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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Comme à la pointe du rêve
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A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

3 août 2022

Carnet n°276 Au jour le jour

Novembre 2021

Là où sommeille le monde – en ce lieu précis ; sous les pierres et les âges ancestraux – la source…

Ce que le souffle et le sang cherchent (sans même le savoir)…

Les jours qui passent…

La vie – entre les paumes – qui se défile…

L’Amour – l’envol – au creux du poing serré…

 

 

Des siècles – en nous – inertes – qui hurlent au milieu du silence – dans cet espace fermé – recouvert par les habitudes et les répétitions…

Comme un abcès monstrueux qu’il faudrait percer jusqu’au souvenir initial…

L’enfer prêt à se vider – pour nous renvoyer au premier jour – au premier instant – de l’innocence…

L’enfance vierge – non corrompue – sans avenir – sans existence…

 

 

Sans repère – à moitié enveloppé…

Le monde privé de parole – de poésie…

Comme de la matière en vrac – livrée à elle-même…

Des abîmes ; et des courants – dans le sang – qui nous portent…

Sans boussole – à la rencontre de personne ; des fantômes aux yeux clos – aux yeux baissés…

Des lèvres qui bougent ; des sons inarticulés…

Le rouge des cris et des bouches déformées…

Des automates aux gestes mécaniques qui saccagent ce qui n’a de nom – ce qui n’appartient à personne – les conditions mêmes de la transformation nécessaire – tant espérée…

 

*

 

En un tel lieu – mille portes fermées…

Toutes les têtes qui se détournent…

Ce qui favorise la fuite forestière – les chemins de traverse – l'exil en territoire sauvage…

Le grand jour – caché – cryptique – pour soi (rien que pour soi) – parmi les bêtes et les rochers…

Sous le vent – silencieux et vertical – comme notre parole – comme notre vie – qui s’étaient, au temps de l’enfance – au temps de l’horizontalité, déguisées en offrande au monde – et qui, un jour, (lasses de ne voir aucun changement – aucune amélioration), y renoncèrent (définitivement)…

 

 

Là – entre nos lèvres – jadis tremblantes ; muettes – à présent – comme si le corps – notre support – avait connu le pire – la fréquentation assidue du monde – l’innommable environnement…

Les bras autrefois ouverts – fermés depuis quelque temps…

Et l’âme – si pleine – si regorgeante – d’espérance – naguère – elle aussi transformée en neutralité distante…

Ni tien – ni mien – nôtre seulement ; le poing – l’enfer – le labeur – la sagesse – quoi que nous mettions dans la balance ; la terre et le ciel – le même visage…

Au bord de l’Amour – déchiré…

 

 

Le cercle entrouvert auquel nous appartenons ; et le cercle fermé auquel nous croyons appartenir…

Et tous ces chemins où crissent nos souliers – où grincent nos dents…

Le point culminant de l’oubli ; cette indifférence qui met tout en péril…

Demain ou la nuit…

Le gisement ou la fleur…

La muraille ou l’éboulis…

Qu’importe nos rires et nos grimaces…

La vie – cette vie – sans lumière…

Le monde – ce monde – et cette inclination familière – qui privilégie (presque) toujours la blessure à l’innocence – la balafre à la beauté…

 

 

Pêle-mêle – la joie et le cauchemar – l’horreur et l’étreinte – la confidence (murmurée) de la terre et des Dieux…

Quelque chose d’amer et de lumineux dans la bouche et la poitrine…

Un mélange d’instinct et d’origine…

Ce qui cohabite – en nous – de manière si parfaite – si incisive…

Le recommencement permanent du monde et du silence…

 

 

Au commencement du poème – le souffle vital – la vie respirante – l’infini contracté – comme confiné – emprisonné dans la forme…

Le monde – dans la course – amputé – estropié…

Le besoin de lumière…

Ce qui nous sépare de la rencontre…

L’obscurité régnante qui (nous) condamne à l’impasse…

La possibilité – le poids de la parole – pour contrebalancer notre insignifiance et notre gravité…

 

 

Seul(s) – issu(s) de l’espace et du silence…

A intervalles réguliers – à cheval sur la courbe du temps – des interstices dans la réalité – nos hallucinations et la méconnaissance collective…

La beauté d’une lumière que nul ne (re)connaît…

Là – sans possession – vide et joyeux – en plein néant…

Comme un ciel – une parcelle de ciel – invité(e) au cœur de la substance…

La traversée de la glaise – et de la consistance apparente – en renonçant au nom – au sang – à l’affrontement…

Un sourire (un simple sourire) jeté entre nous et le monde…

 

*

 

Une halte réciproque – l’un face à l’autre – en soi – le visage décollé du temps…

Le monde oublié ; et la lumière nue…

Les mains pleinement agissantes – quotidiennes – sans démesure…

De moins en moins lourdement vivant…

 

 

La blessure affamée qui nous ronge – qui nous laboure – qui nous récolte…

Son terrain – ses vivres – sa propriété ; né(s) pour elle – en quelque sorte…

Et, peu à peu, la possibilité du renversement jusqu’à la guérison – jusqu’à l’effacement de la blessure…

La reconquête de l’Absolu – en lieu et place de la chair et du sang – définis et célébrés (en général) comme le seul horizon (humain)…

 

 

Ici – l’angoisse – tracée à l’équerre ; perpendiculaire à l’écrasement progressif – le manque d’espace – de possibilité ; et l’asphyxie (inévitable)…

Comme le plus précieux – ignoré…

Poussé jusque dans ses propres replis…

Un étouffement de la parole ; et toutes les étoiles (naturelles) refoulées…

La vie durant – cherchant, en vain, son souffle – une lueur – un chemin – sous un couvercle qui transforme le monde en une forme (terrible et insidieuse) de pénombre – d’obscurité ; le noir auquel on s’accoutume…

Et l’absence d’air – d’horizon – d’envergure – qui, peu à peu, nous envahit – comme une ivresse – un vertige – jusqu’au dernier battement de cœur…

Et pour nous sauver – nous affranchir du joug ancestral – le sang qui, parfois, vire à l’encre ; et le cri que l’on parvient, parfois, à convertir en silence et en poésie ; manière d’affronter le monde – le temps – les traditions et de transmuter la douleur en espoir de voir le jour…

 

 

Le mot-monde que l’on cherche – sans (véritable) signification – sans (véritable) explication…

Ni signe – ni sens – davantage rythme et sonorité – danse de l'être avec les choses – avec l’espace ; et le silence qui, peu à peu, envahit la tête – les gestes – les pas ; et l’âme (toute entière) qui tremble – qui frémit – avant de rejoindre la ronde tourbillonnante des éléments…

Comme une infime partie de la terre – du vivant – (possiblement) sauvée par la parole ; le rôle (l’un des rôles) de la poésie…

 

 

Le jour – assassin du repli – de la pénombre – où l’on détient l’Autre – où l’on détient le monde…

Infiniment libérateur alors que l’on se tient sur le seuil – en protecteur de la détention – en gardien de notre propre monde – infime – misérable – nauséabond – où tout ce qui s'y trouve devient – (presque) à notre insu – un instrument…

Un piège – un amas de choses – que l’on conserve derrière la porte – par-devers soi ; cette incarcération qu’explose la lumière…

Le déverrouillage de l'ordre factice – mensonger…

Et le grand air et le plein ciel – enfin retrouvés…

 

 

A tourner autour de nous – comme si le soleil était notre seul allié – notre seule alliance…

La terre-voyageuse – ensemble – trop étroits – trop démunis – pour prétendre à la moindre solitude…

Comme des damnés derrière leurs grilles – à suspendre – à essayer de suspendre – le temps dans nos veines – de retrouver la perspective des anciens – des premiers Dieux peut-être – avant que ne soit scellé, en ce monde, le destin des naissances…

 

*

 

Une absence supplémentaire – à la manière d’un égarement – peut-être une délivrance…

L’ombre nécessaire pour que naisse le jour…

Une apparence épaisse pour que puisse se rompre la chaîne…

Et le reste de vigueur – pour les larmes et la joie…

 

 

Le jour ruisselant – le ciel éclaté…

Le monde recouvert…

Des fragments – des cascades – de lumière…

Et les yeux ébaubis – et les têtes hébétées – comme au spectacle – n’osant y croire – imaginant une comédie – une espèce de fiction ordonnée par les Dieux – pour nous confondre et condamner notre incrédulité – notre méfiance – notre défaillance perceptive…

 

 

Au plus bas – là où l’Amour est nécessaire…

Une joie d’innocent – comme au premier jour…

La douleur – entre les lèvres – parfois ravalée – parfois régurgitée ; notre substance essentielle – celle qui prolonge le sang…

Le dos voûté – le cœur brûlé – la respiration de plus en plus difficile – de plus en plus faible…

Et les bras ballants – puis, en croix – le feu déclinant…

A l’horizontale – le sacrifice et la consumation…

Rien que soi – à même la chair – à même la solitude – sans personne – encerclé par la tristesse et le néant…

Et – en soi – le vide qui s’ouvre pour nous avaler…

Bientôt la chute et les grandes étendues – la neige et le ciel ; la désagrégation du monde – l’effondrement de tous les mythes liés à l’enfance (qui n’a que trop duré)…

La fin des massacres ; la parole qui devient (enfin) sage et silencieuse…

 

 

Le vide qui porte la voix – la parole contenue…

Un chemin qui serpente – qui invite à l’errance – au désert – à la confusion…

Le silence et l’éternité – en ligne de mire – jamais oubliés…

Loin des rêves et des terres brûlées…

Le langage poussé jusqu’au mutisme – jusqu’ à l’effacement de toutes les questions…

Le désir de l’oubli et de la connaissance ; remplaçant, peu à peu, la mémoire et le savoir…

Ni Dieu – ni vérité ; la parfaite absence de l’homme…

 

 

Ce que l’on honore – au détriment des Autres…

Ce que nous sommes venus faire en ce monde – sans rien deviner…

Qu’importe le sens et l’origine pourvu que les apparences dissimulent la tentation des profondeurs…

Rien – ni personne – sans refuge – au milieu des Autres…

Ce que l’on affiche – ce que l’on peut voir – étrangement confondus…

A la place de l’invisible – le clinquant et le péremptoire ; des galeries où l’on s’expose sans jamais rien creuser…

 

 

La pensée lancinante – ce support à vent – dont le chemin jamais ne croise la vérité…

Des traits de silence – en parallèle…

Ce que l’on tait – l’omission et le mensonge – tout ce que l’on cache…

L’évidence même ; notre généalogie et notre géographie – exposées devant notre visage – devant nos yeux fermés…

 

*

 

A la dérive – la blessure naturelle…

Cet œil sur notre épaule ; et cette oreille à qui l’on confie son indifférence…

Des lignes – à vau-l’eau ; un peu de clarté dans la nuit – notre souffrance…

Un chuchotement insondable ; et le dehors chahuté essayant d’expier tous ses crimes…

Comme autant de disgrâces souterraines…

Quelque chose – une posture peut-être – auquel nul n’est accoutumé…

Des paroles trop rudes – trop nues – trop blessantes pour les mortels…

Les conditions (pourtant) propices au désordre – aux tourbillons – au chamboulement ; les prémices, peut-être, d’un retour vers l’origine – de l’invisible…

 

 

Nous dévisageant – avec une moue étrange – nous reconnaissant à peine ; des reflets sombres dans les yeux – des fragments de silence et de miroirs curieusement assemblés – nous laissant une impression de solitude…

Seul et déclinant – faiblement dressé face au règne de la terreur et du mensonge – face au règne de la bêtise et de l’infamie – ne pouvant nous résigner à cet hideux portrait malgré notre engourdissement…

Comme dépositaire d’un secret rarement révélé ; des accrocs dans le ciel désiré ; et l’image de la mort fissurée…

Quelque chose d’un soleil imaginaire dans notre éblouissement et notre suffocation…

A l’affût d’un attelage plus simple et plus digne ; une autre vie – peut-être…

 

 

La fatalité – en plein cœur – comme une plaie supplémentaire ; de la nuit – un peu de nuit – greffée sur l’âme…

Ce qui contribue à notre chute…

Le jour trahi par l’absence ; et l’impossibilité du saut vers la source ; le salut auquel il (nous) faut renoncer…

 

 

Le possible – mille fois interrogé et parcouru – prévu dans les moindres détails…

Le prolongement du temps présent – sans surprise – sans incertitude…

Comme englué(s) dans une peur, sans cesse, mise en avant – à la manière d’un axe autour duquel tournent les hommes et le monde…

Des têtes si craintives ; et leur cargaison d’interrogations (préalables)…

Le désengagement (quasi) complet de l’âme…

Le refus (manifeste) de la vie ; contre le risque (le moindre risque) – le règne tyrannique et mortifère de la raison…

L’humanité qui s’enferme (plus profondément encore) dans son labyrinthe ; ce monde parallèle au monde…

Et la résistance du reste et des éléments naturels (et de quelques-uns – à l’intérieur) – poussant cette possibilité (salutaire) d’infiltration – favorisant cette possibilité (providentielle) d’explosion – pour contrebalancer cette perspective humaine malheureuse et (affreusement) pusillanime…

 

 

Au milieu des Autres – un paysage de distraction…

La marche rêche et raidie ; et cette crainte de se perdre – de se fondre – dans la masse – d’être absorbé – d’être englouti – par cette bouche immense – avide – vorace – qui avale tout ce qui traîne – tout ce qui passe à sa portée…

Dans toutes les directions ; le temps du divertissement…

Des siècles sans écho – jusqu’aux confins de l’univers – comme si nous avions choisi la pire inclinaison…

La répétition de ce qui nous détient – de ce qui nous enchaîne…

Et partout – et toujours – la même célébration – celle de la séparation et du sommeil…

La noirceur des esprits et des âmes privés de ciel et de lumière…

Un monde sans espoir – en voie de décomposition…

 

*

 

Dans un coin (minuscule) de l’espace – lèvres entrouvertes – pour murmurer une (pauvre) parole ; quelques mots – dans un duel inégal avec les Autres – le reste du monde – mais dictés sous la force du silence…

Simple et sans érudition…

Directe et sans hâte – comme pour disloquer les cœurs (avec discrétion) et y creuser une fente suffisante pour y glisser le jour – un peu de lumière – à la place du noir et de l’espérance…

 

 

Une route – de l’absence au détachement – comme une fenêtre – une silhouette qui s’éloigne – qui prend la forme de l’horizon ; un point minuscule qui rejoint l'immensité ; et qui renaît au monde sans visage – sans identité circonscrite…

Quelques remous entre les murs avant l’évanouissement et la disparition…

Deux bras ouverts dans la nuit – tel qu’un jour sera le monde…

 

 

Autre chose que l’aube habituelle ; comme des liens dans l’obscurité…

L’âme recroquevillée dans le froid – sans usage – déroutée – s’affairant, soudain, sur ses blessures – s’adonnant aux soins – œuvrant à la guérison – se redressant hardiment vers le ciel serein – caressant du regard la chair et la pierre – la matrice du monde abandonnée à sa propre violence et à sa propre incurie ; indigente et meurtrie – ne réfléchissant que le sombre des étoiles ; et cette nuit suspendue au-dessus des têtes…

 

 

En l’Autre – les mêmes directions ; la possibilité de la parole et du passage…

L’univers – dans toutes ses déclinaisons…

Des millénaires de mésententes et d’étreintes…

La ressemblance équivoque ; et les apparences et les profondeurs (relativement) séparées…

Le lieu des saisons et de la répétition – des ruses et des cachotteries – de la transformation involontaire – et, parfois (bien plus rarement), du voyage vers la lumière – le silence – la sensibilité…

La lente (et inévitable) évolution de l’homme…

 

 

Le jour – intérieur – comme l’espace – comme l’immensité…

Ce qui veille – en nous – aux côtés de l’Amour…

Une présence sans corps – recouverte de chair…

Des restes de vent – un peu de sable – un peu de rêve et de poussière…

Ce qui allège le pas – le monde – toutes les formes de gravité ; l’ignorance et, parfois, même la mort…

 

 

Dans la débâcle – des mains agitées – des esprits absents – le monde entier…

La géométrie des angles morts ; et la géographie des replis et des turbulences…

L’impensable, peu à peu, qui advient – lui enfoui si loin – dans les tréfonds de la lumière…

Le ciel et le sol – si peu explorés – si mal connus – divisant la terre et la tête…

La foule – ivre – tournant en rond – autour d’elle-même…

Au fond d’un abîme vertigineux ; au creux d’un gouffre métaphysique quotidien…

Le serpent – rattrapant sa queue – et s’avalant (finissant par s’avaler)…

Fantasme ou réalité de cerveau malade ?

Dans nos pensées – tant de possibilités ; et sur la pierre – si peu de choix…

 

*

 

Secrètement reconnaissable – la source jaillissante – aussi loin qu’elle se reforme à la vue – et à l’insu – de tous…

Sans anticiper – une nuée d’images qui se dissipent – qui se dispersent…

Le plus visible, parfois, (très) sévèrement rudoyé…

Et le goutte à goutte des vies antérieures qui infuse l’instant – chaque instant ; une succession – comme une durée qui, indéfiniment, se prolonge…

Et le rêve qui s’arrondit avant de heurter le sol…

Et la pierre trempée dans la nuit…

Et nous autres – encore – sous nos peaux de bête…

 

 

Ce que l’on invente – au détour du sommeil – le monde rêvé – le ciel en songe – que l’on perpétue…

La tête dans la lie qui s’imagine maîtresse du récit – fraîchement parfumée – libérée des viscères et des battements de cœur qui la soutiennent…

A proximité de la lumière alors que la nuit règne – sans rivale – alors que tout, dans l’âme, est obscurci…

 

 

Le piège des poings – le prestige proche de la cime emmurée – ce dont on se surprend à rêver lorsque l’on côtoie (trop longtemps) le pouvoir – la violence – le danger…

La posture vive et inquiète ; la pierre poussée ou fendue ; l'Autre exclu ou assassiné ; selon l’envergure de l'ambition et l'ampleur de l'avidité...

Dans tous les cas ; une vie saisissante ; une vie qui meurtrit…

Quelque chose qui écharpe – qui écrase – qui mutile ; et qui n'offre pas la moindre joie (bien sûr)…

 

 

Le mystère – mêlé à la terre ; entre l’âme et le silence – cette marche en nous-même(s)…

La géographie de l’impensable ; ce non-lieu qui fait, parfois (trop rarement), office de résidence…

L'esprit et la chair – substantiellement élargis ; quelque chose de (très) léger – sous les paupières ; si peu perceptible par la plupart…

 

 

Ce désir – inconscient – involontaire – d’une terre sans absence – d’un silence habité…

Un ciel sans distance – attentif et souverain – porteur d’une tendresse non affectée – amicale – amoureuse – selon les circonstances et l'état de l'âme ; compagnie discrète ou ostensible – infiniment modulable – qui comble – qui étreint – sans jamais s'imposer – sans jamais oppresser ; présence permanente et non accaparante…

Sobre – réservée – silencieuse – au fond de notre intimité…

A l’intersection (exacte) de notre immobilité et de notre soif…

 

 

Entre le soleil et le sang – notre mémoire ; ce qui fait de nous des hommes…

Un peuple suspendu à ses propres rêves – à ses propres chimères – mythes – légendes – histoires ; toute la machinerie de l’image installée sous le front ; un morceau d’enfer descendu du ciel – peut-être – l’axe central de notre civilisation ; ce qui, bien sûr, corrompt le regard et travestit la réalité…

Le monde – entre fiction et (pur) imaginaire ; la surface éphémère – improbable – sur laquelle on essaie de greffer une vérité inventée…

 

 

Des constellations – des mondes – des pertes…

Des chutes – en pagaille – bien davantage que des ascensions ; le sort incontournable des vivants…

Un désordre aux innombrables conséquences…

Ce que cachent, au fond, toutes les apparences…

Derrière le sourire et la bonhomie – l’ombre – le vide intérieur – la matière en perdition…

 

*

 

Immergé(s) – dans la masse – la blancheur – à travers la poitrine – l’intérieur inondé – jusqu’en bas – des épines dans la voix – la parole comme un instrument…

La lumière que l’on comprend – peu à peu…

Ce que la violence cisaille – la rupture des liens – l’invisible jeté (avec force – avec fracas) contre l’Amour…

La solitude – au milieu du monde – inévitable (bien sûr)…

Nos vies – sans force – le front bas…

L’âme – la chair – la soif – prisonnières elles aussi – condamnées par notre présence sur terre…

 

 

La nuit parfaite – telle qu’elle se donne – telle qu’elle nous brûle…

Sans précaution – sur nos forces démantelées…

En un éclair – comme de l’acide…

Le sommeil ragaillardi par notre manque de résistance – de profondeur…

 

 

L’œil concentré sur l’inessentiel – l’emprise du monde sur les âmes – toutes les lois humaines (ou à peu près) – les souterrains du temps – au lieu de voir…

Se consacrer aux assassinats (à tous les assassinats) – au lieu du silence…

Rêver – jouir – bavarder – beaucoup (beaucoup trop) – au lieu du geste respectueux des choses…

La vie complexe – compliquée – et que l’on embrouille plus encore – au lieu de la simplicité…

Comme une fissure que l’on prendrait pour une muraille – un rempart ; un minuscule muret de feuilles et de mousses – en vérité…

Ce que l’on pulvériserait d’un seul coup de poing – une injonction contre l’angoisse ; une fausse bonne idée – une sorte d’antidote (totalement) inefficace…

Le souffle – la soif – la mort ; comme si savoir – comme si trouver – nous était impossible – comme s’il n’existait aucune solution (véritable)…

La vie – le monde – un contexte – un simple contexte – presque un décor – pour éprouver tous les paradoxes de l’homme…

 

 

La figure asymétrique ; la tristesse et la mort qui pèsent plus lourds…

La trace de l’angoisse dans les yeux…

Là où nous sommes ; l’impossibilité de la réponse…

L’ampleur du désordre et des dégâts…

Le destin et les circonstances qui nous semblent (parfois) si arbitraires…

Nous – comme une faille – un trou – où seraient jetées – sans ménagement – sans distinction – des choses plus ou moins tranchantes – plus ou moins bouleversantes…

Et l’âme – immobile – prisonnière – attachée – peu à peu défigurée par ce qu’on lui lance – par ce qu’elle reçoit – par ce qu’elle est condamnée à accueillir…

A la fois – le feu et le pilori ; et une succession de flèches – toujours imparfaites – qui viennent meurtrir la chair…

Au milieu du bûcher – l’exécution ; une expérience pour éprouver la vie – le cœur battant – les forces qui (progressivement) nous quittent – juste avant l’abandon – salutaire…

 

 

En soi – le plus familier – le plus quotidien – le plus intime ; la source des gestes précieux et ordinaires…

L’acquiescement à toutes les ramifications du contexte – de l’origine…

L’assentiment discret et silencieux…

Ce qui affleure à la surface du vivant et qui plonge ses racines au cœur de l’âme – dans nos profondeurs infinies (et impersonnelles) ; en contact direct avec le ciel – l’immensité – affranchi(e)(s) du temps…

Partout – au-dehors et au-dedans – l’espace non séparé…

 

 

En ces terres parcellisées – en ces temps séquencés – trop peu de réalité – l’invention perpétuelle de l’ordre ; à chaque instant – la (quasi) complète réorganisation du monde qui, sans cesse, s’inscrit dans la durée…

Toutes les ombres de l’esprit et de la matière – réunies…

Et la nuit qui annonce la disparition du jour…

Ni bêtes – ni hommes ; des personnages fictifs aux apparences trompeuses qui ont évincé (malgré eux) la seule chose précieuse – la seule chose qui compte ; la respiration secrète du monde ; celle à laquelle participe, parfois, la poésie – comme un peu d’oxygène pour ceux qui, sous le joug du temps – qui sous le joug des Autres, sont condamnés à vivre à la surface du monde et des choses…

 

 

Cette (bienheureuse) plongée parmi les courants invisibles qui nous entourent – qui nous traversent…

La vie sans le sang – ramenée – confrontée – à son socle – à ce qu’elle fut de tout temps – avant la création des siècles – l’époque d’avant les dates ; dans cette vibration perpétuelle – au cœur de la lumière…

Le jour – hors-champ – qui échappe à la vue et aux visages – celui que certains poèmes encensent…

Le ciel (enfin) vivable – le ciel (enfin) vécu – à notre portée ; la source même de ce qui bouge – de ce qui semble exister…

 

 

La lumière – sans passé – sans cesse renaissante – si souvent corrompue – si souvent déroutée ; utilisée à d’autres fins que celles des retrouvailles – symbole et instrument dont on se sert pour mille choses – plus ou moins utiles – plus ou moins appropriées – comme une manière de conforter nos délires et nos rêves…

Une sorte de repère dans un monde plongé dans le noir et la cécité ; et qui (pourtant) s’imagine lucide et clairvoyant…

L’histoire de l’homme et de toutes les civilisations humaines…

 

*

 

La profondeur – intermittente – réelle – à cette (surprenante) altitude ; une manière, peut-être, d’accéder à l’invisible – à ce monde présent au-delà et en deçà du monde…

L’expérience d’une joie ruisselante et d’une superposition des états…

Toutes les identités confondues ; plus personne – en réalité…

Ce qui se présente – ce qui s’impose – seulement…

Et les yeux grands ouverts – et le cœur accordé, de manière (presque) inespérée, aux choses et à la lumière…

 

 

Quelques mots – comme des fulgurances – dans la marche quotidienne – inchangée (et sans doute – inchangeable)…

L’équilibre journalier (et ordinaire) ; des gestes – des pas – des paroles…

Ce qui a besoin de se faire ; et qu’on réalise avec ferveur – sans volonté – sans empressement…

Une manière d’abuser l’abîme et de refuser le piège…

Ici – face au soleil – sans impératif – sous le poids (si léger) de la nécessité – fidèle aux choses – obéissant aux circonstances – comme une offrande au reste…

 

 

Sans bénéfice – sans revendication…

Là où porte l’élan – tantôt pas – tantôt parole ; et le geste nécessaire (bien sûr)…

Notre équilibre ; peut-être – notre faiblesse…

L’essentiel éprouvé ; et goûté…

La joie du retournement…

Au cœur de cette solitude fondamentale…

La seule posture poétique capable de rivaliser avec le pacte commun…

La vérité plutôt que le confort de toutes les (fausses) certitudes…

Le voyage – sans cesse – la découverte et l’immobilité…

 

 

La neige – comme des adieux ; les lèvres et les yeux qui s’ouvrent (très) lentement…

L’intérieur dilaté ; et l’extérieur en retrait – qui s’intériorise – qui devient une partie de ce que nous sommes ; la patrie complémentaire de l’âme – avec le silence – peut-être…

Plus ni autre – ni étranger ; des reflets familiers du même espace – comme élargi…

Qu’importe que nous vivions (encore) dans un monde de somnambules ; qu’importe que nous ayons (encore) le regard ensommeillé…

 

 

Le jour incarné – avec des tatouages sur la peau…

Des ombres assoiffées que le soleil tantôt assèche – tantôt apaise…

Mille changements – à l’intérieur…

Au-delà du temps qui fait défiler les images…

Trop d’exhibition(s) et trop d’écrans (sans doute)…

Une autre réalité que celle du monde…

Comme une faille temporelle – comme un piège au fond duquel nous serions tombé(s) – aimanté(s) – impuissant(s) – sans compréhension…

Et cet étrange silence – au-dessus et au-dedans – de ce fracas…

 

 

Paroles-étreinte – un écho familier ; le son de sa propre voix – mêlé au soleil réparateur…

Toute l’histoire du monde – notre passé – inclus, à cet instant ; notre appartenance changeante et évolutive…

Un socle de pierres pour le vent et la mort ; et l’abandon nécessaire (bien sûr) pour échapper aux mirages et demeurer fidèle(s) à ce qui passe – à ce qui a lieu ; accordé(s), sans doute, à une forme de vérité (circonstancielle)…

 

*

 

Des trappes – des cordes – des cris – à même la trame…

De la poussière qui vole dans le vide – emportée par des tourbillons…

Comme au théâtre ; l’éternité…

Ce qui dure et recommence ; à nous faire exploser la tête…

Et, pourtant, la route – en soi – qui se dessine – qui se laisse emprunter…

Comme à travers un rêve ; le monde – nos vies – ce que nous en percevons…

 

 

De la douceur creusée par ce qui existe après le désir – au-delà de l’absence de désir ; après l’épuisement – après la surprise – après l’abandon ; derrière ce qui avait disparu et qui (lentement) réapparaît…

La même chose qu’autrefois – avec un surcroît de densité et de joie ; léger et involontaire ; ce qui peuple, peut-être, nos profondeurs ; ce grand ciel en deçà de la nuit – en deçà de la cécité ; ce que l’on devinait (ce que certains devinaient) à travers la persistance de la tristesse…

 

 

Invisible – au-dedans – comme l’espace…

Ce qui est là sans que nous le percevions (sans que nous puissions le percevoir)…

Ce que l’on emplit de choses et d’autres – ici et là – assez régulièrement – selon ses désirs et ses goûts…

Manière d’agrémenter la vie et d’ajouter quelques barreaux à notre enfermement circulaire…

Le multiple pour différencier l’unité ; façon, sans doute, de se rencontrer (sans omettre la moindre part) – de tendre vers soi et vers la tentation (irrésistible) de se dévêtir – de se retrouver…

Un jeu comme un autre – après tout – dans lequel il nous faut endosser tous les rôles – revêtir tous les costumes – arborer tous les masques – assumer toutes les identités…

Une apparence – un rapprochement et une distance – une distance et un rapprochement – le centre unifié enfin ; puis, le jeu qui recommence ; dans l’étreinte – toujours – de ses propres bras…

 

 

Le regard imperceptible du poète ; bien plus qu’un langage ; une manière d’être – une manière de voir ; tout sentir – à l’intérieur…

Tout en soi – comme abandonné – flottant…

Un monde au-dessus du monde – un monde à travers le monde – en relief – en filigrane…

L’invisible au milieu des ombres et du sang…

La respiration du vide…

La terre-fleur et la terre-fenêtre – à la même hauteur que le cœur – les yeux – le ciel ; la page en simple continuité de l’âme et du monde…

 

 

Le sommeil qui tourne en rond dans sa cage ; à même les barreaux de la liberté…

Des choses et des paroles – empilées – en désordre…

Ce qui hante nos vies – nos existences-fantômes…

Rien – derrière les visages ; l’arrière-cour de la solitude ; ce grand désert balayé par les vents et la peur…

Des rêves de savoir qui écartent l’ignorance ; et notre féroce volonté…

Des destins peut-être – des destins sans doute – qui vont et qui viennent…

Une succession de craintes qui envahissent les têtes…

Nos jours – nos malheurs – nos angoisses ; tout ce qui peuple nos rives intranquilles…

 

 

Le commencement du monde et de l’errance ; si consubstantiels – au fond…

De jour en jour – peu à peu – tous les passages ressuscités…

Les morsures de l’existence ; et l’âme dévastée par toutes nos fictions ; ce qui est établi comme un socle indiscutable ; et cette présomption si familière – si dédaigneuse des hauteurs – qui, sans cesse, nous précipite dans l’abîme – comme si toute transformation (nous) était impossible – nous était refusée…

 

*

 

La mort-chagrin – sans jamais s’arrêter – comme les larmes qui coulent…

Condamné(s) à perpétuité – à moins que cela ne soit une farce ; et qu’un rire puisse éclater au milieu de nulle part – pour tout faire exploser – au-dedans…

Un peu de vérité – sans la nécessité de la parole ; le corps et le cœur qui comprennent…

Et rien d’autre que cette lumière dans notre nuit…

La naissance (inespérée) d’une sagesse silencieuse – d’une simplicité sans commentaire…

 

 

Un rayon de lune échappé de sa cage…

Un livre ouvert – un poème tatoué sur la peau…

Le cœur cinglant – sanglant – sanglotant ; tel un piège qui se referme…

La réalité de l’absence ; comme condamné à comprendre, puis, à se transformer…

Le manque devenu paroxystique converti en désespérance – puis, en soif – puis, en rapprochement – puis, en intimité (sans doute, la plus belle – la plus amoureuse – la plus fraternelle) – avant l’unité éclatante…

Un pan de lumière capable de détourner le vent…

 

 

A notre chevet – toujours – quelle que soit la distance…

En accord parfait malgré le corps mortel…

Les mouvements – la distance et les refus – accueillis…

Et toutes nos minuscules persévérances…

Malgré le nombre de catastrophes et l’ampleur de la cécité – l’Absolu – intact – indemne qui, peu à peu – en nous, se redresse et se fortifie ; la part secrète du monde qui retrouve sa place – au fond du cœur – dans nos gestes – partout où cela est possible – partout où cela lui est permis…

 

 

Orphelin(s) du monde – au plus près de cette pierre établie – au plus près de la désespérance – l’âme passagère…

Rien (absolument rien) au regard des hauteurs…

Des cimes et des précipices – insignifiants…

Que sommes-nous donc malgré toutes ces choses – tous ces visages – toutes ces identités – perdus…

Ce que l’on soustrait – peu à peu…

L’expérience du monde – du temps – de la mémoire – incertaine ; et qui se défait – et qui (progressivement) tombe en poussière…

La bouche sèche – face à notre soif…

Une chair sans nom – changeante – désorientée (de plus en plus) – qui se laisse traverser – et creuser – par ce qui s’acharne – par ce qui l’obsède…

Un peu de vent – comme si l’on existait (réellement)…

 

 

Les yeux de l’Amour – aimé…

Le jour et la nuit ; de toute éternité…

L’argile et le silence – étrangement intriqués…

Et un peu de souffle pour affronter les autres vivants ; ce qui semble animé…

La mort – devant et derrière soi ; la mort – partout – au-dedans et alentour…

L’univers inconscient qui favorise les naissances et le combat ; la barbarie (presque) toujours au détriment de l’innocence…

Des destins brisés avec effronterie – avec indifférence – avec soulagement…

Le saccage de tous les registres – la folie et la sagesse – sans distinction…

L’acharnement à déconstruire ce qui nous guette – ce qui nous attend…

Peut-être les apprentissages les plus essentiels pour aller au-delà de la respiration – au-delà de l'existence apparente – comme une pierre haletante – immobile – séquestrée – prête à n’importe quoi pour échapper à la malédiction de ceux qui sont nés sur la terre…

 

*

 

Nous – marmonnant – appauvri(s) – à nous balancer sans fin devant l’immensité – comme un pauvre pendule manipulé par une main invisible et obstinée…

Seul(s) – face aux Autres – face au ciel…

La parole désertée ; condamné(s) à affronter les vivants et la mort ; à participer à la ronde macabre (et parfois réjouissante) des circonstances…

L’expérience du monde ; l’existence vécue…

 

 

Une forêt de corps et de visages défigurés – pressés contre des grilles – dressés contre leur supplice ; à user leurs forces jusqu’à la dernière parcelle d’énergie…

L’élan de dire – de témoigner – avant de mourir ; quelque chose (peut-être) de l’expérience humaine…

 

 

Nous – inépuisablement…

Un regard comme entré par effraction…

Le soleil et la mort à nos trousses…

Et la longue course avant la mise en pièces soudaine…

Sans saveur – cet éloignement…

La lumière naissante arrachée – et jetée dans ce lent engloutissement ; peut-être – sans doute – le seul accompagnement (véritable)…

Et cette atroce sensation de s’enfoncer – de sombrer, peu à peu, dans l’abîme ; le corps – les yeux – le cœur et l’âme – en désordre – confusément – comme retourné(s) – cul par-dessus tête – à même l’illusion…

Victime du ressac – du grand large – du recommencement – malgré notre apparente stabilité…

 

 

A l’orée d’un grand soleil – le sourire aux lèvres…

Un sens attribué à toutes les grimaces – à toutes les interrogations – à toutes les craintes – à toutes les indécisions…

La suppression des soucis et l’effacement des blessures – au profit d’une présence qui offre au monde un marchepied et au vide – et au silence – le plus beau des joyaux…

 

 

Mère née de soi – nourrie à son propre sein – par son propre lait – enfantant toute sa descendance…

La généalogie du chaos et de l’apprentissage ; jouet (fabuleux) de l’infortune du monde…

Vouée à une éternelle métamorphose…

Une sorte d’entité aux dix-mille visages…

 

 

Ici – cloué à la terre – par la gravité ; le monde antique fuyant à l’intérieur – soucieux d’échapper à la désespérance contemporaine…

A chaque pas – cette cloche ancestrale qui sonne – le même parcours – la voie ouverte – et indéfinissable – vers la source – sous nos (propres) encouragements ; et le malheur, parfois, au seuil de la tête…

La foulée insistante – à tenter d’explorer partout – sur ces rives sans réponse – à creuser en soi – un puits ou un tunnel – qui, à en croire les sages (certains sages), déboucherait sur une vaste étendue – l’espace réel libéré des secrets – des miroirs – du temps – propice à une existence légère – profondément ancrée – profondément vivante – sans appartenance…

 

 

Là où tout se balance…

Une forme d’équilibre…

Sans croix – sans étendard – sans interstice…

Un monde sans histoire…

Au cœur de sa propre géographie…

Des vagues de vie ; et mille émotions…

Tout qui danse – qui s’avance – qui tourbillonne – sans masque – sans le moindre déguisement – dans la franchise et la lumière…

Une joie claire ; une parole précise ; tout ce qui peut rompre le rêve et dissiper le brouillard – sans la moindre duplicité…

Toute notre vie résumée à un sourire ou à une grimace qui nous plonge (qui finit par nous plonger), d’une manière ou d’une autre, au fond de l’âme (pour le meilleur ou pour le pire)…

 

*

 

La crainte – encore – comme autrefois ; cette pesanteur dans la tête – cette ombre sous le règne du soleil…

En contrebas – face à la lumière oblique…

Très loin de ce temps où nous faisions tourner sur le bout de notre doigt la pyramide du monde à l’envers ; le souffle coupé par notre audace et notre insolence…

Au creux du poing serré – à présent – recroquevillé ; les mains sur les yeux pour échapper aux monstres qui nous poursuivent…

Redevenu enfant – en quelque sorte ; derrière des grilles – face à des crocs féroces et imaginaires…

Et, en cela, obéissant, d’une parfaite manière, à l’ordre cyclique des choses – à l’ordonnancement saisonnier de ce qui est enfanté…

En attendant – bien sûr – l’étape suivante ; la suite du voyage…

 

 

Le lieu présent – encore en deçà de la conscience – sans se dérober – sans se résoudre – face à la situation – ce qui surgit – ce qui a lieu ; les circonstances par vagues successives – et leurs innombrables conséquences – de (très) longues séries – en cascades – entremêlées – épinglées sur le grand tableau des prévisions (et des prédictions parfois) ; chacune venant en son temps…

Et nous – comme une pierre égarée au milieu de la pente – au milieu de la boue – soulevée par une main habile et jetée dans des intervalles de grandeur différente – tantôt posée au cœur d'un amas de choses verticales – tantôt engluée dans une masse (strictement) horizontale…

Le soleil et la mort – le jour et le froid – au fil de ce qui se présente…

Quelque chose de la cage circulaire – peuplée d’ombres récalcitrantes et angoissées…

Ici-bas – à cet instant même – le front appuyé contre les barreaux ; et essayant, sans jamais s’arrêter, de les repousser un peu plus loin…

 

 

Une longue suite de miroirs sur lesquels se reflètent toutes les lumières…

Des souvenirs lointains au trébuchement ; de la chute à l’avenir improbable (bien plus qu’incertain)…

Et cet intervalle dans lequel nous sommes tombé(s) – dans lequel presque tous se sentent prisonniers…

Comme un presque mort – un somnambule – un ensommeillé – dans sa chambre qui entend les vautours tourner autour de ses rêves et qui attend le premier coup de bec pour ouvrir les yeux…

Une sorte de déconstruction du temps et de l’espace…

Une autre manière de vivre et d’habiter le monde…

 

 

Ce que l’on attribue (en général) à l’immortalité…

Sur chaque jour qui passe – nos initiales (inutilement) gravées…

Un bout d’aile que l’on façonne pour le grand voyage – en oubliant l’impossibilité du périple…

Sur la même ligne (horizontale) – cette marche quotidienne – sans tapage – sans prétention – au cœur de laquelle, trop souvent, nous nous absentons sous prétexte des Autres – sous prétexte de prière ou de ciel…

Idiotie – bien sûr – tant nous nous trompons d’horizon…

Jusqu’au point de retournement – parfois transformé (momentanément) en halte des lamentations – à bout de force ; et aussitôt les dernières doléances crachées au visage du monde – à la face du destin – on se remet en route – on s’insère dans la première danse – on s’engage dans la première aventure – sans jamais omettre ce précieux dialogue avec ce que l’on porte…

La mort et le soleil dans nos bagages – en bonne place – aux côtés de la joie – du silence – des circonstances – qui, peu à peu, se laissent apprivoiser – qui, peu à peu, nous envahissent – qui, peu à peu, imposent le rythme – la direction et l’immobilité…

Une sorte de consécration du cœur et du souffle ; la célébration naturelle (et involontaire) de l’étreinte et de l’acquiescement ; et nos pas de plus en plus insoucieux des choses et des visages rencontrés…

 

*

 

Profil bas – comme effacé par l’intervalle…

Pierre après pierre – pas après pas – le chemin emprunté ; le seuil franchi – jusqu’à l’égarement (complet) – jusqu’à cette forme de mort que l’on appelle l’effacement ; le meurtre, en quelque sorte, d’une fallacieuse identité – jetée, peu à peu, par-dessus bord ; et rejoignant l’abîme – et l’abîme rejoignant l’immensité ; le ciel et l’océan – confondus – dans le même soleil – sans le moindre nom…

Une nouvelle vie – en somme – plus proche de l’infini…

 

 

L’esprit ému – le corps toujours agissant – malgré l’immobilité intérieure – comme inséparable du jeu – prisonnier, d’une certaine manière, des danses – des courants – du chaos – du monde – de l’enchevêtrement (inextricable et inévitable) des choses…

La surface et les couleurs – mille formes de déguisement – malgré la nudité et la profondeur…

Rien de très nouveau – en vérité – entre le dehors et le dedans…

Quelques murs – comme un décor – malgré l’ampleur (et l’importance) de l’arrière-plan…

Et des hordes (encore) d’illusions – comme des images solidaires de ce qui bouge – de ce qui semble animé ; comme des reflets dans le brouillard – sur toutes les pierres que nous foulons…

Rien qui ne puisse entamer le silence et la joie…

Le visage complet – tous les fragments réunis – comme le signe, peut-être, d’une trajectoire aboutie – la fin d’un cycle ; le début d’un autre…

Quelque chose de la mort – comme inversé(e)…

Une autre ronde ; et un autre centre ; la suite du périple – défait des identités les plus grossières et des cercles les plus restreints – ceux qui nous condamnaient à une forme d’illettrisme de l’âme – le cœur (sans doute – beaucoup) trop circonscrit…

 

 

Exhumer la lumière là où l’oubli domine…

Au fond et alentour – qu’importe le lieu et la forme – qu’importe le nom et la nature de la matière animée…

Ni plainte – ni volonté – une simple (et impérative) nécessité…

 

 

Sous les vents – sans promesse – qui cinglent…

Dans les yeux – le reflet des proies et de l’affût ; et au-dehors – le grand cirque – le grand massacre ; et la propagande des maîtres du jeu…

L’âme tremblante – à claquer des dents…

Les pieds dans le sable sans (jamais) pouvoir échapper aux vagues – aux courants – à la foule qui se presse (et piétine) sur la grève…

Englué(s) – immobile(s) – laissant l’avenir se gorger (inutilement) d’espoir et de temps…

Les Autres – en face – nous abandonnant (par la force des choses) à ce qui nous enlise – à ce qui nous encombre – à ce qui nous déracine…

Condamné(s) à errer dans la spirale labyrinthique des âges où se croisent, à travers toutes les histoires du monde, les vivants et les morts de cette terre…

Un voyage (une sorte de voyage) entrepris (en général) les yeux fermés et les mains attachées derrière le dos…

 

 

Sans nom – sans idole…

A l’approche de la nuit…

Pendant trop longtemps en rêve ; le même sommeil – la même cécité…

La vie blessée alors que l’on se croyait à l’abri…

Au milieu de l’excitation et de la cruauté…

La solitude parmi les pierres ; au milieu des vivants…

Au fond du piège – sans aide – sans douceur – sans personne ; à gesticuler dans son trou – à l’ombre des géants moqueurs dont l'échine côtoie le ciel – les Dieux – les étoiles ; cette partie du monde (totalement) inaccessible aux hommes…

 

*

 

Tournés vers soi – toujours – à chaque instant – le soleil et la mort – sensibles à notre sort – au sort de tous – au sort de chacun – sans le moindre grief contre les identités frivoles – heureux même qu’une légèreté joyeuse (pourvu qu’elle soit sincère) égaye leur bref passage…

 

 

La terre qui enfante – et l’oiseau – et le monde – et la mer – et l’horizon…

Et, très souvent, quelques traces de ciel dans le voyage ; d’où peut-être – d’où sans doute – cet attrait pour les accolades et cette soif des hauteurs…

Les hommes – immensément – intensément – intéressés par l’intelligible ; et moins (beaucoup moins) concernés par l’ineffable – par ce qui échappe à la raison – par ce que l’on ne peut prouver – presque tout – en somme (ou disons, le plus essentiel)…

Les gestes lourds (si lourds) et les usages utiles (si prosaïques)…

Ni magie – ni (bien sûr) cercle de poésie…

Et nous autres – comme tous ceux qui cherchent une appartenance – issus (à quelques détails près) de la même lignée – de la même origine – des mêmes marges géographiques…

 

 

Un rapprochement de la chair…

Des mains avides et insaisissables…

Comme une blessure à élargir et à soigner – simultanément…

Ici – comme ailleurs – comme partout – toute l’équivoque de l’homme…

Des virages – des méandres – de (soudaines) bifurcations…

Quelque chose de l’éloignement et de la dynastie ; le règne de l’insoutenable…

Comme un bourgeonnement au-dedans et une efflorescence au-dehors – et, plus rarement (de manière presque exceptionnelle), l'inverse…

La brûlure vive et intense – avant l’effacement…

L’ardeur ancillaire et le détachement…

Le commencement de la fin (d’une certaine idée de la fin)…

Ce qui (de près ou de loin) ressemble au ciel – à la grâce – à la poésie ; à l’incarnation du mystère – au déploiement du plus essentiel…

Sans doute – notre part la plus rafraîchissante…

 

 

Ceux qui peuplent la vie ; et nos vies sans doute – aveugles à notre monde – à nos ambitions – fidèles à nos pas ; partageant notre faim et notre misère ; et le pain lorsqu’il y en a ; et les larmes qui coulent – trop souvent…

A travers nos yeux – nous regardant ; et se laissant contempler par le monde…

Sans bruit – existant à peine – comme une (faible) lueur ; et nous – parvenant (parfois) à nous hisser péniblement jusqu’à la lumière – devenant, peu à peu, notre seul appui ; et notre allié le plus loyal…

Et, un jour (ignorant tout de cette date – et du reste) – ensemble – nous réussissons à rejoindre les premières hauteurs du territoire – à combler les âmes et les ventres avec un peu de tendresse – à remplacer l’espoir et les rêves par un silence joyeux et approbateur ; sans crier gare – très respectueusement – nous accompagnant – là encore (comme avant – comme toujours – comme il se doit – peut-être)…

 

 

Pas davantage qu’un tas de chair inerte…

Pendant si longtemps – resté au seuil…

Et lentement les membres qui se désengourdissent ; la vie interne qui se ressaisit et se redresse…

Les yeux qui s’ouvrent comme après un trop long sommeil…

Ce qui ranime l’ardeur – l’attrait pour le jeu – pour le chant et le mystère ; (bien) plus qu’une aspiration – une inclinaison du voyage vers les hauteurs…

Le silence qui guide nos pas et la neige ; ce long voyage à travers toutes les couleurs…

Tout un monde – involontairement – ressuscité…

 

 

A demi-mot – sans message…

Seul – le vent – dans notre chant…

Au milieu de ce à quoi nous n’appartenons plus…

La parole et le temps oubliés…

Un tremblement ; les prémices d’un monde nouveau – peut-être – le feu et le ciel – comme seuls éléments du mystère – en nous – présents (et fortifiés)…

 

*

 

La langue au long cours – davantage qu’une promenade – une incise profonde dans l’espace et le temps – une possible pénétration des profondeurs ; l’exploration du ciel et de la mort…

La découverte (ahurie) de la danse des identités – leur inconsistance et leur enracinement…

Quelque part – le labeur des prophètes ; et l’importance des adieux avant le départ ; ce qu’il nous faut abandonner – jusqu’à la plus radicale des nudités…

 

 

Un autre âge que le sien…

Des apparences multiples…

Ce qui nous fit naître – cent fois – mille fois – une infinité de fois…

Ce que le monde connaît par cœur…

Cet escalier en spirale – au milieu de nulle part – en tout lieu – qui mène jusqu’aux portes de l’immensité…

 

 

La réjouissance du corps débarrassé…

L’esprit libre – libéré – affranchi de la liberté et de la détention – capable d’accéder à tous les possibles…

Le lieu où nous sommes comme le monde – le monde où nous vivons comme l’univers – l’univers où nous nous trouvons comme la totalité de l’espace ; et nous – exactement – entre le point et l’infini…

L’existence comme une rivière – le courant autant que la goutte (autant que chaque goutte) – la nature de l’eau – serpentant sur le sol – s’évaporant dans l’air – fidèle, d’une parfaite manière, à toutes les étapes du cycle…

Et ainsi le jour ; et ainsi l’Amour – découverts [que l’on peut (plus ou moins aisément) découvrir] – dans cet interstice entre la naissance et la mort…

Sans doute – le rêve de tout homme…

 

 

Au fond de notre grotte – la peau à même la roche – comme dépossédé ; mais heureux (très heureux) du calme – à l’abri – en secret – si loin des rives trop peuplées…

Seul – au seuil de la vérité – comme une brûlure qui efface les Autres – le monde – toute forme de généalogie ; tous les rêves – en somme (plus ou moins utiles – abstraits – nébuleux)…

 

 

Une rupture – comme une déflagration – un effondrement – un envol…

La dérive lointaine du jeu ; la part la plus souterraine de l’existence et du monde…

L’interstice entre le regard et le geste…

Ce qui a lieu – ce qui semble arriver – à la surface ; et l’obscurité mystérieuse des profondeurs – éclairées peut-être – éclairées sans doute – par une lumière inconnue et absorbante…

Ce que l’on voit – comme le brouillon des analphabètes ; et cachée, l’œuvre virtuose qui s’écrit sans personne – mue par sa propre puissance – par son propre silence – par sa propre beauté…

 

 

Les hommes – sur la peau du monde ; comme expulsés du dedans…

Les viscères – encore trop déterminants dans l’organisation générale et l’édification de la hiérarchie…

La tête – comme une fenêtre opaque ; un soleil minuscule – asphyxié…

Une vague lueur – un peu de lumière blanche – sur les murs et les traces de sang…

Toute l’étendue creusée – comme un tombeau où s’entassent les morts – et la plupart des vivants…

Rien de (très) réjouissant dans ce grand désert – dans cet aveuglement…

 

 

Ce que le sol absorbe – ce qui envahit l’âme ; la peur – l’ignorance – le sang…

Ce qui façonne le monde et l’absence…

Cet inconfort déguisé en agrément au fond duquel nous nous sommes (à peu près tous) réfugié(s) pour survivre et tenter d’échapper à la mort…

 

*

 

Au cœur de notre humanité ; cette crainte – (à peine) cachée – de l’absence et de l’absurdité…

Le vide sous le sable sur lequel on traîne les pieds…

Notre vie – comme une parure trop étroite – une guenille qui dissimule (très) mal la chair bleuie par le froid…

L’incompréhension et la souffrance face aux masques (et aux déguisements) des Autres…

Le costume et la comédie – comme un couperet (contradictoire) qui partage l’âme en deux ; une part offerte au spectacle – et l’autre condamnée à l’effroi et au repli – invitée à la solitude – guidée vers l’au-delà de l’homme

Comme toujours – à la fois ici et ailleurs – entre le soleil et l’abîme – sur ce fil ténu et désert ; à nous balancer – terrifié(s) – au bord de la chute…

 

 

En fin de compte – la soustraction succède à la tentation de toutes les sommes – aux mille accumulations possibles (et imaginables) ; et ainsi jusqu’au vide – jusqu’à la (parfaite) nudité…

Plus rien ; ni dans les mains – ni dans les poches ; plus rien ; ni dans le cœur – ni dans la tête ; l’âme – le corps – l’esprit – disposés à se désemplir encore et encore…

Devenir démuni – exposé – impuissant – à la merci de ce qui s'entasse et de ce qui écartèle…

Traversé – les bras ouverts – puis, abandonnant ce qui a été accueilli…

Devenu, en quelque sorte, un intervalle – un interstice – invisibles – où rien ne peut plus s’attarder – ni les choses – ni le monde – ni le temps…

Devenu, en quelque sorte, une parcelle d’espace – un fragment d’immensité – un peu de vacuité (ontologiquement) condamné à se débarrasser de tout ce qui vient le remplir – l’habiter – l’embarrasser ; une espèce de grand « oust » avec, dans la bouche, un grand vent et le balai à la main – tenant (très) joyeusement sa place et son rôle…

 

 

L’esprit – comme le soleil – crachant ses ombres…

Et sur le sol – le jeu de la lumière ; le commerce et toutes nos contrebandes…

Nos semblables ensemençant ; et nous – sans lignée – sans descendant – sans appartenance – assis en silence face au monde – vibrionnant – emporté par ses mille danses maléfiques…

L’esprit – comme le soleil – dissimulant son potentiel…

Et dans le ciel – l’âme déjà éprise…

 

 

Entre la mort et le silence – notre vie – ce qui s’éprouve (et se mesure) sans technique – le cœur (simplement) sondé comme un territoire large et profond (et, parfois, si étranger)…

Comme une parole – entre nous – qui circule…

Ce que les uns et les autres expriment et entendent…

Une manière de détourner (légèrement) nos pas de la tombe…

L’au-delà du monde où ne règnent que le silence et la mort…

 

 

Tout qui dévale ; le temps et les choses – sur leur pente…

Ce qu’il faut édifier et défaire…

En soi – ce qui contemple ; et des mains pour agir…

Et le verbe comme un geste…

Dans l’âme ; le poids des Autres et de l’univers – tout un territoire à rassembler…

Des promesses (quelques promesses) à tenir ; et des rêves à accomplir…

Le terrain de jeu du Divin et des vivants – sur toutes les routes – à travers tous les destins…

La conscience – sa sagesse et sa folie…

Et ce nécessaire inventaire intérieur avant le retournement…

 

*

 

Le monde oppressé – oppressant…

La léthargie – le feu et la source – si souvent – déniés – étrangers – non reconnus – indistincts…

Quelque chose comme une exécration – un refus rédhibitoire d’obéissance – devant ce trop plein d’ignorance et de barbarie…

L’innocence et l’incorruptibilité (trop de fois) bafouées…

Comme un bloc – énorme – massif – à soustraire – à faire disparaître avec l’horizon ; un reniement – la nécessité profonde (et soudaine) des marges – le fond du monde à renverser – une trajectoire à redresser…

Une manière, sans doute, de réveiller ce qui sommeillait sous les habitudes et l’oppression…

 

 

Illisibles – la rage – les choses animées – alentour…

Comme précipité au cœur du monde – dans une sorte de fourvoiement apparent…

Quelque chose de la brusquerie et de l’arrachement…

L’âme entière revisitée…

Et derrière la rébellion – le rejet des alliances et de la corruption ; un désir d’apaisement – le vide au lieu d’une longue série de rapprochements et de combinaisons (retors et sordides)…

La fin de l’éparpillement ; soi et l’infini – et tous les cercles – (enfin) en adéquation…

 

 

Du vent – ce qui élargit la faille…

La fragilité – comme le signe d’un effacement des résistances – avec, en évidence, une trace légitime de joie…

Le corps silencieux – habité – incroyablement sensible…

Un chemin qui se dessine – fort différent…

Comme un recommencement (un éternel recommencement) sur les débris de la peur et de l’atrocité – sur les ruines encore fumantes de l’ancien monde…

Et au milieu des flammes – au milieu des cendres – à perte de vue – le sacre de la tendresse et de la transgression…

 

 

Au cœur du temps – hors de soi – alourdi par le poids de l’espace…

Hors du temps – en soi – comme un rayon de lune…

Dieu se rapprochant…

Toutes les récoltes de la terre – à portée de main…

Tous les itinéraires qui (brusquement) se chevauchent…

Un peu de folie dans toutes les têtes – réorganisée dans la nôtre…

Une vie – à peine – au bord du terme ; si proche, parfois, de l’infini…

 

 

Un recoin qui échappe au jour…

Des colonnes d’obscurité – le temple des ténèbres ; et toutes les nuits qui, une à une, s’additionnent…

Le (fameux) palmarès des naissances ; ce que l’on ensemence avec (beaucoup trop de) facilité…

Pas même un peu de place pour la parole ; tout juste de quoi creuser son trou – et (à la fin) s’y enterrer…

 

 

Ce que l’on échafaude – en quête de son ascendance…

Des marches – sans retenue…

Des embarcadères pour contempler l’immensité…

Le ciel où l’on aurait grandi – autrefois – avant la création du monde et du temps…

L’origine et la vacuité au fond desquelles se sont, peu à peu, constitués le souffle et le sang – au fond desquelles sont nées les premières créatures aquatiques et terrestres…

L’époque d’avant les mots où ne régnaient que le silence et la poésie ; l’art du geste juste et du sourire sincère – sans arrière-pensée…

L’ébauche de tous les chemins engendrés par cette étrange immobilité en expansion…

Une forme (singulière) de préparation à la mort…

Et en définitive – la création d’une boucle sans fin…

 

*

 

L’orage – dans sa violence – dans sa beauté – comme un éclat d’allégresse ; le ciel qui se lézarde – qui se fractionne – comme au commencement du monde…

La terre – pendant un (court) instant – favorisée par la lumière – émergeant de son obscurité…

En toute chose – accueillir ce qui advient ; laisser jaillir le geste – le mouvement ; ce qui s’impose (d’une manière ou d’une autre)…

 

 

La douleur démesurée du monde – féroce et niais…

Sur la ligne de fracture alors que la pierre demeure inintelligible…

Le reflet du cri dans les yeux de la foule ; et l’inflexion de la terreur sur les visages…

Ce qui saisit – par défaut d’écoute – par manque de sensibilité…

Ce qui persiste dans nos mains sombres – opiniâtres – acharnées…

L’esprit – toujours taciturne – la bouche ouverte et silencieuse – et une larme qui coule (lentement) sur la joue – face à l’obstination du vide à demeurer…

 

 

L’hostilité de ce qui – apparemment – nous isole…

Des coups et des maux à mesure que l’on quitte l’enfance – que l’on s’éloigne du point d’origine…

Et cette part (inévitable) de sommeil ; l’esprit qui s’enfonce – à la suite du cœur et de l’âme mis en échec…

Comme un grand soleil ; et nous – à l’ombre – inatteignable(s) – baignant dans notre obscurité familière…

Fragile(s) et sans tendresse – à gesticuler dans notre désarroi – au cœur de nos incertitudes et de nos incompréhensions…

Parfaitement homme(s) – en quelque sorte ; un feu vif – brûlant – dénué de clarté et de discernement…

 

 

Ivre de vide et de mots – richement pourvu – au cœur de sa nudité ; du soleil et du vertige…

Et le silence – entre le monde et nous…

Éloigné de la farce sanguinaire (suffisamment pour échapper à la tourmente)…

La terre joyeuse – sans sacrifice…

Une part de l’enfance – à l’abri – sauvée peut-être…

La solitude et la réconciliation à la place du monde…

 

 

Le temple du sommeil aux colonnes rongées par le temps…

Les rêves qui flottent dans l’espace – ramenés sur le sol pour servir de socle…

Ainsi se bâtissent toutes les civilisations…

Autrefois – aujourd’hui – comme toujours…

Les bas-fonds du monde ; tous ces souterrains au fond desquels nous essayons d’entrevoir le jour…

 

 

Ce que l’on nous annonce…

Les bras croisés – le visage face au vent…

Les yeux plongés dans les flammes ; la source de l’ardeur et de l’épuisement…

A même la terre – à même le temps – nos pas et nos ambitions…

Des choses que l’on ramasse – jetées à nos pieds…

Et le silence, peu à peu, renforcé – qui disloque les pierres – ce que nous avons édifié…

A l’affût du soleil – à l’affût de l’éternité…

Le temps d’une saison – d’un (bref) repos – cette vie saccagée…

 

*

 

Un masque sur le visage – un surcroît d’obscurité…

Le long de la nuit – sur le même fil – sur la même ligne – pas après pas – mot après mot – d’une manière instinctive (et approximative – sans doute)…

Comme une tentative d’arrachement…

Avec le vide en contrebas – façon, peut-être, d’amortir la chute…

Tous les possibles – dans le cœur – dans les pieds et les mains…

Et ce que dicte la parole – le chemin…

 

 

Un passage entre nos limites et le ciel…

Sur le dos – nos ombres résignées – comme un poids – une charge accablante ; l’invisible plus lourd que la matière…

Et le temps qui s’achève en lueur…

Au-dedans – toute une géométrie avec des angles et des pentes mortelles…

Quelque chose de l’étendue aménagée en dédale – le lieu de toutes les croyances – le lieu de la pensée et des gestes mécaniques…

Ni regard – ni langage…

L’angoisse et le vent – comme écorché(s) – cloué(s) sur une planche…

Ce qui gronde sous nos pas ; les sous-sols habités…

Notre peu de force face au harcèlement…

Ce qui, en un coup d’ailes, nous traverse…

Cette brûlante (et douloureuse) découverte en soi ; ce que portent l’âme et les entrailles ; le vide – au fond de l’espace – au fond des viscères…

 

 

Le jeu et la mort – dispersés dans le réel – ici et là…

Ce qui bouscule – ce qui bascule – ce qui met en œuvre – ce qui se met en place ; ce qui advient…

Et la part du vide dans le monde et le désir – autant que dans l'exil et la complétude…

 

 

Sur soi – tous les rêves écrasants – la lumière éblouissante – le jour assombri – le réel comme un sac de pierres posé sur le dos…

Au bord du soleil – au bord de l’épuisement…

Notre vie – comme un vertige – comme un mausolée…

Le délire des Dieux se reposant de l’éternité…

Un peu de temps qui échappe à toutes les certitudes – à toutes les prédictions…

Exactement ce qu’il nous faut pour guérir de la tristesse et de l’ennui…

Un soleil qui veille – un vent qui rôde – derrière la désolation…

 

 

Seul et lisse – comme d’autres s’agrippent à la foule…

Échappant aux alliances – aux noces des choses et de l’innocence…

Ce que le refus du sommeil condamne…

Tout un continent à explorer – derrière les portes des apparences…

L’aube promise – au fond de l’âme…

Au bord des possibles – nos traits tremblants – face au monde et au temps…

A courir à perdre haleine jusqu’au bout de la terre…

Et, un jour, sur le ponton – face à l’océan – prêt à plonger dans la chair et l’immensité…

Peut-être – l’aboutissement du voyage (d’un voyage) ; et le commencement d’un autre – sans doute – le suivant – qui sait…

 

 

Rien qu’un châtiment – au fond de l’obscurité…

A l’orée du monde – à l’orée du ciel…

Immobilisé(s) – condamné(s) à vivre ici – ensemble…

Des coups qui pleuvent – des dents qui grincent – des corps qui saignent ; des larmes qui coulent sur la pierre…

Sans secours ; et sans autre recours que la violence ou la fuite…

La tête et l’âme – soumises à tous les délires – à toutes les illusions…

 

*

 

Là où il faudrait se détacher – entendre – devenir familier du vide – le néant – l’assuétude – l’opacité…

La barbarie jetée dans le monde – à l’état brut – comme une matière terrestre – une sorte d’excroissance de la trame (sans doute – l’une des plus mortifères)…

La folie – la blessure et la mort – filles malheureuses de l’ignorance…

Des têtes comme des pions – renversées sur tous les échiquiers personnels – qui, mis bout à bout, constituent un (immense) champ de bataille – une aire (infinie) de massacre – un (véritable) holocauste – inégalé – inégalable…

La brisure et la désunion pour des siècles – pour des millénaires peut-être – tant la terre et la mémoire sont gorgées de peines et de sang…

 

 

Un élan – des élans – nés des profondeurs…

Un gisement ininterrompu de silence…

L’Amour à ciel ouvert – en terrain conquis…

Une ébauche – peut-être – de l’impersonnel à l’œuvre depuis l’origine…

Ce qui succédera, à visage découvert – et de manière anonyme, au monde inconscient – aux saillies individuelles (trop) affirmées – au règne hégémonique du nom – de l’orgueil et de la singularité…

Comme une évidence – le retour naturel de l’ordre et de l’équilibre que nous avons cru pouvoir transformer et façonner à notre guise…

Les deux pieds encore sur la carte et le sol fangeux…

Rien qu’une légère dérive – à peine un détour anecdotique ; un simple écart sans la moindre conséquence sur l’histoire du monde – sur l’évolution de la terre et du vivant…

Ce qui se trame – ce qui est à l’œuvre – depuis le premier jour – derrière tous les mouvements – derrière toutes les tractations…

 

 

L’immensité – de la taille de notre âme…

Qu’importe nos croyances – notre réponse face au mystère ; tout se mesure au silence – et à la tendresse mise en œuvre…

Dieu dans les gestes – le cœur ouvert…

L’existence – à même ce qui existe – à même ce qui nous compose – à même ce qui nous affronte…

L’être quotidien – sans attache – sans exigence – disponible – disposé à servir…

 

 

La terre ravagée par nos âmes infirmes – nos difformités – toutes nos asymétries intérieures…

La chair rougie – la langue déformée…

Cette monstruosité noire – hors de contrôle…

Et nos pas sur des traces si anciennes – la cécité en héritage – condamnés à demeurer captifs – à nous débattre au fond du piège…

Et nos cris – et nos plaintes – que l’on entend d’un bout à l’autre de la terre ; le monde – notre monde – sur le point de s’écrouler – de disparaître…

 

 

La main noire – tendue – noircie par ceux qui sèment la mort – par ceux qui tournent en rond – par ceux qui resserrent les mailles de la trame…

Ce que nous avons emprunté – ce que nous avons légué – ce qui ne nous appartient plus…

La possibilité d’une obole ; une (longue) prière pour élargir notre trou – rendre la nasse moins inconfortable ; devenir ce à quoi nous aspirons – au gré de l’écoulement des courants sur le sol – dans les airs – à travers l’invisible – notre chemin sur les pierres…

 

*

 

Ce qui nous sillonne – ce qui, en nous, dépose son limon – le fiel ou la joie dans le sang – ce qui s’étale – ce qui nous ébranle…

Les lettres du silence gravées sur la peau – sous la chair…

L’âme précipitée avec les mots…

Ni simulacre – ni provocation – comme un franchissement – ce que dissimule la sauvagerie – ce qui vient (juste) après la régression…

L’enfance à l’envers – comme un gant retourné – l’antre de tous les élans – l’origine de l’ardeur – ce feu si ancien – ce feu si lointain…

Ce qui ne peut rompre le fil – ni la vie – ni la mort – la suite du temps – quelque chose qui ressemble à la vacuité ; et cette allégresse qui célèbre la liberté retrouvée…

 

 

Ce qui commence – et s’achève – avec nous…

Ce monde hurlant – ces grondements sourds sous le sol…

La pesanteur de nos pas pressés – nos mains épaisses et oppressantes – nos ambitions sournoises et tapageuses ; comme un interstice qui s’ouvre et se referme – une bouche, en vérité, qui avale tout ce qu’on lui jette – tout ce qui passe à sa portée ; un gouffre qui amasse la chair – les mots – les crimes…

Une forme de servitude et de mutilation ; une respiration – un cœur qui bat ; et des seaux d’excréments que l’on balance autour de soi…

Une incompréhension que l’on transporte de lieu en lieu – de vie en vie – comme un viatique – notre seul bagage – au lieu du soleil – au lieu de la nudité – au lieu de la poésie…

 

 

Rien qu’un lieu de transformation…

A contre-courant du monde – de l’homme…

La traversée du fleuve – à la nage – dans le sens du courant…

Le cœur ouvert – le nom oublié ou avalé…

Ce qui advient – accueilli…

Comme une aire sur laquelle tout finit par se poser ; et que l’on déblaye – presque aussitôt – pour favoriser la mort et le vide ; et ainsi l’incessante réception…

 

 

Près des Dieux de l’envol et des oiseaux…

Sans église – au cœur même du ciel descendu…

Sans croix – sans péché – sans déluge…

La fin des temps reculée chaque jour ; à chaque instant – la même eschatologie…

Le vide livrant ses secrets pendant notre absence…

Ni mal – ni tourment – ni enfer – ni paradis ; ce qui, en nous et à travers nous, se crée…

Ni masque – ni mensonge ; seulement – le poids de ce qui vient – le poids de ce qui est en mouvement…

 

 

La part (sans doute) la plus inquiétante du siècle ; sous le front – dans l’arrière-cour de chacun…

Ce qui se trame dans l’âme – maladroitement guidé par la peur et la psyché…

Le sommeil sous les paupières – les yeux morts qui ne reflètent que la désolation…

L’horizon dévasté ; et cette odeur de mort qui flotte (un peu) partout – entre les vivants…

La fin d’un monde – sans, peut-être, la possibilité du suivant…

 

*

 

Parfois – la douleur – comme un renversement de l’axe vertical – une dislocation de l’âme – une désagrégation du monde…

Le jour qui s’enterre ; la lumière soudain assombrie…

Quelque chose de l’écartèlement et de l’asphyxie…

Le visage de l’Autre – en soi ; et l’envahissement de la solitude…

Le cœur morcelé – au faîte de l’invisible – qui s’élucide – qui apprend – et révèle – (peu à peu) sa nature…

La fragilité et la tendresse absolues ; cette capacité inégalable à endurer et à accueillir ; et cette immortalité…

 

 

Point d’appui de l’intervalle – l’assise de l’expérience…

D’un seul trait – de la naissance à la mort…

Et de la disparition à la réapparition – l’un des objets du mystère – plusieurs étapes – sans doute – assez élémentaires ; ce que les sages (peut-être) s’échangent en secret…

La liberté et l'ardeur ; l’élan nécessaire pour sortir de la cage – s’éloigner du périmètre – habiter (pleinement) l’espace…

Offrir à la dérive l’intensité suffisante ; prolonger le voyage d’une extrémité à l’autre ; et vivre ainsi l’éternité – l’impossibilité de la fin…

 

 

On vit – on glisse – comme roule la pierre ; et l’on s’immobilise de la même manière – pour des siècles de voyage ou d’astreinte…

Quelque chose qui s’obstine – condamné à se déployer jusqu’à l’épuisement – jusqu’à la rupture – jusqu’à la mort…

Ainsi sommes-nous fait(s) ; davantage chose – force brute et souterraine – tête absente – que volonté…

 

 

D’un bout à l’ autre de la grandeur inventée – puis, la chute – comme une bénédiction – le prolongement (naturel) du voyage…

L’ambition commune – en nous – qui se retire – pour la seule ambition qui soit – la seule qui vaille – la plus haute sûrement…

Le territoire de l’Absolu – à mains nues d’abord – avec son lot de malheurs (inévitables) avant le temps du découragement – avant le temps du recroquevillement – si propices à la faiblesse – à la sensibilité – à l’abandon…

Puis, un jour, en ouvrant les yeux – le ciel sur la terre – le pas apaisé – le sol lumineux – loin du rêve ; quelque chose hors du monde et du temps ; en ses propres profondeurs – la découverte du mystère…

Le silence – la tendresse et la joie – dans le regard et les gestes quotidiens…

 

 

Dans l’incertitude – tous les visages de l’existence – toutes les possibilités du monde…

Ce qui nous est promis ; et ce qui nous sera donné – l’offrande des jours qui invitera le cœur à se faire plus tendre et la main plus caressante…

Le tueur – en nous – comme assassiné…

Et un jour – la terre-prolongement – nourrie par notre Amour – par notre respect – par notre gratitude ; nous-même(s) en extension…

Le chemin du retour ; et la célébration de l’ensemble ; l’union qui détrônera (bientôt) toutes les alliances (devenues inutiles)…

 

 

Le grand soir – après la capitulation – ce qui s’initie après l’espérance et la mort…

L’aventure impartageable – la connaissance intransmissible…

Un chemin de joie et de poésie…

Un permanent va-et-vient – le regard – entre le monde et l’infini…

Les frontières qui s’effacent entre le reste et soi…

 

*

 

Sous la torture ordinaire – habituelle – (quasi) routinière ; les tenailles du monde à la main – qui pénètrent la chair ; les ampoules – la sueur qui perle – le sang qui coule…

La vie qui se resserre – sans préférence sinon la cécité – sinon l’anesthésie – sinon l’oubli de la douleur ; cet équivoque du vivant – bourreau-victime et victime-bourreau – malgré soi – consentant – mettant en pièces – la tête dans la torpeur – entaillé et entaillant – confondant (si souvent) le saignement et l’étreinte…

A genoux – pris à la gorge ; toutes nos identités arc-boutées – aguerries – prêtes à livrer bataille jusqu’au dernier souffle…

Et – soudain – sans crier gare – sans comprendre les enjeux – ni les luttes intestines – la mort qui foudroie – en un éclair ; le corps qui s’affaisse pour rejoindre la terre…

 

 

Le bleu ruisselant – plus ou moins – selon l’inclinaison de l’âme…

L’absence de ruse et de calcul – l’absence de lignée…

Ici – le cœur sensible – authentique – soulevé par les spectacles du monde – par ce que voient les yeux…

Le sang et la douleur – les plaintes et les cris – face au mur…

Des chutes et des enterrements – l’œil pris dans l’épaisseur – l’esprit fébrile et opaque…

La vie – un destin – ce qu’il faut de peines et de terreur – ce que l’on remue dans la fosse – au milieu des gisants…

La réalité – notre chance – piétinée – chiffonnée ; et jetée dans un coin – au profit du rêve – au profit de l'illusion…

 

 

De l’ignorance – de la haine – des ratures…

Ce qui se déplace – à travers des signes ; ce qui parvient, parfois, à se transformer…

La science de l’âme, trop souvent, délaissée par les hommes…

 

 

Le temple du rêve – inventé…

La lumière – et les Dieux – du monde – artificiellement construits…

Un décor – une blancheur – de carton-pâte – trop de fois repeints…

Érigés par la peur d’exister et l’angoisse de la mort…

Une manière de piéger l’esprit et la solitude – de ne pas s’approcher trop près de la vitre et de l’abîme – d’étoffer l’illusion jusqu’au dernier banquet…

 

 

Rien en sa possession…

Ni souffle – ni corps – ni âme…

Pas même un emprunt…

Nous n’existons pas…

Visages et choses de personne…

Et tous les cœurs – pourtant – qui battent à l’unisson ; et les mains – toutes les mains – les bouches – toutes les bouches – les pieds et les pattes – tous les pieds et toutes les pattes – qui agissent de concert ; éléments du grand corps en mouvement…

Et dans le ventre – cette faim insatiable – incorruptible – et cette chair déchirée – digérée ; la vie programmée – passagère ; la vie, sans cesse, renouvelée…

 

 

Un débris de quelque chose ; un peu d’Amour désemparé…

L’âme – l’autel des Dieux – délaissé(e)…

De la terre et du ciel – quelques récoltes – quelques espoirs ; pas grand-chose – en vérité…

La chair que l’on avale – la chair qui pourrit ; la matière qui nourrit (d’une manière ou d’une autre) la matière…

La parole qui supplante le réel…

L’orgueil et le sentiment de la défaite…

Et l’humanité – en nous – qui, peu à peu, se retire pour on ne sait quoi ; un peu plus de tendresse ou un peu plus d’atrocité – selon le versant sur lequel l’âme se penche – selon le versant sur lequel le cœur bascule…

 

*

 

Ce qui nous engage – la tête pleine de terre – les bras qui ressurgissent – puissamment armés – de plus en plus…

A travers le songe – le souffle du vivant…

Des images – par millions – en désordre – dans l’esprit ; quelque chose d’obscène et de monstrueux…

Comme des grilles – souveraines ; le règne des cages ; les lois de la détention…

Et le ciel vivace – et silencieux – que les yeux dévisagent – sans comprendre – si vide – si effrayant – que les fronts le remplissent de choses et de couleurs ; des figures joyeuses censées contrebalancer le poids (terrestre) de la douleur et de l’ignominie…

L’invention du monde et l’invention du Divin – comme si l’essentiel nous manquait…

Des signes qui nous envoûtent…

Des croyances disséminées ici et là – au-dedans et au-dehors…

Des signes et des croyances qui renforcent la nécessité et le pouvoir du nom…

Des destins à la chaîne que l’on enfile sur le même anneau – déjà complet – déjà paré de l’essentiel…

L’innommable qui se nomme – comme l’unité qui, autrefois, s’est démultipliée ; et les apparences qui incitent à se prêter au jeu des singularités…

Rien que des détails – quelques détails – du tableau ; une fresque immense – infinie – changeante – inachevée – inachevable – où chacun constitue à la fois un pinceau et une tache de couleur – changeants eux aussi…

Le mystère et le merveilleux – si hauts – si inaccessibles – et à portée de main – à portée de tous ; à chaque instant – au cœur du jour – au cœur des gestes les plus quotidiens…

 

 

A l’autre bout de soi – quelque chose d’inconnu – l’extrémité des profondeurs…

En dessous du langage – là où naît la poésie…

L’immensité qui se laisse voir – qui se partage – et qui se retire le moment venu…

L’art d’exister au milieu de l’indifférence – au cœur du monde et de l’oubli…

Ni temps – ni croyance ; la parole de plus en plus silencieuse ; et le visage tourné vers l’intérieur…

 

 

Rien qu’une route – ce voyage invisible…

Tous les pas à la suite du premier cri…

Le même ciel au-dessus des mondes que chacun peuple à sa manière…

La multiplication des élans depuis l’origine…

Le verbe qui traduit la multitude (et inversement)…

Mille visages – mille lieux – soumis au même mystère – aux mêmes misères…

Ce qui se fait – et se défait – au fil du temps…

 

 

Le cœur soupesé pour comprendre la gravité…

La mort comme un vêtement – une trappe secrète – l’un des seuils de l’espace – de l’autre côté – sur l’autre versant – celui qui est interdit aux vivants – invisible – indécelable par les yeux des hommes…

Dieu – jamais très loin de ceux qui vivent humblement – tremblant de peur ou de joie…

Soumis à la couleur que la vie leur impose…

Un oiseau – à peine – à travers les bourrasques ; le ciel et toutes les circonstances…

L’âme passante – comme le vent – comme le reste…

Le poids de la terre sur les ailes ; et l’immensité – comme l’envergure et la portée du poème – indéfinissable…

Au pied de l’arbre – notre soleil et notre tombe…

 

*

 

Là – sur cette rive où le sang coule comme l’une des nombreuses substances terrestres – organiques – humaines ; au même titre que les larmes – la sueur – la semence – qui se mélangent à la chair – à la terre…

Comme les corps que l’on mastique ; et que l’on digère…

Le labeur suintant des entrailles…

Comme les bêtes ; rien qu’un ventre ; la pièce centrale que l’on a, peu à peu, entourée de quelques éléments annexes – secondaires…

Condamné(s) – détenu(s) par la matière – jusqu’à sa mise à mort…

 

 

Plus haut que soi – l’histoire du monde – le vent – le ciel – l’eau – les Autres – le reste ; ce qui n’est pas nous…

Pas plus essentiel ; un peu plus haut ; pas si différent…

De la même veine que l’ivresse et le vertige…

Quelque chose que l’on ne contrôle pas…

Innombrables – comme les barreaux de notre cage – comme les ombres souterraines – comme les cadenas dont nul ne possède la clé – comme toutes les portes qui se ferment à mesure que la route se précise…

Et cette ouverture, en soi, étrange – à peine croyable – inespérée ; comme le prolongement de l’histoire – de toutes les histoires ; une faille – une béance – avant de rejoindre le vide qui nous a créé(s)…

 

 

La chair restreinte – l’âme claquemurée – l’esprit en embuscade…

Le monde – ses procédures et ses tressaillements – toutes nos défaillances…

Ce que précise la lumière à mesure qu’elle croît…

Du plus sombre à la terreur…

Ce que nous déchirons – le cœur même de la trame ; nos ailes – peut-être – ces choses si proches du ciel – faites de la même substance – sans doute…

 

 

Le jour – à moitié involontaire – à moitié décidé – comme un animal craintif que l’on peut – à force de patience – apprivoiser…

Ce qui se dissimule à nos yeux trop avides – trop gourmands – trop affamés…

La chair d’une bête inventée – sous le signe de l’abondance et de la boulimie…

Notre ventre – dans lequel passe la vie ; autour duquel le monde s’est organisé…

Et notre estomac prédateur qui sera, lui aussi, transformé, un jour ou l’autre, en denrée qui remplira la panse des descendants de ceux que notre bouche aura avalés…

Le grand cycle de la matière et du service ; des sévices – des entrailles et des dépouilles dépecées…

 

 

Le chemin vers un Autre – vers ailleurs – qui console (parfois) de l’incompréhension – du sens ignoré – de la permanence des guerres…

Et ce bruit de balançoire que l’on perçoit au petit jour – lorsque le soleil éclaire les larmes – les têtes pensives – les corps inertes et ensanglantés…

Derrière et sur nos écrans ; comme des filtres et des angles morts – des recoins où se cacher – que la lumière ne peut pénétrer…

Notre oubli (tous nos oublis) – depuis des millénaires ; une stratégie, sans doute, pour survivre à tant de malheurs – à tant de dangers…

Le cœur pétrifié – au cœur des tueries – parmi les assassins…

Une route à construire – un espace à débroussailler peut-être – pour espérer se retrouver, un jour, face à l’immensité silencieuse – l’âme aussi bleue que le reste – aussi bleue que l’ensemble – le visage en paix – en un lieu qui ne nécessitera ni la fuite – ni la consolation…

 

*

 

Le visage grave et le geste inventif qui brouillent – et effacent – les images – qui décapitent les idoles – qui décèlent, sous les parures, un feu réel – (extrêmement) meurtrier – capable de démasquer les faux râles – d’assassiner tous les comédiens – de révoquer les vies fictives qui se traînent sur les routes du monde comme si la terre était un échafaud…

Un faîte – un socle – sur lequel il serait possible de vivre quotidiennement la densité et la profondeur ; chaque geste – chaque parole – aussi authentique que le regard – affûté(s) ; au rythme de ces cycles qui, en ce monde, font tout recommencer…

 

 

Sur la feuille qui surplombe le monde – les malheurs et les tourments – tous ces tourbillons qui emportent les corps – les âmes – les vies…

Et l’âme sans clôture – sans commerce – sans personne ; au-delà même des exigences (éthiques) les plus hautes…

Une manière de déchirer la liberté – tous les drapeaux et toutes les bannières que les hommes ont l’habitude de dresser devant eux…

Sans pouvoir – sans autorité ; dans l’élargissement de ce qui est touché ; et, involontairement, l’anéantissement des frontières ; et les jointures qui apparaissent spontanément pour souligner l’emboîtement au reste…

Ni porte – ni chemin…

Ni apprentissage – ni enseignement…

La vie même et ce qu’elle porte ; l’infini – l’invisible – l’Absolu – sans retenue – autant qu’il nous est possible de les ressentir – autant qu'il nous est possible de les expérimenter…

 

 

Les mains – sans entaille – sans artifice – sans bizarrerie – aussi nues et innocentes que le corps – que le cœur – que l’esprit…

Sous la même voûte que toutes les arches de pierre ; l’âme vive – et impétueuse – au service de la terre – au service du ciel et du vent…

A notre place (enfin) dans cette disparition – dans cet enfouissement – dans cette indissociabilité avec le monde…

 

 

L’œil par-dessus les choses – au lieu d’y pénétrer…

Des livres comme des tunnels – au lieu du ciel et des oiseaux…

Ce que l’on accomplit – malgré soi ; ce que la vie nous dicte – le monde en filigrane ou en arrière-plan…

Instruments du ciel et des Autres…

Ce qui nous cisaille – ce qui nous révèle…

L’attente et l’impossibilité de la guérison – comme si nous étions incomplets…

L’existence agitée – cannibale – pétrie d’images – de prières et d’idoles…

Dieu à tout bout de champ ; et le sang versé contre lui ou en son nom…

Notre exacte position sur la terre – sous les étoiles…

Notre vie – comme une marche absurde et mystérieuse en un pays lointain – sur une terre hostile et inconnue – que chaque pas essaye d’apprivoiser…

 

 

A présent – sans même le besoin d’exister – sans même l’envie de prolonger la vie ou de précipiter la mort…

Ici – dans cet espace – changeant chaque jour de recoin – le regard, peut-être, plus aiguisé…

L’âme lasse de tous les savoirs humains ; éreinté – assommé – par les histoires – par la comédie – le grand cirque – le grand bazar – que s’ingénient à bâtir les hommes…

Toutes les expériences possibles – au creux de la main…

Immobile ; l’Amour – la mort et l’effacement…

Ce qui compte – ce qui subsiste – lorsque tout a été donné – lorsque tout a été repris ; la nudité du cœur et du corps…

A la place du couteau – rien – si, peut-être, une sorte de confiance et de sourire – comme une distance légèrement indifférente – légèrement impliquée…

Comme un voyage sans importance – sans point de départ – sans origine – sans intention – sans dessein – sans destination ; des étapes – seulement…

L’évanescence et l’éternité…

La fragilité et la puissance – sans point de résistance…

Le bleu qui s’étend ; et l’homme qui, peu à peu, disparaît…

Ni croyance – ni vérité ; ce que l’on porte, en soi, rencontré et expérimenté ; sans alternative – de toute évidence, la seule perspective – la seule nécessité – celle où l’on se sent (un peu) plus que vivant – joyeux – à sa place ; bien davantage que nous ne pouvions l'espérer au commencement du monde…

 

*

 

L’oubli – comme le poing et l’éclat de la pierre – instrument des hommes et des sommets…

L’invisible labour de l’espace…

La terre après l’orage – revivifiée – prête à recevoir la semence et le sang…

Ce que la main des Dieux dessine au cœur de nos vies ; des ajouts – des détours – des ornements…

La monstruosité réticulaire à l’œuvre…

A pas comptés – jusqu’au moindre écart entre le rêve et la réalité…

Ce que la tête et les bras s’obstinent à détruire ; la poitrine orgueilleuse – incapable de passer à travers les barreaux…

Encore prisonnier de l’esprit…

 

 

Délivré du monde – des terres qui vénèrent la force et la puissance des armes – des souterrains millénaires – qui ont enfanté tous les mythes – tous les récits – toutes les civilisations ; la fable – l’invention – le mensonge que nous sommes – comme si nous étions capables (à force de volonté) de sauver l’enfance et de retrouver l’innocence première née du frémissement de l’origine…

Délivré du progrès – du sens de l’histoire et des racines apocryphes et infamantes…

Comme un va-nu-pieds – à présent ; la poitrine défaite et libre…

Rien entre les tempes ; rien entre les parois du cœur – sinon l’ineffable – ce qu’aucun homme ne peut – ne sait – mesurer…

Au centre de l’espace – sans suffocation…

Le souffle lumineux – sans que l’esprit se sente obligé de commenter – de résister ou de souscrire au mouvement – à la marche du monde…

Sur la feuille – l’aridité (nécessaire) – la simplicité abrupte de ceux qui ont renoncé (naturellement) à leur identité et à leurs ambitions…

Des restes d’air – quelques remous dans le ciel accessible ; si peu de chose(s) – en vérité…

 

 

Ici – rôdant au milieu des siècles insecourables…

Dans le renouvellement sauvage du vivant…

Avec quelques rêves d’existence autour du soleil…

Le sommeil blotti contre nous – au plus près du cœur qui hiberne…

Sous notre couverture de terre…

 

 

Des noces aux funérailles – dans tous les lieux possibles…

L’âme retournée comme le sol que l’on fouille…

Tous nos ancêtres derrière nous – au-dedans…

Le produit fini – et inachevable – des siècles – des générations – de toute la généalogie terrestre et cosmique…

Le souffle et les larmes – au bord des lèvres – ce qui, autrefois, sommeillait au fond de la terre – ce qui animait le visage des premières créatures – et plus loin encore – ce qui existait en germe – en possibilité – dans les profondeurs de ce qui nous enfanta…

Nous – visité(s) et visitant – traversé(s) et traversant ; absolument – la seule expérience qui soit…

 

 

A travers le monde – le jour glissant…

L’ombre – maîtresse des rayons…

Le cœur aguerri – nos traces hors du cercle…

De plus en plus penché – l’inclinaison de l’âme – au-dedans – et au-dehors – à travers la main tendue…

De moins en moins esclave de la liberté (de l'idée de liberté)…

Qu’importe ce qui s’impose – obéissant…

Le corps et l’esprit sous la tutelle d’un plus grand que soi qui se laisse deviner – qui se laisse approcher – qui se laisse habiter – que nous sommes au cœur de ce qui bouge comme au cœur de ce qui contemple…

La vie authentique – sans insouciance – sans gravité ; le réel que chacun peut expérimenter…

 

*

 

Empêtré(s) dans le corps et dans l’âme comme dans la vie ; l’absence – involontairement – mise en avant ; à la manière d’une désertion ; le cœur, sans doute, trop étranger…

Le visage contre la grille – parfois posé délicatement – d’autres fois frappant (avec violence) contre l’acier…

Très loin – très haut – inimaginable – le soleil – comme un autre monde – une fable – une histoire que l’on (se) raconte pour ne pas (trop) désespérer du noir…

L’enfance bannie et rouée de coups ; et le souffle qui manque pour transformer l’élan en trajectoire et échapper au labyrinthe des devoirs – des attentes – des conventions ; ce dédale inventé par l’esprit ; les seules fondations et les seuls barreaux de l’enceinte dont nous nous croyons prisonnier(s)…

 

 

Parfois – mourir – s’abandonner à ce qui nous happe – la tête brinquebalante dans le sable et le vent…

En prise directe avec le réel – ses piques – ses pointes – ses caresses et ses assauts…

Le soleil en plein visage ; et la pluie battante sur l’échine…

Comme les bêtes ; leur (admirable) courage en moins ; mais, de toute évidence, moins pusillanime que les hommes ; la figure entre la gueule et le visage – comme le corps – comme le cœur – comme le reste ; franchement indistinct(s) – franchement indéterminé(s) ; né(s) et vivant(s) tissé(s), sans doute, à même la trame…

 

 

Les bras le long de l’âme – l’esprit tendu – le cœur chaviré ; en partance déjà…

Bancal – comme tout ce qui est vivant…

Simple dans ses contours ; et complexe à l’intérieur et dans ses liens avec les Autres – dans ses liens avec le reste…

La matière inscrite dans l’abîme – et le regard au-dedans et au-delà…

A l’extrême pointe, peut-être, de l’immobilité – là où peut encore se mouvoir le voyageur…

 

 

Au bord – comme si tout était abîme…

Au cœur – immobile…

A la périphérie – comme sur une pente…

L’angoisse – la chute – l’inconnu – sans qu’il soit possible de savoir…

Comme une force très ancienne – à l’intérieur – qui nous guide…

Une perspective – à travers le monde – au-delà des apparences…

 

 

Au-delà des traits et des tremblements…

Dans le désert – agenouillé…

A contempler sa figure dans l’immensité…

Toute vie intérieure – en vérité…

L’âme alliée de l’espace…

Le vide sans prophétie – sans malédiction…

Notre sort à tous – entre évanescence et éternité…

Quelque chose du passage – de l’obsolescence – de l’immobilité…

 

 

La douleur – comme un mur – une terre déchirée ; le cœur de notre périple…

Au-dessus du monde – le vol des défenestrés – ceux qui ont osé sauter dans l’inconnu (ou, parfois même, dans le néant)…

Au-dedans – le temps chamboulé ; l’avenir – le présent – le passé – mélangés – amalgamés – comme un nœud qui opère une cassure dans la linéarité ; une sorte de constance dans la discontinuité ; et une intensification peut-être…

Tous les nombres – toutes les lettres – affolés – retournés – entre le point neutre et l’infini ; offrant toutes les combinaisons possibles…

Le sort suspendu à un fil – enchevêtré à tous les fils – au cœur même de la trame…

Les pieds nus dans la neige…

Le ciel des existences – des calculs et des alphabets – en quelque sorte…

Ici – à cet instant – à la manière d’une autre vie – plus belle – plus libre – plus grande ; le début, peut-être, de la (véritable) poésie…

 

*

 

Entre les cercles étroits – libre – sans appartenance…

Au-delà de l’ordre et de la douleur – de la respiration commune asphyxiante…

La voix calme – oscillante – entre le corps et la terreur – entre l’imbécillité et le sommeil – encore trop près des hommes – sans doute…

En soi – l’élan salutaire – le pas de côté qui (nous) soustrait aux règles – aux lois – à toutes les normes en vigueur…

Offert – effacé – exposé – de plus en plus ; le visage transparent traversé par des éclats de lumière…

La tête désinscrite de toutes les listes – vide – vidée – comme un serpentin lancé en l’air…

L’existence qui se défait de ses liens – des chaînes qui la retenaient…

Comme un jet de pierre – à présent – une trajectoire interminable tant que l’on sera capable de repousser le sol – d’insuffler le vent – pour que dure le vol – le trajet – le voyage…

 

 

L’esprit et la main – apparemment lacunaires – sans grain – sans attrait – délaissés par ceux qui mendient – par ceux qui exigent ou attendent – par ceux qui sont incapables de voir leur richesse ; ce vide – cette innocence – cette disponibilité – qui ne s’offrent qu’aux réelles nécessités du monde…

Au-delà de l’invisible frontière – du seuil silencieux – qui efface toutes les formes de séparation – qui réintègre l’essentiel – qui inverse les extrêmes – qui ramène au centre toutes les anciennes périphéries…

Libre et joyeux – le cœur lucide et le regard affûté œuvrant à leur tâche – l’âme comme une terre vierge – un bout de ciel ensemencé…

 

3 juillet 2022

Carnet n°275 Au jour le jour

Octobre 2021

Ici – sans aile – sans ciel – arpenteur(s) de souterrains – nous tuant à la tâche pour quelques couleurs qui pourraient (éventuellement – sans la moindre certitude) égayer le gris habituel…

A marcher dans l’espoir d’une lumière (toujours) introuvable…

Ici – la liberté cependant – dans le geste affranchi du désir et des ambitions – dans la parfaite obéissance à ce qui s’impose…

Le cours des choses en prescription ; et la stricte observance existentielle comme seule nécessité…

 

 

La plaie ouverte ; l’enfance nue – sur la cime (supposée) originelle – défaite de ses vêtures et de ses mensonges…

Dans la main – (bien) davantage que l’espérance…

L’horizon au-delà des querelles et des ombres vénérées…

Ce que l’on s’échange – (presque) toujours en pure perte…

Sous nos doigts – dans la chair – au cœur du monde ; l’esprit follement épris du mystère…

Au-delà de la douleur et du temps – au-delà des combinaisons trop communes – trop conformes – quasi obscènes (tant elles sont répandues)...

Ensemble – sans personne – sur la pierre ; exclu de tous les trafics – de toutes les manœuvres – des usages les plus nocifs…

Une minuscule fenêtre – un peu de lumière…

 

 

A notre place – disparu – sans reconnaissance…

Parmi les arbres – au cœur de la forêt…

Toutes les portes – comme toutes les rencontres – à l’intérieur…

L’infini et le souffle ; la vie sans résistance…

La simplicité de l’être et la simplicité de l’homme ; le manque et la mort mis en échec par l’instant – la disparition de la durée – l’extinction du temps…

Et, contre toute attente, la subsistance de l’étincelle et de l’éternel…

Jamais seul(s) – bien sûr – dans la solitude…

Le jour qui vient – le jour qui va ; l’existence heureuse – sans doléance – sans caprice ; le cœur comblé…

 

*

 

Des empreintes dans l’espace…

Quelques cordes tendues au-dessus du vide…

La foulée qui s’allonge sur le fil…

De la douleur à la jouissance – en quelques pas…

Toutes les vibrations du vivant…

Et, au cours de la marche, des gisements à foison – d’où, sans doute, l’éternel recommencement des choses – du monde – du temps…

L’existence en sensations inextricables ; l’esprit à géométrie variable ; sur des plans différents et, parfois, complémentaires…

Le ciel indemne malgré la prolifération de la matière ; le jeu perpétuel du vide ; l’invisible qui exerce ses prérogatives…

 

 

Hors de soi – le devenir en dormance…

Le monde et le temps comme assoupis – presque inexistants – pas même un décor ; un souvenir (plus ou moins lointain)…

Du bruit et des mouvements – étrangers – comme une part de soi – derrière la vitre – oubliée – abandonnée à elle-même – à ses propres rêves…

Du délire et des ruines – le grand vertige et la grande mélancolie des hommes…

De la rocaille en guise de visages…

Et, au-dedans, l’errance et la cage…

Les pas qui tournent en rond – derrière des barreaux ; ce que l’on porte – au-dedans des frontières – la peine et l’interdiction…

L’espace et la vision – (extrêmement) limités ; notre périmètre de détention…

Condamné(s) au rêve et à l’évasion qui se transforme, quelques fois (très rarement), en salut – mais qui se limite, chez la plupart, à un peu de ciel peint sur une planche – à un soleil inventé – purement imaginaire – pour égayer (un peu) la couleur de l’air que l’on respire…

 

 

Au bas des pierres – ce grand cercle de lumière…

La fange et l’ennui – entremêlés – et qui (bien sûr) nous embarrassent…

Le vide certes mais comme vécu à distance…

Une existence qui nous laisse (le plus souvent) impassible ; et des circonstances qui nous rendent (pourtant) si impatient(s) – si insupportable(s)…

Sans gratitude – sans surprise – alors que rien ne nous échoit de manière gratuite ; le sens sous-jacent de toute offrande…

Chaque expérience – comme le prolongement permanent de nos actes ; avec mille implications – mille conséquences…

Comme si l’on participait (malgré soi) au grossissement du monde ; et, bientôt, devant nos yeux – cette montagne démesurée – monstrueuse – inébranlable – impossible à gravir…

Et ce minuscule trou de souris où l’on s’est (provisoirement) réfugié – où l’on a (apparemment) élu domicile ; et qui nous contente ; en effet – qu’importe l’extérieur – le dehors géographique ; en soi – le (seul) lieu de la métamorphose – le (seul) lieu des possibles – malgré l’apparente exiguïté…

 

 

A l’opposé de soi – la censure et la condamnation…

La parole rare et le regard sévère…

Et ce feu continu au fond de la blessure – la souffrance naturelle (et ordinaire) de l’homme et du monde…

Notre pénitence terrestre en attendant la mort…

Et, parfois, une certaine forme de hauteur – entre la folie et la lumière – la lampe toujours allumée pour éclairer les bas-fonds…

Et l’esprit (incroyablement) amoureux de ce grand bazar…

 

 

Le ciel à nos trousses ; la foulée trop lente et la course trop longue…

Au rythme de la fleur qui pousse – au rythme de l’érosion de la pierre…

Et ce que l’on abandonne (trop souvent) à regret ; notre errance et notre claudication…

Et, parfois (très rarement) – l’immensité qui nous saisit – qui nous pénètre et nous envahit – avant même que le ciel ne soit atteint…

 

*

 

Il (nous) faudrait fouiller dans ce qui respire pour pouvoir découvrir une vérité vivante…

Sous la pierre – dans l’ombre – au fond de la chair – le magma écarlate qui, peu à peu, se transforme – qui, peu à peu, change de couleur…

La pulsation de la source – le souffle de la poitrine-mère ; et derrière le mouvement – l’infini – l’invisible – le silence ; l’espace et la présence que nous avons (malgré nous) fragmentés…

 

 

L’espace (étrangement) triangulaire du monde – du temps – de l’ineffable…

Ce qui s’ouvre – ce qui est vide – ce qui est saillant…

Derrière les apparences changeantes ; la chair qui s’entasse – les fronts offusqués…

A travers la semence [et l’efflorescence de toutes les substances (terrestres)] – le même simulacre – cette tragédie mal inspirée ; le feu de la terre qui veille sur ses morts ; et mille lieux à délivrer de l’indigence et de l’entêtement (à vivre)…

Au lieu de l’inertie ambiante – il faudrait fabriquer une embarcation – mille embarcations – et les offrir (avec un peu d’ardeur) pour que le monde soit capable de traverser l’océan des profondeurs – dans le sillage du Divin, en nous, déjà présent…

En vérité – il suffirait d’un (simple) rapprochement des bords – une réduction de l’éloignement – pour que le ciel puisse scintiller au fond des yeux des bêtes et des hommes – dans la sève des arbres et le pollen des fleurs – au fond – au cœur – de toutes les choses de la terre ; pour que la couleur et la joie puissent, un jour, remplacer les larmes et la peur…

La possibilité d’un autre monde – en somme…

 

 

Vagabond des bois dialoguant avec les pierres et les arbres – s’essayant à toutes les coutumes du bestiaire forestier – en simple passant – en habitant provisoire du temple (naturel)…

La besace pleine de baies – en guenilles – comme aux origines…

Le travail de la main plutôt que celui de la tête…

L’innocence sans mensonge…

La discrétion et le respect – la parfaite continuité du silence qui règne sous les feuillages – en accord avec toutes les lois en vigueur derrière les fourrés épais…

Le cœur et le geste – si proches de l’impossible…

 

 

Étranger à l’absence…

Plutôt fenêtre aventureuse qu’abri confortable – plutôt pas ardent que tête assoupie…

Le cours des choses – comme réel miroir de l’ineffable…

Et la clé – en soi – sans sentence ; la sagesse et l’ardeur que l’on sème par mégarde…

Dieu sur un rocher – et notre voix (beaucoup) moins belliqueuse – le monde tel qu’il nous apparaît aujourd’hui…

Derrière l’œil – la prière et la foi – sans église – sans croyance…

Tous nos visages réunis – tous nos mythes et toutes nos couleurs rassemblés – au fond de l’âme…

Sur le chemin – la perte (progressive) des illusions ; la découverte permanente ; ce que dissimulent la mort et les apparences mis au jour – exposé comme une évidence…

Notre capacité à sourire et à franchir tous les seuils – toutes les limites ; mille défis à relever – sans orgueil – sans agressivité – dans notre manière même d’être au monde…

 

*

 

Le jour dépenaillé – (très) digne sur la terre de la souffrance – au pays des fantômes et des morts…

Au fond – sans (réelle) blessure – sans (réelle) offense ; les circonstances pas même ajournées – pas même détournées…

La morsure des hommes – toutes les têtes inclinées – les yeux mi-clos – presque fermés – comme pour échapper à l’éblouissement ; pas assez mûrs – sans doute…

Un bout de ciel sombre – quelques pas – la multiplication des danses – le jeu (inévitable) du monde…

La discrétion à l’honneur ; et la patience d’attendre la lumière – les tout premiers prémices de l’effacement…

 

 

Sur cette terre sans soleil – le rôle de la couleur et la tentative des mots pour égayer l’air – donner au vide une vibration particulière…

Le déplacement de l’Amour – le rapprochement de la mort et de l’immensité…

A vive allure pour enjoliver les traces – donner à l’espace et aux pas leur allégresse (fossés et trébuchements compris)…

Une manière d’apprivoiser la noirceur du monde – de défricher des voies nouvelles – de vivre sans trop de tristesse au milieu des hommes – au milieu des ombres – au milieu des tombes…

 

 

A même la pierre – la peau – la chair…

A même le vent – la tête – les pieds…

Au cœur du rêve – trop de fois endormi(s)…

Dans les pas – la violence…

Sur les mains – le sang…

L’esprit cherchant l’impossible – cherchant l’impensable – une réponse – l’émerveillement de l’âme – la panacée universelle – mille manières d’échapper à la peur – au monde – à l’existence – à l’impitoyable inexorabilité des circonstances…

 

 

L’effusion de sang – la mort – ce à quoi incitent les idées – ce que permettent les croyances…

L’existence frivole et les gestes inconséquents…

Un léger sourire face à l’oppression – face à l’étouffement…

Davantage que nos aïeux ; davantage que quelques aboiements plaintifs…

L’enfance révélée – la bêtise pourchassée sans répit – l’exacerbation de la tristesse – pour créer les conditions de la révolution ; la fin du mirage et des âmes (trop) passives…

Pas une guerre – l’installation durable du silence…

Le règne de l’ascension – le règne de l'échappée plutôt que celui de l’affront – plutôt que celui du sacrifice…

 

 

La foule fiévreuse ; tous les tambours frappés par des mains rageuses…

Autant de bruit que la souffrance éprouvée…

Des cris et des couteaux – qui jaillissent des gorges et des poches ; les tout premiers barreaux sur l’échelle de l’atrocité…

Le monde tenu en joue...

L'excès de néant au lieu du vide éclairé…

 

 

L’espace franchi d'une seule traite – à petites foulées ; quelque chose du désir – de l’exil – de la lumière…

Comme accordé au cours (inexorable) des choses – la seule pente – la seule réalité – la seule litanie – possibles ; et tout le reste, sans doute, à négliger (autant que possible)…

 

 

Troubadour du temps des neiges…

L’hiver – sans public – la seule saison – le seul espace – envisageables…

L’Amour ; et les pieds joints dans la mort…

L’existence sans filet ; la tête hors du sable…

Le voyage entre pierre et ciel – aussi infime que les flocons qui s’entassent sur le sol gelé…

Sans doute – le même rôle et le même visage – sans la nécessité du temps – pour tenter de durer un peu…

 

*

 

La violence du magma face à l’impossible ; et (biens sûr) réciproquement…

Des hurlements face à la mort – face aux vivants…

Et la vérité qui passe – sans équivoque…

 

 

L’identité qui s’allonge – qui se distend – qui empiète sur tous les territoires restreints ; le périmètre de la peur et du retranchement ; tous les alentours…

Et dans l’âme – et dans les veines – aussi – ce (très) progressif envahissement…

La bouche attendrie – le ciel autour du cou…

Partout – chez soi – jusque dans la résonance du sol…

 

 

Le pas glorieux des inconquérants ; le ciel – en tête – plus qu’en tête – partout au-dedans et au-dessus de soi…

A chanter l’innocence face aux assauts – face aux menaces – face aux ombres qui s’avancent…

Au-dessus (bien au-dessus) de la pyramide édifiée en l’honneur des combattants – de ceux qui portent l’épée – et qui la placent (en général – très largement) au-dessus des livres…

Riant de la débâcle – pansant la tristesse – adoucissant la douleur des vaincus – sauvant ce qui peut l’être encore…

Plaçant l’absence et l’abjection face à leurs contradictions – autant que l’indifférence…

Brandissant l’Amour avec légèreté…

Coupant court à toute forme de débat…

Ôtant la poudre dans tous les yeux…

Veillant avec attention – respect et patience – sur le sommeil (non réparateur) de ce monde mal en point…

 

 

Au cœur du fardeau – l’espace et la complicité ; ce qui allège et ce qui consent – toute l’équivoque de l’homme – l’esprit pris en tenaille entre la matière et la liberté…

 

 

Le temps ajouté au temps…

La terre ajoutée à la terre…

Rien de nouveau dans les mains – sous le front…

Le même écho – celui de l’ignorance…

La solitude et la mort – à vivre comme si nous avions les yeux scellés…

 

 

Sans consigne – sans regret – sans illusion – qu’importe les seuils et les portes basses à franchir ; suffisamment humble et incliné pour se faufiler dans tous les passages proposés…

Et ce qui viendra bientôt – l’immensité – l’étendue des hauteurs ; en attendant l’existence simple et solitaire – sans mensonge – sans consolation…

 

 

La vie comme du bois menacé – que l’on frotte au froid de l’hiver – et qui flotte, parfois, entre deux eaux…

Et les mêmes dangers à l’intérieur…

Légèrement décalé – l’âme comme jetée au fond d’un fossé…

Toutes les portes de l’histoire verrouillées…

Avant que le vide ne devienne nôtre – dans une ou deux éternités – peut-être…

 

 

Le chaos comme chahuté par lui-même…

Ainsi se construisent le monde et l’oubli du monde…

La matière en marche ; et la perte qui s’accroît…

La maladie d’un Autre – sans le moindre consentement…

Bien plus (pourtant) qu’une existence – qu’un tas de souvenirs et d’excréments…

 

*

 

Envoûté – peut-être – comme au commencement ; l’âme lisse et les yeux plissés pour mieux ressentir ce qui est donné…

La respiration née des profondeurs – du ciel au-dedans – comme le geste – comme le vent – la tête abandonnée – l’intelligence prise dans la débâcle – quittant, peu à peu, l’abjection…

La lumière qui prend place aux côtés de la veille…

Les dés dans les mains des Dieux ; paré, à présent, pour les jeux du cirque auxquels sont condamnées (presque) toutes les créatures de ce monde…

 

 

Au fond du sommeil – privé de tout – le corps impatient – la tête inerte…

Des éclats de cycle et de scintillement…

L’allégresse et la sauvagerie – éparpillées – vagabondes – main dans la main…

A fuir – à se cacher les yeux – comme si la plaie était trop profonde – comme si vivre nous était impossible…

 

 

L’âme en friche – anéantie – comme laissée hors du jeu – hors du monde…

Le sang des Autres sous les pas – sur les mains…

La substance des mots reléguée au fond du cœur – comme confiée au hasard…

Le silence – pourtant – plutôt que le mythe…

L’œil ouvert – pourtant – plutôt que la cécité…

Et le sommeil encore – comme une lèpre qui ronge la pierre – qui ronge la chair ; quelque chose qui s’insinue et qui, en définitive, nous ampute de toute possibilité…

Comme un écart que l’on essaie, sans cesse, d’agrandir pour tenter d’échapper à son destin – à cette chute inévitable qui nous est promise :

La vie à la manière d’un corps qui tombe dans un abîme sans fond – à la manière d’un corps qui flotte dans l’air ; prisonniers de (toutes) nos contradictions…

 

 

L’âme enjouée par l’écart de la chair – qui s’éloigne du tracé ancestral – qui se découvre un destin aventureux…

En dehors de tout sentier…

A courir au-delà de toute raison…

Comme une pierre qui roule loin de la roche – loin des éboulis – sur des pentes vertigineuses – de plus en plus loin…

Un peu de matière qui n’appartient à personne – et qui aimerait parcourir le monde – faire le tour de son corps pour trouver sa place – et se rejoindre (si l’occasion lui est donnée) – sans les recommandations de la tête – sans les exigences du cœur – libre d’aller – de se disperser – de disparaître…

 

 

Sans trace – dans l’air – comme la course du vent…

Un peu de transparence…

Un écho (pas si lointain) de lucidité et de sagesse…

Le monde émergeant de la buée – de la brume – de l’obscurité…

Un pas vers l’émancipation – un avant-goût de la liberté…

L’alignement de l’enfance et de ce qui suit la cécité et la désespérance…

 

 

Trop d’étoiles dans les yeux fermés…

Cette danse étrange sous les paupières closes – le regard éteint alors que la ronde des rêves s’impatiente…

Un peu d’aventure avant la mort ; la même illusion dont – inlassablement – on se sert…

 

*

 

La tête en fête – alignée sur l’enfance et les étoiles – le ciel et le monde…

La denrée la plus rare ; les yeux perdus…

Des traces et des vies pour (presque) rien…

Quelques pas de danse entre l’abîme et la mort – entre la mort et l’autre béance…

L’obéissance à la faim ; cet écartèlement involontaire…

Ce dont nous sommes fautifs ; la liberté fragile...

Le ciel comme pris au piège…

 

 

La main accueillante…

L’immensité amoureuse…

Le cœur à demi fermé qui se recroqueville plus encore…

L’œil (toujours) étonné…

L’inconnu qui chasse le plus familier…

Le front sans cesse oublieux – sans cesse porté par le désir et la faim…

Le corps qui cherche des ailes – un peu d’air – sa respiration…

L’infirmité contiguë au surcroît…

Un monde aux arômes – et à la saveur – trop peu variés…

 

 

Devant la porte oblique – (très) étonné…

Le regard sans assise…

Le sens perdu à force d’écarts et d’effractions…

Et, un jour, au détour d'un virage propice – la rencontre ; comme deux figures gémellaires – inséparables – qui se retrouvent…

Le monde qui s’enlise ; et le reste (bien sûr) qui se donne…

A glisser ainsi – sans résistance – vers moins de choses encore ; le rien – le plus que rien – sur cette trajectoire – et au bout peut-être – et au bout sans doute – le visage commun originel…

A la manière d’un perpétuel recommencement ; le brusque surgissement du réel…

 

 

Les yeux au-dessus de la roue du temps…

La nuit terrée – taiseuse – envisagée…

Ce qui monte et ce qui descend…

Un peu de réel – un peu de souffle – un peu de sang…

Le cœur animé par la même soif (depuis si longtemps)…

Le corps à qui l’on donne un nom (pour quelques jours)…

Une voix qui s’éveille – parfois…

Une (infime) partie de l’infini que chacun croise sur son chemin…

 

 

La foule qui s’éloigne…

Vers le nord – toujours davantage…

Quelques pas encore…

Le vent sur la peau – au pays des lames et des lambeaux…

Une folle ascension ; une montée à se rompre le cou…

L’âme (discrètement) creusée par toutes ses découvertes…

Et l’espace qui, peu à peu, se substitue à la passion ; ce qui (bien sûr) nous désarçonne – ce qui (bien sûr) nous désagrège ; comme une (très singulière) manière de se retrouver…

 

 

Le temps (trop) furieusement offert…

Le début d’un jaillissement…

Une matière à traiter…

A portée de plume ; au cœur de tout ce qui gravite – le passage et la fosse…

Au-delà (bien au-delà) de l’homme…

Peu à peu vers la cime – l’abîme monstrueusement plongé au fond de soi…

Cette marche – au cœur de l’entre-deux – à refléter toutes les faces (simultanément)…

Un peu de l’étoffe ; et dans le pli toujours (plus ou moins) équivoque…

 

 

La nudité des yeux qui se laissent voir…

Le monde pourchassé – le monde pourchassant…

Le bleu qui s’affiche – ici et là – sans la moindre ambiguïté…

Une façon de se dévêtir…

Ce qui existe – et compte – derrière les mots ; et ce qu’ils parviennent à atteindre – à révéler – à faire oublier…

Le sol brillant du monde et la lumière…

 

*

 

La voix – de plus en plus silencieuse…

Quelque chose qui, soudain, sort de la cécité ; un vague rayon de soleil – tout juste un peu de clarté…

Au milieu du vide et du vent…

Partout – le scintillement naturel de l’espace…

Et la mort à couper le souffle…

Et l’âme affranchie du temps…

Le ciel et la pierre – à l’écoute – emmêlés – libérés de l’herbe rouge – du parfum de la peur – des yeux fermés…

Parmi nous – l’infini descendu – presque palpable – presque perceptible – incroyablement vivant…

 

 

Un gisement de lumière – à l’abri des mains et des gorges enfantines…

Un lent (un très lent) glissement vers la douceur…

Un élan (bien) trop faible – trop attaché à la terre ; et au-dehors – le même feu ; et ce rire, au-dedans, qui se cherche – derrière les vies et les os qui s’amoncellent…

Au cœur de l’histoire – les joues rougies par les larmes et les coups…

Le vide qui résiste ; et la matière lacérée à force de refus…

 

 

Dans l’air écarlate – le soufre et la douleur…

L’enfouissement de l’âme submergée par le désir et la totalité des tentations terrestres…

Comme un cercueil à double fond…

Le berceau de la mort et l’antre de la vie – (quasi) identiques – en quelque sorte…

 

 

Derrière les barreaux – du chagrin…

Des pierres – des fleurs – couchées – caressées – par le vent…

Le monde éparpillé – comme notre fougue et la fange des Autres…

Le voyage qui (progressivement) nous enterre – nous envole ; qui pourrait dire (avec exactitude) le degré de la pente sous nos pieds – au fond de l'âme ; et la juste inclinaison…

La gravité et l’inimportance de toutes les expériences – un simple (et surprenant) mélange de supplice et de joie…

 

 

Le visage défait…

La terre retournée…

Ce que nous révèle la mort ; le secret (trop) bien conservé…

Le regard libre sur la nuit qui passe – tout ce qui nous traverse…

Comme une lucarne posée au milieu du vide – au cœur de l’espace – qui rend (Ô combien) ridicules les murs du monde – toutes les frontières inventées par les hommes…

 

 

A côtoyer le ciel – le cœur (si) frénétique…

Le noir (parfois) franchi d’une seule traite…

Dans la grandeur ininterrompue du pas…

Comme un crépuscule à reculons…

La vie grelottante ; les profondeurs inexplorées…

La malice des lèvres ; et les yeux impatients qui guettent (trop fébrilement) la joie…

Ce qui tarde – et qui demeurera caché tant que nous cheminerons (tant que nous aurons le sentiment de cheminer)…

 

 

Ce à quoi la tristesse confronte…

La solitude des cimes…

L’angle de la débâcle au-dessous duquel tout s’égare et se contredit…

L’expérience du sol ; le seul apprentissage – pourtant…

Face aux abîmes du monde – face à l'immensité ; impuissant(s) – dépourvu(s) de tout ascendant – de toute influence…

Le tumulte – les turpitudes – les tourments…

L’autre versant – si éloigné – de la révolte…

Face au mystère – toujours aussi frissonnant…

 

*

 

Le soleil – les yeux ouverts – face aux murs – face aux cages…

Sur le sable – le sang répandu…

Le buste et la tête – inclinés ; quelque chose du secret mêlé à un peu de gratitude…

Et l’âme surplombante (bien sûr) – ni fugitive – ni prisonnière ; la seule réponse (sans doute) à ce qui passe…

Le monde et la peur saisis par la voix…

Et la mort par-dessus notre épaule qui épie notre fatigue – notre boitillement – le moindre signe de faiblesse…

 

 

Des mots – à foison – comme s’ils pouvaient faire tourner le monde – transformer l’hiver en printemps – altérer ce qui fortifie la raison et la tête pour que naisse (pour que puisse naître) la faille nécessaire au dénuement – à l’étreinte – à la réconciliation…

Emporté(s) par le même courant qui serpente entre les morts et les vivants – de manière (si) indistincte…

Un éclairage – peut-être – un vague éclaircissement ; et le reste de l’ouvrage (titanesque) à réaliser…

 

 

Le rire face au noir…

L’âme indifférente à la fin des temps…

Le renoncement à la terre sombre – à la grisaille repeinte – (sans cesse) recolorée…

Le corps jeté dans la crainte – face au réel ; et rassuré, à présent, du devenir qui sera le sien…

Un glissement ; de chair en chaîne jusqu’à cette soif si rarement rassasiée par les danses du monde…

De vie en vie ; ainsi (bien sûr) que les suivantes…

Instant après instant jusqu’à l’apparent trépas…

Et ce rire – toujours – face à la mort – face au déclin…

Le jour – l’entièreté du jour – sans appui – sans coïncidence – sans personne…

 

 

La face contre le sol – fermement appuyée…

La révolte enfouie au fond de la gorge – viscéralement enfoncée…

Au pays du mystère – le mal-être plus léger – où chacun se touche – où les âmes vivent à l’abri des intentions des Autres – repliées…

La vérité – derrière la vitre – qui danse dans le vent…

Le front, à présent, posé contre la frontière qui nous sépare du monde…

L’œil éteint – saturé de désirs et d’attente…

Condamné à une halte – à retrouver les forces nécessaires à la poursuite du voyage…

 

 

En secret – la perfection à l’œuvre – sous les apparences ; semblables à ce qui se cache…

L’Amour – la tendresse – le complément ; l'essentiel (bien sûr)…

Tremblant(s) – abandonné(s) aux courants du monde et à la distraction…

Le conflit en tête – trop loin du ciel – la terre badigeonnée – sous le règne du sang…

La meurtrissure de ceux que l’on cajolait autrefois…

Et, chaque jour (presque à chaque instant), le recommencement de tout – jusqu’à l’ultime nécessité – jusqu’à la rupture du rêve – jusqu’à l’extinction de tous les possibles…

L’homme – parmi le reste – qui se laisse, peu à peu, avalé – sans la moindre alternative…

 

 

Le bleu sans nuance – quelle que soit la couleur du ciel et de l'âme…

Une fête – ce silence et cette main attentive – amicale – sur notre épaule…

Le cœur, soudain, ému et (étrangement) rassuré…

 

*

 

Assoupi(s) dans la lumière – comme d’autres la cherchent (très – trop?) souterrainement…

La lanterne à la main – le geste à la fois précis et hasardeux…

Rêve – l’un et l’autre – bien sûr…

Comme un puits qui découvrirait quelques suicidés avant leur noyade…

 

 

Dans le double de l’air – subjugué…

Une manière secrète d’habiter l’espace et d’inviter la joie…

Comme une sorte de scintillement – la langue au ras du soleil…

Avec la volonté indocile – farouche – de résoudre toutes les énigmes grâce à la parole – puis, d’habiter le mystère à travers le geste…

L’existence-lecture et l’existence-vérité…

Les mains qui apprennent, peu à peu, à sortir des poches ; l’esprit un peu plus ouvert qu’autrefois…

 

 

Ici – tantôt renversé(s) – tantôt ruisselants(s)…

Cette part du devenir – plus qu’incertaine…

Un sourire – un mouvement de hanche – qui, parfois, induisent un bouleversement – une difformité du temps – une vision élargie – et une restitution de l’âme sur la feuille ; presque une signature (en partie, la nôtre – bien sûr)…

 

 

Socle et masque, si souvent, plébiscités qui corrompent la hauteur et faussent tous les calculs…

Une existence comme un mensonge sans émotion…

Un tressaillement temporaire dans la respiration…

Une manière de vivre si fallacieuse – sans risque de chute – sans risque de déchirure…

 

 

Sous la puissance du souffle – le sol (totalement) déchiqueté…

Le cœur et la vie qui saignent…

La douleur d’un seul ; et le mutisme de tous les Autres…

L’explosion des barreaux ; les compensations éventrées…

Le monde – de plus en plus vide et vulnérable – qui (pourtant) continue de tourner…

Et en haut – et plus loin – le ciel en fête – ce bleu, sans cesse, reluqué ; et notre frustration grandissante devant cette incapacité à participer au banquet des Dieux…

Trop bêtes que nous sommes – sans doute…

 

 

Sur le roc – sans astreinte…

La présence docile et naturelle…

L’Amour à même la peau – sur la chair du monde…

L’exacte cartographie des mouvements nés de la secousse originelle…

Comme le jour – un effacement…

L’âme détournée de son destin (strictement) terrestre – de cette orbite fragile et erratique – façonnée par les circonstances enchevêtrées…

 

 

Le masque de la faim sur les visages…

Et toutes les figures – et tous les corps – (plus ou moins) dévastés…

Les ventres pleins qui, eux aussi, seront soumis, un jour, à une douloureuse dévoration…

L’exclusion du périmètre de l’abondance au profit du désert ensemencé par le vide – les prémices de la sagesse ; la seule expérience – le seul apprentissage – possibles…

Du côté des bêtes avant le basculement de l’âme vers le regard qui contemple…

Le monde – en tant que soi – face à sa propre déroute ; l’esprit face à sa propre exploration – face à ses propres découvertes – face aux limites qu'il s'impose (très) involontairement…

 

 

La terre épurée – comme le geste et l’âme – sans tache – sans activité…

Et ce surcroît de joie – dans la parole – né de ce regain d’ardeur et de liberté ; l’esprit vide – le cœur (réellement) dépouillé…

 

*

 

Le pas sur la pierre – sans impératif – (si) peu pressé…

La cadence du ciel sur le sol – quelque chose des hauteurs dans le rythme et le sang…

La terre émue – offerte ; et l’âme dépliée…

Le socle de toutes les existences – anonymes – sans appartenance – sans inscription…

Sans doute – la seule équation quotidienne ; l’inconnu d’usage ; sans possibilité de résolution…

 

 

La langue particulière – chargée d’ossements et d’ornementations – alourdie – déréglée – par la longue suite d’ajouts trop singuliers…

Comme un déséquilibre – un amas né d’accumulations successives – comme des couches (et des couches) de mots inutiles…

Une sorte d’obscurcissement ; le terreau de toutes les monstruosités…

Des nœuds – une série de nœuds – réalisés avec du fil barbelé…

Une manière d’écarter le ciel et de faire fuir les hommes ; un monde sans la moindre poésie…

 

 

Entre la parole et la mort – la lumière…

La rencontre entre l’Absolu et ce qui ne peut être définitif…

Nous-même(s) – nous tous – en somme – dans toutes nos composantes…

 

 

Nos vies – nos âmes – de la même couleur que le voyage…

Sensibles – multiples – polymorphes – comme un instrument – un outil à tout faire ; la lame ouverte – prête à trancher le moindre embarras – le moindre encombrement ; l’éviction de toutes les charges – de tous les fardeaux – pour rendre le bagage – et la marche – plus légers – plus naturels – sans poids ;

Sourire aux lèvres ; soleil au cœur ; le pas assuré…

 

 

Au cœur de la terre – l’haleine chargée de soif et de poussière…

La vie comme une trace (infime) ; et un glissement (très progressif) vers la tache ; quelque chose qui s’invisibilise…

Ce que l’on cherche ; à pénétrer le vide ; et une forme de plénitude sur la roche…

Un peu plus d’appartenance ; et, sans doute, un peu moins de sommeil…

 

 

Volontiers restreint ; le jour à la saison enfantine…

Sous un air de plaisanterie…

L’Amour apparemment abandonné…

Une manière de s'engager (sans état d'âme) dans la lutte – une manière de résister au désespoir – au cours de notre (périlleuse) traversée du monde…

Et la vie ; un jeu comme un autre – en définitive…

 

 

Malgré la chance – la participation – l’appartenance ; un destin funeste (et délétère)…

La tristesse du poison qui s’infiltre – peu à peu – jusqu’aux profondeurs les plus reculées…

Tantôt abandonné(s) – tantôt pourchassé(s) – comme si nous étions indigne(s) de vivre – indigne(s) d’être aimé(s) – de rencontrer la vérité que l’on porte…

Impressionné(s) et impuissant(s) – face au monde – face à l’immensité – face à la (terrible) tyrannie des Autres – face aux incessantes obsessions de la tête…

En présence du ciel – toujours – en sa propre compagnie…

 

 

La faille soudain assaillie – ce qui nous embarrasse et nous donne à découvrir ; ni devant – ni derrière – ce qui nous gouverne de manière si sous-jacente…

L’invisible qui, peu à peu, émerge du monde pour se substituer (innocemment) à la matière…

 

*

 

Des lignes – comme l’espace ; accueillantes – parfois mortelles…

Un jeu – une écoute – une sorte d’exaltation…

Entre la fraîcheur et la sauvagerie…

(Bien) plus qu’inadaptées au monde ; parfaitement alignées sur l’âme ; infiniment solitaires…

 

 

Ce que l’on célèbre – sur la terre – dispersée – l’accumulation…

Des étoiles – une série d’étoiles – rangées par ordre croissant – de plus en plus lumineuses à mesure que cessent les calculs…

Le voyage à l’envers – joyeux et souterrain – comme si l’on était assez lucide pour échapper à toutes les fictions – nous extraire du récit du monde – jeter toutes les fables par-dessus le ciel inventé…

Devenir aussi dépouillé qu’un vieux tas d’os abandonnés…

 

 

Étreindre à distance ; l’impossibilité de l’Amour (enfin) comprise…

L’impersonnel – comme un flux – mille mouvements simultanés – et savamment intriqués…

Quelques battements d’ailes pour se débattre – essayer de fuir – de s’envoler…

Quelque chose – soudain – au-dessus des décombres ; comme une musique – quelques traits – vers la lumière…

Ce que les hommes renâclent tant à faire – la tête cagoulée – la bouche bâillonnée – les mains ensanglantées…

Rien dans l’âme ; juste la couleur de la mort – comme un empire – tatouée sur la peau – au fond du cœur – dans tous les gestes (presque) toujours néfastes…

Toutes nos mésaventures ; et notre douleur – inévitables…

 

 

L’existence-frontière – ses visages – sa mémoire – ses possibilités…

Sur la ligne de partage – entre Dieu et la bête ; et le ciel – comme horizon – qui recouvre toutes les têtes…

Une longue marche – au pied des falaises – là où l’invisible se substitue à l’imaginaire – comme partout ailleurs pourvu que l’on sache s’abandonner à ce qui nous porte et nous traverse…

Le front insouciant – amical – généreux – parmi ceux auxquels on dénie le droit d’exister en dehors des intérêts humains…

 

 

Dans la confidence de ceux qui se taisent…

Le monde – en soi – devenu pareil au rire – au désert – à l’enfance ; sans doute – la part la plus belle de l’homme…

Véritable kaléidoscope de la joie…

Dans l’ignorance des Autres (ses pairs) et sur cette absence – la nécessité d’aller au-delà du commun…

Au bord de ce que nous sommes – face au vide – sans angoisse…

 

 

Entre la pierre et le silence – à égales distances…

Le cœur enneigé – comme d’autres portent le turban…

Les os – les cris – l’Amour ; l’humanité en marche – et parfois transcendée…

Au-delà de la douleur – vers la mort – avec un regain d’ardeur et d’autres possibilités (quasi inimaginables)…

Notre consentement à toutes les nouveautés et à tous les recommencements…

Dans la nudité de l'âme – par delà l’absence ; l’accolade et l’intimité…

 

*

 

A travers le monde – la langue – le dessin si singulier de la lumière…

Le silence à l’œuvre à travers le son et le sang…

Des ventres – des bouches – des cœurs – et ces mains (odieuses – si souvent) qui saisissent et qui s’agrippent…

La parole et la chair – à la chaîne…

 

 

Ce qui précède le dehors – l’horizon – le devenir…

Cet axe central – invisible sur la pierre…

Sans couleur…

La légèreté de l’être – l’indistinction – cet élan de virginité qui cherche à se corrompre – ses propres limitations dans la matière et l’émotion…

 

 

Le soleil – comme la vérité – sans argument – sans explication – qui règne en maître sur le monde – souverain – silencieux – indifférent aux mouvements qui tentent d’y échapper ou de s’en emparer – ancré dans le sol même de l’invisible – de l’ineffable – hors du temps et, d’une certaine manière, façonnant l’essentiel de l’existence de ceux qui vivent sur la terre…

 

 

Dans la vastitude de la soif – errant (toujours errant)…

Le pas – la langue – qui cherchent – qui grattent le sol – qui fouillent la terre – yeux au ciel – sans rien voir – sans rien comprendre…

Compulsifs – sur toutes les routes – à la recherche d’éclats et de fontaines ; et pour les plus ambitieux – le st Graal – la source ; et obligés de s’abreuver dans des mares d’eau croupie et des flaques de boue…

Ici – et ailleurs – l’exact écartèlement de l’homme ; sa misère et sa grandeur – son potentiel et sa réalité ; cette si terrible – si fâcheuse – frustration existentielle – métaphysique – face à l’Absolu (toujours hors de portée)…

 

 

Couché sous la terre – silencieux…

Comme une chose (plus que) mourante…

La vie, pourtant, qui continue – au-delà de l’absence ; presque identique au temps où l’on était vivant…

Le prolongement, sans doute, de la toute première naissance…

Le voyage comme une marche – un piétinement ; et, à chaque pas, la possibilité du recommencement…

 

 

L’esprit du soleil – comme trempé dans l’allégresse – malgré la nuit – malgré le sang…

Parcouru par un souffle tendre et revigorant ; une étrangeté terrestre – en ce monde violent et endormi…

Un dessaisissement de soi – comme une chance – quelques pas vers l’aurore – la lumière – qui s’offre à ceux qui se lèvent avec l’astre naissant…

Au plus fort du passage ; l’inconnu souverain ; l’envol et la sagesse ; quelque chose qui vient briser toutes nos résistances…

 

 

Un chant lancé vers le ciel commun…

Dans la nature de l’homme – la lutte et la réciprocité (le besoin de réciprocité)…

La différence et la vérité – cet aiguillon qui nous pousse à traverser le brouillard jusqu’à l’essentiel habité…

Un présent ; sans doute, notre seule récompense ; l’éblouissement – l’obéissance – l’intensité…

Ce qui s’accentue – naturellement – au-dedans de soi…

 

 

Un monde – sans malchance – sans fatalité – où l’on s’exerce à la solitude et à la magie ; la tâche essentielle de l’homme au milieu des Autres – du sommeil – de la mort – de la frivolité…

 

*

 

Trop rugueuse – la pierre dans le sang…

Bouillonnant dans son trou – ses canaux souterrains…

Immergé(s) jusqu’à l’agonie ; et ce qu’on laisse deviner après la mort…

L’enfance manquée – comme une preuve supplémentaire…

L’espace ouvert où voltigent toutes les cendres – où l’on entend encore crier les morts – dans nos têtes intranquilles – remuées – toujours remuantes…

Comment dès lors offrir un peu de joie – des lignes nées avec la lumière – sans outrager personne – sans rien offenser – en ce monde où tous les yeux sont hagards (qu’importe sur quoi ils se posent)…

Comme du plomb (une chape de plomb) dans l’âme ; et, sans doute, pas assez de silence…

 

 

Le temps de la mort – sans supplice…

Et les yeux fermés ; le bleu (bien sûr) qui se cherche encore…

Des vies – en enfilade – comme une longue brochette de corps ; de la chair – des cris – des tentatives – quelques battements d’ailes maladroits…

Et dans le sang séché – quelques restes d’écume…

Sur les lèvres – la parole dégoulinante – qui fut trop de fois refoulée…

Au-delà des légendes – au-delà des masques et des chimères – la vérité brute – sans trépied – sans enluminure…

Et mille manières de se laisser cueillir…

 

 

Intenses – la faille et le soulèvement du cœur…

Le corps – l’esprit – qui déraillent ; l’âme et la peau qui s’épaississent à force de brimades et de coups…

La soif (une partie de la soif) restée coincée au fond de la gorge…

Une enfance terrifiée et hypnotique…

Et une profonde incise pour préserver l’être du simulacre ambiant – de la violence infernale (et inguérissable) du monde…

 

 

Sans sagesse – la nature commune ; contrairement aux Autres qui prônent la réciprocité et le partage…

L’essentiel – comme au cœur des forêts – sans souffrance – sans spéculation…

La veille – seul(s) et attentif(s) – accueillant le ciel et la fatalité – les nécessités circonstancielles – le monde en mouvement – qu’importe la nature des visages – l’étendue du cœur – le destin des âmes et des territoires…

 

 

L’Amour intense – ce qui rompt le temps ; et pourfend la nuit…

Les yeux mi-clos – qui émergent, peu à peu, de la lumière…

L’espace – la nudité et le silence – comme le seul parachèvement possible du monde…

Sans mépris – sans méprise ; les bras ouverts à toutes les forces – à toutes les puissances – à toutes les formes de défaillance…

Façonné(s) par la nécessité et les malheurs – au milieu des croyances et de la couardise…

Quelque chose d’enfantin et de déjà mort – en l’homme – en chacun…

Quelque chose des instincts et des viscères ; et une ambition si vaste – (presque) méconnue – si souvent dévoyée par la terre et les apparences…

Un monde de convoitise et de larmes qui s’est (progressivement) coupé de sa chance…

 

 

Le ciel révolutionnaire au-dessus des patries simplifiées – des territoires maladifs – de tous les périmètres inventés…

Au-delà des principes – des croyances et des communautés – l’aventure – la déception – le naufrage ; et encore au-delà – le cœur vivant qui s’installe – et qui apprend à s’ouvrir – à battre au rythme du monde et de l’invisible ; notre désir – notre ambition (à tous) – et, peut-être même, notre seule réalité ; ce à quoi invitent toutes les vies ; les plus belles lignes de la poésie ; cet étrange besoin de se circonscrire en allant au bout de soi…

 

*

 

Gravés dans le granite – nos yeux intenses – une trace de lumière…

Au-dessus de la lie du monde – au-dessus de la lie du temps…

Ici – sans profit – sans surcroît…

Gratuitement – la proie de l’anxiété…

Une pierre à l'aplomb du soir régressif…

La nuit dorée – le parfum envoûtant de la mort qui flotte au milieu des vivants…

Autrefois – alourdi(s) ; à présent – sans peur…

Ce qui surpasse toutes les gloires ; l’anonymat et l’effacement…

 

 

La bouche déjà penchée sur la mort…

A voix basse – l’écriture…

La même ligne – longue et libre – à l’ombre du monde – au détriment de tout…

Sans idole – sans personne – sans la moindre image – sans le moindre rêve…

Épaule contre épaule – en sa propre compagnie – réfractaire à toutes les compensations ; seulement désireux de l’Absolu et de la joie (naturelle)…

Si seul(s) – ensemble – au cœur de la solitude ; la communauté fraternelle à l’abri – à l’intérieur…

Quelque chose du souffle et, sans doute, de la dérobade…

 

 

Sur la pierre – la chair découpée…

Le frottement de la lame sur toutes les matières…

L’esprit qui s’aiguise ; le bleu qui se cherche – et qui, peu à peu, se précise…

Sous les invectives de l’invisible – cet étrange silence (plus plein que toute parole)…

Sans avenir – sans mémoire ; le temps défait et le rire…

L’âme – comme le ciel – en feu…

A la suite d’une longue série d’hécatombes…

 

 

Le cœur oblique – dénaturé – cerné par toutes les conjurations – qui cherche une terre ferme – une pierre où il pourrait édifier une descendance – faire émerger une généalogie – vivre au-delà de la mort du corps – au-delà de la matière ; s’affranchir de la fugacité du monde…

 

 

Ce qui nous retient ; le moins possible parmi les hommes…

Ni haïssable – ni affecté ; cette radicalité construite sur l’expérience – le souci du renouveau – les inclinations naturelles de l’âme – l’impérieuse nécessité qui nous étreint et nous somme…

Vers l’engloutissement – sans équivoque – sans hésitation…

 

 

A l’intérieur du sang – cette impatience…

Le vacillement de la tristesse…

Quelque chose qui se dresse – au loin…

Au-delà du goût pour l’insolite et de la volonté d’échapper à l’espérance (naturelle) de l’homme…

Accueillir les troubles et les éclats de vérité que le ciel, parfois, fait tomber (plus ou moins) involontairement…

S’essayer à la magie de vivre – les bras chargés de peines et de gravité – en outil des circonstances – le soleil et le vent privilégiés – préférés (bien sûr) à la folie destructrice qui saccage la beauté et le regard émerveillé sur le monde…

 

 

Nous – côte à côte – si inconsistants – si peu audacieux – à parcourir des yeux ce qui nous entoure ; allant vers le plus sombre – là où la lumière est supportable…

Toute une vie (et des milliards d’autres) pour apprendre à se rejoindre – à incarner, le plus simplement du monde, le mystère ; une longue marche ; et des épreuves – assurément…

 

*

 

Pierre au cœur coupé – brisé par l’impossibilité de l’Absolu…

Blessé au cours de ce laps de temps voué à l’appel – à l’essai – à l’essentiel…

Puis, le désespoir jusqu’au rire…

Agenouillé vers le ciel ; et l’âme en feu…

L’éloignement de la ligne – peut-être – le début de la liberté…

 

 

Ici – brûlant – dans ce recoin – cet espacement – entre la douleur et la folie…

Un flux inattendu de possibilités…

L’éloignement du non-sens pyramidal – de la pulsion meurtrière légitimée par l’esprit complice des hommes…

La terre trahie jusqu’à la déchirure – jusqu’à l’effondrement ; et, en nous, la même rupture – là où commencent la claudication – la nudité – les premiers pas sur la sente secrète et silencieuse…

 

 

Au-dessus des meurtres – le soleil magistral…

La langue obsolète devant la douleur et la plaie…

Ce qui nous dénude jusqu’à l’os – jusqu’au scintillement du vide…

Entre la ligne et l’horizon – le même dilemme pour le pas…

L’intermittence de l’étreinte et du feu…

A genoux – au-dedans – face au souffle et à l’océan…

Une manière de vivre (presque) impossible ; quelques chose d’impartageable…

 

 

Sous le granite – la parole vivante – le ciel (en partie) consumé – la solitude soupesée comme de l’or – le seul joyau – l’immensité bleue des origines avant l’invention du rêve – du vertige – du chaos…

 

 

Des vies mal-aimées – mal armées – disjointes – irréversibles – incontournables – si ridicules vues de l’extérieur…

Impossibles – insupportables – lorsqu’il s’agit de les expérimenter…

Un océan de sable et de misère – sans phare – sans embarcation…

Des existences de nomades assoiffés – sans île – sans oasis – sans archipel…

Le salut – dans le pas – seulement ; notre manière de vivre – de voyager…

 

 

L’existence à l’ouvrage…

Admiratifs – les hommes – eux qui ne chérissent que l’ambition et la conquête…

L’épaisseur tranchée – aménagée en sentiers praticables…

Une terre favorable à tous les destins – à toutes les étrangetés…

Et le malheur en chemin au lieu de la félicité…

Tant de fièvre et de tourments – de part et d’autre du (minuscule) rocher – les flancs meurtris par toutes les circonstances…

Le monde – tel qu’il est – à travers nos yeux…

 

 

Le pays du pire – le plus mal – sans la moindre assurance…

Trop peu propice à l’errance ; trop de courses et de défis à relever…

Ce que l’homme s’impose ; les nécessités oubliées…

Le goût des apparences – la paresse de l’âme – l’esprit assoupi – quelque chose du feu et le souffle qui manque…

Une forme de boucle et d’exténuation…

Au cœur du temps – le front digne – obstiné ; et autant de jours perdus…

 

*

 

Le bleu – encore – dans le ciel – sur la pierre – au-dedans des âmes ébahies…

Comme le souffle – en suspension – au-dessus des abîmes que nous portons – devant nos yeux…

L’irruption du silence – dans le monde et la parole – hors du vertige et du ressassement…

Sans la moindre trahison – sans le moindre vacillement…

Ce qui se déploie – sans gêne – sans dégât – imperceptiblement…

 

 

Le cœur – honnête – qui se retranche du partage – de l’apparent sacrifice…

Un effacement du nom et de la trace ; et l’accroissement de l’étendue…

Le fractionnement de soi jusqu’à la disparition – jusqu’à la réintégration de l’immensité…

Sans avance – sans visée ; la seule réalité du monde ; notre inexistence…

 

 

Quelque chose d’interrompu – comme un recommencement – une reconfiguration des possibles…

L’infini et l’éternité – dos à dos ; et le silence manifeste comme élément triangulaire – la pierre de voûte de l’espace trinitaire…

Et à cela – comme un surcroît – la joie permanente – libérée du monde – des Autres – des circonstances…

Et à cela – comme une richesse supplémentaire – la lumière d’un bleu profond – exceptionnel – miraculeux – incroyablement ordinaire et quotidien…

Et à cela – comme une prime incontournable – la tendresse – l’Amour souterrain qui étreint et embrasse – de sa langue et de ses mains – habiles et précises…

Et à cela – comme par-dessus – l’invisible – la transparence – qui rend le monde identique à la manière dont il nous apparaît ; et le merveilleux qu’il offre à tous les yeux qui ont su pénétrer (plus ou moins profondément) le réel*…

* Les différents cercles et les différentes dimensions du réel…

 

 

Au cours de la veille – présent – presque sombre et taciturne – à la manière d’un loup solitaire et affamé – enragé à la tâche – cherchant un refuge – un lieu où rejoindre sa joie…

Rompu à toutes les contradictions – à toutes les possibilités – pourchassant le vent comme une vérité…

 

 

Le corps – comme un oiseau que l’on imaginerait gracile…

La tête emportée par tous les courants…

Autour de soi – la neige…

Comme sur une île – encerclé…

Voilà (peut-être) notre chance…

 

 

Trop souvent – la terre…

La mémoire – débordante ; trop profondément enracinée – vouée à la vie du sol…

Et nous – entre le feu et la fatigue…

La lassitude des gestes quotidiens – de ce rôle terrestre (si infime – si borné – si grotesque)…

La douleur et le vertige de tous les naufrages engrangés comme des médailles épinglées sur la poitrine ; nos galons de galère – nos galons de forçat ; la vie qui s’éprouve – la vie qui s’exerce…

Et le ciel – et le bleu – l’Absolu – trop rapidement – écartés – inenvisageables comme solution…

Et notre faim – et toutes nos craintes – ainsi exprimées – comme portées au pinacle…

 

 

Trop peu d’ailes pour oser sortir de sa chambre et s’essayer à l’envol…

Le soleil par l’embrasure – au seuil de notre intimité – et, pourtant, (presque) toujours considéré comme trop haut – comme trop éloigné – quasi inaccessible pour nous autres – pauvres terriens…

Et ainsi s’approfondit l’écart – la plaie des jours ; et ainsi s’aggrave la blessure ; comme une tombe que l’on creuserait – imperceptiblement – de ses propres mains…

 

*

 

Au commencement du vide – comme une origine non née – qui sait…

Des visions froissées qui se déplieraient ; des lumières et des coïncidences donnant naissance à une longue série de combinaisons…

L’éternité s’exprimant à travers la permanence de la matière (extraordinairement changeante) ; comme une trajectoire arborescente en boucle…

Le bleu dématérialisé se transformant en conditions du véhicule et du voyage…

Comme un soleil à retardement ; une hypothèse – un rêve – peut-être…

 

 

Là – au milieu de la blancheur mate – récusée ; la douleur – obstinément…

Les traces du monde ; et quelque chose de la lumière…

Comme un corps éthéré – composé de fils scintillants…

Un peu de glaise et de vent ; un peu de souffle ; le feu et l’étoffe qui s’embrase ; de la cendre et des filaments ; la transparence et la mort incandescente…

Dieu – en quelque sorte – perverti par l’esprit et l’ambition de l’homme…

 

 

Un nom – comme une ancre déceptive…

Une somme d’attributs mensongers…

Le resserrement de l’infini ; et, à l’intérieur, le cri et l’effroi – inévitables…

Une ressemblance trop lointaine ; des qualités si grossières – une tentative si maladroite ; presque une caricature ; ce que l’on a réussi à accomplir au milieu du sommeil…

Le reflet de la multitude – comme un ciel à distance qui essaierait de téléguider l’œuvre et les travaux terrestres ; le tout – dans un effroyable désordre…

Moins un déplacement qu’une dispersion ; comme une explosion de l’essentiel et de la compacité – éparpillés en éclats et en insignifiances…

 

 

La nuit ainsi recouverte – comme le sol et les âmes…

Sur notre main caressante…

Presque sorti de l’enclos ; une forme d’exil – en quelque sorte…

Le ciel réceptif ; et toutes nos parcelles démantelées…

Aux alentours – sans différence…

Ce qui nous bouleverse – ce qui nous élève…

La croissance bleue du monde…

 

 

Trop de jeux – d’impatience – de fausses possibilités…

L’ordre des hommes et leurs yeux clos – déjà habitués – déjà anciens…

Une forme de défi et d’aventure ; et ce qui compte – si peu partagé…

Des blessures – des souffrances ; tant de limitations…

Et ce à quoi l’on s’efforce – la vie et le temps factices – quelque chose que l’on est censé hisser au-dessus du courage et du vent – au-dessus même de la joie…

Mensonge – comme le reste – bien sûr…

 

 

Sur la même pente que les Autres – le monde – le temps – la mort…

La chaîne autour du cou – appartenant à la course…

Comme un mauvais rêve ; l’être amputé – malmené – (presque) en terres surnaturelles…

Sans détour – l’approfondissement du même sommeil…

Et des vagues – hautes comme le ciel – qui déferlent – et se fracassent – (juste) au-dessus de nos têtes…

 

*

 

Le souffle malingre ; la marche lente – ensommeillée…

Nous égarant dans les craquelures du temps…

L’invention du désastre…

L’air frémissant sous la peur – sous la peau…

A (trop grande) distance du ciel – bien sûr ; impuissant(s)…

 

 

La route qui s’ouvre – au milieu des cris – au milieu des aboiements – la marche et le pas toujours inachevés – comme si nous étions coincé(s) au fond d’un angle – repoussé(s) à chaque tentative de fuite ou de désertion…

Quelque chose – en nous – qui se consume ; l’âme prise en tenaille – à la gorge – en souffrance…

 

 

La bouche muette – le corps enrôlé – complice(s) (à la fois) de l’immobilité et des éboulis…

Passif(s) – emporté(s) – vers toutes les faces du réel – (presque) simultanément…

Et l’étreinte implacable pour essayer de nous maintenir tous ensemble…

Et, parfois – de temps à autre, un peu de solitude volée – un vieux reliquat de lumière – pas même un éclairage – quelque chose entre l'étincelle et la lueur – qui souligne (avec force) l’absence d’espace – cette (terrible) détention qui nous bloque – qui nous braque – dont nul ne parvient (véritablement) à se défaire…

 

 

L’enfance dissipée – libertaire – en porte-à-faux avec le monde – avec le reste (tout le reste)…

La lenteur du geste ; et la lumière franche sur la feuille…

La main – sans application – qui obéit aux injonctions – avec impatience…

Sous l’efflorescence – le secret de l’abondance – et en dessous – au plus bas – près du sol – le mystère écrasé qui s’effiloche – qui se disperse – et dont les éclats finissent par s’enfouir dans la fracture…

Et ce qui ne peut périr – ce qui ne peut se volatiliser – ce que l’on ne peut enterrer – (totalement) démuni – (totalement) inconsolable ; immergé(s) dans le monde – il va sans dire…

 

 

Au sommet de ce qui suit ; et rien d’autre – jamais…

L’œil et la main – à la même place – depuis toujours ; durs – de plus en plus – à mesure qu’ils s’exercent…

La terre blessée – le ciel épais – intransperçable…

Ni geste – ni pas – intrépides ; pas l’ombre d’une danse…

Comme une lassitude songeuse (et légèrement triste)…

Le monde sur le dos – à gesticuler sans répit – au cœur du même périmètre étroit…

 

 

Sur sa pente – assoupi – entre le factice et le déclin ; rien de (très) nouveau…

Le regard confondu avec la terre – l’horizon – au lieu d’une vision pénétrante et élargie…

L’oreille et l’esprit – dans la neige – sommeillants…

Aux marches du monde le plus abstrait…

 

 

Le vent – les bêtes – le sol ; la terre comme un seul visage…

La gravité délibérée ; et nécessaire sans doute…

Les fleurs qui s’ouvrent – en accord avec ce qui les entoure – en accord avec ce qu’elles sont ; jamais lasses de vivre là où elles sont nées – de pousser (sans cesse) vers la lumière – d’être à la merci de tous les Autres – de nous tous qui ne nous en soucions pas le moins du monde…

Qu’importe leur nom et leur beauté ; toujours fidèles – obéissantes – libres – si conscientes qu’elles portent leur insignifiance à l’essentiel…

Et le ciel aux mains vertes qui les arrose et les remercie ; et le soleil qui les éclaire et les nourrit – comme deux auxiliaires capables de transformer toutes les prairies sauvages en berceau du monde (naturel) – en temple sacré au cœur duquel peut se perpétuer – et se renouveler – le cycle changeant des possibles…

Dans tous les cas ; l’occasion de vivre un quotidien intense et miraculeux – extraordinairement ordinaire ; et, en cela, un exemple (parfait) et un présent offert à toutes les âmes – à tous les yeux…

 

*

 

Allant – sans à-coup – sans paresse – vers l’intensité – la lumière – s’éloignant de l’insipidité – s’écartant du monde…

Le visage au milieu des flaques de boue ; et s’abreuvant à la source – voyageant ainsi – sans question – sans impératif – sans exigence – ne se soustrayant à rien – faisant face à tout – comme l’eau d’un torrent qui se précipite – sans hâte – vers sa chute – son évaporation – les longs méandres – la terre – l'immensité – l'océan et le grand ciel…

 

 

Ici – sans acharnement…

A s’ingénier – à se transformer ; et à transcender (parfois) son destin terrestre…

Le monde sur le fil de la métamorphose – rusé – prêt à tout – et à s’oublier quelques fois – comme la dernière chose à réaliser ici-bas – lorsque les jours – le voyage – ont suffisamment œuvré sur l’âme – lorsque les Autres ne se résument plus qu’à quelques riens – de vagues souvenirs – sans visage – sans personne – lorsque l’on a la tête à moitié recouverte par un linceul – lorsque l’on se sent pousser (irrésistiblement) vers une autre vie – vers le mystère…

L’effacement – la disparition ; vers la possibilité (enfin) d’une absence vivante…

 

 

Des signes en pâture pour que le silence s’obtienne – se fasse – s’accomplisse ; devienne le seul désir – la seule matière précieuse ; un bout de l’espace habité – incroyablement présent et attentif…

Sur la feuille – et dans l’âme de celui qui lit (autant que dans l’âme de celui qui écrit) ; de la glaise (délicate) pour que puisse se réaliser le lien – pour que puisse s’inventer un passage – le trait d’union entre toutes les choses et tous les visages ; notre terre commune – si ancienne – si fragile – si méconnue…

 

 

Parfois trop perpendiculaire – le monde…

Dans cette horizontalité presque parfaite…

L’abîme infranchissable…

L’esprit sans maître s’essayant à la magie ; et fustigeant toutes les formes de suppositions…

A l’oreille – quelques bruits qui courent ; entre l’espace et la roche – les yeux – comme des toupies – un peu égarés devant si peu d’espérance…

 

 

La folie effrénée – impétueuse – trop souvent déguisée en (fausse) raison…

La sagesse ineffable – trop abstraite – trop lointaine…

A cheval sur l’écume – face au miroir – le même combat que celui qu’on livre contre le monde…

L’ivresse d’un printemps – d’une jeunesse orgueilleuse ; cette part multiple – sommeillante – immature – belliqueuse – armée pour la terreur – cherchant dans la violence et le sang l’exaltation ; le signe d’une puissance que ne peuvent lui offrir ni la sagesse – ni la contemplation…

Trop verte encore pour le regard – le silence et l’infini ; incapable d’habiter l’immobilité souveraine – l'esprit conscient…

 

 

La mort penchée sur nos ténèbres – ce lieu si familier – ce trou au fond duquel nous nous affairons en criant et en comptant les jours – sur ces rives parées de pointes – portées à la paresse – et qui s’étirent d’un bout à l’autre du monde – sans parvenir à s’affranchir de la bêtise de leurs occupants…

Et haut – très haut dans le ciel – le soleil dédaigneux – insensible à cette misère sombre ; et le visage tourné vers plus haut encore…

 

*

 

L’aventure houleuse – dans la tête – vécue ; sans aucun pas – sans paysage – sans océan…

Dans le bruissement léger du papier – de l’âme qui s’aiguise au contact du monde…

Le jouet d’ardentes turbulences…

Du feu – des flammes – des eaux vives – des courants – et ce vent (fabuleusement) subversif – capable de renverser les plus lourdes charges – toutes les gravités…

Et, un jour – sans crier gare, arrivé avant même que le temps soit passé…

Le monde – en soi – jumeau de l’âme ; tous deux – éléments du silence et de l’infini…

La beauté et l’Amour – en plein cœur…

 

 

Contre soi – la haine (plus ou moins) défaillante des Autres…

Ce qui nous précède – ce qui nous pénètre – faute d’attention – cette voracité mordante qui se jette sur tous les destins…

Quelque chose de terrifiant ; le legs (naturel) du monde – ce que chacun reçoit – et avec lequel se fomentent toutes les ruptures – toutes les trahisons…

Ce qui s’opère sournoisement – à l’insu de toutes les volontés…

L’abus de soi et l’essentiel, sans doute, des massacres…

 

 

Comme un consentement – un chemin qui s’ouvre – le monde à perte de vue…

Et cette langue sur ces feuilles obscures…

Le jour jouant sur le même fil qu’autrefois – mais recoloré – plus lâche – plus libre – distendu – devenu élastique – capable d’enrubanner le ciel – le sol – et de tisser, avec le vent et la trame, l’étoffe la plus belle – les existences les plus épanouies…

 

 

Au plus près de la mort – ce poignard – sur ces rives de gravier noir qui, peu à peu, apprirent à refouler le jour…

Hébété – à présent…

Le cœur précipité – sans répit – sans ménagement…

A tourner autour de la haine – comme autour d’un bout de chair faisandé…

Rien de répressif – pourtant – en apparence ; le serment de la peur davantage que celui de la lumière…

Le feu trop faible – trop marginal…

Au bord du trou – déjà…

 

 

L’ardeur du monde…

L’aurore – puis, le jour…

La terre libre – libérée de ceux qui la peuplent…

Nous agrandissant à mesure que le ciel se rapproche…

Un chant pour échapper à la prière (si plaintive) de ceux qui espèrent…

Résolu(s) – les pieds fermes – ancrés dans la joie…

Et ce oui immense (sans restriction) à la suite du voyage – à tous les possibles – à l’inconnu – à cette longue marche qui durera jusqu’à la dernière surprise…

 

 

Au seuil du plus naturel – le rejet de l’artifice…

Le cœur resserré sur l’essentiel ; la nécessité en son centre…

La joie – de moins en moins périphérique – de plus en plus familière…

La solitude et l’enfance – sans acharnement…

Ce que l’infini sera toujours capable de conquérir – à travers nous ; l’oubli de soi malgré l’ignorance et le sommeil…

 

*

 

Indéfini – indistinct…

A la fois trame et lumière – matière et possibilité…

La terre et le ciel aussi lisses qu’étincelants…

Le miroir – parfaitement orienté – vers le monde ; roches – plantes – bêtes et hommes – empêtrés dans leur douleur muette ; et dans leurs croyances et leurs gémissements pour les moins dignes – pour les moins valeureux…

A peine un peu de vie – comme quelque chose qui aurait glissé dans la nuit…

 

 

L’encre folle – en fête ; au milieu des étoiles – des lignes transparentes…

Le monde et l’invisible serrés l’un contre l’autre – à tout confondre – à s’y méprendre…

La tête nue sous le ciel…

A l’écart ; à l’abri de l’apocalypse…

Porté par une plume – légère – si légère – dans le vent qui emporte tout – après avoir tant creusé – après avoir tant pesé – comme si le passé n’existait pas…

 

 

L’écoute – le silence…

A l’écart des absurdités – de cette nuit de l’âme – de ces pensées pyramidales sans fondation…

Un trou – quatre murs – quatre planches – puis, à nouveau, un trou ; l’existence humaine (à quelques vétilles près)…

Et toutes ces têtes – derrière leurs barreaux…

Et tous ces ventres qui rêvent de vivres…

Seul – pour jouir du jour…

L’âme perchée au milieu des arbres – le séant sur un rocher – l’œil vif comme les bêtes qui respirent auprès de nous…

Mi-rien – mi-vent ; adossé au vide – comme les Dieux des pierres et des forêts ; invisible depuis le dehors – depuis les rives où vivent les hommes…

 

 

Au premier jour du germe – les prémices de la contagion – le vide corrompu – la chair à la casse…

Une vraie débandade sous l’éperon pathologique qui fait céder tous les remparts…

Le monde redessiné par le ciel souverain…

La guerre sans trêve ; manière de rebuter tous les rêveurs et de détourner les vantards de leur inclination…

(Plus ou moins) directement dans la gueule de la mort…

 

 

Sans prestige – la vie déclinante…

Le poème déployé – aux dimensions inégales…

L’âme – dans son coin – à l’abri des Autres…

Quelque part – là où la solitude parvient à courber le temps – à déchiffrer le silence – comme une oasis au milieu du monde…

 

 

Là où commence la course – s’effacent le soleil – les traces – la possibilité du franchissement…

Davantage principe que potentialité…

La vitesse à la place de l’espace et de l’entendement…

L’imaginaire qui infiltre la terre – qui se désagrège – qui se décompose – qui devient le sous-sol obstrué – sans aucun passage souterrain…

La mort – la condamnation à mort – de la main juste et du geste nécessaire…

Quelque chose que l’on supprimerait – comme du temps fracassé qui laisserait place à la durée…

Un monde de distance et de destination – où chacun se cantonne à la gestion de l’écart…

Des manœuvres et des manigances ; des compromissions et des alliances – au détriment de la tendresse ; plus ni Amour – ni fraternité – l’existence réduite à de simples stratagèmes…

 

*

 

La métaphysique quotidienne – gestuelle – silencieuse – vibrante – qui offre à l’âme ses plus beaux instants – ses plus belles exaltations…

Entre le sol et la page – le ciel (presque) toujours invité…

La joie à la place des murs…

Comme des blocs d’impossible soulevés – déposés ici et là – lancés (presque) au hasard…

Et le goût interstitiel ; et la pointe du pied dansante – au rythme de la rivière qui suit les anfractuosités de la roche – puis qui les creuse – encore et encore – pour que le monde devienne sa pente – pour que tout devienne fluide – facile – naturel…

Ainsi se réalise – pour l’eau – pour l’âme – ce précieux accord avec le cours des choses – ce que l'invisible fait advenir…

 

 

Depuis toujours – au centre – loin de soi – simultanément ; avec, de temps à autre, un élan – une tentative – un rapprochement – une intimité parfois – une fusion parfaite (bien plus rarement) ; puis, de nouveau, cet écart – cet exil – cet imperceptible éloignement jusqu’aux confins du périmètre – jusqu’aux plus lointaines périphéries du cercle – jusqu’aux dernières extrémités de l’espace infini…

Notre jeu à tous – malgré nous ; ce qui s’impose et nous dicte chaque mouvement…

La conscience mouvante et immobile – jouant avec elle – tous ensemble…

 

 

Le visage du temps qui s’effrite ; et contre toute attente – l’effondrement de la durée…

Et l’instant – en suspens – se renouvelant – offrant l’impossible – l’ineffable…

Notre vie – chaque jour – par-dessus le long couloir des heures – par-dessus le labyrinthe du monde ; l’éternité dans le geste – dans le pas – et l’immobilité pleinement (et naturellement) habitée – sans effort – sans dessein – porté(s) par la joie et le jeu des circonstances…

 

 

Devant le monde – trépignant – comme face à une porte fermée…

L’aurore dans les yeux ouverts…

Dans la main – la suite du temps ; délectable – ce qui se réalise à son extinction…

Un passage pas si naïvement façonné…

Le cœur du sacré révélé par la gratitude et la sensibilité…

Quelque chose – en soi – qui aboutit au geste…

 

 

L’esprit à la manœuvre…

Le jour à tout prix…

L’innocence – dans son intimité…

Un monde – sans promesse – devenu inoffensif – agrémenté – sans autre rival visible…

Puis, en son heure, la débâcle…

La dureté des choses…

Ce devant quoi il faut s’agenouiller…

L’angle mort de la nuit (enfin) découvert…

 

 

Sans hymne – sans rite – au-delà de l’obscurité commune – au-delà de la fièvre des abysses à laquelle sont soumis (presque) tous les hommes…

La réception de la joie – du soleil ; le cœur battant à tout rompre…

La paume ouverte – sans spectateur – sans spéculation…

Dans l’air – un parfum d’éternité ; et sur la joue – quelques larmes…

Une attitude sans conséquence…

Choisi – en quelque sorte – par cette manière de vivre…

 

 

Ce qui se prononce – sans tapage – sans offense – face à la chair meurtrie – notre virginité impeccable avec, encore – parfois, une légère grimace devant le poing brandi…

Mais, le plus souvent, la beauté dépliée au milieu de l’inattendu qui se laisse (admirablement) contempler…

Et le mystère qui aiguise, peu à peu, notre insouciance – notre désinvolture…

 

*

 

Repoussé comme l’orage par une main immense – résolue – implacable – puis, jeté au fond d’un précipice – et s’accrochant à la vie comme un funambule à son fil…

Sain et sauf – peut-être…

Comptable de tous ses actes…

Le cœur gelé et obséquieux…

La bouche tordue par un sourire…

Dans l’œil – aucune vérité ; la malhonnêteté du geste…

Et, soudain, l'effondrement…

 

 

Le souffle – la morsure et l’étreinte…

Quelque chose du monde…

L’ambivalence de l’homme ; sa ruse – mille fois reprise – jamais répudiée…

Et le parfum retors d’un infini (presque) toujours hors de portée…

La nuit et la frustration ; cette permanente découverte…

Des murs devant soi – des portes fermées que l’on imaginait ouvertes…

La danse – des danses (toute une série de danses étranges et variées) et l’œil (totalement) endormi…

L’espoir écrasé à coup de masse – de caresses – de souliers…

Ici – comme les Autres – à glisser vers sa fin…

 

 

A la lisière de l’absence – la lumière sur les choses…

La tête – tantôt dans la joie – tantôt dans la boue…

Du haut d’une cime – à travers la terre – au milieu du ciel – le chemin poétique – qui s’enfonce dans l’âme – qui rejaillit sur la page – comme une eau vive – une danse folle – sans retenue – sans interdit – la plume trempée dans la sagesse et les excès – magistralement vivante – traçant, sans application, la ligne (mouvante) du partage ; le dessus et le dessous du silence…

 

 

Le cœur boursouflé – juste au-dessus des jambes qui prennent la fuite…

Le monde vu à l’envers – de l’autre côté de la surface…

Comme quelque chose qui jouerait avec les hommes ; une haie de fleurs édifiée sur la terre…

Une histoire sans morale ; et deux ailes estropiées…

Un front – sans riposte – approprié à tous les jeux…

Une manière, peut-être, de se rendre compte…

 

 

Ce que dissimule – très précisément – le secret ; la signification du manque ; la vie qui s’entre-tue…

Devant l’extrême – devant l’Amour ; l’édification du dédale…

Tantôt la fenêtre ouverte – tantôt la chambre close…

Ici – et là encore – sans la moindre expérience valable…

La mort au cœur de notre courage…

Et, en définitive, ce qu’il nous sera possible d’expérimenter…

 

 

Le monde malgré lui – presque rien…

L’hostilité – dans (presque) tous les lieux ; le cœur blessé – caché derrière un sourire figé…

L’âpreté du monde et la naïveté (malencontreuse) de l’âme – (très) peu préparée aux terribles projets des Autres…

Une plaie mal refermée ; une tristesse sans abandon…

Le consentement le plus sauvage ; le degré zéro de la fraternité…

A l’abri du ciel – le sillon commun…

La prospérité (évidente et prévisible) du voile et du recoin ; le règne du repli qui se déploie – qui se répand – malgré la possibilité de la joie – du merveilleux – de l’infini…

 

*

 

Dehors – comme s’il n’y avait de dedans…

Des hurlements – comme s’il n’y avait de langage…

Des coups – comme s’il n’y avait d’Amour…

Des bêtes – des hommes ; des bêtes – partout – des bêtes – comme s’il n’y avait que cela…

Et, de temps à autre, un arbre – un poète – quelques feuilles froissées – pour le dire avec (plus ou moins de) maladresse…

 

 

Ligne de crête et ligne de corps – sur le même livre – tracées à l’encre noire…

Au-delà des plis – au-delà des voix – l’absence désentravée – libre, à présent, de se transmuter en langage – en possibilité – en métamorphose de l’âme – des âmes – du monde…

Une manière de réunir la terre et les hauteurs – l’esprit et la marche – d’essayer de faire de nous des hommes ; et de faire vivre à quelques-uns (trop rares) une pleine humanité

 

 

A présent – le stigmate transformé en souffle ; l’élan de dire, puis, celui de se taire – de faire silence – sans risque pour la langue et l’esprit ; une façon d’offrir au cœur ce dont il a (infiniment) besoin…

Qu’importe que le corps soit (encore) dans une forme de chaos ; la réduction des signes nous offrira le baume – puis l’équilibre – puis l’harmonie (disgracieuse – peut-être ; mais qui pourrait s’en soucier) – puis l’indistinction et l’immensité ; la destruction naturelle (et systématique) de tous les barreaux – de toutes les cages – de toutes les frontières – de toutes les formes de détention – pour que nous soyons capable(s) (enfin) de goûter la liberté – d’aligner le corps – le cœur – l’esprit – et les fondre d’une si parfaite manière que l’existence complète – autonome – soit accessible ; une vie sans la nécessité des Autres – du monde ; vécue au même titre que le reste (tout le reste) – en abandonnant les yeux – les âmes – les têtes – à leur sidération – à leur bêtise – à leur somnolence…

 

 

Route – émaciée comme un visage – un peu de chair autour de l’os – de quoi faire un pas supplémentaire – à peine – sans possibilité de deviner la suite du voyage…

Un jour – un chemin – le même depuis la naissance du monde…

Le devenir – à cet instant – taillé à même la foulée…

Le passé – oublié – jeté par-dessus l’épaule – à chaque virage…

Le couronnement des saisons – au fil de la marche ; et, sans crier gare, l’hiver déjà…

Un étrange périple où l’on prend garde, bien sûr, de glisser parfaitement vers sa chute – vers l’effacement – vers la mort…

 

 

Ainsi – l’Amour congédié ; lui, pourtant, si discret…

L’âme qui embrasse la forêt – au-dessus des marécages où se rassemblent les hommes…

Au plus près du plus sauvage – très loin des parois d’argile ; réduit à l’instant et aux guérisons du ciel…

Sans le moindre penchant pour l’attente et les ambitions humaines…

Des lignes tracées jusqu’à l’infini – offertes à ce qui passe…

Et ce feu si intense qui nous traverse…

Hébété devant la nonchalance des Autres ; cette affreuse (et incompréhensible) frivolité de mortel – si désespéré(e) – peut-être…

A distance de tout ce qui pourrait se révéler faux ou fabuleux…

L’œil par la fenêtre ; et les pieds au sol…

Et la vie sur son fil – entre le rêve et l’abîme – comme une flèche discrète et silencieuse – volant (humblement – très humblement) vers le centre du cercle – sans désir – sans angoisse – de plus en plus complète et dépouillée à mesure qu’elle traverse l’épaisseur – qu’elle s’approche de la plus franche nudité…

Un reflet de la lumière – à travers nous – dans la transparence…

 

*

 

La vie en fleurs – manière de réunir le monde et la poésie ; et de les insérer, l’air de rien, dans son geste et dans l’existence des Autres…

Quelque chose, peut-être, pour échapper (un peu – quelques instants) au désenchantement et à la mort – à la déchéance – au fond du gouffre…

Le pied malin – comme si l’âme s’exerçait aux roulades et aux cabrioles – à une forme d’extravagance gracieuse – quasi magique – au pays de la misère – au pays de l’effort et de la volonté…

 

 

Le silence – comme planté dans la terre…

L’âme joyeuse – dansante – proche des Dieux – des origines – de l’espace fraternel…

Ce que peu de vies – ce que peu de lignes – célèbrent – osent célébrer…

Un mélange d’absence et de mort – terriblement vivant…

Une déchirure dans les tranchées défaillantes de la mémoire et du monde…

 

 

Quelques traces – sur les feuilles – sous la lampe – sous le ciel…

Comme une écriture précaire – comme des empreintes dans le sable…

Des lignes écrites avec la main caressante…

Le jour – contre soi – au plus près du cœur…

Le verbe et l’aurore – trônant en lettres capitales – pour panser la plaie commune – cette blessure inévitable…

Un peu de bleu sur nos instincts et notre sauvagerie…

De la sève dans l’écume…

Des ronces sur notre nudité…

Un peu d’encre et de vent – un peu de matière et de joie…

Et le soleil qui se balance sur tous les sentiers…

La chair des mots pour guérir le monde – les âmes ; ce si peu de vie…

Comme quelques plumes emportées par le souffle de la terre ; et cette étrange légèreté des débris ; ce qui s’envole dans l’invisible…

Trait pour trait – notre visage – notre existence ; ce qui nous sauve, parfois, des fissures du temps…

 

26 mai 2022

Carnet n°274 Au jour le jour

Septembre 2021

Parfois – le chemin – d’autres fois – la misère ; la même couleur – la même destination – quoi que l’on en pense – quoi que l’on en dise ; on peut (bien) se moquer – on en sort toujours (plus ou moins) défiguré – métamorphosé – méconnaissable ; sans bouche – sans yeux – la tête comme détraquée – le corps et le cœur plus ardents – la mémoire (substantiellement) effacée…

L’âme qui flotte au vent – effilochée – comme une bannière – une offrande – une prière ; ce qui prolonge le chemin – la misère ; vers un autre possible…

 

 

L’usage permanent de l’usurpation – du mensonge – du déguisement ; le pan à paillettes plutôt que le versant sombre – plutôt que le côté grimaçant…

Que le vent se lève donc et nous fasse tourner sur nous-même(s) – pour que soient exposées – et perceptibles – toutes nos facettes…

Les premiers pas – involontaires (et douloureux – bien sûr) – vers la transparence…

 

 

Ce que nous avons connu – expérimenté ; le fouillis – la vie baroque – mille choses dans la main – les poches pleines d’objets – la tête encombrée et assaillie ; et l’âme inexistante – comme écrasée…

La mort si proche – les yeux ruisselant de larmes ; l’espoir comme un fil auquel nous nous cramponnons (désespérément) ; la seule issue, pensons-nous, dans cette nuit opaque…

Une main sur la corde ; et l’autre levée (très maladroitement) cherchant à saisir des mains hypothétiques – des mains imaginaires peut-être – qui, si elles nous agrippaient, feraient office de redoutables crochets…

 

*

 

Les yeux fermés – dans le noir – la lumière – au-dedans – franchie depuis quelque temps – quelques jours – quelques siècles – qu’importe (en vérité) ; viscéralement détaché du monde et des tourbillons qui emportent ou font couler ; l’eau et la neige qui souligne (et confirme) l’indifférence des visages et la froideur des âmes…

Personne – comme une terre déserte…

Et ces mots – et cette encre – imprimés sur la page – qui prouvent (à peine) que nous avons existé…

Le resserrement de la déchirure et le ciel déployé ; ainsi, sans doute, conviendrait-il de vivre…

 

 

Des signes pesants – l’enchaînement des maladresses ; quelque chose en trop – presque tout – sans doute…

Et, parfois, la légèreté d’une parole – la beauté d’un rythme – une succession de sons – comme une petite musique…

Un peu de lumière – un peu de ciel – près de nous – sur le sol et notre incompréhension…

 

 

Du bruit – encore – des paroles ordinaires – des gestes inconséquents – ce qui ressemble à la vie humaine…

Le monde – cette foule aux doigts aimantés – aux mains comme des grappins – à la bouche avide et grande ouverte – au ventre difforme et mou – qui, comme le reste, cherche à être satisfait

Le monde qui accumule et qui compte – qui s’amuse et se distrait – insensible aux malheurs des arbres – des bêtes – des hommes ; le règne de la vulgarité privée (bien sûr – comme l’on peut s’en douter) de grâce et de poésie…

Quelque chose du rut et de la faim qui, additionnés au rut et à la faim des Autres, finit par constituer une jungle – infâme – sournoise – indifférente – tapageuse – dont le sol, jonché de corps – de choses et de visages – ressemble à un tapis vivant – mouvant – de vivres et de merde autant qu’à un réceptacle à foutre où tout se frotte – s’engrosse – s’engendre – s’enfante – se perpétue…

Des vies avachies – hurlantes – ardentes – pataugeant – au milieu des Autres – dans la boue – la semence et les excréments…

 

 

Quel jour – cette chute – cette mort ; l’effacement de la forme et de la couleur…

Vers le bas – irrémédiablement…

Le pas qui se risque hors du cercle – vraisemblablement un jardin ou une forêt – un lieu d’exil – une périphérie d’où sont exclus les hommes…

Au milieu des bêtes – intimidé – ainsi débute notre séjour…

 

 

Le souci de soi – de l’être – de l’Autre ; l’exigence suprême qu’aucune âme – qu’aucune ombre – ici-bas – ne peut honorer…

Au hasard – dans l’herbe – des visages suffisamment humbles – tournés vers le sol – suffisamment vides – pour servir sciemment d’instruments – d’outils ancillaires…

L’enfance joyeuse – les yeux grands ouverts – la main libre de tout saisissement – ce qui encercle la nuit qui nous entoure…

Le vide en couches successives – indifférent aux paradoxes apparents que pourraient condamner des yeux trop naïfs – des cœurs trop peu expérimentés…

 

 

Lentement – vers nous-même(s) – au-delà du souvenir – au-delà du fantasme…

Davantage qu’un jeu – davantage qu’un chemin…

L’impérieuse nécessité de ce qui doit advenir – de ce qui passe – de ce qui (inexorablement) s’éloigne et disparaît…

Comme condamné(s) à nous rejoindre – quoi qu’il (nous) en coûte…

La vie ordinaire – affranchie de toute gravité – mêlant allégresse et poésie…

Le sens et la valeur de ce qui naît sur ce sol si peu propice aux ascensions…

 

*

 

Le rire et la lumière – le regard franc – l’esprit clair – davantage (on le sent bien) qu’une (simple) compréhension…

Une manière de vivre radieuse et authentique…

Le cœur en avant – très discrètement…

La tête absente – le corps rayonnant…

La joie malgré les tourments – les malheurs et la mort…

La solitude – au-delà du rêve et du monde…

 

 

Aux heures sombres (les plus sombres – sans doute) de l’époque – l’étoffe déchirée – la lumière que l’on épingle – que l’on aimerait s’approprier ; l’inaccessible prolongement de l’âme et du monde…

La main noire sur notre cœur (si) serré…

Et cette entaille dans la chair – dans le temps – comme un tombeau au fond duquel nous serons (tous) enterrés – au fond duquel ne brillera jamais aucun soleil…

 

 

Le bleu murmuré – comme un songe qui se dissipe (lentement)…

Un exercice auquel on se livre pour s’accoutumer à l’infini…

Habituellement – le jour – sans comprendre – derrière la vitre…

Les yeux qui brillent – et dans lesquels subsiste (de toute évidence) un restant de nuit…

L’ambition et les choses – à défaut de silence…

L’essentiel – ainsi – jamais pénétré ; pas même effleuré…

Une fenêtre fermée au fond du cœur…

Tant de surface ; et aucune profondeur…

A marche forcée – sur ce chemin – sans élan spontané – à contre-courant du mouvement naturel…

Des courbes qui brûlent ; et des flammes qui s’éteignent à notre passage…

 

 

Ce que l’on offre au monde – à l’Autre – pour tenter de donner du sens à ce que nous vivons…

Rien pour désigner le geste – le rêve – les mots qui qualifient l’offrande – la vérité ou le mensonge…

Une idée et un acte – supplémentaires – qui ne changeront aucun destin…

Du temps qui semble (seulement) s’écouler ; des vies qui semblent (seulement) passer ; et des naissances et des morts en pagaille…

Des séjours sans la moindre largesse – sans la moindre charité – sans le moindre désintéressement…

Ce que nous donnons – en vérité – nous le reprenons de mille manières…

Et, au bout du compte, nous quittons ce monde en devant davantage que l’on nous doit…

 

 

A même le sol – le sable – la tête penchée – le rire au hasard des histoires…

Quelques riens pour nous détourner de l’angoisse – de l’idée de la mort…

Des existences atrocement ordinaires…

Des choses à faire – à dire – à achever (sans doute) – comme si nous étions (décemment) capables de venir à bout des choses…

Nous – nous donnant le courage et l’illusion (pour presque tout)…

Une manière de vivre – d’être là – en apparence…

 

 

Ce qu’il reste d’avant – d’autres mondes – des bouts de terre et des bouts de ciel – éparpillés sur l’ensemble du territoire…

Une enfance tardive et paresseuse qui s’étire jusqu’à l’inertie – la tête dans un trou ; et le peu de force utilisée à des fadaises – à des niaiseries…

Comme nos pères – comme tous nos aïeux – on prolonge l’étrange nuit qui nous enveloppe – qui nous dessaisit de toute possibilité de voyage…

 

*

 

En silence – encore – sur la neige blanche – intérieure – devant la vitre du monde ; et derrière, on devine des bruits – des mouvements – des silhouettes – une sorte d’effervescence – comme un vague air de fête…

Et nous – seul – étincelant – le sourire aux lèvres – les joues rouges – chaudes – ruisselantes de larmes – entre joie et tendresse ; d'une extrême sensibilité…

Sur notre chemin – personne – aucune trace ; il neige encore – sans doute neigera-t-il toujours…

 

 

Tout assaille l’esprit – la chair ; le monde fiévreux – la parole (insensée) – l’inconséquence – la multitude – cet infini (si) mal incarné…

La poésie – comme un alcool – un antidote – une forme de vertige – d’évanouissement – pour supporter (tant bien que mal) la douleur d’être parmi les Autres…

Et le vide qui tarde à s’inviter…

 

 

Un feu nous détournerait, sans doute, des reflets du monde – des murs qui nous enserrent – du ciel si bas qui nous étouffe – des ombres, partout, qui dansent pour oublier leur misère – leur détresse – pour faire comme si la fête et la joie étaient naturelles et exemplaires…

Sous nos pieds – le bûcher ; et dans notre poitrine – des sanglots…

L’humanité-miroir ; et cette main immense – et inconnue – qui tient la torche – le flambeau…

 

 

Passant – de plus en plus simplement…

Comme un sourire (un peu naïf) qui s’attarde longuement et qui, un jour, face au monde, s’efface brusquement…

Ni moue – ni réaction – comme une conséquence directe et naturelle…

Sans volonté – sans arrière-pensée…

Ce qui va – ce qui vient – qu’importe l’état du monde et l’état de l’âme…

Au-dedans – au-dehors – une familiarité croissante – (considérablement) accrue – avec l’inconsistance et le provisoire – avec la probité et l’abandon ; le début, peut-être, d’une lumière authentique…

 

 

Nous – nous éloignant, peu à peu, du monde – de tous les Autres – ces frères dont nous ne partageons que l’apparence ; ni le cœur – ni l’esprit…

Comme des étrangers – sur ces terres communes…

Blessé – tressaillant – rebuté – par cette barbarie aux traits civilisés

 

 

Entre la fuite et la disparition – nous effaçant alors que tout (autour de nous) se dresse – s’érige – se développe – se déploie…

La seule issue dans cette prolifération – à moins de s’armer davantage – de s’exercer à la lutte et à la brutalité – de revendiquer son territoire – et de le conquérir par la violence et la force…

Nulle place – en ce monde agonistique – pour les âmes (un peu) différentes – (un peu) plus sensibles – (un peu) moins rustres et bestiales…

 

 

Deux visages – dans le jour ; l’un riant – sur le point de toucher le ciel – l’autre grimaçant – sur le point de succomber…

En nous – tous les penchants du rêve ; l’esprit intranquille et crépusculaire – et les mains occupées – sans inquiétude…

L’espace et le temps – illimités – dont nul ne se souvient en vivant…

A chaque geste quotidien – l’angoisse et la crainte de la réprobation ; la psyché (très) immature – (très) enfantine – comme si les Autres existaient vraiment – comme s’ils avaient le moindre pouvoir sur notre vie…

Soumis à une sorte de diktat invisible qui creuse la blessure – la fracture – l’abîme qui sépare nos deux visages – les deux figures du monde…

A l’échelle individuelle – à l’échelle collective – à l’échelle cosmique – les mêmes paysages et les mêmes antagonismes…

 

*

 

Cet égarement du monde – dirigé comme un rêve sur un champ de bataille…

Et ça tournoie – emportant tout sur son passage…

Et ça gicle – et ça ruisselle – sauf la lumière – dans l’obscurité…

Ici-bas – sans alternative – sans même l’espoir d’une autre terre – d’un autre ciel…

 

 

Seul – dans le vide – dans ce décor animé – vivant…

Sur les cimes de la terre – sous les étoiles ; des fleurs – des livres – des arbres et des papillons…

Et mille oiseaux aux chants indéchiffrables…

L’esprit convié à toutes les intimités…

Un peu de neige – un peu de vent ; et voilà l’abîme rehaussé jusqu’aux crêtes – redevenant, soudain, habitable…

 

 

La présence – le geste – le pas – la poésie…

Mille manières de colorier le noir – d’éclaircir la brume – de dissiper les nuages et tous les écrans de fumée – d’égayer les âmes – de guérir les corps – de libérer l’esprit…

Le monde – comme des millénaires plus tôt ; avec des voyageurs silencieux et inépuisables ; et des marches jusqu’à la fin des temps…

En désordre – des mots et des métamorphoses…

Ce que dessine la route empruntée…

Le soleil à la lisière des heures qui passent – au seuil de tous les possibles…

Des élans naturels – sans volonté – sans triomphe – sans conquête…

La lumière – de bout en bout…

Et mille couleurs sur la planche – au-dehors – au-dedans – mélangé(e)s…

Sans doute – la plus belle manière de vivre – d’honorer le mystère – de célébrer le monde et la multitude ; d’accueillir toutes les figures de l’Existant…

 

 

De la houle au plus haut du ciel ; quelque chose comme un rempart – un obstacle vivant ; quelque chose de mouvant – qui se dresse – qui empêche – qui s’arc-boute – qui se contracte…

Le même jeu et le même refus qu’en bas – en ce monde où nous nous croyons prisonniers – sur cette terre où nous nous imaginons condamnés à la réclusion [à (presque) perpétuité]…

Partout – la même nature des choses et la même nature du monde ; en tous lieux – parfaitement identiques ; et (bien sûr) une seule liberté possible – à l’intérieur – affranchie des états – des circonstances – des endroits où nous vivons – vécue de manière (strictement) impersonnelle…

 

 

Le pas et le soleil – voyageurs – d’un bout à l’autre du monde ; chacun sur son orbe (où l’on croise l’autre autant de fois que possible)…

Ni début – ni fin – ni départ – ni arrivée ; le cours immuable des choses ; cette obéissance aux impératifs naturels…

Et, au cœur de ces mouvements – une interrogation – mille interrogations – l’esprit qui se questionne…

Les yeux qui cherchent – l’âme qui explore – les mains qui fouillent ; et, peu à peu, un espace, en nous, se creuse pour accroître le vide – accueillir la matière – et toutes les choses invisibles – nécessaires – autant que cette présence qui existe déjà au-dedans et qui cherche à se déployer pleinement – jusqu’au-dehors – à travers nous tous qui cheminons vers le jour – l'Amour – la lumière – la vérité…

 

 

Dans le jour – mille fois – repris – spolié – incendié – anéanti (en apparence) – comme le prolongement de la blessure – de l’atrocité…

L’enfance tombée à l’eau – et que l’on essaie de noyer en brandissant – partout – notre figure de sauveur…

L’une des pires facettes de l’humanité ; ce qui terrifie les âmes et le monde…

 

