vaincre l’indifférence et bannir la haine et la mémoire (à tout jamais). Et cette complaisance des hommes à l’égard de leur histoire – ni belle, ni juste – mais simplement nécessaire pour briser leurs certitudes…

 

 

Un chagrin, un exil, un Amour. Voilà le chemin tracé par le poète pour les hommes. Comme une invitation au seul voyage possible…

 

 

Nous irons partout où nous serons appelés – jusqu’à la naissance du seul désir – jusqu’à l’oubli de tout ce qui nous aura précédés…

 

 

Nous tremblons dans cette nuit parfaite – éclairée déjà par l’enlisement de tous les destins – à l’ombre de ce qui grandit en nous…

Nous tremblons dans l’imaginaire du tremblement – comme des montagnes adossées à l’automne – livrées aux vents et aux fleurs qui persisteront jusqu’aux premières neiges…

Nous tremblons dans la vacance du furtif – et le vacarme des passages – désobstrués enfin de nos prières. Avides d’un seul ciel – d’une seule fin – la nôtre parmi les fruits et les hirondelles qui reviendront au printemps…

 

 

Nous avons soif d’un jour qui nous ressemble – d’un Amour sans écorce – et sans épine – qui convertirait le désir en blancheur – et nos défaillances en reflets dorés – en miroir – où s’effacerait notre nom…

 

 

Nous écrivons pour quitter la surface – et rejoindre les profondeurs. Nous écrivons pour que dure, à travers le rêve et l’infortune, ce désir de candeur – et que l’or s’efface dans nos mains affamées – suppliantes. Nous écrivons pour oublier l’absence – et affermir le rire qui éclate sur notre nonchalance. Nous écrivons pour affirmer toutes les possibilités de l’impossible derrière le sommeil et la raison. Nous écrivons comme d’autres rêvent ou s’acharnent pour retrouver ce qui leur manque. Nous écrivons à seule fin de vivre plus juste – et plus droit – et ravauder cette sensibilité des fous qui voient d’autres mondes et un seul visage dans les reflets de celui-ci – au milieu duquel nous nous tenons sans rien comprendre…

Et, pourtant, rien ne bouge sous la langue. Et tout s’essouffle dans les yeux. Comme si la soif de silence était insuffisante – et inutile même – pour effleurer l’évidence de l’autre rive – et y jeter nos âmes et nos caresses…

 

 

Partage encore, aujourd’hui comme hier, de cette chair volée au jour – et de nos âmes vouées à la solitude – courbées sous les malheurs enfantés par un Dieu aux multiples visages – aux multiples légendes…

Manquerions-nous de tout – et de l’essentiel plus sûrement encore – pour ne voir – ni n’aimer – ce qui, sans cesse, s’offre et se partage…

 

 

Âme éprise – engluée, pourtant, dans la nature des choses de ce monde porté par la nuit. Et ce sommeil lourd – profond – qui rétrécit la route vers la solitude aux mains tendues vers notre égarement…

S’amuser encore – et jouir de quelques richesses comme le privilège de ceux qui ignorent – et mendient, dans leur ignorance, quelques jeux supplémentaires…

Nul homme ne peut vivre ainsi – sans Amour – caché derrière ses masques et ses frontières…

 

 

Ici, au milieu de l’infâme, tout agonise jusqu’à la mort – jusqu’à la fin de tous les rêves – et se fait ivre déjà du renouveau qui s’annonce…

Mains pleines de terre encore qui se lèvent – presque au hasard – vers le seul visage possible pour désaltérer leur soif – cet instinct premier – au milieu des pierres, des tombes et des herbes folles…

Un destin accompli – malgré nous – dans l’attente – au seuil de cette absence – de cet oubli – inconsciemment désiré(e)…

 

3 juillet 2018

Carnet n°153 Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Quelques masques – un peu de nuit – sur le visage – et sur beaucoup d’autres serrés dans le retrait – le long des routes. Seuls avec leurs mensonges. Le froid recroquevillé au fond de la gorge – sous les aisselles. Le prix de la fatigue. Le désir d’un autre jour – et l’espérance d’une autre couleur. Et la vérité enfermée au milieu des têtes – au milieu des rêves – portée comme une chimère…

Rien de nouveau. Le vent, la pluie, le soleil. Le froid et la solitude des âmes. Et ces visages – entre chair et cœur – enfoncés dans la nuit. Le temps qui s’écoule comme l’eau des rivières sur ces rives endormies. Les hommes, les bêtes et la terre serrés – ensemble – si indissociables dans l’infortune grandissante du monde. Et cette présence parmi eux – parmi nous – comme une main secourable et bienfaitrice tendue vers la tristesse – et toutes les existences tremblantes et apeurées…

 

 

Quelque chose se penche – et résiste à la multitude, aux haleines désespérées et au froid qui se glisse entre les murs. Quelque chose s’approche – et circule – qui a la valeur de l’intime et la voix plus chaude que celle de nos invectives. Quelque chose tremble – et s’agite – face aux déconvenues.

Et au cœur de notre vie – un monde – un regard sans doute – finit toujours par s’accrocher à nos grands yeux tristes – la vision d’une autre terre – d’un Dieu – à l’innocence éprouvée – un monstre terrifiant et pacifique venu, peut-être, engloutir nos rêves…

 

 

Nous avons l’impudence de ronronner dans le silence – offerts tout entiers au sommeil et à l’abondance. Fidèles aux murs, à la lune et aux étoiles – à cette tradition millénaire du rêve alors que le jour tend, depuis toujours, la main à notre tristesse…

 

 

Et, soudain, cette envie d’hiver sous la cendre comme la promesse d’un silence – d’une enfance – d’un peu de neige sur les restes de ce feu qui a tout consumé – le monde – la vie – et jusqu’à notre présence, si incertaine, parmi les vivants – parmi les morts et ceux qui espèrent encore…

 

 

Des guerres et des orages traversés, nous ne revenons jamais indemnes. Mille jours et toute l’histoire du monde dans un poème. Et plus loin – et partout – jusqu’entre nos lignes peut-être – le sang et le silence retrouvé. Ce goût de vivre – et cette joie – au milieu de l’ombre et de la chair…

 

 

Debout – près de la source – parmi ces rêves – à regarder l’eau des rivières et la boue des flaques converger vers le même avenir…

 

 

Quelque part, en nous, résonnent ces jours de fête d’autrefois où les voix et le silence régnaient en maîtres sur les figures. Où les bruits et les pages soulignaient la même énigme. Où la mémoire était l’enfance du feu – les prémices de l’élan nécessaire pour vaincre le doute et la peur. L’arrière-pays du plus simple caché au fond de nos visages épouvantés…

 

 

Mort – et ces ruines abandonnées au fond de la chambre. Délaissées sur le froid des pierres noires – polies par la pluie et le temps. Et, en nous, sur un seuil mille fois franchi, la couronne de l’Amour – la couronne de l’innocence – enchevêtrée au plus clair silence. Le goût de l’Autre peut-être – porté par une main levée au milieu de notre chant – et ce qu’il faut d’astreinte et de désir pour voir l’obscurité disparaître…

 

 

Terres noires dans ces restes de lumière. Et l’ébauche d’un trait – d’une parole peut-être – pour revendiquer l’Amour et la justesse des larmes dans ce monde si hivernal où les têtes s’affaissent dans la poussière et la boue au lieu de se redresser vers le seul pays natal

 

 

Brûlant seuls – toujours – au milieu de l’effroi – parmi ces chants inaudibles – immortels – que seules les âmes innocentes peuvent libérer. Libres sur ces sentiers délaissés. Silencieux au milieu des visages effrayés par tant d’exil – le poème et le poète anonymes…

 

 

Une berge, des fantômes, quelques pas. Et ces chemins méprisés par les foules en quête d’un autre jour – d’un peu de lumière dans l’abîme. Le visage de l’absence. Nous-mêmes, peut-être, depuis toujours…

 

*

 

Ce que la vie et le monde – à travers les circonstances, les rencontres et les visages – nous font (vainement) gagner en connivences fragiles et en fausses certitudes, nous le perdons – presque aussitôt – en solitude et en sensibilité. Comme si le sentiment de confort et de sécurité (illusoire, bien sûr) entamait systématiquement notre capacité à vivre en conscience vivante – ouverte sur l’incertain – et réceptive au merveilleux et à l’atrocité de ce qui s’avance vers nous…

 

*

 

Vers quelles terres s’enfuient les conquêtes du jour ? Serait-ce dans l’imaginaire et la folie que s’éloigne ce qui se tient, tremblant, entre nos mains ?

 

 

Le monde, la folie et le poème. Tout végète – et se meurt – sous l’égide des maîtres. Mieux vaut le cri et la révolte – et plus encore le silence – que la soumission et les ruines des siècles…

 

 

Des larmes encore sur les bûchers fumants. Et ce rire comme une halte à peine visible entre la souffrance et la mort. Une joie dans les restes de ce qui respire…

 

 

Quelques masques – un peu de nuit – sur le visage – et sur beaucoup d’autres serrés dans le retrait – le long des routes. Seuls avec leurs mensonges. Le froid recroquevillé au fond de la gorge – sous les aisselles. Le prix de la fatigue. Le désir d’un autre jour – et l’espérance d’une autre couleur. Et la vérité enfermée au milieu des têtes – au milieu des rêves – portée comme une chimère…

 

 

Un langage nouveau comme une terre à déchiffrer – offre aux yeux des visages inconnus – des paysages insoupçonnés – le poids d’une autre mesure – et la perspective des Dieux éclairée peut-être…

 

 

Le sol, les danses et la mort. Et cette grimace – comme un sourire – comme une trace, à peine visible, au fond de l’humilité. La présence des Dieux sur la blancheur et la nuit éventrée. Quelque chose à la saveur incertaine – au visage méconnu – au-dedans de ce qui est né – au-dedans de ce qui gesticule sur la terre et agonise sur les chemins – et que jamais le hasard ne pourra délivrer…

 

 

Un monde de roche, de vigueur et de lacune où le combat et l’ignorance sont devenus les aires du sacrifice. Avec le chant et le sang qui montent du ventre du monde à travers mille siècles sans surprise. La mission première, sans doute, de la terre féconde. L’honneur et l’absence de l’homme. Et l’âme de l’ombre – promise au jour – qui s’enfonce lentement dans les ténèbres…

 

 

Quel sera le cri – la parole peut-être – de ce jour nouveau au souffle si ardent ? Et que nous dira-t-il du naufrage et des survivants – et de cette vie morte avec la fin du temps ?

 

 

Trébuchements et déroutes sous l’attention d’un seul regard. Le rouge et le noir – l’âme et le sang – écoutés d’une même oreille pour immobiliser le voyage – défaire le secret qui se tient dans les veines – et révéler la réponse à tous les mystères…

 

 

Une saison – un parfum – une couleur – lissés à l’automne sur la même feuille. Puis, la descente progressive vers le sol. Et l’hiver bientôt – magnifié par la neige. La peau neuve d’un temps fatigué.

Effacé(s) par le mystère – emporté(s) par l’innocence nouvelle. Et la guérison de l’âme avec le froid survenu dans cet immense désert…

 

 

Extases et fureurs sous la même lumière. Esclaves d’un bonheur né de victoires passagères. Choses vues et entendues – à peine comprises sans doute. Danses rayonnantes – et bientôt épuisées – au milieu des pierres et des visages où se mêlent la mort et ce reste de superbe porté par nos yeux si flamboyants au cœur de la misère…

 

 

Soupirs immortels au milieu de l’Amour. Règne de l’attention et du partage dans cette ivresse à ne rien dire – à laisser les âmes s’épuiser – et se guérir – dans la proximité de quelques poèmes lancés comme des mains dans la nuit – comme un secours dans la détresse – le seul recours, peut-être, pour l’esprit des hommes endormis…

 

 

Un destin vertigineux – des mains tristes – et, au fond de l’âme, ce soleil exsangue – moribond – exténué par trop d’assauts et de sang versé…

Un néant – et quelques doutes aussi noirs que les règnes d’antan – que le sacre des siècles barbares. La misère du regard si familier des discordances – et de cette différence affichée comme un étendard. L’infime à bout de souffle devant l’absurde envergure du monde – face à la souveraineté de la déraison – presque joyeux – et agenouillé – en ce lieu où semble renaître la possibilité de l’Absolu…

 

 

La nudité du regard et du silence – la nudité des visages et des yeux plongés au-dedans du monde. L’approfondissement d’un secret au milieu des fronts trop douloureux pour révéler ce que l’âme dissimule depuis la nuit des temps…

La blancheur des lignes, le mouvement des astres et l’éphémère des corps – puisés dans l’infini…

 

 

Un pilier – mille piliers – un palier – mille paliers – pour l’homme indécent dénué d’esprit et de grâce qui s’échine à toutes les ascensions – si peu soucieux de la découverte de l’âme dans le monde – et du monde dans l’âme – et si insensible à cette beauté obstinée qui se cache derrière le désespoir de chaque visage – et l’ampleur de notre fascination pour le jour suivant…

 

 

Une déchirure, un poème. Et mille jours de silence pour effacer la douleur – les traumatismes d’une vie insecourable…

 

 

L’oubli, la mort et le froid. Et tant d’années passées à s’éloigner de l’inexorable…

 

 

Lointain le vertige d’autrefois où la complainte et la complaisance s’exerçaient sans risque – dans la certitude d’un avenir – la promesse d’une caresse…

A présent, la voix est muette – et la main sincère dans son geste – juste pour tout dire – dans la proximité d’une nuit et d’une terreur qui n’effrayent plus…

 

 

On survit simplement – au ras des jours – au ras des choses – terrés comme des bêtes dans le noir et l’incertitude – souriant bêtement devant des visages sans importance. Heureux des rêves inventés par le monde pour nous soumettre à l’épreuve – avec pourtant, au fond de l’âme, l’espérance d’une défaite. Adulte, en somme – si atrocement adulte et résigné – dans cette intimité de la misère…

 

 

Parmi nous, la mort ressuscitée à chaque instant du jour dans le corps et dans l’âme – et sur le visage de tous les survivants en sursis…

 

 

Une lampe gît quelque part en nous – éclaire un peu cet archipel où sont entassés les vivants. L’homme, les plaines et les montagnes. Et quelques bêtes et plantes en partage – sacrifiées. Avec autour des spectacles – des spectacles permanents – l’eau, le vent et l’incertitude. Et au cœur de la terre, la clé de tous les voyages – et celle de tous les séjours sédentaires – pour apprivoiser la douleur et les visages – la solitude, la promiscuité et la mort…

 

 

Le commerce des vivants – un péril pour le monde – un peu de gloire pour les hommes (quelques hommes) – et la grande misère pour tous les autres…

 

 

Un vide si radical au milieu de l’inhospitalité. L’écoulement fade – morose – des jours qui s’enchaînent sans fin. Le défaut du regard posé sur le plus simple des choses – le plus simple du monde. Puis, un jour, la solitude qui détrône l’orgueil des poses. La vérité qui brûle le simulacre. Et le silence qui emplit la part manquante – cet abîme et ce doute où nous nous tenions atterrés…

 

 

Paroles chantantes – bruissantes d’un autre jour – pénétrantes peut-être – dans le vide et le silence. Avec l’étrangeté de ce langage né d’un ailleurs rehaussé en soi – et célébré comme le seul ciel – le seul horizon possible dans la décadence des siècles…

 

 

Oiseaux d’une aube ensemencée par le jour et nos mains laborieuses. Graines lancées dans le tintamarre des plaintes et les voix fortes – immatérielles – des vents. Et en suspens, notre âme – entre l’Amour – cet Amour tant espéré – et le monde – ce monde de mirages et de convoitises. Rassemblant l’œil et la course – la furie et les délices – l’immobilité et la danse – la sauvagerie des gestes et l’infini. Mariages – fusions – et réunifications des contraires. Effacement des effusions et des arrogances pour une humilité portée (vaillamment) par le silence – et la certitude du jour au milieu de la nuit et des errances…

 

 

La continuité d’un destin et des malheurs affranchis de l’espérance. La vie d’un homme et cet écoulement inexorable vers le plus simple. L’épopée d’un monde – de mille mondes – d’un visage – de mille visages – voués à la lumière et à la perte. Au franchissement du plus haut seuil : l’effacement.

L’aurore d’une parole dont le silence est aussi essentiel que l’écoute et les gestes – et les vocations peut-être – qu’elle fait naître…

 

*

 

Le regard de l’Autre* invite presque systématiquement au masque – masque qui offre, le plus souvent, un aspect lisse, agréable et harmonieux – attractif pour tout dire – comme un air de bonheur tranquille qui donne le sentiment d’une existence sereine et sage – imperturbable. Bref l’image d’une présence au monde épanouie et équilibrée – enviable et exemplaire – parfaite en quelque sorte…

* sa présence ou sa fréquentation…

Mais comme l’on se fourvoie, bien sûr, devant ce voile trompeur. Sous l’apparence et le vernis, on trouve partout la même figure – celle de l’homme assoupi, empli de rêves et de désirs – dévasté par l’ignorance, la solitude et la frustration – englué dans la paresse et la couardise – perdu et malheureux – seul et misérable en somme…

 

 

Le monde s’empare de ce dont il a besoin. Et il se sert ainsi chez chacun. Quant au reste, il nous laisse nous débattre avec ce qui, en général, nous échappe. Et nous travaillons ainsi sans répit, notre vie durant, à prendre et à donner mille choses qui n’appartiennent à personne

 

*

 

La poésie est un état d’ouverture et de rencontre avec le silence et l’incertain – avec le plus vil et le plus merveilleux que nous portons comme le monde – comme chacun…

 

*

 

Rien de nouveau. Le vent, la pluie, le soleil. Le froid et la solitude des âmes. Et ces visages – entre chair et cœur – enfoncés dans la nuit. Le temps qui s’écoule comme l’eau des rivières sur ces rives endormies. Les hommes, les bêtes et la terre serrés – ensemble – si indissociables dans l’infortune grandissante du monde. Et cette présence parmi eux – parmi nous – comme une main secourable et bienfaitrice tendue vers la tristesse – et toutes les existences tremblantes et apeurées…

 

 

Rien qu’un cœur – une âme peut-être – pour échapper aux bruits et à la brume du monde. A ce vacarme – à cette pagaille – comme quelques flammes – un feu allumé – à la périphérie de cet immense cercle de glace…

 

 

Un grain dans l’espace. Et quelques paroles brûlantes – rouges – incandescentes – au milieu du silence. Lancées sur les terrasses du monde – dévasté par l’ambition et la gloire de quelques fronts – insensibles à la folle ressemblance des âmes…

 

 

Le langage comme le jour d’après le jour. Un silence à même l’écho d’une parole. Nuit et feuillage au milieu des dissemblances. Pages et édifices bâtis sur les paumes de la désespérance. Un peu de vent pour faire éclore les graines depuis trop longtemps abandonnées au fond des esprits paralysés par la peur et la paresse…

 

 

Feu défait – serrures déverrouillées. Injustice et temps enjambés d’un seul saut. Intérêts nuls. Comme une perte infime – négligeable – dans l’immensité des siècles – d’une seule époque peut-être. Ciel et oiseaux de passage. Foulées lentes entre quelques arbres millénaires. Mille bouches, mille bêtes, mille glaives. Et l’innocence toujours invaincue…

 

 

Debout – haut dans la douleur – ce regard où convergent le langage et l’infini – le poète, les bêtes et les hommes. Le soleil et l’abandon. Toutes les respirations du monde…

 

 

Au fond du jour – distrait par la mort des choses et la fuite du temps – cette fragilité qui émerge à l’issue de tous les combats – ce visage si beau sur la peau des vivants à l’âme féroce – reclus dans leur désenchantement. Le goût d’une ère nouvelle dans le voisinage des pierres, des rires et des étoiles après tant d’années à livrer le pire aux anonymes – la bouche tordue – et l’esprit si vague – comme endormi…

Loin, à présent, de ces traditions pesantes – rigides – si promptes à égorger au nom d’un Dieu – d’une vérité mensongère. Et, entre nous, ce visage apaisé – comme le signe d’un rêve ancien accompli – la mission de l’homme peut-être…

 

 

Des batailles, des tombes. Quelques fleurs – et quelques larmes – pour honorer les morts. La jeunesse d’une nuit galvanisée par la promesse d’un honneur et la récolte d’un gain – d’une trêve, peut-être, dans cette lutte sans fin…

 

 

Les choses – comme les visages – voyagent. Dérivent de port en port. Se perdent – découvrent des îles – découvrent des cages – et finissent par s’égarer dans leur quête de plus paisibles rivages…

 

 

La joie et la tristesse invitent à la même racine ; celle d’une douceur à découvrir – d’un silence entre l’ombre et le souffle – l’envergure d’une dynastie sans roi ni bataille – sans refus ni rejet – dont nous sommes (tous), bien sûr, les sujets pacifiques et sans arme…

 

 

Au plus près de la mort – cette perte – cette évasion – qui offre aux limites et aux frontières une autre couleur – et aux adieux un autre nom. Au bord d’une espérance que jamais les larmes ne pourront ternir. Le parfum d’un autre désert – moins sauvage – et plus printanier sans doute – avec des jardins comme des murmures pour dire aux hommes les merveilles du monde, de l’inintelligible et du langage. La vie et les vivants célébrés comme le signe – la trace et la promesse – d’un seul Amour – à partager avec l’innocence et ce qu’il nous reste d’ardeur…

 

 

Terre, visages, enfance – recueillis par les lèvres d’un Amour plus grand. Le monde morcelé au creux de la main. L’esquisse d’un sourire. Et à la fenêtre, la lumière feutrée – discrète – du jour – la naissance d’une aube plus innocente…

 

 

Précieux l’intervalle, au quotidien, entre le regard et le souffle des nécessités. Entre le silence et l’élan. La source de chaque geste – de chaque pas – sur les chemins et le petit carré blanc de la page…

 

 

Le chant imparfait des départs – et des retours – inapte à égayer ce qui vit – ce qui survit sans doute à peine – à l’absence – au fond de l’âme…

 

 

Herbe, sang, pensées. Et ce grand suaire étendu sur les corps et les âmes dans ce monde de roulis et de chaos – enfantés par les caprices d’une terre élémentaire – trop primitive sans doute – et le désir un peu hasardeux – et trop mécanique peut-être – d’un ciel cherchant partout un appui à ses dérives…

Sable, feu et monde chevauchés par le vent sauvage – né du souffle prodigieux des origines. Et ces visages tournés vers l’innocence – brûlés avant l’heure de la reconnaissance. Sacrifiés, en somme, par cette tradition humaine ancestrale ; la promesse faite aux vivants d’un autre lieu accessible seulement après la mort – ou à la fin des temps…

 

 

L’usage des heures à d’autres fins que celles de la guerre et de la mort – à d’autres fins que celles de l’assouvissement des désirs et de la faim.

Un vide, un silence, un pas, une page – chaque jour – pour vivre loin des hommes – loin des siècles et de l’époque – auprès des vents et de l’enfance qui dénigre toujours les masques et les postures – et au plus près de la joie et de la vérité affranchies des Dieux et des dogmes – dans le plus simple et le plus humble qui nous est proposé – dans les prémices d’un effacement, sans doute, inexorable…

 

 

Un chant suave – secourable – s’élève au milieu des peurs, des frontières et des barbelés – traverse cette nuit si pleine de lunes et d’étoiles – grandit sous la pression des rêves et du sang dans les veines – s’écarte des barricades et des ornières – s’étale plus loin encore jusqu’au dernier horizon. Arrive enfin au cœur de l’inattendu pour percer la trop grande certitude des hommes…

 

 

Murs, fenêtres. Et cette chambre où convergent tous les malheurs – et tous les remous du monde. Seuils, frontières et escarcelle où s’invitent tous les désirs – et la plume (ambitieuse) qui rêve de poser le ciel au milieu de ses pages – et au milieu des feux allumés par les hommes…

 

 

Parmi ces pierres étranges – silencieuses – mille dormeurs perdus dans la contemplation des rêves. Une main dans l’herbe et le sang – et l’autre (alternativement) sous la tête et sur les yeux. Pinces, tenailles et poignards rangés dans leur fourreau – prêts à l’usage et aux rencontres futures…

 

 

Cages posées entre l’homme et ce que fut l’enfance. Grilles et fenêtres peintes (et mille fois repeintes) aux couleurs et au parfum – d’un ailleurs – d’une cime rêvée – et introuvable bien sûr. Murs et horizons confondus pour le plus grand malheur de ceux qui y vivent – enfermés. La fumée d’un mythe – d’une légende – vissé(e) au milieu du front. Et la mort, bientôt, aussi inapte que la vie à offrir l’élan – et le pas – nécessaires pour s’affranchir des lieux et du mensonge…

 

 

La nuit – partout – sur ces cendres encore fumantes. Et quelques fleurs – chichement dénichées au hasard des chemins – au hasard des rencontres. Mains, âme et visages griffés. Destins gris et blessés aux rêves poussifs – au souffle trop rare pour résister aux invectives de la paresse et de l’inertie – et trop faible pour sauter par-dessus la nuit, les cendres et les fleurs…

 

 

Un voyage – mille voyages – au cœur d’une étroite cellule. Des pas qui tournent en rond. Et des ongles sales – noirs – à vif – esquintés – qui creusent et griffent la poussière et les visages pour trouver une improbable issue…

 

 

Une parole inépuisable qui s’ébroue – et s’échoue dans l’indifférence – en livrant au monde – aux hommes – les contours – et la substance peut-être – du silence – le message, si souvent inaudible et incompris, des Dieux, des bêtes, des arbres et des pierres – de tous ceux que l’on condamne (faute de sensibilité et d’intelligence) au mutisme – à l’exil du langage…

 

 

Nous cessons de voir, de peser, d’incriminer pour comprendre – pour être – et offrir l’Amour à ce qui semble impardonnable…

 

 

On invente une neige – un autrefois – un avenir plus salutaire – un poème – tout un monde peut-être – pour défier le temps et raffermir nos mains accrochées à la moindre espérance – pour trouver la force de croire encore à la venue d’une aube incertaine – à la présence d’un regard moins lointain – comme une fenêtre au milieu du sang et des habitudes qui ouvrirait un lieu dans notre enclos pour donner plus belle allure – et une envergure suffisante – à notre attente…

 

 

Quelques mots – un peu d’air – pour rendre plus respirables les saisons – et plus dignes peut-être – plus aimables sûrement – les visages – tous les visages – qui se tiennent devant nous…

 

 

Nous consentons aux bruits et à la furie des vagues qui bercent toutes les enfances. Nous crions au milieu des arbres devant le silence des morts. Nous avançons, tête lasse, dans le pressentiment de notre chute – incapables encore d’aimer et de regarder le monde dans les yeux – la bouche peut-être trop fière – et trop muette – pour goûter le plus humble de la solitude et le plus sombre de la vérité…

A la lisière de la mort et de ce qui demeure après elle. Aux frontières de l’éternité, nous vivons au cœur de cet espace abandonné…

 

 

Encore un matin de cri et de sursaut. Encore un jour sans étonnement. Un lieu d’habitude et de pensée. Entre le souvenir et les heures prochaines. Et le labeur de l’encre révoltée – jetée sur les pages comme une manière de faire avancer le langage, à défaut des pas, vers la vérité – et faire naître dans la parole une liberté qui se refuse à nos gestes…

 

 

Une terre lourde – et des yeux noirs – complices des jeux, des interdits et des guerres accomplies pour résister au réel et donner plus d’ampleur à nos rêves un peu fous…

 

 

Sur un coin de crête, l’attente (encore trop impatiente) des hommes – de la montée longue et difficile des âmes jusqu’à cet abri si précaire où l’innocence est la seule exigence – la seule loi…

 

 

Nous contemplons la terre – les rues étroites et les visages hagards – les errances – les dérives – les passants – les voyages furtifs – la plèbe et les montagnes – et cet Amour caché au fond de chaque heure qui, comme nous, constate partout son absence…

 

 

Une grandeur à peine. Des ailes dans la véhémence des vents sans trêve. Des yeux, des âmes, une trajectoire. Et le parcours des jours. Un petit rien qui se dresse – et s’élève – au-dedans de ce que nous avons cru perdu – inutile. Un regard peut-être sur ce qui se défait – sur la chute et la persistance des miracles. Une joie simple dans le sillon quotidien. L’effacement des repères et des visages. Le goût – et le parfum peut-être – du ciel descendu – enfin accessible. L’humilité de n’être plus personne…

 

 

Nous livrons un passage à ceux qui s’étonnent encore…

Des lignes – des livres – un murmure – un balbutiement peut-être – pour dire ce qui nous habite – ce qui nous hante – et cette joie toujours – insaisissable – qui nous effleure…

 

 

Partout – la pesanteur et le sens du mystère – le sentiment secret de l’appartenance. L’inconnu et l’hébétude. La tristesse, l’ignorance et la plénitude (parfois). La fougue, l’impatience et les briques qui s’empilent. Le rêve – l’éternité. La peur et l’effritement des édifices. Les échanges, les jours – le temps qui s’étire – qui se rétracte – et la chute. Les danses – la défaite permanente des élans et des tentatives. Le regard prodigieux vers lequel tout converge – les échanges et les rencontres – toutes les attentes. L’infinie possibilité des combinaisons – le silence. Et l’immobilité toujours souveraine…

 

 

Donner aux fronts anonymes – et aux âmes recluses dans leur chambre – la flamme féconde et le regard nécessaire à tous les souffles…

 

 

Les naissances, l’agonie et la mort. Toute la continuité du monde…

 

 

Cœur nomade enclavé entre le souffle et l’inertie – entre la violence et le désir d’aimer. La misère et le cri étouffé au fond de la gorge – et cette ardeur à vivre soumise à la mémoire qui – comme une gueule – comme une main – avale, frappe et caresse tous les visages du monde…

 

 

Poète d’un autre jour – d’un autre chant – d’une autre terre où la faim a été rompue – vivant à l’envers des hommes – à contre-courant des rêves et des désirs communs. Seul, en somme, au milieu de toutes les solitudes – avec le silence et la nuit posés discrètement sur un coin de la table…

 

 

Chiens, abîmes, ascendance imparfaite – disgracieuse. Incidents de parcours. Et le souvenir des temps anciens où nous rêvions de faire table rase du monde – un pied dans la révolte, l’autre dans la nonchalance. Jeune, fécond, fébrile. Affamé bien davantage que chercheur d’or. Depuis toujours au bord d’un automne qui précisera, plus tard, l’itinéraire – la suite des pas – le périple à travers les peurs – à travers la terre. Le déclin (progressif) du mépris et de l’angoisse jusqu’à la découverte de cette chose en soi – cette présence rigoureuse et exigeante qui invita, un jour, les foulées à se perdre – et les yeux à regarder l’autre versant de l’inquiétude : la joie et l’Amour inscrits en lettres d’or au cœur du silence – et à aimer cette solitude comme le seuil de tous les passages pour que cessent enfin la fouille et le voyage…

 

 

Nous nous hâtions autrefois – de désirs en astres retrouvés – dans l’ombre si noire des bonheurs nocturnes. Anxieux des regards – des yeux alentour – oubliant l’Amour pour nous attarder (plus que de raison) dans des ports lugubres et passagers – effleurant les secrets d’une résurgence possible – mais bien trop prématurée, sans doute, pour notre cœur d’alors – si vacillant – si docile et réceptif aux instincts premiers – et inguérissables – du monde…

Modeste, à présent, surnageant sans crainte à travers l’ardeur pathologique des siècles. Effacé – et effaçant tout ce que nous imaginions certain – nous-mêmes au milieu des vagues – devenues aujourd’hui le seul courant vivable – et la seule condition pour se fondre dans l’océan…

 

 

Un voyage – une courte voilure – affranchie de l’ancien temps – navigue – navigue – en se traînant parfois sur quelques vieux rêves oubliés – en s’extasiant encore des ports, des grèves et des vagues. A appris, peu à peu, à devenir la carte, la mer et la boussole – la course un peu folle de tous les voyageurs en partance vers les rives les plus proches – et plus lointaines, pourtant, que tous les bouts du monde. S’est progressivement transformée en point de passage – en contrées vers lesquelles convergent tous les rêves et tous les drames…

 

 

Une autre écume sur le cœur battant. Un autre jour pour éclairer la solitude – et sa nécessité. Et le refus des âmes trop penchées sur les rêves et leurs eaux dormantes…

 

 

L’hiver remplace l’étoile. Et le bruit du vent dans les feuillages, les visages. Avec l’univers entier dans le brin d’herbe contre lequel s’est appuyée notre joue. Tout un monde de bêtes, de bruits et de fantômes…

Et le silence comme une délivrance. Et la mort comme une merveille. Le feu au détriment des passions tristes. L’instant et le renouveau qui remplacent le temps. Et la pluie – comme les larmes – qui révèlent la beauté du monde et du regard. L’immobilité qui redresse l’innocence abandonnée depuis des siècles pour contempler, sans exigence, tous les pas vagabonds – les traces éphémères dessinées sur le sable qu’effacera chaque nouvelle marée – chaque nouvelle respiration…

 

 

Un souffle, un fossé, des cendres. A hauteur de nuit. Et dans la brume et le crépitement de quelques songes, une main – et une parole – discrètes qui portent le monde et le langage aux lisières du silence…

 

 

Une chute. Un temps-catastrophe où tout s’opère et s’engage sans notre volonté. Et parmi les menaces, le défi d’un équilibre à trouver. L’alternance de la vie et du poème – puis leur timide communion dans la fraîcheur d’un retrait – d’un effacement…

 

 

Le monde – et le poids des cendres dans le souvenir. Et les pas, à présent, si lourds – si pesants devant la nuit qui, comme un vitrail, s’est invitée dans nos cathédrales – offrant son ombre aux silhouettes à genoux qui prient sur les parvis…

 

 

Une main froide – et généreuse pourtant – s’élève au-dessus du monde pour désigner le ciel d’un geste – et d’un silence – qui semblent trop lugubres (bien trop lugubres) pour les foules – incapables d’en saisir le message, la valeur et le merveilleux…

 

 

Nous dirons aux enfants de l’indigence que les routes et les âmes étaient trop sombres – les pas trop timides – et le soleil inflexible. Nous leur dirons la vanité des tambours et des cercles de feu. L’absurdité de l’encens et des prières lancées vers les Dieux. Nous leur dirons la peur et la paresse des peuples. Et tous les yeux tendus vers les chimères et les étoiles. Nous leur dirons le temps et notre joie à vivre malgré la mort et la terreur. Nous leur dirons notre courage et notre incompréhension – notre folie et nos erreurs. Nous leur dirons notre désir d’être quelqu’un – et notre ambition de bâtir sur les sables de la terre. Et nous leur dirons enfin l’évidence de n’être personne – d’être passé en coup de vent – et d’avoir vécu pour presque rien

 

 

Nous avons inventé la soif, les tremblements et la parole pour avoir l’air davantage que ce que nous sommes. Un tumulte né de la source. Une onde accrochée au gain et au grain. Un espoir – une esquisse à peine – de présence au milieu de la solitude et du monde…

 

 

Quelque chose glisse en nous – chute – comme le plus essentiel – au fond de ce qui demeure. Un temps, un chant, un songe – quelques pas tremblants. Le rêve, sans doute, de tout voyageur…

 

 

Une vision – un semblant de vie. Des orages – un éclair – et la lumière plus loin. Une enfance peut-être mêlée à la crainte de vivre. Des heures, des jours – quelques siècles à patienter – à dériver au milieu de n’importe quoi – dans le vent – vers la source de tout désir. Et le brouillard et l’absence partout – le rire un peu rêche des lèvres – et leurs grimaces – qui donnent aux hommes et aux âmes cette laideur si atroce…

 

 

Des foulées, des chemins – et mille boues supplémentaires pour dissiper le jour – et entamer la confiance. Une crainte à la mesure des destins. Ni début, ni fin. L’enclave et l’impasse – et le déclin de tout voyage. La marche qui dure – et ne finira jamais. Comme une existence – mille existences – vécues – envolées – disparues – anéanties – condamnées à errer autour du même centre aux lisières du premier mystère…

 

30 août 2018

Carnet n°160 Au milieu du monde – au-delà des frontières

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Nous avançons – silencieux – la nuit attachée à nos paupières – à nos semelles – à notre sommeil – comme si exister consistait à marcher aveuglément – et à se répandre en rêves...

De l’ombre à la mort – semeurs et fossoyeurs. Quelques graines jetées sur la terre où l’espoir – comme l’infini – compte les jours qu’il nous reste…

Des doigts tristes – recroquevillés sur le néant – et ce reste d’espérance qui confine au désamour…

Passagers – autant que reviennent les saisons – autant que dure le mystère – cet éternel – cet infini – à peine découverts – à peine apprivoisés…

A peine susurré, ce vide où tout est semé – où tout danse – entre fièvre et fatigue – et où la neige, un jour, finit par tout recouvrir ; la poussière, la cendre et l’obsession…

 

 

Tout est prétexte à l’absence ; celle qui éloigne – et pousse l’indifférence au cœur du monde – au centre du règne. Et, ainsi, nulle rencontre n’est possible. Tout erre – et s’égare – avant l’abandon qui est – et demeurera à jamais – le seuil de la véritable absence – celle qui relie l’infime à l’infini – celle qui ouvre l’homme et l’horizon à l’ensemble des possibles…

 

 

Dans l’attente d’une déchirure – la bave aux lèvres – et la rage au fond des yeux – quelque part au milieu de cette nuit où l’on torture – et où l’on assassine pour quelques pièces supplémentaires. Entouré(s) par les hommes et l’odeur de la mort…

 

 

Nous remuons les choses – quelques idées peut-être – un mince filet de lumière – semblables à un bruit de clés jetées au loin – dans l’automne et la poussière. Une vie de chaînes et d’attente – confinés au fond d’un cachot entouré de grilles et d’espérance. Une vie de tentatives, en somme. L’existence de l’homme de A à Z…

 

 

Tout naît au jour – au milieu du sable et de l’attente. Quelqu’un – quelque part – avec tous ses pourquoi. Bien peu de chose(s), en vérité – et, peut-être, personne. L’ombre d’un regard – avec mille rêves – et mille désirs encore inassouvis…

 

 

Rien qu’une bouche, parfois, prise en flagrant délit de vérité – jetant ses mots à la foule qui n’admet que quelques usages du langage ; l’illusion, le mensonge et la propagande. Pauvre, en somme, dans son dédain d’un autre possible – presque toujours relégué au poème…

 

 

Le vent – l’aurore – et ce sable – tout ce sable – sur lequel on bâtit – et qu’il faut décharger à la pelle – et, parfois, à la plume trempée dans un peu d’encre – pour découvrir la vie – à peine survivante – sous l’herbe noire – derrière l’aveuglement…

 

 

Nous avançons – silencieux – la nuit attachée à nos paupières – à nos semelles – à notre sommeil – comme si exister consistait à marcher aveuglément – et à se répandre en rêves…

 

 

A jamais parti – à jamais revenu – à jamais pris – à jamais donné – ce chant isolé dans la misère. Comme l’eau d’une rivière transformée – tantôt par ses excès – tantôt par ses manques et ses lacunes – en mare – puis, en flaque. Comme le terreau, en quelque sorte, d’une boue future – convertie bientôt en terrain sec et infertile…

 

 

De l’ombre à la mort – semeurs et fossoyeurs. Quelques graines jetées sur la terre où l’espoir – comme l’infini – compte les jours qu’il nous reste…

 

 

Des doigts tristes – recroquevillés sur le néant – et ce reste d’espérance qui confine au désamour…

 

 

Nous pourrions nous taire, à présent – et regarder, avec indifférence, les mains et les âmes édifier leurs tours – leurs routes – et mille ouvrages supplémentaires – en se perdant encore (et comme toujours) – en restant assis derrière cette fenêtre posée au-dessus des songes et des chimères – à la frontière de ce ciel où rien n’arrive – où tout est silence – sagesse peut-être – et regard souriant…

 

 

Passagers – autant que reviennent les saisons – autant que dure le mystère – cet éternel – cet infini – à peine découverts – à peine apprivoisés…

 

 

A peine susurré, ce vide où tout est semé – où tout danse – entre fièvre et fatigue – et où la neige, un jour, finit par tout recouvrir ; la poussière, la cendre et l’obsession…

 

 

Nous sommes la lumière – autrement nous ne pourrions voir les fantômes – ni cette nuit qui a tout recouvert…

 

 

Tout est près de soi – autant que les ruines que nous avons tapissées de lumière – de soleil – de cette couleur capable de nous faire oublier la vie – les désastres – la faim – le sommeil et la mort…

 

 

Tout est silence – quiétude sans repère – grâce, en somme, au-dessus des tours et de la magie édifiées pour prolonger le rêve et le sommeil…

 

 

Tout se creuse – la peau – le monde – les siècles – pour dénicher la vérité cachée derrière l’apparence – les différences – comme le signe de notre commune appartenance…

 

 

Des murs, des pas. Quelques pierres où poser notre soif et notre difficulté à vivre. L’échelle des êtres où le pire est, si souvent, célébré…

Ni choix – ni maître – pour le poète – indigne – presque toujours – de son œuvre…

 

 

L’œil, parfois, s’exalte à la façon d’un enfant qui, partout, cherche des friandises et des consolations…

 

 

Nous nous déplaçons en pensée vers des lieux impossibles à rejoindre à pied – par des chemins naturels. Et nous réalisons que ces lieux sont des mondes – non pas seulement imaginaires – mais parallèles, en quelque sorte, à celui-ci (plus réel et plus terrestre) – et que tous sont porteurs d’une envergure (quasi) infinie où l’âme peut vagabonder et se réjouir – et même se perdre – mourir mille fois – et revenir encore – avec plus d’aisance et moins de peines – que dans cet endroit où nous avons eu le malheur de naître

 

 

Un jour, tout devient cri, chaîne, poussière. Tout se soulève comme si l’air se dispersait et les pieds nus se transformaient en bottes de sept lieues. Tout s’avance – et le vent dirige les foulées qui s’exercent à la marche sans appui. Le corps demeure terrestre mais l’âme se fait légère – apte à voler au-dessus du monde qui, à bien des égards, continue à ressembler aux ténèbres. Comme si nous restions parmi les hommes – mais que quelque chose en nous s’envolait et prenait des allures d’ange – ou de bête ailée – pour retrouver l’innocence et la gaieté des Dieux…

 

 

Nous sommes aussi farouches et sauvages que toute révélation. Nous ne nous livrons qu’aux défaites et aux visages mutilés – effacés à mesure que se dévoilent les secrets…

 

 

Tout n’est que singerie en ce monde – propagande et commerce – reflet noir, sans doute, d’un ailleurs où le pire a été évité…

 

 

En exil – à mille lieues des frivolités – quelque part entre la tête et le règne du mensonge…

 

 

Ni jeune – ni vieux – affranchi du temps. Ni pour – ni contre – au fond de l’acquiescement. A veiller comme d’autres dorment au milieu de cette effroyable pagaille où les âmes et les mots se mélangent aux plaisirs et aux désirs des Dieux – où les caprices repeignent le ciel à coup de trahison – et où l’Amour n’est plus qu’une croix – et sur cette croix – un corps crucifié…

 

 

Au-delà des querelles – au-delà des batailles – au-delà des clochers – libre des rêves, des temples et des chapelles – parmi les fleurs, les pierres et les poèmes – à côtoyer l’Amour autant que le pathétique…

 

 

Jour de liesse lorsque la tristesse sera tombée – à son comble – au-delà des idées – au-delà des images – lorsque les pleurs auront percé – et traversé – les mille frontières des hommes pour rejoindre la joie d’être – et de vivre – au milieu du bleu – au milieu de l’immensité – voilés par tant de pertes et de larmes…

 

 

Parfois, tout devient hermétique – obscur – comme si sur nos yeux – comme si sur notre âme – s’était collé un froid hivernal – terrible – qui assène un coup – presque fatal – au courage – à la marche – et à la poursuite des jours dans ce monde sans soleil…

 

 

Au-delà du sang – au-delà de l’âge – ce désir infini – mystérieux – d’échapper à la mort – comme si nous avions le pressentiment de notre envergure…

 

 

Tout s’échappe – et tout se chante – parmi les départs et ces foulées fuyantes – comme si la voix était notre seul atout face à la mort et à l’absence…

 

 

On se croit tout – et l’on s’imagine (plus ou moins) pareil aux autres – sans jamais se demander ce que sont (réellement) Dieu et l’âme…

 

 

Tout s’empourpre – et tout tressaille. Tout se désire – et tout se consomme. Tout se rejette – et tout s’indiffère. Puis, on pleure à toutes les funérailles en regrettant de ne pas avoir suffisamment aimé ceux qui s’en vont…

 

 

Un cœur bat entre nos rêves et demain – et qui ferme derrière lui toutes les portes pour s’enfuir n’importe où – n’importe comment – avec n’importe qui – sur tous les chemins imaginables…

 

 

Découverts par ce que nous recouvrons – mais si illisibles encore…

 

 

Avec le secret caché au fond de l’âme – comme l’unique parole d’un livre d’images dissimulée au milieu de quelques pages collées par le temps…

 

 

Comment pourrait s’évaporer le sommeil sous tant de masques et de mensonges… Couches de nuit entrelacées avec l’attente imparfaite – malheureuse – derrière lesquelles les hommes veillent d’un œil trop vague – trop hagard – pour vaincre la mort – percer son secret – échapper à l’exil – et découvrir la lueur du jour – cette vie dévouée au service, au silence et à l’éternité…

 

 

Et cette fumée qui monte comme un âge impossible – comme un âge indécent – à travers les siècles. Comme une dépouille – une odeur de charnier – sur l’herbe trop rouge du monde. Comme une nuit dans l’insolente beauté du jour. Comme un vertige – un mensonge – dans le rêve trop ambitieux des hommes. La persévérance de l’ombre et du noir, en quelque sorte, dans nos errances coutumières…

 

 

En vérité, nous ne connaissons que le pire et la mort – toutes les déclinaisons de l’ignorance – cette absence qui donne à nos vies cette allure de vertige – ce goût de trop peu. Comme des reflets, des blessures et cette (effroyable) offense à ce que nous portons d’infini…

 

 

Mille voies – mille chairs – pour une joie qui s’obstine malgré nos tentatives et nos défaillances…

 

 

Peut-être n’offrirons-nous plus, à présent, qu’un regard – un acquiescement à tout ce qui sort des têtes et des poitrines – à tout ce qui s’insère dans l’âme et la chair. Et notre dévouement à l’attente. Comme la preuve que la joie est possible – même dans ce qui semble si séparé – et si futile…

 

 

Nous aurons tout vécu – au bord de nous-mêmes – dans l’illusion – au seuil de cet Amour, pourtant, grandissant…

 

 

Tout brûle – et se meurt – jusqu’à l’ardeur – jusqu’à ces rêves – jusqu’à ces âmes si pleines de désirs – sur ces rives où l’ombre plonge l’esprit dans le sommeil – et efface le seul élan nécessaire au jaillissement de l’Amour…

 

 

La faim – notre faim – demeure plus vivante que la mort. La seule nécessité, peut-être, pour aller au-delà du nom et du destin – vers des rivages moins insensés – où l’Amour deviendrait (enfin) le seul désir – la seule réponse – la seule loi – le seul visage…

 

 

Tout s’acharne – s’écorche et se vénère – au milieu du rêve. Et tout arrive après l’Amour – et devance son retour (si lent et laborieux) après mille siècles d’exil et d’absence…

 

 

Nous aurons fauché – durant mille jours – durant mille siècles – ce qui n’aura jamais eu guère d’importance comme si l’essentiel – notre figure – l’éternité – pouvaient encore attendre un peu…

 

 

L’homme est comme le reste – en survivance dans les replis du vivre – dans les replis du monde. Un mythe – une épreuve – un rêve – un récit dans ce que nous croyons savoir – en deçà toujours du réel et de la vérité…

 

 

Tant de peines à vivre – et tant de peine à comprendre – pour si peu de chose(s) en somme…

 

 

Pourquoi accomplir quelques pas – achever la suite de l’itinéraire – plutôt que se laisser surprendre par l’étreinte et le baiser… Pourquoi cette ardeur plutôt qu’une attente sage et sereine… Pourquoi le glas et les clochers plutôt qu’une sagesse à vivre – plutôt que l’éternité…

 

 

Et si nous n’avions d’autre issue que l’impuissance – et l’innocence – de la fleur pour accéder à la joie, à la sagesse et à la beauté…

 

 

Par devers nous, mille rages – mille désirs – mille tempêtes. Et autant de larmes et d’insuccès. Et pas même le mystère de l’être hissé jusqu’à hauteur de tête. Prisonniers toujours de cette idée de la vie et de la mort. Un peu de sueur – seulement – ajouté au sang et à la tristesse…

 

 

Nous attendons sans entendre le moindre appel. Nous vivons en deçà de la mort – quelque part où le rêve et la tombe sont les seules libertés…

 

 

Tout est songe – jusqu’à nos mains pleines – jusqu’à nos mains vides. Peut-être ne sommes-nous que des fantômes… Peut-être n’existons-nous pas… Peut-être n’avons-nous que le poème pour nous mener jusqu’aux portes du silence – jusqu’aux portes de l’éternité…

 

 

La vérité – un mensonge comme tous les autres peut-être…

 

 

Tout s’emmêle – tout s’échange et se remplace. Et nous n’avons que nos yeux et notre âme pour habiter le monde et le poème – cesinfimes exercices de vérité – si pauvres à vrai dire – pour côtoyer le silence et le pays des Dieux…

 

 

La vie est une terre où fleurissent l’abondance et le crime – le doute et la vengeance – le malheur et la faim d’un ailleurs où la vie serait un ciel – une autre terre peut-être…

 

 

On épouse ce qui vient – ce qui s’avance vers nous – le temps d’une larme ou d’un baiser – comme les seules fiançailles possibles…

 

 

Le vide – le désert – existe – au-dedans et au-dehors – au milieu duquel on place mille choses ; des fleurs, des arbres, des visages – un peu de bruit, quelques désirs et un peu d’espoir – pour nous sentir moins seul(s). Mais, en vérité, le vide – le désert – avance – et se répand partout où on le rejette – partout où on le remplace par quelques illusions…

 

 

Un repos comme un répit dans la fouille et l’attente – au fond duquel se cache ce que nous sommes – un regard sans âge – serein – au milieu du feu et des cris – au milieu de l’espoir et de la mort. Ce qui demeure vivant au milieu de ce qui tremble – au milieu de ce qui chute – au milieu de ce qui surgit et s’efface…

 

 

Nous avons appris à nous taire – à fermer les yeux – à avancer aveuglément le long des murs de notre cachot. A tourner en rond – à nous fuir et à nous leurrer – quoi qu’il arrive – quoi que nous fassions – malgré notre arrogance et nos certitudes. Si pauvres et si démunis – si impuissants – en vérité – devant le grand défi de vivre…

 

 

Nous vivons des jours étranges – et des vies étranges – courbés sur notre labeur – notre tâche à accomplir – notre œuvre à réaliser – sans comprendre ni la réalité du monde, ni l’enjeu de l’existence. Obsédés seulement par l’image d’un bonheur inventée pour les foules – et les rendre plus dociles – et moins révoltées – devant l’infamie des hommes – et la folie (et l’impunité) de ceux qui les gouvernent

 

 

Nous vivons tout près d’ici – à peine en nous-mêmes – quelque part entre le rêve et la nuit – à peine étonnés par notre vie – par toutes ces vies – si étranges. Comme étrangers au destin des âmes – trop bêtes – et trop timides, sans doute – pour nous interroger – et tendre la main à l’inconnu et au silence…

 

 

Quelque chose s’épuise. Et ce qui demeure a – presque toujours – le goût de l’effroi…

 

 

Tout glisse sur les pierres. Les abîmes se creusent et les vents malmènent nos certitudes et notre arrogance. Tout est juste, en somme, pour nous mener au fond de nous-mêmes – jusqu’à la vérité…

 

 

Tout s’effondre – et ce qui subsiste n’est qu’un obstacle à la découverte de notre identité

 

 

L’effritement des forces – la loi de tous les passages – pour que le jour se préserve de la mémoire – de toute mémoire – et exalte les vents et la nudité du vide moins terrifiant – et moins dévastateur – que nous ne l’imaginons…

 

 

Ni espace – ni chemin – ni voyage. Pas même un séjour – pas même un raccourci. Rien qu’un regard – rien qu’un silence sur ce qui s’avance et que nous ne connaissons pas…

Pas même un corps – ni même une voix. La présence d’un poème sans langage. Dieu, peut-être – et toutes les couleurs de la joie…

 

 

Ce qui s’abrite – ce qui s’achève et se dilapide sans exigence. Ce qui suffit à notre silence – et à maintenir le monde dans cette posture – et ces désirs – sans nuance…

 

 

La quête et le passage. A l’envers des mirages – à l’envers du temps – aussi précieux que l’âme, la vie et l’extase. Entre l’urgence, le combat et la chute. Et qui s’aiguisent à la manière d’une lame sur ce qui s’impose à notre volonté. Comme la faim et le désir des Dieux. Et la coupelle des hommes tendue vers la main du monde pour recevoir toutes les offrandes – et la moindre obole des circonstances…

 

 

Tout devient plus clair au milieu de l’errance – au cœur de cette chute – au cœur de cette défaite – permanentes. La vie, le ciel et le sourire qui perce l’âme malgré les périls et le désastre…

 

 

Tout prend place dans l’oubli – et l’équilibre du monde se transforme. Le silence devient poème – et le poème devient silence. L’histoire se rompt – le récit s’assèche – l’Amour révoque les noms – et tient lieu d’évidence ; il devient les choses – le seul désir – et la force du regard pour contempler ce qui se retire – et s’efface…

 

 

La corruption se cache au fond de ce qui désire comme au fond de ce qui s’accumule. Et les privilèges émergent lorsque l’effort conduit à la soustraction, puis au retrait – avant que ne s’impose la nécessité de l’effacement…

 

 

Rien est notre plus sûr sillon – et personne, la vérité à naître au cœur de notre âme. Le reste – tout le reste – n’est que commerce, attente, propagande et illusion…

 

 

Nous contemplons les incendies – tous les incendies – du monde comme d’autres vivent, s’enlacent ou se suicident avec cet air d’éternels insatisfaits – sûrs de notre effort et de notre droit à nous aventurer sur ces chemins trop fréquentés – et que nous avions imaginés plus libres – et plus solitaires…

 

 

Orphelins de toute appartenance – parmi ces visages étrangers qui jamais ne comprendront notre débâcle – cette longue chute dans ce monde impossible – dans ce monde inconnu

 

 

Trop de routes – trop de visages – trop de gestes – trop de langage – trop de danses et de parures – trop de propagande et de commerce. Mille et une choses, en somme, auxquelles offrir un espace. Comme une vitrine – un exutoire peut-être – accordé(e) aux nécessités du sang et du rêve pour oublier ce rien – ce presque rien – aussi précieux et essentiel que l’éternité – ce lieu où tout prend place – et que l’on méprise comme le dernier endroit à connaître

 

 

L’ignorance vissée aux tempes – autant qu’à la jeunesse des siècles – mille fois plus immatures qu’innocentes. Aux prémices d’un voyage qui durera jusqu’à la pleine liberté – jusqu’au silence – jusqu’au signe de la véritable maturité – ce que les hommes appellent sagesse…

 

 

Encore un pas – encore un geste – encore un poème – aussi vains que les précédents. Inutiles, à vrai dire, pour arrêter – ou même interrompre – la folie, les saccages et les foulées de ce monde – incoercibles – inaltérables – impérissables sans doute…

 

 

Tout devient gris – terne – noir – lumineux – impossible – invivable. Une main – un poing – lancés contre la tristesse et l’inflexibilité du monde. Et les fleurs et la rosée comme les seuls signes de la beauté dans l’impuissance du jour…

 

 

Rien – aussi orgueilleux qu’accablés – l’homme – et ce qui résiste en lui – toutes ces colonnes dressées contre l’innocence et la virginité du regard. La nécessité des destins pour rompre les noms et l’identité. Dieu et le silence – pris en étau entre les prières et les clochers – entre les dogmes et tous les temples qui célèbrent la paresse et les (fausses) certitudes…

 

 

L’exercice vain des vies à côtoyer ce qui fait l’homme. Ronces, roses, sentes et voix. Un peu d’or. Quelques caresses. Et mille compensations pour oublier l’absence, la tristesse et la mort…

Un peu de sable sur le sable – au fond de l’océan. Rien qui ne vaille ni la peine ni l’effort…

Il serait, sans doute, plus sage de s’exiler du monde – pour vivre et attendre l’impossible…

 

 

La nuit est – et sera toujours – une chair à délivrer – une âme à découvrir – et un monde à réenchanter – avec le même silence

 

 

Le poète écrit. Mais c’est l’Amour qui s’offre. La page n’est qu’une larme qui coule – intrépide et impuissante – face au mystère et à l’atrocité du monde. Et la parole, ainsi, se dresse – modeste et innocente – comme une caresse sur l’attente – sur ces rives blessées – écorchées vives par la bêtise et l’ignorance…

 

 

Tout jaillit – tout s’affronte – et toutes les défaites sont décisives – essentielles, en quelque sorte, à l’avènement de la paix…

 

 

Rien n’existe – rien ne meurt – rien ne s’accomplit. C’est le même rêve qui avance – et se tient immobile – dans les mains du silence…

 

 

Nous ne nous livrons pas. Nous avançons les mains liées – et nous nous agenouillons – exténués – devant l’irréparable et l’impossible. Le reste – tout le reste – n’est que postures, ruses et malices pour donner le change – et prouver au monde que notre cœur est encore capable de battre un peu malgré les malheurs et la tristesse…

 

 

Mains laborieuses – mains studieuses – mains complices – mais l’âme pure et innocente – jamais leurrée par les farces et le spectacle – par ce grand cirque – ce grand théâtre – qu’est le monde…

 

 

Rien – il faut se taire – tout a déjà été dit. N’écrire que des poèmes qui sauront prolonger le silence, le regard et l’âme commune. Ni cri – ni parole – quelque chose de précieux et d’inaudible. Comme la main de la joie sur la tristesse et le manque…

 

 

Rien n’aura été plus maltraité, condamné et exterminé que les arbres, les bêtes, la métaphysique et le silence. Battus et abattus – toujours – depuis dix mille siècles peut-être. Et c’est à eux, pourtant, que je confie mes poèmes et ma confiance…

 

 

Torpeur, instincts, malheurs, détresse, (menus) plaisirs et impuissance. Guère enviable, à vrai dire, la vie terrestre…

 

 

A tâtons entre la terre et le poème – debout – le regard appuyé contre cette fenêtre à travers laquelle tout s’en va – à travers laquelle tout s’efface – le souffle enlacé aux choses. Légèreté – et masse ancienne – retranchées au fond de la solitude…

Qui peut savoir, en vérité, le rôle de l’Amour et du silence… Peut-être faudrait-il fermer les yeux – et se laisser découvrir par ce qui arrive… Se laisser étrangler par les images, les idées et les promesses – pour apprendre (enfin) à vivre libre au cœur des jeux – présent comme une main – comme une caresse – au milieu de l’hiver. Intensément vivant au milieu des visages et de l’absence…

 

*

 

Affrontements et refus ajournent continuellement le face-à-face pacifique – nécessaire à l’extinction des luttes…

 

*

 

Tout est trop sombre. Nous sommes comme les vents de l’hiver qui arrachent à la terre ses rangées d’espoir. Comme la furie des vagues qui fait chavirer les embarcations – et recouvre l’éphémère – toutes les traversées – tous les passages dessinés sur le sable. Comme la nuit qui enserre les rêves et exalte l’ivresse. Comme une poigne ferme qui se resserre sur l’offrande – l’étreinte des Dieux, peut-être, sur l’âme – si hagarde – si perdue – emportée par tous les courants du monde…

 

 

Nous ne combattons jamais que contre nous-mêmes – contre la beauté possible – envisageable – au fond de l’universel. La tragédie du monde – et la tragédie de tous les hommes peut-être – que nous auront épargné les bêtes avec leurs luttes si animales…

 

 

La voix est frêle peut-être – mais le souffle et la stature puisent leurs forces dans la certitude et le silence – dans le défi du vivant à se tenir moins paresseux – et moins malhabile – devant la question (l’unique question) posée par tous les Dieux du monde…

 

 

Inépuisables – éternels – nous sommes – comme cet espace fraternel que rejettent – et étouffent – tous ces visages – si humains – et toutes ces âmes – si bestiales. Comme le plus grand drame du monde peut-être…

 

 

Tout arrive – s’exalte et s’égare – comme la voix truculente du poète dont l’insuffisance – l’incapacité peut-être – à dire le silence est si flagrante. Poème-voix comme un cri – une incantation – dans les bruits des hommes et les vaines rumeurs du monde…

 

 

Le voyageur – aussi immobile que la pierre – mais moins rassuré quant à son destin – quant à la suite du chemin – quant à la fin du voyage…

 

 

Inlassablement – les lignes – le recommencement de la parole – et le renouveau du langage. Comme les vagues de l’océan – comme les vents – sur cette terre de sommeil et d’habitudes…

 

 

Tout se mêle – et s’enchaîne. Et la liberté – ce grand mythe – n’est le fruit ni de nos conquêtes – ni de l’imaginaire. Elle émerge du plus simple qu’habitent la fleur – chaque fleur – chaque parcelle de la terre – au cœur de son destin le plus élémentaire – et toutes les âmes affranchies des luttes et du sommeil – qui ont su plonger, à parts égales, dans le monde – si bruyant et si infirme – et dans le silence sans reliquat de désir et de langage…

 

 

Ni jour – ni nuit. Ni équilibre – ni chaos. Ce qui s’avance et le mystère. La grâce – le silence – et cet horizon sans hasard dessiné par le rêve et la misère. Cet espace sans certitude où nous nous tenons – sur ce fil inventé par l’esprit soumis aux croyances et à la nécessité d’avancer – de faire de notre vie, un voyage…

 

 

On ne célèbre rien – on s’avance. On imite – on croit imiter – les nuages au lieu de s’inspirer de l’herbe qui se tient – fragile – au cœur de l’orage – au cœur du temps et des saisons qui la malmènent…

 

 

Tout s’achève entre deux néants – mais le voyage se poursuit – nous fait traverser mille rives supplémentaires – mille rives nouvelles – jusqu’au silence de l’âme où tout est scellé – où tout se conclut et recommence – où tout devient poésie

 

 

Tout change – revient – et se découvre. Tout s’encycle à la rengaine – à la lumière et à l’obscurité – les passages de l’éphémère comme ce qui demeure au-delà de l’éternité…

 

6 septembre 2018

Carnet n°161 Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence  

Là où l'on s'incline renaît le jour –  et survivent toutes les possibilités du monde...

