Carnet n°33 Les ailes du monde si lourdes
Poésie / 2009 / Hors catégorie
Les ailes du monde si lourdes
Les ailes du monde si lourdes
Portent leur ciel de souffrance
Sous la terre
Le peuple des morts danse
Au son des tambours
Au creux des mains
Palpite la joie
Et derrière la vitre
Les collines silencieuses
Au cœur de la ville
Aux détours fabuleux
Se déploie l’illusion
Au fond des églises
Derrière les cierges penchés
S’endorment les prêtres
Au fil de l’eau
Les rameurs exténués
Sur la barque s’enlisent
Au loin
Devant le soleil rougissant
Décline l’horizon
Sur le quai des gares
Les voyageurs patientent
Au bord du ciel
Se dérobe le soleil
Aux matins de la nuit
S’évanouit l’abîme
Au bord du gouffre
S’envole l’espoir
Au gré des vents
Frappe la tempête
Au cœur du monde
S’exhibe la violence
Dans l’espace désert
S’étale le silence
Parmi les ombres
Se pousse le cri
Et dans le cœur des hommes
Doucement se meurt
La colombe
Songes
L’angoisse étreint le marcheur
Dont les songes égarent
Dans l’arbre du ciel
Se posent les oiseaux paresseux
Les mendiants accoutrés
Qui se pavanent
Derrière les rideaux
S’étire l’oubli
Un feu d’espoir
Attisé par les vents avides
Sur le trottoir
S’endort le clochard
Au pied des immeubles
Où sommeillent les bourgeois
Sur le monde
Glisse le regard
Sur le sol
S’affaisse la conscience moribonde
Brûlé à la cendre noire
L’amour se consomme
En ces lieux dévastés
Où se perdent les hommes.
Découverte
Une envolée d’étoiles
Dans la nuit écarlate
Une tige maladroite
Au bord du chemin
Un ciel ouvert
Sur l’obscur espace
L’infini reflet de la lune
Dans l’encrier
Une bouteille sur la table
Et une plume à la main
L’homme pense
Penché sur le sable
La tête souriante
Et l’âme écorchée
Inscrit son nom
Sur les vagues éternelles
Oubliant ses frères
Et regardant sans larme
La misère enterrée
L’ineffable origine
Et l’abysse des songes
Atteint l’impensable
L’inconcevable
La folle vérité.
Ecclésiastiques
Etreints d’angoisse
Passagers sans bagages
Voyageurs harassés
Quittant la terre sans promesse
Ombres éclairées
Par l’obscur univers
L’odieux des pensées
Cheminant sans halte
Béquilles d’espoir
Vers le territoire lointain
Et les contrées promises
La marche saccadée
Les parcours s’étirent
Pèlerins des vastes cieux
A l’âme avide
Au regard émacié
Aguerris d’ascèse
Forgeant leur âme sans grâce
Le cœur triste
Tâtonnant vers l’illusoire présence
Horde errante déambulant
Pressant le pas
A l’ordre obéissant
Marchant à l’œuvre du désordre
La courbure éhontée
Et l’allure frémissante
Sous les bottes crottées
Où brille le sombre halo
Guidés par la rose des vents
La chimérique lumière
Qui égare au désert
Pérégrinant sur le chemin d’épines
Aveuglés par la gloire sans issue
Où s’éteignent les cris des morts
Ils agonisent sans fin
Regard sur l'ordinaire
Matières enchevêtrées
Soumises aux formes incertaines
Consciences empêtrées
Cherchant l’origine
Esprits tyranniques
Maltraitant les corps
Potentats telluriques
A l’étroit bon sens
Aveuglés d’apparences
Ecrasés d’ignorance
S’entortillant dans le magma sirupeux
Captifs du jeu sans règle
Impies
Âmes creuses
Aux faciès rayonnants
S’agenouillant
Le cœur en croix
Tissant les nœuds infernaux
Contemplant les étoiles glissantes
Et le firmament lointain
Laborieux travailleurs du ciel
Aux croyances hallucinatoires
Et aux fourbes promesses
Se courbant au pied de statues sanctifiées
Les mains jointes
Devant l’allégresse du prieur
Béats face au visage impassible du père
Exposés au purgatoire éternel
Aux extases apocryphes
Bramant leur foi dans le lointain
Impies sacrilèges
Déroutant la bannière
Et mutilant le Verbe
Arrachant le martyr à sa croix
Encombrant le cœur simple
Et dépouillé du lien
Invariables identités
Existences brouillonnes
Glorifiant l’éphémère
Et célébrant l’illusion
Dans l’aire d’errance
S’enchaînent
Se querellent
Se caressent et s’étripent
Marchent côte à côte
Le poignard à la main
S’assoupissent d’ennui
S’égarent dans les ornières
En rêvant d’illustres chemins
Déambulent fiers
Au cœur de l’espace intime
Dans l’intervalle commun