*

 

La pleine saison des signes – et après ? Que deviendra le temps ? A quelle lumière les lèvres s’abreuveront-elles ? A quelles nécessités devrons-nous répondre…

Et la même couleur – au loin – sans que personne ne sache (réellement) ce qu’elle annonce…

Le rien et l’incertitude triomphantes ; notre vie qui, peu à peu, glisse vers le plus parfait inconnu…

 

 

La main – déjà – sur l’horizon invisible…

Du bleu et de l’intimité – des feuilles (en pagaille) sur la pierre – dans le désordre des voix – au fil des nécessités de l’âme – toutes les expressions de la matière et de l’immensité conviées à se coucher sans effort – le plus naturellement du monde ; l’encre comme une sorte de prolongement – un plongeon dans l’ineffable…

La poésie du ciel et de la multitude ; comme un peu de neige – un peu de fraîcheur – au cœur de l'ordinaire…

 

 

La célébration de la proximité…

La distance appropriée pour recoudre les déchirures…

Ce qui nous blesse jusqu’à ce qu’on le touche – qu’on parvienne à le toucher – jusqu’à ce qu’il devienne familier – une part de nous-même(s)…

Des choses – des visages – comme des points – des taches – éparpillées – lointaines – incompréhensibles (si souvent) – et hostiles même parfois…

La chair aussi peureuse (et maladroite) que l’âme…

Le monde soulevé – pourtant – d’un seul battement de cil ; un rai de lumière – et nous voilà projeté(s) (sans le moindre consentement) sur une terre inconnue – sur une paroi quasi verticale…

Puis, un jour (longtemps après quelques fois) – le visage vivant des pierres qui s’avance vers le nôtre – notre sang et la sève des arbres qui, peu à peu, se mélangent – la tête décapitée – jetée on ne sait où – emportée (sans doute) par le grand rêve du monde – aux côtés de Dieu – des bêtes – du langage – soulevé(s) par la main ou suspendu(s) aux lèvres – d’un plus grand que nous…

 

 

La langue désirante – les mots comme une soif – un élan – une danse…

Un ressac – sans la force de retenir…

La pleine mer – l’immensité – là où l’on est…

Au-delà de toute croyance…

Une manière de laisser s’approcher ce qui s’invite – sans résistance…

Le monde – vers nous – la main tendue…

La parole – comme une forme d’Amour – un geste pour guérir – pour chérir – pour embrasser – rendre plus tangible (et plus familière) l’intimité…

L’être – au fond de l’âme – au fond des choses – vibrant – ému – par toutes ces tentatives…

 

 

Dieu – sur la pierre – à nos côtés – apprenant avec nous – à travers nous – se laissant recevoir et se laissant abandonner…

Ignoré – l’essentiel du temps – participant, d’une égale manière, aux jeux et au silence…

 

 

Le monde – à grand fracas ; des rires – du feu – des guerres…

Quelque chose qui s’impose – qui s’abat…

Qu’importe les recours et l’imaginaire – qu’importe la forme et la couleur des figures ; peu à peu – la fracture – la fatigue – le désordre…

Le rêve et la lumière – contraints de s’éloigner…

L’œuvre vivante – réalisée – détruite – puis, réinventée…

Le regard ici – et les yeux plus loin – sur ce qui pourrait être – sur ce qui pourrait arriver…

Le monde d’après le monde ; à la fois l’extinction de l’humanité et l’homme sauvé…

Dieu – au fond de l’âme – au cœur de l’être – apparaissant…

 

*

 

Faiblissant – à mesure que l’origine s’éloigne – que le chemin s’allonge – que la vie s’opacifie…

Comme des obstacles devant la lumière…

Le voyage découpé en tranches ; et le ciel divisé en zones et en portions – plus ou moins lointaines – plus ou moins accessibles…

Le rêve d’une issue – au milieu des tourments ; une manière, sans doute, de supporter les malheurs…

De jour en jour – sans réponse – jusqu’à la mort ; la marche saccadée – le pas cadencé – la solution qui se dilue – qui se disperse – dans les gestes – le quotidien – sous les pas – à mesure de nos (prétendues) avancées…

 

 

Au hasard du vide – des existences – un peu de neige – un peu d’enfance…

Le monde – des mondes – entre la fable et l’absence – des apparences et des possibilités…

Des âmes à délivrer et des mains dans la pesanteur…

De la matière et du temps ; et de la douleur (bien sûr – comment l’éviter)…

Toute une architecture – à (très) grands traits…

Puis, la nécessité et mille manières de vivre – d’exister – de cheminer – au cœur de l’œuvre vivante – mille manières de rejoindre la matrice et l’envergure – mille manières d’être et d’embrasser tous les mouvements et le point d’immobilité…

 

 

La vie – encore – le ciel – le monde bâtisseur – la seule espérance des mains besogneuses – des cœurs ignorants…

Des lieux de regain et des lieux d’éloignement – comme s’il était possible de vivre en exil – séparé(s) du reste et du sens de la naissance – oublieux du chemin – du voyage – du va-et-vient entre l’origine et la multitude ; éloigné(s) de l’essentiel – comme des étrangers – si peu vivant(s) – en somme – comme si nos vies comptaient pour (presque) rien…

 

 

Le monde – la désespérance – et rien d’autre…

Des destins brûlés – des portes fermées…

Et personne pour exprimer la douleur et l’ignominie…

Inutiles – impuissants – comme si nos gestes – comme si nos vies – ne pouvaient refléter la lumière…

Ecrasé(s) entre le ciel noir et les ténèbres…

 

 

Un nom – sans trop y croire – que l’on tait la plupart du temps – simple outil de différenciation…

Un bruit – un son que prononce, parfois, la bouche de quelques-uns…

Inexistant – totalement superflu – au cœur de la nature – au cœur de la solitude…

Rien qu’un regard – des gestes – des pas – une présence au milieu des Autres – un infime fragment de monde collé – superposé – entremêlé – à tous les autres…

Un rôle – une fonction – des rôles – des fonctions – peut-être – infiniment provisoires…

Ce que produit l’instant – ce qui a lieu – dans cette chaîne sans fin d'événements (simultanés et successifs) ; un point vibrant dans la trame vivante du réseau…

Un voyage interminable – en soi – au cœur de l’ensemble…

Tout – de manière concomitante…

Qu’importe alors les réticences – les désirs – les émotions ; la peur – l’inquiétude – la tristesse ; un grand corps vide dans l’espace – les ailes d’un ciel immense et immobile…

 

*

 

Sous le ciel – à peu près n’importe quoi – assez égal – à peu près la même chose…

Ni socle – ni espérance – ce qui advient – aussi vide que possible – qu’importe ce qui nous traverse – ce que cela suscite en nous…

Le même passage – plus ou moins long – vers l’effacement et l’évaporation…

L’indéfectible souveraineté du vide ; et le règne (bien sûr) du provisoire…

 

 

La lumière vivante – au seuil limite de l’entendable…

Comme un bruit de pas dans la neige – l’ombre minuscule de l’infini dans la nuit noire…

Le premier jour de l’enfance ; les premières heures du rêve et du monde…

Quelque part – entre deux colonnes – la raison et la mémoire…

La chair et la psyché – (si) peu adaptées à l’hécatombe…

Un chemin de larmes – sur les pierres – où chacun piétine les fleurs qui poussent dans les interstices…

 

 

Sur l’autre rive – dans l’entre-rêve – à quelques pas – des eaux ruisselantes ; et lancés au hasard (presque au hasard) – des dés – des flèches – des pierres…

Des drames – le plus souvent – comme l’événement le plus commun…

Des bouts de ciel noir qui tombent sur toutes les têtes…

Et, de temps en temps, un miracle – un coup de pouce du sort – un peu de liberté – un fragment de destin qui échappe à la tristesse et à la gravité…

L’infini et l’horizon soudain perceptibles – comme une ouverture – un élargissement – avant que les yeux et les âmes ne retombent au fond de l’abîme – avant qu’ils ne retrouvent le tumulte des déferlantes souterraines…

 

 

A quelques pas – à portée de geste – de l’origine…

Le chemin qui se resserre : l’horizon de plus en plus fugace – transparent – presque inexistant…

Sur la route où l’on se rencontre – une piste déserte (en vérité) où les pertes s’engrangent – où la tête et les poches se vident – où l’on arrive nu et démuni – l’âme essorée – au premier seuil de l’étendue…

Un peu perdu – il va sans dire ; et plus que humble – sans la moindre certitude…

A peine – sans doute – le début du voyage (s’il en est un) – ou, du moins, une étape (une simple étape) dans la longue course nécessaire pour se rejoindre – retrouver cette intimité perdue – oubliée – avec soi (et tout le reste)…

 

 

En un instant – ce qui se décide – ce qui s’impose – des virages – le destin du monde…

Des indices et des empreintes – absolument inutiles…

Le mystère sur parole ; et la vie en gage ; rien que des promesses et des apparences inconséquentes – si éloigné(e)s du réel – de ce que les hommes (parfois) apparentent à la vérité…

Une autre part – un infime versant – de cette dimension perceptible par les yeux et le cœur humains…

 

 

Une clé – dans la main – fragmentée…

L’Absolu qui nous regarde – qui se laisse contempler – et, parfois même, approcher…

La terre et la poitrine de l’homme qui grondent et qui tremblent…

Le soubassement de toutes les choses terrestres – anodines et essentielles ; la figure du jour et du monde…

Dans la même veine – et le même temps ; notre affranchissement et notre crucifixion…

 

 

La nuit – encore – sans défi – sans proposition…

Un saut dans l’écoute – le monde – le bruit – la terre, au loin, frémissante…

Une réponse – peut-être…

Une manière d’entrer en relation avec les choses…

Le cœur auquel on confie tous ses secrets – comme un envol – un effacement…

L’Amour – la guérison…

 

 

Plus que l’espérance – bien en deçà…

Penché sur soi – les lèvres murmurantes…

A tourner les pages – sans le moindre souvenir…

Un jour après l’autre – l’instant d’après sans le miroitement du voyage…

Le sourire – au-dedans de l’âme – comme une joie vécue depuis l’immensité…

Le ciel intérieur – la tranquillité – au milieu de l’effervescence et du désordre…

 

 

Sans cesse – face au miroir – la multitude à sa fenêtre – la clarté et l’opacité de ce qui existe…

Le prolongement du geste originel – le lieu où tout a été enfanté…

Le fruit – à présent – de l’engendrement permanent…

La chair fragile – le cœur battant…

La coexistence continuelle de tous les reflets…

 

 

L’herbe et l’ombre éternelles – au zénith – sacrifiées – crucifiées…

Tout qui se dissipe – le monde-accessoire…

Du bleu et de grands arbres – bien davantage qu’un décor…

L’envol de l’âme au-dessus de la pensée – de plus en plus haut – au fil des saisons qui se succèdent ; l’oubli au cœur – comme réconcilié avec l’inévitable défilé des formes et des couleurs…

 

*

 

Une piste perdue – improvisée – pente ou montée – qu’importe – une aire de non-repos – un lieu d’envol et de plongeon – le socle de soi peut-être – là où nul ne peut plus rien pour nous – là où les fables et la parole deviennent inutiles – autant que les masques et les mensonges…

Sans appartenance – l’inconnu…

La lumière scindée en deux – tantôt sombre – tantôt scintillante – sur les versants opposés du monde…

 

 

La hauteur fragmentée – l’Absolu en terrasse, soudain, descendu – et éparpillé…

Un ruissellement – des bosses et des anfractuosités…

De la couleur du ciel – selon l’œil – la posture – la perspective…

Le cœur ouvert – les yeux et les mains qui s’attardent sur toutes les transformations…

Peine perdue – de toutes parts – le feu qui se presse – le vide encerclé par lui-même – comme s’il fallait rejoindre les choses – et les choses, la poussière – comme si nous étions immanquablement promis à ce destin ; de simples tourbillons dans le vent…

Et peut-être – la seule condition pour goûter cette précieuse intimité avec le monde…

 

 

Le jour à découvert – le vent qui court – les âmes qui suivent et les âmes emportées…

Les choses qui dansent dans l’espace ; l’espace qui se prend au jeu et qui se met à batifoler avec les choses – à s’amuser avec lui-même…

Sur cette colline (presque une montagne) – tout ce bleu à offrir et à respirer…

L’Amour qui remonte sa propre source…

La lumière constante – sans le moindre point de fuite…

Et l’encre – cette encre quotidienne – douce ou abrupte selon les jours – simple (et vertigineux) instrument de l’immensité – du ciel et du silence – qui se répand en taches de joie sur l’âme et sur la page…

 

 

Toutes ces mains autour du cou du monde – comme une funeste étreinte…

Et la figure de l’être – non désirante…

Une appropriation peut-être – une appropriation sûrement…

A essayer de soustraire les leurres de tous les yeux – de défaire les paumes de leur prise et les âmes de leur emprise – de desserrer tous les liens – de déjouer les lois de la faim et de la gravité…

Notre lot d’efforts – de peines – de désillusions ; le sort commun des bêtes et des hommes…

Sans aucune échappatoire – ce qu’il nous faut affronter…

 

 

Les yeux – les lèvres – le langage – délaissés…

Tous les désirs abandonnés – comme un feu – quelques flammes – au milieu d’un territoire gigantesque et grandissant…

La main – et une partie du monde – coupées de cette forme d’aimantation naturelle et ancestrale…

La psyché – autrefois si capricieuse – en désordre – à présent…

Le cœur en manque – comme désenclavé – perclus de craintes – avant de retrouver son état antérieur…

Face à la lumière – le monde…

Le souffle et le sang qui circulent – et qui, si souvent, débordent…

L’âme détournée de ses élans…

Nous – immergé(s) – et surnageant dans le rouge et le vent – la tête dépassant – inclinée – comme une offrande qui émerge (vaguement) de la matière – de la foule – du magma – surprise et engourdie – encore engluée dans la nuit poisseuse…

Notre vie – comme une perte – la possibilité d’une découverte…

L’Amour nous saisissant en plein jour – entre le sommeil et la mort…

 

*

 

Autour de nous – des visages – le temps – mille choses qui se précipitent…

En nous – quelque chose à l’abri du monde – à l’abri de tout ce qui passe…

L’espace gris et saturé – le visage de la terre le plus familier…

Des images et des fragments colorés par tous les rêves – par les songes enjoliveurs des hommes – comme pour essayer de cacher l’atroce (et triste) réalité…

Le seul éblouissement ; la vérité – à l’intérieur…

 

 

A tout instant – la possibilité du chemin…

La fièvre qui, en un éclair, peut percer l’épaisseur et l’inertie…

La mémoire – comme les oiseaux – capable de s’envoler…

Droit devant – sur un ou deux pas – puis, en zigzag – des détours et des circonvolutions – une suite de virages et de surprises – une longue série de transformations – puis, un jour, plus ni trace – ni sente ; la vie – la route – le monde – qui, à chaque instant – s'effacent et se réinventent – s'effacent et se réinventent – inlassablement…

Le soleil et l’inconnu – la joie de l’incertitude – la confiance qu’aucune épreuve ne peut anéantir…

Des foulées légères sur les pierres blanches – qu’importe la couleur du ciel et la nature des circonstances…

Le Divin – partout – descendu…

 

 

Pas même une butte à gravir – des ailes au-dessus du monde – la terre survolée…

Le franchissement (de plus en plus aisé) des obstacles – des fossés…

Là où l’on passe – la route qui s’invente – les pas – le chemin – l’appel et l’envol – qui se dessinent…

L’homme – l’image de l’homme – si bas – si étranges – si loin – à présent …

 

 

Les arbres – le monde – le jour – gravis (très souvent) à mains nues…

L’épreuve du temps qui passe – des défis relevés…

Ce que l’on engrange par l’étroit passage ; mille choses qui passent – elles aussi…

L’essentiel de notre parole – inentendu – gravé à même la pierre ; et toutes nos feuilles, sans doute, superflues…

La roche et le ciel – comme si être en vie suffisait…

 

 

Notre voix – au creux d’un arbre séculaire…

Du bois – un chant ; et cette résonance en tous les lieux naturels et intérieurs…

Le ciel si proche – sans confusion possible – sans mensonge éhonté…

Ce qui affleure à travers l’authenticité du ton et du contenu…

Ce qui existait déjà avant soi…

L’éternité sans doute – l’éternité peut-être…

 

 

Le mystère si profondément enfoui – le miracle dispersé au cœur de toutes les strates de la matière – au cœur de toutes les dimensions du réel – le tangible et l’invisible…

Et nous – cherchant maladroitement la clé et l’évidence dans l’amassement des signes et des choses – mille symboles – mille usages…

Les mains sur les yeux ; comme plongé(s) dans ce (funeste) fourvoiement ; assistant au défilé (permanent) des images que nous prenons pour des bouts de monde – des trésors – des fragments de vérité…

Et cet espace – en soi – (plus ou moins) dissimulé – (plus ou moins) obstrué – (plus ou moins) accessible  ; le lieu de la compréhension et des retrouvailles…

Mille mondes – au-dedans – au cœur même de ce monde…

Diantre ! Si l’on pouvait voir (ou même imaginer) les dimensions – multiples et unifiées – mystérieuses et miraculeuses – de ce que l’on appelle la réalité…

 

*

 

Quelque chose de blanc – avec des ailes…

Les yeux ouverts – face au monde…

Au milieu des ronces et des sanglots…

Personne sur la pierre – seulement des pas qui vont et qui viennent ; une forme d’effervescence irrépressible au cœur d’un périmètre étroit – infranchissable…

Des frontières – des pierres – des murs – des ruines…

Le noir – le plus visible ; et l’effritement (inévitable)…

Et le reste – notre visage – coincés entre la peur et l’égarement ; comme un (triste et misérable) résidu d’innocence…

Le règne – partout – de l’évanescence…

Le monde, sans cesse, sur le point de s’effacer…

 

 

Au cœur de nos vies – le mystère à décrypter – inexistant – périphérique – superflu – pour la plupart des hommes ; et absolument vital – central – absolument essentiel – chez quelques-uns (assez rares)…

Un chemin – un voyage – pour tenter de comprendre – de déconstruire le monde – et de bâtir, à la place, un temple – pour transformer tous les lieux – et toutes les choses – en une expression du plus sacré…

L’effacement plutôt que la jouissance…

La solitude plutôt que la foule…

L’intimité plutôt que l’éparpillement…

Le geste quotidien plutôt que la distraction…

Notre existence – comme la réponse (l’impérative réponse) à un appel…

 

 

Le plus sauvage – en nous – enserré et silencieux…

Au bord du rêve – du désarroi – cette tristesse profonde – commune – collective ; cette ignorance privée de lumière…

Si près du bleu – pourtant – malgré l’horizon – les fleurs et la liberté – bafouées – piétinées – le monde à l’envers qui marche sur la tête au cœur d’un immense désert – d’un souterrain labyrinthique – artificiellement transformé en oasis – en terre de possibilités ; et toute une armée œuvrant à la construction du déguisement – de l’opacification – du mensonge…

Et nous – essayant (humblement et de manière assez vaine – sans doute) de nous dessiller les yeux – d’opérer un éclaircissement suffisant pour nous affranchir du noir et de la détention – pour percevoir le réel tel qu’il est – sans les filtres humains additionnels…

 

 

Une voie à mi-hauteur – assaillie par la foule – (en partie) obstruée par l’enchevêtrement du regard et de la pensée…

Mains derrière le dos – la foulée précise et régulière – mécanique…

Les yeux aimantés par l’horizon – la promesse des hommes – comme l’ultime recours pour échapper à la souffrance du monde…

Un chemin – une issue – trop fortement programmé(e)…

La nuit collective qui se prolonge – et qui se prolongera tant qu’aucune place ne sera accordée à la spontanéité – au hasard – à l’incertitude – à l’inconnu…

Une zone trop étroite pour libérer la marche – affranchir les cœurs – offrir aux âmes et aux sandales un réel espace de liberté…

 

 

De toutes parts – la pensée – les têtes qui débattent et se débattent…

La tournure du monde – vers l’abstraction…

Des zones d’ombre apparemment éclairées…

Des études – des confidences – des révélations…

Puis, la lente agonie du langage au profit de l’image – de la représentation…

L’empire grandissant de ce qui se voit – de ce qui se montre…

L’envahissement de tous les espaces…

Tous les instruments déployés pour inciter – influencer – persuader – faire rêver…

Et (bien sûr) le refus sous-jacent du réel – de ce qui est…

L’espoir et le temps glorifiés…

Au bord de l’abîme – au bord du néant – tant le vide est saturé – tant le bavardage et les commentaires ont remplacé le regard et la possibilité du silence…

Une brève (et tragique) histoire du monde (contemporain) ; le cours implacable du temps – au fond, peut-être – quelque chose de naturel – de nécessaire – de réjouissant ; une étape indispensable – ni plus ni moins – dans cette longue marche vers la lumière…

 

*

 

La vie – le vent – inattentifs – inattentionnés – furtifs – offerts – au fond mystérieux…

Et l’âme comme une étoffe précieuse déchirée…

Le souvenir (un peu nébuleux) d’un âge d’or indéfini…

Des gestes – des pas – dans le noir…

Ce qui cherche la perfection – ce qui cherche à recommencer…

Des brisures – une continuité…

Chaque chose – chaque visage – et des ombres innombrables – comme s’il existait plusieurs sources lumineuses…

Le monde – au-dedans – au-dehors – des lieux à découvrir – à explorer – à définir ; mille expériences à éprouver…

 

 

Le commencement du même rêve – à chaque fois – entrecoupé…

La nuit – au milieu des étoiles…

Ce qui respire – sans bruit – à peine vivant – presque immobile…

Le poids de la terre dans le corps…

Et ces ailes immenses qui tardent à pousser…

De l’espace – à l’étroit – trop encombré…

Et l’air – et le vent – et des fenêtres à créer…

 

 

Au cours de l’enfance – des visages blessés – des fugues – quelque chose de la douleur – de la fuite – du refus…

Une réticence – des résistances – à vivre là – à être né(s) ici – comme si nous étions fait(s) pour des lieux moins arides – moins grossiers – moins violents – où l’or se cherche – se découvre et se porte – au-dedans – où règnent naturellement – quotidiennement – au cœur du monde – au cœur de l’âme – le silence, l’Amour et la lumière – où chaque geste porte en lui la gratitude – le respect et la tendresse – où chaque parcelle d’espace et de matière est considérée comme l’expression du plus sacré – du plus que Divin ; un monde – des âmes – infiniment plus sensibles – plus proches du cœur et de l’esprit que du rêve et des instincts…

 

 

A la dérive – face au mystère – face aux énigmes de l’être – de l’âme – du monde ; nos petits jeux sournois – nos manières grossières – nos ambitions (si) prosaïques…

A quelques nuances près – le même langage que les bêtes – et cette peur inscrite sur tous les visages – l’esprit et les mains crispés sur les choses alentour – sur les choses au-dedans…

L’appropriation – le conservatisme et l’inertie ; rien qui ne puisse tendre vers la nudité – l’affranchissement – l’autonomie…

L’humanité des pas infimes – l’humanité des cercles étroits ; l’ancien monde – de toute évidence – la vieille humanité (si proche des origines)…

La nuit folle qui a tout imprégné…

 

 

La solitude – comme une délivrance…

Un corps à corps avec le silence…

Une plongée dans le merveilleux…

L’exploration d’un espace – sans cesse changeant…

Toutes les figures de l’être penchées sur elles-mêmes…

Nous – peu à peu – nous découvrant (de manière plus ou moins exhaustive)…

 

 

Sur la pierre – des ruines – l’exil – le néant autour de soi – et ce cri – et cette crainte – qui se prolongent depuis le premier instant de notre naissance – cette étrange (et incroyable) mise au monde…

Les yeux fermés – le cœur cadenassé – comme pour s’épargner la vision du monde – des Autres – du temps – de l’enfer ; les mains sur les oreilles – la tête baissée – rentrée dans les épaules – le corps roulé en boule – recroquevillé – à peine respirant – à peine vivant – au milieu de la multitude qui peuple les rives de la terre…

Des bêtes grouillantes et affamées – dos à dos – les unes sur les autres – comme un corps massif et monstrueux qui mêle (presque) sans distinction toutes les formes et toutes les couleurs – les morts et les vivants – en une surprenante (et redoutable) miscellanée…

 

 

La terre aimante – ce qui bouge – au loin – mystérieusement attiré – comme envoûté – mu par le manque et le besoin de tendresse ; le monde entier – en vérité…

 

Des caresses et des bras accueillants – comme une fête – une promesse de félicité – pour l'âme – pour la chair – pour la peau…

Le Divin – la terre de l’enfance – pour l’esprit ; ce à quoi il est (presque) impossible de résister…

 

 

La paix détournée du feu pour d’apparentes (et obscures) raisons…

L’excès et la crainte, sans doute, de la consumation et du néant – une vie au cœur d’un océan de cendre – ce que l’on voudrait s’épargner…

Plus rarement – presque jamais – la perception de l’immensité nue – vide – entièrement – accueillante ; et le geste potentiel comme un prolongement de l’étendue – au cœur des flammes vives – la possibilité de mouvements porteurs de lumière…

Le feu et la paix – l’Amour et l’intensité – ainsi (possiblement) réunis…

 

 

Ni église – ni autorité…

Ni temple – ni peuple…

Pas la moindre communauté sinon, peut-être, Dieu – la grande appartenance

Seul – au milieu de personne…

Quelques rires – quelques gestes – quelques riens – en guise d’existence…

Des ombres et de la nuit ; nos profondeurs et nos alentours accueillis – acceptés et assumés – au même titre que le reste et la lumière…

La même fête – de l’aube au crépuscule ; et du crépuscule à l’aube – le silence et l’effacement triomphants ; nos défaites successives (royalement) couronnées…

L’espace – l’Amour et la lumière ; l’indistinction et l’intermittence – puis, le recommencement de tout – à chaque fois – à chaque étape…

Nous tous – singuliers – solitaires – inexistants – réunis…

De l’invisible et de la matière ; bien davantage (bien sûr) que le monde entier…

 

 

Le rêve – encore – comme la seule ritournelle possible…

Ni instinct – ni pensée – le pur imaginaire – comme le prolongement (apparemment naturel) du sommeil…

Les yeux ouverts – les yeux fermés – qu’importe le jour – qu’importe la nuit…

Le règne de la paresse et de la facilité…

 

 

Le monde – de la couleur du verbe…

Un brusque basculement vers la lumière…

Quelque chose d’impénétrable ; et nous devant – atermoyant – lançant les dés et des oracles – consultant des livres et, parfois même, des prêtres pour connaître la hauteur des flammes – l’ampleur de l’incendie – notre degré de responsabilité dans le désastre – notre devenir et les conséquences de la catastrophe en cours…

Bouche bée – en quelque sorte – face aux révolutions terrestres et langagières – face à l’évolution constante du réel et de la parole…

 

 

Face à la nuit – l’expérience de la beauté – la tendresse du geste – l’intelligence du regard…

L’Amour et la lumière – seuls remparts (véritables) contre l’ignorance ; seules réponses possibles à la bêtise et à l’ignominie…

Le monde – partagé en parts…

Les uns rampant – les autres debout – en déséquilibre – sur la balance…

La poitrine chevauchée par l’essoufflement ; et la folie qui sépare…

L’abîme et l’engloutissement pour la plupart – et chez quelques-uns (assez rares) l’enfance vulnérable – digne et rehaussée – garante d’une vérité ancestrale – d’une vérité première – éternelle – peut-être ; le faîte (si peu fréquenté) du monde – du vivant – de l’humanité…

 

*

 

Le long de l’abîme – à pas apeurés…

Pas même un chemin – une sente de sève et de ciel – sans aube – sans étoile…

Des feux – des fleurs – tous nos reflets dans le miroir…

Le monde tel qu’il est – jamais enjolivé…

L’âme telle qu’on la trouve – tantôt radieuse – tantôt rugueuse – tantôt foisonnante – tantôt démunie…

Notre part de tristesse et de joie ; et toutes les émotions sur le nuancier…

Notre contribution singulière (et inévitable) aux rires et aux larmes…

Et ce que l’on peut offrir, peut-être, de plus essentiel – un pas (minuscule) vers la sagesse…

 

 

Ce qui se détache – personne à nos côtés – des virages – la vue empêchée – qui se heurte aux éclats du monde…

La même terre – pourtant – sans adieu – sans mouchoir qui s’agite…

L’Amour sans accolade ; et si collé aux choses – pourtant…

L’intimité pressentie qui, soudain, se réalise ; l’impénétrable qui s’ouvre ; l’inaccessible qui se laisse approcher – effleurer – traverser…

Le ciel qui s’offre – au-dedans – sans rien dire – plus que silencieux – autant que nous – les lèvres sèches – la poitrine (époustouflée) qui se gonfle de sanglots et de joie ; tout entremêlé – sur le même rivage ; l’Amour – la lumière – la poésie…

Touché en plein cœur par l’espace – le monde – la tendresse – les choses – la nuit – la beauté – à l’intérieur…

Et tout – avec le même visage ; nous – nous épanchant – nous recevant ; l’hôte accueilli et accueillant ; nous-même(s) en toutes ces parts visibles – invisibles – (incroyablement) sacrées…

 

 

Le monde – au cœur du rêve – comme une peau fripée – un corps exsangue – exténué…

Et serrés l’un contre l’autre – Dieu et le Diable – main dans la main – heureux de leur œuvre commune – fragile et provisoire – s’amusant de nos jeux – de nos élans – de nos tentatives – chacun encourageant (à sa façon) l’enfance terrée au fond de l’âme qui cherche à éclore…

 

 

Le bleu qui rampe – qui comble tous les interstices…

La lumière et le ciel – dans nos têtes – bousculés – devenant ce que nul n’aurait pu imaginer…

Le chevauchement de l’ignorance et de la cécité – qui a conduit la vie – le monde – les hommes – à se fourvoyer – à s’éloigner (insidieusement) de la vérité – à devenir des armes qui se retournent contre elles – qui déciment toutes les têtes sans distinction – qui éradiquent ceux qu’elles étaient censées éliminer autant que ceux qu’elles étaient censées protéger…

La vie sacrificielle – malgré nous – malgré tout…

La nuit – ici (bien plus qu’ailleurs)…

Nos fronts et nos mains ensorcelés…

 

 

Des adieux en nombre – incessants…

Des fleurs – des têtes nouvelles – des âmes en partance – des âmes en transit – des corps lourds – des esprits crédules ; la foule qui va – qui vient – qui chemine…

Le même fil – de bout en bout…

Des esquisses – des ébauches – des éloignements…

La respiration cosmique du grand corps – à travers nos apparitions et nos effacements – à travers tous les chemins que nous dessinons (à notre insu)…

Un seul rivage – comme fragmenté – et qui forme une sorte d’archipel ; avec un pied ici – le cœur ailleurs – et la tête, un peu plus loin – l’âme à la hauteur d’un ciel indéfiniment redessiné par une grande main invisible – inconnue – indistincte (composée de toutes les mains du monde) – à laquelle nous nous soumettons tous – et vers laquelle cheminent tous les destins – implacablement attirés par cette mystérieuse origine…

 

*

 

L’incertitude – le monde des croyances – des chimères…

Des offrandes pour tenter de rapprocher le ciel…

Dieu immergé dans notre destin…

Un long chemin parmi les vivants…

Et la lumière – trop rare – comme un espoir…

Ainsi nous éloignons-nous – ainsi nous rejoignons-nous – imperceptiblement…

 

 

Les mains vides ; les maigres récompenses dispersées…

On se tient là – immobile – face au soleil…

Autour de nous – des ruines – des couleurs – l’immensité…

Des cris et des gémissements – la douleur et la mort – et cette incompréhension tenace face au monde – au mystère – à l’inexplicable…

Ce qui est – ce qui semble être – plutôt que rien ; et ce rien si rarement interrogé – vide ou néant – espace ou abîme – certes silencieux mais sensible et vivant ; ou indifférence inerte – inconsistante ou épaisse – non-être – non-existence…

Tant de choses – de questions – d’expériences – sous la lumière…

 

 

Les lois du sol – le monde ainsi qui s’étend ; au loin – le ciel ; en contrebas – la mort ; un court instant accordé aux vivants – puis, un autre – puis, un autre – puis, un autre encore – indéfiniment pour comprendre et réaliser – se rapprocher – expérimenter le rassemblement et l’unité ; puis, pour oublier – désapprendre – faire un pas de côté – s’éloigner jusqu’aux confins – jusqu’au seuil de l’impossible – de l’inimaginable – au-delà même des plus lointaines périphéries – devenir des éclats épars (et incroyablement distants les uns des autres) jusqu’à incarner, de manière parfaite, la séparation – la fragmentation – l’éparpillement…

Ce que l’on appelle être ou vivre – selon les terres que l’on habite…

 

 

Dans le lit et les vêtements d’un Autre…

Pas même notre visage – pas même notre peau…

Ce que l’on transforme en un seul saut – en un bref coup de dés…

Plus que les « pourquoi » – plus que tous les « comment » possibles (et imaginables) – le silence essentiel – et guérisseur ; notre seule patrie – la terre de tous les voyageurs – de tous les exilés du monde…

Qu’importe alors les apparences – nos vêtures – ce que l’on semble être et vivre – le plus visible de ce que nous sommes ; la joie qui émerge à l’intérieur…

 

 

Le printemps – à nouveau ; le bleu – comme toutes les possibilités – qui refleurit…

Des ébauches – des esquisses – de l’hiver – coupées net – la nudité remplacée par l’exubérance et la prolifération…

Partout – des adieux et des naissances…

Et nous autres – sensibles – silencieux – contemplatifs – qui avançons sur le chemin qui se perd au milieu des saisons…

Et, à chaque instant, le temps à venir (que, bien sûr, nous ignorons)…

 

 

Auprès des grands arbres – la chair rouge – le ciel déclinant – la figure contre le sol – le cœur déjà ailleurs – si proche d’un soleil différent – d’un autre monde…

L’existence mortelle presque achevée…

Au-delà de la pierre – au-delà des larmes – au-delà du tohu-bohu et de la croyance en nos yeux ouverts…

Hors de notre ancienne cachette – debout – le regard planté à l’intérieur – le corps mu par les circonstances – les exigences du monde et de l’âme – sans vœu – sans souvenir – obéissant – essayant de nous frayer un passage entre le rêve et la lumière…

 

*

 

Le temps suspendu par la main – au-dessus du vide et des horloges devenues inutiles…

Le monde – au creux du mur – comme un nid – une caverne – un asile instinctif pour les créatures les plus primitives – les plus élémentaires…

Dans la poigne – la proie ; dans le crâne – le manque et la peur…

Et, soudain, la rupture des fils – l’effondrement de ce qui nous maintenait debout – vivant ; la chute et l’explosion de la matière sur le sol…

Toutes les formes et toutes les couleurs mélangées…

La fin du monde – peut-être ; la fin du spectacle – sans doute (assez affligeant – il faut bien le reconnaître)…

A l’aube – sans doute – d’une ère nouvelle – avec un autre monde – un autre temps – d’autres possibilités…

 

 

Le feu – par la fenêtre ouverte – l’incendie des âmes – le monde affairé – des flammes hautes et vives – volontaires – naturelles…

La surface épurée – bientôt régénérée ; un monde et un langage nouveaux en train d’émerger – peut-être…

Le frémissement de couleurs jusque là inconnues – des formes surgissantes…

Des grappes de lumière qui jaillissent du sol – qui descendent du ciel – qui se rejoignent en gerbes sur toutes les figures en germe – à peine naissantes – comme le prolongement de l’origine – si nombreuses – si diverses – à la nature et au passé communs ; une seule entité – en vérité – inlassablement changeante – au cœur immobile et facétieux…

 

 

Au cœur d’un ciel de plus en plus profond…

L’âme qui s’allonge ; la lumière sur le visage…

Tous les mouvements éclairés – de l’intérieur…

Les paupières qui, peu à peu, se soulèvent…

Les yeux au sec (malgré l’émotion)…

Les entraves qui s’effritent – qui s’effacent…

L’impénétrable comme affaibli – l’ouverture d’un passage naturel…

Le réel et la poésie qui (progressivement) se substituent au rêve…

Le temps et l’espérance brocardés – exclus – bannis – effacés…

Pas à pas jusqu’au seuil inventé…

Déjà présente au creux de la paume – à la commissure des lèvres – au fond de l’âme ; cette joie à partager…

 

 

En un éclair – la terre et le ciel transfigurés – le cœur sans croyance – l’âme loyale et lucide – docile – éclairée – qui jette la vie et la mort dans les bras l’une de l’autre ; comme en haut – comme en deçà – comme partout (en vérité) – bien que le manichéisme des hommes ne puisse l’admettre…

Plutôt le sommeil que le regard clair…

Plutôt l’illusion que l’étrange (et incroyable) vérité…

De la tête aux confins des premiers cercles – la même nuit – le plus sombre, peu à peu, amassé ; comme dépossédé(s) de la moindre clairvoyance face à l’accumulation des tombes – le visage triste – seulement…

Ici – depuis si longtemps (depuis trop longtemps) – sans jamais rien comprendre…

 

*

 

L’origine – comme une évidence ; des retrouvailles – le lieu de l’unité et de la déchirure initiale…

Et des escaliers à descendre – à gravir – pour retrouver l’espace antérieur au geste inaugural…

De monde en monde – de corps en corps – existence après existence…

Mille défaites – mille expériences – au cours de cette traversée interminable – sur ce chemin qui serpente entre les colonnes – les effondrements – les incendies – jusqu’à l’envol – comme l’oisillon qui, un jour – à force de persévérance et de battements d’ailes – parvient à rejoindre le grand ciel…

 

 

Des voûtes – la terre rouge – l’océan – trop lointain – comme une hantise sous le front – au milieu des rêves et des ambitions terrestres…

Le jour – comme une fête imaginée – imaginaire…

Le feu qui cherche – qui court – qui rampe – contre lequel rien ne peut lutter sinon un feu plus grand – un feu plus vif – un feu plus ardent…

Ce que l’on parcourt – d’une rive à l’autre – cet élan – ce voyage – sans cesse recommencé…

L’oubli et la destination en tête…

D’un seul trait – d’un seul geste – le monde – le silence – la poésie…

 

 

Seul(s) – au milieu de la joie – sous la tristesse et les coups ; l’enfance – l’orage – qu’importe ce qui nous échoit pourvu que nous puissions oublier la mort – pourvu que nous ayons le sentiment de pouvoir lui échapper…

 

 

La peau drapée de ciel et de vent – infinie – sans autel – sans sacrifice – sans sacrement...

Nu(s) sous cette robe tissée à même la trame du monde ; quelques fils – un bout d'étoffe – un peu de terre – quelques flammes – un peu de silence – savamment cousus ensemble…

Et mu(s) par le désir de tout ce qui nous habite – nous conformant – nous associant – à tous les élans – essayant d’assouvir tous les besoins – horriblement empathique(s) – comme condamné(s) à l’identification parfaite avec ce qui semble nous composer…

A intervalles réguliers – le sommeil – la peur des bêtes – l’ombre et le bruit ; quelque chose – mille choses – qui se substituent à l’innocence ; ce qui ressemble à un éloignement – à un reniement – de l’origine…

Notre bassesse – notre infidélité ; cette (si forte) inclinaison au mensonge – à la fourberie – à la trahison…

 

 

L’âme du monde – des Autres – tournée vers l’abîme…

Nul n’écoute – le ciel bruissant – ses incessants appels…

Toutes les planètes alignées sur d’autres images – la terre – le rêve et la pénombre…

Le réconfort et l’anecdotique – rien qui ne ressemble (de près ou de loin) à Dieu – à une prière…

Les idées éparses – la gratitude morcelée dans les mains qui saisissent – qui s’accaparent – qui violentent…

Rien que le désir et l’ambition – sous le front chétif et déficient…

Des éclats de rire pour dissimuler la misère et le néant…

L’homme et la bêtise (dans toute leur splendeur)…

Ce qui nous malmène et ce qui nous emporte – comme si nous n’avions pas encore été suffisamment touché(s) – pénétré(s) – traversé(s) – bouleversé(s) – transformé(s) par l’expérience terrestre…

 

*

 

Les ombres et les miroirs – emportés…

L’angoisse des cris qui surgissent…

Le ciel défait – l’enfance étouffée…

Ce que l’on imagine face au visage des Autres ; ce qu’il laisse deviner…

Toutes les figures du monde – parfaitement jointes…

Le regard triste ; la parole gaie (comme pour compenser – se donner des airs de vivant fréquentable) ; à moitié brisé(s) pourtant – incompris et ne comprenant rien (ni personne) – sans aide – sans aider – comme tous les Autres – en somme – à se débrouiller avec la lumière (son absence – le plus souvent) et le poids des pierres – très maladroitement…

 

 

Porté(s) à croire et à s’assoupir…

Les yeux mi-clos en marchant – en dormant – en s’interrogeant (très mollement) sur le monde et le mystère…

Porté(s) par à peu près rien sinon par le caractère irrépressible des désirs et des instincts…

Tourné(s) sur soi-même – presque exclusivement ; centre de tous les cercles dont les habitants (tous les autres habitants) sont superbement ignorés…

Emporté(s) comme de la poussière – dans le tourbillon illusoire du temps – par les courants terrestres – l’âme et le ciel obéissants…

Et la forme étrange – inadaptée – de notre présence – de notre accueil ; les mains dans les poches – les yeux baissés – ou fuyant – posés ailleurs ou sur ses souliers…

Des armes et des soucis – des querelles ; mille tourments – ce qui emplit nos vies ; et tous les usages possibles et imaginables…

Ce à quoi nul – en ce monde – ne peut échapper…

Toutes les tentatives – tous les tremblements – des hommes et des bêtes au fond de leur abîme…

 

 

Penché(s) sur le lointain – trop incliné(s) – (presque) sur le point de basculer de l’autre côté du temps – le feu et la mort à nos trousses – voué(s) à terme à nous transformer en cendre et en os – nous cabrant – nous arc-boutant – résistant à ce qui cherche à nous immobiliser ou à nous précipiter ; entamant, peu à peu (et toujours trop rapidement – à notre goût), les jours qu’il nous reste – nous dirigeant (inéluctablement – bien sûr) vers le trou et la tombe ; comment pourrait-il en être autrement…

Toujours dans l’entre-deux – coincé(s) entre les bords du chemin – entre la naissance et le trépas – ne sachant comment nous rejoindre (réellement) – ignorant si les retrouvailles avec nos origines seraient salutaires – allant cahin-caha en portant partout en étendard notre nom – nos mérites – nos possessions ; un pitoyable bagage (en vérité) qu’il nous faudra, tôt ou tard, abandonner – au seuil du passage vers un autre monde ou vers une autre perspective – moins étroite – moins ignorante…

 

 

Trop de terre dans l’âme – les gestes – sous les pas…

Des liasses de pages – comme l’exploration d’un recoin – d’un angle – d’un point de vue – peut-être…

Le cours des choses – se passant de l’ardeur et du rêve de ceux qui s’imaginent indispensables – essentiels – irremplaçables…

Et pourtant – des monceaux de monde – des pierres soulevées – et entassées – édifiées en colonnes vers le ciel…

Partout – la vaine besogne des hommes ; du bruit et de l’effervescence plutôt que rien ; une manière de survivre à l’incompréhension et au désarroi…

 

*

 

Le seul franchissement possible – véritable – en soi – au-delà du premier cercle – le seul qui ait jamais existé depuis le premier jour – vers l’origine – le ciel – l’aube – la lumière…

Sans croyance – sur une butte – quelques ronces vivantes en guise de couronne – pieds nus sur la pierre – la parole aussi douce que l’herbe – aussi claire que l’eau ; la dignité comme un arbre –droite – strictement verticale – la force à l’intérieur – dans cette sève ascendante si particulière…

Seul – dans la forêt – le miracle en offrande – dans les mains ; le silence feutré – au-dessus des terres et des têtes – trop étroites – trop peuplées – en surplomb de ce monde gorgé de sang – comme une auge où viennent se repaître tous les vivants – tous les corps vivants – les âmes retranchées derrière – apeurées – horrifiées – par cette inévitable barbarie…

Plus ni sermon – ni semence ; affranchi – à présent – se redressant – (presque) debout dans le jour…

 

 

La couleur de l’étoffe – des reflets du miroir – de la terre où nous habitons…

Ce qui glisse sous nos doigts – ce qui se dissipe à notre approche…

Cette marche – cette traversée – la peur au ventre – l’angoisse qui monte aussi haut que la lumière…

Le monde des choses et le monde des signes…

Quelque part – sous le ciel – loin du bruit et des rumeurs – sur ce chemin (extrêmement) solitaire – en marche (au-dedans) vers le rassemblement et l’unité ; la mesure commune des êtres ; sans doute – le seul geste nécessaire pour s’établir dans une autre perspective – une manière réellement différente d’être au monde – plus juste – plus belle – plus sensible – plus lumineuse…

 

 

Penché – les yeux sur les Autres – sur les tombes – à vivre – à éprouver – à essayer de dire ce que nous ne comprenons pas…

La main posée sur l’écorce d’un arbre ; et dans l’autre, le vide…

Au-dedans – un feu ; et au-dehors – ce que l’on jette hors de soi…

Comme pris en tenaille entre le ciel et la pierre…

Ce à quoi nul ne peut échapper – malgré la prépondérance du rêve dans le monde…

 

 

Des corps confus – comme la parole et les visages…

Des mouvements inachevés ; le sommeil qui s’approfondit…

Le monde de plus en plus sombre – inerte – souterrain…

On a beau hurler – nul ne se réveille – nul ne ressuscite…

On voit (seulement) s’étaler la paresse – les doléances – l’incompréhension…

Le monde – séparé – fragmenté – éparpillé…

Toutes les mains déjà posées sur l’horizon – les âmes tressaillantes – à la fois ravi(s) et désespéré(s) de devoir se frotter à l’impossible…

Trop prêt(s) des étoiles – sûrement – la tête comme un morceau de nuit – un bout d’étoffe – le reflet des choses terrestres – de ce monde si affairé…

 

 

A l’approche du jour – tout a disparu ; le nom – le visage – l’élan ; ne reste plus qu’un fragment d’espace et de lumière qui accueille le vide rayonnant…

Sans étonnement – ces retrouvailles de la terre et du ciel (enfin perçues – enfin comprises – enfin éprouvées)…

En nous – la fusion nécessaire ; le regard clairvoyant sur le monde et l’expérience…

 

*

 

Le lieu du jour – du songe – du sommeil – identique – à celui de la possibilité et de la métamorphose – comme une pierre grossièrement façonnée – à moitié sculptée…

Toutes les facettes du monde – le reflet des Autres – dans nos yeux ; et le reflet de soi – si lourd dans la balance ; le déséquilibre habituel des forces et des ambitions…

Des signes sans promesse – bien en deçà du seuil de la franchise et de l’honnêteté…

Et toutes ces oreilles collées à la porte qui nous protège des bruits – des bavardages – des mensonges ; sans doute suffisamment enfoncé(s) dans les nôtres…

Nous éloignant, peu à peu – et de manière rédhibitoire, du ciel et de la lumière – de ce qu’il y a de plus beau en ce monde – et qui sommeille (encore) en nous…

 

 

Là-haut – près de soi – loin de sa propre image – de ses propres cris – la tête (horriblement) plongée dans l’espérance…

En groupe – dans l’attente d’un événement inconnu – sous le doigt des enfants qui nous désigne…

De porte en porte – sans maugréer – de plus en plus attentif à mesure que la déchirure s’étend et que les couleurs se diluent…

Nous rapprochant du cœur de l’énigme – la tête ployant sous le poids de l’aventure – la démesure des Autres…

Et tout ce bleu – au-dedans – que si peu découvrent – dont si peu ont conscience ; plus puissant que l’amoncellement (toujours pitoyable) des choses ou des signes qui tentent maladroitement de matérialiser l’infini…

Aujourd’hui – l’infinité tremblante dans le geste et la voix – qui témoigne du silence et de la paix (presque) pleinement habités…

 

 

La dérive des mondes vers l’illusion…

De chimère en chimère – jusqu’à la parfaite fiction…

Ce qui brûle ce que nous avons chéri – ce que nous avons (passionnément) aimé…

Tous nos rêves en flammes…

Le ciel emmitouflé – dissimulé derrière un épais brouillard – un manteau de fumée gigantesque…

Et cette terre suffoquante – asphyxiée…

Des cris derrière tous les murs ; des grognements de bêtes apeurées…

Illusion aussi – peut-être – comme le reste…

 

 

Personne – le monde déserté par l’intelligence – remplacée par la chair – des amas de chair vivants – bruyants – avides et affamés…

D’un côté – des ventres et des bouches animés ; de l’autre – des têtes inertes et des entrailles entassées ; ce qui respire et ce qui a respiré ; le grand festin journalier – cette orgie du vivre – la pitance des vivants ; la chair se repaissant de chair ; le terrible (et affligeant) spectacle de la matière cannibale…

Nos mains – notre âme – nos pages – rougies et tremblantes – horrifiées à l’idée de participer à ces bombances bestiales – à ces fêtes barbares – à cette grande débauche païenne…

Sur ces rives tristes – furieuses – rubescentes – notre fin – quelques feuilles – nos os – bientôt – notre départ…

Loin de cet abîme – en route (sans doute) pour des contrées moins sauvages…

Et une bougie – mille bougies – pour tous ceux qui, un jour, habitèrent le monde…

 

*

 

Parfois – l’infini – comme un espace dans l’espace – le plus vaste investissant le plus étroit ; le vide insufflant l’air – et la place – à l’encombré…

La nuit embrassée – embrasée par des étreintes de lumière…

La ligne de feu en équilibre sur la crête – cette fausse frontière entre le jour et l’obscurité…

Des flammes – partout – sur toutes les pentes ; des éclats de lucidité dans la cendre…

Dieu contemplant son œuvre – tantôt désastre – tantôt miracle – l’apparence du monde – changeante – chamboulée – inlassablement…

Au cœur de soi – l’univers – dans notre sang ; ce qui se joue – à chaque instant...

 

 

Ici – comme dans un ciel hors du temps…

Quelques restes de sagesse antique – ancrée au fond des têtes – déchiquetés par l’ardeur…

Une respiration haute – et crispée – entre le cri et l’angoisse – le pressentiment de la faute – et même, chez quelques-uns, celui du péché…

Des chaînes de mains et d’épaules – côte à côte – ligotées – menottées – sous le même joug – soumises au même sommeil…

Ce que l’on honore ; la surface et les apparences ; la richesse des poches…

L’être dos au mur – écrasé contre les parois que nous avons inventées – façonnées – suintantes de sang et de semence – sous un ciel d’étoiles presque entièrement rêvé – presque entièrement imaginaire ; quelque chose qui ressemble à l’aube ; un peu de lumière qui éclaire la gueule des bêtes tapies dans le noir et la crainte – la faim au ventre – comme des ombres – celles des premières cavernes autant, sans doute, que celles que l’on trouve dans les livres et les mythes…

A peine – au commencement de l’histoire…

 

 

Les fruits tombés du soir – près de la porte entrouverte…

La rectitude de l’âme froissée – déclinable de mille manières…

Personne pour se baisser – et ramasser ce qu’offre le monde – le ciel – le temps – la terre vivante…

La lumière – seulement – qui émerge lentement des profondeurs pour éclairer nos pas – nos pages – nos vies – insignifiantes et crépusculaires…

Le seul présent octroyé – la seule promesse que nous ayons faite ; ce chemin qui constitue un lieu de parole – de quête – de liberté ; la possibilité d’une autre perspective…

 

 

Ici – nos mains alertes et attentives ; la beauté perceptible accueillie et offerte autant que celle des profondeurs – autant que celle que l’on ne voit pas…

A l’écoute – l’esprit plus seulement en rêve – ce que l’on retrouve indemne – ce que l’on retrouve déchiré – amputé – et ce qu’il (nous) faut abandonner…

La pierre – seul reflet de nos désirs et de nos impossibilités…

Ce que nous devinons – malgré le sommeil des hommes…

Le visage (un peu) moins triste – (un peu) moins sombre – qu’autrefois…

 

 

Bien au-delà du rythme – du sens des mots – de l’œuvre qui, peu à peu, se dessine (malgré soi) – bien au-delà des rêves les plus fous – comme un ciel – un soleil – que l’on ajouterait par-dessus le sable…

Un (véritable) tournant – peut-être…

(Un peu) au-dessus de l’angoisse et de l’illusion…

Ce que nous devenons et ce que nous savons être – malgré nous…

Le jour penché sur notre visage – en train de disparaître…

Le trésor (incroyable) découvert derrière l’effacement ; l’espace à la place de la matière – le silence à la place des Autres – l’éternité à la place du temps ; notre participation (involontaire) au miracle – au merveilleux – à l’émerveillement du regard – au réenchantement du monde…

 

 

Ce que nous cherchons – ce que nous savons – dissimulé sous le sommeil…

Le monde – la lumière – et tous ces chemins souterrains qu’il (nous) faut emprunter…

L’espérance d’un autre jour – d’une autre voie…

A demi-mot – et de manière si évidente – le refus de ce qui est – le désir d’un autre visage – d’un autre voyage – une autre existence…

Et ce ciel si bas qui nous écrase…

 

 

Le voyage – entre nos mains aventureuses – capables d’épopée ; des pages et des pages – comme autant de pas dans les profondeurs – vers le plus lointain…

Le monde et l’existence – (pleinement) traversés…

Toutes ces rives tristes et illusoires – arpentées – parcourues – de bout en bout…

L’âme angoissée – attentive aux risques et aux affrontements…

Et la présence (quasi) aveugle des Autres…

Presque rien – en somme ; quelques attouchements – des invectives – des exigences ; de l’air brassé – en vain – comme si, en définitive, il n’y avait personne…

De l’eau qui coule et des larmes versées ; le monde et l’âme – comme sources (intarissables) de tristesse…

De la désillusion – cette (précieuse) matière sur laquelle naît (peut naître) la solitude – le savoir – et, parfois même, la sagesse…

Tous les nœuds du rêve dénoués ; le réel rendu à lui-même – intact – indemne – comme l’unique substance – perceptible de mille manières – et se manifestant dans des dimensions fort différentes ; qu’importe alors la clairvoyance – la cécité – ce que nous vivons ; ce que nous sommes – d’une façon ou d’une autre…

 

*

 

Le feu – la parole – ce qui attend l’aube avec les bêtes…

Scellé(s) dans la terre – nous sommes – comme des voyageurs du sol – avec toutes les frontières à effacer pour apercevoir le ciel – d’un seul tenant – comme le prolongement de soi – du monde – l’envergure de la même étendue – ni entièrement dehors – ni entièrement dedans – partout – non localisable – exactement là où quelque chose, en nous, existe – s’engage et contemple…

La vie – le regard – notre (insignifiante et précieuse) présence…

 

 

Au bord du chemin – sous le ciel – auprès des arbres ; au loin – quelques étoiles – le bruit du monde…

Notre longue veille au milieu des ronces – des fleurs – des bêtes…

La terre de l’éternité et des âmes silencieuses…

Le regard sur la pierre ; notre seule fonction – peut-être…

Aujourd’hui encore – comme hier – comme demain – qui peut (réellement) savoir…

Notre place – entre deux ciels que, trop souvent, la mort sépare…

 

 

Le noir – dans la vallée ; cette obscurité épaisse – si différente de la pénombre qui nous entoure…

La forêt des visages et la forêt du silence…

Assis dans les collines – un peu au-dessus du néant que nous avons, peu à peu, appris à enjamber…

De lieu en lieu – sans jamais rompre – ni réduire – la distance nécessaire avec le monde humain…

Le voyage – la vie nomade – au gré des circonstances…

 

 

Sur la route de ceux qui s’ignorent – ce peuple de dépossédés – de vagabonds célestes – au milieu des Autres – trop élémentaires – trop instinctifs (sans doute) pour se comprendre…

Séparés – en vérité – comme les deux faces d’un même visage – l’une tapageuse – l’autre silencieuse – réunies parfois par le chant des étoiles lorsqu’il réussit à se mêler au chant des entrailles…

Le ciel plongé au cœur de l’espérance pour la détrôner – et ne voir partout que la même immensité – mille lignes où s’emmêlent l’obscurité et la lumière – la conscience et le néant – parsemée(s) tantôt de fables et de frontières – tantôt lisse(s) et accueillante(s) – entièrement dévouée(s) au Divin qui se loge au fond des arbres – au fond des bêtes – au fond des hommes qui (malgré eux) se résignent encore à vivre à la surface de la pierre…

 

 

Sur les épaules du temps – le fauve et l’épervier ; des paroles et des feuilles lancées en l’air – oublieuses du monde ; le même refrain ignoré par la foule – mais chanté par toutes les têtes qui se succèdent au seuil de la mort…

Hors de soi – comme arrachées – les figures qui se font face – qui refusent l’évidence du partage et de la continuité…

Des énigmes à foison – (involontairement) détournées du mystère premier…

Le regard triste – comme une pluie matinale…

Ce que l’on peut apercevoir – sans assurance ; le fond commun des couleurs – le reflet de la lumière sur le sol (sombre) de la terre – l’inconnu et le passé qui se dessinent – qui se détachent – les âmes et leur ombre – les cœurs chavirés à l’aube naissante – face aux yeux qui se ferment – face au monde endormi…

 

 

La même pierre – le même ciel – en haut et en bas – mais des têtes différentes – une perspective et un souffle différents ; chaque visage vivant à la hauteur de ses possibilités ; au milieu des arbres – au milieu des Autres – au milieu des fleurs – au milieu de l’acier (et du béton) – allant sur les routes – allant sur les chemins – au milieu du silence – au milieu du bruit (et des bavardages)…

L’existence – selon le contenu et les contours du périmètre où l’on est parvenu à s’établir…

Au fond – le miracle ; à la surface – la tragédie ; et ce qui différencie (magistralement) les uns et les autres ; la manière d’accueillir ce qui s’invite – ce qui vient ; ceux qui acquiescent et sourient et ceux qui refusent et grimacent ; nous tous – sans la moindre exception…

 

 

Sur la même couche – Dieu et l’illusion – côte à côte – se tenant par la main – s’effleurant – se caressant – devisant gaiement – entretenant une relation tantôt amoureuse – tantôt amicale – infiniment respectueuse – à la grande surprise de tous les esprits portés à l’ordre – aux frontières – au manichéisme…

Le ciel au contact de la fange – sans le moindre dégoût – sans le moindre mépris – la considérant comme une part de lui-même – inamovible et intransformable – aussi digne que les autres d’exister et d’être aimée…

Une fenêtre ouverte sur l’aube et une fenêtre ouverte sur la nuit…

D’un côté – le monde – le temps – le gris – la pauvreté des âmes mendiantes – toutes les limites terrestres et organiques ; et de l’autre – l’immensité – la splendeur – le merveilleux – la poésie – qui, sans retenue, se côtoient – se mélangent – se dissimulent les uns dans les autres – au point de (presque) tout égaliser et d’inviter le regard à éclairer chaque portion comme s’il éclairait l’ensemble…

Tout dans tout – à parts inégales (bien sûr) – comme une évidence infrangible – irréfragable…

 

*

 

A distance de soi – mal aimé – mal accompagné – comme exilé de son (propre) centre…

A peine – une pierre sur sa pente…

L’âme absente et sans lumière…

A courir après tout ce qui est noir ; ce que l’on aime – des éclats de ténèbres…

Ce qui nous ressemble – cette ardeur – ces traces de pas…

A cheminer vers toujours plus d’éloignement…

 

 

Que savons-nous de l’enfance – et de la place du feu – dans nos existences…

Le temps qui s’efface – à pieds joints – quelques sauts dans des flaques d’eau miroitantes – un bref aperçu de ses semblables et de son reflet…

Comme une étoile morte – une étoile noire – nos rêves d’amour et de parole, peu à peu, transformés en efforts – en impossibilité – en absence…

Et la mort qui guette – qui s’approche déjà ; quelques jours encore avant d’être emporté(s)…

 

 

Sur la pierre – le monde – le chemin à découvrir – à emprunter – là où l’on s’égare – là où l’on glisse (sans même) le savoir – là où commence le (vrai) voyage…

Des saisons qui passent ; des fleurs – du soleil – des feuilles – de la neige…

Le (petit) manège du temps qui fait tourner les têtes…

Le vertige des cœurs en déséquilibre ; la crainte et le repli des âmes…

Et la mort – (presque) distraitement – qui, sans cesse, fait de l’espace et remplace…

Ceux qui étaient cessent, soudain, d’être mais qui sait ce qu’ils deviennent… vers quelles terres – vers quelles lumières – vers quelles ténèbres – sont-ils éparpillés (et en quelles proportions) ; et ce qui reste – enfoncé dans la terre – entrailles et poussière…

Et la tristesse (passagère et inconsolable) de ceux qui les suivront bientôt – enfoncés dans cette incapacité à faire face à l’absence – la chair profondément pénétrée par la mémoire – les yeux et les joues mouillés de larmes ; de jour en jour – de vie en vie – l’esprit toujours aussi triste et ignorant…

 

 

La même neige qu’au-dessus du temps – vers le passage des hauteurs – la parole discrète et affirmée – ce que l’on devra céder – à la place de la désespérance…

Le mystère et la lumière – sous des apparences tragiques…

Le ciel – des ombres – ce que l’on craint – ce à quoi l’on s’attend ; et ce qui nous sera offert…

Au terme de l’échange – la défaite (bien sûr) – sans surprise…

Et ce que l’on apprend – peu à peu ; le retrait – l’effacement – l’oubli – la disparition…

Et, un jour – en nous, naît cette capacité (involontaire) de faire coïncider chaque geste avec des pans entiers de vérité – le visage absent (de plus en plus) que le soleil remplace par des couleurs – des teintes – des reflets – parfaitement adapté(e)s aux circonstances…

En dessous du rêve – des querelles et des pugilats – tous les opposants – les adversaires qui s’étripent – une kyrielle de (piteux et funestes) combattants ; et, au-dessus – la main blanche – le lieu des découvertes – la promesse d’une certaine félicité…

 

 

Le souffle – le silence – en deçà – au-delà – de l’absence…

L’esprit de la terre davantage que la fange des visages…

Tantôt la couleur de l’or – tantôt l’odeur de la souillure ; une image après l’autre dans la mémoire – si proche de la réalité du monde – dansant avec douleur et insouciance…

Le territoire de l’enfance où se mêlent les signes et le goût de la liberté…

L’affranchissement (très progressif) de l'âme ; des pas ardents – jamais désespérés malgré les épreuves et l’adversité…

Ce que l’on finit par tenir – contre soi – si serré…

En nous – ce précieux legs de la mort ; le frémissement de la chair face à la brièveté des jours ; et la confiance nécessaire (si profondément ancrée dans l’être) pour continuer le voyage…

 

*

 

Entre les arbres – la beauté éparpillée…

A l’écoute de la sève qui monte…

Pierre après pierre – les temples qui s’édifient…

Le même chemin – déjà mille fois emprunté – d’abord de manière prudente et apeurée – puis, de manière triviale et mécanique – et sur lequel il nous faudra apprendre à marcher avec attention – respect et discrétion – pour découvrir le passage qui mène derrière le miroir – au-delà du monde – au-delà des ombres – au-delà du réel apparent – sur cette terre dont nous sommes l’hôte – provisoire et éternel ; notre propre compagnon de voyage – entre Amour et absence – l’incarnation (plus ou moins imparfaite) du mystère…

 

 

Au cœur de la forêt – au milieu des fourrés – parmi la mousse et les chants d’oiseaux…

Au seuil de l’automne…

Des feuilles sombres…

Notre désert qui s’enflamme ; la voie passive où se compteront toutes nos défaites…

Et ce que l’on parvient à entrevoir parfois – au loin – sur cette (énigmatique) ligne d’horizon – à la verticale – juste au-dessus des murs du labyrinthe…

Et dans les yeux – cette lumière nécessaire pour éclairer le passage ; Dieu dans nos bras ; la tendresse incarnée qui, peu à peu, s’affranchit du sommeil…

Nous – penché(s) sur notre propre visage…

La fin de l’apprentissage qui ne débouchera sur aucun enseignement ; le cours des choses et les circonstances – seulement ; presque rien – sans personne – ainsi vivrons-nous…

 

 

Ce qui se détache du rêve et du mensonge…

Le soleil sans ses combattants…

La plus vieille ambition de l’homme – sans doute ; une humanité nouvelle (réparée et régénérée) à laquelle on se sentirait appartenir – sans honte – sans avoir à rougir (d’aucune manière)…

 

 

Le jour tailladé…

Toutes ces mains avides et ces ventres gonflés de désir…

Le temps d’un souffle ; la naissance et la disparition des visages – de la matière…

La nécessité de l’étreinte dans nos voix suppliantes…

La couleur habituelle du monde…

Des signes – et cette espérance aussi désespérée que désespérante…

Du côté de l’absence plutôt que du côté de la possibilité ; l’incapacité (quasi) ontologique d’être là – de répondre aux exigences du réel – de savoir offrir et tendre la main…

Le sommeil (si commun) des têtes humaines ; le lot de toutes les civilisations terrestres…

 

 

Incliné comme d’autres se redressent – affrontent – refusent – rejettent – bannissent…

Ce qui brille – comme un soleil à la couleur éclatante…

La terre (si atrocement) divisée – à la manière de notre esprit…

L’errance – les mots – la foudre…

Ce que l’on réclame ; et ce que nous léguons sans bienveillance…

Le plus simple – la vie simplifiée – (bien) moins lourd que le reste – que toutes les histoires des hommes…

Dans la main – le ciel qui s’éclipse ou qui s’allonge – selon ce que nous offrons – selon ce que nous conservons…

En soi – le Divin – la conscience – l’Absolu ; et en filigrane – le pacte (inconscient et involontaire) que nous avons signé avec le monde…

 

 

Le poids des pierres dans les poches – et dans l’âme aussi – cette charge inutile…

Des pas laborieux – tout au long de cette marche – au milieu des tombes – sur les feuilles mortes – aussi lourds qu’elles semblent légères – aussi solitaires qu’elles semblent inséparables – en l’air comme au sol – l’existence terrestre soumise au grand cycle des saisons…

Notre sort à tous – notre sort commun…

Ensemble – au cœur de cet étrange labyrinthe ; la matière – l’esprit – l’invisible ; et nous – et en nous – et entre nous – la généalogie et la douleur – les liens et l’incompréhension…

 

 

Dieu et la lumière – posés (très) librement – presque avec nonchalance – au milieu de l’enfance…

Et, un jour, ce qui s’achève avec le défilé des jours – le cortège des années…

De la couleur et de l’intelligence – éparpillées – comme des éclats – de l’écume – qui parsèment – qui éclabousse – la terre – les têtes – tous les souterrains…

La réalité des mains attachées à leur besogne ; le labeur à faire – gratuitement – en pure perte – malgré le froid – malgré l’indifférence – malgré le monde…

Sous le ciel – tous les auxiliaires à l’œuvre…

Dieu et la lumière – bien au-dessus de l’effervescence et du temps ; et à l’intérieur aussi – comme un (très) long apprentissage…

 

 

En soi – sur la feuille – la vérité qui nous porte – et que l’on ne peut tenir entre ses mains ; à vivre – à sentir – à expérimenter…

Comme un espace parsemé de portes que la vie – que le vent – ouvrent et referment – et que nous franchissons à force de patience – à force de persistance – avec ce feu ardent au-dedans qui nous anime – qui nous hâte – qui nous éperonne…

 

*

 

Face aux miroirs du monde – impuissant…

L’indigence retenue prisonnière du reflet…

Des ombres encore – sous le ciel – l’homme (comme toujours) se surpassant…

Un simple décor – pourtant – pour le temps et les visages qui passent…

La face hideuse du mensonge ; cette nuit apparente…

 

 

Une étrange cacophonie au milieu des étoiles…

Des voix – du son (seulement) qui se fracasse sur la roche…

L’enfance que l’on piétine – la conscience endeuillée…

Le regard à la fenêtre – les oreilles aussi loin que possible du vacarme…

Un désir d’ailleurs ; le voyage comme une évidence…

La nécessité de la solitude et du silence…

Vivre à l’écart des ombres et du tapage…

Un peu d’espace au fond du cœur – un carré de ciel au-dessus de la tête ; et cette foulée tenace – et ce long périple – sur l’étendue verte…

 

 

La figure des hauteurs – près des contours – entre le bleu et les dernières frontières du monde…

Le séant posé sur la pierre – les mains jointes en prière – proches du cœur…

Au-dessus de l’abîme – tous les visages réunis – comme un seul homme – sous le soleil – affranchi(s) des impératifs (habituels) qui ligotent les créatures terrestres…

Le chant ardent – et (presque) inaudible pourtant – la tête en train de s’effacer – les yeux, peu à peu, déployés en regard – à la cime du sol (en quelque sorte) – ce qui semble si étrange – si incongru – si inutile – aux yeux des Autres et qui paraît si naturel à ceux qui voyagent – à ceux qui se laissent transformer…

 

 

Le jour – comme l’oiseau – sur notre chemin – le signe d’un destin abrupt et solitaire – voué aux marges – aux hauteurs – à la lumière…

L’éternité – pour apprendre à être là (pleinement – entièrement – parfaitement)…

La terre toujours plus caressante – à mesure que l’on s’approche du précipice…

Le saut et l’immobilité – simultanément ; ce qu’enseigne toute sagesse…

 

 

L’infini déguisé, parfois, en encre noire – en indigence – en cri – en arbre – en homme – en chemin où l’on se perd…

Dans le plus étroit – très souvent – dans le plus confus ; au même titre que la lumière…

Au cœur de cet espace plongé au fond des choses – du monde – de la matière – dissimulé – invisible aux yeux trop crédules – aux fronts trop ignorants…

Ce que l’on finit par découvrir, un jour, en fouillant en soi – en remuant (avec obstination – avec acharnement) toutes les profondeurs…

Rien – en vérité – qui ne soit notre territoire…

 

 

Une pente à découvert…

L’horizon inquiet par l’étrange posture de quelques solitaires…

La main sur l’herbe qui s’abandonne…

Auprès de soi – comme auprès d’un Autre…

Le monde qui s’éloigne ; le bleu tout proche qui se déverse, peu à peu, au fond des choses – au fond des âmes – qui ont réussi à se vider (de manière suffisante)…

La même couleur qu’au-dehors – comme si la joie avait repeint la terre – le cœur – le corps – les gestes et les pas – avec un peu de ciel ; l’immensité badigeonnant de ses doigts habiles quelques interstices terrestres prometteurs…

 

*

 

Sous les feuilles – l’humus – la vérité…

Au-dessus – le ciel sans passion…

Et ailleurs – partout ailleurs – là où l’on accourt – là où l’on se suit – la foule frivole – impatiente – mimétique…

A grands bonds vers la rumeur que l’on colporte ; le bavardage hissé (presque) aussi haut que le sommeil…

Assoupis le jour – agités la nuit (en rêve)…

A aboyer comme des enragés – toutes les ombres repliées en soi ; la bouche en soleil pour se donner des airs lumineux ; le masque (un peu figé) de la félicité…

Quelques jours – quelques saisons – d’apparat et de mensonges – entre la naissance et le trépas…

La (grande) mascarade de l’intime et de la communauté à laquelle échappent quelques solitaires (plus ou moins) lucides et éclairés…

 

 

Tant de frivolités sur la pierre sombre et grise…

Des rires qui ressemblent à des éclats de lune ; partout – le culte des apparences – le règne (atroce) des instincts – la laideur que l’on maquille en beauté tapageuse (et artificielle) – inventée – (purement) imaginaire…

Des grilles que l’on prend pour des ouvertures (porteuses de possibilités)…

Et toutes ces portes closes – tous ces chemins qui serpentent entre les tombes et qui mènent tous (sans la moindre exception – bien sûr) à la mort…

Tous ces pas funestes – toutes ces vies tragiques – les uns derrière les autres – sans personne pour souligner la noirceur des gestes et des visages – l’absurdité de ce défilé – de ce tapage…

Des pantins – au mieux – qui s’imaginent libres – et paraître ce qu’ils ne sont pas – ce qu’ils ne pourront jamais devenir…

Des fantômes – sans joie – qui gesticulent – en pataugeant dans la fange – en se donnant des airs de fortune – des airs de félicité…

Un monde pitoyable qui incite (bien évidemment) les plus sages – ou, peut-être, les moins fous – à quitter l’arche populeuse pour tenter une autre aventure – un autre voyage…

 

 

Moins heureux que le voyageur – le vagabond qui passe ; moins libre(s) – à l’abri du vent qui souffle sans qu’on l’ait invité…

La vie écartée par les mains féroces du monde…

Le ciel rouge – derrière les barreaux qu’ont inventés les yeux (tous les yeux)…

Et la foule qui vaque – indifférente – à ses occupations habituelles (très ordinaires)…

Des rires sans délicatesse ; et des alliances face aux miroirs brisés – face aux fragments et aux reflets majoritaires…

Des routes que l’on quitte et des routes que l’on emprunte – sans rien savoir du voyage et de la destination…

Le défilé permanent des vies et des visages…

Rien que des apparences ; à petits pas tristes vers le soir et la tombe…

 

 

Le prolongement silencieux de la parole qui a pénétré l’âme…

Quelque chose – au-dedans de la chair – qui s’écarte…

Le cœur passablement chaviré…

Ce qui émerge de l’humus ; ce qui se redresse…

Les bras tendus devant soi pour éviter le pire…

La vie – le monde – le temps – qui se dérobent ; l’existence sans socle – comme si rien n’existait vraiment…

Des instants de tristesse et, de temps à autre, de lucidité…

Une manière d’assouplir la consistance et la crispation (apparentes) des choses et de l’âme…

Une tentative – seulement…

Une parole encore trop lourde – et (bien) trop gorgée de mots – pour prétendre au silence – à la légèreté – à la poésie…

 

 

Une route aussi large que l’espace – que l’Amour – qui se déroule sans personne – malgré nous – en dépit de l’existence et du monde…

Le ciel qui chemine – sans jamais s’écarter – sans jamais s’éloigner – qui accompagne tous nos gestes et tous nos pas – et notre ignorance inquiète qui pressent la vérité – l’identité réelle des choses et des visages – et la position de chacun sur la carte et le chemin…

Pas si lointaines – les ailes – à égales distances, sans doute, des pierres et de l’immensité…

Les vagues qui déferlent et se retirent ; les vagues qui nous emportent et nous mènent vers le large – vers le centre – vers l’effacement…

 

 

Dieu – la main tendue – aux prises avec le désert et la foule…

Le temps infini de l’œuvre qui se réalise – sans jamais s’achever – qui ne connaîtra jamais le moindre terme – la moindre fin ; l’impossibilité (ontologique) du définitif – de l'aboutissement…

Sans cesse – l’écume et la mort – sans cesse, le recommencement et la continuité ; l’entre-deux et le passage ; et le règne – la souveraineté – inégalée – inégalable – de l’instant…

L’absence et le grand banquet…

La matière efflorescente et la ronde perpétuelle des visages…

Le désir et la faim – le glaive et le combat ; la belle (et cruelle) chorégraphie des danseurs enlacés – au corps à corps…

Et, de temps à autre – très régulièrement, les yeux clos (pour plus ou moins longtemps)…

Et la lumière – et la nudité – toujours (bien sûr) – à portée de flammes…

Et le feu, en nous, assidu à la besogne ; le labeur acharné du manque qui cherche la complétude et la joie ; notre identité commune ; notre travail à tous – en somme…

 

6 mai 2022

Carnet n°273 Au jour le jour

Août 2021

La tête et la main qui fendent l’air – qui dessinent des mondes invisibles – qui dansent au milieu du vent ; notre existence à tous – en somme…

 

 

L’épaisseur du vide – si dense – que nous nous sentons vivants – entourés (durablement) – malgré le provisoire des vies et du monde ; comme un caillou lancé dans une mare – quelques ondes auxquelles répondent des résonances plus profondes – immergées dans l’invisible bleui par les yeux…

Un sens – en soi – avisé de l’infini et de l’éternité – sans doute…

 

 

Un bruit sourd – dans les hauteurs silencieuses – notre étonnement…

Des jours (très) géographiques comme des bornes dans le désert – une route sinueuse qui se dessine, peu à peu, au cœur du néant – comme un étrange prolongement de soi…

Ici et ailleurs – là où l’on se trouve – presque au même endroit qu’au début du voyage…

 

 

Sur l’épaule – ce pesant bagage – ce ballot de choses et d’idées – parfaitement intégré – devenu strictement personnel…

Le temps de compter les jours – nos pas – de fermer les yeux – de tourner la tête – et voilà notre charge (prodigieusement) alourdie – comme si nous étions aimantés ; et le monde – les images et les pensées – des morceaux de ferraille à accumuler – et qui, à force d’être entassés, obstruent la vue et l’esprit – sans même que nous nous en rendions compte…

 

*

 

Entre la vie et la mort – la métamorphose…

Le ciel et la terre couchés ensemble – sur le lit des possibles…

Des batailles et des conquêtes…

De la folie et de la férocité…

Des corps sauvages qui dévalent des pentes – comme une déferlante…

Un peu de sommeil – un peu de beauté…

Cette nuit – cette douleur ; et cet espoir – promis à tous…

 

 

Des lambeaux de jour et d’attente – à même la lumière – à même l’éternité – comme contrepoids, peut-être, à la noirceur et à la célérité du monde et des existences…

Plus qu’une menace – un envahissement permanent sur la pierre…

Au fil des saisons qui passent – le règne de l’interminable…

 

 

La faim – comme une épaisseur supplémentaire – un surcroît de terre ajouté à la terre…

Des dents davantage que des mots – l’usage (commun) de la bouche…

Un souffle pour respirer – presque jamais pour tenir parole…

Une voix – parfois – passagère – dans le ciel impérissable ; une onde – quelques ondes – offertes au monde…

Autant questionnement qu’offrande…

Comme une marge laissée à l’enfance et à la poésie…

 

 

Le vide – en son cœur…

Moins présent que la semence qui ruisselle…

Le ventre qui s’arrondit davantage que l’esprit curieux – que l’esprit qui explore…

L’homme qui s’éreinte à vivre – malgré lui – plus à la manière des bêtes que de manière humaine – en l’honneur (bien sûr) de ce qu’il continue d’ignorer…

 

 

L’œil limpide – lucide ; et les lèvres muettes…

Le cœur ouvert – appuyé contre l’air alentour – sans inquiétude…

A l’extrême limite de l’humanité – peut-être…

 

 

Engagé dans l’oscillation permanente – le va-et-vient des forces – au cœur de l’immobilité ; cette étrange mécanique de l’âme – du monde – du vide…

Toute une vie qui tient dans la paume et l’acuité de deux hémisphères…

Remué par le vent – puis, fendu en deux – sans un cri – sans un commentaire – sans même que les Autres et la parole s’en mêlent…

Une manière – très simple – de passer ; le cœur dans le compagnonnage de la solitude…

 

 

Ici – sans personne – depuis des millénaires – sans doute – vivant et offert – jour après jour ; l’instant comme le seul axiome – à genoux pour franchir tous les seuils – sans autre témoin que le regard qui nous habite…

 

 

Du vertige au bleu – d’un seul trait – à petits pas – sans mérite – sans mémoire – à la manière des oiseaux qui traversent le ciel…

Le jour parcouru de bout en bout…

Sans doute – le voyage le plus essentiel…

 

 

Des pierres – des jambes – pour aller plus loin – découvrir le monde au-delà de l’horizon – faire le tour des possibles – éprouver la faillibilité des visages et des âmes…

Notre parcours commun – les uns derrière les autres – dans cette longue file ininterrompue…

 

*

 

Ici – dans le même ciel qu’autrefois – dans le seul ciel possible – à nous voir tantôt lumineux – tantôt dans la fange – comme si nous étions le prolongement de nos propres racines – la matrice qui enfanta l’abîme et le monde – le vide et la bêtise…

Notre demeure définitive – en somme – où que nous allions – qu’importe en quoi nous nous transformons…

L’assise triomphale pour l’âme – la nuit – le voyage ; ce qui nous emporte et nous engloutit…

 

 

Comme des fleurs fanées – toute l’énergie déployée vers le monde – et le reste en sommeil…

Dieu enfermé – emmuré au cœur de cette léthargie…

Des figures nombreuses et remplaçables ; la parfaite interchangeabilité des corps – des rôles et des fonctions…

Mille rêves au fond de la même vacance…

 

 

Le silence que l’on mérite – comme les jours et l’espérance – ce chemin qui serpente entre nos colonnes et nos fenêtres….

Dans le même espace – tantôt le cloître – tantôt l’infini – la même liberté et la même détention – qu’importe l’angoisse – le feu – les cris…

Notre épuisement et notre limite…

Tout ce que l’on porte – en soi…

 

 

Le bleu des lettres qui nous construit – puis, qui nous déshabille…

Le temps de la solitude – sans appui – sans accompagnement…

Une parenthèse et une destination ; le périple fractionné en tronçons…

La fin (progressive) de l’emprise ; l’accès au silence ; les bienfaits de l’exil et de l’éloignement…

 

 

Le jour et le vent – sur la page – en de grandes envolées…

L’âme bleue tournée vers le ciel – en soi (déjà) – comme le reste…

Le continent de la soif qui s’amenuise – peu à peu…

Le tête différente d’autrefois – moins rageuse – plus ardente – moins subjuguée par le monde – conforme à la sensibilité la plus exigeante…

Intensément solitaire – comme un privilège et une promesse d'ouverture (et de silence)…

La joie – au-dedans – qui fait son chemin…

 

 

Sur la pierre – l’éloignement – l’ambition de l’homme incarnée – les rives du temps asséchées…

Ce que le vide a creusé ; la soustraction de soi – du monde – de l’Autre…

L’air libéré des cages et de la détention – affranchi de toutes les chimères et de tous les adossements…

 

 

Entre nous et l’être – un pas – mille portes ouvertes – le cycle de la matière et du temps – l’invisible à franchir – à traverser – d’une foulée continue ; le seul voyage nécessaire ; comment pourrions-nous (encore) en douter…

 

 

Sans bruit – comme la neige – notre présence – notre respiration – le parfum et la couleur de l’innocence – l’espace et le monde que l’on porte – involontairement…

Entre le centre et le temps – l’oubli…

Et les choses si serrées contre soi – comme une crainte – une phobie, peut-être, de l’abandon – comme si nul ne savait que tout appartient au cœur – que rien – ni personne – ne peut en être exclu…

Le monde – immobile – dans l’esprit – vaillant – courageux ; ce qu’aucun autre ne pourrait nous confirmer…

 

 

Contre le ciel – la dépossession – ce qu’il nous faut abandonner…

L’attente des eaux et du vent – tous les éléments nécessaires à la respiration et au voyage…

Le viatique de toute traversée ; de l’abondance à la nudité…

 

 

Aller sans halte – sans jamais ralentir – dans les soubresauts – les heurts, au-dedans, confondus avec les battements du cœur – quelques querelles intestines (inévitables)…

Sur la page et les chemins – le feutre et la semelle – indissociables – qui puisent, dans l’âme et le monde, l’ardeur et la substance de la parole et du pas – cette justesse – cette vérité – au fond de soi…

Une terre blanche sur laquelle s’appuient les pieds et la main…

Un horizon parcouru – sans compagnon – sans recours (véritable) au langage…

 

 

Des grilles – devant soi…

Des frontières sur toute l’étendue…

L’âme qui, peu à peu, s’épuise et s’assèche…

L’esprit qui s’aventure – qui s’éreinte, en vain, à maintenir une distance avec le monde – à s’affranchir des bassesses et des hauteurs édictées par les hommes…

Mille manières de se soustraire aux règles et aux lois – à toutes les constructions et à toutes les inventions humaines…

Et la force (involontaire) de s’abandonner à ce qui nous porte – naturellement…

 

*

 

Sabre à la main – dans le passage…

Un oiseau posé sur l’épaule…

Les yeux – comme le cœur – aussi bleus que l’infini – de la même couleur que le regard et le monde…

La langue trempée dans toutes les eaux de la terre – la substance des âmes…

Sur la feuille – la même solitude qu’autrefois – heureuse à présent ; le temps de l’accompagnement abandonné dans un coin – derrière soi…

 

 

Le prolongement de la parenthèse – comme une longue dérivation – un supplément de séjour – la tête en avant – la tête fière et redressée – la tête enterrée – soumise à toutes les emprises…

Une fuite – une sorte d’éloignement – l’antithèse du voyage…

Une couardise confortable sans le moindre risque – sans la moindre exploration…

La vie des hommes – cette sorte d’attente ennuyeuse qui ne dit (presque) jamais son nom…

 

 

Au-dehors – l’absence et la destruction ; la continuité du néant intérieur…

Le vide désincarné – sans personne…

Le froid et ses brûlures au fond d’un puits insondable…

Un seul désir – un seul horizon…

La matière obscure plongée dans le souffle et le sang…

Et le ciel que l’on ambitionne – comme si nous en étions séparé(s)…

Privé(s) de lumière – sur ces allées de pierres – ce sable sombre…

Le monde – comme un écho lointain – des parois contre lesquelles résonnent toutes nos souffrances ; les murs qui encerclent nos supplications et nos infirmités…

 

 

Seul le silence – à l’altitude du ciel…

Le monde et la langue – bien en dessous…

Et notre manière d’être – entre les deux – penchant tantôt d’un côté – tantôt de l’autre – le plus souvent (il est vrai) vers les bas-fonds et la grossièreté ; une inclinaison sans (véritable) surprise au vu de l’extrême prosaïsme des existences…

 

 

Porté(s) par le mystère…

La blancheur sur les épaules de l’invisible à laquelle se mêlent l’opacité de l'âme et les eaux noires du monde…

Et cette marque – comme une incise – au fond de la chair – les aspirations du cœur – la nécessité du jour – de la lumière – peu à peu, plus forte que la faim…

Dieu – en nous – à demeure – qui (progressivement) prend ses aises – retrouve la place qu’occupaient les choses terrestres…

 

 

Sur la terre – la face tournée vers le sol – dos au miracle – les yeux fermés – gesticulant au rythme des désirs et des ambitions ; le manque à la source de tous les élans – cherchant – labourant – récoltant – amassant ce que réclame le corps – tout entier(s) occupé(s) à la survie de la matière et à son renouvellement…

L’amoncellement des pierres – de l’herbe – de la chair ; et la prolifération des ventres – l’envahissement et l’exploitation (tous azimuts) des territoires – les mains occupées à leur tâche – l’âme et l’esprit absents – comme ensommeillés – emmaillotés – prisonniers de la glaise accumulée en couches épaisses – attendant peut-être – attendant sans doute – une fouille – une faille – quelques vibrations – pour émerger de cette léthargie et pouvoir (enfin) s’atteler à leur (véritable) besogne…

 

*

 

Autre chose – en soi – que la douleur – cette matière – cette obscurité…

Davantage qu’un territoire – un espace lacunaire – une terre parcourue par le souffle et le sang…

Là où l’on s’attarde – dans cet angle – ce recoin – en ce lieu précis où, un jour, jaillira la lumière…

 

 

La terre jaune – luxuriante – si peu humaine avec ces chemins éparpillés qui échappent aux règles et au temps…

Comme un feu dans le silence et la parole – partout où l’on s’évertue à être présent…

Des flammes vives et accueillantes qui dévorent ce qui doit être anéanti et oublié…

Notre soif et la source accrochée à la hampe tenue par la main malicieuse du Diable – cet enfant du jour mal-aimé – et qu’il faudrait reconsidérer pour trouver le passage vers Dieu et favoriser la réconciliation entre ces deux (faux-)frères ennemis dont les luttes semblent dévaster toutes les âmes…

 

 

La nuit traversée – de bout en bout – par la connaissance…

L’instant de l’extinction – le sol sur lequel on s’efface – le ciel dans lequel on se fond…

Rien qu’un sourire et un restant de braises impatientes…

Comme une éclaircie (une brève éclaircie) dans le sommeil…

 

 

Au seuil du verbe – trop de visages – comme un encombrement – un amas d’ambitions indécentes…

Un surplus de feuilles et de mots pour affronter l’aube ; la charge trop pesante pour prétendre à la candeur et à la nudité qu’exige le passage…

 

 

L’encre piégée sur la feuille – l’espace blanc – le mot et la tache – le sens et l’infini que l’on croit circonscrits…

Illusion – bien sûr – tant le trait est fragile – provisoire – déficient – altérable ; un peu de poussière dans la poussière…

La jubilation et la vérité du jaillissement – la justesse de l’instant ; et jamais davantage…

 

 

Un peu de neige – sur la route – nos fenêtres fermées – comme si l’on pouvait faire face à la beauté – seulement nous mesurer à elle (involontairement) par un excès (naturel) de laideur – notre âme et notre visage sans l’appui de ce qu’ils portent – réduits à leur surface – à leurs traits singuliers – comme abandonnés par ce qui pourrait les relier au reste – à l’ensemble – à la beauté intrinsèque du monde…

 

 

Comme un souffle entre nos lèvres – la main de l’invisible guidant notre main – dans le monde – sur la page – devant ce que l’on appelle les Autres (sans savoir s’ils existent vraiment – sans savoir de quoi ils sont constitués)…

Le silence au fond du cœur – protégé par le froid extérieur – la chair tendue – la peau comme une illusoire frontière…

Et le vent – et la lumière – que nous partageons – au-dehors et au-dedans (selon les critères établis par les hommes)…

L’air et la clarté disséminés partout – jusqu’au fond des formes sans consistance...

Nous autres – manifestés de manière si provisoire – si apparente…

 

*

 

Là où tout s’écoule – l’immobilité…

Une fenêtre au milieu de la nuit…

Notre présence soutenue par la lumière…

Un peu de légèreté au milieu de la pesanteur…

Dissimulé – en soi – ce feu étrange – qu’aucun océan ne saurait éteindre – et qui se propage à travers la chair – les gestes – les pas et la parole – notre manière de nous tenir face au monde – notre manière d’affronter les épreuves – de franchir les obstacles – de jouer avec les circonstances…

Tout au long du voyage – cette courte traversée – cette ardeur qu’attisent tous les vents…

 

 

La parole – étendue – qui frappe au cœur – comme un prolongement de l’âme (vivant) – une manière d’effacer la distance – d’abolir le temps – de réduire l’espace à une résonance et à une intensité – comme un modeste fanal qui permettrait d’échapper au sommeil et, peut-être, d’initier un chemin…

Parfois cri – parfois caresse – main tendue – presque toujours – qui frappe – qui invite à se débarrasser de l’épaisseur – du superflu – et qui (nous) exhorte à offrir l’attention et l’ardeur requises à l’essentiel et à la nécessité – à s’abandonner à ce qui nous porte – à entamer le seul voyage que nous devrons tous, un jour, entreprendre…

 

 

Des lignes – comme pour un poème…

Du courage et de l’effroi – la joie comme une étoile singulière…

Et ce grand vide au fond de l’âme – au fond du ventre…

Et rien à la place de la faim monstrueuse ; si – un discret sourire sur les lèvres – comme une ode à la joie – au silence – à l’invisible…

 

 

L’eau de la rivière sur la roche ; inéluctable – sur sa pente ; polissant, peu à peu, la pierre et lui arrachant quelques particules qui se déposeront un peu plus loin – en contrebas…

Ainsi éprouvons-nous, parfois, cette solidité apparente et provisoire ; couches de sédiments (plutôt) qui, de temps à autre (assez rarement), donnent naissance à une montagne…

 

 

Que sommes-nous donc face à la neige des hauteurs – face à la beauté (éclatante) du monde…

Un peu de ciel – tombé en nous – éparpillé – comblant, ici et là, quelques failles – quelques anfractuosités – pour qu’un chemin puisse se dessiner sur ces éboulis sauvages – aussi bleus que cette étrange entité au-dessus de nos têtes…

Et un jour – peut-être – à force de curiosité – de courage – d’exploration – rejoindre ce dont nous avons cru être séparé…

 

 

La langue – au centre – là où tout se rejoint – là où tout disparaît – comme une manière de combler le désir de multitude et le manque…

Et cette course – ce déplacement – cette fuite – au-delà du monde – hors du temps – au cœur du périmètre sacré du silence et de la page…

A notre place – partout – assurément…

 

 

Au sol – le jour éteint – et, au-dessus, la lumière – pleinement affirmative…

Au cœur de cette avalanche d’éclats – de ce bombardement d’éclairs – dont on nous a fait croire qu’ils pourraient exister en dehors de nous – comme si nous n’y étions pour rien dans la construction de ce mythe – de cette merveilleuse aventure – de ce long (et périlleux) voyage vers l’affranchissement…

 

*

 

L’étreinte des mots et du ciel – qui poussent (ensemble) la porte derrière laquelle sommeille l’esprit – trop enrobé de chair…

Une sorte de tendresse – un coup de poing – un coup de tonnerre – une caresse – une invitation à jeter dans les flammes ce que nous considérons comme le plus précieux – à sentir le sol sous ses pieds et l’envergure de l’âme ; le vide – partout – qui nous habite et que nous habitons…

Quelque chose de rare et d’insensé capable de traverser l’espace et d’échapper au temps…

 

 

Contre la nuit – la parole – au seuil du ciel – comme un chahut – une bousculade – de la lumière – un peu de soleil – et toutes les routes qui se dessinent sur la terre ; des visages (mille visages) à délaisser (tous – sans la moindre exception) – un feu à découvrir et l’oubli comme la seule perspective (réellement) nécessaire…

Ni trace – ni sourire ; pas même un peu de poésie…

Ni doute – ni question – sans la moindre tristesse…

Indécis, pourtant, face à l’immensité qui se découvre ; la joie au cœur – au milieu du désert – au milieu du désastre – seul(s) sans le poids du monde – sans le poids des Autres…

Et sur le bûcher – rien que du vent et du silence – au-dessus des cris (parfaitement) inaudibles…

 

 

Au cœur de l’hiver – les portes fermées – la chair vieillissante – la raison détournée de son usage habituel…

La vie et le monde – comme du théâtre – mille situations – où l’esprit – le corps – le cœur – sont engagés ; si essentiels – si consistants – si crédibles – autrefois ; source de tant de tracas – de tant d’espoirs et de larmes versées – devenus aujourd’hui (presque) sans importance – comme un rêve – une hallucination ; le délire, peut-être, d’un somnambule égaré dans un univers inventé – fantasmé – (strictement) fictionnel…

 

 

Là où l’on se résout – au cœur du monde – du vivant – de la substance – en ce lieu où se mêlent l'invisible et la matière – le souffle et le lointain…

Bien davantage qu’un parcours – un cheminement ; une marche – au-dedans – pour rejoindre l’origine…

 

 

Le ciel agrandi par l’espace que l’on offre à l’âme – par l’importance que l’on accorde à la lumière et au silence – dans le geste – sur la page – au cœur du quotidien…

Tout emporté – vers l’équilibre et les hauteurs – cette complétude (en général) inaccessible à l’homme…

Avec la nuit et les instincts pleinement intégrés à la perspective…

 

 

Ce que nous enjambons – sans un regard…

Ce qui nous échappe – presque tout – l’essentiel de l’âme et du monde…

Comme une étendue inconnue que seul le vent parcourt…

L’apparition des choses – leur froideur – leur proximité…

Et quelques interstices où se cacher…

Et cette corde – comme un chemin vers le jour – une manière de s’abstraire de la surface – de descendre en soi…

Ce qui nous résout – ce qui nous atteint…

 

 

La même matière – la même substance – ici et là – déguisée de mille manières ; des plus élémentaires aux plus folles vêtures – comme si le monde était un spectacle – et la vie, un bal costumé…

Et pourtant – peu (très peu) de rire sur la terre – comme si la fête était ailleurs – comme s’il nous fallait apprendre à jouer – à vivre – à regarder – autrement ; le seul apprentissage indispensable à l’homme – sans doute…

 

*

 

Partout – en soi – ce qui bouge et l’immobilité…

Ce qui s’estompe et se déploie ; cette respiration qui échappe au temps…

Le rien – le plus indésirable – peut-être – que nous sommes – sans même le savoir – et dont nous nous rapprochons peu à peu – malgré nous…

Le visage et l’effroi qui (progressivement) s’effacent devant l’aube naissante…

Notre présence – de moins en moins étonnée – de plus en plus silencieuse…

 

 

Nous – nous croyant séparé(s) de tout – ensemble – indissociables – dans l’abîme comme dans la lumière – qu’importe la matérialisation (provisoire) de l’espace…

Où que l’on soit – partout demeure l’asile…

 

 

Derrière la voix – le geste – la ligne poétiquement tracée – un (irrécusable) sillon de lumière – parfois juste un trait fugace – d’autres fois le sol irradié jusque dans ses profondeurs…

Quelque chose de l’âme qui a (brièvement) entrevu l’immensité ; entre l’évidence et le ressenti – cette clairvoyance…

 

 

D’un monde à l’autre – inquiet – comme si le chemin se dessinait pour la première fois…

D’un jour à l’autre – la même incertitude – le même périple…

Et sur l’itinéraire – l’intensité (progressive) du regard et le rythme (de plus en plus lent) des pas – la nécessité (inconsciente) des retrouvailles qui offre l’ardeur et l'intention…

Le soleil d’abord vécu dans le sang – puis, dans l’âme ; la seule direction – le seul sens du voyage – sans doute ; ce long périple vers la joie – la lumière – l’immobilité…

 

 

Le feu – en nous – attisé par l’invisible et les choses du monde…

Avec une trappe – au fond – un abîme dans lequel tout finit par disparaître…

Ce dont nous nous coupons – par inclinaison naturelle…

Nous – occupé(s) – englué(s) – par la surface ; et toujours imparfaitement séparé(s) du reste…

 

 

Les épaules larges pour soutenir la masse – l’épaisseur du monde…

La solidité de la matière apte à porter son surplus et ses excès…

Et, comme corrélée, cette infirmité à accueillir ce qui surgit – cette insensibilité au monde – cette indifférence à la souffrance – à l’existence – des Autres…

Un surcroît de chair – des amas de terre séparés par des douves larges et profondes – infranchissables – dans lesquelles stagne une eau sombre et nauséabonde – comme des îles au cœur d’un même océan ; et le ciel au-dessus – présent – inutile – (totalement) hors de portée…

 

 

Des colonnes et des routes – aussi haut – aussi loin – que possible – en vain…

Ce que l’invisible dissimule à l’esprit – aux yeux – trop grossiers – aux âmes frustres et rudimentaires…

Peine perdue tant que nous ne saurons nous immobiliser – suspendre notre ardeur à la surface du monde – opérer un changement de plan vers l’intérieur et initier une forme de verticalité – réunir les conditions propices à un renversement du regard – à une ouverture au-dedans – comme un élargissement, un plongeon et un envol simultanés ; bref, nous consacrer (pleinement) à l’exploration de l’espace – du vide – de toutes les profondeurs et de tous les recoins qui fondent notre identité…

 

*

 

L’oubli du nom – comme une coulure sur le sable – avalée – absorbée…

Et le soleil qui brille – à présent ; autrefois sur l’impossible – sur l'impensable…

L’apparence du monde ; et nous autres, créatures vivantes, comme de minuscules protubérances – des brins d’herbe – une (simple) hypothèse – et pas davantage ; une sorte d’épiphénomène – au milieu de mille autres – de dix-mille autres – de milliards d’autres...

Et de l’émergence à la disparition – l’incarnation de l’absence – au cœur du vide…

A vrai dire – rien (ou pas grand-chose)…

 

 

Tels une forêt de syllabes – des lettres éparses – des mots et des phrases étrangères au monde – aux Autres – au temps…

Un chant clair et des étreintes ; mille choses à voir – à découvrir – à embrasser…

Une feuille – des feuilles – un arbre – des arbres – notre support et notre soutien…

Des oiseaux – toutes les merveilles de la terre ; et tous leurs secrets…

Le ciel – le mystère – ce qui n’appartient au rêve ; le fleuve qui coule derrière l’horizon ; le chemin non pensé qui mène à l’enfance et à la lumière…

 

 

En soi – le silence – par-dessus le chaos – les cris et les chuchotements – par-dessus l’ombre – les étoiles et la solitude…

Là où tout est vertige et intimité…

L’espace sans contour, peu à peu, transposé sur la page ; la voix et l’encre – le feu et le sang – exactement la même chose ; ce qui est nécessaire à la vie – le corps – le monde – la poésie…

 

 

Du fond de l’âme – cette soif jaillissante…

Les yeux qui cherchent – partout – sur la terre – l’assouvissement – ce qui désaltère…

Plus loin – sur la route – de l’autre côté du monde – au creux de cette boucle qui quitte le sol – l’asphalte – pour s’infiltrer à l’intérieur – par les lèvres – la parole parfois ; le cœur creusé avec constance – avec obstination – par la marche et les circonstances…

Là – présents – au fond du manque – de l’obscurité – de la douleur – contre lesquels nous apprenons, peu à peu, à nous blottir – cette quiétude – ce silence – cette tendresse ; et toute la joie du monde épargnée par les tourments et les malheurs qui hantent la terre…

 

 

L’exiguïté du monde – de la tête – de la parole…

Un périmètre – un cercle – un point – dans l’immensité ; des vibrations – quelques ondes qui se propagent à peine plus loin que leur centre…

Et nous – appuyés dessus (de tout notre poids) – comme si notre volonté et notre insistance pouvaient faire la différence…

 

 

Un monde – parallèle à ce monde – où tout – chaque chose – chaque visage – est comparable en densité et en envergure ; un monde où le feu vaut le froid – où la terre vaut le ciel – où le silence n’est jamais aussi proche de celui qui s'est abandonné à l'invisible – aux forces du réel – à la nécessité de la métamorphose – à cette étrange transformation du regard…

Du dehors et du dedans – il ne reste que deux mots inutiles – sans usage ; rien que du vide – et, selon les circonstances, un peu de tristesse ou de joie…

 

*

 

Le regard circulaire – continu – sur le monde – l’œil sur la pierre et les chemins…

Auprès des arbres sédentaires…

Des cercles ; et quelques oiseaux migrateurs…

Devant soi – le spectacle de l’enfance…

L’innocence inconsciente et barbare…

Comme une dérive – un brouillard ; un peu d’eau sur une pente stérile et rocailleuse…

Le souffle encore (trop) puéril et superficiel – comme si la vie espérait davantage – comme si le jour, pour s’offrir, attendait que nous grandissions – que notre âme mûrisse (suffisamment)…

 

 

Le parfum du monde – le long de la route ; avec quelques haltes et quelques respirations (indispensables)…

Le ciel retranché – quelque part – dans l’eau souterraine…

Avec, de temps à autre, un sourire et des résurgences…

Un monde – en soi – qui demande à éclore…

Le cœur indéchiffrable qui se dissimule – qui se dérobe – comme une île invisible et mystérieuse qui s’éloigne à notre approche…

Des circonstances – le langage des phénomènes qui s’écrivent les uns sur les autres – et qui, ainsi, défrichent leur chemin…

 

 

Seul – comme si tout était derrière soi – la tête remplie – la tête qui s’affaisse – la tête qui s’efface, peu à peu – à mesure que le temps disparaît…

Des instants lumineux qui emportent des pans d’obscurité…

Des objets oublieux d’eux-mêmes et des lieux sans séparation…

L’espace et la parole – en archipel ; et une myriade de rives et de naufragés…

 

 

La douleur (si souvent) aiguë (et inconsciente) du mutisme et de l’imitation ; et la joie (palpable – tangible – si évidente) du silence et de l’itinéraire singulier qui s'invente – qui se dessine…

Un chemin à l’écart des Autres – où chaque pas creuse un abîme et allume un feu…

Un monde – mille mondes – parallèles au monde…

Un temps – un temple – sans parole…

Et cette intimité croissante entre les choses et l’âme qui chemine…

 

 

Sous nos yeux – des portes inutiles et l’œuvre (controversée) du vent…

Un pied dans l’abîme et l’autre sur les hauteurs…

Une traversée du monde et du temps…

Ce dont il faut se séparer ; et l’ajustement nécessaire pour laisser advenir – et être capable d’accueillir (le cœur joyeux) ce qui s’impose…

 

 

Quelques souffles – sur la pierre – le bâton à la main – l’âme et la bouche proches de l’immensité…

Plus haut – là où l’on a commencé à creuser…

Tous les nœuds dénoués sur la corde ; et ce fil sur lequel glissent – et dansent – les pas…

Des gestes-source – en quelque sorte – capables de guider jusqu’à la confusion – jusqu’au vertige – jusqu’à la parfaite immobilité…

 

 

L’épaisseur de la soif – de la nuit – de la matière…

Dans la paume – un peu de neige – deux ou trois oiseaux migrateurs – et, au-dessus, un ciel négatif – contourné – et, plus bas, le sol et l’altitude – et, un peu partout, la possibilité de la métamorphose…

 

*

 

L’oubli du monde – un désert – mille grimaces – le défilé des Autres et du temps – des paroles et des voyages ; mille futilités…

Et notre œil – solitaire et incorruptible – qui, en ces lieux et en cette (navrante) compagnie, cherchait l’impossible…

Et le ciel – à présent – le vide où ne flotte aucun homme – aucun Dieu ; le silence – ce qui nous ressemble – là où plus rien ne peut être convoité…

 

 

Rien qu’un centre autour duquel nous ne cessons de tourner (en rond) – comme une danse – des pas et des gestes – interminable(s) ; et des choses que l’on place entre nous et la possibilité du retour…

La périphérie contingente – et nécessaire (apparemment) – infiniment changeante et remplaçable…

Comme des instruments de la lisière ; mille tourbillons et mille jets de sable qui donnent le rythme (et son allure) à l’ensemble…

L’apparence du monde – tel qu’on le devine – tel qu’on l’envisage…

 

 

Rien à construire sinon la transparence ; offrir aux yeux – aux pierres – aux fleurs – le manque du bleu – cette soif – l’irrépressible nécessité de l’étreinte…

Et entendre (être capable d’entendre) dans cette nuit sans voix – la douleur – ce qui bouge – ce qui se donne – ce que l’on enseigne en ce monde ; rien qui ne fasse consensus – du rêve et du sommeil – ni joie ni intimité…

Des résonances lointaines (trop lointaines) – des âmes frustres (trop frustres) – une obscurité épaisse (trop épaisse) – et trop peu d’intériorité pour s’affranchir de cette cécité terrestre…

Rien que des songes (et des chimères) – quelques syllabes (très maladroitement prononcées) – un peu d’imaginaire ; et cette nécessité du ventre qu’il faut (inlassablement) satisfaire…

 

 

Le sol – l’orage – le vent – la pierre et l’altitude – jusqu’au bleu qui nous reflète…

D’une hauteur à l’autre – sans la moindre corde…

L’espace comme arraché à lui-même ; le vide en train de jouer avec ses propres éléments…

 

 

Dieu – toujours – au détriment des Autres…

L’œil égal – ni triste – ni engagé – contrairement à l’âme…

Le cœur infiniment terrestre ; et le regard qui dépasse toutes les extrémités (perceptibles) – au-dessus (bien au-dessus) des hypothèses et des contingences – au-delà des rêves les plus fous et des promesses les plus hasardeuses – totalement étranger au monde – aux (tristes) réalités de ce monde…

 

 

Face à face – entre nous – les yeux dans les yeux – jusqu’à l’émergence des racines – de l’espace commun – la cohésion de l’ensemble – comme une évidence…

Dans l’âme – dans la voix – reconnues – toutes les inclusions – l’esprit sans sommeil – attentif – à l’écoute – comme une montagne – de la roche lucide – au milieu des eaux stagnantes et sombres…

 

 

Le jour – toujours nouveau – s’offrant comme il nous porte…

Une clarté décelable depuis tous les lieux du monde – depuis toutes les périphéries – même les plus lointaines – même les plus inhospitalières…

Notre plus sûr versant ; notre seule appartenance…

 

 

Notre vie – à l’image d’une échelle posée contre un mur – le mur d’une enceinte bordée d’horizons gris – un périmètre fermé – avec, au-dessus, mystérieux – attractifs – le ciel et la liberté – quelque chose d’invisible que l’on imagine étranger à la contrainte – à la souffrance – à la mort ; la seule issue pour échapper au destin que semblent dessiner les apparences…

 

*

 

A la surface du monde – si léger – comme dans des vêtements trop larges – un corps qui flotte – dans les mains, des fleurs vivantes qui, peu à peu, dépérissent à mesure que le rêve s’achève…

Une masse pesante – de plus en plus lourde et épaisse – qui s’enfonce dans la terre – de plus en plus incorporée et souterraine ; la seule réalité accessible – la seule évidence ; et cette tristesse – et cet accablement – (absolument) écrasants…

 

 

La parole des arbres au-dessus de notre roulotte posée à leur pied…

Ni histoire – ni doléances – ni gémissements…

De la sagesse et de la lumière – à même le tronc – à même la sève – sur chaque feuille qui reflète le ciel…

La même musique – le chant de la terre livré sans message – à notre mesure – en tenant compte de nos infirmités…

Le silence incarné – la réponse du vide à tous nos questionnements – à toutes nos inquiétudes – à toutes nos incompréhensions…

Et un sourire – semblable à une flèche – à un (éternel) recommencement…

Le jour ainsi célébré – autant que nos impossibilités…

A l’intérieur – en dessous – notre propre visage – comme affranchi du sommeil…

 

 

Une gorgée de soufre – les yeux fermés…

Davantage de contraintes à mesure que l’on gagne en hauteur – que l’on atteint une altitude plus exigeante…

En contrebas – la roue du temps qui piétine – en quelque sorte ; le monde en train de s’essouffler – de s’enliser – de perdre patience…

Et, à notre place, les mains et la voix d’un Autre – comme si le plus proche était le moins visible…

Quelque chose d’insensé – devant notre visage – indifférent à notre cécité et à notre violence – à notre goût (funeste) pour la séparation – à notre (fâcheux) penchant pour le mensonge et le conflit ; une particule d’Amour et de liberté – malgré notre immaturité – comme un signe – un encouragement – une invitation à s’élever davantage…

 

 

Le surgissement de soi – à nouveau – la terre qui émerge d’elle-même – le vent qui enfante le souffle…

L’être – sur sa roue – son chemin – travaillant – expérimentant – sans en avoir l’air – amalgamant – égalisant tout sur son passage – là où la psyché ne cesse d’opérer des distinctions – des différenciations…

L’un jaillissant sans jamais se tarir ; l’autre s’épuisant à la surface…

Main dans la main – nous composant…

L’âme et le geste – équivoques ; la fièvre et la fraîcheur mélangées – emportées ici et là – au fil des pas et des courants rencontrés…

 

 

L’issue – parfois – là où s’affaisse (et se disloque) notre compagnie – là où s’efface notre propre accompagnement…

Livré – sans fard – sans défense – sans appui – à ce qui se présente ; à la merci de ce qui surgit ; l’Autre – la terre – le ciel – toutes les eaux glacées du monde…

Nous offrant en partage – plus dense – plus léger – plus vivant – que jamais…

 

 

L’effacement – la disparition – l’évidence du mystère – de la vérité vécue – comme un processus naturel au-delà de l’individualité ; le prolongement, en quelque sorte, de l’individuation ; la continuité de l’horizontalité (plus ou moins entièrement) déployée ; les linéaments d’une verticalité involontaire et spontanée…

La fin de l’épaisseur et de la solidité…

L’émergence de l’inconsistance lucide et incertaine…

Le bleu – le jour – succédant à la marche bancale – au vacillement – à l’opacité ; comme une trouée de lumière dans l’épaisseur sombre de la chair et de la psyché ; l’esprit – le corps – qui s’initient à la joie – au vertige – à l’intensité…

 

*

 

Comme caché en soi – soustrait de la surface – préférant le chant à la cacophonie – le silence au brouhaha du monde…

Une furtive traversée sur la pierre ; quelques saisons – à peine…

Un peu d’espace pris à l’espace…

Comme coincé dans un coin – entre une rangée de fleurs et une procession de visages…

La vie circulant – pas à pas – de la source à la source – à travers toutes les aventures possibles…

 

 

Avant la naissance – de proche en proche – le même voyage – le regard orienté un peu différemment – au milieu des ombres et des reflets…

Le corps dénaturé par les excès de la terre…

Des jardins transformés en désert…

Du granite puis, de l’argile – des montagnes et de la poussière…

Et la teneur des messages – inaudibles au milieu des cris ; ce que l’on parvient, parfois, à lire à la hâte sur les lèvres impatientes…

Et, de temps à autre, de l’espace et du silence (trop rarement – il est vrai)…

 

 

Une route – un périple – au milieu de mille étrangetés…

Ce qui serpente – ce qui se dessine – ce qui s’arrête et tergiverse ; un envol sans retour possible…

Et offert au corps – offert à l’âme – un surcroît de légèreté – à chaque foulée joyeuse et involontaire – à chaque coup d’ailes supplémentaire…

Sans direction (véritable) – à la manière d’une ronde interminable avec, déjà, un pied au centre des cercles – et l’autre errant – vagabond – aventureux – qui explore tous les chemins – toutes les pentes – toutes les périphéries…

Et en tous lieux – mille visages – semblables – différents – mille circonstances – mille expériences qui affinent la perspective – qui élargissent l’identité – qui font se déployer l’envergure (si l’on parvient à maintenir ses yeux et son cœur ouverts) ; l’incroyable (et fabuleux) apprentissage de l’être et du monde…

 

 

D’où l’on vient – ce à quoi l’on succède – des paroles en l’air – le plus souvent – des actes irréfléchis – pour l’essentiel…

La tête (très fortement) séparée du sol – l’âme, du ciel et le cœur, des Autres…

Comme un grain de sable sur une grève immense (et incompréhensible) dont on ne perçoit qu’un infime tronçon…

Le feu vacillant – l’idée trompeuse d’un bleu saisissable – à notre portée – comme s’il nous suffisait d’allonger le bras ou de tendre la main pour en attraper un peu…

A rebours du monde – la nécessité de l’intériorité comme socle de l’invisible et de la verticalité – auxiliaires (incontournables) du plus précieux…

Segment minuscule et négligeable porté (pourtant) par l’ensemble…

 

 

Avant nous – le monde – la marche millénaire – les ombres ancestrales – ce qui monopolise l’espace et l’attention…

Les lieux (tous les lieux) où se jouent les destins…

Le vent – la neige – le sommeil – (presque) toujours en contradiction…

Le tremblement des fleurs et des âmes…

Le temps fractionné – comme émietté ; et l’érosion des reliefs ; et la solidité (manifeste) des arbres…

L’uniformisation atroce (et galopante) des têtes et du monde…

Et, de temps à autre, quelques embruns – la fraîcheur (réparatrice) de l’océan…

Et, plus rarement – quelques trouées de lumière – comme une invitation du ciel à la clarté…

L’immensité au-dessus – en dessous – au-dedans – consubstantielle au regard – qu’importe l’envergure incarnée…

 

*

 

Au-dedans de cette lumière – comme une manière d’éclairer le jour – ce qui nous précède et marche avec nous…

Une sorte de prédisposition intérieure…

Comme un espace – une distance – pour vivre – respirer – regarder le monde – les choses et les visages qui nous entourent…

Le lieu de l’immobilité où s’opère, parfois, la métamorphose…

 

 

Nous – entre le ciel et les toits…

Le regard à la limite des yeux – comme clôturé – avec l’horizon tout autour et les nuages par-dessus…

Amassant l’argile au lieu d’essayer de lui échapper…

Et, un jour (presque par hasard) – un peu de repos et de hauteur ; une halte nécessaire pour dépasser l’étrangeté – franchir le pas – s’insinuer dans le passage étroit qui débouche sur l’étendue (que dissimule le temps) pour que les yeux deviennent comme deux oiseaux qui virevoltent – au seuil de l’immensité…

 

 

Paroles brûlantes – autant que l’âme – autant que le sang…

Et aux racines du silence – nos feuilles blanches…

Le feu et l’innocence – unis pour accueillir le poème – ce geste involontaire – cette danse avec l’infini et les éléments…

Le parfait prolongement de la terre et du ciel – dont la page devient, en quelque sorte, le promontoire – pour que leur labeur se diffuse au-delà de la trame apparente et puisse ainsi nourrir l’ensemble du tissu que composent toutes les créatures terrestres – célestes – cosmiques…

 

 

Le bleu – si passager – comme sur un plateau – pourtant…

Des choses qui ont l’air – seulement l’air ; des apparences (totalement) incompréhensibles…

Notre attente impatiente…

Et cette ressemblance que nous cherchons partout – en vain…

Et l’invisible qui nous rapproche – malgré nous…

 

 

Ici – en même temps qu’ailleurs – le ciel et la fatigue – ce qui meurt et ce qui fleurit – à la surface de la terre…

Des bouches à nourrir – des lèvres qui se plaignent – des mains qui se tendent ; des âmes sans espace – sans fraîcheur…

L’inattention et son remède ; la seule possibilité pour éradiquer la misère…

 

 

Le désir parvenu à sa perte ; et le même processus – la même mécanique – chez l’homme (et chez bien d’autres créatures vivantes)…

A la croisée de l’argile et de la lumière – penchant (en général) davantage vers la plèbe que vers le ciel…

Et le reste du monde (encore) non reconnu…

Quelque chose d’infime et d’infini ; indissociables – impossible à partager…

Et le bleu qui s’installe sur nos différences [pour qu'elles se déploient et que chacun puisse devenir (pleinement) ce qu'il est – sans effort – sans retenue]…

 

 

Toute l’étrangeté du monde – soudain – ravivée – effacée – comme les surprises de la langue ; et notre besoin de sommeil…

Aujourd’hui – pas la moindre relation (humaine) – pas davantage qu’autrefois…

Un puzzle à réaliser par temps de disette et de sécheresse ; et cette soif au milieu de la faim des Autres – comme si nous vivions sur deux planètes différentes – les yeux pris, pourtant, dans la même réalité…

 

*

 

Vie et vent – intriqués – des lieux – ce qui s’enracine et se balaye ; et ce qui se laisse emporter…

Le dénouement et la continuité…

Le silence brisé – retrouvé – par ce qui respire et résiste…

Sur la feuille – des signes ; quelques traces du ciel – sans doute…

 

 

Invisible – parmi les Autres – sous le joug réjouissant de l’anonymat…

Une indigence et des ténèbres – apparentes – qui, dans le secret des profondeurs, octroient une liberté insoupçonnée – inégalable peut-être…

En soi – dans ce face à face – ce qui se révèle ; ce qui surgit comme une évidence…

La solitude – la joie – l’intensité…

L’inimportance du monde et de l’Autre…

L’être et le silence – sans personne – sans rivaux ; et tous les possibles étalés devant soi – à égales distances des yeux et des mains…

 

 

Ce qui s’enchaîne – les liens – les lieux de détention – le désir et les âmes – les choses et les pas – les chemins et les découvertes – les voyages et l’inertie – la matière et cette incessante nécessité de l’étreinte…

Nulle part où aller – nulle part où se cacher – en vérité…

Et partout – des pans de nuit à interroger…

L’abîme et la mort – l’espace dans lequel on vit et celui depuis lequel on regarde le monde…

Quelques fois – très proches – d’autres fois – plus éloignés – presque lointains…

Mille perspectives et cette ténacité à toute épreuve…

 

 

Dans le froid – quelques flammes tardives – comme un feu inespéré – plus qu’un espoir – une présence au milieu de la neige et des ombres grandissantes…

Quelqu’un – peut-être – au cœur du désert – au cœur de la désespérance – qui peut savoir…

 

 

Dans cet éloignement de soi – à la manière d’un glacier dérivant – avec, coincée au cœur, l’ignorance ; des actes et des mots inutiles – de part et d’autre de la paroi gelée…

Et la fonte – pas avant le déluge…

Et cette surprise – sous la neige ; rien – le moins possible – de toute évidence…

 

 

Prisonnier(s) d’un jour sans cesse recommençant – condamné(s) à la faim et à la sauvagerie – les instincts dans le sang – tenus en (très) haute estime – instruments nécessaires à la survie et à la perpétuation de l’espèce…

A chaque instant – la tête enivrée et la chair complice – reconduites dans la danse…

Le monde et les visages – tels que nous les connaissons…

 

 

Là – comme un manque – au fond de l’âme – une fraction de quelque chose – une incomplétude ressentie – manifeste…

Le sens d’un voyage qui, peu à peu, se dessine…

Au commencement – une foule de questions…

Et, au fil du temps, de moins en moins de paroles et d’abstraction…

Un recentrage et un élargissement…

La vie plus riche – comme simplifiée…

L’instant – le silence – l’intensité – (quasiment) les seuls repères (s'il en est)…

D’une extrémité à l’autre du monde – en un coup d’ailes…

Au-delà du connu et du commun – au seuil de l’étendue – au bord de cette immensité entrevue…

La matière – de moins en moins étrange – comme apprivoisée – (presque) entièrement acceptée…

A contre-sens des Autres et des excès…

De plus en plus proche des pierres – des bêtes – des plantes…

Bien moins humain qu’autrefois ; l’humanité devenant, sans doute, davantage qu’une (simple) idée…

 

*

 

Une lampe derrière soi – la nuit qui se referme sur la saison – la forêt…

Le monde – au loin – bruyant – qui somnole…

Des existences – sans question – sans réponse ; la tête et les mains occupées à on ne sait quoi…

Ici – une autre approche – la solitude – le silence – la poésie – le même labeur quotidien – quels que soient l’espace et le temps ; des lieux de présence et d'intimité…

Un peu tout à la fois – sans vraiment savoir ; la confiance sur les lèvres – dans l’âme et la paume…

Le lointain – léger ; ce qui n’arrive jamais par mégarde…

Une flambée de joie – dans cette clairière qui échappe aux saisons et aux heures – sans (véritable) avenir – comme nous-même(s) – comme nous tous…

Emporté(s) par le désordre (fabuleux) des destins ; quelque chose entre l’origine et la mort…

 

 

Le moins déchiffrable qui se dissipe – qui s’élève vers le ciel rieur – emporté par quelques oiseaux désenchantés (des anges, sans doute, déguisés en bête)…

La poésie des hauteurs envolée – déjà oubliée – comme un effleurement – un réenchantement possible…

Comme un miracle – sur la page ; et tout ce vide – à côté – au-dedans – des mots…

 

 

Quelques traces de temps sur la peau ; les visages – comme du sable – emporté par l’océan...

Et le ciel jeté en désordre sur les jours…

Une parole pour personne…

Par la fenêtre – rien que des silhouettes ; rien que des fantômes ; un monde à peine esquissé – la fin des temps – peut-être – comme si tous les Autres avaient refusé l’invitation – comme si les Dieux nous avaient abandonné(s)…

 

 

L’ombre – fraction de l’étendue – une halte sur ses arrêtes franches – le sens aiguisé des profondeurs…

A quoi se heurter sinon à la soif et à l’abstraction du monde…

Point d’orgue du silence – à la place du bavardage incessant – perpétuel…

Ici et là – de part et d’autre du mystère – notre présence – ce long voyage immobile – du ciel jusque dans nos tréfonds – jusque dans nos moindres recoins – dans un aller et retour interminable…

Partout – étrangement – le même lieu – les mêmes visages – la même envergure ; ce que nul ne pourrait imaginer avant le début de ce périple…

 

 

A nouveau – le monde – les choses – la perte de l’intimité ; et, peu à peu, l’absence – comme un engloutissement…

La tête inattentive – l’inévitable retour de l’étrangeté…

Comme englué(s) dans la matière – davantage qu’un tégument – une succession de couches – du centre jusqu’aux plus lointaines périphéries ; partout – en réalité – sur toute l’étendue – parsemée ici et là – et entourée – d’immenses poches de vide – des abîmes – des béances – invisibles et incontournables…

Comme condamné(s) à la substance et à la vacuité – indissociables – à perpétuité…

 

 

Vivant – entre l’être et la chose ; une traversée – des haltes et des disparitions…

Ce qui passe – ce qui demeure – ce qui se révèle…

La méconnaissance (profonde) du monde – qui peut-être – qui sans doute – n’existe pas (ou alors d’une manière très partielle – infime particule prise dans une trame immense et invisible)…

Nous autres – le même miroir et ses mille reflets ; la multitude – tous nos visages ; au cœur de la même unité – éparpillée…

 

*

 

Les heures tardives du silence…

Et ce vent – et cette route – qui serpentent entre les pierres…

Indéchiffrables – énigmatiques – comme la nuit ; l’obscurité du ciel – des âmes – du monde…

Et tous nos gestes – toutes nos paroles – comme si nous pouvions changer le cours des choses…

 

 

Cause perdue – le désastre – le vain labeur de l’infime – face aux courants du monde – aux jeux de l’immensité…

La volonté – la chair – le langage – comme un peu neige – quelques gouttes – sur un feu – un peu de nuit (totalement ridicule) en plein soleil…

L’effacement et le renouvellement des forces ; le monde réinventé – à chaque instant recommencé – qu’importe que nous participions au mouvement – à la résistance ou à l’inertie…

 

 

De rêve en rêve – toujours plus loin – comme si nous voulions nous rejoindre – atteindre les extrémités du silence – franchir les plus lointaines frontières de l’infini – comme si notre sommeil avait davantage d’envergure que le réel et le rêveur…

Tout tourne en rond – bien sûr – autour du même centre – proche – multiple – démultiplié – comme des insectes (d’insignifiants insectes) autour de la lumière…

 

 

La beauté distribuée par des mains malicieuses et maladroites – qui en déversent ici de pleines cargaisons – qui en saupoudrent là – qui traversent d’autres lieux sans rien offrir et qui feignent d’en oublier quelques-uns ; et Dieu – et les vents – qui, à cette malice première, ajoutent leur propre espièglerie – en creusant – en soufflant – en balayant – en emportant – en mélangeant le dessus et le dessous – le centre et la périphérie – la surface et les profondeurs – le devant et le derrière – achevant de tromper les yeux et nous invitant à initier d’autres instruments pour percer les apparences du monde…

 

 

Le monde – des murs dressés qu’il faut raser…

La terre fracturée – la surface recouverte de frontières et d’éclats…

Le sol en pièces…

Le ciel fissuré…

L’univers fractionné…

Et toutes les têtes à terre ; le jour lapidé – éclaté – en lambeaux…

Tout – nous – nous heurtant sans cesse ; comme des fragments (totalement) séparés du reste…

 

 

La matière – le souffle et le feu – réunis – en désordre – comme coincés (ensemble) sous la peau…

Avec une cognition infirme – peu propice à la compréhension – porteuse de pensées et d’angoisse ; une perception trop restreinte pour comprendre l’organisation générale de la trame…

L’ensemble – comme une construction laborieuse – conceptuelle ou imaginaire – et non comme une évidence – une expérience vécue – une réalité éprouvée…

 

 

Une faim viscérale ; rien d’essentiel…

Le ciel et la matière ressentis depuis le manque – malgré l’espace d’un seul tenant – malgré l’étendue sans recoin…

A se retrouver ainsi – les uns avec les autres – les uns auprès des autres – les uns au milieu des autres – les uns contre les autres – les uns dans les autres – comme une grande famille – un grand corps composé – et entouré – de vide…

Le réel – malgré la mort – les naissances – le large éventail des formes et des substances terrestres…

 

 

Le jour – à proximité – au cœur même du support…

L’ossature de la route – de la langue et de la matière…

La lumière – la vacuité – la sensibilité – la tendresse – déguisées – accoutrées – de mille façons…

 

*

 

Les saisons endiablées – entre quatre murs – au milieu des Autres et du froid…

Des rives éphémères – et (en partie) effondrées…

Rien sur la terre – sur la carte ; pas la moindre confiance – une suite d’événements – l’enchaînement implacable (et parfois terrible) des circonstances…

Les âmes prisonnières – comme condamnées à subir les vibrations du temps – sans accord – sur la chair – qu’importe les noms – qu’importe la pierre…

Des blessures et de la douleur ; et cette torpeur qui confine au refus – à la mollesse – à l’inertie ; comme un engourdissement et une indifférence à ce qui n’est pas soi…

 

 

Le même écho – sur la page – au fond de la voix…

Le silence premier – par colonnes entières – à présent – sur les pentes et les terrasses – le même alphabet impatient – le sens que l’on cherche – la mémoire qui engrange – la tête qui compte – qui collecte – qui entasse…

Le même jeu – presque absurde – pour de rire – depuis l’origine – comme un funambule composé du fil sur lequel il est condamné à marcher sans fin et qui chercherait une issue – une réponse – un instant d’évasion – mille solutions chimériques – à l'extérieur (hors de lui-même)…

 

 

Distrait – la tête baissée – la nuit et le temps triomphal – comme une légère boursouflure à la naissance qui, chaque jour, double de volume…

L’irruption du labour et de la collecte – au milieu de l’ignorance-reine ; le surgissement du labeur et de l’espérance…

De la sueur – du rêve et des étoiles – des promesses par brassées…

Nous sommes l’ombre projetée contre les murs ; et la pierraille…

 

 

D’un sillon creusé en silence – auquel appartiennent les mots…

Une écoute discrète – le sens et le son – farouches – qui s’approchent – main dans la main – dans notre paume ouverte – comme un oiseau timide qui se pose quelques instants avant de s’envoler vers des lieux plus tranquilles…

Notre seule outrance – sans doute…

 

 

L’éloignement – comme seul chemin – le support du vide – la solitude (parfaitement) adaptée à nos exigences…

Telle une montagne face au monde – une sorte d’emplacement naturel – un espace où la beauté – l’émerveillement – la poésie – sont possibles…

Sans distance – entre soi et le ciel…

Le silence et la parole – l’un dans l’autre – l’un après l’autre – sans interruption…

 

 

La vie inanimée – de prime abord – en se fiant (seulement) aux apparences ; mais lorsque l’on s’approche (que l’on daigne s’approcher) – lorsque le regard se fait plus attentif – légèrement inquisiteur (peut-être) – mille manières d’interagir et mille vibrations se révèlent…

Une même surface – la même épaisseur – avec des nœuds – des creux – des renflements – une respiration ; la même terre occupée – peuplée de mille souffles différents…

Et les mêmes arabesques – subtiles – invisibles – entre le monde inanimé et le reste – entre toutes les formes vivantes – entre le plus grossier et l’ineffable ; tous les objets – choses et visages – entièrement reliés – comme un réseau – une immense trame – profondément enraciné(s) à l’espace et à l’origine…

 

 

Le cœur ouvert – comme un point minuscule au-dehors – une chose – un processus – apparemment anodins ; une infime fraction de la matière qui s'inscrit, de manière profonde et ontologique, dans la marche du monde – dans le cours naturel des choses ; une façon [(très) involontaire] de participer à la métamorphose collective du regard…

L'âme et le geste – de plus en plus attentifs et disponibles – en moins de temps qu’il ne faut pour fomenter une révolution…

L’être – sans cassure – sans dommage – œuvrant sans la nécessité des armes et du sang – comme instance puissante et pacifique – incontournable – irremplaçable ; en ce monde (et ailleurs) – sans doute – le plus précieux…

 

*

 

Devenant – du dehors – comme un visage posé dans un intervalle – une (longue) parenthèse du monde – une fraction de temps sans usage…

L’enfance disjointe…

Des impératifs humains – risibles – ridicules – atroces et funestes…

Ce que la psyché invente – ce que le savoir retient ; une manière de fourbir ses armes – d’amasser de la poudre – d’aguerrir ses penchants guerriers – à seule fin de survivre…

 

 

Contre le vent – le pays natal – toute notre ascendance – la tribu entière – la vieille (et grande) famille patriarcale – les gestes et la langue prosaïques – la distraction et la faim ; tout ce qui occupe – et intéresse – les hommes – depuis le commencement du monde…

La tête pleine de fadaises ; l’âme et l’esprit inoccupés ; le cœur sec comme un fagot…

L’inhumanité de ceux qui s’imaginent très humains ; le néant incarné (si l’on peut dire)…

 

 

Derrière le geste – l’inconsistance…

Et ce que l’on avance – en parole…

Quelque chose d’aveugle et d’inconséquent – comme une porte posée au milieu de nulle part – au milieu d’un désert ; un acte inutile – absurde – décoratif en quelque sorte – et mille autres alternatives – et la possibilité (bien sûr) de se frayer un chemin partout ailleurs…

Quelque chose pour rien – porteur (seulement) d’espoir et de néant ; le comble de la bêtise ou, peut-être, une manière de rire de ce qui semble si grave (et si sérieux) aux yeux des hommes…

 

 

Côte à côte – d’un bout à l’autre du rivage – l’eau et le sable – les courants et le limon – ce qui demeure et ce qui est emporté…

Sous les mêmes étoiles – le même labeur…

 

 

Sur la terre – l’ombre inclinée…

L’œil interrogateur…

La ligne tracée par le lancer de dés…

Des idées (un peu vagues) sur la lumière et la nuit ; rien que des idées ; ni expérience (réelle) du monde – ni vécu (suffisant)…

Dieu et les hommes dans leur abstraction…

Des images qui, peu à peu, s’effritent et s’effacent…

Le vide et les derniers échos du sommeil…

Le ciel qui se défait – laissant (parfois) émerger notre nudité apparente…

 

 

Comme des nœuds – dans les bruits – des sons prisonniers…

L’usage externe de l’écoute ; comme un débordement naturel – légitime…

D’un monde à l’autre – sans que rien ne puisse être saisi…

 

 

Des mots et des chemins ; les mêmes reliefs – la même foulée…

Le ciel – (bien) davantage qu’un décor – (bien) davantage qu’un simple figurant…

Le silence sur les lèvres et les hanches…

Quelque chose qui se transforme – quelque chose qui se fige – immobile pendant quelques instants avant de reprendre sa route vers le ciel enfoui – une manière, peut-être, d’entrer en prière sans croyance – loin du spectacle de la foi – de cette foire spirituelle – célébré(e) par les masses…

Et la joie qui s’offre – comme le fruit d’une assise – d’une ascèse – naturelles – sans rituel – sans clergé – comme le sifflement d’un oiseau qui perce l’épaisseur de l’hiver – une transformation de l’espace et de la géométrie…

 

 

Trop invisible – comme un défi au temps et à la raison ; le jour comme un fantôme – une béance…

Et le silence (vainement) interrogé…

Il faudrait, peut-être, un effondrement du langage pour que puisse briller – hors de son écrin trompeur – la vérité…

 

*

 

Ce que l’on cherche – à tâtons – dans le noir – ce sourire sans nom de l’enfance – une caresse sur l’âme – sur la joue – cette récompense que l’on croit mériter ; un lieu, peut-être, au-dedans du silence – un visage et une voix – un compagnon – un ami – ni trop proche(s) – ni trop distant(s) – parfaitement adapté(s) à notre solitude…

Cette part de nous-même(s) – que si peu connaissent – que si peu ont entrevue…

 

 

A notre mesure – suspendu(s) au-dessus du monde – entre le bûcher et la source…

Les formes plantureuses – la bouche aguicheuse – comme pour échapper à l’ombre – à l’oubli – à la relégation…

Comptant sur l’Autre – les Autres – davantage que sur nous-même(s)…

Au-dehors – l’amour – par l’embrasure – dans un coin du monde – sur un coin de table ; une silhouette dans la nuit – un souffle chaud (et rassurant) dans le cou…

Épaule contre épaule – sans personne…

Entre l’absence et l’immensité…

Et toutes les fables, soudain, qui se dissipent (en même temps que l’essentiel des illusions)…

La seule question et la seule perspective – véritables – hors du temps ; et des siècles – des millénaires – nécessaires pour y répondre – pour s’y résoudre et s’y établir (de manière satisfaisante)…

Entre le plus précieux et la poussière – la meilleure (ré)solution…

Ni pause – ni frénésie (et moins encore de paresse et de précipitation) ; le rythme spontané – l’allure régulière – la foulée facile…

Un pied dans le monde – et l’autre dans le vide ; le même espace – en vérité ; un pied au cœur des saisons – et l’autre au cœur de l’éternité ; le même instant – quoi qu’en pensent les hommes…

En silence – là où vivent les sages – l’esprit au-dessus – le cœur engagé – l’âme attentive aux circonstances – parfaitement accordé(s) au cours des choses et à l’intermittence (naturelle) des états…

 

 

Plongé(s) dans cette nuit sans oreille – à la bouche avide – démesurée – engloutissant, sans jamais s’interrompre, des pans entiers de monde et de temps…

Un empierrement des âmes et des cœurs pétrifiés – la matérialisation de l’impuissance ; l’espérance en éclats…

La terre féroce – sous des étoiles éternellement reconduites…

La figure grimaçante et estropiée…

 

 

En soi – la faille et l’immobilité – le manque et l’offrande – la joie et l’égarement – l’ignorance et l’intimité…

Ni contraires – ni opposés – ni (parfaite) symétrie – ni contrariétés ; toutes les faces du même visage – tous les versants de la terre – réunis…

Ce que nous sommes ; par-dessus notre nudité et notre dénuement…

 

 

Le jour ensemencé…

Le signe d’une attente trop longue – trop impatiente…

L’engagement trop volontaire – sous le joug du désir – comme si l’on était capable de faire naître la lumière…

Une déchirure supplémentaire – un surcroît de prétention et d’inhumanité ; le prolongement (manifeste) de l’incompréhension…

 

 

Un pas de côté – hors du monde à présent – affranchi des longues transhumances saisonnières…

Sans carte – ni boussole – la source renouvelée du voyage ; un pas après l’autre – sans savoir – sans destination…

Amoureux du regard – qu’importe les chemins et les paysages…

Une traversée immobile et silencieuse – porteuse de paroles et de mouvements…

Sur cette longue route que le ciel dévore déjà…

 

*

 

Ce qu’il faut déchirer avec les étoiles – l’épaisseur – ces moissons de rêves qui obstruent le ciel…

La porte ouverte – les clés autour du cou ; et suffisamment de silence pour faire face à l’absence…

Le vieux monde emporté avec tous les résidus d’autrefois – tous les relents d’hégémonie et d’exploitation…

Et personne pour entendre le chant – ouvrir les yeux sur ce qui résiste…

Les âmes qui flottent dans l’invisible – guidées par l’indésirable – la profondeur de l’air – la persistance de l’écho et des chaînes dans le geste libérateur…

Ni pont – ni brume – ni lanterne ; l’expérience d’une autre possibilité…

L’être et les choses – dans cette cellule étroite ; avec, par-dessus, notre fatigue et notre espérance…

 

 

L’absence conjuguée à tous les temps – inscrite sur toutes les figures laides et ligneuses – rouges et boursouflées…

Le néant dans les yeux clos – déployé jusqu’au fond de l’âme…

La main portée par les circonstances ; l’esprit fataliste…

Sans question face à l’inexplicable…

La tête baissée – le dos voûté – la respiration dans ses limites – le bras tendu au-dessus de l’horizon – comme enfermés dans le périmètre autorisé…

Le lieu du sommeil et du temps…

Quelque chose du jour déguisé – de la lumière ensevelie…

Le règne (glorieux) de la distraction sans retenue…

En soi – des réserves d’images – pour l’éternité…

La vie – comme un rêve énigmatique – qui se déroule (peu à peu) ; peut-être – sans doute – le fond de la nuit…

 

 

Sans jamais s’interrompre – le temps – le monde – le cours des choses – illusoires pourtant…

L’instant nu – de plus en plus intense – manifeste…

L’intimité – comme une présence au bord de la fusion – à la limite de la rupture…

Le signe d’une sagesse – d’une amitié…

Au-delà de la joie escomptée…

 

 

Sans incidence – sur cette portion de monde – la tête ponctionnée – comme un sac au fond duquel on piocherait – comme un piège qui, peu à peu, nous engloutirait…

La lumière – sous le sol – dans le ciel – au fond de l’âme obnubilée par ce qu’elle porte – les origines…

Et sur la pierre – peu de ressemblances ; des différences apparentes – une variation de la même couleur ; rien de la cassure que semblent percevoir les yeux…

De simples morceaux d’espace – chacun à sa place – obéissant (à leur insu) aux lois de la matière – aux nécessités du monde – aux exigences de l’ensemble et de l’invisible – accolés – parfaitement réunis et emboîtés – comme un assemblage sans le moindre interstice – sans la moindre séparation…

Rien d’inutile – à la manière du soleil ; et la même envergure ; l’immensité qui échappe à la perception ordinaire…

 

 

Ce qui passe – un peu plus haut que les étoiles…

La disparition du monde – la transformation des états – l’inévitable…

La clarté – de long en large…

Des routes qui mènent au voyage ; et le voyage à l’infini…

La perte et l’inconnu – jusqu’au vide ; ce à quoi nous sommes (tous) destiné(s)…

 

*

 

Des jours – des cœurs malmenés – en déroute (très souvent)…

Le chemin parcouru qui a creusé – en nous – le nécessaire – l’incontournable…

Cet espace qui semblait si loin – et si abstrait – autrefois – comme une cathédrale de papier…

Et, à présent, cet agenouillement devant ce tabernacle (si réel) – cette plongée en soi après la longue traversée de la nef et du cœur…

Plus ni cierge – ni prière ; Dieu – en nous – de sa propre voix – nous invitant à poursuivre le chemin – l’excavation – la transparence du jour ; l’espace à restituer entièrement…

La vie comme elle va – (pleinement) consentie ; le geste et la posture – ancillaires – inclinés – la gratitude au-dedans…

La fin de l’initiation – des préliminaires ; l’invitation (enfin) à la vraie vie

 

 

La vie au-dehors – piétinée – si compréhensible dans ses défenses et ses assauts – dans ses volte-faces et ses rebuffades…

La guerre – avec ses blessés et ses morts – en pagaille – dans le désordre (récurrent) de la terre…

Des ombres – des traces – des échos ; rien qu’un long supplice et un peu de sommeil…

Depuis longtemps – pourtant – la même promesse – cette paix tant désirée que l’on oublie pour un surcroît de terre et de chair – la moindre offense…

Diable ! Tant de sang et d’ignorance qui suintent à travers les fissures du sol et de l’âme…

Notre peine – à tous – depuis des siècles – des millénaires – depuis le début du monde…

Cette souffrance et cette peur – cette incompréhension – si familières…

 

 

Fractions de l’Autre – des Autres – en soi…

Un puzzle vivant qui, à chaque instant, se réinvente…

Des morceaux agglomérés – circonscrits qu’en apparence…

Du vide et ce qui a l’air d’exister…

Dans le jeu – sous le joug – de toutes les illusions…

 

 

Des gestes pour rien – des paroles perdues…

Les caresses et les poignées de main du vent ; des coups de pouce et des coups du sort…

A mi-chemin entre la solitude et ce que nous portons…

 

 

Une vie à la surface du monde – au contact des choses – sans espace – sans profondeur – sans intimité…

Une vie en retrait – retirée – à distance des Autres – entre le ciel et l’intériorité – entre l’infime et l’immensité…

Quelque chose sous les yeux – au fond du regard ; la même ligne – comme l’origine et le prolongement du cours des choses – parfaitement confondus…

Chaque instant – hors du temps…

Chaque geste – comme l’émergence des circonstances ; continuité ou conclusion induite par la situation – par toutes les situations simultanées – imbriquées – par l'ensemble des événements du monde…

 

 

Ensemble – jaillissant – nous morcelant – jusqu’à l’effacement – jusqu’à la disparition – jusqu’au renouvellement…

La respiration ininterrompue de l’espace…

Le vide vivant – à travers notre manque – notre soif – toutes nos maladresses…

 

*

 

Des arbres – comme la seule foule acceptable – silencieuse – accueillante – ouverte à la différence – aussi proche du ciel que de la terre – respectueuse de tous les peuples…

En ces lieux parcourus – le mystère qui s’entrouvre…

Ni nuit – ni chiffre – ni conjecture…

En deçà de toute mémoire…

Le temps de l’eau et de l’enfance…

La mousse maternelle…

La vie incertaine et imprévisible…

Le point de bascule avant de toucher le sol – la poussière…

 

 

Voyageur du dedans – sans trace – sans repère – le sourire aux lèvres et le bâton à la main…

Sans la moindre étrangeté dans la tête…

Sans horaire – hors du temps…

Les poches et les mains vides…

Arpentant l’espace – découvrant les choses jusque dans leur intimité…

Laissant les pensées – les images – défiler…

La respiration alignée sur le rythme…

Le pas foulant l’automne et les collines…

La barbe grisonnante approchant l’invisible – l’éternel…

Tentant de donner un nom à l’ineffable – de circonscrire l’infini – dans un seul geste – une seule parole…

L’oreille tendue – la bouche tordue en une moue attentive (légèrement inquiète) – le cœur confiant – comme si le monde était un jardin – et l’existence une expérience théâtrale totale…

Un fragment d’espace déambulant dans l’espace – en lui-même ; la seule rive possible – davantage que le rêve et l’ambition des hommes…

 

 

Du rêve à l’espace morcelé – jour après jour – comme autant de nuit(s) accumulée(s)…

Des murs plus hauts – des routes qui serpentent davantage – une voix qui doit hurler tant nous nous sommes éloignés…

Une séparation qui nous emporte – des cœurs déchirés – des bouts d’âme arrachés – l’être comme sur le point de se fissurer…

 

 

Le feu noir – la vie en miettes – sans éclaircie – le néant à la place du vide – la peur à la place du bleu – le lieu de tous les possibles – de toutes les confusions…

Et les impératifs du rêve – du monde qui rêve – qui accroissent notre perte ; l’égarement sans espoir d’échappée…

 

 

Des visages – des jeux – le peuple – les yeux fermés – que la mort décime – que la frivolité occupe – engoncé dans ses inventions – dans ses illusions baroques…

Et plus loin – à l’écart – à la périphérie du monde – des lieux où la route éreinte – accroît la fatigue et la nudité – mène à l’ardeur sans usage et à l’immobilité…

Des rives désertes – désertées – qui transforment le regard et la pierre – le geste et le ciel…

Un soleil plus large – une joie jamais feinte – le vide en tête et quelques signes, parfois, comme une invitation – une marque de ralliement – une manière d’inventer un passage – mille passages – entre la roche et le silence – entre l'harassement et la félicité – un parcours unique – parfaitement adapté à chacun ; le seul chemin – le seul voyage – à réaliser…

 

*

 

L’enfance penchée sur le plus intime – le silence – l’Amour – à travers le jeu – le rire – le geste innocent…

Quelque chose de spontané – comme un espace et une voie naturels – avec des cris et une respiration saccadée…

Avec assiduité – ce voyage – jusqu’à l’automne – jusqu’à l’hiver – au cours duquel les cheveux blanchissent et la voix se tait et devient plus sage…

 

 

Ces rives étrangères – sans langage – où on lutte – où l’on crie – où l’on se débat – avec sa cohorte de rêves et d’ambitions…

Des itinéraires précis – millimétrés – sans surprise – sans détour ; et autant de victoires et de grains amassés que de larmes et d’outres de sang versées…

L’encre noire de l’homme qui dessine sa monstrueuse géographie – ses propres barbelés derrière lesquels il enferme le monde – l’air – la roche – les étoiles – toutes les choses et tous les vivants de la terre…

 

 

L’espace creusé au bord de la tristesse – sans parole – sans passage – sans passant – dans la solitude la plus familière…

Et cet étonnement à nous voir de part et d’autre de l’abîme – un peu partout – en vérité – comme éparpillé(s) – entre la lumière et la mort – entre la surface et les profondeurs…

Du centre jusqu’aux plus lointaines périphéries – le même silence – le mystère éclairé [et parfois (en partie) éclairci] – la sagesse et la folie – le ciel et l’épaisseur – l’immobilité et la furie…

Dans une invariable oscillation ; l’âme qui chemine – qui se découvre – partout ; nous – le mystère – dans notre œuvre nourricière et légitime…

 

 

L’œil percé par la puissance des choses – qui traverse la chair – qui pénètre l’âme…

A la mesure de notre joie – la transformation de notre visage (trop strictement humain)…

Cette place dans les profondeurs ; et la perspective des Dieux épousée…

Ce que nous portons sur cette route étrange qui allège, peu à peu, notre charge – notre embarras – notre pesanteur…

Pas – gestes et paroles – emportés – avec joie et légèreté – vers des lieux plus lumineux et des usages plus dignes – plus adaptés au monde et aux circonstances ; comme le signe d’une humanité retrouvée…

 

 

Au cœur de cette langue qui n’est pas la nôtre – au milieu de tous et de l’inertie – cette terre et ces pierres que l’on amasse – depuis trop longtemps relégué(s) à l’inessentiel – au plus que superflu – condamné(s) à la surface du séjour – du passage – de la traversée – à faire fructifier – et boursoufler – mille formes de croyances – à construire un chemin au milieu des fantômes – des idées – des apparences…

Trop brièvement – ici – pour se faire (malgré soi) le support du mensonge et du néant…

 

 

A nouveau – le jour – l’alignement du monde et de la parole – pareil à un soleil – à un horizon clair – clairement identifié – au-delà de tous les horizons humains perceptibles et imaginables…

En plein vide – comme en suspens…

A côté – de plus en plus loin – de ceux qui ont décidé d’avoir l’air – de faire semblant…

Vivant – le cœur projeté par-dessus l’âme et la chair – par-dessus le corps-interstice – battant – respirant – à découvert…

Les linéaments de l’homme – peut-être…

 

*

 

Quelque chose s’approche – toujours – et se dresse – parfois un mur – parfois le vent – parfois le soleil et la joie…

Derrière les apparences – ce qui résiste au monde ; derrière les ultimes résistances – ce que l’on ne connaît pas ; derrière ce que l’on ne connaît pas – l’enfance qui affirme son allégeance aux apparences – l’enfance qui regarde le monde – l’enfance qui se joue des résistances – la confiance face à l’inconnu…

Un sourire – un ciel – une corde ; et la poursuite (bien) plus joyeuse du voyage…

 

 

Ni question – ni exigence…

Plus proche de la source que de la trace…

Des mouvements – de toutes parts ; et une tranquillité au fond du regard…

Ce que l’on cherchait – autrefois – plus haut que le ciel – plus puissant que le vent ; dans toutes les particules du monde – fragiles et dérisoires – parmi la cendre et la poussière – des extraits de roche – dans le désarroi et la folie – dans la nuit et les ventres qui digèrent – dans les mains tendues et les yeux perdus – dans les volte-faces et les manigances – dans les caresses – les guerres et la violence – partout où nous sommes – partout où nous vivons – jusque dans nos bassesses et nos absences…

Le vide ; et la conscience – habituellement utilisée – corrompue – dévoyée – devenue, soudain, sans usage – sans emploi…

Seul – à présent – face à ce qui vient – au milieu des tourbillons qui parsèment (très momentanément) la vacuité...

 

 

Loin de la parole commune et coutumière – née de l’habitude et de l’opacité ; plutôt celle qui habite un lieu que nous ignorons – et que nous continuerons d’ignorer – ailleurs – ici même – plus haut et plus bas – qu’importe ce qui nous traverse – qu'importe ce que nous traversons…

Et tous nos silences – sur la page – imprimés…

 

 

Le vide découpé en jours – en seuils – en points critiques – à la surface du monde – dans tous les lieux investis par l’homme – et, de l’autre côté, le souffle – l’air – le ciel bleu et les profondeurs – toutes les merveilles et l’immensité d’un seul tenant…

D’un côté, la cassure et l’attente d’une récompense – d’une réparation – de simples consolations – très souvent ; et de l’autre, l’attention détachée – amoureuse – capable d’accueillir tous les fragments – tout ce qui s'invite – approche – advient…

 

 

Derrière ce qui se manifeste – la pierre et la lumière…

Et ce qui se détache au cours de la traversée…

L’âme engagée – la sente qui nous révèle et nous transforme – au-delà de l’expérience – au-delà de l’existence vécue – au-delà des apparences et de la parole qui en témoigne…

Nulle loi ; rien d’étranger – rien de rejeté…

Le dépassement et la mesure – quelque chose, sans doute, à préciser (à éclairer peut-être) ; les premiers pas – le début d’un chemin – d’une initiation – d’une métamorphose – d’une perspective un peu folle…

Vers l’unité – à foulée lente – naturellement…

Et le geste inaugural – comme l’une des rares récurrences ; à chaque nouvelle étape – chaque jour – à chaque instant – le recommencement perpétuel du voyage…

De moins en moins – comme une évidence…

 

 

L’infini circonscrit dans le geste ; d’abord resserrement – détention – réclusion – puis apprentissage (très progressif) de l’immensité – de l’envergure – de la liberté ; la limite et la contraction accueillies – acceptées – puis dépassées ; ni pour – ni contre – sans parti-pris – sans idéologie – sans rien à défendre – sans rien à combattre – sans rien assujettir – le cours des choses – tel qu’il va – tel qu’il vient…

Ce que dicte le réel – une obéissance sans alternative ; mille possibilités ; et toujours un seul chemin ; ce que l’âme et le monde imposent…

 

*

 

De la terre – des étoiles – et cette marche – et cette âme – infatigable – interminable…

Quelque part – nulle part – où est donc la frontière – le seuil – le franchissement…

Des désirs d’autrefois – nulle trace…

Le temps libéré de lui-même…

L’homme soumis à l’errance – à la déambulation – comme l’énergie contrainte de circuler…

Le présent entre les mains ; et les paumes aventureuses…

Des instants – rien que des instants – qu’importe l’âge et l’époque…

Des syllabes nouvelles – le rythme de la parole dicté par la lumière et le silence…

Et ce trop-plein – encore – de choses à écrire – qu’importe le sens – le cercle des lecteurs – la taille de l’auditoire…

Des mots à seule fin d’honorer le chemin – l’effacement des territoires – la solitude – la chambre parfois visitée par l’Amour ; comme un sourire immense destiné à personne – pour la simple joie des lèvres entrouvertes – de ce qui existe – de ce qui est donné…

 

 

Des sauts – des élans ; ce qui s’imprime – comme l’origine du monde – sur la matière…

Les âmes disjointes et séparées…

Les pertes successives – comme des prières…

Dieu qui, en nous, invite à la nudité – à nous rejoindre…

A la source des lieux et du temps…

A la manière d’un soleil gigantesque…

En équilibre sur toutes les épaules – avançant – l’âme, au-dedans, frémissante…

Tout – tous – embarqué(s) dans cette incroyable ascension sans échelle…

La fraîcheur de l’innocence et le feu ardent du cœur – nécessaires pour franchir les premières hauteurs…

L’infini qui se déploie dans la poitrine ; la fin de l’exil…

L’existence – au-dessus du sol – précieuse…

Dans le sein de Dieu – au plus intime – au milieu des Autres – des apparences et des illusions – célébrant le centre – le monde – les visages et les choses ; l’être, à travers nous, découvrant son ampleur – sa diversité – sa plénitude…

 

 

La parole et la pierre – alignées ; comme le sol et la page – le cœur et la main…

Derrière le temps amassé – et expulsé – le vide entrevu…

Nous – nous soustrayant toujours davantage…

 

 

La course interrompue – la tête surélevée – un pas de côté – comme un surcroît de silence et de lumière…

L’âme désempêtrée ; la matière percée jusqu’à l’essence…

Comme si le dehors n’avait jamais existé…

 

 

A travers la parole – le même silence – au-dehors et au-dedans – comme un pont entre les mondes – lorsque l’attente cède la place à l’écoute – lorsque l’immobilité se substitue aux exigences…

 

 

Des routes – des visages – des itinéraires – des pas engagés…

Les vestiges éparpillés de l’infini – ce qui se mêle pour constituer le monde…

Plus haut, le ciel – en dessous, les tombes – et entre les deux, l’espace des choses et des vivants…

Les vents – le souffle – ce qui porte tantôt à l’intérieur – vers le centre – tantôt à l’extérieur – vers la périphérie…

Des haltes – des interstices – des parenthèses…

Le séjour qui, parfois, se prolonge – le voyage qui continue – qu’importe les circonstances ; qu’importe ce que nous sommes et ce que nous faisons ; l’insignifiance de l’essentiel – au regard de l’envergure de ce qui est – de ce qui nous porte…

Comme des taches – un peu de couleur – sur l’immensité blanche – la transparence des choses – l’invisible…

 

*

 

Au gré des jours et des saisons qui passent – les souvenirs qui, peu à peu, s’effacent…

Et le mystère ainsi mis en évidence – exposé ; des fragments de la source éparpillés au fond du cœur – au fond des choses – qui (progressivement) se révèlent…

Davantage (Ô combien !) qu’une manière de dire ; la vérité agissante vécue (et qui le sera, un jour – bien sûr, par tous ceux que le doute habite encore)…

La seule réponse possible aux questions des illettrés…

Le frémissement de la chair ; au contact de tous les soleils intérieurs…

Cette intimité vibrante (et savoureuse) avec le monde…

 

 

L’aube – comme un signe – au-dessus de tous les piétinements…

Un cercle autour de soi…

Et l’âme embarquée – malgré elle – comme si le corps était un temple provisoire…

Un peu de matière suspendue…

Mille choses à déconstruire ; soustraire et se dévêtir pour que brille cette nudité comme une lanterne au fond du noir…

Au milieu de la boue et du brouhaha du monde…

Et tout ce bleu qui s’invite sur cette tristesse (de plus en plus étrangère)…

De moins en moins loin – la lumière…

 

 

Au-delà des grilles – rassemblés – au-dessus des tombes – l’envol (inoubliable) de ceux qui quittent le monde…

Derrière les murs – en ces lieux où (en général) se lamentent – et se prosternent – les vivants – les yeux rouges et le cœur gonflé de larmes…

L’espérance à tire-d’aile – comme une flèche incertaine décochée vers le ciel…

Et toutes ces prières – et toutes ces âmes – qui montent vers ces terres nouvelles – comme nous tous qui allons dans l’existence – avec ce curieux mélange de curiosité et d’accablement – de peur et d’allégresse…

 

 

Au ras du sol – la tête et le pas qui insistent – comme une résistance absurde (et immature) à la verticalité naturelle de l’homme…

En nous – la bête qui s’agrippe – qui s’accroche…

Et la foulée lente à travers les couleurs dont l’ultime – sur un tertre – sera, un jour, couronnée par la transparence…

 

 

La figure du feu sur la neige…

L’incendie des routes – comme des vagues successives qui restreignent les possibles – les destinations – tous les lieux propices au voyage et à l’évasion…

Vers l’immobilité – de plus en plus – comme l’état le plus favorable au souffle – capable de rapprocher l’intime et le (plus) lointain – de révéler le bleu caché au fond du cœur – au fond des choses…

La légèreté du mouvement ; l’invisible à l’œuvre ; le monde et la joie à demeure…

 

 

Sur la terre ancestrale de ceux qui ont quitté ce monde…

Face à soi – le désert – aussi silencieux qu’au-dedans…

Les premières difficultés et les premières hauteurs – franchies…

La couleur la moins sombre du périple…

Et les reflets – à l’intérieur – de l’étendue…

Le pas de plus en plus lucide ; et la terre arpentée moins (beaucoup moins) aveuglément…

 

 

L’oubli – la perte du nom – de moins en moins de visages et de rencontres…

La solitude – (très) amoureusement…

Et cette ardeur accrue à la perpendiculaire du monde…

Entre nous – le vide et la lumière ; le vent puissant ; l’expression du Divin – à travers le regard et le geste ; l’ineffable dont nul ne peut mesurer le poids sur nos existences…

 

*

 

Ceci ou cela – ici ou ailleurs – ce destin ou un autre…

Tout égal – tout pareil – tout qui passe – sans (réelle) importance…

Et l’essentiel alors (s’il en est un) ?

Notre manière d’être présent (bien que nous n’ayons aucun choix sur notre façon d’être au monde)…

Quoi donc alors ?