A présent – tout s’avance – lentement – vers son geste. La roche, le chemin et l’ascension. Le pari des anges sur notre vie – et ce grand soleil timide qui n’ose encore éclater – de tout son or – sur le petit carré blanc de la page – noirci par tant de signes…

Tout s’éveille – tout s’en va. Demain ne sera le jour suivant. Comme pour la fleur – et comme pour l’étreinte – seul compte ce qui s’exerce aujourd’hui – à l’instant même où se rompt le temps…

 

 

Orgies de terre sous le ciel goguenard. Tours et totems aussi vains que le langage. Un festin d’étoiles offert aux hommes – ces idolâtres des miroirs – fronts pauvres – éclaboussés d’écume – coupés des grands espaces océaniques – voués aux automatismes et aux surenchères. Voyageurs ivres et affamés – à l’âme en dérive – au cœur chaviré – presque morts déjà – sans avoir accompli le moindre pas vers l’essentiel

 

 

Ici, sous ces restes de chair, s’est réfugiée la lumière que n’ont su découvrir les hommes – ces marcheurs fatigués – piétinant depuis des siècles dans la (même) poussière – allant de dérive en dérive – vers le (même) lieu de l’immobilité et du sommeil

 

 

Nous n’avons qu’une seule patrie ; la conscience – à travers la vie – ce grand voyage parmi les ruines – parmi les cris – parmi ces grains de poussière soulevés par les vents – dans ce beau regard en surplomb des mille chantiers qu’ont inventés les hommes pour tromper la mort et l’ennui…

 

 

Le ciel ne s’est courbé à notre naissance. Et il restera stoïque – comme un phare – à notre départ. Laissant les mains ensevelir les corps sous la terre noire et froide – parmi ces âmes – toutes ces âmes – de passage…

 

 

Tout s’enfile – et se défile – dans la même main du partage

 

 

Tout – dans le même mouvement – célèbre et offense – offre la vie autant que la mort. Nourrit et saccage ce que nous avons de plus précieux. Et le temps – à jamais – donne tort à notre obstination…

 

 

Le jour viendra où la main et le geste ne pourront plus trahir la terre – où l’homme quittera sa vieille peau – cet étrange mélange de souffle et de chair – pour devenir un serviteur du silence – soulevé par le désir – et la lumière – des Dieux – en surplomb du temps, du monde et des âmes – pour réinventer une réalité au-delà des larmes ; un paradis, peut-être, où il fera bon vivre (tous) ensemble…

 

 

L’Amour encore – au milieu des chants – au milieu des larmes – au milieu des peines – dans tout ce fatras qu’on appelle le monde…

 

 

Terre gorgée d’hommes, de plaintes et de supplices. Hommes gorgés d’instincts, d’ardeur et de semences. Le passé et tout le mal à venir. Comment vivre sans crier… Et comment espérer un viatique – une issue…

Il faudrait, peut-être, que le poète chante plus fort – et que le poème franchisse tous les murs érigés pour préserver le sommeil. Et pour l’heure, cette possibilité – ce dévouement – sont impossibles ; le monde a trop dérivé vers l’absence et la laideur…

 

 

Du fond du jour – du fond de la nuit – nous serons toujours homme et poète – petits pas de l’Amour – et note infime dans le chant que l’on entonne aux instants du recommencement…

 

 

Nous vivons à moitié sous l’eau et sur la roche – à moitié dans la nuit et le grand ciel rêveur – rêvés, peut-être, par des créatures antérieures au monde – goûtant l’espace d’un instant la misère et la joie – et ce qu’avaient deviné tous les poètes – et tous les prophètes – dans leurs murmures abandonnés aux hommes à travers les siècles…

 

 

Nous cheminons longtemps au bord de nous-mêmes – sur cette ligne étrange – cette jointure entre le souvenir et l’absence – les gestes et le visage automates – à participer, malgré nous, au monde et à mille activités étrangères – inutiles. Somnolents – presque morts, en somme – depuis le premier jour du voyage…

 

 

Tout est le visage de l’Autre – fermé – impossible à découvrir et à reconnaître tant qu’il n’est composé de notre propre peau – de nos propres entrailles. Et l’existence est ainsi faite ; elle se prête indéfiniment aux rencontres jusqu’à vivre la plus haute solitude – avec pour unique figure toutes les faces du monde

 

 

Un signe – une souffrance – mille chemins parallèles. Et une seule fenêtre – et un seul visage à reconnaître partout – pour vivre – et voyager – le cœur plus serein…

 

 

Toute une vie à faire n’importe quoi – à ressembler à n’importe qui – à vivre n’importe comment – et à mourir, un jour, (comme tout le monde) n’importe quand…

 

 

Aucune trace du labyrinthe, une fois le ciel découvert – qu’un long regard ému sur cet incroyable voyage

 

 

Pareilles au désert – nos latitudes où vivre ressemble à une escroquerie – et à un défi parmi ses congénères – au milieu de toutes ces figures étranges aux coordonnées inconnues. Décor au milieu duquel on avance – au milieu duquel on tourne en rond – sans pouvoir nous souvenir du début de la marche – et du temps des origines où rien n’était corrompu

 

 

Croyances et langage en ce lieu où la vérité est proscrite – en cette zone où le réel a la même figure que le rêve – et où la seule perspective est l’enfer – ce grand sommeil des âmes

 

 

Un peu de tumulte dans l’espace – ce que les hommes appellent vivre – quelques idées, quelques rêves, quelques initiatives pour – croit-on – éviter le pire – en attendant la mort…

 

 

La nuit finale où l’âme entrevoit sa fin – entre la nostalgie et le désir d’un autre lieu – une vie où la mort ne serait que le prolongement du voyage…

 

 

Nous remuons ciel et terre en répétant – à l’infini – les mêmes gestes – dans cette obsession de la liberté qui ne se conquiert ni par la force, ni par les équations – mais par l’abandon aux circonstances – lorsque les mains et les têtes capitulent et se plient aux exigences du monde…

 

 

On nous offre un mystère – une vie – et mille obstacles à franchir (ou à contourner) pour résoudre l’énigme ; et nous avons la candeur de penser que quelques décades suffisent pour percer le secret…

 

 

Tout passe sur le sable des années. Mille siècles ainsi se poursuivent. Et tout s’enlise dans les marécages de l’esprit. Ainsi perdurent les malheurs et la souffrance – de vie en vie…

 

 

Tout concourt à la joie. Et, pourtant, nous demeurons dans la tristesse. Désarroi où s’impriment toute l’impuissance – et toute l’espérance – de l’homme…

 

 

Homme – exclu du monde, des livres et de la poésie – que les grands arbres, les herbes et les bêtes des forêts, chaque jour, consolent…

 

 

Une vie de luttes, de parades et de faux-semblants à dénier la question et l’évidence – vécue, malgré nous, comme une expérience trompeuse – apparente – étrangère. Et si nécessaire, pourtant, au dévoilement du mystère…

 

 

J’écris à cet enfant – et à cet homme seul – en nous – en chacun – qui attendent une lumière incertaine – et qui ne peuvent se satisfaire du monde et des mensonges – trop dociles pour s’affranchir de tout ce qu’ils portent comme un mythe ou un fardeau – et trop crédules, sans doute, pour découvrir leur ampleur – l’envergure de notre visage commun…

 

 

Des barreaux à cisailler pour poser la tête là où elle n’est plus nécessaire – sur cette dune où tout se rapproche – s’éloigne – essaye encore et recommence – sur ce sable où la seule liberté est l’Amour – le centre du labyrinthe à découvrir – comme un faîte qui acquiesce à la multitude et aux illusions – aux désirs et aux séparations – à tout ce qui entrave nos retrouvailles

 

 

Là où l’on s’incline renaît le jour – et survivent toutes les possibilités du monde

 

 

A présent – tout s’avance – lentement – vers son geste. La roche, le chemin et l’ascension. Le pari des anges sur notre vie – et ce grand soleil timide qui n’ose encore éclater – de tout son or – sur le petit carré blanc de la page – noirci par tant de signes…

 

 

Tout s’éveille – tout s’en va. Demain ne sera le jour suivant. Comme pour la fleur – et comme pour l’étreinte – seul compte ce qui s’exerce aujourd’hui – à l’instant même où se rompt le temps…

 

 

Ce que nous habitons n’est, sans doute, ce que nous imaginons. Ni demeure, ni patrie, ni fratrie. Pas même la terre – ni même une ressemblance. Un reste d’ardeur et d’innocence. Et plus que tout, sans doute, cet espace que l’on ne peut nommer – ce que certains décrivent comme l’arrière-pays du silence

 

 

Nous vivons sous un manteau de peurs et de crasse – avec, pendu au cou, un chapelet d’obscurité. Et nous nous déplaçons d’un camp à l’autre – d’une pierre à l’autre – incertains des labours et des récoltes – morts déjà avant d’avoir tendu la main – et fait le moindre pas – vers notre visage en surplomb

 

 

L’aurore n’est ni un ailleurs, ni un après ; l’heure la plus légère depuis des siècles – le lieu inévitable de notre rencontre

 

 

Que l’âme nous accompagne, il n’y a plus à en douter. Qu’elle nous fourvoie, parfois, jusqu’au cœur des flammes, nous l’avons tous expérimenté. Mais il nous faut, à présent, aller au-delà – plus loin que le mythe – plus loin que l’idée d’un Dieu ou d’un ciel – revenir, en quelque sorte, au début du périple – à l’origine même du voyage – dans ce silence qui a précédé le feu et les pas – toutes les tentatives et tous les drames du monde…

Et y demeurer – sereins – inaccomplis – immobiles – malgré l’ardeur qui nous poussera encore à aller ici et là – à découvrir et à traverser mille contrées nouvelles…

 

 

Portés encore par ce foudroiement et cette eau naissante qui coule le long de ces berges fébriles. Le visage penché sur cette ombre – mouvante à mesure de nos pas. Quelque chose comme un aveu – un secret révélé – qui aurait le goût d’un Amour immense à partager…

 

 

Tout est sévère – incroyablement sauvage – et encombré de rêves et de jachères. Aussi noir que la suie – aussi gris que l’orage – aussi blanc que la neige…

Tout se poursuit – s’échappe – vient à notre rencontre sous un air de hasard qui cache sa nécessité. Tout s’engrange – se méprend – réclame son eau – sa source – sa part. Renaît sur le fil des idées en imaginaire compromis – et compromettant. Enchaîne les diableries et les corruptions. S’extasie de sa chance – et de sa valeur – et se maudit d’être né entre deux points – sur ce trajet – sur ce parcours – qui, à bien des égards, ressemble à une longue meurtrissure – à une chute permanente vers l’effacement et le silence – ce que l’on pourrait appeler la nécessité des Dieux en ce monde de vitrines et de visages – si grossièrement avides d’horizons et de chances nouvelles…

 

 

Tout s’inscrit sur la terre – s’enfonce jusqu’au cœur. Et tout passe dans le ciel – comme la trace impossible des hommes – comme la trace impossible du temps. Et dans cet entre-deux, l’âme – prisonnière tantôt du haut, tantôt du bas – parfois s’embellit, parfois s’enlaidit sans rien savoir de son partage…

 

 

Toute une enfance à garder en secret pour vivre dans la compagnie des hommes – au milieu de leurs postures et de leurs histoires – bien trop sérieuses pour avoir le moindre goût de vérité…

 

 

C’est un ciel – c’est une terre – plus proches des premières heures que de la tombe. Quelque chose comme un regard éloigné de l’hiver – un socle, peut-être, au parfum oublié – capable d’élargir les sous-sols et les feuillages – le rêve, le réel et l’impossible – et jusqu’à la grande arche sous laquelle luisent toutes les étoiles…

 

 

Tout est traversé de profondeur et de présence – de ce silence qui fit naître le monde et les choses au bord de tous les abîmes – entourés de ciel et de présages…

 

 

Tout s’affaisse – et se recueille – lorsque sonne la fin du voyage. Après mille routes parcourues – mille livres achevés – et mille visages aimés peut-être – tout pointe vers le silence – ce qui demeure au-delà du temps et de la traversée…

 

 

Une misère – mille misères – portées à bout de bras – le long de ces berges où tout passe avec sérieux – fébrilité – indifférence. Et cet Amour qui n’aura reçu que haine et mépris. Comme tous ces frères sur les chemins – au bord des routes – fleurs, herbes, pierres et poussière – arbres, bêtes et vagabonds – malmenés par tant de gestes saisissants – par tant de pieds piétinants – par tant de regards indolents – et jetés, un jour, comme le reste, dans tous les trous creusés pour assouvir la faim des hommes…

 

 

Tout reste au-delà de nous – malgré ce ciel que nous portons – comme tous les autres – à l’envers de notre vie – quelque part dans cette âme encore si vivante…

 

 

Quelque chose en nous, bien sûr, souffre des trafics et des marchands – qui s’échangent le monde – qui s’échangent les êtres et les choses – sans jamais voir les atrocités et les meurtres accomplis pour le commerce et la prospérité…

 

 

Une vie d’attente à s’absenter de tout – et plus encore de ce grand Amour – de ces reliquats d’Amour qui subsistent malgré les malheurs et l’ignorance – malgré la lourdeur des pas et des gestes qui n’ont su dénicher sur les chemins du monde les promesses du jour…

 

 

Tout se cache – et se trame – dans les bruits du vent et l’indifférence des foules. Visages et jours de neige. Nuit et saisons qui tournent au cœur des sortilèges…

Et comment pourraient se redresser les âmes qui ont refusé la défaite et exalté les excès de sang… Sans doute seront-elles condamnées, un jour, à voir le désastre – et le soleil dans le désastre…

Ainsi seulement le monde pourra être sauvé…

 

 

Tout s’enfuit si vite – et nous laisse (presque toujours) un goût de regret et d’inachevé – et, en particulier, la disparition de ceux que nous avons privés d’amour et de tendresse – la disparition de ceux que nous avons maltraités, exploités ou opprimés – la disparition de ceux auxquels nous avons dénié le droit de vivre et d’exister…

Malheur à nous qui n’avons rien dit – qui n’avons rien montré – qui n’avons pas réellement vécu en homme

 

 

D’une rive à l’autre – de malheur en douleur – comme vit, vole et picore l’oiseau – entre chant et rêve – neige, ciel et simagrées – avec encore dans l’âme quelque chose d’impétueux

 

 

Il s’agit toujours de demeurer immobile – et d’aller au-delà du monde – au-delà des choses – au-delà des mythes – pour dénicher, derrière la mémoire et la pensée, ce qui court et résiste au changement – ce qui s’étonne et s’interroge autant que ce qui contemple les rondes et les marches de ce qui ne peut rester tranquille…

 

 

Chacun est un monde – une lumière – un écho – que la nuit avale sans retenue. Chacun est une âme – un langage – brisés par le silence et la mort. Chacun est une terre – une espérance – un élan vers une autre façon d’être en vieune autre façon d’être au monde – et la faille où tout se fractionne avant de renaître plus assemblé au reste

 

 

Tout, bien sûr, est dans tout. Comme la clarté et l’incertitude mêlées – à jamais – à nos tentatives et à nos tourbillons. Comme la présence au cœur de l’absence – et l’absence au cœur du monde – au cœur des choses – au cœur de chacun…

La vraie vie, en somme, aperçue depuis l’autre côté de l’âme – du point de vue de Dieu ou du silence. La vérité – toutes les vérités – au milieu du mensonge – au milieu de tous les mensonges. Et l’évidence de la lumière au cœur de tous les sommeils…

 

 

Et cette enfance qui n’en finit pas – mille jours – mille siècles – supplémentaires. Et tous ces petits caprices des hommes qui dureront toujours…

 

 

Pas une âme qui vive dans cette gaieté de l’hiver. Le chant d’un oiseau, un arbre, une herbe, un fossé suffisent à notre enchantement…

 

 

A tâtons – au milieu du sommeil – cette âme qui cherche une issue parmi les rêves. Mille fleurs – mille parfums – mille couleurs – pour déjouer les épines du destin. Un Amour – un jardin pour vivre à l’abri des visages – et exposer au monde les mille petits secrets découverts au fil du voyage…

 

 

Mille soleils en un seul visage – le temps de passer de la moue à la colère – et de la colère à l’acquiescement. Le temps de passer de l’hébétude au vertige. Le temps de sortir d’un sommeil millénaire…

 

 

Tout glisse – et se transforme en beauté charnelle – en pétales délicats – dans cet Amour que nous prenons pour un abîme. Gravité, frivolités, baisers et sursauts – fin du monde – entraînés vers le même refuge…

Et ce crépuscule qui traverse les yeux comme si la lumière relevait de la magie…

Et ces tristes figures du monde sous quelques lampes que les hommes (bien des hommes) prennent pour le soleil en attendant la mort – avant de pouvoir, un jour peut-être, éclater de rire devant tant d’illusion…

 

 

Mille bornes – et autant de passagers – sur ces petits chemins de hasard aux ornières sournoises – et à la poussière tenace. Quelque chose comme le prolongement des murs. L’extension du labyrinthe avec quelques aménagements pour contempler, au loin, le monde – la vie – les Autres…

La nuit sera toujours féroce – autant que les mains – autant que les vents. Tout viendra se frotter à notre passage – et rire à notre mort. Et l’illusion – comme demain – reviendra encore…

 

 

Rien ne s’apaise au-dedans du corps. Tout est déréglé. La terre se penche à l’intérieur – et le ciel s’est assombri. La vigueur se fane – la lumière décline. Tout se vide comme si la mort était tapie au fond de l’âme. Et à vivre ainsi, il ne restera bientôt plus rien – à peine un peu d’ombre

 

 

Déjà ailleurs – et la porte franchie. Déjà demain – et ce goût pour les choses nouvelles. Renaître encore au destin – au refus – aux rencontres. Vivre encore dans le feu, la lâcheté et les tempêtes. Craindre mille brisures supplémentaires. Devenir l’homme et la chair – et l’âme survivante à tous les oublis. Ce presque rien déjà brûlé par l’absence et la volonté des Dieux. Encore un peu de rêve avant le silence…

 

 

Si nous pouvions voir ce grand ciel au-dedans de la tristesse, nous célébrerions nos larmes comme de l’or…

 

 

Mille rêves entre les tempes – au milieu du front. Et nous voilà ensorcelés – enclins à mille sacrifices – et condamnés à vivre l’illusion d’une quête – d’un voyage – au milieu du réel et de l’immobilité – dans ce silence que nous sommes déjà – à notre insu…

 

 

Nous avons mille fois parcouru les mêmes terres – avec les mêmes craintes et la même ardeur – aussi pauvres aujourd’hui qu’aux origines du monde. Et qu’avons-nous donc appris ? La ritournelle des gestes – la ritournelle des pas – dans cette grande nuit familière avec ses milliards d’étoiles. La beauté des rêves – et leur nécessité pour combler l’absence de lumière – l’absence de soleil. De tristes millénaires, en somme, à chercher partout le jour – en vain…

 

 

Des pierres, des grilles, des couleurs. Mille mondes – et autant de rêves et de regards pour donner à cette terre l’apparence d’un lieu vivable. Préférer la folie à l’enfance – et le goût du mensonge et du voyage à celui de la vérité – si redoutable – si effrayante – pour nos esprits si frileux – si butés…

 

 

Au bord du jour – au bord de la joie – toujours – malgré la présence (déplaisante) du monde – et l’acharnement des hommes à façonner – au fil des siècles – un paradis aux allures, de plus en plus évidentes, d’enfer…

 

 

Tout ose – et tout s’abstient – pour venir à notre rencontre. Nous-mêmes pris en étau – entre la peur et l’élan. Et la certitude du vide et du silence quel que soit le lieu…

 

 

Tout s’invite en rayons clairs – entre lumière et hypnose – entre clé et singeries – sur ce que nous prenons – à tort – pour un horizon. Tout veille à même la patience. Et le monde, bientôt, deviendra aussi beau que le silence des immortels

 

 

Là où se partagent résolument l’intrigue, le nécessaire et l’improbable. Là où nous habitons – dans cet exercice, si énigmatique, du vivre. A la manière des Autres qui ne nous ressemblent pas – plongés dans cette folie du sommeil qui écarte les ressemblances. A être – simplement humain

 

 

En toute absence, où trouver refuge sinon en ce lieu où les voix se mêlent au silence – en ce lieu où l’on sent battre, avec les bruits du monde, le fond de l’âme – en ce lieu où être quelqu’un se résume à devenir personne – moins que rien – la joie et l’accueil au cœur des crimes et des ratures – au cœur de la fatigue et des échos. Là où la nuit ressemble au jour et où le jour émerge du temps pour s’affranchir du rêve…

 

 

Nous évoquons le silence pour faire tomber les masques – et raviver la blessure à l’arrière des yeux – cette entaille porteuse d’Amour – et de mille soleils – reclus derrière notre sourire – cette apparence de visage corseté par le monde, les interdits et les conventions – et (toujours) dévoré par la faim…

 

 

Entre servitude, vacarme et crachats – quelque part – sur cette terre – sur ces routes – sur ce sable – en ces lieux où l’on danse jusqu’à l’épuisement pour célébrer tous les mythes de l’homme – tous les mythes du monde – mille étoiles lointaines – mensongères – inexistantes sans doute…

 

 

Au lendemain du plus lointain Amour, nous avons perdu l’équilibre – la force de vivre le jour entier. Autrefois, nous étions offrandes – cœur et lisières – ouvriers – petites mains du partage (joyeuses sans doute malgré la nudité). Nous regardions le sol et la chute des astres – la persistance du vertige dans l’absence et le miroitement des visages. Puis, nous sommes devenus quelque chose comme un amas de bruits et d’habitudes – une forme d’infini incomplet – inachevé – le lieu où se mêlent le rêve, le désir et la mort – penchés sur le mystère – sa découverte et sa résolution – dans cette malédiction des siècles – dans cet étrange sortilège du temps. Un seuil, en somme, au-delà duquel tout finit par se désagréger pour constituer la pièce centrale qui manquait à l’ensemble – la possibilité de devenir le tout – c’est à dire presque rien – ce qui compose le noyau de chaque destin – l’absence venue offrir (à tous) son envergure et sa présence – pour transformer les nécessités du monde et des hommes…

 

 

Meurtres et prières – souffle et fumée – versants différents du même mystère où vivre tient déjà du miracle…

 

 

Nous avons emprunté le même chemin – aux lisières de toutes les folies – pour nous rejoindre – tantôt à travers les pas – tantôt à travers les livres et les mots. Tremblant(s) à chaque étape du parcours – confiant(s) malgré les dérives et les errances. Marchant d’une foulée vacillante – incomplète. Traversant – au fil du voyage – mille territoires sans autre raison que celle d’acquiescer au silence et à l’Amour. Allant de pertes en sommets – et de sommets en retrouvailles – acceptant, avec toujours moins de volonté, cette longue et souveraine défaite ; ce que fut notre vie – des premiers pas jusqu’à l’infini où nous avons fini par glisser – de façon presque hasardeuse – entre magie, désir et nécessité…

 

 

Rien ne s’inscrit nulle part – du vent et du vide derrière les grilles de toutes les cages…

Le seul héritage sera – toujours – le silence…

 

 

Rien ne s’insère – et tout nous révèle – ravive ses pans de nous-mêmes oubliés…

 

 

Sur rien – et la table rase du passé – ainsi naît le recommencement perpétuel – la récurrence du renouveau. Le reste – tout le reste – n’est que la poursuite de schémas anciens – édifiés et façonnés depuis des milliers d’années – des millions de siècles peut-être – pour assurer la pérennité du monde – et rassurer l’esprit quant à l’invariabilité des cycles et des habitudes…

 

 

Tout – emporté vers nous comme l’eau des rivières s’écoule – inexorablement – vers l’océan – pour s’emplir du monde (de ses joies et de ses souffrances) jusqu’à devenir l’univers entier – et ce reste au-dedans – et au-delà – ce regard capable de tout accueillir…

 

 

Des bruits, des pas. Mille rires – mille pleurs – et autant de commentaires inutiles sur ce que nous expérimentons et les sentiments que font naître, en nous, le monde – l’existence – tous les passages. Mieux vaudrait se tenir en retrait – en exil – habiter le silence plutôt que les danses du monde. Ce regard au-dessus des heurts et des cris – au-dessus de toutes les simagrées. Et se faire tendre (et patient) à l’égard des tentatives et des défaillances…

 

 

Rien qu’un sourire pour attraper le dernier soleil du monde. Rien qu’un sourire et l’ultime baiser de l’humilité. Puis l’abandon prendra le pas sur le vent. Tout alors pourra nous arriver…

 

 

A s’émerveiller de presque rien alors qu’autrefois nous demandions l’impossible – l’intensité, la joie et la splendeur (presque) permanentes – vécues à partir de nos propres yeux et à travers notre propre histoire – corrompus jusqu’au sang par la folie ordinaire des hommes et l’absurdité de nos exigences personnelles…

 

 

Un dernier soupir abandonné à l’ignorance pour se satisfaire, à présent, de l’essentiel qui, autrefois, avait des airs de lacune – d’échec – de défaillance…

 

 

Tout est parure, mensonge et propagande – et commentaire inutile sur le pire, le meilleur et le plus commun. Fardeau habituel aux allures si humaines…

A genoux, à présent, non devant la dictature du monde et les diverses tyrannies des hommes mais face à la beauté et à l’innocence de nos tentatives – face aux danses, si souvent frénétiques et désespérées, des vivants sur cette terre…

 

 

Tant d’absence au milieu des vagues – au milieu des déserts – au milieu du monde et des visages. Presque rien, en somme. Un peu de vent – porté parfois très haut, parfois très bas – au-delà même de l’imaginable. Passant partout – et traversant toutes les têtes et toutes les fenêtres – soulevant le sable jusqu’au cœur des vies – jusqu’au cœur des rêves – devenant presque le symbole des vivants occupés à ramper dans la proximité de l’invisible…

 

 

Tout prend place, à présent, dans l’écoute ; l’envol, la gravité de l’air et l’absurdité des masques, le désir, la pâleur et la fièvre des visages, l’or, la froideur des âmes et la lune – tous les simulacres – toutes les simagrées…

A genoux, à présent, au cœur du silence – avec le visage (serein) de l’homme simple – réconcilié avec le monde et lui-même – curieux encore – mais affranchi des leçons et de la faim. Habitant la solitude comme l’aire des plus belles rencontres. Doux et reconnaissant à l’égard de ce qui nous porte – de ce qui nous distingue et nous rassemble. Sage peut-être, en somme – qui peut (réellement) savoir…

 

*

 

Se dessine – très largement – au fil des lignes – au fil du temps et des ouvrages – la nécessité (toujours plus criante) du silence et de l’effacement. Cette humble clarté de l’âme de plus en plus dépouillée du monde, des désirs et des mots malgré le foisonnement – et la truculence – toujours aussi vive (presque intacte) – du langage…

 

 

Vivre au cœur de l’être – dans la discrétion du nom – et la délicatesse du geste – sensible et attentif au moindre bruissement du monde – au moindre frémissement de l’âme – prêt à tout accueillir sans exigence – et à rester stoïque – aimablement ouvert – face à l’étroitesse des idées, des gestes et des visages – face à ce que l’on a coutume d’appeler l’ignorance du monde

 

*

 

La possibilité du monde, du souffle et du langage – comme un élan – un étai peut-être – entre le vide et la permission d’exister – et de bâtir – au milieu de mille raisons de désespérer – au fond de ce qui ressemble tant à un néant…

 

 

A ce sourire perdu – entamé par les chemins – et retrouvé avec l’aurore et la découverte de l’impensable…

 

 

Seul(s) encore – au milieu de tous les passages – de toutes les traversées – de tous les combats – sous le regard de ceux qui ont déserté la solitude pour conquérir le monde. A écrire quelques lignes – quelques poèmes parfois – pour ne pas (trop) désespérer de la compagnie des hommes…

 

 

En lambeaux entre le silence et la parole – sous toutes les latitudes – à inventer des totems pour donner au monde un air plus vivable – et une allure plus sacrée. Vaincre par le geste et l’amassement le vide et le néant. Réunir – assembler peut-être – tous les fragments d’une terre et d’un ciel – toujours déchirés – toujours séparés…

Réinventer sans cesse la magie de la danse – les arabesques – et faire entendre ces rires à la ronde pour donner raison à l’espérance…

 

 

Tout se regarde – jusqu’à la mort – jusqu’aux dépouilles pendues aux cordes et aux crochets des bourreaux…

Tout se méprend – et s’éparpille – dans cette trame aux nœuds si serrés – et aux carrefours trop passagers…

 

 

Qui se trompe – celui qui tend la main à l’inconnu ou celui qui plonge, corps et âme, dans l’infortune du monde ? Et qui se relève malgré le vent des abîmes ?

Ce voyage aux allures tantôt de course, tantôt d’errance aura-t-il une fin ? Qui peut deviner les issues qui s’offriront à nos foulées…

 

 

Berges, traces, caresses – et ces minuscules sillages qui se dessinent sur le sable. Le monde est-il autre chose que ces mille tentatives ?

 

 

Tout s’écoulera à jamais sur la terre – sous nos yeux – dans nos têtes. Rêves, désirs, choses et visages – et cette ardeur – et cette tristesse – au fond de l’âme…

 

 

Tout est si humain dans les têtes et dans les gestes. Comment pourrions-nous deviner notre réelle appartenance – et y souscrire avec la même certitude que celle avec laquelle nous acceptons notre apparente ascendance…

 

 

Pagaille et passages – les maîtres-mots de notre vie. Du mélange et des tentatives – des essais pour mieux vivre et apprivoiser la mort…

 

 

Tout revient – avec un goût moins âpre – au fond de notre solitude – au fond de notre cage – ouverte par mille poèmes sur un ciel jusqu’alors jamais entrevu…

 

 

Tout existe – peut-être – et tend – sans doute – vers le silence – cette aurore incomprise. De douleur en tristesse – de tristesse en douleur – nous sommes progressivement amenés à comprendre la nécessité des défaites – le voyage et la chute permanente – les travers du monde – ses exigences – et l’impérieux besoin de l’effacement…

 

 

Nous sommes seuls – comme ces pierres – posées là dans l’herbe – sous l’orage – à exister presque par hasard – dans l’apparente indifférence de l’invisible. Comme un jeu – une nécessité – pour le silence occupé à se distraire – à échapper au plus simple – et au plus élémentaire de son existence – à travers la multitude du monde et l’infinité de ses visages…

 

 

Être l’espace – le silence – l’accueil – sans attente – sans besoin – sans exigence – où tout prend place…

 

 

Mille lieux en un seul visage – et mille visages en un seul lieu. Dans l’alternance du passage et de l’éternité. Tantôt figure, tantôt espace. Mille fois altérés – mille fois étrécis – mille fois corrompus – mille fois renaissants. Identiques – toujours – à nous-mêmes – à cette trame changeante – infinie et singulière – que nous sommes…

 

 

Ca naît – et ça meurt. Et entre ces deux cris, beaucoup de bruits (inutiles) et d’attente – et mille enseignements – mille apprentissages (possibles) pour être, un jour, capable de sourire en silence…

 

28 octobre 2018

Carnet n°167 Alternance et continuité – entre l’homme et le silence

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Poursuivre sa route jusqu’à ce que la mendicité et les prières nous quittent – jusqu’à ce que les Dieux nous abandonnent. Avancer jusqu’à ce que tout se referme – et que la nuit – soudain – se transforme…

Ne rien choisir. Ne rien décider. Aimer et accueillir ce qui vient – ce qui s’avance – tout ce qui frappe à notre porte…

 

 

A servir de seuil – de passage peut-être – à la verticale des dérives. Main tendue – solitaire – initiée par le regard – à distance du temps, des tentatives et des exercices vains de la mémoire…

 

 

Tout s’est effacé – fouille et chemin disparus. Regard et solitude praticables sans l’aide de quiconque. Comme un phare discret – invisible – anonyme – au milieu des vents qui continuent de faire tournoyer le monde et les âmes. Bouche au sec – à l’abri sur la page – pour décrire les mille aventures – les mille errances – les mille impasses – nécessaires à la cessation du voyage…

 

 

Le visage face au monde – et le poème jeté haut – par-dessus – pour apprendre à aimer la solitude et l’hiver – et tous les vents qui déferlent sur la terre – sur les bêtes et les hommes sans idéaux

A se demander encore ce qu’est la vie – et à qui sont destinées ces pages…

 

 

Dans l’anxiété de la langue, cette ressemblance avec le destin – ce qui court – ce qui part – ce qui reste. Et la soif inassouvie – et la fin jamais trouvée. A mendier au ciel ce qui se refuse à la main et à l’espoir…

 

 

Le temps – coûte que coûte – comme une rumeur presque indomptable – comme un passage creusé à même l’âme et la chair – censé nous mener jusqu’à la rive où les difficultés, les questions et les énigmes – et le mystère même peut-être – pourraient rencontrer leur résolution. Une chimère de plus, sans doute, pour tenter de naviguer entre les épaves du vivre et les hauts-fonds du monde…

L’espérance d’une passerelle qui, un jour, bien sûr, s’effondrera – comme tout le reste…

 

 

Tout s’use – et par-delà les contraires, les Dieux et les rêves s’invitent pour rendre la vie plus belle – et les fêtes (un peu) moins tristes…

 

 

Des nuits entières à s’exercer à l’attente et à la folie pour donner aux jours une allure moins terne – et aimer la chair, la solitude et l’inconnu. Et la marche triste des rêves qui – partout – s’introduisent avec constance…

 

 

A vivre pour rien – et à écrire (et à espérer) pour moins encore peut-être…

Comme une danse inutile parmi les vivants. Comme une manière – si peu coutumière – de transformer l’ardeur et la colère en exigences – en conditions propices au jaillissement de l’Amour…

Quelque chose, en somme, qui ressemblerait à un possible…

 

 

A nous serrer tous ensemble – les uns contre les autres – comme si la solitude n’existait pas. A mettre le nez dans les choses comme si le monde était une galerie marchande – un musée – un ensemble de collections (à s’approprier). A vivre pour durer – durer encore un peu – comme si le temps pouvait nous aider à apprivoiser l’idée (et l’imminence) de la mort. Et à mourir sans rien laisser en héritage sinon cette ignorance – et cette inclination à inscrire sa vie dans l’illusion et l’aveuglement…

 

 

Tout sera perdu à la fin ; les chemins, les choses, les visages, les prières. Tout ce que nous aurons accumulé en vain. Il serait plus sage de vivre aujourd’hui – maintenant – avant l’obsolescence du monde et des âmes qui viendra suffisamment tôt – dès que l’esprit – trop angoissé par l’incertitude du lendemain – substituera la durée à l’instant…

 

 

La nudité, l’innocence et l’infini n’ont rien à défendre – ni rien à demander. Ils s’offrent – simplement – à ceux qui ont quitté toute forme de croyance et d’exigence…

 

 

Regarder Dieu dans les yeux et toutes les faces noires qui nous toisent sans mesure – sans Amour – comme si nous étions un bout de chair à éliminer ou à dévorer…

 

 

Inutiles toutes les tentatives pour occuper les mains et l’esprit – et oublier la mort. C’est à l’âme qu’il faut se soumettre pour lui laisser l’envergure d’être et la possibilité d’agir conformément au silence et aux circonstances…

 

 

La réalité – avant d’être métaphysique – est intensément physique – corporelle – infiniment sensorielle – presque sensuelle. Mais l’esprit – dans son ignorance – prend (et fait) les choses à l’envers ; il élabore, conjecture et analyse au lieu de sentir – au lieu de laisser l’âme et l’intuition le guider vers ce que nous portons (tous) comme un secret ; l’invisible et le silence – l’infini et l’éternité…

 

 

Dans l’intimité des êtres et des choses – sans plus se soucier ni des apparences, ni des conquêtes. Au plus près du regard et de l’invisible qui habitent l’âme et le monde…

 

 

Suspendu(s) – depuis toujours – au milieu du monde et du temps – à cet espace que nous prenons tantôt pour le vide, tantôt pour le ciel. Au cœur même de l’être (et de l’âme) – entre la lumière et les murs érigés par les hommes. Sans mot dire. Sans la nécessité de la parole et de la persuasion. A contempler simplement – à contempler sereinement – ce qui parade et s’efface dans la crainte…

 

 

Et le monde tout emmêlé devant nos yeux et sous nos paupières – comme si les Dieux nous avaient offert un signe – la preuve que nous sommes – et regardons à la fois – cet étrange mélange plongé tantôt dans la joie et la lumière, tantôt dans l’ignorance et la misère – au gré des naissances et des fenêtres qui s’ouvrent et se referment…

 

 

Passager(s) aux mille rêves – aux mains jointes en prière pour réclamer protection et abondance alors qu’il suffirait de dénuder l’œil et la main pour offrir à l’âme le sentiment de complétude qu’elle espère depuis si longtemps…

 

 

A s’interroger sans cesse au lieu de s’émouvoir. A vouloir comprendre alors qu’il suffirait de regarder et de ressentir…

 

 

Vivre n’a, pour nous, d’autre dessein que le regard et le silence – l’acquiescement à ce qui arrive – et une main secourable – prête à aider ce qui lance vers nous des yeux implorants et désespérés…

 

 

Vivre à côté de soi – à espérer que rien ne nous blesse – à courir partout – et à chercher plus encore une issue – dans la poussière de notre chambre. Est-ce donc cela l’existence de l’homme…

 

 

Sans un mot – mais le regard clair, l’esprit attentif et la main fraternelle – toujours prêts à accompagner ce qui nécessite – provisoirement – soutien et assistance…

 

 

La nudité à l’intérieur de la tête – jusqu’au fond de l’âme – indemne – intacte. Dans le silence et la blancheur de l’espace qui acquiesce et ouvre les bras à ceux qui rêvent d’échapper – non sans peine – non sans effort – au sommeil…

 

 

Du silence – partout – comme l’écrin qui accueille tous les bruits

 

 

Courbe – humble – ensemencé – à présent – moins dispersé qu’autrefois lorsque la faim nous morcelait. Oubliée aussi cette douleur de la jeunesse lorsque les lendemains n’étaient bâtis qu’à force d’espérance…

 

 

Nuit fracassée – mer d’étoiles désinvoltes – étendues sur l’immensité – cet espace sans appétit à l’âme tendre et aux mains ouvertes…

 

 

Empalés les danses et les fronts bondissants – les rêves et les ritournelles – pour laisser la place aux déchirures et au silence qui s’infiltre entre les ombres…

 

 

Ni jeu, ni chant. Une flèche dans l’air vicié du monde. Une étape vers la plénitude. Une résonance au fond de l’âme. Ainsi s’enfante et s’expose le poème…

De l’honnêteté et de l’humilité. Ainsi s’arrachent les masques sur le visage – et le nom collé sur la couverture des livres…

 

 

D’âme en âme – sans l’intermédiaire des marchands du langage. De crépuscules en portes – de fenêtres en aubes sans tristesse. Du noir qui s’entrouvre pour laisser passer un peu de lumière à la raison la moins folle qui offre son éclairage et son silence à l’horizon, à l’infini – à tout ce qui angoisse et agonise la main tendue vers le ciel et la liberté…

 

 

Prières et neige soumises au même chemin. Etincelantes dans notre nuit et nos existences fantomatiques. Comme un ruban de soie et de lumière sur nos rives si primitives – et nos âmes si grossières…

 

 

Entre le pardon et la révolte – la liberté et la parole du poète – celui qui résiste avec sa voix et son âme aux abominations du monde. Le cœur rouge – le cœur intact – le cœur vivant – contre la violence et la barbarie – contre l’indifférence et l’impunité des assassins

 

 

Une question – en soi – devant soi – partout où l’âme regarde et s’interroge…

 

 

Une humanité près de soi – prête à conquérir et à meurtrir le monde pour quelques grammes d’or…

Poussière vive – vigoureuse – détachée de toute réalité – insensible à toute fraternité – vouée seulement à la fureur et à l’assouvissement de sa faim…

 

 

En rang – en file indienne – partout – ces visages sans âme – alignés en bataillons – qui marchent d’un même pas sur la terre – bien décidés à tout massacrer – à tout conquérir – à tout réquisitionner – pour satisfaire leur appétit et leurs ambitions – et faire valoir ce qu’ils imaginent être les privilèges de leur naissance…

Vains triomphes, orgueil et ignorance. Existences sans respect – sans tendresse – sans égard – livrées aux instincts et à l’inconscience – à l’aveuglement et à l’abomination…

 

 

Au monde qui persécute ceux qui vivent à la marge – les sans-voix – les sans-langage – les sans-résistance – et dont l’existence et les agissements sont – presque toujours – condamnés, j’offre ce qui, en nous, pourrait éveiller – et exalter – nos vieux restes d’humanité

 

 

Le chemin – parfois – nous mène là où tout est ouvert – dans ce fond d’humanité éventré – lacéré par tant d’horreurs et d’indifférence – en cet espace où la vie ressemble à la candeur de l’enfance – aux premiers jours du printemps…

 

 

Des yeux – à peine un visage – une vague silhouette dont l’âme n’a jamais su frémir au passage du jour…

Comme une sentinelle – un éclaireur parfois – posté(e) à peine plus loin que le bout de son nez – bien en deçà de l’infini – pas même à l’avant-garde de sa plus apparente identité

 

 

A trop vivre, on en oublie ce qui nous fit naître – ce qui nous donna le goût de vivre et d’aimer – et ce carrefour en soi – immense – invisible – au centre de toutes les routes…

 

 

A exalter toutes les blessures sans jamais y poser un œil – sans jamais y poser un peu d’âme ; dur(s) – intransigeant(s) – voué(s) seulement à l’expérience du manque et de la torture. Insensible(s) aux plaintes, aux courbes et aux gémissements – et à l’infime variation des habitudes dans le jour naissant…

 

 

Née du silence et du poème – cette parole inentendue…

 

 

Mille usages du monde sans jamais offrir ses mains aux nécessités du vivant – ni son âme aux exigences du silence et de la beauté…

Une manière triviale, en somme, de se tenir entre l’eau et le sable pour étancher sa soif et répondre à ses (misérables) ambitions de bâtisseur…

 

 

Des vibrations, une course – quelque chose qui s’avance pour traverser l’espoir et les malheurs – et répondre à cette irrésistible attirance pour le bleu, le silence et ce feu – si intense – au fond de l’âme…

 

 

D’âme et de pierres – cette chair haletante – vivante – toujours – dans l’ombre du silence…

 

 

Verticale révélée à l’ultime instant de l’attente – lorsque les rêves quittent l’âme et la main obéissante – lorsque l’abandon peut enfin célébrer l’abondance, la perte et l’impossible…

 

 

Poursuivre sa route jusqu’à ce que la mendicité et les prières nous quittent – jusqu’à ce que les Dieux nous abandonnent. Avancer jusqu’à ce que tout se referme – et que la nuit – soudain – se transforme…

Ne rien choisir. Ne rien décider. Aimer et accueillir ce qui vient – ce qui s’avance – tout ce qui frappe à notre porte…

 

 

Presque mort – avant l’apocalypse – à demi effacé déjà – voilà, peut-être, ce qui pourra nous sauver lorsque sonnera l’heure de la fin du monde…

 

 

Aux quatre coins de la nuit, n’entendez-vous donc pas la marche folle – lourde – effroyable – des hommes qui précipitent le monde vers le centre de l’obscurité…

A demander aux ténèbres un soleil qu’elles ne peuvent offrir. A rêver encore – à rêver toujours – comme si les rêves suffisaient à vivre – et à dormir – sans inquiétude. A désirer tout ce qui brille – tout ce qui a l’éclat de l’or et de la puissance. A s’assoupir au milieu du gué comme si le sommeil était un chemin de délivrance. A attendre (en vain) une lumière qui pourrait ne jamais venir…

 

 

A contempler – en silence – tous ces Sisyphe heureux de rejoindre leur destination – boule de glaise entre les mains – montant et descendant sans cesse – entre rêve et réalité – entre peine et espoir d’arriver, un jour, au lieu final…

 

 

Tout devient cru – à vif – après la métamorphose. Tout se transforme ; le vent, les danses, l’arche et le sommeil. Tout prend des airs d’aube grincheuse et mal réveillée. Tout s’étend et se déverse ; les sources, les rêves et les chagrins. Et le secret se retourne comme s’il nous fallait tout recommencer…

Le sommeil revient comme si nous n’avions rien vécu – jamais franchi le moindre passage. Comme un pays natal où s’achèveraient tous les voyages. Le retour en ce lieu où tout a commencé. Le sable et les funérailles permanentes – et l’opacité du mystère qui semble vouloir conserver son secret…

Mort et feu invisible. Âme et fables en pagaille. Visage en fuite – toujours en errance. Comme une présence hantée par le souvenir qui endosse le rôle de gardien du temple – et qui confine tout franchissement à une veille interminable. Comme s’il nous fallait encore danser et nous faufiler entre l’ombre et l’aube irréprochable…

 

 

On salue le jour – les mains dans les poches – comme si le silence s’avançait – intrépide – sans concession – pour célébrer les restes du monde – le visage encore baigné de larmes et de lumière – et la tête rehaussée pour prédire ce qui – sans doute – n’arrivera jamais…

 

 

Il n’y aura – bientôt – plus de récoltes – ni de saisons heureuses. Il n’y aura plus que la boue et la nuit – et ce sourire léger – presque enfantin – offert aux joues appuyées contre la vitre – à tous ces visages qui attendent – impatients – frémissants – et le sang déjà trempé dans la mort – les premiers signes de l’aube…

 

 

Le froid à notre porte – comme cet enfant abandonné de l’autre côté du monde. L’épée dans son fourreau – et l’écho si lointain du jour qui vint, un soir, frapper de son sceau notre âme nue et implorante…

 

 

Tout est verrouillé – à présent – et le sommeil est devenu trop lourd. Nous ne reviendrons pas en ces lieux où tout s’est abrité derrière le rêve et le mensonge. Le monde n’a su se réinventer ni à travers les livres, ni à travers les peines. Tout a glissé sans que rien ne mûrisse. Et la fin – et la mort – sont déjà là – prêtes à avaler les cris et les restes des survivants soumis au naufrage et à l’angoisse…

 

 

L’inquiétude et la solitude frapperont toujours à notre porte – comme la joie dans notre âme – et sur nos pages – essaiera toujours d’encourager les visages et les destins à se dévêtir – à se dépouiller jusqu’au plus complet dénuement…

 

 

Tout est centre ; sinon nous ne pourrions deviner – ni découvrir – le silence et le secret du passage – dissimulés partout où les cœurs s’invitent – s’enlacent et tournoient – trop rapidement…

 

 

Entre le tumulte et la mort – l’innocence et la solitude marchent côte à côte – main dans la main – au recommencement de tous les chemins…

 

 

Vivre l’innocence et la solitude au milieu du monde et des visages. Vivre la beauté et le silence au milieu de la laideur et du tumulte – le regard – quelque part – en retrait – en surplomb de cette terre sauvage et surpeuplée…

 

 

Il y a une grande innocence au cœur du secret – où ni la nuit, ni la terre ne sont tenues pour responsables de l’ignorance et de la barbarie – où tout est calme, silence et solitude – où la vie et la joie n’ont davantage de valeur que la mort et la tristesse – où tout est – et s’habite – à sa juste mesure

 

 

De rares baisers – une solitude (un peu) sauvage. La nuit effacée derrière les cils humbles et baissés. Ni piège, ni épreuve, ni récompense. Ni monde, ni folie. Le regard acquiesçant – hautement compréhensif (sans doute) – et les gestes (presque toujours) justes…

 

 

Ni monde, ni vent, ni visage. Un peu de lumière sur ces pierres où l’âme s’est réfugiée. Une forêt, une rivière. Quelques bêtes en guise d’amis. Le silence. Et des milliers de pages à écrire…

 

 

Soif éteinte – et le jour étalé – à présent – de tout son long – dans les yeux qui, à l’approche du silence, sont devenus plus ouverts – moins singuliers…

Sourire aux lèvres – à l’abri du tumulte et des regards – à jouir d’un ciel descendu dans l’âme et sur la page. Seul au milieu d’une lumière dessinée à la craie par la main des Dieux…

 

 

D’un jour à l’autre – et pas davantage. A vivre la source comme si elle était le seul lieu réel – le seul lieu vivant – le seul lieu (réellement) habitable…

 

 

Entre ciel et perte – l’enfance éternelle – à vivre sur ces pierres où persiste toute l’ardeur des vents…

 

 

Entre neige et livres – chiens et collines – là où chantent les oiseaux et l’eau des rivières – là où brillent les pierres et le silence – en cet espace où tout jouit du jour malgré la nuit ancienne – malgré la nuit alentour…

 

 

Simple – profond – sans vertu particulière. Intime – seulement – du silence et de l’Amour. Proche du secret et du vertige. Loin de l’ivresse et du mensonge. En ce lieu imprécis où les Dieux somment les poètes de décrire le réel et la vérité pour inviter les yeux et les âmes à franchir toutes les frontières – et à percer l’illusion du monde…

Ni propagandiste, ni passeur de rêve. Et moins encore idéologue. Voix et regard. Mains ouvertes et âme sans certitude. A peine un visage – avec, peut-être, un peu moins de masques et de secrets – et un peu plus de sensibilité – que les Autres…

 

 

Tout nous porte – non vers le ciel mais vers ce trou – au fond – au plus bas – qui s’ouvre sur la lumière du dedans – dont la clarté rappelle étrangement celle du soleil entouré par le noir du cosmos…

 

 

Terre et ciel d’une seule parole – d’un même silence – convertis – provisoirement – en mots – en ondes discrètes et lumineuses…

 

 

Intacts – l’orgueil et l’âpreté du monde comme l’innocence et la soumission de l’âme – parmi les foules et les profondeurs obscures…

Et ces lignes arrachées à l’oubli pour déjouer la colère et franchir les mille frontières qu’il (nous) faut traverser pour vivre au-delà de la honte – au-delà de la rage – au-delà de la peur – au-delà des mille limitations terrestres et humaines…

 

 

A ouvrir les paupières sur ce que les Autres enterrent. A délaisser ce que les Autres amassent. A célébrer ce que les Autres méprisent. A vivre – l’âme solitaire – dans la pauvreté et l’innocence sans prière…

 

 

On se recueille – une main sur le livre (une main sur la page) – et l’autre à demi ouverte sur le monde – (presque) entièrement attentive aux âmes, aux visages et aux chemins…

 

 

Tout naît d’un ailleurs, en soi, retrouvé – dans cette manière d’être au monde – hors du temps et du mensonge. L’âme étrangère au jour et à la nuit – l’âme familière de tous les visages et de tous les langages…

 

 

Tout s’interdit – et se dessèche – à ne plus être soi-même – le mensonge auréolé d’une gloire impossible…

Et quel désastre pour l’âme – pour l’homme et le monde – que tous ces masques trompeurs qui limitent – presque toujours – le destin et l’envergure…

 

 

Des chemins de méfiance et de plainte où la perte n’est qu’une sève déficiente – lacunaire – à récupérer – ou à régénérer – pour accroître ses forces – et tenter de vaincre le monde, le temps et la mort…

 

 

Dire – dire encore – dire toujours – avec l’impossible collé derrière les lèvres et l’ardeur de l’âme à vouloir témoigner. Pris en tenaille, en quelque sorte, entre deux utopies ; le silence et l’exhaustivité…

 

 

Cime de lumière et de neige – si majestueuse – si inaccessible – depuis ces rives où le regard est obscurci – et où les foulées s’exercent dans la crasse et la boue – presque toujours – infranchissables…

 

 

Debout – l’âme silencieuse – presque en prière – dissimulé derrière les monstres du monde et du dedans. Maintenu vivant par ce feu sans demande et cet espace mystérieux qui donnent aux gestes et au langage une justesse – une ardeur – et un goût de ciel infini…

 

 

Seul(s) – dans cette chambre – où nous avons vu éclore mille printemps. Tempe contre la fenêtre à espérer l’émergence de l’Amour et de l’innocence dans ce monde de chasseurs et de mendiants…

 

 

A franchir mille frontières dessinées sur le sable entre les rêves et la promesse de tous les Dieux. Souffrance écarlate. Veines gonflées par l’ardeur et la tentation du secret. Visage penché sur les liens et l’espace commun – invisibles par les yeux crédules et les âmes ordinaires…

A s’effacer sans vraiment respecter la primauté de l’Amour, ni les étapes (supposées) de la sagesse…

A pencher vers le rien plutôt que vers le tout. A fréquenter la folie et la solitude plutôt que la somnolence des foules et les figures provisoirement rassurées. A côtoyer l’obscur et le plus humble plutôt que les faux soleils du monde…

A vivre entre l’homme, Dieu et la pierre – entre l’herbe, les bêtes et le silence – sans rien imaginer – ni le pire, ni le meilleur – ni même autre chose que ce qui est donné à voir (et à découvrir). Regard tourné ni vers l’ailleurs, ni vers une quelconque étoile. Et la chevelure (presque) toujours sereine malgré la persistance des vents, des périls et des rencontres…

 

 

Une lueur de lune – mal accrochée au ciel. Un climat erratique qui souffle tantôt le chaud, tantôt le froid – à l’image, peut-être, de l’homme qui cherche l’Amour hors de lui-même – parfois découragé, parfois exalté – au seuil toujours du plus scandaleux à vivre

 

 

Celui qui vit le poème – celui qui œuvre en poésie – ne peut séparer la main de l’âme – ni la page des lois du monde. Il doit être tout entier dans ses lignes et son existence. Et familier – toujours – du plus grand silence…

 

 

Ni pente, ni sommet. Le chemin le plus ordinaire – le plus quotidien…

 

 

Inutile d’exalter l’ailleurs – la beauté – la mémoire. Inutile d’arpenter les terres de l’étrangeté. Inutile de se plier aux exigences des foules. Il suffit – simplement – d’être fidèle à ce qui nous porte et nous soulève…

 

 

Monstre asphyxiant – de la même matière que les étoiles – le souffle et l’allant peut-être un peu plus courts – à assouvir sa faim – à défendre son règne – comme tous les corps dénués des vertus de l’époque première – lorsque le silence était la seule loi – et le seul matériau – du monde…

 

 

Ce qui mène vers l’inconnu – l’impossible selon la raison. Et qui constitue, pourtant, ce que nous sommes – fondamentalement – une fois la chair et l’identité mêlées au ciel et au reste du monde – une fois le secret révélé à nos yeux trop timides – trop crédules – trop férus de savoirs – pour faire confiance à l’âme et aux intuitions…

 

 

Solitude encore – solitude toujours – face au monde et aux visages – face à la vie qui, en nous, peu à peu, se retire – et face à la mort à l’affût qui guette sous la chair…

 

 

Nous renaîtrons peut-être – à parts égales – entre le ciel et une autre terre – l’âme encore trop faible – et trop indécise – pour vivre sans espoir – pour vivre sans horizon…

 

 

Tout nous traverse – le sang, l’ardeur, les ancêtres – les luttes, les désirs, la mémoire – et l’avenir peut-être – éveillant à leur passage l’angoisse première – la peur la plus primitive…

Bout de chair fragile – morceau de monde soufflé par la nécessité des vents – impuissant – à la dérive – au buste penché sur le sable – et à l’œil perdu au milieu des foules et de l’immensité – à s’interroger sans cesse face au désastre prévisible – face aux visages et à la violence qui suinte à travers tous les gestes – à travers tous les pas…

 

 

Craintif – craintif encore – craintif toujours – malgré l’invention du monde et du langage…

Seul – seul encore – seul toujours – malgré la foule et les civilisations successives…

Ecrasé par le temps et les tentatives. Animal mortel à l’identité multiple – mystérieuse – à la recherche de l’origine et de l’appartenance fondatrices…

 

 

Hors de soi – au cœur même de l’existence. Ce que ni le monde, ni la raison n’ont encore découvert. Cet espace hors du temps – au cœur du silence – où le souffle n’est que prétexte au recommencement – et condition de la récurrence…

 

 

A tâtons entre les lignes et la possibilité de vivre. Entre silence et instants décisifs. A narguer le monde et la mort en prononçant leur nom – et en pointant leurs limites et leurs frontières. Libre déjà – sans même le savoir. A vivre en dehors de tout – sans repère – sans certitude – à attendre que tout recommence – avec l’ardeur (presque) entièrement dévouée au silence et à la contemplation…

 

 

Comme un diable à la bouche ouverte – au regard vitreux – et aux mains viles – couleur de nuit – qui sème mille cailloux entre le désir et la peur pour nous retrouver – et nous accompagner sur tous les chemins que nous empruntons (presque à notre insu) pour défier le temps et la mort…

 

 

Nous vivons comme si nous avions l’âme ensorcelée – et les deux mains coupées – à survivre à même le monde – à s’essouffler à même l’effort – comme si tous les gestes étaient vains face au vide et à la puissance des rêves…

 

 

De la même matière que l’Amour – cette terre si instinctive. De la même matière que les blés – cette parole ardente – vaillante – qui exalte le silence et la défaite – et l’ordinaire quotidien face aux forces mercantiles. De la même matière que les rêves – cette âme insensée qui s’égare, si souvent, sur tous les chemins qui longent les gouffres et le ciel…

Identiques à nous-mêmes, en somme, tant que nous vivrons entre le vide et la mémoire…

 

 

Composés du monde, des Autres, du ciel et de la terre – et de cet Amour prêt à affronter l’absence et le sommeil – tous les aléas et toutes les aventures offertes à ceux qui errent au milieu de l’infortune – entre la peur et l’innocence…

 

 

Pages et lumière noircies par trop de paroles. Terres de poésie – insubordonnées au monde et à l’ordre établi – rétives aux temples et aux vérités trop dogmatiques – trop religieuses. Voix pure – originale – étrangère aux chapelles, aux apprentissages et aux doctrines du passé. Libre dans ses convictions et sa folie. Et universelle dans son message. Affranchie du sceau des Dieux et des hommes. Humble et sage, peut-être. Empruntée à nul autre. Rude et solitaire. Farouche et intensément sauvage. Fidèle, en somme, au ciel et au silence…

 

 

Ni chant, ni singerie – ce qui surgit naturellement de la réalité de vivre – dans la proximité de l’ignorance et de la peur – au milieu de l’indifférence et du sommeil. Debout – agenouillé parfois – devant l’imminence (permanente) de la mort et la sauvagerie originelle (et constitutive) du monde…

 

 

Ni victoire, ni sagesse. Le plus simple à vivre face à l’angoisse et à l’inconnu. Ce qui ne s’apprend ni dans les livres, ni sur les bancs des églises. Ce qui s’arrache à toute forme de promesse. Ce qui se révèle en vivant au cœur du monde – au plus près des visages – dans l’intimité des choses. Le silence découvert au fond de l’âme – et (presque) apprivoisé à présent…

 

 

Solitude – encore – dans le mouvement du vivre et l’apparente immobilité de la mort. L’infini rencontré au-delà des idées et des prières. Dieu, peut-être, nous attendant au bas de l’escalier. Avec mille débris du langage amassés – inutilement – sur les pages. Avec l’âme (toujours) tourmentée par les parures, les postures et tous les signes de la civilisation. Et le corps marqué dans sa chair – jusqu’au sang parfois. Et l’esprit à se demander encore ce que signifie être un homme en ce monde…

 

 

Ce qui nous pousse dans le monde d’abord, puis dans le retrait et l’attente – pour tenter d’apaiser la folle ardeur du sang et confirmer ce qu’avait déjà découvert l’âme dans ses multiples tâtonnements…

 

 

Un espace, un trou, des possibles. Mille voyages. Et un seul passage – toujours – et une seule frontière à franchir – pour retrouver le monde et l’état antérieurs à toutes les naissances…

 

 

Ni libre(s), ni emprisonné(s). Bourreau(x) et victime(s) de la même illusion où la certitude fait loi. Entre mort et recommencement. Au cœur – déjà – depuis toujours – du même silence que rien – jamais – ne pourra ternir…

Ni parti(s), ni arrivé(s) – présent(s) éternellement – et continuellement de passage…

 

28 février 2019

Carnet n°176 De larmes, d’enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Tout est bleu – étoile écorchée – nature morte – chair sanglotante – âme perdue. Et pas même une pierre sur le chemin où poser sa fatigue. Rien que le va-et-vient du cœur qui, avec ses dernières illusions (peut-être), a perdu son ardeur – son allant – le goût d’aller plus loin...

Aujourd'hui, tout est abîmé. L'âme s'essouffle. Le cœur halète. Le front est en sueur. Et la parole prend le pouls de la vie  de la terre  et du cosmos entier peut-être...

Portrait battu en brèche. Chair dépecée  en lambeaux. Et la peur envahissante  comme si elle était devenue la seule amie  le seul témoin de cette chute  de ce déclin

 

 

Ce que fut l’heure – ce que fut la grâce – ce que fut la mort. Un temps infini – un temps miraculé. Un temps poussé jusqu’à son extrémité. La dilatation, peut-être, d’un désir. La fulgurance d’un destin où l’éveil de l’âme ne fut qu’un fossé supplémentaire…

 

 

D’enfance et de fleurs – ce que nous n’osons encore déshabiller. Comme une matrice cherchant à tâtons le secret caché au milieu de ses enfantements – au cœur de sa progéniture…

 

 

Le rire et la couleur – comme une autre manière d’aller parmi les épines et les jurons. L’ultime chance, peut-être, d’incarner une humanité libre et repentie…

 

 

Tout monte – passe – se prête à tout – à tous – aux mille jeux et aux mille épreuves – comme si le soleil se tenait au bout des doigts…

 

 

Terre d’enfance et de labeur où l’existence consiste à enfanter – et à déployer – ce qui, en nous, s’abrite en rêve. La récurrence et l’expansion à l’œuvre partout…

 

 

Entre ciel et étoiles – tout pourrait refleurir – et recommencer à vivre – comme la graine et le pétale oubliés au fond du jardin. Humus d’un Autre. Réaffirmation du rêve et de la continuité du sang et du sol…

 

 

Abîmes – presque toujours – horizontaux – et pyramidaux – presque malgré eux – selon la manière dont s’exercent les têtes pour se combiner en couches successives et superposées. Côte à côte – et les unes sur les autres – avec suffisamment d’ombre entre elles pour qu’elles puissent s’imaginer seules et séparées…

Des murs énormes – colossaux. Et mille chemins étroits qui serpentent entre les briques et les barbelés. Des frontières, des barrières, des obstacles. Et ces cris qui montent du sol – et des sous-sols – envahis – piétinés – par des âmes trop frileuses pour affronter les pièges labyrinthiques…

La nuit plus grande – et plus féroce – que le désir de lumière. Détention encore – détention toujours – jusqu’à l’éclosion du soleil intérieur

 

 

Nous resterons quel que soit le temps – accrochés au souffle et à l’attente – morts déjà mille fois avant de revenir toujours. Comme la nuit et les cathédrales – à nous fondre dans le bruit des vagues…

 

 

Au creux des mots – de la main – au creux de l’âme – ce langage silencieux – enivré par sa propre voix – discret comme le vent et la rosée sur les chemins du monde. A dire mille choses – graves et légères – avec cette fébrilité des impatients – cet empressement des passionnés – qui rêvent de voir la lumière et l’ardeur envahir ces terres – et ces visages – trop sombres et endormis…

 

 

Rien qu’un nom supplémentaire dans la liste – presque exhaustive – des choses constituées. Rien qu’un visage – quelques traits à peine – une âme peut-être – dans la longue série des figures qui se sont succédé…

Vitrines où l’ombre et la lumière – où les fragments et les commentaires – n’ont jamais cessé de s’entremêler…

Agglomérat monstrueux où rien n’a de véritable valeur

Ah ! Que le retrait, la solitude et l’anonymat sont nécessaires pour toucher au silence – à la gloire méconnue – à l’essentiel…

 

*

 

[Reprise de la dérive ; rupture – tristesse – solitude et retour en soi]

 

Ne jamais considérer le monde et l’existence comme des terrains conquis – acquis – certains – au risque de devenir autoritaire et tyrannique – outrageusement exigeant…

 

 

Survivant(s) permanent(s) – sans cesse confronté(s) à l’épreuve – et se réassurant toujours…

S’encombrant de mille choses – de mille idées – et de quelques visages – pour tenter de donner sens et consistance au monde et à l’existence…

Un peu de poudre aux yeux – agglomérée et transformée en briques, en édifice, en forteresse bâtis sur la poussière, le manque et la peur…

Risible et tragique destin que celui de l’homme…

 

 

La vie – toujours – finit par rattraper les mots pour combler le fossé entre la parole et la réalité. Pour détruire ce qui doit l’être – et pouvoir ainsi avancer vers soi (à petits pas) – vers ce que l’on porte dans la plus haute nudité – et découvrirce qui reste lorsquene reste plus rien – pas même Dieu – pas même l’espoir d’une issue…

 

 

Tout est bleu – étoile écorchée – nature morte – chair sanglotante – âme perdue. Et pas même une pierre sur le chemin où poser sa fatigue. Rien que le va-et-vient du cœur qui, avec ses dernières illusions (peut-être), a perdu son ardeur – son allant – le goût d’aller plus loin…

 

 

Aujourd’hui, tout est abîmé. L’âme s’essouffle. Le cœur halète. Le front est en sueur. Et la parole prend le pouls de la vie – de la terre – et du cosmos entier peut-être…

Portrait battu en brèche. Chair dépecée – en lambeaux. Et la peur envahissante – comme si elle était devenue la seule amie – le seul témoin de cette chute – de ce déclin…

 

 

Un tour de clé – et, en un clin d’œil, les dés sont jetés – et le destin – presque aussitôt – s’effondre…

Et l’âme – dans sa crainte (terrifiante) de souffrir – plonge – tout entière – dans le sommeil – sans pouvoir goûter aux délices du rêve tant est grand – et puissant – le vertige de l’effondrement…

 

 

Mille joies – mille peines – mille espérances – mille désillusions. Ah ! Que le chemin vers le dénuement est âpre – rude – impossible presque – jamais acquis – à renouveler toujours – à chaque instant…

 

 

Que le sommeil soit ensemencé là où la souffrance nous épie – nous empale – nous écrase la joue contre le sol. Et, pourtant, nous avons veillé longtemps dans la chambre – seul face à soi – seul face aux circonstances. Et ce repli n’a suffi à atténuer la douleur…

 

 

Jamais l’on n’assassine l’Amour – on épingle seulement ses empêchements…

 

 

Souvenir d’une voix – d’une ville – d’un amour perdu – dans les traits que la main dessine. Mémoire à genoux – autant que l’âme est prête à s’enfouir quelque part sous la terre – dans un trou – un abîme – inconsolable…

 

 

L’enfant que nous sommes ne grandira jamais – malgré les années, l’introspection, le silence – malgré Dieu, en nous, parfois plus vivant que l’enfance…

 

 

A la lisière du jour, de la peur et du hasard – devenus nécessité – là où demeurent le sourire et la main effarés – et l’âme presque entièrement dissoute. Avec le cœur du monde en soi qui s’est, peut-être, arrêté…

 

 

La solitude à grands pas qui regagne la maisonnée – et la petite chambre où nous nous tenons – noir – anxieux – taciturne – la tête pleine de larmes et de bonheur fissuré…

 

 

Nous sommes ici – tout entiers – dans ce vieux mur qui nous sépare. L’âme encore vive – presque impatiente – qui cherche partout la source parmi les ruines que nos mains, malgré elles, ont façonnées en vivant…

 

 

Eclat d’un amour ancien dans la main posée entre hier et le néant – à la lisière de tous les mondes possibles…

Et cet étrange chemin de fleurs que fera naître ce déluge de larmes…

 

 

Portés mille fois – depuis toujours – et pour l’éternité sans doute – par des courants mystérieux – entre nécessité et épreuves – qui nous éprouvent – nous habillent – nous emplissent – et nous dénudent – pour nous découvrir peut-être…

 

 

Tous ces édifices – ces monuments et ces assemblages – dans nos têtes – qui nous structurent et nous entravent en nous donnant l’illusion d’une construction stable et consistante – libératrice – indestructible. Chimère tragique, bien sûr…

 

 

De tentatives et d’erreurs – cette carcasse sommaire – trop brute – trop grossière, sans doute – malgré la complexité de la tête

 

 

Pendant des siècles – le même visage et les mêmes larmes. Avec cette usure croissante à mesure des pas qui pénètrent l’immensité du désert – intérieur et extérieur – jusqu’à la rupture – jusqu’à l’évidence du désarroi et de la beauté – jusqu’à l’évidence de la solitude première…

 

 

Tremblements jusqu’à la dernière heure. Vibrations, frissons et sursauts de crainte jusqu’à la fin des jours – jusqu’à la fin des temps peut-être…

 

 

Le jour gagne – peu à peu – en grandeur et en beauté – comme si nos yeux s’ouvraient progressivement à la faille, au regard, à la sensibilité – avant de plonger dans l’inévitable (et terrifiante) permanence de l’incertitude…

 

 

A sortir – à devenir – à s’extérioriser – pour, peut-être (simplement), vérifier la présence – et la solidité – du monde – et chercher en lui une part – un élément – de sa propre résolution…

Et cet infini en soi – si dense – si mystérieux – toujours aussi inconnu – toujours aussi inexploré…

 

 

On découvre – toujours – la pierre, les visages, le manque, la faim, l’âme et la mort. Dans tous les ordres possibles. Et l’Amour – et le silence – bien plus rarement…

 

 

L’existence et la mémoire se déchirent et s’ouvrent. Le monde se retire. Le silence appelle et s’insinue. L’âme, peut-être, pourra bientôt exulter…

Qui sait ce que dessineront les jours…

 

 

Sombre – secret – nocturne – comme le sommeil, le monde et le temps. Et cette sensibilité posée à la pointe de la gravité – sur ce socle massif – indestructible peut-être – au fond duquel tout s’enfonce et disparaît – avalé par le noir et la densité…

 

 

Courbée sur le sol – parmi les visages et les pierres – l’âme cherchant sa part – son mystère – sa résolution – comme si la réponse pouvait émerger du monde et de la marche – de cette fouille frénétique hors de soi…

 

 

Socle inébranlable voué à la répétition – à la stabilité du monde et du foyer – de cet entourage de soi élargi – pendant que les Autres – tous les Autres – courent la vie et le monde – en quête de réponses. L’âme esclave peut-être – l’âme esclave sans doute – des élans inépuisables du corps, du cœur et de l’esprit – incertains du temps et des résolutions – incertains des yeux et de la fouille – arpentant fébrilement – désespérément – tous les chemins possibles jusqu’à la mort…

 

 

Ecrire – décrire peut-être – ce grand Amour qui ne nous aura (sans doute) qu’à peine effleuré…

 

 

Et tout ce blanc – à présent – à la place du mystère. Comme un drap sur trop de pertes et de tentations…

Forces et défaillances échangées contre un repli – un retrait – une légère absence…

Temps initiatique, peut-être, où la rencontre ne pourra plus se faire qu’avec soi…

 

 

Ni rênes, ni ambition – qu’un allant vers l’inconnu. Fidèle à ce qui nous porte et surgit. Sans arrière-pensée. A défiler ce que le temps ne pourra jamais transformer…

A cloche-pied parmi les malheurs et les circonstances. Poésie de petits pas où l’obscur, l’ordinaire et la grâce sont contés…

 

 

Au-dedans du dedans – au centre du plus profond – notre premier souvenir – avant même la naissance du souffle. Ce qui se reniflait déjà sur notre dernier cadavre – et tous les autres avant lui…

Cet élan – ce désir de vie, de multitude, de silence et d’unité. Ce qui concède – façonne – et reprend, un jour – d’une main tendre ou violente – ce qui a été enfanté…

 

 

L’effondrement – toujours proche – de la solitude insatisfaite

Là où la clarté des yeux – et la parole de l’Autre – cisaillent et déchiquettent…

Là où tout se réfugie dans le noir, le sommeil ou l’ardeur…

Là où vivre continue de faire mal – et d’éprouver les faiblesses de notre destin – de notre silence – de nos misérables tentatives…

 

 

Personne – entre nous et notre peine. Rien qu’un néant qui tangue et nous fait chavirer. Pas la moindre main – ni la moindre lueur d’un Autre…

Soi entre fatigue et silence – entre agonie et découragement – si peu présent à nous-même(s) – cachés peut-être, l’un et l’autre, là où le refuge et l’accueil sont impossibles…

Comme une absence aux lèvres muettes – aux gestes impuissants – témoin seulement du désastre à l’œuvre…

 

 

Nul vitrail à travers nos murs – gris – hauts – infranchissables. Tristes à pleurer. Seuls édifices dans le paysage. Et ce ciel sombre – noir – épais – opaque – partout où les yeux se posent…

Comme si la solitude était notre destin – et la tristesse, notre malédiction. Comme si l’érosion et l’effondrement étaient impossibles – et le passage obstrué – impraticable. Comme si notre visage était condamné à errer – toujours – sur le même versant de la désespérance…

 

 

Abandonné de tous – abandonné des Dieux – et de soi-même d’abord…

 

 

Et par dépit – par impuissance – on se livre à cette vieille habitude de répéter les mêmes gestes rassurants pour confectionner n’importe quoi – une écharpe ou une couverture de laine – pour recouvrir sa peine, sa peur, ses larmes et le délitement inexorable du miracle et du silence – pour se protéger de l’épuisement et de la lassitude – pour s’éloigner de ce qui gronde dans les profondeurs – pour oublier ce qui appelle et ce qui crie – pour ne pas répondre à ce qui réclame l’éclosion

 

 

Traits qui vont et viennent. Ombres et objets au coude-à-coude. Et le monde – âpre – rude – et l’âme meurtrie – depuis le premier jour – depuis toujours peut-être…

Comme un enlisement perpétuel. L’expression d’une déchirure permanente – inguérissable…

 

 

Tournants de pacotille – voyage de peu de joie. Lente dérive – seulement – vers les eaux ternes du sommeil. Ce que ni les traits, ni la voix ne peuvent ouvrir – et moins encore sauver du naufrage…

 

 

L’obscur entre le possible – insupportable – et l’impossible – inaccessible. Pris dans cet étau de songes qui se resserre sur la chair – sur les os – et sur l’âme – toute tremblante – atrocement effrayée et démunie…

 

 

Rien que l’âme, la peur et l’ardeur pour traverser la vie, le monde, soi, l’Autre et les saisons. Ce qui, en nous, est encore (si faiblement) vivant…

 

 

Combien de siècles devrais-je attendre avant que ma voix puisse (re)trouver le silence…

Isolé comme ces fontaines privées de leur source – et taries par la soif du monde. Moribondes – presque (entièrement) asséchées…

 

 

Son lot de mots, de jours et de possible. Comme une longue errance. Seul et apeuré dans cette grande forêt de visages…

Et le déferlement du monde en soi – tête en avant et l’âme sagement en retrait…

 

 

Tout tourne – toujours. Comme un immense tourbillon – bruyant et épais – qui se transforme – tantôt en pas, tantôt en pages…

Vies, visages et leçons jaunis par le temps – par ce défilé inepte de jours – comme si les saisons pouvaient nous restituer ce que l’esprit nous avait ôté – en réduisant la perspective à ses habitudes…

 

 

Pas d’ami – trop sombre – trop seul sans doute…

Trop profondément plongé dans cette (effrayante) solitude…

N’importe quoi pourrait nous arriver ; sans doute serions-nous seul à pouvoir en témoigner…

 

 

Qui pourrait donc voir (ou même deviner) ce que nous avons posé – si inintentionnellement – sous la langue – au milieu des mots – derrière ces cris et ce souffle parfois trop péremptoire ; un peu de silence sous les bruits – une profonde simplicité sous le verbiage et les circonvolutions langagières – l’Amour irréductible sous la colère (presque) permanente – mille vertus et mille respects, en somme, sous l’offense et la rudesse apparente…

Et, sans doute plus profondément encore, le fond même de notre vie – et toutes nos vaines exigences à l’égard de l’homme et du monde…

 

 

Survivance quotidienne – plongé(s) malgré soi dans les mille tracasseries et les mille contingences de l’existence terrestre où l’enfant et l’innocence cherchent – vainement – leur place. Trop tendres – et trop désarmés – sans doute – pour faire face à la ruse et à la faim…

 

 

Ce sont des larmes – et un peu de sang – que mon feutre trace sur la page. L’aveu d’un échec – l’aveu d’une impuissance – l’aveu d’une longue (et pitoyable) défaite. L’accouchement inexorable du destin de l’homme – voué (presque toujours) à mourir de son vivant

 

 

Sans foyer – sans sommeil. Cent jours – cent siècles – à jeter le même cri – à lancer la même encre – tantôt sur le monde, tantôt sur l’Autre – selon les connivences quotidiennes…

Comme un enfant-vieillard auquel on aurait (toujours) refusé l’âge adulte…

Comme une pierre – rude – noire – fragile – posée au milieu de nulle part – sous des étoiles et des yeux indifférents…

 

 

Un pays de désolation et de solitude – sans compromis – sans consolation. Souillé jusque dans ses profondeurs par cette incapacité à vivre, à accueillir et à s’émerveiller – et par cette inaptitude croissante à être au monde…

Mal – inadapté – partout. Inapte à presque tout, en quelque sorte…

 

 

Vie de supplices et de parenthèses. Vie intranquille et sans permission. Comme le prolongement d’une peur – la permanence d’un effroi au cœur du même abîme – parcouru de long en large…

 

 

Quatre murs – quatre points cardinaux – quatre horizons. Partout – les mêmes grilles et le même sortilège. Le rêve, le désir, le sommeil et l’illusion – mille obstacles, mille empêchements et mille restrictions plantés au fond des yeux…

 

 

Le même chant – le même désir – le même ennui – sous l’arbre, le soleil et la pluie.

