Carnet n°34 Pilori
Poésie / 2009 / Hors catégorie
Renversement
Une tristesse passagère
Le passage éternel
Le passage qui demeure
Long couloir aux portes interdites
Trouées d’éternité qui succombent
La joie rongée par la nuit
L’avenir hors d’atteinte
Et l’abîme qui enfonce
La noirceur déchaînée
Percée d’une volée de souffrances
Emportée par les vagues
La douleur se resserre
Prisonnier de l’âme écartelée
Où cinglent les écueils
La vie ressassée
L’amer déluge
Les jours qui sombrent
Et l’archipel englouti
Au loin l’horizon des Bermudes
Le passé ruiné
Les paysages sans avenir
Et l’obscur qui appelle
Le cœur qui s’émiette
L’intervalle se resserre
L’âme à vif lentement s’éteint
La vie s’essouffle
Et le long murmure de la mort
Et puis le saut
Inévitable
Et la porte
Inaccessible
Mystérieuse
Et puis
Un jour, plus tard,
Quand s’éteignent les cendres
Renaît à nouveau le jour
Demain au loin qui s’approche
Plus tard
La vie encore
Homicides
Le cœur empaillé
Et l’être balbutiant
Agrippés au naufrage
Englués sur la scène
Glissant aux coudes à coudes
Dans les guerres sournoises
Frappant sans honte
La faiblesse alentour
Mentant sans crainte
Egorgeant sans haine
Arrachant les fils
Des amours souterraines
Ornière
Vies de plomb
Sous le couvercle des jours
Aux jours comptés
Egrainent les heures
Âmes confinées
Aux chiches ambitions
Dans leur sillon s’épuisent
Marchent sans entrain
Vers la malle ténébreuse
Le tombeau éternel
Lointains magnifiques
Là-bas, au loin
En d’autres terres
Deux mondes
Côte à côte
L’opulence outrancière
Et le nécessaire décharné
De l’odieuse géographie
Sans intersection
A l’abject des routes
Les corps alanguis sur l’étendue
Et les tignasses encrassées
Sur les épaules courbées
L’azur des vagues
Et le gris des jours
Sur l’ocre de la piste
La caresse du vent
Sur la peau halée
Et la sueur sous l’astre écrasant
Ruisselant sur les torses
Les masures misérables
Où vivent la fange des peuples
A proximité des luxueux carrés
Aux carrefours innombrables
Où s’empresse l’impatience des voyageurs
Lointains magnifiques
Peuplés d’autochtones
Territoires hégémoniques
Colonisés de panses opulentes
Où règnent
La loi de l’ouest
Et l’espèce du ponant
Servitude
Le sang de la terre
Ses cargaisons d’immondices
Les formes décimées
Les paysages exsangues
Entrailles, horizons
Pliant sous le joug de l’humanité
Hommes en ordre de marche
Avançant vers le progrès
A pas assuré
Silhouettes
Traces infimes
Gloires éphémères
Destins fugaces
Oeuvres des ombres
Des sombres guerriers
Rejoignant la sente millénaire
Où s’enlisent les hommes
Depuis le commencement des siècles
Affaissement
Excès d’abîme
Songes creux
Aux échos sans agonie
Inondant la chair fragile
Resserrant la matière
Irradiant l’absurdité des sens
Refermant l’épais couvercle
Sur le sombre cloître des hémisphères
Ventres macabres
Eventrant la terre sombre
Exploitant la sueur des Hommes
Assassinant l’espoir
Et les espèces contingentes
Jouissant de l’infamie
Perchés sur les crêtes nuageuses
Se pavanant sur toutes les patries
Contemplant le cœur fier et la panse repue
Leurs œuvres arrogantes
Ventres macabres
A la tête d’escadrons sournois
Répandant dans la nuit
Leurs féroces batailles
Petits soldats
A la solde inconsciente
Glorieux généraux
De l’armée triomphale
Soupesant l’or et l’infortune
Avilissant depuis la naissance du monde
La dignité de l’Homme.