Être soi-même – sans rien renier ; incarner toutes les parts que nous sommes – toutes les parts que nous portons – telles qu’elles sont – telles qu’elles se présentent (à l’instant où elles se présentent) ; et ainsi, peut-être (rien n’est moins sûr) assumer son rôle (variable – provisoire – circonstanciel) – occuper la place qui est (supposément) la nôtre – celle que chaque situation impose – dans tous les cercles qui composent l’infini…

Rien de plus – rien de moins ; le plus proche de soi – de la vérité – sans doute…

 

 

Le lieu de l’indifférence et de la mort – sur le terrain où nous défient les fleurs…

La beauté rayonnante – l’assise souterraine – pour des siècles de vie – à la merci des Autres – offertes – jouant des pétales et des couleurs – généreuses en pollen – indéfiniment provisoires…

L’existence de l’être – sans (jamais) en avoir l’air…

Souveraines en tous les lieux où semblent régner l’indifférence et la mort…

 

 

Le jour penché sur notre épaule – par pure amitié – en hommage à ce que nous fûmes – à ce que nous sommes – à ce que nous serons (à jamais) – en hommage à ce que nous vivons l’un et l’autre parfois ensemble – d’autres fois (presque) séparément…

Comme notre ombre – comme l’herbe et le ciel – comme la lumière – la tristesse et la nostalgie – comme la douleur – comme le monde et la joie – comme les Autres – les arbres – les choses – tous les visages d’ici et d’ailleurs – un peu plus loin – beaucoup plus loin ; cette (incroyable) parentèle – cette immense fratrie oubliée ; notre seule appartenance ; et le vide géniteur (bien sûr)…

 

 

Le vide consistant ; le monde sans épaisseur…

Ce qui est (secrètement) désiré – sans volonté (véritable)…

Le cours des choses – des aléas – qui s’inscrivent dans l’histoire lorsque l’on marche (précautionneusement) sur le fil du temps ; et plus encore – l’instant sans ascendance – sans descendance – orphelin et séparé de tous les autres (simples possibilités – potentialités – pour ceux non avenus et entièrement intégrés à l’instant présent pour ceux qui ont déjà eu lieu) ; le corps – le cœur – l’esprit – éprouvant le chaud et le froid – le haut et le bas – la tristesse et la joie – comme le seul Absolu possible (et imaginable) – à chaque fois – la seule chose à vivre – la seule chose qui puisse exister – comme si le reste n’existait pas…

 

 

Le bruit du monde au fond de l’abîme – ce que nous créons – ce que nous inventons – en gesticulant – en empruntant des routes – en gravissant des murs – en essayant de franchir les frontières du périmètre dans lequel on nous a condamné(s) à vivre…

Immergé(s) jusqu’au cou – dans les eaux souterraines – le bleu au fond de l’âme jamais entrevu…

Le mirage jusqu’à la déraison…

Quelque chose entre la bêtise et l’obstination – la sente arpentée – les semelles usées jusqu’à la corde – les pas mécaniques – la tête déconnectée du corps – déconnectée du reste…

Sur le bord du chemin – l’espérance – l’ailleurs déjà – comme un suspens – une halte – et tous ceux qui ont abandonné la partie – et le monde à lui-même…

Le début d’un autre rêve – peut-être…

 

 

A la fois l’œil et l’étendue – l’invisible et la matière – l’espace et le cœur sensible et engagé…

Dieu – ce qui (nous) semble si dérisoire…

Le temps ramené à sa plus petite unité non mesurable…

L’infini – partout – jusque dans nos gestes les plus ordinaires – ce qui sort de nos lèvres ; l’œuvre de l’âme et de la main sur la page…

L’infini ouvert qui s’entrouvre en chacun ; notre besogne commune et singulière…

 

*

  

L’âme morte – mille fois – sans rayonner – comme une ombre jetée au fond d’une crevasse de chair animée…

Rien de perceptible sinon cette tristesse inexplicable dans les yeux…

Une douleur – comme un oubli…

 

 

Voué(s) aux choses de la nuit – aux ruines et au froid – au monde profondément terrestre…

Ce côté rugueux auquel nul ne peut (réellement) échapper ici-bas…

Comme un décor – au cœur d’une immense arène – avec mille tragédies – sur fond de solitude – gorgée de corps-à-corps ardents – de tête-à-tête sanglants – de face-à-face funestes…

Le mariage du glaive et des grilles – de la poussière et du sang ; la vie et la mort (très intimement) entremêlées…

Une enfance sans soleil – sombre et triste ; les balbutiements d’une humanité affligeante …

 

 

Inlassablement – la lumière…

Les voiles de la nuit – la violence de la terre…

Les pierres – les arbres – les bêtes – les hommes – comme des marionnettes soumises aux exigences des Dieux…

Et des fleurs dans la voix – la parole claire – adressée à ce qui, chez quelques-uns, commence à émerger sous les paupières – dans le regard – au bord du cœur…

Le monde jeté au fond de ce puits démesuré – (passablement) inquiétant…

Et ces âmes – trop lourdement chargées – qui s’épuisent (assez vainement) à remonter…

Et ce bleu – jamais découvert – pas même imaginé – à l’intérieur ; cet espace vif – vivant – vibrant – sensible – la seule entité, en ce monde, capable d’accueillir (sans jamais se plaindre ou nous blâmer) nos pirouettes et nos pitreries – nos sanglots et nos jérémiades – toutes nos (vaines) gesticulations – toutes nos (piètres) tentatives pour exister – comprendre – nous échapper…

 

 

Plus loin qu’autrefois – dans l’œil – la chair – le pas…

Tous les livres sur nos lèvres – dictés mot après mot – éructés par l’âme…

Le silence limpide qui, parfois, se transmute en parole – en poésie…

Une manière, sans doute, de toucher (en partie) le cœur humain – de remuer un peu la terre – d’essayer d’engager l’immensité dans l’histoire des hommes – dans l’histoire du monde…

 

 

Le vent – sur toute la largeur de l’existence…

Tous les bruits du monde ; à l’abri – comme calfeutré à l’intérieur – les oreilles qui dépassent – à peine…

Le jour – pour personne…

De nouveau – seul – au cœur des collines – de la forêt ; et l’ombre de la mort – au-dessus de notre tête – qui nous survole en cercles lents – prête à fondre sur nous en un éclair…

 

 

Entre l’axiome et l’abîme – peu de vérité…

En un instant – hors de soi – comme éjecté…

Les yeux tournés vers le ciel des hommes – le front bas – les mains jointes (en prière) – une manière d’être au monde avachie – sans tenue – la tête et le cœur séparés – juste à côté des jambes…

Enfermé(s) dans l’enceinte commune – en quelque sorte…

Incapable(s) d’aller plus loin – de franchir la moindre frontière – d’échapper au périmètre (étroit) des indigents…

L’esprit inquiet – les pieds coincés sous la pierre – enchaîné(s) à l’histoire façonnée par tous ceux qui nous ont précédé(s) – par tous ceux qui s’éreintent à nos côtés (aussi impuissants que nous)…

Piégé(s) dans le même espace – entre l’axiome et l’abîme…

Et plus loin – sur l’autre rive – sur l’autre versant – le ciel et la lumière – inaccessibles ; ce que les hommes (certains hommes) apparentent à la vérité ; le prolongement du même mensonge – de la même illusion…

 

*

 

Les hommes à genoux – à la saison des morts – sur le chemin (périlleux et douloureux) de l’agonie – le visage sombre – plus même un visage – un masque de cire – l’âme et la chair terrifiées – pétrifiées – si peu préparées à l’échéance – incapables de faire face au défi des jours – de reconnaître le rôle souverain de la métamorphose et de l’oubli…

Nous – à chaque instant – au tournant de l’essentiel…

Sans arrêt – sans répit – sur la voie secrète et mystérieuse du mûrissement…

 

 

Dans un coin (oublié) du vide – face à ce regard indescriptible – au-dedans – bien plus vaste que le monde – l’univers – nos ambitions…

La cible rêvée – inaccessible…

Et l’errance des pas et du langage…

Cette impossibilité d'être rejoint…

 

 

L’existence – comme un quiproquo…

Un espace inhabitable – un refuge restreint à l’air vicié – un guet-apens – une sorte d’embuscade préparée par tous nos ascendants…

Un point lumineux – quelque part – encore invisible…

Et les jours qui coulent – comme l’eau de la source ; et la mort qui, à chaque instant, se rapproche – sournoise – la bouche ouverte – l’œil retors – l’outil sur l’épaule – le geste, à chaque fois, imparable et silencieux – se cachant derrière nous – au-dessus de notre inexpérience – au cœur de notre terreur – de notre crédulité – prête à s’abattre – à initier le dernier souffle – à nous fermer les paupières – à nous précipiter vers Dieu ou (selon la sensibilité – selon la maturité) vers le prolongement de l’absence ; dans tous les cas – vers une nouvelle expérience…

 

 

Le corps ramassé sur lui-même – l’esprit replié – l’âme roulée en boule ; comme la seule réaction possible face à la rudesse du monde ; se terrer face à la terreur exercée par les Autres (tous les Autres) ; une manière de se faire encore plus minuscule – à défaut de pouvoir fuir ou disparaître…

Le destin de (presque) tous les hommes et de (presque) toutes les bêtes…

L’existence réduite à un seul possible ; un monde sans alternative…

 

 

Le silence et le vent – sur la page…

L’encre noire – (très) lointain reflet du bleu…

Une manière d’affirmer sa présence face à l’indifférence – face à la faim…

Le malheur des créatures – conforme à leur aveuglement…

En chemin – au jour – au monde – ce que nous sommes (aussi pleinement que possible)…

 

 

La chair brute – revisitée – assouplie parfois – au même titre que l’esprit et l’âme…

La matière pendante – la tête étroite – le cœur confiné – soumis à des exercices visant à retrouver l’ardeur et l’envergure nécessaires à l’humanisation de ceux qui se disent – qui se prétendent – humains…

Le gage d’un monde meilleur (ou, du moins, plus vivable)…

 

 

Ce qu’il faut effacer – soustraire – oublier – pour pouvoir s’adosser au vide et devenir, peu à peu (ou, parfois, de manière soudaine) ce qu’il reste lorsque tout a disparu – lorsque nous sommes parvenus à nous débarrasser des choses – des noms – des visages – du monde et du temps…

 

*

 

A l’intérieur – le temps retroussé – le chemin à rebours ; avec le cœur du monde retenu par le souffle – et poussé aussi parfois – emporté par les eaux et le vent – vers les âmes et la lumière…

Au-dedans – tous les extrêmes et une partie (substantielle) du centre – comme au-dehors – et l’autre part ? On ne sait pas – on n’en sait rien – personne ne cherche – n’a jamais (réellement) cherché – à savoir… comme partout ailleurs – la même unité et la même densité – on le devine – on le suppose – on le ressent parfois – ainsi tout se dessine et a l’air d’exister…

Le vide joyeux dansant avec toutes les formes – toutes les frontières – tous les au-delà…

 

 

Le soleil au-dessus des arbres – le ciel parfait – à l’intérieur – avec des forêts grandes comme des continents – peuplées de bêtes et de rochers – les uns et les autres amoureux de l’ensemble jusqu’à la folie…

Des cascades de signes et de lumière…

Des paroles et du silence – qui, mis bout à bout, forment de longues guirlandes de joie que l’on accroche à toutes les poitrines consentantes…

Traversées par des rivières – et des âmes qui ont jeté tous leurs atours et toutes leurs cartes – se fiant aux dés des Dieux – parcourant l’étendue à grandes enjambées sans rien connaître du monde – de leur identité – de la géographie des lieux…

Un instant – des instants peut-être – où se télescopent toutes les époques – toutes les phases du temps…

La voix haute dans cette encre (presque) magique – comme une main – une hampe – un crochet – voués à inverser tous les rôles – toutes les figures et toutes les latitudes – offrant au lieu de prendre – caressant au lieu d’asséner – dispersant et effaçant au lieu de bâtir et de dresser…

Aussi frêle qu’autrefois – discrète et attentive – aussi superflue qu’essentielle – nécessaire seulement lorsqu’elle se manifeste naturellement ; comme la vie qui vient – comme la vie qui va…

 

10 avril 2022

Carnet n°272 Au jour le jour

Juillet 2021

Le jour libéré ; et, soudain, la lumière des galeries souterraines rejointe par celle qui brille au-dessus – au-dehors…

Et ce cri – né des entrailles – comme un jaillissement – une explosion de joie…

 

 

Du sang – des morts – tout autour…

Ce que tiennent dans leurs serres tous les rapaces ; et ce que portent toutes les plaintes…

Le déchirement de la chair et de l’âme…

Et, au milieu des malheurs – au milieu des tourments ; cette tristesse vertigineuse qui pèse sur les vivants…

 

 

La nuit dévouée à son rêve ; et nous – tout entiers consacrés à notre aveuglement…

A bien des égards – le seul labeur de l’homme – comme un destin tracé à la craie noire dans l’obscurité…

 

 

La vie blessée qui se recroqueville et se protège…

Quelque chose au-dessus des têtes ; comme un bruit sourd – la cacophonie du monde…

Et les forces du feu qui s’impatientent – à l’intérieur…

Et, un jour, la joue qui s’approche des paumes cruelles…

Si insensible(s) à tous ces mort enterrés sous la pierre et à ces grandes ailes qui battent la campagne au-dessus des vivants et des cimetières…

Saurons-nous, un jour, appartenir à une communauté plus large que celle que nous avons choisie ; capable(s) de nous extraire de tous les pièges et de percer le fond des malheurs et de la matière pour rejoindre le ciel – la joie – la liberté…

 

 

Dans la compagnie marginale des astres…

Jongleurs de pierres et de destins…

Sur le fil – la sente des saltimbanques…

Seul – au milieu des arbres – sans autre spectateur que le ciel présent dans l’assemblée (invisible)…

Et nos yeux – tous les yeux – qui, peu à peu, apprennent à s’ouvrir…

 

*

 

Ce que nous endurons – la pesanteur…

Face contre terre – le poids du monde sur les épaules – l’âme courbée sur le sol – le sang versé et absorbé – la chair mastiquée – l’air vicié par nos gestes comme une chape de plomb – toutes les expériences transformées en souvenirs – et les idées métamorphosées en rêves…

De la matière et de l’invisible qui alourdissent nos vies – nos pas ; qui entravent la possibilité même de la lumière…

 

 

L’infini – moins au large qu’en soi…

Dans l’air – autour de la peur ; et le même ciel dans l’espace…

La mort enracinée – comme le songe – le cri et les tremblements…

Et ces lignes qui surgissent du mystère – comme si nous appartenions, à la fois, à l’origine et à la terre…

 

 

Au fond du gouffre – ce que nous y avons mis – l’idée du néant – des murs – de l’angoisse – et les clés du labyrinthe…

Des fleurs – des notes ; un peu de beauté et de sauvagerie au milieu du gris – de la laideur – de la normalité…

Le chant d’un oiseau posé sur un arbre – un peu à l’écart – discret – une manière de prolonger le silence et la joie ; l’autre extrémité de la douleur – l’autre versant de l’absence ; ce qui mène à la solitude – et, parfois, à la vérité…

Soi – comme décrit à l’envers – (très) aveuglément…

Et le reste à mettre à nu – à mettre au jour – à mettre à mort – sans hiérarchisation…

Et tous ces instants – toutes ces heures – tous ces jours – si peu vécus – décomptés, sans doute, du temps véritable…

Vivant – à peine – sur la pierre – sur la page – sur la pointe des pieds ; et, déjà, le vent qui nous emporte ailleurs…

 

 

Des astres plein les yeux – à peine visibles…

Cette veille de la faim au fond du ventre ; la préparation patiente du festin…

La saveur du vent – bouche ouverte sur le vide – l’air devant soi…

Loin des Autres – sans gibier – sans assaillant – sans témoin…

La peau contre l’écorce de ceux qui résistent sans violence…

 

 

L’odeur (imperceptible) de la mort qui entre en nous – qui pénètre l’attente – bien avant les premiers signes de l’agonie…

Comme un chien à l’affût qui se lèche les babines et qui s’avance en voyant la blessure s’aggraver – l’affaiblissement (progressif) de la chair et de l’âme – les dernières forces nous quitter…

 

 

Un autre âge – en nous – fixe – immobile – éternel…

Ni temps – ni état – quelque chose comme un lieu – le cœur de l’espace peut-être ; un axe qui voit défiler les heures – les jours et les visages – les vies – les vivants et les morts…

Comme une aire prophétique – une présence – un regard – qui s’obstine à rester silencieux – en retrait – témoin de tous les mouvements – de tous les drames – de toutes les joies – de toutes les disparitions ; quelque chose qui contemple le petit jeu des formes qui passent…

Dieu que l’on peut implorer sans que rien se passe – auquel on peut tout faire endurer – et qui ne sortira jamais de son silence – de sa tendre neutralité – de son acquiescement à toute épreuve…

 

*

 

Le lieu de la langue – le même que celui de la respiration – un périmètre dans l’espace – très proche de l’origine…

Et le front – et les mains – qui ont, peu à peu, appris à pétrir la chair et les mots – tous les préparatifs nécessaires à la célébration de l’invisible…

 

 

Un trait furtif – un geste – une image – une parole dessinée…

Le jour solitaire qui donne aux yeux leur lumière…

Le secret qui s’expose – la vacuité qui s’offre…

Tout ce que la vie nous propose…

 

 

L’aurore nue – l’ineffable qui nous hante ; qui nous condamne à chercher – à retrouver la joie du premier souffle – de l’espace lorsqu’il n’était qu’un point dense et noir – enserrant dans ses profondeurs toute la lumière à venir…

 

 

Pas à pas – dans le hurlement du vent qui nous effraie – qui nous invite – qui nous excite…

La lente reconstitution des forces patiemment dispersées…

La folie et l’obscurité du monde et des vivants – en terre conquise – que l’on apprend, peu à peu, à dissoudre – à transformer en confusion lucide – signe (s’il en est) d’une perte identitaire et d’un surcroît de compréhension…

Et, soudain, le ruissellement de la joie à la place du sang…

Quelque chose d’entrevu – de brûlant – d’apparence définitive – et pourtant… ; le recommencement du monde et du temps – des naissances – des chemins – des tempêtes et des prières ; la même histoire qui – indéfiniment – se répète – comme si nous n’étions jamais nés…

 

 

Ligne ininterrompue entre le désir et la mort ; sans cesse renaissant…

Nageant au-delà des eaux…

Possédant au-delà du bien…

Le cœur comme une grotte excavée au fond de la chair…

Et l’invisible qui se mélange au sang…

Les chants entremêlés du ciel et des choses…

De rive en rive – et ce regard comme une brûlure sur la peau – la morsure des Dieux – l’empreinte de la lumière sur les vivants…

 

 

Les membres et la bouche entravés – pour ne rien dire – ne pas s’échapper ; et se laisser, peu à peu, gagner par la lassitude et l’abandon…

Au seuil des rêves – l’aveuglement…

Le voyage au bout des pas…

Et le bruit de nos chaînes ; et celui que nous faisons en résistant…

La parole enfouie au cœur du silence ; peut-être – sans doute – notre dernière charité…

 

 

Les heures domestiques – le regard engourdi…

Les habitudes comme des plis dans lesquels l’âme se glisse avec aisance…

Les jours-coffres-forts où rien ne peut entrer – où rien ne peut sortir…

Des existences-mirages – cadenassées – comme un désert au milieu du monde – au milieu des Autres…

 

 

Un ciel bas…

Une terre stérile…

La sensibilité aride…

L’âme comme un puits à sec…

Et la solitude et le silence – pas même adorés – pas même célébrés – vécus comme un embarras – une privation – un bannissement…

 

 

Le cœur – la main – la roulotte et le pas – fidèles à l’essentiel – aux arbres – aux chemins – aux circonstances – aux bêtes sauvages et fraternelles…

De lieu en lieu – dans l’espace – de jour en jour – dans le temps – geste après geste – au fil du voyage – comme s’il s’agissait d’un jeu ; une incroyable partie de cache-cache entre nous et les Autres – entre l’âme et le silence…

Et la beauté – et le mystère – dont on pourrait témoigner – et que nos gestes pourraient refléter – comme une manière de partager – une promesse d’embellie – peut-être…

 

*

 

Le corps absent – comme englué – au fond d’un gouffre…

La psyché opaque et obscurcie – aveugle et sourde – infirme – incapable d’attention…

Des larmes et de la sueur – tout ce qui ruisselle (seulement)…

Tentatives et peine perdue – bien sûr…

L’angoisse qui se dresse – comme un fauve affamé – et qui se jette sur toutes les (pauvres) âmes du monde…

 

 

Devant nos yeux – le récit dilaté – presque à la manière d’un mensonge – qui s’invente des méandres – des détours – des raccourcis – comme si la douleur était trop forte et l’existence trop fade – pour se hisser sans effort jusqu’à la beauté – pour se sentir digne d’assister à la naissance du jour – sans artifice – sans témoin – sans histoire à raconter…

L’esprit et les yeux vierges – face aux premiers feux qui éclairent la terre – l’esprit – le monde…

 

 

La figure vive de l’oubli – ses chuchotements à l’oreille – ses profondeurs – ses craquelures et ses étranges volte-face…

Comme une faille – dans la roche friable ; un relief torturé – des plis – des crêtes – des contours – et mille passerelles au-dessus du vide…

Et tout – bien sûr – qui glisse – irrémédiablement – vers cet appel – en contrebas…

 

 

La joie solitaire de tous les points réunis – éparpillés…

La course obsédante vers le centre unique (et commun)…

Rien qui n’excède la longueur du pas – la distance entre les périphéries et ce regard sans tremblement…

Le mystère – comme un archipel peut-être ; une oasis au milieu du désert ; un peu d’eau (et de sel) dans l’océan…

 

 

De la neige autour des yeux…

Au fond du regard – la même couleur – plus profonde peut-être – et comme ravivée par la lumière ; l’incomparable intensité de l’âme…

 

 

Assis sur cette pierre – comme un messager solitaire – en attente d’instructions – attentif au ciel – au moindre signe…

Au cœur de l’oubli qui finit (bien sûr) par tout emporter…

 

 

Toutes les douleurs – toutes les couleurs – chamboulées – à l’intérieur…

La possibilité du soleil sur la souffrance – un peu de lumière sur tous les nœuds nés à force de questionnements et d’attente…

Puis, un jour, retentit – sans crier gare – le chant du temps aboli ; et, soudain, perceptible – derrière les cadrans – les aiguilles – les mouvements – l’éternité qui patientait depuis le premier instant ; le prolongement de notre veille interminable…

 

 

Au détriment du jour – le langage…

De trop longue date – un instrument – un obstacle…

Le prix de l’échange – une forme de contrebande…

Dans le filet des Autres – des ombres…

La main prise dans le sac…

Le commerce des foules et leurs arrière-pensées…

Les prières – les incantations – les offrandes aux Dieux – à la pluie – à la terre – au soleil…

La vie animée des créatures et des choses…

Ce que l’on expérimente – ce que l’on dérange – ce que l’on détruit – ce que l’on répare – ce que l’on remplace – partout où l’on ensemence – partout où l’on se remplit la panse – partout où l’on apaise la soif et la faim – partout où l’on répand le sang et la terreur ; là où l’on vit – sans savoir – sans pouvoir – faire autrement – sans autre possibilité – sans doute…

 

*

 

Le vent – des éclats de jour sur le visage…

Et dans l’âme – la nuit tombante…

L’authentique équivoque de la matière ; et le jeu malicieux (et sans concession) de l’invisible…

Nous autres – terrain de tous les dilemmes et de tous les combats…

 

 

Dans la voix – ce qui est vu – découvert – expérimenté ; le goût du monde – le goût des choses – l’intimité de l’âme et de la chambre ; les gestes guidés par le besoin de justesse et de vérité…

 

 

Une déambulation sur la pierre – la page…

Le sol – les circonstances – l’être – tels qu’ils se présentent…

Le ciel face aux yeux qui regardent au-dedans et au-dehors…

L’esprit et la parole qui retrouvent leur envergure naturelle…

Le vide qui se cherche…

Le silence et le feu nécessaire…

L’existence sans artifice…

L’infini et l’éternité ; notre présence assouvie – et apaisée – dans tous les espaces…

 

 

A la pointe de la pierre – l’aube qui s’approche – la couleur du monde et la texture de la peur ; comme une flèche dessinée avec du sang – de la périphérie vers le centre – de la cible vers l’archer ; ainsi, sans doute, remonte-t-on vers l’enfance – le premier sourire – la matrice originelle…

 

 

Le crissement du feutre qui se hâte…

Ce qui nous hante – peu à peu – déversé…

Au bord du jour – des tremblements…

Le monde – ce qui emplit les corps – les cœurs – les crânes ; et la page – le lieu où se répandent toutes les joies – toutes les douleurs – toutes les substances ; l’espace de tous les renversements…

 

 

La parole – comme le reste – obsolète…

Ce dont on s’est lentement défait…

A présent – le silence – une présence et quelques gestes habités…

L’existence ordonnée par l’essentiel et les circonstances…

Le jour – sans appartenance – extraordinairement quotidien…

 

 

Des heures parsemées d’épines et d’étoiles…

Des syllabes – quelques mots susurrés…

Et cet étonnement perpétuel face au miracle – au merveilleux – à la beauté…

Les hommes – les Autres – délaissés – de plus en plus inexistants – comme effacés de toutes les perspectives…

Sur la pierre – immobile – dos au monde ; le visage paisible et silencieux…

 

 

Le souffle éteint – étriqué – comme dépecé par le verbe – les possibilités du récit – qui apprend, peu à peu, à s’affranchir du temps…

De moins en moins lourd – l’air qui entre – l’air qui sort…

L’inertie du mouvement ; Dieu se rapprochant du rêve – peut-être – à moins que nous ayons d’autres terres à découvrir – à explorer – à labourer…

 

 

Cette route – comme toutes les autres – porteuse de toutes les possibilités…

A pieds joints sur le sommeil et l’effroi ; comme une manière de retourner la terre et le temps – de transformer en liste vide tous les inventaires…

De l’ombre jusqu’à la folie – à travers la vie et la mort ; le retour inespéré vers l’origine…

La matrice des mondes où le poème est un angle – un (infime) recoin – une (minuscule) fenêtre – une issue qui nous exempterait des longues (et laborieuses) constructions de mots – de gestes – de briques ; une manière d’échapper au labyrinthe en demeurant entre les murs…

 

*

 

Le plus lointain – réconcilié avec l’innocence…

De l’eau – de l’encre – et le voyage qui commence…

Sur la page – l’embarcation…

Sur les flots – la table sommairement équipée…

Et les courants qui nous emportent – au fil des saisons – sous le regard indifférent des étoiles…

La longue traversée de l’âme…

 

 

La nuit – habituelle – sans mystère – qui pèse de tout son poids…

Un air de défi dans la chambre ; la lutte contre l’obscurité…

La distance qui nous sépare des premières lueurs – la périphérie de la lumière…

Les murs – comme un enclos – une geôle consacrée à l’attente…

Une certaine forme de solitude éclairée (si l’on peut dire) de l’intérieur…

 

 

L’espace libre – dégagé des encombrements anciens – patiemment – méticuleusement – débarrassé…

La terre brûlée – les intrus pourchassés…

Et à peine le temps de tourner la tête que tout, de nouveau, s’emplit ; un bric-à-brac d’objets – d’images – d’idées…

Le passage – tous les passages – (très) rapidement obstrués…

Et après mille tentatives – mille essais infructueux – vient le jour où l’apparence des lieux nous indiffère ; on laisse alors l’espace s’encombrer et se désencombrer de manière naturelle – au fil des circonstances – au fil des choses qui vont et viennent – qui apparaissent et disparaissent ; l’esprit tel qu’il est ; et les états de la matière tels qu’ils sont…

Libre (libéré) de l’espace – vide et au contenu vide ; comme ce qui est – comme ce qui peuple le monde ; et comme ce qui les contemple (en dépit de ce que peuvent constater les yeux)…

 

 

La terreur – les immondices – en colonnes – qui soutiennent la voûte sous laquelle nous nous tenons – au milieu de la rouille et des excréments…

Recroquevillés dans un coin – en attendant Dieu sait quoi…

 

 

Sur la même pente que les plantes…

Sur le même axe que les arbres…

Entre le sol et la lumière – quelque chose du sang et de la prière…

Le jeu fugace de l’immaturité et du déploiement…

La chair étirée jusqu’à l’extrême – en attendant le renversement – la possibilité d’une conversion de l’espace au-dehors au-dedans en une seule étendue – l’immensité première…

 

 

Du pain et des mots – quotidiennement…

Le silence des pas sur le chemin qui s’est choisi…

Parfois – ce qui s’offre ; d’autres fois – ce qui s’impose ; l’absence de choix (dans tous les cas) ; disons ce qui se glisse et ce qui se propose…

 

 

Le monde désabusé qui se prépare au sommeil…

Entre le chemin et la cage ; des cris – innombrables – terribles – incessants – que nul n’entend – trop occupé par sa propre douleur – l’écho de sa propre plainte – les difficultés de sa propre détention…

La porte ouverte – du soleil – que nul ne voit – trop obsédé par ses propres pas…

Dieu – le silence – la joie et la mort – pas vécus ; un espace à peine – envisagé parfois comme une issue – d’autres fois comme un intervalle – une porte lointaine qui pourrait (éventuellement) s’ouvrir sur un autre monde…

 

*

 

L’esprit encombré par son propre espace…

Les lieux communs – les allées et venues – les passages incessants…

La mémoire et la nouveauté que l’on s’échine (quotidiennement) à renouveler…

Rien en dehors de lui-même ; rien qui ne puisse être enlevé – rien qui ne puisse être franchi…

Le sans limite et ses combinaisons infinies…

 

 

Le souffle et la langue – dans le jour – sur la terre douloureuse et névralgique ; pas juste de quoi vivre et se nourrir ; tous les élans et la poésie – nés de cela aussi…

 

 

Nous – comme seul avenir – seul vestige – seul présent – à moins que nous n'existions aussi peu que le temps…

Un peu d’air – un peu d’eau – du feu – quelques éléments – un sommaire agrégat de matière(s) – que le vent trimballe ici et là – d’un lieu à l’autre – au cœur de la même nuit…

 

 

La parole recroquevillée – comme si elle devinait la parfaite impuissance du langage sur le cœur – sur l’esprit – sur la transformation de l’âme…

Le vide et le geste engagé – seulement ; essentiel – déterminant…

L’oreille attentive – le silence infaillible…

L’œil distant et contemplatif…

Et l’ardeur de ce qui brûle – à l’intérieur…

Le corps comme un temple – un lieu nécessaire à l’incarnation du ciel – du silence – du sacré…

La poésie comme instrument de précision ; de simples traits – de simples sons – des signes informes et inutiles pour la plupart – et pour d’autres (quelques-uns) – un précieux viatique pour la traversée du monde – ce long voyage vers l’aube…

Et l’âme – sans amarre – comme la seule embarcation – parmi mille – dix-mille autres – jetées ensemble dans les flots – chahutées par les vagues – au cœur de l’océan – toutes emportées vers le grand large…

 

 

Le silence sans langage…

La parole chantante…

Entre le soleil et le sang – la lame du sabre qui fend l’air – dans la tourmente…

L’enfance mal éduquée – mal endormie…

Des reliquats d’histoires – d’étoiles – de vacillement…

L’abîme des Dieux – où se logent les peines et le temps…

Le désert annoncé par toutes les solitudes…

Le vent qui ouvre les portes (presque) au hasard…

On est là – on pourrait être ailleurs ; le visage, peu à peu, défait par l’intensité croissante de la brûlure – à mesure que l’on s’approche de la lumière…

Mille siècles d’identités diverses et de tentatives ; et, soudain, le salut – à portée de main – qui, brusquement, s’éclipse…

 

 

Des barreaux finement taillés par l’esprit – par nos yeux – avec la complicité de l’invisible…

De désir en désolation…

La chambre des morts et des conceptions…

Nul autre lieu que le vide – sur les pierres…

L’éloquence – et la parole – presque toujours désastreuses…

Le poids du soleil – et des malheurs – sur la terre ; et en contrebas – le silence et l’éternité…

 

 

Assis là – sans rien faire – pris (seulement) dans les mailles du temps…

Parmi d’Autres qui ne nous ressemblent guère – comme plongé(s) dans un rêve dont nous ne serons jamais le(s) héros…

A la veille – peut-être – des noces avec l’innocence ou le Diable – à moins que nous ne soyons déjà dans la main d’un plus grand que tout

 

*

 

La pluie – entre les gouttes – l’espace – l’invisible – les interstices – ce que nous habitons – en (grande) partie…

Aucune pensée profonde ; le mythe qui se construit par strates ; et la parole migrante et volatile…

Les mains pleines de terre et de pertes…

L’âme – autrefois orageuse – aujourd’hui désertée…

 

 

Sous le masque – un peu plus loin que la mort – derrière le simulacre (juste derrière) – l’oiseau et le soleil – aux deux extrémités du ciel…

 

 

Les mondes bousculés – frappés par la foudre – le rire – la nuit…

Et des mains – par grappes – qui désespérément s’agrippent ; et les cœurs traversés par la tristesse et le temps…

Le corps – pas davantage qu’un ventre – tout juste bon à être rempli ; et ce qu’il en sort – des têtes et des étrons…

Et nous – pauvre(s) diable(s) – un peu à l’écart – sur le chemin qui mène aux confins du vide et de la lumière ; certes sans descendance mais, comme tous les Autres, pas le moins du monde affranchi(s) de la matière…

 

 

Les lèvres mobiles et silencieuses – psalmodiant pour elles-mêmes quelques prières…

L’outil des solitudes – un sens donné au ciel et aux routes terrestres…

Et les pages que l’on noircit de mots (plus ou moins intelligents – plus ou moins intelligibles)…

Des liasses de douleurs – de désirs – d’intentions ; le lot habituel d’excès et de volonté ; ce qui ronge l’âme et la chair…

Et le ciel et la table qui (nous) attendent – sans échéance – sans impatience…

 

 

Au cœur du nombre – le commun et l’unité…

Le défi de Dieu et le défi de l’homme…

L’esprit promis à son éparpillement et à ses retrouvailles…

La terre tremblante et dérisoire…

Le ciel et le vent…

Et le geste innocent à redécouvrir…

 

 

La pierre et le sang – mélangés au souffle et à l’effroi – ce qui, sans doute, constitue la substance essentielle des vivants…

Des cris aux abords de tous les cercles…

Les âmes au seuil du dialogue – entre la confrontation et le silence – pas encore pleinement indifférentes aux circonstances et à la mort…

 

 

Le cœur naufragé qui cherche une île – un lieu – une terre d’accueil – un espace propice à sa convalescence et à son redressement – une manière plus verticale de dériver…

Pas un itinéraire ; une errance jusqu’à Dieu – pas même une errance – une immobilité ouverte – une ouverture progressive – dans laquelle Dieu pourrait se glisser…

Une simple étape dans cet interminable voyage aux allures de respiration…

 

 

La parole biaisée par la posture sponsale du monde…

L’éloignement des rives que réclame la poésie – la nécessité de l’exil et de la solitude ; ce qu’offrent à l’âme (et à l’esprit) la distance et la dépossession…

L’idée du monde reléguée aux oubliettes au profit de ce qui se manifeste – très provisoirement – en et devant soi – cet amalgame entre ce qui a lieu et la façon dont cela nous affecte…

 

*

 

Avant d’apparaître et de disparaître – les conditions requises – des signes – des faits – tous les préparatifs invisibles…

Puis, soudain, ce que l’on voit de ce qui a lieu – le plus tangible (enfin) perçu…

Le simple déroulement – bien sûr – de ce qui a commencé très antérieurement…

 

 

Quelques failles – parfois – dans la simplicité – l’émerveillement face à la lumière…

Le vide et notre nudité…

Des résistances – en quelque sorte – à l’expérience de la perfection…

L’entremêlement des contraires (à son comble)…

Ce qui se mélange – de mille manières – sans rien exclure – sans le moindre intrus – la moindre anomalie…

Le naturel – par lambeaux – qui advient et gouverne…

 

 

Ni place – ni nom ; la flexibilité de la matière et de l’esprit…

Des accélérations et des ralentissements – dans le vide…

Des trajectoires droites – courbes – tourbillonnantes ; qu’importe la longueur – le sens et la direction…

Du souffle donné à toutes les figures ; et tous les élans autorisés…

Aucune prédominance du bleu ; la vie autant que la mort – parfois moins – parfois davantage – la danse des polarités – main dans la main – au corps à corps – parfois fulgurance – parfois hurlement – parfois néant – parfois pure poésie…

Le feu calligraphiant ses flammes – son encre – sa cendre – sur l’immensité ouverte et vivante – tantôt habitée – tantôt dépeuplée ; et nous autres – et nous tous – oscillant (sans cesse) dans notre manière d’être là…

 

 

Le temps – la parole – comme une lumière sur nos pas – sur nos pages…

Aussi incisifs qu’un geste…

La mort et la vérité – jamais trahies…

Au plus près de l’affût et de la respiration des bêtes sauvages…

L’attention juste…

L’inquiétude appropriée – exempte des excès de la crainte et de l’individualité…

La vie – comme l’eau des rivières qui, peu à peu, polit la roche…

Sentir en soi – sur soi – le labeur – la transformation des états – l’âme qui s’affine et s’aguerrit ; le franchissement (progressif) des obstacles et des seuils…

 

 

Notre main dans celle de tous ceux qui ne sont plus…

Et – chaque jour – la chaîne qui se délite – la chaîne qui s’agrandit…

 

 

Notre regard face au mur ; aussi aveugle l’un que l’autre…

 

 

Au milieu des pierres – des ombres – des bêtes ; d’autres usages – les apprentissages nécessaires à la vie des interstices – aux marges du monde des hommes – là où l’espace et le voyage obéissent à d’autres règles – à d’autres lois ; là où règnent l’invisible et la justesse ; l’essentiel et la nécessité – sans faute – sans surplus – sans péché – sans fantaisie…

Le pas et l’instant vécus de manière brute et authentique…

La terre comme elle est – sans paresse – sans corruption – sans pouvoir sauver quiconque ; et cette fraternité secrète perceptible au fond des yeux – au fond des cœurs – dans tous les gestes involontaires…

Au milieu de la forêt – nos derniers secrets livrés à ceux qui nous regardent – à ceux qui nous épient ; seul et à sa place – au sein de cette communauté qui n’est qu’un grand corps vivant – aussi vigoureux que possible pour durer encore un peu malgré la rudesse – les limites et les hostilités – de cette existence terrestre sous le joug, de plus en plus tyrannique, des hommes…

La vie sauvage, sans doute, condamnée à disparaître – et qui subsistera, peut-être, au fond de l’âme de quelques-uns ; la part la plus rebelle – la plus indomptable – qui trône aux côtés de l’enfance éternelle…

 

*

 

Uniforme et singulière – la lumière – sur la trame du monde – éclairant la nudité du ciel et des créatures – la fragilité des existences – la simplicité de notre voix – notre parole sans rituel…

Rien de la rupture d’autrefois – cette impérieuse nécessité de la séparation ; le besoin de se différencier des autres hommes…

Ici – à présent – l’air d’un seul souffle – l’espace d’un seul tenant ; rien qui n’éloigne – ce qui, au contraire, maintient les yeux et le cœur ouverts sur l’intimité…

 

 

L’horizon – le seuil perceptible du monde – comme si nous pouvions deviner la vie des Autres – l’existence des hommes – enfermés sur eux-mêmes – et entrouvrir cette lourde porte qui s’est, peu à peu, refermée sur leur nuit impénétrable…

 

 

Le sommeil ; et les battements du cœur…

Le vide ; l’intensité de l’âme – au chevet du monde…

Partout – des fils et des éboulis – des offenses et des atermoiements ; rien de précis – rien de mesurable ; un passif lourd et chargé de symboles…

Et des pelletées d’angoisse en surplomb…

L’homme et l’inquiétude…

La crainte du réel – la malice (un peu perverse) des illusions ; quelque chose comme une cécité opiniâtre – notre pauvre cognition…

Des lacunes et de la violence…

Tous les visages de l’incomplétude – en somme…

 

 

Le plus lointain – en une seule enjambée…

A l’angle – l’attente du vertige…

La douleur exagérée – vite oubliée – face à l’horizon ouvert – à l’élargissement du regard et de la perspective…

L’autre monde – à moins d’un pas…

 

 

Entre nos mains – quelques prises…

Nous – à force de marcher – devenu(s) chemin ; à force de prières – le ciel légèrement apprivoisé…

Quelque chose entre l’étreinte et l’oubli…

Le monde et notre tête – de plus en plus indistincts…

 

 

De l’incertitude plein la vie – plein les mains – plein la bouche…

L’aventure poétique et le chemin nourricier…

D’un côté – la mort ; et de l’autre – le silence…

Et les pas qui s’inventent ; et les identités qui s’effacent…

Quelque part – peut-être – dans un coin de l’univers…

 

 

Toute la solitude du monde – invitée à notre table – feuille et main complices – l’âme présente et discrète – veillant au bon déroulement des noces – à l’achèvement (laborieux) de l’œuvre agrégée…

Autant une approche qu’une invitation…

 

 

Ce qui coule dans nos larmes – toute la misère du monde…

Les âmes suppliciées – exclues de tous les processus terrestres…

Ce qui cogne entre nos tempes – au fond de la poitrine – à toutes les portes cadenassées ; la vie qui chante ; la vie nue et dépossédée ; et ce qui lui répond trop souvent ; les reflets du miroir – le cœur reclus – le ventre affamé…

Rien ni du silence – ni de l’intimité…

Notre lent pourrissement sous le ciel – parmi les Autres ; la terre qui retrouve la terre ; les seuls barreaux de l’âme – cette prison de glaise…

 

*

 

L’éblouissement – la face ensoleillée…

Genou à terre – l’écriture comme un feu – un redressement de l’âme – presque une fierté – la rectitude du cœur au-dessus des divergences passées…

Les mains en cordage sur lequel grimpent – en nous – les plus malhabiles et les plus récalcitrants…

Et en un seul souffle – nous nous hissons – ensemble – comme un seul homme…

 

 

Des pages – des pas – quotidiens – sans visée – aussi naturels que possible…

Sur le chemin – de la violence et toute la lucidité dont nous sommes capable(s)…

L’encre – le sol – le ciel – la sueur ; ce qui nous constitue – (assez) précisément…

La marche – la parole – sans effort – un mot – un pied – après l’autre…

Ainsi vivons-nous ; ainsi pouvons-nous exister – au milieu de nulle part – au milieu de personne…

Seul le bruissement du feutre et des sandales sur la sente…

 

 

Quelque chose dans la voix – comme une fêlure – la même que celle sur la peau – la même que celle sur les os…

L’âme que l’on déchire – et que le monde, peu à peu, réduit au silence…

 

 

Sous les paupières – ce rêve récurrent ; le désir d’une nuit compréhensible et merveilleuse – comme de la boue transfigurée – du plomb que l’on transformerait en or – de l’ombre que l’on transformerait en lumière…

L’approfondissement du songe ; et sa (probable) métamorphose en cauchemar…

Les yeux fermés qui – peut-être – ne se rouvriront plus…

 

 

Le silence déchaussé – plus respectueux encore – qui refuse le verbiage et les complexités capricieuses du langage…

Le seul recours – sans doute – pour accroître l’attention – restituer sa place à la présence…

Dieu – en l’homme – sans image – sans intermédiaire…

 

 

Au chevet du monde…

La bête et son cri – comme une flèche qui traverse la bêtise et la folie ; l’inutilité du sacrifice…

Toutes ces têtes gouvernées par le troupeau…

Tous ces mondes – tantôt parallèles – tantôt superposés – selon la perspective et l’étendue du regard…

L’unité multipliée de diverses façons…

 

 

En nous – le peuple et les forces de survie…

L’inconnaissance et les lieux inconnus du corps…

La part de la pesanteur dans le poids du mystère ; à peu près rien – sans doute ; simple contingence – au même titre que le langage – simple manière – à la fois – d’appréhender le réel et de s’éloigner de la vérité…

Le cœur comme logé à la mauvaise enseigne…

 

 

Enterrés – comme les ténèbres et les entrailles…

Le jour et la nuit du monde ; les nécessités de l’écriture…

L’enfance et le paradis – délivrés du doute – de la sottise et de la (supposée) connaissance…

A chaque fois – en chaque lettre – ce qui commence…

 

 

Nuit-phare – éclairante (à certains égards)…

Part d’ombre lumineuse – (en partie) enterrée – visible depuis l’intérieur – lorsque la lucidité commence à tenir lieu de boussole…

 

 

Le mot – si proche de la bouche…

La bouche – si proche de l’âme…

Le cœur et le monde – parfaitement alignés…

La terre et Dieu – si singulièrement familiers ; les seuls indicateurs de notre présence…

Quelques signes ; le cœur battant de la vie ; et ce que l’on abandonne sans regret…

 

 

Le jeu des forces…

Le langage commun et simultané de l’immanence et de la transcendance…

La poésie sans le poids des mots et des intentions – comme une ivresse – un vertige – de la parole…

Une manière de disparaître derrière le réel – et la vérité – peut-être…

 

 

Le temps – notre passé mortel…

Ces incessantes allées et venues…

Ce que nous étions aux âges préhistoriques…

La terre – le sang et les semences ; tous les impératifs organiques…

Aussi entouré(s) que possible…

 

 

Les ailes rétractées – et dissimulées – comme une tenue étrange – inappropriée à la vie terrestre – à la vie humaine ; une sorte d’extravagance (presque une coquetterie) au cœur de notre chair millénaire…

La marque lointaine des Dieux et du soleil – comme un peu de ciel gravé dans les profondeurs de la matière – aux premiers jours du monde – entre la surface et le sous-sol – là où a été installée la demeure de l’homme…

 

*

 

Le monde et le temps – blessés…

Et cette voix qui s’étrangle à épeler le nom de tous ceux qui vécurent ; de vie en vie – jusqu’à la dispersion – jusqu’à la disparition…

Des passages et des traversées – et le déroulement des histoires gouvernées par le cours des choses – de cause en peine perdue…

D’une seule pièce – cette nuit – comme une étoffe – une étendue – la même trame dans laquelle sont tissés les bêtes et les Dieux…

Un seul songe – et mille soubresauts – mille tentatives…

 

 

Vivant – à la manière d’une figure non tutélaire – non légendaire ; une insignifiance – une (minuscule) nécessité parmi les autres – un infime bourdonnement – l’un des innombrables échos de l’origine ; pas moins – ni davantage…

Immergé – avec le reste – dans la danse et l’aveuglement – beuglant et gesticulant au milieu des murs et des yeux fermés…

 

 

Le feu – la feuille – des lignes comme la rosée – les premières fraîcheurs des cimes – sur le versant le plus fleuri – le plus boisé – et, un peu plus haut, la roche dure et nue…

Et le pas transitoire qui explore les horizons de l’âme – du monde ; ce mélange opaque et mystérieux de matière – de peurs et de questionnements…

Au bord de la langue – le précipice…

Entre la parole et la chair – entre le ciel et ses promesses – cet écartèlement qui confine au vertige et à la chute…

Et cette nécessité (de plus en plus impérieuse) de donner corps à l’invisible ; l’ineffable – le Divin – ressentis – entrevus – un jour, en un lieu – en mille lieux – familiers – et qu’il faut (à présent) apprendre à apprivoiser…

 

 

Le jour annonciateur – la terre et le ciel majoritaire – ce qui anime (et constitue) toutes les formes d’étreinte – des plus spontanées aux plus solennelles – des plus élémentaires aux plus sophistiquées…

Nous – nous servant nous-même(s) – dans un sens – puis, dans un autre – avant d’embrasser – sans jugement – sans hiérarchie – toutes les nécessités…

 

 

Le chemin – comme toujours – la porte ouverte – l’interrogation délaissée au profit de l’attention…

Le regard – sans les yeux qui traînent en avant – en arrière – partout où il est possible de glaner les informations nécessaires à l’anticipation – cette manière inconséquente d’essayer d’apaiser nos peurs et notre angoisse de vivre – consubstantielles à notre ignorance et à notre aveuglement…

 

 

Sur le fil tendu – sur la crête des vents – entre les murs du monde et l’immensité…

Là où l’on doit être – sur le versant opposé à celui où (en général) traînent les hommes et les pas…

Juste derrière l’oubli ; la présence et la parole – à portée de geste…

 

 

Sur cette balançoire – immobile(s)…

Animé(s) par mille mouvements simultanés…

Entre deux rivages ; l’un, froid et l’autre, illuminé…

Au milieu des flots ; parmi les courants impétueux du monde des choses…

Avec, de temps à autre, quelques visages ; davantage croisement que rencontre – plutôt une forme d’apparition ; des têtes sorties de leur histoire et de leur contexte (considérées comme sans importance pourvu que l’on ait un auditoire)…

Notre solitude ; notre existence à tous – en somme…

 

*

 

La voix – en retrait – dissimulée – qui s’avance – qui exprime ce qu’elle taisait – ce qu’elle a toujours (plus ou moins) tu – ce qu’elle avait à dire…

Quelque chose – en nous – à présent – qui parle – qui se met à parler…

Ainsi commence (parfois) l’écriture – la découverte de l’abîme que nous portons et les premières navigations sur cet océan intérieur – inconnu – gigantesque – mystérieux…

Et dans les veines – cette encre – par giclées – qui se jette sur la page…

Une langue à vif ; et l’âme dolente qui s’épanche – qui se répand – profondément effusive…

Cette étrange triangulaire entre la plainte – la sensibilité et le silence…

L’espace sans figure qui nous réunit – qui nous réconforte – qui nous console de cette incroyable incompréhension à vivre – de ce refus, parfois si aigu, d’être là…

Une réponse – pourrait-on dire – née d’une autre bouche – d’une âme moins farouche – d’une étendue moins nocturne – peuplée d’oiseaux et d’intensité ; une terre de couleur où la voix désaltère la soif – apaise les brûlures – comme un feu qui lutterait contre des flammes hautes et invasives venues d’ailleurs – de l’extérieur peut-être – attisées par on ne sait qui…

 

 

Danser encore – à travers le jeu funeste des ruptures…

Des transes et des traces ; ce qu’il reste de ce dont on s’est séparé…

En nous – les os et la fange séchée…

La chambre et l’espace – de plus en plus vides…

La douleur qui apprend à se décomposer…

Moins de larmes ; et davantage de fleurs et de lumière ; l’espoir (presque) reconquis…

La sauvagerie immense du geste et du regard qu’il faut apprendre à apprivoiser…

L’immobilité qui remplace, peu à peu, notre errance – toutes nos (vaines) gesticulations…

 

 

Hors des sentiers cannibales…

Entre la bête et l’étoile…

Encore de ce monde – en un sens…

Le poème – ni comme récit – ni comme refuge ; une brûlure plutôt – un peu de lumière – une manière de faire naître le plus proche en soi ; de sentir, dans son âme, vivre le mystère…

Couché sur la page – puis, sur le sol – comme un tourbillon de poussière…

 

 

La quiétude – la lumière – ce dont nous prive(nt) le savoir – nos croyances ; à la place – la nuit et l’attente…

Un présent à réaliser – à bâtir sans la tête – les mains utiles aux offrandes et aux ablutions…

Et tous les gestes à accomplir de façon non somnambulique pour échapper à la mécanicité du monde – à notre rôle de fantôme servile et conditionné…

 

 

La vie fragile et exposée…

La chair à vif – la peau inerte et desséchée…

Et comme une force sous la carapace…

La lumière au-dedans du jour – pas encore perceptible…

Ni Dieu – ni sommeil ; l’intimité de l’âme et du monde…

 

 

Le temps – en nous – accumulé depuis le premier jour – et qui, soudain, se convertit en plaintes – en cris – en paroles – plus rarement en joie – comme si la vie terrestre cartographiait le sommeil – et le rêve à l’intérieur du sommeil – et la pointe du vivant à l’intérieur du rêve – comme si nous étions né(s) ailleurs – plus loin – plus haut (sans doute) – comme si nous étions destiné(s) à un autre monde…

 

*

 

Le réel – clandestin dans nos vies – gouvernées par le rêve – le désir – l’intention ; à la solde de l’imaginaire et de la volonté…

Le suintement et l’étincelle – dans l’immédiateté – le règne (toujours caduque) de l’instant appréhendé dans sa perpétuelle succession…

Les vivants plantés de chair et de souffle…

La nuit plantée de noir et d’étoiles…

L’obscurité (ontologique) de la terre…

Et le rougeoiement du vide face à nos vies immobiles – sans révolution – sans bouleversement – artificiellement colorées ; à la manière d’un campement confortable et sans surprise…

Parfois – des injures proférées et des menaces jetées à la face des Autres ; d’autres fois – des caresses reçues et prodiguées – par des esprits aveugles – des âmes et des mains sans expertise…

La peau qui frémit – pourtant ; et le cœur qui palpite – en dépit de l’absence – en dépit de la médiocrité…

L’acuité des sens – la matière (particulièrement) sensible…

Le vivre et la langue – scrupuleusement rehaussés – pour nous donner des airs (vaguement) humains…

 

 

Le jour – parfaitement lisse…

Les lèvres libres – l’âme affranchie des résidus magmatiques – de la matière (strictement) labyrinthique – hautement terrestre…

La saveur et la sensation…

La sensibilité et l’intuition…

Le monde hors de soi – autonome et oligarchique…

Et des murs – sur toute l’étendue…

Et en long et en large – notre parole faussement salvatrice…

Un triste spectacle – et (presque) aucune possibilité – pour les hommes à l’âme désuète et grise…

 

 

La désinvolture des gestes – un peu de légèreté – le présent des Dieux – l’offrande des vents…

Cette étrange manie – cette joyeuse manière – d’aller – sans savoir – là où la vie nous mène…

 

 

Parfois rampant – d’autres fois sautillant – comme l’homme et la bête – le monde visité…

Nous – les hôtes sans mémoire – aux séjours terrestres innombrables – comme nos ancêtres allant chercher de l’eau à la rivière – usant encore – comme eux – du feu et de la pierre – pour cuire nos aliments – nous réchauffer – construire nos habitations…

Le manque – l’incomplétude et la souffrance – toujours présents dans le sang…

Le corps et le cœur – aussi proches du sol qu’autrefois – comme si le ciel n’était qu’un décor – l’arrière-plan de nos vies misérables…

 

 

Au bord d’une fenêtre – les cheveux rasés – la terre défrichée – la douleur recluse au fond de la poitrine…

A genoux – appuyé contre le reste de l’univers…

Émerveillé – comme si nous étions face à l’immensité…

 

 

Seul – ici – alors que d’autres – ailleurs – vivent ensemble – en groupe – forment une communauté – une collectivité…

Et la même substance – pourtant – qui coule dans nos veines…

Les uns – la plupart – terrifiés par la solitude et les autres – quelques-uns – qui rêvent de liberté et d’émancipation – de terre et d’existence vierges – sans règle – sans la loi du nombre – fuyant les consensus et les conventions – se fiant à leur instinct et à leur intuition – s’abandonnant à la magie et au mystère du cours des choses – se laissant entraîner par les courants qui les emportent – réfractaires à toutes les formes de volonté et d’ambition…

 

*

 

Des murs de pierre – devant l’oubli…

Des remparts et des sentinelles – les gardiens de la mémoire…

Des points de tension et de relâchement…

L’esprit jouant avec lui-même – renâclant à se perdre – résistant à toute tentative de sédition…

A la fois reflets – miroir et lumière…

Ce qui se meut et demeure immobile…

 

 

La route reculée – aux frontières de l’air – derrière les derniers retranchements du monde – aux extrêmes périphéries de la terre – là où ne vivent que les âmes claires et perdues…

Ici et ailleurs – en vérité – comme des lambeaux de chair qui se détachent du sommeil…

Le sang – à profusion – qui gicle indistinctement sur le sol et les visages…

L’ancien monde – corrompu et dépravé ; et nous – apprenant, peu à peu, à nous en éloigner…

Tout – jusqu’aux plus atroces massacres – réalisé au nom de chimères…

Au-dedans de la trame – le vide et la matière – les tribulations des bêtes et des hommes – enfermés dans le périmètre du monde et du temps…

Rien d’autre ; quelques nœuds imperceptibles – sans importance…

La même vibration de l’air ; la terre et le ciel – sans volonté…

 

 

L’étreinte abrupte de la langue – inutile si souvent – si rarement capable d’intimité avec le monde des choses – la réalité des visages ; le vide comme seule substance – l’essence du manifesté…

L’essentiel – dans le regard et le geste ; notre manière d’habiter le corps et la terre – notre manière de jouer avec l’invisible et la matière…

La voix muette – comme étranglée ; et cette douleur lumineuse au fond du cœur ; et cette si singulière façon de faire face à la nuit et à l’hostilité des Autres…

Pas même un combat – pas même une idée – et moins encore une odyssée ou une idéologie – le plus quotidien et le plus nécessaire qui se réalisent en actes…

 

 

Des croix – des routes – des fardeaux à porter…

Des pentes à gravir et à dévaler – sans raison…

Le voyage – non comme éthique – non comme liberté ; l’obéissance au rythme et aux pas naturels…

Ivre(s) de soi – de chemin – de soleil…

Chaque traversée jusqu’au vertige…

La mort jouant – feignant le retrait ou la fatigue – qui se réjouit de tromper la chair trop crédule – de trahir la foule des croyants…

Comment ignorer qu’aucun drame – qu’aucun bain de sang – ne nous sera épargné…

Aucune certitude – aucun salut…

Le vivant – la proie du ciel – condamné aux rives basses – à la survie (à peine)…

Et les mots qui tentent de décrire l’incarcération – la course et la chasse – de circonscrire la propagation du feu et de la folie – d’offrir une distance – une issue, peut-être, au cœur même des murs et des Autres – au cœur même de cette détention terrestre…

 

 

La vie – sur le fil – entre chute et rupture – le pas mal assuré…

Ni retour – ni immobilité – possibles…

Ce qui est né pour cheminer – se mouvoir – avancer – animé par on ne sait quoi pour aller on ne sait où…

Entre l’inconnu et l’oubli – la foulée – ce qui échappe au temps et à la mémoire…

Debout – en apparence ; et agenouillé à l’intérieur…

La terre brûlée et le ciel défait…

Entre l’abîme et l’absence – notre vie (à tous)…

 

 

Les tremblements de l’âme face aux déchirures – à l’immensité…

L’éternité brève que l’on nous propose…

Le monde marchand qui nous vend toutes sortes de rêves et de périples – comme s’il nous était impossible de rester sur place – sans rien faire…

 

*

 

Le jour attenant à la pierre…

La lumière errante et souterraine…

Le bleu – sans stigmate – du ciel – à travers l’encre…

 

 

La mort – plus vive que les vivants – moins farouche – comme un trait – un souffle – le fer acéré d’une hache qui s’abat sans frémir…

Rien de cette parentèle humaine timide et timorée…

En filigrane – la vocation du voyage et les mésaventures du voyageur…

Nous – vivant(s) – comme des bêtes qui apprennent, peu à peu, à cohabiter sur un territoire déterminé…

L’intimité avec la nuit et l’insolite – peut-être ; privé(s) (trop souvent) de cette inclination à l’exploration et à la découverte qu’exigent l’âme et la compréhension du réel…

Le monde et le sommeil – dans leur alliance secrète – condamnant (presque) tous les hommes à rêver…

 

 

L’étrangeté de la parole sans écoute – comme livrée à elle-même – à sa pauvre litanie ; le discours récurrent comme le manque et la soif – la peur et la plainte – les doléances en boucle – comme un cri – la douleur organique de l’âme condamnée à la réclusion terrestre – très provisoire – fort heureusement…

Quelque chose – en soi – du départ et de la perte…

La chute inéluctable de l’homme…

Le resserrement du délire – ce qui nous garde de toute forme de confrontation avec le réel…

Une manière de renforcer la folie en souhaitant y échapper…

L’ombre à laquelle on s’abreuve au lieu de se désaltérer à la source…

 

 

Au-dessus du sol – des têtes – des océans – le continent des oiseaux – le royaume des hauteurs – les terres de l’invisible – les sphères figées du temps…

La matière et le néant – déstructurés…

L’indicible – au plus près du regard…

 

 

Au creux de la paume – un surplus de tendresse inutilisé…

L’attente suspendue – la réduction de la distance qui nous sépare du mystère…

Le monde sur son échelle horizontale – entre les deux infinis – les extrémités positive et négative inventées par la raison…

Et dans le ciel – le silence – les âmes et la poésie ; ce qui compte davantage (bien davantage) que nos bavardages et nos gesticulations…

 

 

Pieds nus sur la mort (l’idée de la mort) – la tête traînée sur le sol – dans la poussière – pendant quelques siècles barbares…

Le cœur et l’esprit piégés par les promesses du savoir…

Et l’invention inattendue d’une langue sans alphabet ; une manière poétique d’habiter – et de décrire – le monde – le silence et la joie – simultanément…

 

 

Seul – parmi les Autres – sur ces rives analphabètes où nul n’apprend à décrypter les signes et les gestes – où chacun se laisse gagner par la facilité – celle de la naissance et celle des circonstances – l’aptitude naturelle à verser le sang – à faire régner la violence ; notre assise sans repère sur le monde – cette odieuse mécanique vouée à la domination – à l’exploitation – à l’anéantissement…

 

*

 

La perception et le jugement – communs – étendus jusqu’au délire…

De chimère en chimère – comme un voyage aux airs de long séjour dans l’à-peu-près et la faillibilité…

Chaque chose et chaque visage ; des formes et des couleurs – changeantes et incertaines – anticipées et, sans cesse, refaçonnées par l’esprit…

En chaque tête – mille filtres – mille univers – mille découvertes – mille trouvailles (plus ou moins) singulières…

Et ce monde kaléidoscopique – projeté sur le mur blanc de la solitude…

Libre(s) et emmuré(s) – en quelque sorte – prisonnier(s) d’un cadre – d’un décor – de paramètres – qui ne seront jamais les nôtres…

 

 

Le rire face au vide – à la rigidité des postures – à la rectitude des lois – à l’inertie du monde terrestre…

De simples images – quelques sons – en guise de langage et de représentations…

Des traînées de lumière sur la fange – sur les immondices qui recouvrent le sol – comme de longues trouées imperceptibles – une possibilité de passage – au cœur de notre dérive et de notre éparpillement…

Avec la bêtise et la folie – l’une des rares choses qui nous réunissent – sûrement…

 

 

Le corps-hantise – le corps-sacrilège – comme si la matière était une erreur – une abomination – un péché – une invitation inutile au chaos et à la dépravation – une sorte d’obsession interdite et malvenue…

Le siège – pourtant – de l’âme – de toutes les transhumances – d’une métamorphose possible ; le ciel incarné – l’intelligence du bruit et du mouvement ; la manifestation vivante du silence et de l’immobilité ; l’infini sensible décomposé et organisé en infimes parcelles – en minuscules fragments…

 

 

Le jour – toujours – au détriment du rêve – comme une fenêtre ouverte – un peu d’infini inoculé dans la contraction – un peu de ciel nécessaire à notre survie – ce que l’on offre à la chair (une sorte de supplément d’âme) pour affronter le réel…

Une terre d’accueil – une île au milieu de l’océan – une prière au cœur de la bataille – au milieu des morts et du sang…

 

 

Sans lutte – sans but – présent seulement à la manière de la rosée – simple phénomène à l’apparition conditionnée – au déroulement et à la disparition programmés…

Comme le poème – la parole innocente – notre vie sur la pierre – la réalité sans artifice – la vérité sans travestissement – au-delà du rêve et de la fiction…

 

 

La lumière exposée – prémunie contre notre fertilité persistante – opacifiante – qui crée une épaisseur insensée – un surplus de matière et de langage sur tous les objets terrestres…

L’alphabet nocturne dont nous faisons (tous) usage…

L’état permanent du monde et des âmes voués à l’obéissance et à la soumission…

L’abolition (progressive) des conquêtes et des couronnements…

La promulgation de l’incertitude ; et le vent nécessaire à toutes les capitulations…

La fragilité (enfin reconnue) des continents sur lesquels nous vivons…

La transparence de toutes les architectures – la transformation de l’ignorance – la destination des pas…

Tous les lieux où nous nous trouvons – simultanément – en somme ; le règne de tous les possibles et de toutes les superpositions ; ce qu’il nous faudra encore apprendre à reconnaître…

 

*

 

Le cœur perdu – le corps d’un autre…

L’âme – sur la feuille – étendue…

Sans savoir si l’on respire encore…

Avec un goût de métal dans la bouche ; et le parfum de la mort dans les narines…

Le souffle de la grisaille au fond de la poitrine ; le monde suffoquant – en soi…

Les yeux – comme les doigts – tournés vers le soleil – à l’heure du zénith ; un peu d’espérance face à l’innommable – du fond de notre abîme…

La lumière tantôt comme un piège – tantôt comme une invitation à sauter dans l’inconnu ; l’une des rares choses, sans doute, qui nous soient autorisées…

 

 

En chemin – un genou au sol…

Le panier vide – notre seul bagage…

Et les Autres – trop souvent – entre le sommeil et l’insipidité…

Le grenier qui regorge de grains – le cumul de tout ce qui a été récolté…

Le séant immobile – la tête penchée sur tous ses rêves…

Les yeux fermés – bien sûr ; et toutes les formes de poésie écartées – jugées inutiles…

Les obstacles pulvérisés ou franchis – excepté celui qui réduit la vision – la perspective – l’expérience – comme renforcé par cette pitoyable démarche – cette prudence – cette tiédeur – ce filet qu’on tisse en dessous de soi et dans lequel on finit par se prendre les pieds…

Les forces invisibles – au-delà de la poussière et des tourbillons – délaissées…

La vie réduite et la confusion…

Et tout ce que l’on ignore – ce que l’on abandonne derrière soi ; le sang – les larmes – la somme des blessures infligées…

Nous – nous croyant libre(s) – libéré(s) – et divaguant, depuis le début (depuis toujours peut-être), dans le même ravin – dans cet étroit sillon creusé par tous les vivants de ce monde…

 

 

La figure et le nom – involontaires – si incertains – sous influence – sous le joug des circonstances – indéfiniment transformables…

Comme les vents qui circulent – sans point de départ – sans destination ; maillons provisoires d’un long processus …

L’apparence (changeante) du monde…

 

 

Sans cesse balayés – cette poussière – ces fragments – que nous sommes – que nous amassons – avec lesquels nous jouons à vivre…

L’existence comme une interminable partie aux règles mystérieuses…

Des cases griffonnées à la craie – sur le sable – sur la roche – pour nous persuader qu’il existe un sens et une direction – un chemin à suivre (ou à explorer) – au cœur du désordre – au cœur du chaos apparent…

 

 

De l’ombre à l’oubli – comme la preuve, bien sûr, d’une intelligence…

Des silhouettes et des masques d’argile – de la terre vaguement agglomérée…

Mille formes qui changent et s’échangent – le temps de quelques souffles – de quelques saisons…

Et – au-dedans – de la matière – de l’inconsistance ; et le vide qui, parfois, s’interroge…

Le silence qui découvre le bruit ; et l’œil, la multitude…

Le sujet – curieux de tous ses visages – de tous ses reflets – tantôt silencieux (acquiesçant) – tantôt se questionnant jusqu’à la torture…

La lumière et l’obscurité – entremêlées ; ici et ailleurs – partout où l’on va – partout où l’on se trouve…

 

*

 

Terre de crête – au-dessus de la perfidie…

La nudité en point de mire…

L’obscénité des vies (inertes – hideuses) qui font commerce ; du porte à porte – en quelque sorte – histoire de voir au cas par cas – le négoce incessant en tête à tête…

Et ce rire – en pleine nuit – au-dessus du monde – des bêtes et des hommes qui se querellent et font des affaires…

 

 

La continuité du temps – des choses – du monde…

Des vies ininterrompues – des existences entremêlées – des destins qui se croisent et se tissent…

Des fils et des nœuds sur lesquels on pose des étiquettes – des mots qui induisent des images et des symboles…

Des masques et des cachettes…

Des parures et des corps à corps…

De la matière qui s’anime…

Des choses et des substances qui se mélangent…

Le perceptible qui se sculpte – indéfiniment…

Partout – le labeur et les mains de l’invisible à l’œuvre…

L’ouvrage merveilleux et permanent…

 

 

Cet Autre – en soi – qui approche…

Nous-même(s) – mieux que quiconque – qui nous connaît et que nous ignorons (en général) ; l’enfant-infini – l’inconnu – le plus intime – le vent et la voix liés parfois par le rêve commun – parfois par le dessein divin…

L’effacement de toutes les figures ; le vide puis, l’engloutissement…

Une sorte d’île ou de nacelle pour l’âme et la poésie – offerte(s) aux formes les plus sensibles ; l’élan qui porte au voyage (véritable) ; toute la légèreté du monde…

 

 

La main mendiante – la chair dépliée – dans l’obscurité blanche de la lumière…

Le monde – comme un glacier – une nuit sans lune – le reflet de notre désir – une fenêtre derrière laquelle sont postés des yeux indifférents à la vie des Autres – à la vie de l’autre côté de la vitre…

Ce que nous empruntons ; tout – jusqu’à la barbarie – pour habiller notre nudité – cette ossature invisible sous le joug de la matière – soumise à toutes ses exigences – à ses capacités comme à ses limitations – avançant à tâtons au milieu des lois qui la régissent et des règles (de plus en plus nombreuses et complexes) qu’ont inventées les hommes…

 

 

De naissance en naissance – comme d’île en île – sur le même océan…

Ainsi s’affûte l’expérience ; et s’accomplit le voyage…

Une navigation à vue par temps clair et par temps de brume – au jour le jour…

Seul(s) – sous les étoiles – à explorer la terre – sans même le souci de l’embarcation et des embarcadères…

Toute la géographie que l’on porte en soi ; et que l’on découvre – peu à peu…

 

 

Des lignes – du vivre – de la douleur ; et cette âme – partout – qui cherche la joie…

(Presque) le même héritage pour chacun ; les coutumes – les habitudes – les instincts et les inventions…

Et cette foulée lourde et fragile…

Et cette inertie – puis, cette (inévitable) glissade vers la fin – vers la transformation…

Le monde – ce mystère – cette malédiction ; notre double – le reflet du miroir – de toute évidence…

 

*

 

Le jour – initié par l’aube…

Et nous autres – à cheval sur la mort – sur la nuit – condamnés à cette étrange traversée – à cette furieuse cavalcade vers ce lieu où, selon les Dieux, s’origine l’aventure – comme si à nous seuls nous pouvions désobstruer le passage et nous engager dans la lumière…

Et nos têtes – si tristes – si pleines de désespérance – si ignorantes encore du règne (et des lois) de l’invisible…

 

 

Le sommeil au fond du cachot ; ce qui ressemble, à certains égards, à une sentence – à une damnation…

Une peine (presque) intraduisible – et qui s’avère, pourtant, commune – la matière, peut-être, la plus partagée…

Ce que l’on accorde, avec un cœur malhonnête, à l’obscurité…

Et, au fond du rêve, cet espoir du réveil et de la clarté…

Le fond du gouffre transformé en cellule ; et notre ronronnement quotidien – permanent – monotone…

 

 

Le monde désert ; et ces terres trop peuplées…

Le temps entamé parfois par le geste (le mouvement) – parfois par l’esprit (l’immobilité)…

Des tempêtes sur ces rives parcourues par les vents et l’espoir des hommes qui, sous leur masque, respirent à peine – à moitié morts – enveloppés comme des momies – malgré la persistance (miraculeuse) d’un souffle minimal ; une sorte d’hibernation dans l’œil du monde – dans l’œil du cyclone – comme un lieu hors des bourrasques – où l’on peut sommeiller durant toute la traversée…

Une distorsion de la perception et du langage – dans un réel libre – affranchi – indifférent – inchangé…

 

 

Encore du rêve – comme la peau du monde – la chair des âmes muettes et impotentes ; ce que l’on bâtit au fond et au-dessus des têtes – une arche de vent dans l’air complice – (entièrement) partie prenante…

Notre sort parmi les ombres et les arbres ; et le temps (légèrement) déplacé…

Ce qui rôde – anonyme – dans les interstices de la terreur…

 

 

Des figures tourmentées – tournoyant avec les autres – avec des marques anciennes sur le corps – comme des tatouages de civilisations disparues ; des signes comme des fragments de langage inconnu…

Des pas perdus – un voyage peut-être – une traversée sans doute ; ce retour (inévitable) vers la terre qui nous a enfanté(s)…

 

 

Du haut du jour – le chant imperceptible – au-dessus des bagages et des sourires stockés en prévision des temps difficiles…

Des lignes de vie – quelques vestiges dans le sang de nos ancêtres qui coule encore dans nos veines…

Des mirages comme tous les autres – bien sûr…

Le mystère intact – impartagé – au milieu des artifices et des mensonges…

Nous – trébuchant – à tous les stades – à tous les étages – de la matrice jusqu’à la chute…

 

 

Notre destin – entre vacillement et claudication – comme une ivresse – un vertige permanent – avec cette foulée, si caractéristique, de somnambule…

Des pas plus qu’incertains – porteurs d’un doute viscéral – porteurs de tous les atermoiements du monde…

Sans compter, bien sûr, le relief (rude et tourmenté) de la terre et toutes les aspérités de l’âme et du sol…

 

*

 

De la séparation à la réparation – peut-être n’y a-t-il qu’un saut à faire – vers l’arrière ; une seule lettre – un seul être – à rejoindre – qui peut savoir…

Une sorte de détour – de détroit – qui ouvre sur un espace plus large où l’infini se mêle à l’air que l’on respire…

 

 

Les jeux noirs de la faim…

Des cages dans lesquelles ne peut entrer le hasard…

Des yeux avides et des yeux tristes – des deux côtés de l’aventure…

Des mains qui se tendent – tantôt pour attraper – tantôt pour réclamer une faveur – un sursis provisoire…

Et, un jour, tout finit par glisser sur la même pente ; du monde vers le ventre – puis, un peu plus tard, du ventre vers le monde – à seule fin de perpétuer le cycle – jour après jour – au fil des générations…

Et, partout, des autels pour célébrer cette danse folle des bouches et des corps qui avalent – se contorsionnent – grimacent – se frottent – enfantent et rejettent leurs trop-pleins et leurs déchets…

Tous les jeux noirs (et désespérants) de la faim…

 

 

La rupture jusqu’à la déchirure – jusqu’à l’écartèlement – jusqu’à l’arrachement des corps et des âmes qui s’étaient si maladroitement – si provisoirement – unis et emboîtés…

Et, à présent, chacun repart avec des bouts de l’autre sectionnés par la violence de la séparation – par l’élargissement de l’abîme devenu infranchissable…

Et l’on entend un peu partout des fragments de cœur qui battent – éparpillés ici et là – dans les corps amputés et sur le sol – sur la terre – qui a pris des allures de champ de bataille – de cimetière – de charnier ; la fosse commune dans laquelle nous finirons tous par être jetés…

 

 

La généalogie des possibles – du pire – dont nous sommes aujourd’hui l’extrémité…

A fouiller dans les vestiges originels depuis trop longtemps délaissés – oubliés – enfouis sous les couches cumulatives de la mémoire…

Une seule question – une seule issue – à présent – le retour vers la matrice première – un seul pas – la longue (et exigeante) traversée que réclame ce voyage…

 

 

Parmi les loups – l’existence sauvage…

Les pieds nus sur la terre…

L’âme solitaire – loin des dépouilles – des martyrs – des assassins…

Le silence qui accompagne notre folle échappée…

De l’espace – un peu de lumière – sur le visage – à travers le feuillage des arbres…

 

 

Partout – à la fois – au-dessus de la terre et sous les dents féroces des carnassiers – l’immensité incarnée qui s’éprouve – se goûte – s’expérimente ; nous tous – vivant seul(s) et ensemble…

 

 

Dans les profondeurs du sommeil – un seul rêve – cet arrachement à la terre – la source sous cet amas de pierres – le vent à la place du désir et du sang…

L’esprit de Dieu dans tous les gestes – dans toutes les mains ; l’Amour et l’obéissance aux forces en présence – aux circonstances – à l’invisible…

L’invention du monde et le souffle nécessaire pour dénicher toutes les figures cachées dans les recoins…

La conversion du poing en instrument de réconciliation ; la prière et le sacrement du jour et de la vie – en chacun – au-delà des apparences et des représentations qui façonnent ce que nous voyons…

 

*

 

Des traces naturelles et des créatures ; ce qu’anime le souffle – la terre – intarissable…

Et ce rire sur toutes les règles – toutes les mainmises – tous les instincts en jeu ; la peau collée à celle des Autres – comme une seule surface ; de la matière qui bouge avec, ici et là, des yeux – comme une protubérance perceptive – et quelques trous supplémentaires pour entendre – respirer – se nourrir – expulser quelques déchets – se reproduire…

La vie organique et magmatique – collective assurément – que nous partageons tous – à laquelle nul ne peut être arraché – à laquelle chacun est irrémédiablement associé – à cela autant qu’au silence – qu’à l’espace – qu’aux forces mystérieuses de l’invisible ; toutes les dimensions de l’être ; des plus élémentaires – des plus grossières – des plus perceptibles aux plus subtiles – aux plus secrètes – aux plus essentielles…

Nous (tous) – sur tous les plans – inséparables – bien entendu…

 

 

De la matière qui crie – qui aboie – qui éructe – soumise à toutes les contraintes (et à toutes les croyances) possibles ; ce qui s’est, peu à peu, substitué au vide…

Des formes taillées dans la glaise dont certaines s’imaginent distinctes et séparées…

Avec une veine – un gisement pour le manque et la douleur – un(e) autre pour le plaisir et la jouissance – et un(e) autre encore pour la lutte et la survie – et un(e) autre [précieux(se) et plus rare] pour la curiosité – l’exploration et la découverte – la recherche de la source (et ses mille résurgences dispersées ici et là) ; la nourriture du corps et celle de l’esprit et de l’âme…

Entre le ciel et la bête – à parts inégales – de manière si commune (et si singulière) pour chacun ; et l’ensemble, ainsi, qui avance cahin-caha pour faire le tour de ces deux pôles et les réunir de manière harmonieuse et équilibrée ; la tâche essentielle de l’homme que la plupart ignorent et méprisent…

 

7 mars 2022

Carnet n°271 Au jour le jour

Juin 2021

Au cœur de l’effroi – derrière la terreur peinte sur les masques – la roche – le marbre originel ; et un cri pétrifié – comme figé à la source – bien avant que naisse le monde…

La lumière brune – au-dehors – qui a précédé le souffle et le sang…

Partout – la même épaisseur – la même opacité ; et les premières ombres qui s’ébranlent – la longue marche qui annonce les prémices de la chair…

L’enfance lointaine (et souterraine) du vivant…

 

 

L’air passager – comme la forme des visages…

Des murs et des frontières franchis…

Quelque chose qui bouge – qui gronde – sous la terre – au fond du ventre…

L’enfance première – peut-être – avant l’invention des clôtures et des bannières – avant l’émergence de la lumière – au-dedans de l’âme – sur la peau…

Avec des éclairs à l’intérieur ; l’origine, sans doute, de la colère ; nos tout premiers tourments – peut-être…

 

 

Au cœur d’un jeu où tout glisse – où tout s’échappe – où tout s’écoule vers le bas…

Les yeux fermés – les yeux plissés – les yeux soucieux – les yeux rieurs – qu’importe ce que dessine le visage pourvu que l’on sache vivre sans pesanteur – l’esprit sans prise et le cœur engagé dans ce qui passe…

Et, de proche en proche, la découverte (surprenante) de l’immensité immobile – au cœur du regard – du monde – au cœur même de la danse…

 

*

 

L’usage d’une tendresse défigurée…

La grossièreté du temps ; créateur de monstruosité et d’infamie…

En tous ces lieux capables de remplacer la couleur par le sommeil ; et le présent par l’absence…

Tous ces mondes – au milieu de nulle part – en vérité…

Des entrailles et du néant…

Et toutes ces bouches qui attendent que l’on meurt ou que l’on ait le dos tourné…

La vie – le vide ; le soleil – sans le moindre mouvement…

Et cette longue (et inévitable) attente qui commence – qui se poursuit (sans doute)…

 

 

Qu’espérer du vent ? Un autre ciel – un peu de pluie – de nouveaux visages – une existence plus belle – un cœur plus courageux – l’avant-goût d’un ailleurs (toujours possible) – un parfum d’autrefois – un peu plus d’innocence…

Et nous restons là – immobile(s) – au milieu du sable et de la nuit – l’âme comme une girouette plantée dans le sol – nous laissant ébouriffer par le mouvement des astres – les grondements de la terre – le désir des Autres…

 

 

Fuir les cimes qui s’offrent à nous…

Avec un rire étrange dans cette quiétude (presque) inquiétante…

Un coup d’œil parfois dans le panier – parfois sur celui qui porte le tablier…

La pluie qui s’infiltre dans tous les plis du monde…

La chair enrobée et changeante…

Les voiles maladroitement tirés – et que gonfle le souffle du ciel…

Le temps aboli – la mémoire perdue…

Nous – au centre du monde – du jardin – contemplant les pierres – les fleurs – les visages – consolant les âmes qui s’approchent – offrant aux bêtes la tendresse et la dignité que leur dénient les hommes…

Un peu d’Amour au milieu des malheurs ; une main tendue vers ceux que l’on condamne à vivre enchaînés – sous le joug de notre aveuglement – de notre bêtise – de notre barbarie…

Un peu d’écume ; presque rien – en somme…

 

 

Entre nos lèvres – toutes les fleurs du monde – amoureusement épelées…

Les caresses du vent ; l’eau et la lumière nourricières…

Déposées sur notre page – offertes au monde – aux visages – grimaçants – à tous ceux dont l’existence manque (cruellement) de beauté – de fraîcheur – de poésie…

 

 

Le temps haché – les mains et les pieds – comme sur des rails – cernés par la mort – plus haut et plus bas…

L’absence – au cœur – de tous côtés…

L’affreuse mécanique du monde ; l’engrenage meurtrier ; l’atroce machinerie en marche…

 

 

Au seuil de l’hiver – la beauté et un sermon silencieux…

Le vide derrière notre visage et quelques tremblements solitaires…

La douceur de l’enfance et de l’écorce sous nos doigts – la forêt et notre voix naturelle…

L’éviction du mensonge et de la distraction…

La célébration (très) discrète de la quiétude – de la lumière – de l’intensité…

 

 

La terre remuée des origines – des âmes qui passent – quelques traces parfois ; et un feu – au loin…

Une diagonale de verdure – un dialogue sans ombre…

Des dialectes (très) anciens – à déchiffrer…

Et toute cette neige, à présent, qui circule dans nos veines – à la place du sang ; comme une étreinte, depuis trop longtemps, oubliée…

 

 

Ce que nous franchissons avec le corps – le cœur – l’esprit ; des rêves – des paysages – des bribes de réalité…

Et cette paresse de l’habitude qui nous rend (quasiment) aveugle…

Reste un espace à retrouver ; et des frontières à franchir pour se libérer de la fatigue et de la cécité…

 

*

 

Lampe à la main – la vie passante – et la mort déjà là – que pouvons-nous donc comprendre…

La voix et le souvenir brisés…

Trop de doutes – de temps et de malentendus…

Pas même un espoir – pas même un écho ; rien – aujourd’hui comme hier – aujourd’hui comme demain…

 

 

Au hasard des figures errantes – un regard sur des débris ; et un peu de timidité…

Un froissement d’ailes et un cœur (encore) prisonnier de l’écume…

Ce que l’on nous avait promis – un simple décor…

Et l’âme – un peu à l’écart – triste – lasse – inconsolable…

 

 

Sous le ciel – la poitrine nue…

Des rires et de la lumière…

Seul(s) – voilà notre chance…

Bien davantage qu’un corps pour faire fleurir la terre…

 

 

Encore un peu perdu avec cette étrange idée de bleu…

Comme ce qui coule – jusqu’à s’y méprendre – jusqu’à tout confondre…

Rien de tragique – pourtant…

La splendeur et l’immensité – toujours intactes…

 

 

Le front moins querelleur qu’hier ; le cœur assagi…

Penché sur l’ordinaire – avec des gestes (très) quotidiens…

A voix basse – la parole comme la prière…

Et cette solitude de l’âme – au seuil du détachement…

Et deux ailes qui poussent – (très) lentement – (très) discrètement – pour que nous puissions, un jour – peut-être, échapper à la gravité du monde…

 

 

Une longue veille – sur le sol – à guetter l’infortune – le hasard et la mort – la beauté d’une âme ou d’un visage…

L’attente ordinaire de l’homme…

Des larmes sous l’orage…

Des chemins et des pas – par milliers – par millions…

Une (très) courte vie – un corps dans lequel on aimerait s’attarder (un peu) ; et à mesure que les saisons passent – le doute qui (de plus en plus) nous étreint…

 

 

Le cœur battant – comme une prouesse ; une chaîne de miracles…

De l’origine au sang – grâce à mille explorations – mille découvertes – mille trouvailles…

Et l’autre moitié du labeur à accomplir jusqu’au bleu ; le travail de l’âme ; passer de la substance organique à l’immensité invisible…

 

 

Entre nos mains – une présence morte – une tendresse lacunaire ou inexistante…

L’intimité reléguée à la surface – aux attouchements – à une (vague) proximité physique – une sorte de cohabitation faite d’alliances tacites…

Et la solitude – et la vie pure – et l’intensité – qui ne souffrent le moindre compromis ; cet entre-deux en demi-teinte que suppose toute relation vécue sur le mode de la séparation et de l’individualité…

Très loin encore de pouvoir être arraché(s) au monde – aux mensonges – aux conventions – à cette existence (très largement) corrompue…

 

 

Ce que l’on guette sur le seuil de la porte entrouverte – sur le chemin – des deuils et des abandons – le poids grossissant de la désillusion – la vérité en marche (très laborieusement) – tout ce à quoi il faut renoncer…

La faim qui, peu à peu, passe du ventre à l’âme – la frénésie horizontale qui se transforme, peu à peu, en ardeur profonde et assidue ; la raison qu’il (nous) faut délaisser – et trahir (à certains égards) – pour que s’ouvrent, en nous, une autre perspective – d’autres dimensions ; la réalité indicible du monde – le silence – l’invisible – l’intériorité – pour que nous puissions vivre d’une manière plus juste – plus belle – plus intense – plus authentique – plus lumineuse…

 

*

 

L’âme enfantine – curieuse – rieuse – joyeuse – qui, peu à peu – et malgré elle, devient triste – fermée – insensible – au contact du monde…

Si poreuse – et comme dépossédée par les rêves et l’ambition – le temps frénétique et dilapidé (en vétilles – en niaiseries) – la tournure odieuse et étroite que prennent, trop souvent, les événements…

La solitude que l’on délaisse – comme les offrandes et la beauté…

L’édification ordinaire du désert et du tombeau communs ; l’espace et la vie atrophiés et dévastés ; le monde tel que nous le construisons…

 

 

Des larmes – une forme naturelle d’expression (bien sûr) ; quelque chose qui se cherche et qui se dévoile (un peu) ; une sensibilité authentique sur la peau – sous le front – le monde entier – collés – enchevêtrés – à la peau et au front de tous les Autres…

Rien d’étrange – rien d’étranger…

Le sens même de la matière et du vivant…

L’attente des retrouvailles et de la célébration…

Le ciel commun parfaitement vécu…

 

 

De l’ombre et de la boue – le substrat de toute alliance…

Des têtes – et derrière des arrière-pensées…

Comme une grande (et belle) toile blanche, peu à peu, maculée de signes et de substances…

Le monde comme un sac et un annuaire – dans lequel on pioche – dont on tourne les pages – pour trouver des outils et des alliés…

Et quelques lignes quotidiennes pour surmonter cet effroi – encenser la solitude – renouer avec la beauté – la légèreté et l’authenticité – de l’être…

Des bornes – sur terre comme au ciel – à dépasser ; un espace continu à retrouver entre ce qui semble au-dehors et ce qui semble au-dedans ; toutes les formes possibles de réconciliation…

Et accéder, peut-être, à l’essence (ou à d’autres limites que les nôtres) pour qu’un jour l’absence de frontières puisse remplacer nos larmes…

 

 

La nuit écartée par la main furieuse…

La tête levée – audacieuse…

La poitrine gonflée…

Toute l’âme dressée pour faire face…

Et ce que – dans leur impuissance – les yeux implorent ; le jour – la possibilité d’un autre monde…

 

 

Là où les étoiles roulent de l’autre côté de la terre – sur le versant le plus sauvage des continents peuplés…

Toutes les illusions et toutes les idoles – sur le point de tomber…

L’aube – comme tout le reste – assez inattendue…

 

 

D’un horizon à l’autre – des fenêtres ouvertes – ce que l’on aperçoit en passant – en traversant l’espace ; la diversité des blessures et des visages – le gouffre au fond duquel naissent tous les chemins – des lieux (en général) très inhospitaliers…

L’homme – la vie terrestre – entre le rire et les larmes – selon les circonstances et la sensibilité…

 

 

D’un jour à l’autre – jusqu’à la mort – et toutes les expériences offertes pour comprendre – transformer la perception et la perspective – apprendre à dépasser les apparences – les représentations – à aller au-delà de l’idée du ciel et de la terre pour découvrir l’espace – le lieu non géographique où s’origine le monde – la vie – tout ce qui existe ; l’essence qui mêle le vide et la matière – l’infime et l’infini – le provisoire et l’éternité – au cœur de cette trame où tout est lié – et imbriqué – de mille manières ; là où il nous faudra, un jour – bien sûr, apprendre à vivre…

 

*

 

Les lèvres bleues à force de voir l’indifférence des yeux et des mains…

La bouche tordue à force de côtoyer la cruauté et la corruption…

La feuille (involontairement) noircie par la bêtise et la laideur (involontaires) de ce monde…

Des danses (bien) trop raisonnables que l’âme, bien sûr, appelle à trahir…

Des pleurs – rien (absolument rien) pour faire rougir la terre…

La langue parfois (presque) aussi éclairée que le silence…

Les tempes brûlantes à force d’attente…

Le cœur aux dernières portes du monde – peut-être…

Notre éloignement – sans le moindre alibi…

Le cours naturel des choses ; et au regard de la sensibilité (et des circonstances) – une tournure de l’âme inévitable…

 

 

Le hasard conféré aux mains des Autres – assigné au destin de tous ces étrangers…

Leurs grimaces hideuses face aux malheurs et aux déconvenues…

Les peaux (presque) toutes marquées au fer rouge…

A peine une existence – un défilé d’ombres noires…

Un abîme entre eux et entre nous ; telle est, très souvent, la croyance des hommes…

De la naïveté – sans renoncement – sans sacrifice…

L’irrépressible volonté d’être le seul – ou, au mieux, de passer en premier…

 

 

Un peu de grisaille dans l’âme…

Ainsi parcourt-on le précipice…

Des éclats de solitude plein les mains…

La gorge triste de n’avoir ni protégé – ni protecteur ; le prix (sans doute) d’une certaine liberté – ou disons, d’une marge de manœuvre suffisante pour s’imaginer affranchi ; idiotie (bien sûr) ! Comment oublier que chacun porte – et portera jusqu’à son dernier souffle – la totalité du fardeau du monde…

 

 

Arbres rouges – comme endormis sous les copeaux ; assassinés – en vérité ; comme tous les autres – plantes et bêtes…

Nulle autre étoile dans le ciel que celles que se sont appropriées les hommes…

Et la seule lumière aussi…

Ainsi comprend-on mieux, à travers l’obscurité des cœurs, la noirceur du monde ; le massacre – partout – célébré comme une fête…

 

 

La voix dégagée des impératifs du monde…

La joie – le ciel – la mort – l’essentiel peut-être – dans chaque geste nécessaire – décisif pour le jour…

La terre et le vent – le socle et les outils de l’enfance – le souffle du voyage et les pas de l’errance…

Ce qu’il faut pour arpenter les chemins – explorer le monde – trouver le passage vers l’étendue qui relie – et rassemble – l’inerte et l’animé – le dehors et le dedans – le seul lieu capable de redonner sa place – son rôle – son règne – à la trame unique du monde ; le réel inexpliqué et inexplicable – incertain et merveilleux…

 

 

Tous les astres du ciel – comptés – nommés – et amassés de manière fébrile et tragique…

Et le même destin pour l’or des sous-sols…

L’espace – le céleste – le souterrain – accaparés par l’esprit et la main de l’homme – cet être des surface qui s’approprie, de manière systématique (et industrielle), tout ce qui lui semble utile et nécessaire…

Les instincts humains célébrés (sans la moindre exception) par les lois et les usages ; et tous ceux des Autres contrôlés – limités – éradiqués…

 

*

 

Vers soi – en riant – comme un enfant sur la plage qui invente des histoires – des voyages d’un lieu à l’autre de l’espace et du temps – entre la terre et le ciel – la mémoire et le devenir – en rêvant, sous les étoiles, les pieds sagement rangés dans ses sandales – se penchant, de temps en temps, vers le sable – levant parfois les yeux vers l’horizon – hochant très souvent la tête comme s’il ne comprenait pas ce qu’il faisait là – entre songe et réalité…

 

 

L’errance permanente des âmes – du monde – des vagues ; de l’immensité à la rive – de la rive à la source des naissances…

Le va-et-vient de l’invisible et de la matière – comme un refrain – une respiration…

L’éternité – sans jamais compter les jours…

 

 

La joie – en dessous – frémissante…

La lumière – en diagonale – déclinante…

Au milieu d’une clairière – aux premiers instants du crépuscule…

Les arbres et le chant des oiseaux…

La roche et les fleurs sauvages…

Un chemin de terre qui serpente dans les collines…

Et notre roulotte posée en ce lieu retiré – cachée sur ce bout de terre – au cœur de la forêt…

Notre (très) provisoire thébaïde…

Le silence profond – pénétrant – joyeux – qui nous entoure – qui s’invite – qui s’intériorise et se goûte…

La porte et la fenêtre grandes ouvertes ; au-dedans et au-dehors – le sentiment du plus familier ; l’âme à demeure – traversée par une très ancienne prière ; et sur la joue – quelques larmes – discrètes et lumineuses…

 

 

Le ciel prisonnier des yeux – des rites – de l’absence de rire…

Dieu – une récolte comme les autres…

La rumeur d’une présence – une manière de consoler tous nos revers – le long et (inévitable) naufrage de toute existence…

 

 

La nudité des choses – l’ambition des âmes curieuses…

Et la beauté du vent qui blesse – qui sème le désordre dans nos existences et nos certitudes…

Le bleu au front malgré les malheurs et la fréquence des tourments dans lesquels la vie nous plonge…

Le froid – le sommeil et la mort…

Nos visages glacés par l’effroi et la terreur que nous inspire le monde…

Ni vraiment victime(s) – ni vraiment guerrier(s)…

De passage – comme étranger(s) à ces rives étranges…

Le cœur qui danse – en plein essor – guidé par le silence – le bruit de la source…

Un rêve – peut-être ; le désir (involontaire) d’une profondeur ; le réel en strates que l’on souhaite explorer avec plus de précision…

 

 

La trame trouée…

Les ailes bleues sous le soleil…

Le salut de l’homme ; et toutes ses prières…

L’arbre – dans son rôle – jouant à l’éclaireur…

Les mains jointes – sur les yeux – soudain nécessaires à d’autres gestes – (sans doute) plus avisés…

Le ciel – toujours – au-dessus des têtes…

Et, au cours de notre vie, tous les assauts de l’ignorance que nous apprenons, peu à peu, à esquiver…

 

 

Sur la scène – des cendres ; des ailes qui poussent ; l’éloignement et le retour (progressif) à l’innocence…

L’esprit qui se hisse jusqu’aux premières hauteurs…

La vie frémissante – sans cruauté – prête (à présent) à percer tous les secrets…

 

*

 

La vie – dans la voix – vitrifiée…

Tous nos drames et nos sanglots – dessinés sur les vitraux de la moindre chapelle…

L’Amour chanté dans tous les temples…

Et le sol (toujours) jonché de plomb et de sang…

Tous les événements – dans un coin de la tête…

Proche de l’enfer – cette façon de tourner en rond sur la terre…

Et par-dessus les murailles – la même douleur – la même détresse…

 

 

Planqué dans un coin du néant – sans orgueil – ni (vraiment) libre – ni (vraiment) enfermé – dans les mains, peut-être, d’un rêve à l’agonie…

La nuit qui tombe ; et le jour – nonchalant – qui s’attarde un peu…

L’âme qui se risque sur le seuil de la porte laissée entrouverte…

 

 

Les tourments de l’âme prise dans les remous des eaux trop noires du temps…

Sans la force ni de s’échapper – ni de se ressaisir…

Les mains (faiblement) agrippées à la corde froide…

Et le monde à la proue du navire…

Et nous autre(s) – pauvre(s) saltimbanque(s) – sans amour – sans miroir – presque toujours – jeté(s) au fond de la cale ou dans les profondeurs glacées de l’immensité furieuse – sans autre raison d’être que la recherche de la joie et de la vérité – qui nous font encore, si souvent, défaut…

 

 

Le cœur et l’esprit – éparpillés – encombrés – par les croyances – les idées – les certitudes – les appétits – ce qui compose notre grille de lecture du monde – comme les maillons d’une chaîne qui entrave nos ailes – notre perception – comme un obstacle rédhibitoire à la compréhension de ce que nous sommes et à la possibilité d’un rapprochement avec cette (indicible) identité de l’être…

 

 

Au-delà du théâtre – des trajectoires – des drames et des mascarades – l’espace premier – originel – vierge – libre de l’agitation de surface – toujours vivant – aussi réel qu’autrefois – sous les strates gesticulantes – et perceptible (seulement) par des yeux suffisamment innocents…

 

 

Au tournis de la tête – nous préférons l’intensité de l’âme – le geste plein à la parole explicative – le silence au bavardage – l’engagement à la révolte – le chant et la prière aux rêves et aux distractions – la discrétion et l’anonymat à la gloire et aux médailles – l’effacement au sacre et au couronnement…

Les mains libres plutôt que la caresse ou le châtiment…

 

 

Soleil et terre rouges – comme le sang – les flammes – l’espace nourricier…

La douleur et la distance – (encore) trop souvent – captives…

La tête gonflée de rêves et d’images…

Mille choses à faire – mille choses à étudier…

L’enfance délaissée – abandonnée sur le bas-côté de la route où circulent toutes nos inventions…

 

 

Du premier au dernier jour – l’œil fermé – la faim et les (discrets) chuchotements de l’âme…

La peau tatouée par les circonstances – le cœur façonné par le désir et le manque ; ce qui a lieu – comme l’eau qui jaillit de la roche…

Au pied du monde – notre couche – notre place – les bras chargés d’offrandes – et, dans la besace, tous les stratagèmes et tous les poisons imaginables…

 

*

 

La tempête – les pieds qui traînent…

Une traversée sans ardeur…

Tout un pan de lumière déplacé…

Des usages affolants…

Dieu et sa clique – Dieu et le reste…

Des paroles sans possibilité de promesse…

Ce qu’offrent les mains tendues…

Et dans ce fatras, parfois, de (très) surprenantes rencontres…

 

 

De la lumière – encore – à l’heure du désordre – au temps de la mort – à l’instant du fracas…

La vie – le monde – sans pouvoir imaginer d’autres perspectives…

Un regard – des prières – quelque chose posé contre soi ; la lame qu’ont (patiemment) aiguisée les circonstances…

Et la tête tournée de l’autre côté – comme si elle n’était pas concernée par l’idée du temps et du trépas…

 

 

Des notes – les unes après les autres – de la musique et des carnets…

Et toutes les danses du monde invitées – noires et macabres – joyeuses et réjouissantes – qu’importe les désirs et les destins – l’espérance (presque) toujours repoussée ; et le feu qui court d’un bout à l’autre de la page…

Parfois – la seule lumière ; et, d’autres fois, celle du jour – plus belle et plus forte – qui transforme le rythme – les lignes – qui bouscule les lettres et le sens – qui offre sa beauté – sa blancheur – un peu de transparence…

Et dans la marge – tous les traits des ténèbres – biffés à la hâte – dégoulinant de sueur et d’efforts – comme de petits éclats sombres – de minuscules étoiles noires entassées à la diable et qui, réunies, ont le poids d’une enclume – si lourdes qu’elles réussissent parfois à déchirer le ciel minuscule inventé par le poème qui, inlassablement, célèbre le mystère et le réel – leur immensité et leur profondeur…

 

 

A la merci de la folie – des Dieux – qui nous entourent – que nous abritons…

A la merci des vents et des mains nourricières…

Sous le soleil – cette (quasi totale) absence de liberté…

Instruments des uns et des autres ; et les yeux (toujours) voilés…

Comme des enfants jetés dans les tourbillons du monde – d’épreuve en vertige – sans lumière – sans raison – tournoyant dans d’horribles rêves ; comme de pauvres âmes ballottées dans les pires turbulences – condamnées à des tourments sans fin…

 

 

La force – à l’intérieur – non exhibée – au cœur du souffle restreint…

Ce qui s’exprime à la place du sommeil – sur la pierre mouillée de larmes…

Le silence et le vent – présents dans la parole…

Des feuilles comme de grandes ailes douloureuses – inappropriées (bien sûr)…

Un chant né du fond de la colère pour déchirer les rêves – toutes les infamies – venger le supplice de tous les égorgés – à la manière d’une lame qui s’obstinerait à vouloir fendre l’écume – un acte très enfantin – éminemment réactif – à la hauteur (évidemment) de la douleur ressentie ; le pauvre tribut d’un cœur inquiet qui, par impuissance, brandit un drapeau et quelques armes inutiles…

 

*

 

Au seuil de la main qui caresse…

Un peu de vapeur sur la rétine…

Le prolongement – peut-être – de l’illusion…

Dans les mots – cette houle – ce rythme fiévreux – haché – avec, parfois, de l’encens dans la voix…

Un silence à la saveur sucrée…

Une forme de tendresse à savourer…

Des éclats et de la douceur…

Exactement la même texture – et les mêmes couleurs – que la vie…

 

 

Le souvenir d’un long séjour dans l’immensité – avec, sans doute, un fragment de ciel oublié quelque part…

Des tremblements devant la beauté…

La présence, au fond de l’âme, d’une joie qui ne nous appartient pas ; le goût du silence…

Notre hésitation à rejoindre le monde – cette bande de terre si sombre – si étroite…

Une éclipse – trop d’absence…

L’indigence inquiète – comme coincé dans cette sorte de gangue…

Et le vent – tout près – qui, parfois, s’invite dans le jeu…

Des craquements et des crevasses – des têtes (presque) toujours boursouflées – de la chair fragile et moite…

Et ce mystère – sous nos ailes – qui ne se révèle que dans leur déploiement…

 

 

Ici – jamais pire qu’ailleurs ; la même chose – en réalité…

Et ce goût manifeste – impérieux – pour la vérité ; ce qui, peut-être, nous donnera le souffle suffisant pour nous libérer du mensonge…

Et déjà – nous le sentons (avec évidence) – la tête qui, de temps en temps, se hisse au-dessus du labyrinthe ; comme la découverte de passages – à intervalles réguliers – qui jalonnent le chemin jusqu’à l’essence – jusqu’au lieu où s’originent le ciel et la terre – jusqu’au cœur même de la trame…

 

 

Les murmures du jour ; et ce que nous percevons de ces chuchotements glissés à l’oreille de ceux qui abjurent leur nom – qui renoncent à toute forme d’espérance – qui placent le rire au-dessus (bien au-dessus) des plus belles prières…

En un sens – un peu de vérité révélé par le poids grossissant du vide et de l’invisible – la justesse des gestes et des intuitions – la valeur accordée à l’inintentionnalité…

 

 

D’un désert à l’autre – du monde – de la page – le cœur de nos diverses géographies…

Et des ailes (bien) plus amples qu’autrefois…

Rien que la solitude et la langue pour échapper à l’obscurité – résister aux assauts (acharnés) de l’ignorance ; la distance qu’offrent l’exil et le mot – l’éloignement du périmètre commun – l’abandon des murs et des idées qui composent le labyrinthe (l’essentiel du labyrinthe) où les hommes vivent confinés…

Les seuls bagages nécessaires – au fond de l’âme…

Le regard sensible – de plus en plus vaste à mesure que le ciel et la pierre se fissurent…

 

 

Au pied d’un arbre immense au houppier argenté…

La fortune du sourire et de l’errance – au gré du vent et des courants ; de chute en découverte – l’extinction (progressive) de l’inquiétude et des tourments…

Et, au fil du périple, penchées sur nous – la somme des désirs éteints et les promesses de la vacuité qui les remplacent…

 

 

Dans un désordre plus vaste – la seule possibilité de lumière…

Au creux de la parole – des rochers sur lesquels grimper – un cœur à découvert – l’âme sur son lit de pierres…

Et le monde, au loin, dont les excès nous écœurent ; et la découverte (miraculeuse) de quelques intervalles au fond desquels nous nous jetons pour échapper au vacarme et à l’abjection…

 

*

 

Ce que l’invisible dissimule – à son insu ; et ce qu’il (nous) réserve…

A chaque instant – les clés de l’enfance – cette joie naturelle – cet allant spontané…

Le cœur de l’espace – notre résonance – malgré l’éloignement collectif de la source – au fil du temps…

Et le feu sacré – intact – notre chance pour défricher cet étrange chemin au-delà du perceptible et des paradoxes apparents ; un long tunnel – tantôt souterrain – tantôt aérien – qui serpente jusqu’à la lumière – jusqu’au (plein) dévoilement du mystère…

 

 

Que faire de ce ciel inventé partagé en territoire – de cette terre trop labourée – de ces âmes qui – partout – célèbrent la cécité…

Nulle tâche – nul labeur – à prescrire ; œuvrer à ses nécessités et laisser le monde et les choses suivre leur cours…

Ni cri – ni inquiétude ; ni conseil – ni résistance…

L’âme insoucieuse ; le cœur dégagé des enjeux apparents et sous-jacents ; la figure sereine du sage qui vaque – sans hâte – aux affaires du jour…

Une minuscule pierre dans le jardin des Dieux…

 

 

Des notes hivernales au parfum (vaguement) poétique…

La main docile d’un scribe du monde sous la dictée d’une voix d’ailleurs – silencieuse – mystérieuse…

Quelque chose (à la fois) de l’invisible et de la douleur…

Un peu de lumière – peut-être – dans notre aveuglement ; et, dans le meilleur des cas – un (très) modeste avant-goût de l’aurore…

 

 

L’invisible qui danse au milieu des ébats – des combats – des éclats – au-dessus de la lumière – sur la pierre fissurée – pour célébrer la liste interminable des noms qui figurent sur le grand registre ; et le désert – l’apparence du néant – qui précède les mondes et qui les remplace après leur disparition…

 

 

La parole-geste – née de la proximité du silence – un espace de vérité – l’incarnation de l’être à travers le langage…

Ni signe – ni sens – une danse – légère et intense – comme mille baisers lancés au hasard et qui, selon les cas, apaisent ou embrasent les âmes et la chair…

 

 

Un coin de quiétude et de liberté – sur la pierre…

L’empreinte d’une veille – essentielle et interminable…

Des yeux et des fenêtres qui s’ouvrent ; un peu plus de clarté – à l’intérieur…

L’émergence, peut-être, du lieu où se rejoignent le temps et l’origine – nos premiers émois célestes…

Le cœur plein d’oiseaux (ignorés jusqu’à présent) qui, soudain, s’envolent…

Une immense balançoire sur laquelle l’innocence se balance – assise sur nos genoux…

Une réelle promesse d’embellie pour (tous) les vivants…

 

 

Rien qu’un grand rêve dans les têtes (trop) disciplinées…

Des yeux qui cherchent – un peu (et jamais davantage)…

La surface de l’existence et du monde – à peine effleurée…

L’esprit – comme le reste – en jachère…

Quelques (vagues) remous dans un bocal…

Le temps qui passe sans que rien ne s’érige – sans que rien ne se redresse ; l’existence comme un naufrage – une absence – le cœur délaissé ; une longue agonie jusqu’au dernier souffle…

 

*

 

Là-bas – au loin – au large – ce que le regard prend pour une immensité – le bord de quelque chose peut-être – comme des horizons juxtaposés…

Seul (bien sûr) à naviguer – sous quelques étoiles inconnues…

Compagnon des grands oiseaux migrateurs…

L’océan vallonné de la terre – où chaque colline – où chaque pierre – est un univers – une invitation – une possibilité…

A arpenter le monde comme un enfant sans mémoire…

De continent en continent – le visage vieillissant – jamais très loin de la débâcle…

Les paysages déserts et les grands espaces ; et quelques grilles encore – à l’intérieur – que la marche achèvera de desceller…

 

 

La flèche décochée sans effort – le silex que l’on frotte – le feutre qui glisse sur la page…

Ce que l’on retient – avec la blessure – la douleur – et le pardon, un jour – peut-être, avant la mort…

Comme captif(s) de la couleur originelle et du destin qui se dessine à la naissance…

 

 

Le monde étagé – gorgé de choses et d’idées…

Comme des milliers de cages aux barreaux serrés…

Des tours et des citadelles – des forêts de verre et d’acier…

Le sol et le ciel – (entièrement) bétonnés…

Et les âmes jetées en vrac – suppliantes…

Des vies et des visages – douloureux et incarcérés…

Et subsiste, pourtant, le souvenir – crucial et inattendu – de la lumière et de la liberté premières – qui nous hantent jusqu’à l’obsession…

 

 

Un savoir – peut-être – tiré du fond des âges – des origines – de l’être premier – unique – que le temps semble avoir déployé ; et toutes les têtes – et tous les livres – à sa suite…

 

 

Le ciel – le grand rêve des hommes qui prend, parfois, d’étranges tournures – de (très) curieux détours…

L’existence et le monde – à la manière d’une marelle ; et l’impatience des enfants qui se chamaillent pour lancer leur palet…

La douleur et l’espérance des Dieux – transposées ici-bas…

Et le jour – imperturbable – qui continue de se lever – comme un miracle ; une sorte de grâce dans cette épaisseur…

La basse besogne des âmes et des ombres – légèrement éclairée…

Et, à travers la vitre, l’enfance craintive et timorée qui se redresse (un peu)…

 

 

Du vent au bleu – en un clin d’œil…

Et le noir où sont englués tous les pieds…

L’âme prisonnière de la cité – au milieu des autres âmes…

Rien de cette entrave – parmi les arbres – nul empêchement…

La parole et le rire – le silence et l’immensité – comme réconciliés…

Un peu de lumière sur notre ardeur et nos tremblements ; une manière (naturelle) de retrouver des couleurs – de désenclaver ce qui était voué à l’étouffement…

La fin – peut-être – de tout sentiment d’étrangeté…

 

 

Dans un coin du monde – silencieux – comme retranché – à l’abri des bruits et du temps…

Des murmures – des pirouettes et des danses ; des gestes engagés ; notre sente quotidienne – sans peine – sans personne – sans tracas…

 

*

 

A quoi pourrait-on bien s’accrocher ; un peu de rien dans le vide – hors du monde et du temps (si l’on peut dire puisque eux aussi existent aussi peu que le reste)…

Seul(s) – comment pourrait-on y échapper ; et serait-il même souhaitable (et judicieux) d’envisager une autre compagnie – une autre perspective…

Blessé(s) – par jeu – comme pour de faux – à la manière des enfants intrépides et turbulents…

Et ce voyage – interminable – au rythme de la danse et de la pierre qui s’érode ; notre façon (si singulière) d’habiter la terre et l’instant…

 

 

Comme un cœur immense – et triste – collé aux grilles d’un grand jardin – la main tendue – de l’autre côté – aussi loin que possible – comme si nous voulions attraper un peu de vie – un peu de couleur et de joie…

De la désespérance et de l’impatience à voir nos empreintes dans la boue séchée – comme des bêtes affamées – que l’on priverait de foin – qui essaieraient – désespérément – d’arracher un peu d’herbe derrière la clôture…

Parqués – maltraités – réifiés – qui donc s’en souvient – qui donc s’en soucie – sur cette étroite bande de terre surpeuplée…

Un peu d’air – un peu de lumière – un temps de sommeil suffisant – et nous voilà satisfaits – (presque) heureux de notre sort – à besogner tous les jours sous le joug des puissants et des autorités…

Le funeste destin terrestre des invisibles et des (trop) soumis – ensemble – comme un cœur immense – et triste – qui n’a pas même conscience de son sacrifice…

 

 

Au cœur d’un écho sans résonance – une patrie étrangère – sans lumière – sans tendresse…

Un horizon aux dimensions ridicules…

Autour de soi – le désert et des mains menaçantes – et (presque) rien d’autre…

Nous – comme des ombres qui glissent sur le sable – qui tentent de s’enfuir – en vain…

Des pierres et du temps – ce qui ondule – sans élégance – à la surface…

Le silence – comme une présence de plus en plus nécessaire…

 

 

Allongé – les yeux grands ouverts – prêt à se laisser dépouiller par le monde et le langage – toutes les mœurs et tous les usages des hommes – pourvu que nous restions dans la proximité du mystère…

 

 

Tout se ressemble – dans la nuit ; la même figure épouvantable…

Une forme de démence qui survole ce qui s’échine à s’affranchir du monde – cette aire chaotique où le feu ronge, peu à peu, tous les espoirs – tous les allants – comme une terre maléfique – au grand regret des plus sensibles…

 

 

Cachées dans un coin de la tête – la joie et l’enfance – l’immensité recouverte de rêves…

La bouche active – bien davantage que l’oubli…

Un peu de soleil et des bribes de temps…

Ce que chacun connaît par cœur – ce que l’on façonne les yeux fermés…

Un autre monde au ciel moins noir…

 

*

 

Quelques poignées d’étoiles – en guise d’atlas – aux confins du monde…

Plus pierre qu’humain – plus vent que ventre – sans doute…

Un peu de ciel dans la bouche ; cette (fameuse) parole silencieuse…

Et dans ce désastre (quasi) permanent – dans cette sorte de longue dégringolade – la fenêtre qui s’ouvre – peu à peu…

L’âme (progressivement) plongée dans son or…

Les choses et la terre – sans hiérarchie – sans polarité…

Des fleurs vivantes à la main – et ce grand sourire – au-dedans – que nul ne peut voir…

 

 

Des prières aux quatre coins du cœur – comme si nous pouvions façonner le vide – déformer la matière – transformer le cours des choses…

Des bulles d’ivresse – un peu de sang – une volonté trop peu puissante…

 

 

De main en main – jusqu’à l’institution des lois pour contrôler les échanges – asseoir son autorité – organiser le monde et le soumettre à nos exigences…

L’origine de la révolte – ce qui, peu à peu, s’établit dans les cœurs – qui attendent patiemment que le souffle soit suffisant pour prendre les armes et marcher sans peur pour réprimer l’oppression et la tyrannie…

De l’ardeur – du courage ; et une certaine idée de la liberté…

 

 

Sur toutes les scènes du monde – cet allant naturel pour la conquête et l’appropriation des territoires – sans la moindre empathie ; l’inclination agonistique – sans jamais compter les morts – les corps mutilés – les âmes blessées – le sang qui coule encore…

Partout – des combattants – des océans rouges et des charniers ; au-dehors comme au-dedans – la tristesse et la désolation…

 

 

La nuit passagère – la figure éprouvée…

Le langage contraint par les possibilités de l’imaginaire…

Des yeux, peu à peu, capables de déjouer les leurres – l’illusion reine…

L’infini actif – sans la moindre interruption ; ce qui aide – sans aucun doute…

Une lumière (très) introspective…

Notre manière de concilier le désordre et l’immensité…

Notre main dans celle de Dieu – en quelque sorte ; ce qui dissipe tout effort – toute fatigue…

 

 

Le soleil ruisselant ; et nous – baignant dans l’or réservé aux Dieux – à contre-courant du monde – abrité derrière ses murs et ses fenêtres closes…

En un sens – le refus du destin que l’on nous impose ; comme un pied de nez à la raison commune…

Une forme d’impertinence et d’intrépidité…

Et le vide – parfaitement accessible derrière les images et les barreaux de la psyché ; la joie qui s’offre au cœur de l’inconnu – au cœur de l’incertitude…

 

 

Vers ce qui se dérobe comme d’autres se prêtent à l’agenouillement et à la contrition…

La fuite par les terres – le ciel – l’immersion en eaux troubles…

Un éloignement – un exil – un retrait – un repli – qu’importe ce que nous choisissons – il s’agit (toujours) d’échapper à la fatigue et à la corruption – à la contagiosité du monde dont la proximité amenuise le souffle – assèche la curiosité et le questionnement – affaiblit la nécessité du voyage – nous enroule – nous enrobe dans un confort lénifiant – dont nul ne sort (totalement) indemne…

 

*

 

Le corps caverneux de la parole…

Le temps permanent des oracles…

Quelque chose d’essentiel – peut-être – et capable de se déployer – qui sait…

Comme une danse solitaire jusqu’à la fin des jours…

L’immensité par-dessous et par-dessus la pesanteur – la couche épaisse de matière que pourrait fendre une pichenette vigoureuse…

Et ce ciel déchiré que l’on répare – que l’on rafistole – à coup d’agrafes et d’épingles tordues – comme si notre angoisse surgissait des hauteurs – comme si l’existence terrestre était vivable – comme si la compagnie des hommes nous laissait indifférent…

Et ce que l’on voudrait – à cet instant ; que nos lignes dessinent un arc-en-ciel jusqu’aux ultimes frontières du monde – jusqu’au dernier jour – et au-delà – pour enjamber la mort…

 

 

Trop de folie – dans ces têtes – sur cette terre…

Des gestes – des pierres – et cette inévitable (et précieuse) solitude…

Des bruits de pas – l’odeur de la mort qui flotte au-dessus des rives…

Nos yeux perdus – dans le vent – dans le noir…

L’absence et le souvenir – de plus en plus épais – qui alourdissent notre destin déjà si tragique – déjà si encombré…

L’espace au-dedans qui s’enflamme ; notre fureur – mille explosions – mille débordements – et le ruissellement sauvage – torrentiel – de la rage – sur tous les noms – sur toutes les têtes – sur les pierres – dans tous nos gestes ; notre solitude et notre folie…

Mais comment pourrait-on y échapper…

Un autre jour – demain – peut-être ; voilà notre seule espérance…

 

 

Parfois – un rire – décalé – comme un brusque (et réversible) retournement de conscience…

Quelque chose de vide et d’immense…

Comme un bruit de clé qui tombe – dans un gouffre vertigineux – à peine un sifflement – quelques cliquetis – un peu d’air froissé…

Et – au-dessus – la terre pleine de ronces qui condamne aux écorchures…

Et la lucidité des yeux – arrachés au sommeil – qui témoignent de l’expérience…

 

 

Une voix – au fond du corps – au cœur du temple – qui nous enjoint de poursuivre notre marche (coûte que coûte) – de ravaler nos plaintes – d’affûter (encore un peu) le regard…

A hauteur d’âme et de pierres – (très) largement enchevêtrées…

Dans la paume – un reliquat de parole ; le langage moribond – dont le silence précipite le délitement…

La fin de l’inécessaire – avec l’extinction (peut-être) de la distraction et de la pensée…

Mille ans à essayer de dire l’ineffable ; à s’éreinter pour quelques mots – à peine – entendables…

Englué dans l’écume – dans ce rapport trop distant avec l’essence qui nous empêche de participer honnêtement à la danse (imprévisible) du réel – de la vérité…

 

 

Éloigné des masses – défait (suffisamment) de l’épaisseur…

L’ardeur consacrée à la mobilité – à la disponibilité – à l’adaptabilité – afin de s’abandonner – sans résistance – sans regret – sans volonté – au cours (naturel) des choses…

Les lignes et le monde – tels qu’ils vont – qui disparaissent peu à peu – pour laisser la place libre – l’espace vacant…

 

*

 

Mémoire vive – vide – alerte – comme une pente abrupte – impossible à gravir – sur laquelle rien ne peut demeurer – pas même quelques graviers – pas même un peu de sable – et que le vent, sans cesse, déblaie si d’aventure quelque chose parvenait à s’accrocher…

Le cœur lisse – comme un masque – un miroir…

Des amitiés passées ; quelques-unes – belles – il est vrai…

Aujourd’hui – le face-à-face solitaire – avec ce que l’on est – avec ce que l’on porte ; l’essentiel – peut-être…

L’âme encore verte malgré les années et les cheveux grisonnants…

Table et horizon déserts – devant soi – les ustensiles nécessaires et quotidiens…

De plus en plus nu ; de plus en plus réel – en somme…

 

 

Sur la terre – un jardin ; le même seuil – la compagnie des arbres et des bêtes…

Les pierres comme socle du labeur ; le corps qui marche – la main qui écrit…

Le portrait de l’homme – peut-être – avec l’Absolu en filigrane ; quête et découverte, puis la longue et lente rencontre – l’apprivoisement mystérieux – l’intimité croissante avec l’être et les choses du monde…

La figure griffée par les circonstances ; ni fortune – ni infortune – ce qui se passe – ce qui a lieu…

Les yeux sombres – et, au-dedans, un étrange regard – comme un ciel nu – un sol noir ; et dans les profondeurs – un cri – une sorte d’ardeur inépuisable – avec un restant de colère peut-être ; des manières énergiques – et, parfois même, rageuses – comme une célérité naturelle – une manière – une volonté peut-être – de se débarrasser des choses…

La porte ouverte de l’âme et des grilles abandonnées que l’innocence a contournées pour échapper à l’emprise du temps…

 

 

Un regard – une voix – sans autre recours que ce qu’abritent le cœur et le ciel…

Et ce qui a lieu – le geste seul – sans la parole – sans la pensée…

L’attention ; l’essentiel comme concentré ; le contraire de l’éparpillement et de la distraction…

Toutes les parures – les manœuvres – les déguisements – abandonnés en chemin…

L’illusion et le mensonge – radicalement écartés…

L’être – plus que tout – quotidiennement ; l’exact prolongement de la solitude…

 

 

Le temps rétracté – la douceur du sable sous les pieds – l’or – la terre des chemins…

Le cœur qui bat – comme un feu permanent ; ce qui se meut – ce qui s’essouffle – ce qui meurt – sous la lumière…

Le sol qui s’affaisse – tout qui s’écroule (par cycle – régulièrement)…

Le monde et le temps – sens dessus dessous…

Ne subsistent que le vide et l’immensité – l’invisible et le pas intérieur – l’âme dénudée – et le corps dans son prolongement – la matière comme la parfaite continuité de l’ineffable – à la fois suite et origine (bien sûr)…

Hormis cela – rien – à l’exception, peut-être, des émotions fondamentales…

Le silence qui englobe – et pénètre – tout…

Nous-même(s) – comme un temple au-dessus de la peur…

La vie qui lacère et la mort qui susurre…

Nous – tout recourbé(s) – qui apprenons, peu à peu, à nous redresser – à être vivant – sans le moindre artifice…

 

*

 

Au-delà – de l’autre côté – à travers les airs – par la voie la plus directe – en volant sans doute – en volant peut-être – par-delà les murs et les falaises…

Comme un allègement et une densification – à l’intérieur…

Sans force – le ciel qui cède…

 

 

Le cœur jamais (vraiment) prisonnier des choses malgré ce que l’on peut ressentir et penser – malgré les raisonnements de la tête qui emberlificote (à peu près) tout…

Nulle borne – nul repère – en vérité…

Le jour qui s’avance et l’immobilité…

Au-delà encore…

 

 

Le silence et l’esprit qui jouent ensemble – le cœur à la traîne – comme s’il fallait creuser encore – fouiller plus profondément – découvrir ce que l’on ignore depuis toujours…

 

 

Des pages blanches – à la suite les unes des autres – un peu de lumière par-dessus – le seul éclairage – la seule écriture – ce qui s’imprime dans le plus parfait silence ; ce qui résiste aux failles du temps – aux trous dans la mémoire – ce qui demeure ; la seule réserve – le seul viatique – dont on dispose…

 

 

D’autres univers derrière ce qui a l’air d’exister – d’autres apparences – comme imbriquées…

Ce que l’on tente ; toujours – la même traversée…

L’échec – notre couleur et notre chance – le doigt qui pointe au-dedans du regard – la seule matière à approfondir – cette distance aux choses qui dissimule le lien ; la seule limite – le seul obstacle – en réalité…

 

 

Nomade aux courses agiles et solitaires…

Voyageur par nature ; et l’âme sédentaire…

Au milieu des arbres adossés au ciel – sans auxiliaire – sans prière – sans sorcellerie – auprès des bêtes qui vivent dans les buissons et les terriers…

Compagnon des uns et des autres – libre (autant qu’on peut l’être) – farouchement sauvage…

Une vie simple – entre cimes et silence – à la manière des oiseaux migrateurs – à la manière des quadrupèdes qui courent les bois pour échapper à la présence des hommes…

 

 

Le monde enfantin – enfanté – enfantant – né de la pierre et faisant naître sa continuité – sans pouvoir échapper aux antagonismes – aux querelles – aux rapprochements – jusqu’au retour vers l’origine cosmopolite et équivoque…

Des échanges – des crachats – des goutte-à-goutte – des substances qui se mêlent – qui se mélangent – des combinaisons qui s’inventent – des formes qui s’essayent à l’existence – au déploiement – au redressement…

Le mystère dans son exact prolongement…

De l’indigence – du miracle – de la vénération ; toutes ces esquisses de vérité…

 

 

Des cercles où les alliances et les choses s’édifient et se désagrègent…

Le souffle et le sang viciés des fausses métamorphoses…

Le cœur – en un éclair – comme foudroyé…

La volonté du jour – sans personne – sans confidence…

De la chair et un peu de lumière ; de quoi trouver une place – une place infime – au milieu des Autres ; de quoi célébrer le monde et s’exercer à quelques rites – de quoi réaliser quelques offrandes – pour attirer la bonne fortune – se construire un destin suffisamment digne aux yeux des hommes…

 

*

 

Le silence (assez) singulier – ce qu’inventent les mots et ce qu’ils répètent sans cesse – la beauté et la litanie – parfois proches – parfois superposées – parfois confondues – comme si l’invisible distribuait toutes les cartes – façonnait entièrement ce que nous croyons initier et bâtir…

Avec – au fond – peut-être – la seule chose qui compte (réellement) ; cette réserve d’Amour inépuisable…

 

 

La grâce – la joie – toujours involontaires – quelles que soient la nature des yeux – la couleur et la matière…

Le monde et les choses tissés avec la peau – la nôtre et celle de tous les Autres – comme les mailles de la même trame – au même titre que la noirceur et la désespérance…

 

 

En soi – devant les yeux – à nos côtés – on ne sait pas…

Sans doute pourrait-on dire – inventer quelque chose – donner quelques indications ou quelques repères…

Serait-ce donc là la limite ; l’impossibilité de l’exactitude et de l’exhaustivité…

Des bribes et des fragments – une seule chose à la fois – comme ce que nous percevons – comme ce que peut appréhender l’esprit ; comme si nous faisions partie d’un mur d’images animées – très haut et très long – avec des yeux cachés au fond d’une minuscule anfractuosité…

Peut-être faudrait-il escalader le mur – soi-même – grimper aussi haut que possible et regarder attentivement ; sans doute verrions-nous la même chose – les mêmes choses – d’une autre façon – complémentaire à celle dont nous voyons aujourd’hui ; et peut-être faudrait-il conserver les deux visions simultanément pour voir vraiment – pour que la perception – la compréhension – l’existence et le geste deviennent justes – naturels et spontanés – (absolument) inégalables…

 

 

La présence et la joie – ensemble – comme si le mystère avait (soudainement) livré tous ses secrets – comme si l’une et l’autre ne pouvaient apparaître séparément…

A foulées tranquilles – la marche – à présent – par nécessité et goût naturel…

Des cercles – des carrés ; et aux intersections – la solitude – belle – magnifique – souveraine ; les conditions propices à la découverte…

Nos peines passées parfois posées à l’ombre des feuillages – parfois enterrées au pied des grands arbres…

Des pierres – des fleurs – le ciel…

Réunis la beauté et le plissement des yeux rieurs – la possibilité (enfin) de sourire à la mort…

La tendresse cessant de se dilapider – trouvant un usage fort utile – approprié – comme le seul savoir nécessaire – à la manière d’un geste spontané – une chose déclenchée au-dedans du regard – que devront (sans doute) apprendre, un jour, tous les vivants…

Un arc-en-ciel qui relie les deux rives entre lesquelles nous nous exerçons – depuis trop longtemps – à un grand écart inconfortable – à seule fin d’échapper à la folie – aux ravages (dévastateurs) de l’incompréhension et de la tristesse…

 

 

Sur la pierre – trop de prières corrompues – de faucilles déguisées en cœur – l’innocence feinte – la parole maîtrisée – comme un perfide instrument de persuasion – le trop peu de foi des âmes – les bouches déformées – atrocement mensongères – comme si l’on pouvait trahir la beauté et la lumière – comme si l’on pouvait dégrader le silence et l’éternité – comme si l’Amour et l’intelligence pouvaient se transformer en bassesses et en sournoiseries…

 

*

 

Revivifié et immobile – la sensibilité – comme le regard – affûtée…

Le souffle – derrière soi…

Quelque chose de la possibilité ; l’origine de ce qui aura lieu – plus tard…

De plus en plus seul – bien sûr…

Au seuil de l’espace ouvert…

 

 

On ne sait rien – on avance – on se déploie – on se replie – on défie le temps – on surcharge et porte la mémoire…

On se tient debout – on fait face (autant que l’on peut)…

Et – de toute évidence – nous serons là jusqu’à nos dernières forces…

 

 

Ce qui a lieu supprime l’attente – porte le geste – donne sens au mouvement qui surgit…

Ni erreur – ni accident – jamais ; simples inventions de la psyché – de notre aveuglement – de notre incompréhension…

Ce qui doit avoir lieu – très précisément…

Ce qu’il faut affronter ; et toutes les conséquences – les unes après les autres…

 

 

Sans espoir et sans distraction – avec le repos et le sommeil nécessaires – on respire – on agit – les gestes surgissent – se posent – la respiration donne le rythme – la cadence…

Une chose à la fois ; avant, rien – après, rien…

Le geste pur – l’oubli du temps et de la quantité – cette qualité rare de présence – incomparable ; et, de temps à autre, par intermittence – une forme d’absence – le corps mécanique – intelligent (incroyablement intelligent) – sans faiblesse – sans défaillance – sans la tête – sans la psyché – sans (même) la conscience ; la matière brute en action – en actes spontanés et irréfléchis – comme livrée à elle-même ; et cette liberté qu’on lui offre…

Notre manière multiple d’être au monde – d’habiter pleinement – sans rien oublier – ce que nous sommes…

 

 

Le cœur calme – apaisé – dans cette réjouissance de l’ouverture – de l’envergure…

Tous les tourments et tous les chagrins – derrière soi…

Une foulée (enfin) équilibrée – harmonieuse – parfaitement proportionnée – comme la marche qui a cessé d’être excessive…

La clé de l’extinction du manque – du désir – de la quête…

A présent – seules – la nécessité – la joie – les circonstances – offrent à l’ardeur statique naturelle un allant supplémentaire pour réaliser le mouvement que réclame le monde…

A la merci de rien qui n’est (d’abord) consenti – avant même l’émergence de ce qui a lieu…

La volonté impersonnelle et le cours inflexible des choses…

 

 

La parole – comme le silence – ensemencée par le jour – enfientée et empuantie par le monde – les instincts des vivants – l’ambition des hommes…

Et à l’aube de l’oubli – les premières récompenses (si l’on peut dire)…

Ce qui exacerbe la défaite et le dessillement des yeux ; et ce qui balaye le reste…

 

 

Le bleu sous la chair à laquelle nous sommes (presque) tous assujettis…

L’infini au cœur de la matière…

L’existence et la mort – aux résidus insolubles – sans embellie possible – particulièrement neutres et provisoires ; comme des états passagers – des expériences indispensables à la compréhension – à l’émergence d’une présence de qualité – à la naissance d’une attention naturelle – d’une sensibilité suffisante – d’une posture et de gestes justes – parfaitement adaptés à ce qui se manifeste – comme la part intérieure complémentaire des événements qui semblent se dérouler à l’extérieur…

Notre nature (véritable) – en quelque sorte – qui remplace ce que nous croyons être – toutes ces images – tous ces fragments d’identité – que nous accolons à l’essence pour nous sentir vivants – pour nous sentir exister…

 

*

 

Inachevé – comme une évidence ; et rien à quoi se raccrocher…

Le long (et lent) processus de l’abandon…

Abandonner comme l’on nous a abandonné(s) – toutes choses – en toutes choses – sans souffrir la moindre exception…

Être – sans le moindre attribut ; parfois contempler – d’autres fois agir – comme la seule respiration possible…

L’espace et nos yeux ahuris ; l’impossibilité de comprendre – de définir – de témoigner…

Au-dehors – ça change – ça a l’air de changer ; et au-dedans – le regard qui, peu à peu, se transforme…

Qui est-on pour dire ce qui est – qui est-on pour dire ce qui pourrait être…

Rien – ni personne – pas même Dieu – pas le moindre étendard – à hisser au-dessus de soi…

Notre parfaite solitude – à moins que cela aussi soit une illusion – une manière de voir – une autre impossibilité de dire…

Le chantier du monde et l’immobilité – qui peut savoir…

Ce qui passe et l’apparente répétition des choses…

Un instant – une vie – des siècles – l’éternité…

Notre patience ; et notre (très surprenante) ténacité…

Mais avons-nous le choix – existe-t-il la moindre alternative ; comment pourrions-nous échapper à ce qui nous échoit…

Comme des pierres – ensemble – les unes sur les autres – qui glissent – qui tombent – qui s’escaladent et se grimpent dessus – qui s’effritent – qui s’émiettent – qui se délitent – qui disparaissent – et qui se reconstituent ; une montagne vivante peut-être – avec des miroirs et des ébats – des échanges – une organisation complexe (de plus en plus complexe) – à la manière d’un grand corps qui évolue – qui se perfectionne – qui vieillit peut-être ; et dans ce fatras naturel – nos (pitoyables) artifices – nos (pauvres) gesticulations…

Mon Dieu ! Quel mystère ! Quelle misère ! Tant de drames – de merveilles – de beauté – d’indigence – d’incompréhension…

 

 

Parmi les ronces – l’enfance la plus sauvage – libre – cachée – intrépide – protégée – au milieu des épines – lucide quant à sa liberté et à ses illusions – quant à la nature de ce monde…

Soumise autant au bleu qui chante qu’aux heures sombres du sang…

Amoureuse de ce qui l’enveloppe et de ce qui la pénètre…

Un sourire dans la main qui acquiesce et encourage…

La vie secrète des interstices ; des ombres et du silence – l’approfondissement de la solitude – l’exploration des profondeurs…

 

 

Le monde à bras-le-corps – sans ami – sans tristesse…

Loin de l’existence auréolée de tous ses mirages…

La matière et la force – brutes…

Le chemin du jour – la voix et l’instant – cette marche sans échappatoire – sans abri – sans retour possible – ce que dessinent la main et les pas – sans exigence – inintentionnellement – comme le soleil et la terre qui tournent – sans fierté – sans besoin d’encouragement – sans la nécessité d’un auditoire – (presque) en secret – comme pour soi-même – éloigné de tous les théâtres et de toutes les arènes – sans implorer quiconque – sans quémander la moindre chose – dans l’exact déroulement du cours des choses – à la fois fragile et provisoire – éternel et souverain…

Un peu de lumière et de souffrance – dans l’espace…

A la manière d’un royaume discret qui s’instaure – sans effort – sans insistance – sans livrer bataille – sans cœur et sans terre à conquérir – sans blesser le moindre visage – sans endommager la moindre chose ; présence intense et légère – qui relève de l’ordre légitime du monde – comme un engagement et une distance – dans le regard et le geste – vifs – naturels – spontanés…

 

*

 

L’espace – le rôle du monde et des vivants – ce que l’on exige les uns des autres…

L’évidence du sol et de la cécité…

L’élévation qui se cherche – puis, l’envergure – puis, parfois le poème et le silence…

Là où – peut-être – s’origine le langage – pour tenter de contrebalancer le poids de la terre – l’inertie de la matière…

Mille tentatives d’envol – de verticalité – pour échapper aux restrictions – aux limitations – à l’étouffement – à l’indigence de toutes les formes d’horizontalité – orphelines…

Rien – jamais – de l’achèvement – de l’aboutissement…

Tout – à chaque instant – qui reste à faire – à refaire – inlassablement – éternellement sans doute ; comme notre labeur – notre condition – notre nature – ce que chacun éprouve – exerce – réalise (non sans défaillance mais sans jamais faillir)…

 

 

Le jour désigné comme le seul ambassadeur ; son silence – sa beauté – sa lumière ; cette couleur profonde – puissante – vivante…

L’éternité que rien ne peut user…

L’immensité que rien ne peut entamer…

Cette force immobile – source de tous les élans et de toutes les sagesses…

Notre seul bagage – qui jamais n’encombre…

 

 

On existe – hors du monde – à l’écart de l’épuisement collectif – de cette folie – bruyante – gesticulante – meurtrière…

Sans effort – en dehors de l’épaisseur…

Comme un retrait au-dedans du regard…

Un repli de l’âme et le corps présent…

Sans jamais finir…

Sans jamais choisir – entre le sable et le pas – entre la boîte et le ciel…

On s’élance – on s’engage – on se laisse porter – sans rien retenir…

 

 

L’abondance – la beauté – partageables – entre nos couteaux et nos tenailles – arrachées par les bouches et les mains – selon les appétits et la nature de la faim…

Les yeux implorants – les mains tendues – les faces grimaçantes – hideuses – déformées par la convoitise et l’avidité…

La méfiance et la couardise des âmes exilées de la lumière (de toute forme de lumière) – plongées, malgré elles, dans la noirceur et l’obscurité – les profondeurs abyssales de l’espace – cette nuit dense – épaisse et, pourtant, franchissable…

 

 

La fièvre des bas-fonds – la faiblesse des axes et des perspectives – au cœur de la matière…

La misère de la profusion et des excès…

L’empire des sables – de l’illusion – de l’âpreté…

Rien de la tendresse – ni de l’enfance…

L’existence – réduite à un prosaïsme sans consistance – sans vérité – à une distraction perpétuelle…

Le dérisoire et le néant portés aux nues…

Les hommes et les bêtes ; le monde entier organisé en clans – en meutes – féroces – comme une proie livrée en pâture à des hordes de hyènes affamées…

La terre dont la vieille peau tarde à tomber – rétive, peut-être, à faire sa mue – terrifiée, sans doute, à l’idée de devoir abandonner la grossièreté de la chair et des instincts…

 

 

Mot après mot – comme si le questionnement n’avait de fin – comme si, sans cesse, la réponse devait se réinventer…

A chaque instant – la parole qui interroge – qui réplique – qui atteste – qui certifie ; à deux doigts, peut-être, de la vérité…

 

*

 

Immobile – l’âme inquiète – les mains qui s’agitent – les bras qui font de grands moulinets dans l’air – comme pris au piège dans ce qui est en train de finir…

Le monde échoué – à nos pieds – dans une sorte de marécage – des sables mouvants…

Le temps continuel et l’enfoncement…

De temps en temps – des efforts pour s’extirper – en vain…

Le temps qui passe ; et le cœur et le corps qui s’épaississent – qui s’alourdissent ; l’âme qui perd l’ardeur et le courage ; tout qui, peu à peu, se dégrade ; ce qui (nous) invite (très naturellement) à attendre la chute et le pourrissement…

Bientôt – on deviendra – on redeviendra – la terre ; on retrouvera l’indistinction…

 

 

Le souffle – le ciel qui se transforme…

Nous sommes là – vivant(s) ; et jamais nous ne résolvons la moindre chose – la moindre énigme…

L’incertitude, un jour, finira par nous déraciner…

En attendant – le temps fait son œuvre ; peu à peu – il nous liquéfie – nous aide à retrouver une forme de fluidité nécessaire pour s’adapter aux circonstances – nous déployer ou nous recroqueviller lorsque les situations l’exigent – nous laisser porter par les courants et emporter vers le large – vers l’immensité qui nous attend – et qui, sans le moindre doute, nous recevra…

 

 

Une lumière sur l’étendue et nos années de fatigue…

Une forme d’éclairage et d’éloignement…

Ce qui dure (indéfiniment) après la mort…

Ce qui revient avec l’éclosion suivante – la forme que prendront les jours et la matière…

Le monde – la foule – en nous – bruyante – silencieuse…

Comme un refuge contre l’effervescence et le bruit ; comme un espace au cœur du chaos…

Ce pour quoi nous sommes là – ce pour quoi tout – toujours – revient – se répète – continue…

 

 

La joie immobile des profondeurs – la fièvre des abysses – une forme de clarté sans affaiblissement…

Du vide et de l’allégresse…

Les pieds qui dansent sur la nuit en flammes…

Un jour – sans raison – le sable et la mort…

Une seule saison – monotone et hivernale…

Et ces yeux – à la fenêtre – attentifs au moindre signe – au moindre changement – consciencieux dans leur lecture du monde ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les oiseaux ; le langage explicite de la matière et les chuchotements (presque imperceptibles) de l’invisible…

Rien d’emprunté à personne ; l’incertitude qui s’écrit seule – sans scribe – sans auxiliaire – sans même la nécessité du monde…

 

 

L’Amour et le jour – parfaitement parallèles – comme un jeu – sur un bout de terre reculé…

Le corps et l’âme – affranchis de leur fardeau respectif (parfois accolés – parfois entremêlés – parfois superposés) – comme l’oiseau dans le ciel – le sol utile aux bêtes et aux hommes ; le monde offert comme un fruit généreux…

Les mains besogneuses – occupées à leur tâche…

Un peu de savoir – un semblant d’amitié…

Les traits indifférents qui s’assombrissent jusqu’au dernier instant…

Les yeux faussement scellés par la mort – l’envol du souffle vers l’immensité – plus ici et pas encore ailleurs – en devenir – en attente d’une forme…

Et mille portes basses à franchir pour exercer l’humilité…

L’effacement – l’essence même de notre nature ; et des intervalles d’éclosion pour célébrer le monde et apprendre à ne plus être dupe de ses chimères – de ses illusions…

 

*

 

Ici-bas – comme si la vie pliait sous sa propre charge et se revivifiait à sa propre source…

Nous tous – déguisés en enfants turbulents – entre obéissance et exploration – traditions et tentatives nouvelles…

Ce qui monte en nous comme sur la terre…

Et cette lumière qui jaillit parfois au-delà de l’éloignement et de la fatigue…

Pas une récompense – la continuité de cette existence ; le silence – à travers nous – dans son parfait déploiement…

 

 

Une parole pour annihiler la durée…

Pas une croyance – un fait que réalise le geste – la répétition des mots – à chaque instant…

 

 

Au bout de soi – au bout du monde – soi et le monde – encore – de plus en plus proches – de plus en plus confondus – presque indistincts – comme une sorte d’épuisement de l’un et de l’autre – de l’un dans l’autre – profondément – très secrètement – intriqués…

Rien de la consistance – partout portée aux nues – glorifiée comme un mythe ; le provisoire – le dérisoire – le merveilleux – cet étonnement – cette incapacité à comprendre – à entrevoir – à cerner – et ce rire qui accompagne notre existence – nos gestes – les choses et les circonstances – toutes les minuscules affaires du monde ; le signe, sans doute – quelque part, d’une forme de compréhension et d’une intimité (relative – peut-être) avec Dieu – soi – le réel – cette sorte d’objet informel – d’apparence trinitaire – improbable – très largement invisible – totalement ineffable – que nous sommes – profondément – ontologiquement ; et que nous ignorons – et que nous écartons – pendant l’essentiel de notre existence – pendant des années – des siècles – des millénaires – et, sans doute même, pendant une très large part de l’éternité – et dont nous essayons de nous souvenir – et que nous essayons de retrouver – l’autre partie du temps ; comme un jeu inévitable – un jeu sans fin – sans (réelle) finalité – sans explication – gratuit – spontané – un jeu pour (presque) rien…

 

 

Sur les hauteurs de cette existence fragile – menacée…

Au-dessus du précipice – nos cœurs incurvés – dociles – fidèles au dédale…

La plupart d’entre nous – la peau arrachée et la chair blessée…

Comme un bout du chaos initial dans le sang qui circule dans toutes les veines du monde…

 

 

Le monde – comme un ogre martyrisé et martyrisant…

Et des larmes (seulement) pour résister à la nuit et à l’absence…

Des existences de sable et de vent – des édifices illusoires à construire – des territoires illusoires à défendre (ou à conquérir)…

La mort – partout – souveraine – maîtresse de tous les jeux…

Et nous – toujours – qui que nous soyons – finissant sous les pieds ou dans la bouche d’un Autre – plus grand – plus féroce – plus rusé…

 

 

A peine une fenêtre – pour les yeux curieux – un minuscule espace pour l’âme pleine d’ardeur…

Le cœur aventurier – rongeant son frein – entre ses quatre murs…

Et cette soif ! Et cette faim !

Et l’immensité – en soi – à creuser pour faire entrer un peu de lumière…

Dieu – le ciel – apparaissant aussi démunis – aussi impuissants – que la terre – que nous autres qui nous agitons ; plus enclins, bien sûr, à l’acquiescement – au grand silence approbateur ; pourvus de plus de sagesse et de patience que nous tous qui gesticulons (inutilement – frénétiquement) dans l’ignorance…

La même pauvreté – apparente – mais une perspective sous-jacente très différente (presque opposée) ; alors qu’elle est parfaitement consentie chez les premiers (signe de la plus haute compréhension et de la plus haute liberté), elle semble inacceptable chez les seconds (preuve, s’il en est, d’une forme d’insuffisance et d’infirmité)…

 

 

Suspendre – comme une halte nécessaire dans la perpétuité du temps…

Un peu de hauteur – un espace au-dessus de l’étouffement…

Une manière d’échapper à la contraction – à la crispation du monde sur ses certitudes…

La fin du casse-tête – de tous les casse-têtes – en quelque sorte…

Un pas – le premier – vers l’ascension et l’envol ; les balbutiements d’une verticalité…

 

 

Joie discrète et silencieuse – éminemment solitaire…

L’œuvre de la lumière sur les jours…

L’espace intérieur – comme un lieu possible dans l’immensité…

La preuve – peut-être – que nous existons ; et le lien avec ce qui semble se dérouler à l’extérieur…

 

 

Une ouverture – au-dedans…

Du vent et de la clarté…

Déblayer pour mieux voir – donner aux yeux une chance – une possibilité de devenir regard…

Une perspective vers le vrai – l’intense – la beauté – au cœur du quotidien – dans nos gestes les plus ordinaires…

Ainsi – sans doute – l’essentiel peut-il s’atteindre…

 

 

Le vague – comme une éclaircie…

La confusion – comme une trouée…

Le démantèlement des couches et de l’épaisseur…

La perte – l’abandon – la solitude ; comme des offrandes – le déblaiement et le vide pour qu’advienne le renversement du rêve et de l’esprit ; la transformation du sommeil et des (fausses) certitudes en lumière et en évidence…

L’inexplicable – à portée de regard…

 

 

Le ciel accessible par les yeux transpercés…

La lune et les étoiles arrachées par les ambitions assassines…

L’œuvre ininterrompue de Dieu et du monde…

Notre sommeil et notre manière de vivre…

 

 

En soi – le murmure – qui évoque la fin – la mort – la débâcle sans issue – notre incapacité à nous hisser jusqu’aux cimes – à nous fier à la sagesse antique ; notre pente, sans cesse, changeante (et surprenante) – entre tourments et découvertes…

Et l’abandon progressif – sous le joug (de plus en plus évident) de l’invisible – ce mystère ; l’unique souverain – bien sûr…

 

 

Carré de joie et de verdure…

L’âme légère – sous le vent qui souffle – au-dessus du monde (presque) grabataire…

Moins de lampes – de halte – de torpeur…

Sur cet étrange chemin discontinu…

Et de la tendresse – proportionnelle (bien sûr) à la gravité de la chute…

Ce à quoi l’on a toujours – pleinement et secrètement – consenti…

 

 

Le parfait face à face ; Dieu et la solitude en miroir – se dévisageant – se rapprochant – se familiarisant, peu à peu, l’un avec l’autre ; deux parts complémentaires, en vérité, pour que l’expérience terrestre et l’expérience divine deviennent réelles – vivantes – et la douleur – et la douceur – et les caresses – et la peine – quotidiennement ressenties…

Nous en lui ; et lui en nous – sans effort – sans prière – sans croyance ; l’évidence d’une réalité – à travers notre joie – nos gestes – nos tremblements – notre existence ; ce que l’on vit dans l’absence comme dans la proximité des Autres…

 

*

 

L’usure du monde – des choses – de l’esprit…

Comme une grande indifférence ; ici ou là – seul ou en présence des Autres (de quelques Autres) – comme ceci ou comme cela – de cette manière ou autrement – au fond – quelle importance…

La moitié de l’apprentissage – (très) aisée avec le temps ; et l’autre moitié moins courante – plus ardue et plus rare (beaucoup plus rare) ; la joie vivante – à l’intérieur – l’invisible – la seule perspective complète…

Pas la stricte désillusion – cette sorte de résignation triste – de désabusement morose – (très) commun – (très) ordinaire – que l’on voit chez ceux qui vieillissent – chez ceux qui « ont l’expérience du monde » ; une autre manière de voir – de vivre ; un merveilleux détachement – neutre et impartial – joyeux – intense – lumineux – sans aigreur – sans fatalisme – sans renonciation – sans besoin de savoir – sans besoin de repère – sans besoin de certitude – sans désir – sans volonté – sans peur – ni angoisse – sans préférence – ni hiérarchie ; le regard (réellement) neuf ; et l’instant qui se vit (pleinement) – l’instant vécu avec la plus grande innocence – avec la plus grande virginité ; et recommençant l’instant suivant – éternellement – peut-être…

L’expérience neuve du réel sans l’encombrement de l’individualité et du lourd attirail qu’elle nécessite – cette inévitable et imposante machinerie – que nous trimballons partout (et depuis si longtemps) – que nous avons adoptée à cause de la nature même de la psyché qui nous gouverne – et que nous avons façonnée (et perfectionnée) par crainte – par paresse et facilité – pour tenter de donner au monde et à l’existence un peu de consistance – un semblant de vérité – une manière (naturelle et très triviale) de nous rassurer – et qui a créé des filtres – des grilles de lecture – des différences – des catégories – des idées – des commentaires – le temps – mille écrans et mille illusions – et, en particulier, le sentiment d’exister de façon individuelle – et qui nous a, peu à peu, coupé(s) du reste du monde – de la globalité de l’Existant – de l’innocence originelle du regard et de toute forme de spontanéité ; bref, qui nous a éloigné(s) du réel – mais aussi de toute possibilité de compréhension et de toute possibilité de vivre de manière juste – pleine et harmonieuse – naturellement accordé(s) au cours des choses…

 

 

Le bleu – à présent – au fond de l’âme ; et ce qui vient – et ce qui va – au rythme ressenti – qu’importe la couleur du ciel et du chemin…

Vide(s) et seul(s) – sans rien imposer…

Tous les possibles – dans le désordre – et la certitude du changement et du provisoire…

Qu’importe ce que nous vivons…

Nous sommes – sans rien dire – sans témoin – sans rien devant nous – sans rien en réserve – entièrement offert(s) à ce qui arrive…

 

 

L’Amour en face – sans parole – dévisageant notre méfiance…

Les profondeurs tremblantes – depuis trop longtemps abandonnées…

Et l’enfance qui y réside en secret – qui, peu à peu, se dévoile…

Et le langage du sol et du sang – rétif (sans doute) à l’idée d’être délogé – et remplacé par le silence…

 

 

Ici – sans meurtrissure ; l’âme frémissante sous la lumière nouvelle…

Le repli de toutes les résistances ; les compensations de moins en moins nécessaires…

Le recommencement du jour – le bleu du ciel dessiné par nos mains habiles…

Nous – emporté(s) – comme ce qui jaillit – vers des lieux sans équivoque…

 

 

Le visage partagé entre les nécessités du masque et l’appel de la nudité ; comme le cœur – indécis – comme le ciel recouvert d’artefacts…

Des signes et des symboles dans la psyché engourdie – incapable d’interprétations lumineuses – laborieuse – condamnée à creuser le sillon où le monde l’a placée – comme un miroir – un mensonge – une longue (et inévitable) déroute…

Le même sable où l’on s’enfonce ; la tombe où nous serons enterrés avec tous les Autres…

Et devant cette farce – cette ironique tragédie – pas le moindre sourire – un rictus affreux et ridicule – comme un effroi figé sur le visage…

 

 

A marche forcée – vers cette terre sans promesse – sans mémoire…

Le pas de la soif qui glisse sur la pierre – qui s’enfonce dans le sol meuble…

Notre ascension (douloureuse) des rochers – juste avant que ne surgisse le vide ; au fil des pas – un surcroît de joie (véritable) au détriment du sommeil – au détriment des yeux fermés…

 

*

 

Le jour – allant – sans jamais faiblir…

Au bord d’un rêve – peut-être…

Avec des lumières – au loin…

Le monde usant, peu à peu, toute espérance…

Ce qui reste ; du désordre et de la confusion ; ce que le vide finit par grignoter – jour après jour…

Et la vérité conquérante qui – bientôt – viendra danser sur notre désarroi – sur notre nudité…

 

 

La lourdeur du monde – de l’angoisse – de toutes les peines qui s’ajoutent les unes aux autres…

Cela d’un côté ; et de l’autre – l’inconsistance – l’oubli et la joie – fragiles – et le regard qui, pour faire vivre cette perspective, doit, sans cesse, se réinitier…

 

 

Présent – dans cette faille – comme si l’on s’entêtait dans l’habitude – les yeux fermés – le front brûlant…

Debout – encore débout – malgré le manque de souffle et l’épuisement…

Sur le point de tomber – de sombrer plus bas encore…

Dans la parole et le pas – toute l’énergie condensée…

L’effacement – le seul geste à apprendre – la seule chose à faire – en ce monde – en cette existence voué(e) au deuil et à la disparition…

 

 

Des mots en vrac – dans le fouillis des phrases…

Quelques livres aux marges blanches…

Une œuvre sans importance…

Le plus simple – en soi – naissant ; l’essentiel – sans doute…

Au plus près de ce qui apparaît – à l’intérieur…

Quelque chose qui frappe – comme un coup de vent – parfois, comme un coup de poing…

Quelque chose qui passe – comme au-dehors ; à mesure que le temps nous défait – nous dissout – nous égare ; l’esprit déjà ailleurs – depuis (bien) longtemps…

 

 

Parmi les choses – la terre remuée – fouillée…

Le souffle chaud des bêtes dans l’air matinal – cette discrète (et pacifique) façon de tenir tête aux hommes – de résister à leur tyrannie…

Des traces infimes – particulières ; toutes les existences que le monde corrompt…

Des âmes vides sur des rochers – presque toujours vacillantes…

 

 

Le rire des hommes en voyant leurs mains rouges – les corps sans vie entassés – comme une fête terrible et diabolique ; l’ardeur besogneuse – l’entrain des ensommeillés…

Et nos yeux tristes – et notre cœur en colère – et notre âme qui s’essaye à la neutralité et au surplomb – témoins de cette barbarie…

 

 

Discret – comme la fleur sauvage que nul ne voit – que nul ne prend la peine de regarder – que l’on piétine ou que l’on arrache sans y prendre garde – comme si elle n’existait pas…

Et toutes ces bêtes – et toutes ces têtes – qui passent – l’âme absente…

Un monde rempli et dépeuplé…

Des mots – des lignes – des pages – une parole pour le vent – le seul habitant de ces rives désertes et poussiéreuses…

Le temps d’un sourire ; et tout aura déjà disparu – envolé – volatilisé…

Pas même le temps d’une saison – comme la fleur sauvage qui n’existe pour personne…

 

 

Prisonnier(s) de la nuit – de la lumière…

Au centre de la cage aux barreaux si serrés ; entre la mort et les chimères – notre détention…

Et l’autre versant de l’esprit – désert et vierge – qui nous appelle ; un par un – sur ces sentes difficiles où nul ne se rend de son propre gré…

 

*

 

La lumière à mesure que la confusion et l’indistinction progressent…

Qu’importe la couleur de l’âme – la couleur du monde – qu’importe la pierre où les pieds se posent – les lieux où l’on aimerait demeurer…

Tout nous investit à mesure que l’on se désengage…

De la transparence dans nos gestes pleins – habités…

Des bouts de soi – sur tous les fils que l’on tire…

Les frontières qui disparaissent ; et le rire qui se fait plus ardent…

Comme une longue glissade sur le sable – en silence…

 

 

A force d’épuisement et de lassitude – la gorge serrée – la main et le pas – si difficiles à suivre…

La marche et la parole – déformées à force de volonté…

La pierre extrêmement friable sur laquelle reposent les jours…

 

 

Une lente dérive – quelques arrangements temporaires…

Et la lumière – encore – toujours présente…

L’espace nu et indemne ; l’immensité que la parole et la pensée ne peuvent circonscrire…

La transformation de l’épaisseur ; les prémices de la transparence…

Les yeux dehors – à l’intérieur…

Comme si la conscience parachevait la confusion du monde – des esprits ; et les âmes si heureuses – si involontairement acquiesçantes…

 

 

Et ce bleu – et ce vert – et ce vent – à la place du sang…

Un autre oxygène – une autre respiration – à hauteur de cimes – aux allures d’envol – à l’envergure incomparable – au-delà des terres communes – aux confins d’un espace auquel on accède trop rarement…

 

 

La conformité des paroles et des usages…

Des images – des éclipses – de l’absence (beaucoup d’absence)…

Quelque chose de massif et d’assidu…

Des mots et des gestes que l’on répète – que l’on voit partout – que l’on a appris dès l’enfance…

La réitération mécanique de la crainte – de la lutte – des territoires à défendre et à conquérir…

Nul – jamais – qui s’interroge ; nulle chose – jamais – interrogée…

Des objets et des visages ; et la fin du monde après nous…

 

 

Congédié par tous – exilé de toutes parts – exclu de tous les jeux – de tous les pièges (et de toutes les balivernes – aussi – bien sûr)…

A la merci de ce qui s’approche – de ce qui surgit ; et toutes nos ressources – notre seule richesse – à l’intérieur – offertes elles aussi…

 

 

Rien que l’exigence des pierres…

Notre vie au-delà de la vue et de la prétention…

Derrière la crainte – derrière la neige – derrière la mort – ce qui se présente – et non ce que nous imaginons…

Hors du monde – des ombres et des visages…

De l’autre côté – sur le versant opposé à cette terre où ne fleurit, au milieu des amours perfides et criardes, que l’indigence – l’infamie – la décadence…

En ce lieu – au-dedans – où règnent l’infini – le silence – l’éternité ; la vie pure – affranchi(e) de la crasse dont on a coutume de l’enrober…

A l’origine – là où s’initient tous les commencements ; au cœur de la matrice qui fait naître tous les élans que nous devons accompagner jusqu’à leur terme aussitôt que nous quittons le centre…

 

*

 

On s’efface ; et, avec nous, le temps…

Exit donc la vitesse et la durée…

Du fond des âges – ce cri – enfin libéré…

A la fenêtre – personne – l’éternité…

 

 

Le visage de l’âme – du monde – que dessine la danse entre l’encre et la main ; la nuit et le jour dans la paume – tantôt noire – tantôt bleue…

Et la page – comme une peau sensible – une peau fraîchement tatouée ; la joie nécessaire et quelques malheurs – à peine de quoi faire un peu de littérature…

 

 

La nuit enterrée – le trou obstrué…

Et le vent – et le sable – et l’envol des âmes au-dessus des dépouilles délaissées…

Le jour à l’envers – le ciel vide – les tombes vides – la terre froide…

Les vivants sans tristesse – sans mémoire ; le défilé des figures terreuses et fatiguées…

Et au-dessus de la longue procession – une odeur de vie passée – de vie déjà vécue ; la mort qui rôde au-dessus de ceux qui respirent (encore un peu)…

Des hauteurs jusqu’à l’agonie – jusqu’au fond de la terre ; et, trop souvent, la remontée impossible – comme un manque (patent) de souffle et de verticalité…

 

 

Des traces – au seuil – moins que l’absence ; rien – peut-être…

Et nos forces qui s’amenuisent – qui, peu à peu, nous abandonnent…

La cécité qui s’aggrave – qui transforme tous nos gestes en risque avéré…

Partout – le déploiement du deuil ; le règne éternel de l’indigence – de la pauvreté…

Jusqu’à la fin – et au-delà – nous tournerons autour de nous-même(s) – en déséquilibre ; le dehors tout boursouflé à force de coups et d’orgueil ; et à l’intérieur – comme une infirmité récurrente – un déficit permanent – sans doute – la pire des malédictions…

 

 

Le vent – dans les veines – les nuages – circulant au milieu du ciel – du sang – dans la chaleur moite du corps – sous la chaleur accablante du soleil…

Des choses éparses – les unes parmi les autres – comme les visages et les noms – rassemblé(e)s parfois en totem – à la manière d’une prière pour conjurer la douleur – la somme des pertes non consenties…

Les premiers pas – le prolongement de la confiance ; et l’accolade de l’incompréhension – comme un clin d’œil – un encouragement à continuer – à enfoncer l’esprit (plus avant) dans la confusion…

En un éclair ; ne plus être – disparaître – devenir le lieu même de la perspective…

 

 

L’allégresse et le labyrinthe – étrangement entremêlés…

Et, parfois, ces heures malencontreuses tournées vers le passé…

Ici – le jour ; là-bas – la nuit – comme s’il y avait quelqu’un pour trancher – comme s’il était possible de séparer ce qui commence de ce qui finit…

 

 

Au fil des tempêtes – des embellies…

Une clameur – au loin – venue des profondeurs – des entrailles de l’âme – peut-être…

Le renouvellement de toutes les réciprocités…

La vérité et le désespoir – dans la même danse – le même baiser…

 

 

A l’intérieur – ce qu’a toujours offert le monde ; et plus haut – l’impossible qui, peu à peu, se matérialise…

Le précieux labeur des vagabonds qui sèment partout la beauté et la confusion pour initier les hommes aux visages de l’au-delà – à l’invisible sans hasard qui organise les destins…

 

*

 

On est là – face à soi – libre ; porté par les courants naturels – au seuil d’un espace inconnu – on ignore où exactement ; comme un engloutissement – une évaporation – un délitement – comment dire ; la consistance qui se défait – qui se désagrège – l’enveloppe et les frontières devenues soudain inutiles…

Soi et le monde – indistincts ; une sorte de continuité…

De l’intérieur – une ouverture ; un prolongement – sans assurance…

Une fragilité ; une zone où l’on s’enfonce – qui se déploie…

La matière parfaitement perméable et vivante – au relief accidenté – avec des plis – des pics – des failles…

Le corps du monde – mu par le besoin et la nécessité du mouvement…

De la roche et de la boue qui bouge – quelque part ; comme des éclats – du magma – de la lave ; ça crépite – ça jaillit – ça coule – ça éclabousse – ça s’établit (très) provisoirement…

Nous sommes cela – qui se construit – qui s’effondre – qui se transforme – qui disparaît ; ces choses – cette chose – qui, sans cesse, se réinventent…

 

 

A travers nous – les murs et la lumière – le labyrinthe et le ciel en (permanent) dialogue…

Les yeux qui voient – les yeux fermés…

Le regard – les caresses et les carcasses…

Ce qui veille sous le sommeil…

Et notre parole – comme un jaillissement – une infime coulure – quelques traits dérisoires sur le sable noir…

Et les jours comme de l’eau – des vagues qui s’étalent – qui nettoient et s’en retournent – pour que rien – jamais – ne dure ; pour que tout – toujours – recommence…

La danse – les larmes et le rire ; presque rien – à peine quelques traces de nos existences (de toutes nos existences) si pitoyables – si merveilleuses…

 

 

A demi-mot – seulement ; et la tête baissée…

Le temps inerte – figé – du naufrage commun…

Le cœur triste et miraculé – que l’on a pris en otage – et condamné au piquet – puis, à la potence…

Et ce besoin incessant de poésie – comme un appel – un sursaut – une possibilité de survie ; quelque chose au-dessus de l’abandon…

 

 

Le cercle diagonalisé et les pieds ancrés au sol…

Entre chaque souffle – nous autres les vivants – nous autres les mortels – furieusement enchaînés à la surface…

Et parfois – dos au mur ; à la merci de tous les possibles – fort heureusement…

 

 

Des couches de tristesse et de joie – superposées – accumulées, à notre insu, comme la somme (intérieure) des expériences…

Un amas très fâcheux – en vérité – qu’il serait sage d’oublier…

 

 

Ce bleu – immuable – sans impatience – dressé au loin – comme un décor – une image – un totem devant lequel certains s’agenouillent et d’autres vacillent…

La main appliquée – comme les mots et la langue qui s’obstinent sur ces pages…

Un geste insolite et, peut-être, désespéré ; une manière d’éloigner le monde – de goûter la vie avec mille précautions et de repousser (illusoirement) la mort…

Le signe d’une délicatesse et d’une frilosité – peu appropriées ; la preuve patente d’une infirmité qui nous éloigne du réel – et nous prive de toutes ses saveurs – de toutes ses aspérités…

 

*

 

Rien ne tient (bien sûr) ; tout s’effrite…

Le monde ; de la poussière – un peu d’épaisseur…

Le savoir ; un piège – une farce – ce qui éloigne (inéluctablement)…

Les créatures – un peu d’eau – un peu d’air – un peu de terre – un peu de feu – provisoirement (très provisoirement) mélangés – de la matière qui s’agite – qui tourbillonne – qui s’effiloche – qui se désagrège – qui disparaît…

Le temps – figé ou déjà en ruines…

Et ce qu’il reste ; presque rien ; une présence – un regard – un geste – au moins comme possibilité ; l’essentiel peut-être – et qui s’évanouit déjà…

L’incomparable beauté de l’existence – sa fugacité – sa fragilité – son inconsistance…

L’instant – sans mémoire ; l’expérience directe et simultanée de l’être – du monde – des choses…

 

 

Le plus nu – à la manière d’une joie – emporté(s) comme le dehors – sans comprendre…

Mélangé(s) au fatras – au magma – à l’indistinct…

Vivre – sans jamais s’extraire ; se fondre toujours davantage…

 

 

Le monde comme un soleil rouge – des pages que l’on tourne – le vent peut-être – le vent encore – toujours lui – porteur de tous les possibles…

Ici – en même temps que le reste – ingénieusement assemblé(s)…

Sous le ciel et ses longues traînées blanches – ce que nous sommes et notre image – le reflet de personne…

La vie qui passe – simplement…

 

 

Un bain de chances et de possibles où l’on ne rencontre (bien sûr) que la perte et la mort – ce qu’il nous faut vivre pour inverser le regard – transformer la perspective (si d’aventure cela s’avérait nécessaire)…

Sortir de la tiédeur – sans retenue ; retrouver ce qui, en nous, respire de manière naturelle et spontanée ; le plus sensible – le plus vivant – cette étendue oubliée depuis trop longtemps…

Ce qu’il nous faut rejoindre et redécouvrir pour vivre (pour apprendre à vivre) au-delà de notre humanité…

 

 

Obstinément – vers ce bleu entrevu…

Sans aptitude particulière – le front (seulement) fidèle aux vents qui tournent – aux nécessités nouvelles – à cet axe très ancien qui nous enjoint de poursuivre le voyage jusqu’à la fin de l’expérience…

 

 

La tête baissée – le long du mur – désespérément…

La flamme de l’insuffisance – dans le regard – terrible – éclatante…

L’âme acharnée – si peu audacieuse – dans son itinéraire et ses initiatives…

La terre parcourue – le monde fouillé – de fond en comble – systématiquement…

Les mains vides et les yeux tristes…

L’affliction durable des hommes – dans la proximité incessante d’un Dieu patient qui échappe au temps et aux vicissitudes du monde…

 

 

Habile – sans crainte – face au monde…

L’âme bercée par le jour – au milieu des choses…

Des pensées – dans le même circuit – désactivé(es) – hors tension…

Le sommeil de plus en plus favorable…

Dans notre chair – ces âpres combats – aussi virulents qu’autrefois – mais acceptés – à présent…

Le ciel au-dessus de nos amours hirsutes – infirmes – embarrassantes…

Et ce qui veille au cœur de l’attente…

Ni espérance – ni paresse ; l’essentiel – sans doute…

Le regard qui – l’air de rien – jauge notre aptitude – nos gestes – notre maturité – pour savoir s’il peut, de temps à autre, apparaître et se laisser approcher ; s’extraire de l’abstraction et des cercles de l’imaginaire pour devenir soi – nous – Dieu – le monde – cette entité trinitaire parfaitement unie et équilibrée – savoureusement vivante…

 

 

Le jour scintillant – la douceur d’un visage autrefois familier…

Par la fenêtre – l’aventure singulière des corps…

Des chants et des rencontres parmi ceux que l’on définit (en général) comme des créatures infréquentables…

La danse des âmes qui – partout – sèment l’entrain et la joie au milieu de la discorde et de la confusion…

Et notre rire – comme un clin d’œil – une chance – au milieu de l’absence – la possibilité d’une existence malgré la folie environnante…

 

 

Un espace de servitude que l’habitude dissimule…

Suffisamment éloigné(s) des Autres pour nous imaginer libre(s) ; et trop stupide(s) pour distinguer les barreaux invisibles de notre geôle…

Des paroles, parfois, qui nous parviennent du plus lointain…

L’hiver et le silence qui pénètrent (avidement) la chair…

Au cœur d’une solitude que l’on dévisage – puis, que l’on interroge…

Une manière de ralentir et de s’extraire ; un pas de côté déterminant…

La profusion des idées et des choses – jetée(s) par-dessus bord…

De plus en plus léger(s) ; et cette blancheur au-dedans que l’on prendrait presque pour de la neige…

Parvenu(s) peut-être jusqu’aux premières hauteurs d’un ciel éclairé – épargné par nos reproches et notre malice – libre de nos désirs et de nos intentions…

Et le monde – comme un esquif fragile – le mât en feu – la voile déchirée – dérivant dans une minuscule flaque d’eau ; et cette escalade (un peu folle) qui nous épuise et nous métamorphose – à moins – bien sûr – que nous ne rêvions encore…

 

*

 

Rien ni personne – comme une évidence – merveilleuse pour l’esprit – terrifiante pour la psyché ; et nous qui oscillons encore ; rien d’une hésitation – l’alternance comme un voyage…

 

 

Simple – sur la pierre retournée – l’autre terre – l’autre ciel – la respiration et le rire ; l’essentiel au dos des instincts…

L’enfance et la profondeur ; et ce silence sans espoir – sans pesanteur…

Ni peur – ni manque ; le monde dessaisi – le dehors comme notre chair…

Les mots – dans les interstices du réel ; à leur place naturelle ; ni contrepoids – ni compensation – et moins encore une issue imaginaire ou un réconfort…

La pesanteur nécessaire à l’inconsistance – peut-être…

 

 

L’air que l’on respire – plus large – plus bleu – comme le nom des territoires et des horizons inconnus…

La continuité du sable et des naissances ; le mouvement le plus naturel qui soit…

Ici – ailleurs – à présent – de tout temps – engagé(s) dans tous les gestes du monde – emporté(s) par ce qui s’impose – parmi ces têtes encore gouvernées par le désir…

Le cours des choses ; la houle et les vagues – le désert et les pluies torrentielles – tout ce qu’il nous faut traverser…

Vivant(s) – au milieu des Autres – ainsi dit-on chez les êtres humains…

Présent(s) – seulement peut-être – à la fois comme limite et comme opportunité…

Allant – sans jamais s’arrêter – sans jamais pouvoir échapper aux répétitions et aux recommencements – au besoin d’explorer le vide et l’épaisseur…

Un œil sur l’être ; et l’autre sur le chemin…

 

8 février 2022

Carnet n°270 Au jour le jour

Mai 2021

Le tournis du monde – le vent qui nous hante – les hauts murs et les volets fermés au fond des choses…

Le bruit que nous faisons en vivant – en essayant de vivre…

 

 

Des gestes voilés qui se fondent dans la noirceur des eaux…

Sans bruit – parmi la masse sombre des ombres qui nous précède ; et qui nous suit…

Quelques étoiles – la seule lumière (malheureusement)…

La pluie qui ruisselle – comme les souvenirs – entre nos tempes…

Le recommencement du même rêve – l’esprit englué dans la même histoire – et qui s’acharne – depuis le premier jour…

Face à l’indifférence et aux moqueries des Autres…

Tant d’appels et d’invitations à demeurer seul – hors de tous les cercles fréquentés…

 

 

En nous – la fenêtre et le silence…

Ce qui nous éloigne de cette terre si prosaïque et de ces esprits si abstraits…

L’envergure et la beauté du monde – à l’intérieur – suffisantes…

Une longue suite de circonstances qu’il serait vain de relier selon ses propres lois…

Des pierres – des arbres – des fleurs – et de (très) rares visages – notre tête-à-tête (quasi) permanent avec des choses insensées…

L’invisible – comme une fête – et cette étrange rencontre avec l’enfance commune des peuples…

Les premiers pas de l’homme, peut-être, sur cette longue route qui mène vers l’inconnu…

 

 

Un amas de rêves sur nos blessures – une manière de vivre et de faire entendre sa voix…

Un feu immense – visible depuis l’autre rive du monde – une manière d’offrir un peu d’éclat aux reflets du miroir…

Sous la coupe des images – toujours – quoi que nous fassions…

 

*

 

Le corps engrené – manière de devenir…

Plus qu’un double – une potentielle démultiplication…

La chair de la chair – à l’infini – tant que l’on peut ensemencer…

L’ancien qui se renouvelle – la matière qui se perpétue…

Acharné(s) – malgré les obstacles et les difficultés…

Inscrit dans les gènes – sans jamais renoncer…

 

 

Dans le frémissement du jour – le futur possible – potentiellement éclairé – potentiellement lumineux…

Et ici – sous les carnets – ensevelie – la parole ruisselante…

Notre manière de témoigner du chemin et de la perte ; notre manière de nous abandonner…

 

 

La simplicité du geste et des mouvements…

Le monde qui se déploie avec élégance…

La grâce des hanches qui se touchent – qui se chevauchent – hors du cycle conjugal…

Des cercles qui se reconstituent…

L’âme – au-dedans – qui se redresse à mesure que la tête s’incline – à mesure qu’elle apprend à s’incliner…

Par-delà la nuit – nos ruses – notre manège – nos manigances…

Le poème qui se décline selon l’inclinaison du silence (ressentie en chacun) – l’accord parfait quelle que soit la couleur de l’âme ; le triangle d’or – l’inversion du théorème sans le moindre calcul – sans la moindre équation – comme un arrachement nécessaire pour gagner les hauteurs – et cet angle admirable – au faîte de la destruction – l’antre de la douceur ; le souffle en appui sur son socle…

 

 

L’âme fouineuse – arpentante – les yeux et les mains dominés par la curiosité…

Toutes les circonstances de la terre – à nos fenêtres…

Plus loin que là où porte la vue (fort heureusement)…

Au-delà du rêve et de l’enfance…

Au-delà des blessures et de la boue indigène…

Au centre de l’étendue parfois aquatique – parfois terrestre – parfois aérienne – selon les jours et la disponibilité…

Au cœur de cette perspective horizontale qui refuse tous les privilèges – toutes les hiérarchies ; les choses et les visages du monde (enfin) à égalité…

 

 

Ce que nous buvons – à petites gorgées – plongé(s) dans les flammes…

L’or de la solitude – comme des grains de sable collés sur la peau ; les seules guirlandes de la fête – l’unique vertige que nous nous accordons…

Et cette voix – au fond de la poitrine – qui entonne ce chant décousu – discret – indistinct ; un murmure dédié aux habitants des interstices – au petit peuple des thébaïdes – à tous nos frères ermites et nomades…

 

 

Cette présence plurielle – protéiforme – tantôt à nos côtés – tantôt devant nous – tantôt derrière – parfois au-dessus – parfois au-dedans – selon les circonstances – les nécessités et les défaillances…

Parfaitement superposée – encore (bien) trop rarement ressentie…

En silence – à nos pieds ; et nous – humble(s) – honnêtement agenouillé(s)…

La justesse et la joie – infigurables…

L’homme et le Divin – très humainement emboîtés…

Le regard et l’étreinte – la juste intimité…

L’invisible et la matière que nous réussissons, peu à peu, à apprivoiser…

 

*

 

La feuille et la pierre qui feignent le combat – de précieux alliés en vérité – des compagnons d’éblouissement – déréglés, si souvent, comme s’il nous fallait expliquer le monde et le poème…

Une seule foulée – un seul mot – suffirait – et nous laisserions les érudits commenter…

Du côté des sages qui ont déserté le langage pour inscrire (avec humilité) leur présence sur le sol – le ciel (le grand ciel) perdu au fond de leur regard (paisible et perspicace)…

 

 

L’enfance – socle de nos vertèbres – soudain interdite – retirée – que l’on a fait chuter et disparaître…

Et nous – à terre – à présent – tout avachi(s) – tout cabossé(s)…

Plus ni chair ni verticalité ; un peu de matière – sans ossature ; amas informe(s) et ramolli(s)…

 

 

L’infini rompu par nos mains déloyales – infidèles – corrompues…

Tout – ce que l’on a extorqué aux Dieux et à la lumière…

Et ce que l’on continue d’ignorer – inconscient(s) ; les silences dans la voix – la perspective sur les pages…

La tendresse oubliée au profit des apparences et de l’efficacité…

Sans alternative – les bas-fonds qui persistent à encenser le meurtre et les paroles définitives déguisées en (fausses) vérités dont les foules aiment se parer pour paraître davantage…

Et nous – nous éloignant – le livre (tous nos livres) à la main – seul – définitivement seul – le chapelet des espérances jeté (sans ménagement) dans les eaux noires (et purulentes) du monde…

De moins en moins homme – à mesure que s’effiloche notre sympathie pour l’humanité…

 

 

Des choses simples…

Un chemin – comme une terre mature…

Ce qui va et vient – à travers le corps et la psyché…

Le cœur sans possibilité d’exil…

Le juste équilibre entre l’invisible et la matière…

Notre présence – joyeuse – mystérieuse – impénétrable…

Et cette inclinaison à l’intermittence ; ce qui est – toute forme de vérité…

 

 

Le jour – à demi…

Et pas si ardente la fièvre…

A peine – quelques restes de folie…

Aucune certitude – notre seule offrande…

Une âme et des lignes – sans destin…

L’effacement et la dissolution – comme seules possibilités…

 

 

Aucun Dieu penché sur nous – à l’extérieur…

Une présence – en soi – à découvrir – à éprouver…

La part qu’il faut abandonner à la lumière – à l’incertitude – à la poésie…

Ce qui fait naître les gestes amoureux…

Le regard sans la nécessité des lèvres pour éloigner la pudeur et la grossièreté…

Nos adieux au rêve et à l’indifférence…

Contraint de laisser les Autres piétiner au milieu du chemin…

 

 

Au cœur du vide qui nous précéda…

L’aube – au-dedans – et le jour sur les bêtes soumises à toutes les tragédies…

La transparence au fond de l’âme – au fond des choses…

Au plus haut – peut-être – du retrait – là où règne le regard – notre capacité à aimer et à percer tous les secrets…

Nous – au milieu des ruines et des Autres – illuminé(s)…

Sans appui – dans une sorte de posture involontaire et incompréhensible…

 

*

 

Comme un nœud – au fond du cœur – le ciel et la matière emmêlés – un peu de lumière cachée que la parole essaye de découvrir – de décrypter…

Dans le noir – ainsi commence – et se poursuit – le voyage ; et ainsi s’achève-t-il trop souvent…

Les danses du corps et la folie de l’âme…

Nos refus – en désordre – toute la panoplie des postures…

Ce que révèlent les apparences…

Et dans les profondeurs – en réalité peut-être – l’absence absolue et inaugurale qui se décline et se perpétue – qui se prolonge de toutes les manières possibles – comme un long et lent glissement jusqu’à la dissolution totale – jusqu’au vide premier – initial…

Des corps à corps – sans la moindre cruauté…

L’accord – de bout en bout – jusqu’à l’apothéose finale qui achève le cycle et annonce (bien sûr) le suivant…

 

 

Rien qu’une cassure – ce qui nous distingue…

Mortel(s) – contrairement à l’espace ; de simples traits dessinés avec ardeur – sauvagerie – obstination…

La stricte conséquence de la nécessité métaphysique

Des lignes forgées sur le feu – par les flammes – jetées dans le brasier du monde et se transformant, peu à peu, en cendres…

Ce qui se célèbre dans l’efflorescence et la dévastation…

La chair rongée – le sang séché…

L’âme qui abandonne, peu à peu, ses calculs – ses tristes cumuls – responsable – enfin – prête pour se laisser guider jusqu’au point central – au cœur même du voyage…

Sans ruse – sans distance – sans arrière-pensée…

Entre les lèvres – entre les lignes ; des traces d’impossibilité et de transformation…

Dans le sens du ciel – peut-être…

 

 

L’air et la parole suspendus – au-dessus du sol – entre terre et ciel – piégés par le mouvement naturel du monde ; la seule ossature peut-être – le vide et le verbe…

Dans la proximité des âmes et des corps…

 

 

Les battements du cœur – des bruits d’ailes – sur l’envergure inconnaissable de la feuille…

L’arbre devant nos yeux…

L’âme attentive…

La main offerte aux couleurs – instrument docile du geste naturel…

La spontanéité comme la seule loi possible…

La ligne brève ou qui s’étire – selon les nécessités du monde et du langage ; qui peut (réellement) savoir…

 

 

Ce que corrompt le sommeil ; et ce qu’il charrie avec lui – dans ses eaux troubles – ses courants souterrains ; des rêves solides comme de la roche – des songes aux allures d’horizon…

La verticalité de plus en plus lourde ; et l’affaissement (progressif) de la structure…

La chair qui se ramollit…

L’effondrement transitoire et l’émergence de la perspective manichéenne ; le monde en noir et blanc – la parole péremptoire ; la réalité qui se dessine – croyons-nous ; la solidification des illusions – en vérité…

Les heures successives que l’on tente d’entasser ; des frontières et des peuples qui s’abritent – qui s’affrontent…

La terre tribale et le ciel vengeur…

Des monstres et des idoles…

Ce qu’il nous faudra encore affronter…

 

 

Serré contre soi – ce que nous détestons – ce que nous refusons (obstinément)…

L’inquiétude qui nous précède (et dont nous héritons)…

Prémices de la conscience – simple cognition (restrictive encore)…

Un pas dans un lieu toujours désert – toujours inhabité…

Le seuil du soleil et du silence – très loin devant nous…

La pupille dilatée – hôte de passage qui ignore celui qui demeure…

Assigné à résidence entre le rêve et la transparence du monde…

Et cette part, en nous, qui s’efface pour accueillir ce qui se manifeste…

La fenêtre ouverte comme la seule expérience possible…

La difficulté des choses à se révéler ; la possibilité des âmes à éprouver…

 

 

Du feu en excès – non consenti – comme une forme de prolongement de l’origine (un peu capricieuse)…

De toute évidence – le monde – une terre inconnue ; et l’invisible dont si peu ont conscience…

 

 

Des pans de réel qui apparaissent entre les voiles déchirés – des monceaux d’étoiles suspendus au néant…

Le vide – d’un monde à l’autre – à travers les yeux ; toutes les perspectives étalées…

Ni sommet à atteindre – ni montagne à gravir – des voûtes parcourues par le regard et la parole – notre silence et nos murmures…

Sur le sol – des pierres et des pas, peu à peu, affranchis des rêves et des règles édictées pour les habitants des rives trop peuplées…

Un espace sans débris – sans détritus ; une aire vierge et d’envergure qui rend possible la joie et la poésie…

 

*

 

Le temps rapiécé – malgré les gardiens du temple – la surveillance de tous les Dieux inventés…

Le vaste monde – un ramassis d’histoires – un désert – un néant…

Et les hommes qui continuent de pisser contre les arbres et de gratter la terre – comme toutes les bêtes – pour marquer leur territoire – et qu’importe s’il tient à une ligne minuscule dans le grand livre des vivants ; la même hargne que les hyènes qui défendent leur carcasse ; la même blessure – la même chaîne – la même faim ; le terrier et le règne de la terreur…

 

 

L’esprit aussi partisan que semblent neutres les événements…

Des mouvements – collusions et collisions…

Des ruptures et des alliances – ce qui, sans cesse, s’échange…

Des itinéraires et des trajectoires…

Des éclats – des ajouts et des mutilations ; et ça continue, pourtant, de vivre ensemble – d’appartenir au même corps – perpétuellement changeant…

Des bouts – des fractions – des segments – assemblés avec le même liant ; un peu d’invisible et de matière mélangés – le jeu permanent des forces qui s’exercent au cœur du vide…

Serait-ce donc cela la folie – l’exubérance – le mystère – d’être au monde…

 

 

Ici – le même souffle qu’ailleurs – le même souffle qu’autrefois – le prolongement du même commencement – robuste – récurrent – inépuisable…

Le cycle de l’air et l’immobilité de l’essence – sans cesse transformés ; cet allant – cette ardeur – dans le cœur – le ventre – la poitrine…

Les mains qui s’abattent – qui se touchent – qui saisissent…

Le levier du vivant et ses mille conséquences ; l’étrange et interminable chaîne à laquelle nous appartenons…

 

 

La main qui s’avance vers le feu – le centre du monde…

Avec un excès de lumière – à l’intérieur…

Sous un ciel d’étoiles décoratives…

Et dans l’âme – cet encens qui brûle…

Des volutes sous les voûtes du temple…

Chargé(s) de pierres grises et rouges – sous les bras…

Un peuple d’images sans imagination…

Et la poésie pour essayer de dire le plus simple – l’essentiel ; ce que l’on voit – ce qui a été vécu – qui, peu à peu, forme la somme des expériences impersonnelles…

 

 

Le ciel des morts au-dessus des têtes…

A se frayer un chemin à travers les ruines – les ronces – les fleurs…

La bouche muette – le cœur dispersé par l’inutile – blessé par les coups du sort – les coups des Autres – ces forcenés qui cherchent un peu d’espace – un peu d’espoir – un peu de lumière et de nourriture – pour survivre au milieu des malheurs…

 

 

L’aube inaugurale – partout – dans l’herbe – entre les lèvres – dans cette parole qui se couche sur la page – au cœur de l’âme inclinée – dans cette interminable succession de gestes…

Quelque chose du mystère dans notre besogne terrestre…

 

 

De la joie à force d’obéissance – de marcher discrètement – humblement – incliné(s) – dans les pas (souverains) des circonstances…

 

 

L’enfance fragile – exubérante – un peu folle – qui accourt au-dedans – dans cet espace qui lui est, à présent, dévolu…

L’essentiel en quelques sauts – en quelques enjambées – le même sourire…

Le soleil et le ciel – à portée de main – sur la même rive…

Le jour et le cœur pas même obligés…

 

*

 

Dehors – partout – la même douleur…

Cette nuit et ces hurlements…

Un dédale d’impasses…

La vie durant sur le même échafaud – tantôt face à la corde – tantôt face au couperet – tantôt face au bûcher…

La matière immolée – sans spectateur – plongée dans la vacuité du monde…

Le vivant invité – répudié – chassé – et (inlassablement) réinvité ; se croyant libre – et (seulement) soumis – subordonné – obéissant…

 

 

Pente encore…

Des crêtes décimées…

Sur la ligne – la juste inclinaison…

L’équilibre entre le silence et la part (la plus) exprimable de la vérité…

L’intermittence et le provisoire ; des situations et des états ; mille circonstances simultanées…

La multitude – comme piégée par elle-même…

Sur le fil de l’incertitude – à pas libérés…

Ni rail – ni machine…

Le geste – la danse et le poème…

Entre terre et ciel – la joie – la posture la plus naturelle de l’âme…

Le feu et la lumière – la seule alliance possible au cours de cette étrange traversée…

 

 

Des signes et du silence – à la lisière du jour – sur la page (autrefois si enragée) – à la place de la fureur et du sang séché…

L’approfondissement du vertige plutôt que l’étourdissement…

Les ailes déployées à travers le ciel sans secret…

Aussitôt arpenté – aussitôt noté – aussitôt effacé – (très vite) oublié…

L’être qui dissipe ses propres visages – sa propre voix ; le permanent mélange des identités…

Pas même le désir d’un nom ; habité par l’évidence du déclin et de la décomposition des choses…

Hors de tout gisement – hors même du labyrinthe – le mot – l’envol et la foulée ; comme si nous apprenions, peu à peu, à vivre au-dessus du tumulte du monde…

 

 

L’absence de jour – dans nos yeux aveugles – dans nos gestes rêches…

Des existences bouleversées par l’âpreté (et la complexité) du monde…

A défaut de ciel – le sommeil qui abonde…

Un peu de terre par-dessus la terre…

Et cette manière d’être présent – de plus en plus lumineuse – à mesure que s’éteignent les étoiles…

Au fil du temps – de moins en moins de rêves et de mensonges…

 

 

Des lieux de surprises et de volupté…

Des interstices – entre les lettres et les lignes ; notre respiration…

La porte ouverte – en permanence…

Une halte quasi définitive – au seuil de l’autre monde…

Ce qu’offre la solitude ; l’affranchissement (progressif) de tous les poids…

Au rythme de l’extinction des promesses et des illusions…

Le silence de plus en plus proche – palpable – vivant…

De jour en jour – le plus intime qui s’apprivoise – avec de moins en moins d’appuis et d’artifices…

L’œuvre essentielle et quelques contingences nécessaires…

L’âme et la nuque qui se débarrassent, peu à peu, de leurs charges ; la tête et le dos qui s’allègent – sans le moindre cri – sans la moindre douleur…

Le corps et l’esprit qui apprennent à côtoyer les cimes…

Dans la proximité curative du vide…

 

 

La beauté – au-dedans – mûrissante…

Au cœur du regard – qui donne au monde sa couleur et sa lumière…

Les rives et le gris qui s’éclairent…

Une longue série de miracles à la place du mystère…

 

*

 

L’œil passionné – l’âme envoûtée – à danser au milieu du feu – la chair qui brûle – entre le soleil et le fouet – ce qui nous anime…

La fureur du vent sur notre (misérable) assise – nos tentatives pyramidales…

 

 

Ce qui se répète – jusqu’à la sauvagerie…

L’innocence et l’infini – à intervalles réguliers – par saccades…

Un flot tournoyant…

Et, entre deux cris, l’étouffement – le rapprochement des murs jusqu’à la mort…

 

 

La vie – le monde ; la lumière entre parenthèse – à l’exception de quelques étoiles dans le ciel noir et les yeux malheureux…

Ce qui crépite dans les flammes…

Ce qui prolonge l’agonie – la douleur – cette noyade déjà (bien) trop lente…

Un reste de ciel – dans la matière – qui se désagrège…

 

 

Sur un fil – derrière ces murs que nul ne voit – les mains plongées dans leur besogne ; l’âme et les lettres – la montée du jour – l’absence de choix – la volonté libre – sans procédure – sans arrière-pensée – ce qu’imposent spontanément les circonstances…

Les remous naturels de la trame…

La puissance du souffle jusque dans les recoins les plus reculés de l’étendue…

Et l’immensité parfois réduite à un point minuscule – d’une infinie densité…

Comme une effraction du jour dans la nuit ordinaire du monde ; arbres et bêtes interpellés par le rôle (incroyablement modeste) du poète face à l’obscurité – au bord du précipice – à l’intersection de tous les cercles – sur toutes les rives à la fois – en déséquilibre – entre le mot et la vérité – entre l’absence et la lumière ; et ce goût pour la parole incarnée ; quelques lignes dans la blancheur et le silence – sans le moindre destinataire…

L’immobilité et le mouvement – le vide et l’abondance – consacrés sans désir – sans effort – sans restriction – comme un geste naturel – le seul, peut-être, qui (nous) soit essentiel…

 

 

Ce qui jaillit du bleu – la surface du monde – les éclats de voix – les reflets de la lumière…

Toutes les étreintes nées du premier désir…

Toutes les violences nées de la force brute…

Le juste équilibre entre le feu et la mort…

 

 

Nous remuons ciel et terre pour un trésor dissimulé ailleurs ; dans le souffle et le sang – au centre – partout disséminé à l’intérieur…

 

 

Des bruits de chaînes et d’étoiles – le monde clos et l’immobilité des voyageurs ; comme s’il suffisait d’attendre l’effacement et la lumière…

 

 

L’ardeur hésitante face à l’angoisse – son poids et son envergure – sa manière de nous envahir – de réfréner tout élan – de réduire à néant la moindre velléité – comme si l’on pouvait, en un instant, s’affranchir des œillères et du sommeil…

 

 

Les pieds au-delà de l’innocence…

Toutes les volontés du monde – rassemblées – unifiées – alignées – au centre – au fond – du regard…

La foulée précise – errante ; et le geste involontaire…

La lumière et la spontanéité – ce qui chapeaute la matière et le monde…

 

 

Un peu de tendresse – au-dedans ; ce qui nous caresse et nous éclaire ; plus secourable et opérant que toutes les consolations terrestres…

 

 

Le jour à la chaîne – comme le reste ; soumis à la récurrence du cycle…

Et cet œil – en surplomb – plongé au cœur du monde – au-dedans des êtres et des choses – qui échappe aux circonstances et au temps…

 

*

 

A chaque instant – la tentation de l’absence – les habitudes – le recours aux Autres – la facilité à portée de main – dans la poche – accrochée à la ceinture – au plus près de soi – toujours – comme le reflet de ce que l’on porte – à l’intérieur ; ce goût si prononcé pour le confort – pour tenter de rendre moins rude et moins âpre cette attristante (et douloureuse) existence…

 

 

Aux frontières de la rage et de la faim…

Une image – en nous – qui s’enroule sur elle-même tant elle prend de place dans nos vies…

Une manière de s’enfoncer en soi – en retournant tous les piquants de l’âme et de la psyché vers l’extérieur – histoire de blesser le monde et d’épargner son cœur…

 

 

A nous morfondre dans l’inquiétude – cette angoisse sourde du devenir – comme si nous pouvions influer sur le destin – avoir le choix des ornières et du chemin – des circonstances et des visages rencontrés…

L’existence froissée – et les angles morts qui deviennent, peu à peu, des coins où l’on vient se réfugier pour ne pas voir ; aller dans la vie et sur l’échafaud comme des aveugles – avec une cagoule sur la tête – les yeux fermés sur le monde et la mort – sur les ravages des Autres et du temps…

 

 

De souffle et de sang – à chaque instant passé – de la première à la dernière heure ; chaque jour – chaque existence – reflétant le désir et la peur de vivre (et l’angoisse de la mort) – trop souvent – notre seule façon d’être au monde…

 

 

Cécité fléchissante – sans ardeur…

Dans l’obscurité du sommeil…

Des souliers qui s’entrechoquent…

La respiration effrénée…

Des étoiles que l’on pointe du doigt – comme tous ceux que la vindicte populaire juge coupables…

Seul – en attendant l’aube…

 

 

Un refuge auprès des arbres et des bêtes…

Tous – voyageurs parmi les pierres…

Habitants des interstices fuyant les offenses et les atrocités des masses humaines…

Dans nos cachettes – sur les chemins…

A l’abri des chaînes – de l’asservissement…

Un chant – au fond de la gorge – aussi naturel que le silence…

Le monde sans espérance…

 

 

Une longue veille derrière nos murs de pierres et de ronces – tous nos remparts forestiers…

Sur l’aire des sans concession – aux marges du monde habité – le territoire sauvage…

Au cœur des buissons – en ce centre où règnent l’essentiel – les choses les plus simples – toutes les nécessités naturelles…

Parmi les Autres – en silence…

Sous le ciel – les feuillages et les chants d’oiseaux…

Et la lumière qui, selon les heures, éclaire notre visage – nos gestes – notre labeur…

 

 

Là où commence(nt) le jour – les flammes – l’esprit incandescent – la chaleur et la clarté ; ce qui brûle à l’intérieur ; le regard limpide qui éclot – qui apparaît ; et le monde – au-dehors – qui se rétracte – qui se dissimule derrière ses voiles – qui disparaît…

 

*

 

La vie grouillante – la terre partout ensemencée ; l’efflorescence comme allant de soi – la loi naturelle – le vivant s’accroissant – se multipliant – les yeux fermés jusqu’à la mort ; et recommençant indéfiniment…

  

 

Des meurtres à la pelle – des vies sans valeur ; et l’acharnement des ventres à guider les mains assassines…

Le salut et la survie des uns ; les premiers dans la hiérarchie qu’ils ont pris soin d’élaborer ; et les Autres relégués au rang d’instruments et d’ingrédients ; des outils et des aliments produits en masse – industriellement ; chacun nourrissant l’atroce machinerie – l’odieuse mécanique à tuer…

 

 

L’exil suspendu à la rupture…

Le ciel fissuré – comme le visage et la chair – sur lesquels sont passées tant de saisons…

La réalité recomposée par la psyché (toujours) encline au songe…

Des images collées – un amas de clichés – mille représentations en guise de monde…

Et soi comme centre ; et la mort comme terme (trop souvent) indépassable…

L’œil fautif – l’œil crédule – comme condamné par ses propres restrictions…

Les limitations de la matière vivante dont l’horizon se limite à quelques pas – un geste – une manière de tourner la tête…

Le vide – l’essence – porteurs de tant d’illusions – de souffrance – de tremblements…

 

 

Sur cette route qui s’éloigne…

Sur ces pierres qui séparent la terre et le ciel…

Au-delà de la lumière – rien – la même clarté – la même évidence…

Ce que nous sommes – sans l’espérance…

 

 

L’éternité au milieu des ronces – sur toutes les peaux griffées par le réel…

Le ciel à même les yeux – à même le regard (évidemment)…

Le cœur comme toutes les eaux limpides du monde…

Le silence foulé par les pieds nus…

Sans épée – sans victoire – sans le moindre territoire à conquérir – sans le moindre périmètre à défendre – l’âme (toute entière) vouée au vide…

Et le sourire – à l’intérieur – profondément…

 

 

Épaule contre épaule – main dans la main – au cœur de la même solitude ; l’âme et le monde confondus…

Le réel – jamais hors de soi (bien sûr)…

 

 

Les feuilles et le souffle – identiques…

Les feuilles et le ciel – dans la même direction…

Ce qui s’approche et vient s’achever – en soi…

La fin de la séparation et de l’arrachement…

Un ensemble de surfaces contiguës – et au-dessus – et dans les profondeurs – l’immensité – d’un seul tenant…

Une possibilité d’habiter l’âme et le monde – simultanément…

Présent – sans nom – sans visage – sans la moindre identité – pour la joie – l’Amour et la beauté…

Et ce profond silence – au-dedans – qui coule discrètement – (presque) secrètement – sur la terre – à travers nos sens – nos gestes et notre présence digne – respectueuse – inclinée…

 

*

 

Peu de chose – en vérité – quelques mots lancés dans le vide…

Des gestes simples – sans délai – sans tremblement…

Qu’importe ce qui est dit (ou ce qui pourrait être dit) – la main libre de jeter ici et là ou de retenir (si cela lui agrée) – comme la bouche prodigue ou mesurée…

L’âme porteuse d’ouverture et capable aussi de se rétracter – de se replier en des lieux moins hostiles…

L’authenticité et l’affranchissement (si cela est possible) ; la vie sans la moindre erreur – sans la moindre hésitation…

 

 

Peu de mains tendues – le rêve des Autres…

Et la tendresse – en soi – prête à s’offrir…

Ainsi se résolvent toutes les équations du monde…

Avec, parfois, un peu de salive – quelques taches d’encre – en commentaire (histoire de s’en rappeler si d’aventure il nous arrivait de l’oublier)…

 

 

Des rêves de voûte élargie…

Et la somme des piétinements sur le sol…

L’odeur de la mort et le gouffre que, peu à peu, nous creusons…

Des grincements de dents – des âmes (très) mal alignées…

A voir le monde et notre besoin de nous éloigner…

Un rire honnête au milieu des ivrognes et des somnambules…

Que pourrait-on faire d’autre ; et notre tête qui roule déjà ailleurs comme un rocher qui dévale sa pente ; notre destin dans les éboulis ; notre place – quelques traces – dans la poussière…

Le sort des vivants et des pierres…

Notre existence – notre sommeil – notre folie – en passe (peut-être) d’être acceptés – au fond de la nuit noire…

 

 

Le cœur embarqué – brinquebalé…

A mi-chemin entre à présent et l’impossible…

L’âme idéaliste – imprégnée par toutes les idées de l’esprit…

Hors du monde – le réel revisité…

Le mystère – comme une évidence non résolue ; un paradigme (trop souvent) négligé…

Ainsi continuons-nous notre voyage au pays des illusions ; de lieux fictifs en lieux fantasmés – n’arrivant jamais nulle part – en vérité…

 

 

Le sommeil bouleversé par la souffrance – l’excès de souffrance…

Les mains agrippées au ciel – désespérément…

L’espérance d’un ailleurs – d’un autrement ; et à bien y réfléchir – sous la férule de la peur – la volonté (inconsciente) de recommencer d’une autre manière – mieux armé(s) pour affronter la dureté des visages et des circonstances…

Rêve encore (bien sûr) – les yeux grands ouverts ou profondément fermés ; l’âme dans sa torpeur – l’âme dans son infâme bain de douleur…

Nous (tous) – englué(s) dans l’idée de liberté – et nous enferrant, sans cesse, dans l’asservissement…

 

 

A voix basse – la vérité…

L’enfance immobile…

L’âme et les choses – sans distance…

A travers la lumière – notre continuité…

Des interstices noirs – sans preuve – sans présence ; Dieu relégué à l’invisible ou à l’impossible…

Comme un double ciel – l’un réel – l’autre inventé – l’un mesurable – l’autre aussi vaste que l’infini…

Encore (trop souvent) dans l’empreinte des Autres – aïeux et contemporains ; et d’autres fois – comme une barque à la dérive – comme un derviche errant au périple (strictement) intérieur – à la destination précise et accessible (seulement) par un retournement de l’esprit et un abandon de l’âme – du cœur – aux mouvements du dehors qui détermineront la justesse de la posture et de tous les gestes à réaliser…

 

*

 

Pas le monde – l’image du monde…

Le corps écrasé contre les rochers…

Et ce rire étrange – saugrenu – comme si l’on n’était pas mort…

 

 

La bouche élancée – les jambes (plutôt) courtes…

Le buste fort – l’âme fragile et courageuse…

Prêt à faire face autant que possible…

De tourment en désarroi – au fil des circonstances – le voyage vers le bleu qui, peu à peu, remplace la douleur et l’espoir d’un lieu meilleur…

La roue du ciel – au-dedans de l’enfance – qui nous fait tournoyer – comme toutes les têtes – sur la terre – tantôt les pieds dans la boue – tantôt à nous écorcher la chair contre la pierre…

Les dents serrées – retranchées derrière la langue – au milieu des arbres – détendu – parmi les hommes – le désir tiraillé entre la tendresse et l’impossibilité…

Un peu de pluie – quelques larmes – un peu de joie – la clarté du jour – pour colorer le silence qui s’invite entre les mots – entre les lignes ; et cette rupture (largement consommée) avec le monde ; les hommes abandonnés à leurs danses stériles et folles – à leurs gestes funestes – à leurs ambitions terribles – aux gémissements des âmes baignées dans la noirceur croissante des siècles…

Comme un chant – par bribes – entrecoupé de courts silences…

Quelques taches d’encre – dans l’espace – sur la page blanche…

 

 

Des hommes – par mégarde…

Le jour caché par tous les mensonges…

Des signes – quelques éclats…

Des ostentations – des replis – des fuites et des retraits ; et cette lumière qui tarde à venir…

Un regard – un peu de poésie – une attention et des gestes quotidiens ; notre manière d’être vivant – notre manière (un peu solitaire) d’être au monde…

 

 

La foi en la fin d’un monde pour un autre encore invisible – encore indéterminé – et qui adviendra en son heure…

Une manière de suivre la courbe – de rester fidèle au cours des choses…

Avec des élans et des obstacles sur la voie qui – naturellement – se dessine…

 

 

Entre – sans doute – la plus juste position*…

Le provisoire qui – infiniment – se déroule ; l’instant – sans cesse – en devenir…

Au milieu de la multitude – élément parmi les autres…

* dans une perspective fragmentée ; avec la perception d’une individualité séparée et d’une temporalité linéaire…

 

 

L’invention d’un autre chemin – une sente secrète où l’on aimerait se perdre – errer toujours davantage – se fourvoyer jusqu’à la dissolution – jusqu’à l’effacement…

Des passages – entre les pierres – vers le jour – d’autres lieux – vers d’autres mondes peut-être…

De l’autre côté du miroir – hors-champ – en dehors du labyrinthe – sur une aire sans sommeil – éloignée des cœurs trop étroits et des esprits trop abstraits – à l’autre extrémité de l’enfance – celle où l’innocence – la beauté – la poésie – sont les seules cimes possibles – désirables – autorisées…

Au cœur des flammes – au cœur de l’immensité – là où se désintègrent les songes – la somnolence – l’inertie…

 

*

 

Ce qui se rompt à trop essayer…

Le sort qui vire au mauvais à force de volonté…

Au seuil du vide – l’abandon du miroir – l’achèvement d’une longue série de reflets que nous prîmes (à tort et à notre insu) pour le monde…

 

 

Entre nos lèvres – l’enfance revenue…

Comme le vent qui effleure la pierre…

Le bruit – le bleu – dans nos mains inconscientes…

L’œil tantôt téméraire – tantôt timoré…

Et la parole qui s’ensoleille…

 

 

Le masque de la mort sur tous les visages – derrière le rire – la tristesse feinte – la chair qui agonise…

Encerclé(s) – en somme…

 

 

Le bleu d’autrefois – original – tout au long du voyage…

L’immensité que l’on fractionne – que l’on façonne et réajuste – histoire de devenir le centre – un centre minuscule – aussi minuscule que tous les autres – tantôt en état de jubilation – tantôt en état de frustration – pavoisant – s’attristant – gesticulant – sur son infime périmètre…

La faim et la chair espérante – le buste bombé – comme hypnotisé(s) par le monde ; et (incontestablement) animé(s) par la peur de ce qui n’est – de ce qui ne semble – pas soi…

 

 

Se perdre encore sur tous ces chemins inconnus…

Le pas entre la solitude et le monde…

La vie qui passe et notre foi croissante en l’invisible…

Et ce qu’il nous faut – et faudra encore – assumer en matière de contingences – de contraintes – de nécessités quotidiennes – inévitables…

Des nœuds – des miroirs – dans le même labyrinthe ; et l’enfance (presque) achevée qui doit, à présent, apprendre à s’affranchir des Autres…

 

 

Ce que l’on éparpille en croyant cheminer ; le cumul d’une ardeur épuisable – une dispersion des forces – en vérité…

Un voyage parsemé d’escales vers une destination (très largement) anticipée ; et qui exclut, de manière (quasi) rédhibitoire, le reste (tout le reste)…

Le prolongement de notre pauvreté – en quelque sorte ; ce qui perpétue indéfiniment nos existences univoques et indigentes…

 

 

Du ciel – ici et ailleurs – de part et d’autre du monde et du langage – dans l’âme autant que sur la page…

Sans voix – face à la lumière vive et généreuse…

L’âme comme désensorcelée et affranchie des images et des traditions…

Des fleurs vivantes dans la main – remises en terre ; l’une des plus belles offrandes au monde – peut-être…

Un geste comme une fête – une joie amoureusement partagée…

Ce que contient le cœur (et qui ne peut faner)…

 

 

L’existence ; l’apprentissage du mystère – son progressif apprivoisement – sa lente incorporation dans notre regard – nos gestes – notre manière d’être au monde…

 

 

Un peu de neige – un peu de clarté – dans la main – dans le ciel ; la brume qui – lentement – s’évapore – comme si le vacarme de la tête se transformait, peu à peu, en silence – à mesure que le cœur s’incline – à mesure que l’âme prend de la hauteur…

 

 

La nudité ; et le reste comme éclipsé…

Sur la scène – en soi – la fin du simulacre…

La levée (totale) des restrictions…

Dans le regard – l’émergence (perceptible) de l’infini qui sommeillait au fond des yeux…

Et au-dehors – comme l’écho du dedans – le vide – un silence monumental…

 

*

 

Sur cette île aux chemins de granite – le cœur tendre et lumineux…

La pierre et la parole égales – face au monde – face au silence…

Le jour et la mort – sans crainte…

L’esprit et l’océan – sans idée – sans séparation…

Tout – sur la même ligne ; la même étendue – d’un seul tenant…

 

 

Entre flamme et fleur – ce souffle…

L’intuition d’une totalité singulière – comme si toutes les combinaisons étaient réunies – en chaque chose – en chacun – sans heurt – sans frottement – parfaitement emboîtées – sans la moindre ambition hiérarchique…

Et ce rire joyeux – sans moquerie – sur nos velléités d’émergence – nos rêves d’aspérité – comme si le ciel rechignait à nous laisser choisir…

 

 

La peur appauvrie – la vie et la disparition – l’évolution perpétuelle – le provisoire permanent – comme des couches de couleurs successives – mélangées – à la surface du vide…

De l’espace – et tous ses centres – et toutes ses marges – enchevêtrés…

L’attention et le silence – qu’importe les variations et les changements…

La langue fidèle (presque) toujours à la perception…

Dans l’intimité de l’âme et la proximité des choses…

Le ciel et tous les périmètres souterrains emmêlés – en chaque ligne – tels qu’ils se manifestent dans le monde…

Un peu de lumière sur notre chemin d’ombre – de crasse – de claudication…

Un soleil au sommet du néant…

Le règne enfin assuré de l’errance…

 

 

Semblable au sol enneigé ; la mort – le cœur lisse – l’âme dans l’ombre – la vie qui nous emporte dans ses souterrains – le silence…

Et ce que nous inventons pour favoriser la joie – la couleur – la distinction ; mille manières d’ouvrir une route vers l’exubérance – l’épanouissement de la diversité – l’efflorescence printanière…

Ce feu – en nous – qui brûle la tristesse et l’uniformité – apparentes…

 

 

La nuit tombante – sur le chemin…

L’éternité présente en arrière-plan de ce qui a lieu…

Sur cette roue qui fait tout recommencer…

Au cœur de l’espace – dans l’évidence du changement – le règne (indéfini) de l’impermanence…

 

 

Le monde – des ombres projetées…

Le livre – les pages – de l’encre jetée qui tombe en combinaisons inattendues…

Heureux celui qui perçoit le jeu de l’infini dans la matière – l’essence au cœur des images assemblées…

 

 

La route et le territoire…

Et ceux qui vivent sans carte – ni légende…

Un pas de côté pour s’éloigner du monde – sur cette sente qui serpente entre la grossièreté – les chimères et les abstractions…

Ce que l’on découvre – pas à pas ; de l’autre côté du rêve – sur le versant opposé à celui où l’on se trouve (en général)…

Après l’interrogation – la quête – cette longue errance au terme de laquelle nous découvrons l’immobilité – le silence – cette paix à laquelle nous aspirons tous depuis le premier jour et que nous apprenons (tant bien que mal) à apprivoiser au cours du voyage…

 

*

 

L’abandon – l’ouverture – le chemin où tout (re)commence – où tout continue autrement ; la pensée qui s’éloigne – la pulsion que l’on sent ; et l’intuition qui fait le reste…

Ni abîme – ni angles morts ; la plaie béante – exposée ; sans défense…

Et la lumière qui, un jour, finit par entrer dans la danse…

 

 

A écrire comme le soleil qui, chaque jour, se lève ; et les fleurs qui s’ouvrent face à la lumière – comme la main qui court (sans empressement) sur la page…

Chacun occupé à sa besogne – assumant le rôle que la vie – le ciel – le monde – lui ont attribué…

 

 

Le ciel non affilié (comme nous du reste) – l’océan comme seul horizon – et cette fausse frontière qui se dessine entre les immensités…

 

 

Le soleil – pris à son propre jeu – et qui, las de brûler de l’intérieur, finira, un jour, par exploser – créant, dans le ciel, une fissure – la naissance, peut-être, d’une faille…

Et plus loin – parmi les éclats – l’émergence d’autres univers – d’autres mondes – d’autres perspectives…

La matière et l’espace – et, ici-même, le verbe et l’esprit ; le règne de ce que l’on voudra – étoile dans la nuit noire…

La profondeur du vide – d’une ligne ; un peu de rien dans le néant…

 

 

L’apocalypse écartée par le regard…

Le silence contingent du cœur ; et – toujours – la possibilité de l’émerveillement…

Moins (beaucoup moins) seul qu’on ne le pense…

 

 

Le cœur désarmé…

Sur la pierre – l’infini délaissé – s’affirmant sans la conscience des hommes…

L’invisible – en tous points – apparaissant, parfois – aux yeux (très) parcellaires, comme une lumière imparfaite – inachevée…

Ce qu’il nous reste à gravir pour effacer le monde – tous les horizons – et vivre sans la nécessité des mots…

 

 

Un chaos d’âme et de lignes – de pierres et de signes ; et notre modeste embarcation emportée par les courants qui la mèneront jusqu’au bleu…

 

 

Le jour – en un instant – qui se substitue à la nuit (très largement) millénaire…

Encore un saut – et bientôt nous ne serons plus…

 

 