Mille siècles de souffrance. L’envergure et les profondeurs (en partie) explorées sans que n’advienne, en vérité, le moindre retournement – la moindre certitude…

La même nuance – toujours – au fond des yeux (presque clos). A mâcher – et à remâcher – vainement la même parole fétide…

 

 

Lieu – passage sans doute – de l’émotion et de la pensée. Comme un orifice – une béance – dans le néant. Comme une lueur – un éclair provisoire – dans la pénombre. Comme une vie – une parenthèse récurrente (et, peut-être, éternelle) – dans l’obscurité – sans la moindre aumône – sans la moindre main tendue – au milieu de la peur et des menaces – au milieu de la ruse et de la barbarie – au milieu de la faim, du mensonge et de la tromperie – au milieu de l’illusion qui semble, en cet instant, si réelle…

Abandonné au vide – à soi – à ce que l’on croit être comme à ce que l’on est sans même le savoir…

 

 

Léger scintillement dans la main ouverte – qui laisse toutes les manifestations du monde libres d’aller et venir…

 

 

Cœur mouillé – détrempé – qui ne sait plus voir – qui ne sait plus écouter – qui ne sait plus ni donner, ni recevoir… Comme un enfant banni du monde – exclu de toute forme de communauté – rejeté derrière ses propres voiles – en cette terre où l’Amour semble perdu – introuvable…

Empêtré dans cette odeur de pluie qui le fera, peut-être, frissonner jusqu’à la mort…

 

 

Du côté de l’ombre – sans doute. Entre ce mur immense – ténébreux – infranchissable – et cette vague idée du ciel que l’âme aurait espéré plus clément ; et qui se montre – de ce côté du monde – de ce côté du cœur – profondément – trop profondément – silencieux ; un silence qui passe pour une indifférence – un manque d’Amour tant le retournement et l’acquiescement sont (devenus) impossibles…

Enfant inconsolé et inconsolable – tant que le cœur ne saura se retourner vers lui-même – vers cet espace, en lui, profondément aimant et lumineux…

Quelque chose d’inimaginable, bien sûr, en cet instant…

 

 

Existence simple et modeste – qui contemple le soleil – toujours trop lointain – voilé par toutes les exigences de l’âme…

 

 

Invité du monde. En ce lieu – à présent – à rogner la perspective idéale sans renoncer aux élans et aux impératifs singuliers – ni aux nécessités naturelles du corps, du cœur et de l’âme. Mais moins prompt, peut-être, à assassiner tous les obstacles – et toutes les causes apparentes de la frustration…

 

 

Âme – jamais – assez tendre – insatisfaite – toujours – du feu et de la cendre. De tout ce qui brûle – du monde sans yeux – du monde sans cœur – et de cette existence sans saveur. Plongée aveuglément au fond de cette impossible issue à son chagrin…

 

 

Chacun – comme tous – comme nous tous – identique(s) – dispersé(s) – à chercher ce qui pourrait nous satisfaire – nous sauver – et nous prolonger jusqu’à l’extase permanente…

Et tous tombés mort – mille fois déjà – avant de pouvoir réaliser le moindre pas…

 

 

Innocence dispersée – encore – entre le soleil et la cendre. Comme un enfant qui court la main ouverte pour attraper un peu de vent…

Mille étoiles sur l’asphalte noir. Mille allées interdites dans l’âme privée de monde et de chemin…

 

 

A goûter la moitié de la vie – la moitié du monde – la moitié de l’âme. Encore trop prisonnier du désir de grandir et d’aimer sans jamais haïr ni disparaître. A l’écoute de ce vivant en nous qui cherche à croître sans jamais accepter les empêchements de l’ombre – son autre part – qu’il a involontairement oubliée tant elle lui semble étrangère…

 

 

Invisible comme le silence – l’écoute – et l’ardeur manifestée (puis consumée). Cette vie portée par le regard. Comme une marche interminable autour – et au cœur – de soi – essayant de se goûter à travers tout ce qui l’effleure et la traverse…

 

 

Âme nue – dépouillée – tremblante – éplorée et implorante – à peine debout – sur toutes les rives où les vents et l’océan se reflètent et emportent ce que nous avons cru être – ce que nous avons cru construire – ce qui nous semblait le plus précieux – et qui, sans doute, nous rassurait seulement…

 

 

A veiller, peut-être, vainement. A attendre ce qui ne viendra, sans doute, jamais. Comme plongé dans une présence et un labeur inutiles – jusqu’à la dernière heure…

 

 

Nous avons retenu le possible jusqu’à nos dernières forces. Et ne reste plus – à présent – la moindre ardeur. A peine le courage de rester là dans la douleur, la tristesse et l’inconfort. En ce lieu qui, à cet instant, ressemble à l’enfer – au néant sans issue, sans appui, sans échappatoire…

 

 

Chemins partagés qui se séparent. Rupture de destins. Et cette main désespérée qui s’agite dans les vagues…

Bout de chair fracassé sur les rochers – âme engloutie au fond des abysses – emportée vers un lieu plus insupportable que la mort…

 

 

Comme un oiseau sans aile sous l’orage. Perdu en plein ciel. A la dérive. Ecrasé par l’Autre – par la vie, la mémoire, la peur et l’inconnu. Comme si les vents étaient un souffle inévitable – un souffle obstiné – jouant (et jouissant de son jeu) avec tous les visages du monde – les faisant tantôt monter et se rapprocher, tantôt chuter et s’éloigner…

Et dans la multitude de ces états, la poursuite, peut-être, de la même unité et du même partage…

La joie unifiée et sereine et la joie fragmentée et errante. L’unité et l’éclat se cherchant l’un dans l’autre…

 

 

Exilé de tout ce qui demeure accroché au loin. Exilé toujours – exilé sans cesse – de la communauté des hommes, de l’Autre, de soi. Ecrasé et soulevé par la puissance du désastre permanent. Seul au monde – et seul en soi – abandonné par le plus précieux que nous portons…

 

 

Jouet des tourmentes et du néant qui brisent et éparpillent l’âme en mille fragments tranchants – en mille fragments infimes – à peine visibles. Aspiré dans ce tourbillon féroce – vorace – où la nuit est présente partout – à toute heure – sur terre comme au fond de l’âme – au ciel comme au fond des yeux. Le noir brutal – affamé – acharné – dont on demeure – à jamais – la proie impuissante…

 

 

Vie et temps sans soleil – aux saisons éternellement tristes. Et cette prière, en nous, jamais entendue – jamais rejointe – irejoignable peut-être. Comme un cri permanent – comme un cri supplémentaire – lancé, à chaque instant, dans l’espace vide du monde et de l’âme…

 

 

De crise en crise – de rupture en rupture – d’effondrement en effondrement – à espérer encore… comme s’il pouvait rester quelque chose à la fin…

 

 

Une âme à terre – un cœur brisé – un semblant de vie – et cette tristesse insondable comme seule couronne…

 

 

Rester l’âme nue sous les pierres et sur la braise. Fragile comme un enfant – comme un nouveau-né – qui sent son cœur blessé – brisé – mutilé jusqu’au fond de sa chair – et ce besoin d’Amour – inassouvi – si puissant encore – prêt à rejoindre – et à embrasser – le premier visage – le premier soleil – à sa portée…

 

 

Si craintif – comme le sang dans nos veines et nos rêves de ciel…

 

 

Embuscades à chaque croisement où guette le néant. Peur au ventre. Avec ce goût amer dans la bouche comme si la mort était déjà, en nous, présente – et prête à nous livrer à l’inconnu. Porte, fente, défaillance. Et pas la moindre issue, en vérité – ni ici, ni ailleurs – et cet espace en soi toujours aussi introuvable…

 

 

Entre déviance et errance – entre déni et méfiance – la peur qui, en nous, fait obstacle – et qui creuse son fief pour interrompre la marche – rendre le chemin plus difficile encore – et l’issue hors d’elle introuvable…

Ainsi, peut-être, se perpétuent le monde, la quête et le désastre…

 

 

Un feu – et une âme, peut-être, brûlée pour rien. Cœur en chute – en cendres – porteur d’une nuit infiniment tragique. Entre délires trompeurs et délices mensongers. Comme le renforcement d’une illusion – d’un écran de fumée entre le réel et ce que nous sommes – entre le rêve et notre désir – intarissable – inguérissable – d’infini…

 

*

 

Devenir son propre Amour et sa propre lumière… Commencer par devenir son propre Amour et sa propre lumière… Puis, voir si l’on peut devenir un infime soleil pour l’Autre, pour les Autres, pour le monde et ce qui nous entoure. Et laisser enfin émerger, de façon naturelle, notre manière spécifique de contribuer à cet au-delà de soi…

Et à l’aune de cette perspective, voici ce qui nous apparaît (pour notre propre cas) : offrir sans attente – ni exigence d’écho – de façon gratuite, invisible et anonyme (lorsque cela nous est permis) – une présence, des gestes ou des paroles (aussi tendres et éclairants que possible) – selon la nécessité des circonstances – en parvenant à s’en réjouir pleinement – à la manière (peut-être) des ermites et des moines plongés dans la solitude et la réclusion – et protégeant leur âme derrière leur clôture – mais dont l’essentiel des prières et des actes – si discrets – si insaisissables – sont tendrement et profondément – tournés vers le monde…

 

 

L’éloignement et la distance sont parfois les plus justes garants de l’Amour vivant – de l’Amour humblement incarné…

 

 

La vie sans limite – et sans limitation possible. A être là – tout tremblant – ému jusqu’aux grandes eaux qui submergent. Dans l’ardeur et la tendresse entremêlées. Couché, en quelque sorte, dans la tristesse et la douceur du cœur ouvert et brisé…

A glisser sans cesse entre le Divin et l’humanité – et d’une extrémité à l’autre parfois – sur cette étrange échelle intérieure…

La vie humble. La vie simple. La vie pure. La vie la plus précieuse, sans doute…

 

 

Ouvert et limité. Offert et repris. Seul – éminemment seul – et complet. Boucle infime et infinie sur elle-même. Unifiée et démultipliée. Sans pareille…

Perdu et retrouvé. Fragmenté et indissocié…

Genèse d’une naissance. Testament d’un ravage et d’une dévastation…

Exil et retrouvailles. Voyage long et difficile – parfois tortueux – souvent douloureux – et évidence fulgurante – sans le moindre détour…

 

 

Tout s’effondre et bruisse de certitudes…

Bras ouverts à l’horizontale – presque en croix. Chevilles liées – engluées dans la matière. Tête attentive – peut-être ailleurs déjà (ou, du moins, en partie). Et l’âme presque à la verticale – vide – posée entre ces vieilles cendres, ces amas de pierres noires et la lumière – sous cette voûte sans témoin – sans horizon…

 

 

Présence patiente aux marges de la page – aux marges de l’écriture – dans la défection du poème – au seuil de cette vie invitante

 

 

Enfant de la nudité et de la désespérance. L’origine du masque et des danses. Le visage de Dieu et de la folie. Ce qui tourne encore – et s’avance, si vaillamment, dans l’immobilité. La joie et la part tremblante. Ce qui défie et ce qui acquiesce. Le monde et la solitude. Ce qui meurt en vivant – et ce qui est vivant au-delà de toute finitude. La vérité et le mensonge. La grâce et l’abandon. Et toutes ces peurs qui emprisonnent. Et l’âme glacée – grelottante – pétrie de froid et de solitude. La foule et la déraison. Le temps et l’instant. Le feu qui veille. Les saisons qui passent. Et la mort qui s’approche…

Tout est goûté – et vécu. Et, pourtant, rien n’est dit. Rien n’existe peut-être… Les mots sont – toujours – impuissants – à témoigner ; chiffon de soie parfumé, en quelque sorte, à glisser dans sa poche – et à sortir de temps à autre pour sentir – respirer – et éprouver peut-être – cette joie – cette tristesse – cette tendresse – et ce silence – inscrits entre les lignes – entre les mots – pour remplacer le bras tendre et aimant d’un-e ami-e – mais qu’il faut ensuite – aussitôt le parfum inhalé – laisser choir sur le sol – ou poser sur un banc – pour qu’un Autre, un jour, le ramasse à son tour et en fasse usage le moment venu…

 

25 décembre 2019

Carnet n°216 Notes sans titre

Tant que demeurera l’horizon – autant de fois que l’on nous le demandera – nous nous présenterons à la suite des choses – le visage recouvert par ce bleu immense – inconnu – incompris…

 

 

L’ermite – ici – et au loin – là-bas – la meute. L’éternité et les siècles – ce qui grogne (qui continue de grogner) et le silence – ce qui attend (avec fébrilité) et ce qui est serein – immobile…

Le ciel et la terre – séparés – tant que durera l’ignorance…

 

 

Nous – tout nous confondrait…

Tant de mélange et de remue-ménage qu’on ne sait plus où se trouve la place des choses…

Tout dans tout – n’importe comment – en apparence…

Mais la source combine avec intelligence – avec lucidité – initie nos gestes en obéissant au jeu et à la nécessité…

Ce qui nous compose – admirablement…

 

 

Ce qui nous manque révèle nos faiblesses – définit ce que nous sommes – notre visage de terre et notre visage de feu – ce que le ciel ne peut apaiser – cette faim que nous essayons de satisfaire à tout prix…

Et toutes les choses du monde avec lesquelles on emplit – très partiellement – très provisoirement – notre immensité…

 

 

Le bleu secret du monde que le rouge recouvre – que le gris obscurcit (un peu). La couleur exacte de notre présence…

 

 

Le seul royaume – en vérité – existe hors du temps – au bord du cercle dont nous croyons occuper le centre. Au croisement des dérives et du monde. A l’intersection de toutes les errances…

Au sommet de cette haute colonne – en général – on imagine Dieu – ou la lumière – assis au-dessus des territoires – au-dessus des frontières – au-dessus de tous les yeux tournés vers le ciel – à genoux – en prière – en ce lieu – quelque part – où tout arrive – où il faudrait se hisser – jamais là où nous nous trouvons – jamais à notre hauteur…

 

 

Au cœur – autour – partout – l’être – ce qui est nous-même(s) – identique et différent – sous nos traits – et autrement – vivant – invisible – notre visage – notre sève – notre essence…

 

 

L’unique porte du royaume – en soi – qui s’ouvre peu à peu…

Et rien que le silence complice…

 

 

Des mots comme des graines – disséminés par le vent – emportés parfois sur des terres propices – parfois sur des sols incultes. Qu’importe où cela tombe – qu’importe où cela fleurit – désert ou jardin – partout – la résurrection aura lieu…

 

 

Dans la virginale nudité de l’être…

Affranchi de toutes les corruptions possibles – ou les laissant advenir jusqu’au plus haut degré du sacré…

 

 

Du monde – en soi – jusqu’à ras bord…

Ce qui nous prend et nous enchaîne…

Un quotidien déséquilibré qui absorbe tout ce qui passe à sa portée ; choses – idées – bruits – fleurs – visages – soucis – comme mille petits cailloux dans les poches – tout un savoir inutile – des expériences (presque) sans valeur – de quoi (simplement) alimenter la défaite et l’élan suivant vers (espérons-le) le vide et le silence…

 

 

Rien à vaincre – rien à éloigner – rien à décider – oublier ce qui semble nous constituer – cette croyance en notre réalité individuelle…

Des instants – des élans et des courants – simplement – qui passent – qui nous défont ou nous emportent…

Rien de grave – pas l’ombre d’une chose sérieuse (ou inquiétante)…

Du vent et du rire devant tant de manières – devant tant de poussière – devant ce presque rien que nous sommes…

Comme des milliards de bulles d’air dans une sphère immense – du jeu et de la légèreté…

Mille bruits – mille confusions – des échanges et de la transformation dans un silence qui jamais ne refuse – qui jamais ne se lasse…

 

 

Ce qui est – et tous les possibles ; voilà ce que nous sommes – voilà notre tâche…

 

 

Ici – ailleurs – dehors ou dans notre chambre – qu’importe – nous ne pourrons jamais quitter le centre…

 

 

Ça palpite tant au fond du cœur que face au monde – face à la vie – face à la mort – l’âme est toute tremblante…

 

 

Seul l’Absolu (l’infini et l’éternité) peut consoler notre sentiment de finitude…

Un peu d’immensité dans presque rien…

 

 

Rien qui ne soit au sommet de l’âme – au sommet du monde…

 

 

Pour quelles raisons le tragique du monde – et celui de tout destin terrestre – ne nous rendent-ils pas plus sensibles… Sans doute parce que nous oublions le tragique pour trouver la force (et le courage) de vivre…

 

 

Des vies qui n’ont l’air de rien – et qui, de fait, ne sont pas grand-chose…

 

 

Ce qu’il reste – après le passage du temps – quelques vestiges branlants – puis, peu à peu, de la poussière – comme le seul règne possible de la matière – en dépit des apparences (toujours changeantes – toujours trompeuses)…

 

 

Rien ne peut être évité – chaque circonstance – chaque instant – chaque joie – chaque souffrance – a sa place dans notre existence – et dans celle de quelques autres ; à chaque fois – le moyen de nous révéler davantage – de nous approcher, peu à peu, de notre vrai visage…

 

 

Des mots frottés dans le sang – dans la sueur et les larmes – il ne peut y avoir d’autre écriture si l’on veut – un tant soit peu – aborder l’essentiel…

Des mots qui pèsent leur poids de chair et d’âme…

 

 

Le langage – très bien – mais rien ne peut réellement être dit – partagé…

Les livres – dans le meilleur des cas – ravivent ce que nous avons vécu ou éclairent ce que nous sommes en train de vivre. Et en offrant cette remémoration – ou en proposant leur éclairage – ils nous ouvrent les yeux sur l’importance de certains événements dans notre vie – et cette prise de conscience permet de les graver au fond de notre âme – au-dedans de notre chair – au-dedans de nous-mêmes. Certains ouvrages parviennent même à faire pénétrer ces expériences dans notre sang – à les transformer en substance personnelle – en part de soi incontestable…

Grâce aux livres (et à mille autres choses, bien sûr) – l’esprit peut comprendre que nous sommes bien davantage que ce que nous croyons être – au-delà de l’idée de nous-même, nous sommes aussi tout le reste – ces mille éclats du monde – ces mille émotions – tout ce qui nous a touché – ravi – blessé – meurtri… Qu’importe les expériences (et leur nombre), toutes sont une manière d’approfondir et d’élargir l’identité – de nous faire sortir de notre périmètre étroit…

 

 

Le monde comme un oubli de soi – une manière de s’absenter – de s’éloigner de l’essentiel…

Des continents négligés – un trou à la place du centre – le vide déshabité devenant, peu à peu, néant – insupportable vacuité…

Entre mille choses et l’infini – ce qui ne bouge pas – ce qui ne peut se décider – ce qui attend la fin du temps…

 

 

Des siècles d’arrangements et de compromissions au lieu d’affronter la solitude – de plonger dans son tête-à-tête – de réduire le monde à sa propre compagnie…

 

 

Du sang – du souffle – ce qui traverse l’esprit – les tentatives du langage – la parole terrestre – sans mémoire – sans repère – la lune sans le ciel – la malédiction de toutes les naissances…

 

 

Le sol et le ciel sans témoin…

 

 

Il n’y a qu’un peu de rêve dans l’océan – et des milliards de fenêtres sur l’infini. Et il suffit d’en ouvrir une (une seule) pour être accueilli…

Pas d’instinct – pas de ruse – pas de réification, ni d’esclavagisme…

La terre la plus paisible – ce qui offre à la chair son plus juste mélange…

 

 

Rien que des prémices – des expériences propédeutiques…

Des fenêtres et des phares pour éclairer la route…

Quelques rencontres – et un chemin à débroussailler au milieu des vestiges – l’enfer persistant d’autrefois…

 

 

L’absence du monde comme la possibilité de révéler l’Autre en soi…

 

 

Tant de présence à l’intérieur du jour…

 

 

Une parole qui prend appui sur l’âme et la pierre…

Tout au-dedans de l’attention – et le langage à la traîne – bien sûr…

 

 

Le monde à l’échelle du rire – peu de chose en vérité – quelques pierres dérisoires – un peu austères – un peu grises – merveilleuses – sur lesquelles s’agitent et s’éreintent trop d’âmes graves – trop de visages solennels…

 

 

Rien que des hauteurs – un langage sans prière…

Du sang neuf – renouvelé – sans sacrifice…

Du rôle – de l’efficacité – de la fertilité – bannis – rejetés aux marges du nécessaire – trop loin (beaucoup trop loin) pour exister réellement…

Le quotidien plus que solitaire – érémitique…

Une itinérance – de forêt en forêt…

Une tête sortie des enfers – et qui y retourne lorsque le séjour dans les cités – malheureusement – se prolonge…

La violence contre les parois – au-dedans et au-dehors…

La traversée – inévitable – de soi et du monde…

 

 

Rien qu’un sourire – et notre âme offerte – pour aller dans le monde – faire face aux visages – traverser les circonstances…

Et cette ardeur au-dedans qui nous pousse sur des chemins de plus en plus infréquentés…

 

 

D’un continent à l’autre – sur la même peau. Des paysages – des architectures à même la chair. L’apparence du monde…

 

 

Ça circule au-dedans de soi – et autour – comme si nous étions plusieurs à l’intérieur – au milieu du monde…

Ni séjour – ni destination – ni point de départ…

Le temps expurgé – libéré du temps. Des soustractions comme seules réponses possibles…

Mille manières de vivre – et une seule façon, sans doute, d’être au monde – vivant…

 

 

Tout nous dirige au-dehors – là où l’on imagine être mieux – davantage – rassemblé ; des fragments réunis – plus vifs – lavés de la mémoire – avec, derrière nous, un grand mur blanc – et devant, un petit tableau noir sur lequel pourrait s’écrire l’avenir…

 

 

L’opportunité de la glaise – ce que nous croyons être une chance – et qui n’est, sans doute, que le prolongement de l’épreuve – une terre réservée aux âmes opaques – encore trop peu sensibles – encore trop sujettes à la grossièreté de la matière…

 

 

Nous – sans être nous – mille visages sous l’apparence…

Le masque et le temps – jetés à terre – et rien à la place – pas le moindre édifice – ni soi – ni un Autre – et moins encore d’effigie – quelque chose d’indéfini – d’indéterminé – changeant et provisoire – toujours…

 

 

Quelques drames encore – à l’intérieur – les répliques, peut-être, de la secousse initiale – gigantesque – magistrale. Des vagues – un courant – l’air du large et l’océan. Des naufrages et quelques archipels – refuges fragiles au milieu des eaux…

Un peu de blancheur sur notre peau brunie – sur notre peau toute fripée – à force de voyage – à force d’immersion…

 

 

Ce qui loge – en nous – cherche à tâtons tous les possibles – une voie navigable – une autre naissance – le moment décisif pour s’échapper…

 

 

L’ardeur du sang qui circule – avide d’air nouveau et de ciel moins bas – de fenêtres ouvertes sur quelques étoiles – trop lointaines pour être atteintes – simple manière de rêver – de s’offrir sans effort un peu de lumière…

 

 

Le monde – une géométrie sans équation dont nous serions, peut-être (qui sait ?), l’inconnue principale – la trajectoire – l’infini – et, sans doute, la valeur relative à déterminer – une somme aporétique non modélisable – et sans aucune représentation exacte possible…

 

 

La vie comme un chemin – en nous – entre nous – un voyage – mille errances – des peurs et des habitudes – des masques et des armures – mille incompréhensions…

Mille tentatives de se tenir debout…

Et quels que soient les efforts, le courage et les batailles – la victoire, à la fin, de l’horizontalité – du bois et de la pierre sur la chair…

 

 

Sous la même arche que le vent – à demi emporté – comme si nos pieds ne touchaient plus terre. Nous nous déplaçons ainsi – d’une rive à l’autre – d’un langage à l’autre – d’une vérité à l’autre – toujours tourmenté – toujours au-dessus des choses – sans certitude – sans territoire – la chair partout dispersée…

Vivant – comme si vivre était le seul voyage – la seule aventure possible…

 

 

Nous n’abritons rien – nous n’allons nulle part. Tout existe déjà – sans cause première – (presque) sans raison – le corps – le langage – les civilisations – débris d’une chair unique – fragmentée par la volonté originelle et les mille tempêtes du monde…

 

 

D’automatisme en automatisme – la vie passe – se déroule – dans une sorte de sommeil continu – comme une torpeur épaisse du début à la fin – et (presque) sans la moindre étincelle de conscience…

L’ombre, la faim et le néant – très (très) peu enviable l’existence sur terre…

 

 

Personne – comme le signe d’une vérité. Et l’individualité qui rechigne encore à s’effacer. Vivant au milieu de ce double visage – entre ces deux perspectives – ces deux formes de réalité…

Au carrefour du visible et de l’invisible – de l’apparence et des profondeurs – de l’évidence (si souvent trompeuse) et du secret (parfois transparent)…

 

 

La vie descendue des étoiles – à même le sol – à même le sang – au milieu de la mort et des larmes. Au cœur de la finitude (du plus tragique) dont l’éternité (joyeuse) n’est pas toujours (loin s’en faut) perceptible…

 

 

L’aube – la vie – le monde. Mille chemins – mille manières de s’approcher du silence…

Et le même vertige dans le sang…

 

 

De l’ombre quotidienne – comme des couches de mémoire superposées – présentes depuis (trop) longtemps – sans le moindre consentement…

 

 

La folie de mille Autres – en soi. Comme une tempête permanente. Des secousses hors de leur territoire. Des victimes et des meurtriers…

L’âme exsangue et la main assassine…

L’ardeur d’un fauve sur sa proie…

Et des larmes qui coulent sur les joues…

Partout – l’infamie – la tristesse et la culpabilité…

 

 

Rien que des prémices – rien qu’une succession de jours. Des souliers – des pas – des chemins. Et mille territoires à explorer. Et, plus que tout, ce que l’âme aimerait découvrir…

 

 

Seul plutôt que dans la fausse compagnie des Autres. Seul plutôt qu’au milieu du cirque – de la comédie – de la grande mascarade. Seul – hors du cercle – hors de la scène – hors même du théâtre…

Sur un banc – quelque part – loin – très loin – là où le monde n’est plus le monde…

 

 

Entre les pierres et le sommeil – la source à trouver…

Rien que nos paumes ouvertes face à ce que la vie défait…

 

 

L’Amour – parfois – comme un poing fermé – une chair blessée qui se recroqueville – une âme aux ailes déchirées que l’on jette dans le premier fossé…

Et – parfois – une manière de revenir à soi – de protéger l’essentiel des assauts du dehors – de se resserrer sur ce qui a été épargné par le monde – sur ce qui aspire à se régénérer – à renaître – à se déployer – l’Amour lui-même…

 

 

Plongé dans le monde comme au cœur du rêve d’un Autre – lointain – abstrait – irréel…

 

 

Au cœur de la même densité qui – chaque jour – se creuse davantage…

 

 

De plus en plus loin du cercle – de plus en plus invisible – comme si nous n’avions plus que deux yeux à la place du visage…

 

 

Ce qui nous relie – dans l’intimité du jour…

 

 

Une manière de bouger les lèvres – et dans cette parole – sentir toutes les secousses de l’âme – l’être vibrer jusqu’au cœur…

Une parole pleine – dense – profonde – qui n’a d’égale que le silence…

 

 

Une âme sans boussole – sans arme – sans étiquette – prête à innocenter le monde – à accueillir tous les suicidés – ouverte même aux siècles imbéciles empêtrés dans la ruse, le mensonge et l’infamie…

 

 

Rien de grave – ni d’inquiétant – le monde qui tourne – la vaste colonie humaine dans ses œuvres d’envahissement – les bêtes que l’on égorge – la terre que l’on exploite – les plantes que l’on sème en ligne – en masse – pour le fourrage humain – les pierres et les sous-sols que l’on pille…

Rien de grave – ni d’inquiétant – le point culminant, sans doute, de l’hégémonie et du massacre – l’apogée de l’horreur organisée – la consécration joyeuse des crimes et des tueries industrielles…

 

 

La danse des bâtons – autour de soi – farandole qui nous encercle – qui se resserre – sur le point de nous étouffer…

 

 

A vivre – comme si le naufrage était la seule destination possible – comme une course arrêtée – un voyage stoppé net – une chute, puis des dérives – la poursuite de l’errance – ailleurs – autrement – la continuité de la pente…

Ce qui nous fait pencher – puis, basculer. Ce qui nous précipite dans le vide – vers nous-même – dans l’attente inconsciente de ce tête-à-tête déterminant…

 

 

A vivre – et la nuit – et dans la proximité des étoiles – dans un mouvement de balancier – avec d’étranges oscillations entre le rêve et le recommencement. Comme une respiration – un battement régulier – un ballet mécanique…

A vivre dans le règne permanent des mondes parallèles – le sommeil en tête….

 

 

Au carrefour des crucifiés – au milieu de l’absence – au cœur de tout ce qui (nous) sépare…

 

 

Le monde comme un tunnel – une fausse issue vers le silence – un poids suspendu au-dessus de nos têtes – un point (minuscule) dans l’espace – rien dont nous puissions être sûrs…

 

 

Rien n’émeut la foule et l’homme ordinaire – trop crispés sur leurs habitudes – sur leurs certitudes – où l’Autre et le monde n’existent pas – ou seulement comme possibilité d’assujettissement ou de jouissance…

L’humanité – avec ses modes relationnels grossiers – qui voudrait nous faire croire qu’elle est ce qu’elle ne peut être encore…

 

 

Des vies à remplir – du temps à occuper – mille manières de se distraire…

 

 

Rien – que des lambeaux du monde défait – des bribes de matière et d’histoires. Ce qui brille comme une évidence devant nos yeux…

Rien – comme du néant habillé de ciel – mais, en réalité, du ciel habillé de néant. L’essentiel déguisé en multitude – recouvert de parures et de superflu…

Rien ne peut être dit – la parole comme la marque d’une infirmité. Seul le geste révèle l’envergure du silence – et le mystère que nous sommes…

 

 

Pure émotion – le tragique et l’humilité – l’innocence et la nudité – l’incertitude et l’inconnu...

Quelque chose comme un regard sur une porte immense qui s’ouvre peu à peu…

Le lent effacement d’une identité mensongère devant l’apparition progressive de notre vrai visage…

 

 

Tout ce qui nous détourne – nous distrait – nous éloigne. Une manière de tourner en rond – une forme d’errance en boucle, en quelque sorte…

C’est cela que les hommes privilégient – cette façon de vivre ; mille choses – mille gestes – mille actes – pour tenter d’échapper au pathétique et à la tragédie…

 

 

Comme une terre étroite – sans soleil – sans horizon – tout juste de quoi se tenir debout et mettre un pied devant l’autre…

 

 

Seul – sans alliance – hors de tous les cercles – ceux des victoires et ceux des massacres. A l’écart – sans ressemblance – sans assemblée – au milieu de personne – en soi – comme le monde et le reste…

 

 

Ce que le monde nous interdit – ce que l’âme nous autorise – le baiser aventureux sur les lèvres de l’Autre et ce goût de mort qu’il nous laisse dans la bouche – le soin de notre carcasse usée par les amours déçues – notre âme épaisse et le sang encore vif dans nos veines…

Tout ce qui désobstrue la vue…

Tout ce qui favorise la lucidité…

 

 

Trop de distance entre nous et les Autres pour être entendus – appelés – compris – ensemble…

 

 

Les heures – à présent – s’écoulent – singulières – intenses – vibrantes – uniques. Et tout est contenu dans leur silence…

 

 

Notre solitude – autour du noir – au milieu de la lumière. Un désert comme un centre – un carrefour où mènent toutes les routes – quelque chose qui ne s’atteint que par l’errance et l’abandon…

 

 

Ce que la vie brûle et défait – exactement ce qu’elle nous a offert au fil des pas – le présent en plus – celui de nous laisser seul(s) avec nos douleurs et nos questions – et la réponse au centre – au fond de l’attente qui se creuse à mesure que l’on s’abandonne – à mesure que l’on se laisse submerger par la désillusion qui dessine autour de nous – puis, en nous – des paysages de défaite et de désolation – une forme de néant – le terrain le plus propice à la découverte – et à la rencontre – de ce que nous sommes…

 

 

Une paire d’yeux pour cisailler le réel – un regard pour oublier – et deux mains pour consoler ce qui en nous – ce qui partout – n’a encore compris…

 

 

Du silence et de la grisaille. Rien d’autre aujourd’hui. Une partie du cœur – là – présente – et l’autre ailleurs – on ne sait où – partie, peut-être (l’idiote) rattraper un bout de vérité qui s’enfuyait…

 

 

Existence cachée – étrangère aux hommes – proche de la parole discrète et du silence – des bêtes – des arbres – des pierres – de la nuit désertique…

 

 

A se détourner du monde comme l’on se détournerait d’un monstre odieux – répugnant – méprisable…

 

 

D’un labyrinthe à l’autre – d’un sommeil à l’autre…

Vivre ; déambuler – se cogner – rêver – les yeux clos…

L’absurde existence de surface qui n’a (encore) trouvé son ancrage intérieur – vertical – le socle de toute matière – de tout phénomène – sa connexion au cœur infini…

 

 

Rien – la mort – comme un compte à rebours…

Ici – rien de ce qui était – rien de ce qu’il y avait – autrefois – le passé vaincu – le temps bouleversé – presque à terre…

Une marche lente à travers les jours qui se succèdent – parmi personne – les seuls visages ont disparu ou se trouvent à l’intérieur – et parfois les deux…

Nous ne savons plus où aller – ni où jeter les contenus successifs de la tête…

Nous flottons autour – au-dessus de nous-même – quelque part – là où nul ne peut nous voir – là où nul ne peut nous retrouver…

Entre l’invisible et l’inexistence – nous sommes…

 

 

Ça tourne au-dedans de tout – ce sable – ces rêves – nos mille substances…

Ça se dilate – ça se rétracte – ça devient, peu à peu, une extension du corps et du langage – un monde prolongeant le monde – un surcroît d’océan – un ciel extensible avec, dans chaque repli, des milliards de galaxies – des milliards de visages étranges – des images, peut-être, que l’on projette sur nos propres murs – dans cette enceinte étroite qu’est la tête – les sous-sols de l’esprit – le même espace qu’aux origines mais recouvert d’os – de sable – de pierres – de vieux rêves brisés – une aire obstruée (presque entièrement) – saturée – pleine – qui est devenue trop limitée (à présent) pour accueillir une seule parole – une seule once de vérité…

 

18 août 2020

Carnet n°243 Notes journalières

Dans le défrichement illusoire du monde – la tête penchée – l’âme près du sol – à peine existante – à chercher dans les livres un peu de courage – un surcroît de vitalité – la langue oubliée des Dieux – ce qui nous consolerait de vivre – l’exacte contrepartie de nos malheurs…

 

 

Dans l’antre des monstres et des Dieux – ensemble…

Au plus près du refus – juste derrière – en vérité – là où la connaissance indiffère – devient caduque – là où l’acquiescement est la seule règle – la seule loi – là où nous sommes déjà – sans même le savoir – malgré nos résistances – malgré notre inertie…

 

 

A présent – en ce lieu où le sens prend tournure – sans démenti possible – autant que la plus haute absurdité – dans l’éloignement de ceux qui se disent nôtres – de ceux qui nous ressemblent – dans l’abandon des têtes amies – des têtes alliées – de toutes nos tribus imaginaires…

 

 

De dérive en dérive – jusqu’à l’exclusion – jusqu’aux frontières dépassées du monde – jusqu’à l’autre bord – jusqu’à l’autre rive – jusqu’aux antipodes d’ailleurs – ici même en réalité…

Parfaitement immobile – en quelque sorte…

 

 

La main parfaitement alignée sur l’âme – le centre – l’infini – ce que Dieu attend et ce qu’il est capable de réaliser – à travers nous…

 

 

Tout qui s’enchaîne – jusqu’à la beauté – jusqu’au parfait silence ; la complétude – comme notre seul désir – celui par lequel tout arrive et se succède…

Lâcher l’inutile – abandonner ce qui persiste à s’acharner – se glisser dans la fièvre et les tourments – devenir le mal lui-même – et demeurer au cœur de tous les centres…

Se libérer alors devient la seule possibilité – l’élan naturel au-delà de la volonté – au-delà des exigences du monde et des Dieux…

Notre seule réalité – sans doute…

 

 

Des herbes et des âmes chavirées – piétinées – abandonnées à leur sort – à leur inconsolable solitude – à ce salut qu’elles ignorent – cette manière de se tenir debout – dressées et fragiles parmi les Autres – au milieu d’une nuit qui jamais ne dit son nom…

 

 

Seul – sans manque – sans attente – sans réponse – sans remède – comme un tertre – comme un peu d’air – au milieu du ciel – comme un trou – un peu de terre – à même le sol – tombé là sans que le hasard, ni les Autres s’en mêlent…

Des visages – des pieds et des tombes – au cœur d’un incroyable tohu-bohu…

Du feu – le miroir central et les reflets périphériques – brisé – dilués dans les paysages – une sorte de rupture et de flou – quelque chose de fort peu raisonnable – comme une sensation – une impression de mort au milieu des couleurs – comme une âme vivante au milieu d’un écho très ancien…

 

 

Dans les ténèbres obstinées – le jour qui veille – attentif – derrière tout ce qui a l’air triste et sombre – derrière tout ce qui affiche une noirceur apparente et trompeuse…

 

 

Les lèvres de l’Amour dans nos veines buvant, malgré elles, le sang des Autres – amoureusement – pas même révulsées par la grossièreté (inévitable) de ce monde…

 

 

L’âme triste – les poignets harassés – à force de se hisser vainement au-dessus de ce qu’on ne cesse de nous offrir – comme un manque – une quantité jugée toujours insuffisante – ce qui nous emplit, pourtant, jusqu’à la garde – jusqu’à l’écœurement – jusqu’au franc débordement…

Le cœur et le ventre pleins – repus et sans joie – sans l’émerveillement nécessaire que seule la frugalité reconnaissante peut offrir…

 

 

Immobile – comme le jour – malgré l’affairement alentour – la gesticulation des vivants…

Au milieu des vents – au milieu du sable – la peau et le cœur emmêlés – quelque chose d’une apparence – comme une matière qui tressaille…

 

 

Ce qui danse sous nos carapaces…

Le monde entier dans nos yeux immobiles…

Mille mouvements et mille rythmes au-dedans du vide…

 

 

Rien ne peut mourir dans le regard tant tout semble inexistant – partiellement là – parfaitement relié au reste – de mille manières…

 

 

Le vent sait ce que lui confie le vide et le vide rit de ce que lui confie le vent ; et nous autres, l’un et l’autre – et, très souvent, plus l’un que l’autre – alternativement – comme si trouver son équilibre était la chose la plus difficile au monde…

 

 

Nous sommes la chance du monde – et sa malédiction ; les intentions de l’âme et la vie blessée à mort…

 

 

Il y a de très vieilles douleurs dans les couloirs de l’univers – de très vieilles douleurs et des âmes en fuite – et des âmes en quête – quelque chose d’incompris (et d’incompréhensible par la raison) – quelque chose à défaire et des liens à réaliser ; se rendre compte de nos mensonges et de nos inventions – des ciels et des gouffres que nous avons artificiellement construits…

Des idées autant que des ombres…

Un monde où l’être est absent – en apparence ; un plénipotentiaire déguisé qui prend un malin plaisir à incarner son contraire…

 

 

Des existences où, en vérité, il est impossible de mourir – et où la mort demeure très largement incomprise…

Debout – à travers toutes les naissances…

Debout – sans jamais la moindre fin…

 

 

Nous – dans le jour – avançant confusément – vivant comme si l’innocence n’était qu’un mythe – un idéal hors d’atteinte – une crête invisible au milieu des vents…

Nous – croyant vivre – et ne cessant de mourir – en vérité – les Dieux et la douleur mélangés – et la joie (imperceptible) présente au milieu des danses…

 

 

Des traces sur nos lèvres – sur les chemins – la lumière tenace malgré le défilé des saisons et des visages…

 

 

Ce que nous achevons sans courage…

L’encre et sa cargaison de baume et de venin…

Le monde aussi subtil que nos pages…

Une interminable leçon de modestie…

 

 

Dans le caprice des heures – empêtrés – à la manière d’un feu dans le noir – dans la nuit – visible mais inaccessible – pris dans les nécessités de vivre et l’incroyable vigueur des choses de la terre…

Sans loi – sans nom – dans une veille sans intention – sans ambition – soudés à l’Amour et au langage – aux jeux du monde et des Dieux interprétés par l’esprit…

La tête en sang – dans le vertige de l’imaginaire – comme un enfant soudain séduit par la fraîcheur de l’eau – la tendresse de l’herbe – la beauté des nuages – toute la poésie du monde…

 

 

Au-dedans des ronces – solitaire – à manier le silence comme la seule véritable épiphanie – à la fois perpétuelle et récurremment différente…

 

 

Les signes du corps – de l’âme – du destin – alignés sur la page – pointant sans violence – sans hardiesse – vers le ciel – l’Absolu – le seul repère…

 

 

Toutes les morts additionnées – indéchiffrables – comme des sentinelles autour du sommeil – comme une monstruosité apparente et opportune – comme un piège dans l’espace – la seule issue possible – sans doute…

 

 

Du temps – ce que l’on imagine être le temps – de l’Amour – les mains vides ; ainsi marche-t-on sans souffrance – le parfum de la mort sur les lèvres – comme une fleur nécessaire – délicate – comme une chose que l’on chérit – la condition du changement – des possibles – de la joie…

 

 

Le visage des jours sur l’âme et les mains – flétri(es) – comme la peau d’un ancêtre que l’on aurait revêtue – un peu hiératique – un peu surannée – quelque chose comme un reste de neige – le manteau du passé que l’on aurait traîné trop longtemps derrière soi et qui aurait pris la couleur de la poussière – la couleur des chemins…

Un sourire gris sur la figure – comme une tristesse figée – comme un masque qui découragerait le monde et la joie…

 

 

Un peu de vent sur les yeux – comme une prière – un poème – le langage silencieux des Dieux – sans commentaire – sans explication – comme une caresse – un enchantement – avec l’envergure du rêve et la précision du geste – invitant le Divin dans les mains – sous les paupières – et la terre dans le sang – à se mélanger – à devenir l’élixir – pour instaurer la beauté partout où l’âme et le regard se posent…

 

 

Inaccomplis – le monde comme le mystère – et tous nos secrets – ce que nous conservons à l’abri des regards – derrière notre désinvolture familière…

L’allure légère et le geste éternellement neuf…

Au-dedans de tout – et que nul, jamais, ne pourra ériger en statue…

 

 

Ce qui – lentement – glisse vers la blancheur…

Plus personne pour que l’Amour s’incarne…

Un jour – comme mille autres – le ciel au-dessus – la pierre en dessous – quelque chose comme une âme bancale – maladroite – malhabile face au vent – face au monde – face aux hommes ; comme une sorte de virginité corrompue…

 

 

L’étoile en haut – arborée – comme le signe d’une défaite – la possibilité d’un rêve incarné – ce à quoi l’on s’exerce lorsque l’on imagine ailleurs préférable à ici – lorsque l’on imagine après préférable à maintenant – la preuve que quelque chose cloche – en nous – un lieu terrible – sauvage – séparé de tout – où rien ne peut (véritablement) s’emboîter…

 

 

Incompris – dans nos trop lourdes vêtures – les cailloux du monde plein les poches – à passer d’un côté à l’autre du chemin comme s’il nous fallait (absolument) marcher (et avancer) – comme si l’allure et les pas ne comptaient pas davantage que les lieux traversés…

Lourdes silhouettes dans l’argile – un souffle à peine – pour nous rappeler notre appartenance à cette lointaine généalogie du vent – et un espace ténu – perdu – dissimulé au fond du cœur – pour nous souvenir de notre parenté avec le ciel – avec ce bleu étrange et infini – indifférent à la direction prise par les voyages – aux étapes et à la destination que nous nous astreignons à rejoindre…

 

 

Nous n’implorons personne – que le désert avance – seulement – et que nous sachions nous résoudre à toutes les absences – que lui en nous et nous en lui – apprenions à nous apprivoiser – à devenir l’autre sans la moindre étrangeté…

 

 

Une déchirure – immense – qui sépare le monde – l’océan – en deux parts inégales – incomparables – le grossier et la souffrance d’un côté et l’invisible et la joie de l’autre…

Et nous autres – coupés en deux – obligés de se réunir – de se rejoindre – de retrouver l’unité originelle…

 

 

Une place entre le monde et le ciel – quelques millimètres de frontière qui occupent toute la place – l’essentiel de notre vie – nos refus – nos résistances – nos désaccords – une étendue dédiée aux pierres et aux vagues – aux fracas contre la roche – aux luttes inévitables entre les formes – au lieu d’oublier nos querelles – de façonner ensemble les conditions de la réconciliation – de réunifier les contraires – d’œuvrer à la superposition de la surface et des profondeurs – du centre et de tous les lieux qui ne s’avèrent être, en réalité, que des périphéries…

 

 

Parfois – devenir – ce que la mort nous préfère – une onde – une vibration – un courant plutôt qu’une chose définie – circonscrite – à attraper ; une fenêtre immense plutôt qu’une hache ou une minuscule trappe cadenassée…

 

 

Toutes les vertus du silence – en toute discrétion – sans la moindre bannière – sans la moindre préférence…

Ce qui s’impose – ce qui fait tout voler en éclats autant que ce qui nous soustrait…

 

 

De moins en moins – tels serait, peut-être, la direction – le sens involontaire de la marche – jusqu’au seuil où tout s’inverse – où tout est identique – où tout s’achève et recommence – où dans l’acquiescement joyeux du plus rien, tout est offert…

 

 

Tout, un jour, finit par nous déserter. Ni Dieu – ni sens – ni message – et moins encore d’explication ; le quotidien – tout mélangé – ensemble – et tous les gestes naturels qui s’imposent…

 

 

Au fond – dans le monde – dans les yeux – rien ne change – ça a juste l’air de vieillir – comme la peau et la chair – une apparence en déclin…

Et la vérité (inchangée) du regard premier – ensoleillé et venteux – à travers les siècles – dissimulé (avec une grande intelligence) dans le cœur de chacun…

 

 

Nous – désorientés par la magie du changement – l’avenir que l’on dessine à grands traits trop clairs – comme les eaux trop prévisibles d’un fleuve – comme ce que l’on édifie à chaque carrefour central dans la croyance en un improbable déploiement métaphysique ou l’espérance de circonstances plus favorables…

La tête si lasse – si lointaine – absente en quelque sorte – les yeux perdus dans la vaine élaboration des possibilités…

A essayer de devenir – comme si l’on pouvait ainsi se réaliser…

 

 

Nous dansons – la tête déjà ailleurs – déjà plus haut – déjà plus loin – comme si le monde et l’espace antérieur étaient de vieux souvenirs – de simples étapes sur l’itinéraire – une manière provisoire (et presque involontaire) d’apprendre, peu à peu, à embrasser le jour…

 

 

A s’imaginer pouvoir comme si nous étions le soleil ou un grand magicien – le réel avant l’aube – les règles d’un jeu trop cruel – la lumière guérissante – les bras incroyablement tendres de l’Amour – quelque chose d’infrangible – l’œil capable d’inverser tous les règnes et toutes les lois du monde…

Plus originel que la matrice initiale – plus vivant que la Vie – plus divers que l’infinité des visages – plus divin que Dieu, en quelque sorte – et, en tout cas, bien davantage que ce que l’on pourrait imaginer…

 

 

Rien qu’une étreinte fervente – le ciel en fusion – le partage impossible qui se réalise…

 

 

Tout qui avance – tout qui s’efface – la grande faille qui s’ouvre – les secrets qui se retirent – l’infini qui recouvre ses visages – et le déploiement du grand corps à sa suite…

Rien qui ne puisse être saisi – nous échapper ; le vide acquiesçant – partout – triomphant – l’unique présence – l’unique existence ici-bas – en ce monde – et dans tous les ailleurs possibles…

 

 

Dans cette perte totale – fanatique – le grand départ et l’origine retrouvée – l’aube et la lumière jusqu’à l’impossible fin du voyage ; l’itinéraire – tous les itinéraires – éclairés d’une autre manière…

 

 

La beauté au-delà du rêve – l’Absolu au-dedans – le passage des choses – éphémère(s) – ce qui se balance au-dessus du néant – au-dessus de la nuit – l’esprit sans impatience – la marche mesurée au gré des circonstances…

 

 

Au centre du cercle – la terre où se posent nos pas – au milieu du désert et des eaux naturelles – partout à la fois – ici et là – en haut et en bas – au-dessus et en dessous – sans que rien ne puisse s’enfuir – sans que rien ne puisse être retenu prisonnier…

 

 

Du vent et de la buée – un seul regard – vaste et profond – présence permanente aux lèvres tendres et aux dents sévères – intraitables – acérées comme des lames – détruisant tout ce qui s’attarde après avoir été (royalement) accueilli – après avoir été (très largement) remercié – trop (beaucoup trop) désireux de prolonger son existence – son passage – trop (beaucoup trop) insoucieux des autres objets – des autres visages – de toutes les autres formes sur la longue liste des choses du monde (qui ne cesse de se réécrire)…

 

 

La grande migration océane – d’ici à la fin (toujours impossible) du chemin – l’éternel voyage – l’eau errante et circulante – et toute la saveur du monde goûtée depuis le regard-soleil…

 

 

Des pactes et des prières – des alliances ; tout le commerce du monde et l’illégitimité de toute morale dans le grand cirque des échanges ; les têtes intéressées – corrompues – détournées de l’œuvre originelle – de l’offrande spontanée qui ni ne ruse, ni ne calcule – qui se donne tout entière – spontanément – de manière parfaitement gratuite (sans la moindre arrière-pensée)…

 

 

Nous sommes ce que l’on attendait plus – le rire derrière la farce – le rire derrière la douleur – le rire derrière le rire – l’envers du monde et de ses pauvres décors de carton-pâte – l’envers des visages – de tous les costumes – de toutes les façades – le dedans de tous les vivants – la caresse sur toutes les chairs engagées – l’espace où tout se meut – inconfortablement – si souvent…

 

 

Dans l’éternel décalage entre le regard et le monde – ce qui s’abrite au fond du cœur – à l’abri des insignifiantes tempêtes qui agitent la terre – les têtes – la surface même des apparences ; rien de profond – rien de consistant – rien même de suffisamment vrai pour appartenir au réel ; des ombres – un peu de volonté – accueillies comme le reste – avec Amour – respect et attention – dans une écoute pleinement ouverte – disponible – sans embarras – sans intention – dans cette forme incroyable de présence qui transforme les routes et les montagnes en visages – les joies et les malheurs en chair à célébrer – et qui aime tant la nuit – et les choses sombres – qu’elle renonce à les éclairer avant qu’elles ne consentent à voir le jour…

 

 

Le cœur creusé par le regard – au-delà de l’os – jusqu’au tombeau – jusque derrière la mort – tout au long du voyage – sur ce fil interminable que le monde tisse avec celui des Autres…

Parfois jeté aussi bas que les ordures – d’autres fois lancé aussi loin que les idées – mais toujours devant nos pieds – en vérité…

 

 

C’est l’issue impensable qu’il convient de vivre…

Au bord du monde – seul – au-delà de tout désir – au-delà de toute pensée – sans autre témoin que celui qui vit

 

 

Dans les mains des Autres – ni aux cieux – ni en enfer – dans l’entre-deux du monde dont on ne peut rien dire…

Ni providence – ni malédiction – dans l’écheveau complexe – des milliards de fils entremêlés…

 

 

Toutes nos lampes enfilées en collier sur la poitrine – comme si l’on pouvait éclairer nos pas – la marche – trouver une direction – précise – déterminée – comme si nous étions les principaux acteurs de la lumière – comme si l’artifice avait la moindre incidence…

L’identité-soleil – au-delà de la volonté – au-delà de nos intentions (et de nos efforts) d’éclairage…

 

 

Devant chaque porte – une main – à mendier quelques petits riens – des restes dans l’assiette – et sous les fesses, un coussin de clous – des épines et des échardes plein les paumes – et ces larmes résignées – invisibles – sur les joues – ravalées lestement pour avoir l’air moins seul – plus présentable – suffisamment fier – moins que pitoyable…

Notre nature d’homme avec ce visage partagé – déchiré – brisé en mille éclats – en mille volontés – en mille désirs – contradictoires…

 

 

De temps à autre – une fenêtre – comme un voyage (immobile) – mille choses qui passent – qui bruissent – dans le silence – des battements de cœur qui émeuvent le regard – et des épines qui viennent encore parfois se ficher dans le cœur…

 

 

Vide – le panier des rêves – comme le soir qui tombe sur la route – le début d’une nuit plus légère – plus lumineuse…

Sans gloire – sans hasard – le même visage – à travers les épreuves – qui, peu à peu, s’efface – s’éclaire – révèle cet Amour et cette lumière – trop longtemps cachés – trop longtemps oubliés…

 

 

Ce chant qui – en nous – éveille la beauté – qui ouvre les yeux de ceux qui attendent impatiemment à leur fenêtre – comme un baiser glissé sans bruit dans le silence…

 

 

Une prière autour du cou – perpétuelle et silencieuse – sans exigence – comme un peu de neige sur la soif du monde – une main tendre et délicate sur la peau du jour – la fraîcheur de l’eau dans la gorge sèche – du feu au fond de la mémoire – un peu de légèreté dans l’âme…

 

 

L’habitude et le mensonge que reflète le miroir – pas un visage – pas même le soupçon d’un avenir – le passé plié en couches successives – embrouillé – et qui tourne (encore) la tête des moins aguerris – des plus naïfs…

 

 

De la terre à l’errance – le même chemin à suivre – longtemps – pendant des jours – pendant des années – pendant des siècles – jusqu’à la fin…

Et Dieu dissimulé parmi nos visages – derrière – et, chez quelques-uns (trop rares encore), au milieu de l’âme – rayonnant – infiniment perceptible – à travers les yeux et les mains – comme une sensibilité – une tendresse – vivantes…

 

 

Rien du rêve – plutôt un sourire parmi les fleurs – un livre très ancien écrit dans la poussière – sur la pierre, peu à peu, pulvérisée – usée par les vents et la pluie – fidèle, en somme, à l’insaisissable vérité…

 

 

L’heure la plus belle – la plus sauvage – la plus solitaire – vécue depuis le centre de tous les cercles – réunis – unanimement…

Rien – pas même un nom – le silence…

 

 

Dans un monde qui n’existe pas – là où il n’y a jamais rien eu – nous y sommes – pourtant…

 

 

Ce que l’on nous promet – à toutes les fins – la même alternative – le même verdict – le paradis ou l’enfer – ce que nous avons nous-même(s) créé dans notre tête si naïve – la continuité de ce séjour et de l’ensemble des voyages antérieurs – déployés…

 

 

Nous ne franchirons jamais rien ; il n’y a jamais eu de frontières – l’étendue entière était déjà là – présente partout…

 

 

L’obscurcissement et le sang – le même désir involontaire – la même tête – la même parodie de fête – le même simulacre d’existence – le sacre de l’apparence ; ce qui ressemble à un guet-apens qui, en définitive, ne piège que le vent…

Nous ne sommes que l’histoire – il n’y a de contenu – une étendue bleue – seulement – parsemée de terre et de trous – des reflets – ce qui, rassemblés, ressemble à la vie – avec son ignorance et ses substances circulantes…

 

 

Nous n’avons rien à craindre – des images et des illusions…

La vérité est au-delà – plus loin – plus vaste – plus féroce que la soif – ce manque si vif de soi…

L’absence souveraine – déclarée…

 

 

Une obscure passion pour la lumière – le monde fragmenté – en morceaux – comme si les points de vue – si infimes – avaient morcelé le réel – comme s’il nous fallait retrouver notre envergure initiale – nous abandonner à l’infini en devenant (exactement – parfaitement) la seule chose que nous sommes – cette intelligence fine – aiguë – cette part inséparable de son autre moitié – l’Amour – cette tendresse sensible et délicate ; et le tout comme une aire de bienveillance surmontée d’un halo tranchant – extraordinairement précis…

 

 

Rien qu’une prière – un état d’esprit – pour faire naître le souffle, puis l’acte – le geste de plus en plus juste – la parole de moins en moins nécessaire – le silence acquiesçant – cet éloignement inévitable du monde – des hommes – de l’ordinaire commun…

 

 

Au bout du chemin – l’enfouissement ou l’envol – la disparition – l’absence…

Et cette voix – en nous – rassurante – fascinante – évidente – qui crie au mensonge…

 

 

Qui sommes-nous réellement nous qui ignorons – nous qui ne voyons pas – nous qui sommes étrangers à toute forme de sensibilité – nous qui ne sommes pas encore (véritablement) des hommes…

 

 

Tant de mots – de gestes – de vent – pour si peu de chose – en somme…

Mille tourbillons d’air dans le vide…

A peine un souffle sur le visage de Dieu – entre les lèvres de la vérité…

 

 

La docilité de l’âme devant l’esprit peureux – effrayé – condamnée à l’obéissance…

 

 

Des yeux devant nos lignes – comme un guetteur au regard tendre – fasciné par l’appel – le ciel – l’Absolu ; un frère (bien) au-delà de la terre et du temps…

 

 

Nous croyons voyager – les paysages changent – bien sûr – mais seul le regard se transforme…

De l’exiguïté au miracle – du refus à l’acquiescement…

De la terre à la terre – en passant par ce que certains considèrent comme le ciel…

Nous-même(s) – du silence au silence…

Notre vie – toutes nos vies – comme une manière incessante de quitter l’origine – et d’y revenir ; de jaillir de la matrice – et d’y retourner…

 

 

Dieu partout – jusque dans nos gestes – jusque dans nos livres – jusque dans nos tombes – tendre et hilare – malgré la peine – la douleur – l’obscurité et la mort…

Si nous savions – nous délaisserions aussitôt le repos – la torpeur – le sommeil – pour embrasser la vie – le monde – les joies et les malheurs ; tout ce qui nous échoit – avec justesse – avec précision…

 

 

Imbibé(s) de prières et de ciel – dans le sillage de ces longues années stériles et silencieuses – sur ces berges où l’on récolte ce que tous les Autres – tous les vents – ont semé – la bouche pleine de sable – la mémoire encore trop vive pour se tenir (réellement) debout – être présent(s) – et soutenir d’une main attentive l’œuvre de Dieu – l’œuvre des hommes – tout saisir puis, tout jeter au loin – comme si ce labeur d’un autre âge – ce labeur extérieur – ne nous concernait pas – comme si nous étions le premier homme – sans la moindre généalogie – naufragé(s) sur une île déserte – seul(s) – loin de la terre et du ciel – obligé(s) de renoncer au repos pour se mettre en marche – pour se mettre en quête peut-être – pour découvrir ce qui se cache au fond de l’âme – au cœur du silence – lorsque toutes nos croyances et toutes nos idoles – lorsque tous nos désirs et tous nos rêves – nous ont quitté(s) – et que dans notre nudité, nous nous retrouvons – à force de ténacité et d’abandon – sur le seuil du jour – modeste(s) et innocent(s) – enfin prêt(s) à rencontrer – à retrouver – l’impensable…

 

 

Absent – désert – l’espace – comme nos pas – qu’importe les visages et le sourire ; nous n’existons pas – nous n’aurons jamais existé…

 

 

Des vagues et des âmes – fragiles – féroces…

Des larmes, parfois vraies – parfois comme un simulacre…

Des histoires – des rumeurs – nouvelles et anciennes…

Des mensonges hors du cercle – et d’autres (dont nous sommes) qui préfèrent la solitude et le mutisme…

De la peine au vide – du bavardage au silence…

Plus solitaire que jamais – et plus heureux aussi – comme si nous étions le seul hôte à accueillir – le seul être à aimer – en tout cas le premier (avec toute sa communauté) avant tous les autres qui suivront (avec la leur)…

 

 

Nous – dans l’effacement des frontières – l’élargissement du territoire – vaste – si vaste – sans la moindre limite – avec tous les horizons réunis devenus centre – en un seul espace…

 

 

Pas de rencontre – l’étrange prolongement de soi alors qu’à l’extérieur, rien n’a changé – l’apparence – des contours et des confins – toujours – et, au-dedans, la même étendue avec des trous – des bosses – des aspérités – ce que nous appelons des individualités – apparemment distinctes – apparemment différentes – incroyablement changeantes et provisoires – comme une illusion – une perception de surface sans la moindre profondeur – sans la moindre perspective…

 

 

Des yeux – un cœur – par milliers – unique ; le jour recouvert de larmes – de rire – de neige ; la même lumière qui, lentement, éclaire les âmes – les esprits – notre apparence – si sombres et si nocturnes – couleur de mort et de chagrin…

Comme un air de tristesse et une offrande de joie – d’une extrémité à l’autre – (enfin) réunies…

 

19 décembre 2020

Carnet n°250 Notes journalières

En tous sens – de tous côtés – cette matière minimale – comme une oxygénation des abîmes – un redéploiement (permanent) de la source – le plus noir découpé en strates – sous la lumière polymorphe et polyvalente – le retour du plus essentiel…

Le monde sans bordure – à la manière d’un ciel découpé et offert à chacun…

Un triangle d’étoiles avec – au milieu – un feu et un alphabet élémentaire – pour essayer de relier les racines du réel aux hauteurs invisibles – de replacer l’axe vertical au cœur de toutes les horizontalités…

Le signe d’une présence infinie (particulièrement) ascendante…

 

 

Au creux des mains – cette étoile impossible – fuyante – que personne ne voit et à laquelle si peu aspirent ; un véritable présent – pourtant…

Et en contre-haut – ce qui nous semble (encore) invisible…

 

 

Nous – envahi(s) et écrasé(s) par l’exil des Autres – leur fuite momentanée des terres communes…

Ce que nous notons ; l’horizon pollué – le mécontentement – ce qui rivalise avec notre silence – l’accueil impossible des fronts endormis…

 

 

Sur les rives – rien – pas l’ombre d’une silhouette – pas l’ombre d’un visage – pas l’ombre d’un chien ; des bêtes haineuses et féroces – bien plus que sauvages – prêtes à tout engloutir – à tout ravager – pour leur seul plaisir – assouvir leur faim…

Des figures qui ont l’air de sourire – avec juste derrière – des crocs et le poignard dissimulés…

 

 

Des âges et l’éternité ; et l’instant pour détrôner tous les fantasmes d’immortalité…

 

 

Un mur – long – orbe – infranchissable – dans la tête et le sang – qui sépare le monde et nous place du côté des malheurs comme s’ils étaient le socle des existences – une contrée sans secret – l’une des rares terres capables d’effacer le ciel et de loger dans les hauteurs une promesse – mille mensonges – comme une autre terre inaccessible – aussi chimérique que celle sur laquelle nous avons l’air de vivre…

 

 

Devant la pierre – l’effacement – ce qui demeure – la nuit éparpillée – le monde des ancêtres – tous nos malheurs et nos (pitoyables) secrets – presque au-delà des heures passives et partisanes…

 

 

L’arbre – ce qui nous éloigne de l’enfer – après le temps des images – avec le ciel par-dessus toutes les ombres…

 

 

Ce que cache la tête – ce qu’efface la fréquentation du ciel – toutes ces impressions trop strictement terrestres…

 

 

De boîte en boîte – de sphère en sphère – comme si chaque naissance était le prolongement de l’histoire – la suite – une surprise et un enjeu – la continuité de l’ouverture et de la dévoration – une fabuleuse invitation, selon les inclinations, à poursuivre ou à recommencer…

 

 

Le jour – en nous – tétanisé par nos craintes et notre rigidité…

Une tour de guet – sur nos remparts – derrière nos murailles de livres et d’objets – d’images et d’idées – mille choses, bien sûr, destinées (à terme) au feu…

 

 

Notre nudité sur la terre – l’âme dans son trou – à l’abri – puis, qui apprend à s’exposer à tous les vents – sans le moindre dommage…