Pilori
Au pilori
Les heures sans gloire
Les temps acculés
Les saisons crépusculaires
Et les jours clairs
Au pilori
Les pourfendeurs de vertu
Les conquérants débraillés
Les pornographes tapageurs
Et les chastes esprits
Au pilori
Les fêtes orgiaques
La folie des banquets
L’extravagance des palais
Et l’austérité des cellules
Au pilori
L’empire des conquêtes
L’épaisseur numéraire
Les finances dépravées
Et la pensée janséniste
Au pilori
Les fronts querelleurs
Les batailles rangées
La vindicte populeuse
Et la paix des peuples
Au pilori
Le livre couronné
Les pensées éclairées
Les doctes aréopages
Et l’ignorance déployée
Criminels
Dans sa fange
A sa pointe
Et dans l’intervalle
Au pilori
Crie le peuple
Fureur
Déferlantes assassines
Oublieuses du passé
Etreignant l’âme soumise
Crachant leur fiel à la ronde
Blessant la chair
Creusant la faille
Ouvrant la béance recouverte
Magma aux poings fermés
Eructant du fond des abysses
Ebranlant le sol alentour
Meurtrissant les visages familiers
Désastre à la face hideuse
Embrasant la terre
De ses poussées convulsives
Forçant les portes
Recouvrant le ciel
Asphyxiant l’espérance
Aux derniers souffles du cataclysme
Longues heures d’agonie
Parmi les cendres
Où gisent côte à côte
Sous la terre brûlée
Le bourreau
Les visages sinistrés
Victimes de l’infamie
Regardant l’horizon exsangue
Où brille le soleil noir
Sous le soleil
Sous l’ondée des jours
L’étendue rocailleuse
Dans la chaleur des nuits
Les âmes pétrifiées
Derrière la blancheur des rires
Les blessures enfermées
Le désespoir contenu
Derrière les malles débordantes
Les cœurs indigents
Sous le fard des paupières
La lourde coulée du sablier
Derrière les bouches écarlates
Les passions livides
Et les corps sans ferveur
Dans l’éclat des cœurs
L’appel sans écho
Sous le tumulte des corps
La flamme obsédante
Dans le lit conjugal
Les devoirs exilés
Sous les bruits des jours
Le silence paresseux
Derrière l’homme sans faille
Les tremblements de l’enfant
Sous l’affable des mots
La furie enchaînée
Sous le ciel d’été
Les mornes nuages
Les jours moroses
Sous le soleil
Sans surprise
La vanité et le mensonge
Où brille la cruelle ignorance
Labeur
Sur les dalles des jours
Les pas harassés
Les semelles griffant la poussière
Les têtes lasses
Secouées par les ornières
Guidées par l’appel des foules
Les épaules basses
Heurtant les corps alentour
Les membres fourbus
Se pressant sans hâte
Vers l’odieux des jours
Les mains machinales
Saluant les visages indifférents
Les gestes sans vigueur
S’emparant des tâches
Occupant les heures
A marche du temps forcé
L’œuvre des aiguilles égrenant
Les 1000 mouvements ressassés
Dans l’hémicycle du cadran
S’exécute la besogne
Les mines défaites
A l’issue du labeur
Franchissant les portiques
Les yeux hagards
Reflétant le vide des heures
Traînent sur les dalles noires
Quittent le bagne des jours
A la lueur des réverbères
A l’heure du repos vespéral
Retrouvent l’air maussade et résigné
Le chemin des chaumières
A l’aube décharnée
Les passagers hagards
Sur les quais déserts
Contemplent leur ombre
Qui s’étire
Attendent les convois d’abondance
Qui les mèneront vers la nuit sans fin
Se ruent sur les passages
Aux abords étroits
S’installent
A leur place sans avenir
Patientent
Regardent défiler les heures
Par la vitre les paysages sans surprise
Descendent pressés
Se bousculent
Déferlent sur la ville endormie
Œuvrent ensommeillés
Au défilé des jours immuables
Horaire
Passant immobile
Au trajet minuté
Aligne les aiguilles
Dans le bric-à-brac des heures
Crainte
Promeneur apeuré
Soupèse la menace
Qui environne
Qui assaille
De toute part
Déambule anxieux
Au cœur des paysages
Asservi au regard
Opulence
Jours fastes
Aux heures lasses
Où les corps emmaillotés
Les esprit empâtés
Se repaissent
Jusqu’à l’écœurement
De l’ordinaire abondance
Ensommeillant les jours
Jusqu’au couchant
Installant la nuit
Voilant plus obscurément la sente
Jusqu’à l’aube frugale
Langueur
Terres ensommeillées
De trop d’abondance
Paralysant les âmes repues et paresseuses
Sur le frugal chemin
Lutte
Inflexible bataillon
Marchant le pas martial
Vers l’immonde
Et la barbarie
Saluant l’honneur ancestral
Les martyrs sans patrie
Les visages anonymes
Défilant en rang
Vers les tranchées
Avançant sans effroi
Le casque tremblant
Vers l’hostile
Point de mire
Dans la visée sans gloire
A bataille rangée
Parés à anéantir le discordant
Envahir la plaine
Sans pitié pour les visages innocents
Abreuvés du sang de leurs frères
De leurs pères
Marchant sous les feuilles pourpres
Dispersant la poussière des morts
Tâches écarlates
Aux guêtres endeuillées
Ensanglantant le sol
Et les pas des vivants.