Le monde et le langage – des noms pour différencier tous les bruits que nous faisons…

La bouche à côté de l’ombre et des gesticulations…

Une manière d’asseoir son règne sur la distinction et l’infortune ; la psyché dans son rôle – sans doute – l’apanage de l’esprit humain…

 

 

De minuscules amas d’os – disséminés ici et là – comme d’involontaires autels – des memento mori naturels – de petites chapelles vouées à la valédiction…

 

 

Des yeux et des portes fermés – des ombres sur le mur – des silhouettes incorporées à la voie (labyrinthique) qu’elles dessinent…

Un monde sinistre de doléances et de commentaires ; et nous – nous éloignant pour oublier notre apparente appartenance…

 

*

 

Le monde – comme un coffre à dévaliser…

Une terre peuplée de brigands et de bandits…

Du bleu – comme un mensonge – une couleur inventée – du noir que l’on aurait éclairci peut-être – pour se croire moins animal…

Le règne de la faim – encore – partout – la souveraineté vertigineuse de la bestialité…

 

 

L’illimité jeté au-dessus de nos têtes – comme une promesse à l’écart du monde – de nos existences ; une simple image – un peu de décoration…

L’âme vacillante – comme ces lignes où tout se perd – où tout recule – s’emmêle – tombe à la renverse…

Un verbe sans visée – sans auditoire – au silence trop souvent replié – dissimulé derrière l’abondance ; l’apparence d’un souffle boursouflé – d’une chair fragile – inquiète – qui, sans cesse, se renouvelle – se réinvente – se perpétue…

Un froissement de lumière – un peu de blancheur – en vérité – dans tout ce noir – ce fouillis – qu’est le monde – qu’est la page…

 

 

Le sommeil ignoré – assassin – sans fissure…

Le manque à l’origine de la trajectoire – du moindre élan ; et la cécité qui guide les pas…

La marche funeste – attelé(s) à l’inhumain – le fond commun des créatures terrestres…

Le brouillard trop épais pour le vent et la lumière…

Le seul socle – l’espérance – la possibilité du lendemain ; comme empêtré(s) dans l’illusion de soi – du monde et du temps – vivant avec collées sur les yeux des images ; le monde fabuleux que se sont inventés les hommes…

 

 

Des existences souterraines et sans soleil…

Tous ceux qui s’imaginent démunis – privés d’Amour – privés de joie – obligés de patauger là où la boue est la plus épaisse – la plus éloignée du ciel…

Englués, il est vrai, avec tous ceux qui ont affiné leur sentiment de séparation – leur sens obstiné du refus…

 

 

Hache à la main – et une bouteille (de gnôle) dans l’autre ; l’âme et la tête – l’entité bifide – et rafistolée aujourd’hui – réunies par l’ivresse et la violence ; la nécessité du sang et du vin – ces symboles si singulièrement humains…

Ce qui coule dans la coupe et cette part de ciel écartée – enfouie peut-être ; notre socle sur le sable…

Ces existences sans le moindre chant d’oiseau – sans la moindre poésie ; le noir – comme seul décor – comme seule possibilité – comme seule destination…

 

 

Du temps – chargé sur les épaules – sous les yeux – les poches qui s’épaississent – mille soucis qui s’accumulent – l’âme voûtée qui compte les jours passés et les jours qui restent…

Dieu – en des lieux trop clos pour s’épanouir – nous emporter…

Et – partout – le même cri – la même plainte – que répète – en boucle – la foule…

 

*

 

L’heure écarlate – ce qui apparaît parfois – à la nuit tombée…

La lumière obstinément rouge – comme du sang joyeux – giclant ; en poussées sauvages…

Le monde repeint – presque plus réel qu’à l’accoutumée…

 

 

Gorgés de douleurs et d’évidences – les hommes d’en-bas – ces visages sans air – sanguinaires – très rarement scintillants ; les mêmes qu’en haut mais plus incapables encore…

 

 

A hauteur de jour – un éclat – une note – une parole foudroyée par le silence…

Le monde concentré dans une seule larme ; la mort plus lisible que jamais…

Et ce rythme qui emporte le sens – décourage tout questionnement – laisse, de toute évidence, l’ascendant à la liberté et à l’acquiescement…

A charge pour nous de redonner à la vie – à la mort – leur place (réelle) – leurs lettres de noblesse – et d’offrir au geste – à l’âme – au monde – un peu de lumière sur le rôle (primordial) de la destruction et de l’oubli…

 

 

Un peu d’encre – comme une sorte de rituel entre l’esprit et le silence – entre le monde et le signe – notre irrésistible besoin de symboles ; de moins en moins exigeant à l’égard de la parole – en vérité ; aujourd’hui davantage célébration – davantage réduction de l’écart entre le rêve et le réel que fumeuses explications et vaines vitupérations contre le monde et le sommeil…

 

 

A force de ramer sur la terre – cet océan ; des chemins – mille – des milliards – qui s’entrecroisent – sillons et tourbillons qui mêlent et écartent nos foulées – nos itinéraires ; à onduler à l’horizontale – comme envoûtés par la flûte du charmeur de serpent dont les doigts impriment le rythme et la destination…

En ce monde – la marche – notre errance – dans la plus grande confusion…

 

 

Chemin qui – jamais – ne s’achève…

Sans personne à nos côtés – sans l’appui du monde déboussolé – la pérennité des temps aveugles et affamés – sans le moindre ami parmi les hommes…

Entre nous et Dieu – des choses et d’autres ; et la voix de moins en moins lointaine…

Le jour qui, peu à peu, remplace les promesses et les cris…

 

 

Sous la pierre et l’écume – nos vies dévastées – si superficielles – si souterraines – impliquées dans tous les désastres – tous les combats…

Impuissantes et pitoyables ; porteuses, pourtant, de mille passages – de mille promesses – de mille possibilités…

 

 

Des rives – un gué – au milieu de tous les rêves…

Le visage, parfois – trop rarement, éclairé…

Les yeux clos – si souvent – face à la lumière…

Un bain dans les eaux noires ; et un feu au fond de l’âme exaltée…

Et, sans doute, trop d’absence encore pour franchir cet abîme qui (nous) sépare de la félicité…

 

 

Au-dessus du monde – le cercle des ambitions (incroyablement hiérarchisées)…

Et plus haut encore – le vent – la joie – la mort ; quelque chose de l’aube et du geste quotidien…

 

 

Dans le ciel sombre – à peine – l’idée de l’éblouissement ; et l’évidence du règne nocturne – l’emprise (quasi totale) de la noirceur…

Et les têtes qui se tournent pour essayer (très maladroitement) de capter – dans les interstices – le reflet du soleil…

Un peu de clarté dans les failles du monde ; nos existences sous dépendance…

 

*

 

A l’écart – peut-être – le sort recomposé…

Le rôle magistral de la soustraction qui se substitue – aujourd’hui – à toutes les sommes successives pour vider l’espace – l’esprit – et préparer la venue de l’infini…

De plus en plus seul – à mesure que l’on s’éloigne du sommeil…

Et l’invisible – et la joie – de plus en plus manifestes…

Nous – nous écartant, peu à peu, des ravages et du malheur…

 

 

Notre besogne – l’espacement – l’accueil – le silence – la volonté laissée libre – docile – parfaitement accordée au cours (intensément fluctuant) des choses…

La vie secrète – la vie cachée ; l’essentiel – sous une apparence (très) quelconque…

Des fragments de vérité – à l’intérieur – vivants – brûlants – accolés au cœur qui palpite…

Qu’importe le lieu – qu’importe la tâche à effectuer – pourvu que le pas – pourvu que le geste – soient habités…

Présence – voix et parole aussi…

Le jour et le monde – jamais maltraités…

L’âme toujours soucieuse du reste – le cœur infiniment respectueux…

L’Autre et soi – d’un seul trait – réunis ; et l’esprit goûtant la plus haute intimité ; parcelles semblables de l’espace…

L’Absolu ; dans la (quasi) parfaite exactitude de l’être…

 

 

La route qui s’ouvre sur le silence ou sous les aboiements – qu’importe…

Quelques mots – quelques pages – pour éclairer ce qui sommeille – ce qui chute – encore – en s’essayant à la verticalité…

Notre voix – dans un coin du monde – au fond d’un angle que nul ne perçoit…

 

 

Tout porte à croire en l’existence du monde – le réel abrupt – la violence et la faim – les saisons qui se succèdent – les bruits infernaux de ceux qui se réunissent – les signes et la terre sur laquelle nous vivons – nos traits erratiques et continuels ; tout ce désordre – cet ordonnancement sans hasard où la matière et la couleur sont jetées avec exubérance – sans la moindre retenue…

Ici et là où l’ombre s’allège – où la peur s’éteint – où notre hâte maladive – inconsciente – se transforme en gestes précis et habités…

Une présence lumineuse – sans espérance – sans le moindre sentiment de séparation – où chaque instant est une possibilité de fête et de célébration spontanées…

Le couronnement discret du ciel et du silence sur le sol – l’humilité quels que soient les lieux – qu’importe qu’ils soient déserts ou dédales, nous les traversons le cœur joyeux et l’âme inclinée…

 

 

Des pentes douces – fleuries – boisées – peuplées par les insectes et les vents…

Une faune – une flore ; notre communauté…

Un lieu sous le ciel que les hommes ont (presque) totalement délaissé…

Un charme – une plénitude – sans les bruits du monde humain…

Au loin – une cloche qui sonne (à peine perceptible)…

Ici – dehors – en nous – Dieu dans sa plus simple expression (terrestre)…

La joie et l’esprit alerte…

La quiétude des bois où l’on s’est (très) provisoirement installé…

Une respiration naturelle – habituelle – très largement quotidienne – dans notre voyage – notre rythme de vie…

La lenteur – la discrétion et l’oubli…

Ce nomadisme discret des interstices…

Une solitude – une vie – sans devenir…

Une manière (simplement) d’être là – en notre âme et conscience…

 

*

 

Seul – à présent – comme autrefois – mais de manière plus manifeste et joyeuse…

En rien ressemblant…

Au centre du cercle – les carrés et les triangles superposés…

Les craquelures de l’âme – élargies – devenues failles – puis, béance – porte ouverte sur l’immensité ; de l’autre côté du désastre – exactement…

 

 

La route qui se dessine – au cœur même des entrailles – et dont le prolongement parcourt – et traverse – le monde…

A bonne distance de soi – le plus souvent…

A bonne distance des Autres – de manière plus juste et plus efficace (de toute évidence)…

Sans jamais s’écarter du destin – de cette forme d’alliance loyale que nous avons (inconsciemment et naturellement) instaurée avec notre âme…

 

 

Un espace ; la somme des éclats et des inventions ; des mythes – des mensonges – des fragments de réalité qu’il nous a fallu abandonner…

Un nom intercalé entre deux foulées qui, peu à peu, s’efface ; un rythme et une suspension ; quelque chose du fil et de l’enjambée…

Une béance à l’origine et une pierre au bout du chemin ; un peu de chair – un peu de terre – dans leurs profondeurs…

Un souffle – une célérité – quelques traces (dérisoires) dans le vent…

Pas grand-chose – à vrai dire…

 

 

Recruté par l’invisible – à travers le monde…

A travers l’âme – la clarté…

Le feu à l’origine du geste – le ventre (beaucoup) plus tiède qu’autrefois…

Le cœur (franchement) anorexique – que la chair, à présent, rebute ; avec, cependant, un restant de chaleur au centre du foyer…

L’intimité partiellement extériorisée ; et la matière moins dévorante…

Les forces rassemblées pour marquer son (involontaire) préférence pour la solitude et la contemplation…

 

 

Des choses sombres – en apparence ; ce monde qui s’attarde – qui s’empresse – qui loue le conflit et la paresse sur ces rives sans confiance…

 

 

Dans les yeux – l’extrême pointe de l’oubli – le recommencement (perpétuel) du neuf…

Et l’âme – comme un espace sensible traversé de part en part – sans que ne subsiste, dans ses recoins, le moindre reliquat ; transparente et aérée pour que demeurent vivants l’accueil et la liberté…

 

 

La simplicité – un murmure à travers tous les rêves – une aspiration sans l’herbe factice des images ; comme des yeux qui s’affranchiraient des couleurs trop vives – trop acidulées – inventées par la psyché – pour pouvoir (enfin) découvrir et goûter le vrai des choses – le réel du monde que nous avons (presque) toujours rejeté – repeint ou recouvert…

Et, parfois, cette poussière d’or dans la cécité – nécessaire pour ouvrir (très) légèrement les paupières et nous familiariser avec le bleu et la lumière…

Un interstice propice à l’élargissement et à la métamorphose…

 

 

L’infini et l’invisible – bien sûr – gouvernent l’existence et le monde – aussi serait-il vain (et inapproprié) de vouloir échapper aux circonstances ; on ne peut s’affranchir ni des premiers – ni des seconds ; présents dans nos vies quoi que nous fassions…

 

 

L’enfance et ses voiles – et, dans son sillon, cette longue série de choses – à leur place – peut-être – entre le piétinement et la lumière…

 

 

Somnambule sur le fil du langage…

Au-dessus – le ciel ; en dessous – le sol…

A travers le mystère – le Divin – derrière les murs du temps…

 

*

 

Avalanches de matière ; de la boue – de l’or – de la chair…

Ce qui s’écharpe – ce qui s’étreint – ce qui s’entasse…

Des tenues blanches – des postures assurées…

Des invectives qu’on se lance au visage…

Tout qui chavire – sur l’étendue – sous la lumière…

La terre qui s’allège et le ciel qui s’éclaircit…

 

 

La peau blessée sur les genoux à force de prière ; et le cœur rugissant – pas encore parvenu aux dernières extrémités de sa demande…

Des murs de vent – comme encerclé…

Et le ciel si bas – au-dessus de la tête – comme un couvercle gris qui ne laissera jamais rien s’échapper…

L’âme redressée – essayant de s’étirer jusqu’au bleu ; peine perdue – bien sûr ; s’attirant seulement quelques ennuis – son lot (inévitable) de déchirures…

Et une faille dans l’enfance (trop souvent oubliée) – au fond de laquelle il suffirait de patienter ; d’attendre le ciel qui finit toujours par descendre ; la seule manière, en vérité, pour le rencontrer…

Et notre travail (s’il en est) serait de préparer l’âme à cette rencontre ; la laisser se vider naturellement de tout ce qui l’encombre (et de son idée et de son désir de ciel – en particulier)…

 

 

La terre et la lumière – au cœur de l’âme – le corps encore dans la pénombre et l’esprit tentant de s’élancer…

La parole libre et ouverte – aussi vive que le feu qui veille…

 

 

Une vie simple – des gestes quotidiens – et quelques signes (parfois indéchiffrables) qui tentent de transcender l’immobilité (ontologique) du langage pour décrire le mouvement – la vie – l’entremêlement – le désordre – le caractère infiniment provisoire et (apparemment) contradictoire des choses et des états ; comme une parole qui essaierait non de redessiner le monde mais de le suivre – pas à pas – jusque dans ses moindres recoins – jusqu’au fond de ses entrailles – en passant par les plus minuscules nœuds et les plus imperceptibles remous qu’il ne cesse de créer (en étant – en devenant) ; ce que nous appelons les événements ; simple manière d’exister, pour lui comme pour nous (il semblerait que nous ne puissions procéder autrement)…

 

 

Trop pensif (parfois) face aux objets – aux mille choses du monde – comme si nous perdions (momentanément) notre capacité à éprouver – à goûter – à ressentir…

 

 

Et si le temps n’était qu’une expansion – le prolongement – du premier instant – le seul – l’unique peut-être – qui tantôt se déploie – qui tantôt se rétracte – à la manière d’une respiration cosmique ; preuve (s’il en est) de la dimension (profondément) vivante du vide…

 

 

Jouets du secret divin – le temps – la mort – les vivants – les pierres et les étoiles – les voix qui se taisent devant la lumière et la beauté – et ces paroles qui, sans cesse, commentent – comme si la vie était une épreuve et le monde une aire de jeux…

Et nous autres qui nous agitons sans comprendre grand-chose…

 

 

Les heures rêvées – les yeux grands ouverts…

Le soleil aussi haut que possible…

L’âme attentive et silencieuse…

Des ombres à foison qui retrouvent leur couleur…

L’intense instant des retrouvailles et de la réconciliation…

Bien plus vivant qu’autrefois sur ce (nouveau) versant de la réalité ; le sang rouge et l’âme teintée de bleu ; les vents qui balayent le sol – les vies – tout ce sable…

 

*

  

L’enfance du monde – oubliée ; des traces pourtant – dans les gènes – au fond de l’âme ; la sauvagerie et la liberté – ce que nous essayons d’oublier à travers la raison et la pensée – ce que nous essayons de dissimuler derrière un peu de politesse – quelques aménités – et qui suinte, bien sûr, à travers tous nos gestes – tous nos actes – toutes nos pensées…

Si peu d’homme en l’homme – en réalité…

Une conscience pas même embryonnaire…

 

 

Un fil – un flux – le dehors qui déborde – qui nous envahit ; l’intérieur défiguré – l’âme flétrie qui ne peut se soustraire aux eaux noires de la terre…

L’esprit qui se gorge d’abstraction et d’imaginaire…

Les rafles de quelques-uns qui s’arrogent le droit de vie et de mort sur les autres ; les luttes incessantes du petit peuple des vivants…

Comme un déficit (évident) de lumière…

L’obsession du cœur jusqu’au dernier instant…

Un souffle bien moins libre et personnel qu’on ne le clame (un peu partout – un peu bêtement)…

 

 

Une trajectoire – une feuille blanche – l’immensité et l’âme attentive – le pas nu et sans hâte…

Ce que nous abandonnons – ce que nous devons abandonner – aux mouvements…

Et cette immobilité souveraine au fond des yeux ; cet éclat – cette lumière – que rien ne peut altérer…

Le cœur assez mûr – peut-être – sans attente – sans reproche – sans grognement…

 

 

Tout s’acharne à nous transformer ; chair et âme – cœur et esprit…

Le joyau de la perception – en secret – en filigrane des choses qui changent – apparemment…

 

 

Du rouge – au cœur de l’espace…

Ce sur quoi nous nous penchons…

Un interstice peut-être…

 

 

Des yeux – du soleil…

La terre silencieuse…

Et cette moisson de couleurs au-dessus des ombres…

 

 

Du bleu au fond des cris – au fond des choses…

Ce que les étoiles dessinent par-dessus les têtes…

Le cœur et les saisons enchevêtrés…

 

 

La foule qui grouille…

Le jour parsemé de taches et de tourments…

La douleur que nous n’attendons plus – chargée de matière et d’espoir…

Le puzzle du monde – en désordre – à refaire (totalement – sans doute)…

 

 

Des yeux façonnés par les siècles – des édifices et des inventions…

Des bruits et la nuit qui se répandent…

Des coulures sur la lampe que nous tenons serrée contre notre cœur…

L’obscurité limpide – la tristesse de l’âme – sans réponse…

 

 

La crainte perchée sur nos épaules…

Le monde qui va – en silence…

Le cœur offert aux âmes qui s’en saisissent – la chair offerte aux ventres qui s’en repaissent…

Au fond de la vallée où la peur et la mort règnent sans partage…

La vie bridée – comme un sacrifice…

 

 

Trop de choses – en soi – que l’on tait – pour percer le secret…

Le noir et des mots sans promesse…

Ce qui s’invite – ce qui nous trouble…

L’ivresse et la fièvre – sans raison…

 

*

 

Les coudées franches – sans acharnement – offrant aux circonstances la liberté de se manifester selon les nécessités du monde…

L’âme transformée – le corps ouvertement exposé – à la merci de la nuit – des hommes – de la lumière…

Que pourrait-il donc nous arriver…

 

 

Du ciel descendu…

La terre parvenue à saturation…

Et l’homme dans sa traîtrise et sa tristesse – pas même conscient de ses trahisons ; les mains encore serrées autour du cou de ce qui lui résiste…

Et notre voix – ni belle – ni précieuse ; aussi franche que possible ; sans sérieux ni désinvolture – honnête – tout simplement…

 

 

Nos faims – nos inquiétudes – nos élans – si dérisoires…

Et cette joie – sans condition – tourbillonnante – qui emporte tout sur son passage – la tristesse – le monde – nos traits dépités ou enthousiastes…

Et à défaut – (presque) toujours – ce qui relève de la compensation…

 

 

Réfugié derrière quelques bosquets – quelques buissons – une étroite bande de terre que les hommes ont reléguée aux marges de leur monde ; avec des arbres – des herbes – des bêtes – réduits à vivre dans les interstices à l’abandon ; le sauvage circonscrit à de minuscules intervalles…

La terre frémissante – heureuse – pourtant – à l’abri des yeux – des bruits – du béton – où palpitent des cœurs émus et tendres – où frémit une foule d’âmes invisibles…

Une chaleur – une complicité – entre nous ; une sorte de communauté qui – jamais – n’a bénéficié de la moindre considération – reléguée au plus bas – au plus vil – dont la vie n’a aucune valeur – n’existe pas même dans la hiérarchie humaine ; des sans-grade – les choses de personne* – au destin discret – à la vie aventureuse ; et malheureusement, à terme, condamné(e)(s)…

* Res nullius

 

 

Entre pierres et ciel – l’attente – la nuit partagée – ce qui est animé par le manque – la vérité parcellaire – éparpillée – l’attirance des contraires – les parts imbriquées et complémentaires…

Cette masse obscure – comme abandonnée à elle-même…

Des yeux clos…

Comme si la lumière n’était qu’un rêve…

 

 

Le mystère et le monde – tantôt parallèles – tantôt encastrés (l’un dans l’autre) – selon la probité et la clairvoyance du regard…

La nuit – depuis si longtemps – invitée comme une promesse…

 

 

Les choses – en soi – confiées au silence – à l’immensité ; retrouvant l’espace – leur place – le lieu de tous les possibles…

Rassemblées – sans gêne – sans condition – sans hiérarchie…

Déposées là – à l’abri des jugements et des inquisitions…

Dans l’attente de l’aube qui les transformera peut-être – qui les transformera sans doute – en or – en fils d’or que nous tisserons ensemble pour façonner une étoffe que nous offrirons au ciel et au silence…

Partout – au-dehors – au-dedans – la beauté (inaltérable) du monde…

 

 

Entre nous – rien ; des mains noircies par la terre – des âmes terrifiées par la violence des rives humaines…

Des bêtes dans la nuit – des instincts à la dérive – la faim jusqu’au vertige – jusqu’à l’étourdissement…

Avec ce goût de sang – dans la bouche – de la cendre et de la poussière…

Et ce grand rêve décati d’une humanité – debout – digne – belle et sensible – (bien) trop avantageusement – (bien) trop mensongèrement – fantasmée…

 

*

 

Au secours de rien – s’effacer plutôt et disparaître…

Brûler les mots – les pages – les livres ; détruire le moindre message…

L’œuvre vide – l’accomplissement de la solitude – le silence mature – sans faux angle – sans afféterie – sans mensonge…

Le soleil – la terre et la peur : le point inaugural, en quelque sorte ; le seul présent – sans doute – puis, l’expérience du trébuchement…

 

 

Du dedans vers le dehors – à travers le même fil – malgré les ruptures involontaires et les cassures apparentes – malgré la rage et l’impatience – malgré nos inévitables défaillances…

Cette curiosité souveraine qui nous pousse ; et le silence toujours complice du pas – qu’importe le rythme et la direction…

 

 

Les heures passives – à proximité des failles du temps…

Sans distraction – sans savoir – la foulée abandonnée à la pente – au sens même du chemin…

Comme une perspective (très) peu anticipée…

Se défaire – plutôt – rompre la monotonie – les charges et les encombrements – les accompagnements inutiles…

Aller nu – comme une évidence – soi comme seul viatique…

Le rythme lent (et quotidien) de la marche…

Les gestes naturels et spontanés…

Les paysages qui défilent – la terre – les choses et les visages que l’on abandonne – qu’on libère – en quelque sorte…

L’exercice silencieux et solitaire de l’affranchissement…

Nous – dans la trame – avançant – nous immobilisant – sans résistance – sans remous – sans tressaillement – laissant au vent et à l’invisible le soin de diriger les pas – de gouverner (entièrement) les destins…

Nous – devenant des instruments joyeux – dociles – acquiesçants – parfaitement libres ; sans aucun doute – notre chance à tous…

 

 

Sur la peau craquelée du monde – la pluie drue – battante – et notre ressentiment tenace…

Le couteau à la ceinture – animé(s) par notre (seule) survie…

Les bêtes et les herbes – dans les granges – réduites à l’état de chose…

Le monde – comme ressources – à disposition…

L’aube dispersée dans l’âme – comme l’or dans les sous-sols de la terre…

 

 

Entre nous – cette odeur âcre de l’indifférence – les yeux baissés ou tournés ailleurs – sur des intérêts et des soucis personnels – inventés…

La mort cachée derrière les lèvres…

La méchanceté comme une arme non létale…

Et nous – réduit(s) au sort de la neige – tributaire(s) des hauteurs et des reliefs de la terre…

 

 

La nuit – en rêve – le miroir dressé dans les yeux ouverts…

Dans notre chambre – sans interrogation – en plein sommeil…

A courir le monde – en songe – comme si l’on pouvait y dénicher de fabuleux trésors – dans les yeux et les mains des Autres – sous leurs coups aux allures de caresse…

 

 

Le monde dans sa folie et ses illusions – ses mensonges et ses promesses de félicité…

L’esprit et l’âme fermés – arc-boutés sur leurs croyances et leurs certitudes – lançant des pierres et des flèches sur tout ce qui pourrait les menacer…

Des cœurs façonnés avec un peu de terre et cette substance rouge et épaisse qui apaise le ventre des bêtes et qui, lorsqu’elle est versée, fait la gloire des chasseurs et des guerriers…

 

*

  

Ce qui nous précède – comme déclassé ; un peu d’infini – le commencement peut-être – rompu…

Une illusion – sans doute ; ou (qui sait ?) la vérité sans le temps…

L’absolue indépendance – le secret du présent multiple – le passé cumulatif qui se ré-enfante à chaque instant ; pas un déroulement – pas un prolongement – la possibilité d’une faille qui s’agrandit…

Le monde neuf qui nous léguera demain…

 

 

Un éclat de rire – au cœur de l’incarcération – au sortir de la délivrance…

Tous ces mots qui abusent le regard – la compréhension – la réalité…

L’esprit englué dans les joies et les drames du monde…

L’illusion et le massacre ; sans alternative – les vivants…

Le vide porterait à croire en la valeur du déracinement (et de la disparition) – que l’on obtiendrait à force de gestes naturels – sans crime – sans tremblement – sans trahison ; chimères encore ; comme si rien ne pouvait être dit sans corrompre ce qui est – toute possibilité…

 

 

Rien d’arbitraire – en cette vie – en ce monde ; l’inconnu qui s’immisce – l’invisible qui règne – et nos figures ébahies – à perte de vue…

 

 

Sur la feuille – le chemin – le seul horizon possible – autorisé…

Fidèle au rythme et au trait – à ce que dessinent les gestes et les pas ; des arabesques d’encre – de poussière et de vent – de la même veine – bien sûr – une forme d’ascétisme et d’abondance – les deux visages de l’homme peut-être – dont l’âme est si proche du silence – de la joie – de l’exubérance…

 

 

La vie concentrée – à la marge – plus qu’un rêve…

Les bords peuplés des plus vivants – la liberté en étendard – brandie (discrètement) loin des troupeaux noirs qui piétinent sur la pierre – réunis au centre ; là – au cœur de la civilisation – où se fomentent toutes les décadences – toutes les infamies…

Ici – des célébrations sans sacrifice…

L’abondance sans la moindre goutte de sang versée…

Ceux qui dansent – le ventre amaigri ; la faim qui a réussi à migrer jusqu’au fond de l’âme…

Comme un éclair – une étincelle…

Le commencement d’une ère nouvelle – sans conflit – sans querelle…

Une fraternité à reconquérir d’une main délicate – comme une longue marche dans la neige…

Les pieds au-dessus de la boue du monde – lévitant (peut-être) à quelques centimètres du sol…

L’âme et la chair (enfin) prêtes à l’étreinte…

 

 

La violence des eaux – du vent – en dessous des rêves…

Tout qui s’entrechoque – en déperdition – emporté par les forces enragées – frénétiques – du monde…

Dans la douleur et la crainte…

Dans de grands fracas et d’inquiétants bruits sourds…

D’immenses tourbillons qui font danser les choses ; des tempêtes terrestres par millions – par milliards – et le ciel qui, parfois, s’invite pour offrir son souffle à la fête…

Et nous – et tout – le corps et la tête (totalement) immergés – nous éloignant des rives – de l’espoir – de toute forme de certitude – brinquebalés avec le reste – comme de simples (et chétifs) amas de matière – soulevés par la furie des courants qui nous malmènent – qui nous désagrègent – qui nous révèlent…

 

*

 

Ce que l’on voit – en dessous – au-dessus – derrière – à proximité – bien davantage que le monde – tous nos secrets cachés au fond du mystère – le dedans exposé – le ciel à découvert…

 

 

Les cheveux ébouriffés – la tête posée sur l’horizon – comme couché au milieu des nuages…

Les yeux ouverts – le réel et le songe – ensemble – ni l’un ni l’autre séparément – les ponts qui les relient – les nœuds qui les unissent – et ce que nous sommes aussi ; l’emmêlement des surfaces et des profondeurs…

 

 

Au loin – si près – à l’intérieur – inconnues encore – les origines du réel ; l’invisible qui, peu à peu, se rapproche – qui, peu à peu, se laisse approcher…

Nous – à l’écoute – attentif(s) – de plus en plus…

Comme un écart qui se creuse – au-dedans du vide – entre la compréhension et la pensée – entre le socle et les pyramides que nous avons édifiées – entre la marche et l’étendue ; une faille qui devient béance – et dans laquelle il convient de se jeter ; seule manière de découvrir la lumière – au-delà du silence – au-delà de la folie…

 

 

L’invisible et la matière découpés – disséqués – archivés…

Le jour et la jouissance – le ciel et la souffrance – expliqués – comme s’il nous fallait des scalpels – des livres et des tiroirs – pour approcher la vie – le monde – l’être – le mystère ; une perspective qui manque assurément d’ampleur – de légèreté – d’intelligence – de fantaisie…

Et incapable(s) – bien sûr – d’appréhender – de comprendre – de goûter – ces tranches de réel – si conceptuelles – si artificialisées…

Si loin – encore – de la vérité…

 

 

Encore trop de rêves pour affronter la violence de la matière – les eaux débordantes de l’esprit – les laves brûlantes de l’âme…

Tous les tourbillons du monde et la brume épaisse que forme l’écume à la surface de la terre…

La maison où nous sommes né(s) – et qui restera nôtre (sans doute) jusqu’à notre dernier souffle…

A la fois matrice et catafalque – sans autre espoir que celui de devenir – de revenir – de renaître encore et encore – presque au même endroit…

A la fois chance et malédiction…

Et entre chaque retour – ce minuscule tas de chair ou de cendres – mélangé à la terre – emporté par le vent – comme un voyage intercalé qui, tant que nous deviendrons – tant que nous reviendrons, sera toujours considéré comme une simple fenêtre d’espérance – et non comme une (réelle) ouverture vers l’inconnu – un passage possible – une perspective au-delà du monde – au-delà de la matière – au-delà de la psyché…

 

 

Les mains pleines d’ombres et d’étoiles…

Bouleversé (encore bouleversé) par la forme provisoire des choses ; le lent déroulement du monde…

La lumière – toujours présente – malgré le sommeil – qu’importe vers quoi sont tournés les yeux…

L’aube au-dessus de toutes les charpentes…

La chair ensoleillée – de l’intérieur…

Des lieux où peut (enfin) naître la félicité…

 

 

La terre et le ciel (d’abord) remués de fond en comble…

Puis, peu à peu, les lumières de la solitude…

Le monde et le temps – sur le sol – disséqués – abandonnés…

Et cette musique – au fond de l’âme – qui pousse les pas vers l’espace infini ; qui, un jour – enfin, finit par nous accueillir…

 

*

 

La bouche chargée des restes du monde qui déverse encore ses cargaisons d’immondices…

Vomissures noires à l’insupportable odeur…

Il faudrait inventer une trappe – et un vide abyssal en-dessous – pour se débarrasser de ces reliquats de civilisations abjectes à la métaphysique douteuse – à la spiritualité inexistante ; un ramassis de ventres – des sacs de chair et d’excréments à la cognition balbutiante (absolument élémentaire) – ou bien parvenir à tourner la page – laisser l’esprit abandonner ses derniers résidus de ressentiment et d’humanité ; bref, faire peau neuve – vider l’espace et la tête et poser devant soi une feuille blanche pour vivre dans les interstices de l’histoire et leur permettre de s’élargir à l’infini…

Ainsi finirons-nous (sans doute) par nous débarrasser de l’inécessaire ; c’est à dire – en accepter l’inévitable part…

 

 

Le corps et la psyché – comme au-dehors – suffoqués – suffocants – cherchant leur souffle – une voie – un appui – un espoir – quelqu’un – quelque chose auquel se raccrocher – une manière de vivre dans la promiscuité et l’étouffement – le manque d’air et d’espace – la douleur – sans lumière – sans (réelle) liberté…

Et, pourtant, ça continue de copuler – de pulluler – par crainte de disparaître…

 

 

Le jour triste – dans ce brasier de chair posé(e) sur la pierre ; la lumière au loin – comme un décor – pas même un espoir – pas même une possibilité (ou, mieux, une évidence)…

La seule réalité – pourtant – au cœur de cette multitude – au cœur de ces contingences…

Une main tendue malgré l’improbabilité du monde – malgré l’improbabilité de l’Autre…

 

 

Seul et agenouillé – encore prisonnier de cette distinction entre les visages et l’infini…

La violence du monde et l’aube lointaine…

L’ébauche du jour – à venir – (très) incertain…

 

 

Les yeux levés vers le ciel – jamais au-delà du périmètre connu…

Un rêve de lumière sur la terre noire…

La même nuit tout au long du chemin…

Et cette foule compacte reléguée dans un coin sombre de l’immensité…

Quelle tristesse et quelle drôlerie ! Ce dédale de désirs infinis…

 

 

L’étreinte belliqueuse – (furieusement) conquérante…

Et sur les figures – des masques peints – amoureux…

En exergue – en filigrane – partout – comme une évidence – ce qui s’est éteint avec la fin de l’innocence…

L’éloignement progressif (et durable – sans doute) du rivage silencieux…

Et sur la chair – et sur la peau – des écorchures et des contusions – à mesure que l’on grandit – que l’on s’enfonce dans le royaume de la tristesse et des illusions – comme emmuré(s) au cœur de ce périmètre sombre et sans aube…

 

 

La légèreté – au-dedans – si loin des siècles – du monde marqué dans son corps – de la brume et des lumières de la terre – de la chair chargée de substances – plus haut que le dernier soleil…

La vie simple et sans apparat – l’élégance intérieure et l’apparente pauvreté au-dehors…

Et cette beauté naturelle de l’âme qui s’est affranchie, sans effort, des valeurs civilisationnelles ; sans autre étoile que sa propre conscience – que sa propre bonté…

Une âme qui a appris à inverser toutes les pyramides édifiées par les hommes et à étaler toutes les choses sur le sol – et qui est devenue, peu à peu, la caisse de résonance d’un chant très lointain – très profond – qui monte du plus bas de la terre – du fond des entrailles du monde – de l’élan inaugural – de l’antre originel ; présente au cœur de l’abîme – sur les cimes ; et, en elle, les vibrations de l’invisible et de la matière réconciliés ; comme un hymne à l’intimité et à l’envergure ; la (divine) célébration de l’essence – de l’écoute et du déploiement…

 

*

 

Qui croyons-nous être pour avoir si peur ; et pourquoi diable ce que nous sommes ne nous apparaît pas (d’emblée) comme une évidence…

Dans le suspens du monde – notre parole…

En attendant (sans trop d’impatience) le silence…

 

 

Sans ami – sans appui – l’Absolu…

Pas même funambule au-dessus du précipice…

Une joie ineffable – offerte sans raison (apparente) – après des siècles de luttes et d’inquiétude – après des siècles de douleur et d’incompréhension…

Le cœur vide et rieur – aujourd’hui ; ce que l’on accomplit de manière naturelle (sans même y penser) – non pour obtenir quelque chose ou transformer la moindre parcelle du réel – comme ça – gratuitement – comme la seule chose à faire – comme la seule chose que nous sommes capable(s) de faire [après avoir tant cherché – après avoir (sans doute – à peu près) tout essayé]…

L’être spontané qui peut, à présent, se déployer – sans obstacle – sans restriction – sans retenue…

 

 

Debout – sur une roche immémoriale – et du haut de notre âge (ridicule) à nous imaginer maîtres du monde alors que nous valons moins que la première pierre…

 

 

L’existence belle – rude et sauvage – digne – (absolument) admirable – des herbes – des arbres – des bêtes ; cette incroyable quiétude malgré l’impitoyabilité des mœurs…

Chaque mouvement – chaque instant – à sa place…

Le discernement et la sagesse du vivant (non humain) ; et cette prodigieuse bonhomie malgré les désagréments (nombreux) – les périls (innombrables) et la mort qui se dresse devant soi (presque) à chaque instant…

La vie la plus naturelle – la moins corrompue – du premier au dernier jour – aujourd’hui comme il y a des millions d’années…

 

 

L’enfance – de ligne en ligne – qui réapparaît…

Le ciel interrompu qui se réinvente…

Le monde, peu à peu, troué par le silence…

Pas un cri – pas une prière…

L’esprit et le corps qui se rejoignent – qui se retrouvent – l’un dans l’autre – enfin affranchis de leur manque (respectif)…

Et – comme par magie – l’ouverture (perceptible) du passage vers l’autre rive – une autre perspective – un autre monde peut-être – une manière différente d’être vivant…

 

 

A la manière d’un jeu – le chant de l’aube…

A la manière d’un chant – le jeu du monde…

Et nous – au milieu – cherchant (maladroitement) à résoudre l’équation ; et, à défaut, un chemin – notre voix et quelques repères – pour transformer l’existence en un espace où l’on pourrait laisser libre cours à la spontanéité et à l’imaginaire…

 

 

Sur la nudité du sol – le pas attentif – les yeux sur la route – l’horizon immédiat – quelques restes de nuit attachés à l’âme – la chair brûlée par endroits et le sommeil des Autres qui pèse encore sur les paupières…

D’une chambre à l’autre – par le même passage – la même étendue ; parfois désert – parfois dédale…

Des champs de fleurs sauvages pour remplacer les rêves et l’espérance – avec (encore) quelques graviers dans les sandales…

Un – parmi les Autres – grâce au feu – comme un miracle…

Et en s’éloignant du monde – soudain – les mots qui nous manquent…

La voûte de plus en plus claire ; comme empoigné(s) par la lumière vivante…

 

*

 

Le souffle impossible de l’Autre – l’inconnaissable – le plus qu’improbable…

Bout de soi – peut-être – de manière (évidemment) préférable…

L’œil et la chair – un jour – démultipliés – et attribués, dès lors, à ce qui ressemble à la multitude (dans ce règne si prégnant des apparences)…

Comme un glissement – une traversée – quelque chose de l’ordre de l’étirement et de la distance – puis, de la rupture et de la séparation…

Et des siècles – des millénaires – des milliards d’années (et, sans doute, même davantage) – de sensibilité et d’intelligence à déployer – à aiguiser – à parfaire – pour revenir à l’origine – retrouver la source – l’instant qui a précédé l’illusoire déflagration de l’unité…

 

 

Une phrase – mille phrases – des millions – des milliards peut-être – offertes en sacrifice – au monde – au silence – comme un blasphème – une hérésie aux yeux des hommes et des Dieux ; il est vrai qu’une simple présence – un seul regard – un seul geste (lorsqu’ils sont réellement* habités) dépasse en puissance – en justesse – en vérité – toute parole (aussi belle – ardente – exacte et pertinente soit-elle) ; en dépit des qualités et des possibilités du langage, les mots demeurent toujours inférieurs à l’être ; aux actes et à la manière d’être présent au monde…

* pleinement et librement

 

 

Rien – entre les doigts – l’invisible et le silence qui prennent l’apparence du sable…

Mille choses que la nuit – le monde – les Autres – peuvent nous dérober ; toujours l’inessentiel (bien sûr)…

Nulle part – ici même – à cet instant ; la solitude spontanée – durable – magistrale – celle qui est capable de panser toutes les plaies – de revigorer l’âme et la chair – de (nous) guérir de toutes les illusions…

 

 

Un peu de mystère sur l’évidence…

Le monde partagé par les valeurs et les usages…

Les habitudes si proches – si incarcérantes (bien sûr)…

Aucune joie – aucun éblouissement – aucune gratitude – sur les visages…

Comme des pierres posées là – en désordre ; une manière pour la nuit de revenir…

Cette étrange indifférence face à la lumière…

Comme emmuré(s) dans notre absence…

 

 

L’or que l’on amasse – les mains (presque) toujours agissantes…

Encore trop de rêve(s) et de chemins…

Le vide et les poches pleines de choses étranges et superflues…

Les corps vivant à même la roche ; et les âmes guère plus haut (il faut s’y résoudre)…

Le monde – jour après jour…

Et cet abject reflet dans le miroir – que l’on voit grossir – peu à peu…

 

 

Près des berges – à l’abri des eaux vives – nos barques échouées…

Notre souffle court et nos gesticulations…

Nos corps – nos cœurs – nos mains – qui brassent du vent – immobiles au fond – qui séparent l’aube et la nuit – les tourments et l’espoir d’une autre vie – comme une pauvreté que l’on a toujours refusé d’admettre – avec un restant de fierté dans le regard et un surplus de terre sous les ongles – au fond des poches…

Le sol recouvert de sang ; et la tête toujours tiraillée par les souvenirs et les songes…

Et cet épais savoir – comme un embarrassement supplémentaire – qu’entassent les hommes au fil du temps…

 

 

Au-dedans – l’origine – comme pétrifiée par l’absence et le manque…

Au-dehors – le ciel sans couleur – le temps exacerbé de l’esprit appauvri comme prolongé par notre bêtise incurable…

Et ce sourire – au fond de l’âme – qui attend notre visage – nos lèvres – pour devenir vivant et essayer de réjouir le cœur de tous ceux qui respirent…

 

*

 

A l’orée de quelque part – sans doute – en un lieu comme les autres – sans (réelle) importance…

Seul – la fatigue au-dedans – sans sommeil depuis toujours – ce qui n’a de nom – et fervent pourtant – chargé de cette ardeur sans entrave – parmi les corps condamnés à la restriction…

 

 

L’absence de visage…

La ligne fêlée – comme la langue…

Des traces dans l’épaisseur du sol ; nos pas pesants et l’âme trop lourde – et ce vent, soudain, qui souffle – comme une offrande – une manière de recouvrir nos empreintes de poussière – d’effacer ce que fut notre (minuscule) existence – de précipiter nos retrouvailles avec le néant…

 

 

L’âme allégée par la langue – ce qu’expriment les mots – le poids qu’ils ôtent à la charge que nous portons à l’intérieur – simple manière de dire – bien sûr…

Le ciel – ni au-dedans – ni au-dehors – comme coincé dans les interstices – comme une plaisanterie insolite initiée par le vide et le silence…

L’existence et le monde que nous traversons sans précaution – les ailes déployées – marchant pesamment sur le sol – n’ayant pas encore trouvé l’énergie de l’envol…

Nos vies (quasi) souterraines…

 

 

La nuit cruelle – immense…

Le feu endormi…

Le gain et le grain – les seules étoiles qui brillent au-dessus du monde – à portée de main…

Ce qu’ils disent et ce qu’ils font ; la somme des différences – comme un fil sur lequel nous essayons de nous tenir…

 

 

L’ombre de nos mains sur la vie des Autres – généreuses ou assassines – maladroites quoi que nous fassions ; à travers nos gestes – la malédiction de l’intentionnalité toujours aveugle au reste ; et l’obscurité qui (inéluctablement) s’étend…

Et, au fond des yeux, tous ces désirs (implicites – inconscients – inassouvis) qui brillent – comme de l’or corrompu…

 

 

Cette abstraction de nous-même(s) – comme un masque – une voix empruntée qui, avec le temps, s’est amplifiée…

Les bras assez longs pour toucher les extrémités du monde ; et à peine la place de se retourner ; pas même maître du petit cercle dans lequel nous sommes condamné(s) à vivre…

Trop d’absence encore pour célébrer le jour – le monde comme il va – dans sa chute – et qui nous précipite, avec lui, au fond du gouffre…

 

 

Le jour – le monde – et cette (pauvre) lampe que nous avons réussi à allumer – et qui, trop souvent, se substitue à l’aube – comme si nous avions (malencontreusement et à notre insu) perverti la clarté – l’espérance et la réalité – l’âme trop pleine de manques et d’ambitions…

Bien préférable le sort de ceux qui continuent à errer dans la pénombre à la recherche de la lumière naturelle…

 

 

Tous les rêves dissipés – sans un cri – le cœur allègre et léger – bien nés (si l’on peut dire) – suffisamment vides et avisés pour goûter la vie et le monde – sans les Autres – sans les mots – de vivre comme si Dieu était vivant en eux avant même d’être capables de le ressentir…

 

 

Toute une vie d’aventures et de découvertes – à explorer encore et encore – comme s’il n’y avait ni début – ni fin ; rien qu’une perspective – un regard – une perception – qui, peu à peu, s’affinent – que l’on parvient à parfaire à coup d’expériences et d’inventions – et qui, sans cesse, se dégradent – et qui, sans cesse, se rétablissent ; pris dans cette permanente alternance entre le réalisé et le réalisable – d’un point à l’autre de la perfection qui s’accomplit…

 

*

 

Rien que de la roche – à même l’écriture – à même la mort – comme si tout était recouvert d’épaisseur…

La matière colonisatrice – sur l’invisible (tant bien que mal) alignée…

Toute l’extravagance du monde terrestre – si élémentaire – si fragile – si obstiné…

Des siècles de néant – sur la terre et la langue…

Des choses et des mots pour rien – les outils et le vocabulaire du territoire et du ventre…

Et dans le prolongement de la peur – le cri…

Et les tumulus pour exorciser la disparition des vivants…

Rien que des éclats de pierre – sous le ciel – la lumière…

 

 

L’incongruité de l’écriture – du rythme – du geste – de la vie – sauvages – naturels – spontanés – instinctifs – sans pensée – sans volonté de cohérence – en ce monde qui tournoie entre des barrières (hautes et longues) et des marques rouges sur le sol – dans le cercle étroit des lois et des certitudes – immobile, en vérité, au fond de la chair – malgré l’agitation acharnée (et obsédante) de la psyché…

Le cœur (absolument) malingre et souffreteux ; et le reste à vau-l’eau…

 

 

Des restes de joie au fond des fissures…

De la buée sur les vitres de l’enfance…

L’âme frissonnante devant l’amplitude inquiétante du monde…

Ce qui nous anime – ce qui nous gouverne – à notre insu…

 

 

Le trait amoureux – prêt à se donner en un éclair – pour rien – la profondeur d’un regard – un éclat de rire – un peu plus d’innocence…

Et cette encre qui coule – en se mélangeant au sang et aux eaux vives du monde…

Des pages d’une lucidité trop sombre – peut-être – pour que les hommes daignent s’y pencher…

 

 

Des lieux où naître – où mourir…

Dieu morcelé – dans notre aveuglement – recouvert par des couleurs – un peu d’étoffe et d’imaginaire…

Un corps à vie – pour vivre (essayer du moins)…

L’ébauche d’une ressemblance…

Et trop de terre – trop de pierres – dans les poches – ce qui dissipe toute possibilité d’étreinte…

 

 

L’aube avant l’heure ; cela annoncerait-il la fin (définitive) de l’espérance…

Et que faire – quoi penser – de cette veille (secrète) du ciel dans les tréfonds du temps…

 

 

L’attente d’une venue – d’un sourire – d’une rencontre – (presque) impossibles – bien sûr…

Au-dedans de soi – la puissance des eaux qui nous refoulent à l’intérieur…

L’immensité plutôt que l’image (mensongère) d’un paradis extérieur (totalement) inventé…

 

 

L’aube partagée entre les arbres – les premiers servis (bien sûr)…

Le noir qui, peu à peu, se dissipe – comme absorbé par l’écorce à l’intérieur ; manière, peut-être, d’accueillir la lumière – de préparer le décor – la première scène du jour – avant l’arrivée des figurants…

Bêtes et hommes – une foule de silhouettes et d’ombres – comme de minuscules marionnettes qui se trémoussent – qui se dandinent sur la terre – l’estrade des heures quotidiennes…

Le ras du sol (progressivement) éclairé ; le monde à qui il est offert de s’éveiller chaque jour – chaque matin ; sans le moindre doute – l’une des plus belles offrandes qui soit…

 

 

Leur poids de neige – les rêves…

Comme les mots qui portent la terre…

Deux manières de se hisser (avec maladresse) jusqu’au vide – qui, à force d’être approché ainsi, finit par se remplir d’un bric-à-brac de choses – de paroles – d’images et d’idées – enchevêtrés – comme mille obstacles au déblaiement de la seule voie qui mène à l’espace de l’avant-monde…

 

*

 

Le fond du sommeil – agité – tourmenté – peuplé de tourbillons et de précipices…

Du même noir que la nuit…

Comme propulsé dans l’épaisseur monstrueuse du néant ; jusqu’au cœur – en strates successives…

La vie folle – magmatique – meurtrière…

Toute la douleur amassée – consciencieusement dissimulée – qui, à présent, lance ses couteaux dans la chair – dans l’âme – dans la psyché…

Et notre bouche qui hurle – qui crache ce qu’éructe le sous-sol…

L’âme terrassée – l’existence (totalement) anéantie…

 

 

La masse sombre et incendiaire ; comme un titan qui empale – qui renverse – qui saccage – qui précipite le monde dans les flammes…

Partout – le bruit et l’odeur de la peur ; des hurlements et cette effluve de bas-ventre…

Mille mains qui nous saisissent…

La corde au cou – la tête hissée à la hauteur suffisante – puis, précipitée vers l’inconnu – en un lieu qui ressemble à ce que les hommes appellent l’enfer ; pire que la mort – crucifié au milieu des vents – dans la solitude et la douleur – livré à tous les supplices – à tous les délires – jusqu’à l’étourdissement…

La chair sacrifiée – la peau en lambeaux – l’âme déchiquetée – l’esprit égaré – éparpillé – errant au milieu des cages et des tourments – déambulant au cœur d’un labyrinthe de portes fermées…

La douleur et la déréliction du supplicié qu’il faudrait additionner à celles de tous les Autres pour faire le monde…

 

 

Soi sur sa propre envergure…

Le ciel et la pierre…

Et tous nos enfantillages…

 

 

Le cœur enfoui au fond de la chambre…

Le ciel à l’écoute…

Un peu de neige dans notre voix…

Une façon (un peu singulière) de faire reculer la nuit et la peur…

L’œil – contre la vitre – qui s’ouvre – peu à peu…

Comme une enfance en formation…

 

 

La main désirante…

Le monde passé qui ressurgit…

Le rêve qui réinvestit la tête…

Le manque qui réinvestit les lieux…

La persistance des illusions malgré la fugacité du temps…

Et l’Absolu qui – mystérieusement – apparaît par intervalles – à portée de main (bien davantage que n’importe quelle promesse)…

 

 

L’illimité – comme coincé au fond de l’âme – et la gravité de la gorge qui chante ce qu’elle croit avoir perdu…

La parole sèche – comme la pierre sur laquelle nous marchons…

Un chemin – un instant – vers la lumière…

Au bord du doute – la poitrine qui se gonfle et se remplit ; et quelque chose qui s’envole…

 

 

Nu comme le jour – le monde qui se redessine – peu à peu…

Comme un songe qui se déchire ; et derrière les voiles – une étoffe blanche – presque diaphane – derrière laquelle persistent des restes d’abondance – quelques reliquats du monde ancien…

L’innocence atteinte (et vérifiée)…

Des tourbillons de mots et de vent ; le déploiement du vide et du geste poétique…

Sans surprise – le cœur vivant…

 

*

 

Ce qui nous heurte – ce qui nous cisaille – les choses de l’intérieur – cette manière de nous frapper – de nous déchirer…

Poussé(s) avec force contre un mur – puis, assommé(s) – dépecé(s) et dévoré(s)…

Et ces encombrements – dans l’esprit – qui nous égarent – qui donnent à la trame une courbure exagérée…

Un massacre – une illusion d’optique – qui donnent au monde un air lointain – une allure étrangère – quelque chose d’inconnu – impossible à connaître…

 

 

Tout qui s’entrecroise – qui s’entremêle – sans cruauté – fidèle à l’expérience – à la joie – à la nécessité…

Dans ses tribulations d’explorateur – l’être qui, sans cesse, se réinvente – qui crée – qui détruit – qui goûte ses créations et ses destructions – qui continue inlassablement à échafauder et à supprimer – à parcourir – à traverser – à chercher – à prospecter – comme une habitude – une obsession – naturelles – sans idéologie – à seule fin de satisfaire son irrésistible curiosité – son appétit acharné pour la découverte et l’expérimentation…

Le souffle – le cours des choses ; ce qui arrive – ce qui a lieu ; pris dans le même élan…

 

 

A la beauté initiale – à l’innocence – nous avons substitué la laideur – la fange – l’obscénité ; le monde tel que nous l’avons transformé…

Et cette frénésie – et cette célérité ; comme porté(s) par une forme d’ivresse – le désir et le mouvement corrompus…

Comme retenu(s) – presque coincé(s) à la surface du monde – du monstre – condamné(s) aux apparences – à les faire – à les défaire et à les refaire encore – sans rien comprendre – sans jamais approcher ni le centre – ni la moelle – ni l’essence ; comme si l’inchangé du monde – le mystère de l’être jusque dans ses derniers replis – nous étaient (ontologiquement) inaccessibles…

 

31 décembre 2021

Carnet n°269 Au jour le jour

Avril 2021

Enraciné(s) dans l’entaille – la fêlure – la faille – cette blessure inhérente au vivant – recouverte de chair et d’invisible…

Un peu d’âme pour le voyage…

L’instinct territorial – peu à peu déclinant – et supplanté, un jour, par l’immensité bleue…

Le périmètre éparpillé qui, peu à peu, se rassemble…

Les bords noirs du ciel – réajustés au centre ; l’abolition naturelle de toutes les périphéries…

Comme un retrait dans la lumière et une entière liberté octroyée au feu…

La blancheur sans racine – sans menace ; la continuité de la terre ; le pendant du sol (si l’on peut dire) ; de plus en plus proche – comme une succession (spontanée) de gestes de rapprochement…

 

 

La main contre la vitre – à tenter de repousser quelque chose – quelques périls – quelques menaces – un peu d’invisible offert – la dose d’inconnu et d’incertitude nécessaire…

L’âme encore trop près de la peur ; l’angoisse au cœur – comme l’axe central de la vie figée – ralentie – circonscrite à un cercle dont le rayon ne dépasse (presque) jamais la longueur du bras – le nez posé sur tous les horizons – le souffle entre la bouche et le mur – notre détention – cet espace d’asphyxie – et le ciel si bas – si lourd – posé comme une (fausse) protection juste au-dessus du front…

Et dans cette vie installée – ce que nous avons érigé en confort et en protection – un mausolée où dorment tous les vivants…

 

*

 

A deux pas du monde – à deux doigts de la violence ; toujours un peu à côté – de plus en plus – en vérité…

La périphérie habitée – celle qui permet d’explorer le centre (et de l’apprivoiser)…

Si profondément séparé des Autres et si semblable à la fois…

Conscient autant des différences que des ressemblances…

L’aube et l’obscurité sur le visage…

Plus rien de désirable ; la vie telle qu’elle est – telle qu’elle s’offre – telle qu’elle vient…

Asile en soi – sur cette rive commune et inconnue des Autres (de la plupart des hommes)…

Dans le sillon du vent – la même lumière qu’à la proue (avec un surcroît d’expérience et de matière)…

La vie dans l’abîme – (presque) sans effroi…

 

 

Jamais dans le voyage d’un Autre…

Le chemin à faire – celui qu’imposent les circonstances…

Quelques pas dans le jardin du monde…

Loin des visages – auprès des arbres – dans la quiétude solitaire – la présence animale…

Ni bavardage – ni parole inutile ; un chant près de la source entonné pour ceux qui sont là – tous ceux qui sont capables d’entendre…

Le possible – devant nous – dans la poitrine – le souffle qui sait transformer la peur en tendresse et le désespoir en ravissement…

Le nom oublié des choses et la nuit métamorphosée en vide…

Et pour nos signes – prêts à s’exposer aux yeux du monde (quelques rares regards – en vérité) – un peu de sable et de joie…

 

 

Parfois – le recours à rien – pas assez fréquemment (cependant) ; manière de défier le monde et tous les horizons célébrés – toutes les rives plébiscitées – de déjouer tous les stratagèmes d’intégration – d’appartenance – d’utilisation – d’échapper à toutes les assuétudes collectives…

 

 

Penché(s) au-dedans de l’âme – nous-même(s) – le rivage et l’étendue – rien d’une manie – plutôt un retrait – une distanciation – une sorte de réclusion ouverte sur l’infini…

En soi – la cellule où s’est réfugié le Divin – dédoublé – dans le chaos et la violence extérieurs – dans l’(inévitable) affrontement des éléments – des composants de matière ; et dans les profondeurs intérieures – sereines – détachées des affres et des tourments du monde…

L’équivoque – le changement et l’immuabilité – à tout âge – à tout instant – en somme…

 

 

De pauvres murailles contre le fracas – comme si nous avions quelque chose à protéger – comme si nous pouvions échapper aux turbulences du monde…

Dans le ciel – le plus grand savoir ; et sur la pierre – les plus grands malheurs…

Nulle part – au-delà de toute frontière – le secret de l’effacement – à l’intersection de tous les cercles ; définitivement, le seul périmètre…

 

 

De terre et de crachat – la nature du monde – de la glaise malaxée et un peu de la salive des Dieux…

Et de cette fange – et de cette bave – sont, peu à peu, apparues les conditions d’émergence de l’homme…

Ainsi naquit l’humanité – une multitude quelconque – très vite éblouissante – très vite prometteuse – qui réussit (en, à peine, quelques millénaires) à s’enliser dans une posture très décevante en se mettant exclusivement au service d’elle même et en reléguant le reste (tout le reste) au statut de ressources et d’instruments…

 

 

Au croisement des routes – des mondes (pas tous imaginaires) – des collines et des fragments de profondeurs – les corps à même la terre – de la même nature que la roche et la glaise…

Et l’âme assise – si souvent retranchée au fond de l’œil – à l’abri des mains et des lèvres des Autres – capable de tout voir sans jamais être vue…

 

 

Dans nos murmures et nos prières – son lot de syllabes imprononçables – incompréhensibles…

L’usage d’une autre langue dans la langue – qui ignore les règles terrestres – où abondent des signes (plus ou moins tangibles) de silence et d’invisible…

Ce qu’il y a au-dessus du langage des Dieux – ce que méconnaissent (encore) la plupart des hommes…

 

 

Des solitudes fragmentées – comme éléments du même ensemble – un corps unique aux innombrables visages…

Des mouvements – l’immobilité – à travers les vies et la mort ; mille morts – dix-mille morts – successives – comme autant d’étapes et de voyages – au même titre que ce qui est vécu au cours de chaque existence…

 

 

Les yeux et les mains tournés vers ce qui attire – ce qui danse – ce qui brille ; des leurres – des appâts – très rarement porteurs d’une possibilité de renversement du regard – trop aimanté – trop absorbé par le monde des formes et des choses…

Un cadavre devant nous – puis mille – puis dix-mille – avant de pouvoir tourner les yeux au-dedans et laisser passer la lumière croissante…

Le corps – le cœur et le monde alignés – à chaque circonstance – (presque) à chaque instant – l’âme parfaitement consciente de la présence (intacte) de l’Absolu dans toutes les dimensions de l’espace et de l’esprit…

 

*

 

Vide – comme les heures lointaines – la nuit pâle – le jour à peine entrevu…

Sous le soleil – trop de naissances et de tentatives…

L’abondance comme hypothèse – comme voie à envisager pour faire face à la vulnérabilité et contrebalancer l’inévitable échéance de la mort…

L’être et tous ses visages – ses innombrables apparences…

Sans fin – ni commencement – seulement le rythme et l’illusion de la durée (dans l’esprit des hommes)…

Tout se joue au cœur de notre absence…

Pas même témoin(s) – pas même figurant(s) – absolument personne…

En deçà du rêve – la terreur et le fouet – et, au-delà, le silence…

Et nous – alternant l’angoisse – la blessure – et la fin du bavardage…

Le seul ultimatum ; des pas légers (si légers) au seuil de l’enfance…

 

 

L’alphabet chuchoté – le chant qui prend forme à travers la main qui dicte la parole ; une manière de sentir le parfum des fleurs plutôt que de souscrire à cette folle inclination à les distinguer – à leur donner un nom – à toutes les recenser…

L’invisible et la poésie plutôt que l’inventaire et la pharmacopée…

En plein silence – prêt à embrasser la nuit – le vent et l’inconscience du monde…

Plutôt la solitude que les sentinelles sur leurs remparts…

De qui – de quoi – devrions-nous avoir peur…

Moins de chaos et de séparation dans le regard capable de discernement – et les mains qui invitent à se rapprocher…

Toute l’intimité du ciel et du sang – enfin goûtée…

 

 

La neige éparpillée sous les pas – à mesure que l’hiver avance – que la blancheur s’intériorise – devient la part centrale – le témoin de notre transformation – de la métamorphose de la nuit intime ; l’inversion du sol et du ciel – et leur progressif assemblage ; nous à la jonction – ciment du monde – peut-être…

 

 

Toutes les créatures hantées par le vide – le rêve d’une autre réalité – moins âpre – et automatiquement reconduite – prolongée par tout ce qui la peuple – comme celle où nous avons l’air de vivre – dans un équilibre – une sorte de va-et-vient permanent entre l’ensemble et ses multiples composants…

 

 

De l’autre côté de la mort – qui sait ce que le vide renferme – ce qui subsiste malgré nos craintes ; sans doute – la même frilosité que sur ce versant qui, un jour, fait basculer vers l’abîme – l’en-bas de tous les mondes…

 

 

L’enfance – trait pour trait – au pied de la lettre…

La peau retournée qui laisse apparaître une lumière naturelle très ancienne – originelle (à ne pas en douter)…

Le temps déconsidéré – de plus en plus – comme le commencement du monde et la valeur des naissances…

Trop de choses dans la malle que nul jamais n’emportera ailleurs – de l’autre côté…

Adepte du silence plutôt que de la parole partagée (malgré la profusion des mots)…

Plongé dans l’ombre plutôt que dans la cécité…

Au jour le jour – tel que le chemin se dessine – se précise – nous révèle…

Oubliées l’ambition et la grandeur…

Les pieds joints et les bras grands ouverts – dans l’étendue ; l’envergure…

Deux yeux – un regard – un soupçon de vérité – au cœur de cette immensité sans nom ; notre chevelure – notre robe – notre apparence et nos profondeurs – à bien des égards…

 

*

 

Tragique – peut-être – comme tout ce qui est vivant – aussi merveilleux que stupide – de toute évidence ; comment pourrait-on y échapper…

Des larmes qui sèchent…

Le rire de l’exil ; sans ombre – sans géographie particulière…

En des lieux sans usage – inutiles – (totalement) délaissés – les plus rares – les plus fabuleux – ceux qui ne répondent plus aux impératifs humains – aux (innombrables) critères de rendement et de qualité (imposés par la norme) – aux exigences de la bêtise commune – outrancière…

Des fenêtres – en nombre – autant que de regards possibles – décalés – atypiques – libérés de la saisie – de la volonté de richesse et d’efficacité ; et très éloignés aussi du rêve – la conscience, comme le reste, intermittente…

L’abandon aux sentes non foulées – perdues – qui n’ont jamais intéressé les foules…

Des pas sans risque et sans (véritables) prédécesseurs…

Ce type d’existence et ce genre de perspective – dédaignés par ceux qui ne peuvent vivre qu’agités – gesticulants – cherchant, sans doute, dans cette fièvre – cette frénésie – un épuisement – l’extinction de leur ardeur – le prolongement du sommeil dans lequel ils se sont installés…

 

 

Quelque chose nous attend – dans l’intervalle…

Entre – là où l’on se trouve – à tout instant…

 

 

Le temps que le monde et les visages se dissipent…

Des pierres ; et sur ces pierres, des danses étranges et circulaires au rythme des tambours frappés par des mains invisibles – le vent, peut-être, dans les frondaisons ; la musique imperceptible des profondeurs ponctuée par quelques chants d’oiseaux…

La forêt – notre seul territoire…

Et notre présence – tantôt geste – tantôt poème ; et les mains qui battent la mesure…

Le cœur vivant – l’enfance en plein ciel – assurément…

 

 

Plongé(s) dans le cri – la douleur – le cœur vivant de l’infortune – le destin terrestre – la chair – cette matière malléable – erratique – orageuse – boursouflée d’invisible et d’indigence – à l’imaginaire fertile – particulièrement encline au sommeil – et délétère en (presque) toutes circonstances…

Une poitrine pour donner la résonance nécessaire ; et des lèvres pour expulser le souffle…

Tous les spectres et toutes les grandeurs reconnus…

Porteur(s) de tous les contenus et de tous les possibles ; en nous – toute la diversité du monde présente…

Comme une malle sans fond dont le contenu serait, sans cesse, renouvelé par l’existence…

Une souffrance sans fin – impartageable…

 

 

Le regard et l’abîme – concomitants…

Au-dehors – la gravité du visage ; et au-dedans – la légèreté de l’âme…

Vivant(s) – comme si nous avions échappé à la mort – à la fin du monde – au néant peut-être…

La main de l’Absolu dans nos cheveux défaits – et qui pénètre la peau – et qui pénètre la chair et la boîte crânienne pour s’infiltrer entre les hémisphères – dans la matière grisâtre – et qui balaye tous ses contenus – images – idées – souvenirs – pour y insuffler le vide indispensable – la nécessité du ciel au cœur du monde – au cœur des jours…

L’immensité jusqu’à l’obsession – pour donner un peu d’envergure (et de consistance) aux existences si prosaïques – si futiles – des hommes…

 

 

Au pied des arbres – le monde – comme un secret désir ; imaginer toutes les mains se presser contre les troncs et les âmes vénérer l’invisible et la plus tangible verticalité…

Vivant(s) – comme membre(s) à part entière du cercle…

 

*

 

Des dérives craintives – au cœur du gouffre – l’éloignement involontaire des bords – l’exploration du centre et des profondeurs…

Le chemin discontinu – la (surprenante) découverte des cercles disjoints – des interstices plus nombreux qu’on ne le pensait – vides – vierges – totalement dépeuplés – lieux d’habitation idéals pour nous autres atypiques et marginaux…

Sans bruit – le long de nous-même(s) – le souffle proche du silence – de la source – le visage presque au faîte du jour tant la joie est grande d’avoir déniché notre prolongement extérieur – la parfaite continuité de l’âme et de l’esprit – l’étendue symbiotique – l’intermittence heureuse – comme s’il existait des lieux-miroirs non labyrinthiques – des formes matérielles de résidence-reflet…

Des places libres entre l’infini et l’entre-soi – d’incroyables réceptacles…

 

 

Le jour – de moins en moins lointain – à l’inverse des promesses qui, sans cesse, repoussent l’horizon – la possibilité – l’avènement…

Simple – comme une île – un sourire – dégagé du temps et des attractions du monde…

La soif au cœur – centrale – sans dérobade possible – sans prétexte – sans mensonge inutile…

L’esprit et le monde tels qu’ils sont…

Le visage penché sur le chemin ; d’autres voies envisageables…

La solitude du regard et ce qui demeure – bien sûr…

L’existence déchiffrée en un instant – dans une folle (et improbable) fulgurance – la vérité entrevue à travers la grille des habitudes – l’ombre explosée – avant de glisser et de disparaître – puis tout qui s’oublie excepté le silence qu’elle a éclairé – qu’elle est venue révéler ; nous – en une fraction de seconde…

 

 

Nous – à l’abri du monde – des affres – des cris – de l’émoi des membres écartelés par les contraintes et la soumission…

La foule odieuse et ses lois qui engorgent les têtes – qui polluent et rétrécissent l’esprit – qui mutilent les âmes et la chair – comme envoûtée par le désir et l’enfermement…

Les ventres affamés qui se remplissent de morts – les visage plaintifs et les cœurs analphabètes…

Quelques signes – quelques feuilles – un espace de liberté – la voie (l’une des voies) qui mène(nt) au-dessus du labyrinthe – au cœur de l’immensité…

 

 

La terre brûlante – écarlate – de la fièvre et du sang – le saccage des rives et le massacre de leurs habitants – une constante dans la pitoyable histoire des vivants…

Tous les soleils – tous les miracles – assassinés ; le refus de l’invisible et du merveilleux – l’inaptitude (quasi) ontologique à l’enchantement…

Plutôt le sommeil que le voyage…

Plutôt le rêve que le franchissement…

La détention des cœurs et des bouches cousus – genou à terre – à partager quelques restes de joie – l’espoir d’une embellie avant les funérailles…

 

 

Des cris – des substances – des orifices – ce qui se frotte – s’assemble – se déchire – de la matière – l’esprit troublé par les élans et les cabrioles – complice de mille manières…

Quelques soucis – l’invisible qui se rétracte – quelques vibrations – un peu d’air brassé dans l’espace…

Des lieux asymétriques où l’on ignore – où l’on rejette – le moindre signe de mansuétude et de verticalité ; tout un monde souterrain situé en deçà – très en dessous – des ouvertures – parallèle aux étoiles – comme le pendant tellurique des rêves et de l’inconsistance…

La vacuité, peu à peu, plombée et obturée par les (multiples) emboîtements et la pétrification (progressive) des âmes…

 

*

 

Dans la nuit – l’œil fermé – la main tremblante – l’âme (bien) trop peureuse…

La figure tournée vers l’horizon – l’au-delà – nos espérances – comme un long couloir à parcourir – imagine-t-on – erreur (bien sûr) – plutôt une étendue sans repère ; ni nord – ni sud ; ni est – ni ouest ; ni haut – ni bas ; ni proche – ni lointain ; quelque chose d’insensé – de (quasi) magique – un lieu non géographique – sans centre – où, plus exactement, tout peut faire office de centre – et le devient en un instant – au même titre que tous les autres fragments de l’espace – que tous les autres ailleurs (si l’on peut dire)…

La roue immobile de l’invisible que pourchassent – maladroitement – impitoyablement – obsessionnellement – le monde et les hommes…

Une traque stérile et sans fin – jusqu’au point de retournement…

 

 

Moins qu’un nom – moins qu’un visage – à présent…

Disparu celui qui interroge – qui discrimine – qui n’aspire qu’à savoir et à comprendre – jeté, avec le reste, dans le feu du ciel – clair – vaste – qui illumine tous les versants de l’esprit et du monde – qui donne aux gestes cette justesse sans rivale – qui répond à toute demande par un sourire – un silence – un acquiescement entier et discret…

Rien d’ostensible – le contraire de l’orgueil ; bien davantage que l’humilité – quelque chose de l’effacement – une sorte de mort nécessaire à l’éclosion d’une attention plus vaste – plus fine – incroyablement précise – d’une présence au-delà des lieux et des frontières qui délimitent le ciel et la terre – le dehors et le dedans ; Dieu en haut des marches – peut-être – nous ouvrant à sa lumière – l’invisible flottant autour de nous ; et nous – nous drapant de leur tendresse – de leur envergure…

 

 

La voix amputée par le cri…

Entre les cages – l’invisible et ce qui se transmet ; le tragique héritage des vivants…

Des histoires parallèles – un monde de tiroirs et de désordre – un fatras d’images et de chair articulée…

Des blessures – des bandages – des gestes de survie ; partout, des instruments de premiers secours…

La multitude agitée sous son chapiteau d’étoiles ; palais pour les uns – cachot (bien) trop peuplé pour les autres ; la même embarcation, pourtant, sur l’étendue immobile et éternelle…

Et nous tous – qui devrons, un jour, apprendre à vivre et à mourir…

 

 

Une parole sur sa pente – qui slalome entre l’indifférence – les brimades et les têtes endormies…

Du temps à l’intérieur et toute une cargaison de vide…

Des secousses et de la joie pour briser le carcan des horloges…

Notre présence double – à travers l’instant et l’éternité…

Notre totale ambivalence – pleinement assumée…

 

 

De la neige noire sur tous les orifices du langage ; un abîme en surface – l’infini originel dans les profondeurs ; le plus tangible – le plus grossier – le plus mortel – en apparence ; et dessous – au-dedans – alentour – partout où il est possible de jouer avec le vide – et de le remplir momentanément – le plus subtil – le plus précieux – l’atemporel – ce qui subsiste malgré les assauts – les tentatives et les vertiges – ce qui demeure malgré le progrès et les civilisations – ce qui résiste au temps et à l’absence de temps…

L’aube et l’ivresse poétique ; nos modestes traces sur l’indéchiffrable…

 

*

 

Tout nous ressemble – l’histoire du monde – la danse des choses – ces pauvres figures tristes qui regardent l’univers sans comprendre – les épaules lourdes sous le poids (insupportable) des malheurs…

L’âme et la parole ouvertes…

Le ciel – la vie – sans les Dieux…

L’impossible et l’ineffable – au cœur du plus incorruptible…

Notre besogne naturelle et quotidienne – sans effort ; ce qui est nécessaire et ce pour quoi l’on est fait ; ce qui s’impose spontanément – sans réflexion – sans ambition – sans réclamation…

 

 

Ce qui tourne autour d’un centre – à l’orée d’une étreinte parfaite et solitaire – et, en attendant, des baisers pour rien – pour essayer de combler ce qui ne peut l’être de cette manière…

Des traditions – l’intégration de tous les corps étrangers – le labeur essentiel de la chair après sa survie et son besoin d’expansion…

 

 

En tous lieux – dehors…

Une existence sans réalité ; et, peut-être, une réalité inexistante…

L’exil du monde et la mémoire suspendue…

Rien que la source et mille fontaines…

Rien que la lumière et mille obscurcissements…

Rien que du silence et nos bruits – tous nos bavardages – tous nos commentaires – comme si la parole était nécessaire – comme si la parole avait déjà sauvé quiconque du monde – des Autres – du désespoir – des affres de l’existence…

Plongé(s) dans cette nuit sans espérance – sur des rivages – parmi des fleurs – avec un peu de bleu au fond des yeux – au fond de l’âme – nous qui cherchons l’essence – un peu de joie – un peu de liberté – notre envol au-delà de la terre – au-delà des hommes – au-delà des religions et des Dieux – une sente qui mènerait au silence et à l’éternité – à cette immensité immobile dont parlent tous les sages…

 

 

Libéré(s) – profondément joyeux – comme un retour ontologique à l’essence – le noyau sous les changements de la surface – affranchi(s) de l’incessante variabilité des apparences du monde – comme si nous échappions enfin au kaléidoscope…

 

 

Un saut et une chute simultanés…

Ce qu’éprouve l’esprit au contact de la matière – de son efflorescence – de sa disparition – de son absence…

Le monde coloré et ce qui demeure immobile – inchangé – à l’intérieur du vertige…

 

 

Prisonnier(s) – ni des traces – ni de la blancheur…

Le jour immaculé sur nos souillures et nos prières – indifférenciées…

Vide ou respiration – qu’importe ce que nous vivons pourvu que rien, en nous, ne résiste – pourvu que l’acquiescement nous précipite au cœur des choses – dans la plus grande intimité (possible) avec le monde – et très au-dessus…

A la manière d’un mort – le plus pleinement vivant – libre des cercles et des articulations – libre des visions et des hiérarchies…

Personne – dans la cage – le seul espace possible pourtant – au cœur – infini – sans bord – sans frontière – sans jointure ; tout – d’un seul tenant ; et nous – pris dans la trame – bien sûr…

 

 

Ni assaut – ni protection – exposé de tous les côtés – le soleil sur chaque versant – et l’ombre au centre – éclairée – qui s’en amuse…

De la légèreté du sol – des pas – de la parole…

L’être – au centre de toutes les solitudes – de toutes les distinctions ; et nous – indemne des rôles – des visages – du (petit) théâtre extérieur…

 

*

 

Que traversons-nous – sinon la lumière – toutes les déclinaisons de la lumière…

 

 

L’heure de la pénombre – la transparence des jours à travers le gris ordinaire – un peu de vérité au cœur du rêve…

 

 

Les yeux fermés sur l’inquiétude – sans horizon – le ciel criblé de flèches…

La même prière, chaque jour, recommencée…

 

 

La vie sur mesure – l’uniforme approprié…

 

 

Le sommeil noué à la tête – le silence apparent et agité – quelque chose qui écartèle – qui souligne le paradoxe…

Des jours entiers – des existences entières – à gesticuler dans l’immobilité – le cœur assoupi et les mains maladroites…

 

 

Une voix comme une autre – proche du silence pourtant – mais pas assez, sans doute, pour être entendu(e)…

 

 

La présence prescrite pour traverser le monde – percevoir le chant – éprouver la vérité…

Devenir ce qui est caché – invisible ; ce que nul ne peut sentir le cœur (trop) fermé…

 

 

Les substances circulantes de la source – furtives – fugitives – quelques fois…

Un écho restreint aux dimensions du corps ; une courte respiration à défaut de ciel…

 

 

L’espace entre l’âme et la voix qu’il faut habiter sans image – sans message programmé – spontanément – comme tout geste – comme toute chose…

Ni faible – ni étranger – la seule voie possible – deux ou trois foulées entre les rêves – dans la direction qu’imposent les circonstances…

 

 

A l’intérieur – la transfiguration du devenir…

La mâchoire, autrefois si serrée, remplacée par un sourire – une confiance sous le front – le ciel vivant dans les gestes nécessaires…

 

 

Une voix sans maître – affranchie de l’engourdissement et de la prétention…

La tête à la renverse – et l’âme par-dessus – dans la juste vision de la roue qui tourne…

La solitude agissante – les lèvres légèrement entrouvertes pour laisser passer la parole et lui offrir – comme un écrin – un écho plus large – moins limité…

Le monde-palimpseste et la terre-parchemin – réceptacles permanents et évolutifs de toutes nos tentatives poétiques (plus ou moins abouties)…

 

 

Le regard redressé – les épaules voûtées – la nuit-encéphale et le besoin de nudité…

Et cette folie qui tient lieu, parfois, de langage – parfois d’épopée…

Une forme de respiration souterraine…

Dans la bouche, des syllabes – et dans l’âme, du silence…

Des bruits pour rien – sans destinataire – sans véritable ascendance ; des balbutiements préparatoires – à la limite du borborygme…

Aucune entente sur la pierre ; ni écoute – ni présence – du feu et des insultes que l’on se crache au visage – de l’huile (brûlante) et des pierres que l’on jette dans l’arène ; ni espace – ni allier – ni armistice – jamais le moindre repos – jamais le moindre répit ; des coups pour rien ; une triste succession de craintes et d’ambitions…

Celui-ci ou un autre – en réalité – qu’importe le destin…

 

*

 

Goûter le silence – la beauté – à l’intérieur…

Le regard concret – semblable à ce qui est contemplé ; dense – léger – précis – abandonnant la jouissance – l’affliction et le discernement – à ceux qui n’ont encore réussi à se hisser jusqu’à la nudité nécessaire…

 

 

Parmi nos vestiges – quelques paroles tombées des arbres et du ciel – de ces hauteurs surhumaines ; l’inconnu offert à la somnolence – aux corps et aux cœurs assoupis qui s’abîment et meurent sans rien découvrir – sans rien connaître du monde et des âmes…

Les yeux ignorants – l’esprit plongé dans les eaux troubles de la terre…

Des saisons entières – tenaces – reclus dans le lointain – sans un sourire – sans une main tendue…

Des ombres sans présence – sans invitation – condamnées à tourner dans tous les souterrains du voyage – exclues des cieux – des cercles – des danses – étrangères à toute forme de liberté et de poésie…

 

 

Du vent encore – des lieux de perdition – l’errance brûlante qui consume les destins…

Sur la page – le sol – nos premières racines et, peu à peu, l’exil qui s’impose – l’éloignement comme un nécessaire retour sur soi ; et de ce face-à-face, le progressif apprentissage des visages – l’ouverture à la terre et au ciel – le monde naturel et la vie sans artifice…

Du vent encore – comme la seule manière de déblayer, dans l’âme et sur la pierre, tous ses embarras…

 

 

Dans cette forme si ancienne qui respire – l’être étant…

 

 

Un son – une seule syllabe – dans le silence…

Rien – ni en tête – ni dans la bouche…

Le vide originel et la pierre…

La montagne et l’homme…

L’arbre et l’animal…

Des traits dans l’air – sur le sable – ce que tracent les mains (avec précision)…

Rien des cernes et de l’angoisse d’autrefois…

Le corps qui vieillit – naturellement…

La science de l’immobilité qui, peu à peu, s’apprivoise…

Toutes les tâches à réaliser – sans la moindre préparation…

Une seule respiration – un élan continu – comme le mouvement du soleil dans le ciel – juste et authentique – inévitable…

Rien à ôter – rien à ajouter – à cette parfaite démesure ; le temps (simplement) annihilé…

 

 

La main qui danse – l’âme appuyée…

De stèle en stèle – sur la même échelle – au-dessus de la neige et du silence – dans cette partie du ciel apprivoisée…

L’expérience si ancienne du geste – comme une aube spontanée…

 

 

Le Tout et ses parties – inséparables…

La parole plantée quelque part – comme une fleur dans la terre – mûre et suffisamment sage pour respecter la nécessité (et le déroulement) des saisons…

De l’hiver à la lumière – mille fois recommencé ; la nuit et le soleil – à l’infini…

La joie et l’éblouissement au fil du sillon tracé – puis, emportés peu à peu – partout – exactement là où il faut être…

 

*

 

Ce qui s’enchaîne – sans jamais s’arrêter…

Des pertes – sans personne ; ce qui se consume – ce qui, peu à peu, disparaît…

Des mouvements au cœur de l’absence…

De temps à autre – un regard qui émerge – qui éclot – qui s’épanouit – qui apprend l’éternité et l’intermittence – au milieu du labeur des eaux qui serpentent entre la roche – entre le plus proche et le plus lointain…

Ce qui meurt et recommence – indéfiniment…

 

 

Sur terre – sous les paupières – cette étrange inclination à se laisser glisser sur la pente que dessinent les circonstances – sans jamais interrompre la marche vers l’origine (et comment le pourrait-on ?) – ce retour en soi indéchiffrable par les Autres et la raison…

La solitude verticale – comme un axe primordial – premier sans doute – à l’intérieur ; du vide inorganique autour duquel tout s’est construit – et que l’on a, peu à peu et maladroitement, enrobé de couches successives ; enturbanné d’inutile – en quelque sorte…

 

 

Le cœur et le ciel mêlés qui cherchent le lieu de leurs noces…

Des mots soudain descendus – soudain prononcés – sortis de nulle part…

Et derrière soi – des pages et des pages – par milliers…

Et devant soi – rien (à peu près rien) – tout ce que l’on ignore – l’inconnu qui attendrit et l’incertitude qui sauve du savoir mensonger…

Davantage de présence et d’oubli – peut-être ; qui pourrait se targuer de deviner ce que nous sommes – ce que nous deviendrons ; et à quoi bon ? rétorqueraient les sages…

 

 

La terre et la tête ruisselantes ; et portées par la furie des flots – la bêtise et la folie – la substance apparente du monde qui recouvre l’œil et le jour – l’essence de tous les passages – la lumière d’avant le temps…

 

 

Des mondes jaillissants – avec la marche – la solitude – la fréquentation des forêts…

Le ciel dans notre voix – sans chagrin…

Présent – disponible – inoccupé…

L’attention entre l’extase et la neige…

Le lieu – en soi – affranchi du savoir et du refus…

La chair fécondée et enfantante…

Les points de ressemblance dissimulés sous les couches visibles – apparentes…

Un seul visage auquel rien ne peut être arraché…

 

 

Les yeux et les mains – de couleur sombre – aux mouvements mécaniques et irréfléchis – plongés, en réalité, en pleine lumière – issus du geste témoin inaugural – perpétués par le souffle régénérateur…

Dieu – à son aise – à travers nous…

 

 

Les doigts – simple prolongement de la pierre – animés par le vent des hauteurs – le même que celui qui glisse entre les étoiles…

Dieu – le dos recouvert d’un long châle – un peu de nuit et de mort sur les épaules pour contrebalancer l’ardeur et la clarté de son œuvre…

Un temps de recul – un peu de distance – pour goûter le mélange et la multitude jetés (presque) au hasard sur les destins – sur les chemins – selon des lois qui semblent, aux yeux des hommes, savantes et mystérieuses…

 

*

 

Un regard de première main à la place de l’œil emprunté – habitué – presque fermé…

Le monde invisible – enfin perçu – autant que ce qu’il abrite ; l’essence et la surface…

Les choses goûtées – le temps suspendu – comme éteint (si l’on peut dire)…

A la place des mots – du silence – entre les lèvres ; pas la moindre image sous les paupières…

L’avenir avalé par l’origine…

Et derrière nous – tous les horizons…

Et ces lignes qui, peut-être, n’en finiront jamais de témoigner – comme si dire la vie – le monde – l’âme – l’esprit – était, pour nous, le seul labeur – la seule œuvre – le seul ouvrage – possibles…

 

 

Quelque chose de la fleur – en chaque lettre ; des mondes entiers au-dedans des mots…

Sur les pages – sur chaque page – l’âme – la terre – le ciel – réunis – bruts – singuliers – exposés dans leur nudité et leur fragilité ; la beauté incertaine – la vérité passagère – une furtive traversée au cœur du vide – nécessaire comme tout ce qui émerge de la gangue commune – cette masse informe et magmatique…

Sans récompense – ce voyage…

Un fond de ciel, peut-être, derrière les yeux…

Une présence, trop souvent, oubliée…

Des chants d’oiseaux juchés à des hauteurs inaccessibles…

Des heures si vastes ; et la nuit si profonde…

Ce que l’eau charrie avec les pierres ; des chiffres – des reflets – des calculs et des stratégies – toutes les ruses (mesquines et compréhensibles) des craintifs et des affamés ; rien qui ne mérite de demeurer – en soi – sur nos rives…

Et le cœur qui, peu à peu, apprend à se libérer…

 

 

Le ciel réapparu – dans la chair naissante – vieillissante – mourante – et renaissante – indéfiniment ; l’œuvre du recul et de l’inachèvement consenti…

Ce qui nous apaise – ce qui échappe à la vie organique – aux sens – à l’absence – à toutes les disparitions…

La mort, pourtant – en général, vainement tenue à distance…

Les esprits qui feignent l’intelligence – les livres, le savoir – et les hommes, la sagesse…

Un monde d’illusions (plus ou moins) crédibles et lumineuses où les apparences ont, peu à peu, détrôné l’essence – où l’obscurité, à présent, fait office de lampe et tient lieu d’issue et de langage…

L’air du temps – (presque) totalement vicié(s)…

 

 

Les paupières mi-closes – sous la lune…

Un peu de clarté – un semblant de vie – en attendant la grande malle noire…

Des mains et des places à occuper ; rien de très enthousiasmant – histoire de satisfaire les désirs les plus élémentaires – quelques emplois pour essayer d’échapper au néant que nous avons édifié…

Des existences vouées à l’attachement et à la pénombre…

Et dans l’œil – cet abîme et ce vertige – que rien ne peut guérir – que rien ne peut combler…

 

 

L’âme et la peau – barbouillées de ciel ; et, sur les épaules, le long manteau des Dieux…

Et, en guise de chevelure, des fils d’or mêlés aux feuillages…

L’arbre – l’invisible et le Divin…

 

*

 

L’épuisement (fort compréhensible) de l’âme face au silence du ciel – si rarement compris…

A la manière d’une précipitation au fond d’un gouffre – comme une accélération du désastre – une totale perdition – le refus (rédhibitoire – et vécu ainsi) de l’ultime recours…

Nous – avalé(s) par l’immensité noire – la voracité de l’abîme – la prégnance du désespoir et de l’absurdité ; des sommets de solitude insupportables…

En réalité – un passage nécessaire pour goûter la vie et le monde – au-delà des images – au-delà du langage…

La permanence d’un acquiescement total pour lutter contre le froid – la naïveté et l’abjection des hommes – avec lesquels on se familiarise à mesure que l’âme devient mature…

 

 

L’inconnu au cœur du sang – la nuit chimérique…

Ce que le feu fait naître au voisinage du monde…

Très proche – sans rêve – la charge allégée…

Ce que les Autres – leur absence – ont creusé en nous ; les frontières – puis, la proximité et le lointain, peu à peu, indifférenciés…

L’invisible – à force d’assauts et de délicatesse – de plus en plus perceptible et reconnaissable dans ses danses mystérieuses avec le réel le plus tangible – avec la matière la plus grossière…

L’âme à maturité – peut-être – enfin apte à la simplicité ; encline à la vie humble et discrète – à l’esprit attentif – au geste naturel et respectueux…

 

 

La solitude – sans voix – sans mémoire…

Et la sente de l’âme – à travers le monde – à travers notre vie ; son indispensable (et inévitable) – besogne – en quelque sorte – perçue comme inutile et douloureuse puis, comme magique et essentielle (très souvent dans cet ordre-là)…

L’être autrefois si lointain – presque inconnu – aujourd’hui établi et sans limite…

En nous – comme il se doit – le labeur incessant…

 

 

Ce que le visage révèle et fait disparaître…

Le règne de l’invisible enroulé dans les apparences…

L’étroitesse de tous ceux qui se réclament d’une quelconque discipline – d’une quelconque mouvance ; ceux qui brandissent le moindre signe d’appartenance …

La trajectoire (principalement nocturne et souterraine) des êtres – (presque) toutes les voies célestes…

Et, au bout du compte, le déploiement naturel du ciel…

 

 

Les premiers mots que la bouche ait prononcés…

Les Autres et le reste du monde que l’on apprend, peu à peu, à mettre à mort…

Au cœur de la forêt – comme un détour nécessaire ; une invitation à la halte – au pas de côté…

La nécessité intérieure prise en compte…

 

 

L’expansion de l’origine – son déroulement (quasi) continu ponctué d’intervalles – comme des orifices de respiration indispensables au rêve et au sommeil – des interstices de repos auxquels peuvent prétendre l’œil et l’âme – soumis, au cours de ce périple, à une intense – à une irrépressible – à une radicale – transformation…

 

 

A travers la chute – le commencement de l’épreuve – une autre perspective où le vide et le souffle deviennent égaux – renoncent à leurs (incessants) conflits aux conséquences dramatiques ; membres à part entière de l’édifice et de la déconstruction…

 

 

A l’angle exact de la trace et du temps – l’œuvre des livres – la parole-témoin ; le jaillissement des mille mondes abrités au fond de la mémoire ; de la terre et du ciel enchevêtrés – plus ou moins habilement organisés – le plus souvent, en désordre – entre le fouillis et le chaos – comme au commencement de l’univers – après le vide – la naissance explosive et la construction anarchique des galaxies ; l’histoire qui se répète, à une échelle plus intime ; la permanente réinvention du réel ; la sempiternelle déclinaison des cercles et des assemblages ; entre l’anomie – le tohu-bohu et l’arrangement (plus ou moins échafaudé et cohérent) ; indéfiniment – le même cycle (à quelques variations près)…

 

*

 

Contre soi – l’ombre muette – le sang séché des Autres – la multitude et l’impossible – immobiles ; les restes de nos amours minuscules ; rien, en somme, sous la lumière lucide ; un tas d’insignifiances ; mais, en secret – (presque) en cachette, le plus précieux ; le silence, à l’intérieur, impalpable et majestueux…

 

 

Sous le visage – le commencement – la naissance du jour – son surgissement – comme une émergence inespérée du plus profond (et du plus lointain) sommeil ; la chair indemne malgré les blessures (nombreuses) – le tranchant des pierres – les recoins anguleux du chemin – les yeux des Autres constellés de pointes – d’épines – d’éclats…

Comme une respiration dans l’air qui précéda le temps…

Et, au fond des yeux, la lumière ; et, au fond de l’âme, la substance noire des morts oubliée…

 

 

Le jour habituel – quotidien – dissimulé – entravé, parfois, par les habitudes – le monde mensonger – sans consistance – sans joie – sans vérité…

Un pays aux airs d’ailleurs – enfoui dans le cœur assoupi et les pas mécaniques…

L’ouverture – à la manière d’un accident (la plupart du temps) dans cette longue ligne droite – cet interminable sillon qui, si souvent, s’enfonce et se rétrécit – devient (quasi) souterrain…

Comme une sorte de fenêtre détachée des temps anciens – avant que le monde n’impose ses masques et ses chimères…

La vie en terrasse – face à la mer – en quelque sorte…

Et au fond des yeux – et au fond du cœur – ce regard océanique ; l’immensité d’un seul tenant – sans ces (abominables) frontières inventées par la tête…

 

 

Un saut – du sommet terrestre – dédoublé – vers le ciel et l’en-bas (le plus bas peut-être) – à travers la même fenêtre – comme un engagement total et un complet détachement simultanés…

La blancheur qui recouvre le monde – ses failles et ses aspérités – uniformisant toute la surface – manière de souligner les ressemblances et l’insignifiance des différences entre les émergences de matière – trop souvent (presque exclusivement – en vérité) perçues dans leurs délimitations – en tant que formes singulières dotées de frontières apparentes…

Et dans cette perspective – comme un surcroît de grandeur et de beauté ; ce que chacun pourrait éprouver – au quotidien – au lieu du rêve – au lieu de l’illusion…

 

 

Le long d’une ligne invisible – le silence – nos profondeurs – le monde épargné par nos exigences – notre brutalité – tous nos sévices…

Ce qui est perceptible grâce au regard désengorgé…

 

 

Des traces de griffes dans le vide – insignifiantes – imperceptibles – comme le nom que l’on porte – et que l’on accroche parfois au bout d’une hampe – et que l’on brandit (un peu partout – avec orgueil) comme une signature – une identité – dont se moquent (éperdument – et chacun à sa façon) les Autres – le monde – le silence…

Il suffirait d’un regard – une légère inclinaison du cœur – une morsure du réel – un peu de neige sur l’âme – pour comprendre l’impossibilité du bannissement et de la chute – l’impossibilité d’être évincé du cercle des initiés – du triangle de la tendresse…

Le vide – le centre et ses périphéries (apparentes) – indissociables de l’essence et du reste…

Nous tous – chacun d’entre nous – sans la nécessité d’élever la voix – de se mettre sur la pointe des pieds – de jouer des coudes ou de redresser la tête ; notre permanente vérité – abyssale et réticulaire ; ce que nous sommes intrinsèquement – ce dont nul ne peut être exclu ou écarté…

 

*

 

Le monde sans visage – à l’issue du retrait…

Le sommeil, peu à peu, vaincu par les saisons…

Ce qui succède au piège (à l’incroyable piège) des naissances…

Le jour initié par lui-même – lorsque les conditions sont réunies – et qui advient, comme tout le reste, lorsqu’il est temps que cela advienne ; la nécessité comme seule force impérieuse…

Qu’importe le labeur et la pénombre…

Qu’importe l’alignement ou l’éloignement des étoiles et des planètes…

Le silence et la pierre – main dans la main ; et, à travers nous, tous les gestes et le spectacle…

 

 

L’âme attentive à la position des dés lancés par la main (vigoureuse) des Dieux…

Ni hasard – ni prédestination – dans la soif et le sommeil…

Nulle part – toujours là où cela se rapproche…

Le destin – comme dernier écho du silence – ultime soubresaut de la matière naturellement léthargique…

Et, parfois, au cours du voyage, l’interrogation – mille interrogations ; ce grand charivari qui officie sous le front des hommes…

Les pas qui imposent leur rythme et la direction…

Et, très rarement, la surprise du ciel avant l’effacement – avant la dissolution ; comme un clin d’œil – un interstice – une parenthèse – un (très) bref avant-goût de la lumière…

 

 

Au bord de soi – l’invisible et la fraîcheur – comme un antidote à l’inertie pestilentielle que porte toute certitude – toute immobilité sans profondeur – qui n’est enracinée qu’à des traditions – à une longue série de rêves monotones – qui usent les heures et les âmes – qui détournent l’esprit et le monde de l’éternité qui veille – et qui veillera toujours – sur la ronde cyclique des cercles – sur la grande roue où sont accrochés les mondes…

 

 

Seul – dans le vide et la voix…

Devant nous – des chemins enneigés…

Le désir très ancien de gestes précis…

Un regard détaché du temps et de la mémoire…

Une âme plongée dans toutes les profondeurs…

De la trempe des héros ordinaires et anonymes…

Et, au-dedans, l’humilité – la discrétion et le respect – considérés comme les seules couronnes possibles avant l’effacement…

L’esprit – le monde et la main – parfaitement alignés ; engagés dans la même perspective – unis comme un seul corps…

Une existence belle – pleine et joyeuse – sans la moindre mutilation…

 

 

Le corps et le langage inventifs…

De la matière et des alphabets non pétrifiés – la condition première pour qu’émergent la danse et la poésie…

Et l’apparition (progressive) du regard attentif et détaché – comme élément nécessaire à la justesse du mouvement et de la parole…

Le mot et le pas – affranchis ; les signes discrets (et éloquents) de l’âme libre…

 

 

Ce que l’on abandonne – par endroits ; du souffle et des murmures dont peuvent s’emparer toutes les figures du monde ; des reliquats d’invisible et de matière – un surplus de soi – humblement et involontairement octroyé à ceux qui vivent dans le déficit ou la pénurie – l’un des plus beaux présents peut-être – sans doute le nutriment le plus précieux ; de l’énergie vitale qui s’offre à tous les usages possibles – selon la nécessité de ceux qui s’en saisissent…

 

*

 

Choses vécues – vivantes – redoutablement tenaces – mille démons dans leur boîte au couvercle d’argile…

Des jours obscurs ; l’ordinaire quotidien amputé de lumière – plongé dans le manque…

Nos vies sans face-à-face – le lieu (misérable) des images et de la mémoire…

Et des miroirs – partout – pour prolonger l’asymétrie et l’infirmité…

Un monde – des existences – de figurants ignares et angoissés – condamnés à gesticuler sans conséquence…

 

 

Des pas et des mots denses – la silhouette massive – puissante – vibrante des forces de la terre – la tête gorgée de vide et de monde – vive – encline (très encline) à la besogne…

Tout cherchant une réponse – un passage – un peu d’Absolu – au milieu du sable – parmi la cruauté des mains et l’indifférence des yeux…

Les Autres – ces (grands) absents…

Et la nuit, si pugnace autrefois, qui, peu à peu, s’effrite – s’écroule – s’effondre…

Dans la solitude – la semence et la lumière – la clarté verbale et la proximité de la source – l’évidence du miracle…

Du cri au chant – des grands froids au feu qui anime – qui réchauffe – qui abrite…

Les griffes rentrées au-dedans…

Et le sourire qui se dessine dans cet éloignement des visages – les lèvres qui tremblent devant tant de silence et de beauté…

Partout – le bleu sans interrogation – dans l’âme et devant les yeux ; l’immensité du regard au fond duquel tout se plaît à naître et à mourir…

 

 

Les horreurs du monde – dans le langage – simplifiées ; nulle charge sur la nuque – nul regret dans le crâne…

La magie qui opère sous les immenses voûtes du silence…

Tous les paysages du ciel – inventés et décryptés…

Ce qui réussit à s’enfanter sans la moindre compagnie…

Les visages alliés et l’entrecroisement des choses…

Le parcours de la matière ; de la particule à la complexité…

Le vide errant – le vide creusé – le vide capable de s’inventer d’autres formes et d’autres noms…

Les racines secrètes du monde et des existences où doit plonger – profondément – tout désir poétique…

 

 

La lumière oblique sur l’itinéraire frontal – cette longue série de pas conquérants – avançant et reculant – au gré des espaces et des obstacles – gorgés de ce feu puissant – ininterrompu – avec, à la ceinture, tous les instruments de la guerre – les armes qui sèment l’horreur et la mort – et, derrière soi, mille têtes – mille générations – la terre et les âmes en charpie – abandonnées à leur sort – à l’indifférence des bêtes et des hommes…

La malédiction dans le sang – croissante ; et l’intelligence piétinée…

Des cris – des désirs et des lames – de plus en plus fines et aiguisées…

Ce que l’on ambitionne – ce que l’on arrache – ce dont on s’empare – ce que l’on amasse – à défaut d’Amour et de tendresse…

Le cœur misérable des hommes…

Et sur notre figure commune – face au monde – les traits de la tristesse et de la désespérance…

 

*

 

Sans exigence – le visage comme endormi – l’âme présente qui laisse jaillir les gestes et les mots – sans se prononcer – sans préalable – sans arrière-pensée…

Un temps vécu sans le diktat du monde et des horloges – sans la folie humaine – affranchi du culte voué à l’efficacité et à l’amassement – l’ardeur libre de poursuivre ou d’interrompre la (très) longue litanie…

Du bleu – dans les mains – sur la langue…

La nuit – sur nos lèvres – dans la chair – en train de faner…

 

 

Ce lieu sans ailleurs – ce temps sans avenir – sans mémoire – cette manière d’être sans autrement ; tout engagé – détaché – proche et lointain – parfaitement aligné – à la mesure des circonstances…

Et, au-dedans, un peu de jour et de nuit – mélangés ensemble…

 

 

Entre la source et le monde – ces ombres mouvantes – ces silhouettes bancales et déséquilibrées ; du feu et des embrasements…

De la chair que l’on frotte – que l’on caresse – que l’on ingère…

Des visages vivants et des visages inertes – de la peau découpée et de la peau frémissante…

Un tas de fables et de légendes ; autant d’histoires que de jours – au fil de l’existence – au fil des générations…

Des fantômes, peu à peu, rongés (et affaiblis) par le temps et qui finissent, tôt ou tard, au fond d’un trou ; et nous autres – et nous tous – à recouvrir la terre de terre ; une pause, à peine le temps d’un souffle – d’une absence de souffle, dans la danse folle – au milieu de la glaise et de la poussière – tournoyantes…

Une multitude saisissante – sans rien ni personne – en dépit des apparences – devenue, aujourd’hui, une évidence si triviale ; la réalité terrestre qui se décrypte – seule – devant nous…

 

 

Emmuré(s) – à l’intérieur – comme un double cercle – deux rangées d’obstacles et de barbelés qui nous séparent du centre…

Un océan au-dedans – inaccessible…

Et mille expériences pour en témoigner…

Le dos courbé et l’âme inclinée…

La figure noire et les ailes froissées…

Mille tentatives pour trouver la destination – le rythme des pas – la juste trajectoire – pour s’affranchir de la volonté et de la détention – fouler simultanément l’air et le sol – échapper aux grilles et aux visages mensongers de la liberté – amorcer l’envol en privilégiant, de manière spontanée, la perspective qui surplombe les contraires – qui éclaire l’espace au-delà des oppositions entre les partisans et les détracteurs – la seule qui puisse (véritablement) nous libérer des antagonismes et des contradictions…

 

 

Ce qui périclite derrière les paupières – cette nuit faite de poignes et d’errance…

La langue des morts – retourné(e)(s) dans les tombes…

La mer qui se retire au-delà des rivages et des yeux…

L’abîme creusé qui soigne nos blessures – toutes les chairs meurtries par les coups de ceux qui conquièrent…

Des mots et des livres – non pour les yeux – offerts au cœur ; des lignes et des phrases – entre le rêve et le réel – entrevus par l’œil de l’âme qui décrypte les secrets du monde dissimulés sous la surface des choses et des visages maladroitement recouverts de noms – capables de refermer les déchirures – d’assembler les fragments et les parcelles isolées et de réunir, en une aire unique, tout ce que l’on a outrageusement séparé…

 

*

 

Au cœur de l’innocence – l’intime ; ce que nous sommes – un – unis – ensemble – et, au pire, la manière (plus ou moins sensible et respectueuse) dont on tisse des liens avec les Autres (lorsque l’on se sent encore séparé du reste)…

Ce que sont le monde et l’existence – tous les mondes – toutes les existences…

 

 

La rive première – ce non-lieu – gravée dans le silence qu’abrite le fond de l’âme – le mystère exposé – et judicieusement dissimulé à la chair cognitive trop grossière qui en ferait un usage (totalement) indigne ; le mystère et ses lois que les bêtes et les hommes prendraient, sans doute, pour un territoire ; comment pourrait-on oublier qu’il y a encore beaucoup (beaucoup trop) de faim et d’instincts chez tous les vivants de la terre…

 

 

Les hommes – au loin – sur l’autre rive…

Toutes les figures de l’absence – réunies…

Des fantômes très bruyants ; et l’âme indocile qui tourne en rond dans sa cage ; et qui se cogne à tous les recoins du labyrinthe où on l’a (malencontreusement) enfermée…

Pas assez de chants et de prières entonnés sur la terre…

Pas assez de beauté et de tendresse dans les agissements et les gestes…

Et cette grâce – et cette intelligence – qui nous fait défaut – pour échapper au dédale – l’accepter – comprendre la nature de l’esprit et de l’espace…

Davantage qu’une marche vers soi – il faudrait creuser un tombeau – un abîme – puis s’y jeter – la tête et l’âme les premières – et savoir percevoir, à travers tous les bruits et tous les cris – au milieu de la peur – de la détresse et de la cacophonie, la beauté fébrile du silence – les vibrations de l’invisible – la lumière dans notre chair – dans notre voix ; ce qui bat – au cœur du plus intime des choses du monde – dans tous les univers – au fond de chaque poitrine…

 

 

Ce qu’il faut faire émerger des profondeurs…

La tête posée sur l’étendue – dans l’immensité intérieure…

Le ciel et la mort – et leur étrange reflet dans les yeux grands ouverts…

Qu’importe les visages – les alphabets – les circonstances…

Ce qui surplombe les émotions et le langage…

La lumière – le silence – l’éternité…

 

 

La souffrance contenue dans chaque larme ; la fraternité diluée dans toutes les eaux du monde…

Et notre inquiétude – le front plissé face aux Autres…

Toutes les armes qui se perfectionnent – l’âme qui s’aguerrit – au fil des batailles – au fil des générations…

L’Amour éparpillé dans le sang qui coule – concentré dans l’œil qui se ferme – la poitrine tremblante avant le dernier soupir…

Des gisements de feu reportés à un très proche avenir…

Et le souffle qui continuera à alimenter les vents du monde – à faire grossir la masse des vivants – à faire de la terre la somme de toutes les haleines terrestres – la somme des inspirations nécessaires…

 

 

La folie au-dedans et un nom au-dehors – comme une étiquette – une marque de distinction – qui contribuent à toutes les insanités du monde…

Quelque chose du sommeil – tissé en mailles serrées sous le front – comme un oreiller à l’intérieur – et sur la pierre – le matelas noir des insomnies – un lieu de guerre et de conflit – un lieu d’inconscience où l’on ne peut s’accomplir que par le rêve ou le sang…

L’horreur du monde à laquelle participent tous les mensonges ; notre propagande et les aménités d’usage…

 

*

 

La nuit parfaite – buissonnière – joyeusement solitaire – sans épaisseur – sans enfermement – très éloignée du désir festif des Autres – comme une voix frêle dans le silence – presque imperceptible – comme deux paumes innocentes qui se joignent vers le ciel – une porte ouverte sur l’immensité – un trou de serrure qui laisse apparaître l’infinie blancheur de l’espace – une main sur notre épaule à mesure que s’approfondit la prière…

 

 

Le jour dans notre cellule – bien avant le dernier épuisement – l’ultime tentative…

Quelque chose dans l’ordre du monde – comme un espace qui se substitue au fouillis et au brouhaha antérieurs – une possibilité au cœur des apparences ; un appel d’air du vide aux conséquences joyeuses ; le plus beau des présents – peut-être…

Comme une cassure – nette – précise – du dernier maillon de la chaîne – qui ouvre sur la seule forme possible de liberté…

Le sourire aux lèvres et la joie dans l’âme – humbles – discrets – impersonnels…

Sans doute – la plus savoureuse manière d’être vivant…

 

 

L’absence qui se conjugue à tous les temps ; des masques et des postures – du vide tourbillonnant – l’invisible relevé dans toutes ses tâches – partout – la même inconsistance et la même frivolité – les œillères du rêve sous le front – les mains attachées derrière le dos…

Nous – nous avançant, peu à peu, au cœur de l’abîme – au seuil de nos dernières forces – jusqu’à l’ultime frontière – peut-être – comme si, en vérité, il n’y avait personne – ni monde – ni chose – ni question ; de simples circonstances ; ce qui – apparemment – a lieu ; et nos yeux pas même pour en témoigner…

 

 

Hanté(s) par le jour – les lois de l’inertie – l’âme inaccomplie – les mensonges du langage – tout ce qui nous détourne du centre – de la vérité…

La tête et les mains – lourdes de tous leurs manquements – ce que l’on ressent au fond de la chair rougie par l’expérience…

La gorge pleine de sable et de cendre – en plus du sang…

Le cœur comme un brasier mal éteint – plongé par intermittence dans l’obscurité…

Avec des élans et des à-coups – des reliquats d’ardeur – insuffisants toutefois pour transformer le regard sur le monde…

Nous – comme seul(s) [et simple(s)] témoin(s) de nous-même(s) – amputé(s) d’une large part du champ de vision naturel – condamné(s) à cet engluement de surface identitaire qui (nous) confine à une quasi cécité…

 

 

Seul – sous la neige – le soleil dans le geste – dans la voix – sur la page – l’âme – la chair et la main – parfaitement éclairées – les ailes déployées – battantes dans le ciel dédoublé – l’espace au-dedans et l’espace au-dehors – dans cette continuité qui échappe au temps – aux yeux guidés par la pensée…

L’être face à la mort – au provisoire des choses du monde – à l’inconsistance de ce qui semble exister…

Plus proche de l’essence que des apparences…

Plus proche du vide que de ce qui en émerge…

Plus proche de la lumière que des ombres projetées…

Le regard et les sens affranchis des orifices – désenvoûtés en quelque sorte…

 

*

 

Distraitement – le jour que l’on a enfoui…

Le monde sans réserve – les figures de l’errance – le cœur banni – le diktat du temps – des images et des lois ; le démembrement de l’innocence – le retournement de l’esprit comme si le mystère avait perdu tout attrait…

 

 

Une pause – des lettres peintes en bleu – en silence – partout où persiste le refus – le recouvrement de la source – l’émergence possible des yeux libérés du sommeil…

Ce qui se poursuit en nous – l’indéchiffrable à travers les gestes et les circonstances – des chemins et des visages (les nôtres en particulier) – la nuit et l’invisible – la voix consentante et la gratitude…

Le délaissement des bagages et des ruines – les charges et la poussière de la mémoire – pour rejoindre ce qui nous appelle – depuis le premier jour ; l’acquiescement…

 

 

Rien au-dehors – du passé et des morts – et quelques regrets aussi – peut-être…

La trace des ombres sans écho…

L’oubli et le sol sur lequel on traîne…

Ce long voyage, à travers l’ignorance, pour chercher et apprendre à découvrir, peu à peu, l’identité secrète – l’identité profonde – l’identité première que nous n’avons cessé d’enrober de désirs et de glaise – de couches épaisses d’artifices…

Et cette cisaille – au fond du cœur – qui se tient prête à l’usage pour trancher l’inutile – tous ces misérables amas…

Hors du cercle – pour toujours – avons-nous cru ; et le Graal qui était là – invisible – depuis toujours – dans le vide – et qui attend encore nos mains tendues – nos paumes ouvertes – l’innocence suffisante de l’âme…

 

 

Du ciel – sans espace – une image – un symbole – un ailleurs que l’on réserve pour après – pour plus tard – comme une vague récompense – une sorte de terre lointaine – un lieu sans géographie – pour l’âme des morts ; une simple croyance sans aucune réalité quotidienne…

 

 

Le sol recouvert de larmes et de sang – d’os et d’excréments ; les substances – la matière – essentielles des vivants…

Et dans les airs – le reste de l’espace ; et cette double interrogation : quelle place pour l’invisible – et quels genres de forme peuplent ce que nous ne voyons pas…

 

 

L’écho du silence et le reflet du bleu contre nos tempes ; et, devant les yeux, ces vieux papiers jaunis par le temps…

D’un côté – l’immensité ; et de l’autre – le cercle minuscule – encombré et rafistolé…

D’un côté – ce qui existe (à tout instant) ; et de l’autre – ce que l’on ne cesse de faire revivre artificiellement…

L’homme à la jonction du rêve et du réel…

L’âme toujours tournée vers ce qu’elle ressent – vers ce qui lui semble essentiel – vrai ou faux – jamais à tort…

 

 

Sur l’autre versant du monde – l’errance joyeuse et involontaire – le règne de l’incertitude et du non-savoir…

Plus proche de l’origine que de l’étoile…

Plus proche de la lumière que de la nuit orpheline au fond de laquelle sont emmurés les hommes…

Plus proche du silence que du bavardage et de la parole animée…

Sans secret – l’âme libre et exposée – à la merci de chacun…

L’être sans attribut et sans usage ; sur cette pente – immobile…

 

*

 

Des jours et des vies – sans épaisseur – graves pourtant – lourds et pesants – sans joie et sans mystère – avec pour seule couronne le sommeil et le repos – cette torpeur quotidienne d’aller comme sur des rails…

Et, en soi, l’étendue assombrie par cette opacité nocturne ; et la tristesse aussi coutumière que les pas…

 

 

Entre le ciel et l’abîme – l’enfance qui se balance – joyeuse…

La parole heureuse – parfois, si proche du soleil…

Les jours et les mots qui se jettent – les uns après les autres – sur la page – sur le sol – vers la mort ; les lignes et les gestes qui offrent leur langue solitaire et lumineuse que le vent – les forces de l’invisible – emportent à travers la plaine – par-dessus les rives trop peuplées de ce monde ; et qui toucheront peut-être – un jour – là-bas – plus loin – qui sait ? – une âme sensible – le cœur ému d’un enfant…

 

 

Des traces de lumière – en chaque question – en chaque réponse – et au cœur du silence (principalement)…

Comme un trésor – un joyau – sous le déchirement des apparences ; une délicatesse dissimulée par la violence et la grossièreté…

Et notre désarroi dans cette nuit trop noire…

Le regard – plus loin que le vent – plus loin que l’ultime frontière inventée ou entrevue – au-delà du froid et de la brusquerie – au-delà des offrandes et des prières – au-delà du monde et du petit peuple des hommes aux yeux fermés…

Et la même envergure – et la même beauté – parfois – dans notre pas – dans notre geste – dans notre parole ; le signe, sans doute, que l’étendue – au-dedans – se déploie…

 

 

Ici – sur cette roche proche du cœur – commence l’autre perspective du monde – le silence et la parole profonde – la caresse intense et l’intimité avec les choses – l’acquiescement et le regard – la lumière et la sensibilité…

La fin de l’ignorance et de la peur qui gangrènent les âmes…

Le ciel plutôt que la nuit parsemée d’étoiles…

 

 

L’étrange saveur des pas hors du cercle – aux marges infréquentées du monde et au-delà…

Rien que la pierre et le regard – parfois confondus…

Au milieu de l’espace – l’invisible…

Des bêtes – des arbres – des fleurs ; notre (belle et grande) solitude…

L’existence à même le sol – le ciel et la terre – sans le moindre accablement…

 

 

Le verbe sans hauteur – pour témoigner de l’enfer vécu et du paradis possible…

Toutes les configurations du réel et de l’esprit…

 

 

Les pires parricides – et toutes les filles et tous les fils – orphelins ; le monde sans ascendance – à quatre pattes – cherchant une direction – un lieu vivable – une anfractuosité dans le temps…

 

 

Des mots dans le prolongement du ciel…

Un triangle de lumière dans la nuit trop fidèle…

 

 

La docilité de la langue et des âmes – comme un troupeau de signes et de chair…

Quelques flammes – un élan – un peu de feu qui avance – entre le fouet et l’attraction – entre la crainte du monde et cet irrépressible désir d’immensité…

 

*

 

L’ardeur d’avant la trace – l’émanation directe – l’émanation première peut-être – de la source…

Ce qui a précédé toutes les espérances – tous les désarrois ; notre regard – la perspective commune – avant le déchirement du monde…

Au cœur du froid et du vent – à présent…

Au cœur de la nuit aux mains charitables…

L’offrande du jour – l’offrande d’une vie – pour contrebalancer tous ces sortilèges millénaires…

Et pourtant – partout – le bleu immobile – sans usage – sans emploi – à la disposition de ceux qui le désirent – de ceux qui le goûtent – de ceux qui l’habitent ; et, en un instant, leur âme – leur souffle – leur geste – en sont emplis…

 

 

Dans notre pas – notre bouche – notre geste – le seul ciel (terrestre) envisageable – la seule incarnation possible de l’immensité…

 

 

Des étoiles et des créatures – tournant sur elles-mêmes – les yeux brouillés et le front inquiet ; la danse dans le sang qui se prolonge – qui se propage au-dehors – sous le ciel impassible – dans l’espace immobile – dans le regard attentif ; toutes les orbites – ce qui circule – la vie – le monde – le temps – endiablés – l’énergie intime et l’énergie cosmique – se réinventant, sans cesse, dans la durée…

 

 

Le jour espiègle – souriant – heureux même de nous voir nous débattre dans la nuit – l’humeur et l’âme aussi sombres que la couleur du monde – que la pénombre de notre chambre ; il sait qu’un seul geste – dans le regard – suffirait à nous éclairer – à tout rendre lumineux – à le rejoindre sans effort – à vivre à ses côtés – à le laisser nous effacer…

 

 

Dans le jour – les mains jointes et le cœur ouvert…

Sous les étoiles – le même rivage ; et, pourtant – à l’intérieur, toute une géographie transformée…

 

 

La parole courbe qui (enfin) s’incline – comme une forme de révérence – un respect pour le silence et l’étendue – soucieuse autant du monde que de l’origine…

 

 

Des rangées successives de murs…

La nuit éparpillée par les mains du savoir qui ensemencent le discernement et la distinction – et qui font fructifier, à leur insu, la cécité et les malheurs…

 

 

Aucun ciel sur la pierre – de l’espace sans socle – sans appui – qui vient visiter ceux qui l’invitent – tous ceux qui sont suffisamment mûrs pour le recevoir…

Le vide et l’âme – les seuls instruments nécessaires ; le reste, bien sûr, n’est que décor et contingence…

 

 

Vivants – assis sur le secret ; et enterrés, en lui, à leur mort…

 

 

Jamais d’heure inauguratrice – de temps commencé – de terme définitif…

Des instants – des entre-deux – des intersections – des cercles qui s’entrecroisent – d’infimes périmètres parfois – entre l’espace – la matière et le temps…

 

 

Tout ouvert – malgré les frontières dessinées – malgré les limites définies…

La multitude foisonnante et le fouillis – comme simples prolongements – minuscules protubérances – de l’espace – excroissances provisoires – à la manière d’un spectacle offert pour lui-même auquel, bien sûr, chacun participe et dont chacun est témoin – œil ou regard qu’importe…

 

*

 

Cette lourde charge qui nous cloue – nous perclut – nous assomme – nous cisaille – nous enterre…

Et, au-dessus, ni ciel – ni soleil – ni soutien…

Et, au-dedans, ni paix – ni joie – ni espoir – et aucune raison de vivre particulière…

L’ordre mécanique des choses et du monde – des pas et des sentes qui, à force de piétiner – qui, à force d’être empruntées – creusent le même sillon – jour après jour – de plus en plus profond…

Et sous le front – le poids de la désespérance ; et rien derrière le visage – quelques vieux masques décrépis qui dissimulent fort mal tous ces fantômes qui hantent la tête de ces silhouettes à la foulée fatiguée…

 

 

Vers le centre – en s’éloignant du monde et du temps…

 

 

Trop de cercles surimposés au réel pour être réellement compris et (honnêtement) célébré…

Le plus souvent – des sourires et des aménités – un mimétisme affable – devant l’estrade sur laquelle se tiennent quelques sages institués ; un aréopage de savants supposés qui savent manier les signes et les mensonges en dissimulant les choses sous d’implicites symboles…

Du vent – entre les oreilles – sans doute la meilleure chose pour l’auditoire et les présomptueux ; la terre entière – à bien y regarder…

 

 

Des fragments de vérité sur l’échafaud ; au cours de l’exécution et quelques instants avant que la tête ne roule sur le sol…

Et des ailes qui poussent dans l’esprit des suppliciés…

La nuit qui s’éloigne – le ciel plus bas que jamais…

Le vide qui accueille les morts…

Dans le retrait – cette écoute particulière de l’essentiel – la dispersion du plus frivole – l’inécessaire – l’extinction de l’épuisement ; l’attention aiguisée ; l’invitation de l’immensité – le goût du silence ; l’invention, peut-être, d’une terre nouvelle…

 

 

Des malheurs sur la pierre…

Des morts sans funérailles – abandonnés sur le sol – au fond des eaux…

Le (petit) peuple de la terre…

Des séjours et des sphères – mille différences apparentes ; et la même faim qui anime la chair – le cœur des entrailles…

 

 

Un murmure – quelques syllabes – ce qui émerge des profondeurs – au sommet de la solitude désintéressée ; un mouvement de rupture – une sorte de retournement de l’esprit – de l’espace – la parole devenant, au cœur du silence, un geste comme un autre – attentif et juste – parfaitement adapté aux circonstances…

Ni agenouillement – ni embarrassement ; la posture – au-dedans – naturelle – discrète et inclinée…

 

 

Les paumes parfois dressées – parfois tombantes…

Confiant – abandonné aux courants qui nous portent – nous emportent – nous font chuter ou échouer sur quelque rivage – sans le moindre désir d’une autre réalité – que les choses prennent une tournure différente ; ce qui s’impose – ce qui a lieu – ce qui s’accomplit – le plus naturellement du monde…

 

 

Parfois pente – parfois dédale…

Parfois opacité – parfois discernement…

Parfois douleur – parfois agrément…

Le destin sans cesse reconduit – sans cesse prolongé – sans élan supplémentaire – jusqu’à l’extinction de tous les mouvements…

 

 

L’innocence et les saisons…

De l’ombre et de la lumière…

L’usage de la blancheur et le regard-témoin…

Jamais rien de fixe – ni les détours – ni les impasses – ni les effondrements ; aussi libre(s) et erratique(s) que les vents ; ce que nous vivons sur la terre…

 

 

Sur le bas-côté de la route – cette attente immobile – interminable…

Trait pour trait – le visage impatient de l’enfance…

Et sur la voie principale – la sauvagerie (évidente – manifeste) du monde – et l’assentiment (supposé) de la lumière…

Des âmes – par endroits – entre l’exil et l’illusion – entre l’histoire et la vérité…

Des bouches criantes et affamées – tout qui gesticule comme au fond d’une malle…

Sans un regard pour les lignes jetées en pâture – offertes en partage…

Les lèvres et les pieds pleins de terre – abandonnés à leur sort (strictement) matériel…

Des destins souterrains et sans grandeur…

Des spectres auxquels on a donné un nom pour leur faire croire qu’ils appartiennent à la précieuse famille des vivants…

 

 

Dans l’œil – le même abîme que sous les pas…

Tout – plongé au-dedans – à l’intérieur…

 

 

La vie et la mort – et toutes les consignes des Dieux qui font office de lois…

Des cris avant le trou – pendant les funérailles – puis, autant sur la tombe que sous la terre…

Des cercles entrecroisés que l’on s’échine à vouloir séparer pour éviter la douleur et la folie…

Rien qu’un sol où tout se passe…

Rien qu’une idée du ciel à laquelle on aspire…

Et – entre les deux – tous les malheurs et cette pitoyable agonie…

Avec, parfois, des pelletées de poussière qui brouillent la vue et rendent – fort heureusement – les choses (plus ou moins) indistinctes…

 

 

De la cendre dispersée – le même sentier que l’on emprunte pour boire dans la coupe des Dieux – devenir prisonnier des alphabets et des images – se jeter au cœur du vide (l’âme et les pieds en avant)…

L’enfermement du ventre ; et les Autres – et le monde – et la mort – dont on apprend, peu à peu, à s’affranchir…

 

*

 

Le cœur bigarré – la nuit qui nous entoure comme un sous-sol vivant – éprouvé de l’intérieur…

Des ombres inattentives et des temples désertés…

La succession des heures en expansion…

Le corps – réceptacle du temps – de l’histoire du monde – des mythes et des traditions ancestrales…

Tout – réuni – depuis le premier jour – aujourd’hui ; tout concentré – à cet instant même…

Des milliards de cercles présents dans la chair et l’âme…

L’esprit et le vide vivants – palpables (si tangibles)…

L’œuvre (grandiose et admirable) de l’invisible – permanent et inépuisable…

Tous – sur cette pente qui fait glisser chacun jusqu’à l’aube…

 

 

Les arbres silencieux – attentifs et sensibles à nos intentions – à notre intonation…

La même intuition et cet ancien regard en commun – comme la poursuite de l’échange et sa (progressive) transformation en étreinte – le signe que nous étions autrefois suspendus ensemble au-dessus du vide – que nous partageons la même généalogie – une ascendance commune ; l’Adam et l’Eve cosmiques (et non anthropomorphiques) – l’espace et l’énergie sans commencement…

Les uns dans le retrait des hauteurs ; les autres dans le bavardage et la gesticulation…

Les uns dans le silence et la paix ; les autres dans le vacarme et l’agitation…

Face au monde – l’épuisement (progressif) du temps et l’éclosion (encore timide) du jour…

Les uns contre les autres – ensemble – à attendre la lumière – l’avènement de la première heure…

 

 

Contre la peau des vivants – ensemble – le vide et l’invisible…

Un regard sur toutes les parcelles et sur tous les sentiers – sur tous les lieux où l’on vit côte à côte…

Et émergeant – entre les lèvres – quelques lettres combinées de l’alphabet – des cris et des plaintes…

A l’approche du jour – personne – pas la moindre doléance – ni la moindre onomatopée…

La mémoire du monde enfouie – éparpillée au fond de chaque tombe – veillant, peut-être, auprès des morts…

Et vivants – notre corps et notre cœur – sans la pesanteur ni les stigmates du temps…

Vierges pour accueillir la lumière – un peu de lumière…

Au-delà du dédale – la franchise et la transparence – qu’importe les reliquats de terre qui entravent encore notre route…

Qu’importe les conflits et les querelles qui gangrènent encore l’espace…

Un peu d’amertume aux lèvres et, au fond des yeux, l’immensité océane – présente – en minuscules carrés de lumière – cette clarté indélébile qui éclaire tous les passages – toutes les traversées – qu’importe l’obscurité – qu’importe le sens et la durée du voyage…

 

 

A genoux – et la bouche naturellement cousue…

A travers la fenêtre – l’étendue…

L’âme face à tous les refus – acquiesçante…

Le cœur (très) docilement incliné…

Et devant les yeux – la vie et la mort – tous les spectacles du monde – ce qui s’effrite à l’air libre – sous le soleil – le souffle et les mains (le plus souvent) très peu concernés…

Notre périple – cet étrange parcours dans le sable et le vide…

 

*

 

Ce que la nuit édifie autour de nous – des murs de pierre – de minuscules étoiles construites en boue séchée – de la distance et de la tristesse…

Toute l’inintimité du monde – sans la lumière…

 

 

Des siècles d’étrangeté au-dedans de cette cage – derrière ces grilles – de l’autre côté du monde – un temps d’affairement et d’épuisement pour trouver une issue – échapper à la détention – en vain (bien sûr)…

On s’est éreinté à chercher aussi loin que possible – à fouiller le sol – les sous-sols – à ébranler les murs – à allumer toutes les lampes de la geôle – à imaginer l’espace et l’immensité – recroquevillé au fond d’un coin…

Et il aura fallu s’abandonner (pleinement) à l’incarcération pour qu’une main étrangère nous soulève au-dessus du labyrinthe – au-dessus du couloir du temps – et nous pose au milieu du vide – sans socle – sans appui – flottant avec le reste des choses au gré des courants et des appels à la liberté ; à la même place – exactement…

 

 

Cette encre jetée dans quelques anfractuosités du monde – quelques sillons – quelques pages – comme un chemin incertain – encourageant peut-être – qui se dessine ; un périple à travers l’épaisseur – le seul voyage nécessaire (sans doute) ; du plus lointain vers la plus grande intimité – de la périphérie jusqu’au centre du cercle ; toute une pente à remonter en soi – et cette dégringolade extérieure – parfaite – rédhibitoire – sans même le désir d’une parole – de trouver une issue – d’opérer le moindre changement ; ce qui est offert – la vie et le monde tels qu’ils se présentent ; ni difficulté – ni problème – ni (bien sûr) besoin de percevoir un sens ou une résolution ; le cours des choses – les circonstances ; et l’abandon total à l’étendue ; pas même une épreuve – ce qu’il nous faut (simplement) vivre et éprouver ; l’inévitable – en somme…

 

 

Ce qui apparaît comme mutilé – le rêve – le réel et le souvenir – ce que nous croyons être – le monde – le regard et l’existence des Autres ; tous ces pitoyables assemblages d’éléments disparates ; l’essentiel peut-être…

Des bouts de chair et un peu d’invisible – sans espace – sans silence…

De simples amas de pierres et d’étoiles…

Nous tous – privés de sourire – de ciel – de joie…

 

 

Le monde – des cages et des tiroirs entrouverts…

Comme le soleil – ces lignes…

L’asymétrie et le parallélisme…

Quelque chose de l’intensité et du cri – comme une force et une expulsion nécessaire – totalement irréfléchies…

Les rives intimes et les jeux solitaires autant que les berges surpeuplées et la gesticulation des foules…

 

 

Des blessures et des pièges – un langage sans alphabet – une forme de mutisme – des sons inarticulés – la conjonction du monde et de l’expression d’avant la parole…

Un long glissement – puis, un saut – comme un retour à l’origine…

Une existence sans la nécessité des lèvres – des Autres – du moindre auditoire…

 

 

Un long sommeil – au-dedans du rêve – des yeux ouverts – des apparences…

Des circonstances – comme l’on secouerait un somnambule – une tête avachie sur un oreiller…

D’imperceptibles vibrations pour cette vie (trop) léthargique…

Une forme de repos que, sans cesse, l’on reconduirait – que l’on recommencerait sans même s’en rendre compte – ajournant ainsi la découverte des mensonges et de l’abîme – reléguant à plus tard – et à jamais peut-être – la conscience du vide…

 

*

 

Une parole morte – depuis trop longtemps…

Sans voix – devant la terre agonisante…

Le fil du temps étiré jusqu’à la cassure – puis, tout qui s’accélère – mille secousses – et les hommes qui s’imaginent moins indifférents – et moins pleutres ; simples conjectures – pure imagination – évidemment…

L’existence rayonnante – ce que nous refusons – comme un jeu – notre dernière marelle – identique à celle de l’enfance ; de la terre au ciel en quelques pas – la tête accaparée par le territoire à atteindre – les yeux rivés sur le palet qu’on lance devant soi – le cœur prisonnier des ombres – de ces petites cases dessinées à la craie sur le sol…

 

 

Serait-il possible que nous existions réellement – comme semble l’attester la présence du sang dans nos veines – la chair douloureuse – ce fragile tégument de matière – le cœur ému – la poitrine, si souvent, envahie par la tristesse – et mille émotions différentes – et la psyché engluée dans son étroit labyrinthe…

L’esprit pleinement engagé dans ce qui se vit – dans ce qui s’éprouve – et au-dessus (très au-dessus) des pulsations – du désordre – des fragmentations ; inaccessible – en somme…

 

 

Des lieux et des choses – ce qui advient – des rires et des larmes ; et cette peur – et cette faim – qui nous animent ; mille manières de vivre – mille voies possibles – jusqu’à la joie – jusqu’au silence – jusqu’au parfait alignement de l’âme et des circonstances – jusqu’à l’avènement de la main juste qui humblement – discrètement – effleure l’espace – le monde – les visages…

 

 

Un lieu où vivre – des failles où se cacher – l’immensité intérieure affranchie de la matière mortelle…

Pour les uns – illusions – de bout en bout ; pour les autres – le vertige permanent…

Sans muraille ni langage – sans même, bien sûr, la nécessité du monde…

 

 

L’infini – devant soi – qui nous traverse…

La seule amitié possible et la seule tendresse offerte – héritées du silence – et qui se réalisent – et qui s’éprouvent – lors de sa découverte – à l’intérieur…

Ce que les visages semblent offrir – il est vrai – en apparence ; de très lointains – et de très imparfaits – reflets – à l’insu de tous (bien sûr) – ce que nous serons seulement capables de donner tant que nous nous prendrons pour des créatures distinctes – des fragments de l’immensité – tant que l’Amour ne nous aura pas traversés de part en part – et emplis de tous les côtés – de fond en comble…

 

 

L’espace transfiguré – la neige qui, peu à peu, se substitue au noir…

Des ombres et des cris – ce qui se soulève sous le poids de la souffrance – le trop long côtoiement du monde exagérément humain ; cette triste humanité qui ne représente qu’une infime fraction des ventres et qui maintient, pourtant, sous sa botte l’essentiel des bouches et des âmes…

Quelque chose de l’hégémonie – de l’aveuglement – de l’abomination…

Le triste spectacle des vivants et les misérables jeux auxquels se livrent tous les habitants de la terre…

Des vies de malheurs et d’infortune – la cécité des hommes et l’absence de ciel en référence – l’épaisseur du monde et l’opacité des consciences…

Rien – pas la moindre fulgurance…

Le néant à l’intérieur et la confrontation au-dehors…

Le devenir comme seule espérance – pitoyable – inapproprié – de toute évidence…

 

 

Du sol – du ciel – des astres – ce qui émerge – ce qui tourne – ce qui disparaît…

La danse des choses dans l’espace…

Des bruits et des visages – ce qui trépigne en attendant la lumière – un peu de vérité – sous le front – pour éclairer tous les mouvements – toutes les formes de présence ; les mains naturellement jointes pour honorer le vide et les étreintes…

 

*

 

La nuit par-dessus la terre ; et la magie par-dessus la nuit…

Le silence – partout – à travers l’épaisseur…

La matière soumise aux hommes et au temps…

Et – fort heureusement – la bonté intrinsèque du feu – du vent – de l’espace – sans lesquels n’existerait que la désespérance…

 

 

Le regard incliné – contrairement à la certitude (erronée) des bras puissants…

L’invisible qui nous enserre – et la liberté goûtée grâce à cette proximité…

 

 

La tête – comme la vie – obstinée – ressassante – mais (en général) moins (beaucoup moins) inventive…

 

 

La hache des vivants – sous le soleil – qui s’abat – et s’abat encore…

Le carnage (quasi) permanent des figures animales et végétales – et les têtes que l’on décapite par nécessité ou par agrément ; d’interminables rangées à décimer – des lignées entières à exterminer…

Des ombres sous la roue atroce qui écrase les destins…

Et toutes ces lames qui fauchent – comme si nous étions prisonniers de la mort – et condamnés à mourir – oui, bien sûr – mais dans quelles conditions – à la chaîne – réunis dans ces longs corridors sans lumière où la peur et le sang sont les seules substances qui suintent de la chair – des âmes incarcérées…

Le chemin assombri et la permanence des vagues torturantes…

Les saisons qui passent et l’inanité du langage…

Des errances – mille voyages – et, le plus souvent, des destinations inverses à la source…

Trop de distractions – sous les paupières et dans les arènes du monde…

Le vide – partout – qui se cherche encore…

 

 

La tête assidue – dans l’espace – qui cherche la blancheur – l’innocence du geste et de la voix – derrière les cris et la douleur – dissimulées parmi les ombres…

L’avènement de la lumière…

Le ciel présent – l’invisible dans la matière…

Ce qui peut-être – ce qui sans doute – fait de nous des hommes…

 

 

L’œil et la langue engourdis – et cet incessant brouhaha où nous sommes plongés – indifférent aux têtes prêtes à exploser…

Les rives assourdissantes qui pourraient renverser les âmes – nous détourner de cette vision étagée des vivants…

Le vide – partout – au-dedans ; et la solitude silencieuse comme un axe autour duquel tournent toutes les existences…

Avec, le plus souvent, tout le poids du monde sur le dos…

 

 

Nul ne sait – n’a jamais su – ne saura jamais ; mais il est néanmoins possible de vivre – le cœur joyeux et l’esprit en paix…

Il suffit de s’abandonner ; et de se laisser guider par ce qui surgit – circonstances et émotions ; et ainsi, éprouver (intensément) et incarner (passionnément) le mystère de l’existence…

 

 

Parmi – à côté – mais, le plus souvent, un peu plus loin – caché dans les interstices du monde humain ; « entre », sans doute, le mot le plus juste pour définir notre posture – notre position…

 

 

La blancheur de l’esprit – dépouillé – sans ses images – sans ses vieilles lunes misérablement dressées dans la nuit…

La respiration involontaire – comme le reste (tout le reste) – entre le vide – le jeu et le langage…

 

*

 

L’absence de Dieu au-dedans du monde…

L’absence du monde au-dedans de Dieu…

Et à la jonction du temps et des extrêmes – les âmes et leur longue (et âpre) besogne…

 

 

A la source – le silence…

Et au-delà – avec l’eau qui coule – la création du monde et quelques interrogations…

Puis, très vite (trop vite) – les paupières lourdes de sommeil et le souffle corrompu – exactement à l’autre extrémité ; aux antipodes – là où naît le point de départ du voyage retour…

Ainsi le cycle, sans cesse, se réalise – se perpétue…

 

 

De la cécité – et chaque réponse qui, peu à peu, glisse vers le silence – la seule possibilité ; il y a tant de manières d’ouvrir les yeux…

 

 

Le bleu à rebours – de seuil en seuil – jusqu’à la destination initiale…

Le bleu au bord du monde – la voix qui s’en emplit – manière, peut-être, d’offrir un peu de ciel – de ne pas trop barbouiller le blanc de la page avec cette encre noire…

Donner à voir le jour dans la chair des hommes – un peu de souffle et de soleil – de la lumière et l’ardeur nécessaires pour creuser en soi l’espace – le vide propice – le vide parfait pour laisser émerger le bleu au-dedans – au bord de l’âme et de l’abîme – entre le plongeon et l’envol…

 

 

Debout – sous la pluie inauguratrice – à frotter quelques restes de peinture sur la peau excoriée – la vie présente que l’on aperçoit à travers les trous qui parsèment la carte ancienne du monde – inventée par les hommes pour se déplacer sur la terre et découvrir (éventuellement) une route vers le ciel…

 

 

En soi – comme nous le sommes nous-même(s) – au fil de l’air – de (très) longues dérives – le cours sinueux des choses…

Et ici – dans la juste nécessité…

 

 

Autrefois – le monde plein la bouche – aujourd’hui régurgité – comme si plus rien n’était désirable – comme si plus rien ne tenait au ventre…

Le silence – l’origine étendue…

Sur la pierre – notre salive séchée…

Et au-dedans – le feu et la chair presque minérale…

Et l’esprit qui s’amuse à jongler avec le vide – le regard et le langage ; le jeu le plus naturel du monde – loin (très loin) de nos pitreries anciennes…

 

 

De l’air – des gestes sans manigance…

Une chevelure claire et aérée – l’œuvre de la lumière et du vent…

Sur la page – ni gouffre – ni dôme ; des lignes foisonnantes et délicates – une respiration – le rythme imposé par tous nos penchants entremêlés ; notre manière, peut-être, d’être présent et de nous absenter du monde…

Comme un chemin qui se dessine – un itinéraire qui s’esquisse – humblement (très humblement) – à travers nos pages, vers ce qui nous attend – l’immensité sans préemption – sans autre condition que l’alignement de l’esprit et des circonstances et notre implacable aspiration à l’effacement…

 

 

La solitude et le silence, peu à peu, apprivoisés – seuls compagnons dans cette longue marche vers l’aube…

Sur la pierre – la joie – tout au long de la traversée – sous la férule de la mort (de moins en moins terrifiante)…

 

*

 

La lumière mouvante – de rive en rive – qui éclaire, une à une, les ombres – les cachettes intérieures où nous avons dissimulé toutes nos panoplies – la surdité – la cécité – le mensonge – tout ce que nous nous sommes échinés à feindre – les plus éclatants soleils ornementés avec de la peinture rouge et or – tous les souffles secourables qui imitent avec une (trop) grande habileté le vent naturel – les discours et les gestes apocryphes – les répliques parfaites du ciel – la tendresse allongée à nos côtés parsemée de piques – de pointes – de piquants – toutes les formes d’absence manifeste – caractérisée…

Le monde entier – en somme – encore immature – toujours englué dans son tégument de terre et d’excréments…

La nuit invivable – inaliénable – où nous vivons…

 

 

Rien que ce froid au-dehors…

Et cette neige – à l’intérieur – comme notre seul manteau – un peu d’innocence – le seul antidote à l’indifférence – au sourire faussement loyal de chaque visage…

 

 

Sur la pierre grise – des jours d’angoisse…

La vie – le monde – qui rétrécissent – à vue d’œil…

Le souffle qui circule dans la chair – comme le sang…

L’invisible et les substances les plus grossières…

La fertilisation de la terre et du temps…

Et, quelques fois, le lieu du silence et de la poésie – par intervalles – par intermittence – comme des interstices de joie – un peu de couleur dans le noir aux allures tantôt de pénombre – tantôt de ténèbres – comme une porte minuscule – une trappe discrète – pour échapper au sommeil profond – au sommeil commun…

 

 

La terreur du monde – chaque jour – vérifiable…

Des échelles bâties pour se hisser au-dessus des danses – pour échapper à la ronde funeste des choses…

Ici – avant l’aube – notre (rude) besogne…

 

 

Le soleil face au ruissellement – aux yeux noirs de la peur…

Ce qui commence avec la fixité…

Le ciel que l’on écartèle – à force d’inconscience et de volonté…

Des gestes sans cesse inachevés pour réparer la déchirure initiale et tous les morcellements successifs…

L’infini et la respiration de l’ensemble – à travers tous les sorts – les os enrobés de chair – la roche enrobée de terre…

Tout ce qui appartient à la (longue) liste des choses du monde et ce qui n’a pu encore être nommé (et défini) par le langage…

Instruments des Autres et de l’esprit…

La naissance des têtes – jusqu’au vertige…

Mille fois le même éblouissement – mille fois le même pourrissement…

Ce qui recouvre le sol et ce qui s’enfonce en nous…

La mort mille fois décrite – comme une seconde peau – notre nature première peut-être – le terme récurrent du cycle…

La difficulté des yeux à s’ouvrir…

L’éternel recommencement ; l’incessant labeur de la matrice ; tous les enfantements simultanés…

Des figures qui apparaissent – qui passent – mille choses que l’on ignore – des rives où l’on vit et patiente (tant bien que mal)…

L’ombre et la lumière qui se chevauchent…

Le temps – le monde – qui s’occupent – qui s’emplissent – qui s’égrainent – avant la fin du monde – avant la fin du temps…

 

*

 

Le pays de la parole déserté(e) – le lieu où s’invente et s’écoute le poème ; comme un chant – un léger bruissement de feuilles – comme un rêve – le plus délicat – jeté par-dessus le mur qui sépare ce qui ne peut être séparé ; parfois le sommeil – d’autres fois, la justesse – parfois l’infini – d’autres fois, les entraves et les restrictions ; ce qui advient (toujours) de manière naturelle…

Nous obéissons – comme un instrument – mille instruments ; à la disposition du vent…

Et ne règne – invariablement – que ce qui s’impose…

 

 

Le bleu qui circule entre les visages et les choses ; mille énigmes – en toute saison…

Et ce grand rire au milieu du monde…

Un chemin peut-être – des vibrations dans l’air – la lettre et le mouvement…

Et nos pas qui résonnent dans le silence – au fond de l’abîme…

Nous – partagé(s) – de l’intérieur – offert(s) comme un alphabet – une langue – peut-être – destiné(s) aux rencontres amoureuses et aux communautés fraternelles…

Le sacre de la neige dans la voix…

 

 

Rien que des légendes – un monde pluriel – toutes les figures de l’origine…

Un temps pour soi avant l’abandon…

Un ravissement avant d’atteindre le tertre…

Sous le flux continu des reflets – puis, le sol qui s’ouvre sur le ciel – au-dedans de la pierre…

L’existence et la chair – comme un songe…

Et la nuit – épuisée – qui s’interroge sur l’avènement (si soudain) de la lumière – à la lisière (peut-être) du dernier jour…

 

26 novembre 2021

Carnet n°268 Au jour le jour

Mars 2021

L’errance – comme une folie indocile – une force qui nous jette tantôt dans le vide – tantôt dans la poussière – à mi-chemin entre le sol et le ciel ; une étrange migration qui nous fait revêtir d’innombrables visages et visiter des lieux (presque) sans importance…

Animé(s) par ce feu – vers l’immensité – cet espace vivant dont jamais nous ne quittons le centre…

 

 

Sur cette pierre – la figure intranquille – l’âme aux aguets – la poésie comme vision – comme témoignage (singulier) – comme nécessité inventive ; le lieu – l’un des lieux – de notre présence – de nos échanges – de nos rencontres ; le terrain de tous les possibles – au même titre que l’âme – entre ciel et forêt – et ce qui y pousse est (presque) toujours teinté d’exil – de solitude – d’effacement…

L’expérience quotidienne de l’Absolu…

 

 

L’héritage dilapidé – la terre brûlée – Dieu ignoré – méprisé – les bêtes que l’on égorge – le sol et le ciel transformés en territoire – les drapeaux et les barbelés qui font office de frontières et de mâts de cocagne – tous les visages jetés les uns contre les autres pour défendre leur périmètre dérisoire – nouer des alliances – étriper leurs concurrents – tous leurs opposants – la méfiance et la haine sous le front – la peur au ventre (presque à égale proportion avec la faim) – le glaive à la main et le poignard à la ceinture ; ainsi vivons-nous – écrasé(s) par l’une des plus anciennes malédictions – cette ignorance orgueilleuse qui frappe tous ceux qui s’imaginent lucides – hautement conscients et civilisés – des êtres supérieurs qui ne parviennent pas même à s’affranchir des instincts les plus grossiers ; de simples bêtes à figure humaine…

 

*

 

L’étreinte inhumaine qui rend caduque la séparation – comme un éblouissement – un miroir brisé en mille éclats – Dieu et tous ses reflets – dans le noir – soulevant les songes et la poussière…

Le souffle infini qui donne à chaque geste le bleu de l’immensité – le point de non-retour – l’extinction définitive de la peur…

La possibilité (enfin) d’une danse joyeuse (et insouciante) au milieu du monde…

Nous – enlacé(s) – sur le dernier barreau de l’échelle de la liberté – avec l’étendue, au-dedans, tremblant(s) d’émotion…

 

 

Le sommeil et la mort qui ruissellent sur les vivants – un jeu réitéré – un jeu sans fin – comme un soleil blessé – déchiré – que l’on voudrait enterrer sous des amas de plaintes et de cris…

Une solitude sans rivale…

Suspendue au silence – la nuit guerrière – vampirisante – scélérate – tous ses outils à la main – pour nous crucifier – elle, douée d’une farouche sauvagerie – et nous, trop crédule(s) pour lui résister…

Quelques éclairs dans la langue – sur la page glacée – le monde fiévreux – en souffrance…

Le sort de tous les voyageurs qui essayent de se frayer un chemin…

 

 

Nous – dégoulinant de peur et de sang – le regard hypnotisé – l’esprit taillé à la serpe – comme drogué – au bord d’un fleuve rouge – sur un sable aux reflets sombres – angoissants – la bouche ouverte pour boire la rosée déposée sur les fleurs – l’oreille à l’écoute du monde – ou ce qu’il en reste – et la foulée, presque folle, qui court sur la terre mouillée par nos larmes…

La cécité de l’homme – de l’âme – occupés à leur besogne…

 

 

Derrière les colonnes de l’invisible – les Dieux hilares…

Au-dessus du monde – l’Amour déployé…

Le rire – au cœur du silence…

Ce que révèle la parole – ce qui circule avec elle – et ce qu’elle fait naître au fond des âmes…

Au-delà du langage des étoiles…

Le vent qui devient le messager et l’étendard…

 

 

Sur la pierre – notre royaume – ce qui s’élève comme un chant – au-dessus des têtes – au-dessus des murs – l’infini bouleversé par notre (si dérisoire) entreprise…

 

 

Sans voir – à tâtons – sur le fil qui surplombe l’abîme – sans peur – sans faute – la mort à nos côtés – avec la joie qui se dessine sur notre visage…

En soi – le secret vivant – le mystère dévoilé – l’instant vécu et habité – sans triomphe – sans descendance…

Le temps dépecé – comme un dialogue entre le silence et la lumière – ce que laisse, parfois, apparaître l’encre jetée spontanément sur la page…

Le feu et les vagues – jouant ensemble – enfantant les jours – les formes – les circonstances – toutes les danses autour de l’antre – toutes les matrices gravides – gorgées des plus viles substances – savamment mélangées – promis à des rives privées d’horizon – aux marges des cercles de la tendresse – là où la haine – l’ignorance et les instincts – prédominent cruellement sur l’intelligence – la sensibilité et l’Amour ; l’une des pentes les plus glorieuses de l’enfer – des lieux profondément sombres et enténébrés – un immense territoire où les créatures s’agitent – s’étreignent – se bousculent – sans Dieu – sans le moindre respect – plongées (seulement) dans la ruse et le mensonge – dans l’espérance et la poussière…

 

*

 

Penché(s) vers le sol – ce que nous avons creusé…

Captif(s) de ce qui n’étreint pas – bêtement piégé(s) par les promesses des visages et de la pierre…

Les mains jointes contre les malheurs – contre la mort et l’oubli…

La bouche plus noire que les mots qu’elle crache…

Partout dans l’air – ce parfum de punitions et de (menues) récompenses – ces reliquats d’enfance insuffisamment éduquée…

L’avenir – bleu et l’effacement – la voix discrète qui pourra guider le monde – l’humanité aveugle – touchée (depuis trop longtemps) par la disgrâce…

Et un pas de côté (immense et inévitable) pour éviter la dévastation…

 

 

Le même sort que la nuit et les damnés…

L’oreille à l’écoute et l’œil attentif – pour n’oublier personne – veiller à ce que nul ne se cache – et ne disparaisse – dans les replis que les hommes ont inventés pour échapper à la souffrance – à leur destin…

La chair parsemée de blessures et de cicatrices mal refermées – la montée progressive des larmes – les yeux embués – à compter le nombre de jours qu’il reste – ce qui, pour l’instant, n’a encore succombé au désastre – à l’effroyable hécatombe ; la valse des défaites et des épuisements…

Les bras en l’air – implorant le sol – le ciel – tous les Dieux de la terre – dans un sursaut d’espoir – de vie et de rage – les derniers tressaillements de l’âme aux prises avec la tristesse et l’agonie…

La chair qui, bientôt, s’effacera – comme le nom que nous avons porté durant ce (bref) séjour ; une disparition anonyme et solitaire – sans le moindre témoin – dans la terre noire – aussi fertile et désolée que (presque) toutes les existences…

 

 

Les ailes que nous avons abandonnées pour le sol – la vie souterraine – au milieu des pierres…

Dans notre souffle – dans notre sang – un désert – des chemins – des traces de pas – et la terre en déroute…

Le ciel – dans son propre sillage…

Et deux têtes étreintes – façonnées ensemble – l’une dans la glaise et l’autre dans le vent – par les mains de l’invisible – l’une dans l’autre – en vérité – et qui, tour à tour, occupe le devant de la scène – selon les nécessités et les circonstances…

 

 

Les yeux – comme seule tunique ; le poème – comme seul bagage…

Le ciel inventé – et invité – dans un monde insensible et nostalgique…

Les vivants livrés aux jours – aux Autres ; et les morts à l’abîme – sans sépulture…

Au milieu des ombres – tout au long de cet étrange séjour…

 

 

Aux lèvres – quelques mots – des paroles de justice ; de longues siestes au pied d’arbres gigantesques (et bienveillants) ; l’air dans les poumons – le sang qui afflue dans la voix – le soleil au-dedans de la tête – les joues dégoulinantes de larmes – les paupières battantes – si ému de retrouver l’enfance – la solitude joyeuse des années blanches – le cœur ouvert – sans vérité – sans prophétie – l’âme au creux de la paume pour distribuer des poignées de joie et d’ardeur à ceux dont les yeux sont tristes – à ceux que l’on a privé de langage articulé – à ceux qui passent devant nous la main timide et (discrètement) tendue – à tous nos frères qui s’imaginent (à tort) abandonnés par les puissances divines et les forces mystérieuses du monde…

 

*

 

La bouche criante de vérité – la parole authentique [et pas toujours (très) agréable à entendre] – sur des pages que ne liront jamais les foules endormies…

Les âmes plongées dans la terre noire dont les plaintes recouvrent les livres – et le nom de tous ceux qui ont tenté de découvrir une issue à la douleur – à l’ignorance – au sommeil et à l’illusion…

L’absence et la mort – face à notre visage…

Les premiers balbutiements de notre existence ; la joue posée contre le sol jonché de pierres et de sang…

Une silhouette sombre avec, dans le dos, deux ailes maladroitement dessinées – deux moignons – deux appendices – à peine – pour l’essentiel de l’humanité ; deux bouts de chair qui pendent – un organe sans usage – et un instrument à développer – un instrument à venir peut-être – pour quelques-uns – dans le meilleur des cas…

 

 

L’âme – comme le visage – contre le ciel…

L’existence – à genoux ; l’agonie – le cœur battant ; et la faiblesse de croire qu’à la fin, deux mains surgiront pour nous porter ailleurs…

Le lointain – comme des vagues inconnues qui auraient la décence de se rapprocher (peu à peu) – qui pourraient devenir de plus en plus familières à mesure que nos pas se dirigeraient vers le centre ; comme un effacement naturel et progressif de la distance et des frontières…

 

 

Dieu – dans tous les esprits récalcitrants…

L’étendue vivante face à toutes les résistances…

L’infirmité et l’absence – le monde dévisagé – et reconnu dans son incapacité et ses insuffisances ; la ligne de fracture entre nous – les hommes et le Divin…

Une déception supplémentaire à surmonter…

Et deuil après deuil – au fil des désillusions et des effondrements – la voie (extraordinaire et surprenante) de la nudité et de la guérison qui, peu à peu, se dessine…

 

 

Sur cette sente silencieuse – la tête encore pleine d’échos – le ciel rouge – enflammé – au-dessus des rives sacrifiées…

Sans restriction – jusqu’à l’ultime mirage…

L’aube sur notre visage – le chant et la danse de l’âme – dans notre thébaïde – le séant sur la pierre – au pied d’un arbre – au cœur de la forêt…

 

 

La joie et la lumière – dans le sang – au cœur des vents qui balayent l’odeur âcre des holocaustes – à bonne distance des hommes et de la laideur que (presque) tous célèbrent…

 

 

La tentation de la tristesse – là où le monde a anéanti tous les possibles – tous les horizons ; les rives et l’âme défaites – comme si l’absurdité était notre seule raison de vivre…

 

 

Sous le front – la fièvre…

L’errance des pas…

Quelque chose qui s’oppose à l’approfondissement – à l’exploration des profondeurs…

Un voile sur le sommeil – un refus franc – et (quasi) rédhibitoire – de la lumière…

La primauté du noir sur les yeux ouverts – la nuit hissée partout comme une distance nécessaire entre nos vies et la vérité…

L’obscurité envahissante de la terre et du théâtre – le royaume de l’illusion où le mensonge est une arme – un outil – que l’on brandit – dont on se sert – pour participer à toutes les fêtes – à tous les festins – très souvent, les seules fenêtres du labyrinthe…

 

*

 

Simple et dénudé – le fruit de l’effacement…

La joie – à travers les flammes (purificatrices) de l’oubli…

Le vent – jusqu’au fond de la mémoire – qui balaye la poussière des souvenirs…

La lumière au cœur de l’écrin vide – qui révèle autant la beauté de ce qui vient que celle de ce qui accueille…

La vie – sans ombre – sans sommeil…

 

 

Nous – devenant, peu à peu, une trace imperceptible sur l’épaisseur – semelles de vent – l’empreinte de l’invisible…

Nos pas légers (de plus en plus) sur la roche…

La liberté qui affleure – le sol à peine effleuré…

Les prémices – peut-être – de l’envol – au-dessus du monde – des hommes – de l’humus – de toutes ces couches de matière successives – à l’inconséquente gravité…

 

 

On glisse dans la joie comme l’on sort du sommeil – ébaubi par la succession (presque) aléatoire des possibles et des états…

 

 

La magie d’une parole née on ne sait où – qui virevolte dans l’âme – dans l’encre – sur la page – dans le cœur des Autres – peut-être – sans jamais se fixer – sans jamais avoir l’ambition de se graver quelque part…

 

 

A vivre – à jouer – comme les enfants – comme si c’était pour de faux – juste pour rire – à la manière d’une farce – d’une blague que l’on se ferait à soi-même ; et tant mieux si d’autres s’amusent et rient avec nous – et tant pis s’il n’y a personne ; notre rire nous suffit ; ainsi le monde est déjà plus joyeux…

 

 

Les crimes des hommes commis au nom de toutes les bannières (imaginables)…

Des larmes sur le sang – comme une eau purificatrice (par seaux entiers) qui tenterait (vainement) de laver toutes nos souillures…

La tristesse muette – impuissante – face au nombre – face à la puissance des forces destructrices…

 

 

La parole – trop discrète – trop peu entendue – face aux feux du monde – à tous les jeux organisés sur les tombes de ceux qui partagent notre secret – les yeux baissés devant l’humanité – le front redressé au-dedans – portés par les Dieux et les forces de l’invisible – qui transforment toutes les servitudes terrestres en liberté – en affranchissement…

La mort – comme la disparition des apparences ; tremplin – en vérité – vers des terres qui s’offrent à toutes les âmes sacrifiées – à toutes les âmes crucifiées sur les autels sordides de la matière…

 

 

Notre chant qui s’abandonne à l’obscurité du monde…

Sur le sol – sur les cimes – qu’importe les cris et les louanges – la parole dressée qui résiste à tous les désirs d’ailleurs – à tous les désirs d’autrement…

La vérité et le sourire qui font face à la bêtise et à la paresse…

 

 

Ce que les hommes gravent sur la surface du monde – presque rien…

Un peu de laideur sur tant de miracles…

Un peu de poussière sur la roche blanche…

Des échelles fragiles – bancales et inutiles – vers les premières hauteurs alors qu’il faudrait, sans doute, commencer par explorer ce qui nous anime – le feu de l’antre au cœur de nos profondeurs…

Fiers de leurs menus butins ; et si étrangers au mystère – et si ignorants encore du véritable trésor…

La lente (trop lente) usure des œillères (tragiques) que nous portons à l’intérieur – si imperceptibles que presque tous s’imaginent dépourvus d’entraves perceptives…

 

*

 

Tout arrive – tout a lieu – tout s’efface – sans aucun socle ; l’être et le reste – séparés – isolés ; et les circonstances qui gravent les initiales du monde au fer rouge sur notre chair – des lambeaux de matière qui finissent par dessécher au soleil ou par pourrir dans les entrailles de la terre…

 

 

L’œuvre, sans cesse, remise sur le métier – et s’élargissant peu à peu – comme l’âme et la perception ; les traces du ciel sur notre (progressif) dérèglement…

D’alliance en alliance jusqu’à l’incarnation de la parfaite nudité ; exposé – à la merci de tous les Autres ; l’être frémissant dans la lumière du jour – la peau tremblante sur la pierre autant que la main – autant que le feutre noir – qui griffonnent sur la page quelques traits – un peu de beauté – un peu de vérité – peut-être – qui sait…

Le silence éclairé par notre labour – notre labeur – dans le seul sillon que nous ayons jamais creusé…

La vérité qui jaillit – qui s’efface ; la seule qui vaille – la seule qui soit…

 

 

Au-dedans – ces peurs amassées depuis l’enfance – comme de la neige que l’on aurait entassée dans un coin ; il suffirait d’un peu de chaleur – d’un peu de lumière – pour faire fondre l’inutile et retrouver la virginité de l’étendue ; quelque chose de lisse – de simple – parfaitement articulé au reste – révélant ainsi toute la magie du monde dans la jointure invisible des choses – assemblées sans colle – sans couture – comme les éléments d’un puzzle vivant magistralement emboîtés (quels que soient les mouvements, les échanges et les transformations)…

Le glissement du ciel vers la couleur – puis, le retour [très progressif – et souvent (très) laborieux] du vide et de la transparence…

Le règne inépuisable de l’invisible au cœur duquel alternent et se chevauchent (sans ordre apparent) la parfaite vacuité – les spectres – les résidus et les déguisements…

 

 

L’indigence et la fierté guidant le peuple – la crasse ; le drame du monde – l’histoire de l’homme – la terre et le vivant sans autre promesse ; l’hécatombe intime et collective…

 

 

A notre place – sur cette île – paroles aux lèvres transcrites sur la page – en silence…

Ici – le feu – contre la fumée du monde…

Le brasier contre la cendre – la possibilité de l’innocence contre le commerce et la guerre…

Le temps d’un souffle ; la naissance et le déclin d’un royaume…

Le langage pérenne à travers le provisoire des visages et des choses…

Dans le livre – la marque de l’incertitude et des ailes pour apprendre à vivre au-dessus des décombres – au-dessus des âmes tristes et fantomatiques…

 

 

La terre imaginaire où les larmes sont, peu à peu, transformées en allégresse – où les cris deviennent des chants – où le plus évanescent prend des airs d’éternité…

Au fond des entrailles – la matrice inventive et exultante ; l’anti-nourriture de la lumière (dont nous nous gavons – nous autres – âmes trop avides – trop sombres – trop épaisses)…

 

 

Front contre front – paume contre paume – chacun arc-bouté sur ses frontières – protégeant la moindre parcelle – le plus infime fragment de territoire…

Des refus et des querelles – le sol jonché de violence et de morts…

Partout – l’affrontement et la confusion – la méconnaissance de l’abîme où nous sommes (tous) plongés…

Et le pressentiment des ténèbres éternelles si la main tendue ne remplace le sommeil et le glaive levé…

Des yeux – des cœurs – qui doivent apprendre à s’ouvrir si l’on aspire à une autre terre ; une (véritable) révolution pour contrecarrer un poids – une ignorance – une inertie – (plus que) millénaires…

 

*

 

Une longue file – devant et derrière nous – en dépit de la solitude – de toutes les solitudes…

Le monde divisé – fragmenté – qui tente maladroitement de s’étreindre…

Une plainte – un cri – une voix – pour que quelqu’un – quelque part – nous entende…

Il faudrait, sans doute, un élan révolutionnaire (et, apparemment, contre nature) pour que notre oreille devienne attentive à tous ces échos lointains – pour que notre cœur puisse être (rien qu’une fois) totalement transpercé – pour que nous puissions espérer atteindre, un jour, le point culminant de la tendresse…

 

 

Sans complicité – cette solitude dansante – le monde au loin – toujours trop loin – à sa juste place – peut-être…

La nuit – ici – ailleurs – comme la seule ligne d’horizon…

L’œil vif qui contemple les guerres et les agonies – cette manière qu’ont les hommes de fermer les yeux et de vivre dans la dénégation du monde – des Autres – hissant leurs désirs (tous leurs désirs) jusqu’au soleil…

 

 

Le cours inévitable – abominable – salvateur – des choses…

Rien en plan – tout glisse – à sa mesure – selon son poids et le degré de la pente où on l’a posé…

Du souffle – quelques respirations ; et cette chose en commun avec la peur et la mort…

Le voyage – très souvent – suspendu – transformé en séjour souterrain – en existence enterrée – à l’abri des vents – du monde – des destins – dans l’obscurité de la terre…

La pénombre et la nuit – le sommeil plutôt que l’aventure et la lumière – la marche sur les chemins offerts – exposée à la vie – aux dangers – à la possibilité d’une issue – d’un envol – d’une délivrance peut-être…

 

 

Ce qui suinte par les fissures de la chair ; le sang – le ciel – toute la tristesse de l’âme…

Ce que la poitrine retient ; un cri sans fin qui, peu à peu, se transforme en paroles ; une désespérance que l’on convertit – malheureusement – en fol espoir – en promesse intenable…

 

 

Gravir – par le dedans – ce que le corps dissimule…

Après mille – dix-mille tentatives – parvenir à l’embrasure – l’apparence d’un seuil…

La pensée qui tressaille – et derrière (juste derrière) l’espace – le lieu de tous les rassemblements – de toutes les connivences – de toutes les désagrégations…

 

 

L’attention portée jusqu’à l’incandescence…

Les bords déchiquetés qui retrouvent leur lisibilité…

Le monde – non comme des signes à déchiffrer (ou comme des symboles à décrypter) – mais comme des motifs – une variation infinie de motifs – à découvrir – à regarder – à étreindre – à unifier…

 

 

Le réel exposé et l’âme repue…

Rien de grave sous le verbe ; au-dessus de la poésie – la terre et le ciel enlacés – la tendresse qui se cherche – qui se précise – qui se peaufine…

La légèreté engendrée par l’extinction du temps…

Le monde immédiat et la présence qu’il suppose (et qu’il réclame)…

Ce que nous sommes tous capables d’être – ce que nous sommes tous capables d’offrir…

 

*

 

Le vent – parfois – comme la figure de l’ennemi lorsqu’il cingle le visage – le souffle en pleine face – comme un fouet – une gifle – douloureuse – déstabilisante – dévastatrice ; un apprentissage (pourtant) bien davantage qu’un adversaire ; le rôle primordial de la posture – ni frontale – ni résistante – tête baissée – toujours – et dans le sens du courant ; et il en est de l’air comme des eaux du monde…

 

 

Nous appartenons à la sente et au soleil – au souffle et à la nuit – aux cimes et à la mort – aux ténèbres et aux étoiles – à Dieu – au monde – à la vie ; nous appartenons à tout ce que nous croyons ne pas être ; et jamais nous ne nous appartiendrons ; comment pourrait-on s’appartenir ; nous n’existons pas (réellement) – nous ne sommes pas ce que nous imaginons…

 

 

La main lancée vers l’espace – la tête dressée sur la terre – la figure dévisageant déjà l’horizon – le jour suivant – le pas à venir ; et entre les dents – dans la panse – de minuscules bouts de chair arrachés au corps (décharné) du monde – et devant nos yeux, les restes encore fumant de la dernière civilisation humaine…

Le feu (vif) au fond de l’âme et les cendres de la terre ; notre incompréhension et notre solitude – au milieu de tout ce noir – de tout ce sang – de tous ces morts – comme un rêve – ce charnier à ciel ouvert – ce champ de bataille (immense) où l’on patauge dans la fange et la matière organique – où l’on doit enjamber les corps épars et refroidis…

Nous – descendant à la nage le fleuve-océan – au cœur de l’enfer…

 

 

Quelques graines – dans les poches – dans les mains – notre seul trésor – au fond du cœur – dans l’esprit – brûlant – incandescent – lorsqu’on l’approche – et comme une roche noire – glacée – inutile – à mesure que nos pas nous en éloignent…

Et nous – sur ce fil étroit – immense – sans fin – entre les berges – l’œil rivé tantôt sur le vide (l’invisible) – tantôt sur le monde (la matière) – selon le degré de fortune que nous prêtent les Dieux – les circonstances – le destin…

 

 

Le ciel – en nous – reposé…

Et ce sourire dans la main offerte…

Le front large – ouvert – exposé – comme le reste – comme le cœur…

La vie – le monde – au-delà des apparences…

 

 

Au large – de plus en plus loin – le monde – au-dessus – à nos côtés – le visage de Dieu – et nous confondu(s) – à l’intersection de tous les cercles – sans drapeau – jusqu’à l’ultime parcelle de l’étendue…

 

 

La parole – la poésie – face à l’ignorance – à l’aridité – la seule force pour affronter le monde – s’élever au-dessus du bruit – de la bassesse – de la médiocrité – avant d’accéder (éventuellement) au silence ; l’unique réponse possible – réelle – entendable – qui n’entache ni l’écoute – ni l’Amour – ni les esprits prisonniers des gesticulations et de la cacophonie…

 

 

La vague et le rivage – habités – comme le grand large – la tête engloutie par l’immensité et les profondeurs – sensible à la multitude et à la diversité des décors…

L’âme prête à suivre le flux et le reflux – les courants – l’immersion et l’envol – la perte jusqu’au vertige – jusqu’au délire…

Si peu affamée de rêve – si encline à échapper au mensonge et à l’illusion…

Les yeux grands ouverts – comme deux soleils sur le monde ; à la place des lèvres – un grand silence ; et l’Amour qui s’est substitué à la quête – au labeur – à l’effort…

Un battement de cils dans le ciel…

L’aube et le crépuscule réunis dans la paume…

A présent – la quiétude face au déroulement naturel – inévitable – des choses…

 

*

 

Ce qui nous consume – la perte du centre – notre errance à travers la trame – notre voyage parmi les fantômes et les morts ; des vivants, nulle trace – des silhouettes affamées qui délirent – qui divaguent – qui apaisent leur faim avec des bouts de chair découpés et qui vivent sur une terre – et sous un ciel – inventés – presque imaginaires – construits pour échapper à l’effroyable (et sinistre) réalité du monde…

La civilisation du ventre – du songe et du refuge ; le règne perpétuel du sommeil et de l’avidité…

 

 

Le cœur – si souvent – brûlé par l’impuissance et l’impossibilité ; et la maturité croissante de l’âme à travers la perte – le deuil – la (très progressive) compréhension…

Sur les talons de ceux qui (déjà) ne sont plus rien…

 

 

Les pieds nus sur la pierre lisse – un univers entier dressé dans l’imaginaire – avec les instincts – le sang – la nuit – le vent – ce qui nous rapproche des monstres et de la mort – d’horribles créatures…

Et notre veille – les yeux fermés – l’esprit ailleurs – déjà assoupi…

Ce que nous prenons pour le monde – notre vie ; pas davantage qu’un rêve…

 

 

La folie d’un tremblement sensible devant la douleur et l’indifférence du monde…

Ce que nous portons comme une chaîne et une alliance scellées au fond de l’âme…

Le cœur qui, peu à peu, se déchire – des lambeaux qui, peu à peu, se détachent – et sur lesquels se jetteront toutes les mâchoires féroces et affamées…

 

 

Monde de pierres qui roulent – fiévreuses – gesticulantes ; des fragments de trame animés ; le temps lancé à travers les mailles…

Et nous – un peu bête(s) – au carrefour des circonstances – seul(s) au cœur de la multitude – comme tous – comme chacun – ne sachant que faire – plongé(s) dans l’incompréhension…

Des tentatives – seulement – sans jamais pouvoir s’affranchir des fils et de l’étoffe…

 

 

Nos mains posées à la verticale – fendant l’air – luttant contre l’adversité – des monstres imaginaires – peut-être – tous les dangers du monde – les fausses promesses et les faux prophètes – ceux qui nous caressent d’une paume lisse et cruelle – toxique et mortifère – le couteau dissimulé derrière le dos qui attend notre assoupissement pour se planter dans notre flanc…

Les mains inquiètes et inutiles…

Il nous faudrait apprendre à vivre sans espoir – sans prière – nous satisfaire de ce que nous offrent Dieu et le monde – les yeux et les bras ouverts – l’âme et la chair (parfaitement) nues – (entièrement) exposées…

 

 

La page aussi blanche que le cœur est noir – puis, l’invitation du mélange et du gris ; l’œuvre du nuancier ; le jour et la nuit dans leurs alliances et leurs cabrioles – la pénombre et la lumière dans leurs étreintes et leurs enfantements…

Le cœur et la feuille – les changements de couleur – et l’émergence, peu à peu, de l’encre et de la transparence – la naissance des traces et de la liberté ; les liens les plus intimes – peut-être – entre l’âme et l’écriture…

 

*

 

Des masques de carnaval – le monde inhabité – de fausses fêtes et des jeux de dupe…

Des routes qu’empruntent les corps qui tournoient – ensemble – si seul(s) – ensemble – des fantômes parés de guenilles passé minuit – passées les grandes heures de la séduction…

A présent – l’inconsistance révélée – la béance criante – des coquilles vides – les paupières alourdies par la fatigue – la drogue – toutes les illusions…

 

 

Le regard – sans support – sans contour – les yeux fermés ; l’hiver, en tous points, qui continue – la vie sans embellie malgré les lumières – les couleurs – les confettis – comme des voiles sur l’horizon…

A notre place – le néant – quelques larmes qui coulent sur notre visage grimaçant – nos existences inutiles passées à jouir – à profiter (mais Diable ! de quoi donc ?) – comme si, au fond, nous n’avions que cela…

 

 

Du bleu – partout – jusque dans les tourbillons d’air qui parcourent la tête et le monde…

La vie frugale – sans les malheurs…

La soif asséchée à la source…

Les étoiles dansantes – les pierres blanches – innombrables – le fleuve serein dont les méandres nous étreignent…

La forêt encerclée par les contours de l’immensité…

La solitude – comme abandonnée à elle-même…

Ce qui pourrait ressembler à une forme d’absence – et qui s’avère (pourtant) l’une des plus hautes formes d’intimité terrestre – au cœur du monde et des choses – sans personne – sans la nécessité de ceux qui parlent – de tous ceux qui s’imaginent vivants…

L’Amour léger – au-dedans du corps – comme une longue (une très longue) caresse – de l’intérieur – sur la chair frémissante ; le feu et l’âme, à leur place, œuvrant à leur (principale) besogne…

 

 

La stérilité des jours – du monde…

La mécanicité des gestes – la psyché embarrassée – à fendre des pierres jusqu’au coucher du soleil…

L’âme plus qu’absente – presque morte déjà…

L’ennui et la douleur – un peu de frivolité pour oublier notre indolence face au mystère – notre inclination à laisser filer notre chance – à renoncer, malgré soi, au véritable labeur de l’homme…

 

 

Au cœur de l’oubli – le cortège des choses – le long défilé des visages – toutes nos infortunes – toutes nos incompréhensions – face au tumulte du monde…

Les conquêtes – l’anonymat – l’angoisse – tout ce à quoi nous livrent notre ardeur et nos instincts ; ce feu aveugle et suffocant guidé par l’absence…

L’errance funeste et le poids de plus en plus écrasant du mensonge ; et le passage (très lointain encore) qu’il nous faudra franchir en dansant…

Le long voyage abstrait jusqu’à l’explosion des apparences – jusqu’à l’éclatement de tous les cercles d’identité – sans la moindre délicatesse – jusqu’au lieu inespéré de la tendresse inaugurale…

Le strict nécessaire pour nous rejoindre – nous retrouver – un jour – peut-être…

 

 

Le masque collé au visage qui autorise toutes les frasques – tous les excès – toutes les incartades…

Le bras agile – sans tremblement – qui porte, en lui, la puissance – la violence et la mort – qui défie – qui s’empare – qui bâtit – qui invente et assassine pour le seul plaisir – le seul profit – de son maître…

A quand des yeux pour voir le déguisement ; à quand des mains pour arracher notre cagoule ; à quand une conscience suffisante pour renoncer aux jeux (toujours trop noirs) du monde…

 

*

 

A nos côtés – le regard désenvoûté – en surplomb des aventures communes – la lumière et le vent croissant à mesure que l’étendue se déploie – que le vide s’étend – retrouve sa place et son règne – à mesure que le corps se désarc-boute – que l’âme abandonne ses résistances – à mesure que le monde s’éloigne – que l’esprit recouvre sa perfection – à mesure que la voix – la chair et le ciel – retrouvent leur connivence – à mesure que l’issue devient passage et le passage, l’étendue même – la totalité de l’espace – l’infini vivant et silencieux…

L’histoire de quelques existences – de quelques larmes – de quelques cris – des milliards peut-être – des milliards sans doute…

La durée du long (du très long) gémissement des vivants…

 

 

Le mot – le monde – la grâce – lorsque la voix plonge dans les profondeurs – parvient au silence – à transformer la folie et l’errance en beauté…

L’esprit et la vie dénudés – porteurs d’éveil et de tendresse – la caresse à la main – comme un instrument – offerte (à la manière d’un élan initial et d’un appui pérenne) aux souffles naturels qui viendront parachever les ruptures et les déchéances – donner au monde ce qui lui manque – comme une série d’éclairs dans la pénombre – une clarté patiente et assidue au cœur de la confusion…

Le dégorgement de l’inutile au profit de la nudité…

Le rôle infaillible de l’effacement afin de vivre, à terme, une existence (sans cesse) renaissante et désencombrée…

La part du voyage qui succédera à l’impatience ; la fin (si attendue) du feu inerte…

 

 

Sur le visage – la lèpre invisible – comme un masque – une voix mensongère qui enfante une parole viciée – caduque – profondément séductrice et délétère – porteuse d’anathèmes – de malheurs – de ténèbres…

Et nous – en retrait – le temps abandonné à ses velléités d’éboulis – parmi la faune des bois – les arbres dressés et silencieux – aussi loin que possible des flèches et de la surface assassines – à l’abri dans les fissures délaissées d’un monde enlaidi et monstrueux – envahi par les chants et les actes meurtriers…

Et en nous – hors de portée des Autres – le poème et la fraternité – célébrés comme le prolongement naturel de l’enfance – honorés (à notre manière) par une foule d’anonymes (apparemment) inanimés – mais incroyablement solidaires et vivants…

 

 

Au cœur de la vague – sans le moindre héroïsme – debout – sur la terre endormie – le corps habité – contrairement à celui des dormeurs…

La verticalité comme un phare – une route – un pont entre le feu et toutes les prophéties – entre la figure craintive et grave des hommes soumis à l’inquiétude (à une forme d’angoisse qui tiraille et tenaille) et un espace de joie et de quiétude (légèrement frémissantes) – entre l’ignorance et les balbutiements d’une âme (réellement) vivante et fraternelle…

Une manière d’échapper à la folie commune – à la tristesse ambiante – à la déchéance, sans doute, la moins enviable – à cette longue (et douloureuse) amputation – à cette chute (inévitable) vers la terreur et la désespérance…

Un léger redressement pour éviter le ruissellement éternel des larmes et le dévalement mortifère (et sans fin) sur la même pente – noire de monde et de chagrin…

 

*

 

A l’assaut du monde – du roc – des failles…

A marche forcée vers la mort – sans jamais espérer pouvoir, un jour, embrasser les lèvres (amoureuses) de l’aube…

Pas à pas – au rythme (forcené et effrayant) de la tragédie – sous l’emprise des brumes matinales…

L’épaisseur et la perdition plutôt que le baiser salvateur…

Le cœur battant dans le bruit et la fureur des Autres…

Le regard voilé au détriment du discernement et de la clarté…

Notre (profonde) assuétude à la torpeur et aux habitudes – à la manière d’un maléfice inhérent aux yeux formés dans l’écume et à la chair soumise au souffle et à l’ardeur…

Peu (trop peu) familier de l’esprit des confins et de l’âme (véritablement) aventureuse…

 

 

Ce que le désespoir nous apprend ; la possibilité de la grâce – la possibilité de la mort – notre impuissance – les forces qui nous habitent – la direction prise, à notre insu, pour entrevoir l’étendue – cet espace au-delà de l’épouvante et de la joie…

 

 

Le cœur plaqué contre ses propres parois – rouges et brûlantes…

Couché(s) sur notre lit de sable infertile…

La douleur vive que l’on apprend, peu à peu, à murmurer – et à dissoudre quelques fois – comme si nous étions Dieu – comme si nous étions fou(s) – comme si, en ce monde, tout était possible – comme si, en ce monde, rien ne comptait vraiment – comme si, en ce monde, tout était égal ; la chair et le ciel – les saisons et la mort – le silence et la faim ; toutes les gesticulations mentales et corporelles – tous les mouvements organiques involontaires ; le destin de la terre – du monde – des âmes – les tempêtes qui se déchaînent dans les têtes – à la surface du globe – dans l’espace cosmique ; tout – comme le simple déroulement de l’histoire inaugurale – la simple transformation de la substance divine – notre laborieuse traversée des étendues invisibles et matérielles…

 

 

Les paumes et les larmes noires…

Plutôt basculement que charivari…

Le corps las d’attendre (avec impatience) le jour…

L’âme épuisée – au bord de la rupture…

Le monde hilare et grimaçant – planté devant notre visage – l’air aussi menaçant que pathétique…

La souffrance – le rêve et l’encens…

L’espoir et la prière pour tenter de traverser la douleur…

Pieds nus sur la braise – parmi les morts posés au hasard – de part et d’autre du chemin…

 

 

Ce qui nous interroge – les yeux fermés – l’âme réceptive – comme la peau délicate d’un enfant – sensible à la tendresse et à la proximité de ceux qui l’entourent – que l’on aimerait chérir comme notre parentèle et qui (en général) se moquent de ce que l’on est autant que des étoiles et des trésors inconnus – qui méprisent le monde (tous les Autres) autant que le mystère originel…

 

 

Nous – comme l’oiseau et la transparence – inquiet(s) du sort – de l’air – de l’épaisseur du ciel…

A peine un murmure recouvert par toutes les plaintes du monde…

 

 

Le chant dressé dans le sang – au rythme des jours – l’ardeur qui balaye le temps passé – qui mêle l’œil et le chemin…

Toute la vie – au-dedans ; derrière le miroir – tous les âges ravagés – toutes les pages envolées ; le règne assidu de l’absence…

Le soleil et l’immensité – à cœur découvert…

Aux confins de la tristesse – cette attente qui nous semble interminable…

 

*

 

La mort écartée ; la trace de l’homme – de l’ignorance – de la folie – comme si l’on pouvait échapper à la douleur – au nécessaire – à l’inévitable…

Orné(s) de chair – comme une disgrâce – le sang tantôt brûlant – tantôt engourdi – le corps calciné – le corps écartelé – aux bords du monde – le silence méconnu auquel les hommes ont toujours préféré le bruit – l’agitation – le bavardage – toutes les choses qui éloignent de la vérité et de la joie…

 

 

L’homme – porteur de sa propre perte (autant, bien sûr, que celle du monde) – sans douceur – avec orgueil et démesure – indifférent aux Autres – au reste (à tout le reste) – aux fenêtres tissées dans l’invisible qui ouvrent sur des perspectives inconnues – imperceptibles (et incompréhensibles) par la psyché…

Le monde et la tête à l’envers – comme un temple, peu à peu, transformé en prison par la bêtise – la cécité – la folie – tous nos gesticulations absurdes…

Au-dehors – la fatalité qui s’écoule – qui se déploie – qui se répand…

Indemne à l’intérieur – affranchi du destin – de l’infortune – de toutes les malédictions (terrestres)…

 

 

A la racine commune – le ciel et la transparence – le cœur incandescent…

Et tout qui, peu à peu, se transforme – aux extrémités ; la fange épaisse et le froid…

La nuit qui nous assujettit – qui nous emprisonne – qui nous enchaîne ; et à laquelle on apprend (très progressivement) à échapper…

 

 

La vérité épargnée par tous nos signes – toutes nos traces – nos mille hiéroglyphes – inaccessible – indéchiffrable – par toutes nos (piètres) tentatives – la pauvreté du langage – son étroitesse – nos limitations – les frontières de l’esprit – cette distance (trop grande) avec le monde – les Autres et les choses – l’abondance et la primauté des idées et des images (sur le réel) – l’inconsistance et l’inertie de notre perception ; tous ces obstacles qui nous empêchent d’appréhender l’insaisissable – l’invisible – l’infini – l’ineffable…

 

 

Le monde – au-dessus – la rumeur – au-dessus – l’inquiétude – au-dessus – le poème – au-dessus – le soleil – au-dessus – l’éternité – peut-être – ou en désordre – tout mélangé ; et, à travers – de part et d’autre – de bout en bout – le feu – le rêve et le sang – les conditions de la diversité et de l’enchevêtrement – la possibilité de la blessure et de la guérison – et au cœur – au centre et au-delà – l’être indemne – serein et joyeux quels que soient les états – les échanges – les transformations…

 

 

Ce qu’il faut de temps à la terre et aux fleurs pour révéler leur beauté…

Et ce qu’il faut de temps à l’homme pour transformer ses instincts – convertir sa violence en prière et en chant de célébration ; quelque chose de l’innocence et du silence qui émergerait, peu à peu, du sang et du poison versés…

 

 

Entre ce qui cingle et l’étreinte – le corps attentif – alerte – comme revivifié…

Sous le joug des jours changeants…

Entre les larmes et l’orgueil – le visage dissimulé dans la lumière…

L’esprit aux aguets – la main tendue – avec un étrange halo au-dessus de l’âme…

 

 

Autour de nous – personne – excepté les fleurs – les bêtes – les arbres – tous ceux que l’on n’entend pas – tous ceux que l’on ignore – tous ceux que l’on méprise – tous ceux que l’on dédaigne…

La mort et l’Amour – comme encerclés par toutes les craintes – toutes les exigences…

Le feu et le flux – le signe de notre puissance et de notre fragilité…

La discontinuité des choses – l’intermittence des états – cette énergie erratique et cet œil si vaste – si ancien – clignotant…

Et le monde indifférent à toutes les sagesses – la nôtre (si basique – si triviale – si élémentaire) et celle des prophètes [plus noble et (bien) moins approximative] dont on devine, à peine, l’envergure – la justesse – la splendeur…

 

*

 

Enchaîné(s) – exténué(s) – comme usé(s) précocement – l’esprit et le ventre obscurs – à lutter désespérément contre la solitude et la faim…

Emmuré(s) vivant(s) au cœur de la folie du monde…

La voix étranglée par la trahison…

L’âme ivre de son propre vertige – de ses propres mensonges…

Si loin de la beauté – si étranger(s) à l’idée même de Dieu…

 

 

La nuit – sur l’autel et le bûcher (minuscules) que nous avons (laborieusement) édifiés…

Et la vie du monde – comme si de rien n’était – les pieds dans la fange – la bouche pleine de peines et de cailloux – la tête secouée par le vent – à genoux – le séant dans la poussière – soumis à la mécanique sourde des hommes…

Et, au loin, quelques flammes et un peu d’encens pour accompagner nos (pauvres et pitoyables) prières…

 

 

Rien qu’une langue – quelques mots pour découvrir l’horizon et son secret – devenus (soudainement) sans attrait – caduques – (totalement) inutiles – comme une rive trop lointaine bordée d’étoiles prometteuses et mensongères…

Rien qu’une langue – un rythme – un souffle – ce qui s’impose sans (jamais) rien édifier ; sans intérêt – les livres et les œuvres (à réaliser) ; plutôt la liberté que la gloire ; plutôt l’anonymat (et l’impersonnalité des profondeurs) que la (misérable) célébration du nom…

Rien qu’une langue – comme un surcroît de silence et de tendresse – malgré la nuit – malgré les armes et la mort…

Un peu de poésie (peut-être – qui peut savoir ?) pour survivre au milieu de la multitude piégée (avec nous) au fond du gouffre – le cœur et la tête plongés dans les malheurs…

 

 

La vie infirme – amputée – orpheline – elle si ancienne – si proche des premières étoiles – du vent originel – des feuilles et du ciel poétiques…

Couronnée d’insuccès – comme il se doit – comme la seule issue possible pour échapper à la tombe – à l’étroitesse – à l’esprit léthargique…

La privation – la détention – jusqu’à l’insupportable – pour créer l’élan suffisant – le désir insatiable d’un voyage sans escale vers le soleil – l’immensité – l’étendue et la clarté pérennes…

 

 

Le meurtre dissimulé derrière les gestes – derrière les lèvres ; le monde – comme chaque visage – amoureux de lui-même – indifférent au sort du reste…

Des existences plongées dans l’ignorance – éloignées de toute vérité – insoucieuses des Autres – prêtes à s’embraser à la moindre velléité de passion mais qui demeurent, au fond, assoupies – plongées dans un demi-sommeil lénifiant qui donne le sentiment de protéger des périls du dehors…

La tentation et la proximité de la mort avant l’heure…

Le temps de l’exil – de l’éloignement du peuple et des foules agglutinées – de tous nos pairs apparents…

L’élévation au-dessus de la nuit souveraine et débordante…

 

 

Les secrets de la page poétique – exposés – dévoilés aux yeux curieux et attentifs – offerts aux âmes qui errent entre les rêves – à la part de l’esprit qui veille au-dessus du monde et des étreintes instinctives…

 

*

 

La soif étanchée par la pierre et le pas…

La tête libérée du livre…

L’âme disloquée – les entrailles de l’invisible éparpillées – offertes et distribuées ici et là selon l’ardeur des cœurs et l’intensité des mains tendues…

N’existant presque plus en tant que volonté – en tant que résistance au poing levé…

Sans désir – sans autorité…

Résidu et détritus – parmi d’autres – dans les éboulis (permanents) du ciel qui roule sur toutes les pentes de la terre…

 

 

L’âme jamais étreinte – la chair mal aimée…

Les eaux glacées du monde qui, peu à peu, inondent la terre – les âmes – puis, qui recouvrent l’échine – l’indifférence des regards – les silhouettes qui se détournent – les cœurs – les mains – qui (presque) jamais ne délaissent leur besogne pour vous saluer – pour vous serrer contre eux…

Le chant de la solitude – de plus en plus attrayant à mesure que l’on s’éloigne de la foule…

 

 

Dans les interstices – dans les failles de la terre des hommes – délaissé(e)s par tous les Autres…

Notre existence cachée – quasi secrète…

La lumière que l’on ensemence – à travers mille gestes – mille pas – mille paroles – humbles – simples – dédiés au silence…

Et la joie qui inonde le regard – l’âme – le visage…

 

 

Loin des murs – loin du bruit – sous le ciel et les feuillages – notre vie à l’écart – sur ce chemin sans confort – sans facilité – sans hostilité – où, peu à peu, le blanc et la transparence remplacent les couleurs criardes (et artificielles) du monde humain ; le bleu – le jaune – le vert – seulement – portés sur l’étendard de l’innocence – en discrets pointillés…

 

 

Dans la main – ce feu invisible – qui jette sur la page quelques paroles silencieuses…

L’encre – comme reflet – graviers et grains de sable – lancés sur ce carré fertile – ce jardin blanc – que d’Autres, un jour, pourront (peut-être) visiter – qu’ils pourront (peut-être) arpenter à leur convenance pour y cueillir (ou y ramasser) quelques éclats encore vifs (ou un peu émoussés) et les porter (avec un peu de chance) en leur for intérieur – en lieu sûr – à la manière d’une obole – d’une assistance – comme de minuscules festins offerts à leur âme affamée de vérité…

Le cœur encore débordant de poésie…

 

 

Autour de nous – rien que des regards et des miroirs ; mille facettes – mille reflets…

Autant d’histoires que de visages qui survivent – se racontent – fragmentés – sur le sol déjà jonché d’éclats de lumière et de nuit…

Des plaintes et des cris ; ce qui chemine sans jamais pouvoir échapper aux rives désuètes de l’enfance – ces prémices qui n’ont que trop duré…

Toutes ces âmes engluées dans les strates épaisses de la naïveté – et qui reprennent espoir à chaque nouvelle circonstance – à chaque nouvelle rencontre – à chaque nouvelle possibilité…

Les proies de l’esprit – (toujours) friand de mythes et de récits – emportées par les eaux cruelles du monde vers les bouches voraces de quelques démons qui sommeillent dans les sous-sols – dans tous les interstices de la terre…

Tous les vivants – arbres – fleurs – bêtes et hommes – serrés les uns contre les autres – brinquebalés vers l’abîme – sans rien comprendre – sans main secourable – sans aide mutuelle – comme une traversée (terrible) des enfers que nul ne reconnaît comme telle…

 

*

 

Parmi la roche – notre sang – les événements du monde – la terre des bêtes et des hommes – le refuge des oiseaux…

L’inquiétude et la douleur en partage…

Et mille querelles pour tenter de remédier à la distribution initiale…

Le sommeil – n’importe où – pourvu que le lieu soit peuplé de vivants…

Des charniers et de longs fleuves rouges qui déversent leur cargaison dans l’océan…

Si loin du ciel – nos âmes de glaise – encore si peu initiées au voyage…

 

 

Les yeux aveugles – comme collés sur la chair que l’âme a (trop longtemps) hésité à pénétrer ; un abri guère confortable – si peu réconfortant – le temps d’un (très) bref séjour – au cours duquel on se frotte – et se cogne – les uns aux autres – comme d’infimes bouts de matière interchangeables – sans rien savoir – sans rien comprendre…

Un gouffre – l’abîme – le noir – comme un piège dont nul ne parvient jamais à se dépêtrer…

Et ce soleil – au-dedans – qui tarde à se lever…

 

 

Des gestes de refus ; de l’obscurité – de l’indifférence ; un espace de silence corrompu…

Un fanal (pitoyable) – tenu à la main – pour éclairer médiocrement les pas – le chemin – les lieux que l’on traverse – les rares visages que l’on rencontre – tous ces fils sur lesquels chacun chemine de manière solitaire – comme si l’on ignorait que rien ne peut être étranger à la trame…

Le ciel – si haut – le cœur si las – et la vie pesante et fangeuse – soumise à toutes les gravités….