Sans influence – libre des horizons convoités – célébrés – rendus bêtement attractifs…

Dans la profondeur du corps et de l’esprit – le cœur revisité – exploré parcelle après parcelle – de la même couleur et de la même texture que le reste…

L’œil au milieu de la mémoire dévastée – devenue, peu à peu, obsolète – inutile…

Au cœur de l’espace – sans racine – sans langage – silencieux – une présence – des gestes – quelques paroles parfois…

Ce que nous réclamons tous – sans la moindre exception…

 

 

Nous – nous laissant dévorer par toutes les bêtes – cet amas grouillant – impressionnant – d’insectes – de mâchoires – de serpents ; de la chair – de l’âme – des monstres – plein la bouche – sous ces milliers de dents qui nous arrachent – nous perforent – nous mastiquent – dans la gueule (immense) de la terre qui, peu à peu, nous engloutit…

 

 

Dans le mouvement – la trace de la rupture – le silence sous-jacent – cette immobilité muette – juste au-dessus de la vie et de la mort – juste au-dessus de nos têtes…

Le prolongement de la solitude livré au monde…

 

 

Les paumes ouvertes sous le ciel rouge – la mort agenouillée – à nos côtés…

L’Absolu et l’aveuglement…

Les viscères à l’air et l’âme exposée…

Indifférent aux pyramides – à tous les édifices érigés (trop orgueilleusement) à notre gloire…

 

 

Ce que la vie reconduit – naturellement – systématiquement – sa continuité – son déploiement – l’opacité de l’esprit – cette neige à l’intérieur – comme un éclat trop éblouissant pour oser s’y aventurer…

 

 

Perdu(s) – en contrebas de l’aube – sous cette lune trop blanche – le front – la tête – jamais épargné(s) ni par la bêtise – ni par la folie…

Et – en nous – les ombres bousculées – fébriles – exultantes – l’air brassé – au-dedans – comme d’incessants tourbillons dans le vide…

Ce qui gesticule – sans cesse – à l’intérieur – comme un jeu – un élan – irrépressible…

Ce qui nous hante et se répand – nos fantômes qui repoussent la lumière – toutes les possibilités de la lumière…

Et nos pas sur la route grise – harassés – découragés par la distance qui nous sépare de nous-même(s) – de ce lieu-présence inespéré…

 

 

Sur la peau – la même joie qu’à l’intérieur ; au-dedans – des spectres qui encerclent l’innocence – comme un siège autour de notre absence de remparts ; nos ancêtres mi-gardiens mi-guerriers repoussés – le royaume retranché dans les hauteurs – inaccessible par les escaliers de pierre – et qui descendra vers nous lorsque nous serons capables de nous hisser jusqu’aux cordes du monde tissées dans la trame générale – lorsque nous serons capables de faire naître (au fond de l’âme) une échelle de vent (immense) pour y grimper avec la plus grande légèreté – et accéder ainsi à notre plus ancien – à notre premier – visage – le seul en mesure de nous offrir suffisamment de force et de ravissement pour retrouver le monde – et y vivre sans tristesse – sans amertume – sans espérance…

Revêtir cette grâce d’être – quelles que soient les circonstances et les parcelles de la terre fréquentées…

 

 

La tête en arrière – renversée – comme un tambour – un instrument en peau de bête – sur lequel taperaient les mains d’un Dieu – agile – farceur – diablement expérimenté – comme un appel – une manière de disperser nos souvenirs – de désenclaver l’esprit – de démembrer la mémoire – de rendre nos idées caduques – et suffisamment innocentes pour que nous puissions nous familiariser avec le vide et nous laisser habiter par l’inconnu – le regard – l’Amour – le silence…

Comme une invitation à une transe étrange – longue et indirecte – une sorte de marche immobile vers la tendresse – vers notre figure – notre versant le plus tranquille…

 

 

Du côté de la vie – de la mort – de la danse – simultanément…

Dans l’intimité de ce qui nous étreint…

Le plus sauvage assagi – comme la conscience première et naturelle – la civilisation originelle peut-être…

 

 

Le monde de l’enfance – avec l’innocence – sans la naïveté – l’alphabet dans la tête – une lettre à la main et ce collier invisible sur la poitrine qui attend quelque chose – un signe du ciel validé par l’esprit – au-delà de la raison pensante – à la manière d’une peau-lumière qui indiquerait la route à suivre – le lieu de l’acquiescement – de toutes les intégrations – désert ou thébaïde – en soi – la terre de la liberté et du recommencement…

 

 

Un monde parallèle au monde – au cœur du bruit – ce qui nous habite et qui s’ouvre grâce au regard de l’enfance – le pas emporté – le geste affranchi – ce que nous devenons (naturellement) une fois libéré(s) de l’esprit-malle – de cet univers de strates mortes et inutiles – comme une plongée – un saut – un envol – vers une parcelle (irrécusable) de lumière…

 

 

Au bord des lèvres – du partage – le monde oublié – la grandeur, en nous, engouffrée – déployable à l’envi – selon les visages et les circonstances ; dans la main – en particulier – comme le prolongement du plus essentiel…

Bien davantage qu’un univers – bien davantage qu’un lieu où végéteraient quelques-uns de nos fantômes – bien davantage qu’une aura supplémentaire ; l’être éclatant – dans sa plus émouvante nudité…

Ce que nous sommes – ce que nous deviendrons – tous – en vérité…

 

 

Nous – prenant notre place – devenant (presque) l’indicible – le feu fragile – la nuit légère – la couleur la plus éclatante de l’Amour – ce qui, en fin de compte, nous a toujours été offert – mais que nous comprenons (en général) très tardivement – après une longue et indispensable propédeutique…

Le silence et la sérénité qui finissent par se substituer à la soif et aux cris – à cette danse infernale du manque…

 

 

Devant l’imperfectible – le feu et le désastre – le désespoir parfois – ce qui fortifie nos racines – et nous plonge plus profondément encore dans le roc – au lieu de nous élancer vers la seule étoile possible – les bras ouverts – la tête la première vers le grand soleil – la vie-merveille – la vie éclatante…

Et nos feuilles pour témoigner de ce voyage – de ce (très ancien) secret – sans la moindre importance…

 

 

Ce dont nous souffrons – ce pitoyable labeur – cette besogne acharnée – les labours et les récoltes – pour apaiser la faim – et essayer d’emplir ce vide (immense) – comme un renoncement (presque) permanent à la métamorphose…

 

 

Engagé(s) – dès le plus jeune âge – dans cette ronde sans incarnation – comme une transe sur le sol de l’oubli – les yeux plongés dans la conquête des apparences – avec des mémoires à bâtir – à retrouver – à rénover…

Des flammes sur toutes les errances – sur tous les fourvoiements – le règne, partout, du mensonge – la tête célébrée – les viles passions – comme de simples instincts que l’on a peu à peu (et artificiellement) sophistiqués pour nous croire supérieurs (ou différents)…

 

 

La terre – la vie – que nous saignons comme de pures abstractions – une inclination née de la bêtise et de la cécité…

Partout – depuis (trop) longtemps – les fruits avariés de notre domination – de notre illégitime suprématie…

 

 

En apparence – le manque et la peur – comme les masques (étranges) du silence – les mille choses du monde – et tous les vents – puissants – incertains – et le frémissement de nos visages – collés juste derrière ; comme un regard sur tous les exils – sur toutes les luttes – sur ce vil orgueil – cette (incroyable) distance qui nous maintient hors de la lumière…

 

 

Nous marchons à côté de nos ailes – déployées – invisibles – prêtes à l’usage – dans la transparence d’un monde pas encore advenu – notre seule issue avant le déluge – avant la fin des temps – l’unique manière (sans doute) d’échapper à l’apocalypse…

 

 

Le vide et ses fenêtres en quinconce – les unes pour découvrir le monde – les autres pour entrevoir l’immensité bleue – et quelques-unes (trop rares) pour goûter leur mélange – en d’étranges combinaisons provisoires…

 

 

Dehors – la multitude – au-dedans – le regard réjouissant – émerveillé – étrangement surpris par la nature des spectacles – le pouvoir des conditionnements – l’extraordinaire apprentissage des formes – les capacités du monde à se renouveler – toutes nos histoires – toutes nos inventions…

 

 

Des étoiles sans perfection – dans un grand tumulte – l’incroyable désordre des choses – le bouillonnement des idées – ce que nous nous murmurons dans le silence ; notre manière (si particulière) d’être vivant…

 

 

Ce que nous exigeons – avec obstination – avec véhémence – avec des gestes puérils et impatients – des paroles malhabiles – le front baissé (ou trop fier)…

La longue liste des désirs tatoués à l’envers de la chair – le manque – nos cris – nos lamentations – tous nos gémissements…

 

 

Ce que nous arborons comme l’étendard humain – toutes ces exigences pour un si bref passage – beaucoup d’attentes et de tourments pour un séjour sans (véritable) potentiel – sans (véritable) apprentissage – sans (véritable) actualisation…

L’éternel recommencement du même voyage – comme une folie bloquée dans un seul sillon – la même ornière qui, peu à peu, se creuse – et qui devient (très vite) une habitude et un piège – un gouffre – un abîme – l’espace entier réduit bientôt à un (pitoyable et désespérant) néant…

 

 

Devant nous – ce bleu ardent – joyeux – le rire sur les lèvres – l’œil malicieux – le monde à notre fenêtre – l’esprit vide – face au désespoir – face au tumulte des Autres…

Dehors – sous le ciel – le regard jamais harassé – le nez collé sur la beauté – adossé à (presque) tous les vents – la tête par l’embrasure de toutes les portes ouvertes…

Des cris et des murmures – quelques plaintes – un peu de joie – puis le silence (enfin)…

 

 

Rien que l’hiver – un seul mot – un geste léger – comme une flèche indiquant l’ouverture et le passage – dans la douceur de l’air – la profondeur du regard – dans la félicité du feu et l’agilité de l’oiseau…

Dans la main – la fécondité et l’enchevêtrement de tous les signes – une présence encore très (très) lointaine…

 

 

D’un ciel à l’autre – sans angoisse – avec le goût de l’agonie sur les lèvres et, au fond de la poitrine, l’étrange parfum de la mort…

Ce que l’on perpétue dans la faillibilité des croyances et des idées – le monde à l’envers – comme s’il nous fallait entreprendre un autre voyage (ou recommencer celui-ci d’une autre manière)…

 

 

Tout semble démesuré – avec ce poids sur les épaules – une marche harassante – l’envergure du ciel – à travers les yeux – le vertige d’un parcours supplémentaire et la possibilité d’une ampleur additionnelle – ce qui, en cas de réussite, reléguerait toutes les autres aventures – toutes les autres explorations – à une sorte de plaisanterie – à une forme de distraction inutile…

 

 

Le vide engorgé – presque jusqu’à l’étouffement ; le feu et la mort qui se perpétuent pour compenser l’efflorescence et la prolifération…

 

 

Parmi les hampes et les yeux sauvages – les têtes indisciplinées – les bustes armés – mille traces à suivre – avec des ravins – des déserts – des pays – à franchir…

Le reflet de tous les Autres sur notre visage – l’histoire du monde dans chacun de nos pas…

L’absence (si ordinaire) comme un piège – ce qui pourrait, un jour, nous transpercer le cœur – nous transformer ou nous faire mourir – définitivement…

 

 

Un jour au milieu du jour – un abîme au cœur duquel il nous est possible de vivre – d’aimer – de mourir…

Ce qui – en nous – existe – dans la multitude (apparente) des surfaces…

Le vide – toujours ; au cœur du silence et de l’Amour…

Comme un vertige et une respiration naturelle…

 

 

Nous – suspendu(s) aux traces laissées par nos aïeux – sur ces anciens itinéraires d’avant-garde et d’exploration – devenus aujourd’hui lieux de confort et de facilité – bordés de barrières et de lignes blanches – à droite – à gauche – devant et derrière soi – qui confinent à une restriction – à une forme d’enfermement – à quelques vaines gesticulations – à de pitoyables aventures – au cœur d’un cadre (extraordinairement) restreint…

Une cage – une tour – des voyages immobiles…

Une marche circulaire au cœur d’un périmètre étroit – totalement circonscrit (et cartographié)…

 

 

Quelque chose du manque – du cri – dans notre étranglement…

La silhouette d’un oiseau qui émerge – imaginaire…

Le reflet des barreaux sur notre visage…

La chambre où l’on nous a installé(s) au début du voyage et qui devient, peu à peu, une salle de tortures…

Jusqu’à notre mort – par asphyxie…

 

 

La tête assiégée – autant que l’espace…

Les marionnettes de la blancheur et du silence…

D’une ligne à l’autre – grâce à un alphabet variable et coloré qui sait mêler les teintes et les textures – qui sait combiner les profondeurs et la surface – pour extraire le réel du rêve ; la voie – l’issue pour dessiner une flèche sur le sol – dans l’esprit – au milieu des images et des idées – pour essayer d’échapper à l’aveuglement presque minéral et au sort quasi sacrificiel des vivants – pour tenter de retrouver l’enfance – le ciel – la présence – ce regard émerveillé sur les choses du monde et l’infinité des cycles – la multitude des possibles et des passages – l’immobilité face à l’éternelle métamorphose…

 

 

Parce que l’air ; parce que l’eau ; parce que la terre ; fruit(s) et instrument(s) de la matière…

Le jour transfiguré – la tête blanche – et cette apparence sombre et tumultueuse – le reflet vivant (et provisoire) de ce qui nous attache à ce qui échappe au temps…

 

 

Nous – vivant sous le même ciel que les morts – sur la même terre que tous ceux qui vécurent – un jour…

Dans l’âme – sous le front – tous les vestiges du monde – les fossiles de nos ancêtres – des restes présents – vibrants – fondamentalement en nous – comme éléments du puzzle – pièces indispensables à l’ensemble…

 

 

Nous – à la renverse sur l’horizon – debout – ici-bas – ailleurs – à genoux – dans l’engourdissement ; au-dessus de la tête – des visions – quelque chose d’incompréhensible – du vide et de la solitude – l’espace – les seuls vrais remparts contre l’enfer que nous créons – nos absurdes tentatives – nos vaines accumulations…

 

 

Parfois – du blanc – du silence – ce que nous offrons – ce qui est possible – seulement…

Une partie de l’existence et du monde que très peu connaissent…

Parmi – cette foule – pourtant – que rien ne satisfait – que rien ne comble – que rien ne peut ravir…

Et nos âmes – presque jamais dépouillées – sans image – sans appui – totalement nues – dans la nuit torride – sauvage – dressée autour de nous – inamicalement…

 

 

Perdu(s) – parmi nous – incompris ; la relation comme absence – comme négation (presque) absolue…

La nuit – au-dedans – en face – tout autour – dans les yeux de chacun – le cœur trop recouvert – la tête trop dressée – à l’affût de la moindre image – du moindre reflet…

Mille voyages – sans vivre – sans respirer…

Un détour – une déroute en apnée…

 

 

Ni silence – ni langage ; du bruit seulement – quasi continuel – entre le cri et l’onomatopée…

 

 

Nous – depuis l’origine – l’histoire (officielle) ininterrompue (et cyclique) du vivant – des formes vivantes…

De la vie élémentaire jusqu’au silence – et tous les langages – toutes les manières de l’exprimer comme preuve et témoignage…

Miroirs et reflets non linéaires de notre visage…

De la molécule à l’étoile – de la pierre à l’Amour – à travers la même salive…

De la matrice à la matrice – de bout en bout – en passant par tous les stades – par tous les mondes – par tous les possibles…

 

 

Tout nous prépare à l’immobilité ; apprentissage et invitation – (sans doute) la science la plus précieuse…

 

 

Nous – attelés à notre tâche…

De l’air dans l’air – brassé – entremêlé – entrecoupé – comme une constellation – quelques signes (insignifiants) dans l’infini ; presque rien – en somme ; quelque chose d’incroyablement propice à l’oubli – comme une infime portion sur l’orbite (quasi circulaire) du temps…

 

 

Au-delà des livres – un visage – un frère – un compagnon de voyage – le temps de quelques pas – de quelques saisons – jusqu’à l’étape suivante – jusqu’à la prochaine destination…

Nous tous – les uns derrière les autres – sur la même route – nous croisant – nous poursuivant – nous dirigeant vers le centre du cercle – le visage et la main de plus en plus proches de l’Amour et de la lumière – vers le silence sensible – le geste vivant – juste et nécessaire ; vers nous-même(s) en présence – sans la moindre image – entier(s) – ensemble – dans une seule et même respiration…

 

 

Nous – vivant(s) – dans l’axe du soleil – inclus dans le mouvement des étoiles – le voyage – à la dérive – dans l’ignorance merveilleuse du monde et du temps – de ce qui n’existe (presque) pas – confiant(s) – conscient(s) – par-delà les cartes et les livres – par-delà les lieux et les territoires…

Le grand vertige du souffle…

 

 

A la merci des jours – le vide – ce à quoi doivent faire face la main et le front ; des êtres effrayés – violents – claquemurés – faussement expressifs…

Nous tous – absents et séparables – malgré d’infimes ressemblances…

 

 

Ce que la lampe dévoile – ce que l’esprit refuse – le monde à l’envers – ce que nous serrons (obstinément) dans nos tenailles…

Un peu de rêve et de poussière…

Nos existences et le contenu (complet) de nos têtes…

Presque rien – suffisamment, pourtant, pour inventer des alphabets – mille langages – et écrire des milliards de feuillets – inutiles…

Des pas de danse (quelques pas de danse) – un peu de bruit – dans l’espace – le silence…

 

 

Des tiges volubiles autour des pierres – des montagnes – des tours – ce qui, pour grandir, a besoin d’attaches et de tuteur…

A l’intérieur – comme une présence – cachée derrière la bêtise et l’aveuglement – ce que l’on définit (en général) comme l’apparence…

 

 

Mille possibilités avant l’aube…

Des échelles – de la neige – du silence…

Du pouvoir et de la terreur – et ce blanc dont on ne peut (quasiment) rien dire…

La mort – des visions – et cette parole (pourtant) inépuisable sur la pierre…

En ce monde – presque rien d’autre…

Tout l’attirail pour être et agir…

Ce que nécessite l’Amour – en désordre…

 

 

La vérité – ce que l’on cherche – devant nos yeux – au-dedans – dans les replis de la moindre aventure ; ce qu’offre chaque instant – chaque rencontre – chaque circonstance…

Dans tous nos gestes – le même infini – cet air des hauteurs – cette respiration d’envergure – le grand ciel oxygéné…

Notre nature (obstinément) erratique – (fondamentalement) invariante…

 

 

Avant nous – l’espoir d’une continuité – d’un parfait prolongement des traditions – après nous – des yeux noirs qui fixent le monde – ce avec quoi débutent le questionnement et l’errance…

 

 

Ce qui ruisselle avec la peur…

Nous – dans l’incessant recommencement du monde…

Un pied sur la terre – un autre aux confins du ciel – dans l’entre-deux du mouvement – du voyage…

Nous – à travers les courants – ce qui passe – de l’esprit – de la chair – des os…

La ronde des vêtures et des saisons…

Des choses – des visages – des apparences au centre…

 

 

Sous notre peau – l’œil de la mort qui veille – qui scrute – qui patiente – en guidant le parcours de la chair – l’ouverture (progressive) de l’âme sur le jour – la grande réconciliation avec ce qui a l’air de s’inscrire (médiocrement) dans la durée – dans ces instants (vainement et illusoirement) accumulés – que l’on envisage et que l’on empile comme de simples fractions de temps…

 

 

Notre figure apeurée dans le passage ; des ombres mouvantes que révèle la lumière – le moindre éclairage – la moindre clarté (même subjective)…

Et – simultanément – ce qui s’ouvre au fond de l’âme…

Ce qui exulte avec cette émergence – ce déploiement du souffle et de l’espace – ce qui existe par-delà les malheurs et le chagrin – dans la matière vivante…

 

 

Sur le bord de l’être – là où la dimension enseigne – la terre comme absence – la vérité trop étroite des noms – notre aspiration à l’essentiel – à l’infini ; tous les jeux affranchis de nos (funestes) ambitions…

 

 

Des fontaines à la source tarie – partout – des ruines et des fleurs – l’ancien monde enchevêtré – l’humanité et les bêtes dans leur vieux vêtement de peau…

Les amours mortes – déçues – comme échouées sur des tertres arides…

Le royaume de toutes les détresses – de toutes les tristesses…

Un peu de rêve – le pauvre sel de la terre…

 

 

Au cœur de la forêt – l’effondrement terrestre – l’âme délicate – au-dedans de la tête – l’espace – ce qui accueille les reflets – la métamorphose perpétuelle des phénomènes – ce qui débute – ce qui se déroule – ce qui s’achève (à plus ou moins brève échéance)…

Les apparences pourrissantes…

 

 

Sur le sable gris – nos bouches – la bave – le sommeil – ce qui ne nous surprend plus – les habitudes du monde – les repas à heure fixe – l’ignorance – l’incompréhension – la bêtise et l’ignominie des hommes – ce pour quoi nous vivons – ensemble – séparés – ici-bas…

 

 

Si curieux et affamés de soi – que nous transformons toutes les choses – tous les visages rencontrés – en miroir – à la surface d’un puzzle non reconstitué (et dont l’achèvement nous importe peu) – l’esprit morcelé – tiraillé, sans cesse, par les (apparentes) extrémités du temps…

 

 

Ce que l’on trace à la craie face à l’absence – comme une piètre tentative de résistance…

La vie à reculons – un autre monde à inventer – des cercles sans fin à bâtir – à assembler…

Notre visage dans la transparence…

Notre précieuse existence d’animal solitaire…

 

 

La tête baissée vers l’enfance oubliée – l’innocence perdue – l’aspiration naturelle de l’homme dévoyée – ce que notre infidélité a engendré – le sort que l’on réserve à la terre ; la dévoration et la perte du plus précieux – ce dont nous ne pouvons nous passer – l’essentiel sans lequel nul ne peut vivre – véritablement…

 

12 août 2019

Carnet n°199 Notes journalières

A Gagy…

 

 Rien – nous ne sommes – rien – qu’un peu de chair et des émotions – impuissantes…

Foutaise la raison – face à la mort – aux épreuves essentielles…

De la tristesse – des larmes – une âme désespérée. Et rien d’autre…

 

 

Ce qui nous empêche d’être – et de vivre – de façon pleine et présente, c’est la manière dont nous donnons de l’épaisseur – une si vive réalité – aux contenus psychiques (pensées et émotions en particulier) – c’est la manière dont nous les laissons revenir encore et encore – la manière dont nous les laissons envahir la psyché – c’est notre incapacité (naturelle) à retrouver l’esprit vierge – et à laisser ces amas psychiques libres d’aller et venir – et de s’attarder parfois…

Ciel et nuages – ciel et orage – ciel et vents – ciel et soleil – images mille fois empruntées mais Ô combien vraies…

Qu’importe ce qui le traverse, le ciel reste le ciel – vierge et libre de ce qui le parcourt (de ce qui semble l’encombrer) ; il peut bien avoir l’air nuageux – orageux – venteux – ensoleillé – sa nature, son envergure et sa transparence demeurent intactes…

Espace – toile de fond – jamais entaché comme l’imaginent, trop souvent, les yeux ignorants qui confondent le ciel et son apparence…

 

 

Des hauteurs qui nous éloignent – des souffles – des larmes – l’engagement de l’âme. Et le ciel qui s’ouvre, peut-être, plus largement…

 

 

Le monde – en nous – à genoux – suppliant – pour que la mort épargne celui qui part comme ceux qui restent de la douleur et du chagrin…

 

 

C’est nous – au-dedans de tout – qui fuyons et aspirons à la grâce…

 

 

Ce que nous soulevons – de minuscules graviers et du vent. Et pas davantage…

 

 

La route grise – l’horizon bleu – et la mort qui rompt la routine – le soleil – la beauté. Le noir qui déborde – et envahit tout…

 

 

Nous vivons sans rien oublier – voilà notre malheur. Double peine – l’incarcération et la tristesse. Et pour peu que l’âme soit sensible – et nous voilà en enfer…

 

 

Des routes marécageuses – barrées – partout où se posent les yeux…

 

 

Une vie d’inagrément où le nécessaire devient faix – et l’essentiel, une lourdeur – perspective pas même salvifique…

 

 

Des traces aux poignets – comme l’empreinte de liens serrés – et aux chevilles – la marque des fers. Nous agissons – et marchons – ainsi – entravés par les souvenirs – toutes les ombres de l’esprit – allant d’une circonstance à l’autre en grossissant le poids de toutes ces chaînes inutiles – inutiles et illusoires…

 

 

A l’instant où l’on respire – d’autres poussent leur dernier soupir. Et lorsque nous expirerons – d’autres respireront encore (un peu). Et cette pensée, cette impuissance et cette continuité nous terrifient…

La solitude et la carence du vivant face à l’Autre – face au monde – face à la mort…

 

 

Il y a une réalité propre à la tête sans commune mesure avec la réalité du monde. Et c’est dans la première (essentiellement) que nous vivons – et presque jamais dans la seconde. Et tout semble les opposer ; alors que la première se montre lourde – dense – étroite – entremêlée – complexe – triste et ressassante – l’autre s’avère fugace – légère – précise – simple – inventive et joyeuse…

Passer de la première à la seconde nécessite – presque toujours – un long processus que l’on pourrait résumer ainsi : faire descendre la tête dans le corps – jusqu’aux talons – ressentir sans penser – être présent, à chaque instant, à ce qui est en soi – et devant soi – et rien d’autre – balayer la moindre idée – la couper à l’instant où elle apparaît (et, si possible, à l’instant où elle naît) – vider – vider – vider encore – vider toujours – pour que ne subsiste que ce qui est…

Être, vivre et agir deviennent – ainsi – éminemment simples – aisés – justes…

Regard dépouillé – gestes honnêtes et francs – strictement nécessaires…

 

 

Chaque souffle – chaque geste – porte en lui sa propre tendresse – caresses enveloppantes comme mille mains chaleureuses au-dedans et au-dehors qui vous parcourent avec délicatesse ; sensation sur les faces internes et externes de la peau – de la chair – dans les profondeurs du corps…

Ressentir – à travers les liens innombrables et miraculeux que chaque chose noue avec ce qui l’entoure – mais aussi, bien sûr, avec tout le reste mis côte à côte jusqu’à la totalité – l’infinité de l’ensemble – que l’on est toujours à l’intérieur de ce mouvement – de ces milles mouvements ondulatoires…

 

 

Un autre temps au-dedans du premier – comme ralenti – presque suspendu – où chaque ressenti (le moindre ressenti) est jouissance infiniment douce – sensuelle – langoureuse. Des doigts de fée – partout – à chaque instant…

Micro-expériences d’éveil peut-être – comme d’infimes lambeaux de réel – momentanément éprouvés – momentanément apprivoisés…

Minuscules failles – lézardement progressif des carapaces qui recouvrent la tête et l’âme…

Résultante, sans doute, du long labeur de la déconstruction…

 

 

C’est là – comme une force de vie – indomptable. Ça traverse le corps – et ça rejoint immanquablement la tête. L’homme est ainsi fait ; il ne peut abandonner les ressentis – la souffrance ou la jouissance des ressentis – au corps. Quelque chose d’irrépressible l’enjoint de tout faire transiter par la tête – qui accumule – traite ce qu’elle reçoit – trie – classe – range – accumule encore – entasse jusqu’à la saturation – jusqu’aux débordements – inévitables…

 

 

La route – l’asphalte – la terre – ce qu’offrent le soleil et les forêts – le jour et le feu. La distance quotidienne parcourue à petits pas…

 

 

Une autre vie au-dedans de celle qui a l’air de se vivre – tout un monde au-dedans du regard qui, peu à peu, se simplifie – s’épure – se retire – pour un espace – une étendue tendre – neutre – sans épaisseur – qui n’a aucune fonction – ni en ce monde, ni dans l’Absolu. Elle est – simplement – voit – reçoit – et laisse passer ce qui arrive – n’aspire à rien – ne désire rien – ne refuse rien…

Silence avisé – bienveillant – désengagé…

En sa présence – tout nous quitte…

Comme un soleil – un jour sans fin – au sein duquel tout revient – puis s’oublie – revient encore – et s’oublie encore – dans un recommencement perpétuel où chaque réapparition ressemble à la première fois…

 

 

Ça bouge – ça respire – ça pleure – ça crie – ça exulte – ça éprouve – ça s’éloigne – puis, ça disparaît. Et ça recommence – sans nous inquiéter – sans nous chagriner – sans nous réjouir…

Ça défile – simplement. Et ça assiste au déroulement – séquence après séquence – vue et aussitôt oubliée…

Spectacle sans fin devant un témoin impassible et sans mémoire…

 

 

Perspective – et manière de déconstruire ce qui a été bâti et d’empêcher toutes les tentatives d’édification – tous les processus d’amassement et de création – les jugements – les commentaires – les souvenirs – les images – les pensées…

Simplement le ressenti et ce qui est là…

La nudité la plus simple – inlassable spectatrice des spectacles…

 

 

Le chant du monde – dans le corps – de la tête aux talons – muets…

Quelque chose qui traverse sans s’arrêter – sans laisser la moindre trace. Tunnel organique – en soi. Présence vivante – inerte – pure attention peut-être…

Comme un espace pré-existant – d’avant la naissance du monde – d’avant la naissance de tous les mondes qui ont défilé – qui se sont laborieusement succédé – les uns après les autres…

 

 

Plus de charge – le son pur. Le vide, peut-être, habité. La sensation du monde – en soi…

Tout au-dedans qui passe furtivement – en un éclair – et qui disparaît – ne laissant rien derrière lui – la surface aussi nette – aussi propre – qu’avant son passage…

 

 

Pas un état – peut-être ce qui accueille les états – les contenus – le monde et ses charrettes de phénomènes qui défilent sans discontinuer…

 

 

Déblayer les amas – les agrégats. Ne demeure que le fonctionnel – la mémoire des usages pour les gestes quotidiens et les contingences journalières…

Profondeurs creusées du dedans – abîme sans fond qui a englouti des pans entiers de savoirs inutiles – emportant avec eux tous les questionnements métaphysiques – laissant la densité de l’être – seule et légère – joyeuse et chantante…

Célébration silencieuse – bien sûr. Rien de décelable par les sens…

 

 

Une pensée – de temps à autre – une émotion qui passe – et disparaît comme un rêve – comme un tourbillon d’air au-dedans de l’air – comme une arabesque du vide au-dedans du vide. Rien, en somme. Des mouvements fugaces et sans poids – sans conséquence – ce qui surgit depuis la naissance du monde – la naissance des mondes – il ne peut en être autrement – l’énergie est création incessante et mobile – ça doit surgir – ça doit s’élancer – ça doit traverser, puis disparaître – et être, presque aussitôt, remplacé par ce qui suit…

 

 

Une sorte de concrétude profonde – légère et savoureuse. Des ressentis vifs – doux – enveloppants – sans poids eux aussi…

Une attention libre et profonde – aérienne – poreuse – à laquelle rien ne s’accroche…

Pure présence, peut-être, où tout se mélange et où rien n’est mélangé – une chose après l’autre – toujours – série interminable ponctuée par quelques absences – quelques instants de répit – quelques silences…

Familiarisation avec l’espace et la vacuité, peut-être…

 

 

Réceptacle sans poids – sans gravité – accueillant le défilé inévitable des sensations – des pensées – des images – des émotions – rien de très sérieux – ni de très réel sans doute…

La matrice-regard – la matrice-témoin – la matrice-accueil – contemplant ce que la machine à créer déverse sans interruption ; tous les souffles – tous les élans – toutes les matérialisations des forces nées de la matrice-silence – elle-même se regardant créer et accueillir – elle-même se regardant passer et accueillir – elle-même se regardant disparaître et accueillir…

 

 

La terre – à cet instant – comme un désastre manifeste – l’expression d’une impasse – un avenir plus que compromis – une impossibilité…

 

 

La pierre chaude d’un rêve de soleil – froide et grise en vérité – anéantie par l’inconscience insouciante – la quotidienneté inerte des hommes qui tourbillonnent entre leurs tristes murs…

 

 

Entre deux soleils noirs – le déclin – la décadence – et la chute, bientôt, d’un règne dont l’écrasante hégémonie (en dépit de sa brièveté) aura trop duré…

 

 

Vivant – ça veut dire le cœur battant – le cœur sensible – un peu de peau qui recouvre le sang ou la sève…

Et au-dedans – une âme trop souvent prisonnière qui ne comprend rien à cette restriction – à cette contraction de l’infini – à ce rétrécissement des possibles – dans l’interrogation permanente des limites et des frontières – et la nécessité de les franchir – courageusement – une à une…

 

 

Ça devient ce que nous voulons – un rêve – Dieu – la réalité – une illusion – ce qui nous invite à creuser davantage – à revisiter les hypothèses et les évidences – et, éventuellement, à inverser les paramètres et à rectifier les paradigmes – à faire le tour du monde et de la tête – les mains contre la paroi en avançant à tâtons dans notre dérisoire labyrinthe…

 

 

Ce qui s’échappe – la terre occupée – le besoin d’un autre monde – une résistance au règne de la laideur…

Tout glisse – à présent – le vide comme le seul lieu possible – le seul lieu essentiel – vital – qu’importe les danses et les voix – le décor de toutes les tragédies…

 

 

Sous nos pas – la boue – et au-dessus – la désespérance. Partout – la vie brunâtre – l’enlisement – les résidus du jeu des Dieux – le revers de l’Olympe, peut-être, avec ses figures tristes et ses âmes ignares…

Ce que nous avons fait du monde – toutes nos tentatives – cet effroyable gâchis de matière et d’esprit…

Comme un trou dans le soleil – les bruits du monde qui résonnent et se résument à (presque) rien – l’esprit qui rumine – la parole qui se répète – le vertige d’un Autre que nous – ce que la terre a enfanté – ce que les Dieux n’avaient pas prévu… Et les hommes – au loin – penchés sur le sol – à l’affût de l’or – ramassant leur récolte – comme de petites mains insensées…

Et le regard dans l’épaisseur des souffles – des pas ininterrompus. Quelque chose comme une folle espérance…

Et la mort usinant à la chaîne – attelée à sa nécessaire besogne – avec le sourire sur les visages qui dissimule mal le cœur souffrant – le cœur qui pleure – le cœur qui saigne…

Rien de délectable – au fond – si, peut-être, le silence…

 

 

Ça vieillit doucement – sans en avoir l’air…

 

 

Il y a de l’homme en nous – encore – qui s’apitoie et se complaît (trop souvent) dans la tristesse – ce qui nous rend plus enfant qu’humain. Une manière d’être – à peu près – comme les autres…

Machine à images – à projets – à souvenirs – qui s’imagine sensible mais qui vit dans la tête – qui ne vit pas réellement – qui pense l’existence – le monde – soi – les Autres – plus qu’il ne les ressent – quelque chose comme une obsession qui envahit l’esprit. Un monde juste à côté – parallèle au réel, en quelque sorte – ou au-dedans de lui, peut-être…

 

 

Un rêve – plus haut – qui redonnerait au réel sa tendresse initiale – un parfum de fleur dans le froid – un baiser dans les eaux prisonnières – un peu de liesse dans l’absence et les disparitions. Quelques brèches sur les façades de pierres – un peu d’Amour dans les fentes saturées…

Et, à défaut, on pourrait réinventer le monde…

 

 

Trop de noir sous la douleur – et par-dessus – pour espérer la guérison…

 

 

Le baume patient de la lumière sur les blessures de l’homme – grattées, chaque jour, au couteau…

 

 

Entre – toujours. Sera-t-on, un jour, rejoignable… Et ce ciel – devant soi – deviendra-t-il, un jour, accessible…

 

 

L’inconfort de la pensée – la consolation du rêve – exclus l’un et l’autre. Plus rien d’admissible – pourtant, tout est permis l’espace d’un instant – puis, c’est balayé. Et la clarté précise revient – prend la place qu’occupaient les amas. Puis, autre chose passe – c’est vu – accueilli – rien de neuf – la même litanie des images. Balayette dans la main implacable du regard. L’Amour et la poussière – rien qu’un seul geste – invisible – et tout redevient vierge – et tout revient aussitôt…

Être et labeur interminable dans cette folle perspective de la durée – mieux vaut celle de l’instant que celle – déformée – illusoire – irréelle – de la continuité du temps qui scande les secondes, les minutes, les heures, les jours, les semaines, les années, les siècles, les millénaires – en vain…

L’éternité n’est qu’un moment – que le suivant crucifie pour offrir une autre éternité – et ainsi de suite – ad vitam æternam…

 

 

La malice des Dieux qui ont inventé le temps pour nous faire patienter – et que nous avons – par impatience – par ennui – par incapacité – transformé en espérance – le plus grand mal de l’homme avec le rêve. Et c’est dans cette faille qu’il faut apprendre à ouvrir les yeux…

Etrange mission offerte aux hommes – douloureuse – presque inhumaine – seule issue, pourtant, pour échapper au sommeil et devenir pleinement vivant…

 

 

Rien que des bras – prolongement du regard – et une pauvre chair à étreindre – à embrasser…

Rien qu’une joie – une tendresse – un jeu – un Amour – entre soi et soi…

Hôte de chacun – en son cœur…

 

 

Mangeur de mythes et balayeur du reste…

 

 

Au corps-à-corps – le vide et le monde – le contenant et le contenu – œuvrant en sens inverse – dans un jeu sans fin – l’un balayant ce que l’autre répand. A chaque instant – le même défi et le même enjeu ; le respect de la nature de chacun…

 

 

Itinéraire entre les nuages – du sol au ciel d’un seul trait. L’aisance du retour et les simagrées de l’ombre que l’on a répudiée…

 

 

Des murs – encore parfois – blancs initialement que l’on tache et colore de nos contenus plus qu’ahurissants…

 

 

Nouveauté première et récurrente – comme une aube naissante – un soleil neuf – à chaque instant qui éclipsent les bataillons acharnés de l’immense armée grise…

 

 

A mesure que l’on s’éloigne du monde – l’au-delà de l’homme se précise…

On apprivoise, peu à peu, ce qui nous semblait impossible…

 

 

Lèvres devenues silencieuses par cessation du bavardage intérieur. Mains ouvertes par cessation des embarras du cœur. L’âme presque vivante – à présent…

 

 

On ne sait plus ce qu’humain veut dire – préalable nécessaire, peut-être – base élémentaire aux éléments grossiers mais requis qu’il faut ensuite – mille fois – des milliards de fois – dégrossir – raboter – défaire – jusqu’à tout supprimer et obtenir une surface parfaitement lisse et transparente – sans bord ni aspérité – la perfection d’un miroir aimant…

 

 

L’effacement et la nouveauté – l’innocence du regard et les flots incessants du monde et de la psyché…

Tout se perd parce que, peut-être, tout est déjà perdu…

Vivant seulement l’espace d’un instant…

L’Amour et l’oubli – seule manière d’accueillir les phénomènes – de plus en plus brefs et vaporeux – presque inconsistants…

 

 

Comme des pans de nuit qui ruissellent…

Le monde, parfois, inabordable – comme une impossibilité vivante…

 

 

Certains jours, tout ce qui est entrepris – investi – emprunté – prend des allures d’impasse. Des heures de tentatives et d’avortement…

Le bleu – pourtant – traîne encore dans le pas – derrière la face tendue ou triste qui a vu tant de portes se refermer ou s’avérer être, en définitive, de fausses perspectives…

 

 

Rien ne s’invite davantage que l’odeur de la mort – et, à sa suite, le parfum de la tristesse. Rien n’exige, pourtant, que nous reniflions ces fragrances froides et que nous revêtions la panoplie complète du désespoir. Un regard – en nous – veille – impose le retrait des choses de l’esprit, puis la grande évacuation – l’ouverture complète des fenêtres et le passage du vent – le grand vent qui s’engouffre. Et, en un instant, tout est balayé…

 

 

L’autre âge de l’automne – cette perspective sans lien avec les rides et l’expérience. Ce que nous avons cherché avec obstination depuis l’enfance – offert, soudain, à nos pas harassés – à notre âme titubante – capitulante – à notre existence qui, depuis longtemps, ne ressemble plus à rien aux yeux des hommes…

 

 

Un peu de tranquillité – moins provisoire et hasardeuse qu’autrefois…

Une manière plus souveraine d’exister et de resplendir dans la solitude…

 

 

Ce qui – à présent – machinalement se défait ; l’existence des œillères et la visière des espérances…

Le passage éminemment provisoire des circonstances – le sourire sans la coiffe ridicule de ceux qui croient – et le savoir, envolé lui aussi, pour un œil neuf et étonné…

 

 

Et cette veille – presque permanente – au seuil du grand précipice. Et cette longue lame tranchante au bout de l’âme aimante qui, selon ce qui vient, embrasse ou décapite – réconforte ou crucifie – puis précipite le tout dans le vide…

 

 

Ce qu’offre l’instant – l’heure – le jour…

Le jeu des visages – des circonstances – des rencontres…

Ce que le regard réceptionne et défait…

La vie triviale, en somme – mais abordée avec nouveauté

 

 

Tranquillité sans extase, ni vertige…

Du silence – des gestes – des choses – des mots…

Rien que de très banal – un objet après l’autre – sans précipitation – accueilli avec la même attention – le même intérêt – le même engagement – puis délaissé – abandonné à l’extinction naturel de son élan…

 

 

Rien qui ne remue plus que nécessaire…

Rien qui ne s’attarde plus que de raison…

Tout – ainsi – se défait – jusqu’à l’attente même de l’objet suivant…

Tout passe sans heurt – sans effort – traverse – puis disparaît de façon aussi inopinée et mystérieuse qu’il est apparu…

 

 

Tout est là – offert – et sans autre maître que lui-même malgré les liens qui pèsent parfois comme des chaînes…

Ça s’impose – comme un jeu sans conséquence ; l’inévitabilité du monde – variations énigmatiques – glissements – répétitions des formes et des figures…

Tout se succède – se transforme – s’échappe – puis s’éclipse comme une ombre soudain rayée de la danse des silhouettes sur le mur…

Ça défile dans l’œil, puis c’est englouti – gouttes de pluie qui glissent le long de la vitre – et le doigt qui, parfois, dessine quelques traits dans la buée – la main appliquée à sa tâche – la tête attentive – et, parfois même, concentrée…

Jeux et gestes qui prennent le temps nécessaire – rien de hâtif – l’allure naturelle – appropriée malgré le rythme, parfois, inégal – tantôt ralenti – tantôt précipité. Qu’importe le tempo de la paume sur le tambour et le nombre de tours exécutés par les aiguilles de l’horloge – rien ne dure – en vérité…

La durée n’est, bien sûr, qu’une illusion – qu’une manière de parler – et, peut-être, de se faire comprendre (un peu). Et rien de plus…

Puis reviennent le sourire et la contemplation – le rien – le plus rien – l’absence d’élan – le jardin de la lumière – le mur blanc avant l’arrivée des ombres suivantes…

 

 

L’individualité se rebiffe – résiste – refuse d’être restreinte – éconduite – presque annulée. Comment pourrait-elle faire le deuil d’elle-même… C’est impossible – alors on l’accueille, elle aussi, avec ses élans – ses chagrins – sa tristesse – ses doléances – petite chose effrayée – inquiète – angoissée à l’idée que cette perspective s’impose…

 

 

Le visage de personne – la voix – la seule voix du jour – celle qui s’invite sur la page…

Cette étrange impression des confins – marge du bout du monde. La solitude et l’exil permanents…

 

 

Soi avec soi – le face-à-face perpétuel qui tourne parfois à l’affrontement – guerre et récrimination – désolation et désespoir – lorsque le vide est oublié – lorsque le vide sournoisement se laisse remplir par la pensée du seul condamné à sa triste compagnie…

Pas si triste – pas si pauvre – en réalité – moins misérable, sans doute, que ceux qu’il n’a cessé de fuir…

Mais dans ce tête-à-tête soutenu – de longue haleine – le silence, parfois, se dérobe et laisse l’individualité envahir l’espace – emplir le lieu de sa fragilité…

 

 

De jour en jour – la longue bataille – les coups du sort – les coups de tête – les coups de sang. Le besoin de l’Autre – d’un Autre – du monde. L’insuffisance incarnée – la petitesse et le rétrécissement. Et d’autres fois – la joie – la grâce – l’envergure retrouvée – la présence vivante – imperturbable…

 

 

Tout se mélange – se chevauche – s’affronte ; la durée et l’inexistence du temps – le silence et la folie de la tête et du monde – le désir et la complétude…

Nous sommes le lieu d’une guerre permanente et d’une paix possible – le lieu d’un enjeu sans cesse remis à l’ordre – et au goût – du jour – le lieu de l’absence et du jamais acquis autant que celui de la surabondance et de la certitude…

 

 

Tant de luttes – en soi – et d’amitié – sur fond d’Amour et de silence – rarement compris – rarement entendus…

Un fouillis à l’abri de rien…

 

 

Un jardin – une franchise – un peu de lumière pour déceler les taches qui ornent le mur – la blancheur un peu mate du mur. Des bruits – des mots. Tout ça se percute. L’hiver qui n’en finit plus d’étendre ce désert – et nos pas comme des ombres qui allongent cette nuit illusoire – mais qui a l’air si vraie lorsque nos larmes coulent et que la solitude a pris chair dans nos bras…

On est au-dedans de cet éclat enfanté – de cet élan fou vers le regard – le haut du mur – le foyer – l’abolition des frontières. Cette force et ces résistances – rien qui ne puisse survivre à nos assauts. Et le soleil – toujours – au centre…

 

 

Ce que la lutte et la tension nous ôtent d’énergie et de courage – de forces vitales – pour vivre le plus essentiel…

 

 

Bouts de terre – fragments de visages – éclats d’existences – mal vus – mal aimés – insuffisamment – dans la précipitation – le règne de la vitesse. Il faut ralentir et s’attarder – demeurer au plus près – voir – sentir – goûter – contempler et rester silencieux des jours entiers – et pendant des siècles si possible – pour commencer à voir et à aimer…

 

 

Tout bouge – mais c’est dans l’œil que les choses arrivent – c’est dans l’œil que le monde existe – c’est dans l’œil que le chemin se réalise… Aussi n’y a-t-il qu’un lieu où aller – le seul où le possible peut advenir…

 

 

L’œil aux aguets ne devrait l’être que du dedans…

 

 

Un chemin – un jardin – des fleurs. Le regard qui contemple – qui s’attarde. Et c’est là – tout entier – le monde peut-être – qui recouvre le blanc…

L’habitude qui envahit la fenêtre. Le jour qui décline – la nuit qui arrive. L’œil et les mots qui chantent sur la page – les traits qui se couchent et se redressent. L’élan de l’âme et celui du monde qui se chevauchent. Le blanc et l’obscurité…

Rien que nous dans cette solitude habitée – de moins en moins peuplée de fantômes. Le réel de plus en plus. L’arbre – le ciel – les bruits des hommes dans le lointain. Le vent dans les feuillages – le chant du merle. Tout redevient innocent – l’œil sans la distance et le regard au-dessus…

Plus rien ne se distingue – tout a la même texture – la même envergure – exactement la même épaisseur que celle de l’âme…

L’effacement a ravivé la joie et la beauté du monde…

 

 

Le bleu – de la même couleur que tous les mirages. Le provisoire et l’éternel confondus – non – pas confondus – unifiés – agglomérés ensemble…

 

 

Ce qui effraye ne vient que de la tête – le monde n’est peuplé que de circonstances et de quelques âmes fâcheuses – obstinées – plongées dans une folle ignorance…

Nous seul(s) et la présence des arbres – cet immense jardin où jouent et se poursuivent les bêtes – la faim dans le ventre…

Des murs parfois – et quelques tombes – histoire de rappeler la résistance des frontières et le règne du provisoire…

Rien qui n’attriste – rien qui n’essouffle…

Le dénouement heureux de chaque instant – le silence jamais rompu – la beauté et la démesure de chaque existence…

 

27 juillet 2019

Carnet n°194 Notes de la vacuité

Jours de pluie qui forcent à l’intériorité…

Ce que les circonstances nous font devenir…

 

 

Ni joie, ni tristesse, ni envergure supplémentaire. Le plus trivial – en soi – qui refuse la nécessité des miroirs…

 

 

Dans la compagnie des mots et des livres – qui accompagnent la solitude…

 

 

Une raison au-delà de la raison…

Une perspective au-delà des perspectives…

Quelque chose dont le sens échappe à l’esprit…

 

 

Tours et détours – simplement – chemin et cheminement sans autre raison qu’eux-mêmes – gratuité des gestes et des pas – d’un lieu à l’autre – d’un monde à l’autre – d’un état à l’autre – et qui se passent de toute explication…

Pris dans un cycle ni vertueux, ni infernal – qui existe simplement – comme tous les autres cycles…

Jouet(s) d’un élan né, peut-être, d’un excès de joie qui, soudain, s’est mis à danser – à tournoyer – et à emporter l’espace dans sa jubilation – faisant exploser le centre en mille périphéries – et enfantant mille mouvements dans l’immobilité…

Nous sommes cela ; cette joie, cet espace et cette matière virevoltante – pris dans le vertige de leur propre rythme – de leur propre réalité – amenés à tourner ensemble pendant des milliards d’années jusqu’à l’épuisement du souffle originel…

Et lorsque celui-ci s’éteindra (si puissant soit-il, un jour, il s’éteindra), nous retomberons et nous nous effacerons avec lui – nous enfonçant les uns dans les autres – nous réduisant en un point d’extrême densité – en restant là au cœur du centre – immobiles et silencieux jusqu’à ce qu’un autre élan naisse peut-être – et nous jette dans mille autres mondes – et nous fasse découvrir mille autres choses – et nous fasse vivre mille autres expériences – aussi surprenants (et peut-être même davantage) que ceux que nous aurons vécu en cette ère…

 

 

Jouer avec la matière visible et invisible – textures, gravité, forces, frottements, ruptures, emmêlements – tel est, sans doute, le (grand) défi du vivant terrestre…

 

 

Barreaux verticaux – détention peut-être – progressivement convertis en horizontalité – en échelle peut-être – comme un dispositif à moitié inversé – un changement de paradigme nécessaire pour transformer la perspective…

Peut-être est-ce là le premier pas vers l’issue que cherchent tant les hommes ; une presque inversion du regard qui ne fait disparaître ni le monde, ni les choses, ni les difficultés mais qui, en les percevant autrement, nous invite à les appréhender d’une manière différente – à abaisser ou à hisser les yeux sur ce qui, positionné initialement, constituait un obstacle infranchissable…

 

 

Monceaux de chair – victuailles à venir pour le festin de la terre…

 

 

Les pierres et les arbres parfaitement alignés – parallèles à l’horizon – comme les têtes humaines qui marchent d’un même élan – sans la moindre espérance ni de convergence, ni de rencontre…

 

 

Du vent sur des ailes déjà trop impatientes…

 

 

Quelle indigence abritons-nous pour être ainsi à l’affût du moindre frémissement de joie…

 

 

Silence équanime – seulement – dans les circonstances favorables. Cris, lamentations et tapage – le reste du temps…

 

 

Mouvements perpétuels qui ressemblent à des sursauts réactifs – impulsés davantage par le manque que par la joie…

 

 

Un pied dans l’illusion – et l’autre pas si éloigné de l’œil des Dieux. Entre terre et ciel – rêve et lucidité…

Excès de sérieux et de dérision. Dans l’entre-deux équivoque et inconfortable – éminemment relatif – de la condition humaine…

 

 

Des jeux moins sérieux qu’ils n’en ont l’air…

 

 

Souliers moins attachés à la sente qu’à la nécessité de la marche…

 

 

D’incident en incident jusqu’au coup d’éclat…

Gestes de nécessité sans témoin – comme pour obéir – et demeurer fidèle – à cette sincérité sans idéologie…

 

 

Entre le désert et la lutte incessante – nos pas ont fini par se résoudre à la solitude…

 

 

Des bornes et des barrières jusqu’au ciel – inutiles de bout en bout…

Limitations et frontières qui n’épargnent ni les chutes, ni les enlisements – si nécessaires au redressement du sol et à l’assisse terrestre de l’âme – pour apprendre à vivre dans une perspective moins horizontale…

 

 

Décuplement des forces vers une plus grande nudité de l’ossature…

 

 

Archipel des visages en jachère – comme manière d’éduquer au silence la foule manifeste de l’esprit dont les cris sont l’expression de la peur et de l’ignorance – de l’incapacité à voir au-delà du manque – des limitations – des apparences…

 

 

Gestuelle invisible pour que s’épuise le rêve. Danse de l’âme guidée par la flûte enchanteresse du silence. Serpents du dedans charmés par la mélodie quasi chamanique de celui qui chante – et qui se dressent, en longs mouvements ondulatoires, vers ce que le ciel porte avec grâce…

 

 

Ombres insensibles circulant sans rien voir – dans l’effleurement, à peine, de la surface du monde. Silhouettes et âmes fantomatiques glissant le long des murs – s’enfonçant dans la nuit profonde – inévitable…

 

 

Trop de carapaces – trop de peurs – trop de risque de larmes et de solitude. Sous le joug de cette crainte irrépressible de la douleur et de la souffrance…

L’anesthésie plutôt que le réel brut – abrupt – qui blesse, soustrait et arrache bien plus qu’il ne réconforte…

Rêve et sommeil plutôt que vie à vif – écorchée…

Insensibilité plutôt qu’émotion pure – envahissante – dévastatrice…

Somnambulisme plutôt que marche nue…

Habitudes plutôt qu’incertitude souveraine…

Demi-mesure plutôt que plongeon dans l’irréparable…

Confort, tiédeur et contrôle plutôt que feu et abandon – exploration des limites de l’homme – de l’âme – de l’esprit…

Chemin de refuges plutôt que voie de défrichement et de déblaiement…

Avide de ce qui protège – de ce qui habille – de ce qui console plutôt que de ce qui expose et dénude – de ce qui rapproche, peut-être, de la vérité vivante – d’une incarnation possible de notre envergure infinie – dépouillée – silencieuse – promise par la proximité (et les brûlures) de l’Absolu…

 

 

Partout – en exil – comme un étranger sans famille

 

 

Ni épaule, ni miroir – juste le noir de l’âme…

Ce visage – en soi – si pauvre – si seul – si démuni – si mal armé face au monde. Le plus sensible et le plus innocent des visages – comme un enfant – naïf – craintif – effrayé d’être livré à l’âpreté et à la rudesse du réel qui jamais ne s’embarrasse d’idéalisme et de bons sentiments…

 

 

Et se ravive cette grande tristesse d’avoir été jeté dans le monde – sans préavis – ni consentement préalable…

 

 

Faire face sans s’acharner, ni se complaire…

 

 

Me serais-je trop éloigné de l’homme pour ne trouver, en ce monde, le moindre visage ami…

 

 

Il y a toujours une émotion plus forte qui chasse la précédente…

Passage ininterrompu d’émotions qui se placent, toujours, au centre de l’âme – pour que nous nous sentions vivants peut-être…

 

 

Tout se vit à travers le même grillage…

 

 

Permanente oscillation de la distance avec le monde – entre l’abîme et le plus petit espace…

 

 

Se défaire de toutes les histoires – une à une. Se débarrasser de tous les mythes du monde – de l’homme – de soi…

 

 

Nous ne pouvons vivre que l’essentiel et le nécessaire – et ne pouvons offrir à l’Autre (aux Autres) que l’inconfort et l’incertitude – la soustraction et la remise en question permanente – le fil du rasoir quotidien – et un peu de tendresse lorsque le partage est consenti…

Voilà, sans doute, la raison pour laquelle le monde, si avide de superflu, de confort, de réconfort, de consolation, de distractions et d’habitudes, nous fuit comme la peste…

 

 

Ne rien refuser – jusqu’à ses dernières forces…

 

 

S’imaginer – naïvement – incontournable et irremplaçable. Et mettre des siècles à comprendre que le monde – très vite – ne cesse de vous contourner et de vous remplacer…

 

 

N’être qu’un maillon indigent – et la possibilité de l’absence…

L’équivoque de l’âme et du monde…

 

 

Réunir et réconcilier le fragment et la totalité – l’automatisme et la présence – la poussière et l’infini – le sommeil et la conscience – voilà, peut-être, le plus grand défi de l’homme…

 

 

Passage – ce qui passe – et, parfois, passeur…

 

 

On manœuvre dans l’indélicatesse du monde…

 

 

Heures de la grande désaventure où l’âme se recroqueville…

 

 

Stigmates d’un Autre que l’on porte tantôt comme une couronne, tantôt comme un lourd crucifix…

 

 

Chemins d’interstices et d’espace variable – petits pas de l’âme – petits pas de l’homme…

 

 

Cette rude pente sur laquelle les Dieux nous ont poussé(s) ; entre larmes et fureur – acquiescement et renonciation – le cœur balance – hésite – tergiverse – avant d’être emporté(s) par les vents fous du monde…

 

 

Le corps libère ce qui vit – en détention – dans la tête. Fixation en un point précis de la matière – de ce qui court – et tourne en rond – comme des fantômes dans l’esprit…

 

 

Cet amas de tristesse que l’on porte à genoux…

D’où vient donc cette douleur d’être au monde…

 

 

Nous avons balayé les distractions – les consolations – les compensations. Sans cesse, nous nous sommes dépouillés et avons fait face. Et, pourtant, c’est encore là qui vous ronge au-dedans. Ça vous grignote l’âme et la chair sans que rien ne puisse s’y opposer…

Vie d’arrachement et d’amputations…

Infirme – caché du regard des faux vivants – des faux bien-portants – qui vaquent à leurs distractions – qui s’affairent à leurs compensations – qui empilent toutes les consolations comme des remparts et des trophées…

Et ce spectacle est aussi navrant que notre agonie…

 

 

A devoir souscrire à des mirages auxquels nous n’avons jamais consenti…

 

 

Chemin de fouille et d’excavation. J’ai tant creusé que j’en ai les mains et l’âme rouges de sang…

Et pas encore déniché la moindre pépite au-dedans…

 

 

La vérité pénètre – traverse – arrache. Comme un scalpel sur le cœur incurable. Dans un geste ultime, peut-être, de guérison…

Il faudrait tout ôter ; réparer relèverait de l’impossible. Tout ôter – et repartir à neuf…

Qu’un grand vide à la place du cœur…

 

 

Qu’une blessure que l’on gratte encore et encore…

 

 

Témoin triste des appendices – monde – visages – fragments d’impasse – au détriment du regard et de la joie…

Jugements lancés depuis la même poutre qu’autrefois…

Inlassablement le mépris et les représailles…

La beauté – soudain – devenue inaccessible…

Devant soi – cet horizon de mélasse noire…

Rien que des passants et des yeux perdus…

 

 

Déferlement de l’angoisse – déchaînement de la colère. A défaillir comme si la vie se retirait – s’écoulait à travers tous nos orifices…

Punition – malédiction peut-être…

Réponse, sans doute, à cette ambition – trop grande – de fréquenter les Dieux et d’assister, en bonne place, à leur banquet…

 

 

Secousses interminables – éructation du trop-plein…

 

 

Cheminer sans précipitation – sans raccourci – sans franchissement partiel des obstacles. Demeurer là où ça bloque aussi longtemps que nécessaire ; se faire patient. Ôter les surplus – ce qui se désagrège. Nettoyer – balayer – libérer l’espace. Demeurer sincère – authentique – fidèle à ce que nous portons – à la pente naturelle que nous ont choisie les Dieux…

 

 

Retour au point zéro de l’être – le vide – le non-savoir – la non-espérance. Le socle à partir duquel tout se réalise ; les chutes – les ascensions – l’immobilité. Et cette dégringolade – inévitable – au fond de soi…

 

 

Arbres et ciel – la beauté vivante du monde – qui désarçonne l’obscénité de tout regard…

 

 

Pluies de mai aux airs insolents. Porte au fond du jardin. Le refuge de l’âme – l’élan de l’homme face au soleil trop timide…

 

 

Lampes – mille lampes – comme de minuscules étoiles sur le chemin des tentatives…

 

 

Vibrations – en soi – d’une cloche plus ancienne que le temps…

 

 

Sur la pierre où l’on demeure – sur les visages que nous rencontrons – je ne vois plus que la pluie – le noir – l’abandon – comme si la lumière n’avait été qu’un rêve – une parenthèse provisoire…

 

 

Rien qu’un peu de ciel pour croire encore à l’impossible…

 

 

Moyen-âge contemporain avec ses tours et ses donjons – ses remparts et ses églises – ses seigneurs et ses guerriers. Et le bon peuple – toujours – sous la botte – et la coupe – des puissants… Mille siècles de féodalité indétrônable…

 

 

Eloge de rien – quasi cécité – tant la nuit est sombre – tant l’âme semble se complaire dans son malheur…

Témoin impuissant de la dégradation…

 

 

Ça secoue comme si nous étions la secousse – la main qui agrippe l’étoffe – et la peau qui se déchire…

 

 

Fantômes qui nous hantent jusqu’au délire – jusqu’à l’hallucination qui, malheureusement, nous semble plus réelle que la réalité – comme une distorsion de l’esprit – une manière irrépressible de croire en l’illusion – de la consolider – et de la nourrir pour qu’elle croisse – et nous anéantisse plus encore…

Oui – nous sommes – cet incroyable bourreau…

 

 

Le centre névralgique du cœur anéanti par le prolongement du rêve qui nous rend, peu à peu, incapable de faire la différence entre le mythe et la réalité…

 

 

Du vent – mille mondes provisoires – ce qui existe ou feint d’y croire… Que sait-on exactement…

 

 

Bonimenteur – marchand de vent – fabricant de sa propre tragédie – qu’aucun miracle – qu’aucun mensonge – ne pourra sauver…

 

 

Faire face – enlacer ce qui tremble – ce qui a peur – ce qui est meurtri. Ne pas fuir – ne pas enfouir – ne pas mettre de côté. Devenir ce qui est effrayé et anéanti – ce qui terrorise et écrase – et le regard qui surplombe toutes les tentatives – tous les malheurs…

 

 

D’un jour à l’autre – sans que rien n’avance – sans que rien ne se décide…

Être là comme une jarre posée dans un coin – exposée au vent et à la pluie – presque morte – et qui, pourtant, espère encore…

Ah ! Cette maladie incurable de l’espérance enracinée jusqu’au fond de l’âme…

 

 

Vie sans tête – vie de présent et de joie – où le corps est le seul repère – et le ressenti, le seul canal entre l’âme, le monde et l’esprit…

 

 

Des souliers trop grands pour soi – des vêtements trop amples – des manières trop larges – une perspective trop vaste…

Sachons demeurer comme le ver et l’insecte – au cœur de l’infime et de la nudité – sans autre ambition que celle du jour…

 

 

L’âme qui tremble sous les vents du monde…

Noire – comme le manque et la terreur…

Et plus faible que le rêve de l’homme…

 

 

Terré comme un animal dans sa tanière – au fond de l’âme déchirée – privé de son seul refuge…

 

 

Nulle paix possible lorsque la bête qui vous traque habite vos profondeurs. Où que vous alliez – où que vous tourniez la tête – elle est là qui vous assaille…

 

 

Toute circonstance – toute expérience – toute rencontre – toute parole – est éminemment réelle lorsqu’elle est vécue – puis, aussitôt qu’elle s’achève (à l’instant suivant), elle perd toute réalité – devient vent – sable – poussière – à laquelle la mémoire tente de redonner une épaisseur – une consistance – pour la faire durer – durer – durer indéfiniment…

Erreur fatale, bien sûr…

Mais qu’il est difficile pour l’homme de ne pas céder à cette tentation naturelle – de ne pas être la proie de ce piège qui, une fois refermé, vous emprisonne dans le passé, l’illusion, la souffrance et le malheur…

 

 

D’une perspective à l’autre – être la créature infime et misérable – le tout – le jeu – la farce – le rire – la misère – l’illusion – la vérité – la nuit sans espérance – l’Amour et la lumière – tout ce qu’il est possible d’être – sans y croire le moins du monde…

La danse et les danseurs – les pas – les mouvements – la piste – la salle – la terre – ce qui regarde – ce qui s’ennuie – ce qui juge – ce qui exulte. Tout sans distinction au gré des pentes où glisse l’âme…

Être – et tout laisser être – sans la moindre certitude…

 

 

On ne sait vivre – et être avec l’Autre – sans s’engager corps et âme – sans se livrer jusqu’à la rupture ou à la mort…

 

 

L’argile du monde que l’imaginaire corrompt…

Boucle sans fin du langage…

Chimères qui, parfois, essoufflent l’âme…

 

 

Nudité admise – consentie – et pourtant, si souvent, recouverte par inadvertance…

 

 

Rien qu’une étendue lisse – sans bord – sans rive – sans profondeur…

 

 

Pensées d’un autre temps que celui du monde…

 

 

Gestes et visage plus guerriers que l’âme…

 

 

Entre deux démesures – celle de l’homme et celle de l’infini…

 

 

Le monde – reflet de notre propre perspective – de notre propre visage – de nos propres mains agissantes…

 

 

Course identique pour l’inerte et le cheminant. Immobilité ou sauts autour du même centre. Qu’importe le lieu et l’allure – la même distance à parcourir…

 

 

La déhiérarchisation des choses, des actes, des pensées et des circonstances offre au regard sa neutralité et son innocence originelles. Et le désencombrement de l’esprit et du monde, la vacuité nécessaire.