Renâclent au nécessaire
Et éclipsent l’essentiel
Pauvres mortels
A l’âme craintive
Ignorant la nature éternelle
Au cœur des fausses identités
L'antre du pèlerin
Blessé par le rire des peuples
Le regard des foules
L’indifférence des Hommes
Le marcheur
Sur les chemins familiers
Claudique
Arpente la terre aux vaines promesses
En quête d’un gîte
Quitte la terre des ombres
Et découvre
La lueur incertaine
Dans l’antre enfermé
Le pèlerin
A l’âme balbutiante
Caresse la paroi
Loue le repaire protecteur
Le regard béat
Le cœur écorché
Au bord des lèvres un sourire
Silhouettes ombrées
A l’ombre d’une main
Se terre l’enfant
L’enfant ignorant
Ecrasé par l’ombre du sage à venir
Eléments
Terre, quelques traces
Balayées par le vent
Eau, sang qui habite
Et nourrit la chair
Feu, élan vital du mouvement
Air, matière de l’espace,
Nourriture du souffle vivant
Ecrin des éléments
Nature, particule
Où s’ébat le peuple des formes
Vie, cadre des phénomènes changeants
Où se frôlent et s’échangent
Les parcelles d’esprit
Engluées de substance et d’orgueil
Âme, fragment d’être
Enserré de matière
Ciel, espoir de parcelle intime
Au delà des frontières
Espace
Origine sans naissance ni fin
Où siègent les formes
Qui apparaissent et s’éteignent
Nature inchangée de l’esprit
Conscience éternelle
Et sans limite
Envol
Etincelles de l’être
A la présence incertaine
Invitent à l’improbable
Et à la certitude
Effacer le passage
Traverser l’apparente frontière
S’unir à l’infinie dimension
Ouvrir l’espace
Au delà des écrans obscurs
Où niche le merveilleux
Franchir l’impénétrable
Mêler sa voix au jeu incessant des formes
Perpétuer l’œuvre ineffable
Limpide
De la nuit
S’élancent les jours clairs
De la lumière
Resplendit l’ombre
L’obscur désépaissi
Transparaît
Transparence sans ombre
Aux teintes écarlates
Glissant dans le ciel bariolé
Sans visage
Inexpugnable
L’étrange fraternité des jours
Dans le cœur des hommes
Dévastée
L’étrange fraternité des jours
Au cœur de l’obscur
Démunie
L’étrange fraternité des jours
Au seuil de la porte
Décimée
L’étrange fraternité des jours
Au fond du ciel
Envolée
L’étrange fraternité des jours
Sous d’autres cieux
Eparpillée
L’étrange fraternité des jours
Dans les jours clairs
Retrouvée
Inépuisable source
Cheminant
Au gré des vents
En toutes contrées
Evanescence
Paysage à l’éphémère glorieux
Ignoré parmi les étalages
Au cœur des denrées périssables
Inexistant
Invisible perle
Sur les lourds colliers
Parmi les chaînes attachantes
En l’ordinaire
Partout
Est présent.
Espoir
Bafoué
Par les hommes sans mérite
Aux prouesses futiles
Adossé au réverbère
Contemplant l’œil usé
La gloire odieuse
Baissant la tête
Vers l’horizon sans nom
Au passage des cortèges ornés
Le passant des jours
Vers la nuit s’incline
Erre aux alentours
Dodeline tristement la tête
Presse le pas
Pour regagner sa demeure
Au milieu des heures
Emprunte la pente
Où croupissent les tourments
Affronte l’orage
Décourage la plainte
Et s’affaisse doucement vers le ciel
Arpente à pas comptés l’espace
Ouvre le voile
Où s’ébattent les combattants
Aux éclats désencombrés
A quelques enjambées lointaines
De la gloire anonyme
Espère un jour peut-être
Fouler le territoire
Ignorance
Dans l’abîme sans couleur
S’évanouissent les pâles éclats
Qui réjouissent les ombres
S’étendent les ténèbres silencieux
S’amplifie la crainte
S’étend le jour crépusculaire
Qui assombrit les heures
S’installe l’éternité
Le temps immuable de l’effroi
Sourd l’angoisse des fonds
Qui paralyse
Dans l’abîme sans couleur
S’égare le passant
Le marcheur aux pas comptés
Isolé des surfaces
Où grouille la foule inflexible
Epouvanté par le sursaut chimérique
Frissonnant d’inquiétude
Au cœur de la terre qui enlise
Ignorant la brèche
Vers l’étroit passage
L’horizon clair
Intersections
Au carrefour des heures
L’impasse aux mille promesses
A la croisée des mondes
Le fief rebutant
Où règne la contrée sans pareille
Aube
A l’aube frémissante
S’écartent les ombres couchées
Les parures jetées
Les crinières défaites
Et les âmes fatiguées
A genoux se lève
La conscience vivace