L’existence – comme une longue marche – un lent tourbillon – un bref éclair – un dérisoire passage – au milieu d’une nuit dont nul (en dépit de quelques éclaircies) ne verra jamais la fin…

 

 

Le jour descendu sur nos marches – la vie ouverte – le destin déguenillé – sans ciel – sans terre – sans le moindre tapis où poser les pieds…

L’assise – en soi – sans (véritable) certitude – comme si tout pouvait se transformer d’un instant à l’autre – comme si rien n’avait (réellement) d’importance…

Le tout relatif à tout – l’emboîtement et le désemboîtement permanents des éléments mobiles du grand puzzle invisible…

Le monde – comme un reflet de l’espace…

Simultanément – le rire et la tendresse…

Le geste – dans une prière perpétuelle…

 

 

Contre nous – la croissance des ombres – le temps – le progrès – l’invention et la nostalgie…

Le peuple armé qui vilipende tous les solitaires…

Les cœurs qui frissonnent devant les grandes heures du monde…

Rien que des territoires et des citadelles – à défendre – à conquérir ; et des histoires à raconter…

Des géants enlacés postés à toutes les frontières…

La force – toutes les forces – vouées aux devoirs – aux croyances – à toutes les servitudes…

L’homme dans sa plus élémentaire horizontalité…

L’empire du rêve et du glaive – des rives désolées – des terres immobiles – situé(s) sur l’aire des malédictions…

 

 

Ici – sans souci – au cœur de l’espace – des forêts – des montagnes – sur cette route qui serpente entre les certitudes – loin des lieux connus et des habitudes…

Aucun fantôme – aucun mystère – au milieu des fleurs – des bêtes – des rivières…

La vie joyeuse et passante ; l’âme dans son allégresse solitaire…

 

*

 

A la pointe du possible – le jour – le pied qui s’avance – le ciel et le pas – ensemble…

La lumière – à nos côtés – au-dedans – notre essence dans son tégument de chair et d’excréments…

Rien de sacré – rien de profane…

Ni merveille – ni souillure ; le même gisement…

Et nous – comme pente – comme promontoire – comme élan…

Le dévalement – le plongeon – l’envol – sans excès – sans retenue – là où nous sommes immergés avec le regard – dans nos rythmes et nos nécessités naturels…

 

 

Sans autre cime à gravir que le silence ; et à son faîte déjà – lorsque cessent le bavardage et le défilé des images…

Quant au reste – quant au monde – sur quoi pourrait-on prendre appui sinon sur les mots et l’abîme ; mais qui donc a dit qu’il (nous) fallait une assise…

 

 

Le corps sur sa pente escarpée – au milieu des eaux du fleuve – dans le ciel intermittent – dans la tyrannie des obsessions – comme l’esprit et l’âme ; sans maître – sans possesseur – sans personne – comme les soldats d’une même armée – les lignes d’un seul poème…

Le souffle et le regard – sans rien oublier – sans rien mépriser – ni le jour – ni le vide – ni le temps…

 

 

Rien que des ornières – pas le moindre chemin – des failles où il faut se résoudre à vivre – des abîmes à traverser pour retrouver l’enfance…

L’ouvrage (le véritable ouvrage) de l’homme – parmi tant de jeux – de mensonges – de simulacres…

 

 

Le chemin vivant – sans naissance…

Des mains qui frappent sur la peau tendue des tambours…

Le rythme qui s’imprime autant que le ciel et l’abîme…

Pas à pas – sans apprentissage – sans tremblement…

Ni fureur – ni inquiétude…

L’ardeur et la simplicité au service de ce qui est en soi – et partout ailleurs…

L’invisible et le rocher – là où s’invente la route…

Dieu s’initiant au voyage…

Sur les mêmes sentes que les hommes et les fantômes – qui peuplent la surface – qui hantent nos souterrains…

 

 

Ce qui jaillit de la matière – les substances du renouvellement…

La somnolence et l’affrontement tenaces – initiés dès les premiers instants…

Entre les lignes (nos lignes) – de grands oiseaux sauvages – la beauté du silence – comme un éclatement – une caresse – un parfum ; quelque chose qui se goûte – presque secrètement…

Mille vérités qui guettent sur la page – autant que de flèches décochées…

Ailleurs (autour de soi) – trop de langages dédiés au fourvoiement et au sommeil ; des livres sans essence…

Du feu et du ciel dans le sang – dans l’âme et la main – pour que l’encre trouve son souffle – s’enracine au-delà du connu et des (fausses) certitudes – dans un bout d’immensité descendu – peut-être – pour que l’Amour puisse procéder, à travers les signes, aux ablutions nécessaires et pénétrer la chair…

L’innocence et le vide offerts à la possibilité de l’Autre – à la possibilité des Autres peut-être – qui sait ; une forme de connaissance – singulière – sans prétention…

 

 

Le pays du rêve et des étoiles – ce qui brille et embrume – le sommeil et le ciel fantasmé autant que l’existence et le monde…

Notre unique ressource – peut-être – pour échapper à la rudesse de la vie terrestre…

 

 

Le chant de la roche et de la forêt…

Le vent – sur la terre et le visage…

Le corps en ces lieux sans homme…

Sans désir – sans tentation…

Le vide – à la source…

La nudité – le soleil et le vertige…

Cette façon de vivre – seul – la fraternité – le regard et le geste attentifs…

Sans exigence – sans idéologie – porté par la spontanéité – l’âme et les circonstances alignées sur les mêmes nécessités…

Plus qu’une perspective – un mode de vie – une manière d’être au monde…

 

 

Les bêtes – à nos côtés – dans le commencement du cercle – tissé avec l’espace…

A la place du sang – l’ardeur ; sans doute, le plus réel de ce monde…

La nudité cheminante sur le chemin invisible…

Rien au nom de la terre – au nom du ciel – pas le moindre échafaud – pas le moindre étendard…

Une simple fenêtre sur cette portion d’infini – notre périmètre…

La lumière qui s’avance – qui nous envahit – qui pénètre l’épaisseur de la matière – qui la décortique et la désagrège – et qui s’unit au feu pour enfanter de nouveaux horizons – de nouvelles perspectives – quelque chose d’étranger aux limites – à la privation – à la détention – qu’a toujours (plus ou moins) expérimenté l’esprit humain…

 

*

 

Inséparables – comme l’âme et la solitude – notre épaule et la pesanteur (insupportable) du monde…

Le baiser lancé aux étoiles – aux vents agissants – occupés à leur (indispensable) besogne…

Une larme qui coule le long de la joue à la vue des bouches hideuses – grimaçantes – déformées et des poings levés et agressifs – sous le joug de cette irrépressible faim et de cet irrésistible besoin de conquête – l’écume portée aux lèvres et aux mains fébriles – rassasiant l’ambition et les intestins – satisfaisant le corps pressé – l’esprit impatient…

Pas un geste – pas un murmure pour apaiser le cri des bêtes – annihiler la souffrance par une sorte de contrepoids mental – une déflagration jaillissant du fond de la poitrine ; pas la moindre émotion exprimée en ce monde enragé…

Pas même un vague point d’honneur à montrer que nous sommes sensible(s) – vivant(s) a minima sous cette épaisseur mécanique…

Rien – seulement – le bruit sourd de la chute de ceux que l’on abat…

 

 

Là – dans l’empreinte démesurée des géants…

Le souvenir de la fête et des premiers temps – avant la longue série de questions qu’on lance au ciel – comme l’aveu d’une impuissance et d’une incompréhension – une sorte d’obsécration rationnelle et élémentaire…

La (terrible) mainmise des Dieux sur la terre des vivants…

 

 

L’humanité – comme les bêtes – à genoux – sous les grands arbres dressés qui finiront, eux aussi, par être arrachés à leur verticalité…

Entre la solitude et l’impossibilité de la rencontre – le passage étroit – ici et ailleurs – dans la foule et les déserts – le cœur trop lisse (bien trop lisse) taillé dans le même bois que le manche des haches…

Respirant à peine – pas encore tout à fait mort…

 

 

La vie captive des rivages – la même sédentarité sous le soleil – l’existence aux accents éternels et coutumiers…

Tout – excepté la source…

Et à l’autre extrémité – l’errance – la danse joyeuse (et presque inconsciente) au milieu des malheurs…

L’incertitude devant soi ; rien, sous le front, qui résiste – qui s’arc-boute…

La liberté tissée au milieu des vents…

Au-dessus de l’épaisseur – le silence…

Nous – comme des enfants abandonnés par la lumière…

Quelques graines offertes – et déposées au fond de l’âme – au cœur du monde – en tous les lieux propices et secrets…

 

 

L’existence frugale – l’âme sans provision…

L’esprit – dans sa vacuité initiale…

Le geste nu – qui, peu à peu, s’apprivoise…

Nul autre voyage – nul autre passage – qu’en soi – sans même la nécessité du langage…

L’Autre – le monde – entre décor et illusion – qui peut savoir…

Les Dieux de la terre – sous nos pas…

Les Dieux de l’invisible – au-dessus des âmes…

Qui pourrait – qui saurait – deviner la suite de la longue histoire du vivant et celle de la minuscule histoire des hommes…

Qui pourrait – qui saurait – libérer le Divin prisonnier de nos images et de nos espoirs – enfermé derrière les barreaux de toutes nos cages…

A vivre comme si l’on ignorait qu’il fallait affronter ses peurs au lieu de se déresponsabiliser – assumer ce que l’on est au lieu d’accuser le reste de l’univers [à seule fin de supporter notre (supposée) faute originelle]…

Au cœur du cercle des dépossédés – assiégé(s) par les malheurs et les malédictions – sans être capable(s) de dénicher le secret, caché au centre, qui préside à la destinée du monde – des âmes – de l’immensité…

 

*

 

Le ciel mille fois interrogé – sans réponse…

Ce si merveilleux silence…

 

 

Le geste complice du vent – fidèle – comme le pas – infiniment savoureux…

Rien qui ne pèse – la vie sans charge – sans surplus – légère malgré la pesanteur – malgré la gravité…

Le cœur façonné pour l’acquiescement – et éduqué au refus depuis si longtemps (pour notre plus grand malheur) – et naturellement redressé, à présent, afin de ne plus jamais surseoir à sa tâche…

Sur la page – à nos lèvres – ce qui se vit – ce qui s’éprouve – ce qu’expérimente l’âme – rien de plus – rien de moins ; toutes nos foulées entre la terre et l’infini – aiguillées par le silence et la nécessité – toutes les exigences de l’invisible – de la matière – des circonstances…

 

 

Ce que le sang assombrit…

Ce qu’offrent les lèvres et les fleurs sauvages…

L’arrière-plan de la page – le fond de l’âme…

Le chemin qui serpente – la douleur et le vent – ce qui extirpe du sommeil et éveille (parfois) les dormeurs les plus impénitents…

Le feu – ce qui nous rend vivant – (bien) plus encore qu’autrefois…

L’horizon pourrait se retrancher du jeu – resterait Dieu – à nos côtés ; au fond de notre âme – cette double présence – en quelque sorte – celle qui n’échappe à rien et celle qui s’affranchit de tout – la pérenne et l’évanescente ; ce que nous sommes, de manière exhaustive, à l’intersection des axes – tourné(s) (à la fois) vers la terre et le ciel – attentif(s) et souriant(s) – insouciant(s) – offrant toujours à ce qui s’avance le plus bel emploi – et qui transforme le quotidien en un seul geste continu – hautement délectable – où le monde – le cœur et la main – sont parfaitement alignés…

Sans doute – l’existence la moins corrompue qui soit…

 

 

Le monde – sans viscère – flottant – sans consistance – parmi les vents cosmiques…

Infime caillou sur l’axe empalé – fixe et libre – proche de l’errance immobile – de l’ivresse et du vertige…

Un monde d’histoires et d’épaules affaissées – où l’invisible règne au milieu des charges – des cris et de la poussière – où nul n’est comptable de ses actes – où les mouvements mécaniques décochent des flèches – ébranlent des montagnes – stoppent des éboulis – font tomber la foudre et la pluie – participent à toutes les circonstances – engendrent (sans distinction) naissances et funérailles…

Et nous – qui nous faufilons entre le jour – les ombres et la possibilité…

La tristesse – presque la désespérance – malgré le soleil dessiné sur la carte…

 

 

L’espace jamais amoindri par l’abondance et la progéniture…

Le sang mélancolique à force d’affûter les pointes…

L’âme rustre – hirsute – inemployée ; et les substances de reproduction aiguisées – prêtes à l’emploi (et dont à peu près tous font usage)…

Le blé – le pain ; et l’enfance (des cheveux bouclés aux cheveux blancs) – jusqu’à la (quasi) complète calvitie – jusqu’au flétrissement (général) de la chair ; le labeur et la sueur – le culte de l’effort si souvent déguisé en paresse ; le confort de plus en plus prégnant – de plus en plus régnant – comme le paramètre le plus essentiel – le plus fondamental – pour compenser des millénaires de rudesse et d’âpreté – lutter contre la condition terrestre naturelle et la rendre (un tant soit peu) supportable – et plaisante (autant que possible)…

La fabrique des fantômes de terre – sans âme – cousus en pointillé – qui dansent sans grâce au milieu des édifices et des morts ; le funeste sort des hommes…

 

*

 

De la boue sèche qui s’émiette – sous l’action du soleil – du vent – du temps…

Le vivant dans sa gangue de glaise – l’âme au-dedans peut-être – prisonnière – consentante – réfractaire – un peu les deux, sans doute – qui peut savoir…

Et ce feu – dans la parole – sur la page – dans le livre – qui précipite cette désagrégation – cet effritement – notre disparition apparente et périphérique…

L’inutile – le contingent – sur le bûcher purificateur – et salvateur (à tant d’égards)…

Un seul mot ; et le cœur pourrait (enfin) se dévêtir entièrement – se défaire de toutes ses armures et de toutes ses ombres…

L’encre trempée dans la lave – et le ciel brûlant…

 

 

La conscience – ses balbutiements – au plus bas – gravissant, peu à peu, sa propre pente (la seule qui soit)…

De la matière brute qui se complexifie pendant des millénaires et qui façonne les conditions d’une cognition élémentaire – approximative – les linéaments d’une distance vaguement (très vaguement) réflexive…

L’esprit dans ses tourments – dans ses tentatives – pris (malgré lui) dans le tumulte du monde – pointé vers le bas – vers le plus concret – le plus grossier – les contingences nécessaires à la survie organique – à son possible développement – à son irrépressible évolution…

Comme des ailes – des moignons de chair – greffés sur l’argile et qui attendraient l’apparition du sang et des rémiges – de l’appareillage complet – pour tenter l’envol – et réussir, un jour, à s’envoler pour de bon – afin de rejoindre sa demeure – son refuge – sa matrice – le point originel – le passage vers l’immensité – la liberté hors cage – hors sol – l’infini expérimenté sur la pierre – au milieu du ciel et des Autres…

 

 

Le jour ajourné – considéré, en ce monde, comme un intrus ; trop éclatant – trop lumineux – pour la pénombre à laquelle on s’est accoutumé…

L’infini – à l’étroit dans le cœur – mal logé – comme si l’on essayait d’entasser plusieurs ciels dans la poitrine ; il faudrait, pour y parvenir, une métamorphose de la chair et de l’âme – une manière plus vaste (bien plus vaste) d’être vivant…

 

 

Le territoire opaque – enseveli par notre besoin d’assurance – de certitudes – de garanties – qui, à l’œil nu – à première vue – semble plus aisé – plus transparent – plus propice à la liberté – et qui s’avère, à mieux y regarder, un labyrinthe étroit – une minuscule geôle entre quatre murs épais et infranchissables – un funeste mausolée…

 

 

Un chant interminable pour célébrer l’éternité…

Un chant démesuré pour célébrer l’infini…

Là où s’achève le monde, commencent (très souvent) la joie et la possibilité de l’étreinte…

La fraternité sans crainte – sans exigence – sans servitude…

Un siège pour chacun au cœur du cercle des initiés…

Plus de nom – plus d’illusion…

La tendresse de l’œil et du geste…

Le pas aguerri – (foncièrement) non agressif – (fondamentalement) non conquérant…

La douceur comme un règne naturel ; moins loi (bien sûr) que disposition spontanée – que posture qui s’impose…

Le jour et la pierre – enfin réunis – enfin compatibles – complémentaires…

Plus ni désespoir – ni espérance…

La vraie vie – diraient certains – au seuil franchi du quotidien…

 

*

 

Tout s’ordonne autour de l’invisible – en couches successives et entremêlées – des combinaisons de matières – de textures – de densités ; des monceaux de substances ; des alliages – des alliances – des épousailles…

Ce qui s’entasse et s’emmêle – à l’infini – dans un furieux désordre…

L’espace – le monde – le cœur – à la périphérie de l’esprit…

Tout en orbite – autour du centre – et nous tous – et chacun y compris (bien sûr)…

La connaissance – comme du vent qui emporte tous les savoirs – toutes les certitudes – et qui nous laisse (absolument) vide(s) et seul(s)…

 

 

Le silence – l’innocence – sans appui – sans auxiliaire – à la merci du reste – (totalement) exposés – – (totalement) démunis face à la malveillance – au remplissage impromptu – irrépressible – à la corruption (inévitable)…

Comme l’espace et le vide – davantage (Ô combien) contenants que contenus ; et qu’importe ce qui les emplit – ce qui semble les dégrader ou les pervertir ; indemnes – intacts – jusqu’au noyau – jusqu’à l’essence – en dépit des apparences…

Le socle sur lequel tout prend appui – sur lequel tout se fonde – sur lequel tout finit, un jour (plus ou moins vite) par se disloquer – par se résorber…

 

 

Tout s’oublie – tout s’efface – au seuil de l’affranchissement ; les contraires s’absorbent – trouvent leur équilibre – penchent d’un côté ou de l’autre – s’associent aux vents et aux activités (innombrables) des hommes et des Dieux pour redresser ce qui a été tordu et tordre ce qui a été redressé…

Ainsi va le monde – ainsi allons-nous – à travers les forces invisibles…

Et, au-dedans, le ciel qui, peu à peu, grandit et retrouve, de proche en proche, l’entièreté de l’espace avant de disparaître et de (tout) recommencer…

 

 

Les mains devant soi – la bouche ouverte – grimaçante – silencieuse – balbutiante – qui essaie d’expliquer – de discourir – en vain…

Il n’y a personne – et tant d’indifférence chez ceux qui semblent présents ; des fantômes – de l’absence affamée d’elle-même – occupée à elle-même – désertant tout Autre – le monde…

 

 

Sans ordre – nos affects – ce qui nous traverse – sous la lumière – plus apparents que le reste – nos profondeurs – le silence – l’espace au fond duquel le corps, parfois, est porté – un courant – des courants – un souffle chaotique – infini – discontinu – semblable à nos intermittences multiples…

Sur la même route – en quelque sorte…

 

 

Lanterne à la main – devant toutes les douleurs possibles – imaginables – celles de l’âme et celles du monde – la matière enveloppée et l’esprit mis à nu…

La vérité d’abord comme une brûlure – puis comme un métal incandescent qu’il faut battre sur l’enclume pour éprouver l’authenticité et la résistance du matériau – s’il s’étire – tromperie et illusion – s’il se tord – simple jeu de l’esprit – s’il demeure intact et nous fait lâcher notre outil – la voie se précise – un passage se dessine ; ne reste plus qu’à s’ouvrir à l’espace pour permettre au dehors d’assurer la continuité du dedans – de devenir le prolongement de l’immensité lumineuse – discrète – d’un seul tenant…

L’âme et le geste deviennent alors une présence de rayonnement involontaire et d’ensemencement ; parcelle sans écart avec le centre ; clarté et justesse alignées sur l’essentiel – qu’importe les mouvements et les circonstances…

 

 

Un monde de pointes et de clous – de failles et d’interstices – gorgé de cette violence fratricide et inconsciente…

Des grilles – des cages – des querelles…

Le versant le plus sombre peuplé d’obsessions et de jeux cruels…

Et de l’autre côté – un voile épais qui cache la lumière…

Et notre visage au milieu des Autres…

L’enfer au fond duquel nous avons été jeté(s)…

Une chute soudaine – suivie (le plus souvent) d’une interminable glissade…

La même histoire déclinée dans tous les coloris possibles – sur tous les territoires…

Le pays de l’acharnement – de l’espoir et de la fatigue…

 

 

A nouveau – comme à chaque instant – ce que l’on nous arrache ; la langue – les ailes – ce qui nous semble le plus familier – la proximité des arbres et du ciel – l’intimité avec les herbes et les bêtes – la solitude régnante – le vide habité – notre lit de paille et notre foyer – ce qui se délite sous l’étreinte et la parole – et les baisers tenaces de l’Amour…

Notre liberté régénératrice – (foncièrement) revivifiante – comme si l’on plongeait l’âme au cœur de la source…

 

 

La beauté des fleurs – un émoi dans la poitrine – toute la sagesse feinte pulvérisée – comme la soif – les lois et le monde – toutes ces chimères devenues si caduques – si inutiles – si impuissantes face à la force des vents et du silence ; notre présence sans charge – sans verrou – heureuse et insouciante – au-dessus des frontières dessinées par les hommes – par l’esprit…

 

*

 

Le lent et laborieux travail du soc et de la bêche sur la terre opaque et hermétique – si difficile à comprendre et à aérer…

La besogne assidue – obstinée – de l’homme ; et la (très progressive) transformation des bras durs et noueux en tendresse sensible et amoureuse…

Le ciel revigoré – une sorte d’inversion – de renversement (quasi complet) – après des millénaires de désordre – de faillite – de basculement au fond des marges – d’oubli excessif (presque total)…

La langue enfin qui se libère – l’âme qui retrouve sa place – sa fonction – son rôle premier – essentiel – déterminant pour l’avenir du monde…

Comme la renaissance d’un corps condamné – agonisant – à la limite du cadavre – jeté, sans ménagement, au fond d’un fossé…

Le soleil et le vent entrant soudain dans une bibliothèque où l’on n’entassait jusqu’à présent que des pierres noires et friables…

 

 

L’âme aussi nue que le corps – au seuil d’un monde nouveau – très ancien pourtant – mais vierge depuis la naissance du temps qui a réussi (en un clin d’œil) à corrompre l’espace – toutes les géographies – et à ébranler (de manière décisive) la perception naturelle et instinctive de l’instant en créant l’idée et la sensation de la durée…

De la poussière – à nouveau – et le chemin libre – entièrement dégagé…

Le cœur – comme un abîme – un ciel – une immense étendue – deux bras grands ouverts ; l’Amour presque totalement déployé – comme la seule chose réelle – la seule chose qui existe réellement – dans ce fatras d’illusions où le corps et la psyché – toute la matière et une part (non négligeable) de l’invisible – se débattent sans espoir ni possibilité de s’affranchir de ce magma à l’aide des outils (très) rudimentaires que l’on a mis à leur disposition…

 

 

Sur l’échafaud – la parole – la soif – le silence…

Le monde qui s’agglutine – qui se dilapide…

La mémoire qui s’enflamme – qui se déverse ; tout qui se vide…

La terre et les sous-sols fouillés à coups de pioche…

Un parterre de fleurs à chaque fenêtre…

Et chez presque tous – le visage masqué – le regard en feu – le geste corrompu…

Des existences de bourreaux tranquilles gagnés par la fièvre des exécutions…

 

 

La bouche diserte – disante – essayant d’exprimer l’ineffable – en vain (bien sûr)…

Devant les yeux – l’océan de la langue – le verbe et la poésie descendus de leur estrade – flirtant avec l’écume et les vagues – sans jamais s’éloigner ni des profondeurs – ni de l’immensité…

 

 

Les yeux trop noirs pour percevoir l’incessant labeur de l’âme – l’interminable besogne de la mort…

Trop d’opacité et de remparts pour accompagner le soleil dans son voyage familier…

Assis à l’ombre du plus lointain – aux marges du monde (réellement) vivant – sur l’infâme muret des habitudes – adossé(s) au sac (énorme) des souvenirs et des idées – inattentif(s) aux choses du dedans – aux sensations intérieures – au temps figé imposé par le réel – au (si bref) passage des Autres – plongé(s) dans le même songe – la même illusion – depuis trop d’années – la tête prisonnière du rêve qui nous imposa la fréquentation des hommes – à la manière d’un impératif de la plus haute importance – une chimère comme une autre (bien sûr) – comme toutes les précédentes – à jeter dans les abîmes noirs de la mémoire…

Et sur toutes les rives terrestres – tous les livres à jeter par-dessus – comme tout ce qui réclame sa part – tout ce qui s’imagine en droit de recevoir…

Et naturellement – le (véritable) voyage remis à (un peu) plus tard…

 

*

 

Le jour enterré – plaqué au sol, puis enfoui sous les pas ; tassé – piétiné – rendu à la terre – couleur de poussière et de mort…

Et depuis – au-dessus – les vivants qui divaguent – qui se croisent – qui se cognent – qui tournent au fond de la même obscurité – qui vivent dans le tumulte et leurs tourments souterrains…

L’opacité et la pénombre épaisse – à l’abri de toute lumière…

Ainsi la bêtise et la nuit ont pris le pouvoir et règnent, depuis cet étrange enterrement du jour, sur la terre entière…

 

 

Des assauts – la route entièrement tracée – les ténèbres fracassées à coups de hache – la folie tranchante de l’esprit pris au piège – prisonnier – qui tente d’échapper à toutes les trappes – à toutes les voies du labyrinthe…

La figure qui s’essaye au rire – les lèvres qui s’essayent à la complicité – les bras qui s’essayent à l’étreinte ; mille manières de fuir – de s’éloigner des monstrueuses mâchoires – du resserrement (implacable) des murs qui rétrécissent l’espace à quelques respirations avant l’asphyxie (inévitable)…

Le rêve – les larmes – les sauts – toutes les issues possibles – imaginables – plutôt que l’écrasement et la suffocation ; la vie – mille vies – étroites et étouffantes – et, au-delà, le ciel qui tantôt s’affaisse – qui tantôt s’efface – au milieu des gravats – à six pieds sous terre – sous les éboulis du monde d’autrefois…

La déchéance au cœur des ruines ; et le contact de la roche brûlante sur la peau – la chair et la glaise qui s’étreignent – qui se mélangent – qui enfantent ; et nous – devenant – monstres et montagnes – enclave noire où ne subsistent que les cris et la mort…

 

 

Des millions de jours – des millions d’étoiles…

Les deux pieds plantés dans l’invisible – sous le ciel et le vent…

Assis là où d’Autres auraient combattu et essayé de conquérir…

Seul – à présent – sans personne…

La figure éloignée des rêves – au-dessus des chairs qui se frottent les unes contre les autres – sans tendresse – de manière presque involontaire – à leur insu (pour ainsi dire) – sous le joug d’un (très) puissant désir et le poids (conséquent) de traditions millénaires…

 

 

Le vivant – comme une chaîne – une trame – enchevêtrée à celle du monde et à celle de la matière – elles-mêmes enchevêtrées à celle de l’invisible…

Et le tout comme un écheveau inextricable – le socle de toutes les choses – l’extension du centre déployé – hors duquel rien n’existe – hors duquel rien ne peut exister…

Des tours – des casques – des allées ; mille imprévus…

Mille chemins – mille possibilités…

Mille combinaisons – à la fois concurrentes et complémentaires…

D’infimes fragments qui composent l’ensemble – porteurs d’efflorescence et de forces d’anéantissement…

Et tout nourrit – et porte à croire en – cette réalité – l’unique perspective perceptible par l’homme – insoucieux du monde – aux yeux duquel il n’existe guère – considéré (seulement) par sa famille – sa tribu – sa communauté – comme un maillon nécessaire…

Le temps d’une existence – de quelques blessures reçues et infligées – de quelques objets et de quelques territoires conquis et amassés…

Le sort terrestre – cette incarcération en commun – dans le désordre – le chaos – les uns contre les autres – dans cette suffocante promiscuité – et irejoignable(s) pourtant – si seul(s) – si isolé(s) – si désespéré(s) – face au reste du monde…

Et dans les yeux – cette tristesse apparente ; et dans le cœur – ce que l’on ne peut voir – deviner seulement – toutes ces larmes qui ne couleront jamais…

 

*

 

Le plus simple – ce qui nous est promis – comme la pente dévalée – la pierre à sa place – (très) provisoirement – avant le prochain éboulis…

La montagne océane – quelque part…

 

 

La chair que la nuit creuse…

Le jour que l’on approfondit…

Là, le désir et là, l’inintention…

Là où l’on trépigne – là où l’on se laisse glisser…

Ni faux – ni vrai – ni pire – ni meilleur – absolument égaux ; tout égal…

Ce qui s’impose au cœur incarcéré – ce qui s’impose au cœur émancipé…

Sur la courbe descendante – et, parfois, le saut impromptu et salvateur – à la manière d’une surprise survenue au terme d’une longue journée grise…

Un sourire – une larme – notre (pitoyable) sensibilité de mortels – alternante – intermittente – si médiocre – si peu éclairée…

 

 

Le corps occupé à sa tâche – l’esprit inattentif au labeur acharné des Autres – de la lumière…

Une étendue qu’il faut traverser les yeux fermés – le cœur qui doit découvrir sa ressemblance avec le reste (tout le reste) – sans avoir recours aux consolations offertes par la roche – sans cracher la moindre gorgée de fiel – digne et droit – silencieux – en parcourant toute la zone enfientée – des éclats de pierres au fond de la bouche et l’âme encore plongée dans les ténèbres invisibles…

Une longue série d’épreuves et d’expériences – si souvent douloureuses – insurmontables ; mille sollicitations – mille leurres – mille hostilités – et cette maigre récolte – une ou deux misérables graines – cachées dans nos profondeurs – et dont il faudra extraire l’essence en arrivant au seuil du dernier monde – sous les quelques lampes restées allumées – avant le passage incontournable dans le sas secret du silence ; ainsi se poursuivra le voyage – l’esprit confiant – tous feux éteints…

 

 

Dominés – broyés – toutes les figures de l’innocence – tous les signes de la frugalité…

Le corps couronné…

Le soleil qui – dans l’âme – prend la place de l’angoisse…

Le monde assis – devant nous – à l’écoute…

Les dents, peu à peu, écartées de la faim…

L’aube embrassée – la vérité au bout des lèvres…

Notre seule prière – sans doute…

 

 

La lumière et l’étendue – ce qui ne semble pénètrer ni le fer ni la brique ; et ce que contiennent, pourtant, les armures et les remparts…

L’encre sage – éblouissante ; et la bêtise et l’infamie – à parts égales – au-dedans…

Dans le jardin immense et silencieux – des visages – des pierres alignées ; et, sur eux, la tendresse du regard…

L’infini qui – à travers nous – s’accomplit – pulse – vit – s’épanouit ; le seul vêtement de ceux dont chaque geste – toute l’existence – semblent justes…

La vie – la terre – la poésie – sans règle – naturelles…

 

 

Le goût du soleil dans l’abondance…

Le confort du devenir affranchi de l’incertitude ; un tombeau – en vérité ; un couvercle de plomb sur l’existence et le monde ; un labyrinthe étroit – un abîme creusé dans le sable – un périmètre circonscrit en deçà (bien en deçà) de l’horizon – une liberté proportionnelle à la longueur du nez – de ses idées restreintes et confinantes…

L’histoire de l’homme – une espèce de fantôme au milieu des légendes ; pas grand-chose – presque rien – pas même un franchissement – un peu de vide – un peu de vent qui tourne sur lui-même – au milieu de nulle part…

 

*

 

La charge renversée – tous les tombeaux ouverts – les pelles jetées dans la terre – les amas éparpillés…

A tire-d’aile – le silence et la parole jaillissante – la ligne verticale jusqu’au vertige ; au faîte incontestable du monde ; à hauteur d’âme peut-être ; à peine au-dessus du sol – sans doute…

Tout juste ce que l’on appelle un homme ; le début de la liberté – une infime part d’affranchissement – ce qu’il faudra (bien sûr) approfondir et peaufiner…

 

 

Le ciel tailladé – la nuit par terre – dépecée – plus qu’une pelisse sombre et immobile – vidée de son sang – de toutes ses substances…

Le monde désenturbanné – l’immensité en désordre – fragmentée – dispersée – jetée au hasard des visages – des cœurs – des routes – sur tous les territoires possibles – réels et imaginaires…

 

 

Le cœur battant – sans équivalence – le monde à demi – affranchi de tous ses règnes – les lois et la puissance démembrées…

Et cette errance du nombre – la multitude trimardante – qui se hâte sans savoir – sans destination – par habitude – par aveugle obéissance à l’ardeur…

La fange et l’affluence – extraites de cette veille attentive – si singulière – si désintéressée – si impersonnelle…

Des yeux passablement ordinaires, peu à peu, remplacés par un regard déployé – enraciné ailleurs – dans les profondeurs de l’âme et d’un autre monde ; l’infini descendu – retourné – enfin accessible…

Les prémices, peut-être, de l’existence libérée de l’espace et du temps…

 

 

Au croisement de l’horizon et du foyer – les pires légendes – le monde – l’origine et le temps – totalement réécrits…

Les mensonges officiels qui tentent de résister face au soleil – à la vérité – et qui persistent – et qui se renforcent – dans la psyché des hommes – et qui, en s’additionnant, créent les représentations collectives – des voiles épais* qui s’ajoutent aux limites et à la partialité perceptives et cognitives existantes ; ce qui dénature – et dissimule – plus encore le réel…

* Des voiles épais qui nécessitent un profond (et assidu) travail de sape et d’effacement pour disparaître et permettre une réinitialisation – une revirginisation du cerveau et du regard ; et des dizaines – des centaines – des milliers – d’années pour disparaître « naturellement » (sans qu’intervienne la moindre démarche de « nettoyage psychique et mental ») dans la mesure où d’autres images – d’autres mythes – d’autres illusions – sans cesse viennent les conforter – les transformer – les remplacer…

Rien – ni personne – nulle part ; la seule réalité – peut-être…

 

 

A distance des Autres – des pas – du temps ; promis, quelque part, à une sorte de géométrie des sables – entre signes esquissés et enfouissement – entre apparente facilité d’installation et instabilité – là où naissent les visages – là où s’édifient les tours et les routes – là où se construisent les exils et les rassemblements…

 

 

Le monde – dans notre errance – dans nos incertitudes – l’âme qui veille et se frotte à l’inconnu…

Le chemin livré à l’ombre et aux pierres noires ; toute l’hétérodoxie du voyage…

Et cette folle ambition qui persiste – qui demeure ; pouvoir, un jour, étreindre la lumière…

 

 

A la rencontre de soi – du soleil ; notre seul serment librement gravé dans les vents – et dont nous serons, bien sûr, la seule preuve – le seul écho – le seul témoin…

 

*

 

La nuit fendue par les battements réguliers du cœur…

L’ivresse du territoire – puis, un jour, le monde désossé…

La convoitise et la jouissance auréolées d’infamie et de pitié…

Sur la pierre stable – les pas fiévreux et querelleurs…

Les esprits envoûtés par toutes les promesses de fortune et de beauté…

A couteaux tirés – rien que des crimes et des intervalles sans Amour…

Ce qui brille au fond des yeux ; la rancune – les éclats de la vengeance – la brusquerie à mains nues – à mains armées ; la lutte en lettres capitales…

La poudre – la cendre et le ciel…

Le feu – le sang et les larmes…

Mille champs de bataille et dix-mille guerriers – insensibles à la lumière – comme si, en ce monde, la violence était la seule voie possible…

Un accroissement des illusions – le mensonge et la fraude érigés en totem…

Et sous les piliers du monde – le vide – l’effroi et la poussière…

Et nous autres – malheureux – pauvres débiles – ahanant depuis des millénaires devant la même leçon de choses

 

 

Tous les viatiques écartés – suspendus au-dessus de nos têtes tantôt comme des mâts de cocagne – tantôt comme de funestes potences…

Nu(s) – sur le chemin improvisé – en des lieux trop sauvages pour les âmes et les édifices qui s’imaginent civilisés…

Tout hissé jusqu’à l’existence et la langue naturelles – dépourvues d’ascendants et d’artifices…

Vivant à la manière de ceux qui n’appartiennent à aucune généalogie…

 

 

La vie qui nous exile – loin du monde – du bruit – de l’infamie – des pas obscurs – de l’épaisseur opaque…

Le sommeil – lointain – pas même un souvenir…

A présent – la solitude – les arbres – l’enfance…

La lumière que l’on jette sur la page – comme le seul labeur possible – pour la joie – un peu de musique – la résonance – le prolongement du silence – et un peu d’Amour aussi sûrement…

Des lettres – des mots – une parole – que l’on sème à la volée – au hasard des routes et des pas…

Le soleil de l’errance sur notre visage ; et les lèvres qui arborent un sourire énigmatique…

A la place des ténèbres – l’absence d’horizon ; la clarté qui offre à la même perspective une multitude de textures et de teintes ; toutes les parcelles de l’infini à découvrir et à goûter…

 

 

Le reste du chemin – comme l’ultime distance à parcourir – sans ornement – sans même une couronne de feuilles et d’épines – sans même une alliance au doigt ou un bandeau de poils (ou de tissu) autour du crâne ; nu au nom de rien – pas même un peu de lumière en étendard…

A l’intersection de tous les cercles – de tous les mondes – sans en choisir un seul…

Le jour pas mieux que le noir…

Le visage pas mieux que l’arbre…

L’âme pas mieux que la bête…

L’Amour pas mieux que les instincts…

La joie pas mieux que les malheurs…

L’apaisement pas mieux que la faim…

L’achèvement pas mieux que la quête…

Ni passé – ni avenir – ce que le pas – le geste – le regard – étreignent et embrassent ; ce qui advient (toujours) à titre provisoire…

 

*

 

Par veilles et vérité – intermittentes…

Ce qui doit demeurer – momentanément ; et ce qui doit être dissous…

La hache et l’enfance sur la même berge – l’une en face de l’autre…

Et ces jours maculés de boue qui – pourtant – invitent à la joie…

Contre la paume – le sang des pairs – des frères – de tous ceux qui vivent…

La certitude pyramidale – des liasses de mots volés – avec cette minutie maladive – le sens de l’obéissance et des traditions – sans (jamais) la moindre culpabilité…

 

 

Le voyage confronté à ses propres manquements et à ses propres turbulences…

D’un côté – la régression et l’effondrement ; et de l’autre – le silence et l’effacement…

A égales distances – et quelques restes d’indigence – ce que peut réussir à enfanter le murmure ; la possibilité des rois…

 

 

Près du sol – la fin – à la lisière de la forêt – quelque part – en un lieu qui favorise la nudité et le dénouement…

Au grand jour – à l’angle opposé – là où si peu se tiennent – géométriquement parlant (bien sûr) – de l’autre côté de l’obscurité – très loin de la réalité du monde qui privilégie toujours les alliances – les mariages – les associations ; mille choses – mille entremêlements – là où la lumière ne peut exister sans le sang et la pénombre – là où le noir scintille d’une clarté étrange et nous approche avec une parfaite innocence…

La terre – d’un bout à l’autre – comme le silence – des bouts d’existence…

Une parole moins nue que le geste ; peut-être – la moindre des nécessités…

 

28 octobre 2021

Carnet n°267 Au jour le jour

Février 2021

Creuser – en son nom – sous tous les catafalques de terre – sous le sang séché des dépouilles…

Et le nôtre – comme nos larmes – qui ruisselle entre les pierres – touché à mort par la cruauté et l’indifférence des peuples…

L’œuvre et la joie validées par le silence – malgré la tristesse – malgré le monde…

Et le soleil déclinant – au-dessus des tombes…

 

 

Nos légendes et nos torpeurs – les unes nous suivant – les autres nous précédant…

Dans la nostalgie des états d’antan – le souvenir embrumé – enjolivé sûrement…

Et nous tous qui tardons à devenir des hommes…

 

 

Une enfance mortelle – malheureusement…

A nous entendre avancer – le souffle court – très laborieusement – la foulée sans ardeur…

Les mains caressantes qui, parfois, traînent encore sur les choses…

Le monde enfoncé dans sa gangue…

Les rêves rehaussés jusqu’au ciel…

L’existence poussée à l’extrême – jusqu’à ces terres de l’impossible – postérieures à la souffrance – quelques rives – sans homme – sans trace – sans avenir – sans mémoire…

Et nos pas – et notre voix – si souvent – harassés et sans courage – qui se souviennent de ces pitoyables reliquats de fête – les yeux mi-clos – en ces temps anciens où nous étions fascinés par les fausses extases de la chair triomphante – sur la crête des jours juvéniles où, gorgés de vie et d’orgueil, on croquait la vie – le monde – sans crainte ni conscience – comme si nous étions les rois de la terre…

 

*

 

De passage – dans l’enclos du monde – sans conscience – le plus souvent – de la chair animée – animale – mue par la peur et la faim – à se débattre – à tenter d’échapper (en vain) au désastre – l’âme (vaguement) intriguée par les formes – les couleurs – la lumière – cherchant un langage – une proximité – appropriés – quelque chose de commun – quelque chose en partage…

 

 

Dans l’intimité de l’enfance et de la douleur – sans question – sans parole – sans réponse – le cœur enfoncé dans la terre – les yeux dans l’air sombre de l’abîme entrevu – au-dessus – l’accomplissement et l’apparente fraternité de nos compagnons de voyage…

Et ici – nous autres – alignés – entre le ciel et la misère – avec un peu de tristesse et un peu de gaieté au fond du cœur…

Une partie de l’humanité qui se dérobe – et l’autre remplacée par le silence ; une présence étrangement débonnaire…

 

 

Nous – bâti(s) comme des murs – avec inquiétude…

Des projets – des efforts – des ruines (très bientôt)…

La surface et les fondations – l’effritement et la dislocation…

La verticalité bancale – limitée par la crainte et la pesanteur…

L’Amour soumis au secret – et nous, à la futilité – au pragmatisme et au bavardage…

Des rites trop solennels face à la spontanéité des vents – leur force naturelle – impérieuse ; trop d’adoration et pas assez de tendresse incarnée…

Trop d’absence pour l’attention et le labeur exigés…

L’unité et la multitude comme momentanément désaccordées…

Le Divin dévoyé et la vérité…

Puis – un jour – tout, à nouveau, qui se mêle – se réemmêle – sans mesure ; tout qui redevient possible – insensé – ineffable ; les choses et l’invisible – l’énergie et la conscience – retrouvant leurs jeux – leurs danses – leur intimité…

 

 

Au défilé des nuages – le silence répond ; et aux œuvres trop impatientes – et trop prétentieuses – aussi…

La même récompense – à terme – tôt ou tard ; la compréhension – le plus juste incarné…

 

 

Dieu – en nous – debout – sans fierté – heureux de notre labeur – des élans vers le sensible – la vérité sans rivale – humble – protecteur – infiniment amoureux…

Sans rêverie – sans protection…

Quelque chose du feu exposé – de l’enfance insoumise et, sans cesse, réinventée…

Ni lieu – ni franche lumière – le rôle de l’origine dans nos doigts engourdis…

L’alliance – dans le sourire – la résonance intérieure – l’acquiescement spontané aux circonstances…

La vie – sans image – sans intention – qui se déploie…

L’inquiétude qui s’amenuise à mesure que la douceur gagne le quotidien – remplace le savoir et la lutte – la politesse – toutes les fausses aménités…

 

 

Moitié ciel – moitié bête – avec un peu de pensée – quelques restes d’homme encore mal digérés…

Et l’on s’avance ainsi – à contre-courant de la foule – dans un monde difficile – sans gaieté – à l’identité incomplète…

 

 

Nous – au-dedans – immobile(s) – comme les morts – certains (la plupart) par paresse – comme une inertie – et quelques autres (assez rares) – par sagesse – comme une manière terrestre singulière de donner vie au silence – à l’infini – à cette présence qui échappe à tous les mouvements – à ceux du monde comme à ceux du temps…

 

*

 

Le temps creusé – le grondement sourd du monde – faillible – défaillant – comme un grand jardin où l’on s’abîme – où l’on se perd…

Aux confins de notre territoire – au-delà de la vue – de notre trouble – presque une ivresse – un allant retrouvé – un regain de force pour franchir les eaux dormantes – rejoindre la source – pénétrer le mystère de la multitude et de la lumière…

A cette étape du voyage – si proche de soi – de tout – hors du temps…

Dans la perpétuelle venue de la peine – pourtant – sans protestation – dans les limites de notre entendement – de nos possibilités…

Confiant en cette bienheureuse alliance avec l’Absolu – cette présence au centre – attentive – sans répit – qui sait accueillir nos éloignements – nos errances autant que nos douleurs et nos lamentations…

Ici – en ce lieu – la réponse à toutes les formes d’ignorance et d’opacité – et davantage même – l’évidence de l’invisible qui règne sur notre singulière destinée…

 

 

La danse – au-delà des horizons ténébreux – tachés par le rêve et la ruse – comme ces rives où le mensonge scintille entre les dents – à travers tous les sourires ; d’affreuses grimaces – en vérité…

La figure et l’âme de l’homme – du marbre et du béton – quelque chose de (très) froid – lisse – en surface – en profondeur – le contraire des battements du cœur – ce que l’on opposerait volontiers à la sensibilité et aux tremblements…

L’absolue incertitude de vivre – d’être là plutôt qu’ailleurs – notre manière d’être au monde – respirant – survivant – sans règle – sans principe – comme nous le pouvons – aussi simplement que possible…

 

 

Le soleil détourné des hauteurs – comme le chant des oiseaux – rendus au quotidien – à la vie ordinaire…

L’espace agrandi – le ciel et les forêts – à l’intérieur…

Les chemins de la terre – quelque chose d’une aube à inventer – d’une lumière à refléter…

 

 

Nous – dans l’enfance solennelle – celle qui précède la raison – qui succède à la sauvagerie…

Immodeste(s) – avec cette fierté dans la posture – sur la pointe des pieds – pour paraître plus grand – plus sage – davantage…

La figure ronde et rouge – énorme – facile à distinguer du reste du corps – petit – malingre – fragile…

Une tête grosse comme un œuf – juchée sur une minuscule brindille…

La misère dissimulée – bien entendu – comme l’ignorance…

Dans la bouche – des mots d’apparat – pour se donner des airs – faire semblant…

Des chimères – partout – et des croyances – pour cacher la détresse – la vulnérabilité – l’inachèvement…

Au cœur d’un rêve démesuré…

Et très (trop ?) souvent – cette phase de l’enfance – dans l’âme – le regard – qui dure sans jamais faiblir – sans jamais flétrir – jusqu’au dernier jour – jusqu’à la dernière heure – jusqu’à l’instant fatidique de la mort…

Seul(s) – leurré(s) et leurrant – trahi(s) et trahissant – sans que les pieds ne touchent réellement terre ; une vie – un voyage – une légende plutôt – peuplée de songes et d’images…

 

*

 

En ermite – de l’autre côté – là où les arbres sont éternels – parmi l’entourage animal – le cri et la révolte – en commun – comme la fuite dans les marges et la crainte de l’homme…

Dans notre cercle – sauvage(s) et communautaire(s) – libertaire(s) peut-être – libertaire(s) sans doute – sans jamais nous quitter – nous corrompre – loin des mauvais rêves – loin des fantasmes (si funestes) du monde…

 

 

Du ciel à la roche – sans un geste – la lumière – en un éclair – et nous autres – en sens inverse – très (très) laborieusement…

 

 

Instable(s) – jusqu’au sommet – ensuite, l’équilibre n’est plus de mise ; la justesse prend les rênes et nous pousse en avant – en arrière – sur les côtés – et parfois vers les extrêmes – et nous fait côtoyer la tempérance et les excès – sans que nous en soyons perturbés – sans jamais nous faire chuter ; dans l’air – le ciel – il n’y a que des pirouettes et des trajets – ni terre – ni gravité…

Ici – dans la simplicité de l’être – du monde – au pays du bleu – au pays du vent et de l’immensité – seul(s) – sans nid – sans plume – le cœur en désordre – l’oubli dans une main et l’Amour dans l’autre – à arpenter les chemins sans raison – pour la (seule) beauté des pas – à nous mettre au service de ce qui est là – pour la nécessité du geste – pour la lumière et la joie qui se manifestent…

Sans âge – sans repos – le chant de la tristesse et le chant de la tendresse – sur les lèvres…

A la source du temps – là où l’œil et le cœur se rejoignent – se pénètrent – enfantent – se régénèrent…

 

 

Entre la fleur et la cendre – devant nous – l’horizon lointain – au-dessus – le soleil sur son orbe – l’eau qui s’écoule et qui emporte nos certitudes…

Des ombres – des jours – des nuits – sur la pierre…

Le temps des choses et de l’absence – l’impossibilité de l’innocence…

Tous nos passages et notre mélancolie – jusqu’au dernier jour de l’hiver…

De déchirure en déchirure – retenu(s) par cette longue chaîne qui emprisonne les âmes…

Et, chaque jour, cette transparence sur la page avec, en filigrane, le ciel et les étoiles – nos soupirs – notre faim – notre pauvre corps et notre esprit impatient – si pressé de rejoindre le lieu de ses prières…

 

 

Aux sources des chimères – quelques entités malfaisantes – dans la bouche – des étincelles et quelques mensonges très brillants – ceux qui donnent aux vies un peu d’éclat et à ce vieux gris un air un peu moins sinistre et décati…

Un peu de joie incontestable – ce goût du paraître – quelques sacrifices – pour combler le vide – d’étranges sourires pour dissimuler la tristesse – la longue série de défaites successives – l’âme rompue – comme l’ardeur – à genoux sur cette terre triste – sans amour et sans amitié – comme tous les Autres – aux prises avec l’indifférence du monde – dans un coin – désenchanté – au lieu d’affronter les yeux brûlants – les yeux féroces – impitoyables – de la vérité…

 

*

 

Le théâtre des ombres – encore – des pantins à la peau et aux gestes sans éclat – les genoux défaillants – comme l’âme et le cœur ; l’ossature – au-dedans – faible et bancale – guère adaptée à la rudesse terrestre – à la sauvagerie du vivant…

 

 

Tête nue – parmi les simples – au cœur de la forêt – notre refuge – notre solitude…

Le jour qui monte – comme un trophée porté par une main immense – cachée derrière l’horizon peut-être…

Contre nous – l’obscurité que nous chérissons – l’obscurité contre laquelle nous luttons – sans bien savoir la façon dont il faudrait agir – malgré des siècles d’expérience et l’âge de l’humanité…

A déambuler encore le poignard à la ceinture – parmi les âmes – parmi les ombres…

Et – au loin – cette rumeur – ce brouhaha – l’écho bruyant et malheureux des hommes – la proximité du monde – notre crainte – notre (excessive) obsession – comme une phobie salutaire…

Et notre cœur – à l’abri – caché dans une anfractuosité de la roche…

 

 

Il faudrait – sans doute – dépasser le sang et la haine – l’impuissance et la mort – pour se réjouir de la présence des hommes…

Un monde – des mondes – parallèles – fort heureusement – emplis de joie et de flammes – le ciel peuplé de mystères – gorgé de lumière…

Et notre longue veille – jusqu’à l’aube – un collier de fleurs vivantes autour de la poitrine – et la tête couronnée de feuilles blanches et vertes que le vent fait tressaillir et qu’il fera, un jour, rouler sur le sol…

 

 

Toutes ces lignes blanches sur la matière rouge du monde – des pointillés – des barbelés – sur la chair vive et uniforme – contre lesquels on ne peut rien…

 

 

Des fils au-dessus des mains – reliés aux jointures – aux étoiles ; des paumes qui caressent – qui réconfortent – des paumes qui assènent et qui frappent – comme de grandes ailes dans le vide…

Un peu de vent pour faire circuler le sang (et le faire couler aussi – bien sûr)…

Les yeux fermés face à la violence – face à l’invisible – face à toutes ces forces – à tous ces courants venus d’ailleurs – on ne sait d’où…

Dans le cœur – une gêne – un embarras – comme une façon de nous inciter à sortir du noir – de l’abîme – de l’incompréhension…

 

 

Le cœur aussi bas que possible – trempé dans le plus vil – les immondices du monde – et, au-dessus, la tête qui sanglote – qui se lamente de cette chute – de cette malédiction…

Au fond du noir – la dépravation et des portes inconnues – davantage d’espace – son lot de nuit(s) supplémentaire(s)…

L’œil – le long des murs – la peau qui racle contre le crépi ; le visage en sang – les masques qui se déchirent – et sous les masques, d’autres masques – et derrière le visage, d’autres visages ; l’être habillé à la manière d’un oignon – au cœur duquel trône l’essence – le noyau – le vide – l’espace lumineux – l’infini féroce – le silence de l’âme pénétrée par la vérité et le chant du monde – entremêlés…

Quelque chose de la joie – au milieu des malheurs – au milieu des tourments…

Nous – parmi les Autres – puis, nous – au milieu de rien – au milieu de nous-même(s) peut-être…

 

*

 

Sous les yeux – l’évasion – la terre chaude des tropiques – un rêve loin du bagne – la mer – sous l’immensité céruléenne…

Les paupières closes – lourdes et sombres – pour séparer le réel du songe – l’agréable du reste – protéger l’imaginaire, en quelque sorte, des assauts incessants de l’enfer ; pour que le cœur et la vie puissent durer encore un peu…

Une manière – peut-être – une manière – sans doute – de surseoir au suicide – d’échapper à cette longue (et atroce) agonie que l’existence nous impose…

 

 

D’un jour à l’autre – la vie et la tête machinales – comme l’âme et les gestes – les mains vaguement occupées à leur besogne…

Ce qui semble passer – avec le temps – sans la moindre rencontre – sans la moindre intimité…

Du sable et du vent sur le sol des suppliciés – avec, au-dedans, un feu minuscule et ronronnant – tout juste de quoi rester en vie – de quoi continuer à ronronner…

La vie noueuse – à l’intérieur – délaissée…

Ce que l’on amasse – chichement – plutôt que l’aventure – les merveilles du monde et de l’esprit…

Et cette posture reprise – et démultipliée à l’infini – à perte de vue ; la quantité agissante – la multitude uniforme et univoque – jouant avec l’écume – insensible au monde – à la marche – aux profondeurs – à l’envergure – à toutes les étoiles que l’on voit briller dans le lointain…

 

 

Le ciel – déplié devant soi – les énigmes de la terre exposées – en désordre…

Ni repère – ni voyage ; il (nous) faudrait plutôt épuiser la distance – enjamber les frontières – accueillir l’infini et le chaos – devenir le présent – l’incertitude et le silence – pour invalider le temps du monde – le temps des hommes – le règne des choses…

Se présenter avec – puis, comme – un surplus de tendresse sur ce qui nous blesse – sur ce qui nous égare – sur tous ces voiles qui nous deviennent de plus en plus étrangers…

En nous – l’étreinte – le soleil et la rosée…

Le nous-monde – l’esprit tout entier…

 

 

Une danse – parfois – un passage à travers les paysages du monde…

L’immensité emprisonnée dans une fiole – rendue au grand large – à l’infini ; l’océan-maison qui nous abrite…

 

 

Des rêves de noctambule – au-dessus du jour – au fond des précipices ; partout – les mêmes chimères humaines…

Le sommeil du cœur endimanché – la torpeur de tous ceux qui mentent – qui revêtent des parures et des déguisements – des masques épais qui ressemblent à la chair rose du visage…

Et ainsi grimés – nous nous rencontrons ; dans une ronde de pétales à laquelle succèdent, très vite, des heurts – des cris – des épines – tout un florilège de douleurs qui mettent fin au délire – à l’ivresse – au vertige…

 

 

Nous autres – dans nos robes funestes…

A tisser ensemble les fils du monde et du temps…

A nous balancer entre la terre et le ciel…

A nous mettre en route – paresseusement – l’âme (déjà) épuisée – un peu perdu(s) – les yeux posés devant soi – guère plus loin que le bout de son nez…

Toutes nos errances – nos oscillations – nos atermoiements – le sort (tragique) de la foule…

D’une terre sans horizon à l’aube silencieuse que si peu devinent – que si peu découvrent – que si peu rejoignent…

Et ce que trace notre feutre – quotidiennement – sur la page ; le chemin à éviter – le chemin à emprunter – peut-être – les malheurs – les espoirs et les tourments – à déposer comme un faix inutile ; les prochains pas – peut-être – les prochains pas – sûrement – qui pourraient – pourquoi pas ? – nous précipiter dans un autre monde…

 

*

 

La vie – la mort – la route – sur fond de nuit…

Et cette pluie – ce sommeil – sur le monde – comme du plâtre qui rigidifie les existences et les cœurs…

L’indifférence – comme une stèle de marbre érigée aussi haut que notre tristesse – aussi haut que notre (invisible) sensibilité…

Sur la balance – le poids des Autres – presque rien comparé à notre figure – à nos désirs – à nos besoins – à la longue liste de nos exigences…

Malheureux – écartelé(s) depuis le premier souffle qui déchira notre poitrine…

L’œuvre cinglante du vent sur notre feu (trop) fragile – provisoire – encore balbutiant…

 

 

Ici – (presque) sans jamais jouer le jeu du monde – à l’écart – autant que possible – l’âme et la vérité unies dans le geste – la parole – à chaque instant – à chaque ligne…

Seul – assez éloigné des lieux qui emprisonnent – des yeux tristes – des regards obliques – des âmes bancales et indigentes – de la misère et des merveilles humaines – ce qu’il y a, sans doute, de plus bouleversant…

 

 

En avance sur la lumière – la peur et l’horizon – la souffrance – les yeux baissés – et les larmes face à la mort…

La chair frémissante – l’âme tremblante – à moitié dévorées par le monde et le désespoir – l’esprit et les Autres – aussi absents que le reste…

Nous – ici – à peine éclairé(s) par les flammes grises de quelques (funestes) pensées – un feu minuscule – artificiel – inventé – qui s’est substitué au jour véritable…

 

 

Soutenu – tout entier – par l’invisible…

Ce qui naît – ce qui se dresse – ce qui tombe – ce qui meurt – sous le même soleil – au fond de la même nasse – au milieu des formes et des couleurs…

La caresse du vent sur l’âme – sur la peau – le cœur rouge et frémissant – au rythme du chant de ceux qui ont réussi à percer les secrets du silence…

 

 

Au bord du monde – à notre porte – cette lueur que l’on devine – un léger tremblement dans le noir – au loin – la tête tournée – comme l’âme – vers cette possibilité…

La blessure infligée à la terre – au vent et à la pluie – comme un rêve trop cruel – peut-être…

Toutes les peurs – à peine cachées – dans l’encre qui gicle sur la page – des nausées et des pans entiers de monde vomis par le feutre rageur – et quelques prières offertes par le feutre silencieux et incliné…

Que l’on aimerait se perdre dans le regard inoffensif des bêtes…

Dieu – la mort – l’Amour – présents dans la danse des lettres qui s’esquissent – dans la ronde des mots qui s’impriment…

L’aube – peut-être – devant nous – visible mais hors de portée…

 

 

Dans la nuit – ce que nous cherchons – ce qui nous attire – ce qui nous dissuade – tous les prétextes possibles au sommeil…

Le rêve – le fol espoir – au lieu de rester debout – dans la neige – au cœur de ce blanc indéchiffrable – sans rien savoir…

Les yeux perdus – les yeux confiants – proches des bêtes – des arbres – de l’inconnu – de la source – peut-être – ce que, de toute évidence, nous ne saurons jamais…

 

*

 

Hommage à Shin’ya (le 8 février 2021)

Le corps enseveli sous des tonnes de terre – la mort – nous y sommes – déjà…

Et cette tristesse lourde comme l’absence ; le poids d’avant – tellement léger – à présent ; les membres liés – déliés – libérés…

Au-delà des peurs – au-delà de l’angoisse – notre voyage parmi les pierres – dessous les pierres – au-dessus du sol ; après l’horizon – le voyage encore – le voyage comme un instant – une suite d’instants – peut-être – l’invention d’une durée – sans doute…

L’identité de réserve à l’instant du dernier souffle – à l’instant où le tombeau se referme – comme une signature – et des fleurs noires par-dessus notre tête…

Le sommeil après le sommeil…

Ce qui se dessine et ce qui se dessinera – plus précisément – lorsque le ciel nous soulèvera encore plus haut – loin de la terre-mausolée – loin de la terre épaisse – au cœur de cet espace – au cœur de cette clarté – entrevus – et qui nous portent – et qui nous emporteront vers d’autres pays – le monde au loin – vers la foule anonyme ; et les visages qui, peu à peu, s’effacent…

Dans le souffle – dans l’esprit – la lampe – le désir – l’intention – peut-être – d’un monde plus fleuri – l’oubli de toutes les couleurs – des larmes et le vent – la tristesse et l’absence – encore – la solitude sans gravité – dans l’air commun – et partagé – les peurs déjouées jusqu’au sourire – quelques murmures – comme une longue prière…

Des pierres – à nouveau – et, devant soi, le livre des possibles grand ouvert ; et notre alliance – comme le reste – comme l’Amour et le silence – en devenir – perpétuel(s)…

Nous – ici – encore un peu ; et nous – toujours – là où règnent le souffle et la lumière…

Et – chaque jour – comme une promesse – nous entonnerons – ensemble – silencieusement – les lèvres tremblantes – à peine perceptible – un modeste chant de joie…

 

 

Le jour rouge – comme les mains et le front…

Le sang de l’arbre aussi – lorsqu’on le coupe – lorsqu’on l’arrache…

Le monde mis à sac…

Et les mots pour dire notre misère et notre faim…

La trace des ancêtres au fond de l’âme – plus qu’une empreinte – une présence réelle – déterminante…

Des hurlements à la place de la langue…

Et le modeste travail des poètes pour élever l’esprit – le monde – plus haut que les édifices et les ambitions des hommes – pour élever le regard au-dessus de la nuit qui relègue l’innocence – la beauté – la lumière – à des hauteurs infranchissables…

 

 

Les saisons – parfois – cruelles – devant notre dénuement…

La figure immense et fragile de l’oiseau en cage – à la merci des mains qui le nourrissent – la porte fermée…

Les grilles couleur d’or qui maintiennent captifs tous les possibles…

L’indigence et la faiblesse – l’atroce férocité de la détention…

Comme des bêtes soumises à la naissance et aux instincts terrestres…

Sans généalogie – sans héritier – offert(s) à l’usage – à l’agrément des Autres…

La détresse – comme une couverture au-dedans de l’âme…

Meurtri(s) et affaibli(s) par les coups du sort – les coups des hommes…

L’absence de Dieu comme le seul espoir – en quelque sorte…

Le destin piétiné – et notre colère – et notre impuissance – et le vent qui nous rappelle (si cruellement) l’existence extérieure – la liberté – notre enfermement…

 

*

 

De la même couleur que le monde – notre pelage – nos piètres ambitions – nos visages trop fardés…

Les étoiles en supplément – dans les projets les plus fous – de quoi donner à l’argile – à toute cette bassesse terrestre – des airs vaguement célestes – des airs d’ailleurs – des airs d’horizon ouvert – la possibilité du possible…

Quant à ce qui s’offre à notre vue ; des figures sans grâce – des masques de carnaval – de quoi écarter l’innocence et la beauté…

Quelque chose de disloqué – qui s’apparente à la mort…

Et les bords du mystère où peut encore – fort heureusement – s’inventer le poème…

 

 

Des lieux sans loi – des hommes sans Dieu – notre terre – notre temps – éternellement – peut-être – à moins que nous nous affranchissions du rêve…

 

 

Une voix – cri autrefois – devenu murmure – puis, silence – à lire – à écouter – attentivement – patiemment – sur le rebord d’une table – au milieu des arbres – sous le ciel – songeur et solitaire…

 

 

Une enfance sans fable – quelques clochettes accrochées au bout des peurs – et que l’on entend encore tintinnabuler trop souvent…

Et les doigts au bout du jour – lorsque la lumière est habitée – lorsque l’effacement est (parfaitement) compris…

Aligné sur la source – l’immensité du regard…

 

 

Le souffle ouvert – comme une fenêtre – et ce vent – et ce vide – de l’autre côté – à l’intérieur – moins (bien moins) monstrueux qu’ils en ont l’air…

Quelque chose de l’infini – sur la route – déplié…

Le premier barreau de l’échelle – peut-être ; et l’humilité nécessaire à l’ascension – sans doute…

 

 

La couleur du ciel – figée – reflet des fleurs – reflet du sang…

Le sol et la roche – à la texture rugueuse – aux teintes sombres – constellés de taches vives et de lumière…

Et nous autres – dans la nuit – tête baissée vers la mort – ne sachant où l’on pourrait dénicher le secret – la réponse à toutes les énigmes – la résolution du mystère…

 

 

Aussi intenses que la soif – la peur et la faim ; animal métaphysique ; il est peu dire (pour les moins grossiers)…

Fragment de ciel – d’invisible – trempé dans la glaise – dans les instincts – sous le règne de l’incomplétude – du manque – du désir…

La poitrine tremblante face au sang et au Divin…

 

 

Comme des chiens dans la plaine – les Dieux hirsutes et les vagabonds – à courir à travers l’écume – de toutes leurs forces – l’âme pleinement engagée – quelques pas – une longue course jusqu’à la mort – jusqu’aux ultimes confins de la terre…

Braillards et joyeux – les cris qui égayent le cœur – les yeux et les foulées…

Un parfum d’enivrement qui flotte dans l’air – le monde héroïquement piétiné…

Le jour qui rayonne – la nuit crispée sur ses désirs et ses frustrations…

Et cette fuite inexorable vers le pays du silence…

 

 

Derrière les yeux – ces fenêtres closes depuis le premier jour – cet espace étranger – si intime (pourtant) – où tous les visages se saluent – fraternellement – sous le regard silencieux – souriant – de cette présence amoureuse qui nous habite – qui nous comble – au centre – en secret – avec une incomparable tendresse…

Et nous – si rétif(s) (en général) à exercer notre (véritable) besogne ; ouvrir les yeux pour regarder le monde – les choses – depuis le dedans (affranchi(s) du prisme de l’individualité)…

 

*

 

Quelques pas – encore – à bout de force – la main tenue par la main d’un Autre…

Et ce cri coincé au fond de la poitrine – dans un recoin isolé – inexploré – introuvable…

Le visage solitaire…

L’âme sans dédain…

L’air et la parole modestes…

Sans couronne – à cœur découvert…

Et ce murmure – et ce baiser – offerts – comme si nous habitions dans l’épaisseur de la tendresse…

Et serré – contre nous – le monde sans solution – sans réponse – sans échappée possible…

 

 

L’infini – aussi courbe que notre silhouette penchée ; même le mensonge est épousé – du sur-mesure absolument parfait…

Des rêves – des signes – le temps des larmes – ce que l’on privilégie – malgré nous…

Aux yeux-soleil – aux yeux-miroir – nous implorons le dévoilement du langage crypté – plus de rires que de discours – moins de drames et l’abolition du sacrifice ; le seul geste nécessaire – en vérité…

Ce que la lumière dicte à l’âme – en secret – à notre insu…

 

 

Retranché – en dessous du soleil – comme ces êtres souterrains qu peuplent les sous-sols de la vérité – qui cherchent à tâtons dans l’obscurité – qui errent pendant des siècles – qui parcourent d’étranges quartiers – et qui réussissent, parfois, à rejoindre quelques rives prometteuses ou à se retrouver, un jour, sans crier gare – en un clin d’œil – aux portes de l’immensité après avoir franchi, un à un, tous les seuils nécessaires…

Dans le geste et l’attention silencieuse…

Le vide qui (enfin) se touche – qui (enfin) s’éprouve – qui (enfin) se vit…

Ce qui – en nous – se dévoile – se dénoue ; et ce qui est emporté par les eaux sales comme du gravier gris…

Et, aujourd’hui, sur une stèle de neige – les deux pieds au centre du cercle – au centre de l’étendue – face au monde – les yeux posés sur l’infini…

 

 

A l’origine du monde – le père et la mère des Dieux – peut-être – ou bien la matrice (invisible) chargée de tous les enfantements…

Sans péché – dans un élan spontané – totalement irréfléchi – par goût du jeu et de l’invention – sans jamais songer à l’avenir – aux inévitables (et, parfois, lourdes) conséquences…

La puissance créatrice – un souffle phénoménal – comme la respiration longue et profonde d’un colosse – jetant sa chair – son cœur – son œil – aussi loin que possible – en exil pour (très) longtemps – s’éparpillant en multitude – obéissant parfaitement aux forces centrifuges – allant jusqu’aux plus lointaines périphéries – seul(e) et égaré(e) – passablement démuni(e) – et voué(e), inéluctablement, à retrouver la source – à remonter jusqu’à l’origine…

Nos efforts – nos tentatives – à tous…

 

 

Le temps à la manœuvre – l’oubli des rituels – la terre rubescente qui, peu à peu, se gorge de la substance des vivants…

Ce à quoi nous obéissons (tous) depuis des siècles – depuis des millénaires…

Le monde bruyant – plongé dans un immense tapage qui ressemble, à s’y méprendre, à une forme d’indifférence silencieuse…

Des jours (pourtant) au verdict implacable…

Une rupture atroce – radicale – inaugurale – puis, des alliances sans véritable compréhension – sans véritable réconciliation ; des pactes et de tristes compromissions…

L’être – et, à travers lui, les têtes et les choses corrompues par les usages – l’impossible probité – main dans la main – tel qu’on nous voit (apparemment) et dont chacune dissimule un poignard – une peu de poudre – toutes les armes nécessaires pour se défendre – lutter – s’approprier – conquérir – ce que l’on devine (bien sûr) en regardant les jeux terribles (et abominables) du monde…

 

*

 

Ce qui nous somme d’obéir à la nuit – aux injonctions de l’esprit endormi – et, parfois, d’échapper à l’abîme…

Le vent – au centre du visage – à l’intérieur – comme un souffle naturel – sauvage…

L’enfance à la fenêtre et le monde en ruines…

Ce qui flotte dans l’œil – l’infâme parfum des éventrations – comme un vertige…

Tous les angles abandonnés à la poussière…

Des restes de voyage – à nous obstiner dans le même labyrinthe – à piétiner au fond de la même impasse…

 

 

Agenouillé(s) devant le Dieu des pierres – la tête sur le sol parmi les feuilles et les racines – l’homme et l’humus – et toutes nos prières tournées vers la même direction – cette infime partie du ciel fantasmée – onirique – irréelle peut-être…

Le parfum de notre présence – la terre animale – un œil sur l’immensité et l’autre encore plongé dans les abîmes terrestres – cette existence de fange – de désirs – de possibilités ; comme un vague espoir peut-être…

 

 

Sur cette embarcation qui nous berce – qui nous leurre…

Sur ces flots inconnus…

Sur cette étendue particulière – l’immensité – l’infini peut-être…

Dans notre déguisement – ces vêtements trop larges – prêtés par Dieu sait qui…

Sous le soleil – dans la nuit – notre tête et nos entrailles…

A rêver de ponts et de débarcadères – de rives et d’enfance hospitalières – de terres de joie et d’existences guérissables – propices à l’étreinte et à l’intimité – comme si nous devinions le sort promis à tous ; le monde – des mondes – parallèles à celui – trop triste – où nous vivons…

L’âme lacunaire et la perception déficiente – cette abrupte réalité avant l’aube…

La légèreté – l’évanescence sans mémoire – le surgissement intense et perpétuel de ce qui, sans cesse, recommence…

Et toutes les déflagrations qu’il nous faudra vivre pour qu’émerge le jour – cette lumière identitaire qui nous somme, à chaque instant, de la rejoindre – de la redécouvrir…

 

 

Encore accroché(s) aux griffes du temps – comme à un monstre nourricier – la figure ambivalente de la nécessité dévoreuse…

Au fil des saisons – le ciel changeant…

De la clarté promise – rien (ou à peu près)…

Quelques failles – des fragilités – d’infimes vibrations – peut-être – dans l’épaisseur – dans l’opacité sombre…

A tire-d’aile vers un autre voyage – un autre séjour ailleurs – aussi habilement que possible…

 

 

Au cœur de l’espace – les rêves (presque aériens) des hommes – l’air intranquille face aux vents qui soulèvent – qui déportent – qui nous mènent, d’une manière maladroite, vers d’autres terres…

Et nous – où que nous soyons – qui que nous soyons – inlassablement penché(s) sur notre tâche – une besogne (le plus souvent) sans intérêt – sans (véritable) récompense – une forme de consolation plutôt – ce qui nous est nécessaire pour nous sentir capable(s) d’échapper aux malheurs – au défilé perpétuel des jours tristes et gris…

Puis, un jour, on quitte – sans même s’en rendre compte – le territoire du temps ; une évasion discrète qui ouvre, au-dedans, un espace immense – insoupçonné – insoupçonnable – la terre et le ciel réunis qui s’effacent – le cœur battant – le cœur invulnérable – éternel…

 

 

Au-dedans de l’homme – l’espoir et la blancheur – une île minuscule au milieu des eaux – un reste d’innocence…

Le vide – le vent – l’origine ; et la matière changeante – mouvante – passablement inquiète d’être livrée au souffle – à l’espace – au temps…

 

 

Sous notre flanc – les vestiges de la source – un peu de lumière au cœur de la chair – au cœur du châtiment…

Vivant – comme une fleur en exil – cachée sous la neige…

 

*

 

La danse grave (et lourde) des peines et l’air léger des hauteurs…

Cette étrange asymétrie – en nous – entre le haut et le bas ; et la même inégalité entre le proche (le plus intime) et le lointain…

Quelque chose entre la pesanteur et l’étoile…

Ce que l’on porte (tous) – nous autres – les vivants de ce monde…

 

 

A tant creuser qu’il ne reste plus rien – même le désespoir (autrefois si proche) s’est effondré avec le reste – l’espérance – la moindre perspective…

Demeure l’instant – à présent – dont on peut sentir l’incroyable vérité – l’épaisseur et la vibrante intensité ; la seule consistance possible née de l’alignement des cercles – à l’exacte intersection du regard et de la sensibilité…

 

 

Notre existence – les yeux ouverts…

Un reliquat de lumière oublié – ainsi commence-t-on à vivre (en général)…

Notre naissance – comme un cri et un soudain oubli de l’essentiel – les poings liés dans un monde peu charitable – et l’existence se poursuit ainsi – (le plus souvent) cahin-caha – sur cette pente (assez) douloureuse…

Au centre de cette étendue d’air et de feu – la tête baissée – les yeux tournés vers le ciel – le pas lourd – les idées futiles – l’âme noire et le visage taciturne – nos existences tristes et frivoles…

Dans un coin sombre – les souvenirs – tous les souvenirs – les rêves et le temps – et l’envie persistante d’une autre vie – plus douce – plus grande – plus réelle – une rive – des monts – des mers – un monde où il ferait bon vivre – à l’abri de la folie ambiante – des manques – des excès et des consolations – qui délimitent nos frontières – nos horizons – et la ligne de démarcation, peut-être, entre les fous et les sages…

Et nous – bien sûr – encore indécis – qui doutons de tous les chemins – qui traînons les pieds – qui hésitons à chaque carrefour – comme si la rupture avait été – initialement – définitivement – consommée…

 

 

Au cœur de la parenthèse – l’essentiel inversé – la lumière qui échappe au rêve – à l’ambition – au désir…

La folie univoque des foules – gesticulantes – endiablées – inutiles – hissant sur leurs mâts de cocagne mille emblèmes pour soutenir – et célébrer – l’hérésie collective – toutes les insanités du monde…

 

 

Le cœur pincé – honteux du refus – l’impossibilité – de notre vraie couleur…

La nuit – la douleur – les secrets – et ces larmes intarissables face au temps perdu – aux heures mensongères – comme une brûlure sur la peau – de l’acide jeté au fond de la plaie – la matière – vive – écarlate – presque entièrement rongée – un pitoyable lambeau de chair…

L’esprit que l’on doit anesthésier tant le réel – la souffrance – sont insupportables…

Ainsi commence – parfois – la nécessité du sommeil ; et ainsi – très souvent – se poursuit le rêve – le règne du masque – l’éclosion de toutes les couleurs que nous inventons pour survivre à nos blessures…

Mille histoires par-dessus le silence et la neige – mille horizons – mille épaisseurs – pourvu que la transparence – cette fragilité – soit ajournée – dissimulée – protégée des assauts du monde…

 

 

Le monde et l’aube – et leurs jeux antagonistes – presque symétriquement inversés…

Et notre voix – entre ces deux rives – intermédiaire, en quelque sorte, entre le silence et la folie – entre notre visage et l’effervescence – cette douleur inépuisable – interminable – que l’extinction du temps ne saurait faire disparaître…

Ontologiquement atteint(s) – blessé(s) – (presque) entièrement voué(s) aux failles – à la faiblesse – à l’incomplétude – (presque) entièrement programmé(s) pour emprunter un quelconque chemin de guérison…

 

*

 

Le monde meurtri – le temps des morts – le cœur sensible – l’esprit entre l’aube et l’enfer – comme s’il ne pouvait choisir – comme s’il fallait qu’il se positionne à l’intersection des deux cercles pour que nous puissions éprouver – et honorer – notre figure humaine…

L’âme – (sans doute) encore trop embarrassée – dans l’immaturité de l’Amour…

La vie parfaite ainsi – silencieuse – mortelle – sans réponse…

 

 

La chair trop délicate pour la vie terrestre…

La psyché enivrée pour supporter la charge – la douleur – les affronts – la violence des batailles…

Un immense chaos ; rien qu’une petite danse – en vérité…

La blancheur des visages – des vies exsangues – face au miroir – face au néant…

Et les eaux rouges – toutes les substances – la matière souillée – qui déferlent – en cascades – sur le monde…

 

 

Notre chagrin – à peine un murmure…

Parmi les fleurs – nos adieux…

Une vie de désirs – sans prière…

Une vie souterraine – sans profondeur…

Une vie de tournis et d’apparat – le règne des masques – du déguisement – de l’effervescence ; le défilé des apparences…

La tête des hommes gorgée de croyances – d’illusions – de mensonges…

Des histoires – des légendes – la même trame – à peu près toujours les mêmes ressorts – la même malédiction…

 

 

De hautes flammes et le chant (presque) imperceptible des vivants…

Un voyage sans intention – sans destination – précises…

La longue course pour s’éloigner de l’angoisse…

Avant nous – la vérité…

Après – l’Absolu peut-être…

Et au cours de la traversée ; rien de particulier ; quelques remous – quelques tourments…

Le jeu des pas et de la source…

Et entre nous – cette distance et ce rapprochement – comme un ressac permanent…

 

 

Seul – face au soleil – comme un vertige…

Le Divin – au bout de nos doigts parfois agiles – parfois maladroits…

A essayer (bêtement) de compter les jours qu’il (nous) reste…

Aussi obstiné(s) qu’ignorant(s) – aussi fragile(s) qu’affamé(s) – ainsi est-on né – et ainsi vit-on – les yeux fermés sur l’invisible qui nous porte – sur l’espace et la lumière que nous abritons…

Fier(s) et revigoré(s) par la puissance de nos espoirs – comme un moteur – un leurre commun…

 

 

Une vie – un nom – nés des cendres et d’un chant mystérieux…

Nous – si vigoureux – si entreprenant(s) – en rêve – en plein sommeil…

 

 

Les yeux – face au tumulte – la vie et la mort – ce qui nous constitue – au-dedans – à la périphérie – ce tégument d’effervescence qui protège la quiétude – le silence – l’essence – au centre – le noyau si rarement rejoint par les vivants…

 

 

Dieu qui s’invente, à travers nous, de nouvelles folies ; cette danse – ces ailes – au cœur des ténèbres – les parois de nos abris et nos mains souillées de sang…

La poussière et la cendre – après les ouragans – les incendies…

Le déchaînement des âmes et des éléments…

L’incapacité humaine à survivre au-delà des contours – au-delà du territoire autorisé – au-delà du périmètre décidé par les Dieux…

La matière lacérée par les vents – happée, comme la psyché, par le vide – tous les abîmes – réels et inventés…

L’éternité récurrente de notre visage – de l’espace – de tous les interdits…

Et la probabilité (infime) d’un franchissement…

 

*

 

L’existence humble et engagée – gouvernée par l’élan naturel qui puise sa force dans le silence et l’attention…

Le regard et la flèche…

Et cette poitrine – sensible – qui se gonfle – qui suffoque – qui se contracte – à la moindre émotion – fidèle aux mouvements de l’âme – aux étreintes et aux reniements…

Le corps animé et pensant…

La matière comme prolongement de l’esprit – comme support de la psyché – de la pensée…

Le cercle et la boucle…

Et nous autres – qui tentons de donner vie à toutes ces alliances infrangibles – irréfragables – hautement souveraines – malgré leur invisibilité…

 

 

Des ombres accompagnatrices – dans la course…

Des soleils – la nudité de l’âme – l’attention indispensable pour que le cœur puisse obéir aux impératifs du jour – aux injonctions du monde…

Ni règle – ni loi – et moins encore de principe (bien sûr)…

Ce qui s’impose – ce qui insiste – ce qui s’attarde – ce qui nous tient – ce qui nous somme…

Le geste – le pas et la parole…

Ni choix – ni alternative – à la manière d’un ordre – d’une (irrésistible) nécessité – comme une flèche décochée à travers nous…

Une pente – une marche – des éboulis – ce que nous ignorons ; tous nos actes – parfois avec fracas – toujours magnifiquement…

Le cœur vivant – le cœur entaillé – le cœur joyeux ; très humain – en somme…

 

 

L’hiver et la route – la saison de l’enfance – notre éternel vagabondage…

Le mystère qui, peu à peu, se dévoile – la peur et l’ignorance qui, peu à peu, se transforment en non-savoir et en confiance…

L’évidence du Divin – malgré les bêtes – malgré les hommes – malgré la nuit et la mort – de plus en plus tangible…

L’âme – toutes les âmes – qui cherchent leur chemin au milieu du monde – au milieu du silence – au cœur de la solitude et de l’absence…

 

 

Seul et solitaire ; fidèle à cette étrange manière d’être vivant – discret – en retrait – habitant les interstices du monde – aussi éloigné des hommes que possible – se forgeant, peu à peu, une réelle (et profonde) humanité (très différente des représentations et des poncifs que véhiculent les foules – – et presque opposée, à certains égards)…

 

 

Poussé vers l’horizon…

La feuille libre – toutes nos habitudes…

A piétiner – à étouffer – sur le sol des Autres – des illusions…

Du vent pour protéger la joie – la hisser hors de nos griffes – de nos paumes féroces…

De l’ombre – encore – comme si le soleil était trop haut – trop loin – toujours hors de portée…

Sous le joug de l’absence – tous nos agissements – absolument irresponsable(s)…

 

 

Nos traits trop juvéniles pour panser les plaies du monde – guérir la chair et l’âme – donner à notre figure ravagée des airs de fête – un peu d’incarnation…

Comme de la pierre qui s’effrite – du sable en guise d’intimité…

Des éloges – des parades – une foule de mensonges – pour (presque) rien…

 

 

Le franchissement du détroit – à l’âge difficile…

Le destin affranchi – l’épreuve surmontée grâce à notre fidélité au monde naturel – l’invisible labeur de la lumière – la chair et l’âme portées l’une par l’autre – jusque dans les plus difficiles conditions du séjour – du voyage…

Nous – encore dans l’enfance endormie – mais porteur(s) d’une confiance (inébranlable) dans les ficelles du grand démiurge…

L’invisible à la manœuvre – et le silence changeant – et parfois déguisé – sur tous nos chemins – sur toutes nos pages blanches…

 

 

Les heures dramatiques du monde abandonné aux âmes indifférentes – aux mains les plus armées – les plus sauvages…

Le cours des choses le plus trivial…

Au cœur de notre civilisation – l’infidélité à l’origine – le dévoiement de la matière et du temps – l’innocence corrompue – ce qui risque de basculer au moindre tressaillement – comme une belle opportunité – un juste retour aux traditions les plus joyeuses…

 

*

 

Vivant ensemble – séparés par des murs – des monstres – des ombres – affleurant à la surface du monde – aux confins du temps mesuré…

Du souffle et de la force – dans notre attente…

Une vie de désirs – de prières – à genoux…

Des jours discrets – sans tapage…

Le soleil à ses heures – autant que la nuit…

(Incroyablement) éphémère – à la lisière de tous les Autres…

 

 

Sans lassitude – le corps quitté – à danser (joyeusement) au-dessus de l’abîme – au milieu du néant – la figure cajolante de la mort à nos côtés – présent(s) – sans réellement savoir si nous penchons du côté du rêve ou du côté de la réalité – la douleur (facilement) contenue – aisément supportable – à gravir en pure perte – pour la (simple) beauté du geste – des parois abruptes et glorieuses – comme une évidence – une sorte d’exercice – une manière d’éprouver les limites du ciel – la qualité de notre état – pour se rendre compte du vide et de l’absence – de la vaine gesticulation des âmes…

Nous – seul(s) – sans nier le monde des formes – attentif(s) à la moindre émotion – obéissant toujours aux injonctions des Dieux et des vents…

Effaçant quelques rires et quelques grimaces qui pourraient corrompre les figures (toutes les figures) du possible et enlaidir (plus encore) le monde…

 

 

Des ombres – de la brume – jusqu’à l’aube…

Les pas qui se laissent guider par les forces de l’invisible…

Le soleil qui frappe le front – l’exacte lumière et l’angle précis – qui réchauffe l’âme engourdie – encore ensommeillée – qui initie le prolongement (inespéré) du plein jour dans le cœur – dans le sang…

La possibilité (enfin) de l’infini – comme la plus belle expression – la plus belle extension – de nous-même(s)…

 

 

Dieu et le néant – dans nos propres ténèbres – des obstacles et des résistances – et tout ce sable qui conforte l’absurde cruauté du monde à la surface…

Des larmes jusqu’à l’aube – des chants psalmodiés par des lèvres tristes…

Notre cœur frappé par toutes les famines – toutes les infamies…

Les coups du sort et les âmes sapées dans leurs fondations – tremblantes – croulant sous un (trop) lourd bagage – le poids du monde – le sang des Autres…

Nos jours – notre vie – notre mort – (absolument) sans remède…

 

 

De la besogne pour (au moins) mille ans – pour franchir les barricades – atteindre les hautes fenêtres dessinées par les Dieux – et se rendre à l’évidence ; il ne sert à rien de quitter le cercle (central) de l’immobilité…

 

 

La conscience claire – malgré les humiliations – les interrogations sans réponse ; la solitude qui a, peu à peu, creusé un espace dans nos profondeurs…

L’esprit de plus en plus silencieux – la sensibilité de plus en plus vive…

Humain – peut-être – au nom de tout un peuple – dépossédé – encore trop sauvage…

Et le verbe nécessaire à la rencontre – véhiculé – humblement offert…

 

 

Du cri au cœur délaissé – notre préférence pour la douleur accueillie et assumée…

Ni plainte – ni appel – inutiles ; des tremblements plutôt face à la mort – à la cruauté – aux assassinats…

Les yeux grands ouverts face aux dépouilles – aux moribonds – aux meurtriers…

Le réel ardent et rageur – tranchant – et, parfois, hautement mortifère…

Ni drogue – ni anesthésiant – la lame acérée face aux images – aux croyances – aux illusions…

Dieu – en un éclair – puis, le poing qui s’ouvre peu à peu – l’âme de plus en plus libre – jour après jour – le même voyage – ce qui semble pourtant différent selon l’angle – la posture – la perspective – adoptés…

Une route – une étendue ; et toutes nos chaînes qui se brisent – une à une…

 

*

 

Les morts – quittant, peu à peu, nos vies – sortis de nos existences par effraction (si l’on peut dire) – sans crier gare – s’échappant en quelques secondes – et retrouvant, en quelques jours, l’enfance – les rêves bleus que nous faisions autrefois lorsque nous nous serrions les uns contre les autres – la tête aujourd’hui pleine de ces souvenirs embrumés où se mêlent la nostalgie et l’imaginaire – l’haleine imperceptible et la course invisible qui, sans doute, se poursuit – l’âme tremblante et la peau toujours frémissante – peut-être…

 

 

Partie en plein hiver – au cœur de la saison silencieuse – rejoindre – qui sait – un plus grand silence encore ; la parfaite – et, sans doute – heureuse – continuité du voyage sur une autre rive soumise à un temps différent – à des couleurs plus claires – peut-être…

Et – ici – au milieu de l’absence – nos prières et nos gestes quotidiens – ce que nous faisions hier – ce que nous avons toujours fait et ce que nous ferons toujours – et accroché à la poitrine – cet étrange collier de rires et de larmes – quelque chose de très doux – de très léger – d’infiniment tendre – né de la rencontre du ciel et de l’âme ; une forme de blancheur – comme un ruban d’innocence qui entoure – et enveloppe – le cœur et la chair…

Nous – ensemble – malgré ce que l’on croit – malgré ce que l’on pense (en général) – au-delà du monde et des apparences…

 

 

Les jours accomplis – les Dieux – qui nous accompagnent – à travers les fleurs et les oiseaux – l’Amour présent qui s’engage…

Des traces de ciel sur ces terres belles et, si souvent, malheureuses…

Tant de ressemblances entre les vivants et les morts – de quoi interroger nos manquements et nos maladresses…

L’inconnu et l’éternel retour – comme, peut-être, les seules permanences…

 

 

Notre désarroi face à l’imposture fiévreuse du monde…

Le sang – la chair – la souffrance…

Cette longue nuit solitaire malgré les rumeurs et les bruits de fête…

Les rails des années – les quais bondés – sans véritable voyageur…

Le passé (progressivement) décomposé – la joie triste de tous ceux qui vivent sur terre et qui persistent à croire en l’existence de lendemains qui chantent (en l’existence de lendemains plus enchanteurs)…

Et nous – à l’écart – dans cette marge délaissée – sans espoir – sans héritier – très attentif à nos gestes et à notre besogne – à nos pas et à nos pages – à nos paroles consignées dans la solitude – comme les rêves et les étoiles – comme chaque songe et chaque soleil – destinés, peut-être – un jour, à faire office de repère – de borne – de doigt pointé vers l’Absolu ; notre seule espérance – très présomptueuse – bien sûr…

 

 

Dans les fossés de l’histoire – là où naissent les véritables révolutions – discrètes – presque invisibles – infiniment solitaires – intérieures – qui emportent – et soulèvent, avec elles, le monde – les choses et les visages – tous les règnes – toutes les règles et toutes les lois en vigueur…

Une légère inclinaison du regard – les paupières (très) largement ouvertes – le cœur juste derrière les lèvres – juste sous la peau – battant à tout rompre – cherchant un espace – mille autres perspectives que celle que nous lui avons imposée – une sorte d’assise réelle – une envergure – mille frissons – la vérité – l’intensité et la profondeur nécessaires – dans chaque geste – à chaque respiration – dans chaque ligne de notre long (très long) poème…

Notre bouche et tous les horizons embrassés par la lumière ; toutes les choses – accueillies – et aimées – d’une égale façon…

 

*

 

La tête contre le ciel – les pieds en bas – à patauger dans la fange – et l’âme dans la crasse amassée – déposée là, par poignées minuscules, à chaque geste d’inattention…

Guère étonné de faire fuir l’Amour – d’écarter la possibilité du silence ; le visage de Dieu devenu bien trop hideux…

Le destin de l’homme – au cœur du monde – au cœur du vivant – comme un rêve qui tenterait d’affronter la mort à mains nues…

Plus martyr(s) qu’apôtre(s) – il va sans dire…

 

 

Tous les lieux du séjour – envolés – partis en fumée…

La défaite journalière – perpétuelle…

Des chants solitaires et sans espoir…

Et ces hanches endiablées – sans personne – comme une très vieille habitude qui se perpétue, aujourd’hui, sans plaisir – sans la nécessité d’un héritier…

Tant de choses incomprises ou passées sous silence – impartageables – impartagées…

Cette marche vaine – cette existence passée à arpenter – en long et en large – ces rives sans réponse – ces terres tristes peuplées de fantômes et d’illusions…

La route déserte – de plus en plus – à mesure que l’on avance…

Et l’oubli qui se creuse – qui devient central – l’axe essentiel – comme une porte vers la liberté – dont on passe le seuil – sans savoir si l’on en réchappera – sans savoir si l’on restera prisonnier de cette audace un peu folle – si l’on passera le restant de ses jours enchaîné aux souvenirs – plongé dans le gouffre sans fond de la mémoire…

Des larmes pour personne – à présent ; une tristesse comme pour elle-même et compatir, sans doute, à la douleur de ce qui nous habite – de ce qui nous entoure…

Et la joie – ce que nous abritons – étouffant – abandonnés sous des amas d’idées – d’images – de croyances – de demi-vérités ; tous les reliquats d’avant – du monde – dont nous ne parvenons à nous défaire ; un seul geste – un simple baiser – pourtant – suffirait à balayer ce superflu et rendre notre vie (bien) plus légère…

 

 

Le jour frôlé par les tempes obstinées…

Des traces dans la neige – l’invisible – que l’on suit – pas à pas – trop fidèlement sans doute…

Plongé(s) dans un acharnement qui finit par ressembler au sommeil…

Trop peu de doutes et de liberté pour s’effacer – devenir suffisamment vide(s) – demeurer attentif(s) – à l’écart de tout projet – de tout programme – réellement disposé(s) à accueillir le monde et la lumière…

 

 

De l’or – du feu – des fleurs – notre lot de misères et de caresses – quelques forces engrangées pour engager l’âme et l’encre – les pas sur le chemin – les lignes sur la page – la possibilité prometteuse d’une chair et d’un esprit éveillés – bien davantage qu’un vertige…

Un œil qui flotte dans l’air – sans emprise – avec ce qu’il faut d’ombre accrochée à la poupe – dans le sillage de notre dérisoire passage…

 

 

Des ailes blanches nées de notre désir d’envol – cet élan offert par les Dieux…

Libéré(s) des jougs ordinaires…

L’âme bavarde qui s’entortillait autrefois – devenue muette – presque immobile – portée par les courants naturels jusqu’au dernier cercle – le lieu-frontière entre l’air et la terre – entre l’immensité et nos racines terrestres…

Du songe au ciel – un long passage façonné – et rendu possible – par l’effacement et l’oubli…

 

 

Le cœur tremblant – au-dessus des tombes et des vivants – au-dessus des pentes et des gouffres qui encerclent le feu et retardent l’inévitable retour vers la source – ce voyage d’ordinaire si difficile – si souvent douloureux – qui allège nos ombres et notre charge – au cours duquel chaque souffle et chaque goutte de sang sont, peu à peu, remplacés (à notre insu) par la nécessité – le vide et la lumière…

 

*

 

Un silence sans mensonge – sans romance – aussi abrupt que le vide – de la même nature ; la parentèle de l’invisible…

L’ineffable parfaitement décliné – peut-être…

 

 

Obstiné jusqu’au dévoilement des profondeurs – jusqu’à recouvrer sa (pleine) liberté – sans filtre – plongé dans les excès – comme les bêtes – comme les hommes – comme les Dieux – comme tous les ignorants – comme tous ceux qui s’imaginent faibles – fragiles – mortels – et qui devinent qu’il existe, en eux – quelque part, une chose indéfinissable qui échappe au temps et aux assauts du monde – une part affranchie de tous les attributs terrestres – de toutes les caractéristiques que nous connaissons ici-bas…

 

 

Plongé au cœur de l’Amour – comme une fleur dans la terre – vouée à s’épanouir – à laisser la lumière la nourrir – l’éclairer – l’embellir…

 

 

Dieu – reconstitué en argile d’après l’image première – d’un seul souffle – d’un seul trait…

L’univers et l’horizon – la multitude – le dehors et le dedans – façonnés par la même main – d’un seul tenant…

Et toute la poésie du mystère – enlacé avec le reste – dissimulé au cœur du plus intime…

 

 

Là – dans le saisissement des mots – fragile – incroyablement provisoire – à travers la langue – le rêve – la vérité affranchie – comme un chant – le vide déguisé en circonstances…

A travers la fable – le plus bel âge de l’enfance – sans peur – sans larme – armée innocemment pour affronter le monde – pour regarder le jour…

Le plus élémentaire reflet de la lumière…

 

 

Trop de fables et de peurs dans nos vies…

L’absence si bien célébrée ; et chaque jour qui relègue l’enfance au passé – ce qui entrave la marche et obstrue le chemin…

Et l’œil qui se tient près de la source et qui devient, peu à peu (et comme par magie), regard ; la seule possibilité pour échapper à la tristesse – au sort commun…

 

 

A travers la fenêtre – les yeux – ce qui nous traverse – ce qui passe ; la vie – le monde – le temps – tous les contenus possibles – tous les contenus imaginables – mais qui donc s’interroge (réellement) sur le contenant – sur cette énigme du contenant – serait-ce l’espace vivant – l’attention – la présence – la conscience – qui sait ? – qui peut savoir ? – serait-ce cette aire sensible au sein de laquelle tout se déroule – au sein de laquelle tout a lieu – au sein de laquelle tout naît et tout prend fin – serait-ce l’infini perceptif qui accueille les perpétuelles transformations du monde – de la matière – de l’énergie ; la même chose exprimée de différentes façons…

Et nous – qui ne faisons que passer ; et – en nous – ce qui regarde – immobile ; ce que nous avons l’air d’être et ce à quoi nous avons accès…

 

 

Sur l’échafaud du temps – les jambes tremblantes – l’âme inquiète – le destin qui se glisse à travers les gestes et les pas – les circonstances et les rencontres (des plus essentielles aux plus anodines)…

La peur qui vient d’en bas – de la terre – de très loin – le doigt pointé vers le monde – les Autres – l’horizon – l’avenir supposé…

Les yeux qui cherchent un refuge – une île – un point d’appui – un tertre minuscule où l’on pourrait se tenir debout – continuer à vivre comme autrefois – comme toujours peut-être (imaginent les plus naïfs) – dans notre perception si étroite – si limitée…

Un autre monde – un autre trou – un autre chemin – de quoi durer encore un peu – qu’importe ce que l’on trouve pourvu que cela nous aide à ajourner l’angoisse et la nuit – pourvu que cela nous aide à reléguer la mort à un jour lointain…

 

*

 

Vacillant(s) – entre deux mondes – deux perspectives – deux figures – le noir et la poussière…

La lumière (bien sûr) est ailleurs – inhabitée…

 

 

Si épaisse – notre nuit – la porte – ce qui nous sépare…

Le monde comme infortune…

La force de se tourner vers les apparences…

Une réflexion initiée dans l’obscurité (et qui résiste très mal à la lumière – à la moindre clarté)…

Et plus que tout – le même clou – constamment enfoncé dans le doute – cet interstice, entre nos certitudes, devenu, peu à peu, béance ; la chair crucifiée sur le bois et la matière sanglante plantée dans l’invisible – support de ce qui naît – de ce qui passe – de ce qui disparaît…

Avec sur le visage – cette souffrance si familière…

 

 

Parfois – le battement des paupières ; l’œil comme un papillon maladroit – collé à la chair – épuisé après tant d’élans et de tentatives – harassé par ses vols illusoires – à essayer de vivre comme s’il était libre et léger – affranchi de la terre et de la gravité…

 

 

Nous – débris – exténué(s) par le temps – au milieu des odeurs âcres – et nauséeuses – du sang et de la faim…

Et toutes ces ruines – ces tombes – ces dépouilles – qui nous entourent – comme un rappel incessant de la défaite – du provisoire – de la précarité – de la chute inéluctable…

Rien que du noir – du rêve – du vent – des élans – toutes nos vaines (et pitoyables) tentatives ; puis, un jour, le corps qui s’affaisse (à son tour) – la main qui tombe – avec le reste ; la fin, à nouveau, qui arrive – qui se précise – la vie passée – la vie qui passe – la mort encore – après on ne sait pas – après on n’en sait rien – on s’imagine – on échafaude – on essaie de deviner – on invente – seulement – la tête appuyée sur toutes ses croyances ; l’esprit toujours avide – toujours friand – des (pauvres) histoires qu’il se raconte…

 

 

Cette lumière d’autrefois qui affranchissait de la faim – de la soif – qui réchauffait le monde et la poitrine – qui éclairait l’esprit et l’immobilité – a, peu à peu, revêtu le déguisement (funeste) des ténèbres…

De la monotonie – peut-être – à l’extrême précarité…

Les fenêtres condamnées et les âmes labiles…

Le manque et l’indigence jusqu’au dernier souffle – à présent…

 

 

Peu de densité – presque aucune consistance ; l’existence et la psyché des hommes – en état de flottement – comme entre deux eaux – la torpeur les yeux grands ouverts – toutes les forces et le peu d’attention – à la manière d’un désir instinctuel – engagées dans l’élan immédiat – puissant ou fragile – incroyablement changeant et fantasque – passant d’un appétit (ou d’une envie) à l’autre…

Comme des pierres qui dévalent – en rêve – la pente où on les a posées ; un mouvement aveugle – univoque – que rien (presque rien) ne peut arrêter ou détourner sinon, peut-être, une oscillation ou un caprice intérieurs…

Des vies d’écume et de vent – des têtes absentes – des âmes perdues – ce que nous sommes – ce que l’on offre au monde – ce qu’on lègue à ceux qui nous suivent…

Et en matière d’humanité – (à peu près) rien d’autre ; et il serait vain d’espérer davantage…

 

 

Le visage fermé – le cœur glacé – glaçant – la tête ailleurs – le front cadenassé – la peau et les postures bleuies par le froid – l’insensibilité des gestes – la mécanicité des pas – la nuit qui a tout recouvert – de bas en haut – de haut en bas – sans rien épargner – sans rien oublier ; le sommeil – la course et le dédain ; ce qui nous condamne à la fréquentation (perpétuelle) des marges – à l’exil quasi permanent – à vivre loin du monde – loin des hommes – loin des Autres – au plus près de soi – là où le ciel a commencé à s’ouvrir…

 

*

 

Quelques signes encore – des ondes – une fuite – un envol (possible) – notre traversée des terres sauvages – le retour au pays natal…

Au fil des jours – au fil des pas – le même ciel au-dessus des berges changeantes – soumises aux hommes et aux saisons…

Dans les yeux – cet éclat – comme un minuscule soleil – ce qui nous a été octroyé – la main ouverte – sans rien implorer – sans la moindre supplication – franche et naturelle – sans un seul geste mensonger pour attendrir ou apitoyer – belle (si belle) – à vrai dire – dans son authenticité…

Pas une seule parole – mais de la lumière…

La vie et l’Amour inouï…

 

 

Le pas solitaire – la prière pour d’Autres ; des années d’errance et d’incertitude ; mille choses pensées – imaginées – tentées – réalisées – plongés (comme nous le sommes) dans l’ignorance de la destination – du déroulement du voyage – du visage de Dieu ; si nous les connaissions (ou avions même la moindre idée de ce qu’ils sont), il va sans dire que nous resterions immobiles et silencieux – à notre place…

 

 

Ce qui œuvre – à travers nous – quelque chose dont on sent, parfois, le poids et, d’autres fois, la présence joyeuse ; le Divin – en nous – exilé – comme enfermé dans nos (lamentables) gesticulations – dans nos (tristes) tribulations de pantin enchaîné…

Et pour le plus grand malheur de tous – le même verdict depuis des siècles – depuis des millénaires – depuis la naissance du monde – sans doute ; inséparables – indissociables – condamnés à vivre – à essayer de vivre – ensemble – avant d’être capables de se rejoindre de temps en temps – puis, de se séparer – à nouveau – encore et encore – comme à chaque fois – comme pour la première fois – hostiles et étrangers l’un à l’autre – les uns aux autres – comme un jeu que rien – ni le temps – ni la mort – ne peut arrêter…

 

 

Le regard posé au-dessus des remparts – sur l’horizon – cette infranchissable frontière…

Dans notre enclos – à attendre – à peaufiner la décoration – à agrémenter le temps de l’ennui – à occuper les jours – le vide – le silence – pour échapper à l’inévitable face à face…

 

 

Si près de l’enfance – de la haute lucarne qui précéda l’opacification et l’épaississement de nos attributs perceptifs qui nous plongèrent dans la nuit noire et assiégée – hors du cercle des voyages – excluant toute possibilité de retour vers l’origine…

En exil – hors de nous-même(s) – en quelque sorte…

 

 

Agenouillé – la tête contre le sol – au cœur des ruines – des vestiges des civilisations barbares – l’ancien monde (si l’on peut dire) – si vivace encore aujourd’hui – si enclin à se renouveler – à se réinventer – inusable – presque éternel à en juger par la durée de son règne…

Nous-même(s) – entre les murs reconstitués – aussi vieux que l’univers – aussi rusé(s) que ceux qui réussirent à survivre à toutes les fins du monde – à tous les anéantissements…

 

 

L’âme plongée dans l’humus – l’air humide des forêts – sur son lit de feuilles – comme la main qui s’active à sa besogne – dans un rythme égal et quotidien – sans royaume – sans traîne – sans couronne – auréolé de silence et de joie – en pleine solitude – entre le ciel – l’immensité – et la terre – aussi loin des foules que possible – dans les interstices (minuscules) du monde – coincé entre les frontières inventées et les limites humaines – à la lisière des possibles…

Homme – s’il en est – à égale distance entre Dieu et les bêtes…

 

*

 

Dans la naissance du cri – cette vérité – l’innommable – ce qu’aucun langage ne pourrait traduire – le son brut et archaïque des entrailles – la matière souffrante et ce qu’elle exprime – ce qu’elle révèle – ce qu’elle voudrait nous faire entendre (et nous faire comprendre – sans doute) – comme un jaillissement puissant – terrible – comme une déflagration née des tréfonds de la chair…

 

 

La souffrance qui foudroie – comme frappe – et cingle – le vent…

Le bivouac précaire – à peine un camp sommaire – (délibérément) provisoire – quelques nuits tout au plus…

Le chemin des ténèbres et le chemin de la lumière – et nos pas – et notre esprit – qui s’emmêlent – qui courent dans toutes les directions à la fois…

Chaque jour – sa ration de gestes et de nécessités – quelques foulées – quelques lignes – un peu de silence – en attendant l’aube prochaine…

 

 

Tout s’éloigne – à portée de main pourtant – l’esprit comme un sac où s’entassent des bouts du monde – dans lequel on pioche selon ses goûts et sa faim…

Aujourd’hui – le vide a presque entièrement remplacé la besace ; les paumes sont sages – et ouvertes ; rien n’a disparu – rien n’est nécessaire ; avec le reste – le désir et l’appétit s’en sont allés…

 

 

Tous ceux que l’on exploite – que l’on ampute – que l’on assassine – pour notre usage – notre (détestable) agrément…

Un peuple d’inconscients et de meurtriers ; partout – le règne de l’absence…

Les mains aussi rouges que l’âme est triste et noire – les ombres pesantes – comme une enfance inattentive et capricieuse que (presque) tous nos gestes perpétuent…

L’altitude – une simple espérance ; pour l’heure – nous vivons (et c’est peu dire) au ras du sol…

 

 

Inconsolables – nous – les jouets du temps – lorsque arrive la mort…

Tout passe – bien sûr – nous le savons…

Seule demeure l’absence ; le vide – en nous – autour de nous – qui se renforce – qui se perpétue…

Au milieu des larmes – de l’effroi – de l’incompréhension – d’abord – avant que naissent le sourire et la joie – l’acquiescement tranquille à l’évidence…

 

 

Des désirs et des horizons qui se suivent…

Des ambitions et des lieux qui s’imposent…

Des visages – des tas de visages – sur le chemin – des croisements – quelques caresses parfois – jamais de (réelle) rencontre – des mains et des cœurs qui s’attachent – seulement…

Des choses que l’on amasse – des idées et des souvenirs que l’on assemble – (très) laborieusement…

La grande aventure des circonstances – des lieux que l’on aménage – que l’on décore – comme si le séjour allait durer…

Des vies d’ombre et de seuils (presque) jamais franchis – réduites au périmètre autorisé – au territoire que l’on nous a octroyé…

 

 

L’attente d’une aube – entrevue en rêve – réelle – profonde – sans dérobade possible…

A la place de toutes les choses du monde – pour porter aux lèvres un peu de lumière – un peu de joie – goûter l’essence pour la première fois – tout devenir plutôt que cette main tendue dans le vide – inerte – pétrifiée dans sa quête – dans sa (pauvre) mendicité…

Consentir au jour – à la seule issue envisageable – le visage si près du ciel – l’âme debout parmi les fleurs ; à notre place – peut-être – enfin…

 

*

 

Ce qui pourrait nous troubler – nous briser – avant l’éternité…

Qu’il faut donc de souffle et de patience pour savoir attendre…

Au pays de la douleur – le feu – le vent et l’immensité comme seuls appuis…

L’oubli du monde – des hommes – des circonstances…

La plainte portée si haut qu’elle devient notre seul étendard – l’unique chose que nous tenons entre nos mains – devant Dieu – avec, sur les joues, des larmes intarissables…

 

 

Un pas vers l’écart – vers l’intime – le lointain – une manière de marcher et d’habiter le monde…

La clarté devant soi prise pour un soleil – la lumière des Autres…

Sans miroir – la parole offerte…

Comme au cœur du désert – le silence…

Solitaire – sans personne à blâmer – sans territoire à conquérir – l’effacement plutôt – pas même une ambition – une simple perspective – une simple nécessité ; ce qui s’impose – en vérité…

En deçà et au-delà – à réunir – et dont il faudrait retrouver le centre – et construire – inventer – peut-être – l’intersection – un périmètre sans frontière – sans limite – Dieu sans le défi du monde et le monde sans le pari de Dieu ; quelque chose – un regard – un sourire – une tendresse peut-être – que l’on habiterait et que l’on pourrait poser au-dehors et au-dedans – qui serait – qui pourrait être – tout et rien à la fois – sans équivoque – sans arrière-pensée – sans jeu de pouvoir ; une manière de tout réunir – de tout assembler – en désordre – et d’aimer, d’une égale façon, l’harmonie et le chaos…

Ne rien meurtrir – n’outrager personne – aimer et accueillir – sans jamais se limiter aux apparences ; vivre – au-delà des règles – au-delà des lois – toutes les formes – tous les états – toutes les identités ; ne rien empêcher – ne rien interdire – accepter d’être ce qui vient – de servir ce qui s’impose – ainsi, peut-être, serons-nous capable(s), un jour, de devenir ce que nous sommes – réellement…

 

 

Le cœur collé au monde – si tendre sous la mitraille ; le bleu dévoyé par le noir – le rouge – le poids de l’or – l’esprit querelleur des peuples – la bêtise (presque incurable) des foules…

Le ciel nu – au-dessus – silencieux – qui acquiesce au cours (inévitable) des choses – comme la plus efficiente manière d’être présent – en laissant arriver ce qui doit arriver – trop souvent, le seul chemin pour comprendre ce qu’il faut comprendre et transformer l’ignorance et la barbarie en sensibilité et en lumière…

 

 

Le visage affublé d’un rictus inutile – qui s’impose néanmoins comme une résistance – un rejet de la stupidité et de la violence – reflet d’une impuissance mal vécue ; comme à chaque fois – presque à chaque geste – presque à chaque parole – touché en plein cœur par les flèches – toutes les flèches – décochées par le monde – la foule des dominants et des normopathes – sur tous les solitaires – les sans défense – les atypiques – tous ceux qui habitent les marges – qui vivent hors des cercles artificiels inventés pour se croire identique à tous les Autres…

Quel sombre chemin – quel sombre destin…

Le corps – le cœur – l’esprit – déformés par la douleur – contraints de vivre parmi leurs bourreaux – de se soumettre aux puissances d’instrumentalisation – d’irrespect et de destruction – de côtoyer la prétention et la médiocrité – de subir l’ignorance et l’intolérable proximité des hommes – nos pairs apparents alors que notre âme se sent infiniment plus proche des pierres – des arbres – des bêtes – du vent – des rivières et des Dieux…

 

*

 

Dans ce long virage – l’absence – les chutes successives – l’incertitude permanente – les yeux face à l’inconnu…

Dans l’âme – cet élan naturel vers la vérité – la simplicité – la tendresse et la lumière…

L’incompréhension de l’inconscience et de la cruauté…

Les mains sur les yeux – le cœur dur – comme s’il ne fallait rien regarder – comme si le monde était un champ de bataille intransformable et désespérant…

La vie comme une illusion – un orage permanent – quelque chose d’indomptable ; un vent froid auquel il faudrait se soumettre…

 

 

Rien ne sert d’explorer l’écume ; il n’y a que dans les profondeurs que se vivent les véritables aventures ; et ce qui, en nous, éclot – et grandit – sans même que nous nous en apercevions…

 

 

Un infime rectangle – une minuscule portion de l’étendue…

Rien d’important – un peu d’Amour – un brin de poésie – quelques couleurs contre l’angoisse – contre la mort et la nuit…

Rien d’important certes – mais ce qui importe – l’essentiel même peut-être car, sans doute, n’avons-nous que cela…

 

 

Un peu de joie contre le chagrin et la mort…

Un peu de lumière contre l’inertie et les tourments…

Et toute notre tendresse arc-boutée contre le ciel noir – sans violence – sans la moindre volonté – présente seulement comme un soleil innocent posé contre la glace – une proximité salvatrice pour le cœur et la chair – une manière, peut-être, de faire fondre ce qui n’existe pas (réellement) ; un état – à peine – pour un autre – ni meilleur – ni moins bon – simplement plus confortable pour le vivant…

 

 

Toujours de fausses valédictions – certes honnêtes et émues – mais si ignorantes encore…

L’opacité et les œillères qui voilent la lumière – la possibilité d’une autre couleur – d’une terre moins triste – moins funeste – moins lointaine…

Ce que nous célébrons de notre vivant – une forme très relative d’Absolu…

Ensemble – dans la solitude – une vague espérance d’éternité…

 

 

Des signes irréels pour compenser l’angoisse et la terre si limitée – comme un monde par-dessus le monde – une autre sphère sur celle qui nous a toujours laissé sans voix – qui nous a toujours paru inintelligible ; une façon (pourtant) d’appréhender ce qui paraît si tangible de la plus abstraite manière ; la preuve, sans doute, d’une connivence entre l’invisible et la matière…

 

 

Dieu – comme un feu sur notre soif – une brûlure sur nos lèvres trop bavardes…

L’âme éclairée – comme le monde et le rêve – leur nature révélée…

Et dans nos mains – le vide par-dessus la poussière…

Et dans nos gestes – l’accord et la voix – ce qui danse à l’air libre…

Peu à peu – l’infini et l’intimité – ensemble – merveilleusement vivants…

 

 

A l’origine du monde – la gravité des étoiles ; le vide tombé de lui-même – ne sachant comment se rejoindre – et nous déléguant – nous abandonnant (un peu lâchement) cette tâche sans tenir compte de nos faiblesses – de nos inaptitudes – de nos limitations…

Et cette longue route – et cet interminable voyage – comme une besogne sans fin que, chaque jour, il (nous) faut reprendre…

 

*

 

Rien pour éviter la chute – l’effondrement…

Doit tomber ce qui, un jour, a été érigé…

Doit s’éparpiller ce qui, un jour, a été assemblé…

L’usure – le vent – la gravité…

Et jamais trop de lumière à nos fenêtres…

Et jamais le cœur trop sensible…

Et tout ce que nous devons brûler pour accéder à un autre monde – à une autre perspective…

 

 

Des oiseaux plein la tête – sous la voûte…

Des chants qui égayent la vie sur les pierres noires…

Rien que des cendres et des rêves avant que le doigt ne désigne l’œuvre du feu – la besogne nécessaire à l’émergence de la joie…

Ni plainte – ni recommandation…

Le jour – en un seul mot…

Dieu et notre présence – identiques de la naissance à la mort – durant cette (quasi) parenthèse du temps ; à peine – un voyage – bien plus sédentaire que nomade ; une sorte de séjour – le plus souvent – sans miracle – entre la douleur et le sommeil…

 

 

En ce monde – l’aube inutile – perçue comme un empêchement – une pauvreté – quelque chose de trop aérien – de trop peu réel – pour ce monde qui encense (presque exclusivement) le rêve et la terre…

La nuit – toujours – au détriment de la lumière…

Nous – dans l’ombre – sous un soleil très lointain – étranger – sans regret tant les songes nous accaparent – tant les malheurs du monde nous indifférent – tout entier(s) occupé(s) à notre tâche – à nos soucis – à nos gesticulations…

L’impossibilité du miracle inscrite dans la semence et le sang – l’esprit trop lacunaire – trop (beaucoup trop) de psyché – d’embarras et de tourments – si insensible(s) encore – et toutes ces frayeurs dont nul ne sait que faire…

Des existences bien trop terrestres pour espérer une humanité aux yeux ouverts…

 

 

Lieu sans fin – comme ce voyage – cette fuite – ce retour inéluctable vers la lumière ; la suite permanente du dernier jour – mille déchirures à recoudre – mille plaies à soigner – mille brûlures à panser…

Mille gestes – mille choses à faire – pour réparer ce que nous avons patiemment dévasté ; frotter les taches – apaiser les cœurs – consoler les âmes – guérir les corps – apprivoiser les tourments et les malheurs ; chaque jour – remettre sa besogne sur le métier – apprendre à voir – à rire – à vivre – à remplacer la peur par un peu de joie ; se rapprocher, peu à peu, de cet Amour grandiose…

En deçà et au-delà (bien en deçà et bien au-delà) des convenances – la tendresse et la fraternité que nous n’avons – pour l’heure – connues qu’en espérance…

 

 

Un matin de joie – au bord de la source – près des pierres baignées par l’eau de la rivière – les pieds plongés dans le courant – le front à l’air libre – et l’âme, au-dedans, tremblante – frémissante…

La parole naissante – à l’ombre des feuillages – qui se dépose sur la page – comme un peu de craie sur la roche ; le jaillissement tranquille des mots – jamais de souvenirs – jamais d’inventions – ou alors involontaires – dictés par je ne sais quel visage du silence – un peu nostalgique peut-être – un peu trop ambitieux sans doute – rien que des choses glanées dans le sillon imperturbable des jours – du temps qui passe – de l’expérience intimement vécue – hors des griffes du monde – et qui savent échapper à l’avidité des créatures ; un peu de lumière, parfois déguisée en ombre – jetée presque au hasard par les mains habiles – par les mains précises – d’un ciel ardent – exalté – impassible…

 

*

 

Des cercles – une infinité de cercles – distincts en apparence – identiques dans leur nécessité de frontière – si semblables dans leurs règles et leur contenu…

Et, au-dessus, Dieu qui se moque en riant – tantôt tendrement – tantôt férocement – de tous les encerclés – qui s’amuse à brouiller les pistes et les confins – qui emmêle les périmètres et les voix – qui invite vigoureusement au mélange – à déverrouiller toutes les circonférences – à faciliter toutes les intersections et tous les passages…

Un appel vibrant à la multitude et à la diversité – dès le premier geste – dès le souffle inaugural…

 

 

Sans contour – les ombres – entre elles…

Des larmes à la place des étoiles…

Des jours sans vigueur…

Des crépuscules rougeoyants qui se succèdent sans hasard…

Du sommeil – en quantité – jamais salvateur – jamais revigorant ; chaque matin – comme des couches de torpeur supplémentaires…

La croissance du mal – l’intensification de l’ignorance…

Le soc – le glaive – l’hostilité…

Des territoires – des bêtes – des Autres – éventrés…

Qu’importe la mort pourvu que brillent les couronnes…

Qu’importe le sang et les massacres pourvu que la terre nous appartienne…

Qu’importe les fleurs pourvu que nos poches regorgent d’or et d’argent…

Qu’importe le monde et le ciel pourvu que nous vivions comme des rois – comme des Dieux…

Le vrai visage des hommes (on peut le craindre)…

 

 

Des courbes entre nos mains – des lignes – des pages parfois – le soleil dans ses hauteurs…

Et nous autres – trop honnêtes et trop humbles – pour nous accorder un peu d’altitude – la moindre faveur…

L’âme dans ses fulgurances – le rire et la joie lorsqu’il s’agit de partager le livre et le pain…

L’offrande au monde et l’offrande aux Dieux ; notre seule véritable besogne – ici-bas…

 

 

Ce que ni le monde – ni le temps – ne peut dérober – l’être-vide qui, peu à peu, se retrouve – se reconstitue – en se défaisant de ses voiles – de ses embarras – de ses empêchements – pour recouvrer sa parfaite intégrité et cette (si précieuse) intimité avec les choses – celles que réclament Dieu et l’existence – pour vivre pleinement – sans la moindre distance – sans la moindre réserve – sans la moindre retenue…

Parfaitement présent(s) – totalement affranchi(s)…

 

 

Par poignées entières – ces cris jetés à la face des Autres – la souffrance – l’offense – l’humiliation – séduit(s) – rejeté(s) – malmené(s) par la danse sauvage (et permanente) des alliances et des trahisons…

Les désillusions – l’éradication des croyances – l’effondrement de toutes les certitudes ; nos plus précieux apprentissages…

 

 

L’évidence de la lumière dans les yeux vides et confiants…

Une route – comme toutes les routes – où l’on finit par se perdre ou par se lasser des choses et des visages qui nous accompagnent – sur laquelle on enchaîne les pas de manière mécanique – sans plus savoir pour quoi l’on continue de marcher…

Le monde – comme une pente – une illusion supplémentaire – quelque chose qu’il faudrait creuser jusqu’à l’essence – comme l’existence – comme ce que les hommes appellent Dieu et l’âme – comme ce que nous sommes et ce que nous portons…

La solitude – l’une des seules certitudes – sans doute…

Rien que le désert ; et l’esprit – en soi – qui sonde – qui jauge – qui regarde ; le corps qui goûte – qui souffre – qui jouit ; et le cœur, bien sûr, qui éprouve – qui s’engage – qui s’aventure…

Le regard et la sensibilité qui s’aiguisent et se déploient – les signes – la preuve – que nous existons à la fois comme voyageur et hors de tous les cercles dédiés aux mouvements…

 

*

 

Le cœur, parfois, évidé par le rêve et, d’autres fois, par l’Amour – la place vacante, tantôt par le refus de ce qui est vécu – l’aspiration à l’ailleurs – tantôt pour accueillir (pleinement) ce qui vient…

Deux causes – deux mouvements – une seule direction…

La vie qui passe – en un (si bref) éclair…

Ce qui prépare au ciel et ce qui prépare au sommeil…

 

 

Un peu de fatigue avant la mort – le repos et l’arrachement – moins, sans doute, que la continuité du voyage…

Ce périple sans fin – comme un permanent va-et-vient entre l’origine et son déploiement – ses détours – quelques circonvolutions entre le centre et ses périphéries ; la sempiternelle histoire du rapprochement et de l’éloignement – comme assujetti(s) à un mouvement perpétuel…

 

 

Les aventures de la chair et du nom – de vie en vie – à travers toutes les morts – jusqu’à l’effacement (cyclique et provisoire)…

Identifié(s) à notre façon de nous tenir debout – à notre manière de marcher – de traverser le monde – de faire face aux circonstances…

Seul et sans vanité – conscient de notre inimportance – prêt à devenir ce qui s’imposera – naturellement à l’écoute ; engagé (malgré soi) dans cette perspective où la tête pèse de moins en moins par rapport au reste – une infime parcelle d’espace au cœur de l’immensité…

Notre (seule) aspiration humaine ; l’expérience permanente de l’Absolu ; et son jeu – et notre ressenti – intermittents – entre intensité et absence – entre intimité et indifférence – entre joie et désespérance ; sur le fil – toujours – qui relie tous les extrêmes – dans cette marche – dans cette oscillation perpétuelle ; sans cesse actionné(s) par le monde – les circonstances – l’invisible…

 

 

La tête redressée qui émerge des feuilles – sourire aux lèvres – riche de tous les secrets découverts lors de la fouille…

La vraie couleur du monde derrière les yeux…

Le cœur clair et calme – qui sème, dans son sillage, quelques cailloux…

Sans fièvre – sans appui – sans héritier – libre des pentes – des Autres – des inclinaisons…

Quelque chose – en soi – du franchissement…

Enclin à révéler le trésor dispersé dans l’âme des vivants…

Notre besogne ; quelques tourbillons – à peine – à la surface de l’océan…

 

 

A l’abri des Autres – des assauts – des coups de force – derrière ses remparts – l’âme au cœur de sa fragilité consentie – et assumée – conçue néanmoins pour le voyage et l’aventure – confinée par la crainte du monde – encerclée par les menaces et les dangers – contrainte de défaire ses propres nœuds pour goûter le ciel – la terre – le vent et l’immensité – ce qu’offre la liberté lorsque l’on a compris que le seul piège – et les seuls obstacles – sont ceux que nous avons créés ou inventés au-dedans…

L’horizon vertical après avoir osé passer la tête à l’extérieur – l’espace évidé sous le front – comme réinitialisé par la déconstruction et l’effacement…

La marche dans le sens du courant – à visage découvert – sans personne – sans appui – sans bâton…

 

 

Partout – à travers la lumière – ce qui nous ressemble…

La visite des uns et des autres ; mille rencontres possibles – mille effacements – mille oublis ; ce qui invite à participer à toutes les danses…

La nudité et la transparence – de moins en moins étrangères…

 

*

 

Au milieu des ombres tenaces – pénétré par le vide – à la manière d’un rayon de lumière – comme un jaillissement intérieur ; la preuve d’un soleil doué d’ubiquité…

Ici – au cœur du silence – offert à toutes les faces de l’invisible…

L’oubli des images et de toutes les dilapidations…

Sans guide – sans prétention – comme une feuille sur laquelle tout peut être écrit – donné – repris – raturé – effacé – sans le moindre dommage – sans le moindre regret…

L’annonce de la fin du temps – comme la chute (interminable) d’une pierre dans un abîme sans fond ; l’éviction d’un fardeau – de mille souvenirs – de mille promesses – inutiles…

L’honnêteté absolue de la marche et de la perspective alliée à la rectitude incorruptible de l’âme…

 

 

La chair tendre – les bras accueillants…

Tout contre soi – la flamme et le chemin – le souffle et le ciel – notre pas et notre respiration – la vérité passagère et sans formule – momentanément éprouvée ; le geste et le jour – sans la nécessité du langage…

La quiétude – au milieu du chaos – au cœur du noir – plongé(s) dans la poussière – au ras du sol…

 

 

Un espace sans ascendance – voué à tout déléguer – propice à toutes les extensions – à toutes les expressions – à toutes les explorations – et qui invite toutes les têtes à retrouver leur origine et leur parentèle ; sans doute, la seule (véritable) ambition – sans doute, la seule (véritable) besogne – sans doute, la seule (véritable) finalité – de l’existence et du monde…

 

 

Fleurs et flèches – sous la neige – avant l’effondrement…

Le regard glissé par-dessous la nuit pour dévisager le sommeil des vivants…

A pas comptés – jusqu’à la somme des blessures – jusqu’à la somme des dissimulations – impatient (très impatient – pourtant) de découvrir, derrière l’affreux décor terrestre fabriqué par les hommes, la beauté naturelle du monde – la beauté naturelle des choses…

 

 

Cette voix – portée discrètement – par l’encre noire – comme pour souligner – sur cette terre froide – en ce monde si insensible – la possibilité d’une tendresse – la présence d’un espace moins obscur que le reste…

Le ciel franchi – à genoux – sur le sol – le front baissé – l’âme humble – docile – obéissante – et redressée au-dedans – nu des pieds à la tête ; il n’y a, sans doute, d’autre manière…

 

 

Le feu au fond qui tient notre cœur au chaud ; le lent travail de Dieu et du silence – sur l’âme…

L’abandon progressif des horizons – la somme des pertes qui se précise…

Sous les yeux – l’air brûlant et la brume des jours…

Et notre joie – insoumise – démesurée…

 

 

Tout recule à notre approche ; et tout approche lorsque nous savons nous effacer…

L’esprit assurément affranchi des peines alors que le reste (tout le reste) baigne (plus ou moins profondément) dans les malheurs – la souffrance – les tourments…

Une vie humble – à l’air libre – qui ressemble à un regard sans exigence – au-dessus de la terre – le ciel (en partie) apprivoisé – au cœur des alternances (inévitables) – dans un monde imparfait où se succèdent les éclipses et les fulgurances…

Deux bras qui se tendent vers l’improbable…

L’Amour possible en dépit de l’absence…

Un geste – une tâche – sans doute, aussi vains que tous les autres…

 

 

A travers la houle – la colère ; à travers la clarté – un feu – pour résister à l’indifférence du monde…

Notre singularité – comme un cri inentendu pour essayer de lutter contre le règne magistral de l’interchangeabilité…

 

*

 

Ce qui nous tend la main – comme un ciel précisément déployé – ce que dissimulent (si souvent) tous les assemblages – ce que l’on délaisse (en général) – ce à quoi l’on ne prête guère attention – comme un air d’ailleurs – un parfum inconnu – qui nous inquiètent – qui nous effrayent – que l’on préfère ignorer…

Nos yeux qui regardent – capables de regarder – seulement après le seuil de l’angoisse – de la paresse – de l’épuisement – franchi…

 

 

La présence et le geste – la seule chose à faire– la seule œuvre à réaliser – en ce (bas) monde…

Devenir cette étendue animée qui sait se faire présente – en toutes circonstances – qui sait nous étreindre et nous embrasser – sans jamais nous retenir prisonnier(s)…

 

 

L’horizon – comme en suspens – dans le regard immobile – la vie qui grouille sur le sol – en nous – sous les pierres ; la lumière blanche – le jour lisse – légèrement favorable – l’âme sans ses vêtures d’usage – aussi dénudée que la neige et l’enfance – à la merci du silence – à la merci des imbéciles et de tous les affamés du monde…

Qu’ils se nourrissent donc de notre joie – tous ceux qui ignorent – tous ceux qui ont faim…

 

 

L’oreille – le plus près possible de l’écoute – les yeux, du regard et l’esprit, du silence – suffisamment nu(s) et effacé(s) – suffisamment attentif(s) – pour savoir se faire présence – le feu lové au creux de notre main en attente…

Au cœur du seul foyer possible – en ce monde fantomatique – sur ce sol froid – sur cette terre gorgée de sang – saturée de peines et de querelles ; la tête qui dépasse – à peine – d’un immense champ de fleurs et d’ossements – comme une île dérisoire entourée d’un vaste océan de larmes et d’espérance ; une vague protubérance – un peu de bruit – dans le vacarme et le néant…

 

 

Au fond du vide – au fond du monde – le même feu éternel – cette ardeur consubstantielle à l’origine…

La course des astres – la transformation des formes – au cœur de l’espace – précipités les uns contre les autres – éparpillés aux quatre coins de l’étendue – si impatients de retrouver le souffle premier – le geste inaugural – la matrice enfantante…

 

 

L’esprit accordé au vivant – dans le cadre du voyage – cette longue marche sur les routes – l’âme mille fois traversée par sa parentèle – ce qui la fit naître – autant que la matière…

A petits pas – nous rejoignons ce lieu qui nous creuse – qui nous agrandit – qui nous transforme, peu à peu, en canal ouvert – en outil de plus en plus conséquent et nécessaire…

Comme la parfaite extension de la conscience…

 

 

De territoire en territoire – aussi longtemps qu’on nous laissera vivant(s)…

Entre nous – le vide – l’invisible – ce qui nous entoure et ce que nous sommes aussi…

 

 

Diantre ! Que nous aimons la forêt désertée par les hommes – la belle solitude auprès de nos frères qui peuplent ce territoire – ses profondeurs – à écorce – à plumes – à poils – à carapace – qui participent, malgré eux, à la danse naturelle du monde – un peu cruelle – un peu sauvage – inévitable en ces contrées…

Et notre œil au cœur de la multitude – inconsolable – comme le reste du monde – en secret peut-être…

 

 

Au-dessus du blanc – l’immensité ; et la crispation en dessous – le rouge écarlate des visages rageurs et du sang qui coule à flots sur le sol peuplé de tombes – gorgé de vermines et de chair putréfiée ; des dents et des mains terrifiantes – des esprits avides – des ventres affamés – des amas de morts, de vivres et d’excréments…

Ici – plongé(s) au cœur du plus vieux jeu du monde – au-dehors comme au-dedans…

 

*

 

Coincé(s) au cœur du délire inventé par d’Autres – témoin(s) d’un spectacle – de mille spectacles – dans lesquels nous nous voyons jouer avec entrain – avec ferveur – avec conviction – comme s’il y avait là un enjeu vital – incompréhensible – (totalement) indéchiffrable – et un passage secret – mille passages secrets peut-être – vers ce que certains appellent, parfois, la vraie vie

De bout en bout – à travers toutes les failles de l’histoire – une longue série de possibles – d’inventions – d’accès à l’au-delà de la fable…

 

 

Au centre des cercles concentriques – momentanément éparpillés – pour ajouter au vide un peu de consistance et de confusion dans les esprits…

Rien de saisissable ; ni le rêve – ni le réel – presque les mêmes mythes – à quelques tourbillons près…

La vacuité – comme agitée et bouillonnante – débordant d’elle-même…

 

 

Un pas de côté pour s’affranchir des traces terrestres (inévitables) – si minuscules – si dérisoires – comparées à l’empreinte gigantesque des Dieux sur la terre…

D’incessants combats quelles que soient la nature et la dimension des existences et des visages…

Un peu de silence dans une parole dans un silence…

L’infini ainsi mis en abyme – partagé entre l’espace vivant et le langage poétique…

Indemne(s) à chaque transformation – à chaque étape du voyage – de l’invention – de la création fictionnelle – intensément théâtrale…

Des parures – de simples parures ; quelques masques et quelques déguisements…

Un spectacle – un périple – sans acteur – sans spectateur – sans danger (véritable) – sans nécessité de réussite ou de conquête – sans autre enjeu que lui-même (absolument dérisoire et sans conséquence) – où rien n’est engrangé – où rien n’est perdu (où rien ne peut être engrangé – où rien ne peut être perdu) ; de simples formes changeantes qui habillent provisoirement notre nudité originelle – et un dialogue permanent entre nous – malgré le règne et l’indiscutable souveraineté du silence…

Un peu de nuit dans le jour – un peu de jour dans la nuit ; le jeu permanent du mélange et de l’incertitude sur fond de lumière ou de néant – qui peut (réellement) savoir…

 

15 septembre 2021

Carnet n°266 Au jour le jour

Janvier 2021

Nous – ici – comme d’autres – ailleurs – si proches – si différents – pareils à cet air brassé – à ces moments immobiles et mouvementés…

La vie – comme une pente étrange sur laquelle on s’attarde (tous) un peu…

 

 

Nous – au cœur des méandres du monde et du langage – un peu au-dessus parfois – comme un oiseau qui surplombe les eaux d’un fleuve – et qui y plonge, de temps à autre, pour se nourrir…

Nous reposant – en appui sur les choses posées sur la pierre – dans un interstice naturel – éloigné (suffisamment éloigné) des foules – des rumeurs – des bavardages – de tous les bruits humains…

Debout – vivant – en ces lieux délaissés où les vents – les bêtes et les solitaires – peuvent exister – se retrouver – sans crainte – participer à un monde (totalement) étranger aux hommes…

 

 

Sur notre terre natale – propice à l’entente…

Des âmes attentives – affranchies du temps et de la faim – libérées des conventions et des espaces civilisés – sans étendard – sans messager – l’oreille délicate à l’écoute de l’invisible – capable d’entendre, derrière le brouhaha du monde, la danse des Dieux et le chant discret des étoiles – la ronde silencieuse de toutes les figures célestes…

L’Amour capable – bien sûr – de percer les secrets du monde et de faire naître la tendresse qui se dissimule derrière l’ignorance et la férocité…

Comme une faille – dans notre attente immobile et désespérée…

Avec – soudain – l’irruption de la lumière (et de l’espérance aussi peut-être) – dans la nuit et le néant – dans la sauvagerie et l’inconscience viscérales des vivants…

 

*

 

Nouveau-né de l’instant – à jamais – comme le premier regard – le premier jaillissement…

Une faille dans le ciel et l’éternité – un interstice au fond duquel peuvent naître le temps et des éclats de matière – des fragments d’espace enroulés sur eux-mêmes – des choses minuscules et fragiles – incroyablement mobiles et provisoires…

Le monde à la fois abandonné à son (propre) destin et relié, de mille manières, à l’origine – à l’étendue silencieuse…

Le versant immuable de la blancheur fragmenté avec violence (et précision) pour donner naissance aux formes nues et évolutives…

La mise au monde dans les cris et l’obscurité – l’étonnement et la douleur ; et, simultanément, le commencement du long voyage vers la matrice – le retour laborieux et labyrinthique à l’Ithaque premier…

 

 

Nous – sous la glace – derrière le miroir – au plus près de la neige – aussi éloigné(s) des Autres que possible – à moitié disparu(s) – enseveli(s) par les reflets du monde et les représentations humaines…

Immobile(s) – entre les cimes et les amas de gravats qui s’accumulent – entre le sommeil et le rêve de tous nos congénères – comme paralysé(s) par la gravité des circonstances et l’inertie de la pensée…

Prisonnier(s) de la bulle et du magma…

A l’abri de rien – l’esprit inquiet et l’existence gesticulante…

De l’air brassé – au même endroit – comme une sorte de surplace affolé et angoissant…

Notre sort commun – l’âme – la tête et les pieds – englués dans les possibles – l’épaisseur et l’abstraction…

 

 

Le secret jamais percé par les signes – mais par le regard – la qualité de l’attention – son acuité – sa profondeur – son envergure ; cette capacité – cette puissance à l’œuvre dans l’extinction de soi…

La vie pleine et magnifiée – dès que l’on parvient à se soustraire…

 

 

Face au ciel – au temps approfondi – comme une halte – un arrêt – dans l’usage du langage ; le silence devenu plus indispensable que la parole – plus approprié, bien sûr, à l’exploration des pans intérieurs – à la recherche des secrets enfouis – du mystère dissimulé dans les profondeurs de l’âme – à même le monde et l’existence…

Le jour – révélé – jusqu’au cœur même de la déchirure…

 

 

A notre portée – dans l’effraction de la tête – à nouveau – l’âme exposée – comme offerte au regard – à la malice des sous-sols…

Le renversement du ciel – au-delà de l’espérance…

Ce qui nous hante – ce qui nous porte…

L’émiettement programmé des débris – leur réduction en poussière – afin de dégager l’espace et le passage – de favoriser la métamorphose – de fragmenter le temps jusqu’à la cassure – jusqu’au suspens…

Le monde à l’arrêt et l’âme immobile – les conditions propices à l’émergence de la lumière ; le jaillissement d’un fanal immense – aussi vaste que la nuit – superposé – exactement – à l’obscurité…

Le goût – et la possibilité – d’une réelle renaissance…

 

*

 

Notre vie – comme une farce inventée par les Dieux – que viennent compléter les visages – les chemins – les rencontres – chaque circonstance – comme un coup de pinceau supplémentaire sur ce que l’on ne distingue jamais clairement – sur ce que l’on devine – sur ce qui se ressent – sans erreur possible…

Notre vie – cette mascarade – une minuscule comédie aux ressorts tragiques – aux accents dérisoires ; comme une danse bruyante de quelques pas sur le fil du temps – au-dessus du silence – au-dessus de l’éternité…

 

 

Ce qui commence avec nous – pas grand-chose – à peu près rien – une histoire insignifiante – sans le moindre intérêt…

Un vague tournoiement de l’air – à peine perceptible – derrière nous…

Et le néant vers lequel nous avançons…

La disparition et l’immensité immobile – perpétuellement…

 

 

Le souffle et les pas enflammés sur la terre…

Tous les murs de paille, peu à peu, incendiés – au fil de notre marche – à mesure de nos avancées…

Pas une dévastation – une délivrance – un gain d’espace – une liberté grandissante…

De moins en moins de peurs et de visages…

De moins en moins d’étalage – de bruits – de fantômes…

L’haleine qui apprend à se faire discrète…

Une silhouette furtive qui passe ; une ombre – à peine…

Qu’importe les paysages et les chemins…

La lumière sous les pas – au bout des jambes – l’âme désemmurée – en plein soleil – et un peu de neige sur le sol – de quoi laisser quelques traces involontaires…

L’épaisseur d’une vie – une mince tranche de rien…

Et le cœur – et le ciel – en joie – pourtant…

 

 

De la roche – des arbres – des visages – comme posés devant le ciel – sur la terre – et dont l’image vient se créer – et se fixer – en arrière des yeux – dans la tête – comme toutes les apparences du monde…

Et nous – dans cette cassure – dans cette jointure – entre le dehors inventé et le dedans supposé…

Déjà – naturellement – ontologiquement – dans l’entre-deux – entre le réel et l’imaginaire – sur cette frontière floue et mal définie – très peu observée et circonscrite…

 

 

Les yeux – le regard – sur un morceau d’espace séparé – relié – proprement habitable pour que puisse émerger – et survivre pendant quelque temps – un peu de matière vivante – un peu de chair animée…

 

 

Le temps fractionné – le présent le plus haut – et le plus tangible sans doute – comme un surcroît de présence et d’attention – un regain de lumière et de sensibilité…

Un supplément (évident) d’acuité – une perception à la fois plus large et plus profonde – et bien plus fine qu’avec les sens habituels – infirmes – comme amputés de l’essentiel…

 

 

Des morceaux d’étoiles assemblés pour reconstituer la route – toutes les routes – et entreprendre le voyage…

Emprunter l’itinéraire dessiné par la terre et le ciel pour rejoindre le jour – l’origine – l’envergure et la densité de l’étendue immuable…

Le fil ininterrompu – horizontal et vertical…

L’essence et le monde – d’un seul tenant…

La trame tissée de l’espace…

Tout au-dedans – emberlificoté – la multitude enchevêtrée au vide ; l’être comme le prolongement naturel de l’âme – la solitude et la joie éprouvées au cœur de la matière – au cœur de l’immensité…

 

*

 

Tous ces chemins – tous ces mondes – nés avant nous – tous ces effondrements et toutes ces fins – que nous aurons connus – et que nous continuons d’emprunter et d’expérimenter – et dont nous poursuivons l’œuvre – et sur lesquels nous continuons d’édifier et de donner naissance – malgré nous…

Immobiles – dans l’air au-dessus de nos têtes…

Dans le jour – disparaissant déjà…

 

 

Dans les mains – le présent – l’invisible – ce que l’on offre à ce qui est devant soi – sur le sol – dans le ciel – au milieu du monde – derrière les masques et les déguisements…

La possibilité d’une présence – au cœur de la matière douée (seulement) de cognition – encore (très largement) empêtrée dans une épaisseur – une opacité – qui rend laborieuse (très laborieuse) l’exploration de la conscience ; les instincts – sans doute – trop profondément enracinés dans la chair…

 

 

D’un enfer à l’autre – d’une étoile à l’autre – d’une terre à l’autre – mille voyages – mille interstices au fond desquels on peut vivre caché…

Dos au mur – yeux au ciel – les saisons qui passent – tantôt sur les pieds – tantôt sur le séant…

Sur le sol – l’étendue et la lumière intermittente…

Le rôle du monde et des circonstances dans nos (maigres) avancées – notre itinéraire labyrinthique…

Et ce qu’il reste à comprendre et à expérimenter – avant de poursuivre sa route…

Le feu et le vent – ce qui guide nos pas jusqu’à la prochaine étape…

 

 

Du ciel dans le fond de l’air – notre front sur la pierre – l’obscurité du contexte – notre visage heurté par le monde – façonné par l’invisible – les horizons involontaires – nos propres limites – peut-être…

 

 

Le vide et le monde – sous nos yeux – main dans la main – exerçant leur alliance dans nos vies – au fond de nos têtes – jusque dans nos moindres gestes – inséparables…

 

 

Nomade des interstices – d’un lieu à l’autre – à l’écart des hommes et des bruits du monde (civilisé) – dans le retrait et la solitude nécessaires au silence et à la contemplation…

Engagé dans l’existence et les gestes quotidiens – essentiels – indispensables – à cette distance favorable à la proximité du cœur…

Des silhouettes lointaines – comme un grand corps animé – pas de visage – pas de face à face – trop grossiers – trop irrespectueux – inscrits systématiquement dans une relation intéressée – conflictuelle – utilitariste…

Jamais l’Amour pour l’Amour – le respect pour le respect – l’attention sans intention – le souci de l’Autre sans attente – l’intime compréhension de la dimension (éminemment) précieuse de chaque être et de chaque chose – sans la volonté d’en tirer parti ou avantage…

Toutes les formes portées par la nature même du monde et la beauté du regard – pleinement présent – tendrement attentif – dégagé de toute exigence et de tout désir d’instrumentalisation – d’aliénation – d’exploitation…

La réification et l’appropriation égotique remplacées par l’innocence et la tendresse…

La présence et le soin – parfaitement gratuits et impersonnels…

Une affection et un dévouement – en actes – absolument désintéressés…

Le vide – l’essentiel et la nécessité…

L’espace dans son œuvre de rassemblement…

Le geste ancillaire – une vie entière de révérence naturelle…

 

*

 

Découvert contre la butée – à l’extrémité du monde – là où la douleur est si forte que la mort est une délivrance – où la liberté consiste à se fondre dans la glace et l’obscurité – la seule issue – sans doute – s’abandonner à la matière et la déposer sur le dernier mur de pierres avant le ciel – avant l’abîme…

Comment pourrait-on décrire ce qui nous attend – les horizons suivants…

La terre – serrée contre soi – avant le plongeon – avant d’être hissé de l’autre côté…

 

 

Le monde – très loin – à peine effleuré autrefois – au temps des tentatives d’intégration – le corps contre celui des Autres – mais l’esprit ailleurs – plus loin – autrement – plus haut peut-être – et cette sensibilité plus aiguë – à travers les yeux – le regard et la peau…

Le monde en souffrance – le monde en nous – identiques…

Le froid des âmes – le sang tourné vers quelques désirs obsédants – insatiables – récurrents…

A peu près tout – tourné – en marche – vers les mêmes horizons – et devant soi – la route vide – libre – dépeuplée – avec un feu immense à l’intérieur et de la douceur dans notre intimité – cette tendresse qui se découvre lorsque les Autres ont disparu [lorsqu’ils se sont éloignés ou nous ont quitté(s)]…

Le cœur en fuite – contre la pierre ; la distance – toutes les distances – comme abolies ; le soleil à la place du front et le vent en guise de respiration…

Nous – devenant, peu à peu, le monde ; et le monde perdant, peu à peu, son nom ; chacun retrouvant le jour – notre réalité…

 

 

Du magma – une masse de matière mouvante – et quelques trous pour les yeux et la respiration ; de quoi vivre et s’orienter dans la mélasse…

Et, de temps à autre, des bouts d’espace – un éparpillement de la lave – cette étrange purée de substance – comme une sorte de dédensification – un peu de souffle – un peu de ciel – du rêve encore bien trop souvent – et, parfois, un élan vers l’envol – vers l’éclosion – une issue vers le franchissement et la liberté ; une manière d’échapper à l’inévitable – à la pesanteur – à l’engluement – à cette insupportable détention…

Le voyage – comme une éclaircie – une extraction – un passage…

Et toutes les manières possibles de se dépêtrer des choses de la terre pour rejoindre le vide…

L’une des voies – et l’autre, très différente – presque opposée ; l’effacement et la fusion avec le contexte et l’environnement ; se fondre dans le monde et la densité – et disparaître…

D’un côté – le rapprochement jusqu’à l’union – et de l’autre – l’éloignement – l’étirement de la séparation jusqu’à la rupture – jusqu’au plein désengagement – jusqu’à l’exil – jusqu’à la parfaite solitude…

Les figures majeures de la révolte – ce qui s’oppose au sommeil – aux désirs communs – à tous les rêves de gloire et d’expansion…

L’humilité – l’effacement et l’infini…

 

*

 

Dans le pas – ce qui brûle – la même flamme qu’au fond du cœur…

Le souffle – dans la poitrine – comme le vent au-dehors – de la même nature ; l’un et l’autre scellés dans la terre – scellés dans le ciel…

Nos gestes – sans autre nom à offrir…

Et cette route que nous allons suivre jusqu’à la fin…

 

 

A peine plus vaste que nous – l’infini ; de la même taille – à (bien) y réfléchir – parfaitement ajustable…

 

 

Près de nous – légèrement en avant – notre voix – aux côtés de notre ombre qui s’allonge dans la lumière du soir…

Bientôt – peut-être – à genoux dans la neige – au seuil de la découverte ; la posture et le contexte – sans doute – les plus favorables à l’accueil – ce que toutes les âmes du monde seront, un jour, amenées à comprendre (et à réaliser)…

 

 

L’horizon au seuil du ciel – à portée de main – le rapprochement et la proximité comme seule perspective possible…

 

 

Le bras qui se tend dans la même direction que les yeux – les yeux qui regardent là où le cœur aimerait se poser – le cœur poussé par quelques forces mystérieuses au-dedans…

L’invisible – partout – jusqu’au bout des doigts…

 

 

Le lent travail du jour sur l’âme – sur la pierre – sur l’air que l’on respire – sur le monde dans lequel on nous oblige à vivre…

Le regard qui vient couronner notre permanent labeur – la besogne des cœurs – complices de la clarté…

Dieu dans l’espace – en notre for intérieur…

 

 

Au-delà de la figure du rêve – le vide et le noir – l’impossibilité d’être – de devenir – d’expliquer…

A travers la faim – l’issue – la possibilité…

Admis au centre de tous les cercles du réel – au cœur de l’espace – dans le prolongement naturel (et inévitable) du périmètre géographique…

Ce qui advient – ce qui se dissipe – sans le moindre gain – sans la moindre perte…

Une présence humble – sans orgueil – sans intention – disposée à tous les rôles – à tous les usages nécessaires – au vide – à la tranquillité ou au déchaînement débridé des circonstances…

Un regard – à travers les yeux – aussi présent dans les gestes que dans la manière d’être ; bien davantage qu’un visage – une tendresse perceptible – avec le monde entier dans l’âme…

 

 

A notre place – ici – ailleurs – dans toutes les marges du monde – au bord de toutes les routes – aux confins de tous les territoires (trop) peuplés – au centre pourvu que l’espace soit habité et que la présence soit (réellement) vivante…

 

 

Quelques paroles – avec un peu de silence sur la langue…

Le monde éclairé par la seule lumière possible – cette clarté du dedans à l’intensité (très) variable…

La discontinuité des états dans le flot (quasi) continu des circonstances – toutes nos réalités – à l’intersection des cercles de l’âme et des choses…

En bordure du temps – là où la durée s’interrompt – là où l’avenir et le passé se résorbent dans la densité de l’instant…

Des échanges et des passages (très nombreux) vers l’inconnu…

Le règne (évident) de l’invisible et la matérialisation (un peu tapageuse) de tous les possibles…

 

*

 

L’étendue qui s’embrase – et l’air embarrassé comme s’il s’agissait d’un accident…

Le couronnement de la blancheur – la disparition des masques de glace – leur lente (et inévitable) liquéfaction…

Le sol regardé à la hauteur du ciel – le ciel comme retourné qui laisse apparaître, derrière le bleu, l’infini et l’éternité – un regard – une manière d’être présent – sans doute – la part la plus secrète de notre identité – celle que les hommes (en général) attribuent aux Dieux – au Divin – à une entité extérieure qu’ils jugent supérieure et sacrée…

L’innocence et la neige redevenant, peu à peu, notre âme – notre visage – notre nature – l’essentiel de notre vie…

Comme libéré(s) de la poussière et du néant – du jour trop lointain et des circonstances…

 

 

A piétiner, parfois, dans le feu – parfois, dans le froid – le cœur et la main entièrement occupés à séparer l’essentiel du superflu – à dégager les yeux des voiles qui les recouvrent – à secouer le réel pour le débarrasser de ses parures – de ses artifices – de nos mythes et de nos mensonges – à battre quelques fragments de vérité, trouvés ici et là, pour essayer de les transformer en or pur – en soleil – la tête enivrée par cet immense vertige métaphysique et identitaire…

Comme l’explosion d’une étoile – la multiplication fiévreuse des univers – le jour et la nuit qui roulent sur eux-mêmes – et que l’on précipite au fond de nos abîmes…

La création des mondes – des terres – des océans – des îles et des rivages – dans l’immensité…

La désagrégation des parois noires et blanches qui encerclaient nos yeux – les âmes – l’esprit…

La prolifération des archipels et des couleurs – les danses joyeuses et frénétiques des formes ; cette effervescence et cette allégresse – incontrôlables – sous notre regard et notre rire – un peu perplexes…

La vie qui se fait – qui se défait – la vie qui joue – qui se regarde faire – se faire et se défaire ; et nous autres – à notre place – toujours, plus ou moins, gauches et malhabiles – obéissant – exécutant – petites mains de la terre et du ciel – frétillant – sautillant – nous éparpillant dans toutes les directions…

 

 

Les yeux grands ouverts sur le monde et les gestes des Autres – comme un acte de résistance – misérable et insuffisant (bien sûr) – l’expression, peut-être, d’une paresse – d’une présence pesante – incapable du moindre mouvement…

Des visages humains en cercle – à leur place – au sein de la communauté – inertes – opaques – et qui s’imaginent (sûrement) lumineux et pénétrés de profondeur et de sagesse…

Comme un peu de mort supplémentaire sur une terre déjà mal en point – déjà moribonde…

 

 

Avec l’inconnu – une amitié (malheureusement) décroissante – en bordure d’un soleil intouchable – sur la crête – un étroit chemin qui serpente entre la roche et les nuages…

Dans le pas – un passage…

A chaque foulée – la même chance…

Ce saut dans l’aire hors du temps – porteuse de quiétude et de félicité…

 

 

Tout entier(s) occupé(s) à dévaler la pente sur laquelle on nous a posé(s) – la tête en avant – cherchant un angle – un passage – et les pieds qui tentent de freiner – de retarder la chute…

Descente triste ou jubilatoire selon la nature de l’âme et des circonstances…

Quelques mots échangés – notre chair que l’on frotte contre toutes celles qui y consentent…

La vie misérable – dérisoire – passagère – le temps de connaître quelques fatigues – un peu d’ennui – l’impossibilité de l’Autre (et, trop souvent, de soi)…

Dieu relégué aux marges – aux derniers instants de la vie – dépassé par la prégnance des désirs pour toutes les choses de la terre – remplacé par notre (pitoyable) besoin de réalisation et d’épanouissement (personnels) ; l’attention (presque) toujours déportée vers la périphérie ; le monde tel qu’il va – sans joie – sans intensité – sans exaltation – sans proximité – trop (beaucoup trop) humain sans doute – trop peu affranchi du joug des signes – des images et des rêves – accumulés depuis le premier jour du voyage…

 

*

 

Sur l’horizon – les mains à l’horizontale – à la conquête du ciel – la longue marche épuisante – l’âme qui tente de se défaire des ombres qui tantôt la suivent – qui tantôt la précèdent – le corps qui déambule le long de cette étroite ligne blanche que l’on imagine (plus ou moins) franchissable…

La nuit – alentour – au-dessus de notre tête – comme séparée par une clôture – une frontière – le souffle et le jour qui guident nos pas – qui orientent notre trajectoire rectiligne – nous rapprochant, peu à peu, du plus lointain – devenant l’air et la terre devant nous – et laissant, derrière nous, un mince sillon dans la poussière…

Et l’œil – interloqué – qui constate (avec surprise) l’immobilité – comme un verdict – une vérité incompréhensible sauf à sortir de soi – à s’extraire du sommeil et de la léthargie – à jeter par-dessus notre épaule nos rêves et nos ambitions (strictement terrestres) – pour voir le monde tel qu’il est – et laisser l’ensemble des possibles et des points de vue se réunir au centre du regard – afin d’observer sans aveuglement – sans angle mort – au-dessus – autour – au-dedans – partout ; au cœur de la perception juste et exhaustive – celle qui sait – celle qui sent – que tout est dans tout et que rien, au fond, n’a vraiment d’importance ; toutes les choses égales – absolument égales – devant le sol – le ciel – l’immobilité et la ronde incessante des visages et des circonstances…

 

 

La terre bouillonnante – comme le sang – brûlante comme le cœur – ce qui tournoie dans le ciel et la poitrine – l’air enflammé devant le regard indifférent des Autres – les yeux et les poings fermés – l’âme retournée – dos au monde…

Sur la route où tout s’achève – où tout, tôt ou tard, vient se perdre et disparaître – dans le jour décroissant…

Ainsi sommes-nous – ainsi tentons-nous d’exister – en cette vie – au milieu des visages…

 

 

Sur la pente jubilatoire de la nécessité – inintentionnellement – instant après instant – l’oubli en tête – le cœur et le geste alignés – l’âme creusée en son centre par la solitude – la joie – le silence – l’antre de l’innocence – en quelque sorte – capable de libérer toutes les possibilités de l’Amour…

Des caresses et des mots tendres – en premier lieu – mais qui jamais n’interdisent le reste – y compris la violence et la monstruosité – le visage du vide autant que celui de la lumière – pourvu que l’élan soit libre – naturel et spontané – et, à ce titre, parfaitement adapté aux circonstances…

Pas l’ombre d’une fracture – pas l’ombre d’une frontière – entre ce morceau d’espace et la vaste étendue…

Ce qu’est l’homme – et ce qu’il ne peut entendre – le plus souvent…

 

 

A demeure – là où l’attention élargit l’esprit et le monde – les rend (presque) réfractaires à la raison – à ce mode de pensée ordinaire et étroit…

Au-delà de l’alliance de l’intuition et du rêve – là où le temps se détache du réel – dans des cercles très proches du chemin – une série d’actes et de sons – un processus d’extériorisation et de matérialisation des univers que l’on porte autant qu’une intériorisation de ce qui nous semblait inconnu et étranger…

A l’intersection de tout – en somme…

Tous les possibles – soudain – désentravés – désenclavés – rendus à la respiration du vivant – aux forces du vent et du vide…

Le rassemblement de tous les territoires – de toutes les dimensions de l’invisible et de la matière – de toutes les combinaisons et de tous les mouvements – au cœur de l’immensité immobile…

Nous – nous retrouvant de manière (parfaitement) exhaustive…

 

*

 

Dans l’air – nu – comme en pleine terre – un feu au fond du cœur – des fenêtres grandes comme des univers – seul (comme il se doit)…

L’invisible sans cesse renaissant – recommençant continuellement sa besogne – comme appuyé sur lui-même – à travers toutes nos expériences – une perspective de plus en plus large et ouverte…

L’horizon comme un seuil – une manière d’être présent là où l’on est…

Une gorgée de ciel pour ingérer – sans manière – sans difficulté – le réel (toujours plus ou moins indigeste)…

Le vide empli de lui-même – nous contemplant – avec un sourire…

 

 

Nos têtes éparpillées – curieuses – à tous les angles de l’infini – dans tous les recoins – dans tous les replis – partout où l’on peut vivre – partout où l’on peut échapper aux Autres – au cœur du feu si l’on pouvait – sur la cime des arbres et des montagnes – seul toujours – promenant notre reflet dans tous les paysages – trait pour trait – notre visage – toujours différencié – jamais le même – malgré l’essence et les ressemblances…

 

 

Nous – dans notre épuisement – dans le ciel et l’épaisseur des choses – libre(s) et prisonnier(s) – hésitant encore – hésitant toujours – entre l’âme et le front – accordant notre ardeur et notre confiance à ce qui s’impose – l’invisible partout présent – dans le cœur et la tête autant qu’ailleurs …

Nous autres – très près du sol – très près du ciel – en tous lieux – sans détermination – aérien(s) et volatile(s) – en somme – diablement surprenant(s) – un peu plus que des hommes (sans doute)…

 

 

La parole percée – fiévreuse…

Le silence lacunaire…

Etranger aux vibrations…

L’esprit replié – frileux – enclavé…

Quelque chose du manque et mille compensations démesurées…

L’âme inerte – le corps et les yeux prisonniers de la pierre noire…

Des prières contre la douleur et la perte…

Du temps et de vaines supplications…

Ici – au milieu de l’immensité – bougeant avec les vagues – vers le haut – vers le bas – secoué – brinquebalé – empêtré dans l’écume – immergé dans les profondeurs – emporté partout par les courants…

Un voyage ininterrompu dans le jour – le temps suspendu – comme effacé…

Dans le sillage du vent – le parcours à l’envers…

L’itinéraire soustractif au milieu des apparences du monde…

 

 

Le cours fluctuant des choses – impérieux – irrépressible – sans volonté – qui épouse parfaitement le relief du territoire – le monde invisible…

Un passage – des passages – autant que l’on souhaite – qui s’inventent, parfois, dans un surcroît de matière – un surplus d’épaisseur – qui déjouent tous les pièges inhérents à la dureté – à la consistance (apparente) – aux privilèges – de ce monde – qui se moquent, avec raison et allégresse, des lois et des impératifs de tous ceux qui gouvernent et dominent…

Ce contre quoi l’inertie – l’absence et les traditions – ne peuvent lutter…

La nudité joyeuse – libérée des états – des choses et des visages – le prolongement indéfini du voyage sur le même fil – ténu – sur la même étendue – au cœur de la matière et du vide qui s’emmêlent – se séparent – se répondent…

Nous – aux prises avec les plus élémentaires résonances de l’être…

 

*

 

Ce que l’on reconnaît parmi la multitude qui s’approche – qui nous frôle – qui nous caresse – qui nous cingle – qui nous pénètre – qui nous traverse – qui nous contamine ; et nous – comme un feu entre quatre murs – un horizon sans fenêtre – au-delà du plus tangible…

Ce qui nous blesse – ce qui nous éreinte et nous fait, parfois, poser un genou à terre…

L’âme qui flanche – sans appui…

La chambre noire – soudain – exposée à la lumière – à tous les vents – et nos pauvres yeux éblouis qui ne peuvent s’ouvrir – comme le cœur – insuffisamment préparés…

Entre la terre et le lointain – cette faille au fond de laquelle nous vivons – au fond de laquelle nous essayons de vivre – depuis le premier jour du monde – peut-être…

 

 

Au-dehors – la pierre grise – au-dedans – flamboyante…

Comme des reflets sombres sur nos ailes blanches…

L’air et le souffle – réunis – de la même nature que le vent – ce qui nous emporte…

Ce long voyage à travers l’étendue – arpentée de long en large – infiniment – indéfiniment – sans autre issue que le pas et le regard posé à la verticale…

La distance et la proximité – la fusion – l’écart et l’unité – réunis – (parfaitement) indissociables…

La présence et la vie dispersée – en éclats – en fragments ; au centre et tous les éparpillements autour – jusqu’aux plus lointaines périphéries : rien que des marges – en réalité – et partout – le recentrage possible (et nécessaire) – l’ancrage au sol – au ciel – notre allégeance – la plus haute fidélité de l’homme à ses origines – et sa seule possibilité aussi – sans doute…

 

 

Le réel – hors de la langue – au cœur du geste – de la présence – notre manière de faire face au monde et aux circonstances ; à supposer que l’Autre et ce dont nous nous sentons séparé(s) existent ; l’être – les choses et les mouvements – d’un seul tenant – simple prolongement de l’étendue et de l’épaisseur…

Les possibilités – toutes nos capacités à l’œuvre…

 

 

Des traces du vertige originel – dans l’âme – joyeuse – exultante – passionnée – qui vit – et s’offre – avec ardeur ; et la quiétude mêlée – ce désengagement vis-à-vis du monde – l’absence absolue d’espérance…

Toutes les choses – tous les états – absolument équivalents…

La vie sans hiérarchie – le simple jeu combinatoire de l’invisible et de la matière…

L’instant comme seule mesure – pas même un repère – une invitation permanente à l’unité – à l’approfondissement simultané de l’engagement et du retrait…

La superposition des modes et des états ; notre seule réalité – protéiforme et unifiée…

L’immobilité dans le mouvement et le mouvement dans l’immobilité ; tous nos visages – en somme…

 

 

Pas à pas – vers la même couleur…

Ce qui continue – ce qui s’interrompt – accueillis d’une manière égale…

Une figure dans les vagues – dans l’écume et les profondeurs – le feu et la glace réunis – dans la même foulée – sur le même chemin…

Et ce que l’on constate – avec discernement…

Notre présence et notre absence – ce qui existe – simultanément…

 

*

 

Partout – le même ciel – son silence et ses invitations – son labeur discret et obstiné – sa vocation à détruire les murs et les frontières – à anéantir toutes les limites…

Et nous – écartelé(s) – déchiré(s) – et étouffant(s) parfois – ne sachant (presque jamais) voir la grâce dans l’air alentour – dans le monde devant nous – dans l’existence et la docilité des choses – et jusque dans leur résistance à nos désirs à seule fin de nous exercer à la patience – de transformer notre attente en attention et notre colère en légèreté – pour que tout puisse, un jour, se vivre – s’expérimenter – avec le sourire…

 

 

Le plus sauvage de la terre – caché dans l’âme – la jungle – sur le même territoire…

Nous – aggravant notre cas – affinant tristement nos exigences – déployant notre ambition – devenant de plus en plus inhumains – et refusant de l’admettre…

Rien que des larmes et du sang – dans tous les lieux où nous régnons…

Le cœur – la chair – la terre – (presque) totalement ravagés…

Le vide et la beauté – transformés en néant…

La restriction drastique des possibilités…

L’absence – en tête – sur tous les fronts…

Et serrée – contre nous – cette douleur immense ; la plaie – en nous – qui se creuse ; et les tourments – et les malheurs – que nous causons partout où nous allons…

La besogne jamais achevée – à recommencer – chaque jour…

La nuit – le noir – le froid – les Autres – tous les dangers et toutes les menaces du monde ; et la persistance de ce stupide espoir au fond de l’âme – seule et triste – agenouillée sur la pierre…

 

 

Une figure – au-dessus du scintillement – qui se fendille – une couche de glace – peut-être – l’épaisseur du monde – notre histoire – cet informe amas de souvenirs – toutes nos idées en désordre – l’esprit sens dessus dessous…

Et ce qui s’écoule – ce qui finit par s’écouler – laissant le visage et l’étendue lisses – le regard nu – la possibilité d’un accueil – le plein jour dans nos yeux – dans notre âme – à l’intersection exacte du ciel et du feu…

Au-dedans – l’ardeur et l’immensité – et pas davantage ; les composants essentiels – et non retranchables – de ce que nous sommes – fondamentalement ; notre identité première – sans le moindre ajout – sans le moindre artifice…

 

 

Le bleu – en éclats – en poussière – ce qui retombe sur nous ; et ce que l’on voit et respire – par touches légères ; la seule couleur vertigineuse – pour offrir aux autres – au gris et au rouge en particulier – un peu d’espoir et de légèreté – une issue à l’opacité – une manière – la seule sans doute – d’échapper à la surface sombre et entachée…

 

 

Face à nous – cette hauteur – cet espace compartimenté et surélevé – une route verticale – et ce seuil que l’on ne peut franchir que disloqué(s) – les yeux parcourus par quelques fragments de réel – des rêves plus vastes – et plus étranges – qu’à l’accoutumée – à la frontière, toujours imprécise, entre la lumière et l’obscurité…

 

*

 

Au cœur de la pierre – la chaleur et le rayonnement – le champ d’expérience terrestre intériorisé et élargi – du noyau vers le monde…

La maturité du feu originel – vers tous les points accessibles…

Du centre jusqu’aux périphéries – sans obstacle – sans difficulté – exactement l’inverse de ce qu’apprennent – et font – les hommes…

 

 

Au terme de l’attente nécessaire – le ciel soudainement hissé jusqu’à nous ; l’importance de l’humilité et des yeux baissés – du lent processus pour apprendre à incliner le regard et la posture ; l’âme – comme un morceau de chair supplémentaire – sensiblement plus vivante que le corps…

L’explosion des murs – projeté(s) de l’autre côté de l’horizon…

 

 

Notre vie – démembrée – comme notre monde – notre histoire – des éclats – seulement – comme des fragments de lumière – un peu de vérité – dans l’obscurité…

Au cœur du cri – le souffle – ce vent né de l’immensité – inépuisable – intermittent cependant…

Nous – la bouche close – l’âme lourde et harassée – les yeux à peine dessillés – dans la compagnie des pierres – compagnons de personne – aussi peu à l’écoute qu’une terre aride – abandonnée à l’infertilité et aux passages furtifs (et pressés) de tous ceux qui rêvent d’atteindre une autre terre – un autre sol – peuplée de quelques fantômes fidèles (trop fidèles) aux mythes humains – gorgés (encore trop gorgés) d’espérance – animés par cette foi insensée en ces lendemains qui chantent – et que nul ne voit jamais…

 

 

La terre et la lumière – sans limite…

Les hauteurs et la déchirure – sur le même versant – aux tournures identiques…

Ce que l’on jette derrière soi et ce qui nous attend…

L’écart qui, peu à peu, s’amoindrit…

Les mots réunis en cercle – qui s’agglutinent autour de la mort ; parfois – la seule possibilité pour donner un peu de poids à la vie…

Sur le sol – l’éclaircie – la clarté de l’air – notre marche dégagée des influences néfastes – involontaires… 

Nous – au-dessus du minuscule monticule…

Le regard libre dans l’immensité – le cœur bleu…

A cheval sur le jour…

 

 

Sur le fil tendu entre les pierres…

Nous – à l’abri derrière le plus sauvage…

Indiscipliné(s) – abandonné(s) à la beauté inconnue – anonyme(s)…

Fidèle(s) à la puissance instinctive des bêtes – à leurs stratagèmes pour échapper à l’hégémonie humaine…

Dans les interstices du monde et de l’enfance – plongé(s) en nous – au cœur – le Divin – à l’écart des hommes et du temps – le plus loin possible – en vérité – aussi proche du ciel qu’est brûlante et solitaire notre âme…

L’Amour malgré la fureur et l’intransigeance des batailles…

Un saccage sur mesure – en règle – du désordre et de l’anéantissement spontané pour faire émerger l’innocence et que puisse, en nous, durer son règne – malgré la proximité rampante de l’(in)humanité – au-dedans et alentour…

 

 

L’abandon du geste – la justesse de la danse – à son comble – comme une plongée dans les profondeurs d’où jailliraient le nécessaire et la beauté – la parole sans mesure – l’âme ardente et l’esprit silencieux – au-dessus du monde…

Ici – encore dévasté, parfois, par l’envergure de la tristesse – les déferlantes grises des malheurs – le poing levé – livrant bataille avec toute notre ardeur – la tête dressée – en vain (bien sûr) ; il faudrait, au contraire, se laisser happer par la douleur – tournoyer dans les violents tourbillons des eaux noires – laisser son âme sombrer et s’échouer au cœur même des tourments – s’offrir à la nuit et aux lames acérées – se laisser meurtrir et déchiqueter – mourir un peu – suffisamment pour briser, en nous, cette odieuse inclinaison à trahir, à la moindre occasion, notre innocence et notre nudité…

Et réapparaître – renaître au monde peut-être – avec un visage (infiniment) plus sensible – un regard (infiniment) plus vaste et des mains (infiniment) plus tendres et accueillantes…

Creuser – en soi – le vide indispensable à la joie libérée des circonstances…

Un voyage aux allures de dérive et d’errance – parfaitement salutaire…

 

 

Des nourritures sur la langue tranchante – l’esprit et le ventre aiguisés…

Un peu de vent à la surface…

Et le souffle vaillant des profondeurs…

Nous – dans la trame trouée – faisant office de colle et de fil pour réparer les mailles – resserrer les nœuds – œuvrer à notre humble besogne d’instrument…

 

 

Un feu – comme un miroir – une forêt – une lumière dans la nuit…

L’infini au fond du cœur – l’éternité présente dans notre bref passage…

Le flambeau et la fête malgré la tristesse et le noir…

 

 

Les yeux clairs – à présent – les mains et la voix alignées sur le silence et la source vive…

En nous – les morts – Dieu – nos interrogations passées – effacées – comme nos blessures – les astres – les arbres – les oiseaux – ce qui nous constitue – le sens du mystère et les bras – et les baisers – tendres de l’espace sensible – accueillant…

Notre manière d’être – et de nous offrir – au monde…

 

 

Le jeu du monde – pulvérisé par le feu…

L’éclat des mots dans notre chair et notre cœur – des fragments de possibles réunis – et assemblés – prêts à s’abandonner au destin – à ce qui doit nous échoir – être expérimenté…

 

 

Ce long voyage vers le jour – du fond de ce que nous fûmes – de ce que nous sommes – de ce que nous serons – conjugué au piètre temps des hommes – comme les faces illusoires d’une perspective apparente et grossière – née des limites d’un esprit façonné par la peur…

De pas en pas – la confiance et la découverte de l’abri suprême ; la nudité exposée et engagée dans les mouvements et les circonstances – si proche de Dieu – de la vérité changeante – du silence – qu’elle peut traverser tous les tourments – les tourbillons – toutes les épaisseurs – sans encombre – sans résistance – sans douleur…

 

*

 

Ici – à présent – tout contre soi – sans aucun prix – sans aucune leçon à donner – l’impénétrable – de prime abord – devenant, peu à peu, Amour et tendresse – pur espace d’intimité…

La lumière au bout du bâton…

Le surgissement et l’effacement du monde – signalés depuis le premier jour…

Les frontières dépassées par la parole…

Les traits des illusions qui s’effacent – et qui laissent, peu à peu, entrevoir, derrière les traces un peu décaties des contours artificiels, une étendue très ancienne – neuve – originelle – l’esprit sans angoisse – le geste sans inquiétude – ce qu’il y a, sans doute, derrière toute volonté ; la tranquillité commune libérée des tourments – des nœuds – de la suffocation…

Ce qui se dissimule au fond de tous les états – de tous les possibles ; le plus enviable – bien sûr…

 

 

Le strict déroulement du fil jusqu’à sa dernière extrémité – malgré le sol et les effondrements – malgré les rives et l’océan – malgré le ciel et les pieds nus qui devinent l’itinéraire – et creusent les mille passages possibles – d’un monde à l’autre – d’un regard à l’autre – d’une existence à l’autre – sans la moindre interruption – sans le moindre répit – sans la moindre échappatoire…

L’issue – en soi – au-delà des formes et des couleurs – au-delà des textures – des rêves et des terreurs – en dépit de toute gravité – posée à la verticale – au-dessus – très loin au-dessus et au-dedans – unie aux choses – à l’humus – au cœur – à l’immensité – à ce qui existe au fond et autour de l’œil – l’univers entier…

 

 

Ensemble – cette veille interminable – auprès des arbres – Dieu – et nous – nous inclinant devant les Autres – tout le reste – et le monde – avec nous – à nos pieds – comme la preuve, peut-être, que toutes les barrières peuvent être écartées – supprimées – effacées – avec tendresse – d’une main souple et inébranlable…

Un lieu où passer le restant de ses jours – un espace à vivre – au-dessus des noirceurs les plus grossières…

 

 

A travers le poids – la tristesse – le cœur sans artifice – l’au-delà de toute raison – l’absence de jardin – d’envol – d’oiseau – le foisonnement des entraves et des ombres – trop de passé – de souvenirs – de soucis…

La simplicité dévastée par les parures et les mensonges – insidieusement remplacée par l’orgueil et la prétention – le front porté haut et dressé – bâti pour les batailles et les conquêtes – l’âme trop verte encore pour comprendre l’illusion de toute victoire – l’imposture de toute possession – l’impossibilité de s’approprier les choses – les visages – les territoires…

Le monde enchevêtré à la tête et aux rêves – très (trop) éloigné de toute forme de réalité…

 

 

Parfois – sur le versant sombre de la lumière – les eaux et la transparence troublées par l’ardeur – l’absence de tempérance – cette fièvre de l’esprit animé – taraudé – encore hanté peut-être – encore hanté sans doute – par l’ailleurs et la tentation de l’achèvement – comme un reste de songe – les douces (et déceptives) chimères de quelques pitoyables rêveries…

 

*

 

Mille signes sous les paupières…

Le vent sous les ailes – par-dessus et tout autour…

La parole et le ciel – deux mondes possibles – inégaux – reliés par des fils – des prières – l’obscurité qu’ils portent en eux…

Le vide – dans nos mains – profond – insondable – inconcevable par la pensée – là où tout s’échauffe – se croise – s’éteint – là où nous sommes – avec le souffle et tous les élans – l’âme – la magie et les fantômes – ce qui disparaît – ce qui nous désespère – ce qui nous émerveille – le réel en désordre sous nos désirs – tous les possibles auxquels nous aspirons…

 

 

Le visage dispersé à la surface – en éclats – alors que le cœur – dans les profondeurs – discret et silencieux – œuvre à sa besogne – presque secrètement ; comme un reptile du ciel – souterrain – aux ailes étranges – pas encore nées (le plus souvent) – cherchant dans l’errance – le chaos – l’humilité – le terrain de l’inconséquence – l’énergie de l’approfondissement et de la naissance – la lente émergence de l’âme qui prend chair – le dehors qui, peu à peu, s’intériorise – qui devient le seul repère – et, bientôt, le réel le plus concret…

L’envol alors est proche ; le monde – le ciel – la terre – la légèreté et l’enracinement – d’un seul tenant – toute l’envergure de l’étendue déployée – en soi – l’invisible qui reprend sa place – ses droits – la totalité de l’espace…

 

 

Le monde et les limbes – traversés…

Le pays des saisons – ce que la nuit déchire sur la rocaille – les âmes courbées qui se hâtent – le cœur et les gestes fondateurs – notre visage posé contre le silence – la vitre et la lumière…

La parole et la poitrine errantes – les choses vives qui tournoient autour de l’abîme – autour de la mort…

Une petite lampe dans la brume et l’épaisseur de la matière…

 

 

Ce qui reste aggrave le supplice – les portes closes – ce qui précède le ciel – les étoiles dans les yeux – en pagaille – à demeure – le cœur battant – épuisable – promis, tôt ou tard, à l’écume – aux vents – à la mort – à toutes les métamorphoses et à toutes les migrations nécessaires…

 

 

Les joies du monde – très irrégulières – qui se construisent – ici et là – à travers quelques circonstances…

Dieu et le silence – inentendus…

Les inclinaisons de l’âme – la terre parcourue pour ses couleurs et ses richesses…

Et tous ces murs que l’on doit longer…

L’être – jamais véritablement menacé – qui sourit à tous les visages – à toutes les pages – l’œil malicieux face à toutes nos tentatives…

 

 

L’obscurité – comme autrefois – au premier jour – et qui aura le dernier mot malgré la permanence de la lumière…

La chair exploitée – la terre labourée…

Des éclats et l’étendue – au cœur – aux lèvres – l’esprit…

Seul(s) et ensemble – dans l’immensité…

 

*

 

L’âme entaillée par le dehors – l’énergie du désir – les traces anciennes du monde…

Dans la nuit – au-dessus des pierres dressées – la tête plongée dans le rêve – le ventre du mythe qui (lentement) nous digère – amas de bave et de chair – dans un simulacre sacrificiel qui porte la haine et les mutilations au pinacle – au faîte du jour – et qui soumet toute la généalogie à son règne atroce – à ses lois iniques…

Et nous – spectateur(s) – nous contentant de jouir (mollement) du spectacle – les ailes repliées – le visage à contre-jour…

 

 

Debout dans l’espace non théorique – à la verticale – à l’intersection de tous les cercles – en ce lieu étrange et non géographique – dans cette nudité inquiète – gauche et fragile – accolée à l’immensité – à l’étendue non relationnelle – où tout est réuni – différent – apparenté – à sa place – emboîté et allègrement seul – en ce dedans qui exclut tout dehors – qui (ré)intègre au centre toutes les périphéries et toutes les marginalités…

Nous – sans duplicité – dans la multitude – doué(s) de toutes les formes d’ubiquité – tel un grand corps aux innombrables visages…

 

 

L’univers – le feu et le vent – l’Absolu et la civilisation des brindilles…

En couches multiples et sombres – les mains à la tâche – notre besogne quotidienne…

Les masques insensibles – les visages de bois étrangers à la subtile – à la secrète – identité…