Et du vide et de la virginité naît la justesse du geste…

 

 

Rien ne peut être dit puisque le silence révèle déjà tout…

Rien ne peut être entrepris puisque tout existe – parfait tel qu’il est déjà…

La contemplation – seulement. Et le geste et la parole – rares – économes – parcimonieux – en cas de nécessité seulement…

 

 

Ces lignes – simple brouillon de soi – pour soi…

Habitude aussi de l’esprit explorant et de la main agissante…

Débroussaillage et déchiffrage (encore) indispensables…

Prémices du retour vers le centre – simple prélude au silence – au mutisme essentiel – nécessaire à l’être contemplatif – à l’être posé en actes…

 

 

Fenêtre – parfois – sur le jour. Intervalle de clarté – comme une ouverture au cœur de la géographie quotidienne…

 

 

Arbre dressé vers le plus favorable – légèrement supérieur à l’homme qui court – presque toujours – à l’horizontale pour satisfaire (de son mieux) ses nécessités…

 

 

Etendue herbeuse, eau et arbres. Et un peu plus loin, les collines. Et un peu plus haut, le ciel. Et ici – le regard absorbé par le vert et le bleu – partout. Le silence – le chant des oiseaux – le coassement des grenouilles. Les fleurs – pâquerettes et renoncules – comme de minuscules flocons et mille paillettes d’or éparpillés sur le sol…

L’espace vide – l’étrange (et savoureuse) absence des hommes. Le cœur en paix malgré l’obstination de quelques pensées – l’acharnement des souvenirs qui martèlent l’esprit ; rien – presque rien ; quelques images douloureuses – seulement – savamment (re)fabriquées – l’absurdité du passé qui cherche à revenir – à refaire l’histoire – et qui s’éreinte, en vain, à trouver une autre fin à l’aventure…

 

 

Demeurer là où tout s’efface – l’identité – le savoir – les souvenirs – au cœur de ce regard qui voit toujours comme pour la première fois…

 

 

Mille manières d’être seul – des plus noires aux plus extatiques – que nous expérimentons une à une – et presque sans broncher…

 

 

Monde d’actes et de mouvements où les individualités s’affairent. Et regard immobile – contemplatif seulement. Séparés le plus souvent – s’ignorant magistralement. Et, parfois, réunis pour le meilleur du geste et la plus grande joie de l’âme…

 

 

Ce que nous ignorons est, peut-être, le pire. Et dissimulé en son cœur – le versant de la délivrance – la seule perspective possible ; la fin des circonstances vécues comme des malheurs – comme une punition – comme une malédiction orchestrée par les Dieux…

 

 

Demeurer là dans l’examen dépassionné du monde – sans geste – sans jugement – sans éclat de l’esprit…

 

 

Homme discret et solitaire – étranger au récit collectif – exclu de toute histoire individuelle – n’appartenant à rien – ne faisant partie d’aucune communauté – d’aucune collectivité…

Liberté et son versant triste et pathétique (pour l’individualité) ; le sentiment permanent de l’exil…

Pas même rebut ; inexistant…

 

 

Existence droite – sans rature – étrangère aux gestes brouillons et aux excuses des Autres – à l’effervescence superflue – à l’exubérance de ce qui voudrait être regardé – à cette espérance d’Amour que nous promet le monde…

 

 

Chaque souffle – chaque pas – chaque geste – porté, entouré et enveloppé par le monde – comme la parole l’est par le silence…

Toujours seul – jamais seul – finalement…

 

 

A l’écart du monde parce que, sans doute, rien d’essentiel ne s’y joue…

Des histoires – rien que des histoires. Pas l’ombre d’une autre possibilité…

 

5 septembre 2019

Carnet n°201 Notes journalières

Du vide naît ce qui étreint – l’innocence et le plus radieux…

 

 

Des traces de moins en moins nécessaires. Juste le regard et ce qui se présente…

 

 

Silence et solitude au cœur de la nature sauvage. Sans doute – les seuls lieux où nous pouvons vivre…

 

 

Rien n’écorche dans l’immobilité – tout glisse sur la transparence. Et les vents débarrassent du reste…

 

 

La solitude ne se conquiert qu’au-dedans de la solitude. Et tout invite à habiter ce faîte…

 

 

Plus serré parmi les visages que seul sur la route où tout s’écarte…

 

 

De tous les côtés – les flammes – ce qui nous entoure – le monde et la nuit froide – le ventre à terre pour essayer de se faufiler sous les branches – dans l’air bleui par le ciel – à rouler sans bruit dans le passage…

 

 

Ce qui tombe – ce qui revient ; les mêmes jeux sans malice – sans mystère – et le visage des hommes moins hospitalier que celui des fleurs…

 

 

Paroles pour dire la nuit – autrefois – et cernées, à présent, par le véritable commencement du silence…

Tout – maintenant – aspire à disparaître – à être précipité dans le vide avec les images et la pensée – les souvenirs en tête – et les croyances et l’espoir à leur suite…

L’arrachement salvateur des certitudes…

Regard et monde vierges et neufs…

Le blanc a tout recouvert – tout envahi – a retrouvé sa place…

Et les formes et les couleurs – provisoires – qui passent…

 

 

L’éblouissement d’un autre jour que celui des hommes…

Une terre parachevée peut-être…

 

 

La fatigue des noms et des histoires…

Le retour au plus simple – à l’essentiel – à l’originel…

Tout – en poussières délicates – en écume raffinée… 

 

 

Des pierres – des corps – des chemins – et autant de blessures et de foyers – mille mondes possibles. Et le silence au-dedans que le dehors, parfois, rend fébrile. Et notre épuisement devant ce qui résiste ; les obstacles – l’inertie et l’inaction – l’effervescence et les jeux des hommes….

 

 

Rien que soi – la lumière et le monde à l’intérieur. Le souffle et le vide qui éventre la mémoire…

 

 

Être – il n’y a – et nous n’avons – que cela – en vérité. Le reste est trop provisoire – trop aléatoire – trop inconsistant. Sauce superflue – vaguement parfumée et goûteuse – qui ne sert qu’à agrémenter l’essentiel – jeux et colorations sur l’irréductible – mousses et lichens sur la roche originelle…

 

 

La parole – comme tout le reste – ne sert, en définitive, qu’à libérer le silence…

 

 

Comme des bêtes surprises – et enveloppées – par la nuit – puis, soudain, le jour. Et tout, aussitôt, vole en éclats ; l’obscurité – le monde – les visages…

 

 

Ce que l’on porte et ce dont on a l’air – un gouffre infranchissable semble les séparer…

Qui pourrait imaginer qu’en de telles limitations loge l’infini…

 

 

Quelques jours d’existence – à peine – pour chercher et découvrir – juste le temps de voir défiler quelques nuages – quelques visages…

Ce qui n’empêche nullement des siècles et des millénaires d’enlisement…

 

 

Tout a l’air si vrai – alors, qu’en vérité, on n’est sûr de rien. Tout se déroule dans la tête – si étroite – petite boîte dans un coin infime de l’esprit à l’envergure si vaste…

Et ce vide qui efface – et la précision du ressenti. Tout va si vite – tout – en un instant – se manifeste – puis disparaît…

Que reste-t-il sinon le vide et la nécessité de l’oubli…

 

 

Rien d’horizontal, ni de vertical – les dimensions explosées – anéanties. Seuls règnent l’instant et le vide – ni monde, ni visages – ou alors de manière circonstancielle – uniquement…

Et, pourtant, nous vivons avec les mains enfouies dans les poches – à serrer je ne sais quel trésor – papiers – objets – figures – souvenirs – affrontant le froid de la chair – l’indigence des âmes – les malheurs des existences – le désert et la mort – comme si tout ce qui était devant nous – comme si tout ce qui nous traversait – étaient réels sans voir que tout est toujours trop loin – hors de portée – mais qui s’en rend compte…

Nous croyons vivre mais, en vérité, nous butons sur tous les obstacles – nous croyons marcher mais, en vérité, nous ne franchissons aucune barrière – nous croyons vivre heureux mais, en vérité, nous croulons sous le poids de la neige et la boue des autres – nous croyons vivre l’amour mais, en vérité, nous mourrons de froid et de solitude au fond du jardin – devant la porte fermée du seul abri…

 

 

L’incarcération au-dedans – et les barreaux intérieurs – bien sûr. Et pareil pour la liberté. L’une et l’autre ne se voient sur le visage ; elles ne se révèlent que dans le geste et la parole – dans la posture de l’âme face aux circonstances…

Des barrières – des inhibitions – et des franchissements…

Des fossés – des murs de pierre – et des fleurs sauvages…

Un penchant naturel. Des inclinations. Et les préférences de l’âme…

 

 

L’hiver à demi effacé – et la lumière trop timide pour faire naître la pleine clarté. Légère pénombre et soleil pâle…

La peau – la terre – le mouvement entre le froid – persistant – et la chaleur qui monte paresseusement…

L’âme condamnée à une ardeur défaillante. Des élans qui manquent de tenue et de franchise…

 

 

Ce que l’on voit s’écrit – ce qui s’entend s’écrit – yeux et oreilles du dehors et du dedans qui fauchent leur récolte à mesure qu’apparaissent les tiges à couper…

 

 

C’était déjà là – avant de vivre – avant de naître. Ça n’attendait que les conditions pour émerger – grandir – devenir – ce qui avait besoin d’éclore…

Tout pourrait faire obstacle – tout serait bousculé – renversé…

C’est patient – ça attend son heure et les conditions requises – comme l’herbe qui fend le béton des trottoirs – c’est mû par une force titanesque – ça n’a l’air de rien mais, au fond, c’est redoutable – ça n’obéit (comme toute chose) qu’à son propre élan – qu’à sa propre nécessité. Et quels que soient le temps et les empêchements, ça finit – toujours – par advenir…

Voilà de quoi nous sommes constitués – notre noyau dur – le soubassement de nos vies apparentes – matériau sans intérêt excepté celui d’être le terreau le plus favorable à ce qui doit émerger – pousser – croître – s’imposer ; c’est au fond de l’âme – et au fond des tripes – et ça s’infiltre par tous les trous – par tous les canaux – par tous les passages – possibles…

Beauté monstrueuse du vivant et de l’énergie…

 

 

En nous – plus loin que l’embrasure – plus loin que le lieu où tout se retire. Ici même – là où le soleil n’est ni devant, ni derrière nous – au centre – ce que la parole ne peut saisir – ce que le souffle ne peut arracher – en chacun – chaque jour – à chaque instant…

 

 

Trop d’humains – partout – et, en moi aussi (bien sûr), trop d’humain…

 

 

J’attends l’hiver et la caresse des mots qui nous réchauffera. La franche solitude qui – jamais – ne s’encombre de visages et de souvenirs. Le désert retrouvé – estimable…

 

 

Tous les yeux tournés vers la même terre – vers la même perspective. Comme des têtes usinées dans le même moule ; la reproduction du pire qui s’aggrave – de plus en plus funeste – au fil des générations…

 

 

Il y a – en moi – cette nature sauvage qui me fait ressentir avec force ce que les bêtes éprouvent face à l’invasion humaine – face à l’hégémonie des hommes – face à leur omnipotence – à leur omniprésence – à travers leurs mille activités exploiteuses et irrespectueuses…

Et comme elles, je ne peux rien faire ; ni crier, ni mordre ne suffiraient – nous sommes condamnés à l’évitement et à la fuite…

L’impuissance et la rage au cœur…

Peut-être ai-je, en plus, les mots pour dire notre dénuement et notre désespérance devant tant de bêtise et de barbarie. Et quand bien même – exprimer ne fait guère la différence – nous sommes si peu, aujourd’hui, à reconnaître cette infamie… Et rares sont les hommes prêts à entendre cette vérité…

C’est enfoui au-dedans de nous – cette boue – cette bave – cette ruse – cette monstruosité – inscrit dans nos gènes. C’est enterré – et par-dessus – on a mis des fleurs – quelques aménités – un soupçon poisseux d’intelligence – pour faire croire à une possible humanité – digne de ce nom – imposture, bien sûr – vaste supercherie – ça circule encore dans nos veines – dans notre sang – dans toute la tuyauterie de notre cerveau…

Il n’y a de pire engeance que celle qui prétend ne plus être régie par les instincts – enfouis si loin – si profondément – et si mal qu’on les entend bruisser dans chacun de leurs souffles – dans chacun de leurs pas – dans chacune de leurs pensées. Ceux qui s’affichent et s’enorgueillissent ainsi ne sont presque qu’instincts – en vérité…

Pour vouloir paraître autrement – davantage – pour avoir l’air de ce qu’ils ne sont pas en réalité, ils sont prêts à récuser jusqu’à la mort ce dont ils sont tout bouffis et à cracher leur haine, leur mépris et leur prétendue supériorité sur tous ceux qui affichent avec plus de naïveté les traits dont ils estiment être affranchis…

 

 

Ça dérape souvent cette manière de nourrir l’illusion – au point de ne plus rien voir – de ne plus être capable de percevoir ce qui existe vraiment…

 

 

Le souffle – le sol – la même aspérité – parois collées. Et entre les pas – entre l’inspir et l’expir – le silence – cet intervalle hors du temps – voie par laquelle le silence se laisse rejoindre plus aisément…

 

 

De la lumière – parfois – entre deux rectangles gris – recouverts par le haut d’un bleu étrange – comme un œil sur la souillure du monde qui fouille et désosse les apparences pour révéler ce qu’elle dissimule – et ce qu’elle ignore elle-même ; la graine de beauté – l’élan possible vers le devenir – le jeu profond et permanent de l’évolution et de la métamorphose…

 

 

Rien n’est vu – à proprement parler – on devine davantage que l’on ne perçoit – et par-dessus – on invente. Et on imagine ainsi décrire le monde avec objectivité. Il faudrait traverser les peurs – et l’épaisseur de l’âme – creuser sous les images – faire exploser le sommeil et les apparences pour commencer à voir la réalité sous nos yeux…

 

 

De la poussière dans la bouche – descendu en soi – comme l’effluve du jour – ce que les vents ont livré à nos pas – ce que la main a saisi près du sol pour satisfaire la faim. Le ventre et l’âme – à l’abri des déboires et de la lumière – dans cet interstice où l’on ne se nourrit que de débris – des restes organiques et célestes…

Tout – ainsi – entre au-dedans – devient la jonction avec ce qui semble extérieur…

Des souffles et de la neige – tout ce que l’on saupoudre sur nos têtes…

 

 

Rien que de la vase – lorsque l’on fouille dans l’esprit – la mémoire. Ça a l’air clair – limpide – tout semble se détacher de manière nette et précise – avec facilité – mais tout, en réalité, a une odeur et un goût de marécage – d’eau stagnante…

Et tout – aussitôt remonté – se délabre – se liquéfie – retombe en informes pâtés dans la mélasse brunâtre et nauséabonde…

On voudrait que cela ait des airs de liqueur – de parfum d’enfance et de bonheur perdu – mais ce sont les égouts et leurs effluves pestilentiels…

On peut enjoliver les images – leur donner un air de propreté – et abuser l’esprit en ne lui présentant que des fragments isolés du reste – mais si l’on est honnête – et un tant soit peu lucide – on ne peut ignorer ce lieu étrange d’où émergent les images – et on a vite fait de comprendre qu’il est plus sage de tout remettre à sa place – de tout jeter en contrebas – et d’ouvrir les vannes pour que le marigot se déverse – s’évacue – disparaisse…

 

 

Histoire d’intériorité et de propreté – l’esprit comme une ménagère exigeante – presque caricaturale – le balai à la main – soucieuse jusqu’à la maniaquerie de l’hygiène de son foyer ; une grande pièce aux murs blancs et au mobilier rudimentaire – éminemment fonctionnel – voué uniquement aux usages quotidiens nécessaires…

 

 

Des mots – des souffles – et par-dessus – et par-dessous – une lame effilée. Et tout – coupé – haché menu – et réduit en poussière – puis consciencieusement balayé…

Déblaiement incessant pour accueillir de manière toujours aussi neuve la vie incessante et nouvelle…

Dans l’esprit – le dispositif inverse de celui que la vie et le monde ont naturellement mis en place – qui soustrait ce que ces derniers ne cessent de répandre – d’amasser – d’entasser ; le vide – le moins – pas contre mais pour accueillir le plein – le plus – et leur offrir le terrain le plus propice – vierge – libre – sans embarras…

 

 

Ne pas se laisser impressionner – ni attendrir – ni même bluffer – par le jeu du monde, des visages et de la psyché – chargés de désirs – de revendications – de règles à respecter – d’une longue liste d’exigences…

Couper – trancher – et se débarrasser de cette poudre aux yeux – de ces simagrées – de toutes ces niaiseries du monde, des visages et de la psyché qui ne manquent jamais une occasion pour nous faire passer pour des bourreaux sans âme – des bourreaux sans cœur – si nous avons le malheur de ne pas nous conformer à leurs caprices – de ne pas satisfaire leurs incessantes volontés…

Soleil qui rase et défait pour rayonner sans rival sur le monde des objets…

 

 

Rien ne soumet – mais nous avons l’âme docile – obéissante – réglée sur de vieilles obligations – des choses si profondément ancrées que nous les réalisons sans même savoir qu’elles existent…

Entre peurs, plaisirs et espérance – la psyché s’agite – cette cervelle au cortex trop lent – et trop timide…

 

 

Tout finit par prendre la couleur de l’hiver. Il suffit d’être patient…

 

 

Tout est là – en deçà de cette agitation – de cette effervescence mentale – et au-delà de la quiétude – de cette paix à ciel découvert…

 

 

Rien – l’absence encore – le manque qui traîne la patte – qui résiste au grand déblaiement – qui s’accroche en vrillant le cerveau au point de créer une tension de plus en plus insupportable – passagère mais de plus en plus insupportable – illusoire mais de plus en plus insupportable – fiction et mensonge de la tête – simple jeu d’amplification électrique – hormonale – neuronale – encéphalique…

Dans l’attente d’un retrait – d’une suspension – jusqu’à la disparition définitive…

 

 

C’est souvent ainsi que l’on marche – la tempête à l’intérieur – avec cette fièvre diabolique – ces luttes fratricides – cette effervescence chaotique – et avec cette tête qui semble si froide à l’extérieur…

 

 

D’une seule couleur – celle qui nous attend. Des cloches et de la lumière. Des voix qui portent malgré les bruits du monde. Une sagesse inhabituelle. L’au-delà qui se rapproche. La vie et les Autres en nous…

Quelque chose devient le rythme – le pas – la pensée – les contenus de l’esprit – puis ses parois – puis, l’esprit lui-même dans toute sa démesure – comme si la folie s’insinuait à travers tous les passages possibles – le dehors devenant le dedans – et le dedans s’élargissant jusqu’à tout contenir – tel qu’au premier jour du monde – m ais à l’envers…

 

 

Les mots ne servent qu’à ramasser les restes – à témoigner de quelques broutilles – mille choses sans importance. Toujours – ils manquent l’essentiel – le retour et le vertige – le devenir du gris – cette refonte profonde (et miraculeuse) dans le bleu. La vie comme un fil – les destins comme des voiles – de la haute voltige – et de nobles aventures – sur nos eaux sans remous – et dans notre esprit toujours aussi tumultueux…

 

 

Rien que des mots parfois – mais qui ne suffisent à vivre. Il faut aussi des gestes – du silence – de la solitude et des pas – et quelques arbres à saluer – pour nous réjouir pleinement du jour…

 

 

De la terre et du feu – ce qui nous redresse malgré le vent – malgré le monde – malgré les hommes…

Tout se retire pour que nous puissions faire face au ciel et à la lumière avec poésie et efficacité – de manière intense et pragmatique…

Une suite de vertiges, de pertes et de chutes préalables pour que nous puissions nous présenter aussi nu(s) et humble(s) que possible…

 

 

Tout se percute et s’emboîte pour que nous avancions – et que se rapproche l’évidence…

Pour que la rencontre ait lieu – il faut que ça émerge des profondeurs – que ça monte et que ça descende – que ça s’inverse et que ça explose – alors peut-être – le regard – la lumière – le silence – l’évidence – réussiront-ils à se rencontrer – à ne former qu’un seul trait dans l’âme – sur le visage – sur la page…

Rien de mécanique dans ce processus – cette rencontre ; quelque chose plutôt entre la magie et la poésie – et comme une fulgurance éminemment pragmatique aussi – un événement étrange à vrai dire – absolument trivial et sans pareil – indéfinissable…

 

 

Du rouge au gris – puis, un long intervalle dans le noir – puis, un agrandissement jusqu’au blanc – un saut vers le jour – puis, le soleil rayonnant jusqu’au bleu – impérial…

Mais qui sait si nous ne pourrions encore être la proie d’un glissement impromptu – sournois ou radical – vers le froid…

Une chute vers la vacance sombre de l’âme…

 

 

La nuit – en réalité – n’est jamais à l’extérieur – dehors n’existe pas – ce n’est qu’un rêve – un mythe – un mensonge pour les âmes étriquées. Dieu – déjà – présent – partout – avant même la première naissance…

Ensuite – on compte les morts et le nombre de vies nécessaires pour refaire surface au cœur du réel – puis le nombre de pas qu’il manque pour transformer le réel en vérité…

Après, on ne sait pas – peut-être n’y a-t-il pas d’après…

 

 

On laisse faire – de plus en plus ; et il y a de la tristesse au fond de l’individualité – comme une couche épaisse de mélancolie…

A chaque fois, on imagine que ce sont les ultimes soubresauts de l’individualité – et puis ça revient – ça finit par revenir comme si cette désespérance était sans fin – intarissable – littéralement… Et sans doute est-elle intarissable car le monde, sans cesse, la nourrit – et dans le monde – et au contact du monde – l’individualité n’a d’autre choix que celui de la tristesse ; elle ne peut prétendre à autre chose – elle ne peut nier son inclination profonde – presque sa nature – et elle ne peut disparaître…

L’esprit, lui, sait échapper à l’individualité – à la tristesse – au monde – à toutes ces niaiseries qui nous condamnent à la désespérance… Mais notre manière d’y être – de l’habiter – n’est pas assidue – n’est pas assez régulière – malgré nos efforts – elle demeure erratique – trop encombrée encore par ce qui entrave le passage – par ce qui s’accroche – par ce qui s’agrippe désespérément par peur d’être balayé et jeté définitivement dans le vide…

 

 

Tout est posé contre nous – voilà pourquoi nous étouffons parfois – voilà pourquoi nous étouffons souvent – presque toujours. Il n’y a pas assez de distance – et nous avons perdu la hauteur – et l’envergure – nécessaires pour demeurer en surplomb – là où le magma, l’entassement et les blessures prennent des airs de danse – ressemblent aux traits d’une arabesque sans douleur – comme une succession de mouvements dessinés dans l’air…

 

 

Quand tout devient rien – la gravité disparaît. Le rire revient – et révèle notre nature – le seul visage de l’âme. L’air retrouve sa légèreté. Et vivre n’est plus qu’ivresse – vertige – joie intense…

Quand tout reste tout – ça fait comme un poids insoutenable ; soi – l’âme – le monde – toutes les choses – tous les visages – pèsent – pèsent sur nos pauvres épaules. Les jambes fléchissent – le corps vacille – le cœur s’épuise – il n’y a plus que lourdeur et tristesse – noirceur et impossibilité…

Et, à chaque fois, la fin du monde est proche – presque inévitable ; le grand œuvre de la désespérance…

 

 

La défaite écrasante nous plonge dans une forme d’impuissance paroxystique. L’anéantissement de la volonté – la capitulation complète de l’individualité – l’annihilation de ce que l’on appelle couramment le destin personnel. Le contraire (absolu) du succès et de la liberté individuelle – de la réussite et de l’indépendance dont on nous fait croire qu’ils existent – qu’ils se méritent – qu’ils se conquièrent – mythes et mensonges ancestraux dont les hommes et la psyché ne peuvent se passer…

L’effacement et la soumission totale à ce qui est ; Dieu, l’esprit et le monde plus puissants que les désirs et les illusions humaines…

 

 

Des jours entiers sans visage – avec soi – l’herbe – les ombres. Des milliers d’instants au cœur de ce face-à-face – Dieu et la psyché – ce que l’on porte – le regard et l’individualité – distance et tension – accueil et résistance – entente parfois jusqu’à l’union – jusqu’à la désintégration des noms et des frontières…

 

 

Au fond de l’air – il y a un tombeau – un trou – un front – un peu de terre – un peu de bleu – le lieu de la lumière – la tristesse – le chant un peu triste qui accompagne ceux qui partent – le supplice et l’extase de chaque instant – indissociables. Et c’est cela que, chaque jour, nous respirons – l’inlassable continuité du monde…

 

 

Ce qui blanchit nos cheveux – et ce qui blanchit nos âmes ; rarement la même chose…

 

 

Des années à écrire – le même chemin de sable et de poussière. Des mots sans couleur – un œil sans âme – juste assez pour vivre – et revenir le lendemain…

Et de cette vie – bientôt – il ne restera plus rien – fort heureusement…

 

 

Lumière sombre posée sur quelques âmes. Une route – au loin – qui ressemble à un labyrinthe. Pas d’existence franche – réelle – quelque chose comme une impasse et un ajournement. Une manière, sans doute, de revenir – et de repartir du même lieu ; celui qui a pour origine le voyage…

 

 

Des lignes qui, parfois, tendent vers un horizon impossible. Il faudrait plus d’errance et de magie dans la main – quelque chose comme une âme plus vivante – plus vibrante. Une sorte de joie face à l’inconnu. Et, peut-être, moins d’idées et une manière d’être au monde moins rigide – moins codifiée…

Vivre avec l’émotion vive – sincèrement triste (presque douloureuse) – que l’on éprouve face à une tombe sans ornement – sans artifice – un peu de terre seulement avec un nom et deux dates. Et rien de plus. Si – parfois – une inscription – une seule – ou une photo. La poussière retrouvant humblement – sans emphase – sans afféterie – la poussière…

 

 

Il y a – toujours – une émotion vivante – une tristesse joyeuse – à voir une franche humilité – une beauté – une grâce – un émerveillement – la possibilité du Divin dans le plus pauvre et le plus simple…

 

 

Chez les vivants, j’aime aussi cette solitude et cette humilité – chez tous ceux que la vie a suffisamment contrariés – déçus peut-être – pour qu’ils n’aient plus d’exigence – et parfois – même plus d’espérance – mais sans rancœur – sans tristesse – sans aigreur – devenus assez sages, peut-être, pour s’en remettre à la providence et à ce que leur offrent les circonstances…

 

 

Des jours ternes – parfois – comme un regard éteint – un excès de sommeil – quelque chose que nous n’avons pas su offrir ou révéler – une âme trop distraite peut-être…

 

 

Rien ne s’impose – pas même la pluie – ça s’offre. Et dans ce don – il y a toute la lumière et l’Amour que l’on prête, parfois, à Dieu. C’est un regard qui vibre – une tête sans ombre – une manière de tenir la nuit à distance – d’éviter la contagion – de réduire la peur et la médisance…

 

 

Rien que la mort parfois – et cette façon de se coucher sous la tristesse. Trop de fatigue – et pas assez de ciel peut-être…

 

 

Le coin de la bêtise avec ses angles trop droits où tout vient se cogner…

 

 

Ça écrit encore – on ignore pourquoi – on ignore pour qui. Une manière, peut-être, de se faufiler entre les vivants – de façonner un désert autour de soi – d’être fidèle à sa singularité – de se rappeler qu’une dimension – une perspective – une vérité – existent au-dedans bien plus essentielles que tout le cirque du dehors…

Et comme manière de vivre, peut-être, toutes ces belles choses au quotidien…

 

 

Parfois – tout se retire – sauf l’ombre persistante…

Rien ne glisse sur le gris du monde…

Tout s’accroche aux visages – comme si le provisoire cherchait l’éternel…

 

 

Quelque part – dans le désœuvrement du monde – un peu à l’écart – à entendre ce qui ne peut s’éteindre ; ce feu – cette agitation – ce brouhaha – inévitables…

 

 

Les malheurs des vivants au pied de la lumière…

Le tour de force des ornières pour dissoudre tout ce blanc – toutes les promesses de la beauté…

 

 

Pour aimer – la rareté doit être manifeste – ce que le ciel tient, bien sûr, pour une évidence. C’est toujours vers l’unique que nous nous tournons…

La multitude est une forme de malédiction – d’infirmité – où rien ne se distingue ; une suite de visages – de noms – de reliefs – aussitôt vus – aussitôt oubliés – un long ruban de chair sans existence – sans conséquence…

Il n’y a que soi, bien sûr, que l’on différencie de la masse. Chacun – ainsi – se rassure – dans cette évidente distinction…

 

 

On fait – souvent – durer plus que de raison – histoire de gagner du temps sur le rien – et, peut-être, sur le néant ; le vide – la solitude – la mort – toutes ces choses un peu lointaines – un peu abstraites – mais dont l’ombre et l’apparence – et rien que le nom – nous terrifient…

 

 

Devenir ne suffit pas. La promesse non plus…

Et lorsque l’être se réalise – et que le temps disparaît – devenir et la promesse perdent toute leur valeur – tout leur attrait…

 

 

Un peu de bêtise et de sommeil – ce que les hommes partagent le plus communément – le plus souvent – et de bon cœur qui plus est…

 

 

Rien que le silence – et tous les paysages à l’intérieur…

 

 

Au-dedans – et plus jamais à côté…

 

 

Une seule présence – parfois – à la place de ce que nous avons (vainement) accumulé ; des livres – des fleurs – des enfants – des images – des conquêtes – mille choses – mille souvenirs – inutiles…

Une issue à tout – pour peu que l’on se sente prisonnier – abandonné – incomplet…

Comme une main – une lumière – qui, soudain, effacerait l’accablement…

 

 

Cloué à ce qu’il nous reste alors qu’il nous faudrait être nu – sans fardeau – sans douleur…

L’air et la peau déchirés – ce que l’on s’arrache encore pour que le rien – le plus rien – illumine…

 

 

De la poussière – une lampe – et soudain mille montagnes – et la route longue – longue et sinueuse – si longue et si sinueuse que d’ici on ne peut rien voir – ni même deviner la fin – seulement l’imaginer…

 

 

Une manière de s’absenter – de renoncer à l’inutile…

Une manière non d’arriver quelque part – mais d’être présent là où nous nous trouvons. Et qu’importe le contexte, les visages, les possibles – qu’importe le devenir – ils comptent pour presque rien – offrent (seulement) une vague coloration…

 

 

Comme un lourd rideau que l’on tirerait derrière soi. Et devant, l’horizon clair – et au-dedans, le seul soleil…

Comme un étrange désir que personne ne touche plus à rien – ou que si tout se transforme encore – le changement nous soit bien égal…

 

 

Fermer les yeux – et tenir le regard debout – dressé non dans l’attente mais dans l’attention. C’est ce qu’il nous faudrait avant que l’on ne nous enterre – avant que l’on ne referme notre tombeau – juste avant notre dernier souffle…

 

7 novembre 2019

Carnet n°211 Notes journalières

Rien qu’un très grand ajour dans la tête – une percée de l’âme – de la lumière. Et la lente – la (très) progressive – transformation de l’obscurité…

 

 

Aucun mot accroché aux lèvres. Et beaucoup de silence sur la page. Le foisonnement est ailleurs – dans ce rire, peut-être, qui nargue le monde et les saisons…

 

 

Un peu de vent – et un trou immense au milieu de la figure. Une faille pour engloutir le monde – ce qui blesse et réconforte – et laisser le feu brûler tout le reste…

 

 

Un éclat particulier dans l’œil – comme une flamme et une brûlure – cette ardeur et cette sensibilité à fleur de peau de ceux qui veulent tout vivre – tout sentir – tout comprendre…

 

 

Le bleu dans la paume autant que l’envergure de l’âme…

 

 

N’être – à ce point – plus personne. Vivre l’inexistence – la grande invisibilité. L’axiome premier de l’être – le silence – l’absence absolue de l’Autre…

Des vertiges solitaires et analphabètes – une manière de vivre la surprise sans le monde – ni le langage – d’éprouver l’étonnement hors de l’humanité – sans les mots pour commenter – en abandonnant cette odieuse façon de redresser la tête – de faire un pas de côté – de se désengager de la pleine sensation…

 

 

Des gestes – des pas – davantage ceux du ciel que les nôtres…

Nous n’existons plus assez pour posséder quelque chose en propre…

 

 

Comme une pierre dure et friable – l’apparente faiblesse du jour…

 

 

La clarté d’un horizon et celle d’un océan qui se rejoignent. Un peu de bleu au bout des doigts. Et ces grandes plages de silence sur la page. Manière, peut-être, de satisfaire la faim – d’exalter le désir d’une perspective moins commune – d’initier un chemin singulier vers une forme vivante d’Absolu…

 

 

Ce blanc – ce gris – ce jaune – autrefois si bleus – sur ce vert devenu si morose – presque noir à force d’être foulé – écorché – retourné. La terre – le ciel – et la malheureuse main de l’homme…

 

 

Pierre solitaire tout au long du séjour. Ici – immobile – malgré les heures. Muet malgré le monde – malgré la nuit…

Et pierre solaire au-dedans – une large clarté malgré l’ombre et l’absence apparentes…

 

 

Comme une main traversée par la lumière – sans autre stigmate que ce bout de ciel dans la paume…

 

 

Une parole rayonnante pour éclairer cette parcelle de terre trop sombre où nul ne se reconnaît – où l’Autre n’est qu’un fantôme – un danger qu’il faut éviter ou éliminer…

Aucun œil encore n’est né – il faudra attendre l’éclosion du jour au-dedans…

Ce à quoi contribuera (modestement) notre marche illusoire dans la spirale du temps…

 

 

L’étreinte invisible des Dieux – et leur empreinte au milieu du visage. Des courbes – des chemins – un peu de chair avant le pourrissement. De l’ardeur – de la patience et un amas d’ombres et de secrets cachés dans l’épaisseur de la matière…

 

 

De la faim et du venin en guise de façade. Et la mort plantée au milieu de la sève…

Un peu de langage pour tenter de circonscrire la nuit…

Le pathétique – la tragédie – toujours à la marge du silence…

L’homme – et ce qui penche au-dedans – dans leurs velléités de redressement…

 

 

Rien que des couleurs et des vibrations – le changement rapide du décor – des états – de tous les contenus. La terre – le monde – la vie. Et ce qui regarde – ce qui contemple sereinement le spectacle…

 

 

Ce que l’on assiège faute de trouver la clé de la soustraction – cette voie étrange – ce tunnel sous le monde – au-dedans de soi – long – interminable – qui mène on ne sait où – vers le couronnement, peut-être, de l’effacement – comme un peu de vent dans l’air – un peu de rien sur lui-même…

Une chose surprenante – à vrai dire – et, sans doute, peu enviable perçue du dehors – de si loin…

 

 

Des rites – des passages – peut-être assez de folie pour traverser tous les sommeils – toutes les batailles – l’épaisseur de l’ignorance, de la peur et du mépris – et espérer voir le jour éclore avant la fin de la nuit…

 

 

La féroce fatigue des jours qui use l’ardeur et la beauté – qui trace son sillon invisible – et déchire la terre commune jusqu’à la rupture…

 

 

Ce que la nuit nous retire bien avant la mort. Ce que nous offre le souffle – bien davantage que les mots…

 

 

Notre voix – presque inaudible – dans le tintamarre des siècles – promise à rien – et que le grand ciel écoute – pourtant – page après page…

 

 

Les bruits de bottes – des pas feutrés – la guerre et la ruse – l’existence des vivants – et toutes les fables de la terre – les larmes des enfants – le chagrin des mères – et l’orgueil des mâles qui ferraillent depuis le premier jour du monde…

 

 

Des routes et des frénésies – toutes plus absurdes les unes que les autres. L’époque est à la paresse – au prolongement indéfini du sommeil. Le triomphe (durable mais provisoire) de la nuit sur la quête du jour…

La bêtise élue reine par les foules stupides – instrumentalisées pour d’abjectes et grossières raisons – l’intérêt vénal (et incompréhensible) de quelques-uns – l’attrait (irrésistible) exercé par le pouvoir et la domination – la volonté de régner sur les masses…

Des corps sans tête qui s’agitent et courent partout – qui se précipitent là où on leur dit que le soleil est préférable – plus avantageux – posé là tout exprès pour eux…

 

 

Dans cette lumière qui n’est que nous-même(s) – les ombres terreuses – ce qui guerroie – et ce qui s’enlace – nous-même(s) aussi…

On ne peut échapper à toutes ses appartenances…

 

 

Nous autres – triomphants dans le jour – pitoyables dans la peur. A suivre la lueur des astres jusqu’à l’anéantissement – jusqu’à l’extinction définitive…

 

 

Adossé à la porte ouverte – comme la neige – nous allons – nous sommes peut-être – en silence – qui arrive et s’efface – ne dure qu’un instant – jamais plus d’une saison…

Au cœur de la montagne – sur ces pierres serrées ensemble…

Perdu déjà avant d’apparaître – l’hôte passager d’un ciel qui se laisse entrevoir – appuyé sur le labeur de l’hiver – avant d’aller nourrir la terre d’autres lieux…

 

 

Rien qu’une fenêtre dans le sommeil – un regard vers l’infini – le rien – le grand rien invisible – la nécessité du silence. Ainsi l’homme pourrait peut-être, sait-on jamais, sortir de ses limites – de son angoisse existentielle – de son ignorance métaphysique…

 

 

Ce qui apparaît – ce qui s’éloigne – l’inconcevable. Le monde sans heurt – confondu avec l’Autre et le silence – en soi – la même chose – personne. Rien qu’un regard – de la tendresse – et une main qui se tend pour mendier – caresser – offrir l’obole – recevoir l’offrande – s’incliner devant la puissance et la magie d’un langage sans parole – où les identités tourbillonnent – n’existent plus – et où leur absence invite à être soi – en soi – entre soi – d’infinies possibilités…

 

 

Tout se rejoint – en un instant – à travers nous – découvert – retrouvé – aimant…

Loin de la tendresse rêche et hasardeuse d’autrefois…

 

 

Du sang – du jour – le monde à l’envers qui retrouve enfin son endroit – là où la vie et le langage servent ce qui est plus haut – plus puissant – plus essentiel – là où le vide et le silence ouvrent leurs bras – là où même nos trop persistantes absences sont pardonnées…

 

 

Personne vers personne – partout et nulle part – comme un chant – un peu de lune et de brouillard – le grand soleil peu visible depuis ces horizons trop sombres. Des jardins – du sang – des morts – à peine un rêve – quelque chose, parfois, de très effrayant…

 

 

Rien ne s’attarde vraiment – plutôt une attente – un espoir de voir arriver ce qui n’arrivera jamais…

S’offrir ce que nul ne peut nous offrir – une manière d’inscrire sa route au cœur d’un vrai compagnonnage – de s’accorder une amitié précieuse – indispensable – infaillible – éternelle…

 

 

L’essentiel – toujours hors cadre – en dehors des principes – du langage – de l’intention – du territoire circonscrit. Plus proche du secret et de l’invisible que de ce qui brille sous la lumière. A égales distances entre le rien (un peu de poussière, peut-être) et l’infini…

 

 

Des lieux et des heures de renoncement – d’abandon – de capitulation désespérée ; le socle indispensable de ce qui apparente l’homme à Dieu – de ce qui révèle notre ascendance – notre filiation – notre appartenance…

 

 

Les mots ne sont rien – ils sont comme des clous sur une planche libre – magnifique – presque magique – qui n’a besoin de fixation – et qui ne tient sur aucun support…

 

 

Peu à peu – on devient ce qui nous emporte. Et le reste – immobile – à demeure – dans l’instant – pour l’éternité…

Ce que la nuit ne peut nous ôter – ce que le jour ne peut augmenter – ce à quoi rien ne peut contribuer ; ce frémissement du cœur vivant – attentif – qui voit – qui aime – et qui ouvre les bras à ce qui est devant lui…

 

 

La haine de tout ce qui assoupit – de tout ce qui nous disculpe – de toutes ces existences sans conscience – sans âme – sans conséquence…

Se tenir à distance du règne et des thuriféraires de la distraction, de l’irresponsabilité et du sommeil…

 

 

Ce qu’il nous faut traverser pour toucher au silence – comment pourrions-nous donc échapper au temps…

 

 

Des danses sans aveu – au plus près de l’effroi. Et cette parole aussi lointaine que l’étoile. Et cette faim qui répudie le ventre – et le transcende…

L’Absolu au-delà de la chair…

Le fond de l’épreuve – le fond du litige peut-être…

 

 

Ce qui se reprend – inlassablement – comme notre seul labeur – notre seul héritage. Ce grand vide qui, bientôt, n’étonnera plus personne…

Dans mille ans – serait-ce donc le jour prochain…

 

 

Et cette nuit sans flamme où tout s’agite – où tout s’invente – où tout s’oublie – serait-ce un autre ciel sans porte…

L’ardeur et la poésie d’un Dieu jamais avare d’initiatives et de partage…

 

 

Des nuits et des siècles contre lesquels s’escriment – en vain – nos larmes…

 

 

Une âme sans poids face au désastre. Et mille questions sans réponse…

 

 

Il faudrait que chaque page soit une fenêtre. La poésie alors serait un remède – une forme de bûcher sans langage – gigantesque et lumineux – salvateur…

 

 

Le drame souterrain qu’il faut affronter en vivant – Dieu regardant sa propre faillite – son propre déclin…

Et l’interrogation primordiale qui traverse toutes les portes – tous les murs – toutes les épaisseurs – jusqu’à retrouver la perception exacte – inversée ; la grâce de l’effacement – le parfait couronnement du vide – ce que nous sommes – essentiellement – et ce qu’il nous faut comprendre – de la plus intime manière…

 

 

Tout porte au-dedans – tout nous porte au-delà…

Tout s’avance d’un pas égal – et seul l’intérieur fait la différence…

 

 

Tout est là – semble là – on ne sait pas. Et le temps de fermer les yeux – et tout a disparu – semble s’être effacé. Et cette absence apparente nous pousse à explorer tous les souterrains – toutes les voies secrètes – invisibles – intérieures…

Sur l’autre rive – là où, peut-être, existe le monde…

 

 

Et cet asile que nous cherchons partout – oubliant le lieu et la manière de s’y rendre malgré nos innombrables (etinoubliables) séjours

 

 

Rien qu’un pas – un seul – voilà le chemin – le voyage – la provisoire destination – la seule…

 

 

La manière d’être – ce qui donne à l’âme et au monde leur couleur…

 

 

Un chemin d’arbres et de fleurs – de roches et de bêtes – celui qu’emprunte la parole silencieuse…

Un monde de sueur, de source et de pas…

 

 

Le souffle – la voix – le ciel – et ce que nos gestes dérobent à l’inconnu. Le monde sans lendemain. Et, parfois, la blancheur – l’innocence – au-delà de ce qui nous heurte…

Le vide – la nuit – le mot – quelque chose comme des noms dessinés sur le sable. Des oiseaux qui picorent. Un soleil timide – trop tardif sans doute. Toutes les naissances du monde et l’immobilité. L’univers et la trace dans un seul brin d’herbe. La parfaite continuité de l’absence…

L’arbre – l’horizon – la pensée – ce qui passe dans le silence déguisé parfois en matière – parfois en image – parfois en défi. Ce que le feu qui anime le sang – les pas – les gestes – cherche à retrouver parfois dans l’âme – parfois sur la terre…

 

 

Comme une joie perdue – et encore frémissante. Un destin d’autrefois aujourd’hui effacé. Ce que l’invisible nous réserve et le parfum de la nostalgie…

Le chant particulier du jour – le monde à l’envers. Et la tête enfin hors de l’eau – au-dessus de nous-même(s)…

 

 

Sous le silence – des yeux sentinelles. L’instant et le lointain amené par le vent. Sans poids – dans l’absence de temps…

 

 

Le souffle qui fait usage de l’exil. Une géographie sans ombre, ni fantôme. Peu d’hiver – pas de ruelles. Quelque chose comme la source de l’immobilité. Un chemin – le visage d’un autre monde – plus heureux et moins circonspect…

 

 

Parfois – le vent défait le monde alentour – ne reste rien. Et, au-dedans, la solitude de l’âme – le froid et la nuit. Une chaise vide sur laquelle est assise l’absence…

 

 

Rien ne s’écrit hors de la perspective. Tout s’écoute – est accueilli. Ne règnent – ici – que l’Amour et le silence…

L’extrême attention et l’extrême liberté…

Le regard et toutes les danses du monde…

 

 

On n’existe qu’en sourdine et de manière souterraine – en surplomb aussi – au-dessus des têtes – au-dessus des corps et des gestes – parmi les âmes qui virevoltent autour du temps – au-dedans et sur des chemins plus qu’éphémères…

La vie dans l’antre du regard – comme l’écho presque imperceptible d’un chant au fond du cœur…

 

 

Nous sommes une écriture indéchiffrable – un silence écorné bien davantage qu’un langage. Les signes d’une eau lointaine – d’une origine commune – inconnue – et aujourd’hui étrangère. Nous sommes ce qui glisse – avec le reste – dans le gouffre du temps – un repos – une parole – et plus encore un lieu à découvrir…

 

 

Une île comme un jour séparé du reste – de l’ombre – du monde – du temps. Une présence vers laquelle se dirigent tous les pas…

Une manière (presque) miraculeuse d’habiter la terre…

 

 

Ce qui glisse entre la tête et la main – par-dessus la poitrine – dans ce grand vide où tout s’efface – où les vivants n’ont plus même le sentiment de vivre, ni d’avoir vécu…

Un fond d’oubli tragique (pour la psyché) et salvateur (pour l’esprit)…

Là où se tient l’âme – toujours hésitante…

 

 

Il n’y a plus de visage – qu’un grand corps vivant – mobile – agité – que rien n’éclaire – que rien n’effraye – excepté, peut-être, les ombres et la nuit…

 

 

En soi – et dans l’intimité des choses et de la matière – il n’y a, sans doute, de meilleure compagnie – ni de plus grande proximité…

 

 

Chacun dans son cercle et ses mouvements – à vivre et à regarder le monde depuis ses meurtrières. Sans réel contact avec l’Autre – étant hors de tout – et de lui-même d’abord – pas même à ses côtés…

La terre – l’existence – les vivants – dans l’oubli des Dieux…

 

 

Rien qu’une pente où tout roule – et le ciel inconnu – trop lointain…

 

 

Et toutes ces vaines grimaces – et toutes ces vaines acrobaties – face au mystère…

 

 

Rien de plus étranger que le monde – aussi inaccessible que le rêve – que l’impossible…

 

 

L’Autre – des visages – vivant seulement dans la parole – peut-être dans la mémoire – dans ce que fut ce passé sans gloire – un léger flottement entre le ciel et la vie – dans la faille où finissent par glisser tous les secrets…

 

 

Le seul lieu est au-dedans – et la seule direction – loin du monde – de la nuit – de la langue – en deçà de cette lisière qui nous sépare du reste…

 

 

Personne – comme le Graal qui se vit provisoirement sur le sable – et qui s’imprime, peut-être, humblement sur la page…

 

 

Soleil d’un seul – soleil d’un Autre – soleil commun. Nul n’a le choix de son remède – de son éclairage. Comme le reste – on nous choisit…

 

 

Parmi les ruines à venir – au pied du désastre – et nous ne sommes occupés qu’à graver nos noms sur les pierres des édifices qui nous serviront de stèles…

 

 

Des fleurs – parfois – poussent entre les lignes ; des morceaux de silence colorés – des fragments de beauté venus d’ailleurs…

 

 

Usés par la récurrence et l’oubli – nous allons ainsi vers la mort – épuisés – à moitié vivants…

 

 

Des griffes et des royaumes – des tours et des territoires – mille parcelles sous la lumière – sous le même regard…

 

 

Rien qu’une mémoire à la place du monde – une monstruosité rassurante – une manière d’apprivoiser l’inconnu – de peupler l’inconnaissable…

Quelques signes – le réconfort de quelques visages – la quasi certitude du plus familier…

La seule façon de donner sens à ce que nous transformons en histoire…

 

 

Rien qu’un regard – le reste a été jeté aux loups – qu’il faut nourrir à chaque instant…

Devenir l’innocence et la virginité permanentes – le vide – ce qui accueille sans raison – sans savoir – sans trier…

L’âme offerte – la main ouverte…

Ni nom – ni visage – personne…

 

 

Occupé tout le jour à son tête-à-tête intime…

 

 

Tous au pied du silence – à vouloir exprimer ce qui est né du mystère – sans trop savoir où placer notre visage – ni à quelle distance de nos gestes et de nos pieds se tient la vérité…

 

 

Rien qu’un peu d’Amour et quelques pas…

De la violence – des paroles – et quelques gestes abrupts et maladroits – aussi…

 

 

Dans le tumulte d’un soir rêvé – le regard, un instant, se laisse emporter – puis, se ressaisit – oublie l’imaginaire – l’imaginé – efface le temps – redevient ce qui porte…

 

 

Une tête sculptée dans le monde – de la terre au-dedans – et au milieu, dissimulé, un peu de ciel – suffisamment pour que certains lèvent les yeux au-dessus des horizons terrestres…

 

 

Est-ce la fatigue ou la paresse qui murmure à la tête la nécessité du sommeil…

 

 

Il faudrait vivre avec le sang du monde dans les veines – et boire à la même source que les vivants pour que naisse une forme de pardon et d’oubli – et pour que l’on soit (enfin) capable d’aimer ce qui arrive…

 

 

Rien que des traces passagères – comme de l’écume ; nos seuls repères – et, peut-être aussi, les seules preuves de notre existence…

 

 

Et cette fièvre qui nous ligote au lieu de nous libérer. Il faudrait un feu immense pour commencer à faire un pas (un seul pas) vers l’Amour…

 

 

Des chemins comme des rêves – des pays hors saison – des paysages nocturnes – mille couches de sommeil supplémentaires…

 

 

Ce que nous effleurons du silence – les faces les plus anguleuses – assombries – presque noircies par nos images collées – le versant le plus puéril de la psyché – celles qui (nous) donnent envie de fuir – de rester enlacés ensemble – dans les bras du monde – du bruit – de la nuit – comme une poussée – un élan – un désir encore plus puissant de sommeil…

 

 

Un monde sans visage – sans espoir – sans étoile…

Un monde de pas et de pierres où le rêve a été banni…

Un monde d’arbres et de labeur libre – oisif – le contraire du travail et de la cité…

Une existence d’oiseau et d’espace où les ailes seraient inutiles…

Fidèle – toujours – à ce qu’imposent le cœur – l’âme – les circonstances…

 

 

Des yeux et un soleil en guise de visage. Deux bras suffisamment solides pour porter le monde – une plume – une feuille – pas le moindre orage…

L’Amour nécessaire – presque personne, en somme…

 

 

Aucun défaut – quelques nécessités – et, parfois peut-être, les caprices du ciel…

Quelque chose de désaxé – à l’image de ce qui tourne – de ce qui boite – silhouette moitié d’argile, moitié de ciel auquel on aurait ajouté un peu de plomb…

 

 

Les routes familières – si étroites – que même le temps semble s’y être arrêté. Du silence sans grâce – de l’habitude et de la faiblesse. De pauvres paroles et des silhouettes avachies. Des gestes usés qui durent sans jamais se renouveler…

Des fronts froissés – la vie immobile…

L’existence – la terre – indigentes de ceux qui n’ont jamais erré…

 

 

Ce qui se noue et se dénoue d’un seul geste – et que nous mettons, nous autres, des siècles à assembler et à découdre…

A l’esprit, le vent – et aux hommes, l’étoffe et le labeur…

 

 

Ce qui respire dans le geste et la parole ; le silence…

Ce qui donne au poème une lumière peu commune – un peu de ciel et de vent agglomérés – comme cousus ensemble…

 

 

Comme l’arbre – la fleur – la pierre – jamais distrait de notre labeur. Assuré d’être là – présent – penché sur notre tâche…

 

 

Personne – sans le moindre vertige – sans la moindre somnolence. La nuit pas même cachée – exposée à tous – reliquats peut-être – parfois davantage – parfois levier de forces noires – accablantes…

Un corps – une âme – à peine une tête à présent…

Ce qui s’abîme – ce qui meurt – et le reste que l’on oublie…

Ce qui passe – sans même la surprise du jour – la nécessité des Dieux – la fréquentation des hommes…

Le plus simple – le plus proche – ce qui semble si étrange – si étranger – si lointain – aux Autres…

 

25 décembre 2019

Carnet n°215 Notes journalières

Rien à offrir – un peu de blancheur, peut-être, sur un (très) provisoire carré de terre – l’espace de quelques jours – l’espace de quelques nuits – un peu d’eau – et le ciel en cercle autour de nous…

 

 

L’infini – ici – et qui nous portera à l’autre bout de lui-même – quelque part – sous une latitude inconnue – à une altitude imprécise – sans doute à la même hauteur que ce qui ne peut être soustrait…

 

 

Le corps sans la soif – l’esprit sans la langue…

Le bleu comme voie directe…

Le ciel – à nouveau…

La disparition et le manque – en chacun – comblés par l’absence…

Et le tout mélangé – provisoire – à demeure…

Le réel avec ses mille masques étranges et changeants…

 

 

Le contentement – comme un pli – comme un sillon, peu à peu, creusé – un état davantage qu’un effort ou une chance. L’impression d’entrer dans une zone sans inconfort…

Une manière, peut-être, de compenser le jeu de l’âme lancée dans le grand cirque du dehors…

 

 

De tous côtés – le centre – comme un travail – un acharnement – malgré la fatigue – ce qui se poursuit avec les forces qui naissent lorsque le courage commence à manquer – un automatisme de survie, peut-être… Une manière de redresser l’âme bancale – de faire revenir le jour dans nos vies trop sombres – sur cette terre misérable et malheureuse…

 

 

Ce qui est inscrit dans la langue – au cœur même de l’opacité – cette blancheur – cette transparence – ce silence de la voix – comme rassasiée…

Comme une suspension au-dedans de la parole – sans interrogation – sans le jeu incessant de la tête qui se questionne…

 

 

On ne peut nier ce qui, sans cesse, s’approche. Tôt ou tard – il faut tendre la main – allumer une lampe en guise de phare – en guise d’accueil – sortir de son sommeil – pour voir ce qui arrive – pour voir ce qui se présente – pour voir ce qui est là – tout près – et qui ne pourra résister très longtemps au désir de nous rencontrer – de nous découvrir – de nous connaître…

 

 

Les choses passent – et l’esprit lâche ses monstres pour remettre en ordre ce qu’il apparente à un chaos. Tout est chamboulé ; à chaque instant – le même défi – le même enjeu – et la même crispation sur ses règles dérisoires. Comme un malaise permanent…

Pas encore assez fort pour tout abandonner – et s’en remettre aux lois inconnues – et toujours surprenantes – de la providence…

 

 

La terre entière – parfois – sur la feuille – qui pèse de tout son poids – comme si nous portions le monde – ses malheurs et ses petites aventures – sur nos épaules – dans notre tête…

 

 

A jouir d’un temps sans égal lorsque l’horloge se brise et que la mémoire éclate – plus ni d’avant – ni d’après – que l’instant qui se répète (et jamais à l’identique) – du noir devant – du noir derrière – et entre, cet éclat – ce blanc – comme une parenthèse lumineuse – un intervalle dans le néant – dans les abysses cosmiques où la terre et l’esprit sont (habituellement) plongés…

 

 

Tout prend feu et se disloque – comme l’étoile filante – des vies et des spectacles – à très courte durée – aussi brefs que l’éclair…

 

 

Peut-être y a-t-il la plus grande bonté dans l’apparente indifférence des pierres – à l’égal du silence qui n’est qu’accueil – Amour – acquiescement. La chose la plus aimable – la chose la moins hostile – du monde – en vérité…

 

 

Dieu – blotti contre notre chair – lorsque le monde et les visages ne pèsent (presque) plus rien dans notre vie. C’est au cœur de cette absence qu’il s’approche – qu’il nous investit – qu’il occupe la place que nous avions toujours offerte aux Autres avec trop d’espérance et de naïveté…

 

 

Debout – sans retenue – sans loi – sans ossature – sans défi à relever – sans visage devant soi – debout simplement – comme le reflet d’une assise qui a trouvé sa verticalité intérieure…

La juste place de l’homme peut-être…

 

 

Ce qui nous agite – ce qui nous éloigne – ce qui nous emporte – avec l’arrivée de l’hiver. La neige et le froid – ce qui nous manque – sans savoir s’en prémunir. Un peu de chaleur entre les lèvres – le souffle de l’Autre pour se sentir accompagné. Une parole que l’on couche à côté de ses sœurs – sur la grande feuille posée devant nous – celle qui appartient au grand livre de l’âme – là où le monde tient une part si manifeste – comme une manière de conforter notre solitude – de légitimer notre retrait – notre repli – notre isolement…

 

 

L’opacité d’un silence – l’éclat d’une parole. Et l’indigence que révèle toute demande…

Comment pourrait-on refuser d’offrir ce que le monde nous réclame…

 

 

Que pourrait-on ajouter au délire – à la folie – des hommes… Quel acte – quelle parole – pourrait donc faire obstacle à cette vague submergeante – dévastatrice – infiniment mortifère…

 

 

Usé – déçu – anéanti – par la prégnance des instincts – par l’aveuglement des actes – des élans – des initiatives – par la grossièreté des rêves – par l’opacité et le mimétisme des désirs – par l’étroitesse et la cécité à l’œuvre…

Des remparts et de l’immobilité. De l’expansion et de la domination. Et toutes les armes posées devant soi que l’on camoufle maladroitement…

 

 

Rien qu’un rythme quotidien qui transforme l’existence en périmètre restreint – compartimenté – où l’ordre des choses confine aux automatismes…

Il faudrait tout abolir – en soi – et laisser régner le naturel – le plus spontané – tous les possibles. Qu’importe la confusion et le désordre engendrés pourvu que l’honnêteté préside aux actes. La vie n’en serait que plus vive et plus joyeuse…

Plus de routine – plus de tristesse – ou alors comme simples éléments naturels – provisoires – absolument non systématiques…

 

 

Ce que l’on rencontre – la flèche et la main ouverte – la région de l’âme la plus tendre – l’apparente solidité du monde – et, plus que tout, le silence et l’Amour qui se renouvelle…

 

 

Sur une corde – à cheminer au-dedans du souffle – de l’Autre à soi – d’un pays (presque) de hasard à une région élargie – de la solidité apparente à l’inconsistance – de la fausse identité à l’authenticité du nuage…

 

 

Un instant – quelques mots – sous le ciel. Et toutes ces pierres à portée de main…

Un peu de bleu sur la langue pour que le dehors disparaisse – s’intériorise – devienne le centre – au même titre que ce qui a déjà l’air d’exister au-dedans…

 

 

Les choses ont l’air de passer – mais les yeux mentent. Ça a lieu sans le rythme – sans le temps. Tout se meut – et se mêle – dans la confusion – dans une forme (presque) de monstruosité – d’un état à l’autre – sans dérapage – dans une forme de pur désordre…

Comme un vent étrange qui nous offrirait une musique – un élan – une épaisseur – une chose qui ne pèserait (presque) rien – l’énergie et la confiance qui nous manquaient peut-être pour s’abandonner aux mouvements du monde – aux besoins de la psyché – aux nécessités de l’être – pour s’ouvrir aux profondeurs et à la sensibilité de l’esprit – à la justesse (implacable) de ce que nous vivons…

 

 

Dehors – encore – sans entêtement – le monde et les hommes comme un simple décor mobile – des pierres sur leur pente – et, parfois (trop rarement), un peu d’âme – un peu d’être – qui transparaissent – la possibilité (enfin) d’une rencontre qui nous redonne aussitôt figure humaine ; un visage, à nouveau, aimant – deux bras tendus – et l’âme offerte…

 

 

Tout le ciel dans un seul geste…

Tant de silence dans une seule parole…

L’Amour et l’infini au-dedans du même visage. Dieu en actes – pour l’éternité…

L’au-delà de l’homme incarné (réellement) par l’âme…

 

 

Ce qui tombe – et ne se relève pas – cela en moins à porter. Manière de s’alléger – et d’apprendre, peu à peu, à voyager dans la nudité sans attribut…

 

 

D’une chute à l’autre – ainsi se découvre-t-on – dans la soustraction et l’élimination progressive de toute mesure…

Au point zéro – la maturité se révèle – et ce seuil franchi – commence le véritable voyage – dont toute volonté est exclue…

 

 

Le jour glacial – comme si, dans notre vie, l’hiver dominait…

Tout – le monde – le souffle – les pas – se présentent comme s’ils jaillissaient du sol et transperçaient la neige…

 

 

Être sans le récit de soi…

L’état brut – à chaque instant – cet étrange mariage de la matière et de l’esprit ; le corps – la psyché – et tout le reste – le plus essentiel – de toute évidence…

 

 

Trop de fatigue et de résidus – ce qui opacifie le regard – la sensibilité – ce qui recouvre ce qui pourrait nous révéler…

 

 

Rien à dire – parfois – comme si ce qui était à dire se trouvait – essentiellement – dans le geste…

Le regard et la main – ce qui reste à la fin – après toutes les soustractions nécessaires…

La faim, peu à peu, déplacée – jusqu’à la satiété – jusqu’au silence…

Demeurent la curiosité et l’étonnement – le goût de la découverte et de l’exploration – le jeu joyeux d’apprendre – sans attente – sans enjeu – la joie permanente des premières fois, en quelque sorte…

 

 

Rien – un trou – un gouffre peut-être – du noir – et quelque chose au milieu – quelque chose de mobile – on ne sait pas très bien quoi – un manque – un besoin de lumière – un appétit pour nous-même(s) sans doute…

 

 

Du silence – de la solitude – un carré de terre sauvage – un coin de ciel – et nulle autre exigence…

 

 

Du sable – presque toujours – ce qui (nous) sert de socle et de matériau. Aussi comment pourrait-on croire, un seul instant, au sérieux de nos édifices ; nous ne sommes que des enfants qui jouent avec leur pelle et leur seau et qui se prennent pour des Dieux – de grands bâtisseurs – les maîtres de la plage…

Des jeux – des broutilles – des enfantillages…

 

 

Il ne restera rien – à la fin – qu’un peu de vent déplacé…

Le même point obscur – et cette étrange lumière au milieu…

 

 

On écrit – peut-être – pour épuiser la parole – la faire tendre vers le silence – réduire l’épaisseur de l’âme – devenir la nudité – démêler ce que nous avons tressé pendant des siècles – puis, tout jeter au feu – sans pitié – sans la moindre nostalgie…

 

 

Un peu de souffle et de peur – le temps de vivre – à peine quelques instants – puis la mort qui emporte – et avec laquelle tout est enterré…

 

 

Arrivé à ce point où rien ne distingue la langue du monde – là où le mot devient l’égal du geste – mais est-ce seulement possible…

 

 

Une longue errance – mille dérives pour parvenir jusqu’à Dieu – sans un seul pas…

Des yeux au regard – tant de chemins – et tous les égarements possibles…

 

 

Ce qui sépare les choses – les mille choses du monde – ce qui les rapproche – ce qui les range – ce qui les classe et les catégorise – et ce qui les laisse s’organiser à leur guise – sans règle – sans loi – particulières – au fil des assemblages et des séparations naturels et spontanés…

 

 

Il y a – en nous – le jour – et toutes les nuits possibles – ce qui abrège et ce qui prolonge – mille échelles et aucune hauteur possible…

Le désordre et la cohérence – mais pas la moindre contradiction – des oppositions et des luttes naturelles…

Ce qui nous constitue – la manière dont notre chair a été façonnée – jour après jour – pendant des milliards d’années…

Voilà pour l’apparence – la surface – l’épaisseur…

L’essentiel, lui, est un puits de lumière intérieur – un tunnel vertical qui plonge jusqu’au centre de l’étendue – jusqu’au cœur de l’infini – connecté au reste par le souffle – toutes les respirations du monde – et mille autres canaux invisibles…

 

 

Une volée de moineaux sous mon front – quelque chose – mille élans – qui guident ma main – qui convient le monde à ma table – qui déploient leurs ailes sous mes pas…

 

 

Tout se referme avec la nuit – ce que le jour a glissé dans notre âme s’efface – et à la place – le visage triste devant le temps qui passe…

 

 

On a beau allumer quelques lampes – on ne retrouve rien – tout est sens dessus dessous – comme déplacé vers le bas – comme si tout s’était caché dans les recoins de l’esprit – et attendait notre sommeil pour s’aventurer au milieu de la pièce – repousser la joie – et occuper les lieux…

 

 

Des jours comme des ténèbres – nous reniflons les évidences – ce qui arrive maladroitement dissimulé derrière les apparences…

 

 

Tant d’hésitation et de dérives à l’envers de soi – cette face que nul ne voit – qui n’est exposée qu’aux yeux fouineurs – et qui ressemble à un dédale de murs blancs – très hauts – très longs – comme un abîme, parfois, déguisé en rempart…

 

 

Des voiles et de grandes cernes pour embrasser la nuit qui monte vers nous. Et ce cri – et ces craintes – dans la gorge – comme coincés par ce qui – en nous – manque de confiance – les idées des Autres – quelques apprentissages ridicules…

Tout un peuple de créatures sans âme – de fantômes qui nous hantent et nous assignent à résidence dans la pénombre…

L’obscurité – le noir intégral – jusqu’en plein jour…

 

 

Des colliers de mains déchaînées qui cherchent à égorger notre joie naissante. Le signe, peut-être, de notre immaturité – de notre trop conséquente fragilité…

 

 

Entre regard et transparence – l’enlacement de l’innocence – le secret le moins bien gardé du monde – de nouveau – entre nos mains. Comme un peu de soleil dans l’âme – sur le visage. La récompense, peut-être, après ces années trop souterraines…

 

 

Mille soleils devant soi…

Une terre vivante…

Et la douceur de l’âme qui respire – pas même troublée par le monde…

 

 

Le corps des Autres aux veines profondes – presque assoupis – plongés dans le rythme des heures – les mains pleines d’objets étranges – de choses qui brillent – les yeux opaques – presque clos – et ce rire collé sur les lèvres – abstrait – comme irréel…

Des existences trompeuses – presque sans vérité…

 

 

Les pierres – toujours de notre côté – comme les arbres – avec les plus humbles – avec ceux que l’on ne remarque pas – et qui ont, pourtant, les mains pleines de sagesse et la bouche silencieuse – la lumière comme seule ossature que l’humilité recouvre d’un peu de terre – d’un peu de chair – pour que l’apparence demeure modeste…

 

 

A portée de prières – le ciel comme une simple promesse – une destination lointaine – inatteignable – que l’on fait miroiter aux non-voyageurs – à ceux qui ne cherchent qu’un refuge – qu’une distraction – qu’un peu de sommeil…

 

 

Si aveugles qu’au-dessus de l’abîme – au cœur du miracle – ils n’éprouvent pas le moindre vertige…

Des profondeurs trop recouvertes – la surface – les apparences comme une opacité – un masque jeté sur le visage – un bandeau qui recouvre – plus que les yeux – le regard…

Il faudrait se pencher davantage en soi – pour éprouver cet étrange sentiment d’infini et de densité – l’intensité de l’être qui rayonne – qui libère – qui offre aux vivants leur justesse – leur beauté – et quelques frémissements face à la vérité…

 

 

Une parole à l’aune de l’éternité – invisible aujourd’hui – noyée par les petits soubresauts des jours et des siècles…

 

 

Rien – une lumière sur le visage – des racines plein les bras. L’âme qui porte des sacs d’étoiles. Des jardins – et, sous la terre, des amas de morts – et, au fond de l’abîme, cet incroyable soleil…

Le monde entier qui coule dans nos veines…

 

 

De la braise – comme un feu abstrait – incomplet – presque éteint – une chimère sous le sommeil ; rien qui ne brûle – rien qui n’écorche – rien qui ne pousse l’âme – les gestes – les pas – jusqu’à l’incandescence – jusqu’à la brûlure…

Tout juste de quoi aller jusqu’au lendemain – à peine…

 

 

Un peu de bleu sur nos blessures – une manière de retrouver le centre du cercle – et de s’y rendre par les voies les plus douloureuses – inévitables (le plus souvent) – la tête plongée dans les plus obscurs souterrains que le monde ait creusés (à l’intention des vivants)…

 

 

Au commencement – rien qu’une pierre – une étoile – puis, la naissance du sang – de la chair – des visages – le point de non-retour ; la possibilité de l’infini matérialisé…

Puis, la course folle qui emporte le monde…

 

 

La pierre et le monde – nés du feu. Tout, bien sûr, naît du feu – et du silence consentant…

Et nous sommes cela à l’origine – au début de tous les commencements…

Un mélange d’or, de poussière et de sang…

De la glaise et des cris – du ciel et de la chair – et un restant de lumière…

 

 

Assis au milieu des Autres – dans cette étrange fratrie fratricide au sein de laquelle les derniers nés ont pris le pouvoir – terrorisent – martyrisent – exterminent – ceux dont l’intelligence est silencieuse – sans langage articulé…

 

 

Des songes et la lune – autour de nous. Comme un peu de joie – un peu de soyeux dans la nuit – un peu de chaleur sous le front – une manière de tromper le temps et la faim – d’éveiller le désir pour un ailleurs plus enviable – et de donner à ce qui nous entoure – à ce qui est là sous nos pieds – une apparence moins rude…

 

 

Une bouche sans syllabe – un temps suspendu – quelque chose qui s’affine – et se déploie peut-être – malgré la chair trop grossière…

Du silence et les vibrations du monde ressenties dans le sang – comme un cœur qui pulse – mais au-dehors…

Un tourbillon au fond duquel tout est aspiré…

 

 

Rien derrière le monde – les visages – que des façades avec un peu de vent et de ciel par-dessus. De la chair vivante – sans nom – indistincte – d’un seul tenant – une sorte de monstruosité informe – molle – qui se déplace en rampant – presque inerte malgré la vitesse des échanges entre ses éléments – et leur incessante transformation…

Comme un piège qui tourne en rond – sur lui-même – lent – immobile – au milieu de la nuit – quelque chose d’obscène et d’effrayant – avec, au-dedans, tous les visages de la mort…

 

 

Tout nous dévore – nous dissout – nous efface – de la matière à transformer…

Rien – jamais – de fixe. Rien – jamais – de définitif – bien sûr. Une permanente transformation des apparences – des formes et des couleurs – et derrière peut-être – et au fond peut-être – un peu de lumière…

 

 

Des horizons morcelés – ce qui se perpétue…

Une terre et des pensées – mille sommets et autant d’éboulis – le fatras des hommes et des bêtes – le fouillis des pierres et des plantes – dans tous les sens – mélangés – avec des ronces dans le sang et de la roche au fond des cœurs…