Dirigeants
Monarques
Au cœur livide
A l’âme engoncée
Dévorant la face du monde
Funestes souverains
A l’ambition effilée
Asservissant à leur botte
Les peuples ignorants.
Cadres
Habits de béton
Aux interstices flasques
Casque sous le veston
Aux boutons scélérats
Vêtus pour la parade
En grand habit d’apparat
Les marionnettes s’impatientent
En scène s’élancent
Les gestes brusques et saccadés
Sous la cuirasse
Aiguisent leur lame
Sous leur complet
Affrontent leur sourire
Opinent du chef
Devant la hiérarchie
Ligotent sans merci la concurrence
Empilent les tâches victorieuses
Ecartés des batailles
Dans les coulisses
Hors cadre
Achèvent la représentation
Deviennent ombres lasses
Pantins sans ficelle
Pantomimes transparents
Que l’on couche dans le coffre
Du funeste magicien
Acide
Nuages d’aigreur
Aux parfums tenaces
Déversant leur fût corrosif
Sans discernement
Vitriolant la face du monde
Eparpillés par le vent
Dévalant les pentes
Où poussent les hommes
Eclairés par les joies du temps
S’abattant en lourdes larmes
Sur les terres aux mille soleils
Déracinant la fortune
Nichée au creux des crevasses
Courant vers le centre
Des terres arides
Où brille l’horizon noir
Au cœur sauvage
A l’acrimonie indemne
Sur le sol impénétrable
Où s’épuisent les rayons de l’astre
Rétractation végétale
Monde aux pétales fanés
Qui sous le ciel se resserre
Comme une fleur asséchée
Décideurs
Défricheurs d’horizons
Au doigt funeste
Bâtisseurs de gloire
A l’œil rassurant
Amis des peuples
Au poing ouvert
Ecrasant l’espoir
Sous leur bottes
Asséchant le monde
Flétrissant le ciel à venir
Pour l’éternité
Guerres
Les ruines aux rides crénelées
Perchées sur l’horizon
Vestiges des combats d’antan
Du sang répandu sur la plaine
Hier par le regard présent
Sans effet sur nos jours
Histoires lointaines
Aux survivances éternelles
Echos des époques ancestrales
Souillant d’autres territoires
Abreuvant la terre
De sa funeste cargaison
Fureur contemporaine
A l’abri des bunkers de verre
Aux canons agressifs
Pointés sur le peuple
Divisions à l’uniforme
En ordre de marche
Dispersées sur les esplanades
Livrées au combat
Derrière la vitre
L’écran abyssal
Aux signes énigmatiques
Guerre impérissable
Livrant leur médaille glorieuse
Au cercle galonné
Aux habitués des mess
Aux costumes croisés
Et l’arme sanglante
Aux mains laborieuses
Sacrifiées à la rente
L’œuvre indestructible
Des assassins d’éternité
Sueur froide
Toxique chaleur
Eblouissant les sens
Braise à l’odeur de souffre
Enflammant les corps
Empoignant la chair
Exhortant l’emboîtement
Les furtives secousses
A l’immortelle visée
Eructer par l’étroit sillon
La sève sauvage