Des gestes pressés et mécaniques – vides de sens – sans respect – des discours trop cohérents – trop logiques – désincarnés – comme tout le reste – gorgés d’absence et de prétention…

L’existence absurde des hommes ; le monde sur la pente (inévitable) de la décadence…

 

 

Au-dedans de nous – un bruit de vide – du vent – des tourbillons d’air – le jeu de la lumière dans l’abîme – toutes les guerres et toutes les illusions – éclairées par le jour grossissant…

 

 

La terre fertile qui offre ses fruits – l’abondance récoltée (et ingurgitée) par toutes les créatures du monde…

Les seules réjouissances du sol et des mains besogneuses…

Le temps et la course pour apaiser la faim féroce et quotidienne…

 

 

Le monde – les choses – l’absence – comme la seule litanie…

Le cœur – à l’ombre – au-dedans – trop frileux pour se risquer hors de son fossé…

Au pays des vivants – le désir – le souvenir – les frustrations et les regrets…

L’âme opaque – à la surface – parmi les cris et les gémissements…

 

 

Ecervelés – dans notre marche – sur les pierres – parmi les fleurs – les mythes et les monstres – dans la grisaille des jours – le rêve des Autres – au terme (toujours plus ou moins) tragique…

Ici-bas – sans joie – sans même un sourire – droit devant soi – à petits pas ou à vive allure – à gesticuler sous la voûte à seule fin de fuir – en vaines tentatives – il va sans dire…

Une longue errance – sans le moindre éclaircissement ; ce qui – avec nous – périclite – se désagrège – sans la certitude, bien sûr, de rejoindre le royaume – le cercle dont Dieu est, paraît-il, le centre…

 

*

 

Sur l’axe incliné – à l’intersection du sol et du ciel…

Le cœur humble – sur l’échelle de la justesse – le geste naturel…

L’existence – telle qu’elle se vit…

Le monde – tel qu’il s’habite…

Nous -même(s) – en somme – plus globalement…

 

 

A la frontière – fidèle – sans trahison – sans mensonge – affranchi de l’histoire – de toutes les fictions inventées – le monde revisité – trop grossièrement théâtral…

Des feuilles et des paroles – en boucle – qui s’enchaînent – depuis la première bouche – et en silence – avant ; ce que l’on peut aisément soustraire de l’essentiel ; ce qu’il reste lorsque l’on a ôté le superflu…

L’indicible indéchiffrable auquel on a retranché la fièvre – la matière pensable et périssable – tous les bavardages – le plus insupportable des apparences…

 

 

Sur la terre – toutes les circonstances – les tourments – les remous – les accidents – ce qui nous emporte derrière tous les horizons – le ciel – l’abîme – l’océan – chute ou envol – qui peut (réellement) savoir – dissolution assurément – et les prémices vivantes au cours desquelles il nous a fallu éprouver l’impuissance – affronter l’abandon – apprendre l’effacement…

Plongé(s) dans le brouillon permanent de cette marche – de ce voyage – longs – interminables – littéralement ; des pas – une danse – sur le sol – quelques traces dans la poussière – des gestes – des paroles – dans l’air – quelques vibrations imperceptibles dans l’espace…

Ce que nous sommes – ce à quoi nous ressemblons – avec, parfois, des rires – avec, parfois, des larmes…

Un chant – un peu de chair – de joie – de douleur – de poésie – consubstantielles à la trame – bien sûr…

 

 

Ce besoin déchirant d’Amour – l’âme et les yeux plongés tantôt dans le manque – tantôt dans l’éblouissement…

La lumière (presque) désincarnée du jour…

Tous les temples – berceau de la tristesse et de la désillusion – qui célèbrent avec componction – qui ritualisent à l’excès – qui évincent le Divin – en éloignant tous les visages – toutes les véritables prières…

Et nous – qui habitons un feu qui brûle pour (presque) personne…

A l’orée des mains – le ciel agenouillé…

Dans le cercle naturel du monde dont Dieu est l’axe central…

L’infini et l’éternité au cœur de tous nos gestes…

Le respect autant que la gratitude – profonds et spontanés…

La joie – le silence – l’humilité…

Sans posture – sans certitude ; et le regard – infiniment présent…

L’homme sans artifice – proche du jour et des conditions de l’origine – de l’innocence…

L’espace vierge – peut-être – sans personne – en somme…

 

 

Ce que l’on perçoit dans la lumière – le monde – l’Amour – agrandis – sans mesure…

L’abolition des limites de l’esprit – l’accroissement (conséquent) du périmètre de la conscience…

La lucidité de l’enfant éternel…

La terre et ses ronces tendres – devenues inoffensives…

Tous les recoins où l’on s’attarde – et nos profondeurs à l’air libre d’où sortent de très anciens démons aux bras étrangement accueillants…

Des lieux de plus en plus sauvages…

Un cœur qui apprend, peu à peu, à se laisser caresser par l’invisible – les mondes souterrains et aériens – les formes immortelles…

Et pourtant – rien de différent – en apparence – pour les Autres – dans le miroir – face à soi ; le visage un peu moins inquiet – un peu plus souriant – peut-être…

 

*

 

Fidèle – sans autre obstination que celle qui s’impose – la silhouette épaisse – l’âme assidue et courageuse…

De la malice (et un peu de mélancolie) au fond des yeux…

Rien – sur la liste ; du vide – simplement…

Des vagues – un peu de bleu sans angoisse…

La tournure des choses – au-dedans…

Des grilles descellées – des têtes décapitées…

Quelques baisers distraits sur ce qui nous maintient captif(s) – sur ce qui voudrait (vainement) nous libérer…

Plus qu’une fonction – une œuvre vocationnelle…

Au-delà de l’écriture – des visions – le silence – ce que révèle l’inconnu – notre humilité – ce qui nous soustrait…

Sur ce fil étrange – au cœur de cette vaste étendue – ni réels – ni fictionnels – dessinés, peut-être, par la main d’un Dieu, lui-même, esquissé à la hâte – avec maladresse – par on ne sait qui ; un rêve dans un autre rêve – une série de songes élaborés, peut-être, dans la tête de celui qui ne dort jamais…

 

 

Le jour imagé – irréel – (presque) sans rapport avec la lumière…

Nos gestes qui s’attardent sur la feuille – sur la table – sur la terre…

L’angoisse comme un lieu à part entière…

Dans l’attente d’un salut – comme (bien sûr) toutes les créatures mortelles…

 

 

Paroles blanches – balbutiements peut-être – comme un filet d’eau entre les pierres…

Mille remous au cœur de la vérité – l’esprit transparent…

Jamais les travaux d’un Autre et moins encore d’exercices imposés…

Les courants qui nous portent – la terre rude – l’âme sans altérité – les affres – les soucis – l’ingratitude…

La vie éprouvée sans rien esquiver…

L’apprentissage de la solitude – notre visage sans étoile…

Le cœur voyageur – ce que dicte le silence…

Notre voix imperceptible – et honnête – authentique – sans mensonge – dans le chant corrompu et tapageur du monde…

Ce qui – en nous – grandit – à l’abri des influences et des regards inquisiteurs…

 

 

A traits trop grossiers – dans le miroir…

La poitrine haletante – l’âme un peu perdue – comme si nous étions né(s) pour une autre terre – une compagnie moins rustre – des malheurs moins incisifs…

Un séjour – un visage – un vieillissement – dans la fausse proximité des choses – sans intimité – cherchant (en vain), à l’extérieur, un sourire – une porte – un lieu – un peu de réconfort – qui nous soit destiné(e) ; et, à la place – de l’absence – des exigences – tous les dévoiements du monde ; le terreau de notre infortune…

Des vies quasi maudites – une intériorité inexistante – comme si les Dieux nous avaient jeté un sort…

 

 

Au loin – cette musique du cœur – née de nos propres profondeurs…

Un asile vaste comme le ciel…

Et sous les pas – cette douleur…

Et derrière nous – ces ombres déportées…

Notre vie – à la manière d’un éternel recommencement…

Une faim perpétuelle – obstinée…

Et ces têtes intranquilles qui se regardent – qui se succèdent ; le petit peuple du feu et des fantômes – en attente d’ailleurs – d’un changement qui ne viendra, sans doute, jamais…

Proche(s) de notre destin – à cet instant…

Au centre du cercle – solitaire(s)…

 

*

 

Dans l’alignement du souffle et de la lumière…

Le plus naturel – le plus sauvage – silencieux…

Ce qui naît de l’immensité – ce qui traverse l’âme et se propage dans le geste – sur la feuille – l’acte et la parole – guidés – renouvelés – capables de transpercer la nuit – le monde – l’épaisseur de la matière – l’Autre au cœur si inerte – si massif…

 

 

La densité de notre torpeur – des terres brûlées – des postures archaïques – des manières primitives – le temps perpétuel (et paroxystique) des barbares – le glaive levé – l’âme oscillant derrière le visage déformé par un sourire mensonger – la tête faussement inclinée – l’air apparemment aimable – et le cœur à peine dissimulé pourtant – rude – raide – rugueux – intraitable – fièrement dressé dans la poitrine – protubérant – sec comme un coup de trique – aussi aride que ces rives peuplées de poussière et de rocailles – gris – à l’écart de l’œuvre de Dieu – diraient certains – au-dedans crispé – comme enroulé sur lui-même – tenant ses peurs si serrées qu’il en semble dépourvu…

Et nous – face à lui – face à eux – positionnés en colonnes – formant une armée immense – impressionnante ; des bataillons uniformes dont le métier est de haïr et de convoiter la couleur et la gaieté des Autres – de tous ceux qui ne se sont pas laissés séduire par les sirènes du mimétisme et de la normalité – de tous ceux qui ont eu le temps de s’éloigner – de fuir à la périphérie – de rejoindre les marges – loin de l’aveuglement – de la cruauté et de la bêtise – des foules…

Isolés – à présent – sur leur archipel – encerclés par la brume et l’océan qui protègent leur innocence – qui préservent leur joie…

 

 

Des ailes d’argile – lourdes comme des soucis…

Eduqué(s) dans l’idée d’un ciel trop haut – trop lointain – inaccessible – hors du cercle des possibles…

Condamné(s) à la proximité de la terre – de la chair – de la faim…

L’envol remisé à des heures plus légères…

Plus tard – sur des rives moins terrestres – plus solitaires – plus naturelles – sans la moindre nécessité d’apprentissage…

 

 

Dans les tréfonds – un feu – un soleil – sans douleur – sans témoin…

Les noces du jour et du monde…

L’invisible et la matière qui réinventent le réel…

A l’image, peut-être, des rêves de celui qui donne la vie…

 

 

Des grilles noires sur l’absence…

L’Autre – l’espoir – le souvenir et la parole – haut (très haut) sur l’échelle de la déception…

D’une ombre à l’autre – sans jamais comprendre le jeu (parfois retors) de la lumière…

Des crues et des rêves – abandonnés aux rivages…

Et le temps – jamais achevé – qui, pourtant, parvient à (presque) tout effacer…

 

 

Notre voix – ce que nous semblons être – jamais aussi fiables que l’abîme que nous habitons…

Sur l’autel dressé à la manière des Dieux : rien – du vent – quelques pierres – et, parfois, une présence – un léger rayonnement en attendant le jour – la réconciliation nécessaire – le sacre du silence – la célébration permanente de l’innocence – sans témoin – sans rituel – sans cérémonie…

 

*

 

Le buste incliné vers l’inconnu – le monde dans nos mains…

A l’écart – au-dehors – le dedans – quelque chose qui (de prime abord) a l’air saugrenu – comme des couleurs mélangées à un rêve – une traque burlesque – la course de quelques nuages dans la brume – un ciel immense déguisé en piège – en abîme – en miroir…

Notre souffle et notre songe – le monde qui se dédouble – ce qu’il (nous) faudrait écrire par-dessus l’histoire officielle…

 

 

Ecrasé(s) – exclu(s) – au cœur des massacres – la cible de tous les projectiles – de toutes les formes de haine et de rejet – ensemble – vie après vie – sans jamais deviner la cohérence des emboîtements – des inclinaisons – des proximités et des éloignements – la persistance tenace de la chasse…

Des objets dérisoires – manipulés par les mains du destin – elles-mêmes guidées par le silence initial – le silence sans nom – sans autre intention que le jeu et la contemplation de l’insignifiance – remuée partout – au-dehors comme au-dedans…

L’interminable processus de la science combinatoire – la surprenante alliance entre la matière et le hasard…

 

 

Quelque part – l’inhumanité du monde…

Mille replis – l’abondance et la présence, un peu vaine, du langage…

Les substances des vivants et la mort – colonisatrices…

Le joug et la souffrance détournés du projet commun – du projet initial – exercés (et organisés) par la caste des marchands et de ceux qui s’estiment capables de gouverner le monde – les foules – les bêtes et les hommes – de les soumettre à leurs lois scélérates…

Ce que nous endurons – sous le soleil – apparemment l’irréparable – les dents, pendant un court instant, desserrées pour vomir ce que l’on nous a fait ingurgiter de force – dans la violence coutumière qui a toujours tu son nom…

Les figures du désastre sous le sourire (un peu narquois) de la lumière…

Piégé(s) à l’intersection du rire et du réseau des peurs…

Ce que nous sommes (tous) – au fond – peut-être…

Ce que vivent – sans doute – tous les somnambules – l’état juste au-dessus du rêve – dans l’apparente proximité du monde – avec la (précieuse) complicité de l’esprit…

 

 

Un cri dans l’ombre – du sommeil sur les pierres – en couches épaisses – et les rêves comme une chape sur tous ceux qui dorment…

Debout – actif(s) – qu’en songe (bien sûr)…

Ce qui nous hante – ce qui nous obsède – la nuit qui se prolonge…

Le jour et la lumière – inaccessibles…

Des vibrations et des secousses – en vain ; des murs trop épais qui confinent toutes les tentatives à l’échec – tous les mouvements à l’immobilité…

L’éternité désastreuse – en quelque sorte – longue – très longue – mais (comme toutes les choses – sans la moindre exception – l’infinitude temporelle comprise) provisoire – fort heureusement…

 

 

Ici – des yeux qui brillent – le jour qui frémit – au-dedans – comme une vallée – une clairière – pour accueillir les orages et les voyageurs – tout ce qui passe sans jamais s’attarder…

Une respiration silencieuse – des gestes naturels voués aux nécessités quotidiennes…

Ce qui nous efface et ce qui élève ce que nous portons en secret…

L’ignorance, peu à peu, mise à l’écart – et remplacée par le feu – le cœur – le ciel ; la blessure qui se divise – qui s’amoindrit – qui devient, de plus en plus, guérissable…

De la boue – comme onguent – jusqu’aux étoiles – pour saturer l’air – pour saturer l’âme…

Un rêve supplémentaire – bien sûr…

Une marche absolument parfaite – pourtant – et inconséquente – parmi toutes les formes mortelles…

Et le souffle – étrangement – de plus en plus égal…

 

*

 

Prisonniers – ce que les vivants doivent endurer – ce qui nous plonge au cœur du destin – au cœur de la métamorphose – au cœur de la folie – l’une et l’autre – simultanément – dans un parfum de violence et d’épuisement…

Le grand chamboulement intérieur – les idées et les choses en désordre – le chaos de l’abîme – des plus obscures profondeurs jusqu’au ciel le plus lointain – la tête toute retournée – et l’âme étendue de tout son long – les yeux écarquillés par l’ampleur de la révolution – la zizanie et les guerres intestines – l’explosion des élans – de la circulation – et ce qui (inconsciemment) est visé ; ce fond de tranquillité immobile au-dedans de la trame – cet espace dans l’espace – hors du temps – et affranchi (bien sûr) de toute géographie ; une manière, sans aucun doute, de s’approcher du silence…

 

 

Sans avenir – ce qui s’écoule lentement (et qui ne s’apparente pas au temps)…

L’invisible qui va – qui vient – qui demeure en dépit des absences – des verrous – des cœurs cadenassés…

Ce qui nous enclave et nous relègue au chuchotement ; des traces subordonnées au mouvement…

L’éternité ininterrompue (bien sûr) – au-delà des blessures et des épreuves…

L’intensité en dépit de la peur et des excès…

L’éclosion du Divin à la moindre caresse – au moindre frémissement…

Et cet air si dense qui remplit l’espace – qui comble tous les interstices – toutes les failles du monde…

Ce à quoi nous œuvrons – sans attente – sans impatience – le corps déclinant et oublié – l’âme transfigurée – et la terre et le ciel éclairés par le feu immense qui nous anime…

L’invisible de moins en moins insaisissable…

 

 

Bribes – parfois – presque toujours – en réalité ; fragments de matière – d’invisible ; le réel resserré – concentré dans l’âme – la gorge – la page…

La danse du feutre – au milieu des mots – et, à chaque ligne, le retour au centre – le périmètre étendu au-delà des angles de la feuille – le ciel discret – et le silence qui jamais ne s’accumule…

Le corps et l’esprit – dans leurs limites (respectives)…

Ce qui soutient le monde – le souffle – le cours des choses – tous les destins – en somme…

L’inconnu – devant nous ; et l’air qui, peu à peu, se raréfie…

Notre expérience du temps – du devenir – de créatures mortelles…

L’oubli nécessaire aux naissances et à la mort…

L’absence et tous ses intervalles de lumière…

 

 

L’Amour et l’inhumain qui s’écrivent mutuellement – à l’envers des actes ; un regard – des âmes engagées – des yeux insensibles – des jeux et de la douleur ; les contours du monde qui ainsi se dessinent – tracés à l’encre noire – avec des noms – des choses – des visages ; une longue liste – un ensemble de formes référencées par le langage – et le reste – l’essentiel – la multitude et l’invisible – qu’il faut abandonner au silence…

L’innommable – hors de soupçon – bien sûr…

Le Divin – ici et ailleurs – partout – libre depuis toujours – dans tous les gestes – au fond de tous les cœurs…

L’esprit inaliénable – l’innocence conjuguée à tous les temps – souveraine et célébrée en tous lieux…

Et l’inévitable terreau des destins – des ombres – du désastre…

Le jour et la nuit arrachés – puis retrouvés – réinvestis, peu à peu – puis reperdus encore ; la faim sans coupable…

Cette danse masquée interminable…

 

 

Dans le sommeil – silencieux – comme des bêtes harassées…

Des mains – dans la nuit – qui se tendent…

Des formes d’ignorance – innombrables – à éprouver – à explorer – à reconnaître…

Des signes – dans le ciel – indéchiffrables…

Du sens donné aux blessures – et à la douleur – inévitables…

Des vies obscures encerclées par les Autres et la mort…

Les mêmes étoiles pour les hommes – les bêtes et les Dieux…

 

 

Ce qui écarte la terre des promesses et la terre de l’immensité…

Tout entier penché sur la matière…

Les boues du fleuve – immergées…

Le point de perfection – à l’intersection des rives et du silence – à l’intersection du regard et des formes ; et des couleurs qui passent (inexorablement) – et que l’on remplace – inévitablement…

Le monde – plongé dans le mystère – dans son destin…

La respiration (naturelle) qui nous est offerte…

 

 

Nous – ici – sans impatience – le cœur auprès de l’évidence et les mains dans la nécessité…

Des énigmes – des incertitudes – des apparences – comme un rêve un peu trouble parsemé de taches et d’interstices – une manière d’habiter la terre et le ciel (simultanément) – l’âme solidement arrimée à l’enfance naïve qui s’imagine (à tort) devoir batailler contre le monde – contre les Autres et la matière – pour obtenir ce dont elle a besoin ; de quoi vivre – un peu d’espace – un peu d’amour – un peu de paix…

 

 

Voyageur – celui qui passe d’une rive à l’autre – d’une existence à l’autre – d’une mort à l’autre – d’un monde à l’autre – dans un itinéraire jamais préétabli – dans une sorte d’errance très particulière – et qui, de proche en proche – chemine tantôt vers l’infini – la délivrance – tantôt vers le fond du piège – la contraction – et contraint, bien sûr, d’alterner les élans et les destinations…

 

*

 

Ce qui nous arrache à la faim – à l’espoir – à la culpabilité – pour devenir (pleinement) le mot – la parole transformée en geste – le geste transformé en poésie – puis, la poésie transformée en silence…

Au-delà (bien sûr) du masque – de l’homme – de la folie…

Suffisamment probe – sans doute – pour prétendre à un peu de vérité…

 

 

Du premier au dernier jour…

De la première à la dernière créature…

De la première à la dernière cavité buccale…

La même nuit – la même faim – la même absence ; et, quelques fois, un peu de bavardage…

Le monde qui balbutie – notre interminable préhistoire…

 

 

Souverain – ce qui, en nous, échappe au récit – à l’histoire commune – écrite – officielle – entre fiction et mensonge – délire et invention – parsemé d’éclats de vérité – dérisoire(s)…

Du sommeil et de la gesticulation à seule fin de trouver la bonne inclinaison – la juste posture – sur la pente – la moins déplaisante – la plus confortable…

Des murs – des œillères – des portes verrouillées – qui dissimulent la perspective et l’immensité…

Des mots – des vies – des corps – absolument non révolutionnaires – englués dans une sorte de normalité dans laquelle toute forme d’excentricité et de marginalité est systématiquement inhibée – réprouvée – interdite…

 

 

Un peu de lumière – devant nous et dans notre sillage – parfois, la seule réalité que nous expérimentons – et d’autres fois – la seule espérance que nous ayons…

 

 

L’aube – sur la pierre – et sur la page – le jour déclinant – le pas et la parole – presque inversés – et synchronisés pour éclairer le mot et assombrir la foulée afin qu’ils puissent, un jour, se rejoindre dans un espace de vérité – en demi-teinte – entre lumière et obscurité – là où le réel devient manifeste – là où l’expérience s’affranchit de toute limite – de tout manichéisme – là où il ne fait aucun doute que nous existons

 

 

L’encre silencieuse – tête nue – l’âme sous son étoile – le regard posé à l’intérieur – sur l’infini – les yeux fixés sur l’horizon – le souffle sur le rythme de la main qui écrit…

Le monde mis à l’écart – comme l’ignorance – qui ont, trop longtemps, régné sur notre candeur…

 

 

Sur le sol désert – la nuit brûlée – comme une terre trop ancienne…

Le sens et le ciel (enfin) retrouvés…

Lovés contre notre blessure – la chair encore vive – le sang – le reflet de la mort ajournée – comme une barque à la dérive sur des eaux inconnues qui nous paraissent soudain familières – et sur lesquelles nous nous laissons glisser sans inquiétude…

Nous – l’objet d’un rêve – peut-être…

 

 

Le cœur vivant – sauvé par le règne de l’incertitude – l’inconnu retrouvé – la possibilité de la mort – l’horizon au-delà des évidences – le mystère, en nous, préservé…

Une issue pour échapper à ce bain de croyances aux sillons tout tracés – les mains vides après la récolte – offerte à la terre – aux apparences…

Et l’on repart – et l’on poursuit son voyage – sans boussole – sans destination ; et l’on s’éloigne – et l’on se dérobe…

Le jour – au-dedans – comme le seul fanal…

 

 

Scellé dans la fange – le plus obscur du monde – de l’âme ; de la même nature – la même matière – sans doute – le bas des cimes – le socle de toute œuvre – là où la terre nous est la moins étrangère – le terrain de l’enracinement – le support de tout envol – là où la vie nous a posé(s) – très provisoirement…

 

*

 

Le noir qui jaillit de la pierre…

Des tombes – comme des miroirs où viennent mourir tous les reflets…

De la tristesse enfermée – à l’intérieur…

Une page supplémentaire – comme un gouffre que, peu à peu, l’on agrandit…

Ni la semence – ni l’immensité – ne transformeront le voyage ; les épitaphes mélancoliques – une encoche de plus sur le bâton…

Et l’horizon – et l’incertitude – toujours – devant nous…

 

 

Une soupe de signes – des éclats de sens à foison – comme une pensée magmatique – des amas qui se pressent – et s’entrechoquent – avant de sombrer dans l’abîme – dans l’oubli…

Des jeux – des insignifiances – pour assurer l’intégrité de notre démarche – de notre voyage – de notre territoire – de notre infirmité ; l’existence vécue à partir du manque…

 

 

Que risque-t-on sinon la désillusion et l’effacement – les prémices de la sagesse – un peu de vérité – insaisissable (bien sûr) – sur la pierre – comme l’eau fuyante d’une rivière – déjà passée – déjà ailleurs – comme l’Amour et le silence que l’on ne peut entasser (en prévision du temps à venir) – un autre versant du mystère aux facettes saillantes et réflexives…

Le ciel – comme le corps – sans frontière…

Nous – cherchant ; nous – nous appauvrissant ; puis nous – comme un tégument de lumière – le prolongement du monde dont toutes les extrémités seraient des soleils ; et ceux (tous ceux) encore coincés dans les interstices qu’il faut continuer d’instruire et d’éclairer ; notre tâche à tous – bien sûr…

 

 

Terre vécue – comprise – peut-être…

L’obscur parcouru jusqu’à la dévastation…

L’oreille qui se dresse – l’écoute attentive – une présence libérée de ce qu’elle porte – de ce qui l’entoure…

Et cette joie – indélébile – qui se fait entendre au fond du cœur…

 

 

Des pas dans la boue – enchaînés…

De l’ignorance aux relents d’obscurité…

Les ténèbres que l’on porte – transportées de terre en terre – de seuil en seuil – sans jamais fléchir…

Le langage plus noir qu’à l’ordinaire…

Et cette longue veille au-dessus du monde – des signes – à l’affût d’une lueur – d’un peu de lumière – pour briser le sortilège et l’aveuglement…

Toutes nos tentatives – tous nos élans – en attendant le soleil – la clarté suffisante pour que s’effritent les œillères et l’illusion…

 

 

Des portes sans poignée qui n’attendent qu’une main innocente – un cœur suffisamment pur pour transformer toutes nos absences en (réelle) possibilité de sagesse…

L’humilité plutôt que la mémoire…

Le silence plutôt que le sermon…

L’être plutôt que l’exemple et la leçon…

L’aube comme seule manière de s’affranchir de la nuit – du manque – des consolations engrangées comme solution (inappropriée – bien sûr) à notre infirmité…

Dans le reflet trop familier des rêves – la nuque raidie sous le poids – l’encombrement de la charge mal répartie entre l’âme et les épaules…

L’intériorité (quasi) moribonde – la poitrine suffocante – les jours et les années qui passent – le temps qui s’écoule – apparemment – les yeux fermés – dans la perte inconsolable du Divin – la tristesse contenue – le cœur réduit à la surface – l’existence cantonnée à quelques apparences – à ce qui semble nous entourer – très étroitement…

 

*

 

La pierre fendue par la masse…

Le sol tassé par le piétinement (permanent)…

La terre – partout – malmenée – maltraitée – exploitée…

A la limite de la rupture…

La surface (presque) totalement anéantie et les profondeurs éviscérées…

Jusqu’ici le soleil – pourtant…

L’apparition (progressive) de la multitude et l’émergence laborieuse de l’homme ; le commencement du cataclysme…

 

 

Sur la ligne d’horizon – la frontière grise – la nudité du ciel et l’écume du monde – à la jonction précise des deux espaces ; d’un côté – la monstruosité et les remous – et de l’autre – la virginité nébuleuse – aussi manifeste qu’imprécise…

Et cette cassure – au fond de l’âme – qui partage l’homme en parts inégales…

 

 

L’esprit du monde – fangeux – labyrinthique ; et l’existence humaine – entre la jouissance et la fuite – inapte à échapper aux malheurs – à la tristesse et à l’absence – que la mort – tôt ou tard – vient couronner…

Les besoins de la chair – les nécessités quotidiennes – tous les incontournables existentiels (la maladie, la douleur, le vieillissement) – dont nul ne parvient (véritablement) à se libérer…

Cette parenthèse apparemment constituée d’un début et d’une fin – deux dates – l’une supposée inauguratrice – et l’autre considérée comme un couperet – un terme définitif – rédhibitoire ; l’ignorance d’avant et l’ignorance d’après – et la survie comme impératif du séjour ; les Autres et le monde – toutes les circonstances – avec lesquels il nous faut apprendre à vivre – à composer – avec plus ou moins de maladresse et de probité ; les conditions mêmes de l’impasse terrestre – du seuil infranchissable – de la sentence plus qu’incompréhensible…

 

 

Parfois – les lèvres – parfois – le sang – la main levée – la main tendue – ce qui passe – ce que le chant intensifie – la note et l’étoile – l’âme investie par l’angoisse et l’invisible…

Notre labeur – à l’intersection des cercles…

Le monde et le temps – ce qui apparaît et ce qui s’écoule – malgré nous…

 

 

La perche dressée au-dessus de la matière – comme une main aveugle – maladroite – qui tente de toucher le ciel – le fond de l’air ; comme une excroissance de l’âme née de l’invisible et de la progressive sophistication du corps…

La terre recouverte – saccagée – réduite à un étroit périmètre qui pousse l’homme à investir l’espace – l’ailleurs – d’autres terres – au-dehors – et d’autres mondes – au-dedans – une issue pour échapper à l’encerclement – à l’incarcération de plus en plus insupportable…

 

 

Dans nos bras trop restreints – l’ombre immense des jours – des siècles qui passent – comme le reste – les visages et les bruits – sous la lumière épaisse – le feu des yeux qui, peu à peu, se transforment – la lente métamorphose en fenêtre – puis, en regard…

Les rives détournées de leurs usages communs – coutumiers ; le renversement des valeurs – la parfaite transvaluation des principes…

Le mystère, peu à peu, déchiffré…

Le vent qui retrouve sa fonction première…

Les mains de moins en moins hésitantes…

Et les pages qui s’écrivent – qui se tournent ; de plus en plus rassuré – de moins en moins soucieux – le sourire, à présent, accroché aux lèvres…

 

*

 

Plus qu’un couteau tranchant – une fine lame – sur laquelle viennent mourir les pensées – les faits – les dates – tous les phénomènes…

La mémoire – comme un obstacle à la virginité ; un mur massif supplémentaire – dans l’immense labyrinthe – une zone entière – un périmètre croissant – considéré(e) comme une gigantesque impasse par la nomenclature des sages…

Sans seuil – une sorte de piège démesuré pour les vivants…

Le lieu où s’entasse ce qui – bientôt – deviendra monstrueux ; un empêchement rédhibitoire – tel un énorme rocher attaché à une corde nouée à cette partie sombre et saisissante de l’esprit – que l’on jetterait au fond d’un abîme…

Et aujourd’hui – fort de ces si nombreux séjours dans les ténèbres – un regard seulement muni d’un glaive agile (et aiguisé) – notre unique bagage – le seul viatique indispensable pour voyager entre les mondes [et résider quelque temps sur leurs rives (innombrables)]…

Présence vécue auprès de la lumière, peu à peu, devenue fenêtre et miroir – selon les visages et la profondeur des yeux qui nous font face…

Battements de cœur et joie – au fond de la poitrine…

Âme poudroyée – puis, dispersée dans l’immensité – et confondue avec elle ; un seul espace – à présent…

Qu’importe les faims – les demandes – les tremblements – un geste à la fois – à la manière de l’écoute – cette attention pure exempte de bassesse – de fatigue – de corruption – avec un reliquat de matière – peut-être – sans bouche – sans ombre – comme une excroissance (de moins en moins dévoyée) de l’invisible ; un fragment de silence – offert à tous…

 

 

Le jour inversé – dans le sang – le ciel – au revers de l’épaisseur rouge…

Et nos vies comme des mains malhabiles qui tentent d’esquisser sur le sable quelques traits dérisoires – confronté(e)s à la récurrence des vagues – du vent – de la violence ; les Autres – le ressac – les rafales – tous les périls du monde – le contexte terrestre le plus familier – ce qui cingle et ce qui frappe – le corps – le cœur – l’esprit…

Nos existences – sans promesse – d’acrobates maladroits – sur le fil du feu censé nous mener vers la lumière – les deux pieds dans le brasier – en réalité – et la tête coiffée de hautes flammes – notre lente (et douloureuse) consumation…

L’inertie (bien sûr) plutôt que le voyage…

 

 

Le paraître déformé par les lèvres et le désir – dans l’intention de constituer une sorte de totem – un simulacre de beauté – avec des miroirs mensongers accrochés à tous les murs et des reflets apocryphes arrachés au Divin – pour essayer d’échapper à la laideur – à la tristesse – à la nuit…

Nous – passant comme un rêve – entre le premier et l’ultime soupir – quelques saisons – des gestes sans autre folie que celle de chérir son ignorance…

Dispersé(s) – éparpillé(s) – jeté(s) les uns contre les autres – sur la terre – au milieu des circonstances…

La masse des corps qui jonchent le sol – qui luttent – en vain – contre les remous et l’oubli – impuissants face à l’acharnement des forces infrangibles…

La survie – comme seule ambition – source de (presque) tous les élans ; le désir d’une matière docile et abondante – le seul espoir – très souvent…

Oublié(s) des Dieux – exilé(s) de l’intérieur – appauvri(s) par l’absence et le manque d’espace au-dedans – cherchant, dans le labyrinthe du monde, une impossible issue…

Des songes et des foulées – seulement ; mille tentatives pour essayer d’échapper au désespoir…

 

*

 

Les ombres contournées – franchies – parfois, résorbées…

Corde à la main – pour se laisser glisser le long de la roche – à l’écart des massacres – la peau lacérée par les aspérités du monde…

Dans la poche – un carnet et quelques provisions – pour entreprendre ce voyage surprenant – comme une longue (et savoureuse – et salvifique) descente au fond de l’abîme…

La ligne claire de l’esprit – la paroi avec ses failles et ses anfractuosités…

La pluralité des genres – recentrée…

Toutes les lacunes et tous les excès – surlignés…

Le contraire de la tiédeur et de l’usurpation…

Le délire jusqu’au (complet) vacillement…

D’un extrême à l’autre – dans notre langue et notre traversée…

L’expérimentation du monde ; l’apprentissage de l’homme ; le labeur auquel nul ne peut échapper…

 

 

Terrassé par l’indigence – l’ordinaire…

Les peurs recroquevillées derrière un semblant de bravoure ; quelque chose – en nous – de dévasté – malgré la bonne figure (apparente)…

Cet instinct des bêtes en présence des hommes ; le sauvage qui fuit les bizarreries et les dangers de la civilisation – les mœurs étranges et atroces des dominants…

Sur le chemin de l’exil – aux confins du monde – aux marges dépeuplées – là où l’étreinte n’existe plus qu’à l’intérieur – comme l’enfance et la tendresse – comme le plus précieux – le cœur déshérité – la main tendue et la main qui se tend – la solitude et la fraternité – en soi…

Nous – face à nous-même(s) – les fenêtres et les mondes que nous portons – ouverts sur l’immensité…

Et ce long glissement vers le silence – la texture de notre premier visage – le seul, peut-être, qui puisse échapper aux couleurs et aux oripeaux dont nous avons pris l’habitude d’affubler nos différentes – nos multiples – figures…

 

 

Nous – parmi les Autres – le mystère dont nous nous rapprochons – dont nous nous éloignons – que nous sommes…

Sans distance – le vide – creusé – en soi – propice à l’accueil – prêt à tout accueillir…

La plénitude – au centre – la présence – partout – l’immobilité – au cœur de laquelle tout – à peu près tout – circule – se rencontre – échange…

L’œil jamais ébloui par la lumière – jamais inquiété par le silence…

L’âme réconciliée avec le monde et l’Absolu – tels qu’ils nous apparaissent…

 

 

Sur la pierre – le faîte et l’horizon – l’âme et le pas – le geste et la prière – tout ce dont nous avons besoin pour vivre sur la terre – au ciel – entre les deux – notre (humble) humanité…

L’invisible scindé en autant de dimensions que nécessaire ; l’œil immature qui cloisonne et dissèque – incapable de voir – trop souvent…

L’Absolu d’où jaillissent la matière – les choses – la parole…

L’œuvre du monde à l’aune du possible – notre labeur…

La vie – la mort – le sommeil – ce qui a l’air d’être – peut-être – sans doute – à la manière d’un rêve…

 

 

Un peu de couleur sur ce qui semble exister – quelques taches bariolées sur la trame immense…

Agenouillé devant le feu – l’homme – le silence – les cimes sombres de la nuit – le fond du jour aux parois lisses – vertigineuses…

L’œuvre de la tête soumise au piétinement des Autres ; le reste du monde que nous ignorons autant qu’il nous ignore…

Ce que nous sommes – parfois – de toute évidence…

 

*

 

Le temps désagrégé – l’espace interminable…

Nous – sans interruption – dans l’écheveau aux interstices fabuleux…

Des passages – de monde en monde – de vie en vie – le fil d’une même conversation – les doigts de Dieu qui jouent avec toutes les cordes de son instrument…

De tous les exils à tous les centres – au gré des circonstances ; et la même écoute – infiniment patiente…

 

 

Vacillant – sous cette lumière qui nous rejoint – à intervalles réguliers – pour égayer un peu le noir – notre course insouciante à travers le monde – le regard d’un Autre – aussi aveugle que nous – sans doute…

Dans la poitrine – cette musique et ces fenêtres – l’enfance qui sommeille avec candeur – le terrain des possibles que la raison infertilise – l’absence au niveau du sol – le rêve comme dangereux dérivatif…

Du haut des falaises – un rire – un envol – quelques fois – quelque chose qui élargit le cadre – qui redonne à l’esprit sa potentialité – un rai de lumière sur la langue – la création d’un embarcadère jusqu’au milieu de l’océan – le jour qui s’élève et la nuit qui décline…

Nous – derrière la vitre – les yeux qui cherchent – l’oubli comme un balai serré contre soi – et que l’on fait danser au milieu des visages et des circonstances…

Nous – comme une flèche dans le vide – suspendue – et qui reprendra sa course à la fin de la méprise – et qui se multipliera autant de fois que nécessaire pour atteindre le cœur de la cible – le centre multiple de l’espace…

 

 

Le frémissement – en soi – de l’invisible…

Ce dont le geste se fait l’écho…

Le brassage de la terre et du rêve…

La douleur et le sommeil réunis…

Comme un vague dispositif – éventuel déclencheur de l’envol – peut-être – les linéaments d’un élan pour échapper à la nuit du monde – à l’obscurité de l’homme…

La mesure de notre infirmité – à certains égards…

Nos bassesses éployées – l’image du feu – et nos lâchetés au bout d’une perche…

Exposé et retranché – en plein silence – malgré les cris et les objurgations de ceux qui cachent – maladroitement – leur indifférence…

Nous – sous le piétinement de nos contempteurs – la seule place que l’on nous octroie – et que nous occupons – à genoux – en silence – sans mot dire – les mains jointes en prière…

 

 

Dans l’ombre de ceux qui partent – de ceux pour lesquels la vie est un voyage – la seule véritable aventure – sans doute…

L’apparente errance du dehors et l’itinéraire (extrêmement) précis à l’intérieur ; des pas mesurés et des escales – jamais prévus – jamais anticipés – mais qui s’avèrent conformes aux traces passées – aux empreintes laissées par les anciens ; la patiente remontée du fleuve jusqu’à la source – le lieu du jaillissement perpétuel – à la jonction du ciel et de l’âme…

Et notre cheminement – les yeux bandés – les mains attachées derrière le dos – tous les rêves émiettés – à travers le réel et ses reflets…

Une foulée après l’autre – jusqu’au réenchantement…

 

*

 

La tendresse sauvage – farouche – solitaire – qui aime la nuit – l’oubli – ce qui nous réconcilie avec la chambre close – la force concentrée qui sert de baume et de miroir au voyageur en exil – seul sur ces rives dépeuplées – un peu de ciel – un reste d’étoiles – mélangés à la parole qui panse pour donner naissance à celui qu se moquera du gouffre – des pièges – du monde et du Divin – à celui qui respectera toutes les formes nées de la source – qu’importe leurs grimaces et leurs déguisements…

Nu – sous sa toge de vent – sans attribut humain apparent – inspiré par toutes les profondeurs – affranchi des apparences…

Dans les yeux – cette flamme solide ; dans le cœur – ce qui subsistera à tous les anéantissements…

L’espace vivant – sensible – chargé de vie – de mort – de décombres – traversé de toutes parts – à l’intersection de la terre et du ciel…

Sur le point de glisser – à chaque instant – dans l’âme de ceux qui ont su se faire humbles – suffisamment humbles – à force de cassures…

L’écho d’un roulement – au-dedans…

Quelque chose de bouleversant – le cœur de l’enfance – peut-être – réapparu avec la douleur et la clarté de l’âme…

 

 

Au pied d’un arbre – aux fenêtres du temps – l’infini porté par les mains de l’invisible – l’impossible dans la paume du silence – l’éternité de la voix chargée d’une imperceptible vérité…

Notre interminable besogne – la vie – le geste – la poésie – au service du soleil et du sang ; le Divin déguisé en chair et en verbe…

 

 

Les deux mains tendues – confiantes – comme si le monde était un rêve…

Des étoiles dans un autre ciel…

Une nuit colorée par des mains délicates…

Des âmes sensibles à la lumière…

Quelque chose de bienveillant qui pourrait s’approcher…

 

 

Notre vie – dégoût aux lèvres – le souffle ensommeillé – le ciel sans un seul signe – silencieux – comme si tout dormait – en nous – alentour ; comme si seul le rêve était réel…

Du soleil – parfois – le simple rayonnement d’une étoile – le reste sans couleur – comme emprisonné…

Au cœur des gouffres de la terre – la multitude amputée – agenouillée aux pieds des parois – hurlant sa douleur – ses prières…

Des paroles mélangées à la boue…

Des yeux presque parfaitement fermés…

Des existences – pitoyables – sans espoir – sans lumière – en train de s’éteindre…

Et nous – nous débattant encore – faiblement – dans les filets des Dieux – au cœur des orages et des tempêtes…

Trop peu de fièvre et trop de sang ; l’âme recroquevillée dans notre main…

 

 

Au doigt – l’alliance rompue…

L’indifférence en guise d’étreinte…

Dieu dans nos yeux aveugles – impuissant à se faire voir…

Dans cette nuit de plus en plus déserte…

Distraitement en vie – comme des pantins – (presque) entièrement étrangers à nous-mêmes…

Oublieux de la besogne – de l’origine – à accomplir – à retrouver…

Sous la coupe de la soif – immobiles – presque inertes – comme si nos membres avaient été arrachés ; dans une posture cruelle – atroce – insupportable…

 

*

 

A attendre – ici – dans le sable – sous le ciel – la voix – la mort – l’impossible…

Notre labeur interminable…

Et le sang sur la dépouille couchée sous la terre – la même douleur – la même peine…

Et l’âme dans l’air – survolant le monde ; le même besoin de tendresse – de soleil – d’horizon à dépasser…

 

 

Ce qui se rallie – sous nos forces – comme si nous étions un titan – un colosse aux ailes dépliées – aux longs cheveux clairs – un demi-dieu s’essayant à l’envol sous l’égide des forces célestes…

L’œil (néanmoins) lucide sur la métamorphose…

 

 

Face au monde – face au dé – le même destin qui se joue…

A la vie – à la mort – tantôt porté vers l’une – tantôt porté vers l’autre – sans distance avec ce qui arrive – pleinement engagé – malgré le regard qui surplombe les spectacles…

Tout – les deux – de manière concomitante…

 

 

Sur la terre abrupte – les deux pieds au sol – enracinés – posé là où il y a des arbres et des fleurs…

Le silence – dans la poitrine…

La voix qui murmure – comme pour elle-même – s’adressant à l’âme peut-être – et aux frères alentour – qui peut savoir – implorant les pierres et le Divin d’offrir à l’homme l’œil bleu de la sagesse – le cœur dégagé de l’histoire – capable de deviner l’immensité – la clarté de l’entendue sans bord ; l’Amour – la tendresse – le respect – nécessaires à la vie commune…

Soi et l’Autre – sans brisure ; dans la continuité perpétuelle de l’esprit et de la chair…

 

 

Ce qui s’écoule – ce qui s’écoute – l’énigme et les visages – l’esprit éparpillé dans la matière…

En nous – la lumière dissimulée sous nos voiles ; très souvent, l’ignorance – parfois, la pudeur…

Les troubles de l’âme face à ce qui s’invente – face à ce qui redouble d’effort pour consolider la résistance…

Deux mondes – au-dedans – qu’une réconciliation, sans doute, réunirait…

 

 

La figure repliée dans l’âme – les bras écartés – la bouche lumineuse – le silence sur nos lèvres trop agitées – parfois…

Le soleil – en désordre – au-dedans…

Ce que l’on murmure ; toutes nos insatisfactions…

 

 

Sans tête – l’âme nue – et sans même y réfléchir – notre plus juste identité ; puis, après un temps (suffisant) de silence et de solitude – l’approfondissement de l’ignorance – le doute et l’hésitation – l’impossibilité de dire – de définir – l’inutilité du langage – l’indigence de tout commentaire – rien ou tout – rien et tout – qui peut savoir – ceci et/ou cela – l’être et le non-être – la possibilité du jour dans le règne (quasi) perpétuel de la nuit – la faim – les Autres – soi et les formes – l’évidence et l’invisible – le rêve et les yeux grands ouverts – l’histoire – toutes les histoires – comme une succession de choses et de visages – une longue suite de circonstances – ce qui arrive – ce qui pourrait arriver – ce qui est – ce qui s’impose – assurément – ce qui existe – peut-être – ce dont on n’est pas certain…

La vie – la mort – la terre – le ciel – mille choses – mille mots – expressions de la même figure ; des élans et des tentatives ; l’œuvre – partout – de l’ineffable…

 

*

 

Le monde déchiré – la blessure étalée – devant nous – la parole inutile – le triste constat – la halte nécessaire – un peu de répit pour le pas – en attendant que naisse une autre terre – une autre lumière…

 

 

De l’autre côté – parfois – la seule solution ; non pas l’issue des faibles – non pas l’issue des rusés – mais celle qui se dessine, peu à peu, dans l’épaisseur étouffante des existences – dans l’étroitesse incarcérante des cercles où l’on nous somme de résider…

Un saut de côté – une traversée – ce que nous pouvons pour échapper au ciel de plomb – à la lourdeur de l’argile – au sang qui finit par s’assécher dans nos veines…

Un élan pour réparer – peut-être – nos vies fissurées – infirmes – estropiées…

 

 

La voix – la nôtre sans doute – au-dessus du monde – la terre écorchée – ce que nous étreignons – ce à quoi nous nous accrochons – après l’inévitable séparation – la rupture – le déséblouissement – le rejet du commerce auquel se livrent les hommes…

Dans un geste univoque – l’éloignement de la peur – le retour à l’innocence…

Le couteau et le bleu – le cœur – largement exposé – sans fausse pudeur – sans craindre d’effrayer – sans craindre de subjuguer…

Des yeux – partout – au-dessus du monde – les nôtres peut-être – eux aussi…

Ce qui nous prend et nous emporte…

Ce qui nous fait recommencer – mille fois – dix mille fois – des millions – des milliards de fois – encore et encore – encore et toujours…

La destruction et la mort – malgré la persistance des larmes et des tremblements…

Ce qui se lève – haut – très haut – bien au-dessus des cris et des légendes inventées par les hommes…

 

15 août 2021

Carnet n°265 Au jour le jour

Décembre 2020

Ni effort – ni sacrifice – ce qu’imposent les circonstances – le corps – le monde – l’influence des étoiles – les limites de la psyché – la nécessité du vide et du silence – les impératifs (non négociables) de la solitude – ce dont nous avons (viscéralement) besoin – ce qu’il nous faut goûter – éprouver – expérimenter – exactement…

 

 

Le poème – comme une prière lancée sans intention – vers le plus proche – le plus lointain ; entre le cri – le chant – le silence ; quelque chose sans destinataire – sans destination ; un geste naturel et gratuit ; presque rien – en somme…

Un peu d’espace – comme un courant invisible au-dessus des têtes…

Ni signe – ni sens – une langue présente – une manière d’être là – disponible – discret – attentif ; une façon, peut-être, de révéler – et de célébrer – l’humanité – en nous…

De l’encre sur le papier et l’incommensurable qui s’offre à l’âme…

 

 

Rien ne nous attend ; nous n’attendons rien…

L’espace – seulement – sans personne…

La solitude et la joie – notre sort – à présent ; si différent de ces (longues) années passées dans le noir – avec le masque de la tristesse collé sur le visage – le cœur recouvert de mille voiles – longs et épais – et l’ignorance en strates au fond de l’esprit – en deçà de toute possibilité de savoir – de découvrir l’autre versant du réel – derrière l’absence…

Nous et le monde – dans l’obscurité de ceux qui s’imaginent pauvres et mortels…

Nous et le monde – prisonniers des idées et des images des Autres…

Et nous – aujourd’hui – à la périphérie du monde humain – étroit – si commun – au seuil d’une plus large perspective – d’un horizon et d’une manière d’être au-delà de l’homme – peut-être…

 

*

 

La nuit alentour – au-dedans – au-devant du monde – qui recouvre, peu à peu, le ciel – qui devient, de proche en proche, les visages – les âmes – la parole – ce que chacun finit par être – et échanger avec les Autres – sans même y penser – sans même en avoir conscience…

Le noir jusque dans les profondeurs les plus reculées du cœur…

 

 

Le ciel – à travers les Autres – qui, tantôt, nous bouscule – qui, tantôt, nous accueille…

Sans direction – mille soustractions nécessaires – seulement ; ni récompense – ni punition – une intelligence – une sensibilité – à découvrir – à faire éclore – en dessous du feu…

 

 

Muet – devant le langage qui nous invente ; des traces particulières – nous dit-on…

Ainsi les hommes aiment se persuader de leur consistance – de la véracité de leur existence : peu (très peu) savent que rien n’existe – eux – pas davantage que le monde – que les Autres…

Un peu d’air vaguement rassemblé – vaguement agrégé ; un peu d’air qui s’agite – que les vents et les circonstances précipitent un peu plus loin ; de vie en vie – dans le même vide…

 

 

Une fenêtre à la place des questions d’autrefois…

Du silence et de l’immensité là où, naguère, les mots et le bavardage se cognaient dans l’espace trop étroit de la tête…

Parfois – des larmes – entre joie et tristesse (presque toujours)…

Quelque chose de vif – de tendre – d’attentif…

Quelque chose qui n’appartient ni au monde – ni à la psyché ; extra-terrestre – littéralement…

 

 

Des taches d’encre sur la page – comme des taches de doigts sur une vitre – incongrues – déplacées – comme des salissures sur la fenêtre du monde – un peu d’opacité supplémentaire – rien (trop souvent) qui n’aiguise – qui n’éclaircisse – la vision – le regard…

Un voile sur le réel – comme un obstacle (presque) rédhibitoire à la contemplation…

 

 

A tâtons dans le noir – la dévastation – quelque chose de (presque) imprononçable pour l’innocence ; les deux jambes coupées – nos lignes suspendues à un fil – au-dessus du monde-abîme – comme un funambule invité en pays hostile – pressé de reprendre, dès que possible, sa marche mesurée – de retrouver ses hauteurs et son envergure…

 

 

Rien – sur l’autel du langage – un peu d’encre – un peu de sueur ou de bave – des signes – des mots – toutes les fables inventées par les hommes…

De simples histoires – rien, jamais, de réel…

Et, pourtant, le sens fait toujours trembler le monde ; il célèbre ou crucifie – et l’on en fait, encore un peu partout, un outil de propagande – une arme de persuasion…

 

 

On offre – on sert – on se prête aux usages nécessaires ; jamais l’on n’exploite – jamais l’on n’instrumentalise…

Outil ancillaire plutôt qu’acteur décisionnaire et tyrannique…

Plus conscience sensible que (exclusivement) doté des attributs humains ordinaires…

(Très) singulière manière d’être – parmi les hommes…

 

 

Ce qui se renouvelle – en nous – l’invisible – l’intangible – ce dont si peu ont conscience…

La nuit comme le jour…

Le rêve – la ruse – les instincts ; et le reste moins (beaucoup moins) désespérant ; la tendresse – l’intelligence – la lucidité…

Vivant(s) – sans effort…

Le réel – au-delà du labyrinthe inventé – sans géographie – sans cartographie – inconnu – toujours – inexplorable – que l’on découvre et que l’on oublie le pas suivant ; le lieu de l’émerveillement – le chemin du non-apprentissage ; le regard sans mémoire qui, sans cesse, perçoit pour la première fois…

L’une des plus belles manières d’exister – peut-être…

 

*

 

Les hommes – le temps – emmurés dans le désastre – l’impossibilité ; les chemins du devenir – de catastrophe en catastrophe – presque rien – en somme – sinon l’impossibilité de l’affranchissement…

Quelques tours – douloureux (et désespérants – le plus souvent) – au cœur de l’invisible…

 

 

L’indicible – Dieu – sous nos masques – qui interroge – qui dénude l’esprit – tout ce qui doit l’être…

En soi – sans jamais prendre les Autres à témoin…

Dans l’âpreté des exercices solitaires – ce qui s’impose à notre volonté (si l’on peut dire)…

Des portes qui s’ouvrent sur l’immensité ; un périmètre qui, peu à peu, découvre – et dévoile – son étendue…

 

 

Des seuils – la vie qui s’affaisse – avec la pensée – le monde – les ombres – tout ce qui paraît trop perceptible – trop évident…

L’abîme qui modèle l’œil et le temps – les figures jointes du ciel et du geste – dans chaque parole…

La terre – comme un autel où se joue, à chaque instant, le plus sacré…

 

 

Le manque – l’inachevé ; tout ce qui – en nous – nécessite un peu d’attention…

Et le langage qui s’érige à la manière des tours – de forteresses inattaquables – construites sur le sable ; illusions d’existence – de puissance et de hauteur (de vue) – qui n’impressionnent que les yeux des enfants (trop) obéissants – à la curiosité défaillante…

 

 

D’un geste d’oiseau – sans (jamais) s’appesantir – en un éclair – comme la vie et la mort – de passage seulement – à peine une trace dans le ciel – pas même un envol – pas même un voyage – le plus bref disparaissant avec discrétion…

 

 

De passage – sur la pierre – comme tous les esprits voués (momentanément) à la malédiction terrestre…

Ni enfer – ni paradis – pas même le purgatoire…

Le temps (plus ou moins long) du sommeil…

 

 

En d’autres lieux que le monde – là où le rêve demeure étranger – là où la mémoire a été bannie – là où le rêve et la mémoire se sont effondrés à force de vide – sur ce chemin qui, sans cesse, retourne à l’origine – l’oubli en tête – au milieu de la matrice – partout délocalisée…

Sans embarras – l’être dans sa plus grande innocence et le cœur nu (et à vif)…

Là où l’on nous a posé(s) – sur le rebord d’une immense fenêtre – aux marges du monde – derrière les apparences bien rangées – au cœur du désordre – du chaos plein l’âme et la bouche…

Aux angles perdus de la raison – là où nul ne penserait à venir nous chercher…

L’âme au centre de l’univers – adossé au vide – dans l’immensité que nous sommes ; et le monde – et les choses – les visages et les idées – toutes les fulgurances qui nous traversent…

Ici – présent – sans excès – sans le moindre débordement – la parole sur sa sente sacrée – la plus naturelle à nos yeux – et, sans doute, la plus hermétique et la plus incompréhensible aux yeux des Autres…

 

 

La douleur cloutée sous le front – avec cet embarras à vivre devant toutes ces bêtes mourantes sur le sol jonché de corps et de sang – sous la mainmise des hommes ; tous ces pas qui piétinent – toutes ces mains rouges – toutes ces intentions sanguinaires…

D’un côté – l’hystérie de la faim – jusqu’à la folie ; et de l’autre – la chair et les âmes blessées – infiniment tristes – et inguérissables – sans doute…

 

*

 

De la rencontre – saisissante – entre figures aimantes – alliées – comme une aubaine…

Un parcours de l’enfance revisité – de mort en mort – à travers mille vies successives – ce qui nous hante – cette longue étreinte – cette part du cœur amoureux que l’on partage…

Ni promesse – ni reconstitution – l’identité des profondeurs reconnue – l’œuvre commune – ce qui nous attend après le lot d’épreuves et de catastrophes nécessaires…

Une voie – une chance – ravivées par l’Amour…

Ce qui – en nous – se renouvelle – au milieu des habitudes et des répétitions quotidiennes…

Le dispositif du rayonnement – réajusté sans inquiétude – au gré des visages – des circonstances – des possibilités…

Le plus poétique de ce monde – sans aucun doute – au cœur des emboîtements d’usage – des alliances réalisées par crainte ou ambition – comme une résonance malgré la laideur – les instincts – les excès de la volonté humaine – toute la cruauté dont nous sommes capables…

La beauté de cette – de notre – présence – parmi tant de certitudes – de limites – d’imperfections…

Là – sans désir – sans impatience – terrain vierge de toutes les traversées – ce qui s’impose – sans obscurité – ce qui s’efface d’un seul geste – ce qui s’oublie sans nostalgie – ce qui s’invite encore et encore – à la manière de l’aube sur la terre – un sourire – un peu de lumière sur notre effroi – notre misère – comme un repère – un refuge – sur ces rives tristes et trop pressées…

Le jour – tel un sillon dans la nuit – un fanal au fond de l’abîme – ce qui pourrait nous sauver de l’espérance et des tourments – malgré cette ronde (sans fin) de malheurs…

 

 

Couchés dans l’immensité – la tête à l’envers – les joues rouges à force de rire – frères d’une seule fratrie – dans cette marche – tantôt horizontale – tantôt verticale – souvent crépusculaire – ensemble jusqu’à Dieu – et au-delà – comme des enfants sous le regard tendre de leur mère – la joie de se parcourir – de cheminer, peu à peu, vers soi – dans cette respiration de la distance qui enchaîne, de manière ininterrompue, les éloignements et les rapprochements – comme un souffle divin au cœur de la chair – sur notre si terrestre chemin…

 

 

Le plus précieux – parmi les immondices – contrairement aux objets de contrebande – que l’on expose et que l’on s’échange comme des choses de grand intérêt…

L’esprit écorné par les apparences et la cécité…

Le règne – toujours triomphant – de la bêtise…

 

 

Ce que l’on a peint – malicieusement – sur nos yeux – pour que nous ne puissions voir que les traits du monde les plus grossiers – le plus tangible – la forme la plus apparente des choses…

Comme de l’eau jetée dans un fleuve – de la terre lancée sur le sol – un linceul qui envelopperait la mort…

Quelque chose d’un peu inutile (et d’un peu ridicule) – qui nous fait, parfois, froncer les sourcils d’un air (légèrement) méprisant…

La beauté et la poésie – le parfum de la sagesse – comme mille caresses sur la tête de soldats casqués – comme un arc-en-ciel offert à une foule aveugle…

De la tourmente dans nos yeux trop vifs…

Une porte ouverte sur l’invisible – l’immensité méconnue…

Assis – dans l’attente – sur le seuil de tous les horizons – de toutes les perspectives – de tous les possibles – pour longtemps – peut-être…

 

*

  

Dans le regard – le jour qui s’efface – la promesse qui s’éloigne – la sagesse amoindrie – comme une faiblesse de l’âme – passagère peut-être – durable – on ne sait pas…

D’un espace à l’autre – sur un chemin étrange – au cœur d’un voyage à la destination imprécise – les pas lourds – la tristesse sous les paupières – et l’inquiétude comme une seconde peau…

Le silence épais dans la poitrine – le souffle court – suffocant…

Comme aspiré au fond d’un gouffre – au cœur de la vacuité première – peut-être…

Entre angoisse et confusion – ce va-et-vient dans l’inconnu – la vastitude d’un nom et d’un monde oubliés…

Du vide – du sable – et ces oiseaux étranges dans la tête – ivres de ce soleil disparu…

L’effroi – l’errance – l’immensité – sans échappée possible…

Quelques traces dont seule la poussière se souviendra…

Notre parfaite absence…

 

 

Le temps et le langage – si étrangers à la poésie – comme éloignés des rives les plus habitables – les plus délicates – les plus sensibles – les plus propices à la beauté – comme le monde – en somme – l’âme encore plongée dans le rêve et la grossièreté…

Ce qui passe, parfois, au-dessus de la pensée des sages – l’invisible – le silence – l’enfance reconnue – l’enfance retrouvée ; notre ambition à tous…

 

 

(Presque) toujours – résultat d’un calcul – instrument stratégique d’une intention – moyen d’une fin délibérée ou inconsciente…

Sans l’Autre – le monde oublié – le cœur libre – l’esprit affranchi de la crainte et du conflit – des rêves (trop communs) de grandeur et de conquête…

L’innocence ancillaire et la main attentive – prêtes à tous les usages…

 

 

Une fenêtre dans le jour – ce qui nous accompagne – sans la moindre explication – sans obscure raison…

Une ouverture parfaite – dans tous les lieux où nous nous trouvons…

Un peu d’enfance – au cœur du regard – malgré le temps qui passe…

Cette poésie des marges qui, parfois, porte à la grâce – à l’éternité…

 

 

Un temple – très ancien – dont on a oublié le nom – dont les rites et les divinités ont été abandonnés …

De la joie et du rire – à présent…

Des lignes – une parole – comme des oiseaux nés du rêve qui chercheraient à témoigner du réel…

Le monde – en soi – sans ruse – sans magie – sans tourment…

Le temps qui se dissout entre les tempes…

La tête dans les derniers échos des bruits des siècles…

L’âme et la main généreuses – (entièrement) offertes…

Le cœur sans destinée – sans usage – attentif…

Notre peau – contiguë à celle de tous les Autres…

Le même œil qui, peu à peu, s’élargit…

Dieu détruisant tous nos édifices – tous nos sanctuaires de pierre et de papier – et laissant couler sur nos lèvres assoiffées l’eau première – l’innocence – la virginité…

Le réenchantement de la terre et du vide…

 

*

 

Au fond de l’enfance – notre frémissement – ce chuchotement du monde devant la beauté – le parfum de l’invisible – notre discernement face à la nuit – face aux Autres encore enténébrés – dans le chaos de leur cacophonie – le vertige de la bêtise triomphante – quelque chose comme une brume – une forme sans contour – avec des fantômes qui errent autour de la source – de leur origine – l’âme à feu et à sang – comme la terre – le sommeil logé au fond de l’abîme – en ces lieux sans lumière – comme cachés dans les recoins du monde les plus reculés – trop (bien trop) lointains pour être embrassés par l’Amour – le cœur et les mains endurcis par trop de misères successives…

Le noir – partout – presque inguérissable – la couleur du rêve – de tous les rêves des pauvres hommes – des pauvres bêtes – le vide contaminé…

Le règne manifeste – absolu – de l’absence…

 

 

Rien qu’une parole – vaste – profonde – lumineuse – née des profondeurs de l’âme – et composée (essentiellement) de silence ; la seule substance nécessaire pour que le langage soit recevable – entendable – réel – mais, malheureusement – trop souvent, incompris…

 

 

Par-delà le jour – les éclipses du cœur – l’âme exilée – l’hiver du monde – l’impossibilité du poème..

Nous – nu(s) – errant – dansant – nous aventurant – sur aucun socle – assis, en quelque sorte, devant toutes les portes fermées…

Le sentier de son propre visage – pas même accessible…

Le lointain qui s’approche – qui s’obstine – qui nous entoure – qui nous pénètre – devenu(s) étranger(s) à nous-même(s) – la figure en friche – l’obscurité malheureuse qui nous envahit…

Le vide inhabité ; notre seule géographie – sans doute…

 

 

Les yeux ouverts – devant nous – mais clos au-dedans – comme une cécité – une infirmité métaphysique ; Dieu – l’essence du monde – imperceptibles par les hommes – oubliés peut-être…

Le cœur assoupi – avec ce goût de terre dans la bouche – comme un embourbement (quasi) ontologique – un étouffement progressif et programmé…

 

 

Rien – de nulle part – vers ailleurs – un peu plus loin – comment le savoir – dans le vide – déjà perdu – déjà englouti – déjà sauvé – éternellement indemne (sans doute)…

Et cette encre qui sort de notre bouche – qui dégouline en signes sur la page – comme si nous débordions d’un silence légèrement corrompu – comme si quelque chose, en nous, s’acharnait à vouloir se transformer en substance terrestre – en liqueur consommable par les hommes…

 

 

Les yeux très proches du cercle – comme le cœur – près du regard – cet infini et l’envergure du point – si dense – comme une force brute – inépuisable – intarissable…

L’immensité et l’énergie – cette double nature – comme un espace vivant – une présence, parfois, habitée – parfois, désertée…

Du vide – abandonné à lui-même – le plus souvent…

 

 

Notre part de colère et notre part de rire ; notre contribution aux querelles – à la joie – à la mort – au printemps – dans notre chambre – sur tous les champs de bataille – sur l’entière surface du monde – au-dedans – parmi nous – au fond de la solitude – dans la compagnie des Autres…

Au centre et aux marges du cercle – de tous les cercles – ici et ailleurs – jusqu’au plus lointain – au-delà du connu – au-delà même des confins…

Dieu – que nous sommes – immenses – multiples – dérisoires – et notre cœur impossible à résumer – à restreindre – à localiser…

 

*

 

La parole glacée – comme des portes – des bras – qui se refusent – qui se referment – le visage impassible – le cœur absent – un déficit de tendresse comme un gouffre noir – une béance dans laquelle n’existe aucune altérité…

Des noms – des corps – des objets – au milieu du monde – avec, partout, des territoires à conquérir – des choses à acquérir – des titres à obtenir…

Nous – et dans nos coffres – ce que nous avons pillé – tous nos trésors – ce qui nous rassure – ce dont nous pouvons jouir…

Nous – si nombreux – si communs – face à ceux qui n’ont rien – une main – un regard – seulement – tendu(e) vers notre indifférence – implorant notre cœur sans âme…

 

 

Dans l’intervalle d’un Autre – plus lointain – presque étranger – comme une île abandonnée au milieu des jours – au milieu du temps…

Un sourire sur notre soif – le monde qui se dérobe…

Dans le cœur – l’immensité recouverte – la parole retranchée – le chemin circulaire…

Ce qui constitue une histoire – presque un poème – que l’on déposera, un jour, sur le sable – entre deux pierres – près d’un arbre sur lequel viendront se percher des oiseaux imaginaires…

Notre vie – notre monde – en ruines…

Des cendres à la place des flammes…

Le ciel brumeux – le ciel crépusculaire…

Nos dernières heures – sans doute…

Comme ces fleurs minuscules couchées par l’hiver…

 

 

Devant les ombres descendues – le front incliné – ce que pèse notre âme – dans l’obéissance forcée (dans l’obéissance artificielle) ; et sa manière de s’élever – de s’élargir – devant la lumière – au cœur de cette liberté fidèle au réel – à l’envergure du ciel – accordée aux circonstances – au cours des choses – aux exigences du monde…

 

 

Tout ce bleu tissé sous la peau…

La couleur dominante – de plus en plus…

Du ciel dans le geste – le pas presque infini – la parole bien plus vaste que la bouche et la tête – née des courants qui circulent au-dessus du monde – entre la source et la source – au cœur de ces va-et-vient permanents – de ces étranges circonvolutions – par-delà les apparences – par-delà la mort et les existences…

Le visage – le sang – l’espoir – à même la poussière…

Et le regard – très en deçà – très au-delà – capable d’adoucir tous les hurlements – toutes les douleurs…

Au cœur du silence et de l’immobilité – l’Amour suffisant pour tout endurer…

Le soleil en tête – comme sur nos lignes – les tremblements et les craintes éclairés…

Ce qui marche – ce qui tombe – et ce que l’on rattrape – de temps en temps…

Notre langue – à travers les murailles – qui perce partout – dans l’opacité – des fenêtres…

A jouir – presque indifféremment – de tout ce qui nous frôle – de la bêtise ou de la drôlerie des spectacles donnés pour personne…

Nous – sur le seuil d’un autre monde ; le cœur et l’esprit – vides…

La chair – la faim et l’intention – déjà rongées (en partie) par l’épuisement du désir…

 

*

 

L’enfance inconnue – à la dérive – comme ces fleurs que l’on jette, parfois, dans les fleuves sacrés – allant avec les eaux avant d’être englouties…

Le souffle – l’élan puis, la mort…

Telle une roue dans la boue et le brouillard – à travers les saisons et les paysages – sous le soleil et la neige – solidaire de l’attelage – sous les yeux parfois émerveillés – parfois indifférents – de la foule…

 

 

Au cœur de la forêt – comme si notre vie existait – parmi les jours – entre la soif et la lumière – présent – à l’ombre du monde – à l’ombre des hommes – sous le feuillage des grands arbres – à l’abri des hauteurs…

Comme notre parole et nos pages – déchiffrable(s) seulement par ceux qui ont l’âme sensible et attentive…

 

 

Ce qui – en nous – s’habitue aux existences lacunaires – au monde corrompu – aux infamies et à la cruauté – et qui, en secret, suffoque et s’offusque – s’éteint lentement – s’étouffe dans sa violence contenue et son retranchement…

Lisse – comme des lèvres peu éclairées – prêtes à tout pour être embrassées – sans le moindre discernement – et que l’on finit par ouvrir ou par mordre selon ses inclinaisons – ainsi est l’âme aussi – dans son impudeur et son ignorance…

Le monde comme le lieu de toutes les incompréhensions…

 

 

Séparé de tout – jusqu’à l’obsession – jusqu’à la mort…

Et ce rire – énorme – glaçant (à certains égards) – au-dessus de toutes nos tragédies…

Un peu de lumière – sur nos âmes brisées – sur nos têtes trop noires – qui ravive, parfois, notre désir, un peu flétri, d’encre et de bleu – cette immensité oubliée – à l’intérieur…

 

 

Le sourire et le murmure – offerts…

Un cœur – un visage – une parole…

Dieu et le monde – mélangés…

Le ciel que l’on appelle – en frottant ses mains – sur la roche…

L’âme et le corps – engourdis – plongés dans un état proche de la torpeur – une sorte de sommeil inconscient et involontaire – les yeux à moitié fermés – la poitrine tributaire de l’air – la tendresse que l’on prive de l’Amour que l’on nous a offert – et la lucidité à laquelle on ôte l’intelligence aiguisée par la curiosité et l’expérience…

En nous – devant nous – trop souvent, le même spectacle – l’indigence qui rêve de réenchantement – la misère qui s’imagine différente de ce qu’elle est…

En quête d’un Dieu trop longtemps caché – l’œuvre du monde – l’œuvre des circonstances – dans la parfaite continuité du dehors…

 

 

Des cris – encore – qui percent, parfois, les couches de tendresse accumulée au fil des jours – des expériences – de vie en vie – à travers des milliards de siècles ; ce long chemin sur lequel, peu à peu, nous nous rejoignons…

 

 

Rien – jamais – ne s’achève réellement…

Sur le même fil – les mêmes perspectives qui se dessinent – qui persévèrent – qui disparaissent – qui reviennent…

Aucun voyage – aucun destin – rompus…

Ce qui s’obstine dans le même sillon avec patience – avec le même acharnement ; l’espace – la matière – le silence et la chair – l’esprit – les âmes – inscrits ensemble – dans la même trame – arrachés au vide – et sans autre (réelle) appartenance…

 

*

 

Des cercles – des chemins – ce qui nous interroge – à la manière d’une mise au monde – le strict nécessaire – exonéré de toute forme de futilité…

L’Amour en dessous – derrière – partout ; et le manque – en surface…

La pauvreté et le ciel – sur la même pente…

Nous tous – rassemblés – et transformés, parfois, en choses vivantes – avec, au-dedans, des désirs et des peurs ; de la matière fragile – expressive – éructante – cette pâte étrange faite de glaise – de souffle et de mystère…

Du ciel – dans la parole – à côté de l’impossible…

Des nuages – au-dessus de la tête des Dieux – et l’oubli et la mort – un peu plus haut – un peu partout – comme les conditions les plus nécessaires à l’existence du monde – cet amas de matière et de choses invisibles entassées – ensemble – en désordre…

 

 

Le visage tourné vers le centre – la patrie intérieure – ce vide aux allures étranges – aux qualificatifs mensongers – que la langue dénature – défigure parfois – en le plaçant, trop souvent, sur l’autel des illusions – comme Dieu – le silence – la lumière – la vérité – si éloignés du monde – de ces existences humaines sinistres (et prosaïques) qui ont banni toute métaphysique – toute intériorité – qui ressemblent à des farces tristes et sans intérêt – et que la mort et l’oubli dissolvent en un instant…

Le réel – hors d’atteinte…

Rien que du sable – des corps et des pas – d’une incroyable gravité…

Et le ciel – comme un rêve hors de portée…

Ce que nous sommes – tous – pourtant – sans le moindre mystère – sans le moindre doute – sans la moindre étrangeté…

 

 

Ce que l’on arrache – avec la chair tuméfiée – cette étrange appartenance à l’Autre – le monde dans notre poche – ce que l’on met sur la table – dans son ventre – cette matière ingurgitée – la bouche pleine de terre et de cris – des corps – les tripes à l’air – la pourriture pestilentielle exposée – ce qui se décompose sous le soleil et les yeux indifférents – depuis le premier jour du monde…

De père en fils – le même sillon – la même ornière – creusé(e) peu à peu – le règne de la violence et de l’infamie…

L’appropriation instinctive et animale – qui corrompt tous les gestes – tous les usages…

Le sang – les tremblements – partout – sur la pierre – à hauteur de sol…

Ce qui – hélas – durera encore des siècles…

 

 

Entre les rives – à mesure que nous abandonnons notre place – celle que le monde nous a attribuée à notre naissance…

Le secret – peut-être – à la pointe de la dague qui nous transperce – de manière (presque) indolore – invisible – sans autre conséquence que l’imprégnation progressive de la vérité à travers l’expérience ; le silence, en nous, qui s’instaure – qui s’installe – qui nous creuse ; le vide, de plus en plus, évident à la place des mots – et des gestes parfois ; l’esprit qui devient le cœur – et inversement ; tout qui s’emboîte – qui s’interpénètre – dans une grande confusion – comme une béance grandissante – attentive et généreuse – dans laquelle tout se jette – dans laquelle tout prend place – offrant au monde davantage qu’un miroir et des reflets – une tendresse immense et sans âge – patiente – inépuisable – l’Amour des origines, sans cesse, revisité par les circonstances et les intentions invisibles et sous-jacentes…

 

*

 

Rien n’existe – en ces lieux du dehors ; le même vide qu’au fond du cœur…

Des centres qui s’ignorent – qui s’imaginent relégués aux lisières – la chair et l’âme exilées…

L’éclat secret de la nuit – au-dedans ; ce que l’on voit briller – à travers les yeux – ce que l’on ne peut obscurcir – ce que l’on ne peut éloigner ; cette chose que les hommes apparentent à Dieu – à la source…

Notre parfaite transparence – l’immensité bleue sous la peau – dans la voix – le ciel léger qui abrite l’éternité dont nous avons hérité…

 

 

Des arpents de nuit – au milieu des choses…

Nos paroles – comme des graines de vie – des fleurs encore enfouies dans l’invisible – inécloses – qui rêvent de terre fertile et d’épanouissement – de printemps et de mains délicates…

Le commencement de la fortune – la beauté du jour – la fièvre contagieuse de ce qui passe – les horizons assemblés que nul ne saurait décrire – la flèche qui nous clouera au silence – l’âme par-dessus le visage – infiniment consolée – le sommeil noué au fond de la tête pour ne pas oublier les rêves – le petit théâtre des ombres silencieuses – la roue du temps qui fait tournoyer les vies – qui les précipite – ici et ailleurs – sans altitude – sans autre perspective que la souillure et la corruption…

La terre ravagée comme nos cœurs – rongés par la violence et la faim – ce que l’on s’efforce (vainement) de dissimuler ; le règne de l’absurdité – l’effroyable contresens dans lequel nous existons – comme si nous nous condamnions à vivre au sommet d’une étroite colonne – sous les yeux des Autres – toujours (plus ou moins) assassins…

 

 

Dans la largeur d’un seul trait – doigts entre les lèvres pour dérouler la parole ; assembler nos murmures – relâcher toutes nos prises – abandonner nos filets – demeurer seul(s) et debout – sur la jetée qui mène à l’océan…

Attendre – patiemment – la fin de l’hiver – le soleil vivace du dehors – sous le front ; apprendre à devenir la jonction entre tous les éléments – le cœur de l’espace – l’immensité sans aucun secret – sans aucun recoin…

 

 

A mesure du vieillissement – ce trou dans le cœur – les pénuries de l’âme – comme un dessèchement de la substance…

Les rouages rouillés – les mécanismes grippés…

La nuit et le froid qui s’installent…

Ce qu’ont creusé – et altéré – la tristesse et le temps…

 

 

Endormi au pied de géants immobiles – l’herbe sous le visage – l’âme encore gesticulante – au cœur de rêves trop vivants – sans ennemi répertorié – sans ami – superbement seul – l’espoir et la désespérance délaissés – libéré de toute forme d’attente – au seuil d’un autre monde – plus vaste que celui dans lequel nous vivons…

 

 

Sur une terre trop lointaine – le cœur affaibli – la candeur corrompue – l’enfance balayée – l’âme muette – sens dessus dessous – comme jetée derrière soi…

Aux prises avec la permanence des désirs – la persistance des obstacles…

Les yeux qui brillent dans l’obscurité – sans nom – sans autre compagnie que celles que l’on porte – dans cette nuit qui – sans jamais dire son nom – a tout envahi – le monde – les têtes – l’esprit – jusqu’à la trame du sol et du ciel – jusqu’à l’indigence de nos prières ; toutes nos paroles et tous nos gestes – contaminés par l’exil – la couleur des ténèbres…

 

*

 

Sans violence – rassemblé(s) – le destin derrière soi – pareil(s) au monde – en apparence – au-dedans chamboulé – comme un chant né de la source et traversant les eaux – l’air – la terre – le ciel – en ondulations mystérieuses – harmonieuses – imperceptibles – en ondes silencieuses – comme des fleurs découvrant soudain le soleil – ses promesses – offrant (sans même y penser) au vent – aux yeux – leur beauté…

Et nous – contemplatif(s) – comme si l’on nous avait installé(s) au sommet des sens – posé(s) au cœur du regard – sur des hauteurs insoupçonnées…

 

 

Des pas et des voix – sur cette terre imparfaite – sous ce ciel inachevé…

Des chemins étrangers – des âmes trop faibles…

A envoyer – à écouter – des messages…

A s’éreinter à des marches absurdes…

Ensemble – la vie et la mort – dans les bras l’une de l’autre – le cycle sans fin – et, à l’intérieur, cette perspective grandissante – de manière (quasi) continue – vers la source et l’immensité – comme une respiration – le cœur et le silence associés – tantôt caresses – tantôt brûlures – le signe d’un ciel descendu – accessible – d’une terre apprivoisée – familière…

Le regard tendre sur la pierre – l’affolement des visages – l’incompréhension des esprits – les âmes frivoles et volages – un peu perdues – l’absence et la distraction – ce qui règne sans consistance – sans densité – nos vies si changeantes – si étrangères les unes aux autres – comme un poids – un amas de pierre – au fond de l’être…

Et les formes si passagères que nous revêtons…

Le monde tel qu’il va – toutes lampes éteintes ; et la conscience – rayonnante – dans l’invisible ; et nos gestes dérisoires…

 

 

L’âme mise à nu par la matière – les visages – les circonstances ; les prières et les chants qui montent vers le ciel – le silence…

Nos pas dans l’invisible – sans l’aide des Autres – sans l’aide des Dieux…

La folle histoire du monde – derrière nous – qui s’effiloche – qui s’éloigne – peu à peu oubliée…

L’Absolu – de plus en plus proche – à nos côtés…

 

 

Des adieux – de moins en moins tristes ; une existence de moins en moins indigente et tragique…

La tristesse – quelques reliquats de tristesse – métamorphosés en intention – en orientation concertée – en portion de chemin à parcourir ensemble – lorsque les âmes seront, à nouveau, réunies par les circonstances…

Les boursouflures de la volonté – éradiquées…

Le fond de la douleur – de la blessure – peu à peu – apprivoisé…

Une manière – peut-être – de laisser le sang circuler une dernière fois…

L’âme vide – le cœur et le ciel (enfin) superposés…

Notre ultime séjour – avant longtemps, sans doute ; l’existence sans la nécessité de l’air – sans la nécessité du souffle ; une respiration naturelle affranchie des éléments et des contingences terrestres…

Un regard souverain – dépouillé – sans appartenance – à la place des étoiles – à la place de l’absence…

Au fil de cette attente ininterrompue – le soleil – le mystère – sans croyance – sans gêner quiconque – le cœur naïf et imprégné de bleu – les yeux sans sommeil – amoureux de l’invisible et des choses présentes au-delà du monde…

 

*

 

Ça s’enchaîne – les vies – les visages – les paroles – les rêves – les désirs – ce que l’on empoche – ce que l’on abandonne – ce qui s’arrache – ce qui nous édifie…

Des conséquences – comme des maillons dans la même nuit noire – profonde – un abîme qui sent la mort ; mille morts – sans jamais de fin…

 

 

Les eaux du monde – légères – si légères ; une manière de suivre fidèlement les méandres – de s’insinuer dans les moindres recoins – le goutte à goutte – l’évaporation – et ce long ruissellement sur la terre jusqu’au ciel – jusqu’à l’océan ; l’éternel retour à la contraction – à l’immensité…

Comme nos âmes ; de l’infini à l’infini – à travers les corps…

 

 

Des saisons tenaces – la nuit lointaine…

Tout un parcours – au-dessus du froid – avec, autour, des yeux sans présence – des mains de chair sans âme…

Le monde tel qu’il est – plongé dans l’ombre et l’ignorance…

 

 

L’absence – le règne du visible – sans ciel – sans miracle – sans personne…

Rien qu’un sifflement dans la tête – une manière de se sentir moins seul – de donner à sa solitude un petit air de fête…

Sur cette pente inéluctable – vers les jours sombres – plein de terre et de ténèbres…

Les paupières closes – comme elles l’ont toujours été…

Puis, un jour, des fleurs sur une tombe – pour se souvenir de ce que nous avons été…

Quelques printemps – et toujours aussi éloigné(s) de l’origine…

 

 

Des siècles de sommeil – irréfutables – le bleu et les malheurs qui s’ébattent – innocemment – sur le sable…

Les filles et les fils du vent qui tournoient dans la ronde – entre le mystère et le néant – entre le vide et les amassements – d’un monde à l’autre – sans (jamais) rien comprendre – le ciel en bas – la terre par-dessus – dans un renversement permanent des échelles – les yeux clos qui s’imaginent ouverts – tous les doigts – tous les pas – pointant – allant – là où il y a des étoiles – et qui confondent l’éblouissement et la lumière…

Nous – nous éloignant – sans cesse – du centre…

Des vies à contre-courant des flux les plus naturels – comme un monde – en nous – ignoré – recouvert par des milliers de rêves – le piétinement – des milliers de foulées dans le noir et l’aurore faiblissante…

Des vents qui attisent le désespoir – et qui précipitent toutes les finitudes vers le resserrement – l’étouffement – l’atroce agonie par laquelle doivent passer tous les vivants…

 

 

Les âmes à genoux – immobiles – plus proches du chemin – des périls – de l’infirmité – que des terres qui célèbrent l’affranchissement et la liberté – le rôle de la mort et de l’oubli…

 

 

Les heures antiques de l’enfance – qui baignent (encore) dans les combats et le sang – le monde au cœur de toutes les arènes célébrées – inventées – qui honorent la puissance – et la gloire – et les vainqueurs – et qui crucifient les âmes – et les yeux – ouverts à toutes les perspectives différentes – inversées – moins grossières…

 

*

 

Sans autre instant que celui-ci – le pas royal – nuptial – suspendu – les yeux ardents – gourmands – amoureux ; attentif – l’âme légère – comme la paupière – un pétale dans le vent – un poème lancé en l’air – libre d’aller – de se poser – de rejoindre le ciel – les origines – et réalisant tout cela à la fois – successivement – simultanément – sans la moindre inquiétude – sans la moindre restriction…

Vivant – sans nécessité – sans raison – affranchi des codes humains – des lois terrestres – échappant même aux règles qui régissent les rapports entre le vide et la matière…

Présence souveraine et incertaine – en quelque sorte…

Sans destin (véritable) ; une manière – mille manières – d’être au-delà du monde – du tragique – de l’oubli…

 

 

Aux portes du temps – le silence…

Rien avant – rien après – l’instant infiniment renouvelable – et renouvelé – avec des trappes et des recoins où l’on peut se perdre et se cacher…

La nuit – l’imaginaire – le devenir – des intervalles sans personne – où le monde n’est qu’une idée – des voix – des traits que l’on trace à la surface de l’eau – sur le sable – dans l’air – avec les couleurs du ciel – éclatantes – nuancées…

Aux lisières de l’invisible et de l’immensité…

Le grand vide – en deçà duquel ralentissent ou accélèrent toutes les roues terrestres horizontales…

La parole – telle qu’elle va – presque silencieuse – sans support – sans auditoire – que le vent porte au-delà des horizons humains – trop grossiers – trop communs – bien trop discutables – par-dessus toutes les formes d’obscurité – celle du monde – celle des âmes et du langage – et qui sait mêler (avec franchise et honnêteté) l’ombre et la lumière – suffisamment essentielle à nos yeux pour exister sans la nécessité des Autres…

 

 

D’une mort à l’autre – sans mauvais sort – sans sortilège – sans récusation possible…

Une longue chaîne de têtes et de déguisements – sur laquelle se propagent les chants et l’Amour des origines – toutes les vibrations – avec, de temps en temps, des intervalles de joie – de douleur – de silence…

Et la vie qui va – d’une pierre à l’autre – la soif attisée par le soleil et l’étendue désertique – à chercher (en vain) au-dehors un lieu de paix – un peu de repos…

 

 

Dans le bain des supplices – le même délire – ce refus de l’infortune – l’âme déguenillée – le cœur et la peau arrachés par les vents – en immersion au fond des gouffres de la confusion – et les excès de silence sur notre écoute…

Le bruit du feutre sur la page – les feuilles qui volent – soulevées à la moindre bourrasque – ce que l’on croit comprendre et qui enfonce – dans nos crânes – l’ignorance – un peu plus profondément…

La vie et les sens multiples – les couches d’horizons et de perspectives imbriquées – superposées…

Troublé(s) par les apparences qui nous font croire aux changements incessants ; et troublé(s) par la psyché qui crée l’illusion de la durée – la permanence – les habitudes – l’inéluctable retour des choses…

Des filtres et des masques – qui nous privent de la lucidité et de la gratitude – nécessaires – qui réduisent l’envergure du réel à un espace confiné – qui limitent l’infinité des possibles à quelques états – et qui donnent au monde et à l’existence une physionomie trompeuse – (bien) moins tendres et (bien) plus attrayants qu’ils ne le sont – en réalité…

 

*

 

De rive en désastre – sur ces barques changeantes – d’un bout à l’autre de la nuit…

Jour après jour – l’âme plongée dans le froid – la chair – le cœur – la faim attisée par le manque – tous les manques – et les frémissements du désir…

Les cris qui, peu à peu, deviennent articulés – les prémices du langage…

Les terres explorées – mises à feu et à sang – mises à sac – rendues inhabitables après notre passage – pourvoyeuses de vivres et d’agréments – et de promesses peut-être – qui sait…

Nos pas dans l’inconnu – le soleil apprivoisé – la matière façonnée tantôt en armes – tantôt en objets usuels – le prosaïsme des vies – le ventre et le territoire…

Les corps qui enfantent – qui se reproduisent – les mains qui besognent ; le lointain, peu à peu, rendu plus proche – les impossibles les plus accessibles cessant de l’être – le progrès qui laisse sans voix…

Le monde transformé – chamboulé – à grand coup de dés et d’artifices ; l’exploitation et le saccage méthodiques – industrieux – industriels – systématiques ; la terre et les âmes méconnaissables – ce qu’il en reste…

Tous les horizons – sans axe vertical…

Le savoir – les expériences – les inventions…

La lutte âpre – acharnée – les résistances de l’organique…

Ce que l’on croit – Dieu – les Autres – les livres – les idoles que l’on s’est choisies…

Sur nous – les tempêtes – la foudre et la pluie – la lumière oblique – les éléments naturels – primordiaux – inchangés depuis le premier jour…

L’efflorescence des têtes et la surface qui, peu à peu, se rétrécit ; tout ce qui a été touché – exploité – souillé – hors d’usage – depuis trop longtemps…

Ce qui se perpétue et ce qui nous tue…

De rive en désastre – sur ces barques changeantes – d’un bout à l’autre de la nuit…

 

 

Ce que l’on cueille – non des fleurs – non des poèmes – ce qui est lourd – et, parfois, vital – essentiel sans doute – ce que l’on arrache plutôt – à chaque instant – à chaque carrefour – avec l’assentiment de nos aïeux et la complicité de nos pairs – sur ce chemin de peines et de mensonges – des pas – des pierres – un peu de mousse parfois – sur cette terre d’absence et de blessures – sans seuil – sans personne – sans soleil…

Là où l’on nous a fait naître – là où l’on doit vivre encore un peu…

 

 

Les représentations et les refus – la source de tous les chagrins…

La tête vide – acquiesçante – qui transforme l’âme et le monde en terre de joie et de circonstances…

Ni rêve – ni sommeil…

Ce qui est et la justesse des gestes engagés…

 

 

D’un bleu à l’autre – dans quelques fables – sur quelques sentes – avec un peu de ciel en tête – la parole et le pas besogneux – et le reste du labeur à réaliser – à l’intérieur…

Rien – pas même l’ambition d’un achèvement – d’un royaume – d’un peu de paix et de repos…

La tâche à faire – à reprendre – inlassablement – chaque jour – accueillir ce qui se présente – ce qui vient – le seul règne possible – l’horizon qui se renouvelle…

La couronne et les bracelets de l’invisible – sur la tête – aux chevilles et aux poignets – comme les seuls habits – les seuls ornements – possibles – acceptables – les signes d’une alliance secrète avec Dieu – en nous – dans le froid – la violence et la solitude – du monde – guidant notre marche vers lui – à une distance infiniment accessible – franchissable – à chaque instant…

 

*

 

Près du silence – des choses – les objets du chemin – notre viatique pour le lointain – l’inconnu – l’invisible – ce que l’on ignore aujourd’hui et ce que l’on ignorera, peut-être, encore demain…

Des paroles prononcées pour les Autres – dessinées, parfois, sur le sable – murmurées pour soi ; la voix qui égraine le passé – tous les souvenirs de la mémoire tarissable – les heures les plus nocturnes – les plus souterraines – la peur du vide – l’angoisse de l’absence et du tombeau – de la vie qui s’acharne – du monde (presque) toujours contre nous – l’adversité du destin – les hommes et les Dieux séparés – installés, le temps d’une vie, en des cercles différents – guère éloignés – légèrement poreux – pénétrables par des yeux lucides – superposables grâce à la puissance (quasi) magique de l’esprit – emboîtés (en réalité) l’un dans l’autre au cœur de l’espace – néant pour les uns – vacuité pour les autres – selon l’acuité du regard et la sensibilité de l’âme…

 

 

Des formes – des peines – du sommeil – et autour – et au-dedans – la lumière – la possibilité d’un éclairage meilleur…

Si proches des rives – des possibles…

Si près du silence – encore…

 

 

Auprès du peuple des accolades et du grand large…

Emerveillé – sans (réel) étonnement – curieux des choses du monde – de la multitude – de la diversité des apparences…

Auprès du peuple de la lumière et du langage…

Amoureux de la poésie – engagé dans le réel – soucieux de l’au-delà des rêves…

Avec des pans entiers de silence – au-dedans – concentré – dispersé…

Egaux – quels que soient le jour – l’état de l’univers – la somme des joies et des peines au fond du cœur…

Heureux et rieur devant l’inconnu – sans inquiétude au milieu des ombres et des menaces – au milieu des édifications et des effondrements – face au provisoire – à l’inéluctable – au destin qui se déroule…

Assez sage – en somme (s’il nous était possible de le définir)…

 

 

La marche solitaire – parmi les arbres et les rochers – dans une trouée de lumière – le dedans parfois encore désespéré – le sommeil toujours en tête – à suivre à la trace – à distance – de vieux sages antiques à l’âme ébouriffée – un peu folle – sans compagnon eux aussi – traversant le monde – les affres terrestres – le plus horrible quelques fois – pour apprendre à revêtir les atours du vide – à s’accoutumer au dénuement du ventre – de la tête – du cœur – de moins en moins reconnaissables sans leurs traits humains – sans les caractéristiques ordinaires des hommes…

Nous engouffrant – un à un – les uns après les autres – au fond du même intervalle – une entaille aux portes multiples qui ouvrent sur l’espace – une étendue à l’intérieur – au cœur de laquelle plus rien n’existe – au cœur de laquelle tout disparaît – sans la moindre pitié pour la singularité des visages – du langage ; la vérité – si massive – si acérée – que rien ne peut durer – que tout est aussitôt broyé ou déchiré – comme si rien n’avait jamais existé ; un univers d’éclats et de fragments – étrangement rassemblés – imbriqués – sens dessus dessous – la matière et les âmes – peut-être – passées au crible et sombrant, peu à peu, dans l’oubli – comme au fond d’un abîme où pas une seule prière – pas un seul débris – ne peut résister aux forces puissantes de l’effacement…

 

 

Une halte – parfois – sur cette route d’exil et de désobéissance – la tête contre le soleil – le cœur de plus en plus innocent – fragile et affranchi – la peau écorchée – les blessures profondes – tous les désirs, peu à peu, érodés – rabotés – au point de ne plus vouloir vivre dans le monde – au milieu des Autres – au point de ne plus se soucier d’être quelqu’un ou de n’être personne – au point d’être indifférent aux lieux où l’on séjourne (pourvu que nous demeurions seul et loin du bruit) – au point de ne plus désirer changer – ou transformer – la moindre chose – en soi – en cette existence – en ce monde ; être – seulement – en un seul souffle – puissant – qui ne cesse de se réinventer…

 

*

 

De retour sur ce qui s’ouvre – l’infinité des mondes – sous les paupières – le commencement du temps – au premier instant de la pierre…

Ce qui a surgi du plus lointain sommeil…

Nous – à présent – persuadé(s) de vivre – d’exister…

Immergé(s), à notre insu, dans un devenir sans blessure – malgré les apparences et la mort – ce que nous percevons – ce que nous comprenons…

 

 

De l’eau noire – sur ces feuilles dégoulinantes (que l’on essore comme des éponges)…

Du rouge aussi – et ce trouble dans le regard incapable de faire face à l’impitoyabilité du réel…

Des colonnes de faits et de dates – sans intérêt – notre histoire – toutes les histoires – des bêtes – des hommes – des civilisations – des mondes – des périodes géologiques – des éons cosmiques ; le même déroulement – à quelques détails près – à quelques broutilles près ; rien qui ne résiste au temps – à l’oubli…

Tout finit par glisser dans le silence ; les visages – les livres – les voix – les épopées – toutes nos inventions – toutes nos conquêtes – poussière qui se dérobe ; vent – éclaboussures et particules…

Qu’un seul triomphe – à jamais – le regard et le geste de l’instant – vierges – innocents – absolus – affranchis des choses – des désirs – des figures – des mondes d’avant et des mondes d’après…

L’irruption d’une lumière dans la nuit permanente – deux yeux grands ouverts et une main parfaite qui émergent du magma grouillant de la pénombre ; Dieu, peut-être, jaillissant des abîmes et de la terre mal labourée…

 

 

En ce monde équivoque – ni simple corps – ni pur esprit – au cœur d’un mélange – mille combinaisons à l’œuvre – provisoires ; la terre au-dessus d’elle-même et le ciel qui descend (un peu) – le souffle et les Dieux qui, parfois, s’en mêlent – la chair périssable et le cœur sans âge comme emmaillotés dans l’étoffe du temps – entre respiration possible et étouffement – notre lot commun – cette folie en actes qui ne surprend (presque) plus personne – entre horreur et émerveillement – à chaque instant…

 

 

A la surface du monde – toutes les routes sans fin – l’incessante circulation des formes au-dedans du périmètre défini – sans issue – sans autre possibilité que le plongeon – à l’intérieur – simultané à l’envol – au cœur de l’infini…

 

 

Minuscules et dérisoires – insuffisamment cependant pour échapper aux tamis de l’oubli aux mailles si serrées…

Sur cette bande de terre – jusqu’à la mort – avec le ciel, parfois, qui s’invite préalablement – lorsque le sommeil et la folie ont été déclassés – arrachés du sommet des hiérarchies…

 

 

Au bord du vide – sans repère – sans classement – sans mémoire – au faîte de la confusion – l’apparition des signes du merveilleux – d’une possibilité – inespérés…

La clairvoyance – dans ce rapprochement des extrêmes – la terre et le ciel, peu à peu, réunis – l’obéissance à l’espace et à l’invisible à peine dissimulés derrière les apparences – derrière les circonstances perceptibles par les sens et la raison…

 

*

 

Ce que nous initions – sans rien déranger – sans importuner quiconque – pas le moindre vivant – loin (si loin) des vitrines et des étoiles exposées – à l’abri de toute lumière extérieure – dans le (presque) secret de notre solitude – la besogne quotidienne de l’âme – de l’esprit – de la main – le sillon – des sillons – qui se creusent – malgré nous – en silence – sans interrogation – les choses qui se font – qui se défont – dont on fait mille usages – l’espace que l’on habite – les feuilles que l’on noircit – les mots et les gestes que l’on enchaîne…

L’attention libre – souple – assidue – continue – sans éclipse – sans sommeil…

Ce que nous traversons et ce qui nous traverse – jusqu’à la mort…

L’écoute de tous les manques – de toutes les faims – les échos proches et lointains du monde – les saisons – Dieu et la lumière…

Tous les mouvements – tous les possibles – et le silence nécessaire…

 

 

Au centre de l’effacement – l’espace vacant…

La terre et le ciel défaits – la dissolution de la matière – l’invisible originel – sans âge – impérissable…

L’envergure sans limite – une définition au-delà de l’homme – au-delà du monde – au-delà même du langage…

 

 

Dans le cercle silencieux – la bouche bée – toute ronde – comme un « O(h) » – devant le visage d’un Dieu sans nom…

L’âme stupéfaite traversée par l’écho de ce qui est né aux premiers instants du monde…

Des traits de lumière dans la nuit…

Des taches d’invisible sur la page…

Et notre main appliquée – comme un scribe – fidèle – sans volonté – heureux des ombres – des reflets – des miroirs et des détours – qui traversent l’obscurité…

 

 

Entre la terre et le ciel – sur cette frontière – ces espaces inventés au milieu de l’espace – pieds au sol – yeux et mains levés – la tête pleine de rêves de réconciliation…

Au cœur de la séparation – ici et l’horizon – l’en-bas et, plus haut, les étoiles ; la chair comme coincée dans l’entre-deux – dans l’intervalle – et l’esprit écartelé entre toutes les perspectives offertes…

Et quelque part – au bord du monde – un lieu sans importance – l’âme alignée sur toutes les directions – comme une présence au centre de tous les cercles…

 

 

Des choses plein la tête – des larmes plein les yeux – l’âme lasse et le cœur fatigué…

Ainsi se vit (trop souvent) la tristesse des hommes…

Le destin – comme un fardeau à porter d’une extrémité à l’autre du périmètre connu – sur l’infime portion d’une droite que l’on imagine – à tort ou à raison – infinie…

 

 

Rien – pas un seul bagage – le regard – l’innocence et le pas sans intention – seulement ; le cœur et le voyage légers – debout parmi les ombres – les yeux sensibles qui feignent l’indifférence ou la cécité pour se prémunir de trop grands (et inutiles) tourments ; la vie des Autres – comme des pierres qui roulent sur leur pente – sans même jeter un œil sur les côtés – sans attention – sans empathie – sans tendresse – sous le front – la charge des soucis inventés et le poids (ridicule) des responsabilités ; des carcasses qui bougent – qui écrasent – qui mutilent – qui se servent du monde comme s’il était un sac – une réserve de vivres et d’agréments ; mille gestes pour assouvir ses désirs et sa faim ; aucun (presque aucun) – pour soulager – apaiser – secourir…

 

*

 

Sans ciel – dans le labyrinthe – coincé(s) – comme des choses à peine vivantes – ce à quoi ressemblent les vies sur la terre – rudes – risibles – tragiques – absolument dérisoires…

De temps en temps – un éclair – une étincelle – une lueur – dans l’opacité…

Dieu dans l’interstice – un clin d’œil à défaut d’étreinte…

La longue besogne souterraine avant le pourrissement…

Un chemin – à coup de chiquenaudes dans l’épaisseur – épuisant – interminable…

 

 

L’alphabet du silence – appris patiemment – su, à présent, sur le bout des doigts – et dont on insinue, parfois, quelques lettres dans la parole des livres – dans le langage des hommes…

L’invisible au cœur de la poésie…

 

 

Entre terre et terreur – le regard – le cri – animal – l’instinct qui nous couche – qui nous redresse – dont nous sommes le jouet…

Des batailles – nombreuses et sanglantes – et des fatigues – qui nous livrent à la dureté du sol…

Devant nous – une autre terre – plus haute – presque inaccessible – un tertre qui émerge au-dessus de ces rives peuplées de sots et de fous – empêtrés dans l’ignorance et la divagation…

De la démence et de la stupidité – qui, partout, initient des rites fabuleux – atroces – pour célébrer la faim – toutes les faims – et notre assouvissement pitoyable – provisoire – grâce à la chair et au sang…

Des cœurs et des bouches sauvages – cruels – barbares – ensommeillés…

Rien encore en mesure d’approcher l’innocence et la beauté…

 

 

Le monde – les choses – ce qu’il faut percevoir…

Des gestes sans courtoisie – des paroles sans vérité – le ton affable ou comminatoire…

Les apparences d’une vie lisse et manichéenne – sans aspérité – arc-boutée sur ses biens et ses droits – à l’affût de la moindre opportunité – cantonnée aux faits – à la surface (triste) des circonstances…

 

 

Sans filiation directe – évidente – étranger aux gestes mimétiques – toutes les portes poussées – ouvertes – tous les espaces explorés – rétif à toute forme de conquête et d’appropriation ; de passage – seulement…

Un espace (infime) dans l’espace (immense) – plutôt – qui se laisse traverser par ce qu’il traverse – au hasard des routes et des pas…

Quelque chose de précieux et d’insensé – une part de l’indicible habitée – sans doute…

 

 

Ni fortune favorable – ni destin tragique…

Des expériences – l’appauvrissement volontaire – approprié…

L’itinéraire du dénuement – de l’effacement – vers le vide vivant – attentif – conscient…

Sans récolte – sans œuvre à réaliser…

Ce qui advient – seulement…

L’or de l’âme – l’or du ciel – l’or du monde – découverts – exposés et offerts…

Un peu de sagesse anonyme – peut-être…

 

 

Sur le socle de la nudité – parmi les vagues – au milieu de l’océan – souple et stable au cœur de la danse (inévitable) des éléments – jouant avec l’accueil – le refus – les circonstances – sans la moindre attente à l’égard des lieux et des visages…

 

*

 

Dans l’herbe – l’absence – le vent – l’essence de la solitude – le jeu vital du monde – l’espace sans cesse acquiesçant…

La vie – les choses – telles qu’elles vont – telles qu’elles sont…

 

 

Installé(s) dans le sommeil – derrière des murs si anciens – depuis trop longtemps…

 

 

Dans la forêt – dans l’ivresse d’une fraternité – la terre – la roche – les pas – le ciel – ce qui va de soi – le plus spontané – le plus naturel – le chant – la danse et le silence – ce que l’on murmure à tous les habitants du royaume…

Un monde de douceur – de tendresse – de caresses – loin du tapage – du carnage et des carnassiers…

La pierre aussi blanche que l’âme…

Le sommeil devenu (presque) impossible…

 

 

A courir – bêtement – follement – le long des miroirs – l’avenir déjà défini – déjà circonscrit – comme inscrit dans la roche – dramatiquement prévisible…

L’existence composée (essentiellement) de rêves et de reflets – d’attentes et de fausse transparence – gouvernée (et dévorée) par les yeux des Autres – les lois scélérates de la beauté et de la bonté monnayables…

Le visage de l’enfance triste et immature – infidèle à la folie que réclame une vie (réellement) libre – authentique – solitaire…

Tout un chemin à parcourir la tête baissée – dans une parfaite obscurité intérieure…

De la terre plein les yeux – comme un cœur absent…

 

 

Une vie ensemble – dérobée – rongée par l’invasion du monde – l’absence et les usages…

Comme une bête, en nous, habituée à sa tanière – à sa litière de paille – au foin qu’on lui jette chaque jour…

Les habitudes – tragiques et maladives – de l’âme et du monde…

 

 

Des gestes nus – couronnés par rien – par le vent, peut-être, qui balaye de vieux restes d’écume – accordés au silence – au contexte – malgré le bruit et la foule – avec un arbre et la solitude plantés au milieu du cœur – nous affranchissant (partiellement) de l’horreur – en tous lieux – jusque dans les pires endroits du monde – de la modernité…

Une vie marquée par l’authenticité et le repli – une forme de réclusion austère et lucide – nécessaire pour échapper aux mille contingences – aux mille contaminations – humaines – délétères – porteuses de rêves – de délires et de mort…

Une manière de vivre en retrait – à l’écart – aussi loin que possible du désastre vertigineux érigé (avec fierté – avec orgueil – avec ignorance et cécité) par les hommes…

 

 

La route toute tracée des existences…

Des murs à longer – des balises à suivre – des obstacles à contourner – des barrières à ne pas franchir…

Tout un itinéraire – dans le périmètre – jusqu’à la mort – triste et indigent – comme du plomb dans le sang et les semelles – l’âme et le corps pesants – sur une pente sans soleil – avec la tête pleine de rêves et de fantômes…

Une existence – des existences – hantées par l’impossibilité de l’errance et de la révolte – l’absence de liberté – matées par les règles – les lois – les diverses autorités – le pas des aînés – le souci des traditions qui, sous couvert de continuité, ajoutent, à chaque nouvelle génération, son lot de frontières et de restrictions…

Le resserrement du cercle – de la détention – auquel le cœur consent mollement…

L’horreur à perpétuité ; l’infamie – éternellement…

 

*

 

De l’air sur la pierre – le monde vaporeux au-dessus de l’épaisseur…

Des bêtes qui marchent tantôt avec légèreté – tantôt avec lourdeur…

Nos visages séparés – inconsolables d’avoir été arrachés aux uns et aux autres – à l’ensemble – au regard – au cœur de chacun – en surplomb de la globalité…

Notre main, parfois, dans celle de la mort – parfois, dans celle de l’oubli…

Comme des spectres condamnés à une errance sans fin…

 

 

Trop de masques et de secrets – trop de murs et de mensonges – au-dedans – autour – de l’homme…

Trop de jeux – sans joie – pitoyables…

Les mêmes conquêtes et les mêmes victoires…

Trop d’indifférence devant ceux qui souffrent – dont on brise les reins et les rêves…

Nous – source de trop de malheurs – de trop de chagrins – des larmes et du noir – sur la terre – dans la mémoire – pour des siècles encore…

Et parfois (trop rarement) – au cœur de cette fièvre – un silence – un suspens – une tendresse fugace au fond des yeux – un peu de poésie – la possibilité d’une éclaircie – d’un interstice – d’une promesse – un peu de lumière sur nos excès – sur nos dérives – ce qui pourrait, à force de patience, se soustraire à la nuit – une étoile sans doute trop lointaine pour éclairer avec ardeur nos gestes et nos pas dans l’obscurité ; une once, à peine, d’espérance dans cette folie – dans cette infamie – sans remède et sans guérisseur – qui enfonce, peu à peu, le monde et les âmes dans l’opacité…

 

 

Le voyage – la ligne intermittente – de l’origine à l’origine – du plus lointain au plus lointain – comme une respiration permanente…

Des rives – des déserts – des chemins…

Ce qu’il faut d’insolence et de folie pour parcourir l’espace – de bout en bout – dans la solitude la plus haute – sur le sentier des crêtes – au-dessus de la mort et des légendes inventées par les Dieux et les hommes qui s’entassent dans les plaines et les vallées ; des lieux d’agenouillement et de prières – d’avachissements – de paresse et de corruption – dissimulés derrière la somptuosité (toujours trompeuse) des masques – des parures – des ornements – le ronflant des titres – des postures – des fonctions…

En marge du monde – toujours – dans les interstices involontaires ou délibérément abandonnés à ceux qui vivent aux confins – en exil – en rebelle – en scélérat – à l’écart des foules soumises aux règles – aux lois – aux conventions…

 

 

Au cœur de la cible – de la flèche – dans la nuit sans éclat – l’homme affranchi – persécuté par le monde – les bruits – tous les thuriféraires du sommeil – agenouillés – en adoration tapageuse devant les édifices érigés à leur gloire…

Nous – comme sur une île, sans cesse, dérivante – au milieu d’un océan d’immondices et d’insanités, lui-même, encerclé par une immensité hurlante et imprévisible…

 

 

L’œuvre à faire et à refaire – la même besogne indéfiniment répétée…

Coutumier des aléas du jour et des déchéances nécessaires…

A tire-d’aile au-dessus des têtes ; pas à pas vers le mystère – entre les horizons communs et l’infini…

Une existence invisible depuis la terre – d’interstice en interstice – silencieuse – l’âme indifférente aux lieux et aux destinations (toujours provisoires) – attentive (seulement) aux visages innocents – à la matière naturelle et à toutes les manières – honnêtes et authentiques – d’habiter le monde…

 

*

 

A notre place – là où le secret déborde – se répand – dégouline – s’expose (sans retenue) au regard – comme une étoile qui, soudain, se débarrasse de la nuit et de sa gangue…

Un déferlement de lumière sur le monde ébloui – sur les cœurs restés trop longtemps aveuglés par l’obscurité…

Ce que l’on retranche – du dedans – jusqu’au vide – jusqu’à la preuve du vide – des mains qui nous traversent et qui ne saisissent que du vent…

Un peu de rien – ce que nous sommes – fort heureusement…

Et cette joie éclatante – presque triomphante – de l’innocence et de l’effacement…

Des jours entiers – à demeurer là – à contempler ce qui n’appartient à personne (et ce dont chacun peut se réclamer)…

 

 

Au centre du silence – au centre des cercles – des pierres – du vent – des racines…

Le ciel à l’oreille qui nous murmure des choses que nul ne nous a jamais dites – que nul ne pourra jamais nous dire ; de la tendresse à la place des rêves – du réel à la place de l’espérance ; des paroles qui nous traversent – qui nous pénètrent – comme si nous étions une terre propice à toutes les alliances – à toutes les réconciliations – à la réunification de tous les visages…

 

 

Dans l’âme – cet étrange entrebâillement – comme une ouverture – un passage vers l’espace – accessible à chaque instant ; une immobilité au cœur du voyage ; un refuge qui dissipe la nuit ; une présence attentive qui attendrit toutes les puissances – toutes les ardeurs ; le lieu qui atténue les forces de séparation qui rongent la tête et la chair – une manière d’être au monde qui efface les frontières et les forteresses qui prolongent les territoires nés dans l’esprit et le sang…

Une opportunité (incroyable) de se ressaisir – une possibilité (quasi inespérée) de se rejoindre…

 

 

Des adieux incessants – entouré de personne ; bien davantage que des miroirs – les réels reflets du monde – ces parts de nous tantôt étrangères – tantôt familières – sur cet étroit chemin qui se dessine sous la voûte – de douleur en étonnement – confronté aux affres (inévitables) de l’existence terrestre…

 

 

Des danses – quotidiennes – sans raison – au milieu de la forêt – au cœur de l’invisible ; seul – bien entendu – sans l’approbation des gardiens du temple et des seigneurs du monde – sans les projecteurs des siècles braqués sur soi – loin des foules – dans l’obscurité lumineuse du cercle qui nous a choisi – avec, au-dedans, nos bagages involontaires – l’âme et l’esprit harnachés du nécessaire – le plus essentiel – sans doute…

Et ces pas – au fil du chemin ; vide et promis à l’or des visages – à cette folle – et belle – intimité avec les choses – le cœur proche de toutes les âmes rencontrées…

 

 

Attaché(s) à l’espace sans limite autant qu’aux territoires que l’on nous impose – auxquels on nous cantonne…

L’âme partout dépaysée – étrangère – qui rêve de fugue et de fuite – impossibles…

Le silence penché sur notre faim – notre désir d’émancipation et de liberté – comme des ombres dans la féerie offerte – dans les possibles proposés…

Le jeu des cœurs trop naïfs – des têtes possédées – hantées par les plus anciennes malédictions de la terre ; l’incapacité organique à se défaire du plus tangible et l’identification naturelle de la psyché à la matière…

Le sort de tous – en somme – en ce monde où nul n’est capable de s’affranchir de son support – où chacun est contraint de vivre confiné dans cet interstice inconfortable…

 

*

 

Proche de ce qui se creuse – se dilate – se déploie…

Un regard – sans crainte…

Un espace qui échappe à l’exploitation – à la réification – aux impératifs de l’agrément et de la jouissance…

Un lieu d’Amour et d’effacement où l’âme prime sur le ventre et la psyché…

Des tables pleines de livres – des gestes et des vies humbles et poétiques…

Plus présence que simple existence ; belle – légère et dense…

Juché, sans doute, sur les plus hauts plateaux du monde accessibles à l’homme…

Le vent – les yeux grands ouverts – qui efface jusqu’à l’idée même de sommeil…

La mort et les profondeurs de la chair – comme des portes ouvertes – de manière permanente…

Nous tous – rassemblés – enroulés autour de la même plaie…

Un grand soleil sur notre douleur et notre angoisse communes…

La simple continuité de cette marche vagabonde – la suite des premiers pas…

 

 

Auprès de la pierre – le silence – la confiance sous les paupières – la neige de l’enfance retrouvée…

Ni crainte – ni trace ; la blancheur délivrée – réofferte…

L’essentiel de l’âme et de l’espace – épargné…

Comme une langue désenfouie qui, soudain, découvrirait le jour – l’autre versant du ciel et de l’abîme…

Les malheurs qui, peu à peu, se dispersent…

L’âge et le temps devenus sans importance – comme une apparence inutile…

Le plus élémentaire de l’homme – bien sûr…

La nudité sans fard – affranchie de la tyrannie des lois – des regards – des idéologies…

Et nous – respirant, sans doute, comme pour la première fois…

 

 

La grandeur et la beauté – insoupçonnées – du silence – la mémoire perdue des origines – et cette plongée en ce monde – comme un atroce dépaysement – mêlé(s) à la plèbe archaïque et instinctive – victime de son paléocortex…

Des armées d’âmes dépossédées – broyées par les Autres – rongées par la peur ; mille querelles – mille menaces – mille possibilités de terreur – sur fond d’obscurité ; le royaume des yeux fermés – des cœurs clos – des esprits bornés – qui s’imaginent – (très) orgueilleusement – (très) risiblement – ouverts – libres – émancipés des profondeurs terrestres – des forces les plus obscures – des instincts les plus primitifs…

 

 

D’une désolation à l’autre – sans cri – sans parole – docilement (si docilement) – la tête dans les épaules pour éviter la violence du monde et les coups du sort…

Penché sur nous – jusqu’au dernier instant – et au-delà – bien sûr…

Présence permanente – en soi – au-dedans – au-dehors – à nos côtés – nous précédant – nous suivant – nous survolant…

Le Divin multiple et protéiforme – parfaitement adapté aux singularités de chacun – épousant les formes – les prédispositions – les aspirations – redressant et effaçant ce qui a besoin de l’être – offrant, peu à peu, au cœur du sommeil – au cœur de la folie – des intervalles d’insomnie et de questionnement…

Un promontoire – un espace de rencontre pour les cœurs honnêtes – les âmes en quête d’innocence ; un étrange chemin vers le silence et la vérité – une manière authentique d’habiter l’être – le monde et le geste – affranchi(e) de Dieu – des hommes et du temps – de toutes les formes de contrainte et d’idéologie…

 

*

 

Des malheurs trop anciens pour retomber en enfance…

L’essentiel – dans le saccage de la nuit…

Des ondes poétiques – comme des caresses dans le silence…

L’espace élémentaire – sans intention – sans apprentissage…

La fièvre inquiète – dissoute avec le noir…

Ce que nous fûmes – un jour…

Et ce que nous deviendrons encore – lorsque l’âme sera prête – lorsque le monde ne s’attendra plus à la moindre transformation…

 

 

Couleur de sang – de fumée – de mort et de cendre…

Le jour – désespéré de ne jamais pouvoir paraître…

Comme si le feu et le vent étaient en avance sur le ciel…

 

 

Une forêt de fenêtres – un peu de transparence – devant les yeux – dans l’esprit – au-delà de tout imaginaire…

Bleu – comme tous les passages désobstrués – comme un visage transformé – hors de portée – le rythme naturel de la marche…

Une porte qui s’ouvre sur l’éternité…

La joie qui nous gagne en chassant le froid et la pluie…

Le vide – sans plus attendre – les yeux fermés…

 

 

Ce qui s’approche – ce qui passe – ce que tout périple efface – le poids – les couleurs ternes – le visage sans joie – notre présence désincarnée – le sable au fond de l’âme qui convertit nos rêves en dessin – notre manque, si évident, de réalité…

Un monde de fleurs et de pierres – au cœur duquel les bêtes s’ébattent – au-dessus duquel s’envolent tous ceux qui ont des ailes…

 

 

Hors des cercles du ciel – parmi les tourments et les dépossédés – au crochet des sorcières accrochées à leur balai – auprès de tous les chiffonniers de la terre – sur des montagnes de déchets hautes comme des tours prospères – dans la puanteur et la lie…

Nulle geôle et nul geôlier ; la mort – des étreintes – la rudesse des existences – comme moyens de métamorphose – comme instruments naturels au service de la vérité…

 

 

Des bruits au silence – de l’enfer au paradis – du monde au tabernacle – de la mendicité à la plus haute richesse ; la nudité – en un seul pas…

Consentir à ce qui vient – à ce qui est offert – le monde – les circonstances – la seule porte possible vers la liberté…

 

 

Des vagues successives de pardon – le nom des bêtes épelé – un par un – la longue liste des suppliciés au service de la folie humaine – debout – mains derrière le dos – tête baissée – au commencement du repentir ; des carrés – des colonnes – de visages qui éprouvent, pour la première fois peut-être, la douleur infligée ; la possibilité de l’Amour à portée des victimes et des bourreaux ; et l’évidence de la transformation (inévitable) des statuts – des attributs – au fil des histoires – à travers le cycle parfaitement exhaustif des rôles et des fonctions…

Nous – nous tous – passant, tour à tour, et indéfiniment – des paumes meurtrières à la chair meurtrie – des dents carnassières à la chair blessée – offerte – quasiment sacrifiée…

Et notre tâche – à tous – de comprendre et de se soustraire, peu à peu, au règne du sang…

 

*

 

La nuit noire – au-dessus de chaque soleil…

Et la même chose – trop souvent – au-dedans des têtes…

Des rives sans parfum dont on s’approche – presque toujours – avec crainte…

Des couleurs et des récoltes qui disparaissent…

Des fleurs et des murmures – inaccessibles…

Cette terre sur laquelle tout – presque tout – est effort et labeur – corvées et contingences – nécessité et tourments…

Des vies – comme des ombres incarnées…

Du fond de l’abîme – les mêmes cris et les mêmes bruits de pierres qui roulent – les mains caleuses et ensanglantées – à force de creuser le sol – d’essayer d’escalader les parois (trop) abruptes de ce monde…

 

 

Pourquoi vouloir offrir le monde – le ciel – le moindre geste – à ceux qui – (très souvent) à leur insu – ont décidé de fermer les yeux – de conserver leur cœur à l’abri du vent – des circonstances – des assauts – des caresses – de se soustraire à la moindre rencontre – de maintenir leur âme au fond d’un étroit cachot pourvu de grilles et de portes cadenassées…

Le froid – bien davantage qu’un contexte – un mode de vie – comme une seconde peau ; la texture de leur existence – à l’intérieur…

La pauvreté et la peur viscérales – celles de la matière depuis le début des âges – devenue, aujourd’hui, à peine consciente…

Aucune main – aucune corde – tendues – ne saurait les tirer de ce mauvais pas – les détourner de ce triste sort ; le désert – l’étouffement – la dureté des reflets d’un miroir continûment inflexible – sans tendresse – pourraient, peut-être – un jour, leur fournir le déclic – leur offrir l’étincelle et le souffle suffisant pour poser le premier pas hors de ce qui ressemble fort à la plus atroce – à la plus ignoble – des détentions…

 

 

Le chant ondoyant du silence perpétuel…

Des yeux sur la mort – égayés – comme un sens de l’infini – soudain découvert…

Des passages – de l’ombre et des chatoiements – des couleurs et de la colère, parfois, vigoureuse – comme bloqués au cœur d’un barrage – le temps d’une nostalgie – vite balayée…

L’exploration des marges – des entrailles – de la tristesse (fouillée parfois jusqu’à la désespérance)…

 

 

L’anonymat paroxystique – à l’automne – comme plongé dans la substance – l’essence même de l’âme – comme l’exact prolongement de la solitude et de l’effacement ; ce qui (nous) révèle un socle permanent au cœur des changements et des soustractions successives ; rien de construit – rien de robuste – rien de visible – bien sûr…

L’âme souple et le regard attentif à ce qui se présente – à ce qui s’offre – à ce qui s’invite – à ce qui s’attarde parfois et qui nécessite un accueil plus durable – un temps d’Amour prolongé – aussi nécessaire que l’oubli qui devra suivre…

 

 

Du bleu sur quelques miettes – des restes de rêves et de vigueur – aux confins du monde – aux marges des cités humaines – (presque) toujours…

Le cœur (en partie) affranchi de ses propres pièges…

La vie – libre – s’écoulant sans entrave ; les obstacles – tous les obstacles – acceptés – contournés ou balayés lorsque la pente y pousse…

Des haltes, parfois, comme sur une île – loin (très loin) des clameurs – des rumeurs – des mensonges – au centre de l’immensité – laissant tous les possibles se succéder – nous abandonnant à tous les états – expérimentant toutes les combinaisons du monde – du réel – de l’esprit – de la matière – de la psyché – de l’invisible – goûtant sans la moindre volonté ce qui nous traverse – ce qui nous est proposé…

 

*

 

Parfois – le jour – sur nos visages désuets – moroses – trop anguleux…

Des ombres au fond de tous les plis…

De la rosée – au coin des yeux…

Un passage et des passants appliqués – laborieux…

Nos vies – la belle affaire – une infinité d’histoires – sans (véritable) intérêt…

 

 

L’air de rien – de plus en plus…

La tête d’un oiseau – l’âme d’une pierre – la silhouette (épaisse) du vent – proche de la tempête – des gestes vifs – comme du feu – un soleil…

Et lorsque l’on se penche sur le sol – à la suite de nos pas – on aperçoit quelques empreintes humaines – des traces minuscules – presque invisibles…

Ce que nous sommes ? Qui peut savoir ? A qui – à quoi pourrait-on se fier pour se connaître…

 

 

L’or des pierres et du vent – sous nos pieds – sur le dos…

L’âme affamée de folie – trop rarement de silence…

Des jours – comme des gouttes de pluie sur la vitre sale du monde – rien de nouveau – un peu de sueur – la besogne journalière des bêtes et des hommes – la tête (trop souvent) rabaissée par le rêve des Autres – à dire les choses dans une langue incompréhensible – à dessiner sur le sable de grandes (et belles) arabesques qu’effacent les pas – toutes les danses du monde…

A se demander si nous existons (vraiment) et s’il est nécessaire d’ouvrir son cœur – d’offrir un peu de son âme – à un autre que soi…

Ce que l’on porte – Dieu – au-dedans – le seul qui puisse réellement écouter et entendre – le seul qui puisse nous satisfaire de ses gestes – de sa voix – nous combler de son Amour patient et inépuisable – comme s’il était ici-bas la seule réalité tangible – bien davantage que nous – que le monde – que tous les Autres…

 

 

Loin des nombreuses assemblées qui s’adonnent aux rêves et aux conflits – qui privilégient les voiles et l’obscurité sur les plaies diverses occasionnées par la promiscuité des corps et des âmes – très rarement tendres entre eux…

Et nous – sur cette bande de terre étroite – comme une haute colonne de solitude horizontale érigée à l’écart du monde (comme il se doit) – au cœur de l’immensité – dans la proximité du feuillage des arbres et des soubassements du ciel – à hauteur du bleu qui surplombe la méfiance – la vilenie – le sommeil…

Si seul(s) que nous n’avons jamais été aussi proche(s) de l’innocence – de la bascule qui nous affranchirait de toutes les légendes (et de toutes les histoires) humaines – inventées pour nous consoler de cette ignorance patente – de cet indiscutable inachèvement – de ce manque viscéral qui nous cloue à l’inconfort et à la tristesse…

 

 

Dans cette errance sans but – au chevet de nous-même(s) – l’essentiel du voyage – tout au long du périple – une étendue – des noms et des murs – du vent – des paroles – de la matière – surgis de nos (propres) profondeurs ; et nous – louvoyant entre les pièges – d’île en île – jusqu’à la source – jusqu’au cœur de l’apprivoisement – le monde et la mort abandonnés à ceux qui s’y résignent – de plus en plus isolé(s) et substantiellement appauvri(s)…

Dans la tête – le vide ; et dans l’âme – des ailes – l’envergure nécessaire – pour s’éloigner de la fange populeuse – de ces rives peuplées de mythes et de fantômes – de ce monde construit comme une monstrueuse mécanique au service des rusés et des puissants qui, partout, colonisent – exploitent et s’approprient…

Et nos prières – incessantes – pour enjoindre au ciel d’offrir un peu de lumière – un éclairage suffisant pour délaisser nos fausses certitudes – ce lot d’inepties et d’insanités que nous brandissons comme un étendard…

Incertain(s) nous-même(s) – bien sûr – dans la brume et la clarté – une vague clairvoyance peut-être – à peine – sans doute – une éventualité…

 

*

 

Serré contre soi – le passé non retranché – ce qui s’accroche – un fond d’espérance maladif – un besoin de réconfort – peut-être – ce qui, aujourd’hui, nous fait défaut – probablement…

 

 

L’enfance réprimée – abandonnée au profit de la parade – de la parodie de vérité – la mascarade du monde – le défilé des apparences et des faux sentiments – des idées en tête – et tous nos titres épinglés sur la poitrine ou sur le mur derrière soi…

Tous les souffles et tous les élans – naturels – stoppés net par la psyché…

La confusion et le resserrement…

Devenu secs – (bien) trop secs – sans âge – comme des spectres mal incarnés – des momies…

A peine vivants…

 

 

Derrière la vitre – la folie de rester…

L’aurore – devant – en marche – s’éloignant déjà…

Trop loin depuis trop longtemps…

Entouré de fantômes – de rêves – d’éclats passés – qui nous hantent – qui achèvent de nous clouer au monde et au temps…

 

 

Personne – dans nos bras – derrière nous – à nos côtés – comme un vide – une béance – un abîme dont l’étendue nous effraie…

Notre vie – telles des braises passées – un reste de cendres emporté par les vents…

Sans largeur – sans possible – dans ce cloître – cette débâcle sans présage – sans préavis…

Le sol sableux sur lequel s’essaye – tente de se dresser – une conscience maladroite – malhabile – bancale – pourvue d’une inquiétante déficience – pourvoyeuse de gestes infirmes – incomplets – inappropriés – qui, peu à peu, façonnent un monde malade – invalide – diminué – affublé de tous les manques – source de toutes les abominations – de toutes les atrocités…

Notre plus terrifiant reflet…

 

 

L’âme et les mains – mutilées – amputées des nécessités métaphysiques – prosaïsées d’une absurde manière…

Le ventre animal et la psyché dévolue à la protection et à l’aménagement de ce qu’elle considère comme son territoire ; et le reste (tout le reste) passé par-dessus bord – renvoyé à l’immensité…

Heureux comme des coqs sur leur bout de terre clôturé – sur leur tas de fumier – parcelle d’immondices et de laideur – pavoisant – convoitant – devisant entre eux à travers le grillage…

Des vies minuscules – dérisoires – (infiniment) provisoires – (terriblement) étrangères à l’infini et à l’éternité qu’elles portent – à leur insu…

Sans chapelet – entre les mains – une voix étranglée – au fond de la gorge – devant les tristes spectacles du monde…

Entre colère et désespérance – encore trop près (beaucoup trop près) des cris de ralliement et des mains qui égorgent…

 

 

Sous un ciel infime – minuscule – parmi des pas trop pressés – des bouches qui dévorent – des têtes jamais rassasiées par les excès de la psyché – les excès de matière – les amas de choses et d’images – les couches d’idées ramassées sans effort et jetées en désordre dans un coin du crâne…

Une joie feinte – pas même une gaieté – pas même une lueur au fond des yeux – pas même un sourire (faiblement esquissé) au coin des lèvres…

Des grilles – partout – au-dehors comme au-dedans – des territoires – des périmètres bornés – des horizons limités ; mille cages – mille détentions – simultanées – en vérité…

Au milieu d’une cour étroite et grise cernée par de hauts murs – avec au-dessus du front baissé – barricadé – engrillagé – l’immensité céruléenne (toujours ignorée)…

 

*

 

Jamais récusé – là où le désert s’aventure – aux lisières – presque toujours – l’ermite des interstices – la joie jamais chavirée – jamais enivrée – toujours vertigineuse – égrainant, le sourire aux lèvres, son chapelet de peines – les douleurs de l’âme et du monde – inévitables – équivalentes – au-delà du seuil franchissable – les quatre directions cardinales dans la main – réunies au centre – comme le zénith et le nadir – et tout ce qui les peuple…

Au cœur du cercle – l’immensité, sans cesse, assaillie par la violence et la souffrance des hommes – des bêtes – des Dieux ; l’autre versant du Divin – les pires perspectives – les pires circonstances du voyage – toutes les tristes figures du voyageur…

Inévitablement au-dehors – avant que nous ne percions le secret – avant que nous ne désacralisions le royaume – avant que l’absence ne devienne un retrait (strictement) involontaire ; une manière juste (et habitée) de se soustraire aux rôles que le monde nous a assigné(s) pour retrouver une existence naturelle – singulière – impersonnelle – exonérée des règles communes et des lois habituelles qui régentent les relations à l’Autre…

 

 

Au-dedans – parmi – au-dessus – sans contrariété…

Danse et calligraphie – gestes de la terre – gestes de l’âme – imposés par la joie ou les circonstances – la nécessité face à l’inévitable – face au tumulte du monde…

Le temps décomposé – abandonné au rythme présent du souffle et des pas ; une simple cadence…

Le sol – la feuille – sur lesquels s’enchaînent les hiéroglyphes du corps – les secousses et les fantaisies du cœur ; et tous les silences indispensables pour que nous devenions notre propre compagnon et Dieu, notre seule compagnie – et inversement (bien sûr) ; ressentir – successivement – simultanément – toutes les combinaisons possibles – dans l’existence et sur la page ; nous – le monde – le Divin – dans tous les sens – en désordre – imbriqués – confondus – sans la moindre hiérarchie…

 

 

L’étoile qui pend – accrochée là par les hommes – autrefois – et, aujourd’hui, presque fendue en deux – grignotée ici et là – dévorée, peu à peu, par l’avidité – plus grise que lumineuse – à présent…

Un peu d’air dans la voix…

Un peu d’eau dans le sang…

Et toujours trop de terre dans le cœur – sous les pas…

L’âme de l’homme rongée par sa propre ambition – et comme le monde – plus ou moins dévastée…

Arrivé(s) – peut-être – au bout de l’échelle – les deux pieds, en déséquilibre périlleux, sur le dernier barreau – en grand danger – à deux doigts de chuter – de rejoindre le néant au-dessus duquel nous nous sommes – (très) progressivement – (très) laborieusement – hissés…

 

 

Hors jeu – très souvent – loin des bruits – du bavardage – des festins – des mille frivolités du monde – profondément – viscéralement – seul – le cœur et les lèvres posés contre les choses – les yeux attentifs – l’âme qui éprouve, de l’intérieur, ce qu’offre la vie naturelle – si proche des pierres – des arbres – des bêtes – comme une fleur minuscule – incroyablement discrète – installée au milieu de la forêt – devant laquelle les uns et les autres passent distraitement – sans un regard….

Joyeuse – dans son labeur quotidien – heureuse de sa petitesse – de son anonymat – de sa fidélité au sol et aux circonstances…

Fleur éminemment passagère – amoureuse de son parfum – de son nectar – de ce qui l’entoure – de ce qu’elle connaît – de ce qu’elle ignore – de sa (très) modeste participation aux chants de la terre – aux vibrations du monde – à la célébration du jour – de l’aurore – des saisons…

 

*

 

Les lèvres jointes – blanches – le ventre contre le couteau – aussi proche de la mort que possible – sans un cri – sans un regret – attentif – avec une légère appréhension…

Et l’âme qui se balance – presque impatiente – devant Dieu – au pied de ce qu’elle imagine être son regard ou son esprit occupé à évaluer, de manière exhaustive, les paroles et les gestes – tous les actes réalisés au cours de l’existence – à mettre ceci et cela au passif ou à l’actif – additionnant – soustrayant – réalisant de savants calculs – posant tout – la moindre chose – sur la balance…

Et l’âme – fébrile – un peu inquiète – plongée tout entière dans la bêtise – l’ignorance et la grossièreté – humaines ; comme si l’Amour tenait des comptes d’apothicaire – comme si l’Amour se livrait à ce genre de bilan détaillé – à ce genre de procédé stupide et manichéen…

Que nenni ! Tout est rythme – enchaînement – émotion – sur fond de bienveillance. Et ce qui se joue – à cet instant – comme à tous les autres – n’est, en aucun cas, le choix entre le paradis et l’enfer – mais la distinction entre ce qui, en matière de sensibilité et d’intelligence, est suffisamment intégré au corps – au cœur – à l’esprit et ce qui doit faire l’objet d’un approfondissement ou d’un affinage ; ainsi, peut-être, se répètent certaines circonstances et s’expérimentent d’autres événements – d’autres situations – au-delà du jeu – pour que chacun puisse, un jour, être capable d’incarner (d’une parfaite manière) la lumière et l’Amour…

 

 

Face à face – feu contre feu – et l’immensité en commun…

 

 

Notre joyeuse démesure employée à diverses tâches – toutes (plus ou moins) relatives à l’essence – aux mille usages de l’âme…

Toute notre ardeur à vivre – et à témoigner de – l’essentiel ; l’impossible aux yeux des hommes…

Habiter un tertre transparent dédié au silence et à l’invisible – portés et célébrés par l’infime – au cœur du quotidien…

Instants – gestes et paroles – consacrés (autant que possible)…

 

 

Les heures poignantes du temps nouveau – chargé de changements et d’aléas – d’un sens puissamment métaphysique et spirituel…

Des os et de la chair précipités dans le gouffre – émergeant du vide et le rejoignant au terme de chaque voyage…

L’appel du centre et des marges – le premier au cœur des secondes et les secondes réunies au cœur du premier…

Nous – de la même couleur que la lumière – comme ce que tente d’inventer ce monde nouveau – ce nouveau langage – avec (bien sûr) les ténèbres – leur texture et leurs teintes – pleinement intégrées…

L’essor et le repli – concomitants…

L’existence – sans songe et sans avenir…

Le meilleur – sans doute – que nous ayons à vivre (et à offrir)…

Un itinéraire sans colloque ni conquête…

Le plus simple du monde – tantôt le silence – tantôt la parole…

Cet étrange voyage – parmi les Autres – sous le soleil – auprès des vivants et des morts – (presque) tous occupés – accaparés – par leurs mouvements et leur passage…

 

*

 

A l’affût – les lèvres cousues – les rêves qui planent au-dessus de la mort – les masques figés en sourire – à pieds joints dans le tombeau…

Des éclats de vie – sous la terre – autour des cercueils – des larmes retenues – des poitrines essoufflées – un soleil oblique – lointain – qui éclaire la moitié des visages – les corps qui s’imaginent indestructibles et les âmes qui s’imaginent immortelles…

La bêtise commune – aussi répandue que les vaines paroles – que les fronts soucieux – que le sang qui gicle des gorges tranchées…

Des bouts de rien – des bouts d’images et d’étoffe que le vent agite – que le vent emporte – que nous oublierons bien vite…

 

 

Des rythmes désaccordés – incompatibles – les uns habillés de chair et de rêve – les autres de ciel et de vent…

L’œil – dans la main – qui devine alors que d’autres respirent (leur vie durant) les yeux bandés…

Des rites – des jours (presque) entièrement ritualisés – au cours desquels les heures claquent comme des impératifs – des intervalles dans lesquels se glisse la somme des habitudes…

Du soleil au fond de la poitrine dégagée de tous les rouages et de tous les foudroiements…

Des cœurs amoureux…

Des bras laborieux…

Des choses que l’on porte – d’un lieu à l’autre – péniblement…

Des vibrations – des résonances – des étincelles – la naissance du souffle et des élans ; ce qui s’impose sans effort – le plus naturellement du monde…

Ici – la psyché à l’œuvre…

Là – la liberté en mouvement…

Et au-delà des contradictions et des apparences – le rire et l’immobilité commune ; ce qui se partage – en ce monde – dans la peine et la joie…

 

 

Dans un monde de fierté et de honte – le rougeoiement des faces – la mort que l’on rejette – que l’on ignore – la célébration du progrès – des individualités prisonnières des Autres qui s’imaginent libres et autonomes – les ponts qui ne sont que des frontières supplémentaires – des rangées étroites de barbelés destinées à protéger toutes les idéologies – outrancières – tapageuses – délétères – incroyablement dangereuses…

L’empire des apparences et du néant que l’on honore un peu partout – que l’on nous présente comme la panacée – le grand remède aux malheurs du monde – aux souffrances des hommes…

Et tous les Autres dont on se moque – sur lesquels on expérimente nos instruments de mort – sur lesquels s’est bâti un joug abominable – que l’on a, peu à peu, transformé en système d’exploitation – monstrueux – tyrannique – industriel – qui aliène et réifie – qui impose (partout et à tous) sa puissance et sa domination…

Misérables que nous sommes…

Une terre où se multiplient les bûchers – les boucheries – les massacres – les charniers…

La folie que l’on vend en fiole – en boîte – et que l’on achète par palettes entières…

L’entêtement de la bêtise et du poison qui s’infiltrent jusque dans les profondeurs de l’âme et de la chair…

Nous – étouffants – notre souffle – notre vie – le monde – peu à peu, étouffés…

Le jour balayé – pulvérisé – comme aboli…

Le temps des rengaines et du rabâchement – le ressassement collectif continu – la régurgitation permanente…

L’ivresse maladive des hommes – abusés par leurs propres ambitions – toutes les chimères inventées par la psyché…

L’abomination vivante – paroxystique – qui vient parachever toutes les forces destructrices passées – l’œuvre diabolique dont les hommes aiment se glorifier…

 

*

 

De la matrice au passage – en un clin d’œil…

Et le long (le très long) cheminement pour retrouver l’origine…

 

 

Les mains animées par l’Amour – les lèvres par la vérité ; l’âme et le corps réunis pour traverser toutes les circonstances…

 

 

La source du monde – dans la sève des arbres…

Des poussées de ciel – la puissance du vent…

Et nos jambes – comme du bois dans lequel circuleraient un peu de rosée – quelques nuages peut-être…

Des lambeaux de silence reconstitués…

Et les âmes – toutes les âmes – prêtes à l’Amour – à toutes les révolutions nécessaires…

L’homme dépouillé – les mains câlines – le geste précis…

La feuille – devant soi – livrée au ciel descendu – au silence consentant – aux saisons qui passent – à la terre qui se dérobe…

Le sel du monde – en soi – pas si loin de l’essentiel – sans doute…

 

 

La douleur – aux côtés de l’immuable…

La nostalgie – peut-être – d’un ressenti – d’une sensibilité incarnée…

Et – parfois – l’absence de toute gravité ; le corps léger – presque absent – vaporeux – quasi inexistant – remplacé par un sens aigu de la beauté et du silence…

La permanence d’une caresse sur l’âme – de l’intérieur ; au fond du cœur – cette immense tendresse ; l’étrange vibration de l’Amour jusque dans les tréfonds de l’être…

Les anneaux de la chair, peu à peu, remplacés par les cercles de l’invisible – toutes les parures échangées contre un peu de nudité…

Nous – rejoignant – retrouvant – devenant – l’immensité – le Divin célébrant le monde et le monde célébrant le Divin…

Le caractère multiple – et absolument équivoque – de tout visage…

 

 

Le souffle et le désir qui s’entêtent jusqu’au dernier instant – la respiration et l’espérance du vivant face aux malheurs – pour échapper à la fadeur (si souvent ressentie) de l’existence terrestre – comme une infirmité à vivre (sensiblement – pleinement – réellement) les circonstances…

Et l’acmé de la tragédie qui se fomente en silence…

 

 

De l’ombre – assurément – jusqu’au fond de l’âme…

L’espace – comme enroulé sur lui-même – comme recroquevillé sur nos peurs…

L’errance des fugitifs – le cœur chaviré par les contradictions…

L’exil qui, peu à peu, se dessine…

La nuit – et ses hautes murailles – comme un refuge – un lieu où nul n’oserait venir nous chercher…

Le parfait abri pour les siècles à venir – comme un gouffre dans lequel, un jour, nous serons tous précipités…

Comme une pente inéluctable vers la mort – l’immobilité éternelle…

 

 

Au loin – l’horizon des rêves…

Le jour au-delà de l’impatience…

Ce que l’on nous murmure à l’oreille…

La caresse des Dieux…

Le temps illimité – ce qui nous émerveille…

La bouche aux mille lèvres colorées qui pourrait embrasser notre peau – de l’intérieur – assouvir nos désirs – tous nos désirs – jusqu’à leur extinction…

Dans la proximité du ciel capable de se déployer dans la chair libre et docile – sans le moindre souvenir – sans la moindre espérance…

Puis, un jour, de la fumée et de la cendre – ce qu’il pourrait rester, à terme, de nos résistances (parfois) acharnées…

Nulle trace sur le sol – et dans l’air – le bruissement feutré d’un battement d’ailes – l’esprit délivré de nos tenailles – de son illusoire détention…

L’affranchissement terrestre – comme la seule possibilité…

 

*

 

Au cœur de nous-même(s) – cette tension hors d’atteinte – l’essence – l’invisible dissimulé par l’apparence du monde…

 

 

Rien de l’homme – rien de connu – rien de prévisible ; ce que nous sommes – exactement – aussi éloigné(s) de ce que nous croyons être et connaître que de ce que nous imaginons – élaborons – échafaudons – quelques vagues pensées construites avec un peu de sable et de vent ; un peu de poussière sur le sol du monde – sur l’ossature du temps – la nuit et le néant – sur ces rives terrestres où l’on traîne péniblement les pieds – sa carcasse – son lot d’idées et d’images inutiles – entre l’abîme et la mort – prisonnier(s) de ses propres sables mouvants – de tous les marécages de l’univers – comme égaré(s) dans ce grand désert où les âmes se heurtent à (presque) toutes les impossibilités…

Dans les plus lointains replis du jour…

Comme désorienté(s) dans notre (irrésistible et pitoyable) quête d’immensité…

 

 

Sur notre peau millénaire – la lumière première – le regard des Dieux – la main des Autres…

Et sous la chair – des colonnes de visages – nos aïeux – notre descendance – en ordre de marche – les corps – tous les corps – soudés au nôtre…

Et dans l’âme – le vide et l’énergie originels ; la sagesse aux prises avec l’absence – le sommeil – l’obscurité ; le déploiement (progressif) du silence – la vérité qui tente de se redresser – de percer l’épaisseur et l’opacité…

Nos voyages – multiples et ininterrompus – l’éloignement de la source – et le gisement (inépuisable) des élans – des forces – de la matière…

Ce qui tourne – depuis toujours – autour du même axe – qui se rapproche et s’éloigne du centre – successivement – simultanément – et qui, parfois, le devient et qui, souvent, s’en croit exclu – étrangement attiré par les cercles les plus lointains – à l’extrême périphérie du monde…

Notre respiration commune – éternelle – notre souffle incroyablement vivant – qu’importe où nous nous trouvons – qu’importe la distance qui nous sépare de la matrice…

 

 

Traces de ciel sur le sable…

L’empreinte des Dieux sur la chair…

L’âme docile – prête à l’envol – aux meurtrissures – à la douleur – à son immersion dans les eaux noires du monde…

 

 

Le cri – la flèche – le fleuve – en un chemin unique…

Du feu – l’explosion et la dispersion des éclats…

L’enfance qui se partage…

Le jour qui éclipse les saisons…

La joie en tous lieux ; tous les possibles délivrés du joug de nos exigences…

Le sol – l’âme – le soleil – fragments du même royaume où cohabitent la source et la multitude…

Tous nos états – toutes nos couleurs…

 

 

Le passant de l’entre-deux – d’une rive à l’autre – dans le passage oublié…

La chair et la nuit – complices – surmontées, parfois, des ailes de la Providence…

Toutes les larmes du monde qui s’accumulent comme une chance permanente – la possibilité de s’affranchir de nos habitudes – de nos certitudes – de nos croyances…

D’un seul regard – toutes les têtes découronnées ; l’âme – toutes les âmes – mises à nu – entre la naissance et la mort – le seul chemin…

Une distance avec l’Amour – à réduire – comme un fil à rompre avec la mémoire – le poids terrible des souvenirs…

Un pas – mille pas – ce qui s’ouvre – de l’intérieur – au-dedans – comme les portes d’un temple édifié au nom de la confusion et de l’immensité – du chaos – de l’ordre et du déséquilibre naturels…

Bien davantage qu’à notre image ; ce que nous sommes – exactement…

 

*

 

Sous les arbres et la neige – la langue silencieuse – la parole rare – la chair précieuse – enveloppée de tendresse…

L’Amour – au centre et aux extrémités…

Seul – comme il convient – en compagnie de nos frères – au cœur de cette communauté sauvage et insensée – soudés par l’invisible et notre éloignement commun du monde humain…

Nous – comme sur l’île d’un archipel – au milieu de l’immensité…

Nos âmes et notre chair – collées ensemble – comme une frontière – un rempart contre la barbarie exercée par les hommes…

 

 

Des yeux qui veillent sur la pierre – parmi des visages endormis…

Des bras inertes dans la poussière…

Des corps morts et allongés…

Le sang des uns – l’odeur des autres – qui se mélangent – qui ne torturent que les plus sensibles – toutes les âmes vouées à d’autres rives – étrangères aux pillages – aux saccages – aux visages déformés par le désir – la tristesse et la haine – étrangères aux cœurs cadenassés – aux figures craintives et ignorantes – sur le chemin qu’ont dessiné ceux qui souhaitaient percer le mystère – découvrir la vérité et la vie authentique – au-delà des mythes – des manques et des mensonges – au-delà des rêves et des ambitions communes – une sente étroite au cœur de l’existence – bordée par la nuit – les abîmes et le monde – peuplés de quelques fantômes – et qui s’élève peu à peu – (très) modestement – vers le ciel – le bleu – l’immensité – cette étrange étendue qui surplombe les têtes – les fêtes – les danses – toutes les circonstances – et qui a banni le rouge ruisselant de son sol au profit de l’innocence et de la lumière…

 

10 juillet 2021

Carnet n°264 Au jour le jour

Novembre 2020

Un cœur carnassier qui tourne autour de notre blessure – attiré (sans doute) par la douleur et l’odeur du sang – tout ce qui nous entoure…

Les murs détruits – l’âme et le monde exposés et fragiles – à la merci de toutes les bouches opportunes…

 

 

Des mots – du souffle – des pages – du vent – des livres – le silence ; quelque chose d’emboîté et d’amoureux…

Ce qui s’assemble dans le poème – y compris ce que l’on appelle – un peu hâtivement – des contradictions – des choses apparemment inconciliables…

 

 

Tout tombe en désuétude – sauf les adieux – tous nos adieux – incessants – éternels…

 

 

Nous ne sommes que notre sang – notre langue – notre douleur – et la joie au-dessus des malheurs – le nécessaire et le plus précieux ; ce que nous mettons – parfois – des siècles à découvrir – à éprouver – à vivre – à devenir…

Nous-même(s) – socle de tous les édifices et de toutes les destructions…

Vide – illusions – monde et miracle des choses – aussi…

 

 

Nous – davantage que nos gestes et notre parole ; le silence habité – pleinement parfois – comme Dieu se révélant au monde – à lui-même – vivant(s) dans la couleur du jour offerte – âme et esprit flottant au vent…

A deux doigts (presque toujours) de nous écarter de la voie – et nous en écartant sans cesse – en vérité – comme s’il n’y avait aucun chemin à suivre – des choses et des routes à inventer plutôt hors de ce que les hommes – le passé – nos aïeux – se sont vainement obstinés à édifier…

Oublier la faiblesse – la laideur – la beauté – ce que l’on imagine être le courage et la force ; et laisser advenir ce qui nous hante – sans retenue – sans restriction…

 

*

 

Dans l’air – l’ombre – l’équilibre – la voltige – la marche sans paresse – le cœur accroché au bleu – et nos pas dans la neige…

De la même matière que le monde – l’invisible…

 

 

A se cogner contre tous les silences – cette (incroyable) indifférence du monde – la seule condition parfois pour pénétrer le royaume – l’aire au-dedans dédiée à la tendresse – discrète – câline – voluptueuse ; trop souvent – le seul silence (véritablement) aimant…

 

 

Nous – dans un long tunnel – le noir – sans lumière – la lanterne des Autres trop lointaine – jalousement conservée pour soi – fort heureusement à en juger par les itinéraires – les détours – les malheurs et la tristesse sur les visages…

Des âmes et des destins trop fiers qui déclinent peu à peu et qui, un jour – brusquement, s’effondrent…

Des chemins et des figures à éviter…

 

 

Le vent dans notre voix – pour nous défaire du surplus de sens et de paroles…

Rien que des notes – la musique – des sons et des syllabes qui s’enchaînent…

La langue adoucie – comme un air de fête amoureusement lancé dans l’espace – vers le monde – vers le ciel – vers personne – vers tous ceux qui sont prêts à recevoir une parole – un infime poème – à s’abandonner à ce qu’ils portent – à se rapprocher d’eux-mêmes – d’une perspective, en eux, presque inespérée…

 

 

Le regard oblique – circonscrit – porteur du manque originel – d’un surcroît de bêtise et d’opacité né de la proximité du monde – de la fréquentation des Autres…

La même veille inutile – les mêmes prières – les mêmes gesticulations – ce besoin de chaleur dans le froid ambiant – contagieux – contracté – et cette faim de lumière dans ces ténèbres sans fenêtre…

Un peu de joie – une promesse de beauté – au cœur des malheurs entassés en couches épaisses…

Notre vie à tous – en somme…

 

 

Des jeux dessinés du bout des doigts – le monde peut-être – initié par on ne sait qui – Dieu jouant dans le sable – soupirant un peu – partagé entre la tristesse et la joie – obéissant, lui aussi, à d’impérieuses (et irréfragables) nécessités…

De cette incertitude – de cette ambivalence – de cette oscillation – sont, sans doute, nés le théâtre – la scène et la longue série d’acteurs qui se sont succédé depuis le premier jour…

Nous autres – nous tous – comme d’infimes figurants de la troupe vivante…

 

 

Quelques lois – peut-être ; le désir – l’éclosion – l’élan – le déploiement – la douleur – la limite – la mort – l’oubli…

Et dans ce cadre – tout le fouillis et toute la fantaisie – toutes les histoires et toutes les illusions – possibles…

La vie étranglée – l’obligation du fragment et du relatif – ce qui nous asphyxie – ce qui aiguise notre curiosité et notre besoin d’infini et d’achèvement – notre irrépressible quête de complétude…

Ce à quoi nul, bien sûr, ne peut échapper…

 

 

Dans le sang – les secrets du monde – les secrets du temps – la ronde des choses et des saisons – tous les mythes et toutes les odyssées – ce qui nous hante – cet état de siège permanent – la foule anonyme et notre cœur hébété devant la mort (la mort toujours souveraine)…

Suspendus à nos lèvres – à nos pages – un poème – un peu de vérité – peut-être…

 

*

 

Le soleil du monde – trop pâle pour le cœur – faire éclore cette joie étrangère à la nuit – si vaste – si au-dessus des choses qu’elle est capable d’accueillir son contraire – et l’ensemble des conditions pour que se déploient toutes les forces en mesure de lutter contre son rayonnement – plus souveraine que les règles et les lois arbitrairement imposées pour différencier, de manière si grossière et manichéenne, ce qui relève du jour (et de la lumière) de ce qui relève des ténèbres (et de l’obscurité)…

 

 

Ni triste – ni joyeux – dans l’interlude du langage – comme un voyage au-dedans de l’âme – du cœur blessé – du regard dépeuplé ; une manière de revenir en soi – de (re)devenir présent – attentif aux plus imperceptibles tremblements – aux moindres assauts (lucides et tendres) de l’invisible – si désireux de pénétrer la chair…

L’espace déserté par l’essentiel – conscient de lui-même…

 

 

Au cœur des lignes – cette langue sans mémoire – nos forteresses anéanties – notre impuissance exposée – comme une porte qui s’ouvre, peu à peu, sur nos profondeurs…

Un étrange soliloque entre l’air et le vent – ponctué de quelques plaintes – comme un sifflement intermittent…

La tête vide – de plus en plus…

L’esprit qui dissipe les pensées – qui les ignore avec superbe – avec lucidité – avec obstination – comme si l’on ouvrait les yeux en plein rêve…

Toute la consistance du monde – des Autres – de son propre visage – soudain démantelée ; dans une explosion identitaire…

Rien qui ne puisse résister – demeurer debout ; la terre qui se dérobe…

Partout – l’inconnu et le règne de l’incertitude – comme s’il était impossible d’exister…

Être – contempler – éprouver – seulement – et tendre la main parfois – comme la seule manière de vivre ; la seule réalité – peut-être…

 

 

A se déchirer – avec trop d’ardeur – et ne restera bientôt plus qu’un feu – quelques flammèches sur de pitoyables bouts de chair calcinés…

Il faudrait d’abord se réconcilier – aimer ce qui nous porte comme ce que nous portons – la même chose – en définitive ; tout accueillir d’une main tendre – avec un cœur attendri ; la nuit – le soleil – le sang et la fatigue ; puis, se laisser disperser par le vent – intact – naturellement – sans volonté ; le feu alors serait vif – et palpable, la puissance – en nous – du monde…

Comme le jour qui remplacerait, une à une, toutes nos fenêtres…

 

 

Debout – à peine – contre le mur – l’âme rapiécée – le jour en accoudoir…

L’étendue, en nous, comme un soleil couchant – un crépuscule (finement) resserré…

En silence – sans un mot – sans un signe – au-delà de toutes les absences…

 

 

Rien que de la folie et quelques prières – des instants et des vies comme jetés dans un grand sac avec quelques lettres – un alphabet (pitoyable) et les attributs organiques et cognitifs pour en faire usage…

Des corps – des âmes – comme amputés de l’essentiel…

Ce qu’offre l’espace – Dieu – le silence – et que nous ne savons ni voir – ni éprouver – par défaut d’Amour – bien sûr…

 

 

La joie après le festin et les tempêtes…

La longue saison à venir…

Ce qui, un jour, recouvrira le ciel…

La fin de cette vaine attente de l’après – de la mort ; l’épuisement définitif de cette longue veille…

L’aube fichée en plein cœur – l’aube plein les paumes – avec notre vie qui traîne encore dans la poussière – sans le moindre soupir – sans la moindre tristesse – acquiesçante et joyeuse…

 

*

 

Flottant au-dessus de l’inhabitable – sans terre – sans ciel – comme des fantômes hantés par la nuit – courant d’une rive à l’autre – sans répit – sans repos – l’âme triste et harassée – réduite au froid – à la solitude – à l’errance…

Nulle part à l’abri – et n’ayant pas encore découvert leur refuge intérieur…

Brinquebalés par la multitude et l’écho sans fin qui frappent au cœur – au visage – là où la chair et l’invisible sont devenus infiniment fragiles – de moins en moins capables de résister à la violence du monde…

Par delà le jour – la rumeur – celle qui enfle et se substitue au vide initial – à la vérité…

 

 

Dans tous les angles – le même soleil ; et nous autres – férus de commerce et de miroirs – la mâchoire serrée sur nos infimes désirs – sur notre minuscule territoire – avec, partout, des barbelés et des remparts…

Entre les ombres – les paniers – l’acier et les reflets – le jour et l’invisible que nous n’avons, bien sûr, jamais su voir…

 

 

Du fond de la tristesse – parfois – quelque chose de la liberté – une possibilité du cœur et de l’écart ; ce qu’il reste lorsque tout a été abandonné ; la flamme vive et l’espace présent – et ce silence qui jaillit de la brûlure – de la douleur ; le ciel passionnément amoureux – notre ardeur solitaire – ce qui échappe (en général) à la cohorte des visages – à la succession perpétuelle des mondes et des choses…

 

 

Le temps des tombes et des âmes inclinées…

Contre le mur – des dos et du soleil – la même tendresse espérée ; ce qui naîtra, un jour – peut-être, à l’intérieur…

Et nous – comme condamné(s) à subir l’insanité du dehors – tous ces visages gorgés de colère – tous ces poings serrés dans le vide – l’impossibilité de la passion commune – la chute (inéluctable) dans le même précipice…

La nuit – sans la lumière – comme contexte et décor naturels – inchangés – inchangeables – le sort (le pitoyable sort) des créatures de la terre…

 

 

Des oiseaux – comme des lettres magiques – mouvantes – un alphabet dans le ciel – tout un langage – celui de l’invisible – soudainement et provisoirement – perceptible…

 

 

De la mort sur terre et le ciel comme terrain de jeu – périmètre des Dieux – peut-être…

Des hommes et des arbres – tels des prophètes – de la matière dressée – front haut vers l’inaccessible – un peu de poussière dans leurs soupirs et leur essoufflement – l’enchevêtrement de leur feuillage…

Au faîte du monde – l’inquiétude des hauteurs…

Et la veille épuisante – l’attente patiente de la lumière…

 

 

Comme égarés sur la terre – au milieu des ombres – des têtes espérantes – des corps éclopés – des âmes tragiques…

L’obscurité de part et d’autre des remparts…

Des blessures et des prières – toutes nos mythologies…

Des crimes – des paroles – des engorgements ; nos ténèbres communes…

Et tous les visages suspendus à l’instant de la mort…

 

 

La nuit qui arrive – les êtres qui s’éloignent et disparaissent…

Le sommeil qui recouvre les visages et les rictus…

L’aube et la poussière dans leur danse miraculeuse et incompréhensible…

Le désert excavé dans la tête…

Toutes ces nécessités à l’œuvre ; notre route qui s’éloigne des foules – de la cohue des idées et des tracas…

Le front de plus en plus proche des entrailles…

 

 

De légers chuchotements dans le jour couchant…

Rien à la fenêtre de l’âme…

Et personne sur le parvis…

La solitude parfaite – absolue…

Ni rêve – ni monde – ni délire…

Au-dessus de la tête – des étoiles et la fièvre des hommes…

 

 

Du sang dans les veines – un peu d’ardeur et de folie – pour apprivoiser les spectres du temps – jouir dans la tourmente – se jouer de l’incertitude – aimer ce que l’on nous offre – avant de poursuivre le voyage…

 

*

 

La calligraphie de l’âme sur la peau – à l’encre blanche – presque céleste – que ne peuvent voir que les yeux qualifiés – vierges – les âmes sans questionnement – devenues indifférentes aux promesses du savoir…

L’essence affranchie de toutes les abstractions – le geste et le centre – plutôt que la ligne et la pensée – toujours à la périphérie…

 

 

La lumière sur la route sans mémoire…

A rebours du temps…

Le désir amoindri – dépeuplé – sans visage ; comme une anfractuosité dans la trame naturelle – l’effritement de la roche…

A la porte de l’âme – le vide – le socle de la matière et des vivants…

Ni temple – ni colonne – l’abîme où tout se perd – auquel tout consent – jusqu’aux mondes où ne naissent que les désastres – toutes nos (minuscules) tragédies…

 

 

En soi – la dissolution de la plus haute solitude – des caresses au milieu des décombres – le vent sur la crasse – qui déblaie nos lambeaux – quelques restes de langage – des bribes de chair et de croyances – obsolètes – qui disperse les horizons – qui nous recentre…

Le vide qui, peu à peu, se remplit de sa propre présence…

 

 

Sous le front – des chants sauvages…

De thébaïde en thébaïde – sans résolution – sans inquiétude (particulières)…

Le temps qui cogne dans le sang – sous la peau – à toutes les portes du monde…

La lumière – de plus en plus familière – qui s’insinue…

Nos deux mains abandonnées – comme le reste – comme tous les Autres – à leur destin…

La marche infatigable – éternelle – sans miroitement – sans refuge – en soi…

La solitude silencieuse apprivoisée…

Nous – nous enfonçant dans cette étreinte à laquelle nul ne pourrait nous arracher…

 

 

En perpétuel devenir – ce qui nous excite – ce qui nous épuise – ce dont nous ne pouvons nous passer…

Ce qui – en nous – avance – le retour récurrent à l’immobilité – malgré les ombres et l’ardeur – malgré les spectres et les tentations – tous les obstacles que les Dieux et les hommes dressent devant nous…

 

 

Secoué(s) par la même folie que les siècles – casque sur le front pour se protéger – ne rien voir – ne rien entendre – ne rien dire – respecter l’obscurité traditionnelle – les lois de plus en plus obsolètes à mesure que la lumière, en nous, se déploie…

 

 

Une poignée de mots pour exprimer toutes nos reconnaissances

Comme un silence – sur le chemin – qui nous guiderait jusqu’à lui…

 

 

Une envolée vers l’envergure – le bleu révolutionnaire qui, peu à peu, remplace la tête – l’âme – la terre – tout ce qui a l’air d’exister…

Le ciel qui surplombe – et prolonge – nos linceuls successifs…

 

 

Le souffle et le silence qui se déploient à travers les mots – derrière la prolifération apparente – ce qui ne peut changer – ce que l’on ne peut atteindre qu’à force d’obéissance et d’humilité – la posture la plus juste (et la plus naturelle) de la matière face au vide – au mystère – à ce qu’elle est et représente – et tout le reste – ce que nous avons, peut-être, oublié de définir…

Ni annonce – ni propagande – un langage d’invitation à l’exil puis à l’intimité…

Nous – comme homme(s) et créature(s) – messager(s) et prophète(s) – ce qui s’entasse et se resserre – ce qui se dilate et disparaît – à travers ce qui demeure – bien sûr…

 

*

 

A nos pieds – le silence – et devant nos yeux aussi…

Le monde dans son absence…

Les battements du cœur…

Ce que nous sommes – à cet instant…

Et le ciel aussi – peut-être…

 

 

L’œuvre de l’invisible sur le monde et le temps…

Entre l’espace et le vent – le bâillement des hommes – le règne de l’idiotie…

Et dans notre crâne – tout ce noir temporairement suspendu…

 

 

Des débris de noms et d’histoires – ce dont nous pourrions être dispensé(s) – et qui, au contraire, constitue (depuis toujours) l’essentiel de la vie humaine…

 

 

Le monde humain – comme une île à la dérive – destructrice – délétère – dangereuse ; comme une arme pointée sur le plus fragile – la différence – la diversité ; comme une mâchoire capable de disloquer le vent – le vide – toutes les armatures invisibles qui portent la vie – la terre – le socle de tous les vivants…

Et ces lignes – comme un cri – quelque chose qui rêverait de s’interposer – de défier la bêtise – d’interrompre la funeste besogne des Autres (peut-être plus instinctuels et ignorants que nous)…

 

 

Rien de prévu – rien de construit – de la poussière qui prend forme – grâce au souffle – à l’âme – aux mains…

Un peu de lumière avant cette aube qui tarde à venir – et qui ne viendra peut-être jamais ou lorsque nous serons tous morts – nous autres les créatures du monde – les vivants provisoires – les vivants périssables – les voyageurs en transit dans cette étrange vallée…

Encore dans l’intervalle – à peine au-dessus du temps – le signe que les songes s’éloignent et que les images invitent à l’effacement…

Peut-être – le jeu même du jour – la liberté morcelée – et partagée entre les âmes – selon une loi mystérieuse et incompréhensible…

Dieu – au-dedans – célébrant toutes les histoires – leur naissance et leur déroulement autant, bien sûr, que leur achèvement…

 

 

Le cortège des ombres amoureuses – les âmes qui se dépossèdent…

A l’écoute d’un chant nouveau – extrêmement silencieux – comme le bruissement discret – furtif – d’une vaste étendue désertique sous les caresses (délicates et permanentes) de l’invisible…

Quelque chose d’exotique pour le cœur étranger…

Une étreinte entre l’âme et la lumière – entre la tendresse et la chair…

Au-delà (bien au-delà) des voluptés ordinaires…

 

 

Ne rien opposer à l’abondance des promesses ; un silence – un sourire peut-être – un regard qui se tait – étranger au brouhaha – aux bavardages – à tout ce qui semble superflu…

 

 

Ce que nous recommençons – de manière incessante ; les mêmes gestes à défaut de regard neuf – le quotidien inchangé à défaut du plus sacré – les nécessités laborieuses et contingentes à défaut du sans égal…

 

 

Sous le front – la même clarté et les mêmes étoiles qu’au-dehors…

Une précipitation de matière et d’inertie…

L’immuable dans un labyrinthe – avec des plaintes et des portes – des cris et de longs couloirs…

L’obscurité sur la carte – inscrite comme la seule légende…

Et toutes nos forces dilapidées en efforts – en rêves – en tentatives – au lieu d’attendre patiemment la mort – le passage – la conversion – l’apparition de l’Amour et de la lumière – la seule perspective capable d’aiguiser notre éclat – la qualité de notre présence – la justesse de nos gestes – la plénitude de l’être et ses mille conséquences sur le monde…

 

 

L’existence comme une course – une épreuve – moins réelle qu’un songe…

De là où nous sommes – nous voyons le rêve – les images – les pleurs – ce qui plonge les yeux dans l’hypnose – et les corps et les âmes dans l’abîme…

La machine à broyer du vide et du noir…

 

*

 

Des cages – au milieu de l’espace – accolées – suspendues – avec des visages – partout – devant et derrière les grilles…

Une large étendue – du chaos…

Des bouches qui crient leur nom – leur singularité – leur besoin d’exister ; de la prétention – seulement – comme si un fragment (un fragment insignifiant) pouvait avoir une identité – une histoire – la moindre possession – la moindre volonté…

De l’usage – pas même une fonction – fractions élémentaires de la monstrueuse – de la mystérieuse – machinerie – sans frontière – sans queue ni tête – infinie – évolutive – cyclique – récurrente – immortelle…

Et nous – en deçà et au-delà des visages – des grilles et des noms…

Ce qui ne parvient jamais (ou si rarement) aux oreilles et à l’esprit des hommes ; ce que l’on ne découvre (en général) que dans la solitude et le silence…

 

 

Sur la pierre – notre stèle naturelle…

Ni destin – ni liberté – une volonté indéchiffrable – en orbite – autour de la même étoile – comme un jeu sans règle – un délire, peut-être, éprouvé jusqu’au vertige…

 

 

Un homme – ce qui ressemble à un homme – en apparence – un peu de chair et de souffle – qui ânonne le nom de Dieu – qui mime maladroitement une prière – qui s’essaye à une forme bancale de verticalité – qui croit s’élever – et qui étale seulement ses principes – ce qu’il pense avoir personnellement édifié – qui croit vivre – et qui bégaye à peine sa pitoyable survie – qui croit boire à la source – et qui s’abreuve à une minuscule résurgence – à une flaque d’eau sale et répugnante…

Sans parole – bien sûr – puisque, en définitive, on ne s’adresse qu’à soi-même…

Silencieux – devant les Autres (tous les Autres) – au milieu du monde ; les lèvres inertes – la bouche ni pour exprimer – ni pour embrasser – simple outil pour ingurgiter un peu de matière…

 

 

La vie – comme un rêve – une danse labyrinthique – des éclats de verre – des miroirs – des reflets – la nuit magmatique parsemée d’intervalles…

Ce qui se dilapide – sans affolement…

Des larmes – de la tristesse…

Mille choses dérisoires avant le tombeau…

 

 

Les deux mains pleines de ciel – la parole oubliée…

Ce qui compte – notre présence au cœur de la fatigue – du sommeil – des illusions…

Nous – nous aimant – peut-être – de la plus belle des manières…

 

 

Des éclats de bonheur cousus ensemble – comme un ouvrage chimérique – une façon d’habiller l’ignorance et la dérision…

Le monde – l’espace où se pavanent et luttent tous les Narcisse…

Entre jeux et batailles – entre pertes et conquêtes – le même désir – partout – comme une intarissable litanie…

 

 

Vêtu de rien – du déluge possible – des ruines à venir – d’un ciel nu – sans langage – sans apôtre – sans prophète…

Des vagues et des bouches – qui nous emportent – qui nous avalent – le vivant assassiné – en fuite – guidé par son instinct de survie…

Des déferlantes de joie – dans la poitrine – en rêve – ce qu’imposent le monde et la tristesse – en vérité…

 

 

Du sable plein les poches – plein les yeux – plein la tête – et l’âme au-dessus – imparfaite – comme si nous étions déjà mort(s) – le gardien des enfers soudoyé pour que nous entrions sans méfiance – la fleur aux lèvres – les deux bras tendus – prêt(s) à embrasser – animé(s) d’une folle espérance…

 

*

 

La joie circulaire – la vie comme un cercle de liberté – une errance sur orbite ; Dieu s’immisçant dans le jeu de la matière – allant parfois même jusqu’à s’incarner…

L’histoire éternelle – sans fin – sans commencement – que, sans cesse, nous réinventons…

Et notre parole comme un infime segment de ce qui se déroule…

Du soleil au soleil – à travers la chair qui, peu à peu, se consume – s’illumine – comprend la manière dont le ciel et la terre en font usage ; un fragment de vérité – rayonnant…

 

 

Nu(e)(s) – la note – la clarté sur le parchemin – la lanterne qui éclaire l’élan – les ombres privées de parole – le monde sans auditoire – ce que l’on tait – en général – ce que l’on ne peut entendre – le cri de ceux qui bégayent – de ceux que l’on a abandonnés au milieu du gué – sans bouée – sans phare – sans embarcation – livrés à la nuit – au froid – à la peur – à l’eau qui monte – irrémédiablement – à la solitude et à l’ignorance – que le moindre geste – la moindre prière – aurait pu consoler – aurait pu sauver du naufrage – peut-être…

Nos lignes offertes à tous ceux qui se noient et qui, dans le silence, ont entrevu une terre de salut – un antre possible – le seul lieu secourable – assurément…

 

 

Tout ce que l’on absorbe comme anesthésique et somnifère – pour échapper aux bourreaux – aux exécutions – aux corps qui tremblent – aux corps qui crient – aux corps qui saignent – à tous ceux qui meurent sous nos coups et notre indifférence…

Et nous autres – le couteau à la main et la frivolité dans l’œil – heureux de continuer à déchirer les peaux – la chair – les vies – à semer ce que même la nuit refuserait de laisser en héritage ; le néant – l’ignominie – l’insanité – comme les Dieux vivants d’un monde malade – à la dérive – à bout de souffle – et dont la plainte nous pénètre comme une lame rageuse et inévitable – et nécessaire, elle aussi, sans doute…

 

 

L’Amour – sans personne – comme un mirage ou une vérité…

Cette nuit – au-dedans – en suspens – comme un cauchemar qui s’éternise – notre parole en ruines – trop faible pour inviter Dieu – le Dieu des hommes – dans notre chambre – s’en remettant à la solitude – aux profondeurs (trop souvent insoupçonnées) de la solitude – appelant le Dieu vivant malgré elle…

L’obéissance à ce qui s’impose comme l’unique voie…

Nulle idée – nul chemin ; la vaste étendue et la vérité circonstancielle – de manière continue – de manière perpétuelle ; et notre constante intermittence…

 

 

Derrière ce que l’on fait – toujours une autre nécessité…

Dans le sang – l’ardeur d’une volonté non personnelle – ce qui fonde et bâtit le monde – les mondes – tout ce qui se compose – s’assemble et se désagrège – tout ce qui est soumis au reste et au temps – comme un Dieu sans certitude sous le front – démultiplié en autant de formes et d’existences que compte l’ensemble des cercles du réel…

 

 

Dans le roc – la blessure et l’étoile – l’homme – le vivant – tout ce que l’on croit être…

 

 

Des adieux et du délire – jusqu’au dernier souffle (provisoire)…

Le monde obsédé qui s’acharne – sans tête – sans raison…

Des clowneries et tous ceux que l’on égorge…

Occupé(s) à attendre – à vivre selon ses croyances et ses représentations – des images et des convictions sans preuve – autour de l’axe central bâti en soi – sous son propre front…

 

 

Une terre de gravats et de massacres – où les âmes – par obligation – par nature profonde peut-être – pour survivre sans doute – se doivent d’être rudérales…

Ni trône – ni couronne – excepté ce que l’on édifie dans le mensonge – par intérêt – par tradition…

Ni victimes – ni bourreaux – ce que partagent les suppliciés – la même croyance en la faute et en la nécessité du sacrifice – la seule (véritable) malédiction – sans doute…

 

*

 

Parfois – les défaites successives – comme un étrange décompte – à mesure que croît le jour – la valeur (éprouvée) de l’invisible…

 

 

Sur le sol – des flammes – des braises – des cendres – ce qui achève de se consumer – nos livres – nos médailles – nos souvenirs – toutes nos idoles (accumulées depuis le premier jour)…

De plus en plus nu(s) – à mesure que le feu grandit – que l’âme se révèle dans l’incendie – que nos couronnes et nos colères sont jetées dans le brasier…

Ce qui veille – attend – se réduit, en quelque sorte, à l’envergure et à la contemplation…

 

 

Des blessures en guirlandes – parsemées d’épines…

La lune – des visages – des images – comme une constellation éventrée…

De la poussière sur la langue – comme une page – une parole – très anciennes…

De la pluie – un jardin – ce qui rend le monde vivable – presque miraculeux…

Du vent – du sang – et l’intelligence qu’il nous manque pour hisser l’Amour au-dessus des idées – au-dessus des icônes – sur la cime terrestre la plus haute – dans nos gestes quotidiens – dans l’air que nous respirons…

Vivants presque morts – inertes – pétrifiés par les habitudes et le reflet des miroirs…

L’œil enterré avec tous ses trésors…

L’âme condamnée – et invitée à retrouver l’origine – à traverser les tourbillons – l’air brassé par les hommes et les Dieux…

Laisser jaillir la lumière du fourbi – de la stupidité – des vomissures terrestres – ce qui nécessite une infinie patience et l’extinction du temps – la fin définitive des illusions et la transformation des têtes vouées, depuis les premières traditions, aux choses et aux histoires personnelles – ridicules – minuscules – infantiles – si trivialement humaines…

 

 

A la frontière des corps – la demande insistante – le ciel dévêtu – l’alphabet du monde sans l’ossature du temps…

Ce que les hommes piétinent – ce dont ils bourrent les crânes – cet amas de matière monstrueux – le désir et la volonté…

Proies d’une idéologie – amputées du jaillissement naturel – des courants porteurs – des itinéraires spontanés…

Le labour – le labeur – plutôt que le voyage sans effort…

La carte et la destination plutôt que les aléas et les imprévus (les surprises merveilleuses) de l’errance…

L’ambition plutôt que le pas…

Tout plutôt que l’incertitude et la (véritable) liberté…

L’existence comme un périmètre circonscrit…

 

 

Entre le sang et le souffle – le ciel et la place de l’encre – ce que reçoit la terre – un peu de bleu offert – le silence libérateur – approbateur – au milieu des désirs et de la besogne…

De l’espace dans ce trop d’intention – comme un tertre – un angle – que l’on réserverait à Dieu – à ce qui, en l’Autre, demeure intact et caché (en général) – comme un trésor indécelable (et indéchiffrable) au milieu des apparences…

Une fraternité de gestes et d’âme dont nul – jamais – ne peut être exclu…

 

 

Les hommes assoupis – sommeillant – et nos livres – nos pages – notre parole – pour rien ni personne ; pour quelques étoiles – peut-être – quelques âmes lointaines – l’invisible et les bêtes couchés sur le sol – la pierre sur laquelle on est assis…

Notre vision – comme un rêve – de l’Amour…

Au cœur – toute la sensibilité du monde…

 

*

 

Les armes – en nous – baissées – oubliées – perdues peut-être…

Au milieu de la poitrine – ce soleil – dessiné à l’encre – comme un rêve sur nos pages…

Des forêts à la place des tables…

Du vent à la place des siècles et des visages…

Et le vide sur lequel on s’appuie comme les pierres sur lesquelles, autrefois, on reposait…

De la soif et des désirs – ce à quoi s’oppose le monde – en dépit des sollicitations et des attirances – une invitation d’abord obscure – puis, de plus en plus évidente – à plonger au cœur de la source où naissent tous les élans…

 

 

On n’arrache rien à l’âme ; elle s’offre et, avec elle, ce qu’elle contient – ce que Dieu et les Autres y ont déposé…

 

 

Le jour libéré du temps – le règne de la légèreté et des profondeurs – ce qui nous accable – ce que l’on rejette – toutes ces parts assassinées qui auraient aimé qu’on leur tende la main – qu’on leur offre un sourire – une caresse – une étreinte – un peu de tendresse (celle dont nous sommes capable(s) ; et, à ce sujet, Dieu sait notre insuffisance et notre inaptitude)…

Ce dont on prive le monde – les Autres – et nous-même(s) d’abord – comme si nous étions conçu(s) pour que se répète – et se prolonge – éternellement l’histoire commune – celle qui colle à la peau des hommes – des âmes ; les principes – les jugements – les valeurs – la perception terriblement restreinte et parcellaire du monde – comme des miettes de réel et de vérité inutiles – inutilisables…

Ce qui, en un clin d’œil, transformerait notre colère – notre ignorance – notre douleur – nos hurlements – en rire – en blessure abstraite – en joie – en intervalles de conscience dans l’illusoire déroulement de notre histoire…

Une manière, sans doute, de réenchanter tout ce gris – tout ce noir – au-dedans – alentour…

Ce qui pourrait s’offrir sans retenue – sans arrière-pensée ; et qui s’avère encore – trop souvent – impossible aujourd’hui…

 

 

De l’errance – d’ici au lieu de nos racines…

Des vêtures et des alphabets jusqu’à l’innocence sans langage…

Le voyage et le silence – au-delà du temps…

 

 

Rien devant les yeux – au-dessus de la tête – dans le cœur endolori…

Des âmes et du ciel…

Ce qu’offre – peut-être – la poésie…

 

 

Dans le gouffre – l’esprit et la lettre ; dans les flammes – une fraternité complémentaire…

Scindé par l’éclat – le haut et le bas au milieu desquels circulent les idées et le sang – la souffrance et l’intention – les désirs et la semence…

Nous – terre et affilié(s) à tous les chemins…

Archipel théâtral et prophétique dénué de sagesse – aux prises avec tous les instincts et le cours si désastreux de l’histoire…

 

 

Le soleil – en guise de phare – plus rarement (presque jamais) représenté comme un ogre – un monstre lumineux…

La lumière sans écran – trop puissante (bien trop puissante) – impossible à supporter – qui aveugle et irradie – qui extermine – et qui définit, d’une certaine manière, le seuil à partir duquel les âmes sont capables de voir – les yeux capables de s’ouvrir – qui décide, en définitive, la façon de peupler – et d’organiser – la terre – les lieux du monde où l’ombre devra durer encore – comme si les Dieux en jetant leurs dés, au premier jour de l’histoire, s’étaient amusés à décerner les trophées et le prix à payer – à distribuer toutes les limites et les malédictions à venir…

Et nous (nous tous) – victimes, en quelque sorte, du sort qui, parfois, nous interdit – qui, parfois, nous autorise ou nous encourage…

Et nous – nous débattant toujours avec cette longue liste de restrictions terrestres – et vivant comme si notre désir de nous en affranchir consolidait certains empêchements essentiels – comme si nous renforcions, à notre insu, le caractère rédhibitoire des obstacles naturels de l’homme…

 

*

 

Un jeu immense – comme un espace aléatoirement quadrillé – avec des failles temporelles – des semences jaillissantes – des matrices béantes – des têtes secouées ; le plus fragile, en nous, malmené – et ce sang – et cette encre – dégoulinant par endroits sans que rien ne puisse les arrêter…

Les pages rouges – le sol noir – échangeant leur texture (et mélangeant, parfois, leur couleur) – se rejoignant – presque toujours – en une vaste étendue parsemée et bordée de vide sur laquelle se dandinent maladroitement des hommes et quelques feutres – agités – emportés – par une danse ardente – erratique – hésitante quelques fois – les uns fuyant – les autres s’agrippant – tous dessinant d’étranges itinéraires – des détours et des arabesques – comme poussés par le vent et des forces invisibles – envoyés ici et là – allant jusqu’à l’épuisement – avant de s’effondrer et de se répandre en petites taches inertes qui, peu à peu, glissent vers le trou – l’abîme – le plus proche…

Et personne au-dessus pour déplacer les pions sur ce plateau démesuré – que les hommes appellent le réel – qui, si souvent, ressemble à un champ de bataille – à un échiquier tragique et ensanglanté sur lequel se démènent des figures effroyables et horrifiées…

Le monde trépignant – affairé – actionné par lui-même et le souffle premier du silence qui, un jour, donna naissance à la matière et au temps…

 

 

De la roche dans l’ombre – et ce langage, autrefois si dur, comme défait – assoupli – sans racine – sans assise – allant là où on le pousse – glissant là où la pente l’appelle – traversant ce qui nécessite d’être traversé – pour se répandre sur la page – sur le monde – dans les âmes et les têtes…

Propédeutique nécessaire, sans doute, pour se familiariser avec le vide et le silence…

Paroles messagères – annonciatrices, peut-être, de la lumière…

Tous nos visages au milieu des mots ; et Dieu qui se tient entre chaque lettre – entre chaque ligne – heureux des mariages – des absences – des destitutions – ravi de constater l’incroyable faillibilité de ce grand manège et les surprises incessantes qu’il nous réserve…

 

 

Que le sang emporte nos ruines et nos ambitions – ce avec quoi l’on occupe les lieux – des Dieux de carton-pâte – des prophètes de pacotille…

Des intentions de chair asservie – de paroles de propagande – ce qui nous empêche de voir l’or des âmes – ce qui brille sans arrogance au fond des yeux des hommes – l’humilité non feinte du cœur qui sait…

 

 

Seul et sans descendant – loin des regards et des foules – indifférent aux édifices des hommes – auprès des Dieux, peut-être, qui ont colonisé l’espace au-dessus du monde…

 

 

Derrière le visage – le feu – le jeu – l’alphabet – le cœur du mystère et l’ensemble des surfaces du monde repliées…

A mi-chemin entre l’extase et la dévoration…

Ce qui nous envahit – ce qui nous encercle – jusqu’au dernier souffle…

 

 

Le jour affranchi de toutes les alliances – sous des étoiles impuissantes – tout un ramassis de rêves et de fantasmes ; le paradis présent – sans cesse en train d’éclore – hors du bain poisseux des religions…

 

 

Ce qui – en nous – s’interroge – et arrache, une à une, toutes nos certitudes – ce qui prolonge la lignée inauguratrice – ce qui explore au-delà des apparences – le monde à l’envers – les abysses retournés – tous les recoins fouillés – l’esprit et la chair soulevant chaque pierre – chaque racine – explorant toutes les marges – se rapprochant, pas à pas, du mystère…

 

 

Ici même – par là où tout a commencé – au centre du vide – au cœur de chacun ; l’unité démultipliée – transformée en foule – convertie en multitude ; comme un ensemble de fractales façonnées selon un modèle unique qui, peu à peu, prend la forme d’un monde aux apparences diverses et mélangées – peuplé de visages, plus ou moins, communs – plus ou moins, singuliers…

 

*

 

La parfaite soumission à la lumière – dans toutes les failles baignées par la violence et le noir – comme des intervalles d’inconscience dans l’immensité blanche – et, au-dedans, des îlots de résistance à l’obscurité – à la barbarie – à ce que le vivant porte depuis trop longtemps…

Des oiseaux dans la couleur – barbouillant le ciel de taches étranges et joyeuses – et notre regard – émerveillé – abandonnant le labeur (morne) des idées – les tentatives (absconses) d’enchevêtrement du langage et du réel – la monotonie du temps linéaire et l’étrangeté du monde labyrinthique qui se resserrent sur les hommes – qui asphyxient leur existence et leurs élans – leurs désirs (obstinés) d’échapper à toute forme de règle et de géométrie…

Et nous – soudain – dans le ciel – l’esprit et les yeux éclairés par l’envergure – la marche ascendante – descendante – tourbillonnante – les corps et les gestes qui se mélangent – toutes les contradictions avalées par le cœur acquiesçant – la beauté des teintes et des textures dansantes – comme un tableau – un sol – une terre peut-être – sans cesse remodelés – repeints – réorganisés – renaissants sous la pâte – la main – le couteau – de forces invisibles – libératrices – souveraines…

Le silence au-dessus du monde – reconquis ; tous les corps à corps rompus – et la liberté unique et plurielle – retrouvée et célébrée…

Nous – comme le lieu de tous les possibles – de toutes les apparitions – le centre de tous les cercles – là où peuvent (enfin) s’exercer (sans la moindre restriction) l’invisible – la magie – le merveilleux…

 

 

Naissance et existence sans cérémonie – sans salut – sans solution…

Providence crépusculaire où se mêlent – en proportions (très) inégales – la glaise et Dieu…

L’Amour comme (durablement) éclipsé…

Des vies sans ailes, peu à peu, asphyxiées – encerclées par des visages et des cris – sur des rives analphabètes – le long desquelles s’écoule une eau noire sans identité – peuplée de monstres mi-réels – mi-imaginaires…

Sur cette terre de disgrâce et d’infirmités…

 

 

Au croisement du mystère – rien – on ne sait pas – tout pourrait être envisagé (d’ailleurs tout a déjà été, plus ou moins, envisagé) – en vain…

L’esprit avec lequel toutes les configurations du réel ont noué un pacte ; le créateur et ses formes – ses cercles et ses sectes…

Des mouvements de part et d’autre de l’espace – quelque chose qui s’écoule avec le temps – une infinité de choses que l’on ignore…

 

 

Au cœur de la mémoire dépeuplée – inutile – peu à peu libérée du sang versé – des intentions étroites – des ambitions de puissance ; l’esprit suffisamment vide pour célébrer ce qui s’invite – la lumière – le monde – les circonstances ; tout ce qui jaillit de la source…

 

 

Nous – sillonnant la terre – l’esprit – le dédale de l’espace et du temps – l’aube habillée de ses voiles – les contrées de l’Amour – les rives du langage – mêlant nos pas – et nos gestes – à la poésie – laissant advenir – lorsqu’ils souhaitent nous visiter – l’enfant neuf et sans ruse – l’oubli sans décombre – la lumière sans ombre – le silence originel…

 

 

La terre – nos âmes – nos mains – ensemencées par le ciel – dégagé – dégoulinant – abandonnant sa substance – son patrimoine – ses empreintes – là où la chair – le cœur – le sol – sont prêts – capables de le recevoir – capables de le faire éclore et de lui donner vie…

 

*

 

Le lien rompu des Autres…

Seul – dans sa pluralité…

Le monde semblable à soi…

Du noir plein la tête – parsemé d’arcs-en-ciel et d’illusions…

Des promesses plein les mains – trouvées dans les paumes de ses pairs – des poignes sans acte – des gestes sans vérité…

Dieu et le regard sur la même ligne – recouverts par trop de rêves – par trop de mots…

Des baisers plein la bouche pour ceux qui suivront – et les yeux, derrière nous, qui balayent l’espace vide…

 

 

Parfois – le jour – parfois – le feu – la dédicace du ciel sur le sable…

Des mots et des flèches – le verbe lancé comme un projectile au-dedans des âmes ouvertes – si peu nombreuses – presque personne – en vérité…

Partout – les mêmes rives dépeuplées…

 

 

De la chair qui pense – des bouches alignées en longues colonnes – en files d’attente interminable(s) – de la parole désincarnée – des idées abstraites en pagaille – dans le désordre des esprits dérangés…

Des gestes qui claquent – qui cinglent ; des peaux et des cœurs maltraités…

Toute la gamme des hommes – en somme ; et personne (absolument personne) à qui se confier…

 

 

Ce que l’on nomme fissure – une certaine perception du temps – des failles dans l’espace – des gouffres qui déchirent la présence…

Plus que des instants – des vies entières en attente d’éternité…

 

 

Dire le jour – sans mensonge – sans faux-semblant – tel qu’il nous apparaît – à la manière de la terre née de la source…

L’aube habillée, parfois, de nos parures – la clarté à son zénith – le soir un peu flétri (et moins flatteur qu’on ne l’aurait imaginé) – et la nuit épaisse qui obstrue notre vue – notre vie – qui nous ferme les yeux en pleine lumière – lorsque le ciel est encore clair…

Tous ces voiles sur l’Amour naissant ; et l’éclosion du silence au milieu des mots…

 

 

La terre enchaînée – ensemencée par les morts – notre folie – trop de versets sombres – des rêves – de l’absence – du chaos – comme si nous étions le seul obstacle à la possibilité d’un commencement – une parcelle du monde si aride – si peu propice à l’émergence de l’Amour…

Trop de choses – trop de bruit(s) – encore – dans nos têtes – dans nos vies – pour vivre nu(s) – libre(s) et silencieux – pour célébrer tous les horizons au-delà des apparences – au-delà du tombeau…

 

 

A travers les ruines – les pleurs – le chemin…

Des vagues de mots et de tristesse qui nous emportent…

De la nuit trop peu contemplée – inapprivoisée…

Sur cette passerelle de sable et de cendres…

Au-dessus des flammes – la danse des prophéties…

Notre voyage jusqu’à la fin du jour – jusqu’au dernier souffle – jusqu’au désert – jusqu’à la confusion et la folie…

Peu à peu – vers le lieu de l’oubli – vers le lieu du cœur indulgent…

 

 

Dans l’âtre – des restes de rêves brûlés – notre généalogie – toutes nos tribus ancestrales…

Dans notre poitrine – un murmure – l’âme qui pardonne…

Nous – devenant, au fil des âges, un foyer sans bannissement – une source de tendresse sans insistance – sans renoncement…

 

*

 

L’invention du temps – de l’esprit – le monde fat – illusoire – d’un orgueil maladif – aux yeux opaques et qui s’imagine lucide ; les apparitions successives que l’on amasse – en tas – en désordre – en rangées hautes et épaisses ; ce que l’on croit être – la réalité – les histoires que nous inventons ; nous et notre cœur sensible – nous et notre âme exemplaire…

Mensonges ! Mensonges !