Ça s’agrippe – ça se déchire – ça s’envahit…

Le monde à genoux – qui se redresse – qui s’affaisse – qui n’est plus le monde – qui n’a, peut-être, jamais été le monde…

Ce qui est là – simplement – ce qui a l’air d’exister…

Ce qui semble mourir – se briser – disparaître – et renaître – perpétuellement – mais qui n’est qu’une danse, en vérité, sur les rives que les Dieux ont façonnées…

 

 

A chaque fois – dévoré par le même commencement – d’heure en heure – de jour en jour – jusqu’à la fin…

Sans savoir où nous sommes – sans savoir qui est qui – et s’il nous sera possible de vivre l’instant d’après…

De la stupeur et de lointaines rumeurs…

Un pont d’argile – une possible incarnation…

La faim et mille idées – mille poncifs – en vérité…

Quelque chose d’indécent…

 

 

Des Dieux à la mesure de notre attente. Des miracles lointains. Ce qui pourrait nous brûler – nous dit-on – si l’on s’approchait. Plus tard – ailleurs – lorsque les paupières seront closes – lorsque l’aube descendra sur le monde – un jour, peut-être…

 

 

Ce qui nous emporte – pas même les chemins – pas même le destin des Autres – pas même la tournure du monde – pas même ce que nous sommes – le (pauvre) reflet de notre visage dans les yeux de ceux que nous croisons…

 

 

Nous autres – sur les pierres – les mêmes depuis le début du monde – devant la lune – la même qu’au premier jour – à nous activer sans rien comprendre pour apaiser la faim au lieu de nous interroger…

 

 

Rassemblés sur un socle d’argile – devant des murs érigés par d’Autres – tous les Anciens et ceux qui, inlassablement, les remplacent – sur lesquels on a accroché quelques horloges – à intervalles réguliers – et de grandes flèches pour donner la direction – le sens de la marche…

 

 

Sur le versant d’un autre jour – comme dans un autre monde – comme dans une vie qui ne ressemble plus à ce qu’elle a l’air d’être…

Du vide à la place du front – de la joie à la place du cœur – et l’Amour, encore timide, qui se redresse, peu à peu, au fond de l’âme…

 

 

Rien que du vent sur nos épaules – ni l’Autre – ni le monde – ni la mémoire. Du vent – rien que du vent…

Et à nous voir marcher ainsi – le dos voûté – on pourrait croire que dans le vent il y a l’Autre – tous les Autres – le monde – tous les mondes – la mémoire et tous les souvenirs depuis la naissance du premier visage…

Du vent peuplé de fantômes…

 

 

Des chuchotements sous le front. Et des ombres larges et intenses qui se partagent notre âme…

 

 

Le pas silencieux – assidu – vers la lumière nomade. Un chemin d’écume et de nuages. Des murs franchis – des lieux traversés – nulle part où s’établir – sur la page – dans l’âme – pour un instant – là où les grilles ne sont que des reflets – là où le monde n’est qu’une image – là où l’Autre n’existe pas – ou, si cela était possible, un frère à aimer…

Sur ce fil invisible – qui se crée et se défait à chaque pas – entre précipice et vertige…

Seul – à chaque instant – à dévisager le soleil…

 

 

Rien que la solitude et la précarité du socle – l’étrangeté des signes qui jaillissent et la profusion des choses qui émergent de la source…

Ce qui nous accompagnera toujours…

 

 

Mille secrets à découvrir dans mille temples différents – invisibles – introuvables…

Ce qui nous fait tourner en rond depuis toujours…

Fi donc des secrets et des temples ; regardons – accueillons – devenons – la beauté et le sacré qui s’invitent à l’instant même…

 

 

Le prolongement tangible du silence – de l’ineffable…

Ce qui s’offre – ce qui nous traverse – ce qui tremble au-dedans ; ce qui est là – toujours innocent…

 

 

Le langage du feu et de l’abîme – celui qui brûle et rejette l’espoir – les images – les idoles – et qui pose l’instant et l’intensité sur l’autel du temps…

 

 

Des choses sans nom – sans famille attitrée – sans compagnie. Ce qui se passe des Autres et du langage…

Ce qui nous rapproche…

 

 

Dans une pierre – un arbre – dans les yeux des bêtes – il y a, à la fois, Dieu (tout entier) et l’insoutenable portrait du monde…

 

 

Entre les loups et les tambours – ce chemin qui serpente et qu’il faut emprunter…

Autour de nous – des pierres – des arbres – le chant énigmatique des oiseaux – le vent – ce qui détache notre nom au fil des passages…

Le sang et l’eau du fleuve qui se mélangent. La musique qui danse dans les veines. L’écume du monde sur la peau – balayée d’un geste vif – et jetée contre les rives…

Personne – nul ne marche…

Le centre – la destination – se tiennent au fond de l’âme – jamais au terme de l’itinéraire puisque le voyage n’a de fin…

 

 

D’un bout à l’autre du monde – de l’âme – les mêmes chemins – ceux qui sont visibles et ceux qui le sont moins. Et – toujours – en un seul voyage…

 

 

Des jours – des instants – comme des passerelles – une échelle au-dessus du temps – de la nuit perceptible entre les pierres – une barque qui dérive sur les eaux – entre les rives du monde – de plus en plus lointaines – comme un chemin qui s’élargit – comme une trajectoire ascendante – nous suivons les méandres – nous serpentons comme serpente le sentier – marchant aveuglément – confiant dans la main du vent qui nous guide – les yeux fermés sur la terre blanche – l’âme ouverte sur l’immensité qui s’annonce – sur l’immensité qui se dessine…

De bas en haut – puis, de haut en bas – du plus singulier – du plus pathétique – jusqu’à l’étendue – jusqu’au pays de la source…

 

28 janvier 2021

Carnet n°253 Notes journalières

Il faudrait – peut-être – s’abstenir là où nous sommes trop faible(s) – si frêle(s) – le pas pesant – bien trop lourd(s) – assurément – insensible(s) [si insensible(s)] face à la vie – face au néant – rempli(s) déjà d’illusions – d’espérance – d’épuisement – devant tous les visages du monde – devant l’infini…

Notre défaillance – notre souffle tiède – sans fraîcheur – sans tendresse (véritable) – comme un essoufflement à travers nos gestes et notre poitrine – l’écho d’un vent très lointain – insaisissable – bien sûr…

Ce que nous échangerions contre un cœur plus léger – un esprit plus agile – un corps sans épanchement…

Ce que nous sommes déjà – par-delà nos limites…

 

 

Entre nos mains – ce que le monde et Dieu y posent ; l’invisible et le plus grossier – ensemble – reliés – enchevêtrés – ce qui nous ressemble – ce qui nous maintient – ce qui nous distingue – ce qui nous réunit – de toute évidence…

 

 

Des ailes – un envol – non comme une fuite mais comme un chant – la liberté suprême (peut-être) – cette joyeuse (et involontaire) obéissance à ce qui jaillit du vide – du silence…

L’espace invisible au fond de notre présence – qui nous soumet à ce qui s’impose…

 

 

D’une musique à l’autre – comme les mains d’un ciel satisfait qui lance sa lumière au hasard des visages et des saisons – vers la foule imméritante – qui se précipite – confusément – dans l’enthousiasme d’un élan – dans la jubilation (presque inconsciente) d’un infini entrevu…

Ce qui se joint au cœur captif – ce qu’accompagne la parole libératrice…

 

 

Nous – devenant humble(s) et sensible(s) – à travers l’expérience – au cœur d’un monde sans guérisseur – au cœur d’une existence sans remède…

Le jour – seulement – et notre présence…

Inégaux face à l’éblouissement – à la gratitude – au silence…

 

 

Un chant – la parole qui se précipite – le sacré célébré – et rejoint – par la voix ; le verbe vivant – le silence – au-delà de toute forme de vérité…

Ce qui se révèle et ce qui panse – sans effort…

 

 

L’instant – sa présence dans le geste – sans suite – sans passé…

Le labeur du cœur – sans répit – d’une seule traite – du premier battement jusqu’au dernier – à la fois fenêtre et intimité de l’âme – échelle invisible au-dessus des plaintes – au-delà des préférences – cherchant, en vain, dans les circonstances un peu de quiétude – une forme d’immobilité – un peu de silence – à l’affût d’une réciproque révélation…

Ce que nous avons – en réalité – trop peu l’occasion de nous offrir…

 

 

Nous – plongés dans les tentatives opiniâtres de la raison – cette force – cette farce – comme une rengaine – un sillon dans le sommeil – un trou – une ornière que l’on approfondit – à la manière d’un abri pour nos actes – dans le prolongement naturel de l’esprit des pierres…

 

 

Ce qui patiente à nos côtés – aux aguets – au cœur de nos gestes – au cœur de ce que nous sommes…

Et nous – à la périphérie de l’illimité – aux marges de l’étendue – à la surface du monde et de la vie – alors que le centre et les profondeurs – à chaque instant – nous ouvrent les bras – nous tendent la main – avec franchise – avec tendresse…

 

 

Nous demandons aux Autres – au monde – à chaque parcelle du vivant – d’être des remparts – des fenêtres – ce que nous sommes incapables de nous offrir…

Nous – dans l’impuissance et la mendicité – caractérisées…

Le besoin impératif de l’altérité – à la fois couronne et fers aux pieds…

Englué(s) dans la surabondance matérielle et l’impossibilité de la solitude et du silence…

Notre triste sort – à tous…

 

 

A peine passé que le temps…

Pareil à une porte imaginaire – franchie par nécessité – par souci (impératif) d’un retour à la simplicité…

Dépouillé – à présent – sans ornement…

Assez nu, sans doute, pour être confié au silence…

 

 

Comme une enfance première – chaînes aux pieds – alliance au doigt – promis au monde (comme on le sait)…

La scie à la main – pourtant – pour se défaire de tous ses liens…

Peu à peu conduit à l’écart du monde…

Secouant ce que les hommes (en général) craignent de toucher…

Emprisonné – à l’abri de la moindre aventure excepté celle qui compte – la seule – en vérité – au-dedans…

 

 

Ce qui nous est commun – la tête – l’illusion et le goût immodéré pour la fuite – ce à quoi ne peuvent échapper les hommes…

 

 

Nous – marchant sur nos propres traces – parfois perché(s) sur nos propres épaules…

Nous – devenant, peu à peu, pyramidal (pyramidaux) – parvenant – malgré nous – au fil de l’histoire – par processus purement mécanique – au faîte de l’édifice…

 

 

Les mains agitées – le regard sans regret – à ignorer le monde – à tuer ceux qui nous étaient chers avant qu’ils ne se transforment…

Un fardeau – insupportable – entre les tempes – ce qui accompagne chacun de nos gestes – la moindre possibilité ; ce poison au fond de l’âme que nous distillons à chaque rencontre…

 

 

Le monde à l’envers – prisonnier de notre désir – avec, par-dessus, notre souffle – notre main – une lampe (choisie par nos soins) ; quelque chose d’infiniment profane – d’incroyablement innocent – et que nous souillons par croyance en le sacré – par distinction représentative – en faisant la différence entre l’immonde et la beauté – entre le pur et l’avilissant…

 

 

En nous – une simplicité – une mendicité – une offrande que nous ignorons (ou que nous refusons)…

Une étreinte avec l’invisible à laquelle nous préférons un amas de certitudes empoisonnées…

 

 

Assis sur l’un des tabourets du monde – trop longtemps – sûrement – pour découvrir l’intime et l’humilité nécessaire aux retrouvailles avec la terre – front et lèvres trop loin du sol – autant que l’âme – pas assez proche du plus pauvre – du plus infime – du plus perdu – pour ouvrir – et marcher dans – l’infini et le merveilleux – la magie de l’esprit capable d’inventer sa route dans la féerie du monde – avec surprise – avec délice – sur les pierres que foulent les bêtes et les hommes…

 

 

Celui qui ose – et sait – pénétrer (entièrement) la matière – et parvient à se confondre avec elle sans pervertir l’esprit – lui seul sera sauvé ici-bas ; ailleurs – toutes les suppositions du monde sont possibles – envisageables – inutiles…

 

 

Dans la main – le chapelet du monde avec ses visages – sa poussière – ses pierres anguleuses et tranchantes…

Le sang – son goutte à goutte sur le sol et sa trajectoire circulaire dans les corps…

Cette existence sur le sol dur – la peine sous l’averse et le soleil – la crainte des hommes – l’ignorance des bêtes (et très souvent – le contraire)…

La soumission du vivant à l’ordre et au règne terrestres – terribles si souvent – apocalyptiques quelques fois – cette orgie de mouvements et de morsures – ce qui cingle et arrache la peau – la matière – ce qui pénètre la chair de mille manières…

Et les créatures – toutes les créatures – à genoux – en pleurs – en peine – en prière – quelque chose de Divin dans les yeux tristes – dans l’esprit qui s’interroge – dans la main qui soigne et la parole qui, parfois, apaise ou éclaire…

 

 

Le monde entier – dans notre labeur et notre volonté ; ce qui, étrangement, nous rapproche de l’esprit des fleurs – de l’innocence joyeuse ; ce qui réduit, peu à peu, l’enfer que nos mains ont bâti ; l’éradication – (trop) lente – sans doute – de toutes les frontières…

 

 

Le premier rayon du jour – sur la peau – l’âme fraîche et tendre – comme les premiers pas d’un voyage ; une distance à tenir avec le monde – un rapprochement à opérer avec soi…

 

 

Le réel retrouvé – comme un pan de ciel oublié qui réapparaît…

 

 

Nous – dans l’errance – trop longtemps…

Et – soudain – la simplicité du monde…

La joie du voyageur – de celui même qui ne ferait qu’un pas…

 

 

Des portes qui s’ouvrent sur des univers – nos profondeurs…

Dieu – ici – parmi nous – entièrement immergé(s)…

Toutes les interrogations soudainement transformées en chant – en silence…

 

 

Un fond de larmes sur nos solitudes – incomprises…

Nos mains dans l’intimité des Dieux…

Des gestes justes et d’envergure…

Quelque chose comme le parfait emboîtement des circonstances…

Le rythme et l’accord – jusque dans nos pires chaos…

Le silence qui éclot sur la terre propice des désirs morts…

 

 

Un nouveau pan de soi – découvert et libéré…

Ce qui vient à notre rencontre – à pas tranquilles – sûr de notre accueil…

 

 

Le ciel naturel (et sa lumière) – son éclat sur notre visage – dans notre chair – jusque dans nos gestes de réconciliation…

 

 

Nos vies – alignées sur les pierres – et les Dieux – dans les marges abandonnées par les hommes…

Ici et ailleurs – qu’importe nos inclinaisons ; la pente heureuse…

 

 

Sans le monde – notre présence – ce qu’il nous est impossible de partager…

Sensible – debout – sans renoncement…

L’Amour sans volonté – sans négligence…

Ce dont nous sommes pourvus – de manière débordante…

Entre nos mains – cet étrange silence…

 

 

Une terre de feu et de vent – ce qui nous fait naître et ce qui nous tue…

Nous – pas toujours stoïque(s) (loin s’en faut) – dans le souffle – dans les flammes…

La tête penchée – effrayée – face au silence – dans l’incompréhension d’abord – dans l’interrogation ensuite – puis, peu à peu, dans l’acquiescement – retrouvant progressivement – et malgré nous – notre nature – notre pays – notre matrice – notre envergure…

 

 

Notre voix – comme un ciel clair – sans étoile – sans promesse – vaste et coupant – comme une perspective – une lame – une étendue qui ouvrirait sur l’Amour et l’oubli – simultanément…

 

 

Au cœur de songes étranges – notre âme triste et délaissée qui s’imagine – à tort – abandonnée par ce qu’elle porte – par ce qui l’entoure – par la seule chose réellement existante

 

 

Dans nos mains – ce qui nous rend héroïque(s) et coupable(s) aux yeux des hommes…

Rien – dans le regard de Dieu – à peine un souffle – un sourire ou une grimace imperceptible – vite oublié(e) – nul drame – nul blâme – l’acquiescement et l’instrument…

Sans réclamation ; la participation – enthousiaste et engagée – à la fête…

 

 

L’Amour qui s’invite – sans jamais insister – sans jamais renoncer ; l’autre face du silence…

 

 

Par le ciel – ce qui nous échappe…

Par la terre – ce qu’il faut comprendre et assumer…

Dans la reliance de l’âme et du monde…

Dans l’intervalle qui, bientôt, s’évanouira…

 

 

Les heures ombragées et bruyantes – dans la trop grande proximité des hommes – l’âme raide – incommodée – méfiante – prête à s’enfuir ou à étrangler…

 

 

Grandeur – parfois – comme un surcroît d’Amour – dans un trait de génie offert – involontaire – comme une lumière qui, soudain, frappe la grisaille et la nuit (étroitement) entremêlées…

Notre misère – notre destin – aussi parfaits – aussi insignifiants – que tous les autres…

 

 

Le feu – le vent – l’espace – vacillants – parfois – de temps à autre – très rarement – pendant quelques instants – le temps de fondre sur nous en un éclair – de nous revêtir de nouveaux habits – de nous construire le socle et la fenêtre nécessaires…

 

 

Notre histoire – une longue marche d’entravé(s)…

Quelques brisures – peu franches – trop rares – insuffisantes pour détruire nos chaînes (lourdes et nombreuses) et nous initier au pas libre…

Nous – dans l’espoir – seulement – d’une délivrance possible – promise – très (très) incertaine…

 

 

Les Autres – comme un linceul – un peu de poussière – une ombre sur le visage – dans notre chambre – un surplus de chair et d’opulence – trop souvent – un encombrement supplémentaire…

Une insidieuse manière d’oublier – et de boursoufler – ses propres défaillances…

 

 

Les noms – le langage – les idées – les images – notre prison – l’espace immense et clos de la pensée dont il faut scier, un à un, les barreaux ou, d’un seul geste – d’une seule perspective – faire exploser tous les murs ; nous libérer de toutes les formes de détention…

 

 

Peu à peu – cette croissance du jour – cette nuit affamée – recueillie – célébrée – aimée comme jamais – comme un monde hostile – une paroi infranchissable – devenus, au fil de la tendresse grandissante, sol meuble et fertile – terrain de jeu de l’être – visage singulier et nécessaire de la joie et du silence…

La pente indéfectible de chaque horizon – de chaque circonstance – de chaque possibilité – la seule autre moitié de nous-même(s) ; notre figure – notre cœur – notre centre – inaliénables…

 

 

Tantôt dans le silence obscur du monde – tantôt dans celui (plus lumineux) de l’âme ; bien moins prisonnier du regard et des choses qu’autrefois…

 

 

Au milieu du monde et des choses – discret – presque invisible ; dans le secret (imperceptible) d’un angle commun – à l’abri des regards – au cœur d’un culte séculaire – à notre place – au cœur de la sensibilité – de la tendresse – des offrandes…

Nu et dépouillé – déjà – sur l’autel…

 

 

A notre aise – qu’importe les lieux et les visages qui s’imposent – les reliquats de la volonté…

Ce à quoi nous sommes relié(s) – le monde alentour…

La tête libre – affranchie – libérée…

L’âme exposée à ses profondeurs…

Au cœur de l’envergure première…

 

 

Aux origines de la prière – le monde à portée de cœur – le jour abondant – comme l’eau de la source sur les soifs humaines…

 

 

Dans notre dévouement pragmatique et journalier – sans la moindre idéologie – sans la moindre futilité…

L’ambition repliée – l’envergure déployée – à la manière d’un voyage aux extrêmes limites de l’homme – juste en deçà, sans doute, du cœur amoureux…

 

 

Debout – redressé – sans insolence – sans défi à relever – sans exigence de soumission…

 

 

Le verbe sur mille pistes différentes ; mille merveilles à découvrir ; mille contrées à explorer – le goût de la terre – le parfum du voyage – et ce que laissent nos pas derrière eux – quelques traces fugaces – dérisoires – invisibles…

 

 

Seul – sans intention – sans distraction…

Dans le jour – la nuit – le vide…

Ce qui se déploie depuis le plus sombre – le plus commun…

L’existence ordinaire et magistrale…

Le vent et la lumière – avec quelques tempêtes (parfois) – dans cette respiration terrestre naturelle…

Ce qui se poursuit – ce qui se perpétue – sans réellement se répéter…

 

 

Le jour – le monde – le cœur – arides…

Devant – derrière soi – l’horizon…

L’ombre – le visage de Dieu – trop distant…

La joie et la colère qui nous traversent – de part en part – successivement – sans jamais réussir à rompre le fil du temps…

 

 

Le ciel chargé de tous nos désirs – inaccessible – irréalisables

Comme un feu qui pénètre tout – et qui assèche – jusqu’aux larmes les moins irrépressibles – jusqu’aux conditions les plus indispensables au déploiement de l’immensité…

Partout – là où s’immisce le vent…

Ce qui nous bouscule – ce qui nous détourne de la route prédite – de la terre promise…

Le monde passant – incroyablement passager…

 

 

Les heures étalées devant soi – comme une offrande – la seule peut-être – qui durera le temps nécessaire…

 

 

L’âme et le sol à user jusqu’à la corde – jusqu’au dernier jour du voyage…

 

 

Les pans de notre visage – cachés – ensommeillés – comme si l’on ignorait qu’au-dessus de nos têtes veillait un sourire affranchi de la honte – une promesse sans pudeur – quelque chose qui pourrait guérir nos cœurs chargés de tristesse et de regrets…

 

 

Ce qui nous étreint – entre l’herbe et le ciel – la splendeur offerte et contemplée – nos ailes au-dessus des routes – la fin annoncée des saisons et de la folie…

Toutes nos empreintes – toutes nos merveilles – dans la poussière – nos haillons et les oripeaux dont nous aimons recouvrir les âmes et les choses ; les tristes horizontalités du monde…

 

 

L’oubli – ce à quoi nous nous obstinons – la rumeur très lointaine des origines – sous notre front ; nos lamentations et notre épuisement à venir…

 

 

Ce qui demeure dans l’ombre – derrière nous – bientôt évaporé – bientôt anéanti…

 

 

Le bruissement de la chair – à chaque pas – sur le chemin qui mène à tous les embarcadères – à tous les embarquements – les yeux – le front – face à l’océan…

 

 

Pêle-mêle – dans nos usages (trop communs) du monde – ce qui n’a de fin – les seules rives habitables sur la terre – en ces contrées (ultimes – peut-être) ; ce chant qui se déploie dans sa pleine liberté – avec du vent au fond de la gorge – le même que celui qui pousse nos pas sur la route – le même que celui qui nous fait errer aux confins de l’immensité…

 

 

Ce qui s’écoule – en processions toujours plus massives – toujours plus nombreuses…

Le monde – dans sa rumeur – dans sa gloire – dans sa folie…

La foule – toutes les foules – abstraites et obstinées…

Ce qui nous épuise et nous chagrine…

Et ce qui finit – fort heureusement – par assécher la source de toute attente – de toute idéologie – de toute espérance…

 

 

Happé par cette solitude pérégrinante…

Pourchassé, encore trop souvent, par la fureur du monde – les Autres à nos trousses – nous poursuivant – nous encerclant – nous précédant – nous envahissant…

Dans le souffle chaud des hommes et des bêtes – dans l’haleine irrespirable des vivants…

 

 

Un jour – parfois – de temps à autre – l’océan – devant nous – silencieux…

Ce qui s’obstine à nous contempler – à nous attendre – sans se soucier des rives trop peuplées – des terres lointaines à explorer – des libertés trop fortement compromises…

 

 

Le cœur à l’envers – comme déchaîné – emporté au loin par des courants invisibles…

Comme une lumière défaillante – au fond de l’âme…

Le soir, peu à peu, poussé par la nuit qui s’installe…

Le soleil – comme englouti par son orbite – son étrange voyage…

Le règne (sombre) des visages subrepticement détrôné par la loi des choses et des usages…

 

 

Le chant (presque) inaudible d’un temps révolu…

L’embarquement joyeux et bruyant des âmes volubiles – légères – étrangement transfigurées par la gravité terrestre et l’inévitable grossièreté des choses du monde…

 

 

Le cœur en prière – avec, en soi, tout un peuple agenouillé – mains jointes et immobiles – tentant de mimer maladroitement la pointe d’une flèche que l’on aimerait éternelle…

Des choses rêvées – imaginaires – sans doute…

 

 

Ce que l’on épie – au bord de la route – derrière la lumière – la terre engloutie ; les souffles du monde…

Notre propre visage au seuil de toutes les portes – peut-être…

 

 

Dans le silence – à chaque ère nouvelle – à chaque âge nouveau – dans la succession ininterrompue des instants – le monde devant soi – comme jamais – sur le même mode – à une hauteur éblouissante…

 

 

Nous sommes – et vivons – comme le chant des oiseaux – une note – le jour soudain désenseveli – dans une déclamation sans calcul – sans angoisse…

Un chuchotement après l’autre – à travers la joie…

Dans une nuée tonitruante – le cœur (presque) toujours oppressé par le tapage des Autres – par tous ces bruits extérieurs qui nous imposent un rythme qui – jamais – ne sera le nôtre…

 

 

Le soleil caché entre nos mains ; et la nuit de nos gestes tranchée par ce qui circule dans l’âme – dans les veines – l’expérience solitaire du vertige terrestre – de notre présence humaine – la perspective offerte par notre besogne dérisoire et les offrandes si généreuses (et si permanentes) du ciel qui se partage…

L’air du monde qui, peu à peu, se raréfie…

Les derniers vestiges de notre existence – engloutis…

Dans la vaine attente d’une main plus secourable…

Nous – devinant, peu à peu, le seuil – devenant, peu à peu, la porte…

Dans l’obscurité machinale du plus souverain sommeil…

 

 

Notre crainte face aux itinéraires imprévisibles – aux routes dégagées – sans balisage – aux existences affranchies des conventions – encore endormi(s) là où il faudrait, sans doute, affaiblir l’opulence…

Ravagé(s) par les troubles d’une terre trop peu précoce…

Dressé(s) contre l’ombre – à battre (inutilement) les paupières dans la lumière…

Tête close et territoire circonscrit au milieu des peines et des promesses…

 

 

Dans le silence et la prière des terres sauvages – parmi des fleurs inconnues – à quémander quelques circonstances favorables à l’allégresse…

Le verbe et le contentement étroitement entrelacés – happés par la même danse – immergés dans les mêmes tourbillons – dessinant ensemble les mots et la joie…

Des paroles – comme des éclats – des fragments de terre et de ciel – malgré la tristesse qu’esquissent, parfois, nos lignes et nos pas – graves – rayonnants – détachés…

 

 

Compagnon de personne – reposant en son sein – dans son propre giron – allant sans hâte au milieu des choses – s’abritant là où le désert est le plus haut – le plus pur – le plus favorable – vivant à la manière des bêtes tourmentées et traquées par la bêtise des hommes…

D’une errance à l’autre – comme entre deux échappées…

 

 

La nuit – en vain – qui s’écoule…

Et nous – épuisé(s) par tant de résistance – contraint(s), tôt ou tard, d’abdiquer – de fermer les yeux – d’affronter les heures sombres – encore et encore…

 

 

Le regard frémissant – sur les eaux du monde – mouvementées – sur la surface lisse (presque indifférente) du ciel…

 

 

Nous – poursuivant notre route – à moitié – tête baissée – yeux en l’air – partagé(s) entre la fatigue et la passion – entre le désir et le dégoût – sans échanger le moindre mot – nous hâtant (plein de regrets) vers la mort…

 

 

Le soleil – dans la tête – parfois au-dessus – comme si le climat pouvait influencer la perspective – comme si le monde était au-dedans – parfaitement mûr – comme un fruit serein – patient – enfin prêt à s’offrir…

 

 

Nous – vivant(s) – parmi les rêves – dans la brume – au milieu de l’ardeur et du mépris – allant à pas lents – les mains inexercées – sans la moindre préparation – laissant naître les gestes justes et appropriés – l’âme humble et redressée – le cœur et le front adossés au vide…

 

 

Le sommeil soudain inondé par la lumière…

De haut en bas – comme sur un trône brutalement illuminé – le cœur – comme une porte ouverte – une frontière abandonnée – une aire nouvelle – une envergure parfaitement déployée…

Dans les mains de la mendicité souveraine…

L’espoir anéanti par la force du monde – l’implacable puissance de ce que l’on appelle le réel…

 

 

La vie comme un rêve que l’esprit, peu à peu, efface – que l’esprit, peu à peu, remplace – un sourire – une tristesse – une once d’amour – quelques coups – comme une chance obstinée convertie, parfois, en malédiction passagère…

 

 

Le monde alentour – dans notre surprise ou notre confusion…

Et parfois (trop rarement) – la loyauté d’un regard qui rayonne – qui offre sa lumière ou son éclairage…

La dimension du ciel parfaitement calibrée aux mille nécessités des vivants…

 

27 février 2021

Carnet n°258 Notes journalières

Au loin – ce visage qui s’approche – familier…

En soi – le ciel – tous les astres inventés – et coloriés avec fantaisie – tout un monde étrange – avec des pièces – des portes – des corridors – de hauts murs et quelques fenêtres – surdimensionnées – qui ouvrent sur le reste de l’univers – des figures laides – des mains tendues – des cœurs endurcis…

Le mystère de notre foyer – avec au centre – avec autour – la nuit silencieuse et énigmatique…

 

 

Notre vie – sans socle…

Le sable – le sommeil – détournés de leur usage premier…

La mort qui surgit – sur le corps – ses empreintes – et, dessous, la signature (à peine reconnaissable) de l’invisible…

 

 

Nos nuisances – notre posture – entre la torpeur et la frénésie – entre le sommeil et la gesticulation – des mouvements – de l’agitation au-dedans d’une cage étroite…

Des chimères au fond de la tête – devant les yeux – et mille chemins – les bras tendus – prêts à saisir le moindre bout de rêve…

Et quelques miroirs aussi – où se reflète une figure étrangère – qui se tourne vers nous lorsqu’on l’appelle par notre nom…

En apparence – dans nos profondeurs – cette curieuse identité – notre réalité sans doute – notre réalité peut-être…

 

 

La vie – la mort – ce qui arrive – quelques fois…

Des jours et des horizons – plus ou moins tristes…

Des nuits et de la neige – plus ou moins grises…

Les Dieux – trop souvent – sur notre chemin – intrusifs – contre nous – malicieux – toujours prêts à transformer notre voyage – notre sort – notre destination…

 

 

A marcher avec trop d’espoir et d’inquiétude…

La vie – comme un sillon – quelques pas – un peu de bruit dans le prolongement de l’espace silencieux…

 

 

Les Dieux – avant nous…

Ce qui demeure – derrière notre front…

Plus proche(s) de l’argile que de l’air…

Plus proche(s) du monde que du silence…

Comme un intervalle – une béance parfois – entre nous et l’évidence du mystère – l’invisible que ni la main – ni l’esprit – ne peuvent saisir – comme la vie – comme le reste ; d’infimes fragments qui, presque aussitôt, tombent en poussière…

 

 

Entre la source et le sens – une fulgurance…

Entre le sens et la source – un long chemin…

Un parcours qui oscille entre le gris et la mort – entre le désespoir et la folie ; un voyage qui semble interminable mais qui, en vérité, n’exige le moindre pas – comme une distance illusoire que l’esprit doit, néanmoins, franchir…

 

 

Enveloppe(s) dans le souffle des Dieux – mortel(s) eux aussi…

Les forêts – comme l’encre noire – comme les jours qui se succèdent – comme nos mains jointes qui se pressent contre l’aube…

 

 

Nous – entre le sommeil et le silence – entre l’invention et l’illusion – à moitié nu(s) – malgré les apparences…

Présent(s) parfois – la tête en avant – engagée dans tous les combats – les pieds dans la boue – les pieds dans la neige – épaisses et grises – les pieds dans le vent – les pieds dans le sable – sur le sol qui se dérobe – comme une surface composée tantôt d’eau et de terre – tantôt d’air et de feu…

 

 

Notre demeure – entre l’obscurité et la respiration – un peu de joie disséminée – ici et là – sous les pas – sur la page – manière d’inscrire sa vie – la mort – la poésie et la pensée – dans les empreintes si légères des Dieux – sur les chemins d’avant le monde des hommes…

 

 

Le sommeil comme invention – comme nécessité – comme malédiction – qu’importe les origines de la nuit pourvu que le temps et les apparences du monde soient préservés – comme si Dieu et le silence n’étaient qu’un (misérable) rêve de somnambule…

 

 

L’épaisseur du froid à percer – par le feu – la force – le sourire ; cette résistance ou cet acquiescement permanent à la solitude et à la mort…

Légère – notre respiration – un peu de buée sur les vitres du monde – l’intériorité des Autres – indigente – inaccessible – si étroitement protégée…

 

 

Le temps qui – en nous – creuse ses remparts – notre périmètre – toutes nos existences circonscrites…

 

 

Des aventures si prévisibles – comme un voyage tracé d’avance – avec ses escales et ses détours prévus et préparés…

Trop de soleils anticipés qui – fort heureusement – amèneront, avec eux, mille nuits – et, sous les étoiles, son lot de déboires et de déconvenues – histoire de garder l’œil suffisamment ouvert – histoire de ne pas s’endormir complètement…

 

 

Cette part terrestre – comme la peau tendue d’un tambour – que l’on frappe – que l’on martèle – jusqu’à la crampe – jusqu’à la déchirure…

Des siècles de sons et de cris…

Des musiques et des danses pour habiller le rêve – amadouer les Dieux – rendre la vie plus douce – éloigner les malheurs et le mauvais sort…

 

 

Pauvres têtes – sous l’effondrement – déjà…

Au bord de l’abîme – le monde à la suite des heures ; plongées dans le gouffre – précipitées avec leur lot d’épreuves et de tourments…

 

 

En tribu – comme si la misère, en groupe, devenait (individuellement) plus supportable – comme si le poids du monde et des jours pouvait être partagé…

Sur nos yeux – à l’intérieur – ces œillères tragiques…

 

 

Nous – dans l’espace – déployé(s)…

Les heures rassemblées – concentrées en un seul instant – aux marges du temps – au-delà (bien au-delà) des contours du cadran des horloges…

A courir les reliefs – l’esprit et le pas démesurés – sans limite – sans la moindre restriction – de haut en bas – de long en large – de bout en bout – jusqu’aux plus ultimes extrémités…

 

 

La plaie humaine recouverte de feuilles et de silence – presque cicatrisée – à présent – comme une légère boursouflure sur l’âme et la peau…

Le cœur moins triste ; l’encre noire en guise d’initiation – comme une (irrésistible) invitation à sonder les profondeurs de sa blessure – à sortir du maquis et des refuges humains – à découvrir le ciel – l’espace à l’origine de tous les baumes…

 

 

Au bord du rêve – la tête encore plongée dans le crime – aux confins de ce qui nous ressemble…

Un peu de soleil dans l’âme et la main…

Dieu entrant dans notre champ de vision – dans notre champ d’expérience – investissant l’espace libéré dans notre champ de conscience – présent déjà depuis toujours (bien sûr) – invisible (pourtant) depuis notre naissance au monde – et se révélant – peu à peu – dans un coin du miroir – jour après jour – aux côtés de notre visage d’abord ébahi – puis, avec, au bord des lèvres, un sourire de plus en plus confiant et apaisé – et, dans l’œil, cette flamme qui éclaire, d’une manière si particulière, ceux qui se savent (divinement) habités…

 

 

Tant de jours et de ciel – comme un silence – obscur – familier – dont nous ignorons (en général) la bienveillance et la nécessité…

Un peu d’eau sur notre soif avant que ne puissent se préciser la nature du manque et la proximité de la source…

 

 

En nous – parfois – se redresse l’insigne – l’empreinte blanche de l’innocence…

 

 

Ici – présent – sans personne pour nous asservir ou nous désigner…

Celui-ci ou un autre – qu’importe…

Dieu dans la peau – dans la paume – dans l’âme – au plus près d’une parole libérée dont la musicalité souligne le sens que d’aucuns – trop superficiels sans doute – ou trop rompus aux conventions linguistiques – pourraient juger plus que hasardeux…

Le regard – le Divin – bien sûr – toujours en avance sur les hommes…

 

 

Nous – fils de la terre – épouvantable(s) – à bien des égards…

Lointain(s) cousin(s) du soleil et de l’oiseau…

Et enfant(s) du silence et du vent – bien sûr – naturellement…

 

 

Le miroir – enfoncé dans la bouche qui lance des sons – du sens – des paroles – comme des reflets et des éclats…

Ce que l’on écrit – sans l’usage du rêve – des choses inintentionnellement imprononçables par ceux qui ont l’air de savoir – par ceux qui s’estiment détenteurs d’une parcelle de vérité ; les hommes qui se proclament d’un quelconque royaume supérieur…

 

 

Les yeux – au-dedans du jour – la bêtise qui, soudain, se dissipe – comme par magie ; la nuit rayonnante – ombre claire – éclats d’une beauté authentique…

Ici même – sans que rien ne puisse nous résister…

 

 

Trop de bruit – trop de monde – et, aussitôt, la sensation vivante de la détention et de l’étouffement – et la nécessité (impérieuse) d’échapper à l’enfermement et à l’asphyxie…

Les yeux ouverts – l’esprit brûlé par la proximité des Autres et la colère…

Ce qui se déploie dans la rage – comme un irrépressible élan de liberté – peut-être – une manière de résister à l’emprise de l’ordinaire – du commun – de la multitude…

Présent – sans aucune dissipation possible…

Rien en mémoire – et, pourtant, l’incarcération et la folie qui s’éprouvent de façon (presque) paroxystique…

 

 

Rien ne peut s’interposer entre l’abîme et la page ; quelques milliers de lignes – comme un gouffre supplémentaire – la poursuite insensée de la même excavation…

Le vide qui se cherche – bien sûr – et que l’on débarrasse – et découvre – à la force des poignets – plume et petite cuiller à la main…

 

 

Ici – en soi – l’état du monde – à cet instant – rien d’autre que le pouls du vivant – dont nul n’est comptable (bien sûr) – que l’on ne peut qu’hypothétiquement guérir (si tant est qu’il faille guérir quoi que ce soit) – qui ne demande, sans doute, qu’à faire pénétrer son souffle et ses racines au centre de l’œil – au cœur de ce qui perçoit – au cœur de ce qui sait se faire sensible…

 

 

En nous – le cœur – la vie – l’esprit ; et aux alentours – rien qu’une nuit silencieuse – intensément douloureuse et désespérée – l’apparence d’un monde vivant…

En vérité – on ne sait pas ; en vérité – on n’en sait rien ; peut-être imaginons-nous – seulement…

Une double – une triple – une quadruple – illusion – peut-être – dont nous serions à la fois le fruit – la farce – le spectateur et l’origine…

Une chimère totale – en somme…

 

 

De la sueur – de la boue – sur nos pages – ces minuscules carrés de silence – ces infimes parcelles d’innocence – que l’encre vient dénaturer – tacher ou colorer – de mille manières – avec toutes les substances de la terre – la semence et la liquéfaction des vivants – la chambre nuptiale et la chambre mortuaire de l’homme – là où l’on est contraint de vivre – en tous ces lieux où l’on nous somme de passer…

Notre traversée du jour et de la nuit – notre présence – et nos mille visages – tout au long du voyage…

 

 

Des pages comme des fenêtres – des livres comme des anti-monuments ; une seule parole pourrait transmuer le monde – notre existence – nous aider à devenir plus proche(s) de la sagesse que des yeux bandés…

 

 

Un cœur silencieux – un peu de lumière pour échapper à l’emprise des apparences – au règne des illusions – aux diktats du monde et du temps – et, parfois, quelques larmes ravalées pour faire bonne figure…

 

 

Derrière les murs – ce qui se dissout – le désir et l’ennui intérieur – le risque d’effondrement…

Sous la terre – les larmes – sous les larmes – la roche et le vent ; le souffle et la pierre – mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – recombinés…

Et autant de combinaisons passagères que de déguisements successifs…

Le flux des ombres et la danse du feu – les courants et les eaux nomades – au gré des appels – au gré des nécessités de la lumière…

 

 

L’outrance des hommes – la négligence des Dieux – ce qu’offre le monde – et ce que permet le silence…

Quelques rites – des lieux séparés – des manières abruptes – des âmes outragées…

Le manque – la douleur – le vide…

De l’absence et des divagations – puis, un jour, le miracle – sans raison – comme l’actualisation d’une prédisposition naturelle ; la réalisation d’une promesse ; nos retrouvailles avec l’enfance sur une rive affranchie des images et de la cruauté – où le silence peut (enfin) remplacer le rêve – et l’Amour, les miroirs et le clinquant – la seule possibilité pour échapper à l’angoisse – à l’archaïsme – à la sauvagerie…

 

 

Une page – comme un miroir offert au monde – à tous les visages – le reflet du vide – de Dieu – de l’homme – du néant – selon notre degré de conscience – notre manière d’être là – présent à ce qui nous fait face…

 

 

Le jardin – en soi – immense – aux clôtures éventrées – retirées, une à une…

La lumière – dans tous les recoins du jour…

Le monde – l’enfance – le temps immobile…

L’envergure de l’instant pleinement déployé…

 

 

Sur les yeux – les voiles rompus…

Au-dedans – les illusions effacées…

Et tous les monstres blottis contre notre tendresse…

Lucide et amoureux – comme jamais – peut-être – comme au commencement…

 

 

Entre le songe et les Dieux – notre marche – notre existence – nos habitudes – notre bâton à la main…

Sous les yeux aveugles des Autres qui condamnent ou idolâtrent…

Sur tous les chemins imaginaires qui, peut-être, traversent (en partie) le réel…

Qui sait ce qu’est le monde…

Qui sait s’il existe un mystère – et s’il en est un, en quel lieu il se trouve – et de quelle manière le découvrir…

Nous cheminons – seulement ; voilà notre manière d’habiter l’espace…

 

 

Une fenêtre sur l’enfance – tous les mondes possibles – les couleurs de l’âme en exil – le regard de l’homme sur ce qui l’entoure et sur ce qu’il porte…

 

 

Le noir trompeur des forêts – refuge aussi peu inquiétant que la solitude – berceau de l’âme – lieu où se consument les peurs et les douleurs – où s’aiguisent la paix et l’attention – la seule manière de vivre – sans doute – le corps relié aux arbres – aux pierres – aux bêtes – avec le cœur et les mains solidaires et bienveillants – et l’esprit d’autonomie en tête…

Le vide et la tendresse – notre communauté naturelle – en quelque sorte ; l’espace qui nous habite – l’espace que nous habitons ; l’Amour vivant – au cœur de l’assemblée – au fond de l’interstice – dans notre thébaïde…

 

 

Un regard – sans homme – sans langage – où l’Autre – la rencontre – la douleur – deviennent obsolètes…

La vie et la mort comme de simples passages – la condition du recommencement…

 

 

Devant l’Autre – comme face à une montagne – épaisse – massive – infranchissable – sauf à laisser l’eau et le vent œuvrer à leur lent labeur d’érosion…

 

 

Nous – rôdant autour de la gloire – tristement – fébrilement – maladroitement…

La tentation du dôme et des frontières – le sans limite compris de travers – dévoyé – comme une puissance d’extension transposée à la matière et à l’individualité…

L’appropriation au lieu de la main ouverte – la faim jamais apaisée…

Le commerce célébré – consubstantiel (bien sûr) au manque…

Notre manière d’être – et de participer – au monde…

Notre indigence natale au pays de la nécessité ; le royaume du plus tangible – de l’archaïsme – de la grossièreté…

Le ciel – le silence – la verticalité – abaissés – contraints de se positionner au ras du sol – jusque dans les profondeurs souterraines où se fomentent tous les calculs – toutes les stratégies…

 

 

La tentation de la joie – évacuée – abandonnée – au profit de l’échange…

L’amassement plutôt que le dépouillement et la nudité…

La distraction plutôt que la curiosité et le questionnement…

L’animalité humaine – partout – presque sans exception…

Le règne de l’égarement et des trajectoires labyrinthiques ; la vie – le monde – comme dédales – et notre voyage, si souvent, comme voie sans issue (apparente)…

Tant de jours (si peu – en vérité) pour satisfaire toutes nos nécessités – bestiales – élémentaires…

 

 

Quelque chose comme un mur – mille murs – des tours – des frontières – des fossés – construits, avec patience, depuis des milliers d’années…

Un royaume immense – cerclé de vide – jonché de barrières – de clôtures – de barbelés – découpé – partagé – fragmenté – parcellisé – de mille manières – et se rétrécissant – et s’enlaidissant – sous le coup des appropriations et de la propriété…

 

 

Notre territoire – notre voyage – aux accents de fable – entre mythe et mensonge – à peine vécu – à peine exploré…

Entre chant et supplice – avec quelques étoiles au-dessus de nos têtes…

Des Autres – des saisons – du temps qui passe – à remplir – apparemment…

Quelques mots – quelques pas – son lot de coups et de caresses…

Et les générations – et les traditions – qui se perpétuent ; rien de très important – le simple renouvellement du sang – quelques inventions parfois ; l’évolution naturelle – en somme…

 

 

La faim et le déclin – sur fond de désastre…

Des ombres immenses – inévitables – sur nos vies ; ce qui ressemble à une existence humaine – les seules choses tangibles – si souvent…

L’ascension (progressive) de l’échec – de la défaite – de l’abandon – du délaissement…

Ce qui nous quitte – de la plus atroce manière – de douleurs en acquiescements – de la parole – de la prière au silence balbutiant…

Vers une simplicité naturelle et nécessaire…

Le dépérissement du nombre et du sommeil…

La nudité de plus en plus aisée – comme une évidence – la seule façon de se tenir devant les Autres – entre circonstances et regard…

 

 

Davantage île et vent – ciel et encre – silence essentiellement – que saison et instinct – amas – bavardages et distractions futiles…

 

 

Le cœur écrit à l’encre bleue ; la même possibilité que le ciel – exactement…

Bouts de soi – des fleurs et un peu de sommeil encore – sans rivalité avec le silence…

 

 

Le regard émacié – comme un couteau porté en arrière du front – destiné à trancher les saisons – les discours trop longs – les apparences du monde – tout ce à quoi l’esprit aime s’attacher (sans retenue) – avec un désir de trop grande proximité – au lieu de privilégier – et d’affûter – notre intimité avec la profondeur (invisible) des choses et des visages…

Le vent et cette large étendue lisse – tantôt glace – tantôt neige – entre miroir et pente selon les usages – et les possibilités – de ce qui nous fait face…

 

 

Nous – allant et venant – à pas perdus – dans un lieu indéfini – indéfinissable – comme une salle transitoire – ni grande – ni petite – ni vraiment hostile – ni franchement accueillante – dérisoire simplement…

L’œil délirant – l’esprit assoupi – comme porteur(s) d’une fatigue inexplicable…

Une vie – des vies – à la manière d’un rêve – avec nous au milieu – intimidé(s) – presque absent(s) – pas même certain(s) d’être là…

 

 

Quelque chose à atteindre – inscrit déjà au fond du cœur – comme un mirage – un miracle – un voyage (inattendu) vers l’invisible – un impératif imprévisible, en quelque sorte – le seul périple véritable – possible – pour l’homme…

 

 

Sans histoire – sans parole – comme dénué de langage (précis et articulé) – présent là où d’autres se seraient déjà enfuis – présent là où d’autres ne pourront jamais aller…

En nous-même(s) – peut-être – sans la moindre certitude – là où l’oubli s’aiguise – là où la nuit (envoûtante) et les amas se dissipent – là où l’existence et les gestes (notre existence et nos gestes) deviennent – véritablement – évidence – enchantement – pure poésie…

Sur les pierres – dressé(s) – et déjà enseveli(s) dessous…

L’esprit vide – la bouche muette – le monde délaissé ; quelque chose, bien sûr, de l’indicible…

 

 

A l’orée de la lumière – l’œil et l’oreille évidés – proches de l’origine – revenus, en quelque sorte, vers la matrice enfouie – le mystère premier – oublieux de tous les efforts – de tous les voyages – des mille portes qu’il nous a fallu pousser – des mille frontières qu’il nous a fallu franchir – des siècles de périple quasi insensé – rien, en vérité – comme un trou – puis, un abîme – qui se creuse – une béance qui s’élargit – naturellement…

La nuit qui s’effondre et se dissipe – peu à peu…

 

 

Personne dans la danse – dans la mélasse – des bruits et de l’ardeur – seulement – derrière des yeux aveugles – des âmes trop profondément dissimulées – des amas énigmatiques de matière animée…

Rien d’important – rien de nécessairement déchiffrable…

Ce que nous oublions au cours de la traversée…

Le monde – en nous – comme une disparition programmée…

Les clés obsolètes d’un mystère sans intérêt – devenues inutiles…

Aussi vivre – à présent – devrait (amplement) suffire ; le poème comme simple nécessité – un jeu entre l’âme et la lumière – entre la main, les lèvres et le silence…

Une manière d’agir à contre-courant de l’humanité contemporaine – de mettre ses pas sur les voies les plus naturelles ; pages et forêts – sentes et lignes solitaires – feutre et foulées sur la même étendue – avec la même perspective – d’une égale envergure – d’un seul tenant…

 

 

Le point lumineux de l’hiver – la seule saison possible – entre veille interminable et traces de l’invisible…

Davantage du côté des alphabets que des choses amassées – pas de chiffre – ni de preuve…

Du sang et de l’intuition – ce qui tourne au cœur de nous-même(s) – notre propre centre – prêt et propice à tous les recommencements…

Le même silence quels que soient les états et les usages…

 

 

Ce que nous cherchons – dans le vide – au cœur de cette nuit épaisse – infranchissable ; le monde obscur des objets – la trace de nos ancêtres – les premiers signes du langage – ce qui était au commencement de la vie – le chant de l’aube – notre propre voix – le silence antérieur à l’ignorance – antérieur à l’opacité…

 

 

La sensation du rien et la certitude de n’être personne…

La caresse du jour sur l’âme…

Le sens du courage et la poignée de main…

Les yeux face à l’immensité – le cœur parmi les vagues…

Entre la roche et l’océan…

 

 

Endormi(s) – trop souvent – par le temps et la parole des hommes – ce qui se construit à partir de la mémoire – cette raison qui nous sépare du réel et du vrai – cette manière si commune de s’amputer d’une part centrale – d’une part essentielle – de soi…

 

 

Chaque nuit – au bord du même gouffre imaginaire – construit depuis des millénaires de l’intérieur – et qui se creuse à force d’abandon – et qui se remplit à force d’y jeter n’importe quoi – des idées – des croyances – des mensonges – toutes nos corruptions…

Un abîme gorgé de signes et de culpabilité – indéchiffrables – touffue – presque impénétrable – et qui, à mesure que l’on s’y enfonce, déploie au-dedans un obscurcissement de plus en plus épais – majeur – inquiétant – qui, peu à peu, nous asphyxie – qui, peu à peu, écarte le moindre questionnement – qui, peu à peu, anéantit toute forme de curiosité – qui, peu à peu, nous conduit à l’étouffement et à la mort…

 

 

L’œil pacifique malgré le labyrinthe – les précipices – l’hostilité des postures et des regards…

La nuit comme un filtre – une page à réécrire – le palimpseste permanent du monde…

Dieu – dans notre errance – affranchi des usages et des passages – sans autre asile – ici-bas – que notre cœur – solitaire – tous ensemble…

 

 

Sur nos épaules – l’obscurité du monde – toutes les idées sur Dieu – ces amas de choses insensés – l’Amour dissous depuis la première heure – l’être oublié depuis le premier instant – ce avec quoi il nous faut vivre et voyager…

 

 

L’immobilité et l’errance – sur les bords d’un fleuve asséché…

Des églises autant que de ciels inventés…

Du sommeil – dans la tête – dangereusement accumulé…

 

 

Des pages qui ouvrent sur mille ciels – sur mille possibles – sur mille autrement

 

 

L’invisible – partout – dégoulinant même du plus grossier…

La matière servant aux plus vils et aux plus infâmes usages – en attendant le sacre du vide et du silence – l’extinction de tous les bruits – de toutes les choses – l’obsolescence du temps – le plein pourrissement de ce qui fut, un jour, vivant…

 

 

Un peu de ciel descendu – au milieu de notre chant – dans l’âme surtout – pour réconcilier le silence et le sang – le sens et la mort – accéder aux limites inférieures des premiers contreforts de l’ineffable…

 

 

Nous – plongé(s) dans le drame – au milieu de la foule et des miroirs – poussé(s) par le vent – fasciné(s) par la beauté de l’abîme – et ce feu immense – sans limite – qui éclaire toutes nos absences…

 

 

Enfermé(s) dans notre propre labyrinthe que l’on considère, si souvent, comme un lieu ouvert – un espace clair et savoureux – une chance – une place – une providence – dignes des Dieux – de quoi pavoiser sur la roche devant les bêtes – les arbres – les Autres ; le paradis – la panacée – enfantés dans l’antre du plus grand magicien du monde – le fruit sacré et le fruit secret nés de l’alliance entre le premier souvenir et la longue série de rituels que nous avons inventés pour défier – et déjouer – le destin et la mort…

 

20 novembre 2017

Carnet n°15 Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie 

Comment ne pas s'interroger sur cette vie que nous avons partagée ? Que penser de toutes ces années passées ensemble, côte à côte, si proches et peut-être si lointains ? Qu'avons-nous été l'un pour l'autre ? Qu'ai-je été pour toi ? Qu'as-tu été pour moi ? Nous sommes-nous suffisamment aimés ? Aurions-nous pu nous aimer différemment ? Nous aimer davantage ? Avons-nous su nous accompagner et nous réconforter ? Avons-nous toujours su regarder dans la même direction ? Aurions-nous dû suivre un autre chemin ? Nos routes auraient-elles dû se séparer ? Avons-nous quelques regrets aujourd'hui ? Et que faire à présent du temps qu'il nous reste ? Resterons-nous toujours ensemble ? Et si demain l'un de nous venait à disparaître, l'autre serait-il encore capable de vivre ?

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 Photographies : Philippe V.

Les photographies présentées dans cet ouvrage ont été réalisés en 2005 au cours d'un voyage à Chypre. Les textes ont été écrits ultérieurement à partir de chaque photographie.

  

Philippe V. est photographe amateur. Autant qu'il me souvienne, la photographie a toujours joué un rôle essentiel dans son existence. Sans doute attiré (à ses débuts) par son aspect technique, la photographie lui a progressivement permis d'explorer d'autres univers et lui a offert de développer un autre regard sur le monde. Aujourd'hui, il semble que la photographie lui soit devenue indispensable. Je crois qu'elle représente à ses yeux une activité foncièrement protéiforme où il peut concilier les aspects techniques (qu'il affectionne toujours autant), la dimension artistique (qui prend progressivement plus d'ampleur dans son travail) et le bonheur tout simple de fixer quelques instants de vie sur la pellicule.

 

Mais il serait idiot de croire que cet amateur éclairé n'assimilerait la photographie qu'à ces seuls aspects (sans doute bien trop restrictifs). Il est évident que la photo représente à ses yeux bien davantage. Pour s'en convaincre, il suffirait de l'accompagner quelques temps. Et vous le verriez sûrement déambuler partout son (ou ses) appareil(s) photo à la main et sa sacoche en bandoulière, nettoyer méticuleusement ses objectifs et ses appareils, vous expliquer avec passion – presque avec fougue – les derniers modèles ou les différences techniques de focale, de filtrage de lumière et que sais-je encore..., passer d'interminables heures sur quelques logiciels de photos, feuilleter pléthore de magazines photographiques, et vous montrer avec enthousiasme (il va sans dire) ses derniers clichés. Bref, en matière de photos, vous le verriez toujours passionné et intarissable. Et quand bien même ces lignes seraient fort exagérées, je suis persuadé que la photographie demeure pour lui un immense plaisir... et qu'il éprouve toujours un réel bonheur à fixer sur la pellicule quelques paysages, quelques scènes ou quelques instants (forcément fugitifs et uniques) de l'existence.

 

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Ses photographies sont, je crois, très intuitives (voire instinctives) et spontanées. Il n'est pas homme à s'étendre en de longues réflexions sur la photo ou à vous éclairer sur la profondeur de son travail photographique. Il me semble qu'il laisserait volontiers à d'autres le soin de discourir et de poser leur propre regard sur ses clichés. Moi qui me sens incapable de prendre la moindre photo de valeur (ou disons de qualité) je n'ai pas souhaité analyser son regard photographique. J'ai simplement essayé de porter un regard personnel sur les clichés qu'il a eu la gentillesse de mettre à ma disposition. Bien sûr, toute photo est d'abord éclairée par elle-même. Une photo réussie témoigne évidemment du regard et de la sensibilité du photographe et se passe assurément de commentaires ou d'explications. C'est le cas, me semble-t-il, des photos présentées ici. J'ai cependant souhaité leur accoler une légende pour tenter de les éclairer d'un autre regard et donner à l'ensemble une dimension supplémentaire. En définitive, cet ouvrage vous propose deux regards croisés d'une même réalité. J'espère que ces deux sensibilités s'éclaireront mutuellement et qu'elles permettront d'enrichir le regard du lecteur...

 

 

 

 

 Bout de terre

De tout temps, les hommes ont éprouvé le besoin d'être guidé pour retrouver leur maison, leur famille... comme s'il leur était nécessaire d'éclairer leur origine, leur provenance et leurs attaches. Sans lumière et sans phare peut-être se perdraient-ils... ? Peut-être arpenteraient-ils d'autres terres... ? Peut-être poursuivraient-ils leur voyage... ?

 

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Sagesse ancienne

Bout de terre asséché par les hommes... sous un coin de ciel, un arbre mort gît au milieu de la cour. Vestige d'une sagesse passée... Autour de lui, les hommes ont construit leur demeure. Peut-être pressentaient-ils leur abomination destructrice... ? Et peut-être regrettent-ils aujourd'hui cette sagesse d'antan... ?

 

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L'immensité du monde

Quelques hommes perdus sur un coin de terre... coincés entre les vestiges d'un passé glorieux et la force majestueuse de la nature... Que représente un homme devant l'histoire de l'humanité... ? Et que représente-t-il face à la puissance de la nature... ? L'homme a toujours été si dérisoire devant l'immensité du monde...

 

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Spectacle du monde

Un ciel ouvert sur une humanité agglutinée... Et personne pour regarder le spectacle du monde... ? Si bien sûr ! Il y a toujours un homme (et une place quelque part) pour regarder le monde. Et toujours un océan qui sépare le spectateur des autres hommes... comme si cette distance seule pouvait aiguiser le regard. Et pourtant une question s'impose : comment conserver cette acuité et franchir l'immensité de l'océan pour retrouver les autres hommes... ?

 

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Un autre regard sur le monde

Il est des lieux qui incitent à teinter notre regard de nuances plus subtiles... des lieux où les frontières marquées entre l'extérieur et l'intérieur deviennent troubles, où l'extérieur éclaire l'intérieur et où l'intérieur met en exergue toute la beauté de l'extérieur... Il est des lieux où la lumière n'en finit pas d'éclairer notre regard sur le monde... des lieux qui offrent à notre regard une nuance de clarté ombrageuse ou d'ombre lumineuse, plus proches toutes deux de la vérité que la trop restrictive perception du seul noir et blanc...

 

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L'ombre de Don Quichotte

Qui la perspective écrasante d'un moulin à vent n'a-t-elle jamais effrayé ? Sûrement pas Don Quichotte... Mais derrière la silhouette imposante de nos peurs se dissimule peut-être un horizon infini... ? Que cachent nos angoisses... ? En dépit de leur prégnance, il suffirait peut-être de lever les yeux... de regarder l'immensité du ciel pour se convaincre qu'elles nous apparaissent déformées et d'une puissance irréelle... ? Peut-être suffirait-il de prendre avec elles quelques distances – simplement un peu de hauteur – comme cet avion qui en un éclair traverse le paysage très haut, très loin dans l'étendue du ciel...

 

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Îlots

Un bouquet d'arbres dans le désert... à l'image peut-être des êtres qui peuplent la terre. Là où parvient à croître le vivant, la vie demeure... et partout où s'étend la vie, le monde grandit en beauté. L'hostilité du milieu n'est qu'une condition propice à l'adaptation et au changement.

 

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Ascensions

A chacun son ascension... Quand certains préfèrent gravir les marches du quotidien ordinaire et confortable d'autres n'ont d'attrait que pour les chemins lointains et les pentes escarpées...

 

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Paradis perdus

Suffirait-il de monter quelques marches pour retrouver le paradis perdu... ? Serait-il si facile de rejoindre les portes de l'éden... ? Mais que reste-t-il aujourd'hui de ce passé glorieux... ? Quelques colonnes défraîchies (que l'on tente vainement de restaurer), une poignée de rochers, un bosquet d'arbustes, une clairière clairsemée, un petit muret de pierres et un arbre centenaire. Voilà donc ce qu'il resterait de l'éden d'autrefois...

 

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Ombres et lumières

La lumière des villes a toujours fasciné les hommes. Attirés sans doute par quelques mirages, ils viennent se pavaner sur la grand place et se perdre dans le dédale des ruelles... Et que dire de plus du peuple des villes... ? Sinon que dans cet étrange jeu d'ombres et de lumières, les silhouettes se déplacent furtives et anonymes...

 

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Sagesse immobile

Depuis la nuit des temps et en tout lieu, l'homme s'affaire avec une étonnante gravité... comme s'il se sentait investi de quelques nobles missions... Ainsi il ne cesse d'aller, de venir, de bâtir, de construire, d'élever, de rehausser, de démolir, de reconstruire, de revenir et de repartir encore et toujours affublé de cet air grave et affairé... mais pourquoi diable l'homme s'agite-t-il ainsi sans interroger le vieil arbre immobile qui doit sans doute poser sur lui un regard amusé...

 

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Regards croisés

Comment ne pas s'interroger sur cette vie que nous avons partagée ? Que penser de toutes ces années passées ensemble, côte à côte, si proches et peut-être si lointains ? Qu'avons-nous été l'un pour l'autre ? Qu'ai-je été pour toi ? Qu'as-tu été pour moi ? Nous sommes-nous suffisamment aimés ? Aurions-nous pu nous aimer différemment ? Nous aimer davantage ? Avons-nous su nous accompagner et nous réconforter ? Avons-nous toujours su regarder dans la même direction ? Aurions-nous dû suivre un autre chemin ? Nos routes auraient-elles dû se séparer ? Avons-nous quelques regrets aujourd'hui ? Et que faire à présent du temps qu'il nous reste ? Resterons-nous toujours ensemble ? Et si de-main l'un de nous venait à disparaître, l'autre serait-il encore capable de vivre ?

 

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Nostalgie

Nos proches disparus et la vieillesse venue, que nous reste-t-il... ? Notre existence a-t-elle encore un sens... ? Et sinon quel sens lui donner... ? Beaucoup d'entre-nous se détournent d'eux-mêmes... pour regarder le monde (encore si vivant) et contempler avec nostalgie leur vie passée... égrainant à l'infini leurs souvenirs en attendant un jour de retrouver les leurs...

 

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5 septembre 2019

Carnet n°200 Notes de la vacuité

Oscillations précises – d’un jour à l’autre – d’un instant à l’autre. Forme élémentaire d’apparition – de changement – d’échange…

Naissances conditionnées – mystérieuses – cycliques…

 

 

Pas – bruits – mouvements – à la suite. Et des intervalles d’absence. Le lot commun – ce qui traverse l’esprit…

Des injonctions parfois – des retours souvent. Et les mille évacuations quotidiennes indispensables à la vacuité…

 

 

La persistance du jour. Et des éclats de nuit encore. Ombres nocturnes et fantômes plutôt qu’entités vivantes…

Davantage soi qu’un Autre – davantage rien que visage…

Le rôle du vent plus essentiel que le monde des idées…

Le réel au détriment du rêve. Le vide intense – profond. Et le silence plutôt que le tapage et la vie accumulative…

 

 

Ce qui est – sans construction – sans distinction – sans commentaire…

L’œil tranchant – lucide peut-être – plutôt que l’analyse. La précision plutôt que les méandres tortueux…

 

 

Aucune trace sinon celles du feutre qui accompagnent les mouvements – qui ne les commentent pas – qui ne les dissèquent pas. Simple corollaire de ce qui est – légère extension peut-être – léger pas de côté – rien d’additionnel – une sorte de distance et de retrait consubstantiels…

 

 

Quelque chose – en soi – qui s’apparente, peut-être, à Dieu – à une présence informelle sensible – sans la moindre assise en ce monde. Un œil innocent et désengagé – vide et neuf – à chaque instant…

 

 

Le chapitre en partie clos des tentations. Le monde sans objet de désir – simple décor – fugace et inévitable. Rien de plus…

L’essentiel au-dedans – monde, choses et visages inclus…

Ce qui passe et résonne à l’intérieur – les mille aspects de ce qui semble se produire sous les yeux…

 

 

Simple récit d’une expérience – l’inéluctable qui traverse l’esprit – les contenus provisoires de la vacuité…

Buée et traces de doigts sur la vitre silencieuse – nuages passagers dans le ciel aux couleurs et aux rythmes changeants. Rien qui ne vaille une description – un commentaire – détaillés…

La beauté de l’évanescent au contenu presque sans importance…

L’incarnation, peut-être, de l’invisible – l’un de ses visages singuliers…

 

 

Un regard – ce qui est – un ressenti fugace ; une pensée – une image – une émotion, parfois – nées d’un ailleurs mystérieux – introuvable – inconnaissable peut-être…

Question de l’origine, sans doute, insoluble et sans intérêt…

Abandon des constructions et de la conceptualisation pour la vie pratique et l’évidence…

 

 

Des instincts de nuisance – des calamités – une manière d’être inconsciemment vivant…

 

 

Le ciel – haut – très bas – et cette ligne d’horizon comme une étrange frontière illusoire…

Les yeux mentent autant que les émotions qu’ils soulèvent…

Rien de précis – simple question de perspective – de focus – de regard – où la distance demeure le point central – l’axe à partir duquel prend forme – et se matérialise – la réalité perçue…

Ce que l’on imagine réel n’est qu’une recréation du monde – sa représentation dans l’esprit. Etrange et mystérieux processus qui devrait nous faire comprendre que tout – en réalité – se déroule au-dedans…

L’extérieur est soit inexistant, soit insaisissable…

Mais nous nous obstinons, pourtant, à lui accorder une existence propre – une réalité indépendante…

 

 

Monde de croisements et d’entrecroisements – de lignes et de courbes distinctes et entremêlées – tantôt convergentes, tantôt divergentes…

Parfois – ensemble de points. D’autres fois – écheveau de fils. D’autres fois encore – des formes séparées par le vide – l’espace qui s’emplit de mille contenus reliés et disparates – nécessaires, la plupart du temps, à l’existence de l’ensemble (ou à l’existence d’une partie de l’ensemble)…

 

 

Des instances d’acharnement – des rondes cycliques – des pas récurrents. Le même itinéraire à quelques nuances et variations près. L’inlassable répétition du monde. Le retour infatigable des choses…

 

 

Des mouvements bruts – des gestes d’emprunt – conditionnés – nés des profondeurs inconscientes – non perçues – non habitées – presque jamais issus de l’attention – de la présence vierge et sans intention…

Et, pourtant, réside là une forme de justesse involontaire – dont les conséquences – tantôt plaisantes, tantôt délétères – agissent sur l’ensemble des intervenants (directs et indirects) des circonstances – dans un enchaînement implacable d’élans et d’effets …

 

 

Mille choses qui rendent la compréhension du réel – du monde – de soi – peu aisée – presque impossible ; trop de paramètres et de points de vue envisageables pour espérer un aperçu d’ensemble et une perception fine et profonde des mécanismes, des fonctionnements et des enjeux à l’œuvre…

 

 

Privilèges révocables – secrets périssables – retrait, puis disparition probable de tous les acquis. Une virginité à renouveler à chaque instant…

 

 

Ce que l’on construit – un surplus de chaînes – un rehaussement des grilles – une fortification de la détention…

Mieux vaut aller nu-tête – nu-pieds – et se laisser porter par les vents provisoires…

 

 

De l’espace vacant – la seule demeure où résider – le seul lieu où il nous est possible de vivre – à présent….

Le monde est trop encombré – trop bruyant – pour s’y établir de façon sérieuse…

Le dedans n’a pas son pareil pour nous libérer…

Manière d’appréhender plutôt que mode de vie apparent…

Manière d’être plutôt que perspective dogmatique…

 

 

Réductions extérieures bénéfiques – mais insuffisantes à la virginisation intérieure et à l’élargissement de l’envergure interne… 

 

 

L’écart grandissant avec le monde, la normalité et les conventions humaines. Quelque chose de l’ordre de la liberté et de l’affranchissement…

Nulle autre loi que celles qui régissent le renouvellement du vide et la sensibilité présente…

Au-dehors – trop de bavardages et de vaine effervescence. Trop de tête et de traits d’esprit – et beaucoup trop de visages. Manquent le silence, l’Amour et la clarté nécessaire pour que les âmes se rencontrent – véritablement…

 

 

Les arbres et les pierres sont des êtres d’excellente compagnie – des frères de silence et d’acquiescement. Des maîtres de la liberté dont la fréquentation encourage la nôtre…

 

 

Rien de plus précieux que notre alliance intérieure – celle qui redonne au regard, son envergure – à l’âme, sa sensibilité – et aux gestes, leur justesse…

Manière autonome de vivre ses inévitables dépendances …

L’être qui redonne aux instincts leur place naturelle – sans les pervertir, ni les voiler par une sophistication apparente et inutile…

Rien de vraiment perceptible de l’extérieur. Rien qui ne ressemble à une révolution. Rien de vraiment frappant. Rien de changé en apparence si ce n’est, peut-être, une attention naturelle accrue – une manière silencieuse et affranchie d’être au monde – et une joie vivante – vibrante – au cœur de la solitude…

Plus ni prière, ni mendicité. Nul besoin de consolation – de distraction – de compensation. La complétude qui, peu à peu, retrouve sa place et ses droits – et occupe l’essentiel de l’espace vide – avec, de temps à autre, quelques retours (inévitables) de l’individualité avec ses manques, ses doléances et ses effrois – temporaires – plus vite balayés qu’autrefois – et entendus et accueillis lorsque s’imposent la nécessité et la primauté de l’Amour sur la vacuité…

 

 

Là où la densité métaphysique et l’envergure de l’Absolu doivent se transformer en légèreté – en pragmatisme fonctionnel – en actes simples, justes et précis…

Là où le fond – pensées, savoirs et mémoire – doivent s’effacer au profit du regard vierge et du silence – présence pleine et discrète – invisible sur le visage qui, aux yeux du monde et des autres, revêt encore – et seulement – les attributs humains les plus ordinaires…

 

 

Le vide tranchant et accueillant – cette aire-réceptacle – l’aptitude infatigable (et impitoyable) à déblayer ce qui s’invite – et le ressenti de l’instant – énergétique, intuitif et émotionnel ; nous n’avons rien d’autre…

Dieu – l’âme – le monde – inclus dans cette mystérieuse trinité…

 

 

Ardente simplification – le réel est ce qui est dans l’instant…

Ni avant – ni après – ni a priori – ni élucubration…

Instant après instant dans le regard réparé – restauré…

Une autre manière d’être à soi et d’être au monde…

Nul besoin d’amitié – d’alliance – de connivence – de distraction ; rêve et signes d’incomplétude seulement. Indices d’une intériorité déficiente – lacunaire – infirme – compensée par la nécessité du monde et de l’Autre qui font office de béquilles artificielles indispensables. Marques seulement d’une âme bancale – dépendante – non autonome…

Eléments communs de l’homme et de l’humanité ordinaires pour lesquels le monde est le monde – la vie est la vie – et qui le resteront, sans doute, pour l’éternité – sans que rien jamais ne puisse changer – sans que jamais ne puisse s’opérer la moindre transformation de la perception et de la perspective…

Données incomprises et invariantes – auxquelles on se résigne tant bien que mal – sans creuser – sans explorer – ni rien comprendre à ce qui nous constitue et à ce que sont, en réalité, l’homme, l’Autre, le monde, la vie et l’esprit…

Des existences d’insuffisance et d’incomplétude qui s’imaginent – présomptueusement – autonomes et indépendantes – et normalement humaines…

Ainsi trouve-t-on dans l’indigence et l’incompréhension communes prétexte à sa propre ignorance – à sa propre paresse – à sa propre incuriosité – sur lesquelles on s’empresse de poser le masque mensonger de la vertu, de l’intelligence et de la raison humaine…

Le déni, l’auto-illusion et la prétention – les pires armes de la psyché retournées contre elle-même…

 

 

D’un monde à l’autre – sans l’aval des anciens préjugés…

Oscillation entre l’habitude – l’âme surchargée – et la nouvelle perspective – le regard vide et vierge…

 

 

Soleil d’un horizon parfaitement blanc – sans promesse – et, au fond de soi, le retour encore possible des pluies ininterrompues – envahissantes – diluviennes – dévastatrices…

 

 

A mi-chemin – toujours – entre l’origine – l’envergure initiale – et les allées du dédale – les forêts sombres de l’âme…

Rien d’acquis – rien de définitif. La tête, à chaque instant, sur le billot…

Entre la foule – les amas – et l’oubli – la lame effilée…

 

 

La perspective d’un seul pas – comme suspendu. Rien avant – rien après – le décor et les bagages de l’instant…

 

 

Des larmes – encore parfois – tantôt comme sensibilité spontanée – belle et légère – tantôt comme résistance et résidu de l’individualité – appesantissement grossier d’un souvenir qui refuse l’abîme…

 

 

Souliers de glace – souliers de boue – souliers d’oiseau – sur leur territoire de prédilection – tantôt terre, tantôt ciel. Et le regard qui, jamais, ne s’attarde – qui, jamais, ne s’enlise. Présent à tous les croisements – à toutes les frontières…

 

 

Une autre mesure du temps – une autre envergure du monde. Et le seul pas présent…

 

 

Ni hasard, ni chance, ni infortune. Le plus réel à vivre – ce qui se reçoit et qui, aussitôt, s’oublie…

Ainsi tout se perd – jusqu’à ces grands airs que l’on prenait, parfois, lorsque l’on sentait sur soi un regard attentif ou (vaguement) séduit…

 

 

D’autres jeux à inventer – et qui s’inventeront sans effort – dans le rythme des circonstances…

Rien de défini – rien d’établi. Quelque chose de spontané – d’irréfléchi – enfanté par l’allure d’une danse naturelle et collective qui n’a nul besoin de visages et de noms ; ronde d’arbres – marelle de pierres – course de nuages – manège d’oiseaux…

 

 

Tout – englouti – dans le silence et l’oubli. L’envergure de la première heure. L’innocence retrouvée du monde. La liberté de l’âme. L’ivresse lucide du geste. L’intensité et le vertige du regard. La vraie vie, peut-être…

 

 

D’une autre teneur que l’alliance et le ralliement – quelque chose d’antérieur à la séparation. Un lien profond – souterrain – indéfectible…

 

 

Ce que la tête et les malheurs savent réinventer pour nous soumettre – encore et encore – aux chaînes qu’il ne faut jamais cesser de briser – et de jeter par-dessus son épaule…

 

 

De la roche – des arbres – le ciel – compagnons fidèles de notre voyage…

Errance et dérive plutôt qu’itinéraire…

Chemins de circonstances et de rencontres au-dedans qui tiennent autant au hasard qu’à la nécessité…

 

 

Des pas encore – et des gestes – quotidiens. Et la parole comme prolongement de ce qui se vit plutôt que de ce qui a été vécu. Quasi simultanéité entre ce qui s’expérimente et ce qui s’écrit. Pas de recherche – pas de fouille – très peu d’intellectualisation – très peu de souvenirs – ce qui résonne dans l’âme et jaillit à travers la main qui court sur la page. Pas d’intention – ni de message – et aucune nécessité de lecteur. Dialogue entre soi et soi, en quelques sorte – entre l’âme et le monde – entre le silence et ce qu’il contient à l’instant où le feutre se tient au-dessus de la feuille blanche…

Des traits qui s’impriment comme les bruits du monde dans l’espace…

Une manière d’être alerte – une veille attentive et sans autre ambition que celle d’être là – présent – à ce qui passe…

Sorte de mandala de l’oreille qui entend, de l’œil qui voit, de l’âme qui perçoit et de la main qui note ; ça arrive – ça se réalise et, aussitôt, ça s’efface…

Témoignage aussi peut-être, malgré soi, de la texture de l’intériorité. Vague descriptif de cette étrange envergure intérieure. Tentative sans volonté de décrire l’invisible – l’ineffable…

En cela, peut-être, ces lignes ressemblent à un récit de voyage…

Les routes et les visages du monde demeurent, pourtant, accessoires. Ils n’existent (presque) que comme décor – et déclencheurs – ou initiateurs parfois – des élans qui nous traversent…

La vie et le monde – en soi – et leurs danses étranges et mystérieuses dans l’âme… Et autant de contrées – et de dimensions – découvertes…

En cela, peut-être, sommes-nous (un peu) explorateur…

 

 

Lieu éphémère – lieu magistral – lieu éternel. Et le monde qui passe – visages et choses infiniment provisoires…

 

 

Tout – intriqué – au-dedans – si intriqué que le mystère demeure – pour la plupart – impénétrable…

Organisation et fonctionnement prodigieux – incessamment évolutifs – inégalés (et inégalables sûrement). Architecture mouvante – complexe – à l’ossature, pourtant, éminemment élémentaire – que nous découvrons peu à peu…

 

 

Le vide se creusant lui-même – s’emplissant lui-même – se vidant lui-même. Et les contenus à l’intelligence et à la mécanique presque autonomes – passant et repassant – sans cesse – émergeant – s’entretenant – se développant – et disparaissant – au cœur de l’espace éternel. Le multiple jouant – se déployant – et se rétractant – au sein de la présence sensible – devant l’œil témoin unique et démultiplié…

 

 

Lumière étonnante obscurcie par tant d’élans, de misères et d’allégresse – indescriptibles – absolument miraculeux…

Sophistication et complexification d’un système – façonnage permanent d’une matière initialement basique…

Merveilles – littéralement – engendrant tous les possibles – faisant apparaître l’infinité des combinaisons imaginables – jusqu’à l’extinction…

 

 

Voir l’Existant ainsi – à la fois – émerveille et désappointe ; être cela – tout cela – les milliards de cycles prévisibles et la nouveauté – cette clarté – cette vastitude – cette richesse – les clés de tous les passages – et cette cécité – cet aveuglement – cette ignorance – cette indigence – cette étroitesse – ces limitations atroces – tous ces instincts élevés au rang de lois (presque) indétrônables. Comment ne pas se sentir partagé – déchiré – inquiet – impatient – et étrangement serein et détaché face à toutes les situations offertes – face à tous les devenirs possibles…

Il y a tant d’intelligence et de folie dans ces créations – dans ces transformations incessantes – dans ce que nous sommes…

Incroyable et étonnante aventure de l’esprit et de la matière – très souvent – indissociables…

Bout de tout et globalité de l’ensemble – simultanément – et entremêlés…

Démesure et déraison que la psyché peine à imaginer – et auxquelles elle ne peut accéder – trop vaste (pour elle) sans élargir la perspective et devenir le regard infini – opérer le renversement nécessaire – inaccessible encore à la plupart des yeux terrestres…

 

 

Mille visages – mille routes – mille existences – qui ne disent, très souvent, que le mouvement – les forces mobiles irrépressibles. Et à peu près rien d’autre. Si – l’effleurement tragique de l’esprit peut-être…

 

 

Auprès de visages respectueux et innocents – à peu près tout est supportable…

Et cette compagnie – seule – semble possible…

 

 

Un creux – un trou – une béance – derrière les yeux – pas encore vide – une sorte de néant…

Le néant est une vacuité dépeuplée – désertée – abandonnée. Et le vide, une vacuité pleine et habitée. C’est la conscience qui donne à ce lieu son orientation – sa valeur – ses caractéristiques…

Sans conscience – il n’y a rien – il n’y a que motricité mécanique – objets en mouvement portés par leur propre élan (et celui des autres) – freinés par leur propre inertie (et celle des autres). Une sorte de monde magmatique déterminé et conditionné ; les danses tristes de l’ardeur, de l’absence et de l’agonie, en quelque sorte…

 

 

Soleil d’un autre jour – d’un autre monde – pas si différents, pourtant, de ceux où ont l’air de vivre les hommes…

 

 

Mots de (presque) rien – livres de sable. Inaptes, le plus souvent, à inverser les yeux – à désencombrer l’esprit – au mieux un encouragement à fouiller en soi – par soi-même…

Sinon vaines histoires – inutiles amassements – empilement tragique des savoirs – solidification des mythes, des certitudes, des frontières et de l’illusion – obstacles et épaississement des murs – élargissement et complexification du labyrinthe – accroissement inéluctable de la distance avec le centre…

Perte de temps, en somme…

 

 

Ici – à l’instant même – demeure le silence – le centre – le cœur de l’attention et du monde – l’axe central autour duquel gravitent tous les objets sur leur orbite singulière qui se croisent – s’entrechoquent – se mêlent – fusionnent – éclatent – enfantent – et se dispersent – engendrant, par leurs mille mouvements, d’autres objets et d’autres orbites – et ainsi de suite indéfiniment jusqu’au dernier souffle de l’ultime élan…

Puis, lorsque toutes les danses initiées par le dernier souffle s’achèveront, tout se resserrera – se recentrera – les orbites fléchiront – les objets s’interpénétreront – entreront les uns dans les autres – se rétracteront pour ne former qu’un seul noyau – dense et infime – immobile au cœur de l’axe central – au cœur du silence – jusqu’au prochain (et énigmatique) excès de jubilation ou de tristesse qui enfantera un nouveau souffle qui donnera naissance à de nouveaux objets et à de nouvelles orbites qui obéiront aux nouvelles lois de cette ère de multitude, de dispersion et de mobilité…

Et ainsi de suite – dans un cycle éternel – sans commencement ni fin…

Vertigineux – ce monde – cette existence – ces visages – ces pierres – cet instant…

 

 

Au cœur du plus impérieux, rien n’éclot parfois…

Vide sans contenu…

 

 

Brume à se morfondre…

 

 

Envahissement cérébral. Tout – au-dedans comme au-dehors – semble opaque. Formes spectrales. Tout glisse sans être vu – fantômes furtifs et silencieux…

 

 

La pierre – l’arbre – le vent – indistincts – confondus…

L’obscurité – et ce visage étrange et souriant. Rien d’atroce, ni d’effrayant…

Le même monde mais comme suspendu – au rythme ralenti – aux airs lointains – presque inaccessibles…

Dans un instant – demain – tout aura disparu…

 

 

Le noir – la lumière – l’oubli. Tout se manifeste ainsi – dans cet ordre irrévocable…

 

 

Depuis trop longtemps éloigné du monde humain pour y trouver la moindre chose sympathique – des objets utiles – certes – nécessaires à notre existence quotidienne…

Trop de jeux – de bavardages – de rires – trop bruyant – trop de choses et de mouvements inutiles – qui ravivent, aussitôt, notre fuite…

 

 

La nécessité – permanente – de l’éloignement et de l’exil…

 

 

Rien ne peut être arraché sans le consentement de l’âme ; tout s’impose dans la nécessité – le changement comme le reste…

 

 

Premiers pas – souvent – âpres – rudes – difficiles. Un élan soutenu, parfois, par l’effort – puis, la première ligne du sillon tracée – les pas avancent mécaniquement avec l’assentiment tacite de l’esprit. Et, au fil des jours, la nouvelle direction devient automatique – et, bientôt, routine et schéma d’habitude – évidence et voie incontournable….

 

 

Le monde – devant soi – sans autre solution que nous-même(s) – au fond de soi…

 

 

Ni proximité – ni intimité – coexistence tous azimuts – inévitable. Seule manière de vivre ensemble – les uns à côté des autres – avec la distance nécessaire à chacun…

 

 

Ça tourne en rond – et, parfois, à vide…

Machinerie aux élans mécaniques – sans conscience – sans esprit. Forces d’inertie seulement…

Le silence – alors – est toujours préférable aux frémissements de la structure…

 

2 décembre 2017

Carnet n°54 Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L'exploration de l'être 

Etre poète, c’est balbutier le monde. Et un monde inconnu. C’est tenter de dire dans une langue inexistante un pays que l’on ne connaît pas. C’est être muet face au commun. Face aux yeux et aux oreilles qui ne savent voir et entendre. Qui ne savent deviner les murmures et les continents sous la langue et les paysages. Etre poète, c’est ne pouvoir dire. C’est habiter un pays infréquenté que l’on ne parvient à décrire. A expliquer. C’est une impossibilité — une incapacité — à habiter le monde des hommes. C’est être blessé à chaque instant par leur grossièreté, leur prétention et leur ignorance. Etre poète, c’est être en chemin entre l’humanité et le ciel souverain. C’est être exilé de tous les royaumes. C’est une errance perpétuelle. C’est habiter une profondeur — une blessure — secrète que l’écriture tente de rendre lumineuse. Douce et lumineuse malgré l’inexistence du poète. Sa terreur et sa souffrance. Etre poète, c’est perdre toujours. Sur tous les terrains. Sur celui des hommes et celui qui est exploré, défriché, toujours mal connu. Etre poète, c’est un aveu d’échec et d’impuissance. C’est quelques pas sans gloire vers un pays inaccessible. C’est un besoin d’abandon auquel on ne parvient pas… 

 

 

Le vent noir des malheurs tourne au-dessus de nos têtes. La lumière blafarde des jours nous enterre. Et l’or des visages apaise nos cris.

 

 

Longtemps la boue s’est hasardée sous mes pas. Et est montée la semence. Statufiée. Gangue de terre. Protégeant du vent et des horizons. Planté dans un décor de pierres, j’attends la pluie. La dissolution. Le grand remède à la pétrification.

 

 

Dans le creux de ma main meurt la colombe. La paix que l’on avait confiée à mes doigts malhabiles. Trop grossiers pour la laisser s’épanouir au soleil. Et s’ouvrir au ciel. Je l’ai écrasée de trop de volonté. Etouffée dans ma poigne trop ferme.

 

 

L’aube s’est jetée en silence à mes côtés. Et je n’ai su la reconnaître. J’avais espéré un silence nu. Une paix sans chair. Des âmes sans silhouettes. Je n’ai su voir dans l’apparition le reflet de moi-même. Mais des songes et des étrangers barbares qui m’emmenaient au loin. Dans leur royaume de hache et d’opium où je n’ai jamais su vivre — où je ne saurais jamais vivre. Aucun nuage ne m’a porté au-delà des crêtes. Par-delà les rives. Et j’oscille aujourd’hui entre les royaumes des morts et des vivants. Loin de l’aire des sages que mon cœur a tant cherchée.

 

 

Il n’y a rien à attendre de la terre. Rien à espérer du ciel. Il y a à se dévêtir jusqu’à la nudité du pas. La transparence du geste. L’effacement des horizons. Et leur renaissance originelle. Jusqu’au triomphe silencieux de l’invisible.

 

 

Comme si les semences de l’âme s’asséchaient à force de désespérance… Etranger au monde des hommes et exilé du royaume céleste. Trop mûr pour l’un et pas assez pour l’autre. Condamné au pas fébrile et à l’errance alors qu’il faudrait se jeter sans crainte ni espérance dans les paumes de l’Absolu.

 

 

La terre se métamorphose tantôt en chair. Tantôt en tombe. Et mon âme peine à s’élever. A goûter le ciel nu. Ses reflets et ses replis innocents que je juge encore trop ombrageux pour m’y glisser sans crainte. Terrorisé déjà par les blessures chimériques qu’ils infligeront à mon âme maladive et fragile. Comme si l’horizon bordé de songes me contraignait à l’immobilité. M’enlisant jusqu’au front dans un vide imparable et terrifiant. Triomphal.

 

 

La maléfique maladresse de mes pas…

 

 

Rien ne pourrait me satisfaire. Excepté l’Absolu. Le monde relatif est à mes yeux un piètre réconfort à la misère de vivre. Je ne peux m’en contenter. Mais je ne parviens encore à le vivre depuis le plan de l’Absolu.

 

 

Instants brefs de la rencontre où l’on ne décide d’aucun passage. Passerelles surplombant les tunnels. Inaccessibles. Saccage des territoires. Défaite des horizons. En un seul point minuscule, concentré, surgissent les rêves. Et chutent les chimères en cascades véhémentes. Et se défont les idées. Et tombe la tête blessée, déjà bancale de tant de souvenirs. Et s’étiole le regard perdu au dehors et blessé au-dedans. Et la bouche se mue en horizon muet. Et les jambes prennent la fuite à travers les chemins déserts. Et les mains se heurtent aux parois invisibles du réel. Et les paumes saignent. Et les pieds ensanglantés foulent les aspérités des sentiers, cherchant refuge dans les anfractuosités de la roche. Et l’âme se disloque sous la butée des charges. Des silhouettes d’un monde trop occupé à s’extraire des rencontres, à s’abstraire dans d’insipides délices qu’il prend pour des extases. Et le cœur étouffe d’inamour et d’incompréhension. Et l’on meurt d’asphyxie et de terreur aux portes de l’abandon. Les yeux sauvages n’auront réussi à nous apprivoiser. L’âme barbare à peine éraflée par les jours poreux. Nous n’aurons survécu au désastre. Trop frileux pour se dévêtir et sauter sans crainte dans l’abîme vertigineux qui entoure la chair. Condamnés aux tâches rébarbatives, à la hache dévastatrice et aux hécatombes.  

 

 

L’ombre du feu me consume. Un silence de lune à la porte. Et les cendres de l’horizon. Et la braise rougeoyante du cœur. Je me réfugie en surplomb. Témoin immobile et impuissant de la dévastation qui ravage les paysages. Fumée intérieure. Brouillard du dehors. Je ne suis plus qu’un œil fatigué de voir. Un bandeau noir obstrue ma vue. Et les chemins des hauteurs ne sont que sensations. Matière et sens livrés à leurs fonctions organiques. Trivialité du corps. Esprit clos. Macération des idées. Pensées muettes. Et l’odieuse obligation de vivre bâillonnée. Voué à l’incertitude terrifiante du prochain pas.  

 

 

Le soleil épineux écorche la chair du monde. Les abris de pierres sont dérisoires. Les grottes, les trous dans la terre deviennent refuges provisoires pour le peuple nomade. Et l’on s’enfonce au-dedans pour échapper au gouffre qui guette partout. Et l’on escalade des montagnes de cendres, guidés par l’unique mât résistant — l’axe impassible qui attend notre ascension immobile et dont les yeux sages et azuréens disent qu’il ouvre sur le ciel guérisseur et sans limite.

 

 

Et derrière le masque impassible des hommes, j’entends les cris faméliques. Le flétrissement de la chair. Le resserrement du cœur et de la peau. La grande misère du monde est là. Recouverte. Dévastée par le craquellement des vernis de surface. Plaies béantes et à vif d’où suintent le sang et les larmes. Fluides premiers des hommes. Substances originelles de la matière que le grand vide lumineux et éclairant enveloppe et compose en leur prêtant vie quelques instants.  Nul — pas même le regard impérissable  — n’échappe à la fugace existence de la matière. Et à son éternel renouvellement. 

 

 

Une ombre parfumée a surgi à ma fenêtre. Je lui dois la clémence du jour.

 

 

Dans quel songe s’est égaré le ciel pour faire naître la tempête ? Et si l’orage et les éclairs n’étaient que dans les yeux, laissant l’innocente et éternelle candeur céleste accueillir toutes les chimères — toutes nos constructions de pacotille ?      

 

 

De l’autre côté de la terre, ils ont bâti des tours. D’immenses gratte-ciels. Et dans mon cœur, un édifice infranchissable attend les coups de masse du monde. A ma fenêtre, je vois déjà une armée de bulldozers avides de gravats et de déchets. Et je songe à l’autre côté de la terre que le désert recouvrira bientôt. A la destruction partout en marche qui balaiera toutes nos constructions — tous nos édifices — le fragile foisonnement du vivant qui emplit notre néant.

 

 

Le souffle obséquieux du monde et ses relents de violence contenue. Comme inhibé dans sa puissance par la présence de l’Autre, grand catalyseur du reflet de soi-même qui nous est renvoyé…

 

 

Les pierres du vent ne sont pas aussi dures que les roches de la terre. Sœurs jumelles pourtant. Clones identiques vues de deux ailleurs, pour l’instant inconciliables. Tant que le corps persiste. Tant que le cerveau se jette sur toutes choses. Superposables pourtant — je le sens — unifiables par un regard ajusté aux deux perspectives. Par un regard accueillant et pur. Soucieux de tous les plans.

 

 

Une âme ankylosée. Et fragmentée. Le soleil ne se lèvera plus. Il ne pourra désormais plus réchauffer mon âme frigorifiée. Gelée par tant de vents dévastateurs. De terres inhospitalières. Ô mon âme larmoyante, quand sècheras-tu au bonheur d’exister, aux délices du vivant ? Pourquoi m’as-tu abandonné ? T’ai-je laissé trop seule ? T’ai-je trop longtemps livrée aux griffes du monde ? Aux dents des loups ? Ô mon âme, réponds-moi ! Reviens vers moi ! Reviens m’habiter pour te goûter et poursuivre la route jonchée d’ossements et d’étoiles ! Allons de notre pas joyeux vers le ciel qui attend notre venue !

 

 

Je reste en amont de moi-même alors qu’il faudrait embrasser toutes les vallées. Partir du plus bas. Et laisser l’azur se superposer à tous les pas — à tous les surgissements.

 

 

Nature et connaissance. Intuitions réflexives, perception et sensorialité, voilà les trois mamelles dont mon âme se nourrit chaque jour. Là, assis au sein de la nature, l’œil posé sur les collines alentour et le ciel nuageux ou ensoleillé, je me sustente d’être, de voir l’esprit et le corps se laisser aller à leur penchant naturel. Mon petit carnet m’accompagne et devient le libre réceptacle de ce qui me traverse, transposé en notes, réflexions, fragments ou aphorismes.

 

 

La lumière creuse en nous ce puit sans fond…

 

 

Il se peut qu’en mes profondeurs, je m’éloigne des hommes. Mais mon être périphérique est de cette humanité faible et fragile. La moins encline à batailler pour construire et exercer sa place dans le monde humain et la nature. Porteuse, malgré elle, de prédispositions peu propices à la grossièreté, à la brutalité, aux simulacres, à la comédie, à la superficialité et à l’instrumentalisation. Quelque chose en moi me porte naturellement vers la gravité, la profondeur et l’innocence. Comme voué, à mon insu, aux souterrains et aux chemins des hauteurs, aux sentes qui fréquentent ou mènent — je ne sais guère — à la vérité, à l’Amour et à l’Intelligence. A la compréhension et à la pleine vivance de la mystérieuse énigme de l’existence.

 

 

Il y aura toujours des choses devant nos yeux. Ou au-dedans du regard. Mille choses égales. Mille choses banales. Le monde ne pourra se taire. Il continuera. Et un autre après celui-ci. Et indéfiniment renaîtront les choses. Et le regard sera de plus en plus proche. Et de plus en plus lointain. Il survivra à tous les mondes qu’il a créés et qui sont devant lui. Il ne s’éteindra jamais car il n’est jamais né. Et en lui naîtront et périront tous les mondes et toutes les choses. C’est éminemment triste et joyeux. Et c’est ainsi. Ni le monde ni le regard n’y peuvent rien. Et le monde moins encore que le regard qui (sans doute) par ennui et échapper à sa solitude désemparée les a fait naître.  

 

 

Le monde tourne. Et l’on n’est responsable de rien. On croit simplement l’être. Les choses suivent leurs cours. Et nous n’y pouvons absolument rien. Les choses se transforment selon leur potentialité et leur contexte. Quant au reste… il n’y a qu’à voir. Et rien d’autre. Si, voir et aimer. Etre le témoin accueillant de tout ce qui se présente. De tout ce qui a lieu…

 

 

L’horreur des saisons qui me tiennent en laisse. Ecrasent ma tête sous leurs bottes grossières. Et c’est pourtant avec les bourgeons, les fleurs, les feuilles mortes et les pierres que se manifeste l’Absolu. Pour l’Homme, l’Absolu n’est accessible que par et dans les détails — qui n’en sont pas. Pour vivre l’Absolu en ce monde — qui n’est fait que de détails qui n’en sont pas — il faut habiter les saisons pleinement. Inconditionnellement. Sans aucune échappatoire.

 

 

Etre poète, c’est balbutier le monde. Et un monde inconnu. C’est tenter de dire dans une langue inexistante un pays que l’on ne connaît pas. C’est être muet face au commun. Face aux yeux et aux oreilles qui ne savent voir et entendre. Qui ne savent deviner les murmures et les continents sous la langue et les paysages. Etre poète, c’est ne pouvoir dire. C’est habiter un pays infréquenté que l’on ne parvient à décrire. A expliquer. C’est une impossibilité — une incapacité — à habiter le monde des hommes. C’est être blessé à chaque instant par leur grossièreté, leur prétention et leur ignorance. Etre poète, c’est être en chemin entre l’humanité et le ciel souverain. C’est être exilé de tous les royaumes. C’est une errance perpétuelle. C’est habiter une profondeur — une blessure — secrète que l’écriture tente de rendre lumineuse. Douce et lumineuse malgré l’inexistence du poète. Sa terreur et sa souffrance. Etre poète, c’est perdre toujours. Sur tous les terrains. Sur celui des hommes et celui qui est exploré, défriché, toujours mal connu. Etre poète, c’est un aveu d’échec et d’impuissance. C’est quelques pas sans gloire vers un pays inaccessible. C’est un besoin d’abandon auquel on ne parvient pas…

 

 

Sous les yeux se cachent une chair et des continents que l’âme explore. Elle y cherche la matrice. La source de toutes existences.

 

 

L’ombre s’étire sous la cuirasse. Résiste. Refuse de capituler. Ô mon âme, dis-lui de s’abandonner…

 

 

La plupart (sinon l’immense majorité) des Hommes se fréquente pour fuir leur face-à-face. Echapper à leur propre rencontre en essayant — consciemment ou inconsciemment — de recouvrir ou d’oublier leur inconfort (métaphysique et/ou existentiel). Quant à moi, je n’apprécie et ne peux fréquenter que les êtres qui aspirent et cherchent avec ardeur à se rencontrer et invitent l’Autre à le faire. D’où le nombre extrêmement restreint d’amis rencontrés au cours de mon existence.

 

 

Chez les Hommes, il y a des fêtes hideuses où l’on rit — se force à rire — pour oublier les larmes que l’on n’ose pas laisser couler. Des larmes vraies pourtant qui les rapprocheraient d’eux-mêmes. Mais ces larmes seraient si douloureuses… sans compter l’aveu honteux de ne pas être heureux. Un sacrilège dans le monde des Hommes où les faux-semblants occupent toute la place. Rions donc ! Et oublions les larmes ! Oublions la tristesse ! Efforçons-nous à la gaieté ! Et tâchons de ne point trop gâcher la fête !

 

 

Je vois du dedans ce qui n’apparaît pas au dehors. Et mon âme, emportée dans quelque intériorité, s’égare dans des univers que l’on ne connaît pas. Je ne sais s’ils sont vrais ou fallacieux. Tout cela m’apparaît comme une histoire de profondeur et de perception…

 

 

Trop occupés à nous protéger, nous en oublions la sensibilité du cœur. Claquemurés dans nos zones de confort, nous refusons les vibrations des émotions fondamentales qui ouvrent le cœur à la souffrance du monde et à ses divines merveilles.

 

 

Il faut avoir longtemps fréquenté la solitude pour s’apercevoir qu’il n’y a personne. Que notre figure humaine n’est qu’une image. Nous ne sommes pas ces créatures. Nous sommes un regard. Nous ne sommes pas que ces créatures. Nous sommes conscience perceptive.

 

 

Eclopé, je m’abîme dans le silence

Parmi les brins d’herbe et les étoiles

Je me penche par-dessus le gouffre

Et me voilà sombrant en dessous du monde

Plus haut que les yeux scrutant l’azur.

Mes pas touchent-ils toujours terre ?

Et mes yeux en surplomb dénichent la mascarade

Le grand cirque de ses habitants apeurés et gesticulants

Dont les pas fébriles piétinent le sol

En quête d’un soleil réconfortant.

Et qu’il éclaire importe peu

Pourvu qu’il réchauffe l’âme esseulée

Presque moribonde

Se sentir vivant que diable !

Même mal même un peu

Vaut mieux que le néant

Et la solitude pourtant guette partout

Au-dehors comme au-dedans

Et par veulerie et paresse l’on s’abandonne

Aux jeux stériles et frivoles

Plutôt que de s’enfoncer dans la zone d’inconfort et de gravité.

Trop immatures encore pour la douloureuse et salvatrice traversée.

Et se laisser éteindre et étreindre, suffocants,

Par la main invisible qui nous a conduits jusqu’ici.

Souvent malmenés — du moins le croit-on —

Jusqu’au tombeau sans voir

Son invitation inlassable à nous ouvrir

A la réalité lumineuse de l’espace.

A l’Absolu éternel.

 

 

A l’écart des Hommes, assis sur les collines, je vis la gloire du rien. La célébration du vide.

Sans conteste, je suis. Nu. Sans rempart ni construction.

 

 

Etre regard qui perçoit ce qui est.

 

 

L’aube sans nom attend tes yeux. Le désengorgement de la tête, du cœur et du corps, tremplin à la nudité sans pareille pour que le vide s’habille de plénitude.

 

 

Dans le silence et la solitude. Face à mes livres, je me tiens dans l’impossibilité d’écrire. J’attends la vague qui m’anéantira. Et me laissera hors de moi-même. Au plus proche de ce que je suis. L’écriture viendra après. Elle est accessoire. Toute mon âme cherche à être. Dépouillée de tout artifice, de toute prétention, de toute mémoire, de toute construction. Etre dans sa plus grande nudité.

 

 

Etre le réceptacle ouvert à ce qui surgit…

 

 

Mes réflexions et ma poésie ne parlent pas au peuple. Elles ne pourront jamais lui parler. Elles sont destinées aux solitaires penchés sur eux-mêmes. Dans leur chambre close. Face à eux-mêmes. Avides et soucieux d’eux-mêmes. De faire naître l’ultime rencontre. Je ne parle qu’à ceux-là. A quelques-uns de ceux-là. Tant pis pour les autres. Et tant pis pour moi. Mon œuvre — je le sais — trouvera son public dans les âmes solitaires. Les âmes graves et en retrait du monde. Les âmes faméliques. Les âmes éprises d’Absolu que les jeux et le pain ne peuvent contenter.

 

 

Le regard est l’épris du ciel. La main, elle, appartient à la terre. Quant à l’âme, elle les relie.

 

 

L’âme, entité reliante (immatérielle)  et principe unificateur entre l’attention et l’action (le geste et le pas) ou le mouvement (émotions, pensées et tous les déplacements dans le monde objectal matériel et immatériel …), entre la conscience et les phénomènes, entre l’arrière-plan et l’avant-plan, entre Dieu et ses créatures, entre le ciel et la terre…

 

 

Toute construction est une solidification des certitudes. Toute solidification des certitudes est un éloignement de l’être. De ce qui est. Il convient de rester sans appui. Et se défaire même de cette idée. Est ce qui est. Simplement. Voilà la seule réalité. Le reste n’est que fantaisie et sur-ajout…

 

2 décembre 2017

Carnet n°56 L'infini en soi

Recueil / 2015 / L'exploration de l'être

Une bande de terre où poser ses pas. Pour arpenter les sentiers de pierres. Et parcourir les collines. S’asseoir sur un rocher. S’offrir au vent, au soleil et à la pluie. Au ciel infini. Et laisser la diversité de l’univers apparaître dans le regard et s’éteindre dans le silence. Observer l’incessant jeu tantôt espiègle tantôt funeste des mouvements. Voir les formes et les phénomènes naître, virevolter, s’essayer à quelques cabrioles paisibles ou ardues avant de mourir. Beauté de chaque instant.

 

 

Chaque heure est un carrefour sans chemin. A la croisée se tient celui qui est debout. Ivre d’espoir et d’horizon, les pieds collés à la sente, attendant les craquelures du ciel.

 

 

Je suis seul avec l’infini qui se penche vers moi. Et me dit : il n’y a personne ici-bas.

 

 

Toi qui contemples le ciel, dis-moi : que dure le vol d’un oiseau ?

 

 

Peux-tu saisir le nuage qui passe ? Qu’attraperait ta main avide ? Et si tu laissais mourir ton indigence…

 

 

Un trait dessine le monde. Un autre l’efface. Je suis le cours des choses. Et la demeure immobile. Le ciel impassible qui voit mourir chaque trait les uns après les autres.

 

 

Ô Ciel ! Dis-moi où se cache la vérité. Où as-tu mis mon regard ?

 

 

La vaisselle s’égoutte dans l’évier. Les feuilles des arbres dansent dans le vent. Assis sur la terrasse, j’écoute le soir tomber.

 

 

La lune dans le ciel me regarde. Et je n’ai aucun mot à lui offrir.

 

 

Simple. Toujours plus simple devient la vie. Un thé. Un bol de soupe. Le linge qui sèche au vent. Quelques pas sur la colline. Et le printemps sur la montagne. Les arbres de la forêt. L’herbe des chemins. Un rocher pour regarder le ciel. Ma vie s’efface dans l’infini.

 

 

Le ciel reflète notre vrai visage avec plus de justesse que tous les yeux du monde. L’infini peut alors se déployer dans le regard.

 

 

Je m’étends contre la roche dure et froide. L’abeille butine à mes pieds. Le ciel est descendu dans mon regard. La joue posée sur l’herbe. Le cœur battant sur la terre. Le monde devient familier. On accueille l’insignifiance. Et la préciosité de toutes choses. L’Hôte qui ne pouvait souffrir de voir sa place usurpée ouvre enfin ses portes.

 

 

La pluie tombe du toit. La réalité se jette partout. Dans mon regard, le soleil et les yeux hagards. Le visage offert et les mains ouvertes.

 

 

Il n’y a d’horizons heureux. Voilà ce que nous apprend la marche ! Au bout de la route, on est mûr pour ouvrir enfin son regard au ciel. Et de constater avec effroi et étonnement qu’il a toujours été là… avant même nos premiers pas.

 

 

L’herbe qui m’accueille est plus secourable que les bras de mes frères. Elle n’attend rien de moi. Et je lui sais gré de me recevoir sans rien demander. Je ne perçois en elle pas l’ombre d’un désir. Et lorsque je la quitte, mon cœur s’emplit de gratitude et d’une main délicate, je la redresse.

 

 

Que peut l’œil face au ciel infini ? S’y perdre est la seule issue.

 

 

Les jours sombres se reposent à l’abri de la mémoire. Qui étais-je ? Aujourd’hui, je m’éloigne de l’ombre qui autrefois voulait m’enserrer. A mes trousses, le vide m’a rejoint. Et à présent, nous allons ensemble sur la route transparente et les chemins sans visage.

 

 

Sur le mont démuni je me tiens, grelottant de froid et de solitude. Mes yeux sont devant moi. Dans la terre je frissonne, les ailes repliées. Déplumées par le vent. Je ne sais que faire. Je reste assis au bord de moi-même. Dans la brume de mes rêves. Je me suis perdu. Je croyais être arrivé au lieu sans pareil. Mais mon regard m’a surpris hébété sous la pluie. Je me suis égaré sur le chemin que je croyais achevé. Où ai-je donc posé mes pas ? Et pourquoi dans le ciel les nuages me sourient ? Je m’ennuie ferme sur la terre. Le monde a scellé mon exil. Nulle part est mon origine et ma destination. Et j’ai perdu la route qui m’y menait. A présent où pourrais-je bien m’égarer ? Je n’avance qu’en moi-même. Et j’ai perdu la trace qui m’y menait. Les pas se suivent sans fin sur le cercle étroit qui m’entoure. Je n’avance qu’à reculons vers le gouffre qu’est mon centre. Je marche au bord du cercle qui m’enserre. Quand y tomberais-je ? L’horloge s’est enfoui sous la crasse accumulée depuis des siècles. Et je ne sais que faire du temps. Où est donc passée l’heure nouvelle ? Je suis sans ressource face à l’indigence. Et la monnaie n’est d’aucun secours. Les jours et les poches sont aussi vides que le ciel. Et mon regard penche davantage vers l’absence qu’en lui-même. On aimerait parfois habiter un autre songe. Mais tous les rêves sont nos tombeaux. 

 

 

J’aime me laisser caresser par les yeux des arbres, les yeux des herbes, les yeux des rochers, les yeux du vent… et le regard du ciel que j’habite.

 

 

Sur la table, la carafe et le bol, la feuille et le stylo attendent le baiser de Dieu. L’univers est en ordre. Comme sa marche sans fin qui s’attache à vouloir toucher le ciel. 

 

 

Balayer le sol. Marcher dans les collines. S’asseoir sur un rocher. S’allonger sur le sol. Ouvrir un livre. S’étendre sur sa couche. Manger en silence. Le regard éclaire le quotidien. Offre à tous les gestes et toutes les activités une beauté indicible. Notre cœur déborde de gratitude. On célèbre le sacré de l’existence. Et nos mains sages se recueillent en silence.

 

 

Le chant des oiseaux, l’écho de la forêt. Les paroles de la terre sont sages. Il n’y a que les hommes pour ne pas les entendre. L’instant si fragile dans mes mains ouvertes. Seul dans la forêt, les bruits du monde n’ont plus d’importance. On se retire de toutes volontés. On célèbre dans le silence ce qu’il y a devant nos yeux. Présent à ce que l’oreille entend. L’heure est légère. Elle s’éprend des beautés du jour. Les yeux assagis se reposent. Le tumulte qui autrefois nous agitait n’a plus prise sur le regard de paix. Les mains ont beau encore parfois s’agiter, les pas peuvent encore bien de temps à autre retrouver leur fébrilité d’autrefois, les yeux suivent, tranquilles, l’effervescence passagère. En attendant le silence, ils laissent les bruits s’éteindre.

 

 

Assis sous un arbre, j’écoute la pluie tomber. Et les corneilles qui jouent dans le vent. Au loin, le bruit des voitures. Et au-dessus de la tête, le ciel nuageux. Les yeux et la terre sont paisibles. Le monde est parfois si étranger à mon cœur. Comme s’il n’existait que pour la tête. On ressent pourtant que l’univers entier est en soi. Et l’on éprouve pour tout ce qui est là un amour profond. Mais on ne se perd ni dans les pensées ni dans l’imaginaire. On vit simplement au plus proche — dans l’intimité même — de ce qui est.

 

 

Une bande de terre où poser ses pas. Pour arpenter les sentiers de pierres. Et parcourir les collines. S’asseoir sur un rocher. S’offrir au vent, au soleil et à la pluie. Au ciel infini. Et laisser la diversité de l’univers apparaître dans le regard et s’éteindre dans le silence. Observer l’incessant jeu tantôt espiègle tantôt funeste des mouvements. Voir les formes et les phénomènes naître, virevolter, s’essayer à quelques cabrioles paisibles ou ardues avant de mourir. Beauté de chaque instant.

 

 

J’entends déjà l’eau ruisseler sur ma tombe. Et le rire des corbeaux dans le ciel. A la vue de ma dépouille, les yeux se détourneront. Et je girai seul parmi les ronces. Et bientôt sur mon sépulcre fleuriront les orties, les fleurs des prés et les herbes folles des chemins dont se repaîtront les bêtes affamées. Et je rirai seul de me voir si misérable. Et démuni parmi mes pairs à la tête ahurie et aux yeux effarés, frappés de stupeur de voir tant de joie et de gaieté dans cet enfer.

 

 

J’aime m’attabler avec moi-même. M’allonger sur ma couche avec moi-même. M’entretenir des hauts et des bas avec moi-même. Et lorsque je me suis déserté, les oiseaux, les arbres et les étoiles me répondent. Et m’enseignent. Puis je regagne le ciel. En paix. Je peux alors être là pour le monde. Les oiseaux, les arbres, les étoiles et le ciel le savent bien. Et même parmi les hommes, certains doivent le ressentir.

 

 

Il y a une grâce à toucher le ciel. Mais la plus magistrale est de l’habiter à chaque instant. En silence.

 

 

Le scintillement des eaux claires et la lumière artificielle des lampadaires. Et les millions d’hommes et d’insectes comme envoûtés, fascinés par le spectacle — la farce miroitante. Prisonniers des apparences toujours trompeuses. S’ils savaient (et s’ils le pouvaient), ils riraient de tant d’aveuglement et de maladresse. Et fouilleraient aussitôt avec une farouche détermination en d’autres lieux. Mais qui connaît cet espace lumineux enfoui en nos profondeurs qui ne se dévoile qu’à ceux qui se sont délestés de tous les mirages ?

 

 

Dans le jardin de pierres, mes ailes reposent. Les rêves d’envol se sont dissipés. L’azur s’est effacé. L’espace est ma demeure. Je suis l’Infini qui accueille le monde. Et l’éclaire. 

 

 

Les saisons mensongères. Et la vie secrète des morts. Jour de deuil ou jour de liesse, on se réjouit de l’heure présente. Perdu au fond des vallées. Assis au faîte des arbres. Debout au sommet des collines. Couché au fond de grottes solitaires. Sous le couvercle des jours tristes ou assis dans l’azur, on célèbre les jeux du monde, la vie espiègle et ses farces cruelles qui déchirent les âmes encore soumises aux légendes et aux mythes du monde qui ne savent voir l’Absolu qui les entoure et les aide à briser leurs chaînes (et leur coquille) pour habiter la liberté et l’infini dont elles sont éprises. On s’agenouille au pied des arbres pour les honorer. On marche dans le vent, les bras en croix et la tête haute dans les nuages, docile aux aventures, aux méandres des rivières et aux caprices de la terre. On salue le spectacle merveilleux, ses tyrans et ses bouffons, sa ribambelle de figurants qui rechignent à jouer leur rôle, les mains besogneuses et les esprits innocents, les râleurs et les mécréants, tous ceux qui marchent avec leur masque qui pend sur leurs genoux, les bourrus et les acariâtres. Puis on oublie le monde, ses spectacles et ses acteurs pour retrouver son antre solitaire.

 

 

L’heure présente si étrangère aux soucis du jour. L’heure si familière du rien qui s’étend. Au point de se fondre à l’Infini. Jointure entre le rien et le Tout. Cet étroit passage désencombré.

 

 

Marcher en silence. Et à petits pas. Voilà un délice pour la chair. Et pour l’âme. Sentir sous ses pieds les cailloux du chemin. Humer les parfums printaniers. Se laisser mouiller par la pluie fine de la journée. Sentir la caresse du soleil d’avril. Voir partout la beauté. Les arbres et les arbustes. Les fleurs sauvages et les herbes drues. Le sable et la terre. Les nuages. Les chiens qui gambadent. L’azur changeant. Les joutes et les querelles d’insectes. Leur combat déchirant. Leur labeur tranquille. Leur cri charmant. Le piaillement des oiseaux. Les jeux et les drames — petits et grands — des créatures sous le ciel. Les champs labourés. Les parcelles de vignes. Les ruines au détour d’un village. Les collines jusqu’à l’horizon. Les sentiers et les chemins. Et les petits pas tranquilles qui retournent chez eux. En sifflotant un petit air joyeux.

 

 

Un air de trompette secoue la terre. Et je vois les âmes apeurées courir en tous sens. Ne savoir où aller pour échapper au trépas. S’enfuir à perdre haleine à travers les plaines et les montagnes. Aller par milliers à travers les airs et les océans. Submerger la terre de leur pas affolés. Sans pouvoir s’abandonner aux secousses terrifiantes. Entonnant des cantiques pour apaiser leur terreur. Cris, chants et gesticulations. Implorations impuissantes, les mains ou le regard tourné(es) vers le ciel, ainsi vivent et meurent les Hommes.

 

 

Présence, poésie, métaphysique, nature, promenade, solitude, simplicité, dépouillement. Conditions propices ou manifestations de l’Absolu ?

 

 

Le carcan des heures fébriles. Et celui des heures creuses. Suivre sa pente. Toujours suivre sa pente. Se laisser porter sans résistance par les mouvements présents. Laisser s’éteindre toutes les idées sur la vie, sur le monde et sur soi. Se libérer des idées sur la liberté et la sagesse. Sur l’aliénation et l’ignorance. Etre au-delà de la liberté et de la non liberté. Au-delà de la sagesse et de l’ignorance pour enfin être libre. Libre des idées, libre du personnage, libre du monde et des mouvements. Etre à l’écoute de ce qui est là. Et laisser faire… toujours laisser faire…

 

 

Un mot. Un souffle. Le silence. Un arbre. Le vent. Et la poussière. Une étoile au loin. Et la lampe sur la table qui éclaire la pénombre. Les nuages. Le désert. Et les cités surpeuplées où s’agglutinent les hommes. Les orages. La brise légère. Les oiseaux et l’océan. Le ciel intact. Et le monde au creux de ma main qui jamais ne s’apaise des miettes qu’on lui jette. 

 

 

Les ports. Le large. Les bateaux. Les bastingages qui ne protègent jamais du vide. Et l’appel de la vie océane qui n’effleure jamais la tête des passagers sur les passerelles des usines à croisière en partance pour les tropiques. La terre. Les villes. La campagne à perte de vue. Les forêts denses et les clairières. Et l’infini du ciel que ne voient jamais les passants trop pressés de venir à bout de leur itinéraire. Les collines. Les plateaux et les montagnes. Et les cimes toujours invisibles pour les habitants retranchés dans les plaines.  

 

 

Habitant d’aucune contrée, on déserte les communautés. On déserte le centre et les périphéries. On déserte les minorités. On déserte l’exil, la relégation et la marginalité. On déserte même la solitude. Et ne reste rien. Nul être pour vous guider ou vous réconforter. Nul lieu pour s’installer. Nul endroit où se poser. Nulle valeur et nulle certitude sur lesquelles s’appuyer. Subsiste alors notre vraie nature. L’être immuable. L’être pur entaché d’aucun support, d’aucun contexte, d’aucune structure, d’aucun lien, d’aucun artifice. L’être indestructible. Le joyau recouvert sous tant de pelures…

 

 

Le cours des choses. L’odieux et admirable cours des choses. Et le regard inouï qui accueille la ronde.

 

 

Le personnage séquestré dans ses limites crie son désir d’Infini. Mais qui l’entend ? L’espace est le seul lieu de l’écho. La source même de la voix. Et le réceptacle de sa lente agonie. Jusqu’à son effacement total. Ondes plates et résonances dans le silence.

 

 

Parmi les oiseaux sifflotants, les bruits du cœur s’emmêlent, se détachent. Pulse le sang, courent les ondes. On demeure sans visage. Et le grand corps nous émeut de ses battements.

 

 

Les 10000 chants du monde ne résonnent plus à mes oreilles. Je marche inlassablement sur des chemins de silence où m’accueillent des myriades d’arbres et d’oiseaux. Je m’assois sur les rochers qui surplombent la plaine où les visages grimaçants se courbent sous le poids des peines. Je n’entends plus ni leurs cris ni leurs pleurs. Je cueille d’une main la rosée et d’un doigt offert au ciel, je m’ouvre à l’Infini. Qui sait que mes pas m’ont déserté ? Que mes mains ne sont plus miennes ? Et que mon visage s’est effacé ?

 

 

A l’ombre du tilleul, je repose. Caché par les haies de bouleaux, les pas me portent vers l’inconnu où les songes n’ont plus cours. L’herbe m’accueille et offre à mes reins une couche délicate. Roi du silence et du rien, vagabond misérable aux yeux des Hommes, mon trône n’est visible que du ciel que si peu habitent. Et mes larmes coulent sans tristesse devant l’indigence du monde qui offre à ses créatures de misérables spectacles dont elles ne se lassent jamais. Je me retourne sur ma couche étoilée offrant mes yeux sans visage à l’Infini dont je me nourris en silence.

 

 

Les têtes s’affichent hautes mais la lassitude a déjà gagné les cœurs. La compréhension est en marche. Ne reste qu’à attendre l’injonction du néant. Et l’appel du vide. La déconvenue des heures devant le silence.

 

 

L’abîme est la plus grande des certitudes. On ne sera plus jamais disposé à édifier le moindre monument.

 

 

Sous nos pas, la brume s’est dissipée. Et l’on s’agenouille au soleil couchant. Aux terrasses du monde, nulle âme. Ivre de ciel et de joie. Les montagnes ont jeté leurs eaux claires sur la plaine. Les crêtes regorgent de lumière. On s’étend sur le sol, les yeux assagis. La vie foisonnante à nos pieds. Un sourire délicat s’esquisse sur nos lèvres ravies. Heure glorieuse et sereine. On baigne dans la tranquillité du jour finissant. Et sur les chemins sans importance, les pas nous portent vers l’instant d’après. Les rochers accueillent l’assise légère. Le regard et l’Infini s’enlacent. Les paysages portés aux nues par la grâce s’effacent et réapparaissent. Les pieds s’évanouissent en silence. Les silhouettes dansent parmi les nuages passagers. L’heure s’éteint. Ni soir ni lendemain. L’éternité cueille le labeur du jour. Et nos yeux fermés se jouent des décors. Arbres, pierres, collines et forêts. Le temps s’est dissipé. On regagnera bientôt sa masure où l’on pourra s’endormir le cœur en paix.

 

 

L’heure s’efface sans crainte. Nous n’existons plus. Mais rien n’a disparu.

 

 

Le monde s’écharpe devant mes fenêtres et une douce mélancolie me retient à l’intérieur. J’aimerais songer à d’autres combats. Mais le supplice est trop fort pour que je m’y résolve.

 

 

Le feu a déjà tout dévasté. Et ne restera bientôt que des cendres. Du vent et des cendres. Du vent et de la poussière. Ainsi donc est la vie.

 

 

Les livres posés sur ma table de travail sont un rempart. Un donjon dérisoire qui ne me protègera jamais de vivre. Ils me donnent l’illusion d’une distance avec le monde. Mais je ne suis pas dupe. Le vivant continue de battre en moi.

 

 

Le monde a perdu son attrait. Quelques visages à présent veillent sur moi. Le monde s’est rétréci à quelques figures bienveillantes. Et à mesure de ce rétrécissement, l’Infini s’est élargi…

 

 

Le ciel est ma patrie. Et les arbres mes seuls frères. Chaque jour, je parcours la forêt à petits pas. La marche est lente et attentive. Ma communauté est végétale. J’ai toujours eu l’âme forestière. Comme mes congénères immobiles, je suis épris d’Absolu et de lumière.

 

 

Entre les jours, je me tiens. Sous la surface des choses, je devine des mondes imperceptibles. Inaccessibles aux sens. Une infinité de mondes parallèles. Des infra-mondes, des supra-mondes, des arrière-mondes projetés par l’esprit insatiable et fasciné par ses propres créations. Un écheveau d’images. Un labyrinthe de représentations où l’organique ne peut s’infiltrer. Un condensé de perceptions et de sensations impénétrables où les paysages et les frontières se traversent en une fraction de seconde.

La nature se vide de sa substance. L’organique se dessèche et se décompose. Des trépas en cascade. Des amoncellements d’os, de cadavres et de molécules. Une recombinaison incessante de matière et d’images.

 

 

Etre là. Simplement. Etre simplement là. Présent…

 

 

Les défaites salvatrices où toujours l’humilité sort victorieuse.

 

 

Rien. Le néant. Le monde a perdu son attrait. Aucune activité ne saurait me tirer de cette léthargie. Je me lasse même des spectacles qui me sont offerts. Les visages autour de moi se sont éloignés. Ne reste rien ni personne.

 

 

Ligoté par les lois implacables du vivant

L’abandon est la seule issue

Les pieds enchaînés et les mains attachées

Seul le cœur peut s’ouvrir

Et l’on pleure après tant d’acharnement

De ne pouvoir s’offrir l’ultime récompense

 

Englué dans notre carcan de pierres

On attend la lumière qui ne viendra pas de notre appel

Mais des yeux baissés vers la terre

Où le ciel pourra enfin nous enlacer avec tendresse

 

 

L’abîme céleste qui nous sauve des heures.

 

 

On ne rencontre en vérité que des ombres. Et des âmes mortes. Et moi qui aspirais à l’Amour. Et à la pureté des rencontres. Des fluides, des poils, des odeurs. Et des âmes retranchées, voilà ce que nous offre l’amour. Et je pleure en silence sur nos cœurs recroquevillées qui n’ont pas su — et ne sauront sans doute jamais — goûter à l’Infini et à la lumière. Pauvres créatures que nous sommes, misérables jusque dans nos élans.

 

 

Le vent noir que l’on respire. Et qui nous étouffe. Et l’aurore nue que nos doigts n’auront qu’effleurée. Et les guerres rouges que nos mains rejettent. Et dont nos yeux nous protègent. Et les ombres diaphanes. Et les cœurs gris qui encerclent notre vie. Et la menace partout du dénuement. Et les ombrelles mensongères des demoiselles d’honneur. Et les noces mièvres des amants dépossédés d’eux-mêmes. Et les suintements de la pourriture dans notre chair. Et les raccommodements ciselés à la hâte. Et les seaux d’excréments répandus sur le sol. Et la folle clameur des foules. Et le silence des morts. Tout cela nous effraie. Nous glace les sangs. Mais nous continuons à vivre, n’est-ce pas ?

 

 

La nudité sublime du monde

Couverte de haillons et de guenilles

Plaies béantes infligées par les hommes

 

Sommes-nous les songes que nous n’avons jamais faits ?

Que nous n’avons jamais osés faire ?

Et la pluie continue de chanter sur les toits d’automne.

 

 

Il n’y a rien à attendre de la terre. Rien à espérer du ciel. Il y a à se dévêtir jusqu’à la nudité du pas. La transparence du geste. L’effacement des horizons. Et leur renaissance originelle. Jusqu’au triomphe silencieux de l’invisible.

 

 

Dans le silence et la solitude. Face à mes livres, je me tiens dans l’impossibilité d’écrire. J’attends la vague qui m’anéantira. Et me laissera hors de moi-même. Au plus proche de ce que je suis. L’écriture viendra après. Elle est accessoire. Toute mon âme cherche à être. Dépouillée de tout artifice, de toute prétention, de toute mémoire, de toute construction. Etre dans sa plus grande nudité.

 

 

Comme un arbre mort sous la cognée du temps. Seul sous le ciel, je me redresse d’un dernier espoir. Dénudé face à l’éternité, les saisons ont perdu leur emprise. Désormais je regarderai le temps m’effacer. Heureux de la terre et de la cendre se poser ici et virevolter là, reprendre leurs assauts pugnaces avant de décliner. Je soulignerai d’un trait léger les transformations. Je serai roi de la terre et roi du ciel. Souverain du temps et des saisons à l’heure de toutes les naissances et de toutes les oraisons. Je m’enivrai de l’humus et du vent, des visages et des cris, des larmes et des sourires qui peuplent le monde. Je serai la clé de toutes les portes. Je serai les univers qui bordent les yeux, je serai le cœur de la mort et des vivants. Je serai leur hébétude et leurs joies sans pareilles. Je serai tous les rêves et tous les songes. Je serai tout ce que l’on ne peut imaginer. Je serai toutes les âmes. Et les dents carnassières. L’amour et la douceur. Et la colère des océans. Je serai le vide et tout ce qui l’habite. Je serai tout. Je serai n’importe quoi. Je ne serai rien. Je serai devenu ce qui existe avant que vous ne naissiez. Avant même que le monde et l’univers ne soient créés. Et je vous attendrai dans ce lieu qui n’en est pas. Venez à moi. A notre rencontre. Et nous serons Un. Vous comprendrez alors ce que nous avons toujours été.

 

3 décembre 2017

Carnet n°60 La conscience et l'Existant - Sommaire

Essai / 2015 / L'exploration de l'être

La Vie et l’Existant ne semblent, en réalité, qu’un gigantesque jeu — violent et merveilleux — et une permanente célébration… A hauteur d’Homme, peut-être pourrions-nous penser que nous nous apprenons les uns les autres (et, bien souvent, à notre insu) à mieux les regarder et à mieux les vivre. A mieux les comprendre et à mieux les aimer… mais sur le plan de la Conscience, tout ce « cirque » — aimable ou corrosif — semble (presque) sans importance… Est-ce qui est… et ce qui est n’altère jamais Le Regard…

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Nous avons été contraints (pour des raisons d'ordre technique) de diviser la version numérique de cet ouvrage en dix parties.

 

Sommaire

Chapitre introductif

Chapitres 1 à 5

Chapitre 6 (début)

Chapitre 6 (suite)

Chapitre 6 (suite et fin)

Chapitre 7 (début)

Chapitre 7 (suite et fin)

Chapitres 8 et 9

Table des matières

 

La Conscience et l’Existant — Une perspective déroule*, de façon détaillée, notre réflexion sur la Conscience et l’Existant (son passé, son présent et son devenir).

* Au sens littéral… nous déroulerons, en effet, le fil de notre pensée en exposant « par le menu » les idées et les arguments qui nous ont traversés (et tels qu’ils nous ont traversés)... Nous prendrons soin d’avancer lentement… et de laisser cette réflexion cheminer graduellement pour lui permettre de « se déployer », page après page, chapitre après chapitre, aussi loin, aussi largement et aussi finement que possible… 

 

 

SOMMAIRE 

 

CHAPITRE INTRODUCTIF : PENSEES INTUITIVES

 

CHAPITRE 1 LA CONSCIENCE

 

CHAPITRE 2 L'UNIVERS ET LA MATIERE

     2.1 Petit cours accéléré d’astrophysique, de physique et de biologie

     2.2 Quelques éléments d’astronomie – astrophysique

 

CHAPITRE 3 LA MATIERE TERRESTRE

     3.1 Quelques éléments de physique et de chimie

     3.2 Vague aperçu du monde terrestre avant l’émergence du vivant

 

CHAPITRE 4 LE VIVANT TERRESTRE

     4.1 Quelques éléments de biologie & de sciences humaines

     4.2 Vague aperçu du monde terrestre avant l’émergence de l’homme

 

CHAPITRE 5 L’HOMME ET LE PSYCHISME HUMAIN

     5.1 Bref aperçu évolutif du psychisme 

     5.2 Les contenus psychiques principaux 

          5.2.1 Les perceptions visuelles de l’Existant

          5.2.2 Les sensations 

          5.2.3 Les représentations mentales 

          5.2.4 Les émotions 

     5.3 Deux mécanismes centraux du psychisme

          5.3.1 Le désir

          5.3.2 La zone de confort

     5.4 Les besoins psychiques (besoins, besoins-désirs, désirs et désirs-fantasmes)

          5.4.1 Des besoins organiques et matériels

          5.4.2 Des besoins psychiques élémentaires

          5.4.3 Des besoins-désirs narcissiques

          5.4.4 Des besoins-désirs

          5.4.5 Des désirs d’ordre général

          5.4.6 Des désirs-fantasmes

     5.5 Le fonctionnement général du psychisme

          5.5.1 Liens entre psychisme et cerveau

          5.5.2 Un espace perceptif circonscrit et limité doté d’une très forte propension à la saisie

          5.5.3 Un univers complexe sujet à la projection

          5.5.4 Zone de confort, satisfaction, peurs et désirs

          5.5.5 Frustration, dépendance et attachement

          5.5.6 Les comportements délétères

          5.5.7 La puissance créatrice du psychisme

     5.6 Les grands types psychiques

     5.7 Résumé du psychisme

     5.8 Synthèse du psychisme et des besoins psychiques

          5.8.1 Deux grandes catégories de besoins

          5.8.2 Les grands besoins sous-jacents

          5.8.3 Deux grands types de réponses

          5.8.4 Note sur le psychisme et la dimension spirituelle 

          5.8.5 Trois grandes orientations possibles

 

PARTIE 3

CHAPITRE 6 LES CREATIONS ET LES REALISATIONS HUMAINES

     6.1 Les actions et les fabrications humaines : le plan réalisationnel actif 

          6.1.1 Remarques liminaires

          6.1.2 L’alimentation : les réponses aux besoins alimentaires

          6.1.3 Les vêtements : les réponses aux besoins vestimentaires

          6.1.4 La santé : les réponses aux besoins de santé 

          6.1.5 La santé (suite) : les réponses aux besoins d’eau, d’air et de sols (non pollués)

          6.1.6 Le logement : les réponses aux besoins de logement

          6.1.7 Les tâches et le confort domestiques : les réponses aux besoins domestiques

          6.1.8 L’énergie : les réponses aux besoins d’énergie

          6.1.9 Les transports (des individus et des biens) : les réponses aux besoins de déplacement

          6.1.10 La protection des personnes et des biens : les réponses aux besoins de protection matérielle

          6.1.11 La reproduction : les réponses aux besoins reproductifs

 

PARTIE 4

          6.1.12 Les relations : les réponses aux besoins relationnels, sexuels, affectifs et communicatifs

          6.1.13 La protection psychique : les réponses aux besoins de protection et de défense psychiques

          6.1.14 Les distractions : les réponses aux besoins distractifs

          6.1.15 L’expression : les réponses aux besoins expressifs

          6.1.16 La compréhension : les réponses aux besoins de compréhension

          6.1.17 Les besoins de réalisation de tous les désirs : les réponses aux besoins de satisfaction

          6.1.18 Le besoin de travailler : les réponses au besoin de travailler

          6.1.19 Le besoin d’argent : les réponses aux besoins pécuniaires

          6.1.20 Les besoins administratifs : les réponses aux besoins administratifs

          6.1.21 Note générale sur l’évolution des kits (modules)

 

PARTIE 5

     6.2 Les représentations et les créations humaines : le plan représentatif intellectuel 

          6.2.1 Le plan artistique

          6.2.2 Le plan imaginaire

          6.2.3 Les savoirs

          6.2.4 La connaissance

          6.2.5 Notes sur la quête existentielle 

     6.3 La connaissance de soi (compréhension sensible) : le plan spirituel

          6.3.1 Le plan spirituel

          6.3.2 Le cheminement spirituel

          6.3.3 Bref aperçu historique

          6.3.4 Trend historique

          6.3.5 Eléments pour une analyse évolutive

          6.3.6 Perspectives

     6.4 Le système – la société humaine

          6.4.1 Bref aperçu historique

          6.4.2 Les fondamentaux de la société humaine

          6.4.3 Quatre grands types d’organisations

          6.4.4 Quelques généralités sur la société humaine

          6.4.5 Synthèse de la société humaine

          6.4.6 L’organisation sociétale générale

          6.4.7 L’organisation politique et judiciaire

          6.4.8 L’organisation économique

          6.4.9 Les relations avec l’extérieur

          6.4.10 L’organisation des territoires

 

PARTIE 6

CHAPITRE 7 L’HISTOIRE DU MONDE ET SON EVOLUTION POSSIBLE

SOCIETES, ORGANISATIONS, INDIVIDUS ET RAPPORTS A L’EXISTANT

     7.1 Quelques précisions 

     7.2 Les débuts de l'humanité 

          7.2.1 Les premières sociétés humaines

          7.2.2 Le portrait de l’individu médian

          7.2.3 Les rapports à l’Existant

     7.3 Le monde « primitif » 

          7.3.1 Les sociétés « primitives » et « traditionnelles »

          7.3.2 Le portrait de l’individu médian

          7.3.3 Les rapports à l’Existant

     7.4 Le monde d'avant-hier (de l’antiquité au 18ème siècle)

          7.4.1 Les sociétés d’avant-hier

          7.4.2 Le portrait de l’individu médian

          7.4.3 Les rapports à l’Existant

     7.5 Le monde d'hier (du 18ème à la fin du 20ème siècle)

          7.5.1 Les sociétés d’hier

          7.5.2 Le portrait de l’individu médian

          7.5.3 Les rapports à l’Existant

          7.5.4 Aparté intuitif sur les tendances générales au fil de l’évolution de l’histoire humaine

     7.6 Le monde d'aujourd'hui

          7.6.1 Les sociétés contemporaines

          7.6.2 Le portrait de l’individu médian

          7.6.3 Les rapports à l’Existant

     7.7 Le monde de demain

          7.7.1 Les sociétés de demain

          7.7.2 Le portrait de l’individu médian

          7.7.3 Les rapports à l’Existant

 

PARTIE 7

     7.8 Le monde d'après-demain

          7.8.1 Les sociétés d’après-demain

          7.8.2 Le portrait de l’individu médian

          7.8.3 Les rapports à l’Existant

          7.8.4 Aparté intuitif sur l’évolution des individus et des sociétés

     7.9 Le monde à moyen terme

          7.9.1 Le monde des « conscients élémentaires »

          7.9.2 Le monde des « conscients élaborés »

          7.9.3 La coexistence de plusieurs mouvements

          7.9.4 Le portrait de l’individu médian

          7.9.5 Les rapports à l’Existant

     7.10 Le monde à long terme

          7.10.1 Généralités

          7.10.2 L’organisation sociétale générale

          7.10.3 L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

          7.10.4 La coexistence de plusieurs mouvements

          7.10.5 Le portrait de l’individu médian

          7.10.6 Les rapports à l’Existant

     7.11 Le monde à très long terme

          7.11.1 Le monde des « conscients conscients complets »

          7.11.2 Le portrait de l’individu médian

          7.11.3 Les rapports à l’Existant

 

PARTIE 8

CHAPITRE 8 TENTATIVE D’ANALYSE PLUS FINE ET PLUS PROFONDE

     8.1 Généralités, problématiques, questions et réflexions (presque) tous azimuts

          8.1.1 Quelques éléments « en vrac »

          8.1.2 Quelques vagues intuitions supplémentaires…

     8.2 Tentative de représentation de l’Existant — la structure fondamentale du « réel » contemporain ?

          8.2.1 Les différentes formes énergétiques

          8.2.2 L’ensemble des interactions entre les formes énergétiques

          8.2.3 Note « personnelle et subjective »

          8.2.4 Note sur « le destin » des formes

          8.2.5 Note supplémentaire sur « le destin » des « parts conscientes »

     8.3 Trend historique

          8.3.1 Période historique antérieure au « Big Bang »

          8.3.2 Période historique post « Big Bang »

          8.3.3 Période historique avant l’émergence du Vivant perceptif

          8.3.4 Période historique après l’émergence des animaux et des Hommes

          8.3.5 Période historique de l’Homme « moderne »

     8.4 Perspectives

          8.4.1 Période historique à court et moyen termes

          8.4.2 Période historique à long et très long termes

          8.4.3 Commentaires et remarques

     8.5 La perception (au moins six « façons » majeures « d'habiter » l'espace de conscience)

          8.5.1 Inexistante ou quasi inexistante (totale ignorance — quasi « pure » inconscience)

          8.5.2 Très restreinte (quasi-totale ignorance)

          8.5.3 Restreinte (quasi-totale ignorance)

          8.5.4 Partielle (Conscience mineure)

          8.5.5 Large (Conscience majeure)

          8.5.6 Pleine et entière (Conscience totale)

 

CHAPITRE 9 SYNTHESE GENERALE SIMPLIFIEE

 

Conclusion générale

 

ANNEXES

ANNEXE 1 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 1

ANNEXE 2 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 2

ANNEXE 3 : l'Homme et le psychisme, créateurs de différents plans

ANNEXE 4 : le plan réalisationnel actif

ANNEXE 5 : le plan représentatif intellectuel

ANNEXE 6 : l'organisation générale de l’Existant contemporain

ANNEXE 7 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 3

ANNEXE 8 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 4

ANNEXE 9 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – synthèse

 

20 novembre 2017

Carnet n°16 Traversée commune - Présentation générale

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Traversée commune est une série d’ouvrages, présentée sous forme de journal existentiel aphoristique, anecdotique et encyclopédique subjectif qui retrace les étapes singulières et ordinaires de l’existence humaine - de l’obscurité vers la lumière - en mêlant, dans une forme scripturale originale, plusieurs genres : le récit, le roman, le journal, la chronique quotidienne, le recueil philosophique, poétique et spirituel.