Du vent jeté en l’air – de la poudre pour les yeux (les siens et ceux des Autres) – de l’herbe balancée dans des fossés déjà fauchés – des chimères pour apaiser la psyché…

La mascarade humaine – le mauvais théâtre des hommes – pour ne pas nous voir si laid(s) – si étriqué(s) – si idiot(s) – si fragile(s) – si démuni(s)…

Le roman (pitoyable) de notre – de cette – si risible humanité…

Des mirages – le temps d’une vie – de mille vies – peut-être…

Une nuit de parfait sommeil sur la rive (désenchantée) des rêves ; et l’autre réalité – les mille autres réalités – jamais entrevues…

Et nous – sans surprise – parmi tant de malheurs – sur la pierre – de manière continue – de manière perpétuelle…

 

 

Ce qui nous précède – inexistant – autant que ce qui nous suit…

Nous – plongé(s) dans la marche – à déambuler parmi les Autres – dans cette vie qui se dessine dans l’espace – en lignes – en gestes – en mots – de l’aube jusqu’au couchant – dans notre chambre – au-dehors – les yeux grands ouverts – l’âme posée entre l’horizon et l’encrier – le cœur – le feutre – fidèles au rythme des saisons – à l’ardeur fluctuante des vagues intérieures…

Et ce que, chaque jour, nous léguons au monde – avec discrétion et sincérité…

 

 

Nous – nous déployant dans l’espace – grâce au feu offert – aux fleurs qui accompagnent la poésie – aux arbres des collines dont le feuillage recouvre notre roulotte…

Entre cimes et lac – notre enfance passionnée…

La tête qui musarde au-dessus des rêves communs…

En équilibre sur ce qui ne nous appartient pas…

 

 

Des bouches affamées…

Des apparitions comme des nuages…

Des existences – le temps d’un (très) bref passage…

Le malheur des uns et l’angoisse des autres…

Le bavardage des uns et l’indifférence des autres…

Rien qu’un long (et étrange) sommeil entre deux dates – sans cesse recommencé ; à peine – un fugace instant…

Les yeux collés de terre – la semence giclant dans la chair et sur la pierre ; la (tragique) perpétuation du monde…

L’humanité grave et frivole – suspendue au-dessus de l’abîme par la main de l’ignorance ; l’âme – la peau – l’esprit – plongés dans leur bain de crasse…

Pas même au commencement du seul voyage véritable – du seul voyage qui compte…

 

 

Ce qui pourrait nous étreindre – se laisser habiter – notre contemplation sensible à l’œuvre…

De l’âme bancale à l’âme inclinée…

Du bavardage à la parole habitée…

De la terre lasse – trop basse – au ciel accessible et joyeux…

De l’encre et du silence – sans doute – jusqu’au dernier jour – sans doute – jusqu’au dernier souffle…

 

 

Auprès de chaque chose – l’intimité…

Dieu au-dedans et le regard amoureux…

 

 

De la hauteur – au fond des yeux…

De l’envergure dans la main…

Nos adieux aux choses provisoires…

Notre fidélité au chemin…

Le sens de l’humilité et de la terre…

Le cœur infiniment tendre…

Ce qu’essaye d’encenser notre langue – par delà la vie – la mort – les apparences…

 

 

Ecrire sous le ciel – auprès de nos frères immobiles – légèrement tremblants – comme si Dieu seul nous regardait ; et ce soleil – et cette joie – qui nous pénètre – qui nous traverse – dont nous sommes peuplé(s)…

Notre demeure – commune – sans limite – enfin habitée…

 

*

 

Sur la pierre – le dedans du sommeil…

Les yeux ouverts sur l’automne…

Dans l’œil – dans l’âme – la fuite et l’horizon parcouru – et la paume des Autres dans notre main…

Et plus que tout – peut-être – notre parole suspendue ; ce qui émerge du silence retrouvé…

 

 

Un peu de peine amassée – d’étranges tas dans des cages remisées sous les fronts – des moments – des gestes – des visages – du passé ressurgi de la boîte où on l’avait enfoui – et cette image miroitante des Autres collée sur notre peau…

Pas de liberté – pas d’échappée possible…

Couper les noms – couper la tête – peut-être ; tout passer au tamis de l’oubli – respirer l’air du dessus des ruines – jouer hors des cercles d’identité – revenir au regard et au silence d’avant le monde – d’avant le temps…

Être – redevenir (enfin) soi-même – (pleinement) innocent…

Des fragments d’histoire – en chute libre – engloutis par le vide – retrouvant l’espace – leur place – leur insignifiance – leur (totale) innocuité…

 

 

Ce que nous pesons au-dedans des vies – au-dedans des cœurs – au-dedans des têtes ; presque rien – moins qu’une fenêtre – à peine une petite boîte – à peine un dé à coudre – dans le coffre immense – dans le coffre sans fond – des Autres ; rien – à peu près rien – en somme ; mais que représentons-nous à nos propres yeux – pour nous-même(s)…

Du fugace – un trait minuscule – dans l’infini – dans l’invisible…

Notre chance à tous – la possibilité de chacun – selon le sol et la consistance des rêves…

 

 

Comme l’eau obéissante – qui épouse le relief et les circonstances – qui devient le voyage lui-même – sans jamais s’embarrasser de ce qu’elle charrie…

Rien qui ne heurte – rien qui ne soit impossible…

Des instants – des siècles parfois – d’attente – ce qui s’écoule sans souci (le plus souvent)…

L’itinéraire et l’encre – en un seul langage…

Le même souffle – les mêmes cercles – sur la page et le chemin – la foulée et le cœur amoureux jusqu’au dernier tronçon – jusqu’au dernier point…

 

 

Ce que cueille l’émerveillement – sans rien détruire – sans rien blesser – sans rien prélever…

Ce qui s’offre – seulement – le ciel et l’argile fraternels ; le salut présent et inintentionnel – tout ce qui se substitue au rêve…

Ce dont nous héritons – ce qui jaillit du vide habité…

 

 

Ce qu’enseignent le chaos et les croyances des hommes ; entre – un abîme…

D’un côté, le sang et de l’autre, le rêve…

Et notre demeure au milieu…

Nous – vivant(s) – dans cet inconfort que nous tentons (vainement) d’aménager – avec des images et des guirlandes – avec mille choses inventées – avec mille choses fabriquées – et qui – en vérité – écartent, peu à peu, les deux rives – et qui creusent et élargissent tant le gouffre qu’il deviendra – à coup sûr – notre tombeau…

 

 

Dans les entrailles de la roche – les mêmes vibrations que dans l’âme ; l’invisible et la terre – au cœur de la même étendue – le centre et les marges – d’un seul tenant ; et nous qui avons trop longtemps cru en la vérité – et en la consistance – des frontières…

Le même souffle et le même sang d’une extrémité à l’autre…

Et nous – partout – dans le ciel et la poussière…

 

*

 

Rien que des choses emmêlées – le monde – plongées dans le sommeil…

Le feu qui respire…

Des mains qui se tendent – tantôt pour rassasier le ventre – tantôt pour cueillir une ou deux étoiles – tantôt (plus rarement) pour offrir ce qui est nécessaire – et parfois (de temps à autre) pour lancer en l’air – vers la fenêtre des Autres – quelques pages tachées d’encre – un peu de silence – un peu de vérité…

 

 

Rien que quelques grains de sable dans la main – quoi que nous fassions – quoi que nous désirions…

Le reste appartient au vent – et, de temps en temps, à la poésie…

 

 

L’océan – devant les yeux – et derrière aussi…

Ainsi sommes-nous au centre – et cerné(s)…

 

 

Ce que nous inventons à nos fenêtres pour ne pas voir le monde – la nuit – devant et derrière nous – au-dehors et au-dedans…

Tant d’imaginaire – au milieu du noir ; à la très lointaine périphérie du centre…

Des cercles de couleur – l’obscurité – la lumière…

Le cœur – le regard – le ciel – et tous nos voyages – toutes nos histoires…

 

 

Ce qui nous pousse – nous réfrène – nous bloque – nous précipite – ce que nous distillons (tous – sans parcimonie) – le même vent tantôt brassé par les Dieux – tantôt brassé pas nos mains…

Deux minuscules maillons dans la chaîne infinie…

 

 

L’âme dressée – comme le langage – un peu de silence – et le reste qui brûle – en permanence – dans les flammes…

L’oubli magnétique – qui attire à lui toutes les choses – et dans lequel tout finit par tomber – qui déblaie et nettoie l’esprit – le monde – le cœur et l’âme – tous les horizons anciens – pour faire place nette et accueillir, d’une parfaite manière, ce que Dieu – la vie – les Autres – les doigts de la même main – en vérité – jettent devant nous – en nous ; ce qui nous traverse – ce que nous traversons…

 

 

L’encre du ciel – l’encre du monde – sur nos pages…

Dieu dictant son jeu et son silence…

La fougue transformée en désir ; et nous – répandant nos rêves – notre ardeur – sur la terre…

Des apparitions et des révélations – ce qui pousse au milieu des livres et du voyage – ce dont les jours ne peuvent nous priver…

 

 

Sur le sable – nos prières – nos rituels – nos festins – au ras du sol ; ce qui ponctue – et égaye parfois – nos (minuscules) tragédies…

 

 

Le corps uni à la question – comme le cœur ; la condition pour entendre – et accueillir – ce qu’offre le silence – la réponse – une forme d’intimité avec le monde et la source ; et l’âme, soudain, réenchantée après des siècles de tristesse métaphysique supportée par la tête…

 

 

Nous – (presque) toujours hors du troupeau – quoi que nous fassions ; la vie parmi les arbres – cette solitude si belle (et si délectable) sous le ciel – la joie du cœur amoureux de l’ordinaire – du plus quotidien – gestes – pas et paroles – pour soi et ce qu’il reste de beauté et d’humanité chez les Autres ; ni principe – ni idéologie – le plus naturel – le plus spontané – ce qui s’invite ; la perspective du regard – de l’innocence – de la virginité – sans ruse – sans stratégie – sans arrière-pensée ; l’âme – la chair et l’invisible accolés…

La lumière sans volonté – sans dérèglement…

La folie enroulée autour de la vérité – comme les malheurs et la félicité…

Tout – avec notre irréprochable acquiescement…

Ce qui vient – l’usage et la priorité – ce qui s’autoproclame dans la conscience éclipsée…

 

 

Des voyages incessants – des allées et venues – sur la pierre et l’argile piétinées – craquelées – la terre de tous les mythes sur laquelle nous penchons la tête – sur laquelle nous errons le dos voûté…

 

*

 

Les âmes en loques – sur tous les sentiers du monde…

En ces temps nocturnes et suffocants – sans soleil – dans le sable enfoui(es)…

L’invisible – à la croisée des chemins…

Dans l’espace – notre (piètre) sens de l’orientation…

Des couloirs – des corps mutilés – l’odeur (insupportable) de la mort – l’écho des ténèbres ; au cœur de l’enfer…

Nos pas – notre histoire – sous la coupe des symboles – embourbés…

Un long silence sur la pierre – nous n’obtiendrons pas davantage ; la signature de Dieu – entre mille – reconnaissable…

 

 

Notre pesanteur – nos résistances – ce que nous devons inventer au-delà de l’écho – de l’envergure – après tant de siècles cannibales…

Une pensée qui porte davantage qu’elle ne pèse – un peu de réalité plutôt qu’une géométrie des apparences et des reflets…

Ce qui vaut mieux que l’ignorance et la folie ; l’espace et le vent – la liberté nécessaire…

 

 

Sous les arbres – des innocents – le dialogue entre le rêve et le sage – poings sur les hanches – mains négligemment posées devant soi – proches dans leurs intentions secrètes – honnêtes face au jour – rassemblant ce qui les rapproche – dédaignant ce qui les distingue – tous deux (follement) amoureux du feu et du vent – de l’espace à déployer – des frontières à effacer – offrant à ceux qui les écoutent le soin du dernier désir – d’oublier le monde – d’abandonner chacun à son orgueil et à ses possibilités…

En soi – en silence – toujours – la seule manière de vivre (et d’agir) avec justesse – avec discernement…

 

 

L’enfance demeure – malgré l’âge – les années – le temps qui a l’air de passer…

L’instant face aux siècles – aux millénaires – à l’histoire…

Nos pas et notre langue – dans l’éclipse…

Notre folie de croire – jusqu’à l’obsession – en la durée – en quelque chose – en des milliards de choses – peut-être – qui se déroulent simultanément – successivement…

Le spectre du mensonge – au-dedans – déployé au-dehors – dans une boucle qui entretient toutes les fables – qui perpétue tous les mythes – dont la psyché a besoin…

 

 

L’Amour unique – en notre nom – fertile – déracinant toute ascendance – nous laissant – laissant le monde – laissant les Autres – et tout le reste – sans généalogie…

L’aube rafraîchissante – dans nos veines – qui se mêle au feu – à la chaleur du sang…

Les vagues et l’océan – l’ardeur et l’immensité dont nous héritons…

Le jour et le noir – toutes les possibilités du monde…

Les configurations de l’esprit avant l’éveil…

Les rêves et la vie – entrelacés – jusqu’à l’instant de la mort – jusqu’au-dedans du passage…

Ce que saisissent l’esprit et les mains…

Les caresses de la lumière sur notre visage…

Les promesses au-delà du nom – au-delà de la besogne à accomplir…

Ce qui est offert – toujours – gracieusement…

 

 

Trop de choses à portée de main…

L’absence – l’obscur – jusqu’au fond des entrailles…

Le monde – tel qu’il s’imagine – tel qu’il s’éprouve parfois – la tête par l’embrasure et l’âme, en soi, recroquevillée…

 

 

Sous nos semelles – du sang et de la poussière – la vie des Autres – des têtes (trop) soumises – ce qui nous contrarie – ce qui rechigne à nous contrarier – ce qui nous fait honte et horreur – le plus fragile – ce qui nous semble étranger – ce qui nous redresserait – et nous élargirait – si l’on acceptait tous les instincts – si l’on abandonnait l’idée d’erreur et de vertu…

 

*

 

En circulation – les formes – l’énergie ; au-dedans – en surplomb – le regard – notre présence ; cet étrange mélange – à différents degrés – que nous sommes – tous – sans la moindre exception…

 

 

Quelques âmes – sous le soleil – en peine – si souvent – cherchant leurs mots – un chemin – un coin de terre – un peu de ciel – pour s’abriter – devenir – témoigner – se déployer…

Mille jours – pareils aux mille précédents – pareils, sans doute, aux mille qui suivront ; incomparables – en vérité…

L’instant – et, au pire, un instant après l’autre – pour ceux qui savent – ceux qui ont disparu – ceux qui se sont effacés avec leur vie – leurs désirs et leur nom – ceux qui (si d’aventure ils existaient encore) brûleraient toute perspective – tout commentaire – toute idéologie – ceux que la solitude protège du monde et du temps – de la crasse commune – de cette cécité collective (presque) incurable…

 

 

Ce qui s’éteint – dans notre présence – l’immobilité – l’invisible – notre contemplation – ce regard sans objet – qui, dans le langage, voit l’acte de l’esprit – les premières marches vers la connaissance – le socle à partir duquel naissent l’histoire – la littérature – la poésie – tous les mythes et tous les commentaires du monde – le long chemin qu’il faut emprunter jusqu’à la vérité – ce qui doit brûler avec les livres et les alphabets – les idées et les représentations – tout ce qui doit brûler pour évider l’esprit et le monde ; cette quiétude – cette innocence – sans savoir – sans intention – ce qui regarde – ce qui est là – affranchi(s) de tout ce qui les encombre – de tout ce qui les définit…

Le vide et le rien – en quelque sorte…

 

 

Rien que du temps et de la paresse – le monde qui s’abandonne – les pieds ici – la tête ailleurs – sous la férule du rêve et du souvenir…

Dans l’attente d’une lumière qui – jamais – ne viendra…

 

 

Là où demeure la nuit nous allons – des histoires plein la tête – comme une enfance à reculons – la mort avant l’heure – quelque chose, peut-être, de l’inexistence…

 

 

Au détour de l’automne – un poème – un instant – ce qui remplacera, peu à peu, l’étoile et le souci de la vérité ; une rupture – en somme – entre ce que nous étions et ce que nous serons – peut-être…

A présent – nous sommes – tout entier(s) – dans l’incertitude – à même le socle des choses et des âmes – dans cet entre-deux permanent du monde et du temps…

 

 

L’hospitalité du cœur – la tendresse de l’âme – l’épaule et les bras réconfortants – la main caressante – la peau frémissante ; en soi – la plus douce – et la plus affectueuse – des voluptés…

 

 

La tristesse guérie par la marche et le voyage – l’assiduité des pas…

L’incertitude à notre chevet…

Le soleil et la lampe – au-dessus de soi…

La seule histoire d’Amour à déchiffrer – sans doute…

Dans la bouche – le goût de la surprise et des retrouvailles…

Sur les lèvres – le sel de la terre…

Dans le cœur – cet appel (obstiné)…

Ici même où l’existence ordinaire s’éprouve…

Entre les étoiles et la poussière – entre l’infime et l’infini – entre l’ignorance et la vérité…

Quelques jours – quelques respirations – le temps, à peine, d’ouvrir les yeux – de découvrir ce qui nous entoure – ce que l’on porte – et ce qui vient nous faucher – au milieu des désirs…

Cet éternel recommencement du voyage et du monde…

Et ce silence – des vivants et des tombes – auprès desquels nous aurons vécu…

 

*

 

Sur le chemin – des passages – à travers le temps…

Des tourbillons de solitude – jusqu’à l’origine…

La sente – toujours surprenante – du retour…

De la clarté – en soi – de plus en plus ; et cette fraternité de chair – réellement vivante…

Moins de spectres – moins d’idées ; ce qui, en nous, est de plus en plus présent…

Moins (beaucoup moins) de colère et de temps vainement partagé…

L’oubli – à sa place – comme la parole nécessaire…

Une âme – des fenêtres – des carnets…

Une présence – la nôtre en partie – peut-être – qui sait…

Des collines – des pierres – des arbres…

Et le ciel véritable de part et d’autre des yeux…

 

 

Ce que le monde – les Autres – la mémoire – nous racontent ; ce que nous percevons et ressentons ; si différent des histoires habituelles ; derrière le simulacre – un peu de réalité – peut-être…

Un regard – l’innocence ; et l’invisible qui se révèle – peu à peu…

 

 

L’absence de choses et de principes – du vide et des amas – de (très) provisoires constellations – des formes et des couleurs incroyablement changeantes…

Des cascades (incessantes) d’éléments et de lumière…

Le soleil et le monde (en partie) éclairé…

Le sommeil exposé – étalé – disséqué – comme le rêve…

Des battements de cœur tout au long du voyage…

Ni temps – ni durée – aucun instant perdu…

Le jour et le parcours – en soi – qui, peu à peu, transfigurent le cœur et la tête – et révèlent à l’âme son envergure…

Nous – nous unifiant – nous dispersant – de plus en plus nous-même(s) – sans aucune autre nécessité – apprenant à goûter l’absence de frontières et d’identité – le regard flottant au-dessus des visages et des choses…

 

 

Des larmes – des adieux – ce que la vie impose ; l’impuissance et le temps…

 

 

Sans couronne – sans récompense – le monde au loin – dans le néant qu’il a creusé – et nous – aux marges délaissées – le séant sur le sol – la tristesse et la rage, peu à peu, ravalées – au chevet de la joie – dans les bras de l’Amour – de plus en plus seul – bien sûr…

Accueillant et offrant ce que nous portons – à travers un regard – quelques gestes – quelques pages…

Comme une fête discrète et silencieuse – grandiose et quotidienne – au milieu des pierres et des arbres – dans le noir et la poussière – au milieu de personne – au milieu de nulle part ; en soi – ici même – exactement là où nous sommes…

 

 

Le cœur ouvert sur le monde et la mort…

Notre hospitalité incomprise – trop singulière peut-être – la lucidité au-dessus du rêve – l’authenticité au-dessus de la ruse…

Seul – si souvent – à déchiffrer le mystère – ce qui se dissimule derrière les formes – la multitude – les apparences…

Ce qui – en nous – en chacun – ne vieillit pas – échappe aux emprises – aux assujettissements – au passage (illusoire) du temps…

Ce qui est à l’origine de tout ; la source du merveilleux – de l’inertie – de l’ignorance – de la vérité…

L’esprit à la conquête de lui-même ; le vide, sans cesse, créant et détruisant ses propres visages…

 

 

Le cœur inconnu – sur la pierre – au milieu des vivants – parmi les désirs – les rêves et les décombres…

Ce que négligent, si souvent, les hommes…

Ce qu’il restera sous les ruines – à peu près rien – la même chose qui existait en dessous du monde ; de la poussière et la part la plus lointaine de l’enfance…

Quelques traces sur le (vaste) territoire de la nuit…

 

*

 

Ce que nous pouvons toucher – les yeux fermés…

Ce qui nous propulse aux confins du territoire connu…

L’horizon et les mains jointes…

Entre chute et ascension – simultanées – loin (très loin) du rêve – des incroyables facilités du rêve…

Au-delà du temps – ce qui nous rend plus heureux (beaucoup plus heureux) qu’autrefois…

 

 

Le vide – entre les tempes – de cette nature de ciel – comme au-dehors – le même espace – en vérité – malgré le sable et le sang – dans nos veines – sous nos pieds…

L’écoute et l’étendue – en dépit de nos mains – des hommes – du monde – qui poursuivent leur besogne – qui continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait depuis le commencement du temps – comme si rien n’avait changé – comme si rien ne pouvait (véritablement) changer – comme si Dieu – la nuit – les âmes – n’existaient pas – étaient des mythes – des fables – des mensonges comme les autres…

 

 

Ce qu’il reste – après le festin – après le passage du temps ; des idées – des mains vides – des ventres et des âmes repus…

Et toutes ces têtes – à leur fenêtre – qui regardent la misère et la désolation – depuis les premières hauteurs de l’homme – pas même à la base de la pyramide – pas même, sans doute, au niveau des fondations – comme une lointaine appartenance à ce qu’est la véritable humanité – à ce qu’elle sera, peut-être, un jour (de manière effective) lorsque les existences – les comportements – les gestes et les paroles – porteront, en eux, une conscience et une sensibilité minimales et qu’ils pourront, à ce titre, être qualifiés d’humains…

 

 

Il n’y a rien – en vérité – hormis l’espace – le soleil nécessaire – ce que nous appelons la vie – la terre – des blessures – des prières – de la poésie…

Nos yeux – à peine – sortis de la roche et l’esprit loin (très loin) encore de pouvoir s’en affranchir…

Ce qu’il y a, sans doute, de plus étranger – en nous…

 

 

Le chagrin – toujours – comme ces larmes oubliées…

Sur cette route – incliné(s)…

La mort – la nuit et notre visage…

Ce qui tente de résister aux volte-face de l’enfance – l’âge du non-retour…

Ce que nous gravons – avec un peu d’encre et de sang – sur la roche – dans la poussière…

Seul(s) – sur ces rives étranges – au cœur de la patrie des vivants…

 

 

Le jour à l’agonie – le miroir sur lequel ricanent tous les reflets ; pas même un chemin – pas même une main tendue – ni accueil – ni possibilité – le monde tel qu’il va et notre fatigue – notre (inépuisable) découragement…

 

 

Le crime – le cri – l’exil – nos gestes dans la part des malheurs – notre rôle dans l’infortune…

Et le rire irrépressible du vent – insupportable pour la psyché…

 

 

Déchiré(s) comme si nous étions entier(s) – avant la déferlante…

Et l’invisible – à l’envers du monde – de nous-même(s)…

 

 

Ce qu’il y a d’horizons et de désespérance en l’homme…

Et cet Amour – au fond de l’âme – qui attend – Dieu sait quoi…

 

*

 

Le long du chemin – peu d’âmes – des ombres à foison – plus d’échos que de pas – plus de paroles que de gestes – plus d’idées que de sagesse…

Personne – peut-être – en définitive…

Des fantômes – des projets – des décombres…

Peu (très peu) de réel – le soleil – la lumière – sur notre peau – sous notre front frémissant – le cœur tremblant – quelques pages – un peu de poésie – en nous ; notre seule (véritable) compagnie…

 

 

Des noms – des lieux – un monde – qui ne sont rien (ou si peu) ; ailleurs – l’essentiel – dans la disparition – sur le chemin – sur la page – que l’on confond – et sur lesquels s’invitent indifféremment l’aube et l’abondance…

Et l’acquiescement – bien sûr – en surplomb de tous les abîmes…

 

 

Trop de pierres dans les poches et de mots dans la tête pour (réellement) goûter la vie – le langage – les joies littérales de l’encre – la légèreté des jours…

Trop de terre et de tempérance – pour partir à l’assaut du ciel – des sommets…

Animal tellurique – créature souterraine – funambule des gouffres et des roches magmatiques – explorateur de toutes les excavations – qui acquiesce – sans la moindre réticence – à ce destin des marges – de la gravité – des profondeurs…

En cette solitude errante qui fourmille de rencontres…

 

 

Au cœur de l’invisible – cette dimension où circule l’immanquable – l’essentiel – le plus sacré – peut-être – comme un miracle sur tous les mirages – toutes les intentions – tous les élans…

Des amas de désirs – de pensées – de certitudes ; toutes les illusions – horizontales et verticales ; la vacuité que l’on croit remplir de choses – de rêves – de couleurs – que l’on s’échine à rendre vivable et (suffisamment) réelle et consistante pour y croire (pour consolider notre croyance en notre réalité)…

Nos souvenirs et notre inquiétude…

Nous – craintif(s) et malheureux – entre nos murs – à l’abri de rien – plongé(s) seulement dans notre folie…

 

 

Irrésistible – inimitable – comme le jour à venir – le ciel – en soi et au-dessus des toits…

Le silence – sous les fronts – sur l’argile…

Le monde clos – en nous – avec la mort…

Les sanglots et toutes nos tentatives – tous nos chants de réconciliation…

Et nos existences, peu à peu, étranglées par les mains du sommeil…

 

 

Sur le chemin – l’inconnu – le cœur – ce que nous ignorons (en général) – le seul viatique pourtant – ce que l’on porte avec l’essence du monde – la substance des choses et de la matière…

Ainsi avançons-nous – les pieds sur la terre – l’âme déjà portée par tous les possibles – pas à pas – vers une destination qui, peu à peu, s’efface – moins un lieu, en vérité, qu’une manière d’être là – présent à ce qui existe – en soi…

 

 

L’écho d’un très ancien secret qui s’affine au fil du temps – l’Amour sans âge qui se révèle – à mesure que les saisons ralentissent…

L’espace et le vent – de plus en plus – à mesure que l’ignorance se dissipe…

Nulle crainte – les yeux dans l’univers ; nous – entre l’aube et l’abîme…

 

 

A chaque intention – un surcroît de laideur ; et la beauté qui s’efface à force de volonté – à force de rires et de ripailles – à travers tous ces banquets d’inconscience qui piétinent la simplicité – le silence – la candeur…

 

 

Le monde – nous tous – encerclés par tous les horizons enténébrés par les hommes…

La vérité adossée au vide ; et le jour dans l’oubli des pas…

 

 

A travers le scintillement des âmes – la virginité du monde – les cendres et quelques braises rubescentes – l’ascension à petits pas – nos découvertes de moins en moins angoissées – notre exploration toujours plus involontaire – de plus en plus joyeuse ; ce que les choses – les expériences – la solitude – nous font entrevoir ; l’origine à travers sa longue descendance – l’essence derrière les apparences – la lumière derrière l’opacité – l’unité derrière la multitude – l’immobilité au cœur du mouvement…

 

*

 

Nous – nous éloignant – toujours – sur le sentier des rêves – sur cette pente noire que l’on habille (à tort) de couleurs et d’images…

Le long (et aventureux) périple sur la terre – sous le front – le cœur et la tête pris d’assaut – envahis – (très vite) encombrés…

Et cette patience – et cette hérésie – d’aller ainsi sans fin – sans jamais pouvoir échapper à la course des saisons – sans jamais pouvoir s’affranchir de la danse des choses – comme s’il était possible d’atteindre l’autre extrémité du monde – l’autre extrémité du temps ; un saut infime entre les tempes – une marche interminable à la surface des apparences – l’histoire d’une fraction de seconde pour franchir des siècles – des millénaires – l’éternité pressentie – imaginée – et une infinité d’existences pour poursuivre l’exploration des mondes – des galaxies – des univers…

Cet incessant besoin de suivre le fil des pas – de la pensée – jusqu’aux marges – jusqu’aux confins – jusqu’à cette rencontre avec l’instant – avec nous-même(s) – prenant (peu à peu ou soudainement) conscience de l’absence de limite – de l’inexistence (effective) du temps – de l’envergure infinie de l’espace et de l’esprit…

 

 

Nous – du côté du vide plutôt que du côté du monde…

Au centre de l’oubli – l’absence de rumeur – le silence aussi palpable que toutes les croyances (et toutes les insanités) des hommes…

L’humanité – le langage – la réalité – comme des évidences inventées – des convictions rassurantes…

 

 

Rien que des murs et du vent qui circule au milieu des ombres – et qui bouscule quelques fantômes…

Le monde invisible – ses retraits et ses silences, parfois, inquiétants…

L’œil et le cœur pétrifiés – comme saisis par l’illusoire réalité de ce qui semble être – de ce qui nous apparaît – comme une plongée progressive dans un puits sans fond – une vaste étendue abyssale – où rien n’existe – où rien ne compte – vraiment – où l’esprit et la main ne peuvent rien saisir – où l’âme et le pied ne peuvent prendre aucun appui ; rien que des reflets et des formes chimériques et transitoires – pas même la certitude d’un regard qui contemple – de la lumière qui éclaire – ce qui semble se dérouler en nous – devant nous – qui peut savoir…

Pas même un œil ; rien – absolument rien – pas la moindre certitude – ni Dieu – ni mémoire…

Et nous – peut-être – au cœur de ce monde possible – de tous ces mécanismes et de tous ces processus apparents ; au cœur du vide – au milieu de rien – de ces mille choses étranges qui semblent, à peine, exister en dépit, parfois, de leur (très) troublante consistance…

 

 

Chaque jour nouveau – comme un horizon ancien à renouveler – une renaissance – une possibilité de réenchantement…

 

 

Des grilles sur une terre dénudée – des mains tendues vers les étoiles – l’offrande la plus infime…

L’invention d’un chemin – au moindre pas…

Des horizons déployés – le socle de l’angoisse – solide – sur lequel tout s’édifie – sur lequel naissent tous les élans ; cette inquiétude fondamentale ressentie à travers le manque – la faim – l’incomplétude…

Et la beauté et l’envergure que l’âme approche – parfois…

Tout un parcours – entre le désespoir et l’évidence d’une possibilité…

 

 

La fatigue et la mort dans le sang – installées – à leur place – depuis le premier jour – avant même la première naissance – consubstantielles, bien sûr, à la matière vivante…

Marchant avec nous – à chaque instant – allant là où nous allons – devenant, peu à peu, l’essentiel de ce qui nous constitue…

Derrière nous – quelques traces – des restes d’étoiles ; notre très humble – et très provisoire – héritage…

 

 

L’univers entier – sous les paupières – tout ce que nous créons – des deux côtés des yeux – et de manière (presque) toujours asymétrique…

 

 

La terre et le ciel chantés – au fond de notre Amour – quelque chose d’étrange né des ténèbres…

Tous les rendez-vous sous la tristesse des visages…

Et notre (inébranlable) fidélité au voyage…

 

 

Libre du monde – du jour – de la malédiction…

Au cœur du mouvement perpétuel – au cœur de l’inconnu…

 

 

L’instant – l’autel – la croix – devant lesquels nous nous agenouillons – l’esprit attentif au milieu du sommeil (apparemment) imperturbable des figures et des choses…

Notre feu – au centre du cercle abandonné par tous les Autres…

 

*

 

Les pierres – les arbres – le monde ; le rêve évanoui – toutes nos transparences ; rieur – loin des croyances et des édifices – dans l’échancrure de la joie et du repos…

Des vagues – régulières – à un rythme invariable – avec, à l’intérieur, tous les éléments et quelques signes ; des rencontres – des partages – des trahisons – toutes les combinaisons possibles et la nécessité du langage de moins en moins prosaïque – de plus en plus poétique à mesure que la terre recule – que l’océan avance – que les profondeurs réapparaissent dans l’écume – puis, le silence – moins obscur – moins secret – et la lumière – plus vive – sur la surface crénelée – comme si les portes s’ouvraient enfin devant l’âme – à demeure – réenchantée…

 

 

Entre les marges et le centre – le sang et l’encre – ce qui nous anime – la tête tapie dans l’ombre – l’âme et la plume légères – loin des ruses – des fables et des mensonges – le cœur honnête – le feu authentique – comme les gestes et les pas…

L’Autre – la feuille – le chemin – inséparables – comme des fragments de la même étendue – des éléments de la même présence – indissociables…

Un – ensemble – seul(s) – d’une certaine manière – ce que nous sommes comme ce que nous croyons être – quels que soient l’époque et le degré de conscience – qui que nous soyons…

 

 

Dans les hauteurs d’un destin – invisible – sensible à ce qui se refuse – à ce qui résiste – à ce qui s’attarde…

Fidèle à la parfaite asymétrie du monde…

Et au-dessus – le ciel – le soleil ; et partout – l’Amour ; et en dessous – nos âmes frileuses et obéissantes – et de temps en temps, les chuchotements d’un poète – un peu de silence – à l’oreille des hommes…

 

 

Libre(s) – sans malédiction ; les ténèbres derrière soi – encerclé(s) par la lumière – avec, au centre, un temple discret pour les usages quotidiens – les usages ordinaires…

Sans dévotion ostensible ; mais agenouillé(s) – à l’intérieur – tout au long du chemin…

En voyage perpétuel – sans le souci des choses…

Comme un chant – un cœur – un territoire – silencieux – dessinés par l’invisible…

Quelque chose, sans doute, d’incompréhensible par les hommes…

 

 

Des noms chuchotés dans tous les recoins du sommeil…

Des heures de rêverie sans amitié…

Du repli – de l’arrogance – en soi – sans air – recroquevillé sur ses songes et ses gisements…

Les yeux dans l’adoration des reflets et des idoles…

Rien que du temps qui passe sous le front – sur la chair…

Le Divin – encore inerte – au fond de l’âme…

 

 

Du chaos en pagaille – des mouvements – quelques exercices dans le vent ; de la cendre et des linceuls sur les morts et les vivants…

Des voiles pour cacher l’incompréhensible – l’impensable – ce que nous craignons comme la lèpre ; des rideaux baissés pour se tenir – des vies durant – dans l’obscurité d’une pénombre artificielle – comme un refuge pour notre fatigue – nos insuffisances – notre manque d’ardeur…

 

 

Là où nous marchons – le changement – ce qui encourage notre ardeur – ce qui renforce notre détermination – cet acharnement des pas – cette obsession de l’esprit à poursuivre le périple – ses recherches – cette quête inépuisable…

Et nous – immobile(s) – exposé(s) au monde – au vent – fragile(s) – désarmé(s) – l’âme redressée – presque poétique – plongé(s) dans l’inconnu – au cœur de l’incertitude – loin (si loin) du cœur lourd et de la tête d’autrefois penchée sur ses livres – barricadé(s) derrière des remparts d’idées – insensible(s) au vide et au feu qui couvaient dans nos tréfonds…

Refuge jadis – à peine respirant – si peu vivant – et, aujourd’hui, aussi présent que possible…

 

*

 

Les yeux troubles de la colère – la voix haute – les gestes emportés – des choses que l’on jette – des éclats de monde…

Les pieds dans la boue – dans les sables mouvants – puis, les jambes – puis, le tronc – jusqu’au cou – jusqu’au ras du nez – la fange dans la gorge déjà – jusqu’au fond de l’âme ; et bientôt l’asphyxie et l’engloutissement – la disparition ; rien que de petites bulles inoffensives (des restes de rage et de ressentiment) sur la surface immobile – visqueuse – répugnante – rien qu’une minuscule flaque d’eau grise sur le sol – et le marécage que l’on voit, peu à peu, s’étendre…

Le monde maltraité – méprisé – nous avalant – nous effaçant – dans un juste rééquilibrage des forces – au-dehors – au-dedans – au cœur de la matière et du regard…

Ce qu’il nous faudra, de toute évidence, traverser…

 

 

La faille – en deçà du monde – cette trappe invisible par les hommes – au-dedans – ouvrant sur le ciel – le silence originel…

Et nous – alternant les séjours et les voyages – nous éloignant et nous rapprochant – nous unissant et nous éparpillant – oubliant la trappe – toutes les trappes disséminées sur les chemins – oubliant le monde – les mondes – les hommes – oubliant l’obscurité et la lumière – le silence et le vacarme coutumier des vivants – de l’univers – pour nous laisser porter par les courants ascendants – descendants – tourbillonnants – tantôt destructeurs – tantôt édificateurs – nous laissant happer par toutes les forces – devenant, peu à peu, davantage que ce qu’imagine (en général) l’esprit humain – devenant tout – devenant rien – l’ensemble des possibles – tous les mélanges et toutes les combinaisons (des plus élémentaires aux plus sophistiqués) – et finissant, peu à peu, par comprendre l’inimportance des noms et des changements – et nous immobilisant – malgré nous – au centre des danses et des mouvements – et nous abandonnant (enfin) à tout ce qui nous traverse – à tout ce qui nous saisit…

Dieu – le monde – à l’œuvre…

 

 

Dieu – en lui-même – à travers nous…

Quelque chose de la marche – de la course parfois – et du silence…

Le jeu du feu – du vent – de la fatigue – au cœur de l’espace…

Et des failles – presque toujours – aux jointures – comme des fuites – des échappées ou des refuges pour le sommeil…

Mille anomalies dans le règne imparfait de la conscience (incarnée) – mille tentatives – mille possibilités…

Et dans l’infinité des combinaisons – parfois – quelques prières – un peu de poésie – des cœurs (véritablement) ouverts – des mains (réellement) secourables ; ce qu’il y a de plus précieux – de plus gracieux – en nous ; ce sur quoi repose l’avenir du monde – les lettres de noblesse de l’homme…

 

 

Du silence – entre les lèvres – entre les mots…

Le visage, peu à peu, érodé par le temps…

Les yeux et l’âme rouillés – toutes les articulations entre le réel et l’invisible…

L’image peu reluisante de ce qui vieillit…

L’esprit vierge – pourtant – autant que l’innocence…

Le cœur toujours sombre – étroit – affamé – et la folie des pas sur le sable…

Des trous – des fissures – des précipices – des danses et des arabesques – un monde et une psyché embarrassés – cacophoniques – des existences risibles et impuissantes face aux mouvements et à l’éternité – futiles mais néanmoins indispensables – telles que la matière et l’énergie existent aujourd’hui…

 

*

 

Partout – le même ciel – sous le front – au-dehors…

Et ça vit comme si ça n’existait pas ; ça respire – ça transpire – ça bavarde – ça copule – ça se reproduit – sans lumière – sans même le souci de la lumière…

De l’agitation et du bruit – mille manières de s’occuper – en dehors de Dieu…

Puis, ça s’éteint – ça s’évapore – ça disparaît – comme une flamme – un peu d’eau – quelques gouttes – dans le vent – au soleil – comme si ça n’avait jamais existé – comme si, en définitive, rien n’existait vraiment…

Des vies pour rien – des vies pour rire – au milieu des larmes – des malheurs – des tourments…

Le monde – la terre – l’oubli…

 

 

Des cascades de rêves – le réel précipité dans l’abîme – les pieds en avant – comme le désir d’une seconde éternité – d’un monde sans écueil – d’une saison sans menace…

L’ambition de l’esprit – de tout homme – peut-être…

 

 

Ce que l’on cherche – la clarté et le repos…

Le silence qui annule toutes les querelles – tous les tourments – tous les chagrins – la longue liste de nos dissemblances – de nos divergences – de nos oppositions…

 

 

Le même visage que la sagesse – avec, au fond du cœur – dans le sang, cette sensation vivante de la terre – l’âme transparente et cette chose et cette chance dont sont privés les Dieux ; l’humilité et la possibilité de l’innocence…

L’identité fragmentée – multiple – changeante – unique en arrière-plan ; le seul apprentissage nécessaire – sans doute – long – rude – douloureux – très souvent…

Notre foi en l’effacement – en la joie – en l’oubli ; la célébration du provisoire…

Ce qui demeure – éternel…

 

 

Le monde – en soi – dans son rythme – notre résonance…

Les yeux et le cœur – lavés par les vents – le vide – la vérité (toujours changeante) de l’instant – purifiés et disponibles – de manière permanente…

Debout – sur la terre – comme sur un bûcher perpétuel…

Un tertre – une aire inaugurale dont les portes s’ouvrent et se referment – s’ouvrent et se referment – encore et encore – sur l’Absolu – indéfiniment…

 

 

Le choc – en soi – du monde – comme un corps autrefois si intime devenu étranger…

L’espérance – la patience – la bonté – érodées ; le refus et le retrait, peu à peu, déployés – comme les armes nécessaires pour lutter contre l’empiétement – l’envahissement – la progressive (et insidieuse) substitution…

A présent – plus qu’une présence – sur les pierres – sous les arbres – auprès des bêtes – loin du cœur et des yeux des hommes…

 

 

Dans l’attente d’une expérience traduisible – d’un témoignage déchiffrable – entre le récit exempt d’imaginaire et la vérité ; l’authenticité d’une chronique quotidienne…

Le soleil – notre présence – sans événement – presque sans incidence…

 

 

Tout – ce qui nous échappe – l’abondance et la nudité – ce que nous sommes – cette mixture étrange – changeante – soumise au manque et à l’inconfort – et dotée, pourtant, (de manière grossière – il est vrai) de prédispositions et de potentialités capables de faire accéder à la compréhension et au contentement ; le corps fragile – provisoire – se dégradant sans cesse – l’esprit sans âge – et l’âme éternelle gagnée, parfois, par la fatigue et le découragement…

 

 

Dieu – cherché – contemplé – et, si souvent, remplacé par ses propres reflets ; hilare – éperdument joyeux – guère surpris (bien sûr) par cette inclination commune – cette impérieuse nécessité – et la diversité des talents – des manœuvres – des chemins – pour le retrouver…

Conscient (et comment pourrait-il ne pas l’être…) de sa – de notre – seule ambition ; se rapprocher de la matrice inaugurale – originale – originelle – des ondes et des chatoiements – jusqu’à la parfaite superposition…

 

*

 

Les haleines de la terre et les souffles du ciel – interchangeables selon les têtes et les inclinaisons – les pentes sur lesquelles glissent les instincts et les ambitions ; simple géométrie de l’espace où se réalisent toutes les acrobaties – toutes les contorsions…

 

 

Ce que le jour fait jaillir sur le chemin – dans l’âme – sur la page ; il serait insensé de s’adonner à la moindre prédiction ; on se priverait de la joie qu’offre l’incertitude…

 

 

Nous – tournant sur nous-même(s) – trop inconsciemment incarné(s) – exilé(s) du centre – sans Dieu – sans âme – comme abandonné(s) aux forces noires du monde – aux puissances terrestres descendantes et souterraines…

 

 

En soi – dans l’émergence – dans l’inconnu – là où la chair devient frémissante – l’esprit attentif – l’âme sensible…

Dans l’espace – le silence – la lumière ; cette trinité à l’écart du monde – à l’écart du temps ; au centre du seul triangle préservé – incorruptible – inaltérable…

L’intérieur transfiguré par ce qui l’entoure – par ce dans quoi il baigne…

Mille changements et une seule (et lente – très lente) transformation…

Le cœur et le geste, peu à peu, métamorphosés…

L’attention et le feu – de plus en plus présents – effectifs – dans le regard…

Dieu qui prend ses aises sur tous les territoires – qui laisse les frontières – toutes les géographies – se résorber en une seule surface – en un vaste cercle – en un point minuscule et dense – qui offre à toutes les choses et à toutes les aspérités la possibilité de devenir des cimes émergentes suspendues au-dessus du vide…

La vacuité – comme la seule présence – partout – jusqu’au cœur de la matière…

 

 

Tout s’oublie ; et rien ne disparaît – bien sûr ; précipité dans la mémoire (sans fond) du silence où naissent tous les possibles – toutes les circonstances…

Une surface lisse – parfaitement plane – avec des trous – des failles – des abîmes…

L’infini horizontal et vertical – en deux axes réunis…

L’espace assemblé – éparpillé – sans centre véritable…

 

 

Des possessions dépossédantes ; seuls la nudité et le silence s’habitent – révèlent notre visage – notre identité ; notre seule appartenance…

 

 

Des trônes à inverser – des secrets à découvrir ; une perspective à instaurer pour que se dissipe notre fatigue – pour que s’éclaircisse le mystère – pour que soient facilités tous les voyages…

Le soleil-tyran et l’horizon trompeur ; l’absence de sa propre moitié – une manière de vivre (très) largement commune et explicable ; notre répugnance et notre terreur face au plus sombre – presque toujours associé à la laideur ; une sorte d’image de l’enfer – des ténèbres inventées par l’enfance (trop naïve)…

 

 

Le cœur – ce qui ne vieillit pas – ce qui repose au-dedans de soi – le Divin comme seule réponse – et, presque toujours, sur cette terre – l’immanence des résultats – l’émergence des conditions et des circonstances comme des changements extérieurs nécessaires à la compréhension de l’âme – à la transformation de la perspective intérieure…

Comme une flamme qui grossirait, de manière incessante, dans un feu immense et perpétuel…

Ce dont ne parlent ni les livres – ni les hommes (en général)…

Le commencement – la félicité initiatrice et l’extinction progressive de la soif…

Ce que l’on bâtit, à son insu, pour précipiter l’errance – hâter son pas vers le vide – côtoyer la poussière lumineuse – œuvrer, à sa mesure, à la beauté et à la poésie du monde ; devenir réellement vivant sur cette terre – en assumant cet entre-deux du sol et du ciel…

 

*

 

Le long cortège d’un monde fatigué – usé – ancien depuis trop longtemps – obsolète pour les enjeux présents – par manque de clarté et déficit de sensibilité…

L’aube (encore) inexistante – le noir comme seul substrat – comme seule perspective – à la manière d’un tunnel sans cesse prolongé…

L’obscure impasse au fond de laquelle tout s’écroulera ; nos existences, depuis le premier jour, enterrées…

Au cœur de la nuit – la lampe sur le front – défaillante – et cet enfoncement progressif dans le gouffre cryptique – des murs sombres – de la pierre noire – ruisselante ; l’obscurité et l’humidité – le froid qui pénètre ; la peau – puis, la chair – qui se glacent – l’âme entraînée vers ses profondeurs…

Tout devient liquide – épais – poisseux – la peur – l’espoir – toutes nos tentatives – les pieds englués – le cœur prisonnier de la mélasse – les mains et les yeux, peu à peu, collés par cette masse visqueuse…

Dans la gorge – un peu d’air – un peu de sang – dans les veines – suffisamment pour que la tête comprenne le sort auquel les Dieux – ses propres démons – la confinent ; la figure intrinsèque – quasi incurable – du Mal (s’il en est)…

Des doigts – par grappes – serrés les uns contre les autres – agrippés – tant bien que mal – aux parois glissantes – à la chair dégoulinante…

Et ainsi – des milliers – des millions – des milliards – de têtes – d’âmes – de créatures – détenues – séquestrées – au cœur de l’épaisseur enténébrée ; les geôles de l’ignorance…

 

 

Ce que nous portons – comme un abîme – la promesse de notre propre anéantissement ; les mains ouvertes – le pas déterminé ; des édifices à notre mesure ; quelque chose que les vents emporteront et que le ciel, un jour, transformera en poussière…

 

 

En nous – qui se construisent – les vaines formules de la vérité – tous les sortilèges de la mémoire – cette inévitable décadence de la matière sous la lumière (et sous l’action du temps peut-être) ; et les forces irréfutables de l’invisible qui, peu à peu, remplacent nos identités successives…

 

 

De la fumée noire – notre horizon…

Les rêves – en tête – qui s’acharnent…

Le cerveau soumis – telle une marionnette…

Nous – impuissant(s) – comme tous les Autres – à notre place – dans l’interminable défilé du monde…

Vivant(s) – en apparence…

 

 

Rien qui ne puisse s’achever ; inachevable(s) – à jamais ; toute chose – tout processus – matériels – invisibles – palpables – intangibles – qu’importe…

L’une des grandes lois de l’énergie…

Ainsi – continuons-nous – par-dessus l’effritement (inévitable) des ruines…

 

 

Discrètement – dans les failles du soleil – ses interstices accessibles – à la manière des enfants – la tête abandonnée – et, parfois, déposée de l’autre côté du monde – cachée là où personne n’aurait l’idée de la chercher – à suivre des traces – l’empreinte des larmes…

Ce qui s’impose – là où l’on se trouve – en soi-même – ici – ailleurs – dans ses profondeurs – sans exigence – sans certitude – le cœur et les yeux ouverts à ce qui vient – à ce qui s’invite – à ce qui s’obstine (avec une grande insistance parfois) – et qu’il faut accueillir – avec justesse – avec violence ou tendresse selon les cas – dans le retrait et l’humilité indispensable – avec cet acquiescement permanent de l’âme – au-delà des préférences (individuelles) et des intérêts (apparents) des uns et des autres…

Devenir – apprendre à devenir, peu à peu, le centre – les marges – le vide – la matière – le mouvement – les danses et les choses que tout emporte – qui tourbillonnent…

 

*

 

A travers l’échec – le sourire – la plus belle invitation – l’Amour qui se cherche sous la méfiance et la férocité…

Le dévouement du serviteur et la fidélité du chien…

Les enseignements de la patience…

Les chants entonnés les yeux fermés – le cœur confiant – l’âme légère…

Trop de gestes – de noms – de murs – dans les malheurs…

Des rencontres – des traversées – de la poussière…

Toutes les errances du voyage et la solitude du voyageur…

 

 

Nos cheveux dans les herbes – sous les branches des arbres – loin (si loin) des bruits et des bavardages des hommes…

Le visage en pleurs ; un immense sourire à l’intérieur…

Si heureux de cet exil aux marges – dans les interstices – du monde…

 

 

Le destin abandonné – dans les mains de ce qui nous échappe – chute ou élévation – qu’importe – ni épreuve – ni défi – place nette…

Le cours irrépressible des choses – le monde tel qu’il va – les circonstances telles qu’elles se présentent ; la justesse implacable de ce qui advient – de ce qui se déroule – de tous ces courants qui nous traversent – de tous ces courants qui nous emportent…

Des lignes – des rires – des larmes ; rien d’autre…

Ni tête – ni identité ; quelques vibrations – notre disparition – ce qui se poursuit – sans nous – à travers nous – ce qui (d’ailleurs) se poursuivrait sans personne – porté par l’inertie du mouvement – jusqu’au point de bascule…

Le monde vivant – agissant ; et notre absence à tous…

 

 

Le sang – la vie – au fond des yeux des Autres – si proches de la mort ; l’autre versant de l’infortune…

Comme enclos sur nous-même(s)…

Entre les vagues et l’océan – quelques chose d’indécis – et d’indistinct – que la psyché ferait, de toute évidence, pencher vers la goutte…

 

 

L’âme immobile – face au vent – imperturbable face aux promesses – aux possibilités – aux horizons qui défilent…

Abstinente – sans attente – lucide et intraitable à l’égard de ce qui entre par effraction dans notre vie – ce qui insiste – ce qui s’acharne – dans un élan (presque) toujours artificiel…

 

 

Le monde – en nous – déclinant…

Le cœur déraciné – qui s’éloigne des rives terrestres – des hommes ; plus sensible, aujourd’hui, aux profondeurs premières – ancestrales…

Proche, de plus en plus, de la tombe – du silence – de l’oubli – infiniment…

Dans ce cheminement sans hâte – cet éblouissement sans cause – sans défi – ontologiques…

Intrinsèquement semblable et différent – toujours provisoire (bien sûr)…

Au-delà des apparences et des émotions communes – rabâchées…

Au corps à corps – dans le feu – avec l’envergure…

Ce qui, de toute évidence, s’impose naturellement…

 

 

A notre place – aux marges du monde et des choses – dans le dénuement – le front libre – la poésie et le geste silencieux…

Les reflets des siècles sur l’Amour…

Des taches de sang – des larmes séchées – des figures somnolentes – des cœurs cadenassés…

Toute une faune – tout un peuple – mille gestes embarrassants et désastreux – à proximité – sur la surface et dans les profondeurs (apparentes) de ce qui ne peut être ni entamé – ni entaché – ni corrompu…

Cette lumière – cette tendresse – cette présence…

Nous – au-delà des limites – au-delà des frontières – animé(s) par notre plus noble (et plus tenace) ambition – plongé(s) dans ce long voyage ; de dépouillement en dépouillement – jusqu’à la plus parfaite nudité – jusqu’à la plus parfaite innocence…

 

*

 

Des morceaux de monde – en nous – plus ou moins bien assemblés – agencés – organisés…

Quelque chose du puzzle ; et des pièces manquantes…

Des vies composées – à livre ouvert – comme des éclats vaguement juxtaposés – vaguement collés ensemble – sur des feuilles blanches…

Des formes – sans aucun principe…

Côte à côte ; des associations libres – par nécessité – par affinité – par résonance…

Et ce qu’il faut de ciel – dans ce fouillis – pour commencer à s’interroger…

 

 

Le front dégagé des luttes et des choses…

Dieu – le cœur ouvert – dans les limites, trop souvent, de la psyché…

L’incarnation présente – le jour – l’ombre et la lumière…

L’authenticité du geste – de la parole – de la page qui s’écrit…

Rien – jamais – du mensonge – du simulacre ; l’enfer vécu et relaté plutôt que l’infidélité – plutôt que la trahison…

Splendeur et décadence – à égalité…

Merveilles et indigence ; violence et opacité – quelques fois…

Extases et tristesse – la sensibilité fine – aiguisée – (presque) toujours…

Mille vies – mille ennuis – mille réjouissances – mille émotions – en un seul jour…

Le corps – le cœur – l’esprit – et l’âme dans ses liens – en tous lieux – comme le liant nécessaire à tous les assemblages…

Dieu – le silence – le manque – dans la (très) grande majorité des combinaisons…

Notre présence – selon les instants et les circonstances – tantôt suffisante – tantôt insuffisante – telle qu’elle est – telle qu’elle se présente – comme le monde – comme les Autres – comme tout le reste – exactement…

 

 

Cet étrange sommeil – en plein vent…

Blessures exposées – manifestes…

Les soucis accrochés aux paupières…

Le sang et le souffle contaminés…

La vie mortelle – infiniment…

La mort – en filigrane – de tout…

Dieu – l’Amour – aux signes, sans doute, trop discrets – insuffisants pour échapper à la torpeur…

 

 

Nous nageons – dans l’air – comme les nuages – le noir dépravé au fond de la tête – affranchi(s) des livres trop bien rangés autour de nous – loin des bibliothèques – des idées – des hommes – suffisamment vide(s) et seul(s) pour nous croire léger(s) – comme un tourbillon – des tourbillons successifs – dans le vent ; quelque chose d’informe – d’inachevé – de si fragile – de si provisoire – qu’il serait impossible de nous imaginer consistant(s) et définitif(s)…

 

 

Dans l’espace – des flèches – des chants…

Les ventres avides de sang ; les âmes avides de ciel…

Et nous autres – écartelés – obligés d’assouvir toutes les faims…

Rieur(s) et atterré(s) – une part libre et l’autre sous le joug des nécessités intérieures – sommairement entremêlées (par la psyché) pour échapper à la folie…

 

 

Nous – sans Autre – sans rêve – sans miroir – dans un coin du monde – reculé – regardé du coin de l’œil – fusionnant avec ce qui nous constitue – avec ce qui nous entoure – avec ce qui nous touche – avec ce qui s’approche – laissant filer ce qui s’obstine encore à fuir…

Sans appartenance – pourtant ; le sol et le ciel – en nous – veillant – sur nos blessures – sur notre silence – effaçant la distance entre les royaumes – favorisant avec les êtres et les choses du monde (non humain) une authentique intimité…

 

*

 

Jouets – comme des choses à d’autres fins que les siennes…

Le ciel – en nous – creusé – comme compensation – comme récompense – peut-être…

Sans raison – dans l’impossibilité d’autres configurations…

Le ciel – en nous – sans besoin d’explication…

Et moins jouets, sans doute, que serviteurs fidèles – aussi acquiesçants – joyeux et serviables – que possible…

 

 

Ni volonté – ni effort – pour se défaire…

Laisser être – venir et s’éloigner – durer (un peu) et disparaître – toujours – le temps nécessaire…

Sans double – sans filet – sans saisie – comme la lumière à travers les feuillages – le sang dans les artères – l’air dans la poitrine ; nos gestes – nos pas – nos paroles – tout ce qui advient dans notre vie – sur nos pages ; réel – authentique – solitaire…

 

 

Sans désir – sans manœuvre – sans gratification…

Tous les possibles – seulement – parfaitement – égaux dans l’esprit – bien que certains plus improbables que d’autres…

Dieu – l’invisible – comme les arbres – un langage à travers le regard et le silence…

 

 

Aucune humanité dans le miroir – pas même un visage ; quelque chose entre le reflet et la vérité ; l’être se dénudant – l’être s’affranchissant du monde – des Autres – de la mort et du temps – des fausses vérités inventées par les hommes ; un peu de Dieu – un peu de lumière – un peu de transparence peut-être – n’espérant rien d’autre que ce qui est – non – n’espérant rien – constatant – sans exigence – ce qui a lieu…

Le point fixe – la perspective et ce qui devient – inévitablement…

 

 

Le monde – le chant – la distance à parcourir – sans dialogue – sans alliance – sans arrangement…

Ce qu’il faut de vérité dans la langue – comme un geste – le feu et l’innocence de l’âme exposée – en évidence – sans arrière-pensée – tels qu’ils sont lorsque naît la parole…

 

 

Des vents – l’esprit sans nostalgie – toujours secourables – ce qui, en nous, aime le silence et panse les plaies…

Au fond des yeux – notre (seul) royaume…

Ce que nul n’ose avouer à l’Autre – en vérité…

 

 

De l’existence – comme un nid – un lit – un bûcher – un seuil – une frontière – sur lesquels coulent quelques plaisirs – quelques malheurs – son lot d’émotions…

La vie – le monde – agencés entre l’espace et le cortège – entre ce qui demeure et ce qui passe…

Au même titre que le reste – la douleur et l’errance – la mort et la joie…

Ce que le chemin nous apprend – ce qu’il nous faut traverser – ce qu’il nous faut découvrir – ce qu’il nous faut abandonner…

Ainsi le ciel se détermine – ainsi l’homme apprend-il à déborder de son enveloppe terrestre initiale…

Pas de sente paisible sur la pierre – de la chair en pure perte – et le silence, parfois, comme la seule poésie possible…

 

 

Ce qui importe ; l’émotion et l’intimité – le resserrement de l’âme et l’intensité du lien avec soi – le monde – êtres et choses – ensemble – au cœur du même mystère – éprouvé de mille manières – sans faute – sans péché – sans erreur – possibles – comme l’on est – quels que soient ses inclinations et son degré d’effacement…

 

*

 

Le verbe – aussi vivant que la chair ; ce que l’on sait – sans apprentissage – ce qui se devine – ce qui se sent – en dehors de toute raison – sans la moindre idée – comme une évidence…

Ni homme – ni monde ; rien que soi – avec tout à l’intérieur…

Et sur la page – quelques échos…

 

 

Par zone – du vide – le monde – du silence – des vivants…

Notre parcours – bâton à la main – dans le noir – au milieu des Autres – de l’indifférence…

Sur la terre – au fond des yeux – ce qui surgit ; l’âme, sans descendance, compatissante…

 

 

Les hommes qui passent – qui parlent – d’une rive à l’autre – de choses et d’autres…

En chaque lieu – personne – nulle part…

Des fantômes étonnamment bruyants et bavards…

Entre le temps et les instincts – peu de possibles – peu de passages…

Des vies à la va-vite – des paroles pour ne rien dire…

Quelque chose d’assez fumeux – n’en déplaise à ceux qui souffrent – à ceux qui gesticulent avec ardeur – avec obstination…

Des impondérables – sans doute ; et trop de nécessités primitives – peut-être…

Le monde – la lune – des autels dressés au nom d’étranges divinités – presque toutes chimériques et inventées…

Rien du silence – du voyage – de la poésie…

De l’ignorance et de la bêtise – coincées entre mille univers – mille horizons – mille alternatives – avec (presque toujours) le ciel, au-dessus et l’abîme, en dessous ; à vrai dire – partout – le même vide – partout (sans la moindre exception)…

 

20 mai 2021

Carnet n°263 Au jour le jour

Octobre 2020

Les remous du monde – de la joie…

Notre dilemme – trop souvent…

Nul choix possible – ce qui s’impose – simultanément – successivement…

Qui peut savoir où nous mènera la nécessité ; la longue somme des exigences de la matière et de l’âme…

 

 

Danser – parmi les choses – dans le vide – comme la poésie au milieu du réel et des alphabets – sans savoir – sans rien deviner…

S’abandonner à tous les possibles – aux courants qui nous mènent – à toutes les combinaisons – tristes ou joyeuses – sages ou insensées – au destin – aux rires – aux larmes…

A quoi pouvons-nous nous résoudre sinon à nous laisser entraîner – à tournoyer au milieu des débris – des éclats – des ruines bientôt – puis, à nous asseoir posément (dès que possible) dans la poussière et la cendre – un œil ici – dans la matière émiettée – calcinée – réduite à néant – et l’autre – plus loin – ailleurs – sur le vent et les flammes partis déjà ravager d’autres lieux où nous serons aussi – où nous serons encore…

 

 

Il n’y a d’erreur – il n’y a de chemin ; qu’un pas – ce qui s’impose – et l’épaisseur brune – presque noirâtre – ce mélange gluant et sale où le corps est empêtré – au milieu de ces strates auxquelles nul ne peut échapper – et le regard, si souvent, prisonnier qui s’enfonce, lui aussi, au lieu de demeurer immobile – au cœur même de la matière – comme dans l’œil d’un cyclone – et au-dessus – si haut – si léger – si libre – si étranger à ce monde – (pleinement) affranchi des mouvements – de toutes les formes de gravité…

Et nous – nu(s) – élégant(s) – mêlant le jeu – la joie – l’essentiel – le corps au cœur de la danse et l’âme légèrement en surplomb…

 

 

De la tendresse – en nous-même(s) – comme une source – la seule peut-être – la seule sans doute – dont nous avons réellement besoin ; vitale – intarissable – à laquelle, trop souvent, nous préférons quelques fontaines secondaires – plus ou moins généreuses – intermittentes – défectueuses ; ce que nous propose et ce à quoi nous invite le monde – essentiellement…

L’erreur la plus commune – la plus grossière – infiniment réajustable – fort heureusement…

 

 

La vie que les mots, si souvent, alourdissent – rendent plus insupportable encore ; et ce besoin de silence qui allège – et égaye – l’existence et la langue – comme un vent rafraîchissant – guérisseur – sur un quotidien ensommeillé – (bien) trop bavard – (bien) trop rêveur…

 

 

Le monde fourmillant – de la matière en émoi…

Des poitrines – de l’oxygène…

Du sang qui circule – des cœurs battants…

Des gestes – des pas – un peu partout…

Des paroles – quelques idées – parfois…

Des querelles et des rapprochements…

Des histoires qui se perpétuent – des récits à raconter…

Des désirs – des espoirs – plein la tête…

Des ventres à remplir – quotidiennement…

Des âmes – trop souvent – décharnées…

Les impressions et l’existence communes des hommes…

Des artifices si naturels qu’ils semblent exister de toute éternité…

La vie habituelle de ceux qui s’imaginent humains – libres – au sommet des espèces – au faîte de toutes les hiérarchies…

Une indigente manière de vivre – une terrifiante façon d’être au monde…

Ce qui donne envie à (presque) tous les Autres de leur ressembler – de perpétuer ces atroces traditions ; l’ignorance – la bêtise – la barbarie – érigées en système – en civilisation ; le vivant qui s’attarde à l’ère de la préconscience…

 

*

 

Là – sans raison – dire – laisser la parole s’extraire du silence – tournoyer – se déployer – se rétracter parfois – lui offrir l’espace et la liberté – la possibilité d’obéir à son élan – à son mouvement – jusqu’au silence suivant – jusqu’à son extinction naturelle – soudaine ou progressive…

Et ainsi de la parole – du geste – de soi – de l’Autre – du monde – de tout – qu’importe la chose qui surgit…

 

 

Rien – dans le miroir – le reflet du monde – du vent – du soleil – du silence…

Effacée la tête que l’on fait – la mimique et l’émotion sur le visage – supprimées par l’acquiescement…

 

 

Dans le fouillis – l’équilibre…

La légèreté dans le fatras…

La simplicité dans l’enchevêtrement…

La joie de l’instant – de la circonstance – du lieu…

Ce qui est – à présent…

Rien d’autre – ni le souvenir – ni le temps…

Pas même le possible ; le vide et l’accueil – seulement – pour que rien ne demeure – pour que tout soit, à chaque instant, infiniment ouvert – et chaque chose – reçue – aimée – étreinte – embrassée…

 

 

Le jour – comme au secours des siècles – des millénaires d’histoire – de ce qui nous est arrivé depuis le premier instant…

Et de l’espace – et du silence – aussi…

Présents – à la manière d’un remède – la panacée – contre tous les maux de l’existence – capables de guérir tant d’années d’efforts et de malheurs – de maladresse et de brutalité…

 

 

Le monde – comme une longue traînée de sable – le vent derrière – les mains et l’esprit amassant les choses ; les échecs et la chance – la même opportunité – à chaque fois – le règne (et la nécessité impérieuse) de l’oubli ; ce dont si peu se souviennent – malheureusement…

 

 

Des bourrasques – trop souvent – qui nous heurtent – qui tentent de nous faire chavirer ; et nous – debout – à la manière des grands échassiers à l’allure fragile…

Une stature – des apparences – et cette effroyable façon de faire semblant – comme si, malgré nous, nous ne pouvions échapper au mensonge ; ce que reflète notre silhouette ; l’image ou l’idée qu’elle fait naître dans l’esprit des Autres ; jamais la réalité que nul, bien sûr, ne peut définir – cerner ou circonscrire – à l’aide du langage et des représentations…

Façades d’édifices artificiellement construites – et éclairées de manière trompeuse…

 

 

Si éloigné(s) des Autres – relégué(s) aux marges de l’espace – aux bords de l’étendue – trop distant(s) du centre et de la lumière – quelque part entre le rêve et le ciel fantasmé…

Comme des yeux fermés qui tenteraient de voir ce que nul ne peut décrire – ce qui, peut-être, n’existe pas…

 

 

Nous – dans le jour – comme au cœur d’un monde parallèle – ce qui demeure – et reste vrai – malgré son apparente irréalité…

Le vertige du ciel au cœur de chaque circonstance – l’infini derrière l’ivresse et les secrets…

L’indéfectible solitude de l’âme au milieu des Autres…

 

 

Nous – pas même protégé(s) par quelques frontières – par quelques remparts ; pas le moindre refuge – pas le moindre tégument…

A l’abri de rien – de personne…

Au cœur du voyage – au cœur de l’exil…

En plein désert – en vérité ; à la recherche d’un secret commun – d’un mensonge peut-être – que nous nous échinons à découvrir – à révéler au grand jour…

 

*

 

Dans la danse – malgré nous – sans personne ; comme une évidence – brutale – parfois – légère – si différente de notre gravité naturelle – de notre (inguérissable) pesanteur…

En équilibre – sans appui – instable – bien sûr – entre ce qui demeure – ce qui ne peut être ôté – et tous les possibles…

La fête et l’oubli – à chaque instant – sans nuage – sans filet – en plein ciel – devant le visage de Dieu – immobile – permanent ; pas un clin d’œil – pas un battement de cils ; le silence – toujours – d’abord compris comme une (étrange) indifférence – une absence difficilement compréhensible – puis, peu à peu, comme une manière discrète d’exister – d’être là – une forme particulière de réserve – puis (enfin) comme l’Amour le plus direct – le plus puissant – irrévocable – un plein acquiescement – un oui immense – énorme – magistral – sans condition – à ce que nous sommes – à ce dont nous avons l’air – à ce que nous dissimulons – à ce que nous dévoilons – à ce que nous cherchons – à ce que nous refusons – à nos maladresses – à nos manquements – à nos incompréhensions – à nos prouesses et à nos infamies ; la parfaite approbation quels que soient notre état – nos gestes – notre devenir – nos désirs – nos instincts – nos possibilités – ce qui nous traverse et ce que nous traversons…

Tout – totalement – absolument – accepté…

 

 

Nous – d’abord replié(s) – avant le déploiement d’un soleil très ancien – caché – presque oublié – comme un secret qui, en découvrant le vide – la place que, peu à peu, nous lui octroyons – retrouve (progressivement) sa pleine mesure – toute sa splendeur – son rayonnement sans entrave – sans retenue…

 

 

Nul échec – nulle distance – possibles…

Au cœur de ce qui importe – de ce qui se joue – de ce qui, avec le reste – avec le monde, nous invite et nous emporte…

Jamais d’imposture – ni de dissonance…

Entier – sans partage – dans ce qui vient…

Rien avant – rien après – pures fictions – pures fantaisies…

L’engagement total – sans poids – au-delà des identités et des circonstances – au-delà (bien au-delà) de la nécessité organique et poétique…

Tout – au cœur – gestes et présence…

 

 

D’un côté – la persistance – de l’autre – l’abîme – le vide qui a revêtu les habits de la nuit – du néant ; déguisement ridicule – bien entendu – et infiniment trompeur…

Trop de silence et de vertige – à vivre au cœur de la vérité…

 

 

Dans le noir – encore – comme si rien n’avait changé – la couleur du ciel – l’étrangeté des saisons – l’apparence du temps qui passe – ce que les hommes appellent l’existence…

Notre espace – la lumière…

La part sombre – inaliénable – du monde – de la matière ; ce que l’esprit même ne saurait transformer…

 

 

Le vide – le ciel sans événement – au-delà de toute croyance – au cœur – autour de la nuit ; le centre qui pénètre – et enveloppe – les choses ; ce qui est vrai – quels que soient le regard et les visages de l’absence…

 

 

Le jour désagrippé – ce qui est là – ce à quoi l’on ne peut échapper – notre nature la plus profonde – peut-être – cette quiétude sans saisie – totalement sereine – goûtant sans retenue sa propre complétude – joyeuse – prête à tous les coups – à tous les détours – à toutes les surprises – sûre de sa base et de ses élans…

Notre essence et notre assise…

Ce que – malheureusement – si peu découvrent ; ce qui épargnerait au monde et aux âmes l’expérience du malheur – du tourment – de la douleur – toute la souffrance inhérente à la vie terrestre…

 

 

Sans cachette – sans refuge – au cœur des vents – là où la lumière est la plus forte…

Nu – exposé – invulnérable – en plein ciel – en ce lieu où le monde nous traverse sans nous blesser – sans laisser la moindre trace – le moindre éclat…

Au-delà (bien au-delà) de la volonté et du renoncement…

 

 

Le vide et le reste – notre solitude – notre multitude – enchevêtrés – en nous – entre nous…

Les assauts – les attaques – et, de l’autre côté, toutes les formes de protection…

Ce qui couvre tous les champs de l’expérience et exonère les créatures de toute responsabilité…

Le jeu implacable – impératif – de l’Absolu – dont nous sommes les éléments – l’indispensable contingence…

 

*

 

Rien du monde – la manière la plus simple – une chose à la fois ; ni avachi – ni contracté – relâché – sans intention ; ce qui s’impose – littéralement…

Le geste spontané et la joie naturelle…

Le reste – inexistant – sans la moindre importance…

Les vibrations de l’air – dans l’âme ; sur les lèvres – les traces de l’invisible…

Nous – pris dans l’élan (et la tension) de la nécessité…

 

 

L’équilibre – sur le fil du funambule – dans les pas – sur les épaules – du destin – sans hésitation – sans questionnement…

La pente – sans filet – qui nous emporte…

Ce qui doit se faire – ce qui doit advenir – ce qui advient (avec force)…

La marche – la respiration – quotidiennes – sans fatigue – sans essoufflement…

Dans le regard – un espace – une profondeur dont nous ne serons jamais ni le témoin – ni la cause…

 

 

Dans la fracture – ce magma épais – entre l’absurdité et un reliquat de paix – un fragment d’enfance – peut-être ; ce qu’il serait vain de vouloir définir ; le vent du monde transformé en matière coulante – crémeuse – comme un piège – une lourdeur – une couche supplémentaire dans nos vies déjà immobiles et écrasées – comme un surcroît de compression…

Et nous – debout – dans la mélasse – à patauger dans l’impossibilité et l’indécision – sans même la force de rire – sans la moindre autodérision…

Un chaos dans la chair – du désordre invisible – comme une offrande dans notre désir de perfection – dans l’alignement des choses – un peu de vie dans l’immobilité – nos habitudes – cette (presque) mort…

Rien à rassembler – nul effort à fournir ; s’en remettre aux courants qui nous entraînent – qui nous éparpillent – nous et nos trésors – nos objets – nos affaires ordinaires ; se laisser porter par les flots et les vents – par tout ce qui disperse – émiette – rabote – défait – le poids inutile que nous portons – le faix de nous-même(s) et de ce que nous appelons notre vie…

 

 

Rien ne nous oppresse – au-dehors – seulement ce qui nous écarte – à l’intérieur…

Rien qu’un poids – quelque chose – mille choses – qui pèsent à la jointure – sur la fracture – notre faille naturelle…

Rien d’utile – comme un écrasement suivi d’un éparpillement – puis, très vite, le désordre – le chaos – à peine croyable – paroxystique…

Mille visages – en nous – qui se redressent – qui nous regardent – qui réclament la même attention – le devant de la scène – le premier rôle – la primauté sur la foule des Autres – provoquant ainsi mille conflits…

Et nous – devenant comme un immense – un pitoyable – champ de bataille – éprouvant ce qu’éprouve chaque visage – à la limite de l’écartèlement et de la folie…

Au-dedans – la colère – le malaise – les parois qui bougent – secouées – que l’on pousse – qui réorganisent avec force – avec brutalité – les frontières et les territoires…

Les secousses – le grand chambardement – les querelles – au-dedans – voilà ce qui oppresse…

Et notre âme – arc-boutée – qui refuse cet état – la prolifération des revendications – des pugilats – ce qui accentue les résistances – ce terrible inconfort – ce mal-être – notre malheur…

En vrac – sans recul – au cœur de l’erreur – entre quatre murs qui se rapprochent – qui se resserrent…

Et nous – parfois (trop rarement) – au-dessus – respirant plus large…

 

 

Mobile(s) – immobile(s) – désenglué(s) – ainsi nous pouvons tout vivre – tout expérimenter – tout endurer – jusqu’au plus effroyable – sans doute…

La terre à nos pieds – les yeux dans l’azur – le regard et le cœur – plus haut encore – en ce lieu où rien de ce monde ne peut se hisser – au-dessus des vents et de la poésie – dans le silence d’un espace vivant – d’une présence intensément amoureuse – incroyablement malicieuse – qui, à la fois, nous immerge – sans filtre – sans filet – sans protection – au cœur du réel le plus abrupt et nous fait émerger du rêve que nous lui accolons…

 

 

De l’autre côté du monde – les mêmes choses qu’ici (à quelques détails près)…

De l’autre côté de l’esprit – cette rive dont on ne revient jamais…

 

 

Personne – sans exclusion possible – puisque nous sommes seul(s) – à moins que ne règne l’absence – l’état psychique – le mode terrestre – le plus commun – comme une forme d’impersonnalité qui s’ignore où, au-delà de nos (illusoires) impressions, ne prévaut que l’automatisme instinctif et réactionnel…

Le monde et le mouvement – comme de purs mécanismes inconscients…

La (fabuleuse) malice de l’Absolu qui nous a créé(s) presque entièrement endormi(s)…

 

 

Nous – entre l’aboiement et les balbutiements de l’esprit ; encore soumis au langage et à la pensée…

 

 

Abandonné(s) à nous-même(s) – imaginons-nous – alors que tout est (déjà) entre les mains de Dieu – cette présence invisible et silencieuse – que nous sommes aussi – que nous sommes peut-être davantage que ce magma de glaise qui, sans cesse, se redessine – se recompose – se réinvente…

 

 

Comme une étrange lumière – dans le soir déclinant – dans la pleine obscurité nocturne – comme si, de l’intérieur, tout était accentué – comme si, du dehors, rien ne pouvait (véritablement) nous atteindre…

 

 

Des pas – des pensées – une allure – des postures – des choses comme à la pointe de la volonté…

Des épreuves – comme la seule perspective (envisageable)…

Des affaires et des soucis – à régler…

L’existence désaxée – exilée de son centre – presque hors du cercle – reléguée, en quelque sorte, à ses marges les plus lointaines…

Ce qui rend – bien sûr – nos vies presque invivables…

 

*

 

L’infini – plus que le possible – plus que l’imaginable – comme le prolongement permanent d’un désir, sans cesse, reformulé – et démultiplié ; la respiration d’un ogre à la poitrine de vent – sans paroi – sans limite ; d’un bout à l’autre – insaisissables – de l’espace…

Au-dessus du ciel – bien sûr – et le monde comme une minuscule aire de jeux…

 

 

Dans un mouvement – puis, dans mille – simultanément ; des vagues dans la tête – au-dessus – en dessous – partout où l’esprit peut se faufiler – très près et très loin – là où la psyché est incapable de pénétrer – dans l’inenvisageable…

Le réel – bien davantage qu’imprévisible…

Le vent et l’océan – et une poignée de sable jetée en l’air ; avec quelques grains collés sur la main et le reste éparpillé qui rejoint ce qu’il a momentanément quitté – le monde – l’origine – la seule assise possible…

Le corps entier pris dans les ondes marines et les courants d’air…

 

 

Là – sans image – sans souvenir…

A perte de vue – sans limite…

Le monde – comme le reste – balayé – écarté d’un seul geste…

Et nous – dans cette présence – ce bleu incommencé – sans rival – transparent – qui prend la couleur qu’on lui donne – qui se moque des noms dont on l’affuble – des définitions qui tentent de le circonscrire – de tous nos élans pour lui mettre la main dessus – et devenir son maître – lui qui n’aspire qu’à nous redonner notre place – à nous faire recouvrer notre liberté – en nous imposant le rôle qui nous revient – serviteur – et l’acquiescement (le plein acquiescement) – cette joyeuse obéissance des affranchis qui se plient aux exigences du réel et des circonstances – avec un bonheur authentique – inégalé (et inégalable – sans doute) – en ce monde de désirs – d’illusions – de servitudes…

 

 

Quelques traces – dans le jour – avant la mort – sans importance…

Des mots – des pas – pour rien ; la joie d’être – du geste ; signes d’une âme juste – mature – fidèle au vide qui l’a créée…

Pour tout – pour tous – pour rien – pour chacun – la nécessité présente – la saveur offerte…

Ni posture – ni mensonge…

Ni vitrine – ni forçat…

Ni désir – ni intention…

Le monde et la page – d’un seul tenant…

 

 

Le feu – notre essence – notre vêtement éternel ; et le regard capable de percer le mystère – tous les secrets des vivants et de la mort ; ce que le voyage ne peut ni abîmer – ni défaire…

 

 

Notre chambre – ce lieu de silence et de gravité où les géants et les ogres côtoient notre parole minuscule – où le jour et la nuit fréquentent simultanément (et sans sourciller) la faim et la joie – l’azur et la mort…

L’Amour – la seule chose entre nos mains…

Le cœur – à la manière d’un espace habité – l’intermédiaire, sans doute, entre le vide et le monde…

Et quelques mots vivants – peut-être…

 

 

La page et notre voix – le lieu de la continuité – l’espace qui se prolonge où le silence, parfois, vient s’abriter (discrètement) – après une brève traversée de la chair et des remparts qui entourent la tête – notre territoire…

 

 

Quelques blessures vivaces – sur nous qui étions l’une des cibles ; à coup de griffes et de crocs – à force d’insistance et de répétition ; jouet(s) de tous les désirs – de tous les pouvoirs – chamboulé(s) – brinquebalé(s) – roulé(s) dans la poussière et la boue – au milieu des larmes et de la douleur – à notre place sur cette terre…

 

*

 

Des jours sans lendemain – des heures passagères – et l’instant-sauveur lorsqu’il sait être habité…

 

 

Les forces noires – parfois – ce qui restreint la prolifération – la multiplication dévastatrice des choses – et qui les contiennent dans leur accumulation – à l’exemple des éboulements – de la chute des corps placés au sommet – les uns sur les autres…

Au-dessus de nous – le rire et le regard – en dessous – les pierres – et loin derrière, à présent, le refus des malheurs…

L’acquiescement qui transforme tout en joie…

 

 

Personne à notre table…

Sous nos yeux – la neige et nos pas…

Ni mur – ni chapelle…

Le désert – reflet de notre visage…

Le vide de l’âme et du foyer – vécu autrefois comme un malheur – une affolante malédiction – et comme une invitation au réenchantement aujourd’hui…

 

 

Au sommet du cercle invisible – chargé de mots que nous ignorons – comme étrangers au monde – à la raison commune ; des interstices – des failles parfois – dans le secret – le mystère, peu à peu, révélé – par bribes – par fragments – par éclats de vérité inassemblables…

 

 

Nous – au milieu des ombres – des Autres – la nuit – pas le moins du monde rassuré(s) par nos semblables – ce qui nous constitue…

L’âme fébrile et inquiète – indifférente à la sagesse et à la mort…

La figure fière où se reflète – presque toujours – un peu de sang…

Le feu du monde – sous la chair et l’angoisse – la tête ivre de ses propres désirs – si peu soucieuse encore de l’aube – de Dieu – de l’Absolu…

 

 

La chair blessée – le mot haletant – à offrir au silence le sens le moins vulgaire – peut-être…

 

 

D’un instant à l’autre – de jour en jour – sans jamais appartenir – de près ou de loin – au peuple humain…

Seul – avec l’Amour naissant…

L’accueil de l’âme…

Le frémissement – au-dedans – du Divin vivant – timide encore – comme empêché – à l’étroit, sans doute, dans le peu d’espace octroyé…

 

 

Entre ici et l’horizon – toute la palette des perspectives – le sable – l’engloutissement – et, bien sûr, l’angoisse de l’erreur et la peur de l’étouffement…

L’exil – hors du centre – quels que soient les gestes et les tentatives…

Les ruses du monde et la sournoiserie des âmes…

Tout un univers de jeux et de croyances…

Et nous tous – et chacun – confronté(s), de manière incessante, aux adieux et à la dévastation…

 

 

Une main sur la bouche et l’autre sur les yeux – pour ne pas voir – ne pas crier – étouffer la rage et la peur – à l’intérieur – et diriger son regard vers le rêve et l’imaginaire – pour ne pas déchirer – de manière trop abrupte – de manière trop violente – les voiles de l’illusion…

 

 

Au bord du saut – au bord de la falaise – pour éprouver la vie – goûter le frôlement de la mort – au carrefour de l’enfer et du paradis – à égale distance des monstres et des anges – sur cette ligne étroite de démarcation – jour après jour – sans pouvoir jamais décider…

Toute une vie – dans l’infernal atermoiement – sous le joug de l’indécision – notre existence à tous…

 

 

Grâce au langage vivant qui ne cesse de se réinventer – malgré nous ; une île au-dessus des surfaces peuplées – refuge sans autre habitant que le silence – notre visage – les yeux qui, au-dedans, commencent à s’ouvrir – la sensibilité de l’âme jusqu’au bout des doigts – un peu d’attention sur les blessures du cœur et du monde…

Nous – étanchant toutes les soifs à la source…

 

*

 

A vivre – comme si Dieu n’existait pas – comme si les Autres étaient des choses – comme si nous n’étions pas encore (réellement) des hommes…

 

 

Un archipel au milieu des eaux froides – avec des murs et des statues érigés au-dessus des ombres…

Des édifices – des images – des fantômes…

Et un feu – en nous – dans les foyers – presque éteint…

Aussi froid au-dedans qu’au-dehors…

Aussi seul(s) et perdu(s) sur la terre que sur les mers…

Une seule promesse de salut – de joie – en chacun – qui se découvrira un jour – en son heure…

 

 

Le monde – des âmes – construits de briques et de miroirs – comme une sagesse singée – l’attirail extérieur que les hommes (en général) attribuent aux Dieux ; de quoi se protéger – de quoi s’admirer – de quoi bâtir un vaste empire…

Notre ambition – le sommeil dans un palais fastueux – au centre d’un immense territoire – avec mille choses et mille sujets à notre disposition…

Et en nos cœurs – le désert qui s’étend…

 

 

Face à la violence – face à l’indifférence – du monde – des Autres – ce qui, en nous, appelle – ce qui, en nous, rêverait d’une tendresse aimante – régnante…

Un parmi d’Autres – à essayer d’assouvir sa faim – de sauver sa peau – de construire un abri – un refuge sur un carré de terre à sa mesure…

Vivre comme des rustres dans le jardin que Dieu (nous) a offert…

Seul(s) – sans espoir – sans retour possible – à chercher si longtemps (le temps nécessaire) l’issue en soi – la seule porte qui puisse s’ouvrir – le seuil au-delà duquel l’Amour cesse d’être une quête – un rêve – pour devenir une vérité vivante – vibrante – palpitante – intense et intérieure…

 

 

L’inquiétude qui s’infiltre – qui contamine ; et l’âme comme un vitrail envahi par une seule couleur…

Une bouche collée sur l’horizon…

Qu’importe les pas – le voyage – les paysages traversés – l’angoisse vissée au cœur – vissée au ventre…

Et nous – à genoux – devant chaque circonstance…

A l’infini – nos craintes et notre engourdissement…

Des adieux et de la dévastation – bien souvent – comme seule récompense…

 

 

A perte de vue – des voiles – qui tantôt recouvrent – qui tantôt se gonflent – qui tantôt aveuglent – qui tantôt nous mènent ailleurs – plus loin – plus haut – vers l’immensité…

Le monde – les mêmes objets – avec lesquels on peut jouer de mille manières…

 

 

Des mains qui se tendent – tantôt pour nous offrir – tantôt pour nous dépecer…

Des blessures ou des présents selon la tournure des vents – notre posture terrestre – la courbure des lèvres sur notre visage…

 

 

Des siècles d’attente – de mort(s) – de néant…

Et ce soleil – cette lumière étrange – qui illumine indifféremment nos vies – nos tombes – le vide de nos existences…

 

 

Ici – au-dessus des cages où l’on croit être enfermé – seul – dans notre équipage – la figure éloignée des chaînes – en voyageur fidèle au monde – et cette fièvre au-dedans comme une ardeur salvifique – irrépressible – inguérissable – qui nous mène toujours ailleurs – toujours plus loin…

 

 

Le jour – en nous – sauvé des ténèbres ; invincible(s) – en vérité…

 

 

Nous – face à la mer – perdu(s) au milieu du monde – puis, apprivoisant, peu à peu, notre place et l’envergure de l’étendue – puis, apprenant à devenir, à la fois, le cœur et un infime fragment de l’immensité…

Notre aspiration et notre voyage – à tous – en secret…

 

*

 

L’obscurité terrestre – à l’ombre des grilles de l’esprit – sous un couvercle – une chape de plomb…

L’opacité du regard ; et le cœur caché – inerte – minuscule – impuissant à endiguer la barbarie – la violence qui déferle du haut des âmes vers le monde à travers nos têtes – nos poitrines – nos bras…

Les forces noires à l’œuvre – en mouvement – l’autre versant de l’abîme – nécessaires…

Ce qui cingle – ce qui expulse – ce qui désagrège…

Les puissances de la destruction et de l’anéantissement pour contrebalancer les énergies de création – tout ce qui se développe – se déploie – prolifère – d’une incessante manière…

Deux courants – comme deux colosses – deux titans – face à face – effrayants – effroyables – qui, sans opposition – créeraient, l’un et l’autre, un monde monstrueux – difforme ou dévasté – apocalyptique…

Et nous – des mains sur des yeux déjà bandés – encore très éloignés du regard lucide et du cœur acquiesçant…

Au plus bas – au plus sombre – au point le plus distant de l’origine – de l’Amour – de la lumière…

Et vers cela – sans l’ombre d’un doute – pas à pas – à des rythmes différents…

 

 

Entre l’angoisse et la mort – l’illimité – sans savoir…

S’affranchir du rêve et des images…

Les lèvres tendues vers le désert et les mains tendues devant nous – dans une attirance et une crainte simultanées…

Et dans notre âme – cette ressemblance avec le monde et l’infini ; mille combinaisons – la même complexité – la même élégance – une fois les apparences dissipées…

 

 

Le soleil à même la peau – de l’intérieur – du fond de l’âme éclairée – autrefois si seule – si obscure – si perdue…

Comme un faible rayonnement du centre – encore lointain – de l’espace…

Les premières fièvres des surfaces envoûtées…

Un peu de lumière malgré l’obscurité naturelle du monde…

 

 

Nous – introuvable(s) parmi les reflets des miroirs – les images que nous renvoient les Autres…

Comme un détour – une impasse – incontournables sans doute – dans l’exploration…

Des chaînes – à l’intérieur – dont il faut apprendre à se défaire…

 

 

Cheveux au vent – le feu au fond de l’âme…

Au-dedans – tous nos compagnons de route…

Des premiers pas jusqu’à la naissance des ailes – balbutiantes…

Des prémices – longues – si souvent – jusqu’aux premiers instants de l’aventure (véritable)…

Chaque étape – chaque foulée – essentielles…

 

 

La fièvre et l’intranquillité – le signe de l’homme qui cherche…

Le sourire silencieux – réel – authentique – indéfinissable – non circonscrit – la marque de celui qui goûte l’espace – l’Amour – la lumière – la liberté…

Deux mondes qui se côtoient – qui s’entremêlent – qui s’affrontent parfois – à l’initiative (toujours) du premier – animé par l’envie – la colère – la jalousie ; et l’autre qui, d’un battement d’ailes – s’élève – s’éloigne – pour éviter le conflit ou, au contraire, qui plonge – sans véritable intention – dans la mêlée – par goût du partage et de l’affranchissement…

 

*

 

Une parole déchargée d’étoiles – blanche – comme un éclair brut…

L’éternité – parmi nous – au-dessus de tous les rêves…

Le monde comme il va – bruyamment – avec folie – avec fureur…

 

 

Au loin – la mort – qui se rapproche…

Pas à pas – qui aiguise ses outils pour l’instant de la rencontre…

Entre l’inconnu et la crainte (parfois paralysante) de vivre…

A genoux – le corps non béni – non éclairé…

Le cercle restreint et la frontière des interdits…

A crier – à trembler – comme si notre vie avait encore un peu d’importance…

 

 

Secoué(s) – sans erreur – d’avant en arrière – brinquebalé(s) à droite et à gauche – comme les choses – dans les rêves et les mains des Autres…

Presque rien – comme le reste ; un peu de matière – seulement…

 

 

Figures heureuses ou désespérées – indifférentes et insensibles – très souvent – comme le signe commun de l’homme ordinaire ; cognition malhabile et conscience balbutiante…

 

 

Presque tout – en nous – au-dehors – inerte et mortel…

 

 

Terre de tentatives – rouge à force d’essais – noire de monde et de désolation…

Du sommeil jusqu’au fond des yeux – jusqu’au fond du cœur…

L’âme penchée – pleine de plomb – que l’on pousse et qui bascule dans tous les sens – comme un pic – une malheureuse girouette – planté(e) dans un sac de béton – presque impassible face aux vents – comme agonisante sur son catafalque de pierres et de glaise…

Sous le joug des morts – à la merci des vivants…

Mal (très mal) engagée – en somme…

 

 

Cette nuit épouvantable qui déferle sur l’histoire ; des siècles – des millénaires – d’obscurité – d’obscurantisme…

Des grilles – des cages – des tombes…

Ce à quoi l’on soumet les bêtes et les hommes…

 

 

La mine grise sous le soleil…

L’hiver – de bout en bout – à travers les âges – à tous les stades…

Et l’heure cruciale – l’issue – la possibilité – à chaque instant – pourtant…

 

 

La terre – le soleil – le monde irradié…

Des mains – des tentatives – promises à la défaite – à la défaite récurrente – perpétuelle…

De l’herbe et des flèches – notre sort – au fond – quelque chose de la bête et du guerrier – entre la placidité et l’instinct de survie – et, partout, cette lèpre qui se répand – que l’on propage – dans les têtes – dans les cœurs – des amputations qui nous maintiennent dans la nuit – sur la vaste étendue sombre des croyances…

 

 

Des jours et des morts – sans deuil possible – sans jamais voir la lumière – les yeux trop clos pour s’affranchir du rêve – du sommeil…

La torpeur terrestre – malgré les minuscules lampes allumées – ici et là…

 

 

Nous – confié(s) aux mains des Autres – comme de la matière – un peu de matière – que l’on ajoute sur les édifices communs – façonnés – sculptés à la gloire des choses et des affaires du monde – obscur(e)s – énigmatiques – que ni la raison – ni la lumière affranchie des crocs et des ambitions – ne peut légitimer…

 

 

Nous – en plein sommeil – au-dessus d’un gouffre qui échappe aux yeux et à la compréhension – participant, à notre insu, à un mythe – à une légende – à un mensonge collectif d’envergure – dont on ne peut s’affranchir que par l’éloignement – l’exil – la solitude…

 

*

 

Parfois – ce poids énorme sur la nuque – comme un sac de terre et de morts – qu’il nous faut trimballer partout – ici et là – comme une part de nous-même(s) – la plus intime peut-être – ce qui fonde notre identité parmi les ombres et les vivants…

 

 

Au détour d’une étoile – un rêve plus grand de lumière – une nuit moins épaisse – que l’on effeuillerait à la main…

Plus de silence sur les bavardages humains…

Et davantage de distance avec ce qui a l’air tranquille – et qui, en vérité, bout à l’intérieur ; la source des actes les plus nocifs – les plus délétères – irrépressiblement destructeurs tant que le feu sera gouverné par l’absence…

Moins de mensonges…

De l’honnêteté et de la lucidité – les prémices indispensables pour qu’un jour le bleu puisse régner sur les pierres…

 

 

Eclatant le soleil – dans les yeux – comme l’été de l’âme – gaie – légère – enthousiasmée – virevoltant entre les corps – entre l’homme et l’infini…

Une respiration moins désirante – moins capricieuse ; le temps et la nuit – en partie – déchirés – comme les ultimes reliquats du quiproquo initial que certains assimilent – à tort sans doute – à un énorme mensonge originel…

L’esprit et la matière – dans la même lumière – comme un regain de transparence – les blessures exposées – l’écume et l’absence sans subterfuge – la vacuité du monde et des existences sans le moindre prétexte d’activité – d’occupation – le cœur et les mains vides pour la première fois – peut-être…

La vie et la mort – du même côté de la balance – et notre refus – de l’autre – comme évanoui – envolé – disparu…

Nous – le monde – ce que nous croyons être – tels que nous sommes ; nu(s) – fragile(s) – désespérant(s) – acharné(s) – seul(s) – ensemble – éternel(s) ; la seule chose qui existe – au-delà des apparences…

 

 

La nuit – au plus près de la voix – parfois – juste derrière – comme un décor – une toile de fond – un souffle – sombres – ce qui donne au verbe cette texture froide et granuleuse – et cette teinte violacée – le noir mélangé au sang…

Entre la mort et le silence – cette conscience sommeillante…

 

 

L’aube commune – encore si lointaine – malgré sa présence en quelques interstices – le sourire de quelques esprits sans malice – comme un chant d’oiseau au fond de la gorge – l’émergence de la beauté au milieu de la corruption et de la laideur…

 

 

Des mots fidèles au vent – fidèles aux ailes déployées – comme des trésors lancés en l’air – emportés et disséminés par les bourrasques – ici et là – au milieu des masques et des paupières fermées – comme un témoignage un peu différent – peut-être – le récit d’une exploration ; Dieu s’immisçant, peu à peu, en nous…

 

 

Ce que nous croyons entendre – derrière les sons – ce que nous croyons distinguer – derrière les apparences ; d’autres chimères…

Un monde d’illusions – à perte de vue – en couches successives – impénétrables…

 

 

Auprès des arbres au tronc arraché et des bêtes aux yeux humides – la même blessure – la même tristesse – au fond de l’âme et de la chair…

 

 

D’étoile en étoile – de pierre en pierre – l’esprit et le pas nomades – au gré des routes – de l’invisible – à multiplier les étapes – les escales – à prolonger un voyage dont on sait qu’il n’aura jamais de fin…

 

 

Dans les mains – l’oiseau – le livre – le vent – la caresse – hérités des Autres et que nous distribuons autour de nous – au gré des humeurs et des rencontres – au gré des possibilités ; les seuls présents que les Dieux nous ont octroyés…

 

*

 

Les eaux noires de l’absence – éternelles – comme la nuit et le sommeil – les bas-fonds du jour – l’en-bas de l’abîme – ce qui ne peut être éclairé ni par l’âme – ni par le soleil – ce qui nécessite l’incandescence de l’Amour – le rougeoiement intense du cœur qui embrase tout ce qui passe à sa portée…

L’immonde – en amas – qui se consume – avec cette odeur âcre de la mémoire – vivace – tenace – résistante – acharnée…

Un brasier immense – des flammes aussi hautes le monde ; le ciel et la terre rubescents…

L’intérieur nettoyé – purifié – désencombré – comme si des millénaires s’étaient, en un instant, volatilisés ; des fumerolles dans l’air – au-dedans…

Ni rêve – ni étoile – le ciel vaste et clair qui se partage – à présent…

 

 

Quelque part – ici ou ailleurs – un autre jour – l’œil ouvert et le langage libre…

La pierre – la peau – le ciel – tissés ensemble – sans bordure – sans limite – sans frontière…

 

 

Ce qui coule sur les joues – dans les veines et le lit des rivières ; la même substance sacralisée…

 

 

Des miroirs étoilés qui ne reflètent que le ciel ; des tempêtes, parfois, comme notre visage qui se mettait en colère autrefois – de temps en temps – pour évacuer un surcroît de feu insupportable…

Aujourd’hui – la clarté – le chemin déblayé – les ombres naufragées – le cœur tranquille…

Et cet étrange sillon de lumière – presque invisible – que nous laissons derrière nous – pendant un court instant…

 

 

A demi – comme éternellement partagé(s) – à la fois exposé(s) et caché(s) – à la fois ici et ailleurs – ce qui nous ressemble…

 

 

Nous – à graver sur la pierre le visage du silence – devant une foule de figures tristes et bruyantes – inattentives – indifférentes…

 

 

De bout en bout – englué(s) dans le magma terrestre – l’enchevêtrement des contraires – chair et aspirations – interstices et émotions – le pire et le meilleur sur les pierres – et toutes les combinaisons possibles ; l’invisible et la matière déclinés à l’infini…

 

 

Des mots fidèles aux ailes offertes par les Dieux – un témoignage très abscons parfois ; le monde et le temps sur la nuque – comme un poids ; la présence des Autres – entre les tempes – devant soi…

Des larmes – sur les joues – sur la page…

Des pas – entre les ombres et les lignes…

Et cet envol laborieux – à courir pieds nus dans la boue des chemins – sur la roche dure et coupante – sur le sol toujours changeant de l’âme – au dehors et au dedans vides et peuplés par tous les reflets du monde…

Nous – voyageant avec plus d’aisance aujourd’hui sur cette portion vierge du sentier – dégagée grâce aux lames acérées – implacables – de l’oubli…

 

 

Au cœur de l’orage – la parole sur sa pente ; et le ciel, parfois, offert aux yeux aveugles…

Les parois de la terre où se forme l’écho…

Le désir d’un trajet sans escale…

Un périple sans témoin – sans image – sans (véritable) destination…

Un bout de chemin entre l’enfer et les cimes – de la roche à la vérité toujours changeante de l’instant…

Et, de temps à autre, un peu de silence – entre nos pas et nos pages ; un peu de lumière entre la carte et le monde…

Le signe – sans doute – que tout est devenu voyage ; et la certitude que l’immobilité guette celui qui croit voyager…

 

*

 

On ne se regarde pas – on ne se reconnaît pas…

Des absents dans l’espace – des jarres de vent dans le vide – un peu d’eau et d’air – un peu de terre et de feu – plongés ensemble – et grossièrement mélangés…

Ce que l’on appelle la chair et ce que l’on appelle l’homme…

Ni âme – ni Dieu – et moins encore de sagesse…

Presque rien – en somme…

Des instincts et du temps ; des existences – impartageables…

 

 

Un désert – comme un corps immense – avec des dunes de chair – un arbre au centre – un jardin de pierres illimité…

Un peu de bave et d’écume – de la respiration – un souffle régulier – des ventres affamés – quelque chose d’incroyablement fragile – d’incroyablement mortel…

Des routes encore – sans personne…

 

 

Un langage d’ombre et d’éclats – du noir et de la lumière – mélangés – émanant l’un de l’autre – simultanément…

Et cette infinie solitude sur la pente…

Tout qui défile – avec nous dans la course…

Au bout du compte – quelques traces – à peine…

Un jeu – mille jeux – dont nous ne connaissons ni les règles – ni l’inventeur…

De l’ardeur – un peu de chaleur parfois – que l’on conserve pour soi – pour ce qu’il y aurait, peut-être, à gravir…

Des mains qui glissent sur des parois – les nôtres – les paumes aussi lisses que la pierre…

L’aube froide et l’abîme…

Ce qui tourne – dans l’obscurité et le sommeil – des ronds dans un cercle restreint – minuscule – un tour sur nous-même(s) – peut-être – tout au plus (il faudrait, sans doute, s’y résoudre)…

Le monde tel qu’il est – le monde tel qu’il va – et nous à sa suite – quelques fois…

Et le reste du temps – des siècles – rien – le même vide sans les mouvements…

 

 

Sur le seuil – le jour émacié – la parole sans écho…

Nous – à la jointure de la terre et des cimes…

L’esprit silencieux – entre la pierre et la vérité…

En ce lieu terriblement solitaire et sauvage…

 

 

L’Amour – sans personne – sans entrave – qui rayonne à travers ce que nous sommes – selon l’épaisseur des voiles qui persistent – notre degré d’opacité résiduelle…

Blessé(s) encore – dans la compagnie du ciel guérisseur…

 

 

A nous seul(s) – sauvé(s) par ce que nous sommes – l’exposition de nos faiblesses – nos ambitions les plus pérennes…

Sans incidence sur le règne…

Sur le sol – en silence…

Quelque chose de la joie – de la pluie – des forêts…

La solitude vaillante et désencombrée…

 

 

Immobile – sous la lampe et les décombres…

L’étonnement entre les tempes – le cœur tendre et le couteau à la main…

Prêt autant à aimer qu’à trancher ce qui est devenu inutile ; toute chose – en vérité…

Et notre nom – patiemment écrit sur le sable – soudainement – effacé par les

vagues…

L’essentiel ; la virginité nécessaire pour accueillir ce qui vient – toutes les nouveautés ; ce qu’il faut couper et oublier pour être capable d’ouvrir, encore et encore, les bras et embrasser…

 

 

Des pages – des heures – des jours – une vie entière – offerts à ce qui passe – à ce qui demeure, en nous, malgré le voyage – malgré le temps et la mort…

 

*

 

Des ombres et des rêves – pliés ensemble – dans tous les recoins du monde et de la tête…

La solitude et l’argile – parsemées de ciel et de noir…

Les chemins du monde qui divergent…

Des voyages sans adieu – sans retour possible…

Epaule contre épaule jusqu’au dernier sommeil…

 

 

Des prières ascendantes – sans le souffle suffisant – comme condamnées à rester au fond de l’abîme – sans réel contact avec ce que les hommes appellent le ciel – cet ailleurs (inaccessible) au-dessus des têtes…

Le monde morne et indifférent – sur des marches trop usées – et l’escalier des Autres qui jamais ne mènera à l’invisible…

 

 

Parfois – la nuit fébrile – des voix dans le rêve – Dieu sur ses rives impénétrables…

L’obsession de l’aube – cette quête (presque) toujours inachevée – inachevable – sans doute…

Plus qu’un gouffre – l’Amour impossible – impraticable…

Dans la vallée des ombres – des lieux de déroute et de tristesse – l’ignominie qui jamais n’ose dire son nom…

Des secousses – ce qui bouge – ce qui tente de s’échapper – dans l’espérance d’une existence moins atroce – moins tragique – ailleurs – au-dessus du noir – sur une terre plus accueillante – peuplée de rires et de désirs de partage…

 

 

Très haut – penché sur soi – ce bleu intense – ce visage joyeux – l’aire des rencontres – l’espace qui accueille – ce qui est – ce qui nous embrasse – ce qui nous étreint – ce qui nous aime – cette part céleste de nous-même(s) – cette présence infiniment tendre – ici-bas – trop souvent – ignoré(e) – oublié(e) – méprisé(e)…

 

 

Rien que de la roche – et ce bleu immense qui nous invite…

Des herbes – des arbres – nos compagnons de route…

Auprès des bêtes – sous le joug des hommes…

Et dans nos prunelles – le courage – ce feu qui acquiesce à tous les destins…

 

 

Le dessein hermétique de l’étendue – des racines ; la distance – cette incroyable distance à combler avec les Autres…

Ce qui se prépare sur la pierre – la grâce promise – à venir – la lumière et la paix – le déploiement de l’Amour – les bras tendus et respectueux ; ce que la nuit – les hommes – peuvent considérer comme une chance…

 

 

Des objets – dans les yeux – dans la tête – dans les poches ; toutes les choses accumulées sur le chemin – au fil des jours et du voyage – des fragments de paysages arrachés – des bouts de monde que l’on pourrait monnayer – échanger contre d’autres nécessités – un peu de douceur pour le corps – un peu de tendresse pour l’âme…

La besace pleine qui, peu à peu, se désemplit…

Puis, un jour, ce que l’on abandonne sur le bord de la route – ce que l’on offre aux vents – aux mains tendues – aux regards suppliants – aux vagabonds de passage – à tous ceux qui mendient – qui implorent – qui réclament…

La lumière sur l’autre rive – visible depuis celle où nous sommes installés – immobiles – immobilisés…

Un œil sensible – les prémices du regard – de l’esprit qui, un jour, cessera d’amasser et d’étiqueter pour unir et embrasser…

L’âme-main qui, d’un seul geste, offrira l’intimité à ce qui l’entoure – à ce qu’elle touchera du doigt…

Et nous – apprenant (à notre insu) à nous dégager des contingences et des embarras individuels – à nous transformer en instrument (détaché) des circonstances – à devenir la réponse (impersonnelle) aux nécessités du monde…

 

*

 

Marche volontaire – paroles murmurées…

Le roc et l’invisible…

Cette vaine attente de la vérité…

Comme des ombres sous le soleil…

 

 

Nous – nous déployant et mortel(s) – dans une (inconsciente) obéissance aux traditions…

Debout – sur la pente – parmi les Autres – sur la courbe inachevée…

A vivre – à faire – comme si l’on était utile – comme si l’on n’était pas seul…

Des sommets de mensonge et de hiérarchie – à franchir – à gravir – à contourner…

Et ces mains nues – et cette âme – que l’on destine à la trahison…

Affreusement complice(s) de cette manière, si peu éclairée, d’être au monde – d’être un homme…

 

 

Du feu au ciel – par la voie labyrinthique…

Des ombres – des monstres – trop (beaucoup trop) d’images et de paroles…

Des pas – des âmes – des voix – qui tremblent…

Le cœur sur le sol – sous la botte des Autres qui s’impatientent…

Comment serait-il possible de ne pas se perdre…

L’obscurité et la confusion – la nature même de l’homme – du monde – en apparence…

Sur la terre – cette nuit parfaite et inassumée…

 

 

Dans la bouche – des éclats de beauté – de lumière – de vérité…

Soustrait(s) de ses propres désirs – peut-être – notre seule ambition – pas même volontaire…

Du sol – du ciel – la même fumée qui, parfois, se rejoint à la verticale – et autour – des vents horizontaux et déceptifs – quelque chose dont on imagine qu’il nous porterait ailleurs – en des lieux plus confortables – et qui nous mène insidieusement vers la mort…

Indéfiniment – contre notre gré – ainsi allons-nous sur tous les chemins qui nous choisissent…

 

 

Rien en réserve – ni chose – ni idée – ni souvenir – ce que la vie dessine à chaque instant – et ce qu’elle remplace presque aussitôt…

Ni hasard – ni alliance – le ciel et la terre – en nous – sans la moindre conséquence – sans la moindre gravité…

Un peu d’Amour et de soleil – un peu de pluie et de tristesse – ce qu’il faut pour maintenir l’équilibre…

Ce qui s’impose – ce qui nous pousse – jusqu’à la fin du voyage…

 

 

Des fleurs – des arbres – des oiseaux – entre les mots – notre alphabet naturel…

Un pays sans méfiance où la voix éclot au milieu des geais – des hêtres – des pensées…

Des gestes qui naissent de la proximité du sol…

L’âme et l’immensité – la même matière – peut-être – invisible – à demeure – éternellement…

Nos seules (véritables) richesses ici-bas – sur cette terre – autant qu’ailleurs – sans doute…

 

 

Des blessures – mille couronnes – dans le brouillard ; ce qui s’offre à bon compte…

Des signes – des traces – des symboles – sous la lampe – et l’Amour au-dessus qui veille sur sa portée…

Au cœur de la forêt – le regard – notre marche…

Notre histoire – comme toutes les histoires du monde – sans commencement – sans fin – véritables – entre mythe et mensonge – la continuité de ce qui existait avant – l’antériorité de ce qui existera après – peut-être (qui sait ce qui existera après)…

Des pages – mille livres ouverts – comme une corde entre nos pieds et la lumière – entre nos pas et la mort – deux bras tendus vers le monde – vers les Autres…

Notre impuissance à nous diriger – à nous gouverner – à comprendre le voyage – à deviner l’itinéraire…

Notre tristesse devant tant d’indifférence…

Notre incapacité à aimer et l’impossibilité de l’être…

 

*

 

Des chemins – des mots – le réel…

Le feu et l’espace…

Les feuilles et la vie – réunies – déchirées par endroit – là où la nuit s’est penchée – s’est attardée avec insistance…

 

 

A quoi ressemblerait l’existence sans le corps – sans les attributs coutumiers du visage (humain) – sans la matière – plus vivant que ceux qui vivent – aussi mystérieux que le sort des morts…

Le devenir sur la route ombragée…

La force simple d’un pas…

Au-delà du désir d’immortalité…

 

 

Le lieu où apparaît le jour – entre le silence et notre chair rougie – entre le cœur et nos vêtements abandonnés sur le sol – à l’exact endroit de l’innocence – de la nudité ; l’esprit vide et clair – que rien ne pourrait perturber – pas même des monceaux d’or et de promesses déposés à nos pieds…

 

 

La figure enténébrée – les exhalaisons (tenaces) de la mort – trop de rêves cachés dans les replis – les mains puissantes – comme des tenailles – prêtes à tout saisir – à tout agripper – à fourrer la moindre chose dans le vieux sac que nous portons en bandoulière…

Un poignard à la ceinture – l’outil indispensable pour assouvir sa faim…

Et le ciel – et le chant des oiseaux – au-dessus (très au-dessus) de la tête – si haut que nul ne peut les percevoir…

Des pas sur la terre – lourds – et, sans cesse, endeuillés…

Au sommet de la fange – la plus haute ambition…

Et le reste qui brille dans nos yeux silencieux…

 

 

Nul devant nous – à nos côtés – dans notre sillage ; dans la parfaite solitude du monde…

Le cœur et la main occupés aux nécessités du jour – le ciel et la terre – sans désir – sans ambition – la soif naturellement étanchée par la source…

Dieu – la joie – les arbres – la marche – la tristesse – la poésie…

Dans notre compagnie – sans fuite – sans méfiance ; une couronne de silence sur la tête…

Et ce que la lumière dispense comme candeur – comme simplicité ; le trésor qu’elle nous offre ; la possibilité de retrouver l’esprit joyeux de l’enfance – la (parfaite) tranquillité de l’âme…

 

 

Toute la féerie du voyage – les affres terrestres – l’étroite sente sur laquelle nous évoluons – notre cœur amoureux…

Sur la ligne d’horizon – le ciel – notre pas – l’un dans l’autre – en équilibre…

 

 

Au cœur – l’alliance de l’infime et de l’infini – du feu et de l’immensité – du noir et de la lumière ; tous les mélanges – tous les degrés – toutes les nuances – sur la palette – que les vents – la main de Dieu – allouent à l’œil – aux pieds – aux bras – selon les nécessités de l’âme – de l’Autre – des circonstances…

Sous le joug (joyeux et vertueux) de l’anneau – nous autres – fiancés du cercle

 

 

Le cœur scellé par l’hiver – la froideur des foules aux yeux fermés…

Sur nos lèvres – le givre de la solitude…

La terre à nos pieds – les Autres comme au spectacle…

L’effacement (progressif) de la chair – du visage – de l’âme…

L’encre qui, peu à peu, remplace le sang – et les vents, le souffle poitrinaire et laborieux…

Les mains agiles suspendues à la corde qui surplombe le monde – qui traverse le ciel…

Le cœur dans son immensité – grâce au froid – aux foules – à la saison des transformations…

 

*

 

Rien ne nous égale ; sous nos cernes gris – des rêves plein la tête – à longueur de jour et de nuit…

Le sombre de l’âme illuminé – comme le petit théâtre des amplitudes…

Les yeux vainqueurs – la poitrine gonflée – et une tristesse inconsolable au réveil – à moins, bien sûr, que le sommeil ne dure toujours…

 

 

En nous – ce qui écrase – ce qui étreint – à parts inégales – dans des gestes qui, à notre insu, portent d’innombrables combinaisons…

Nous – hurlant comme les bêtes – priant comme les Dieux – créatures terrestres au destin mitigé…

Ce qui s’actionne – ce qui s’éprouve – ce qui se vit – malgré nous…

 

 

Le noir – très dense – des yeux – de l’âme…

Les nerfs à vif – comme une peau que l’on frotte sur la pierre – sans interruption…

Une tête sans nom – des mains adroites…

A la tête d’un cortège de solitudes…

Bras derrière le dos et voix criante (mais inaudible)…

Une longue chaîne qui commença avec la naissance du temps – et qui s’achèvera à la dernière heure – comme toutes les autres fois – dans un cycle éternel (légèrement ou foncièrement différent) ; le monde – des mondes – à intervalles réguliers – entre lesquels se dépeuple et jubile un vide vivant – un espace silencieux habité – comme un œil immense muni d’un cœur et d’une main – Dieu – notre présence invisible et immobile qui se repose et se réjouit de l’absence de mouvement – de la disparition provisoire des puissances à l’œuvre…

 

 

Parfois, l’outrage – parfois, le scintillement – les heures communes devant le miroir – l’alternance et l’ambiguïté souveraines – cette longue veille dans les yeux qui scrutent…

L’attente toujours d’un autre reflet – impossible – bien sûr – tant que le regard ne prendra la relève…

 

 

De minuscules ombres sur les bas-côtés – de part et d’autre des empreintes que nous avons laissées sur le chemin…

Nos refus – nos regrets – nos remords – tout ce que nous avons abandonné au monde – ces mille lâchetés – ces mille impossibilités – comme des étoiles jetées au fond de l’abîme – des enfants mort-nés – des orphelins auxquels nous avons refusé de tendre la main…

 

 

Les barbelés de l’âme – disposés en cercle autour de nous – en rangées successives…

Et notre planque – en haut de la tour que nous avons édifiée ; à nos côtés – nos armes – quelques explosifs – l’attirail de la lâcheté et de la peur…

Cette crainte maladive d’affronter les visages – le destin – le nôtre et celui des Autres – les affres incontournables du voyage ; notre sort à tous…

Puis, un jour (et, parfois, sans même s’en apercevoir), l’étendue venteuse – le sommet du monde – l’immensité sans refuge – auxquels notre cœur – sans défense – s’expose – nu – fragile – délicat – indestructible – malgré lui – malgré nous – humble en dépit des victoires à venir – en dépit de l’impossibilité de toute défaite…

 

*

 

Au creux de l’âme – ce sable d’or – le ciel en poussière jaune – que les Dieux soufflent parfois jusqu’aux bords des lèvres – jusqu’au fond du cœur – jusqu’au bout des doigts – de ceux qui peuplent le monde ; les plus sages d’entre eux – sans édifice – seuls et nus dans la nuit silencieuse – seuls et nus dans le bruit des Autres…

 

 

Des fenêtres immenses dans l’épaisseur des âmes – une manière d’inviter le vent et la lumière – d’apporter aux têtes humaines un peu de fraîcheur et de fantaisie – la liberté de se mouvoir – la possibilité de passer à travers les grilles serrées qui contiennent la glaise…

Moins vide qu’abîme – ce séjour – cette suspension – au-dessus du gouffre…

Et parfois – très souvent – ponctué(e) de célébrations trop solennelles – cette longue marche vers le soleil…

 

 

Les semences du verbe – disséminées ici et là – sur les pierres – dans la boue – sur les feuilles des arbres – dans les yeux des bêtes – sur la roche où viennent s’abîmer tous les rêves des hommes – tous leurs désirs – toutes leurs ambitions – toutes leurs conquêtes…

Là où l’âme vient s’arc-bouter – contre la puissance du monde – entre lutte et résistance – en lançant ses pauvres forces aveuglément – du cœur à l’ouvrage – malgré la confusion – le sens de la bataille – l’oisiveté des Autres qui se prélassent dans leur sillon – aveugles aux gestes – aux cris – aux poèmes – animée par l’Amour et la liberté – eux qui ne connaissent que l’ardeur du feu et la pesanteur du plomb…

Tout notre être – comme submergé – englouti par l’ignorance et l’immobilité …

Et cette nuit – sans intervalle – appelée à durer encore – à durer toujours – peut-être…

 

 

Au seuil de l’autre monde – le jour qui se lève – l’effondrement du versant des désirs – l’aventure de la faim, soudain, égayée…

Un poème à la main – à offrir à ce qui passe – la bouche rieuse – porteuse de silence et de chants divins – l’âme qui a laissé le cri terrestre originel se transformer, peu à peu, en geste courageux…

Notre face-à-face avec toutes les idoles – toutes les divinités – la foule des croyants et des croyances – les hiérarchies institutionnelles et religieuses…

Et la préparation d’un immense bûcher – notre alliance avec le feu – puis, la consumation de la terre et du ciel inutiles…

Table rase sur le monde…

 

 

Rien que des légendes écrites à la craie sur les rochers sombres – et inconfortables – de la terre – pour précipiter le sommeil – autoriser le rêve et le mensonge – célébrer tous les mythes inventés depuis la création du monde – et que les hommes (la plupart des hommes) jugent nécessaires…

 

 

Des pelletées de terre – sur nos yeux – notre tête – la bouche emplie de fange pour étouffer le cri – de la glaise jusqu’au fond du cœur pour alourdir le désir d’envol – l’appel de l’ailleurs – comme une résistance – un contrepoids – pour échapper à la nuit et à la gravité – à la mort par asphyxie…

 

 

Nous – nous exécutant – comme victimes et membres du peloton – assassins et trucidés…

Deux sillons – des traces dans la poussière – sous l’arche du monde – toujours – la même bataille…

Le poing – le sang – la fuite – la barbarie…

Ce que murmurent les lèvres tremblantes…

Ce qu’éprouvent les têtes – les joues trempées de larmes…

Le cœur saccagé – en exil – très loin de l’âme et de l’aube entrevue…

 

*

 

Au centre – l’abolition – la tête comme décapitée – un cœur et des gestes – seulement…

Quelque chose de l’âme et du silence…

Le royaume de l’Amour – peut-être…

Tout ce qui se range – en désordre – derrière l’innocence…

 

 

Au milieu des bêtes – notre patrie…

Fraternité sans faute – sans péché – dont la voix a été étouffée…

A la tête du cortège – nous autres qui avons l’âme et le feutre vifs et sensibles…

 

 

Comme la pluie – lentement – régulière – les larmes – cette tristesse devant les tombes et les vivants…

Rien de la trahison – sur notre visage…

Le jour – un espace comme un autre – pour s’affranchir de notre nature et de notre destin – si tragiques – si élémentaires…

Un seuil où se poster – debout…

La bouche qui entonne son chant – sa douleur – les nécessités de l’âme – son indispensable solitude – la proximité du ciel – notre impérieux besoin de silence – le Divin, en nous, intensément vivant – ce qui fait que l’on peut se définir comme un homme…

 

 

Dans nos bras – une étreinte de peu de chaleur – l’âme ailleurs – la tête qui cherche ce qu’elle n’a pas – ce qu’elle ne voit pas devant elle – autour d’elle – les yeux et les mains fouillant déjà plus loin – en quête d’un autre visage – celui qui, peut-être, saura les révéler (dans le meilleur des cas) – mais plus sûrement (et de manière plus réaliste) celui qui saura (plus ou moins habilement) les consoler et leur faire oublier leur indéfectible solitude…

 

 

Si l’on pouvait imaginer ce qui se cache derrière nos figures grises – nos gestes lents – nos lourdes silhouettes…

Qui pourrait donc se souvenir, en un éclat, de ce qui brillait en nous – et qui n’a jamais failli à son rayonnement – malgré la chair – les rêves – les malheurs – l’épaisse immobilité de nos existences…

 

 

Suspendu(s) aux grilles du temps – notre rire face aux sentinelles – embarqué(s) – malgré nous – sur les flots mouvants – dérivant entre toutes les rives – naviguant sous des ponts vastes comme la nuit – mal à l’aise – le courage sous le front – l’âme encore sauvage – prêt(s) à dévaler toutes les pentes du monde – à se laisser porter par les eaux chargées de larmes et de morts vers le précipice – le fond de l’abîme – là où débute, peut-être, l’étendue océane ; qui sait… nul n’est jamais revenu de ce lieu-porteur de tous les secrets…

 

 

Des bruits – des heures – le temps du monde qui tourne sans cesse autour du même axe – les pommettes rouges – la tête pleine d’espoir d’arriver – de trouver en chemin – avant le terme du voyage – un lieu magique – propice au repos – et des visages-amis – des visages-alliés – avec lesquels on pourrait partager le pain et faire un bout de route…

Le sort commun – cette illusion de la liberté et du partage – la servitude réelle et inassumée – ce que la roche et le périple offrent à nos pas – un peu de rêve et de douleur…

 

 

Les mains et la parole – nues – comme si les ailes nous suffisaient…

Des gestes sans promesse – simples – sans édifice à bâtir – purement circonstanciels – qui ne se rattachent ni à un nom – ni à un visage – et moins encore à une idéologie – nés spontanément de cette colonne au-dedans – discrète – invisible – merveilleuse – souveraine – cette verticalité au carrefour de l’âme et du monde…

La part merveilleuse du silence livrée aux cœurs taiseux – lourds de terre et de soufre – comme un hymne – un humble chant – offert à la douleur – à la tristesse – à notre difficulté d’être au monde…

 

*

 

L’âme passablement délabrée – comme un empire – autrefois rayonnant – inclinée, à présent, vers ce qui la porte – la fière allure évanouie au profit de la vérité – la face ensanglotée – enfouie dans la glaise – de là où nous venons – ce de quoi nous sommes constitués ; ça et le mystère – ça et le silence – ça et la joie – le Divin à travers cette (longue) enfance terrestre – la première pierre brute patiemment taillée – de l’intérieur – par le jour et l’intelligence (évolutive) de la matière…

Un interminable périple – en vérité – sous le reflet des astres ; des ténèbres vers les ténèbres – de la lumière vers la lumière…

Le vaisseau immobile qui fend l’écume en laissant un admirable – un pitoyable – sillage…

Un monde – un voyage – suffisamment dignes pour sombrer dans l’oubli…

 

 

Nous tous – œuvrant en dessous de l’éblouissement – parmi d’autres têtes – sur ces rives…

D’abord, désir et chemin de terre – prières parfois – puis, la nuit et la peau excoriée – peu à peu – de plus en plus – par la roche et les yeux – et les mains – des Autres – puis, la souffrance – paroxystique (si nécessaire) – pour qu’un autre chemin puisse se dessiner – se creuser – une voie invisible – au-dedans – comme une exigence impérieuse – un cœur qui s’ouvre – sous le poids de la tristesse – l’émergence timide, à travers quelques trouées, du soleil et de la joie ; une autre terre libérée des rêves et des grilles communes – de toutes les formes d’espérance ; un monde au-dessus du monde – un monde au-dedans du monde – un monde à côté du monde – fait d’ombre et de jour – de mort et de vérité – que nous pouvons (enfin) regarder sans crainte – sans ciller – les yeux grands ouverts…

La vie – sans doute – telle qu’elle a toujours été…

 

 

La vie – comme une promesse jetée aux loups – aux bouches tordues par la faim – les mains noires à force de retourner la terre…

 

 

A la pointe de rien – mélangé à tout (à presque tout)…

Abîme – édifice et lumière – ce que l’on érige en idole – en mystère – en colonne…

Un sourire sur toutes les figures ; comme si la vérité pouvait être livrée ainsi…

 

 

L’horreur – au-dessus de la douleur – simplement…

Et nous – capable(s) enfin d’échapper au pire…

 

 

Rien que des affres et des prières – entourés de pierres et de vitraux ; un refuge provisoire dans ces mains humbles dressées vers le ciel…

Le faîte émergé de la foi – plus vaste et plus obscure – dans ses profondeurs – plus apte aussi à convertir (réellement) l’âme à la joie – au silence – à la félicité – et à offrir aux pas la liberté de courir le monde sans crainte – sans compromis – sans retenue – affranchi(s) des miroirs et des reflets – du regard des Autres – si peu vrais – si peu réels – si peu existants – dans notre sereine (et indispensable) solitude…

 

 

A travers les orages et les larmes – nos foulées de somnambule lucide – sur le même fil depuis des siècles – suspendu au-dessus du monde – au-dessus du temps – un espace sans idole – aux marges de tous les règnes – sans assaut – sans ascendant – sans mérite à engranger – éternel – silencieux – sur lequel on marche avec jubilation vers l’inconnu – dans la joyeuse incertitude du chemin – confiant – le sourire et le poème au fond du cœur…

A la manière d’une veille itinérante et interminable – allant à travers les forêts et les songes – au milieu des périls et des miroirs – yeux dans les yeux avec ce que nous rencontrons – arbres et bêtes – hommes et Dieu – vérité et silence – l’Amour en réserve – l’invisible en imperceptible étendard…

 

*

 

Dans notre absence – l’ombre qui gagne…

La lune immense – notre seul rayonnement – peut-être…

Une plainte – formulée depuis notre jardin – au milieu des arbres – des morts – des siècles – seule manière de peupler l’attente – comme si le jour était caché – introuvable – d’un autre monde…

 

 

Sous la lampe – l’horizon découpé – le monde disséqué – pour apaiser l’angoisse – prévoir le chemin à travers l’obscurité – anticiper la fuite…

Les choses et les visages – dans la tête – mensongèrement apprivoisés ; un songe que nous considérons comme une sagesse – le sommeil éternel jusqu’au fond (sans fin) de la nuit – les ténèbres – de bout en bout – interminables…

 

 

Ce qui vieillit – dans son coin – sans jamais partager sa peine – ses poèmes – avec les Autres – Dieu seul – ce qu’il console et emporte – dans cette solitude sans confort – sans appui – mais non sans joie…

Nous nous intensifions avec lenteur – naturellement – nous nous effaçons – sous la voûte et le jour – le cœur volant – proche de l’inconnu – entre la source et le soleil – sur ce chemin qui serpente – sur lequel nous progressons sans gravité – avec l’Amour et le vent qui jouent dans notre âme – sur notre terrasse – au-dehors – partout où il est encore possible d’échapper à l’infinie tristesse du monde qui fige tout – qui pense trop – qui malmène ou ridiculise ce qu’il y a de plus beau – de plus haut – de plus essentiel…

Nous – loin – de plus en plus – assagi(s) – à présent – bien plus joueur(s) et rieur(s) qu’autrefois…

Aux marges de ce que l’on imagine vivant – bête et trivial – (très) ordinairement normal – bien trop confortable – bien trop plongé dans le rêve et la torpeur…

Debout – sans craindre ni la vie – ni la mort – ni Dieu (bien sûr) – ni les Autres – la tête et l’âme – l’espace et le mouvement – uni(e)s – ensemble – pour traverser le monde – tous les malheurs – et jouir – et jubiler – au cœur de la tragédie…

 

 

Parfois le bleu – comme un peu de neige sur nos malheurs – un envol mystérieux au-dessus du monde – des têtes – des choses ; une façon de revêtir des ailes – un peu d’invisible – pour échapper à la faim – à tous les ventres de la terre…

 

 

Des arbres encore – comme des frères irremplaçables – la joie de vivre auprès d’eux – partageant le même silence – la discrétion – la tendresse de ceux qui se reconnaissent…

 

 

Esprit et jours vacants – loin, pourtant, de la monotonie ordinaire du monde – loin du rêve et des routes toutes tracées…

En soi – le ciel à la surface balafrée – aux profondeurs inviolables – que l’on ne pénètre qu’avec innocence – l’âme nue – le cœur brûlant jusqu’à l’évanouissement – la douleur aux lèvres – envolée…

Comme une porte qui s’ouvre – en confiance – parfois après la pire chute – le plus terrifiant naufrage – après les plus communes expériences de l’âge – le monde du dehors délaissé – abandonné à la folie de ceux qui le gouvernent – à la bêtise de ceux qui le composent…

Entrée silencieuse – dans l’infini – hors du temps – l’éternité – ce qui échappe aux yeux – au monde – à la poussière…

 

 

Nous – au contact de la terre ; l’essentiel – l’invisible – les profondeurs de ce qui nous étreint – derrière les apparences ; l’âme encore mal à l’aise parfois – et les lèvres qui remuent – de temps en temps ; les œillères jetées aux pieds des monstres – et l’Amour le plus sincère qui se dresse sur les pierres encore tachées de larmes et de sang ; les bêtes – les hommes – la peur – toutes les créatures aux prises avec la fièvre – l’expérience du monde – la fureur des Autres – l’acharnement du destin – frétillant dans leur trou – l’existence ; les pas et la parole – se hâtant sans réserve – sans raison…

Les pieds sur terre – toujours – englués dans la boue – au milieu des morts et des excréments…

 

*

 

Rien qu’un rire – au-dessus de l’obscurité – comme un souffle – un vent – un peu de légèreté sur la pesanteur du monde…

Notre chambre, peu à peu, éclairée par une étrange lumière – cette clarté de l’âme – comme une vacuité silencieuse – une présence sensible qui ronge nos vieux restes de sommeil…

Une porte qui s’entrebâille – une fenêtre qui s’entrouvre – pour inviter le monde – l’inconnu – à déchirer nos rêves – nos certitudes – nos croyances – à secouer l’eau noire et stagnante de nos vies immobiles – à arracher les pierres sur lesquelles nous avons édifié nos territoires – notre confiance – notre (pitoyable) fortune…

Tout – précaire – fragile – balayé ; et ce vide – à présent – immense – vivant – pénétrant – souverain – irremplaçable (absolument)…

 

 

L’aube – sur nos épaules – tantôt vent – tantôt couverture – tantôt blancheur – tantôt transparence ; nous – entre ses mains – comme légèrement suspendu(s) au-dessus du sol…

L’écume et le monde – comme le rêve et l’orgueil – jetés au feu – au fond de l’abîme – là où ils ont été créés – là où ils auraient dû demeurer – dans ces bas-fonds aux murs tapissés d’images et de miroirs – peuplés d’une fange rampante qui se faufile entre les ombres – les songes et les promesses – respirant l’air vicié et immobile – s’apaisant à bon compte avec des idoles et des visions en pataugeant dans la boue – les larmes – le sang – prisonnière de cette vallée désespérante – où le soleil et le vent – le jour – se font trop rares (beaucoup trop rares) pour guérir les cœurs de leur obscurité…

Nulle espérance – nulle possibilité – le même mirage – nos vieilles habitudes – éternellement…

 

 

Une seule saison – sous la neige…

Partout – la blancheur – et quelques vautours – au-dessus de nos têtes – porté(e)s par les vents…

Une marche et un vol sans mystère – guidés par la faim – celle de l’âme – celle du ventre…

A tourner autour de soi jusqu’à l’étourdissement…

 

 

Les clés du monde – dans notre poche – sous un fouillis – un incroyable bric-à-brac – mille choses en désordre – abandonnées – sans intérêt…

L’âme en contact avec la mort – toutes les formes fragiles – provisoires – la douleur – la tristesse – l’infinité des voyages concomitants et la longue série des voyageurs…

 

 

A tous les âges – la joie et le naufrage – l’Amour et l’aveuglement ; et la parole qui se hâte – qui cherche, trop vite, à expliquer – à commenter – à combler le vide qui, sans cesse, réapparaît – au lieu de patienter en silence – d’attendre que la vacuité se transforme, peu à peu, en présence – en parfaite complétude – comme la pierre qui, chaque jour, s’abandonne aux aléas du monde – aux aléas du temps – aussi heureuse sous la chaleur et la lumière que sous la neige et les pas…

Là – sans exigence – sans ambition véritable…

 

 

De jour en jour – infiniment – jusqu’à la démesure – à travers l’ombre – l’éternité – parmi les visages – mille petites choses…

Les yeux vers le ciel et la poussière…

Mille strates – qui, peu à peu, s’effritent – se délitent – se désagrègent…

Et nous – l’âme (toute) frétillante…

De découverte en découverte – jusqu’au vide pleinement vécu – assumé – habité…

Nous – ici – là-bas – à moitié ceci – à moitié cela – à peine – totalement – absolument pas – seul(s) – ensemble – toujours – au cœur de cette étrange appartenance…

 

*

 

Dans la main hasardeuse – le destin…

Dans la main volontaire – le désir…

Et dans nos ailes – la possibilité d’une rencontre entre l’horizon et la verticalité…

Le jour et les hautes herbes – les cercles de terre et de lumière – harmonieusement réunis – comme le rire et la mort – l’angoisse et la joie…

Sur nos lèvres – toutes les eaux du monde et le ciel – réenchantés…

 

 

Sur la pierre – sans promesse – trop noire – parfois – l’encens et la prière – comme de longs panaches de fumée – à l’odeur âcre – seulement – sans le moindre signe de sainteté ; ce qui s’envole avec nos volontés – nos protestations – nos requêtes – nos exigences quelques fois – des colonnes d’air chaud emportées ailleurs – un peu plus loin – et qui finiront, tôt ou tard, par se mélanger à des désirs semblables – par se charger des forces de colonnes similaires – par s’opposer à des désirs contraires – par se démanteler au contact de colonnes porteuses de volontés – de protestations – de requêtes – contradictoires – et, en définitive, par se dissiper et s’éparpiller – comme annihilées à force de rencontres – comme annulées à force d’additions et de soustractions successives…

Et ne restera, bientôt, que notre désarroi – et ne restera, bientôt, que la lumière – et notre âme – comme l’interstice – le récipient – l’intermédiaire – la seule (véritable) issue pour la prière – lorsqu’elle saura inviter le geste à s’aligner spontanément – naturellement (sans même y penser) sur son silence – son absence de volonté – son plein acquiescement aux danses joyeuses – aux pas tragiques – aux mille petites comédies – aux jeux et aux désastres dans lesquels nous serons toujours pris – de mille manières – de toute éternité…

Avec un sourire tendre sur les lèvres (qui n’est, bien sûr – pour l’heure, toujours pas perceptible)…

 

 

La terre – sous nos pieds – foulée – fouillée – retournée – exploitée jusqu’à la brûlure – jusqu’à la stérilisation…

Le poison inoculé – jour après jour…

L’asservissement jusqu’au tragique – jusqu’à la mort…

Et sur le visage des hommes – ni joie – ni sourire – le contentement ordinaire – blasé – insensible – qui légitime toutes les servitudes pour satisfaire leurs (pitoyables) désirs – leur (stupide) fidélité aux traditions…

 

 

Les cheveux grisonnants – déjà – la faim que le temps a brûlée – les rêves pourchassés depuis trop longtemps – la mort reléguée aux périphéries – à l’abstraction – appréhendée presque comme un accident – une erreur – une infamie – dans la somnolence programmée du voyage dont on a pris soin d’exclure le moindre péril – le moindre risque – la moindre incertitude…

Nous – fabrique d’heures – de jours – de vies – lénifiantes ; des existences confortables – qui ronronnent – sans audace – sans désagrément…

Le sommeil – les yeux grands ouverts – de bout en bout – jusqu’à la moindre surprise – la moindre fantaisie (si l’on peut dire) – prévues et prévisibles…

 

 

Personne – aux fenêtres de l’âme…

Le jour – les jours – qui passent…

Des têtes qui regardent ailleurs (et, bien sûr, nous savons vers quoi se tournent les yeux)…

Ni ciel – ni tendresse…

De la douleur – des crevasses – que l’on ignore – que l’on feint de connaître…

Des existences sans (véritable) expérience – sans (véritable) consistance…

Du temps passé – simplement…

 

*

 

La même matière que les arbres – les visages – les chemins ; l’invisible…

Dieu parmi nous – en chacun – dans le chant de l’oiseau – le poing levé – le couteau qui égorge – le sang et les larmes qui coulent…

Nous – sans la main rêveuse – assumant ce que les hommes appellent les contraires – les contradictions – l’inconciliable…

Tout cela – en nous – (absolument) réconcilié…

Uni(s) à tout ce qui est – respire – toutes les formes – diverses – multiples – infinies – plus ou moins passagères…

Ce qu’éclaire la lumière – ce qu’accueille le silence – et qu’un seul geste – un seul éclat de voix – peut dissiper – en un instant…

 

 

Sur la pierre – sous le ciel – et quelques fois – inversement…

Heureux – comme si nous étions la source et la fontaine – l’eau qui ruisselle – l’eau qui s’évapore – les lèvres et la panse des bêtes qui viennent s’abreuver – l’herbe inondée qui pousse et que l’on fauche ou que l’on pâture…

Toute chose – en vérité ; la vie sacrée et ordinaire…

Le monde qui tourne et le regard – au-dessus – au-dedans – silencieux…

La liberté – le voyage de chacun…

Rien – à la marge de nous-même(s)…

Centre et apparentes périphéries – simultanément…

 

 

Encore quelques cris dans nos rêves et de la brusquerie dans nos gestes…

Le sacré parfois plus haut que la vie – et tous les immondices sous le séant…

Le regard commun sur l’existence la plus triviale – toujours intact(s)…

 

 

Les doigts rugueux des Autres – entassant la terre – amoncelant les choses et les visages – confiant, à leur insu, leur origine et leur ambition – insensibles à l’élégance des âmes…

Des seaux de poussière ; des amas à notre mesure…

 

 

Au cœur des jardins – des ombres et des mensonges ; l’étrange monotonie des rêves – et ceux qui marchent les yeux fermés et les mains tendues devant eux – raides – rigides – craintifs – sans cœur – qui tournent dans le même cercle – affreusement minuscule – et qui arborent sur leurs lèvres minces (et pincées) le sourire fier des voyageurs – de ceux qui explorent l’inconnu et affrontent tous les dangers…

 

 

De l’eau – en étendue – et le sang vertical – comme le vent qui contourne le silence en laissant traîner sur la surface du monde une main faussement amoureuse…

Nous – et notre soif – sans espérance – sous cette voûte parsemée de vestiges très anciens ; un désert – en vérité – où les adieux n’émeuvent que les âmes – les yeux – les poitrines – sensibles – tristes – larmoyants – secoués de spasmes ; l’être (tout entier) tremblotant…

 

 

Nous – dans cette fièvre un peu folle – et cette immense tendresse – face à l’océan – au ciel – aux arbres – aux bêtes – aux solitudes maladives et angoissées…

Rien à la ceinture – un peu d’innocence – seulement – avec quelques restes d’orgueil peut-être – les voiles du voyage et ceux qui masquent les yeux et le visage – passablement entamés – fragilisés – presque sur le point de se déchirer…

A deux doigts de la lumière et de l’immobilité – sans doute…

 

*

 

Libre et apaisé – affranchi du sang – malgré les apparences ; les battements du cœur réguliers…

La nuque encore un peu raide – parfois – et le cri – au fond de la poitrine – toujours prêt à monter jusqu’aux lèvres…

Vieillissant – bien sûr – comment la chair pourrait-elle y échapper…

Devant la mort – la bouche grande ouverte…

Un léger sourire sur quelques restes de sommeil – et un reliquat de rêve aussi…

La main plus légère – alignée sur l’âme – avec la même intention – la même direction – celles qui s’imposent – qui se substituent à la volonté…

Quelques notes quotidiennes – autant que de pas ; manière de faire vibrer – et de faire entendre – la résonance…

Nous – heureux – dans la solitude (inévitable) de cette rive déserte – l’eau fraîche et la gorge claire – comme la joie – au seuil du silence et de la lumière…

 

 

Le feu qui encercle notre vieille douleur…

Des taches de sang – un peu de ciel – sur les bras – comme notre peine ; la seule besogne – le seul stigmate – que les Autres peuvent nous abandonner…

Réparer – récurer – entretenir – alors qu’il faudrait incendier et creuser le sol sur lequel gesticulent nos mains laborieuses…

Déchirer les voiles au lieu de s’enivrer – jusqu’à la folie – de cette félicité illusoire – mensongère – fabriquée avec mille artifices (et l’odieuse complaisance de la psyché)…

Oublier l’abondance pour se tourner – l’âme nue – le cœur innocent – vers le soleil…

Se défaire des bruits de la tête – se rapprocher de ce qui nous traverse – de ce qui nous arrive – de ce qui nous habite…

Oublier le monde et le temps – les labours et les affaires…

Se blottir contre l’immensité – et attendre…

Vivre au rythme des saisons et des instincts les plus naturels – de manière spontanée…

Et, ensuite – peut-être – pourquoi pas – ne plus jamais craindre d’être qualifié(s) d’être(s) humain(s)…

 

 

Ce qu’imposent les circonstances…

Le vent – le silence – le vertige de toute existence…

Du sang – quelques pas – des adieux…

Le jardin des douleurs – immense – intime – regorgeant…

La route jalonnée de tombes et de cris…

L’après – jamais découvert – jamais exploré – inexplorable – comme des heures trop lointaines – insaisissables – fantasmagoriques – irréelles…

 

 

L’instant – l’hiver – ce que l’on se dispute…

Ce qui est là – ce que nous fuyons – à demeure…

 

 

La chevelure du silence entrevue – parmi les songes – au-dedans d’eux parfois – comme une longue crinière qui se mêle aux événements et aux bruits du monde – dédaigneuse des bras qui se jettent vers elle – des têtes amoureuses qui aimeraient l’aduler trop abstraitement – toutes les formes de tendresse extérieure…

De l’intérieur – l’océan – seulement…

Ce vers quoi devraient se tourner toutes les âmes sensibles à la désespérance – à la vérité…

Jamais ailleurs – ce qui s’ouvre – en nous – comme une grotte – comme une chance ; la solitude couronnée sur laquelle nous pourrions nous tenir debout – heureux et humble(s) – docile(s) et souverain(s)…

 

 

Rien qu’une voix sur la pierre – solitaire – comme le reste – à la manière des rois – ce que devinent, peut-être, les Autres – tous ceux qui nous regardent de travers – nous qui sommes mal attifé(s) – les habits sales et usés – les cheveux hirsutes – et ce feu sous le front – invisible – rayonnant – refusant toutes les formes d’illusion (et les honneurs fastueux et ridicules) des rivages sur lesquels les hommes vivent (depuis toujours) sous l’emprise des apparences…

 

 

Nous – avec au-dedans comme de l’or qui se mêle, à notre insu, au souffle et au sang…

Anonyme(s) – jamais insistant(s) – fragment (peut-être – réellement) vivant de la vérité…

 

*

 

Bordures noires – et au-delà – ce bleu immense – intime – (encore) inaccessible…

La vérité – en deçà – vers le plus bas – au cœur du plus fragile assumé – malgré soi – là où l’on n’a plus la force ni de parler – ni de se prendre pour quelqu’un – et, moins encore, de défendre la moindre cause – la moindre idée – là où le feu et le silence agissent à notre place dans la spontanéité des flammes et de l’espace – à l’instant où l’esprit s’aligne sur l’évanescente vérité de ce qui advient…

 

 

Brisé – le dedans balayé de ses embarras…

Suffisamment vide pour que l’Amour prenne ses aises – devienne souverain – impose ses règles afin que tout soit accueilli – embrassé – étreint – aimé enfin pour ce qu’il est – sans la moindre condition…

Nous – devenant attentif(s) – sensible(s) et tendre(s)…

Sur les épaules de Dieu – dans notre âme et notre main…

 

 

Le désert…

Devant la lumière…

Le monde – indéfini – comme une masse vague et informe – quelque chose entre le rêve et la matière magmatique…

 

 

Nous – impatient(s) depuis le premier jour – courant, sans cesse, après l’imprévisible – après l’insaisissable…

Avec, dans la voix, des tremblements…

Et l’hiver qui gagne le monde – à l’intérieur…

Proche du sol – les pieds sur la pierre…

Et ce front qui rêve de jour et de lumière…

L’âme dans la nuit et la fange…

Vivant(s) – comme si l’Amour était la dernière chose à laquelle nous pourrions penser…

 

 

Le vent – implacable – parfait – sans reproche – qui œuvre aux avant-postes du ciel – dans toutes les tranchées de la terre – qui frappe les têtes (toutes les têtes) postées en première ligne ; ouvrier de la lumière – du silence et des profondeurs inexplorées – qui chasse le noir et les couleurs pour rendre au monde – aux ombres – aux choses – aux âmes – aux gestes – leur parfaite transparence…

 

 

Lorsque la mort emporte l’insistance des flammes…

Le départ comme une course sans applaudissement…

Au cœur des saisons qui passent – le temps – la vie fragile – cette matière (si) provisoire…

Le corps dans son tégument de planches et l’esprit au-dedans – au-dessus – ailleurs – allant là où l’attraction reste tenace – poursuivant son voyage…

Cet étrange itinéraire – de la lumière vers la lumière – et cet entre-deux des ténèbres – comme un rêve – peut-être…

 

 

L’homme – sans lumière – sans chaleur – dont le feu a lentement dérivé vers des ambitions contingentes – instinctives – subalternes…

L’existence – le cœur et la tête à l’envers – en somme…

 

 

Cette étrange chaîne qui nous relie ; des fils d’or – mille liens – tissés entre nos vies – entre nos plaies ; des douleurs et des cicatrices en commun…

Et – à tout instant – la possibilité de se hisser au-dessus du monde – d’échapper à l’emprise des Autres – de la matière – de cette geôle qui (presque) jamais ne dit son nom…

Et l’orgueil des choses à résister – à persévérer – à renaître – comme un acharnement involontaire – la nature même de ce qui existe ; cette insistance – cette ardeur tenace dont tout est constitué…

Ni reproche – ni injure…

Cette irrésistible obsession à laquelle il faut nous abandonner…

 

 

L’existence terrestre – entre gestes et paroles – quelque chose de vague – d’inconsistant – de presque irréel – dont on fait l’éloge par ignorance d’autres états – par ignorance d’autres perspectives – par habitude – pour sauvegarder les illusions et ne pas sombrer dans la désespérance…

 

 

A notre porte – rien – la même chose qu’à l’intérieur – l’absence de frontière révélée – un regard seulement – peut-être – et ce qui a l’air d’arriver ; qui donc pourrait – sans rire – sans douter – se targuer d’avoir la moindre certitude sur ce que nous sommes – sur ce que nous vivons…

 

*

 

Une âme audacieuse – un ciel intrépide…

Et le courage qui manque aux hommes…

Le désir – le temps, à peine, d’aimer ; et tout se gâte déjà…

 

 

Le désert – en plein jour – la nuit évidée de sa substance – ce qui nourrit les têtes et les ventres – les âmes lasses et pensives – tous les cœurs démunis…

 

 

Parmi le nombre – l’espace – ce qui accueille les ombres ; cette immobilité sensible – vivante ; le sommeil et les cris – l’ignorance et la haine – ceux qui ne savent pas – ceux qui jamais ne daignent pleurer – trembler – ou avoir le moindre geste – la moindre parole – authentiques…

Ce qui nous effraye autant que nos yeux réenchantés sur ce qui passe sans adieu – sans retour possible…

Le monde et les hommes tels que nous les connaissons…

 

 

Le chemin clos – avant de mourir…

Ce que la lumière éclaire – ce que le vent secoue – avec violence parfois – pour qu’éclose la place que nécessitent la tendresse et l’attention…

Peu à peu – nous rapprochant de la source – du lieu sans géographie – de la matrice des astres…

Nous – en plein jour – avec des chants d’oiseaux plein la tête…

La fin d’une longue (d’une très longue) déchirure…

De proche en proche – nous effaçant – devenant ce mystère – cet espace – cette simplicité…

Du feu et de l’Amour – quelque chose de la beauté inexprimable – perceptible seulement à travers le geste et la présence – toutes les choses du monde invisible…

 

6 avril 2021

Carnet n°262 Notes journalières

Traverser les murs – l’horizon – les forces engrangées – se répétant le silence jusqu’à l’obsession – avançant sans jamais se réinventer…

Un monde de sable – très ancien – et qui le restera jusqu’aux (vaines) confidences du très grand âge ; la mort, peut-être, comme ultime frontière…

 

 

D’un bout à l’autre du monde – inconcevable par l’âme – cette distance ridicule – la somme des existences – des amas de chair et de rêves – le mensonge et l’illusion qui coulent à flots – et les fruits de l’ivresse – la médiocrité…

Il suffirait – pourtant – d’un pas pour ouvrir un passage – s’abandonner au courant – faire de l’invisible l’essentiel – la perspective centrale – l’axe autour duquel se réinventerait le quotidien…

 

 

Des épousailles – des découvertes successives – une étendue – en soi – que l’on explore peu à peu…

Rien que du vent – des échanges ; jamais de rencontre – d’intimité ; les surfaces – les peaux – qui se touchent – à peine – de médiocres cabrioles – la chair (très) mollement vibrante ; des âmes – nulle mention – la vie comme si elles n’existaient pas…

 

 

Le passé – comme des milliards de choses oubliées ; en haut – ce qu’il reste ; en dessous – ce qui devra, un jour, être abandonné…

Des profondeurs de plus en plus sombres – obscures – nauséabondes – à mesure que l’on s’enfonce…

Des tempêtes et des errances avant que n’advienne le silence ; la tristesse – la pestilence – le dégoût – comme le gage d’une voie authentique – inauguratrice d’une joie véritable

 

 

Cet attrait des hauteurs et l’attraction de l’abîme – ce qui pousse notre pas et notre âme dans des directions, si souvent, opposées – le ciel de l’un considéré (en général) comme le sous-sol de l’autre – et inversement…

Et nous – tournant et tournant – la tête à l’envers – de haut en bas – puis de bas en haut – à droite et à gauche…

Et cette ignorance qui rêve d’azur – et nos pieds qui glissent sur des sentes que nul ne connaît – qui échappent à toute volonté…

 

 

En nous – entre nous – ce dont nous avons l’air – et tous les au-delà – tous les possibles – ce que nous sommes aussi…

La chaîne glorieuse – discrète – sans triomphe…

 

 

Tant de choses et d’existences amputées – incomplètes – douloureuses – foudroyées…

 

 

Nous – sans brouillon – sans préparation – depuis le premier jour – et antérieurement aussi…

Nous – de répétition en répétition – jamais hors de nous-même(s) – identique(s) quels que soient notre état et notre degré de proximité avec la source…

Mûr(s) – de bout en bout – prêt(s) à toutes les expériences – malgré nous – en dépit des apparences…

 

 

Au fond – en surface – la même essence – avec des textures, parfois, différentes – une sensibilité – un regard – qui se manifestent selon notre position sur l’échelle de la présence…

La vérité – jamais – n’est ailleurs…

 

 

Des cercles – des milliards de cercles…

Des fils et des nœuds – encore plus nombreux…

Ce qui s’impose ; la matière – l’esprit – le vide – le désir et la faim…

Rien – entre nous – à découvrir…

Ce qui est là – ce qui s’éloigne…

L’essentiel du temps – l’absence – parfois le néant…

Notre manière de vivre – de regarder – de tendre la main – de toucher – d’étreindre – de nous abandonner…

Ce qui se révèle naturellement…

Rien de plus simple – en vérité…

 

 

Un espace habité – de l’air respiré…

Un minuscule coin de terre…

De la lumière – parfois…

Ce que l’esprit réclame…

Ce que la bouche proclame…

Ce que la main impose…

Des insanités…

Ce qu’il convient de négliger…

Du silence – de l’intelligence – de l’Amour – toutes les formes imaginables de tendresse et de sensibilité…

 

 

Du vent – ce que l’on est et ce que l’on contemple…

En nous – quelques oiseaux – quelques saisons…

Ce qui – jamais – ne se lasse du monde – des jours…

Des fleurs – du soleil – des habitudes…

Les mêmes couleurs – à la suite du noir…

Le cœur chantant – des lignes radieuses et quotidiennes – oscillantes…

Au fond – tout ce que nous savons réinventer…

 

 

Le regard – et nos mains exonérées de la moindre malice…

L’existence – l’âme – le geste – au cœur du mystère qui – jamais – ne craint de se dévoiler…

 

 

A la jonction du monde et des circonstances – dans le périmètre parfois des urgences – parfois des inerties – le dos courbé – chargé du poids des Autres – l’esprit docile – l’âme enracinée ; tout notre être voué à sa cause – et à travers elle – à l’inconnu dont chacun est – et dessine – un infime fragment – une portion minuscule du contour général (incroyablement fluctuant)…

Ainsi domine l’invisible – ainsi nous impose-t-il nos gestes – une suite d’actes – quelques rêves – dont nous ne serons jamais maîtres – comme une invitation permanente à la posture ancillaire – sans autre contrepartie que la joie et la liberté (véritables) – cette obéissance pleinement acquiesçante à ce qui s’impose – source de la plus haute satisfaction terrestre accessible à l’homme…

 

 

Au bord du déséquilibre – dans l’asymétrie des forces contraires – sur un sentier qu’ont choisi les circonstances…

Des pentes – des courbes – toute la perfection du monde…

Comme l’eau – ce qui coule vers son origine…

Toujours – à un stade du cycle – changeant…

D’une manière ou d’une autre – très proche de la beauté du jour…

 

 

Au seuil du ciel – à chaque instant…

Exilé du monde…

Chair et esprit…

Regard clair – sans pensée…

Au cœur – au centre – pénétré(s) de toutes les apparences…

Du feu et du vide – originels…

 

 

Les uns dans les autres – jusqu’à la découverte du secret…

Hors de nous – trop fréquemment…

Nos alliances – notre sourire…

Ce qui favorise le désengagement et l’innocence – un regard – sans hypothèque – sans condition…

 

 

Ce qui s’envole…

Du sol boueux au ciel sans image…

Entre – des fleurs – des arbres – des bêtes – des hommes…

Des tribus et des civilisations – le socle de tous les ensembles…

La perspective de tous les horizons labyrinthiques…

Ce que nous réalisons – de la tête aux pieds – puis, ce qui a lieu – véritablement – ce qui fait suite à l’élan initial…

 

 

Entre le désert et le temple – moins qu’un souffle – moins qu’un pas – à peine un regard – un infime degré de différence dans la présence – moins d’un barreau sur l’échelle de la proximité…

 

 

En nous – le centre – le plus sensible – ce qui mérite (réellement) de demeurer l’axe central – ou de le devenir pour ceux (tous ceux) qui lui ont substitué leur visage – leurs désirs – ce qu’ils imaginent nécessaire et déterminant pour échapper à l’indigence – à la tristesse – à l’infortune – à l’inévitable pauvreté de l’existence terrestre…

 

 

Au centre – ce qui est là – les pierres et le ciel – ce qui se dessine (très) provisoirement…

Les circonstances qui nous imposent d’abord d’apprendre à devenir un regard ; la besogne du spectateur – du témoin – ce qui contemple ce qui advient – ce qui naît – ce qui passe – ce qui disparaît – la condition préalable (si l’on peut dire) à l’ouverture et à la transformation (perceptives) – puis, le cœur aimant et les bras ouverts – l’âme et le geste nécessaire – puis, (enfin) ce qui est – l’ensemble de l’Existant (sans la moindre discrimination)…

Notre présence comme la seule réponse possible – véritable – vivable – vivante – capable, peu à peu, de guérir le monde…

 

 

Au-delà du regard – au-delà du ciel – qui sait si cela nous concerne…

Qu’y a-t-il hors de soi…

Est-il raisonnable d’alimenter l’imaginaire – de bâtir des mondes sur le socle de la pensée…

Vivre ici – sans autre entourage que l’invisible et l’apparent – tous deux perceptibles à leur manière…

 

 

Complice(s) de tous les crimes – de toutes les inventions – de cette marche inéluctable de la terre vers le plus lointain – de cette contraction provisoire de l’espace – de cette privation temporaire du soleil ; notre séparation – cette rupture radicale avec l’origine et le plus naturel – le langage comme simple outil de propagande et de séduction…

L’abîme plutôt que la métaphysique et la connaissance…

Les choses plutôt que la curiosité et l’interrogation…

L’assouvissement de la faim plutôt que le silence et la guérison…

Tous les défauts et tous les manquements de l’homme – sur la voie royale de l’exil et de l’exclusion…

A distance – comme un éloignement inexorable du centre – du plus sacré – du Divin – de cette perspective de tendresse – hautement nécessaire – hautement contagieuse – qui redonne au regard et aux choses leur beauté et leur liberté – originelles – inaliénables…

 

 

Au-dedans du monde qui se perd – sans même le savoir…

A travers cette force insoupçonnée – la source et le sourire – tournés vers ce qui se rapproche…

 

 

Comme un chant – un destin – un voyage – une vocation – la joie à l’œuvre – sans doute…

Notre marche (éreintante parfois) sur la pierre…

Puis, peu à peu, plus rien du champ de bataille…

Un peu de neige et un reliquat de temps…

Ce qui initie l’élan – ce qui va à son terme…

Le pacte scellé au fond de l’âme et la main nue…

 

 

Personne – devant soi ; le passé – derrière – oublié…

Seul – dans la main de la tendresse – un peu de chaleur – un peu de douceur – un peu de bonté ; ce dont nous avons besoin pour vivre hors du monde – exilé de tous les horizons – affranchi de toutes les perspectives – des petites affaires et des petites histoires des hommes…

 

 

Vivant – un oiseau dans la poitrine – libre d’aller dans le plein ciel – au-dedans – de chanter – de voler – d’offrir son allégresse ou sa folie – de s’exiler en son centre – de disparaître à jamais…

En un instant – en nous – l’espace qui s’ouvre – que nous devenons – ensemble ; un peu de fumée – quelques tourbillons d’air – dans l’immensité bleue – notre cœur non projeté au-dehors – ce qui nous arrive aux uns et aux autres – ce qui émeut et rapproche nos individualités ; la distance et la tendresse que fait naître la longue suite des circonstances ; la beauté de l’expérience terrestre…

 

 

Dans la confiance du jour et du silence…

Dans les bras de la solitude et de la lumière…

La joie vissée au cœur – comme un mécanisme d’horlogerie – dégagé de la durée et du temps ; à sa place – à notre place – naturelles…

 

 

Tous les mondes parallèles – réunis – pour célébrer l’Amour naissant…

La terre honorée par notre présence – et inversement…

L’humilité du geste et du regard…

Le lieu de tous les possibles – libéré…

L’infini déguisé – comme le seul recommencement possible…

 

 

L’Amour visible – présent – invisible – apparemment absent – qu’importe ce que nous privilégions – le silence et la possibilité de la rencontre comme les seules permanences – l’espace de tous les enjeux – infimes et primordiaux…

 

 

L’alignement des astres – ce qui rapproche les cœurs – les pauvretés – toutes les fraternités possibles – notre proximité avec les choses – la plus haute intimité avec le monde – la matière – le silence ; ainsi vivons-nous – dans le discernement du mystère et du sommeil – et dans la tendresse qui les relie – qui pardonne leur profondeur et leur dévoiement – tout ce qui creuse la distance (apparente) qui les sépare…

 

 

Parfois – nous rêvons d’une joie et d’un labyrinthe – si éloignés l’un de l’autre – qu’ils semblent inhabitables simultanément…

Et – pourtant – nous sommes la terre et l’allégresse – ensemble ; et – pourtant – nous pouvons vivre le silence et la faim au même instant…

 

 

Ce qui se tourne vers nous – d’abord un visage – quelques Autres parfois – puis, un jour, peu à peu, l’Amour tant espéré – ce nous-même(s) – ce regard sans nom – impersonnel – cet espace – cette perspective – cette dimension – cette intensité – que nous avons cherché(e) partout – depuis que nous avons ouvert les yeux…

Comme un soleil qui se tourne vers nous – le monde agenouillé – l’aube apprivoisée – la joie comme un surcroît de vie – et la terre – et la chair – incroyablement sensibles – vivantes – tremblantes d’émotion…

 

 

De l’automne vers l’hiver – de plus en plus serein et solitaire – insouciant – insoucieux des choses du monde – au plus près de l’élémentaire naturel – ce qui est sans autre promesse que ce qu’il offre à l’instant où il se présente à nous…

Le silence comme seul horizon…

Et la gratitude scellée au fond du geste – au fond du cœur…

L’aube – ce qu’aucune nuit – jamais – ne pourra faire disparaître…

 

 

Le cœur semblable – dans le même frisson…

Ce qui rapproche – ce qui égare…

Le poids anticipé des choses – ce qu’il faut traîner derrière soi – ce qu’il faut porter sur son dos – ce qui encombre l’âme et le pas…

Soudain fissuré pour laisser entrer un peu de lumière – cet éclat préalable à l’Amour – le seul remède possible – véritable – ce dont nous avons tous besoin – sans exception…

Nulle autre alliance – nulle autre consigne – ne sont nécessaires…

 

 

Devant nos yeux – le monde insatiable – indifférent à notre fouille – à nos recherches – à notre témoignage ; l’annonce d’une autre destination que le tour récurrent de la terre – nos territoires – nos habitudes ; la découverte, puis l’exploration du mystère – cet espace – ce silence qui nous habite…

 

 

Le jour – parfois – la confiance et la lumière – qu’importe les paysages du monde pourvu que l’espace – en l’âme – respire – soit vivant…

 

 

Dans le silence somptueux qui défie les âges – l’apparente consistance du temps…

 

 

Le bleu qui émerge – à l’intérieur…

Comme un espace vivant – qui respire…

Une main – une âme – lumineuses…

Quelque chose fait pour aimer – étreindre – embrasser…

L’irruption inespérée de cette tendresse – en nous – sur la terre – dans nos gestes – la moindre relation…

Cette intensité – cette intimité – amoureuses – avec les visages et les choses du monde…

Notre cœur silencieux – liquéfié – qui répand – partout – sa précieuse substance – là où les yeux se posent – là où les pas nous mènent…

Tous les pays – tous les chemins – propices à l’émergence – et au règne – de l’Amour…

 

 

Salutations sans manigance – du bleu au bleu – à travers la chair innocente – apaisée – (entièrement) pardonnable…

Le silence coloré – un peu de lumière sur nos blessures – ce que l’on offre à ce qui a toujours été, plus ou moins, oublié ou relégué…

Ni prêche – ni utopie – ce dont le geste est capable – cette présence – à travers soi…

 

 

Rien que l’air – parfois – le vide et l’inconsistance – sans la moindre profondeur…

Ce que l’on étale ; ce qui se dissipera avec un peu de conscience…

 

 

Sans saisie – sans rumination – le premier élan qui jamais ne se répète…

La durée – parfois – sans que la fatigue et l’ennui ne puissent s’installer…

 

 

Rien à pourchasser – nul besoin de voyage ; la course du soleil devant nos yeux – au-dedans de l’espace – en nous – non comme un rêve – non comme un impératif extérieur – mais comme une offrande – d’un ciel à l’autre – au même titre que le silence – sans jamais tarir – sans jamais restreindre – son intensité ; une lumière ininterrompue – sans éclipse possible…

Un regard incapable de s’absenter – habité ou non – dépeuplé ou non – présent – quoi qu’il advienne…

 

 

A l’instant – en cette heure incertaine – en ce jour éventuel – en cette existence à peine probable – hypothétique (seulement) – à la manière d’une image vivante – ou plutôt à laquelle on aurait donné vie artificiellement…

Discret – sans prétention – naturellement…

De passage – sans assurance – tout simplement…

 

 

A vivre – comme si nous pouvions nous installer – sans interrogation – jusqu’à la mort…

Là – parmi les racines – dernière pousse de la généalogie – mais sans la sève nécessaire pour dépasser le feuillage – l’horizon dessiné par nos ancêtres – comme emprisonnés dans les contours du périmètre déjà tracé…

 

 

Au cœur des forêts – la solitude – l’existence sans compagnie…

Arbres – pierres – chemins – et les bêtes – comme seul entourage…

Notre communauté de joie et d’instincts – informelle – aux marges de la société des hommes…

Distincts et solidaires – reliés par les forces de l’invisible…

Mains sur l’écorce – pieds dans la terre – cheveux dans les feuillages ou les fougères – la tête parmi les cimes…

Sur la peau – le même vent que celui des hauteurs ; et dans le cou – l’haleine des quadrupèdes et le souffle des Dieux…

En ces collines – notre royaume…

 

 

 

L’esprit – comme une étendue désertique – la nuit alentour peut-être – parfois – éclairée jusqu’aux ultimes confins – jusqu’aux plus lointaines profondeurs ; le même éclat qu’au faîte de la lumière ; l’eau claire – transparente – qui coule sur les âmes et le sommeil – vivifiant sur son passage ce qui a trop longtemps été abandonné aux habitudes – à la torpeur – à cette pesanteur non originelle – façonnée par des siècles – des millénaires – d’accumulations et d’entassements – tous les embarras du monde collectés qui reléguèrent, peu à peu, les vivants au fond d’un abîme de choses – de tourments et de malheurs – devenu, à l’insu de toutes les volontés, la trame substitutive de l’espace désert originel – la source de tous les tracas – de toutes les malédictions – qui donnèrent à nos vies cette terrifiante gravité…

 

 

L’air impassible – comme le fleuve – malgré nos frasques secrètes – qui creusent – qui sculptent les rivages – la terre…

Le regard vertical – comme un passage – le seul sans doute…

Ce qui demeure lorsque vient le jour…

 

 

Tout en bas – là où il fait noir – là où le vent cingle – là où personne ne veut aller – là où aucun homme – aucune bête – ne peut vivre décemment – durablement – là où il nous faut pourtant demeurer le temps nécessaire – comme une plongée – une chute jusqu’au fond de l’abîme – jusqu’à la (presque) totale asphyxie – la mue de l’âme – la perte de l’ancienne peau intérieure – avant la renaissance – la légèreté – la nudité – l’envol peut-être…

 

 

Le vent – l’oiseau – ce qui est apte à franchir…

Ni arbre – ni montagne – l’air sans aspérité…

Ce qui porte – ce qui creuse – son refuge – en lui-même – en plein mouvement…

 

 

Des grilles horizontales – ce qui ampute la vue – ce qui borne l’esprit – le monde tel qu’il nous apparaît…

La vie chargée – effrayante – l’abri au fond duquel on croit pouvoir vivre en paix – au fond duquel on s’imagine protégé – cette part (dérisoire) du dehors que l’on a intériorisée – ce fragment extérieur que l’on s’est approprié – comme un accaparement – une manière de se sentir (faussement) rassuré au milieu du monde – à l’étroit (presque toujours) dans cet infime périmètre…

Des grilles horizontales et des barbelés – puis, un jour, la mort par asphyxie – dans un long (très long) étouffement – ou, trop rarement, dans un sursaut désespéré, l’enjambement – l’exil et la liberté…

 

 

Nous – obstiné(s) jusqu’à l’acharnement – parce que incroyablement fragile(s) – sans doute…

 

 

Le vivant dilapidé – comme une poignée de possibilités jetées sur le sol – à l’instar des fourmis ailées qui s’élancent dans les airs – avec des pertes massives – peu (très peu) de survivantes dans le cheptel…

 

 

Parfois le pas – parfois la main…

La solitude de l’âme dans son labyrinthe imaginaire – comme une pure invention – parmi les Autres – les tourments – sans interrogation…

 

 

Le monde qui nous agrafe sur le front des étiquettes – en nous subtilisant les identités les plus utiles – les plus prometteuses…

Ce chant – nos paroles – originaire(s) de la source – né(es) de cette proximité immédiate avec Dieu – la terre – le silence…

Une voie directe – sans détour – sans questionnement – dans le sens de la pente où s’écoulent toutes les eaux – nos retrouvailles – jusqu’à la circulation illusoire des formes et du temps – le chimérique voyage que nous inventons – cette étrange aventure à laquelle nous croyons participer…

Ni périple – ni déroulement – l’alternance (nécessaire) entre le sol et la feuille – entre le verbe et le silence – à l’exacte jointure de l’être et de l’homme – au cœur du Dieu bicéphale – lui en nous et nous en lui – et ce qu’il faut de sagesse et d’insolence pour nous tenir aux confins de la terre et de l’infini – au-delà du périmètre autorisé – au-delà de tous les interdits – là où il est possible de nous rencontrer – de nous retrouver – d’être (enfin) un peu plus que ce que l’on nous avait promis…

 

 

De la différence, si souvent, infime…

Très semblables – en réalité – presque identiques – si comparables que l’on pourrait aisément nous confondre…

La même apparence – la même texture – la même histoire – à quelques détails près – insignifiants…

Soumis aux mêmes lois terrestres…

Jamais de quoi s’enorgueillir…

 

 

Parfois – devant – comme au retour d’un voyage ; parfois – derrière – lorsque nous nous ébrouons ensemble ; parfois seul – sans nous – dans la compagnie des hommes les plus sages ; parfois absent – lorsque les rêves prennent (insidieusement) le pas sur le réel…

Tous ces (précieux) instants où affleure l’éternité…

 

 

A chaque passage – l’absence – puis, à terme, la disparition…

Ce qui naît – toujours – à notre insu…

Formes et phénomènes – insoucieux du décor et du degré de conscience – de ce qui est là – de ce qui contemple (de ce qui est censé contempler) – parfois témoin – parfois aveugle et obturé…

Des choses qui passent – ce qui est plutôt que rien – malgré le vide ambiant – la prédominance du vent dans l’espace – la béance qui s’ignore – puis, de temps à autre, des intervalles habités qui relèguent l’absence au néant…

De petits miracles – qui, mis bout à bout, forment des vies – des rêves – notre voyage – plus ou moins pourvu(e)(s) du désir d’être là – réellement…

 

 

Les jours qui passent – comme les nuages – dans notre ciel dépeuplé – si souvent…

Ceux qui savent devinent, derrière l’immobilité, le visage de Dieu – l’invincible – l’irrésistible – tendresse à laquelle nous aspirons tous – ce qui nous habite – ce qui nous entoure ; nous-même(s) au cœur ; notre royaume et notre règne – à l’intérieur…

6 avril 2021

Carnet n°261 Notes journalières

Des jours – sans surprise – seul – sans rien attendre…

Des signes – quelques signes – sur la page…

Des gestes – des pas – ce qu’exige le quotidien…

Des pierres – des arbres – l’extrême simplicité des lieux – du monde…

Ce que l’on rencontre – ce qui s’impose…

Et ce sourire au-dessus des affaires et des choses…

 

 

Des fragments de vie – de parole – de vérité – peut-être – sans fin…

Ni avant – ni après – aussi loin que se pose la main – jamais davantage…

Des bouts – à la suite les uns des autres – sans ordre apparent – sans nécessité de cohérence…

Ce qui s’invite…

Ainsi tout se réalise…

 

 

Ni moins bon – ni meilleur – ni en avant – ni en arrière – affranchi du temps…

Au cœur de cette étrange obéissance

L’espace – les choses – l’oubli – la joie…

Ce qui revient – ce qui doit revenir…

Ce qui s’efface – ce qui doit s’effacer…

Rien de volontaire – au-dedans – au-dehors – cette fidélité à l’exigence – ce que l’on ne peut éviter – ce à quoi l’on ne peut résister…

Des circonstances sans réserve – portées – accueillies – sans soutien – sans détour…

 

 

Un souffle – des élans – le cycle et la fréquence – la force et l’extinction…

Nous – dans la matière – coloré(s) – voué(s) à nos affaires – à ce pour quoi l’on est fait – (très) provisoirement…

Le monde – l’œil – le constat…

Ce qui arrive – ce qui a lieu…

Ce qui se déroule – ce qui se déploie…

Ce qui s’éteint – ce qui s’efface – ce qui s’en va…

Tout – parfaitement lisse – presque mécanique – même les mots et les émotions…

Des éléments intégrés à tous les circuits – à tous les programmes – simultanés – successifs…

Le monde – comme une implacable – une irréprochable – machinerie…

 

 

Un peu d’épaisseur – des limites – l’apparence d’un visage – d’une existence ; une vague consistance – ce qui nous ressemble ; ce qui s’avère un obstacle – en vérité…

 

 

Devant nous – attentif – rien – des ombres – du vent – des murs…

Des mouvements – une attente (qui jamais ne dit son nom) ; de l’indigence – en réalité…

 

 

La foulée régulière – ininterrompue – sans accident – sur tous les terrains…

L’évidence d’une direction – une sorte d’habitude – d’hérésie (sans doute) ; ce que l’on s’offre à bon compte – avec tapage – avec fierté – dans une forme absurde de contentement ; la même erreur – continuellement répétée…

Puis, un jour – peu à peu – le contraire ; la discrétion – l’humilité – l’incertitude – l’errance acquiesçante ; le pas présent – les haltes – les chemins aux allures de fausses impasses – l’inachèvement – l’impossibilité quotidienne…

Le vide – le rien – qui s’apprivoisent…

 

 

Debout – sans attente – sans angoisse – l’élan qui naît ; notre parfaite obéissance…

Rien d’insurmontable – bien sûr…

 

 

Vivant – sans souvenir – sans personne…

Respirant dans les interstices abandonnés par le monde – un espace voué aux retrouvailles et à la reconnaissance…

 

 

L’instant intense de l’intimité – inlassablement répété – la seule possibilité – le seul temps que nous puissions vivre ; cette respiration naturelle – large et profonde – du sous-sol au ciel – à l’envergure incomparable…

Ce qui – inéluctablement – s’accroît – en nous ; ce qui retrouve son état originel – vierge – non souillé – non amputé ; ce que nous sommes sans le monde – ce que nous sommes avec le monde – à notre insu – malgré les apparences…

 

 

L’immobilité et l’inachèvement – notre apparent paradoxe ; nous rejoindre et poursuivre – tourner autour – jusqu’au centre – puis, nous abandonner aux forces centrifuges qui nous éloignent – inexorablement – naturellement – puis, revenir encore – indéfiniment – comme une étrange oscillation – un incessant va-et-vient – la matière sur son orbite ; et au-dessus – au-dedans – le silence qui acquiesce à tous les mouvements…

 

 

Un jour – ici – un autre – là – tantôt avec un visage – tantôt sans le moindre signe de distinction – comme un fragment – un minuscule échantillon de matière – un élément infime et indissociable du puzzle – un peu d’espace dans le vide – tantôt radieux – souriant – tantôt rageur – désespéré – tantôt proche – tantôt éloigné…

Ainsi nous transformons-nous – ainsi tournons-nous – sans cesse – en nous-même(s) ; l’attrait de la périphérie pour son centre et l’Amour du centre pour sa périphérie – l’un et l’autre – l’un dans l’autre – simultanément – inversement – perpétuellement…

Dieu jouant avec lui-même – l’oubliant – feignant de l’oublier – puis, s’en rappelant…

Et nous autres – englués – chamboulés – égarés – étourdis par notre propre vertige – tournoyant (inlassablement) dans les mille tourbillons du monde…

Le chantier du réel – à la fois brouillon apparent et parfaite copie – inachevable(s) et déjà achevé(s)…

 

 

Toutes nos forces – contre la butée ; ce qui cède – ce qui résiste – la nécessité et l’impérative ténacité des contraires…

Notre pente – sans véritable avenir…

Ça penche – ça glisse – ça cherche un équilibre qui se trouve – en lui-même – comme le résultat incroyablement provisoire de toutes les puissances à l’œuvre…

Du blanc – du noir…

Du bruit – du silence…

Tous les mélanges – tout les mélange…

Rien qu’une pierre – un regard qui se cherche – une origine et toutes les tournures du monde – toutes les combinaisons possibles…

Les innovations et les reliquats – la répétition du cycle – des cycles…

Et ce qu’il reste – triste – dans nos mains – dans nos bras – et qu’il faudrait, sans doute, accoler au cœur…

 

 

Devenir l’origine – ce qui libère l’homme – ce qui, sans doute, le rendrait (bien) plus humain…

 

 

La blancheur et l’innocence – comme la victoire (prévisible) de la capitulation…

Des murs – des parois – des obstacles – des chausse-trappes d’épouvantail – en vérité ; l’illusion d’une consistance – un véritable décor en carton-pâte ; et nous – de la chair pour rire – elle qui, si souvent, nous impose ses lois – ses faiblesses – ses carences – ses besoins ; vivre avec la souffrance comme couronne…

Tout a si peu d’importance – un jeu dont il est inutile de précipiter ou de retarder la fin (apparente)…

Nous – le monde – la vie – sans raison d’être – comme des évidences incertaines – si provisoires – dans les mains surprenantes de l’inconnu…

Tout – à la merci de tout – et, si possible, la gratitude en plus – les yeux émerveillés malgré l’aveuglement…

Le temps – pour rien – comme un obstacle trop souvent déguisé en promesse – entre l’origine et nous…

Sera-t-il, un jour, possible de comprendre – de faire comprendre…

 

 

Les circonstances – comme autant de fenêtres et d’escaliers vers les hauteurs – les profondeurs – l’élargissement – l’envergure du regard – la pointe de la sensibilité – ce qui est nécessaire pour vivre au-delà des représentations humaines – au-delà de l’image de l’homme…

 

 

Comme une force irrépressible vers l’éloignement et l’exil – nécessaire pour ouvrir un passage – nous défaire de ce qui obstrue – pour enjamber le monde – ce qui nous embarrasse – vers le franchissement de toutes nos entraves – leur effritement progressif – en réalité ; l’éboulis de l’inerte dans le vide…

Et peut-être – et bientôt – et soudain – le visage de la fragilité auréolé de puissance…

 

 

D’un côté – les mouvements – l’effervescence – les cabrioles – la débandade parfois – et de l’autre – l’immobilité – le silence – la sagesse peut-être ; et nous – au milieu – les pieds rivés sur les deux rives – s’inversant parfois – se mélangeant souvent – nous imposant leurs exigences (presque) toujours…

 

 

Ce qui se transpose dans la lumière – la même chose – plus ou moins – avec un surcroît de joie…

Nous – libéré(s) du fardeau du monde – de l’homme – du temps…

A présent – ce qui se présente – seulement…

Une chose après l’autre – pas davantage – pas d’amassement – pas de pourrissement…

Le tranchant aiguisé – implacable – de l’oubli…

Ce qui advient – l’accueil – ce qui s’éprouve – le geste à accomplir (s’il y a lieu) et l’effacement – et le vide, à nouveau, prêt à accueillir ce qui adviendra peut-être (si cela advient)…

Pas de désir – pas de recherche – pas de projet – pas d’attente – pas de lourdeur ; aucun choix – ce qui s’impose ; ce qui arrive – seulement – ce qui passe…

La vie simple – simplifiée – l’âme et le regard intenses – vibrants – sereins – joyeux…

Instant après instant – jour après jour – année après année – si dure le temps – peut-être – sans résistance – acquiesçant…

L’étendue – le vide – l’accueil – l’oubli…

Ainsi se vit – à présent – l’existence…

 

 

On n’échappe à rien – on ne se heurte à rien – on ne refuse rien de ce qui s’offre…

Les choses glissent comme de l’eau sans charge – devenant, peu à peu, inertes – et s’immobilisant – et disparaissant lorsque s’éteint leur mouvement…

Le ciel – du souffle – des élans…

L’incertitude – le soleil et la joie…

Le monde des objets – sans poids…

Les soucis – les lourdeurs – lorsqu’ils adviennent – un instant – le temps d’attirer l’attention – de faire un tour – quelques tours – de faire naître quelques grimaces – quelques simagrées – dans leur coin – accueillis et regardés un à un – étreints – embrassés – aimés – comme il se doit – et qui disparaissent – comme un peu de fatigue dans la lumière…

 

 

Le geste intérieur – juste – sans croyance – où les choses et l’esprit s’alignent – s’emboîtent – trouvent leur place provisoire – circonstancielle – avant de retrouver le vide où tout se fond – où tout se mélange de nouveau – jusqu’au prochain événement – jusqu’à la prochaine recombinaison nécessaire…

 

 

Le souffle – le ciel…

Le pied à l’étrier…

Comme la sensation d’une transformation permanente…

Des choses qui s’attardent – parfois – comme des affaires – des histoires – non réglées – et qui demandent à l’être – et l’attention – l’accueil et la tendresse – indispensables pour qu’elles le soient…

 

 

La marche – comme une errance princière – sans la moindre certitude – bien sûr ; le réel et l’inconnu à bras-le-corps…

Sans poids – l’âme resserrée sur ce qu’elle porte – l’essentiel – sans volonté de durer plus que nécessaire…

 

 

Au cœur de la solitude – plus loin que les apparences – au-delà, peut-être, des premières profondeurs…

Le plein engagement de l’être dans le geste et la parole – ce qui compte – réellement…

La vérité vivante de l’instant…

 

 

Ni fuite – ni résistance ; être ce que l’on est – ce qui nous traverse (très) provisoirement…

Hors du temps – le rire et la légèreté – la joie – l’absence de crainte – de préoccupation – d’activité – sans tourment…