Par sa forme organisationnelle particulière et la dimension protéiforme de ses fragments, cette série d’ouvrages, modestes et magistraux, ambitionne d’initier un nouveau mouvement littéraire, l’essentialisme* et de poser les linéaments d’une discipline nouvelle - la spiriposophie* (l’esprit poétique ordinaire* de la sagesse) - au carrefour de la philosophie existentielle*, de la poésie et de la spiritualité (non dogmatique et non ésotérique).

Afin de guider le lecteur à travers les multiples fragments, le dernier ouvrage de la série (le livre 10) propose plusieurs itinéraires de lectures et de nombreux angles d’approche : accès par genres littéraires, par thèmes (évolutifs), par catégories (existentielles) identitaires, par degrés de cheminement, par états émotionnels (avec itinéraire de désembourbement psychique). 

 

 

PRESENTATION DES LIVRES 1 à 10

LIVRE 1 MONDES OBSCURS

SOMBRE IGNORANCE.

Traversée de l’Homme commun*. L’Homme ordinaire* et sa conscience obscure du monde. Existence inconsciente. Existence insatisfaite et résignée marquée par l’ignorance, la peur, l’aveuglement, l’illusion, le désir, l’égoïsme, la lutte, la rivalité, l’instrumentalisation* du monde, l’immobilité, l’étroitesse, l’horizontalité, l’inconséquence, l’orgueil, l’insatisfaction et la solitude (plus ou moins avouées) et l’espoir…

 

QUÊTE DESESPEREE.

Traversée de l’homme singulier. L’Homme aux marges du monde. Son rejet et sa haine du monde obscur. Et sa quête aveuglée du sens. Existence désespérée marquée par le dégoût du monde, la colère, l’incessant questionnement, la solitude, la tristesse, le mal-être et l’espoir d’un horizon plus lumineux…

 

LIVRE 2 L’ESPRIT AVENTUREUX

LA FUITE DE L’HOMME.

Conduite coutumière de l’Homme commun (et de l’esprit ordinaire) soumis à l’inextinguible (et inconscient) besoin d’échapper à l’insoutenable pesanteur du réel. De se dérober à l’éternel inconfort des jours. De se soustraire à l’ennui, à l’embarras, à la douleur, à la souffrance. D’esquiver le malaise, le mal-être, la plus infime des insatisfactions pour chercher, à travers d’innombrables possibilités, la tranquillité de l’esprit.

 

HEMISPHERES.

La fuite singulière d’un homme ordinaire. A travers le voyage, le sexe, le rêve, les fantasmes, l’alcool, la drogue, les délires, les souvenirs, l’écriture. La quête désespérée (et désespérante) de l’Homme prêt à suivre les méandres de son esprit, ses caprices, ses soubresauts, ses volte-faces, ses embardées absurdes (et déconcertantes) pour échapper à l’obscurité, à l’intolérable exercice des jours. Dans l’espoir d’accéder à l’île de la Paix.

 

LIVRE 3 L’EPOPEE SPIRITUELLE

EBLOUISSEMENT TENEBREUX.

La quête de lumière de l’Homme commun. Décontenancé par l’absurdité du monde obscur, accablé par son incontournable voyage à travers les hémisphères, l’Homme commun amorce une douloureuse traversée du désert. Terrifiante traversée à l’issue de laquelle il s’enquiert d’un éclairage sur le monde afin d’échapper à la misère, à l’insignifiance et à la solitude de sa condition. L’Homme commun part en quête de son salut. Et qu’importe la lumière pourvu qu’elle lui offre les promesses d’un sort meilleur.

 

ULTIME IMPASSE.

La quête de lumière de l’Homme singulier. Après ses errances et sa déconcertante traversée des hémisphères, l’Homme singulier est anéanti, incapable de se résigner à l’absurdité et à la désespérance du chemin. Au cœur du néant, il n’entrevoit d’issue qu’à travers la mort. En s’enfonçant dans ses profondeurs, il découvre une lueur inespérée, lointaine et profonde qui le détourne du geste fatal. Ce mince espoir initie ses premiers pas sur le chemin intérieur. Chemin qui lui semble (de toute évidence) la seule issue possible. Au sortir de cette effroyable traversée du néant, l’Homme singulier part en quête de cet espoir lointain (de cette lueur entrevue en ses profondeurs) à la surface du monde. Et cette quête le mène au cœur de l’ultime impasse. Eclairé par une sombre lanterne (découverte en chemin), ses pas le précipitent au cœur de l’obscurité paroxystique où il découvre, après une éprouvante et déstabilisante mise à nu, la porte étroite, unique point de passage vers les horizons clairs.

 

LIVRE 4 L’ENTRE-DEUX

OSCILLATIONS & DE PART ET D’AUTRE

La quête de lumière de l’Homme commun singulier. Derrière la porte étroite, unique point de passage vers les horizons clairs, l’Homme commun devient naturellement singulier. L’opposition (établie au cours des phases précédentes) entre le singulier et le commun s’efface pour laisser place à un affrontement - et à une alternance - entre les dimensions obscures et lumineuses de l’Homme qui marche seul sur son chemin entre la pénombre et les éclaircies au gré des phases sombres et lumineuses.

 

LIVRE 5 LA VOIE

QUINTESSENCE

Rappel synthétique du chemin universel de l’Homme ordinaire (de l’Homme commun) qui marche de l’obscurité vers la lumière… Initiation à la spiriposophie* (l’esprit poétique ordinaire de la sagesse).

 

LES LOGES DU QUOTIDIEN

Quelques exercices préparatoires singuliers pour apprendre à goûter pleinement la saveur des jours. A retrouver le sens sacré de l’ordinaire.

 

LE CHEMIN ORDINAIRE

Aperçu du chemin de l’être éveillé.

 

LIVRE 6 EXERCICES JOURNALIERS

LE SENTIER DE SCRIBE & DU CÔTE DE CHEZ SOI

Ces triviales pensées et ces modestes évènements personnels ont pour principal intérêt d’éclairer - de l’intérieur - les fragments des Livres 1 à 5 (notamment le livre 1 Mondes Obscurs et le livre 4 L’entre-deux). Ils permettent de suivre la lente et difficile progression de celui qui franchit les étapes (avec ses incontournables allers et retours) et de mettre en lumière l’inévitable décalage entre la vérité fragile et momentanée des éclaircies - ressenties dans l’espace solitaire - et leur difficile exercice quotidien dans l’espace du monde…

 

LIVRE 7 BAS CÔTES

FADAISES DEFAUSSES.

Cocasseries et autres absurdités.

Traversée du non-sens et de la déraison.

 

PISTES LUDIQUES.

Déchiffrages langagiers. Bêtes rebus rebutants à défricher.

Mauvais jeux de mots et autres calembredaines. 

 

TRACES DEROUTES.

Empreintes de vent et herbes foulées. De la très mauvaise poésie.

Entre simplisme dépouillé (et plat), lyrisme pompeux et emphase exagérée.

 

LIVRE 8 SEMELLES D’APLOMB

Fragments lourds et denses mêlant réflexions, intuitions, perceptions et expériences ayant trait à la quête existentielle*, à la conscience et aux prémices du développement spirituel. Processus réflexif nécessaire (sans doute) pour poser les fondements de la verticalité.

 

LIVRE 9 PAS PERDUS

Florilège de fragments non intégrés aux livres 1, 4 et 6 exposés ici comme épaisseur supplémentaire, redondance, développement des items abordés dans les volumes précédents et nouvel éclairage sur les étapes du chemin qui mène à la lumière.

 

LIVRE 10 FILS ROUGES

Afin de faciliter la lecture des fragments des livres précédents, FILS ROUGES (dixième et dernier ouvrage de Traversées communes) propose plusieurs itinéraires de lecture, un index thématique identitaire (par degré de cheminement existentiel), un index thématique général, plusieurs pistes de lectures (thématiques émotionnelles, bio-sociales…), un glossaire et un appendice : TRAVERSEE SYNTHETIQUE (qui retrace le chemin, les étapes, les moteurs et les portes de la traversée).

 

 

AVERTISSEMENT

La tournure actuelle de l’humanité précipite le monde dans l’impasse. Impasse nécessaire sans doute à un sursaut de conscience futur.

Les générations à venir (et très lointaines peut-être…) s’offusqueront (sans doute) de l’archaïsme et de la myopie de leurs ascendants. L’ignorance et l’obscurité gouvernent encore la très grande majorité de l’humanité. Elles semblent si profondément inscrites dans nos consciences (et dans nos comportements individuels) qu’elles affectent collectivement l’espèce humaine, son évolution et la survivance de toutes les formes de vie sur terre.

Afin de participer modestement (très modestement) à l’émancipation et au développement de notre émergente et vacillante humanité, il m’a semblé essentiel et dérisoire de retracer, dans cet humble et ambitieux ouvrage, mon expérience singulière et commune du monde. Exposer les intuitions, les idées, les pensées, les émotions et les sentiments que ce monde (où ce que je crois en percevoir) a fait naître en moi.

Ne t'attends pas, lecteur, à un noble et digne récit, ne t'attends pas à une belle et grande histoire ! Ne t'attends à rien ! Voilà sans doute la meilleure façon de cheminer dans ce livre !

 

 

AVANT-PROPOS

On ne peut écrire la vie que par bribes, laissant ou occultant des pans entiers de l’existence (de l’existence simultanée de toutes les parcelles de la vie, de toutes les formes du Vivant). Tout livre est une re-construction du réel (au mieux une restitution).

J’ai souhaité un livre sans faux-semblant, un livre sans censure où l’on montrerait le beau et le laid, le noble et l’ignoble, le réussi et le raté, le cohérent et le paradoxal, l’achevé et l’inabouti, un livre où chaque fragment dévoilerait un aspect particulier de la vie sans parvenir à révéler le mystère de l’ensemble.

Ces pages tentent de retracer l’itinéraire de cette quête désordonnée. Traces éparses et patiemment construites. Pages brouillonnes et ordonnées, répétitives et inattendues, joyeuses et désespérées, éclairantes et sombres, évidentes et sibyllines, riches et futiles, constantes et décousues, déroutantes et sages, graves et drôles, déconcertantes et merveilleuses, obscures et lumineuses, ennuyeuses et intéressantes, surprenantes et routinières, foisonnantes et épurées, ludiques et austères, exhaustives et incomplètes, inutiles et essentielles. Des pages où l’on puise et où l’on s’épuise. Un ouvrage que j’aimerais à l’image de la vie… ou à défaut, à l’image de la vie qui m’a traversé… et (bien sûr) il me plairait  (de toute évidence) que le lecteur y trouve la vie-même…

 

 

FRAGMENTS LIMINAIRES

Portrait d’un quêteur de sens

Ce livre retrace l’itinéraire commun et singulier d’un Homme à la recherche de la vérité et de la sagesse.

 (L.1)

Interrogations préalables adressées au  lecteur

A quoi ressemble ton parcours ? Qu’as-tu appris de tes années ? Quelles leçons as-tu tirées de cette longue (et courte) traversée de l’existence ? Où en es-tu ? Quels chemins te reste-t-il à explorer ? Quels horizons seras-tu amené à découvrir ? De quoi es-tu aujourd’hui à peu près certain ? Quel est ton regard sur le monde, les Hommes, le temps, l’amour, la solitude, la mort ? Ta vie intérieure s’est-elle transformée ? Quels sont encore tes doutes ? S’il te semble vain de répondre à ces questions et de comprendre ton cheminement, inutile de poursuivre cette lecture.

 (L.2)

De l’intérêt de la lecture… 

Toute recherche s’inscrit dans une dynamique, un processus lent et long et souvent peu linéaire. Quels intérêts dès lors à lire cet ouvrage ? Les idées véhiculées dans ces pages pourront (peut-être) aider le lecteur à plusieurs égards. A chacun de trouver les fragments appropriés à ses recherches…

(L.3)

De l’auteur…

Les fragments présentés dans cet ouvrage sont issus du seul champ expérientiel* de leur auteur, être de transition (à l’heure où il a écrit ses pages), homme de l’Entre-deux* dont les idées sembleront sans doute ordinaires, incomplètes et tendancieuses, voire immatures à un être plus en avant sur le chemin, mais qui peuvent présenter un intérêt - en comparaison des idées habituelles et communément véhiculées à l’aube du 3ème millénaire (et sans doute depuis la nuit des temps) sur les thèmes abordés - pour un être désireux d’appréhender l’existence humaine et de progresser sur sa propre voie

 (L.4)

 

29 novembre 2017

Carnet n°36 Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

 

 

Infini

 

Pays sans frontière

Où s’éteint la pensée

 

Présence lointaine

A l’horizon immédiat

Où règne la conscience

Sans voile

 

 

 

 

Jonction

 

L’instant éternel

Où se brise l’écho

 

La faille du temps

Où s’enfonce

L’appel incessant des songes

 

L’espace

Où bruissent les vents

Où s’évanouissent les formes

Où se tisse le silence

La présence exulte

Horlogerie

 

Orfèvres du temps

Aux instants comptés

A la gloire venue

Eblouissant le regard

De leurs tourments sans prise

Où la joie s’élance

 

Orfèvres des heures

Se faufilant sans bruit

La semelle plantée

A la frontière

Des pas effleurant

Les surfaces accumulées

Qui gisent au fond des heures

Aux confins

De l’appui sans socle

Posé à l’horizon

 

Orfèvres des intervalles

Au creux de l’inspir qui s’essouffle

Et de l’expir naissant

Posant le regard momentané

Sur la surface profonde

Où s’étend l’éternité

 

Orfèvres des failles

Où s’enlise le commun

Dans l’anfractuosité où pénètre

Le temps

Ils marchent funambules

A la surface du néant

 

Fils de joie

A la constance immuable

Sur le fil d’équilibre avancent

Toujours agiles dans le vent

Immobiles au seuil permanent de

L’imminence

 

 

 

 

Cadre

 

Ecrin des tornades

A la course furtive

 

Surface des formes passagères

 

Rencontres des astres

Au tracé mouvant

 

Vaste interstice de l’intervalle

Où se tisse la toile illusoire

 

 

 

 

Révélation

 

Visage vertical

En attente du ciel

 

Regard décharné

Au bol tendu

 

Présence oublieuse

Des bruits déclinants

 

Silence ouvert

Au mélange des confins

 

Appellent l’ample étendue

Lentement se révèle

L’horizon sans limite

 

 

 

 

Réunification

 

Dans la confusion des frontières

S’assemblent paresseusement

Les parcelles

Les fragments illusoires

 

Dans l’union des espaces

Resplendit l’Être insécable

Aux multiples visages

 

 

 

 

L'ascèse du vide

 

Infime espace de l’être

Au cœur magnanime

Au corps desserré

A l’esprit apaisé d’exigence

A la présence sans visée

Soutenue à l’ouverture

Au regard déchargé

 

Retrouve sa substance

Happé sans force

Dans le vide salvateur

Voit se lever les seuils

Advenir la réconciliation

 

 

Jeu

 

Légère caresse de l’âme

Aux jours éphémères

 

Fraîche gorgée

A la coupe éternelle

 

La présence nue enlacée

Derrière la transparence

Le vide

 

 

Périssables

 

Mots

Sons illusoires

Bruits silencieux

Ombres dans l’espace

Au sens dépourvu

 

Traces

Fumées

Souillures qui s’estompent

Dans l’espace inaltéré

 

 

Derrière

 

Au loin

Derrière les voiles diaphanes

Les sombres arc-en-ciel

Sous la brume des jours

 

L’aveuglante pâleur des larmes

Emportées par le vent

 

La coulée pourpre des êtres

Qui palpite sous la peau

 

Les masses grises

Enveloppées par la nuit

 

L’éclat ténébreux des songes

Dispersés dans l’espace

 

Le reflet bleu des heures

Sur le tertre isolé

 

Dans le regard vide

Se découvrent les nuances

S’évanouissent

Les couleurs tenaces

 

Au fond du cadre

Derrière l’ombre confuse

Se dévoile la lumière

13 novembre 2017

Carnet n°1 L'innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Le samedi est un jour de liesse, un jour de labeur et de joie où vous partez aux champs les outils à la main et le cœur léger comme un paysan heureux de retrouver la terre de ses pensées, libre de débuter votre ouvrage où bon vous semble, libre d’écouter le chant des oiseaux, libre enfin de laisser à demain vos travaux pour aller flâner sur les chemins alentour contempler la beauté du monde et y cueillir quelques idées comme un bouquet de fleurs sauvages.

 

 

École buissonnière

La fin du colloque achève la matinée. Midi vient de sonner. Vous sortez, la tête embuée, le regard éteint. Impatient de quitter cette écorchure à vos jours. Vous reprenez votre bicyclette. La plupart de vos déplacements, vous les effectuez ainsi, les cheveux au vent et le cœur libre. C’est le seul moyen de vous déplacer qui vous réjouisse. Vous ne pouvez en imaginer un autre.

 

En repartant, vous prenez soin d’éviter la grande route que vous avez empruntée ce matin. Vous préférez déambuler dans les ruelles désertes du centre-ville, heureux d’y retrouver votre solitude. Mais vous connaissez mal cette partie de la ville et le dédale du vieux quartier vous tourne la tête. Vous finissez par vous égarer. Confiant, vous suivez votre monture. Mieux que vous, elle connaît le chemin comme si elle avait lu dans votre égarement une invitation à l’abandon, un appel à l’oubli du monde. Et elle vous emmène loin de la ville, près des berges désertes du grand fleuve.

 

Docile, vous posez votre bicyclette, trop heureux de ralentir la marche forcée de cette journée ordinaire où vous courez d’un rendez-vous à l’autre, les cheveux au vent mais le cœur prisonnier de la course stérile. Vous vous asseyez sur un coin d’herbe, face au fleuve, le regard posé sur les eaux tranquilles. Et, soudain, vous ressentez ce que vous éprouviez lorsque vous suiviez le chemin de l’école buissonnière avec ce goût de liberté volée dans la bouche. Vous tirez de votre poche une cigarette et vous rallumez le goût de celles que vous fumiez à l’école, caché au fond de la cour derrière les buissons.

 

Vous vous surprenez de tant d’enfance, comme si vous n’aviez pas grandi, amusé de rejoindre ce temps passé où vous vous laissiez entraîner par vos humeurs fantaisistes, insoucieux du joug des adultes. Aujourd’hui, cette petite frasque résonne comme une invitation à la désobéissance. Comme si vous aviez redécouvert les leçons gaies de l'oisiveté et de l'insouciance. Alors vous vous faites la promesse d’y revenir – à cette école buissonnière – comme le gage d’un avenir meilleur, aussi joyeux que futile, aussi clair que l’enfance, aussi riche d’inutilité. En attendant, vous reprenez votre bicyclette pour rejoindre le cours fastidieux des rendez-vous à l’école austère de vos journées. Demain peut-être…

 

 

 

Elle

Elle est là, près de vous, à quelques mètres à peine, assise à la grande table du salon. Elle écrit. Vous la regardez. Et vous la trouvez belle, belle comme une fleur, une fleur à peine éclose qui attend le soleil qui l’épanouira. Depuis que vous la connaissez, elle vous surprend, toujours elle vous a surpris, insoucieuse de la grâce qui la touchait.

 

Elle, elle ne vous regarde pas, trop absorbée par les sentiments qui la bousculent. Sa main fébrile allume une cigarette. Vous la sentez tourmentée, chavirée par les idées qui l’assaillent et qu’elle ne peut contenir. Sa main court sur la page blanche qui aspire l’encre de son tumulte. Pourtant, au-dehors, elle a l’air calme, sereine, presque heureuse. Elle aspire une longue bouffée de cigarette, comme une halte dans cette marche vers elle-même, comme un bref retour vers le réel. Puis son feutre reprend sa danse furieuse comme s'il était aspiré par un tourbillon invisible. Mais quelques instants plus tard, elle pose sa plume... effrayée, peut-être, de s'égarer, de se perdre à tout jamais dans cet univers inconnu sans pouvoir – sans savoir – revenir parmi nous. Et je la vois aspirer une bouffée de réel comme si elle remontait à la surface de la vie, abandonnant définitivement ces terres de brume et de rêves. Et dans un ultime effort pour sortir d’elle-même, elle tourne la tête et vous regarde, encore hébétée, presque absente et vos regards se touchent comme se frôlent deux corps ensommeillés le matin au réveil, encore emplis des songes de la nuit.

 

 

 

Naissance

Vous avez 27 ans et le sentiment d’une enfance encore inachevée, une enfance qui repousse la frontière des contrées sérieuses, affolée peut-être par les rêves qui la quittent. 27 années d’une enfance désordonnée qui ne réussit pas à aller au bout d’elle-même.

 

Les premières années ; une enfance claire, étincelante comme la neige sur la cime des rêves, douce comme un bouquet d’innocences exubérantes. Puis s’achève la candeur joyeuse des premières années et, avec elle, la gaieté lumineuse de l’enfance. Vous êtes à l’aube de la conscience.

 

A l’âge de la raison naissante, vous apprenez le monde et ses richesses infinies. Vous êtes l’explorateur fasciné de territoires inconnus, avide de découvertes et de voyages lointains. Vous vous nourrissez du réel qui ne parvient guère à rassasier votre insatiable curiosité. La raison se construit ainsi, jour après jour, promenade après promenade. Et, autour d’elle, vous bâtissez une forteresse infranchissable où vos rêves prisonniers ne peuvent s’évader, enchaînés aux fers du raisonnable. Les années passent ainsi jusqu’à l’âge où la raison se fissure, où la raison délaisse son cocon de fausses évidences pour s’envoler en lucidité, distante et lumineuse, comme pour mieux vous faire apparaître la pâleur du monde et l'étroitesse de la pensée. Période de clair-obscur où votre cœur se balance, hésitant entre la lueur de vos rêves – trop longtemps enfermés – et la pénombre du réel.  

 

Aujourd’hui, vous avez 27 ans et le sentiment d’une naissance prochaine, impatient de mettre au monde l’adulte qui tarde à venir, comme après un trop long accouchement de vous-même. Ce petit bout d’homme, vous le sentez au fond du ventre endolori de votre enfance, vous attendez ses premiers cris, vous l’attendez comme une délivrance, comme une mère pleine d’espoir et d’inquiétude.

 

 

 

Saisons

Février, déjà. Et bientôt le printemps. L’hiver vous a à peine effleuré cette année. Vos journées passent comme les saisons, allant l’une après l’autre, en poursuivant leur terrible ronde. Avec les beaux jours, votre cœur endormi se réchauffe paresseusement aux rayons encore pâles de l’espérance. Le ciel lourd et bas de l’hiver a disparu comme s’est soulevé l’épais couvercle gris de vos amertumes. Les bourgeons de joie, encore timides, tardent à percer l’écorce endolorie de vos émotions. Effrayés par un imprévisible retour du gel qui compromettrait leur floraison, ils n’osent se montrer. Ils attendent que monte la sève comme le sang neuf de la belle saison apporte au vieil arbre meurtri par l’hiver un sursaut d’amour, réchauffant son cœur alangui. Puis viendra l’été et la chaleur réconfortante s’évaporera. L’écrasant brasier prendra place, pétrifiant le vol léger des désirs. Il inondera les corps de son sang épais et rouge, aspirant notre âme vers les cieux abrupts de la volupté. Et à l’été, saison des paroxysmes brûlants, succédera l’automne, douce saison où nos cœurs gonflés de cette suffocante brûlure s’épancheront en délicieuses mélancolies. L’arbre triste de nos émotions pleurera ses feuilles qui se détacheront une à une, emportées par le vent léger de nos désirs en partance. Nous nous préparerons à la grande hibernation, à la triste saison où les morts désirs accompagneront notre longue retraite solitaire.

 

 

 

Mauvaise pièce

Depuis 6 mois vous vivez dans cette ville. Vous y êtes venu pour travailler. Votre premier vrai travail. 6 mois d’ennui et d’apprentissage du monde. Ce que vous avez appris ? Cela tient en quelques mots : « si peu de chose(s) ». Des choses que l’on peut découvrir n’importe où, que l’on peut voir chez n'importe qui ; l'égoïsme, l’hypocrisie, la bêtise, la mesquinerie. Était-ce si important de connaître cela ? Vous ne le savez pas. Pas encore, il est trop tôt.

 

Ce « si peu », vous l’aviez déjà aperçu dans le monde, mais jamais vous ne vous étiez approché aussi près de la médiocrité humaine. Et aujourd’hui, ce « si peu », vous avez du mal à l’avaler, des arêtes d’indignation plein la bouche et cet arrière-goût d’amertume qui vous brûle la gorge. Ce que vous avez vécu ? 6 mois de faux-semblant et de simulacre. 6 mois d’une mauvaise pièce où les acteurs ânonnent leurs répliques médiocres sur une immense scène d’ennui. Ce que vous avez vu ? La peur qu’ont les acteurs de perdre leur beau rôle, la crainte qu’on leur vole le haut de l’affiche.

 

Il n’y a pas de place ici pour vous, dans cette troupe d’acteurs sans éclat, aux représentations si fades, si conventionnelles. Il est temps, à présent, de regagner votre loge, de laisser les artistes à leur mauvaise farce et à leurs jeux en bonne société. L’heure est venue de baisser les rideaux du monde, loin du cirque et de ces pantomimes ridicules, de ranger votre costume et vos accessoires pour reprendre la route, votre chemin d’étoiles. 6 mois pour comprendre que vous brûlez d’envie de rejoindre la troupe des clowns solitaires qui parcourent le monde, la troupe des clowns tristes qui s’arrêtent ici et là pour donner quelques représentations, quelques misérables spectacles qu’ils ne jouent que pour eux-mêmes et qui poursuivent leur chemin en versant des larmes de rire sur leurs joues blanches. 

 

 

 

Dispute

Une dispute, rien de grave. L’incompréhension de l’autre comme une gifle à l’amour, comme une offense à l’intelligence. L’harmonie pulvérisée par la colère et la foudre qui s’abat. Et le cœur douloureux qui se brise, mille fragments d’amour éparpillés sur le sol. A l’origine, une parole malheureuse, une parole exaspérée. Un mot acéré qui vous a échappé. Mais il est trop tard pour retirer la flèche qui a déjà meurtri les chairs. La blessure est profonde et le cœur saigne à l’intérieur, des larmes d’amour déçu qu’on ravale, un orage de colère qu’on réprime.

 

Alors vous décidez d’avancer vers l’orage, insoucieux de l’averse de mots qu’elle vous jette à la figure. Et vous expliquez. Mais vous expliquez mal ; la journée harassante, l’énervement, la fatigue… de médiocres excuses en vérité. Alors les mots s’emmêlent et vous perdez pied, vous tombez. Vous ajoutez quelques mots encore. Vous vous enlisez dans cette parole superflue. Elle, elle ne vous entend pas. Elle ne vous entend plus. Elle a refermé son cœur. Elle se terre derrière la parole vraie, derrière les remparts de l'âme. Elle se cache au fond du silence. Rien ne pourrait plus désormais abattre les murs de fierté qui protègent son cœur meurtri. Elle a rejoint sa tour inaccessible, inatteignable, trop lointaine, trop élevée pour vous, lourdaud que vous êtes. Alors vous repartez plus lourd encore de cette impuissance vous engouffrer dans votre terrier d’écriture, à l’abri du ciel noir, en attendant le retour du printemps, la renaissance des beaux jours, la visite prochaine de l’amour envolé.

 

 

 

Taedium vitae

Taedium vitae ; deux mots ramassés au hasard d’une page. Une page de votre dictionnaire qui accompagne, si souvent, vos instants d’égarement comme l’ami silencieux de votre solitude, comme l’ami irremplaçable qui vous aide à débroussailler la végétation épaisse de vos pensées pour mieux vous confier et éclaircir votre chemin de vérité. 

 

Ce jour-là, vous n’y cherchiez rien de précis, sans doute, la définition d’un mot découvert dans un livre trop vite parcouru. De ce dernier, plus aucun souvenir, plus aucune trace. Une lecture hâtive, très vite enfouie au cœur de l’oubli. Mais ces deux mots-là résonnent encore aujourd’hui... comme un écho infini qui ne cesse de rebondir contre les murs de votre esprit. De ces deux mots-là, l’empreinte reste vivace, encore profonde et presque douloureuse comme la marque indélébile de vos années.

 

Au départ, poussé par une simple curiosité, votre regard s’est attardé sur cette étrange locution latine, charmé sans doute – envoûté peut-être – par les notes gaies qui la composent. Taedium vitae. Ce jour-là, la musique de ces deux mots vous a imploré de poursuivre. Alors vous vous êtes attardé sur la définition donnée en pâture à votre curiosité. Et là, en pleine lecture, vous avez été touché, touché en plein cœur, par la force inébranlable de la langue et du hasard, par l’implacable vérité de ces deux mots qui accompagnent depuis si longtemps la marche triste de vos années.

 

Examiner votre existence à la lumière des idées et des mots, voilà votre façon de cheminer vers vous-même. Voilà aussi pourquoi vous êtes si avide de livres et de savoirs. Mais jamais vous ne vous en servez pour habiller votre culture décharnée ou cacher la misère de votre ignorance. Non, ces connaissances, vous les avalez pour apaiser votre faim de famélique, trop longtemps resté l’estomac vide, qui éprouve l’irrépressible besoin d’assouvir sa faim de lui-même.

 

 

 

Amitié

Vous rentrez chez vous. Vous revenez de Paris où vous êtes allé voir une amie. Depuis plusieurs années, vous faites ainsi le voyage chaque semaine. Toujours avec la même joie, le même plaisir, le même engouement. Avec, à chaque fois, les mêmes mots, les mêmes paroles échangées à l’infini. De mille manières et toujours différentes. A chaque fois. Plusieurs années d’amitié sans nuage, sans irritation ni agacement, sans l’ombre d’un ressentiment, ni même la silhouette d’une colère retenue. A chaque fois, une parole claire et franche qui s’envolait de pensée en idée, de commentaire en éclairage pour toucher l’autre en plein cœur. Des nuits entières, vous avez ainsi partagé vos peines, vos misères et vos espoirs. Durant des heures, vous avez partagé vos secrets et vos amertumes, heureux de voir l’autre recueillir les pelures de votre cœur cisaillé, panser votre plaie de vivre et recoller, un à un, les morceaux éparpillés. Vous alliez l’un vers l’autre sans masque, sans faux-semblant, sans ambiguïté, sûrs de vos sentiments tournés vers la plénitude de l’amitié. De cette relation, vous avez accumulé une montagne d’or, construite pièce après pièce, de confidence en confidence...

 

Mais en quittant cette amie aujourd'hui, vous sentez que la complicité et l'envie de partager ces longs moments d'intimité sont devenus moins vifs ces derniers temps... comme s'ils s'étaient effilochés au fil des rencontres. Comme si quelque chose, entre vous, s'était usé avec les années... Et vous avez le sentiment (presque la certitude) que cette amitié ne pourra désormais plus rien offrir à l'un et à l'autre. Et vous vous sentez triste de la voir s'effacer ainsi comme si l'on était condamné, tôt ou tard, à abandonner ceux qui nous ont donné la force et le courage de poursuivre notre route... de continuer notre voyage solitaire.

 

 

 

Pages de vie

Ce soir, vous peinez à écrire comme si chaque mot ravivait votre plaie de vivre ; comme une brûlure sur votre joie. Depuis quelques jours, vos journées sont vides et vous êtes incapable de remplir la page blanche du soir.

 

Depuis toujours, vous allez ainsi, dans la vie comme dans l’écriture, d’un mot à l’autre, d’une histoire à l’autre, avec peine, en cherchant vos mots, en cherchant votre vie, poussé par cet impérieux désir d’en venir à bout. Mais cette recherche est sans espoir car les mots et la vie filent entre vos doigts, insaisissables, comme un ruisseau de liberté qui refuserait d'achever sa course dans l’océan noir de vos pensées. 

 

Depuis quelque temps, la vie ne nourrit plus vos jours et les mots n’apaisent plus votre faim de vie. Pour vivre des mots, vous avez oublié les mots à vivre. Et vous vous égarez dans les mots comme dans la vie. Alors, sur la page blanche, vous rayez les mots comme des amis inutiles, incapables de vous réconforter. Avec eux, vos rencontres s’espacent puis s’estompent. Et vous restez ainsi cloîtré dans l’absence, dans votre chambre de solitude, au seuil de la vie, au seuil de l’écriture.

 

Puis, un jour, d’autres mots, d’autres amis surgissent. L’écriture revient et la vie réapparaît comme si elles refaisaient surface, comme si elles remontaient des abîmes de l’absence, l’absence qui nourrit l’oubli. Puis, vous oubliez l’oubli. Et, de nouveau sur la page, vous écrivez quelques mots pour témoigner de votre vie. Ainsi, jour après jour, vous poursuivez votre chemin de vie en noircissant vos pages de mots.  

 

 

 

Papillon

Aujourd’hui le ciel s’est assombri. Et votre joie de vivre s’est envolée. Elle s’était posée quelques instants sur vos jours, puis comme un papillon volage, elle vous a quitté pour d’autres fleurs aux pétales plus attrayants. Avec elle est partie la lumière des beaux jours. Peut-être a-t-elle deviné le ciel gris de vos pensées, senti l’inéluctable retour de l’orage ? Alors elle a préféré vous abandonner à votre tristesse, soucieuse de protéger ses ailes délicates. Et elle s’est éloignée, trop fragile pour affronter le grondement sourd de votre désespoir.

 

A présent, les nuages sombres de la mélancolie sont proches, menaçants, comme annonciateurs d’une averse de désespérance. Mais vous ne savez lire dans ce ciel si vaste et si changeant. Vous êtes à sa merci, résigné à vous plier à la fureur du déluge comme une fleur délicate incapable de se protéger de la pluie cinglante de la douleur. Alors inquiet, vous attendez que s’éloigne la tourmente. Et dans votre attente impatiente et anxieuse, vous priez pour que reviennent les rayons de la joie, le ciel clair de l’espérance comme un ultime appel à votre joie de vivre papillonnante.

 

 

 

Livres

Au plus profond du doute, toujours vous allez vers les livres. Vous allez à leur rencontre y trouver le salut de votre âme. Dans ces instants d'errance, souvent vous prenez un livre au hasard dans votre bibliothèque. De tous ces livres, votre vie s’est nourrie. Et presque tous ont marqué votre esprit au fer rouge de leurs vérités. L’empreinte y est encore gravée comme la marque d’une appartenance, la seule qu’il vous soit possible de revendiquer.

 

Du plus loin qu’il vous souvienne, vous êtes toujours entré en lecture comme l’on entre en religion, avec foi et renoncement, en ouvrant chaque livre comme si vous poussiez la porte d'une petite chapelle et en effleurant les mots comme les grains d’un chapelet de vérités infini.

 

Chaque livre vous offre ainsi sa force, la force de poursuivre votre chemin de vie et la lecture de vos années. Chaque livre imprime en vous ses lettres de noblesse, vous livrant ses mystères et vous divulguant, au fil des pages, vos propres secrets. Par chaque livre vous êtes touché, touché par la grâce de ses vérités qui réchauffent votre âme frigorifiée par la froideur cinglante du monde.

 

En général, vous ouvrez un livre au hasard, vous laissant guider par les phrases qui s’offrent à vous. Et, souvent, les premiers mots suffisent à ranimer votre foi chancelante. Vous les laissez pénétrer votre cœur, espérant qu’ils s’y agrippent pour le remplir de l’amour qu’il vous manque. Il arrive pourtant qu’aucune phrase ne parvienne à gravir votre souffrance, à se hisser jusqu’au cœur du mal, à franchir les portes de votre foi vacillante. Avec l’habitude, d’un seul regard, vous savez si une phrase sera assez généreuse pour vous réconforter et vous laisser puiser en elle le sang qui fera renaître votre foi agonisante comme la promesse d'un avenir plus clair.

 

Mais, parfois, vos livres sont impuissants à apaiser l’incertitude, alors vous les quittez pour aller vous réfugier dans une petite librairie du centre-ville, découverte par une après-midi pluvieuse, une de ces journées sombres où votre âme, dans son égarement, cherchait une petite église déserte pour y retrouver la force de croire. Dans cette librairie, vous y entrez avec respect et recueillement. Vous en poussez la porte avec précaution en prenant soin de la refermer sans bruit derrière vous. Vous aimez à y déambuler à votre aise, aux heures où les fidèles, trop fiers de leur foi ostentatoire, l’ont désertée. Vous avez toujours détesté ces bigots prêchant aux infidèles, leur missel sous le bras. Vous avez toujours préféré les impies à la foi hésitante qui blasphèment de temps à autre, incertains du Christ et des Évangiles et qui s’égarent de religion en athéisme, de certitude en défaillance. Vous vous sentez si proche de ces compagnons de souffrance, de ces frères de misère qui avancent avec tant de maladresse sur leur chemin de vérité. Une fois entré dans cette librairie, dans ce havre de lecture, vous laissez votre regard contempler ces murs fragiles, construits dans la foi, mot après mot, phrase après phrase, dans un mélange de doute et de certitude, vous regardez avec ferveur ces murs bâtis dans la quête de soi comme une recherche éternelle de Dieu. Vous pouvez y passer des heures entières entre la prière et la méditation examinant ici un ornement, là une œuvre magistrale car ici, comme dans toutes les librairies et les bibliothèques du monde, dans tous ces temples sacrés, il n’y a pas un Dieu unique et tout puissant, mais des milliers, des millions crucifiés sur la croix de l’ignorance, abandonnés à l’indifférence et à la bêtise des hommes et offerts à ceux qui recherchent la vérité. Ici, comme dans tous les panthéons du monde, reposent des milliers, des millions de Bibles, toutes semblables dans leur recherche du divin et pourtant, à chaque fois, uniques, irremplaçables, différentes par les chemins célestes qu’elles empruntent. Dans ces cathédrales de l'esprit et de la pensée, vous aimez à vous recueillir en livrant votre âme à la prière. Ainsi, de livre en livre, vous poursuivez votre chemin de croix comme une longue route vers vous-même.

 

 

 

Promenade

Vous êtes en promenade non loin de chez vous. Ce sont vos rares espaces de solitude, vos rares instants de liberté. Vous marchez. La journée s’étire et refuse de mourir, de céder sa place à la nuit naissante. De ses dernières lumières, elle lutte contre les rideaux sombres du soir. Les deux astres se font face. Depuis la nuit des temps, la lune et le soleil s’affrontent ainsi chaque jour dans un corps à corps singulier. Et ce soir, vous êtes là, attentif, heureux spectateur de cette éternelle rencontre. Vous vous arrêtez, ébloui par cette bataille où percent les derniers feux du soleil absorbés par la toile obscure du crépuscule. Et, devant ce spectacle grandiose, vous êtes émerveillé, heureux d’être le témoin de cette étreinte ancestrale, de cet étrange enlacement du jour et de la nuit. 

 

 

 

Frugal repas

L’après-midi touche à sa fin. Vous rentrez chez vous après avoir passé la journée à l’extérieur, trop loin de vous-même. Toutes ces heures, vous les avez employées à être là-bas avec eux, ces autres dont la présence, à chaque instant, vous encombre. Toute la journée, vous avez dû vous résoudre à rester parmi eux, à entendre leurs bruits, leurs rires, leurs bavardages. Eux, ce sont vos collègues. Et toute la journée, il vous a fallu trouver le courage, le courage un peu lâche, de ne pas vous enfuir. Et ce soir, en les quittant, la nausée vous prend. Dans votre tête, les bruits de la journée s’entrechoquent en résonnant à l’infini comme un écho démultiplié.

 

A présent, vous êtes chez vous. Les bruits se sont dissipés, lentement remplacés par le vide et le silence. La soirée est maintenant avancée et vous avez le sentiment qu’il ne vous reste que quelques miettes, quelques miettes de temps. Et vous avez faim de vivre, vous avez faim de vous-même. Mais comment apaiser cette faim avec quelques miettes ?

 

Votre esprit ne peut ignorer que vous ne lui accordez que les restes d’un mauvais plat. Alors pour le contenter, vous vous mettez à chercher, à fouiller dans les tiroirs de votre âme. Vous les sortez, vous les retournez, vous les secouez. Et que trouvez-vous ? Le silence et un amas de bruits inutiles, échos agonisants de cette journée si mal employée. Alors, vous faites l’inventaire et vous rangez, vous séparez les bruits du silence pour découvrir, caché derrière cet amoncellement écœurant, un ravissement savoureux recroquevillé sur lui-même.

 

Depuis longtemps la nuit est tombée lorsque vous vous asseyez à votre bureau. Vous avez pris soin auparavant de disposer une belle nappe à carreaux sur la table de vos rancœurs. Tout est prêt. Votre repas sera frugal, frugal mais d’une exquise saveur. Ce soir, vous dînerez de rêves retrouvés que vous déposerez sur l’assiette blanche de votre cahier.

 

 

 

Solitudes

Vous êtes dans un café. Vous y êtes entré par hasard avec la vague envie de faire une halte, de vous couper du monde pour un instant. Vous vous êtes assis face à la grande baie vitrée. Au début, vous ne voyez rien, vos yeux regardent au-dedans, y cherchant, sans doute, la force de poursuivre votre chemin. Le café est désert. Vous êtes seul à contempler votre solitude. Au-dehors, le monde vaque à ses occupations. Sur le trottoir, beaucoup de personnes marchent seules. Certaines traînent un caddie chargé de victuailles en affichant un air de bonheur tranquille. D’autres traînent les pieds et leur mélancolie en poussant leur carcasse dans le flot informe des passants. Parfois deux personnes se croisent, échangent un bref salut, une rapide poignée de main, quelques nouvelles, puis chacun tourne les talons et retrouve sa marche solitaire. De temps à autre, deux amoureux marchent au même rythme en se tenant par la main, le regard souvent triste et absent où ne sourd que leur solitude. Les couples poursuivent ainsi leur route à deux, aussi seuls que les autres comme si, en définitive, le monde n’était que l’addition de toutes les solitudes... 

 

 

 

Week-end

Un samedi après-midi. Premier jour du week-end, premier espace de temps libre où les heures s’étirent, interminables, comme un long soupir d’ennui, un immense bâillement de paresse. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, le samedi est le premier jour de votre semaine, celle qui compte, celle qui vous permet d’exister entre deux longs week-ends de travail inactif. Le week-end, c’est 5 jours pour rien, juste de quoi vivre – juste de quoi assurer le vivre – une misère de jours, un gaspillage inepte du temps.

 

Pour les sans-travail, ces pestiférés du monde, la plaie est différente, la souffrance est ailleurs, dans l’abondance de temps, dans cet excès de temps désœuvré qu’ils vivent jusqu’à l’écœurement. Ceux-là souhaiteraient sûrement voir leurs journées asservies par la contrainte, par le poids d’une activité, n’importe laquelle, mais qui leur redonnerait le leurre d’une place – même minuscule, même infime – dans le regard du monde.

 

Mais pour vous, comme pour bien d’autres, ces frères solitaires, ces chercheurs de contrées radieuses, le samedi est un jour de liesse, un jour de labeur et de joie où vous allez aux champs les outils à la main et le cœur léger comme un paysan heureux de retrouver la terre de ses pensées, libre de débuter son ouvrage où bon lui semble, libre d’écouter le chant des oiseaux, libre enfin de laisser à demain ses travaux pour aller flâner sur les chemins alentour, contempler la beauté du monde et y cueillir quelques idées comme un bouquet de fleurs sauvages. Le samedi est pour vous un jour de labeur paresseux, un jour de paresse laborieuse où vous laissez filer le temps, votre filet à papillons sur l’épaule pour attraper les idées légères qui traversent votre vie. Vous les attrapez encore avec maladresse, soucieux, pourtant, de ne pas meurtrir leurs ailes fragiles. Vous les regardez un instant puis vous les relâchez. C’en est assez pour les croquer sur votre petit carnet. Voilà votre travail ! Vous êtes paysan, collectionneur de papillons, laboureur de pensées et croqueur d’idées futiles. Et le reste de vos jours, vous vous reposez à votre bureau en rêvant à ces terres promises, à ces baisers volés aux fiancées volages de vos semaines.

 

 

 

Pension austère

Absent, sans inspiration devant la copie blanche du jour. 8 heures d’examen quotidien depuis de longues années. Et cela fait bien longtemps que vous n’apprenez plus vos leçons ; vous n’avez plus rien à dire, plus rien à écrire.

 

Aujourd’hui, c’est au-dessus de vos forces de rester là, assis la tête sur votre cahier à attendre la récréation, à attendre ainsi, l’esprit ensommeillé, près du radiateur qui brûle votre impatience.

 

Aujourd’hui, vous êtes un cancre et vous ne craignez plus d’être expulsé du lycée triste des affaires du monde. Vous n’avez qu’une envie ; être renvoyé à votre école de liberté.

 

Aujourd’hui, vous êtes las de voir tous ces élèves appliqués autour de vous, tous ces élèves consciencieux toujours prêts à lever le doigt dans l’espoir d’une récompense, d’un bon point ou d’une image, et qui jettent à la ronde le regard satisfait de ceux qui ont compris, un œil sur vous, méprisant et arrogant, et l’autre, si doux si mielleux, vers le maître d’école ravi. Aujourd’hui vous êtes fatigué d’écouter des heures durant tous ces vieux professeurs ennuyeux qui déchiffrent avec peine leurs notes délavées par l’ennui et déchirées par les années perdues. Vous êtes fatigué de toutes ces conversations sur les cours, les notes, les devoirs à rendre pour le lendemain, de toutes ces simagrées embarrassées et inutiles.

 

Vous ignorez les raisons de votre présence ici, dans cette pension austère où chacun s’engage pour l’éternité, cloué toute la journée dans cette salle d’étude et obligé de se mettre au lit la soirée à peine commencée au lieu d’aller jouer au-dehors. Il n’y a pas de place ici pour les enfants indociles, rebelles à l’autorité du maître, qui ne pensent qu'à faire le mur pour aller courir après les étoiles. Vous avez toujours détesté votre métier d’élève. Vous avez toujours préféré rester chez vous, seul dans votre chambre, avec vos jouets, vos billes de rêves et vos poupées d’ennui. Vous avez toujours aimé jouer avec des riens. Une feuille et un peu d’encre, et vous partez pour un long voyage au pays des songes, dans le monde infini et mystérieux des mots. Et même si vos jeux n’amusent personne, et même si les adultes vous trouvent encore trop enfant, ce n’est pas grave parce que vous y croyez, vous, à ces histoires, à ces aventures enfantines où vous êtes le héros sans peur qui saute de monde en monde, de mot en phrase, toujours invincible, toujours vivant.

 

 

 

Comme les enfants

Comme les enfants, vous vous étonnez de chaque chose ; les pavés sur lesquels vous marchez, ce chemin que vous empruntez chaque jour depuis des mois, ces gens que vous rencontrez chaque matin, ces champs qui entourent les hautes tours grises de la ville en contre-bas.

 

Comme les enfants, vous êtes curieux du monde, émerveillé par tant de richesses, par tant de diversité. Pour les hommes, ces choses sont sans importance. Ils passent leur chemin sans les regarder, vaquant à leurs affaires sérieuses. Pour eux, la richesse est ailleurs. Mais les choses sérieuses et la richesse des hommes n’ont aucun intérêt à vos yeux. Pour vous, la richesse est partout, partout où se pose votre cœur, partout où l’argent est impuissant à imposer sa loi, partout où les hommes ne font que passer. Comme les enfants, vous, vous y trouvez des trésors, des trésors de rien, des trésors de joie, des trésors de vie inépuisables.

 

 

 

Temps

Vous avez quelques jours devant vous, quelques jours pour vous, pour faire ce que vous avez envie de faire, rien de plus, pour avoir le temps, suffisamment de temps pour être libre de ne rien faire. Cela fait des mois que vous attendez ces quelques jours. Et, aujourd’hui, vous y êtes, c’est le grand jour ! Alors vous restez encore quelques instants au lit ! Ce matin, vous avez le temps. A travers la fenêtre, vous apercevez le soleil qui est déjà haut dans le ciel. Le temps passe si vite, mais vous ne vous en souciez guère, le temps est infini ce matin. Aujourd’hui l’éternité vous attend. Et, soudain, votre journée se dessine avec l’envie naissante de fixer le bonheur de ces instants. Vous vous levez. Vous allez chercher votre vieux cahier, fidèle et discret confident de vos longues absences, et vous vous mettez à votre table de travail. Vous ouvrez votre cahier et vous commencez à écrire ; écrire le temps de vivre, écrire le temps d’écrire, écrire le temps d’oublier, écrire le temps… avant de mourir.   

 

 

 

Écriture et réalité

Jamais il ne vous faudra confondre l’écriture et la réalité. L’écriture n’est que l’arrière-cour du réel où vous tirez des leçons des jours. L’écriture n’est que la cave sombre de vos journées.

 

Entre l’écriture et votre vie d’occultes transactions s’opèrent qui les enrichissent l’une et l’autre mais chacune doit conserver son rang et sa place. Et il vous faudra vivre votre vie et votre écriture com-me si la première était l’actrice du monde, la grande joueuse devant l’éternel et comme si la seconde n’était que sa spectatrice et sa confidente, sa chroniqueuse mondaine en quelque sorte.

 

Aujourd’hui, vous sentez que votre écriture s’est transformée, qu’elle s’est muée en une activité nécessaire (presque vitale). Mais il vous faudra maintenir l’écriture à distance et ne lui accorder plus de prestige ni d’autorité qu’elle ne voudrait s’en donner car l’écriture n’est pas la vie. La vie – la vraie vie – est ailleurs. Elle habite, sans doute, une région encore inaccessible pour vous. Vous devrez donc poursuivre votre chemin hors de l’écriture, regarder avec plus d'attention le monde qui vous entoure et partir à la découverte d'autres rives plus lointaines et plus difficiles d'accès... La vraie vie s’y trouve sûrement. Et il vous faudra, sans doute, marcher longtemps avant de la rencontrer…

 

Jamais l’écriture ne pourra vous servir de corde pour vous hisser jusqu’à la vie, ne voyez en elle qu’une façon de trouver une meilleure prise pendant l’ascension. L’alpinisme est un sport à haut risque. Et l’existence comme la haute montagne recèle mille dangers. A chaque instant, au moindre faux pas, la chute vous guette. La chute abyssale, la longue glissade vers le gouffre du désespoir et, sûrement, la mort au fond du gouffre.

 

L’écriture n’est qu’une façon de mettre en scène votre vie, qu’une façon supplémentaire de vous envelopper dans votre égotisme. D’ailleurs ce que vous écrivez, cent fois, mille fois, des millions de fois peut-être, d’autres avant vous l’ont déjà écrit… alors, au fond, quelle importance ce que vous écrivez ?  Il n’y a aucun crédit à accorder à l’écriture. Vous écrivez, c’est un fait, vous éprouvez l’impérieux besoin d’écrire, mais, au fond, est-ce qu’écrire a quelque importance ? Au diable donc ce que vous écrivez ! Fuyez comme la peste ce sentiment absurde et pernicieux que développent bon nombre de ceux qui écrivent. Et promettez-moi de ne jamais vous sentir écrivain ! Promettez-moi de ne jamais espérer appartenir un jour au cercle étroit des auteurs reconnus. Je vous en conjure, ne vous livrez pas à cette mascarade. Ne prenez jamais plaisir à jouer au martyr de la page blanche, ne vous enchaînez pas aux délices perfides de l’inspiration, prenez soin de ne jamais vous enfermer dans l’écriture car vous vous couperiez de l’essentiel ; vous négligeriez la vie, la vraie. Alors, je vous en prie, levez-vous, éloignez-vous de vos phrases, écartez-vous de cette quête pesante du mot juste, refermez votre carnet et rejoignez le monde, retrouvez la vie ! Pour bien écrire, il vous faudra d’abord bien vivre, non une vie pleine d'événements et d’aventures, mais une vie intense où vous serez capable de saisir chaque seconde qui passe pour en extraire l’entière substance, non dans le dessein dérisoire de l’écrire mais afin de comprendre la vie et de mieux vivre votre existence. Parce que la vie et votre existence méritent qu’on les empoigne ainsi, tout en elles nous invite à recueillir leur saveur. Une existence simple pourra vous combler de bonheur et de joie pour peu que vous sachiez entendre le souffle de la vie. Alors, je vous en conjure une dernière fois, oubliez vos ombres d’écriture, quittez votre table et vos crayons et regagnez le monde, rejoignez la terre des hommes, retrouvez la vie, retrouvez votre vie ! Construisez votre existence et vos livres, croyez-le, se bâtiront d’eux-mêmes. Vivez ! Et la vie vous donnera matière à vivre et à écrire !

 

29 novembre 2017

Carnet n°37 Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

 

 

Prologue

Près de 15 années de vie commune. Lente période de distension. Alternance d’éloignements et de rapprochements. Elle te reproche ton esprit critique, tes jugements (incessants), ton insatisfaction, ton goût pour la complexification du réel (et du quotidien). Ta fâcheuse propension à la déstabiliser. A la dévaloriser. Depuis quelques mois, ce comportement lui est insupportable. Toute parole provoque de violentes réactions (épidermiques). Une sensibilité à fleur de peau. Dramatisation systématique. Crises récurrentes. Tu lui reproches son inertie, sa négligence, ses velléités. Son manque d’enthousiasme. L’absence de constructions et de projets communs. Tu sens chez elle une progressive réticence à vos partages. A tes étreintes. A répondre à tes désirs de rapprochement. Elle le sent aussi chez toi (sûrement).

 

 

Début juillet 2009

Elle t’annonce, au cours d’une conversation, qu’elle aimerait faire une retraite. Et vivre une expérience chamanique. Désirs flous. Sans argument précis. Une simple intuition. La survenance d’un lent mûrissement peut-être ? Etonnement. Tu approuves (plutôt). Depuis 1 an, elle s’essouffle, entreprend mille projets qu’elle abandonne quelques temps plus tard. Elle se sent vide de désirs.

 

 

Mi-juillet

Tu la questionnes sur l’avancée de son projet. Réponses vagues. Evitement. Evincement (de toute évidence). Après plusieurs sollicitations, elle finit par te confier – du bout des lèvres – qu’elle part dans l’Aveyron. Dans un monastère de bénédictines.

 

 

20 juillet 2009

Jour du départ. Tristesse et ressentiment. ½ heure après ton lever vers 13h30 (tu travailles la nuit). Pas de mot. Pas d’adresse. Aucune information. Elle part, te dit-elle. Analyse rationnelle du départ.

 

 

20 juillet 2009

Attente de l’appel du soir (pour savoir si elle est bien arrivée). Elle t’a promis de téléphoner vers 19-20 h. Pas d’appel. Inquiétude. Tu l’appelles (vers 22 h). Boîte vocale. Elle rappelle quelques instants plus tard. Prétexte un ennui technique avec son téléphone. Suspicion. Tu vocifères. Tu blâmes. Mille reproches liés à son départ.

 

 

21 juillet 2009

Colère. Sentiment de duperie.

 

 

21 juillet 2009

Tu appelles pour t’excuser. Aplanir le ressentiment. Lui permettre de réaliser son expérience, vivre son isolement le cœur plus serein. Boîte vocale.

 

 

21 juillet 2009

Au retour de promenade, tu roules par inadvertance sur la patte de l’un de vos chiens (son chien préféré). Désir inconscient de briser le départ ? D’écraser la liberté de se mouvoir ? Symbole de piétinement ? Tu lui téléphones, catastrophé. Boîte vocale. 3 appels successifs.

 

 

22 juillet 2009

Etonnement devant l’absence de réaction. Pourquoi ne rappelle-t-elle pas ? N’a-t-elle pas lu tes messages ? Vive inquiétude.

 

 

23 juillet 2009

Tu attends. Sans impatience. Peut-être son téléphone ne fonctionne-t-il (vraiment) plus ? Doute. Pourquoi a-t-elle (alors) réussi à te joindre le premier jour ?

 

 

24 juillet 2009

Premières angoisses. Incessants questionnements. Où est-elle ? Besoin de lui parler. Besoin d’éclaircissement. Et d’explications. Tu cherches des indices de son départ. Et de sa destination.

 

 

25 juillet 2009

Le questionnement vire à l’idée fixe. Obsédante. Nuit d’insomnie. Tu essayes de comprendre. Pourquoi ne téléphone-t-elle pas ? Où est-elle ? Avec un autre ? Seule ? Où ? Tu veux savoir. Tu cherches des indices. Tu regardes dans son ordinateur (pour trouver une adresse, un mail éclairant). Inaccessible. Elle a (sciemment quelques jours avant son départ sans doute) changé le mot de passe. Surcroît d’inquiétude. Ce geste (en apparence anodin) conforte ta première intuition : le secret. Elle ne souhaite pas que tu saches où elle se trouve. Grand chamboulement dans la tête.

 

 

25 juillet 2009

Tu réfléchis aux causes de son départ. 2 options. 1ère option : elle est partie pour régler ses obstacles personnels, ses propres entraves, ses peurs. Le besoin de se retirer en soi-même. 2ème option : elle ne supporte plus tes critiques et tes reproches. Une 3ème voie se dessine : les interactions entre les options 1 et 2 : tes critiques accentuent son sentiment de disgrâce.

 

 

26 juillet 2009

L’absence de l’autre. L’idée obsédante de sa présence. De sa présence qui manque. La possibilité du non retour. Tu échafaudes mille scénarios. Mille hypothèses sur les causes du départ. Option 1, option 2, option 3… lente construction d’un faisceau tentaculaire. Pléthore de fondements à la séparation. La longue usure. Le lent éloignement. Tu piétines. Tu tournes en rond.

 

 

26 juillet 2009

Partager son inquiétude. Et son désarroi. Avec les amis proches. Téléphone, visite. Besoin de trouver des alliés. D’écouter une voix neutre. Besoin de réconfort. De comprendre (surtout).

 

 

 

27 juillet 2009

Besoin de certitude. Tu veux en avoir le cœur net. Tu cherches avec frénésie toutes les communautés monastiques dans le département qu’elle t’a (vaguement) indiquées avant de partir. Tu leur téléphones. Premier, deuxième, troisième… jusqu’au huitième. Aucune trace. Aucun passage. Affolement. Quelques monastères dans les départements limitrophes. Rien.

 

 

27 juillet 2009

Une semaine sans nouvelle. La colère se dissipe. Fait place à la peur. Peur panique. Un fort besoin de comprendre. Et d’agir. Agir pour ne plus penser. Agir pour comprendre. Le besoin de savoir. Où est-elle ? Pourquoi ce départ ? Reviendra-t-elle ? Crispation. Affolement. Idée fixe. Folle cogitation. Option 1, option 2, option 3, option 4, option 5, option 6… est-elle dans une chambre d’hôtel ? Seule pour réfléchir ? Accompagnée ? Est-elle morte ? Veut-elle mettre fin à ses jours ? Est-elle partie dans un autre monastère pour se sentir libre (véritablement libre de ses attaches) ? Est-elle partie rejoindre un autre ? Où ? A l’étranger ? Veut-elle refaire sa vie incognito ? Ne voit-elle pas d’issue avec moi ? Ne voit-elle pas d’issue pour elle ? Reviendra-t-elle ? Terrible angoisse.

 

 

27 juillet 2009

Tu réfléchis. Tu tentes de réfléchir avec calme. Impossible. Tu songes à son départ. A son départ longuement mûri. Préparation discrète. Sinon secrète. Comme si elle avait verrouillé les indices. Pas de traces pour l’autre quand adviendra la (véritable) conscience de l’absence. Cette absence de trace est déjà la marque du départ. De la séparation. Nouveau message sur sa boîte vocale. Implorant. Voix émue la suppliant de me faire un signe, un geste. Entendre sa voix. Sentiment flou du temps. Comme si elle était partie depuis 1 an.

 

 

27 juillet 2009

Tu fouilles. Partout. Toute la journée. Les papiers. Le mot de passe de l’ordinateur. Le code (secret – secret toujours adroitement dissimulé) pour accéder à son compte bancaire. Pour savoir si elle a effectué des paiements. Quels genres de paiement ? Et (surtout) dans quelle ville ? En vain.

 

 

27 juillet 2009

Le soir, avant de partir travailler, tu continues de chercher. Jusqu’à la dernière minute. Tu tombes sur un petit carnet. La première page d’un petit carnet à spirales placé (négligemment ?) au fond d’un sac à main. Tu lis les quelques paragraphes. Une phrase t’empale : ma vie affective est un fiasco. Cloué à vif. Immense douleur.

 

 

27 juillet 2009

Sentiment d’inéluctable. Doute. Persistance du doute. Vomissement. Incertitude. Comme si une bête rongeait tes chairs, ton énergie, tes pensées. Te dévorait de l’intérieur. Dévastateur. Un déchiquetage méthodique. Tu en sors en pièces. Une horreur.

 

 

27 juillet 2009

Tu commences ton Journal de rupture. Sentiment de libération. Se libérer par l’écriture ? Aspiration à transcender la douleur. Vite balayée par le sentiment de la perte. La cassure du fil. Un grand vide. Une grande impuissance. Une souffrance oppressante. Et l’espoir désespéré du retour. Impensable (sûrement).

 

 

28 juillet 2009

Etrange ambivalence. Prêt à lui pardonner si elle rentre. Prêt à la blâmer si elle revient vers moi (avec moi). Sentiment d’abandon. De terre qui tourne. Du sol qui se dérobe. L’éternité coutumière qui se dissout. Qui disparaît. Peur de ne plus la voir. Grosse fatigue. Le fiasco martèle ton crâne. Tu fumes cigarette sur cigarette. Depuis 4 jours, tu n’as quasiment pas mangé. Si peu dormi.

 

 

28 juillet 2009

Sentiment de vivre un drame. En direct. D’être un acteur impuissant. Incapable de tenir, de jouer son rôle. Quel est ton rôle dans cette pièce ? Tu n’as jamais su jouer la comédie. Cette malheureuse authenticité qui te cloue sur les planches.

 

 

28 juillet 2009

Cherche partout des signes symboliques de son possible retour. De son probable non-retour. Une phase lue dans un livre ouvert au hasard. Un extrait de dialogue dans un film. Un mot sur une affiche publicitaire. Cherche désespérément une certitude. Comme un enfant. Sentiment de survie impossible (sans elle).

 

Je me souviens d’un rêve : elle partait en secret pour raisons médicales. Au réveil, je le lui avais confié (désagréablement). Elle avait haussé les épaules. Il est vrai que je ne peux me fier à mes intuitions.

 

 

28 juillet 2009

Au fond de moi, une voix me dit qu’elle reviendra. Une autre me dit l’inverse. Et je ne sais laquelle croire. Regain de confiance. Apaisement. Et (dans le même temps) projection d’une issue tsunamiesque.

 

Estime intuitivement les chances qu’elle revienne (vivre en ma compagnie) et la probabilité qu’elle confirme la rupture. Equilibre incertain. Et fluctuant. Je penche tantôt d’un côté. Tantôt de l’autre. Grands (et rapides) mouvements d’oscillation.

 

Me revient (en mémoire) le souci incessant – presque insistant – de son corps (ces derniers temps). Sa hantise du vieillissement. A-t-elle rencontré un jeune bellâtre – un beau métis – délicat, sensible, joyeux et attentionné ? Crise passagère de la quarantaine ? Ou profond et inéluctable effritement de notre relation ?

 

 

28 juillet 2009

Avant de rejoindre ton poste de nuit, tu téléphones à son père (2 fois déjà, tu l’as appelé). Il te répond avec froideur (presque avec indifférence). Sa réponse est laconique : elle est en route… elle t’expliquera. Mille interrogations. Pourquoi ne t’a-t-elle pas prévenu, toi ? Tu lui laisses un mot sur la table : si tu souhaites me dire quelque chose, je t’en prie, appelle-moi.

 

 

28 juillet 2009

Coup de téléphone (vers minuit). Enfin… Elle est visiblement agacée. Le ton est froid, distant, réprobateur. Tu lui demandes (avec le moins d’hostilité possible) une explication. Pourquoi tous ces secrets qui entourent ce départ ? Réponse abrupte. Remise en cause de ton discours. De ton angoisse. De ton comportement. Comme si tu l’enchaînais. Elle souligne (implicitement) son sentiment d’emprisonnement. Tu raccroches. Sentiments ambivalents. Soulagement de son retour. Et crainte des retrouvailles. De l’avenir. De ton besoin de comprendre. Comment taire ta nécessité de comprendre ?

 

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