Être là – simplement – humble – discret – sans exigence – sans prétention…

A sa place – celle du dedans et celle du dehors – parfaitement alignées…

Ce qu’il reste – pas grand-chose – à peu près rien…

Le son d’une cloche au loin – à l’intérieur – peut-être…

De l’énergie – en soi – prête à l’usage – dédiée à ce qui viendra – à ce qui s’imposera avec force – naturel – nécessité…

 

 

Ce que l’on aurait tendance à croire – le cycle des apparences ; dans les yeux – la déception du voyage – quelques jours – à peine un séjour – un chemin qui n’en a que le nom – ni Dieu – ni rencontre – ni âme – ni visage – véritables – quelques caresses (des attouchements plutôt) – quelques paroles – de vagues sons que l’on grommelle – sans intimité – à distance les uns des autres – mais pas assez éloignés, cependant, pour éviter les conflits – les querelles – les affrontements…

En surface – l’ignominie et l’espérance…

En profondeur – il faudrait chercher – creuser davantage – mais si peu en ont la force – si peu disposent du souffle nécessaire…

L’usure – la distraction – la mort – et à peu près rien d’autre – si, le renouvellement des générations – la perpétuation des traditions – le règne infrangible de la bêtise et de la barbarie…

L’enlaidissement et l’appauvrissement du monde et des hommes…

 

 

L’existence crispée – la tête pas même déçue – comme une seconde peau – notre nature profonde – cette glaise empilée – tassée à même la structure minérale…

La sensibilité des pierres – l’esprit sans profondeur – deux hémisphères laborieux – maladroitement assemblés…

Et le tout que l’on mêle au manque et au désir – la faim dans le sang – la faim qui tient l’ensemble…

Le monde comme un cri – de la chair affamée – bouche ouverte – babines retroussées – suppliante – carnassière…

De la verticalité d’opérette – tout juste bonne à faire illusion (auprès des bêtes) – à monter dans les arbres et à armer la main – pour assouvir le ventre – la tête – tout ce que le sang a corrompu – jusqu’aux tréfonds de l’âme – le dévoiement – les frontières – la fatigue – la volonté ; les mille restrictions de la matière – et l’esprit emprisonné dans ces tristes limitations…

 

 

Un peu plus près – à mesure que l’on avance…

La peur – la fatigue – derrière soi…

Le monde tel qu’il est…

Nous – au centre – comme tous les Autres…

La tête baissée – de plus en plus – comme une entrée (discrète) dans le silence ; l’impersonnalité de la compréhension…

 

 

Ici – sans gêne – sans douleur…

A l’intérieur – hors du monde…

Sous les vagues rafraîchissantes de l’invisible…

Sans croyance à l’égard de ce qui nous maintient – de ce qui nous prolonge…

L’âme – autrefois si grelottante – rassurée en ces lieux – à présent…

Comment pourrait-on devenir dorénavant…

 

 

Les hommes – au cœur de leur sieste – peut-être – les yeux ouverts – en plein rêve – la conscience éteinte – dans les profondeurs – comme une vieille lampe oubliée recouverte de songes et de poussière ; la matière et l’imaginaire – toutes les substances du sommeil – le substrat de toutes les existences terrestres…

 

 

Plus rien du désir – ni de l’effort…

Le monde tel qu’il vient – la vie telle qu’elle va…

Ni habitude – ni entêtement…

Le souffle et l’élan naturel…

Le geste spontané – ce qui arrive – simplement…

Et le silence en arrière-plan – l’espace que l’on habite davantage que le monde…

 

 

Ce qui se dessine – sans mémoire – sans résidu…

Les fruits de l’effacement – sans le moindre doute…

Le cœur distant – engagé – sans rempart…

D’une voix juste – d’un geste sûr – sans retenue…

L’âme et la main – comme quelque chose de simple – sans importance – présentes malgré elles – malgré nous – agissant sans la volonté…

L’esprit dedans – l’esprit au centre – l’esprit ailleurs – en même temps…

Silencieux – d’un silence jamais entrecoupé – ni par le geste – ni par la parole…

 

 

Ce qui se touche – de mieux en mieux – comme une résonance qui se creuse – s’approfondit…

Oublier ce qui se raconte – ces histoires que l’on bâtit sur le réel – comme une atroce déformation – de l’imaginaire glorieux ou lénifiant – mensonger d’une manière ou d’une autre – de la poudre aux yeux – ce qu’il faudrait réduire à néant…

Vivre le geste – être la parole…

Sentir au-dedans – l’effacement – sans obstination – le plus spontané – ce qui a lieu – ce qui s’impose – sans la moindre intention – la transparence – ce qui se cherche – à travers nous – ce qui doit advenir et dont on est le canal ou l’instrument – un élément du mécanisme – un rouage de la nécessité…

 

 

Être – sans durer – en pointillé – comme une respiration – un flux – un reflux – l’inspire et l’expire – la contraction – la dilatation – le souffle – le jour – ce que vit le corps – de l’intérieur – ce qui s’efface – ce qui demeure ; la parole comme un geste…

 

 

A l’intersection de tous les cercles – depuis longtemps – là où se trouve notre vocation (la seule sans doute) ; des fragments qui s’emboîtent – la besogne des vivants – et, au-dessus, le rire et la mort – et, en dessous, les sables mouvants sur lesquels nous avons bâti ce que nous avons cru important ; rien d’essentiel – en vérité ; ce qui passe – l’instant – ce qui s’efface – comme si rien n’existait réellement…

Le regard – seulement – l’espace vivant – notre présence éminemment contemplative – le vide que tout traverse…

Le même geste – la même tâche – ou dix mille autres – toutes les possibilités – tous les états – tous les phénomènes – égaux ; des courants d’air qui s’enchaînent – du vent enfanté par tous les souffles – par toutes les haleines – mis bout à bout – ; rien – quelques vibrations dans le vide…

 

 

Un petit coin du monde – paraît-il…

Un jour comme un autre – disent-ils…

L’ordinaire – les habitudes – ce qu’ils détestent – ce à quoi ils ne peuvent échapper – ce à quoi ils tiennent par-dessus tout – en définitive…

Trop d’inertie – trop peu de souffle et de volonté…

 

 

Tout s’empile – presque rien ne s’oublie…

La vie – au-dehors – par la fenêtre – et ce que l’on traîne dans la sienne…

Au-dedans – rien – l’espace emmuré…

Le noir et la misère…

 

 

Sur le chemin – des livres – des lampes – des visages…

Un peu d’épaisseur – ce qui confine à la confusion…

La nuit – l’obscurité…

L’existence – peut-être – sans résonance – sans intimité…

Et ce rire incompréhensible au-dessus du manque et de la faim…

 

 

Le seuil jamais franchi – les conflits – les affrontements – toutes nos gesticulations…

Nos jours sans épreuve – nos vies vides et affairées…

 

 

Nue – affaiblie – traquée jusqu’aux derniers instants – jusqu’au dernier souffle…

La bête qui s’enfuit – que l’on pourchasse – qui, tôt ou tard, finit par capituler – qui se recroqueville – que l’on met à mort – que l’on empale – qui s’affale – que l’on éviscère…

Sur nos joues – la honte – la tristesse – la colère ; tout qui se mêle dans les larmes – avec violence…

Sur celles des Autres – la gaieté ou l’indifférence ; la vie – le monde – comme si de rien n’était…

Et sur le sol – les entrailles abandonnées – la peau et la tête tranchée – immobiles – les restes de la bête jetés en pâture à ceux qui voudront – à d’autres affamés…

Et sur nos pages – l’encre qui, soudain, devient rouge – et qui coule – et qui coule – comme le sang de toutes les créatures sacrifiées – comme si c’était nous, à chaque fois, que l’on assassinait…

 

 

L’obscurité sur la figure lisse – les yeux comme deux fenêtres fermées ; la nuit qui fermente – qui enivre la tête – qui devient comme un abîme – fascinante…

 

 

Un peu d’encre dans le sang et du soleil dans l’âme – le gage, sans doute, d’une écriture vitale – nécessaire – entre terre et ciel – authentique – qui donne à voir autant la tristesse – l’horreur – les malheurs – les tourments – que la joie et la lumière…

 

 

Nous – sans retombée – dans le vieillissement apparent – résultat, peut-être – résultat, sans doute – de mille tentatives…

Le poids du monde dans la tête – la légèreté de l’air sous le front – et ce drôle de mélange entre les tempes ; l’âme rude et intransigeante ; la sensibilité à fleur de peau ; dans la confusion ; entre le marteau et l’enclume – les gestes aussi graves que l’attente – et la parole obstinée jusqu’à l’essoufflement…

 

 

Vivre – encore et encore – jusqu’à n’être plus rien – un peu de sable sur la terre – un peu d’air dans le vent ; un souffle invisible – presque inexistant…

 

 

Ni regret – ni engluement – rien à liquider – les yeux à hauteur de monde – le regard – plus haut – inaccessible par la volonté – les pieds ici – comme la tête – l’esprit au-delà – en deçà – partout où il est possible d’imaginer…

Rien de part et d’autre du front – le même vide – porteur de ce qui vient…

La joie au cœur – la joie au fond…

Ce que nous vivons – ce que nous connaissons – sans jamais nous en mêler…

L’Amour et le silence – le juste équilibre – au cœur du chemin – à la place de la fatigue et de la peur d’autrefois…

 

 

Tout s’efface – devant nos yeux – en nous – remplacé par d’autres choses – qui s’effacent à leur tour – remplacées par d’autres encore…

L’histoire de l’énergie – de la matière – du monde – dans le regard…

 

 

Nous – entre l’étreinte et l’abandon – comme les Autres – comme les choses – comme tout ce qui nous arrive – comme tout ce qui passe…

Des nœuds et des tracas – ce qui nous attache – ce qui, si souvent, resserre les liens jusqu’à meurtrir les chairs…

Des frontières et des seuils – ce que l’on nous a appris – l’obéissance et le périmètre autorisé – et, au fond de l’âme, la tentation du franchissement – l’irrésistible appel de l’ailleurs – malgré tous nos apprentissages…

 

 

Bancal – en déséquilibre – dans les éboulis…

Le temps – le vent – ce qui nous secoue – ce qui fait bouger les choses – à l’intérieur…

Du désordre et du chamboulement – et tout qui tombe sur le sol de l’âme – brisé – comme notre cœur – sans assurance…

La zizanie et la tristesse dans toutes les zones visibles…

Loin du centre – hors du cercle – à coup sûr…

 

 

La terre – comme un refuge – une couverture – une tombe…

Et le ciel – au-dedans – qui, si souvent, se rétracte comme si tout – au-dehors – nous glaçait l’âme et le sang ; l’inquiétude – l’effroi – la terreur – qui montent jusqu’au cou – jusqu’aux narines – jusqu’à la pointe des cheveux – la tête recouverte – et cet énorme bloc de glaise accroché aux pieds qui nous maintient au fond ; la noyade – l’asphyxie…

La terre et l’eau – et nous – en déséquilibre – nous enfonçant ou nous laissant submerger…

Mort(s) – avant même d’avoir pu (réellement) essayer…

 

 

La terre – minuscule bille de boue – sombre – immobile – sur son orbite…

Si facile de prévoir ce qui nous attend – à terme…

On a beau scruter avec attention ; on regarde comme des aveugles – la peur au ventre – l’âme mal à l’aise – puis on retourne à son quotidien – immense – vital – disproportionné – la seule mesure de notre vie – plongé dans l’illusion d’optique – comme si tout le reste était trop lointain – trop abstrait – imaginaire – presque irréel…

 

 

Nous – rien – qu’un peu de matière agglomérée…

Et la mort – l’arrêt du souffle – une simple dislocation de l’agglomérat corporel…

La continuité – le long des ombres – une traversée – trop souvent – la suite du même sommeil – dans d’autres draps – dans un autre lit – dans une autre chambre que nous prendrons encore pour le centre du monde – dans un immeuble que nous ne prendrons pas la peine d’explorer…

Quant à la rue – à la ville – et tout le reste – inutile d’en parler ; nous continuerons de les ignorer…

Inconscience – torpeur et confusion – voilà qui est peu dire…

 

 

La tête dans un seau – comme un sommeil – une nuit – un périmètre – un étouffement progressif…

Sur le sable – au cœur d’une plage infinie…

Et ce qui crisse sous le pas – sous la langue – cette matière – un peu d’eau – de la salive – et ce souffle – cet air mélangé à la pierre concassée – à cette poussière de roche…

Le crachat – l’étouffement encore…

Nos existences – nos corps – notre parole – asphyxiés…

 

6 avril 2021

Carnet n°260 Notes journalières

Le monde – sans image – tombé – avec nous – dans notre chute – perçu et ressenti – inscrit, peut-être, sur la carte la plus ancienne (que l’âme seule peut déchiffrer)…

Des mots – personne – l’inexistence du temps – l’Amour dans son règne – au-dedans – alentour – partout en son royaume – malgré la nuit et les poings levés – les fables et la cruauté – l’inclination des hommes – de tous les vivants – à fermer les yeux – à satisfaire leurs faims – de toutes les manières possibles…

 

 

A peu près rien – devant le miroir ; et la même chose derrière…

 

 

Les pages du jour dans le silence et les bruits du monde – notre immobilité – nos profondeurs – au-delà des apparences ; ce que dissimulent – trop souvent – l’inertie des hommes – leur absence et leur frivolité ; les fruits obscurs et inconséquents de ce qu’ils appellent, à tort, la raison…

 

 

Ce qui nous maintient en deçà du monde – à l’abri des fables qu’ont inventées les hommes…

Le vrai dont on ne peut rien dire ; et l’ailleurs où nos ailes sont déjà posées…

 

 

L’invitation de la clarté et de l’évidence – les preuves tangibles du Divin vivant – sensible – attentif – à travers notre présence – nos gestes – notre parole – notre manière de nous tenir debout sur la pierre – humble face aux Autres – au milieu du désert ou parmi la foule – le vide en tête et les bras grands ouverts…

 

 

L’encre se montre, parfois, très noire ; mais elle reflète parfaitement notre condition terrestre et la possibilité de la lumière – cette clarté souveraine cachée dans la matière – présente jusque dans nos plus obscures ténèbres – dans toutes nos errances – dans tous nos vacillements ; la joie – le vide et le soleil – qu’il nous faut faire émerger du substrat le plus opaque – le plus épais…

 

 

Silence et voix vive – comme deux possibilités – deux expressions – de la même volonté – de la même indécision…

Et cette navigation discrète (et lucide) entre toutes les formes de sommeil…

Le jour comme seul tropisme…

Indifférent aux risques – aux foules – aux menaces…

Le vent – valide et valable – quelle que soit notre embarcation…

 

 

Nous – replié(s) – dans notre respiration – entre le ciel et l’inquiétude – sur cet espace immense où la barbarie réussit à s’épanouir au milieu des fleurs – là où la chair côtoie les flammes – là où le feu naît au fond de l’abîme – en ces lieux où chaque vivant brûle ses jours – son âme – au milieu d’un énorme brasier collectif – impersonnel – en ces lieux où la mort – ressentie, si souvent, comme une limite – peut, parfois, être vécue comme une extension du territoire – une aire supplémentaire à explorer – une nouvelle frontière à franchir…

 

 

Sur notre lit de roses – rien ; la chair pleine d’épines – seulement ; et les pétales – comme un rêve – envolés – emportés ailleurs – sans doute…

 

 

Notre absence – comme une réconciliation – les conditions d’une présence plus aiguisée – de plus en plus pérenne – comme une assise indispensable…

Un éventail de feuilles à la main – une manière de soutenir le vent – de le compléter (et de le suppléer parfois)…

La vie comme un oubli – la seule possibilité, sans doute, pour guérir ses blessures…

Ce qui s’arrache comme une délivrance…

Notre retour au seul lieu possible – ce centre sans ombre que nous croyons avoir quitté – dont nous nous sentons, si souvent, éloignés…

 

 

Une route – au loin – comme un attrait ancien – une lumière aguicheuse qui a perdu son pouvoir de séduction ; un ailleurs – un peu plus loin ; un autrement que le regard peut initier ici – n’importe où…

Nous – seul(s) – effrayé(s) par quelques riens – sensible(s) et vulnérable(s) – mais prêt(s) à vivre ce que les circonstances offriront…

 

 

L’esprit vide – le pas errant – la main et le cœur présents – comme arraché au monde humain – à la violence – à l’irréparable (supposé) – parmi les arbres et l’oubli – à présent…

Des siècles d’absence et de consolations (grossières) – l’antidote, avons-nous cru, à la souffrance et aux malheurs – multiples – innombrables – le besoin d’une terre nouvelle et la nécessité de l’exil…

Au cœur de la solitude – le seul remède aujourd’hui…

 

 

Le règne du plus simple ; le nécessaire et l’essentiel – la nudité – notre cœur – cette présence sans rempart ; un infime carré de terre sous le ciel étoilé – des collines – des forêts – l’existence à l’abri du monde – à l’écart des hommes – dans le seul périmètre habitable…

 

 

Des lieux – des routes – où l’on s’attarde par insouciance – par négligence – par paresse – par inclinaison à la facilité – la crainte de demeurer seul(s) – et, partout, des coins de rues où l’on se renifle et où l’on se bat comme des chiens…

Une foule – des meutes et des tribus…

Des visages méfiants – patibulaires – à l’affût – dans les interstices noirs du voyage…

L’obscurité qui se redresse – qui se déploie – face à l’envergure ridicule de nos fenêtres…

Tous les rêves célébrés – la présence et le plus nécessaire – oubliés…

Le sommeil – comme une musique lénifiante – un tapis moelleux – pour les plus indolents – les plus souffreteux – les plus enclins à l’usage d’artifices – tous les thuriféraires du progrès – destiné à tous ceux qui consolent leur effroi à coup de danses – de rencontres – de technologies – avides de tout ce que l’on juge propice à la fuite des conditions de l’existence (terrestre)…

 

 

Le cœur chargé d’une mémoire inutile…

Le monde rassemblé – devant nous…

A nos pieds – la terre fertile…

Partout – l’absence et le tumulte…

Et – au cœur de ce chaos – et au-dedans de notre silence – l’édification (naturelle) du poème – comme l’érection d’un possible au milieu des cris – au milieu de la stupeur…

 

 

Le bleu qui surprend notre âme mariée (depuis si longtemps) à la misère et aux tourments…

Quelques lignes pour déchirer la nuit – l’ignorance ; quelques coups de pioche donnés (presque) au hasard contre les murs derrière lesquels sont incarcérés les hommes…

Et, soudain, comme une offrande – un miracle – la disparition de la terre – de toutes les formes de gravité et la célébration (inespérée) du mystère – comme une évidence (enfin) comprise – (enfin) vécue…

Le monde qui devient une aire de jeu – une brève escale – un minuscule carré de pierres – dans l’immensité et la démesure du voyage…

 

 

Dans le bleu du poème – la même terre noire que sous nos pieds…

Des mondes parallèles – des milliards de soleils…

La peau déchirée qui se reconstitue…

Toutes les figures de l’âme – assises en cercle – rassemblées…

Nous – émergeant au milieu d’histoires pathétiques…

Un souffle – une secousse – un élan…

En marche vers l’effacement…

 

 

Dieu déchiré – en lambeaux – éparpillé par le vent – au milieu des fleurs et des âmes – flottant au-dessus des têtes – parmi les orages et les secrets – comme un rêve…

 

 

Le jour – parsemé de trous – comme un jardin sans terre – sans épaisseur ; un dévoilement de l’absence – toute notre opacité assiégée…

 

 

Sur nos feuilles – le mystère exposé – par fragments ; une invitation à la chute – à l’égarement ; une manière de franchir les premières frontières du pays de la tendresse – la lumière dans le geste…

Des mots comme une jetée vers le large – un pont entre les rives – toutes les distances – un espace où tout peut être posé ; pierres – soucis – brûlures – regrets – tous les temps de l’ignorance – l’au-delà de la mort – ce qui émerge au milieu de la brume – le réel – la sagesse peut-être – entre mille autres choses…

En un lieu où le regard est la lampe – la terre – la marche – l’aube – le soleil et l’horizon ; tout – en somme – y compris les ombres et l’obscurité…

 

 

Ce que l’on entend à travers la langue – le silence – cette étrange clarté dont le faîte nous surprend parfois au détour d’un mot – à la fin d’une phrase – au début d’une nouvelle page…

Plus qu’un inventaire – une chaîne – longue – interminable (littéralement) – ce que nous sommes – réuni(s) – fragmenté(s) – inlassablement…

 

 

D’un horizon à l’autre…

D’une vérité à l’autre…

Comme si l’on voyait – et comprenait – depuis la parcelle où nous nous tenons…

Fragments – regard et paroles parcellaires…

Celui qui sait se tient au-dessus – et se tait ; il ne participe au déploiement de l’ignorance et de la partialité…

 

 

De la brume – entre les lignes – un peu d’opacité sur le silence…

La lumière trop éparse ; et les ombres puissantes et multiples…

 

 

L’incroyable secousse qui sévit – à l’intérieur…

Le temps pulvérisé – nous – sans voix – le langage éclaté – comme un outil neuf capable d’explorer l’inconnu – la nouveauté d’un territoire indistinct – infini – sans doute…

Pas à pas – ligne après ligne – sur l’étrange chemin où le cœur remplace, peu à peu, les pieds et la main – où l’âme demeure le seul instrument – au service du monde et de la lumière – qu’importe les états et les créatures rencontrées…

Le silence et l’Amour – au-dessus de toutes les existences…

 

 

L’inévitable obéissance à l’invisible – le souffle apparent du temps sur l’espace…

Et nous – à nos fenêtres – (totalement) ahuris au-dedans…

 

 

Les yeux fermés – fragile(s) – vacillant(s)…

Tout – dans le désordre – entre l’ivresse et le vertige – et la confiance implacable – cette fidélité à la route qui s’ouvre devant nous – visages et paysages – ombres et silence – la nuit qui défile – comme l’absence – proie et rapace confondus en chacun…

Nous – face à mille figures – laides – exemplaires – aguicheuses – détentrices d’aucune vérité – inconstantes – comme le vent qui nous traverse – qui nous emporte – ailleurs déjà – affranchi(s) de la mémoire – sur la lame aiguisée – tranchante – de l’oubli…

 

 

De nulle part vers le vide…

De l’origine vers l’origine – à travers tous les mondes (possibles – imaginables)…

Le jour d’avant – le jour d’après – les yeux fermés – les saisons qui passent – apparemment…

Des visages et des étoiles – ici et là…

Et nous – tremblant(s) – titubant(s) – parmi les songes et les fantômes – absent(s) – à l’écart des vivants qui dansent sous l’emprise des flammes – du feu incontrôlable…

 

 

Le souffle court – haletant – dans mille paysages imaginaires…

 

 

Hors du temps – le pire désordre dans la psyché ; et la quiétude de l’esprit…

Personne d’autre – en soi ; au centre de la communauté fraternelle ; en son cœur – l’Amour – la présence amoureuse…

Et en tous lieux – cette solitude dont nous avons tant besoin…

 

 

La parole errante – comme l’esprit – en quête de silence – de son propre mystère…

Le vent recouvrant la voix – la joie se frayant un passage entre les voiles poussiéreux – entre les souvenirs et les choses amassées…

Si semblable aux Autres – la différence comme un interstice au fond duquel peuvent se déployer le sourire et l’eau – sur les lèvres et la soif…

Notre déperdition – notre effacement – le rapprochement vers l’origine – et cette intimité grandissante avec le monde – la source – le silence…

Nous – cherchant notre présence…

 

 

Comme un lent glissement du songe vers le réel…

Les premiers abords de la vérité aux confins de notre veille…

Le regard à la place des yeux – le chant qui remplace le verbe – l’oscillation naturelle entre ce qui cherche et ce qui est cherché…

La vie comme un voyage – des lieux et de l’errance – des existences provisoires et de minuscules points d’attache – au gré des étoiles et des courants qui nous emportent ; et cette étrange immobilité au centre – quels que soient les états – les escales – la nature du périple et les mondes traversés…

Notre destin – notre providence – l’aire commune des vivants – le seul sort possible…

 

 

L’espace venteux dans la poitrine – le monde – le souffle – au-dedans…

Devant soi – l’encre bleue – les premières magies de l’aurore…

L’intimité aux confins du songe – aux confins des marges…

Le silence – derrière la parole – plus abondant aux abords de la source…

 

 

Le langage – presque toujours inapproprié – nécessaire seulement aux rencontres nocturnes – archaïques – incroyablement élémentaires – au sein desquelles n’est possible ni le silence – ni le geste juste…

Au pays grossier de l’échange où ne règne que le commerce – où la communion et le (véritable) partage sont encore des utopies…

 

 

Les tremblements de la chair dans le jour…

Une once de silence dans la paume ouverte…

La présence et le sourire – le regard à la renverse – la terre amenée vers les hauteurs et le ciel descendu – la matière qui se mélange – des départs – des retours – du merveilleux – ce qu’il faut de doute et d’enchantement pour échapper aux tourments et aux certitudes du monde…

 

 

Aucun héritage – hormis les fruits de la tête renversée – le silence des pages – ce que dessinent, chaque jour, les mots…

La possibilité de l’oubli – l’invitation à recommencer – à se défaire de tous ses oripeaux – à retrouver l’origine…

Le vide et la source – ce qui enfante et ce qui donne la joie…

 

 

Rien ne vieillit vraiment ; peu à peu – on s’use – on s’abîme – on dysfonctionne…

Le sang – la tête – la chair – les mille combinaisons de la matière – tout ce qui a trait au vent et au voyage…

 

 

Dans le vide – rien – ou, peut-être, une terre ; sur la terre – rien – ou, peut-être, un jardin ; dans le jardin – rien – ou, peut-être, une table ; sur la table – rien – ou, peut-être, une feuille ; sur la feuille – rien – ou, peut-être, quelques signes ; le vide qui s’exprime…

 

 

Ce que nous léguons – avant notre départ – cette manière, si singulière, d’être au monde…

Dieu dans le sang – à parts égales avec les restes d’un autre monde…

Les instincts de nos aïeux – et ce regard qui s’absente encore trop souvent…

Les enchantements et les déboires de chaque voyage – et, en soi, indépendant – cet espace de jubilation – affranchi des affres et des réjouissances du chemin…

 

 

A voix basse – discrètement – l’origine davantage que la fable – le repos davantage que les tourments…

Nous – comme les fleurs – au-dessus de l’abîme – au milieu des ténèbres décorées avec les couleurs de la terre – les bouches volubiles devant les spectacles – la tête en dessous du miracle – de tous les possibles – submergée par la stupeur – et la chair toute tremblante…

Penché(s) sur notre labeur – œuvrant comme si Dieu – et le monde – avaient besoin de notre besogne…

 

 

Solitaire – sans gouverner le temps – dilapidant les jours et les heures en fêtes insistantes – le cœur présent dans notre veille – entre l’attente et le recommencement – le monde relégué aux souvenirs – personne sur la terre – sur les tombes – pas même l’ombre de quelques survivants – à l’avant-plan de la lumière…

Une marche ni funeste – ni tragique – très longue – interminable (littéralement) dont nous serons, à jamais, l’unique composante…

 

 

Le geste – comme la première et l’ultime parole – aussi puissant que le silence lorsqu’il s’incarne dans notre présence – aussi puissant que le regard lorsque – de part et d’autre des yeux et du front – l’abîme devient vide habité…

Sourire et soleil – sans voix – la plus belle manière d’être là – au milieu du monde – parmi tous les Autres ; ces frères de corps – de cœur – d’âme et d’esprit…

 

 

Sur la pierre – solitaire – face à la nuit – au monde sans lumière – l’assise verticale – l’âme dressée dans l’œil – comme un éclat au-dedans – une forme de clarté – une fièvre assagie – incroyablement sensée…

Et une paume immense tendue vers ce qui s’avance…

Rien du temps – rien de précieux…

Le plus essentiel – l’ordinaire éternel…

 

 

Impassible face aux excès – face aux dérives – silencieux dans cette longue attente – comme un passage – la traversée d’un feu étrange – immense – un lieu rayonnant – régénérant ; une marche immobile à même le jour…

Nous – droit(s) – redressé(s) – à la renverse – devenant la terre – le temps – le ciel – cet œil au-dessus de tout ; l’étreinte – le mélange – l’intimité ; ce à quoi chacun aspire – en secret – en vérité…

 

 

Ne rien imposer – ne rien concevoir…

Laisser le vide se colorer ; nous laisser pencher tantôt vers la faim – tantôt vers la frugalité – tantôt vers l’inconsistance – tantôt vers l’épaisseur – tantôt vers le jour – tantôt vers la nuit – tantôt vers la parole – tantôt vers le silence – tantôt vers la foule – tantôt vers le désert – tantôt vers le mouvement – tantôt vers l’immobilité…

Devenir pleinement cet espace sans exigence dont la seule vocation est d’aimer – d’accueillir ce qui arrive – ce qui s’impose – ce qui nous habille momentanément – qu’importe l’allure – la nature – la texture – les intentions – de ce qui advient ; de simples combinaisons provisoires aux parures changeantes – des manifestations fugaces de l’essence – d’infimes phénomènes – de minuscules foulées dans la danse incessante de la matière qui tourne dans le vide habité – au milieu – au centre – continuellement – autour de son axe – l’espace de présence – là où nous nous tenons – toujours – de la plus simple – de la plus intelligente et de la plus sensible – manière (contrairement à ce que pourraient laisser penser les apparences du monde) – s’ingéniant inlassablement à trouver le plus juste dosage d’Amour et de lumière selon les formes – les possibilités – les circonstances…

 

 

Comme une épaisseur qui recouvre le plus vif – le plus naturel – le plus beau – le plus sauvage ; toutes les étreintes cachées sous ce qui semble éteint…

En dessous – la forêt ; au-dessus – la nuit parrainée par le langage alors que règne dans les tréfonds le plus juste (et le plus merveilleux) silence…

Du sous-sol au ciel – le même hurlement – le même besoin – le même appel – l’impérieuse nécessité du vent pour démanteler les strates – soulever tous les couvercles – balayer la pesanteur et les misérables tragédies qui se jouent dans l’obscurité…

 

 

Bouché bée devant le minuscule manège du temps – le petit théâtre des vivants – la tentative des alphabets pour appréhender le réel – décrire le monde – un effleurement à peine – une distance infranchissable – bien sûr – par le langage (et toutes les manigances des hommes) ; le cœur amoindri – inerte – léthargique – comme paralysé ; le corps-sac – le corps-machine – le corps jouissant (de manière grossière et triviale) – l’esprit anesthésié au moindre mal…

L’instinct – la peur – le désir – la frivolité – ce à quoi l’on occupe les jours – ce que l’on emplit – l’espace – l’existence – le temps – pour essayer (vainement) d’échapper au vide…

 

 

Le langage des pierres et des bêtes – et celui du ciel – moins singulier – sans signe – sans surface – dans les profondeurs – essentiel – très proches l’un de l’autre – en vérité – si différents de celui des hommes – trivial – superficiel – abstrait – qui éloigne du réel à mesure que s’affinent et se complexifient les idées – les images – les concepts et les définitions…

 

 

La vie comme une aubaine pour la matière…

Le jour comme une aubaine pour la vie…

Une longue chaîne – de l’origine vers l’origine…

 

 

La nuit qui s’étire – d’une lumière à l’autre…

Et nos pas sur la terre que l’on croit ferme…

L’horizon noir – les visages féroces…

Des querelles – des mensonges – cette folie aux quatre coins du monde…

Et cette fatigue (guère surprenante) au milieu des Autres…

Des séants – du sommeil – sur un tas d’ordures (immense)…

Dans le ventre – le sang – la tête – mille batailles entre l’Amour et les instincts…

Partout – la volonté des sous-sols et la nécessité du ciel…

 

 

Le monde – sur nous – en couches compactes – resserrées…

Le vide rempli jusqu’aux dernières frontières…

Nous – vivant(s) – dans une épaisseur infernale – irrespirable – asphyxiante…

 

 

Le langage nocturne – enfanté par la douleur et la proximité de la mort – le grand ciel noir au-dessus des têtes – comme un piètre hommage aux enfances malheureuses – aux vivants sans semence – aux hommes sans destin – à toutes ces vies qui poussent au milieu des ronces et des immondices – à tous ceux dont le chagrin étouffe, peu à peu, le souffle – à tous ceux dont le cœur a fini par rejoindre l’obscurité hermétique des profondeurs – prisonniers d’un monde sans raison – sans promesse – sans signification…

 

 

Des cieux trop lointains…

Et cet acharnement frénétique sur des routes insensées…

Et la lumière qui – lentement – se penche sur notre épaule – comme si le temps était venu de transformer la course en immobilité…

 

 

En piteux état – comme la terre et l’Amour…

Et nous – retrouvant (enfin) la possibilité de l’envol – au seuil de l’engloutissement…

Découvrant (comme toujours) l’existence d’une trappe minuscule au fond de l’impasse…

 

 

D’un bord à l’autre de l’âme – du monde – tantôt aux marges – tantôt au centre…

Vivant à la manière des bêtes et des rois…

La chair épaisse – le cœur tremblant…

Ivres de rêves et de sommeil…

Si proches de Dieu et des premiers instincts…

Dans cet écart permanent entre le vide et la matière…

Si bruyamment humains…

 

 

Le temps d’une vie sans espérance – s’éreintant (seulement) à troubler le silence…

 

 

Nous – illisibles et vacants – malgré la profusion des signes et des choses…

Ni fenêtre – ni chemin – le séant entre le feu et le cri – le sol et la tête – rien en dessous – rien au-dessus – un peu d’argile – quelques étoiles – peut-être…

Les jours – à moitié mythe – à moitié nuit…

Rien qui ne vaille (réellement) la peine – la lourde charge – seulement – des soucis sur le dos…

 

 

Entre le rêve et le réel…

Entre l’angoisse et l’épuisement…

Passager(s) engagé(s) dans la traversée nocturne des nuées…

Le bleu aux lèvres – le bleu jusqu’au fond des cris…

Les secousses du temps – l’ébranlement de l’échine – les vertèbres disloquées…

La destruction de tous les édifices – comme une simple parenthèse occupationnelle – une longue période sans intérêt…

Des projets – des départs – des érections – comme de pitoyables déviations – des détours amputés de l’essentiel…

Des vies dans une forme (inconcevable) d’éloignement…

Des existences à la manière d’une absence…

Et nous – si longtemps oublié(s) – à présent – au cœur du bleu naturel – la puissance déconstruite – dégagé(s) des mythes et des artifices – de tous les mensonges inhérents au monde et au temps…

Uni(s) et rassemblé(s) jusque dans notre éparpillement…

 

 

Dans l’impérieuse nécessité du jour…

Au cœur des absences et des destructions…

La foule – dans le noir – personne – dans les profondeurs…

Seul(s) – dans le silence – cette perpétuation de nous-même(s)…

 

 

Du sommeil en pagaille…

Des vivants qui ont l’air de vivre…

Des rêves et de la glaise – essentiellement…

 

 

Terre et ciel asymétriques – pas même un territoire – pas même un paysage – un lieu de passage lacunaire où l’on s’attarde aveuglément…

 

 

Nous – flottant entre la brume et l’océan – avec, parfois, un peu de clarté née du vol des oiseaux – enlisé(s) sur des chemins obscurs – rêvant de bleu et de regard – de mots et de rencontres intenses – englué(s) dans un parcours – des images – une fange – dans la tête – sur le sol – qui nécessiterait une soif plus intense – un soleil et une hache – pour désembourber le souffle des songes et des substances terrestres…

Une issue à nos grilles – un passage – un autre lieu où l’on pourrait rafraîchir ses profondeurs et régénérer son feu…

Le point d’expansion – de rétractation – le seuil des retrouvailles – au-delà des murs de paroles – au-delà des sons inutiles – de plus en plus proche(s) d’un silence d’épanouissement propice aux rencontres flamboyantes avec tous nos visages – notre âme en haillons – éparpillés depuis trop longtemps – isolés de la braise incandescente – innocents – sans impatience ; qu’importe le jour et l’état du monde – qu’importe la lumière ou l’obscurité…

 

 

La joie et le sel de l’enfance…

Dans nos vies – l’être nécessaire – un peu de vérité…

Nos gestes et nos pas – métaphysiques – quotidiens…

Cette manière (si particulière) d’être au monde ; vide – vierge – sensible – attentif – présent…

 

 

Des jours et des jours – éloigné(s) de la source – sans fantaisie – la tête penchée sur son labeur – les mains médiocrement occupées – l’âme entière absente…

Le monde qui tourne – comme une pierre qui dévale la pente où on l’a posée – sans aube – sans interruption possible – jusqu’au fond de l’abîme…

 

 

Le vide – à la fenêtre – sans autre horizon – un chemin – à l’écart…

Comme de l’eau qui coule…

L’âme au-dessus des visages…

Le retrait des ombres – et, à la place, un feu tentaculaire…

La foulée frémissante…

Le cœur et le vent – main dans la main – se faufilant dans la lumière naissante – entre le sommeil et la matière…

L’écoute et l’attention favorisées au détriment des coups et des cris…

 

 

Le silence – en nous – comme une flèche – une étendue – une pente sur laquelle glisseraient toutes les choses et toutes les figures du monde…

Un interstice – comme un tunnel qui mènerait vers la proximité – l’étreinte – la plus haute intimité…

La complétude nécessaire à la joie…

La continuité – bien sûr – du voyage et du poème…

 

 

Des lignes – une parole – vives ; moins de réponses que de questions – définitives parfois…

Ni étoile – ni aveu – toutes les figures du vide – les infinies déclinaisons du silence – l’inespéré en quelque sorte…

Ni homme – ni Dieu ; ni ciel – ni terre ; ni âme – ni ventre ; aux confins de tout – dans le périmètre des intersections – aux marges et au centre – là où tout peut être envisagé – l’extase et le néant – tous les possibles – la providence – tous les sorts et toutes les fortunes…

Et ce feu – bien sûr – qui court entre les mots et les âges – sur nos jours – sur nos pages…

Et le vent qui, sans cesse, s’invite et nous réinvente – l’oubli accroché à notre sourire insoucieux de la mort et du soleil…

 

6 avril 2021

Carnet n°259 Notes journalières

Le monstrueux étalé – au-delà des apparences – sur toute la surface – comme une cruauté cyclique – régressive – un aveu de faiblesse et d’impuissance…

Une fatalité – une malédiction ; d’un côté, la matière balafrée et sanguinolente – et de l’autre, la matière dictatoriale – sans vergogne – à la manière d’un potentat criminel et sanguinaire…

Et nous – l’une et l’autre – partagé(s) – déchiré(s) – écartelé(s) – au-delà des étiquettes et de l’idée (presque toujours fausse) de justice…

Le vide absorbé et dissous – le plus tangible à la manœuvre – avec l’assentiment du silence…

Une (véritable) aubaine pour les jeux et les joueurs…

Le délire poussé jusqu’au vertige – prémices de la chute et de l’envol – concomitants si les forces nous sont offertes de manière équilibrée…

 

 

Aux angles du monde – la dispersion…

Les yeux – enfouis dans la terre – qui s’ouvrent et se referment – fascinés – éblouis par les textures et les couleurs (si changeantes) du décor…

 

 

Les choses infiniment plurielles pour la multitude avide et vorace…

 

 

En nous – la fusion – ce qui unit – ce qui rassemble – le centre rappelant à lui son rayonnement…

Le feu alimenté, en quelque sorte, par le renouvellement de ses propres flammes…

La joie passant de l’âme aux pieds – du souffle jusqu’au bout des doigts – dans tous les gestes exécutés par la main – dans toutes les danses initiées par les pas…

 

 

Tout qui se dresse – encore et encore – avant de s’effondrer – encore et encore – alternant sans fin les élans et les états…

En mille lieux – la vacance – le tumulte et les mouvements…

Accords et désaccords – unions et désunions – alliances et ruptures – sur fond de silence – sur fond d’acquiescement…

 

 

Coloré – comme une surface peinte – le monde d’un bout à l’autre – parcelles de matière gluante – harmonieux – merveilleux – à certains égards – atroce – misérable – à parts égales…

Des ornières – des lieux de villégiature – des strates de sommeil – ce que l’on froisse – ce qui s’arpente – ce qui se déploie avec perversité – avec mille faux-semblants et mille arrière-pensées…

 

 

Nos vies – comme un poing levé contre l’océan – pour s’opposer au déferlement de l’eau sur la grève – au labeur incessant des vagues qui fracassent la roche…

Une posture – une vocation – une farce – un cauchemar ; ce qui suscite à la fois le rire et les larmes – l’ambivalence de tout geste – la nécessité et la dérision ; et la possibilité d’un écart – d’un pas de côté – au-dedans – pour apprendre la quiétude et le contentement – malgré l’(apparente) absurdité du monde et l’atrocité des spectacles – seule manière, sans doute, d’échapper à l’esclavage et à la folie – à toutes les malédictions de l’existence terrestre…

 

 

Des querelles – des bavardages – des commentaires…

Du vent – du bruit – quelques tourbillons d’air – presque imperceptibles dans l’immensité et le silence…

 

 

Nous – arpentant l’espace au-dessus des sillons – des gesticulations (apparemment) nécessaires au fonctionnement du monde…

 

 

Debout – sans un mot – sans ennemi – sans œuvre à accomplir…

Une présence légère au milieu des Autres – au milieu de l’absence – des élans et des mouvements mécaniques…

 

 

La récurrence du mensonge…

La vie – la mort – le jour et la nuit – se répétant sans fin – sans se lasser jamais…

Dans une existence – une suite d’existences – inintentionnelles…

 

 

Tout – comme le dernier mot – précipité dans l’abîme – disparaissant avec le reste – ce qui a précédé et ce qui suivra – dans le vide salvateur et vorace – l’espace où nous évoluons – à tous les stades – l’Amour au-dessus du front – au-dessus des choses – et l’oubli en tête…

 

 

La tête autrefois si détachée du reste – reliée, à présent, à ce qui compte – à ce qui, depuis le début, a été oublié…

Le monde comme un corps – un cœur qui bat – une poitrine qui se soulève – qui se rétracte – qui respire ; un espace aussi large que l’esprit – là où nous vivons – là où chacun doit se résigner à vivre ; le seul refuge – le seul lieu où il est impossible de se cacher…

 

 

Sous les hurlements – l’étouffement…

Sous l’étouffement – le désir d’une autre vie…

La beauté au cœur de l’obscurité – de la suffocation – de la douleur…

Dieu englué dans la fange terrestre – remuant la terre – creusant – fouillant – essayant (avec nous) de s’affranchir de la matière…

 

 

Tout se détache ; le vide devenant davantage qu’un mot – notre cœur – notre esprit – notre essence – notre seule réalité – sans doute…

A notre place – enfin – sans écart – sans substitution possible…

 

 

Dans le sable – des traces – des signes qui nous rehaussent – qui nous révèlent ; du soleil à la place de l’air – de l’espace à la place des mots…

Le silence comme unique langage – la seule page qu’il nous est possible d’écrire – la seule page qu’il nous serait possible de lire – le monde retrouvant son origine et sa fonction ; et nous autres – sans ornement – habités, de nouveau, par la vérité – notre présence vivante – comme nous exhumant, par une force inhabituelle, d’un long sommeil…

 

 

Soulevé(s) par le souffle – comme s’il s’agissait d’une puissance surnaturelle – un fragment de ciel – le reflet de l’invisible – le recueil de toutes les injonctions divines éparpillées dans la matière ouverte – réceptive – libre de répercuter le processus – de donner corps au mystère – de le concrétiser – d’abandonner (enfin) les choses à leur voyage – à leur destin…

Le transport fabuleux de la poésie – l’affranchissement en actes – éclairé par la lumière – à même le réel qui, à la fois, disloque et féconde – dans une perpétuelle réinvention…

 

 

Le cœur emmailloté – le corps et ses (piètres) consolations – puis, un jour, le vent comme une lame – et nous – sur la pierre – décoiffé(s) – décapité(s) – amputé(s) de l’inutile – totalement défait(s) ; l’âme (enfin) exposée à la métaphysique naturelle et quotidienne…

 

 

Le réel – en éclats – en poussière – réduit, parfois, en buée – parfois, en cendres ; la matière combinée – dans tous ses états ; et le regard désengagé des changements et des transformations – comme affranchi des apparences et des mouvements…

 

 

Un parmi d’autres – dans le jour accompli…

Rien qu’un peu de bruit et de vent ; un poème ; la présence humble – sans posture – sans idée – sans stratégie – dans les tourbillons et le sillage de ce qui emporte – de ce qui est emporté – à la suite des choses et des circonstances…

L’oubli – l’effacement – la disparition ; ce qui nous résume – parfaitement – nous – nos gestes dérisoires – notre humble besogne – ce à quoi nous œuvrons…

Le vide et le silence – dans leur plein rayonnement – à travers le canal désobstrué ; la matière sans résistance – ouverte – amoureuse – totalement acquiesçante…

 

 

N’être rien – à la manière d’une silhouette invisible devant l’apparence d’un mur – un peu d’ombre peut-être – (très) brièvement – lorsque le soleil est au zénith – à peine un fantôme éclairé par un rayon de lumière provisoire – ce qui s’efface déjà sur ce qui, sans doute, n’existe pas réellement…

 

 

Des lignes – comme des pierres sur le chemin ; mille apprentissages pour le pas – le cœur – le regard ; une manière d’être vivant – de manière authentique…

Ni refus – ni refuge – l’espace nu que l’on arpente – que l’on explore – que l’on décortique – que l’on cartographie ; et auquel on finit, un jour, par s’abandonner…

 

 

Ce qu’on laisse croître – en nous – se déployer ; devenir ce que l’on autorise à nous effacer ; la seule transformation possible – comme un retour – l’être retrouvant, à travers nous, sa place – son envergure – son rayonnement…

 

 

La matière fidèle à son règne – à ses lois ; Dieu s’incarnant ; le monde dans ses alliances – obéissant aux forces qui le feront devenir…

 

 

Rien qu’une faiblesse – comme une ouverture – la chair qui se creuse – comme le cœur ; une béance pour Dieu – l’Amour – ce qui prend place – ce qui nous comble – dans un emboîtement parfait…

Nous – pris dans la fonte des glaces – les éboulis – l’effondrement de toutes les tours – de tous les remparts – aussi impuissant(s) et innocent(s) que la rose qui voit tomber ses épines – la nudité sensible – le cœur vivant de la tendresse…

Nous – dans le souffle – au fond de la poitrine de Celui qui aime – la tête penchée vers nous…

 

 

Nous – sur la pente – parmi les eaux cristallines…

Le bouillonnement – la colère – la forge – l’enclume – toutes les nasses – tous les instruments de torture ; l’opacité et la violence, soudain, disparues – comme un peu de pluie sur les traces de craie dessinées sur la roche…

La vie empalée qui se desserre – qui s’élargit au point de tout accueillir – au point de tout devenir…

Debout – à genoux – la conscience nue – sans torpeur…

Du bleu – du cœur à l’horizon…

 

 

Rien qu’une terre où la tendresse est la seule réponse – où les larmes convoquent la main caressante – où l’aveuglement est, peu à peu, appelé à devenir regard – Amour – insoutenable – trop lourd – trop abondant – pour nous seul(s) – qui doit s’écouler – se déverser – submerger ce qu’il touche – irradier la peau – la chair – remplacer le sang – rayonner à travers la beauté et la douleur…

L’exercice de vivre auquel chacun se livre – malgré lui…

 

 

Une douleur – en retrait – derrière les yeux – toutes les déclinaisons de l’âme vers le blanc – comme un prélude – après le plus maléfique – le plus insoutenable – peut-être…

Une plongée en soi – le soc du monde sur le dos – le même sillon – d’abord comme une légère éraflure – puis, comme une plaie qui se creuse – une béance – puis, un écartèlement – comme coupé en deux – sectionné par le milieu…

 

 

Nous – dans notre chambre – cet espace minuscule – sans commune mesure avec l’envergure du réel – incommensurable…

D’un jour à l’autre – sans aubaine – sans vergogne – sans explication – pas à pas – très (très) laborieusement…

 

 

Des grilles – de l’eau qui stagne – des signes – des mains qui se tendent – des bouches qui se referment…

Et tous les fauves autour – aux aguets – à l’affût – terriblement affamés – et carnassiers d’une impitoyable manière…

 

 

Le souffle salvifique – le refuge de la forêt – la douleur traversée de part en part – à gravir son humiliation – à tenter de venir à bout de ses blessures…

Les heures magistrales – parfois au bord – parfois au fond – de la solitude…

Ce qui – en soi – résiste – ce qui – devant soi – revient ; des couches d’excréments – des amas composites – mélange de choses et d’idées – du sang séché par le soleil – versé par des mains armées – des esprits acerbes et acérés – trop de songes – comme des explosions qui font déborder l’imaginaire qui devient, peu à peu, plus conséquent (et plus funeste) que le réel…

De belles âmes – pourtant – cachées – en profondeur – imperceptibles encore…

Et cette lumière – au-dessus des cages – au-dessus des cris ; de la souffrance instransformable excepté en violence – en assauts guerriers…

Vivant – au cœur du chaos – l’âme ardente – presque rageuse – les doigts et la langue trempés dans le fiel…

Au milieu des bêtes et des hommes – en somme…

 

 

A travers nous – la conscience – l’énergie – et leurs alliances étranges – admirables et déconcertantes…

Du plus subtil au plus grossier…

De l’innocence à l’obscénité…

De la tendresse à la sauvagerie…

Du plus captif à la liberté…

 

 

Mille chants – mille danses – mille écarts – et autant d’incongruités et d’anomalies…

Aussi rien ne doit se figer dans l’âme – sous le front – dans les mains – sur la page…

Sans cesse – des tourbillons de joie et de douleur…

Ce qui – en nous – invite le feu et l’espace – à grandir – à persévérer – jusqu’à l’extinction – jusqu’au renouvellement…

La mort comme un passage – la nudité provisoire, le temps de trouver un autre déguisement – la même ardeur mais colorée d’une autre manière…

Sans cesse – bousculé(s) par la vivacité – au-dedans – qui nous saisit – qui nous anime et nous rend vivant(s)…

 

 

Nos paupières et nos poings – fermés pendant la traversée ; l’existence – le monde – la douleur…

La chair enjouée par les plaisirs de la surface – les danses de la multitude – tous les excès – tous les débordements – ce que l’on retient – ce que l’on amasse – ce que l’on entasse – pour essayer d’assurer l’avenir…

Animés par la faim – soutenue, de manière complémentaire, par la peur née dans la psyché…

Ainsi le monde se structure – s’organise – exerce l’oppression et la violence – exploite – détruit – anéantit – au nom de ses craintes et de ses appétits…

L’innommable à l’affût derrière les fronts – les barbelés – les remparts érigés sur tous les territoires pour protéger les entrepôts – variés – multiples – immenses…

Sur la pente animale – de bout en bout – et nous – nous croyant à l’écart – en surplomb – de la pyramide terrestre…

Des créatures pas assez dignes encore pour s’affranchir du sang – de la mort – de la séparation…

 

 

Rien que du noir – parfois – de l’obscurité et du silence – une solitude triste – comme si l’on se tenait hors de soi – comme si l’on s’imaginait différent de ce qui porte et accueille la tristesse – et mille autres états – dans une variation infinie de couleurs qui recouvrent provisoirement (très provisoirement) une texture nue – lisse – parfaitement neutre ; sans doute, le versant le plus malicieux et le plus versatile du vide – le fondement même de nos mille identités concomitantes et successives…

Des pentes – des grilles – mille courants qui nous emmènent – des lieux où l’on passe – où l’on glisse – où l’on est retenu…

L’air – l’eau – le souffle et le sang – dans un flux continu ponctué de quelques interstices – comme des passages (possibles) vers les profondeurs – vers d’autres mondes…

Et ce que l’on porte avec soi – presque rien – le plus essentiel – à l’intérieur – bien sûr…

 

 

Plus haut que le ciel – au-dessus du perceptible – le règne du vide – qui ne se laisse définir par ce que l’on dit – par ce que l’on pense – par ce que l’on imagine – à son sujet – toutes nos manières de l’habiller – toutes nos manières de le colorier – comme si nous n’avions encore compris qu’en ces hauteurs – qu’en ces profondeurs – qu’en cet infini – existent d’autres lois que celles qui régissent la vie sur terre…

 

 

Le monde que l’on pourchasse – la tête qui fore les sous-sols – les mains qui prélèvent tout ce qu’elles sont capables d’arracher – les pieds cadenassés pourtant – dans le même trou – l’existence durant…

 

 

Dans l’enchevêtrement des pas – des signes – de la chair – une circulation incroyablement limitée – sous surveillance – avec mille blasons sur la peau – sur la hampe – et mille bannières dans la besace – en bandoulière…

Ce que nous défendons et ce que nous ambitionnons de conquérir…

Sans cesse – le désir et la querelle…

Partout où il y a des hommes ; des instincts – des apparences – le même jeu des illusions…

 

 

Nous – empêtré(s) – sans émancipation possible…

Ce que nous édifions – notre liberté – enchevêtré(s) aux tentatives (à toutes les tentatives) des Autres…

Nous – trop humain(s) – trop grégaire(s) – pour échapper aux embuscades – aux impasses – aux labyrinthes étroits – tressaillant sous la lumière et les procédures inventées pour vivre ensemble – enfermés…

La terreur sobre – le désir sobre – l’existence autorisée dans son (minuscule) intervalle – rien d’autre – ce qui éclaire médiocrement notre infime carré de terre – qu’importe l’abîme – qu’importe les profondeurs – l’épaisseur du noir – qu’importe la texture et la trame – pourvu que nous n’ayons l’air trop différent(s) de ceux qui nous entourent…

 

 

A l’intérieur – bousculé(s) – déchiré(s) – terrifié(s) – la violence au front – la violence et le vent – le sourire à la proue – bouillonnant sous nos masques – le feu dans son œuvre – essayant de fêler l’argile ; notre impérieux besoin de fuite – quelques pas – presque rien – inutiles (bien sûr) – comme si tout se dérobait à notre approche ; le vide – à chaque foulée – à l’instant même où la main tente de saisir – à l’instant même où la psyché tente de capturer ; le vide – partout – comme la seule récompense possible…

 

 

De l’écume – des bas-fonds au sommet – toute l’ignorance du monde sur le dos – autrefois sous le front – sous les pas – la terre et le feu – au-dessus ; une autre perspective – les idées anciennes comme évaporées – l’absence comme une malice – parfois comme une escroquerie – nos profondeurs à la manœuvre – humblement – silencieusement – sans les excès du verbe – la pensée sans recul et la légèreté du corps (si distante – si pesant – auparavant)…

L’engagement plutôt que l’inintelligence…

Ce qui nous résiste – ce que l’on enfourche – et les mille courants qui nous accompagnent – vers la découverte d’autres mondes – vers des galaxies plus lumineuses…

Et, pourtant, l’esprit (parfois – encore) pris dans la nasse – à gémir – à se débattre – à essayer de trouver une faille – comme tous les Autres – nos frères vivants…

 

 

Très proche du recommencement escarpé – le renouveau incessant – quotidien ; de la haute voltige à la portée du plus grossier (dégrossi de manière abrupte et laborieuse)…

Plus de route – plus de visage – plus de commerce ; sur nos propres épaules – un œil du côté de la clôture et l’autre du côté de l’infini – mains jointes au ciel – à la terre ; quelque chose d’ineffable au-dedans ; à nos côtés – personne (bien sûr) – devant nos yeux – plongé bien plus profondément que dans la solitude apparente…

Comme si la pierre en dessous et le verre au-dessus se déchiraient – comme entaillés par une lame invisible…

L’élargissement du périmètre – la désagrégation de l’Existant…

Bien en deçà et bien au-delà de l’imaginaire et du réel apparent…

A peine (pourtant) une légère torsion de l’esprit – plutôt un redressement – comme le début d’une rectitude…

 

 

De cercle en seuil – le centre grossissant…

Le temps déconnecté de l’espace – l’infini à portée de main – comme un agrandissement du regard – l’incessant accroissement du périmètre – la zone réelle sans théorie – sans précipice – d’un seul tenant – comme si les fragments s’étaient soudainement réunis – se mouvant à la manière des vagabonds – plongés dans l’errance – et cette immobilité visible – tel un œil sur la course – les voyages – la totalité des spectacles…

Rien que des mouvements sous la voûte ; des élans – des étincelles – des explosions – le vent et la foudre ; et au centre – cette immensité…

 

 

Avec l’assistance de notre main – ces quelques signes – sur la pierre – sur la page – manière de briser le ciel – d’élever la terre – de tresser une corde vers ses propres hauteurs – manière de retrouver un peu d’enfance – un peu d’éclat – l’envergure nécessaire à une existence (réellement) vivante…

 

 

Aux marges de l’innocence – des mondes âpres et écœurants où l’on fuit et où l’on se querelle – où l’on pavoise – où l’on marche en conquérant en se donnant des airs (de victoire – de réussite) ; une terre d’apparat et d’apparence – infâme et monstrueuse…

 

 

Se tenir entre le réel et l’oubli – sur cette étroite bande de sable entre, d’un côté, le ressac, et de l’autre, l’océan…

 

 

A voix basse – entre les barreaux – au milieu des arbres et du silence – la tête au-dessus – comme un soleil sur notre misère – la multitude…

 

 

Des millénaires d’amassements – des souterrains engorgés – des amas – des monticules du sol au ciel – et plus haut – encombré aussi…

Dieu – le vide – évincés – auxquels on a substitué des choses et des images – des idées sur le frémissement et l’envergure…

L’importance des racines – de la marche – de la progression – comme si l’on avait oublié que le monde n’était qu’une escale – une étape dans un voyage immobile qui mène de l’origine à l’origine – et que le seul progrès consiste à la soustraction et au retranchement…

Ainsi – de seuil en seuil – chemine-t-on vers soi – le vide – la seule réalité tangible au milieu des rêves…

Sans cesse – autour de la même nudité…

 

 

L’espace qui vit et respire – sans querelle – sans suffocation…

De la lumière sur nos mille petites tragédies – nos pas et nos prouesses minuscules…

Le désert vivant qui perd son aridité…

Le désert habité – le seul lieu possible – vivable – pour être (réellement – présent) au monde…

L’aube sans la lampe – sans la hache – au cœur du chaos…

Le ciel ici – ensemble – à cet instant – sous les craquelures du temps…

 

 

Le jour silencieux – un parfum de soleil et de rocher…

Des ondes – des vibrations – des odeurs – naturelles…

 

 

L’aube verticale – de l’air brassé…

Le glissement du chaos vers les régions les plus réprimées…

Le ciel qui, peu à peu, se découvre…

L’écartement des barreaux – la chute (très progressive) des grilles…

La route qui se dessine…

Le souffle de l’enfance – la simplification du labyrinthe – le monde qui se désagrège…

Le premier élan du voyageur – peut-être…

 

 

Un peu de vérité sur le sable – dans le vent ; insaisissable(s) – comme le reste…

Et pourtant, partout, la grande illusion de l’accaparement et de la propriété…

 

 

Des ravins – la mort – le sort des carcasses qui s’amoncellent…

Des virages pour allonger la durée du voyage ; des détours – souvent – nécessaires…

 

 

Le rire après les épreuves – les tourments – l’obscurité – la vie épouvantable – comme une remontée des bas-fonds – le visage (enfin) à portée de soleil…

 

 

Des plaies – au fond de l’écriture – une blessure béante – que chaque ligne – que chaque pas – creuse davantage…

L’existence comme un atelier à ciel ouvert…

Une parole monstrueuse qu’il faut écouter – accueillir amoureusement – aimer inconditionnellement – pour que le cœur puisse guérir et remonter, peu à peu, vers la poitrine – et battre à nouveau en même temps que s’approfondissent – et s’élargissent – le souffle et la perspective…

 

 

Des lettres comme des notes…

L’extraction de la tristesse et de la puanteur…

La naissance du fil et du danseur…

Des pas légers sur la corde – quelques foulées dans l’air…

L’enjambement des peurs et du désordre…

Le début, peut-être, d’un autre voyage…

 

 

Le feu et la mort – se répétant sans cesse – pour nous ouvrir les yeux sur la puissance – le mouvement – et l’œil qui contemple les transformations – les hauts et les bas – la spirale des corps et des existences – comme des orbes tiraillés par la faim et le sang…

 

 

Nous – contre le mur – traversé(s)…

Le récit d’un voyage – de l’origine vers l’Amour – lui-même en boucle – empruntant divers cercles – chargé de semences – porteur de lacunes et de manquements – aux prises avec les vents – le souffle – la respiration – combiné en modules – en possibilités – explorant une infinité de marges – de recoins – de recours – de confins…

Et le cœur malmené – si peu armé pour affronter le monde et livrer bataille…

 

 

Des lignes – comme des pas dans la nuit – un fil sur lequel on marcherait – au-dessus de tous les abîmes – des yeux – des Autres – trop de douleur – des gorges tranchées – du sang sur la pierre – sur le sol des abattoirs – des sacrifices sans rituel – juste pour apaiser la faim – notre misère – manière, peut-être, de réunir la matière – de la recombiner – de préserver – malgré tant d’horreurs – un peu d’unité…

 

 

La peur – la haine – l’indifférence – trop souvent – les seules valeurs transmises – qu’on lègue avec quelques coffres – quelques terres (parfois)…

En soi – profondément ancrés – le sens du territoire – le goût de la conquête – l’imposture de l’identité…

 

 

Seul(s) – en silence – sans histoire…

L’aile battant dans la nuit…

Le soleil au-dedans – sur la page – peut-être…

La saveur de l’échec sur la langue…

La disparition décidée – presque programmée…

Rebut sans empreinte – sans gravité…

Cette marche lente vers la mort…

 

 

Encore au cœur du cercle – en désordre…

Une douleur dans la voix…

La clarté – au fond – grandissante…

L’oscillation entre la fuite et le fléau…

La matière qui recouvre l’âme – frappée par le sceau du vivant…

L’éternel dans son tégument de poussière…

 

 

Tous les sillons creusés par nos pas – les habitudes en tête…

Le corps traversé par la douleur et la jouissance – telles des vagues disjointes – reliées par l’invisible – la magie de l’océan…

Ce qui donne – bien sûr – un sens à tout voyage…

 

 

Sur le visage – ce sourire – ces balafres – la nudité et l’ironie – cette manière de résister aux douleurs du monde…

Et ce qui nous brûle au-dedans – cette voie intérieure pour échapper aux bûchers – construits au dehors – à notre intention…

Toutes nos forces déployées pour décapiter à la source les assauts de la souffrance…

 

 

La sente qui longe la lumière – mystérieuse encore – à cette heure – et cette étendue sans limite que l’on découvre – en soi – à l’écart – la main dans celle de la solitude – traversé par de grandes joies – la gratitude parfaite que l’on accorde au monde – à la vie – à la mort…

Le royaume – entre le ciel et des monticules de cadavres et d’excréments…

 

 

Une roue – une route – sur la corde tendue de la désobéissance – l’âme effrontée et la main qui, d’un geste, initie le détachement…

Nous – nous avançant au-dessus de l’abîme…

Prêt(s) à nous abandonner discrètement – humblement – à la puissance légendaire du bleu – à l’irrésistible attrait du vide…

 

27 février 2021

Carnet n°258 Notes journalières

Au loin – ce visage qui s’approche – familier…

En soi – le ciel – tous les astres inventés – et coloriés avec fantaisie – tout un monde étrange – avec des pièces – des portes – des corridors – de hauts murs et quelques fenêtres – surdimensionnées – qui ouvrent sur le reste de l’univers – des figures laides – des mains tendues – des cœurs endurcis…

Le mystère de notre foyer – avec au centre – avec autour – la nuit silencieuse et énigmatique…

 

 

Notre vie – sans socle…

Le sable – le sommeil – détournés de leur usage premier…

La mort qui surgit – sur le corps – ses empreintes – et, dessous, la signature (à peine reconnaissable) de l’invisible…

 

 

Nos nuisances – notre posture – entre la torpeur et la frénésie – entre le sommeil et la gesticulation – des mouvements – de l’agitation au-dedans d’une cage étroite…

Des chimères au fond de la tête – devant les yeux – et mille chemins – les bras tendus – prêts à saisir le moindre bout de rêve…

Et quelques miroirs aussi – où se reflète une figure étrangère – qui se tourne vers nous lorsqu’on l’appelle par notre nom…

En apparence – dans nos profondeurs – cette curieuse identité – notre réalité sans doute – notre réalité peut-être…

 

 

La vie – la mort – ce qui arrive – quelques fois…

Des jours et des horizons – plus ou moins tristes…

Des nuits et de la neige – plus ou moins grises…

Les Dieux – trop souvent – sur notre chemin – intrusifs – contre nous – malicieux – toujours prêts à transformer notre voyage – notre sort – notre destination…

 

 

A marcher avec trop d’espoir et d’inquiétude…

La vie – comme un sillon – quelques pas – un peu de bruit dans le prolongement de l’espace silencieux…

 

 

Les Dieux – avant nous…

Ce qui demeure – derrière notre front…

Plus proche(s) de l’argile que de l’air…

Plus proche(s) du monde que du silence…

Comme un intervalle – une béance parfois – entre nous et l’évidence du mystère – l’invisible que ni la main – ni l’esprit – ne peuvent saisir – comme la vie – comme le reste ; d’infimes fragments qui, presque aussitôt, tombent en poussière…

 

 

Entre la source et le sens – une fulgurance…

Entre le sens et la source – un long chemin…

Un parcours qui oscille entre le gris et la mort – entre le désespoir et la folie ; un voyage qui semble interminable mais qui, en vérité, n’exige le moindre pas – comme une distance illusoire que l’esprit doit, néanmoins, franchir…

 

 

Enveloppe(s) dans le souffle des Dieux – mortel(s) eux aussi…

Les forêts – comme l’encre noire – comme les jours qui se succèdent – comme nos mains jointes qui se pressent contre l’aube…

 

 

Nous – entre le sommeil et le silence – entre l’invention et l’illusion – à moitié nu(s) – malgré les apparences…

Présent(s) parfois – la tête en avant – engagée dans tous les combats – les pieds dans la boue – les pieds dans la neige – épaisses et grises – les pieds dans le vent – les pieds dans le sable – sur le sol qui se dérobe – comme une surface composée tantôt d’eau et de terre – tantôt d’air et de feu…

 

 

Notre demeure – entre l’obscurité et la respiration – un peu de joie disséminée – ici et là – sous les pas – sur la page – manière d’inscrire sa vie – la mort – la poésie et la pensée – dans les empreintes si légères des Dieux – sur les chemins d’avant le monde des hommes…

 

 

Le sommeil comme invention – comme nécessité – comme malédiction – qu’importe les origines de la nuit pourvu que le temps et les apparences du monde soient préservés – comme si Dieu et le silence n’étaient qu’un (misérable) rêve de somnambule…

 

 

L’épaisseur du froid à percer – par le feu – la force – le sourire ; cette résistance ou cet acquiescement permanent à la solitude et à la mort…

Légère – notre respiration – un peu de buée sur les vitres du monde – l’intériorité des Autres – indigente – inaccessible – si étroitement protégée…

 

 

Le temps qui – en nous – creuse ses remparts – notre périmètre – toutes nos existences circonscrites…

 

 

Des aventures si prévisibles – comme un voyage tracé d’avance – avec ses escales et ses détours prévus et préparés…

Trop de soleils anticipés qui – fort heureusement – amèneront, avec eux, mille nuits – et, sous les étoiles, son lot de déboires et de déconvenues – histoire de garder l’œil suffisamment ouvert – histoire de ne pas s’endormir complètement…

 

 

Cette part terrestre – comme la peau tendue d’un tambour – que l’on frappe – que l’on martèle – jusqu’à la crampe – jusqu’à la déchirure…

Des siècles de sons et de cris…

Des musiques et des danses pour habiller le rêve – amadouer les Dieux – rendre la vie plus douce – éloigner les malheurs et le mauvais sort…

 

 

Pauvres têtes – sous l’effondrement – déjà…

Au bord de l’abîme – le monde à la suite des heures ; plongées dans le gouffre – précipitées avec leur lot d’épreuves et de tourments…

 

 

En tribu – comme si la misère, en groupe, devenait (individuellement) plus supportable – comme si le poids du monde et des jours pouvait être partagé…

Sur nos yeux – à l’intérieur – ces œillères tragiques…

 

 

Nous – dans l’espace – déployé(s)…

Les heures rassemblées – concentrées en un seul instant – aux marges du temps – au-delà (bien au-delà) des contours du cadran des horloges…

A courir les reliefs – l’esprit et le pas démesurés – sans limite – sans la moindre restriction – de haut en bas – de long en large – de bout en bout – jusqu’aux plus ultimes extrémités…

 

 

La plaie humaine recouverte de feuilles et de silence – presque cicatrisée – à présent – comme une légère boursouflure sur l’âme et la peau…

Le cœur moins triste ; l’encre noire en guise d’initiation – comme une (irrésistible) invitation à sonder les profondeurs de sa blessure – à sortir du maquis et des refuges humains – à découvrir le ciel – l’espace à l’origine de tous les baumes…

 

 

Au bord du rêve – la tête encore plongée dans le crime – aux confins de ce qui nous ressemble…

Un peu de soleil dans l’âme et la main…

Dieu entrant dans notre champ de vision – dans notre champ d’expérience – investissant l’espace libéré dans notre champ de conscience – présent déjà depuis toujours (bien sûr) – invisible (pourtant) depuis notre naissance au monde – et se révélant – peu à peu – dans un coin du miroir – jour après jour – aux côtés de notre visage d’abord ébahi – puis, avec, au bord des lèvres, un sourire de plus en plus confiant et apaisé – et, dans l’œil, cette flamme qui éclaire, d’une manière si particulière, ceux qui se savent (divinement) habités…

 

 

Tant de jours et de ciel – comme un silence – obscur – familier – dont nous ignorons (en général) la bienveillance et la nécessité…

Un peu d’eau sur notre soif avant que ne puissent se préciser la nature du manque et la proximité de la source…

 

 

En nous – parfois – se redresse l’insigne – l’empreinte blanche de l’innocence…

 

 

Ici – présent – sans personne pour nous asservir ou nous désigner…

Celui-ci ou un autre – qu’importe…

Dieu dans la peau – dans la paume – dans l’âme – au plus près d’une parole libérée dont la musicalité souligne le sens que d’aucuns – trop superficiels sans doute – ou trop rompus aux conventions linguistiques – pourraient juger plus que hasardeux…

Le regard – le Divin – bien sûr – toujours en avance sur les hommes…

 

 

Nous – fils de la terre – épouvantable(s) – à bien des égards…

Lointain(s) cousin(s) du soleil et de l’oiseau…

Et enfant(s) du silence et du vent – bien sûr – naturellement…

 

 

Le miroir – enfoncé dans la bouche qui lance des sons – du sens – des paroles – comme des reflets et des éclats…

Ce que l’on écrit – sans l’usage du rêve – des choses inintentionnellement imprononçables par ceux qui ont l’air de savoir – par ceux qui s’estiment détenteurs d’une parcelle de vérité ; les hommes qui se proclament d’un quelconque royaume supérieur…

 

 

Les yeux – au-dedans du jour – la bêtise qui, soudain, se dissipe – comme par magie ; la nuit rayonnante – ombre claire – éclats d’une beauté authentique…

Ici même – sans que rien ne puisse nous résister…

 

 

Trop de bruit – trop de monde – et, aussitôt, la sensation vivante de la détention et de l’étouffement – et la nécessité (impérieuse) d’échapper à l’enfermement et à l’asphyxie…

Les yeux ouverts – l’esprit brûlé par la proximité des Autres et la colère…

Ce qui se déploie dans la rage – comme un irrépressible élan de liberté – peut-être – une manière de résister à l’emprise de l’ordinaire – du commun – de la multitude…

Présent – sans aucune dissipation possible…

Rien en mémoire – et, pourtant, l’incarcération et la folie qui s’éprouvent de façon (presque) paroxystique…

 

 

Rien ne peut s’interposer entre l’abîme et la page ; quelques milliers de lignes – comme un gouffre supplémentaire – la poursuite insensée de la même excavation…

Le vide qui se cherche – bien sûr – et que l’on débarrasse – et découvre – à la force des poignets – plume et petite cuiller à la main…

 

 

Ici – en soi – l’état du monde – à cet instant – rien d’autre que le pouls du vivant – dont nul n’est comptable (bien sûr) – que l’on ne peut qu’hypothétiquement guérir (si tant est qu’il faille guérir quoi que ce soit) – qui ne demande, sans doute, qu’à faire pénétrer son souffle et ses racines au centre de l’œil – au cœur de ce qui perçoit – au cœur de ce qui sait se faire sensible…

 

 

En nous – le cœur – la vie – l’esprit ; et aux alentours – rien qu’une nuit silencieuse – intensément douloureuse et désespérée – l’apparence d’un monde vivant…

En vérité – on ne sait pas ; en vérité – on n’en sait rien ; peut-être imaginons-nous – seulement…

Une double – une triple – une quadruple – illusion – peut-être – dont nous serions à la fois le fruit – la farce – le spectateur et l’origine…

Une chimère totale – en somme…

 

 

De la sueur – de la boue – sur nos pages – ces minuscules carrés de silence – ces infimes parcelles d’innocence – que l’encre vient dénaturer – tacher ou colorer – de mille manières – avec toutes les substances de la terre – la semence et la liquéfaction des vivants – la chambre nuptiale et la chambre mortuaire de l’homme – là où l’on est contraint de vivre – en tous ces lieux où l’on nous somme de passer…

Notre traversée du jour et de la nuit – notre présence – et nos mille visages – tout au long du voyage…

 

 

Des pages comme des fenêtres – des livres comme des anti-monuments ; une seule parole pourrait transmuer le monde – notre existence – nous aider à devenir plus proche(s) de la sagesse que des yeux bandés…

 

 

Un cœur silencieux – un peu de lumière pour échapper à l’emprise des apparences – au règne des illusions – aux diktats du monde et du temps – et, parfois, quelques larmes ravalées pour faire bonne figure…

 

 

Derrière les murs – ce qui se dissout – le désir et l’ennui intérieur – le risque d’effondrement…

Sous la terre – les larmes – sous les larmes – la roche et le vent ; le souffle et la pierre – mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – recombinés…

Et autant de combinaisons passagères que de déguisements successifs…

Le flux des ombres et la danse du feu – les courants et les eaux nomades – au gré des appels – au gré des nécessités de la lumière…

 

 

L’outrance des hommes – la négligence des Dieux – ce qu’offre le monde – et ce que permet le silence…

Quelques rites – des lieux séparés – des manières abruptes – des âmes outragées…

Le manque – la douleur – le vide…

De l’absence et des divagations – puis, un jour, le miracle – sans raison – comme l’actualisation d’une prédisposition naturelle ; la réalisation d’une promesse ; nos retrouvailles avec l’enfance sur une rive affranchie des images et de la cruauté – où le silence peut (enfin) remplacer le rêve – et l’Amour, les miroirs et le clinquant – la seule possibilité pour échapper à l’angoisse – à l’archaïsme – à la sauvagerie…

 

 

Une page – comme un miroir offert au monde – à tous les visages – le reflet du vide – de Dieu – de l’homme – du néant – selon notre degré de conscience – notre manière d’être là – présent à ce qui nous fait face…

 

 

Le jardin – en soi – immense – aux clôtures éventrées – retirées, une à une…

La lumière – dans tous les recoins du jour…

Le monde – l’enfance – le temps immobile…

L’envergure de l’instant pleinement déployé…

 

 

Sur les yeux – les voiles rompus…

Au-dedans – les illusions effacées…

Et tous les monstres blottis contre notre tendresse…

Lucide et amoureux – comme jamais – peut-être – comme au commencement…

 

 

Entre le songe et les Dieux – notre marche – notre existence – nos habitudes – notre bâton à la main…

Sous les yeux aveugles des Autres qui condamnent ou idolâtrent…

Sur tous les chemins imaginaires qui, peut-être, traversent (en partie) le réel…

Qui sait ce qu’est le monde…

Qui sait s’il existe un mystère – et s’il en est un, en quel lieu il se trouve – et de quelle manière le découvrir…

Nous cheminons – seulement ; voilà notre manière d’habiter l’espace…

 

 

Une fenêtre sur l’enfance – tous les mondes possibles – les couleurs de l’âme en exil – le regard de l’homme sur ce qui l’entoure et sur ce qu’il porte…

 

 

Le noir trompeur des forêts – refuge aussi peu inquiétant que la solitude – berceau de l’âme – lieu où se consument les peurs et les douleurs – où s’aiguisent la paix et l’attention – la seule manière de vivre – sans doute – le corps relié aux arbres – aux pierres – aux bêtes – avec le cœur et les mains solidaires et bienveillants – et l’esprit d’autonomie en tête…

Le vide et la tendresse – notre communauté naturelle – en quelque sorte ; l’espace qui nous habite – l’espace que nous habitons ; l’Amour vivant – au cœur de l’assemblée – au fond de l’interstice – dans notre thébaïde…

 

 

Un regard – sans homme – sans langage – où l’Autre – la rencontre – la douleur – deviennent obsolètes…

La vie et la mort comme de simples passages – la condition du recommencement…

 

 

Devant l’Autre – comme face à une montagne – épaisse – massive – infranchissable – sauf à laisser l’eau et le vent œuvrer à leur lent labeur d’érosion…

 

 

Nous – rôdant autour de la gloire – tristement – fébrilement – maladroitement…

La tentation du dôme et des frontières – le sans limite compris de travers – dévoyé – comme une puissance d’extension transposée à la matière et à l’individualité…

L’appropriation au lieu de la main ouverte – la faim jamais apaisée…

Le commerce célébré – consubstantiel (bien sûr) au manque…

Notre manière d’être – et de participer – au monde…

Notre indigence natale au pays de la nécessité ; le royaume du plus tangible – de l’archaïsme – de la grossièreté…

Le ciel – le silence – la verticalité – abaissés – contraints de se positionner au ras du sol – jusque dans les profondeurs souterraines où se fomentent tous les calculs – toutes les stratégies…

 

 

La tentation de la joie – évacuée – abandonnée – au profit de l’échange…

L’amassement plutôt que le dépouillement et la nudité…

La distraction plutôt que la curiosité et le questionnement…

L’animalité humaine – partout – presque sans exception…

Le règne de l’égarement et des trajectoires labyrinthiques ; la vie – le monde – comme dédales – et notre voyage, si souvent, comme voie sans issue (apparente)…

Tant de jours (si peu – en vérité) pour satisfaire toutes nos nécessités – bestiales – élémentaires…

 

 

Quelque chose comme un mur – mille murs – des tours – des frontières – des fossés – construits, avec patience, depuis des milliers d’années…

Un royaume immense – cerclé de vide – jonché de barrières – de clôtures – de barbelés – découpé – partagé – fragmenté – parcellisé – de mille manières – et se rétrécissant – et s’enlaidissant – sous le coup des appropriations et de la propriété…

 

 

Notre territoire – notre voyage – aux accents de fable – entre mythe et mensonge – à peine vécu – à peine exploré…

Entre chant et supplice – avec quelques étoiles au-dessus de nos têtes…

Des Autres – des saisons – du temps qui passe – à remplir – apparemment…

Quelques mots – quelques pas – son lot de coups et de caresses…

Et les générations – et les traditions – qui se perpétuent ; rien de très important – le simple renouvellement du sang – quelques inventions parfois ; l’évolution naturelle – en somme…

 

 

La faim et le déclin – sur fond de désastre…

Des ombres immenses – inévitables – sur nos vies ; ce qui ressemble à une existence humaine – les seules choses tangibles – si souvent…

L’ascension (progressive) de l’échec – de la défaite – de l’abandon – du délaissement…

Ce qui nous quitte – de la plus atroce manière – de douleurs en acquiescements – de la parole – de la prière au silence balbutiant…

Vers une simplicité naturelle et nécessaire…

Le dépérissement du nombre et du sommeil…

La nudité de plus en plus aisée – comme une évidence – la seule façon de se tenir devant les Autres – entre circonstances et regard…

 

 

Davantage île et vent – ciel et encre – silence essentiellement – que saison et instinct – amas – bavardages et distractions futiles…

 

 

Le cœur écrit à l’encre bleue ; la même possibilité que le ciel – exactement…

Bouts de soi – des fleurs et un peu de sommeil encore – sans rivalité avec le silence…

 

 

Le regard émacié – comme un couteau porté en arrière du front – destiné à trancher les saisons – les discours trop longs – les apparences du monde – tout ce à quoi l’esprit aime s’attacher (sans retenue) – avec un désir de trop grande proximité – au lieu de privilégier – et d’affûter – notre intimité avec la profondeur (invisible) des choses et des visages…

Le vent et cette large étendue lisse – tantôt glace – tantôt neige – entre miroir et pente selon les usages – et les possibilités – de ce qui nous fait face…

 

 

Nous – allant et venant – à pas perdus – dans un lieu indéfini – indéfinissable – comme une salle transitoire – ni grande – ni petite – ni vraiment hostile – ni franchement accueillante – dérisoire simplement…

L’œil délirant – l’esprit assoupi – comme porteur(s) d’une fatigue inexplicable…

Une vie – des vies – à la manière d’un rêve – avec nous au milieu – intimidé(s) – presque absent(s) – pas même certain(s) d’être là…

 

 

Quelque chose à atteindre – inscrit déjà au fond du cœur – comme un mirage – un miracle – un voyage (inattendu) vers l’invisible – un impératif imprévisible, en quelque sorte – le seul périple véritable – possible – pour l’homme…

 

 

Sans histoire – sans parole – comme dénué de langage (précis et articulé) – présent là où d’autres se seraient déjà enfuis – présent là où d’autres ne pourront jamais aller…

En nous-même(s) – peut-être – sans la moindre certitude – là où l’oubli s’aiguise – là où la nuit (envoûtante) et les amas se dissipent – là où l’existence et les gestes (notre existence et nos gestes) deviennent – véritablement – évidence – enchantement – pure poésie…

Sur les pierres – dressé(s) – et déjà enseveli(s) dessous…

L’esprit vide – la bouche muette – le monde délaissé ; quelque chose, bien sûr, de l’indicible…

 

 

A l’orée de la lumière – l’œil et l’oreille évidés – proches de l’origine – revenus, en quelque sorte, vers la matrice enfouie – le mystère premier – oublieux de tous les efforts – de tous les voyages – des mille portes qu’il nous a fallu pousser – des mille frontières qu’il nous a fallu franchir – des siècles de périple quasi insensé – rien, en vérité – comme un trou – puis, un abîme – qui se creuse – une béance qui s’élargit – naturellement…

La nuit qui s’effondre et se dissipe – peu à peu…

 

 

Personne dans la danse – dans la mélasse – des bruits et de l’ardeur – seulement – derrière des yeux aveugles – des âmes trop profondément dissimulées – des amas énigmatiques de matière animée…

Rien d’important – rien de nécessairement déchiffrable…

Ce que nous oublions au cours de la traversée…

Le monde – en nous – comme une disparition programmée…

Les clés obsolètes d’un mystère sans intérêt – devenues inutiles…

Aussi vivre – à présent – devrait (amplement) suffire ; le poème comme simple nécessité – un jeu entre l’âme et la lumière – entre la main, les lèvres et le silence…

Une manière d’agir à contre-courant de l’humanité contemporaine – de mettre ses pas sur les voies les plus naturelles ; pages et forêts – sentes et lignes solitaires – feutre et foulées sur la même étendue – avec la même perspective – d’une égale envergure – d’un seul tenant…

 

 

Le point lumineux de l’hiver – la seule saison possible – entre veille interminable et traces de l’invisible…

Davantage du côté des alphabets que des choses amassées – pas de chiffre – ni de preuve…

Du sang et de l’intuition – ce qui tourne au cœur de nous-même(s) – notre propre centre – prêt et propice à tous les recommencements…

Le même silence quels que soient les états et les usages…

 

 

Ce que nous cherchons – dans le vide – au cœur de cette nuit épaisse – infranchissable ; le monde obscur des objets – la trace de nos ancêtres – les premiers signes du langage – ce qui était au commencement de la vie – le chant de l’aube – notre propre voix – le silence antérieur à l’ignorance – antérieur à l’opacité…

 

 

La sensation du rien et la certitude de n’être personne…

La caresse du jour sur l’âme…

Le sens du courage et la poignée de main…

Les yeux face à l’immensité – le cœur parmi les vagues…

Entre la roche et l’océan…

 

 

Endormi(s) – trop souvent – par le temps et la parole des hommes – ce qui se construit à partir de la mémoire – cette raison qui nous sépare du réel et du vrai – cette manière si commune de s’amputer d’une part centrale – d’une part essentielle – de soi…

 

 

Chaque nuit – au bord du même gouffre imaginaire – construit depuis des millénaires de l’intérieur – et qui se creuse à force d’abandon – et qui se remplit à force d’y jeter n’importe quoi – des idées – des croyances – des mensonges – toutes nos corruptions…

Un abîme gorgé de signes et de culpabilité – indéchiffrables – touffue – presque impénétrable – et qui, à mesure que l’on s’y enfonce, déploie au-dedans un obscurcissement de plus en plus épais – majeur – inquiétant – qui, peu à peu, nous asphyxie – qui, peu à peu, écarte le moindre questionnement – qui, peu à peu, anéantit toute forme de curiosité – qui, peu à peu, nous conduit à l’étouffement et à la mort…

 

 

L’œil pacifique malgré le labyrinthe – les précipices – l’hostilité des postures et des regards…

La nuit comme un filtre – une page à réécrire – le palimpseste permanent du monde…

Dieu – dans notre errance – affranchi des usages et des passages – sans autre asile – ici-bas – que notre cœur – solitaire – tous ensemble…

 

 

Sur nos épaules – l’obscurité du monde – toutes les idées sur Dieu – ces amas de choses insensés – l’Amour dissous depuis la première heure – l’être oublié depuis le premier instant – ce avec quoi il nous faut vivre et voyager…

 

 

L’immobilité et l’errance – sur les bords d’un fleuve asséché…

Des églises autant que de ciels inventés…

Du sommeil – dans la tête – dangereusement accumulé…

 

 

Des pages qui ouvrent sur mille ciels – sur mille possibles – sur mille autrement

 

 

L’invisible – partout – dégoulinant même du plus grossier…

La matière servant aux plus vils et aux plus infâmes usages – en attendant le sacre du vide et du silence – l’extinction de tous les bruits – de toutes les choses – l’obsolescence du temps – le plein pourrissement de ce qui fut, un jour, vivant…

 

 

Un peu de ciel descendu – au milieu de notre chant – dans l’âme surtout – pour réconcilier le silence et le sang – le sens et la mort – accéder aux limites inférieures des premiers contreforts de l’ineffable…

 

 

Nous – plongé(s) dans le drame – au milieu de la foule et des miroirs – poussé(s) par le vent – fasciné(s) par la beauté de l’abîme – et ce feu immense – sans limite – qui éclaire toutes nos absences…

 

 

Enfermé(s) dans notre propre labyrinthe que l’on considère, si souvent, comme un lieu ouvert – un espace clair et savoureux – une chance – une place – une providence – dignes des Dieux – de quoi pavoiser sur la roche devant les bêtes – les arbres – les Autres ; le paradis – la panacée – enfantés dans l’antre du plus grand magicien du monde – le fruit sacré et le fruit secret nés de l’alliance entre le premier souvenir et la longue série de rituels que nous avons inventés pour défier – et déjouer – le destin et la mort…

 

27 février 2021

Carnet n°257 Notes journalières

Ce que le monde nous offre – le langage des hommes – des images – jamais la vérité…

Notre nom glorifié de manière insensée – comme tous les rêves – jetés en vrac – dans notre tête…

 

 

Seul(s) – sur la terre nue – nous – sur notre propre corps – parmi les arbres et les figures du rêve…

Quelques yeux pour nous regarder vivre et mourir…

Et nos forces épuisables qui, peu à peu, s’amenuisent…

 

 

Ici – à notre place – provisoirement – entré(s) sans effraction – et, bientôt, porté(s) ailleurs…

Vivre – mourir – revivre – à l’orée de toutes les expériences – de tous les apprentissages – nécessaires – un cœur déjà sur toutes les terres existantes – explorées et à découvrir…

 

 

Jusqu’au fond des tripes – des vagues – des remous – des tourments et des tourbillons – cette danse étrange des choses et des Dieux…

 

 

La lumière – près de la fenêtre – arrachée à quelques soleils inaccessibles – trop lointains…

 

 

A notre naissance – des yeux – le début de l’illusion – ou, plus exactement, la continuité du mirage – un autre versant de la même chimère…

 

 

Le jour et la nuit – le temps ; la parole imprécise – l’absence – la vérité – construites – décalées – corrompues – inexistantes, en somme…

 

 

Nous – sous le regard du monde – le ressac – sous le joug des instincts et des émotions…

Et quelques idées – quelques images – qui guident – maladroitement – nos gestes et nos postures – inappropriés – bien sûr…

 

 

Quelques grilles dans l’œil…

Transparentes – notre détention – notre chair – notre liberté ; illusions – bien sûr…

Lumière arrachée – coups et éclats…

Les étoiles, en nous, (trop) enfoncées…

 

 

Ce qui nous a précédé(s) – ce qui nous succédera – la même chose qu’aujourd’hui…

Une longue lignée à plusieurs têtes – tissée dans la trame…

 

 

Rien que des pentes et des hauteurs – des alliances et des désaccords…

Des danses autour de la même colonne – cet axe invisible – qui, en tous lieux – qui, en toutes choses – fait office de centre – à l’insu de ceux qui tournent…

 

 

Notre règne – notre illusion – notre néant…

L’incroyable (et absconse) chimère que l’on enseigne – que l’on alimente – que l’on sert – que l’on célèbre – partout…

 

 

Des failles agrégées – qui se côtoient…

Le rêve d’un ciel unifié…

Le sens donné à l’effervescence – à ces armées de visages rompus à l’exercice du remplissage – du vide à combler – qu’importe la manière – qu’importe la matière – pourvu que l’on échappe à l’ennui…

 

 

Nos souffles – accolés – derrière les mêmes grilles – presque incestueux – selon toute vraisemblance généalogique ; l’histoire de la matière combinée – nous dressant (à la fois) les uns contre les autres et vers le ciel – avec mille désirs (contradictoires) et mille doléances en tête…

 

 

Le déclin de tout destin – toutes nos gloires – misérables – toutes nos conquêtes – si dérisoires – ces victoires minuscules – le temps d’un éclair – à peine…

Un souffle – quelques souffles – et nous voilà raide mort – déjà…

 

 

L’air et la poussière – brassés et soulevés…

Le sillage du vent à travers le vide…

Quelques vagues empreintes sur les chemins…

Et le soleil – au loin…

Et l’ombre des grilles sur nos visages tristes – surpris – si enfantins…

 

 

Nous – nous écoulant dans le ciel inversé – redressant la tête (en vain) dans les éboulis…

Quelques pierres qui glissent sur la roche…

Tous les Sisyphes de la terre – à l’œuvre…

Les mains caleuses – le souffle court – et le bonheur devant nous – peut-être…

Et ce fol espoir d’un sens et d’une destination, peu à peu, pulvérisé par l’incessant passage des forçats (et le poids de la matière façonnée)…

 

 

La totale atemporalité du voyage – et son impossible achèvement…

La vie – l’infini – le mouvement – le silence ; l’emboîtement des circonstances – la chaîne sans fin des mondes et des événements…

Et en soi – en des lieux identiques et différents – une autre perfection – l’immobilité et la joie sans faille – affranchies de ce qui nous tracasse – de ce qui nous émeut…

La même perspective – peut-être – mais vue du dessus – du centre – de plus loin…

 

 

Maintenant – ailleurs – d’autres visages – d’autres voyages…

La matière jamais sclérosée malgré la grossièreté – la densité – l’inertie apparente…

Les vagues – ce qui pousse – ce qui mène – ce qui emporte – tantôt vers la pierre – vers la roche – dans un grand fracas – tantôt vers la nuit – comme une chute – une longue glissade – tantôt vers le ciel – comme une éclaircie – un envol – un surcroît de jour et de joie…

 

 

L’esprit – sans lieu – sans centre – épars et concentré – au fond des têtes – et entre elles surtout – planant – se faufilant – surplombant – s’enfonçant – partout présent – partout chez lui – même lorsque règnent l’absence et l’ignorance ; déguisement – simple déguisement – lointain éclat de lui-même – comme un reflet de nos abîmes communs – l’obscurité magistrale…

Immobile – là où on l’imaginerait vif – alerte – primesautier…

Fulgurant – comme l’éclair – de la nature même de la lumière – lorsqu’il nous semble tranquille – paisible – assoupi…

 

 

La pierre – l’ombre et la cage…

Le jour – le ciel – l’infini…

Tout paraît – apparaît – tout existe…

Tout adhère – appartient – fait partie – s’entrechoque – se dresse – en un instant – se désagrège et disparaît…

La vie – la nuit – le monde…

Rien – ni personne…

Du vent et de l’esprit dont on ne peut rien dire – qu’aucun mot ne peut définir – qu’aucune main ne peut saisir – qu’aucune pensée ne peut circonscrire…

Nous-même(s) et tout le reste – présents et/ou absents…

Qu’importe ce que nous en disons pourvu que nous soyons – pourvu que nous puissions être – dans notre manière d’être là – exactement – pleinement – ce que nous sommes…

 

 

Un sol sans fin – à perte de vue – et au-delà – une surface – un volume de matière – un continuum – un magma (presque) sans intervalle – avec quelques interstices où poser les yeux – un peu d’esprit ; les balbutiements d’une présence qui, peu à peu, prend conscience de son envergure…

Rien qu’un pas à franchir…

 

 

Une nuit sans retour…

Des bêtes – affamées – enfermées dans une cage…

Et le soleil – pour chacun – à l’intérieur ; Dieu peut-être – derrière l’absence, la sauvagerie et le chaos apparents…

 

 

Le monde – de part et d’autre d’un mur blanc – inventé – illusoire – aussi inconsistant et incongru que notre présence (putative)…

Moins (bien moins) qu’une charade – sans doute – une plaisanterie de (très) mauvais goût…

 

 

Des sons – des corps – superposés – enchevêtrés…

Un amas d’ondes – de vibrations – de matière ; mille secousses – mille strates qui se percutent et s’additionnent…

Des bruits – des gestes – et le langage ; la naissance des alphabets pour que la réflexion née de la distance puisse offrir un sens – mettre au jour les possibilités d’un chemin – d’un itinéraire dans ce fouillis chaotique et inquiétant qui étouffe et engloutit bien davantage qu’il n’aide et ne libère…

 

 

Nous – comme des objets emportés par le grand fleuve…

L’eau – le ciel – les berges – réunis…

L’océan comme destination intérieure…

L’immensité et le singulier…

Ce que nous oublions et arpentons – quel que soit notre état…

Les marges – le centre – les profondeurs – qui se rejoignent…

Nous – solitaires – conflictuels – solidaires…

Indivisibles – absolument – inséparables – malgré la fragmentation – la multitude – la distance – apparentes…

 

 

Arbres et nuages entremêlés – découpés dans la lumière – comme un monde en relief – (légèrement) ombragé…

Dans l’œil – le ciment et la passerelle par laquelle le ciel descend pour pénétrer et envelopper les choses ; et ce qui semblait triste – un peu morose – soudain s’embellit et s’égaye…

 

 

L’existence – le voyage – et nos lignes – ni belles – ni essentielles – personnellement nécessaires (seulement – sans doute) – comme les conditions indispensables à notre rencontre – nous et ce que l’on porte au-dedans – viscéralement – pendant un instant – éternellement…

De petites choses – quelques pensées parfois – un vaste monde – en vérité ; les éclats d’un Amour universel et singulier – des échanges avec ce qui nous est propre et ce qui nous est commun – le va-et-vient à travers le canal de la parole – de la caresse – entre l’entité grandiose – du dessus – surplombante – d’envergure – et ce que l’on apparente à l’individualité – ce qui advient en elles – entre elles – ce qui explose, parfois, dans le silence…

Ni cible – ni intention – ni chemin – pas même la nécessité d’un auditoire…

La joie et l’innocence de ce qui naît dans l’âme – sur la page…

Et chaque jour – cette danse vitale – sans séduction – sans obscénité – sans spectateur – incontournable…

 

 

Le roi – la couronne – le donjon – les remparts – exposés – sans défense – à la merci de la bouche des Autres – de leurs crachats – de leurs paroles – de cette salive que l’on gaspille, si souvent, en insultes – en éloges – en commentaires…

Ce qui s’accumule – ce qui disparaît – ce qui s’oublie – compte pour (presque) rien dans la somme des pages – sur cette balance précaire où sont posés, d’un côté, l’esprit, et de l’autre, l’existence – en équilibre (presque toujours) – et sans le moindre avenir – sans la moindre mémoire…

Un texte – des livres – sans identité – sans auteur – libérés des contraintes et des contours (factices) de la littérature…

Un peu de pluie et de soleil innocemment combinés – une miscellanée d’éclats, de visages et de silence – un peu d’attention à ce qui se présente – en désordre – si souvent ; entre l’essentiel (peut-être) et le superflu ; la simplicité – parfois ; un peu de sagesse – de temps à autre ; quelque chose né d’ailleurs – de plus loin – en nous – de toutes les profondeurs accessibles – de cet espace vivant qui se contracte et se dilate de manière incessante – l’infini qui respire à travers notre souffle – notre âme – notre tête – notre cœur – notre chair ; ce qui traverse l’homme – sans aucun doute…

 

 

Des mots – des lignes – mis bout à bout – comme un soleil, peu à peu, dessiné…

Une trajectoire – comme une flèche lente – très lente – pas à pas…

De l’éclat à l’infini – du sang à la lumière…

Rien d’emblématique – quelque chose du retour – de l’éparpillement qui (progressivement) se réduit – où les pièces finissent par se rassembler…

Des fragments – une longue suite de fragments – comme un seul chemin – pierre après pierre – bâti d’une main fébrile et (souvent) maladroite – authentiquement humbles et honnêtes – comme un cercle qui, de jour en jour, se rapproche du centre – du point – de l’immobilité – au cœur duquel se perpétuent le souffle – le rythme – la multitude et la danse…

 

 

Des paroles – contre la vitre sale – opaque – tachée par toutes les substances terrestres…

Et par-dessus – le soleil – comme un sourire – un peu de joie – la promesse avérée d’une lumière possible au milieu des souillures – de la mort – de l’obscurité…

 

 

Tout de l’éprouvé – de la faiblesse – de l’éblouissement ; le geste et l’horizon – confondus – à présent – identiques – de la nature même du voyage quotidien…

Le silence immense – comme la toile de fond – et les mains occupées à leur tâche – aux mille nécessités élémentaires – à l’esquisse d’un soleil sur toutes les peaux blessées…

Le lot du monde – le lot commun – et notre indispensable besogne…

 

 

Accolés à la dérive d’un monde perdu – tête et ventre brinquebalés par les remous – les vagues qui, une à une, se détachent de leur socle – comme des lettres destinées à tous les analphabètes de la terre – et qui roulent jusque sur la grève – et que l’on jette dans la première corbeille – comme une existence pour rien – presque vaine en apparence – mais qui conservent leur force et s’additionnent entre elles pour former toute la puissance à venir – le souffle du changement, en quelque sorte, à l’ère où pourront se réaliser (naturellement) toutes les transformations indispensables…

 

 

Nous nous éreintons à construire mille socles – mille ancrages – mille ossatures – pour prévenir – retarder ou échapper à – la dérive et (à) l’effondrement – la nature même des choses – toutes les forces opposées – une alternance entre l’édification et la déliquescence – la nécessité impérieuse – souveraine – de l’équilibre…

 

 

De trop étroits repères pour déjouer les confins – élargir l’espace – devenir le périmètre de son propre jeu…

 

 

L’ineptie de la question du sens de la marche – au vu de l’envergure de l’étendue – sans bord – sans centre – partout présente ; qu’importe, en effet, notre origine – l’orientation des pas et la finalité du voyage – nous y sommes déjà et ne pouvons y échapper (d’aucune manière) – qui que nous soyons – quoi que nous fassions – quel que soit le lieu où nous vivons – quel que soit le lieu que nous quittons ou rejoignons…

Au cœur – au seuil – toujours – du jeu – de la tragédie – de l’illusion – de l’hilarité ; comme plongé(s) dans un savant mélange qui, sans cesse, se transforme selon les circonstances et l’état d’esprit…

 

 

Par intermittence – la lumière – l’aveuglement – la peur et le rire ; quelques éclats du monde – le tranchant (affûté) de l’apparente contradiction – la jointure (parfaite) de l’apparente complémentarité…

Le vide – le désert – et la crainte de disparaître (en particulier)…

Et ce qui advient (ce qui finit, un jour, par advenir) ; ce qui acquiesce à toutes les sommes – puis, bien sûr, aux mille soustractions successives – à cet étrange périple vers l’effacement et la disparition ; quelque chose comme une coulée discrète qui emporte tout avec elle – les idées – les images – les désirs – les croyances – les corps et les visages ; tout submergé – absorbé – englouti par la même lave inquiétante – implacable – qui, peu à peu, laisse place à une étrange étendue lisse sur laquelle peuvent (enfin) se déployer le bleu et l’innocence sans intervalle…

 

 

Lové contre la peur – l’aveuglement…

Du sable sur toute l’étendue – avec, au loin, l’horizon – identique et changeant – comme la vie et la vérité – insaisissable…

 

 

L’univers qui se concerte – tantôt pour nous soutenir – tantôt pour nous faire chuter ; dans les deux cas – porteur d’un enseignement (selon ce que nous avons besoin de comprendre)…

 

 

L’âpreté du monde – dans l’intervalle – un manque – des masques – ce qui soulève le cœur – ce qui cloue l’âme à un avenir obscur – à une noirceur sans nuance – sans alternative – sans espérance…

Le tunnel que nous façonnons de nos propres mains ; chaque jour – une pierre supplémentaire…

 

 

Des rails – le chemin tragique de l’homme et du monde – de la matière…

A la source du feu et du silence – de l’univers et de l’inertie – indifférent – acquiesçant – irréprochable…

Ce qui rend (à nos yeux) l’origine absolument exemplaire…

Qu’importe le sommeil et la folie…

Le bleu qui joue avec son propre néant – et toutes les autres couleurs…

L’absence – comme le prolongement (évident) de la conscience…

 

 

Tout à la suite – et le rien comme possibilité ; une parmi mille – dix mille – autres…

Le monde – des parcelles douteuses – suspectes – incorruptiblement fidèles à la terre…

La joie dans la contiguïté du sacrifice (apparent)…

 

 

Des éclats et des blocs qui se prêtent à toutes les combinaisons – à toutes les opérations – auxquelles il faudrait soustraire toutes les interprétations (toujours étroites et parcellaires)…

Le cœur et les pages ouverts et hermétiques – comme une secousse – des remous – un peu de tendresse – supplémentaires…

Ce que réclament, à leur insu, ceux qui en ont besoin – et ce qui pourrait, peut-être, aiguiser chez chacun un surcroît de sensibilité…

 

 

Au pire – de l’air qui tremble – un peu de bruit – un peu de vent – de la douleur – ce qui s’écroule autour de nous – au-dedans – la tête à la dérive – le corps disloqué – la matière et l’invisible sens dessus dessous…

 

 

L’horizon exalté par le livre – repoussé par le pas – balayé d’un revers de main ; de plus en plus sage – en somme…

 

 

Une trajectoire de plus en plus évidente – de plus en plus invisible – de plus en plus incertaine…

Pas le moindre itinéraire – en vérité…

Une suite de pas – de passages – ici et là – d’un lieu à l’autre – sans raison – la force de la nécessité – sans doute…

Quelques foulées – un séjour parfois – très court – vite oublié(es) ; l’esprit vide – libre d’aller là où portent les circonstances – libre d’accueillir et d’effacer, de façon ininterrompue, ce qui advient – pour aimer chaque parcelle de vie – de terre – d’âme et de peau ; dans l’étroite intimité des choses – dans la plus haute proximité terrestre – peut-être…

 

 

Un poids énorme à porter sur sa courbe – une portion d’orbite – la somme des idées sur Dieu – le monde – la vie – les hommes – quelque chose de massif et d’imposant – imaginent peut-être certains ; absolument pas – presque rien – moins que rien – en vérité – plus léger qu’une plume – comme un imperceptible coup de vent – comme toutes nos responsabilités supposées – comme tous nos soucis – totalement inexistants…

Seul le geste qui engage – à l’instant où l’acte se réalise ; avant – rien – absolument rien – tombé dans l’oubli – après – on ne sait pas – on n’en sait rien – on ne veut surtout pas savoir – ce qui n’existera jamais – bien sûr…

 

 

L’eau – l’air – la terre – le feu – à partager – comme éléments constitutifs ; et l’espace qui s’offre à toutes les danses…

 

 

Ce qui nous est arraché – ce qui nous apaise – comme le reste – mélangés – contradictoires – apparents – si souvent – moins tranchés à mesure que l’on approfondit – que l’on s’enfonce dans les strates du réel et de l’esprit – bien en deçà du monde et de la psyché – à mille lieues en dessous…

 

 

La vie – le monde – tous les Autres – à travers nous – agissant…

Implantés là où l’obscurité demeure – où l’atrocité est encore possible ; une étape longue – décisive – si souvent – sur le chemin de l’ignorance…

Allégresse pour les uns – crève-cœur pour les autres – le sempiternel recommencement des forces – des limites transgressées – des choses que l’on s’arrache et qui disparaissent…

La joie et la malédiction d’être ensemble – de ne pouvoir être séparés…

 

 

A perte de vue – de la matière – des couleurs – des apparences…

Le réel – à travers notre vitre – avec cette teinte très (trop) humaine – à la lisière de la folie – au cœur de la raison pourrait-on penser – que nenni – comme des lambeaux de langage – des amas d’images – rien de très sensé…

Notre désœuvrement sur la pierre…

La foule – des paysages – que, parfois, l’on contourne – que, parfois, l’on traverse…

Masse informe – quantité non négligeable – sans contour – sans intervalle – qui nous happe – qui nous porte – qui nous emporte – qui nous avale…

Une triste figure parmi les autres…

Comme un surcroît de nuit et de douleur…

Nous – dans l’atroce nudité de l’homme…

 

 

Le vide qui, peu à peu, se dessine…

L’accueil à la lisière du geste…

Une perspective hors de soupçon…

Comme des lambeaux d’anxiété déterrés – et aussitôt exposés devant soi – puis précipités dans l’abîme…

L’oubli – partout présent – comme un feu immense – incroyable…

La nuit – la douleur – les chagrins – les tourments – peu à peu consumés…

Et le vent – son (fidèle) auxiliaire – qui éparpille les restes de cendre – qui laisse la pierre lisse – nette – comme neuve – de nouveau prête à accueillir nos errances – nos égarements – nos désœuvrements – tous ces jours passés à amasser mille choses – de mille manières – au cœur de ce que le vide a, en nous, amoureusement préparé…

 

 

Des lignes, parfois, féroces – une manière de redresser la courbe – de tordre la rigidité – de jeter aux orties ce qui est obsolète – de redonner souffle au plus désirable – comme une force de vie – un filet d’eau et de lumière dans un éboulis – un torrent de boue – quelque chose de merveilleux sous une apparence monstrueuse…

 

 

Le monde sensible – sans jouissance – sans hostilité – incroyablement digne – à l’écoute de ce qui l’entoure – de ce qui le traverse…

Comme une conscience renaissante – les linéaments, peut-être, d’une véritable humanité…

 

 

Nous – passant du sommeil au dénuement – à la manière d’une blessure qui, peu à peu, se referme – à la manière d’un blessé qui prend conscience qu’il n’est peut-être pas ce qu’il croyait ; aussi imaginaires que réels – que nul ne peut (véritablement) savoir…

Nous – à l’une des extrémités de l’étendue – cherchant à rejoindre, d’une manière plus ou moins habile, l’autre bord – ce segment qui semble nous manquer – la quadrature du cercle peut-être – ce fragment essentiel dont nous nous sentons séparés…

Comme un retour involontaire à la terre promise – sans exaction – sans conquête – sans vengeance – en un paisible (et pacifique) voyage…

 

 

Au gré des désirs du monde – l’obscurcissement – comme un trouble progressif – radical – rédhibitoire ; la fin (programmée) du soleil – l’écrasement de la tendresse – la fragilité piétinée – la sensibilité assassinée – le monde entier plongé dans son propre sang…

Des vagues rouges sur tous les territoires…

L’excès de frontières – notre besoin pathologique d’expansion…

L’hégémonie – la barbarie et le feu – laissant, derrière leur passage, des cendres et des larmes…

Et cette blancheur – et cette clarté – que réclame notre âme – provisoirement effacées – provisoirement oubliées – le temps que s’achève le rêve – ce monde souterrain aux parois si hautes dont le couvercle – le ciel inventé par les hommes – semble si lourd – inamovible – quasi hermétique…

 

 

Sans discernement – dans le flou et la blessure – la bouche ouverte – bave aux lèvres – sous le coup de l’ignorance et de la douleur – comme la proie d’une chasse inique – d’une traque atroce – au cours de laquelle il devient impossible de s’émerveiller – d’asseoir sur son sort un sourire insouciant – de faire naître le plus minuscule désir d’Amour – la moindre caresse…

Rien que des yeux fermés qui se ferment plus encore ; le ciel et l’océan qui se retirent…

 

 

Du bleu – encore – à nos pieds – malgré la nuit que l’on déchire – que l’on s’arrache – comme si l’on voulait éradiquer la lumière – substituer au soleil les restes irréductibles des ténèbres successives – accumulés par la bêtise et les âmes immatures – prêtes à croire à tous les mensonges – à sombrer dans tous les abîmes – pourvu qu’ils portent, en eux, un mince filet d’espérance ; la construction d’un salut illusoire – d’un chemin pavé de croyances et de chimères – le refus (catégorique) du territoire initial – le centre originel – ce point si dense – si immobile – l’antre de tous les mondes…

Et nous – au milieu de cette respiration erratique – douloureuse – au milieu des lueurs et des chants – comme envoûté(s) – étouffant – plongé(s) dans la restriction – à fouler un lieu hors de l’espace et du souffle qui nous appellent…

 

 

Le jour – comme la seule promesse à venir – une parole, trop souvent, prononcée à la hâte – un espoir en suspens – l’obscurité du monde remisée – l’exil définitif de la terre – peut-être…

 

 

Ce que nous enjambons – fastidieusement – cette généalogie trop terrestre – fabuleuse depuis ses origines…

Nos peurs devant une foule d’épouvantails endimanchés…

La transparence des désirs humains…

Notre avachissement et notre angoisse – sur le bûcher ; cette route étrange – tous feux éteints…

A peine une traversée – au cours de laquelle on a le sentiment que le monde – les Autres – la moindre rencontre – nous malmènent – nous blessent – nous attristent – nous écorchent vifs…

 

 

Nos pages – le socle du vent – le plafond du monde – le sous-sol du ciel (peut-être) ; des cris – des prières – des oiseaux ; quelque chose comme un flux continu – une longue série de lignes – comme des vagues successives – reliées invisiblement entre elles – aux origines – aux rivages sur lesquels, un jour, elles déferleront…

 

 

Au bord de la blessure creusée jusqu’à la mort avant de tomber en son centre – l’ordinaire s’écrivant – mêlé au merveilleux – suscitant, peu à peu, un quotidien émerveillé

 

 

Le jeu au plus près de la mort…

Les mensonges et les impostures jetés au loin – devenus inutiles – obsolètes…

Le surgissement d’un tertre au milieu des épreuves grouillantes et des brouillons rassemblés – presque irréels – comme l’érection soudaine d’une montagne au milieu des murs – au milieu du labyrinthe terrestre – une sorte d’échappée au-dedans – au milieu des rêves et des monstres – de tout ce qui envoûte ou effraye ; comme éjecté de notre trajectoire initiale – un saut dans l’espace et le temps – presque un envol…

 

 

De dérive en abstraction – toutes les déclinaisons de l’absence – malgré l’espace – en nous – au-dehors – toujours vide – libre – totalement…

 

 

Le monde – ce fond de boue que l’on brasse – où l’on patauge – une conjonction de circonstances – des divergences – un gisement de rencontres et de passages pour des milliards d’années – jusqu’à la disparition apparente de la matière…

Une époque d’efflorescence et de multiplication qui voit émerger tous les possibles – d’incessantes combinaisons entre le vide et le mouvement…

L’ébauche d’une durée – d’une continuité ; l’esquisse d’une lignée – d’un emboîtement des formes – le jeu permanent de l’invisible et du concret – entre deux périodes d’immobilité où l’on célèbre la quiétude et le silence…

 

 

Tout – entre la fidélité (presque toujours suspecte) et la trahison (presque toujours nécessaire) – entre le rire et les larmes – entre la farce et la gravité…

Et ce sourire détaché du monde – du ciel – de la carte et de la terre (trop) fangeuse…

 

 

Nous – nous affrontant – puis, peu à peu, confronté(s) au vide – contraint(s) de lui faire face – de le laisser nous violenter (ce que nous croyons du moins) puis, de nous abandonner à son règne et à ses lois…

Nous – devenant de plus en plus rien ; tout qualificatif comme un mensonge – un dévoiement – presque une absurdité – à la fois fragment et le contraire de ce que nous sommes – ce que nous pouvons être – ou paraître – pendant quelques instants – presque rien – en somme – une brève apparence – le reflet trompeur d’une vague dans l’immensité que nous représentons – littéralement…

 

 

Comme entré(s) par effraction dans notre existence – au cœur – comme le prolongement de l’énigme mutante – sans cesse évolutive – où la matière est un détour nécessaire – un écart explicite et interminable…

Et – parfois – très proche de la vacuité sans socle – sans ascendance – primale – un étrange état – presque indéfinissable – tel un nouveau-né que l’on enfanterait indéfiniment – la possibilité d’une enfance perpétuelle…

 

27 février 2021

Carnet n°256 Notes journalières

Le jour – comme tombé en enfance – retrouvé – comme un jeu – une pierre – oublié(e) depuis trop longtemps au fond d’une poche…

L’essentiel porté – depuis la première heure – à notre insu…

Et durant tant de siècles – ce vivre – sans lumière – sans joie – sans consistance…

 

 

Nos empreintes – dans la terre souillée de sang…

Ce que la nuit a dérobé à l’espace…

Le silence, peu à peu, remplacé par le monde – puis, dévoré par lui – englouti – effacé – en un instant…

 

 

Notre vie – comme un amas d’heures étrangères…

Un amoncellement d’idées – de chair et d’herbes mortes – ingérées puis expulsées…

Ce que la main prélève – ce que l’esprit et le ventre entassent – ce que la tuyauterie rejette…

Une vie d’accumulation – de surplus et de superflus…

Une vie d’assemblages et de déchets…

 

 

Nous – comme des bêtes parquées – façonnées avec de la glaise – à même la roche…

Et cette neige sur la langue – comme un long manteau de glace – une poussière blanche sur les flammes – une couche de lumière par-dessus la tête et les pages…

Une si singulière manière de rayonner et de se soustraire – à la fois offrande et effacement…

Nous – dans la nuit – à travers le sens (partiel) donné au monde et aux choses…

 

 

Dans la buée – la brume – inventées…

Ce qui passe – ce qui s’achève – sans joie…

Nos rêves – comme un envol dans le bleu promis – si loin – si haut au-dessus de nos têtes…

 

 

A notre table – entre nos tempes – le monde et le vide – la promesse d’un passage et mille possibilités – ce qui se choisit – et le reste à la renverse – s’écoulant sur sa pente…

La beauté – la conscience et la nécessité – à l’œuvre…

 

 

Bleu – comme le jour – comme le ciel et l’envol – le cœur encore sous la lampe et l’avalanche…

La pointe de l’âme – dans la main – sur le visage – comme un diamant offert qui raye les vitres derrière lesquelles nous nous obstinons à vivre…

 

 

Un passage de la tête au monde – long – long et infiniment tortueux – labyrinthique – dans lequel on s’égare – dans lequel on s’éternise…

Plus impasse que dédale – le plus souvent – en vérité…

 

 

Trop de portes qui s’ouvrent sur la nuit – trop de monde alentour…

Trop de bouches et de ventres à remplir – trop de têtes à vider – trop de cœurs embarrassés ; il faudrait un feu immense – un brasier impérissable – pour brûler ce qui, sans cesse, vient nous envahir – ce qui, sans cesse, vient nous encombrer…

Des flammes – du vent – et une pluie réparatrice pour que la terre incendiée nous soit propice…

 

 

Tout nous éloigne d’un monde – d’un sens – cachés – les mains et les yeux fermés – à deviner le réel au lieu d’apprendre à goûter le mystère – au lieu d’apprendre à approcher nos lèvres de la terre – du ciel au sous-sol – l’esprit trop médiocrement incarné depuis notre (première) naissance…

 

 

Nous – nous approchant, avec trop de crainte, du pays sans homme – sans norme – sans géographie – sans généalogie – cet espace dans lequel gravitent tous les cercles – cohabitent tous les mondes réels et inventés – cette aire vivante où se rejoignent l’esprit et la chair – les âmes – les fleurs – les pierres – les arbres et les bêtes – toutes les formes de la création à tous les âges – tous les états et toutes les combinaisons possibles de l’invisible et de la matière…

 

 

Nous – dans la nuit des ombres – sans couleur – dociles – murmurant sur la pierre d’étranges prières – dans la crainte d’un pouvoir surhumain – céleste – comminatoire – écrasant…

Un peu de lumière – entre deux éloignements ; et la distance soudain parcourue en un éclair – comme nos yeux – comme nos mains – retrouvant la poche matricielle – l’antre où fut enfanté le jour…

 

 

Une fleur – un champ de fleurs – dans la tête – comme une terre propice à l’innocence – au labeur singulier de l’incarnation – à la besogne saisonnière de la mort…

 

 

Le monde – comme une pierre posée sur la peau invisible des Dieux ; un passage ouvert – façonné avec application – avec une ferveur intense et (quasi) religieuse – comme un pacte – une étrange alliance entre le silence – l’éternité – ce que les hommes considèrent, sans doute, comme le plus sacré – et nos faiblesses – notre obsolescence si particulière…

 

 

Aux angles du ciel – l’air – les anges, peut-être – sur la trace des Dieux – au-dessus des empreintes humaines – labiles – dérisoires – que les vents et les pas (de plus en plus lourds) des générations successives effacent – ce qui nous est de plus en plus égal à mesure que l’innocence et le besoin de soustraction nous gagnent – se fortifient ; barreau après barreau sur l’échelle de l’humilité – de la désagrégation – de la transparence…

Aux angles de la terre – le même air – le même ciel – notre présence sans les Dieux trompeurs – sans les Dieux inventés – sans les Dieux imaginaires…

 

 

Nous – clairvoyant(s) – dans la fumée du temps brûlé – avec des amas d’images déversées à nos pieds – devenues inutiles – obsolètes – superflues…

Nous – nu(s) (de plus en plus) – sur le gravier des chemins – le vent qui pousse nos pas et nos épaules – vers les prochains lieux – sous les prochains faix – à travers mille rencontres – à travers mille circonstances…

Devant nous – pas la moindre ligne – pas le moindre horizon – un instant après l’autre – quelques virages peut-être – quelques virages sans doute – pas le moins du monde anticipés…

 

 

Rien qu’un peu de vent sur nos terres fragiles ; le souffle d’ailleurs qui nous caresse – qui nous traverse – qui nous purifie – comme une langue étrangère disposée à nous apprivoiser…

Et l’esprit surpris dans son espace – sans surveillance – qui accumule vainement les paroles…

 

 

Sans personne – sans âge – sous la pluie – à interroger, en soi, l’homme – l’inconnu – l’infini – non pour trouver son chemin mais pour faire corps avec chaque instant – chaque chose – chaque visage – le moindre repli – la moindre aspérité…

Nous – nous apprivoisant – nous familiarisant, peu à peu, avec nous-même(s)…

 

 

Caché dans la forêt – parmi les bêtes et les broussailles – à attendre l’aurore – le silence – au-dedans…

 

 

Toute une vie à remuer la terre – à inventer des histoires – à enjoliver les circonstances – pour satisfaire l’impérieux besoin de l’esprit – devenir un homme parmi les Autres – semblable(s) en (presque) tous points…

 

 

Eloigné du monde – des hommes – grilles et geôlier de sa propre cage – à la porte ouverte – aux barreaux disposés si loin les uns des autres que la liberté et la détention semblent étroitement liées…

Repères plutôt que réclusion – possibilités plutôt que parenthèse…

 

 

Du vide et du sable – partout – jusque dans la conscience – et ces vents – si puissants parfois – qui soufflent – qui tournent – qui font danser les êtres et les choses…

Nos pauvres jambes et nos pauvres gestes – secoués – fouettés – sans résistance…

Le sang – la douleur – le jour – la joie – intimement…

Nous – ruisselant de tristesse jusque dans notre triomphe…

 

 

Dieu – présent – qui s’est aventuré jusque dans nos plus lointains déserts – au plus profond de nos gouffres – nous attendant partout – à chaque angle – à chaque recoin – à chaque instant – à toutes les étapes du voyage…

Accompagné(s) tout au long du chemin – de bout en bout – d’une extrémité à l’autre…

Sur cette ligne qui traverse les corps – les têtes – les âmes – tout l’espace – les moindres anfractuosités du royaume commun…

 

 

Pays de la joie et du recevoir – au-delà des confins et des neiges infranchissables – au-delà des couleurs et de la violence – au milieu de nulle part – au milieu de l’immensité…

 

 

Voyageur – parmi les vents – sans itinéraire – sans chemin – au-delà des lieux et des empires artificiels – sans souveraineté – au-delà de ceux qui se prétendent humains…

Pèlerin sans destination – sans naissance – dont les pas ne laissent aucune trace sur le sable – à peine un peu de poussière soulevée…

 

 

Les jours contrariés – les âmes à contrecœur – une musique sans accent de sagesse – les heures – comme toutes nos vies – désemparées…

Dans le tumulte apparent du monde qui s’affiche au-dessus du sommeil – à la frontière de notre chair assoupie – presque morte déjà…

 

 

Calligraphie des jours – calligraphie du monde – nos signes infimes – dans la tête – dans l’âme – sur les pages ; danse des mains ; des gestes sacrés qui dessinent le ciel à proximité – accessible et rieur – relié naturellement au souffle – à la respiration ordinaire – à l’existence la plus quotidienne…

 

 

Parmi les feuilles et les herbes – notre feutre – notre pas – l’âme ouverte sur ce que les hommes apparentent au mystère – à Dieu – au plus énigmatique ; le balancement du ciel – en nous – entre la chair et le temps – oscillant, sans cesse, entre le passage et l’éternel – entre la délicatesse et la pierre – dérisoires et indestructibles – selon l’opacité du masque et la densité des rêves…

 

 

Nous – agenouillé(s) devant nos pieds joints – les poignets ligotés – l’âme en éclats – buvant, à petites gorgées écœurées, le sang des Autres versé dans la jarre posée sur l’autel construit à notre intention – et qu’il nous faudra, un jour, transformer en vasque vide – en soleil sans mensonge – sans apparat – sans trahison ; en nudité irradiante – avec nous sur la braise – debout – sur le sol métamorphosé en silence et en prières ardentes…

 

 

Nous – assiégé(s) par le froid et l’indifférence – tous les assauts – à l’intérieur – ce qui, en apparence, nous éloigne des hommes – ce qui, en vérité, accroît notre humanité…

 

 

Le jour et la nuit – enfants nés de la même matrice…

Habillés de chair – l’œil et la main – prêts à célébrer tous les rites – à servir de suppliciés – exécuteurs et matière sacrifiée sur tous les autels humains que l’on dresse au fond des poitrines assiégées…

 

 

Des mots – la parole et du silence – intimes – infiniment accordés – rapprochant leur visage – s’unissant – faisant oublier leurs différences apparentes – mêlant leurs forces – leur souffle – leurs rouages – devenant seul(e) en l’autre – suffisamment pour négliger le reste du monde…

 

 

De notre poitrine jailliront bientôt le miracle et l’émerveillement – ce qui, d’une certaine manière, nous éloignera des hommes, et d’une autre, nous en rapprochera…

 

 

Entre les barreaux d’un ailleurs – inventé peut-être – Dieu – notre sourire – ce qui se mélange – ce qui efface nos lignes – tous les contours – toutes les frontières…

 

 

La main et le sang – animés par la même force – fragiles dans leurs dissemblances – ce qui s’apparente à l’homme – au cœur – au monde – à l’enfer…

Notre posture – les uns en face des autres – des coups et des étincelles – quelque chose qui s’immobilise – qui s’affaisse – puis, le foudroiement de l’arc-en-ciel – ce qui semblait tenir – ce qui semblait exister – ce qui semblait pouvoir durer – sans raison apparente – comme un chant – une ode provisoire à la magie incarnée – aux combinaisons alchimiques entre l’invisible et la matière ; le réel en songe – la multitude illusoire offerte aux yeux ; le cœur et l’esprit cadenassés – s’enfantant – se libérant – se rejoignant – l’un dans l’autre…

Toutes les rêveries dans la tête des Dieux…

Nos mille gesticulations dans le vide et le silence – tous les visages et toutes les dimensions de ce que l’on ne peut nommer…

 

 

Le regard – comme la vie – furtif…

Sur la braise – à pieds joints – le ventre et la bouche en feu – rayonnants – comme la faim féroce – du soleil dans le sang – et ce qui manque à l’âme pour déchirer le voile…

Homme – peut-être – à jamais…

 

 

Ici ou ailleurs – qu’importe les visages – ce qui défile – la nuit déguisée en jour – la misère qui n’épargne personne – notre manière de vivre…

Tout ce qui nous semble familier nous demeurera, bien sûr – à jamais, étranger…

 

 

Nous – l’âme plongée au cœur des sévices humains – au milieu des visages sans nom – incompris – incompréhensible(s) – dans notre solitude et notre étrangeté – dans notre si singulière façon d’être au monde – impartagée…

 

 

Sur la peau trop noire – et trop rugueuse – du monde – des jours – nos âmes harassées – distordues – égarées – parmi les substances et les instincts – les incessantes gesticulations des vivants…

 

 

Le silence – en nous – que nos mains frôlent comme si elles effleuraient la part la plus étrange du ciel – une figure inconnue dont nous aurions oublié la généalogie…

 

 

Liquide(s) – comme la source – ce que nous croyons solide et consistant – comme ce qui coule en nous – comme ce que nous étions autrefois – comme ce que nous deviendrons bientôt…

 

 

Dos au monde – sur l’étendue – les yeux en face – et l’immensité partout…

Ce qui nous pénètre – ce que l’on charrie – l’Amour et toutes les révolutions…

Nos gestes – comme des lambeaux de vide – des tourbillons d’air dans l’espace – d’infimes et dérisoires secousses – (presque) en continu…

 

 

Les bras contre le corps du monde…

Nos feuilles qui se noircissent sous le labeur tranquille (et quotidien) de la main…

L’âme tout entière occupée à sa tâche – l’esprit présent – attentif à la transformation des états – des décors – des circonstances ; fleurs et beauté – neige et tristesse – colère et sagesse…

L’enfance et les saisons qui coulent dans nos veines à la place du sang – rien au lieu du regard de l’Autre…

Des mots dans la nécessité – sous le soleil…

Et du silence pour occulter – pour couronner – le vacarme des hommes…

Notre nuit à tous – en vérité – vilipendée – exécrée – honorée, puis, bien sûr, effacée – pour accueillir le plus tangible…

 

 

Les bras dans le vent – comme l’âme – libres – sans message – tournant comme des girouettes – les yeux fixés sur l’Amour…

 

 

Nous – à l’ère du vieillissement – dépouillé(s) – de plus en plus – comme les arbres en hiver – la seule saison qui vaille – pour nous – en continu – avec un peu de neige – un brin de magie – sur le chemin – sans la moindre empreinte à la surface – les feuilles qui recouvrent notre vie – notre voyage – notre destin…

 

 

Le dialogue douloureux – entre nous – les attributs d’un jeu sans âme – d’un affrontement sans cœur – rude et artificiel…

Le jour au creux de l’éphémère…

Le passage – les passants – au cœur de l’immuable…

 

 

La douleur, peu à peu, remplacée par la joie…

A la verticale de la tête – cette lumière – comme une poussière d’or jetée en l’air…

La face – l’essence – le silence – comme les joyaux les plus sacrés de l’invisible…

Trois anneaux passés aux doigts…

L’être éternel déguisé en tous les paraîtres provisoires…

 

 

Rien – jamais – séparé du reste…

Fragment de terre redressé – bout de ciel provisoirement planté dans le sol…

Entre-deux un peu perdu – traversé par le souffle…

Terre peuplée de mille Dieux – de mille démons – la cosmogonie commune de la psyché – archers et remparts en tête…

Entité fragile et armée – à la tuyauterie gorgée de sang – au-dedans corrompu par les instincts auxquels se mêlent, si souvent, la peur et la cruauté…

L’ignorance comme un bloc – un feu qui alimente la faim – qui anime la main gantée qui tient le poignard – l’outil des alliances et de la mort – l’instrument que l’on plante ici et là pour marquer sa substance et son territoire…

L’atroce continuité des temps anciens qui, d’ici et d’ailleurs, nous semblent interminables…

 

 

A même la terre – les espèces – les bêtes – à genoux – sur le sol – rampant – priant – labourant – sous le même ciel – replié dans le sang – et se déployant, parfois, lorsque l’âme – le ventre et les mains – parviennent à se dépeupler…

 

 

A peine vivant – le temps qui imprime ses traces sur la peau – la bouche de plus en plus fermée – l’âme qui s’ouvre peu à peu – la tête écartelée entre les habitudes (les sillons creusés par la mémoire) et la possibilité d’une réelle présence…

 

 

Vide – comme si les générations précédentes n’avaient jamais existé – comme si le monde n’était peuplé que de notre visage – et de quelques fantômes…

 

 

Ce que nos vertèbres portent depuis le premier gisement de chair ; notre corps – installé dans l’absence – depuis (presque) toujours…

 

 

A l’écoute des siècles à venir – trop lointains – imaginés – imaginaires – qui n’existeront jamais…

 

 

Des trous – comme des intervalles – des fenêtres – des lieux de repos – des lieux d’enfouissement – des lieux de découverte…

Et au fond – et au-dessus – l’eau et l’infini – la vie libérée – la vie réunie – et tous nos pas – et tous nos visages – qui rejoignent les extrémités – qui repeuplent les berges et les marges – ce que nous avons, depuis trop longtemps, déserté…

 

 

L’âme sous la neige – et le visage recouvert aussi – sur lesquels crissent les pas des Autres – et glissent leur chair – leurs désirs et leur amour – maladroits et insincères…

 

 

Le monde qui, peu à peu, se défait – les os – solides pourtant – sur le point de se briser sous la charge – le poids accumulé et le nombre de passages…

Une vie souterraine – à contre-jour – à contre-cœur…

 

 

Hors de soi – hors du monde – quelque chose de l’enfance et de l’infini…

Le jour – comme notre plus beau visage…

Un peu de chair sur une ossature verticale – avec, au-dedans, un cœur – un peu de souffle…

Et l’immensité qui convoque tous les possibles…

 

 

Au centre et aux extrémités de soi – sur la peau – sous la chair – sur la terre – dans le ciel – au-dessus – en dessous – au cœur même des éléments – l’invisible – le territoire originel de l’Amour…

Ce qu’aucune main ne peut saisir…

Ce qu’aucun ventre ne peut engloutir…

La matière qui s’offre – la matière qui s’expose…

Ce qui, en nous, se redresse – ce qui, en nous, se déploie…

L’infini – l’éternité – le silence…

L’âme sur son socle – tous les cercles réunis et assemblés…

Tous les possibles dans les mains de la tendresse…

 

 

Contre le vent – lové(s) au centre de la spirale – des tourbillons – le désordre vivant…

Le sommeil dans nos bras…

Les rêves et le monde – le réel – regardé(s) comme pour la première fois – accueilli(s) et aimé(s) de la plus simple manière – comme des parts anciennes oubliées – enfin – et fort heureusement – retrouvées…

 

 

Nous et l’âme – sans affres – sans désordre – sans désastre – sur la pierre – avec, sur les joues, quelques larmes séchées et un peu de poussière – l’or du monde – des existences – des chemins – collé partout – sous les semelles – sur la peau – jusqu’au fond du cœur – les yeux enfin aptes au regard – l’esprit – le cœur et les mains – enfin aptes à recevoir…

Nous – pleinement vivant(s) – au bord de la source – sans nom – sans âge – (presque) éternel(le)(s)…

 

 

Derrière chaque pierre – des visages qui se cachent pour pleurer…

Nos âmes dans la poussière – piétinées – pulvérulentes…

La tête démunie – les yeux habillés de vide et de rêves…

Dans le cœur – des bruits – un peu de vacarme – comme un air de fête – un peu de fureur concentrée peut-être…

 

 

Entre la lumière et le temps – les heures tapies – dissimulées – soustraites aux yeux trop avides du monde qui voudrait les fixer sur les aiguilles des horloges – au milieu des jours et des saisons qui défilent sur le calendrier…

 

 

Nous – sous les yeux des Autres – puis leur échappant – nous libérant, peu à peu, du sommeil et du rêve des vivants…

 

 

Assis près des hautes fenêtres qui surplombent le monde et les vents…

Les paupières closes derrière lesquelles dansent tous les songes…

 

 

Un éclat de rire sur le réel – le séant entre l’arbre et le livre – sur le sol recouvert tantôt d’herbes – tantôt de feuilles – notre feutre fidèle à la main – le vide en nous – et au-dehors – à sa place, en somme – l’œil encore rouge du manque de sommeil et des larmes anciennes causées par la tristesse d’être au monde…

Apparemment homme parmi les hommes…

 

 

Trop d’étoiles sur la terre – le monde sur le dos – tous les ascendants à la ceinture – et nous – sur le pont – à danser avec les choses – les êtres et les ancêtres – parmi toutes les peines accumulées – intériorisées – dans la lumière – à nous éreinter sans que jamais ne frémisse le moindre vivant – le moindre mort…

 

 

Un seul geste – un tas de feuilles sous le coude – l’infini qui réclame sa part – qui offre sa voix et son envergure pour que le blanc – un peu de silence – s’invite – et ouvre un passage entre les signes tracés à l’encre noire – vers une étendue où pourraient enfin s’évanouir toutes les peines – un lieu où pourraient enfin s’épanouir toutes les âmes…

Et nous – encore au creux du temps – à genoux – dans le silence – la chair sur cette pente raide où finissent par glisser tous les âges…

Loin – très loin – du dernier sommeil…

 

 

La nuit ouverte – fenêtre derrière le dos – sous l’ombre gigantesque de la terre – entre l’étoile et le crachat – notre destin effiloché – notre âme en fuite – nos empreintes (modestes) sur la page et le silence – à portée de main – offrant, peut-être, à l’Autre un étroit passage…

 

 

Le faux Dieu des hommes – tremblant derrière leurs gestes – apeuré malgré son grand âge et son expérience (supposés) – blotti contre lui-même – au milieu d’un long silence – en plein sommeil – sans doute – ce qui précipite, trop souvent, ses adeptes vers le sol et l’engourdissement…

 

 

Des vagues – des saisons – de la lumière…

La beauté – la mort – notre faiblesse…

Un regard – un peu d’espace – pour respirer et contempler – seul(s) – ensemble…

 

 

Une manière de vivre – au milieu du monde – au sommet – dans nos profondeurs – en surplomb et en deçà de l’enchevêtrement – plus léger et solitaire – malgré l’attraction et la gravité du monde…

Au-dessus des rouages et de la mémoire – ce dont a viscéralement besoin la monstrueuse machinerie inventée par les hommes…

Une façon, à la fois, de s’effacer et de déployer sa présence – de s’éloigner et de s’affranchir de l’ogre – du mastodonte mécanique…

 

 

Dans les mains – le vent plus dense – et plus sauvage – des dernières heures…

La liberté visible déjà avant l’échéance…

 

 

Le vide derrière ce qui a abusé nos sens…

A rejoindre les courants ascensionnels – l’évaporation des eaux vers les hauteurs – comme une manière de pousser la dernière porte – de franchir le dernier seuil…

Le soleil à notre rencontre – et nous l’approchant – puis, peu à peu, le devenant – comprenant (progressivement) que nous n’avons jamais cessé de lui appartenir – d’être l’un de ses (innombrables) composants – et son entièreté aussi – malgré notre ignorance – nos origines apparentes et nos absences si fréquentes…

 

 

La présence effacée – comme un soleil assassiné – une aurore pervertie par la persistance du sommeil – un voile jeté sur la seule fenêtre de la maison…

 

 

Nous – dépossédé(s) – hors du cercle – resserré(s) par l’urgence de l’échéance – les yeux fous – la tête baissée – la liberté transformée en un (pitoyable) masque – en foulard asphyxiant – comme une manière de haleter sans pudeur – de s’essouffler – de s’éreinter à courir derrière le ruissellement naturel des eaux – mille tourbillons d’air – le monde entier s’enfuyant vers l’immensité – irrésistiblement attiré(s) par l’étendue des neiges éternelles – l’une des formes paroxystiques de l’oubli et du pardon offerte à toutes les créatures terrestres…

 

 

A notre rencontre – les lignes et les lèvres ouvertes – offertes – tendues – exposées à ce qui passe – à la merci du premier venu – de tous ceux qui cherchent une vérité (trop) facile – un court instant de (fausse) complicité – quelques dogmes à se mettre sous le coude ou à rabâcher…

Le soleil – entre les dents – mâché et remâché comme s’il s’agissait d’une substance commune – d’un aliment ordinaire à portée de toutes les bouches…

 

 

Le sol – sous les jours – sous les pas – prêt à être foulé par les malheurs (tous les malheurs) et la lumière…

 

 

Riche d’une joie sans condition – sans pareille – déterminante dans notre manière de nous tenir debout – face au monde – face au vent – les mains ouvertes – à notre place – quelle que soit la nature des circonstances – quels que soient l’état d’esprit et l’état du monde…

 

 

Vivant – discret – presque invisible – dont les cris sont presque toujours transformés en taches d’encre sur la feuille – habité par l’Amour (autant qu’on lui en laisse l’occasion) – avec le vent pour seul costume – la tête métamorphosée tantôt en miroir – tantôt en regard – selon l’intention de la figure qui nous fait face – du visage qui se tient devant nos yeux…

La joie inscrite dans les tréfonds de la blessure – inarrachable et nécessaire – souveraine à chaque souffle – à chaque battement de cœur – pleinement vivante…

Et nous – au-dessus du monde et de la plaie – inguérissables…

 

 

Ce que l’on confie au monde – l’espoir d’une guérison – un peu de nos blessures ; quelque chose de la soustraction – une manière de s’abstraire de la tyrannie des masques – le cœur palpitant – et le cri enfanté du fond de la douleur – au cœur de la plaie…

Comme une perspective au-delà du cercle des conventions – en deçà de la nudité…

 

 

Personne – comme au sommet de l’oubli – au faîte du cœur humain – à l’inverse de tous les règnes du monde – de ce qui est habituellement proposé…

 

 

La chair de la terre et l’invisible du ciel – comme combinés – à parts inégales et changeantes – selon les pas et les intentions…

Ce que nous conservons ; la survivance – le désir de perpétuation – l’inclination à la saisie et au salut – le besoin de sauver son âme et sa peau…

Dans le sang – dans la tête – pas le moindre signe de trahison – une fidélité à notre longue généalogie…

 

 

Nos limites – ni la chair – ni le clan – ni la mort ; la nature même de l’envol et du miracle…

 

 

Le jour défait du voile – affranchi de nos prières – de la puissance du désir…

La lumière dans son essence – inscrite déjà dans notre moelle – et s’imprimant jusque dans nos gestes et notre respiration…

 

 

La transformation du corps – du cœur – le prélude du véritable voyage – ce qui fait que tout semble si provisoire – que tout n’aspire qu’à s’éterniser ; de la tête au fait – sans jamais discontinuer – avec l’achèvement – possible – comme un état intermédiaire – un maillon – un simple maillon – dans la chaîne interminable ; davantage un concept – une vérité abstraite qu’un état – qu’un ressenti…

Une chose – une expérience – éprouvée – parmi mille autres – dix mille autres – une infinité…

 

28 janvier 2021

Carnet n°255 Notes journalières

L’espace secouru – comme l’on viendrait en aide à un mourant – une manière de se faire présent et de s’effacer devant celui auquel on octroie (naturellement) la priorité – celui auquel on abandonne sa place sans embarras…

 

 

Nous – jouant – sans haine – sans usurpation – sans personne…

Seul(s) – dans nos épreuves et nos dialogues…

La terre – le ciel – qui s’ouvrent devant notre dénuement – notre obéissance involontaire aux circonstances…

Et, parfois, nos absences de vivant(s) qui rehaussent tous les murs construits par l’esprit ignorant – plus archaïque(s) qu’innocent(s)…

 

 

Des ombres trop lourdes pour nos peaux fragiles – trop larges pour nos âmes exiguës – comme si nous ne pouvions supporter un peu de lumière sur nos blessures…

 

 

Le vide – incroyable – qui, tantôt, nous nourrit – qui, tantôt, nous affame – nous qui nous prenons pour une singularité du réel – un tertre si souvent – une éminence parfois (pour les plus orgueilleux) ; un sillon étroit – une simple ligne, en vérité, dans le grand labour de l’univers – une griffure dérisoire – une légère crevasse dans la terre meuble et docile – pas même un éclat – rien de réellement perceptible lorsque l’on quitte l’échelle du bout de son nez…

 

 

Nous – nu(s) et tremblant(s) – face au vent – face au monde – face à la lumière…

Ce qui survole – si souvent – ce que nous considérons comme le hasard…

Notre trouble au pied de l’Absolu…

Ce qui se déchire avec l’avènement (progressif) du plus précieux…

Le monde sans heurt – les angles polis et rassemblés – toutes nos peurs réunies – comme une ligne verticale – soudain transformée en hache que l’on brandit contre les monstres du temps…

 

 

Le vent – le verbe – l’Amour – ce qui nous rend à l’étreinte…

L’âme au-dessus de l’eau – dans un parfait (et indolore) naufrage…

 

 

Les oscillations du monde et des étoiles…

L’odeur de la terre sur nos mains…

Le jour passé – la nuit venue…

La nuit disparue – le territoire qui s’ouvre enfin…

La fraîcheur des vents qui se mêlent au souffle quotidien…

Les battements réguliers du cœur – tous les signes de notre présence (temporelle)…

 

 

Sous les vieux arbres millénaires – le monde – la chair errante – les âmes qui rôdent – les chemins noirs sur lesquels traînent tous les pas – sur lesquels traînent toutes les vies…

 

 

Sous l’enveloppe – la nuit – le noir – notre territoire – la chair suffoquante – la chair liquéfiée – la chair agonisante – et, bien sûr, l’âme oubliée…

Les instincts – tout ce qui favorise la peur – le souffle ; le cycle de l’homme – incomplet…

 

 

Eternel(s) supplicié(s) de soi – enfoncé(s) dans notre absence – comme un corps – comme un cœur – étrangers – l’esprit ailleurs – empiété – fractionné – prisonnier de ses propres jeux – de ses propres frontières…

Le réel enfermant les mille combinaisons – et encerclé par les mille possibilités qu’elles ont créées…

 

 

Dans le geste – l’ombre nécessaire et la délivrance – les retrouvailles et l’égarement…

Ce qui crie et ce qui respire – comme au premier jour…

 

 

Sous la voûte – cette douleur permanente – ininterrompue…

La vie accablée – la vie accablante…

Nous – comme continuité de la (longue) chaîne…

Et les Autres – comme instruments – comme obstacles – comme pollution – chargés de résoudre nos insuffisances – l’inécessaire – de combler le manque et le désir, en nous, subordonnés au monde …

Le rôle façonné par l’étiquette et la vêture…

L’âme, peu à peu, encombrée et dégoulinante de souillures…

 

 

Notre existence – comme une terre imprévisible…

Un chant sous le soleil – entonné initialement comme un cri de souffrance – une manière d’atténuer la douleur – d’expulser notre blessure de vivant – de panser les plaies et les entailles nées du côtoiement du monde…

Le silence qui ondule et les résonances de l’invisible dans la chair – sur la pierre…

Le granite des cœurs et du sol – l’étreinte et la force féroce (presque magique) des reins…

 

 

Le livre ouvert – et déjà écrit – et déjà lu ; notre destin qui, en un éclair, se consume…

 

 

Nous – immergé(s) – respirant(s) – devenant, peu à peu, ce à quoi l’on nous a réduit(s) – rien qu’un rêve – une image – né(e) dans l’esprit des Autres – de quelques Autres ; un moyen massif – un instrument affûté – condamné(s), en quelque sorte, à satisfaire les besoins – les désirs – les exigences de ceux qui nous entourent…

 

 

Sur la terre – déraciné – comme une pierre retournée depuis trop longtemps – posée sur la neige – brillante sous le soleil – luisante sous la pluie – sombre (presque invisible) dans l’obscurité ; simple reflet du monde et des circonstances…

 

 

Lumières enfantines – ignorées – massacrées – auréolées déjà d’invisible – d’un ciel trop discret pour être perçues par les sens humains…

 

 

Nos sons et nos syllabes – à l’orée de l’Amour – comme un feu qui progresse ligne après ligne – sur une vaste étendue – notre chemin dessiné à même la terre – sous la même voûte depuis le premier mot – depuis le premier pas…

 

 

Du sable – notre vie – la terre – le temps – ce que pourrait devenir le ciel sous nos coups de boutoir – notre manière si grossière (et si arrogante) d’être au monde…

 

 

Muet – à la manière du silence – dans le plein acquiescement…

 

 

La terre et le ciel devenus des parcelles – des territoires presque enfantins que se disputent les bêtes et les hommes ; de simples images – des zones infimes – des périmètres (étroitement) circonscrits – des aires artificiellement inventées qui donnent lieu à d’incroyables querelles – à d’effroyables batailles – sur lesquelles il faudrait poser un immense sourire – un œil bienveillant et fraternel – et que nous continuons de regarder avec mépris – avec colère et réprobation…

 

 

Nous – différent(s) – parfois le(s) même(s) – nous exprimant à la manière des hommes d’autrefois – entre silence et fidélité aux lois naturelles…

 

 

Seul(s) sur l’étendue – déclinant – dans le règne du silence et de la nécessité – dans le déploiement du jeu de l’invisible – l’invitant – de plus en plus insensible(s) à la terreur et à l’oppression des hommes des temps anciens…

 

 

Le ciel nu – en nous – qui se penche – qui regarde par-dessus notre épaule – pour faire signe à l’enfance oubliée – estropiée – assise non loin du soleil couchant – attendant sur son catafalque de granite la fin du sacrifice – la fin de sa longue (et atroce) agonie…

 

 

Nous – sur notre attelage cosmopolite – le vent de face – en pleine suffocation – dans l’attente d’une confrontation violente et durable – d’une chute – d’une capitulation…

Sur le seuil du temps – entre deux abîmes imaginaires – inventés par méprise – par arrogance, peut-être – par indifférence, sans doute, à l’égard de la vérité…

 

 

Le corps souffrant – la tête ailleurs – dans la clarté mensongère d’un chemin laborieusement dessiné – par goût de l’évasion – par incapacité à vivre pleinement ce qui est offert – plongé(s) dans cette affreuse inintimité avec les choses – comme si nous n’appartenions pas (réellement) au monde…

 

 

Sur un dôme d’indifférence – sans proximité – excepté avec les malheurs et la nuit…

L’infini – au-dedans – cherchant à exister au-dehors – au-delà de notre périmètre – au-delà de notre étouffement commun…

 

 

Dans le ciel souterrain de nos pas inappropriés – incertains – bien plus que mortels…

 

 

La nuit glissante au cœur de laquelle nous avons échoué – en toute inquiétude…

Le plongeon – l’immersion – puis la longue série de tourbillons successifs…

L’invisible – dans le désordre – présent à chaque noyade – à chaque remontée – à toutes nos retrouvailles…

 

 

D’autres blessures que celles infligées par la fatalité…

Le cœur bêtement amoureux de la course effrénée…

Le rythme excessif comme une manière (naïve et grossière) de combler notre impératif besoin d’intensité (ce désir permanent de joie et d’exaltation à vivre) que seuls peuvent (réellement) satisfaire l’immobilité joyeuse et acquiesçante – le vide vivant – le silence sensible – cette incomparable manière d’être (pleinement) présent…

 

 

Contre les parois du monde – notre route – cette voie singulière – qui se détache, peu à peu, de la roche – qui s’ancre de plus en plus aisément dans la certitude du ciel – les évidences de l’invisible – en surplomb de tout – au-dessus de toutes nos gesticulations…

 

 

En peu de mots – dire le monde – les murs – les frontières – l’infamie – les possibilités d’une ascension – les envols (trop rares) ; nos ailes et notre cœur – les seuls outils indispensables – à déployer à travers toutes les fenêtres possibles – pour rejoindre l’immensité…

 

 

Le souffle voluptueux – dans le vent et l’aube réunis – les seuls liens – les seuls lieux – possibles – sauvages – sans risque de blessure – de brûlure – de torture – dans la transparence d’une lumière à notre mesure – dans la simplicité naturelle du surgissement…

 

 

Des montagnes de papier – pour indiquer la route vers l’espace – le silence – l’étendue déserte…

Des mots en amas monstrueux pour fendre tous les murs érigés par les hommes – franchir toutes les frontières construites autour des êtres – des choses – des têtes – anéantir tous les territoires d’appropriation…

Quelques traces – un peu d’encre – pour retrouver l’infini – notre nature originelle…

 

 

A bout de force – au seuil de la nudité – de la vérité peut-être – qui, peu à peu, s’éprouve – se vit – se perd – puis disparaît – et revient (parfois) vers ceux qui sont capables d’expérimenter le monde sans rien saisir – sans rien s’approprier…

Notre seul pays – le vide et l’absence de territoire…

A chaque instant – dans la nouveauté et la fraîcheur de ce qui surgit…

Les choses – les têtes – l’univers devant nos yeux – puis, les choses – les têtes – l’univers en soi – avant l’effacement et l’oubli…

 

 

Une parole aussi nue que la peau – aussi légère que l’âme – aussi innocente qu’un nouveau-né – dans l’intervalle de l’oubli où la présence porte en elle toutes nos absences – toutes nos histoires – passées – toutes les possibilités du monde et du ciel…

 

 

Nous – insensible(s) à l’absorption du temps – là où nous sommes – avec ou sans visage – avec ou sans étoile – avec ou sans lumière – dans la joie présente ou disparue – le cœur dans le souffle – porté(s) par chaque geste…

 

 

Terre de la nudité – de la non-alliance – de l’effacement…

Terre de lumière et de vent – qu’importe les intervalles et les saisons…

En retrait – l’imminence – les eaux vives du monde sous les yeux insensibles des hommes – notre indifférence et notre cécité légendaires…

 

 

La vie rudoyée – déformée – comme un songe martelé par les paumes du rêve – comme du granite rongé jusqu’à l’os ; ce qui saigne – ce qui pleure – sans la moindre plainte – sans la moindre certitude – comme une lame plongée dans la nuit – dans la chair – dans le sang ; un peu d’encre – quelques taches sur le blanc de la page…

 

 

Les possibles – la puissance – éperonnés – affaiblis – comme si l’on interdisait l’essentiel – l’incandescence – tous les chemins d’accès à la vérité…

Nous – comme séparé(s) du feu et de la nécessité ; l’Absolu hors d’atteinte…

L’envergure recluse – et notre déploiement ajourné – bien sûr – malheureusement…

 

 

Nous – dans un corps sans largeur – démuni – bâché – à la manière d’une barque arrimée – d’un bout de ciel ligoté – brinquebalé par la permanence des vagues – condamné au ressac à perpétuité…

 

 

Le cœur battant – les cris rabâchés – les confins et l’encerclement – les ombres et la nuit qui nous harcèlent – le souffle dans ses limites vivantes – pardonnables – imputables (en grande partie) à la matière – à la nature première du monde…

Le ciel restreint par la chair – l’étroitesse du périmètre – l’invention des frontières…

 

 

Nous – sans proximité – sans intimité – amputé(s) de toute possibilité de joie et d’intensité – livré(s) à nous-même(s) – à l’exil – abandonné(s), en quelque sorte, à la cruauté de l’éloignement…

Des vies sans couleur – sans latitude – sans potentiel…

La bouche – les hanches – les mains – recouvertes par tous nos excès…

De la chair souffrante – suffocante – disloquée…

 

 

Entre cimes et nasse – notre vie – nos désirs – nos âmes qui s’empoignent – nos excès qui nous enferrent – qui nous emmurent – nos souffles et nos paroles désarticulés – nos cris sur la pierre…

Les étoiles – trop lointaines – qui se tordent – et se distendent – à l’approche des mains – de la lumière…

Nous – avec le monde – dans la poitrine d’un plus grand que nous – encore inconnue – inexplorée – douloureuse…

 

 

Le vent contre le sommeil et la roche blanche…

Des jardins – des arbres – des oiseaux – mille bruissements…

La petite musique du cœur – avec des passions qui se prolongent jusqu’au ravage – jusqu’au carnage – jusqu’à la catastrophe et l’anéantissement…

Et Dieu et sa tendresse pour compenser, peut-être, notre violence – nos maladresses – notre malédiction…

 

 

Notre vie sur l’enclume – des étincelles et l’écrasement progressif – le sang – le souffle, peu à peu, dégoulinants – poussés vers l’extérieur – en cascade – comme une fragilité (naturelle) – ce à quoi ne peuvent échapper les vivants…

 

 

Une vie – une œuvre ; une pente qui, peu à peu, nous fait glisser vers la mort et l’obscurité…

Notre malheur à tous – avec, en filigrane, expressifs – démesurés – le manque et la faim – ce qui anime (presque entièrement) notre âme – notre tête – notre ventre…

 

 

La tête – au-dehors – dans cette solitude méritante – mille fois éprouvée déjà – comme une force enroulée sur elle-même – les conditions du voyage – d’une errance fabuleuse – sans limite et sans fin – la découverte (progressive) de la plus vaste étendue terrestre où peuvent enfin jouer ensemble (et sans risque) l’eau, l’âme, le feu, le monde et les vents…

 

 

Nous – dans notre prison étanche – à double-fond – au cœur de laquelle le noir est le seul substrat – la seule matière – le seul parfum – comme une terre tenace – obstinée – que les Dieux nous ont choisie pour couronner nos faiblesses – nos mérites – toutes nos exigences de tyrans…

 

 

La tempête se donne – nous dévaste – sans précaution – comme la nuit – si noire – si authentiquement – si magistralement – noire – qu’elle en devient magique – presque lumineuse…

Ainsi la tempête nous anéantit – et ce faisant – nous sauve…

Et dans ces vents furieux et dévastateurs – de plus en plus sensible(s) – de plus en plus alerte(s) – de plus en plus vivant(s)…

Le désir tari jusqu’au démantèlement de tous nos arois…

 

 

Nous – comme la souche des arbres – enracinés – fragiles – que l’on ne peut extraire du sol – du monde – sans laisser mille fragments – mille éclats – dans la vie souterraine – dans la vie invisible – dans la vie des Autres…

 

 

Dans notre chute – nous approfondissant à la manière des somnambules – dans leur sommeil…

 

 

Ivre – sans paraître trop précocement futile – pareil aux particules – sensiblement instable – versatile – enclin à tous les excès – aux bouleversements – aux révolutions les plus imprévisibles…

 

 

Nous – à la manière des ogres – des monstres souterrains peut-être – affamés de chair et de sommeil – le cœur si facilement gagné par la nuit – le pays des ombres – rampant dans la bave – le sang – la fange – incapables de nous redresser – de connaître la moindre verticalité – pas même celle qui nous cantonnerait à une érection symbolique…

Le signe de notre appartenance reptilienne – de notre archaïsme ancestral – originel peut-être…

 

 

Viscéralement assassin et silencieux – de ce silence invisible – sans préparatif – sans prérogative – aussi éloigné de l’innocence que le règne passablement fissuré de l’homme…

La loi éternelle à laquelle nos gestes – notre âme – nos pages – nous soumettent…

La parfaite allégeance à ce qui, à la fois, nous surplombe et rehausse notre pâle (et vague) idée du Divin…

 

 

Debout – dans l’éternité – tantôt paumes jointes – tantôt mains ouvertes – sans désir – la plupart du temps – parfois – poing levé – poreux aux circonstances et aux intentions (si souvent) malicieuses des Dieux…

 

 

La figure métaphorique du destin – notre mort et toutes nos traces – les restes volatils de quelques substances passagères – l’infini qui s’invite dans notre effritement – le ciel ouvert – la vie des nuages et des visages provisoires – accueillis – et aimés jusqu’au cœur…

Zébrures – grisaille – rides et déchirures – ce qui creuse – et approfondit – l’extinction de notre soif – des malheurs – la disparition de notre figure – du rêve – l’effacement du moindre signe de notre histoire – de toutes nos illusions…

 

 

Nous – à la surface du monde – à la surface des choses – à la surface des eaux qui nous emportent – qui emportent tout – charrié(s) avec l’herbe – les cimes – les pierres – le chagrin – des monceaux de vie et de temps – l’ensemble des vivants et des morts – vers la seule réponse…

 

 

Le jour qui affleure – avec la vérité…

En nous – l’acquiescement – à l’heure précise – trop tardivement pour ce qui, au fond de l’âme, aspire encore (aspire toujours) à croître – cette forme incorrigible d’immaturité que nous traînons comme un souffle – un allant – une malédiction – un obstacle – quelque chose de très enfantin – d’indécrottablement séparé – comme une aile et un rempart – incompatibles – voués à nous précipiter à l’envi vers la chute – vers l’éloignement…

Et Dieu – de l’autre côté – qui nous attire et nous offre sa longue expérience des extrêmes et du silence – qui accueille, sur ses marges habitées, tous les soleils – toutes les joies – la longue file des figures impétrantes – tous les visages de l’innocence…

Et notre écriture – très imparfaite – qui tente maladroitement d’en témoigner…

 

 

Nous – dans l’infime intervalle de la fracture – rien au-dessus – rien en dessous – le vide devant – le vide derrière – nous au milieu de nous-même(s) – le vent en sa propre compagnie – l’espace et le silence déployés dans leurs moindres recoins – dans leurs moindres replis – ce que nous sommes – et ce qui nous insuffle ce goût incroyable – ce goût irrépressible – pour la vérité – et tous les élans nécessaires pour s’en approcher…

 

 

Les ronces et la rosée – dans notre âme et notre sang – cette disposition à la fraîcheur et à l’écorchure…

Une réalité à peine naissante – et aussitôt éraflée…

Quelque chose du rêve et des yeux grands ouverts…

 

 

Le monde pétrifié par la mémoire – le monde courant – virevoltant – pleinement vivant – dans l’absence de temps…

Une course à l’envers – jusqu’à notre ascendance originelle…

En nous – avec nous – notre expérience de l’abîme et des cimes réunis…

 

 

Cette atroce manière d’occuper les lieux…

L’hégémonisme spécifique – tribal – individuel…

L’orgueil et la tête boursouflés…

Le ventre et la faim – centraux – omniprésents – le prétexte majeur au mouvement – puis, une fois repu(s) – le jeu et la distraction – pour échapper à l’ennui – à cette peur et à cette incompréhension du vide ; l’éloignement furieux – et impératif – de notre insoupçonnable réalité…

 

 

Nous – abîmé(s) dans la rupture et la juxtaposition des vies – des cœurs – des visages – la conjugaison inutile de tous les sens – de tous les signes…

Des existences comme des cascades d’accidents jugés inappropriés – pour nous convaincre de traverser ce que l’on apparente (habituellement) à l’absurdité du monde – pour nous convaincre de transformer nos alliances – nos pactes les plus grossiers – avec les forces terrestres dominantes – pour nous convaincre d’approcher le retournement fondamental nécessaire au déploiement du regard – à la (re)découverte de l’envergure de notre présence – à la célébration incessante du geste et de la parole poétiques – afin de renouer avec notre vrai visage et de réenchanter ce que nous avons – depuis trop longtemps (presque depuis le premier jour) – condamné – altéré – corrompu…

 

 

Tout – dans notre perte – nous sera offert – nous sera redonné…

A travers la force et la violence inversées…

Les Autres – tous les Autres – nos chères retrouvailles…

L’espérance (et bien davantage – assurément) d’une terre plus habitable – d’un monde réellement humain…

 

 

Nous – retrouvant la route – retrouvant la voie – le passage vers les profondeurs – l’étendue – la magie que nous avions recouverte de gestes distraits – trop mécaniques ; l’inespéré affranchi du temps – des éclipses – de l’abîme – de l’absence…

 

 

La respiration du jour dans le corps – le cœur ; le souffle qui installe le rythme et la précision des gestes et des pas…

L’indigence – fécondée par le miracle – qui, peu à peu, se transforme – se rapproche de sa matrice…

 

 

Du sol – des trappes – le fonctionnement du vide…

De la chair en travers qu’il faut user jusqu’à la transparence…

Des os et des chaînes à ronger…

Le déferlement du monde sur la roche – le ressac – et le vent qui gronde au cœur des misérables corridors que nous avons investis en pensant (à tort) y dénicher un refuge…

Des vies et des genoux abîmés sur la pierre – soumis aux choses et aux forces de l’invisible…

Nous – personne – au milieu de nulle part – en somme…

 

 

L’espace – au-dedans – à nos côtés – comme un ciel plus tangible – plus vivant – plus fécond – accessible depuis la terre – la bêtise – l’enfermement…

 

 

L’Autre – en nous – ensommeillé ou les yeux ouverts – rencontré ou ignoré – aimé ou haï – au même titre qu’un fragment d’âme oublié – et qui, une fois retrouvé et assemblé au reste, reconstitue l’ensemble – la totalité du réel – ce visage étrange et familier – inentamé – impartageable – malgré la multitude – les excès et les débordements (de toutes sortes) – toutes nos vaines tentatives d’appropriation et d’anéantissement…

 

 

Ce qui s’engouffre – en nous – pour nous dénouer – défaire ce nœud qui obstrue le passage entre la tête et le ventre – entre le ventre et le monde – ce grand charivari – ce grand cirque tragique et clownesque – le déferlement ininterrompu des vagues – de la faim – de la conquête et du repli – nos supplications et nos incartades – et cette longue – ou brusque – agonie – à genoux – allongé(s) – sur le sol…

 

 

Le monde – l’espace – la présence – invisibles – et qui se manifestent, avec force, sous nos yeux – de la manière la plus tangible – tant leur règne gouverne le plus grossier – les apparences – la part du réel perceptible par les sens humains…

Le ciel soudain descendu sur la pierre – comme une ouverture dans notre enfermement…

 

 

L’étreinte du monde – toujours inachevée – et celle des Dieux – plus rare – sans doute…

L’apparence de l’Amour dont on s’éprend – qui attise notre désir – notre feu – comme un piège horizontal aux allures de long couloir – deux murs interminables – infranchissables – opaques et borgnes – au bout desquels se dissimule une trappe souterraine dont l’ouverture nous précipite dans nos propres abîmes – une terre silencieuse et dépeuplée – inhabitée depuis trop longtemps – adossée à une immense paroi verticale qu’il nous faut escalader à mains nues – seule issue pour rejoindre nos perpendicularités – l’espace qui nous semble au-dedans et celui qui nous semble au-dehors ; la seule manière d’être (pleinement) présent – le seul lieu où les masques – les murs – les trappes et les pièges – nous révèlent leur vrai visage – notre véritable nature – l’Amour intact qui, depuis le premier jour – qui, depuis le premier pas – nous appelle tantôt joyeusement – tantôt désespérément – jamais dupe (pourtant) des jeux dans lesquels il ne cesse de nous jeter – et qui, à nos yeux (trop humains sans doute) prennent encore, trop souvent, des allures d’épreuve (insurmontable)…

 

 

Dans le martèlement de l’habitude – la défaillance – ce qui ressasse – comme une éclipse…

L’esprit et la confusion tressés ensemble…

La nomenclature du quotidien – trop souvent…

 

 

En nous – des assauts persévérants – l’innommable à travers la catastrophe – une suite d’infimes malaises – comme la fortification du détachement – quelque chose d’insoutenable…

Et la persistance de la même chance tout au long de cette courte existence – au cours de laquelle on attend un renversement – le retournement du combat – du conflit – de l’ignorance – leur bouleversante conversion en lumière et en sensibilité…

Une manière paroxystique de vivre la tendresse – quels que soient les défis et l’adversité…

L’extinction de toutes les formes de condamnation – une respiration qui surplombe tous les résidus – toutes les résistances – labyrinthiques…

 

 

Nu – propice (à la fois) au sang et à l’égarement – sans repère – sans allié – sur la voie instinctive où le geste rompt avec toute forme de superflu…

L’engagement et le nécessaire – sans filet – sans neutralité possible – comme une absence de distance avec la mort…

 

 

Ce qui s’efforce à la noirceur – sous la lumière dégoulinante ; des vagues – le déferlement – comme des pierres et des bâtons jetés au visage…

La préhistoire de l’enfance de l’homme – dont nous ne sommes pas encore sortis (bien sûr)…

La convoitise – l’écuelle et le territoire…

La vie mélancolique – froide et mortelle…

L’esprit puéril et divisé – porteur de ses propres écueils…

 

 

Ce que l’on rencontre – ce qui nous actualise – ce qui nous délimite et nous déploie – ce qui, parfois, nous multiplie – et ce qui, d’autres fois – le plus souvent, nous transforme (très) modestement – comme si nous étions une page blanche – la possibilité d’une écriture – une œuvre à construire…

 

 

La solitude corrompue par l’échange et la multitude – et qui la renforcent aussi (bien sûr) – de plus en plus à mesure que l’âme s’éloigne de l’immaturité commune…

 

 

Quelques tourments – dans la chambre close – qui grandissent et s’aggravent – à mesure que les murs s’épaississent – deviennent hermétiques – à mesure que l’âme y voit un refuge de plus en plus solide ; l’abri le plus apparent – le plus instinctif – le plus archaïque – qui finit par nous enfermer – par nous étouffer – le lieu où l’on meurt asphyxié (en général) – et celui que l’on quitte parfois (trop rarement) lorsque arrive (à point nommé) la saison hivernale…

 

 

Après le tumulte et l’attente – l’oubli – le dernier maillon de la chaîne – celui après lequel se révèle la liberté – les pas affranchis dans l’immensité offerte – un escalier sans rampe – un ciel sans astre – le silence sans la moindre ruse – sans le moindre mensonge…

Le parfait reflet de ce que nous sommes – le versant qui nous manquait pour nous rejoindre – pour (enfin) nous retrouver…

 

 

La migration des mots et de l’âme – la seconde à la traîne – parfois très loin derrière les premiers – comme une distance indispensable à l’assimilation des expériences et des découvertes – à l’intégration de ce qui nous semblait si étranger – le temps de l’accueil et de l’incorporation – le temps des transformations – nécessaire à l’effacement des rugosités individuelles et au déploiement (simultané), en nous, de l’espace infini…

Nous – nous construisant peu à peu ; nous – édifiés ; puis nous – nous dissolvant progressivement pour retrouver l’étendue dont nous nous sentions séparés…

 

 

L’itinéraire de l’édification – puis, du délabrement – comme une allégeance progressive – une soumission involontaire – à la défaite – aux mille défaites successives – nécessaires pour que l’ombre et la souffrance prennent sens – comme un soleil érigé (mais incomplet) qui accepterait, de proche en proche, d’être dépecé – et que les vents finiraient par démembrer – par démanteler – entièrement…

La chute – l’effacement irrémédiable, puis, la disparition…

Quelques restes – infimes – dérisoires – dans la poussière – sur lesquels pourrait s’édifier une nouvelle hauteur que l’on arpenterait – sans le moindre risque – sans la moindre hésitation – sans la moindre pesanteur ; quelque chose qui n’appartiendrait ni à la pensée – ni à l’imaginaire – un socle et une ossature invisibles – à la texture lisse – douce comme du velours – une ligne dans la main de Dieu peut-être – qui nous mènerait vers l’espace – l’infini – l’Amour et le silence – la lumière et la tendresse…

Notre territoire – au-dessus des danses et des guerres – au-dessus de l’indigence et de l’infamie…

La source surplombant nos âmes et nos terres arides…

 

 

Le jour au coin des lèvres – l’Amour sous la peau – au fond du cœur…

La cruauté défaite – comme tous les instincts…

Les ruptures – les déchirures – la douleur – abrogées – comme interdites…

Le feu excessif – les dérives et les débordements – comme simples instruments de rééquilibrage – les outils les plus élémentaires de la nécessité…

Notre manière de renouer (joyeusement) avec le monde – non pour agrémenter notre solitude – mais pour l’offrir aux Autres – abandonner notre (modeste) présence à la respiration de l’univers…

Une traversée – un chant – une offrande – sans jamais entamer l’humilité requise – sans jamais décider de la puissance et du rayonnement…

Un jeu – un pacte ; Dieu présent au cœur de tous les cercles – à travers la multitude – composants et serviteurs du règne céleste…

 

28 janvier 2021

Carnet n°254 Notes journalières

La nuit inventée – descendue parmi nous – redressée dans l’âme – omnipotente – comme notre désir trop velléitaire de lumière…

 

 

Le noir du monde et toutes les éclipses de temps – ce qui contribue à notre éveil – à notre vieillissement…

 

 

En nous – la fleur qui se fane – la chaise vide – le règne de l’absence…

Notre regard sur les tombes et les vivants…

Ce qui dort et ce qui frémit encore modestement…

 

 

La sueur lentement évaporée – tous nos efforts – l’angle du monde au fond duquel nous nous cachons…

 

 

Les aliments ordinaires et notre bouche triviale…

Ce que le verbe révèle et souligne – ce qu’il magnifie en s’appuyant sur le silence – la souveraineté du vide…

La nuit décrite – dépeinte – et la mort apprivoisée…

Nos yeux dans le soleil – transfigurés…

 

 

Ecartelé(s) – toujours – entre ce que nous imaginons et ce que nous expérimentons…

 

 

Le jour – dans son espace – en nous – recroquevillé – comme si notre peur l’avait imprégné – contaminé…

Nous – devenant la lampe – ce qui pourrait accompagner l’existence et le geste des hommes…

La perspective terrestre – trois fois rien dans l’esprit – sur la table – sur la page – dans la vie et les mains des Autres – le sable (noir) des années…

Et un peu de soleil – peut-être…

Une manière d’être là – avec – parmi – auprès d’eux…

Comme un horizon – une fenêtre – un coin de ciel bleu…

L’offrande la plus humble et l’inévitable folie de l’homme – avant de disparaître…

 

 

Un peu de réserve dans les poches – histoire de tenir quelque temps loin des hommes…

De l’eau – des livres – des victuailles…

Une étendue verte et horizontale peuplée d’arbres et de pierres – peuplée de solitude et de silence – les nôtres – si nécessaires – si essentiels – si savoureux…

 

 

Dieu nous parle – à travers les arbres – leur silence – notre étonnement ; tout est prétexte à être présent – à écouter – à se laisser guider par les lois de l’invisible – primordiales – indispensables (si indispensables) à la vie organique et collective – aux mille relations que nous entretenons – malgré nous…

 

 

Tout joue – vibre – se perpétue – malgré le sommeil et notre air taciturne…

 

 

A contre-sens du monde – parmi les pierres qui roulent – un miroir à la place du visage pour révéler l’Autre – celui que nous croisons parfois…

Un peu de lumière dans l’encadrure…

Ce à quoi nous œuvrons lorsque la plupart se contentent de croiser les doigts ou de lancer en l’air une prière – sans vraiment y croire…

 

 

Rien que des frontières – entre nous – et ce besoin d’envergure et de liberté – sur la piste commune – le territoire ni des uns – ni des autres – celui qui invite à poser ses armes et ses bagages – à ôter ses parures et ses bracelets – à ouvrir les yeux et ses ailes – à courir dans l’air frais – à transformer la détention qui jamais ne dit son nom en possibilité d’envol – en tentatives vers le ciel le plus bas – le plus reculé – à chercher le souffle dans sa poitrine – à vivre dans l’évidence la plus nécessaire – la plus vitale…

 

 

La page qui s’écrit – comme une avalanche de silence et d’encre noire ; vent qui cingle – cœur battant – dans la pulsation – et la proximité – de la source…

 

 

Souvent – presque toujours – dans la blessure – le passage – ce qui nous révèle – nos limites – à accepter ou à franchir – selon ses capacités et ses inclinaisons…

 

 

Se tenir debout – jusqu’à l’effritement…

La douleur – en nous – en lettres capitales ; l’enseigne terrestre la plus commune – peut-être…

Cloué(s) sur la pierre – les pieds dans la glaise – avec ce sang sur les mains – le cœur frémissant – et les portes qui, une à une, se referment – et les visages qui, un à un, se détournent…

Seul(s) – comme une fenêtre abandonnée au fond d’un immense jardin sauvage – sans mur – sans appui – contraint(s) d’apprivoiser la solitude – d’affronter la souffrance et la mort…

 

 

Tout mêlé au feu et à la poésie…

Pas un seul jour à venir – ce qu’émietteront nos mains et ce à quoi s’accrochera l’esprit – en vain…

 

 

Le monde bouillonnant – la terre comme un piège – les Autres comme un horizon inventé – dessiné – mouvant – incroyablement – et notre royaume – à l’intérieur – déserté…

 

 

Absent – comme les hommes à notre porte ; personne – ni devant – ni derrière…

Un cri qui persiste et un regard fuyant – apeuré – sur les eaux qui coulent…

Nous – nous estompant – peu à peu…

 

 

Comme une pierre face à son seul horizon – tributaire du ciel – des reliefs et des caprices de la terre…

Inquiet au milieu des vents…

Soucieux – seulement – des âges géologiques…

 

 

Nous – là-bas – dans l’esprit des Autres – aussi inexistant(s) qu’ici…

De la chair – à peine – pour quelques têtes – comme une vague idée ; quelque chose que jamais la main n’atteindra – bien sûr…

 

 

Ce qui s’estompe dans la persistance du trajet – l’esprit pris dans les filets du monde – lointain reflet du vide premier…

A la fois royaume et marigot – invention…

Du réel – trop souvent – revisité par l’imaginaire…

 

 

Une manière un peu inquiète d’être là – au milieu de l’ignorance – parfois éclairée – et des mille choses que nous continuons de méconnaître – de négliger…

 

 

Nous existons comme la vie nous regarde – comme la vie nous traverse – sans rien reconnaître – sans rien décider – en se laissant happer par la coïncidence des circonstances – la concordance des destins – cet appel d’air qui nous saisit et nous pousse vers l’inconnu ; de nouvelles terres – de nouveaux visages – de nouvelles aventures – diraient certains…

 

 

Là-bas – plus loin – dans nos profondeurs – déjà quelque chose de nous – ce à quoi nous ne pouvons échapper – ce dont nous ne pouvons nous défaire ; en un mot – l’essentiel – ce qui nous constitue le plus viscéralement ; l’Absolu incarné…

Et ici – à la surface – l’apparence du monde – l’esquisse du ciel tracée par les doigts, sans doute un peu trop distraits, des Dieux…

La perfectible imperfection de l’homme…

Cette incomplétude – cette asymétrie – communes et partagées…

 

 

Rien qu’une fêlure et cette nuit qu’il (nous) faudra passer à gué…

Et le poids de notre joue contre la vitre pour s’opposer au monde – de l’autre côté – à toutes ces puissances folles – envoûtantes – dévastatrices…

 

 

Nous – un lieu-refuge pour tous les tourments de la terre – avec le sommeil collé sur nos yeux apparemment ouverts ; des chiffres – des calculs – des images – des supputations – pour faire face au monde – à l’existence – aux innombrables périls qui jalonnent le voyage ; des rêves trop sucrés inventés par la langue et l’imaginaire…

Nos attentes – trop nombreuses – permanentes – et toutes les histoires que nous ne cessons de nous raconter pour supporter les Autres et notre épuisement (inévitable)…

 

 

Dormir – comme des machines – sans fatigue – sans trêve – sans regret ; aller – s’abandonner – se laisser glisser dans la tuyauterie construite pour circonscrire notre circuit – nos débordements – notre seul voyage…

Une boucle sans attente – sans détour – sans surprise – ce qui nous mènera – inéluctablement – vers le même sable – la même rive – cette vie évaporée…

Toutes les existences prisonnières du cycle sans fin…

 

 

Anonyme – plus encore – invisible ; celui qui passe – celui qui s’aventure – sans ami – sans appui – sans filet – le visage et la reconnaissance déjà arrachés – curieux – insatiable – violent parfois – engagé dans un indéchiffrable voyage – si simple pourtant – dans la direction opposée au sommeil – toujours (presque toujours)…

 

 

Vagabond d’un jour déjà mille fois vécu…

Une existence – comme un chant profond et silencieux – né d’une poitrine laissée trop longtemps sans respiration…

A présent – rien qu’un silence sans réplique…

 

 

Le ciel sans état d’âme – vierge et accessible – derrière le moindre visage…

 

 

Dans l’entrebâillement des lèvres – d’une porte – l’attente – la curiosité – la surprise possible – ou le dos qui se tourne – le visage et la main qui s’éloignent – l’âme déjà ailleurs…

La mort – partout ; la terre sans le moindre vivant…

 

 

Sur ces îles lointaines – éparpillées – le parfum si fugace de l’enfance – ce que l’esprit a trop artificiellement reconstitué – l’image d’une vie absurde – cruelle – commune – sans la moindre poésie…

 

 

Derrière nos lignes – peut-être – le premier alphabet du monde – la première lueur du verbe – comme un souffle sur ce qui passe – puis un long panache de fumée blanche née du feu le plus ancien…

 

 

Chants vagabonds – sans reconnaissance – offerts à tous les arrachements – à toutes les incompréhensions – au règne, toujours trop lointain, des solitudes…

 

 

Nos têtes aux fenêtres du monde – devant et derrière la vitre – actives – contemplatives – comme l’œil et le sang…

Notre mémoire et toutes nos histoires – dans le reflet de tous les miroirs…

Cheminant – seul(s) – ensemble – malgré nous – comme si nous pouvions décider du chemin du retour vers l’enfance…

 

 

Les bras chargés de monde et d’objets – le cœur crevassé par l’absence – l’âme ouverte – et l’esprit capable de décrypter les premiers signes hiéroglyphiques du cosmos…

Ainsi débutent toutes les aventures…

Ainsi se poursuit ce qui se cherche…

Ainsi accède-t-on, parfois, au franchissement des portes et des seuils – ultimes…

Ainsi tout voyage progresse-t-il vers le centre…

 

 

Le silence – des cris – des onomatopées – des paroles – puis, à nouveau, le silence – au terme et au commencement de ce cycle récurrent – perpétuel…

Et nous autres – itinérants – passant d’une étape à l’autre – et le chemin – se réalisant – au fil des jours – à chaque instant…

 

 

Dans les yeux – sur nos pages – le feu – le vent – le désert – qui, peu à peu, se déploient…

Et l’envergure, bien sûr, qui se retrouve…

 

 

Notre manière si archaïque – si désespérante – d’être au monde…

Tous les instincts – dans l’âme et le sang – jusqu’au bout des doigts…

Des danses macabres et des soubresauts – rythmés par la ronde diabolique des Autres et du temps…

Et ce qu’il nous faudra d’accroupissements pour, un jour – peut-être, entrevoir le ciel…

 

 

Au cœur de la danse – désinvolte – comme un ours prisonnier – chaîne au cou – pieds sur la braise – (presque) insensible, pourtant, au maître et à la douleur – simple passant auprès des hommes – plus loin déjà – plus haut sûrement – parmi ceux que le ciel fréquente ; pierres – arbres – bêtes et fleurs – l’âme suffisamment innocente pour endurer la violence du monde et la cruauté instinctive des hommes…

 

 

Notre tombe – au bas de l’escalier du temps – des images sans la moindre réalité ; et il en est ainsi de la terre – du monde – du ciel – de l’Autre – clichés sans âme – clichés sans chair – formes esquissées sur le sable par l’imaginaire – fruits d’un esprit absent – inopérant – encore insensible à ce qui est – à ce qui l’entoure – au vide et à la matière – au seul existant possible…

 

 

Tête gorgée de jeux solitaires – en vase clos – comme une jarre munie d’un couvercle – ouverte – seulement – sur l’imaginaire et l’invention ; un peu de matière portée sur l’abstraction – en somme…

 

 

Nous – dans la même perspective que les Dieux – ignorants – inconscients – des enjeux dans lesquels les jette une main plus grande…

 

 

Des maux – des chutes – de la douleur et du vacarme – cris et plaintes qu’on lâche comme des chiens sur le monde – comme si nous avions le pouvoir de nous venger – comme si la terre était responsable – dans la croyance (erronée – bien sûr) de mille naissances innocentes…

Une vie primitive – en vérité – quelque chose entre le sang et la gorge tranchée…

Du bruit sur une terre que l’on fertilise…

Ni âme – ni ciel – trop lointains – trop abstraits – (presque) inutiles dans la satisfaction de notre faim…

 

 

Le sang sauvage – en nous – la danse indomptable – ce qui se creuse et s’élargit – et ce qui s’efface en s’abandonnant à l’œuvre de la pluie – à l’œuvre de la nuit…

Le jour (encore) introuvable – le monde (encore) adossé aux âmes – ce que nous négligeons avec beaucoup trop d’orgueil et d’obstination…

 

 

Entre la chute et le vacarme – aux confins de cette terre trop peuplée – nos querelles – nos gesticulations – notre frivolité – le poids de notre quête et de nos ancêtres (communs) – la manière – les mille manières – dont on a essayé de se distinguer au fil des jours – au fil des siècles – tous nos masques et toutes nos identités d’emprunt…

Notre longue expérience du sommeil…

 

 

Le mystère – indifférent – face à notre soif – la sincérité de nos larmes – l’indifférence des hommes – la souffrance des bêtes – notre souveraine impuissance…

Ce qui conforte notre rejet du ciel – notre déni de Dieu – l’impossibilité du miracle – et nous maintient – de manière si faussement confortable – dans un monde fantasmé – comme coincé(s) entre le rêve et la terre…

 

 

Une seule respiration – des sous-sols à l’envol – du noir au bleu – avec, trop souvent, l’interlude interminable de l’entre-deux – le monde du bruit et de la douleur – nécessaire(s) – inévitable(s) – ce qui existe en dessous des clés dessinées (inconsciemment) par la tête – l’inclinaison inappropriée du cœur – (bien) trop affamé(s) encore pour s’affranchir de la terre et du ciel inventé par les hommes…

 

 

Une parole pour quitter le sommeil – rendre le ciel plus clair – les rives du monde plus vivables – dans la parfaite continuité du geste et du cœur…

 

 

Sur les traces – sur les pas – de ce qui ne cesse de nous devancer – de nous distancer – lourdauds que nous sommes…

 

 

L’âme dénudée – le crâne (encore) bruissant – à mi-chemin entre les sous-sols du monde et les premiers contreforts du ciel…

Une envergure à venir – là où l’on se tient – parmi les circonstances et les visages passagers…

 

 

Eprouvés – la douceur et la dureté – ce qui nous anéantit – la marche interminable – l’étreinte (trop) peu enthousiaste – ce qui nous éconduit – la détresse des Autres – toutes les expériences et toutes les gesticulations possibles…

 

 

Au-dedans – un visage franc – sans rideau – des méandres, peu à peu, transformés en périmètre – puis en cercle – puis en point – puis (enfin) en vide…

Notre compagnie – nous survolant…

Les délices d’une ère et d’une enfance nouvelles…

Un retour inespéré vers la terre ; le verbe et le ciel – réunis et réconciliés…

Le silence – en nous – suffisant…

A une hauteur (enfin) accessible – là où (en général) commence la fête…

 

 

Ce que le soleil baigne de sa puissance et de sa lumière – comme un inflexible rayonnement sur la matière alentour…

Le vert – en nous – fleurissant…

Ce qui – au-dedans – tremble et s’enracine…

Ce qui tourne dans les vents – entre les îles – les âmes et le temps (si souvent)…

Les malheurs comme les conditions premières (en quelque sorte) de la stimulation – quelques secousses – en vérité – à peine – dans le sommeil – inébranlable….

 

 

Nous – tournant dans tous les sens – à l’envers – essentiellement…

Les yeux plongés dans les profondeurs – comme un abîme – mille abîmes – soudain éclairés…

Le ciel – dans le ventre du monde – comme un pacte – une manœuvre de l’invisible – une possibilité qui s’offre – la disparition, peu à peu, de l’obscurité initiale…

Ce qui – dans nos gestes et nos mains – célèbre les origines et nos plus exigeantes aspirations – les prémices, peut-être, d’une (véritable) délivrance…

 

 

Entre nos murs – la mer – le ciel – la source – ce que ne peuvent ignorer les fleurs – ce qu’enseignent les arbres – le vent qui fait fuir la mort ; la terre – dans ses sous-sols – renfermant tous ses trésors…

 

 

Nos mains tendues – devant nous – vers la figure, si souvent, triste des hommes…

Les âmes vagabondes qui creusent le sable du monde – à la recherche du royaume promis – parfois (trop rarement) entrevu…

 

 

Cette longue traversée – bouche ouverte – empêtré(s) dans un sommeil étrange que nul ne comprend (et dont si peu parviennent à se libérer)…

L’âme adossée au monde et le monde adossé à l’absence…

Des morceaux de chair et d’esprit – emmêlés – englués dans le même quiproquo…

 

 

Trop de choses dans la tête – devant les yeux – l’espace encombré – des visages – par milliers – par millions – derrière leur vitre – essayant de deviner le jeu au lieu d’y participer à leur manière – s’en approchant avec trop (beaucoup trop) de méfiance au lieu d’y plonger sans retenue…

 

 

Dos au mur – les paumes qui recueillent la pluie – le soleil – la joie – les larmes – toutes les infimes aumônes – tous les présents offerts ici-bas – l’âme digne – posé sur les pierres – dans les forêts – parmi les bêtes sauvages qui peuplent les marges de la terre…

 

 

Nous – dans l’indulgence des Dieux – dans l’indolence du monde – accueilli(s) par l’Amour – déguisé tantôt en espace – tantôt en présence – tantôt immobile et silencieux – tantôt sensible et vivant – infiniment…

Nous – dessiné(s) à la craie sur la roche frappée par les vagues – caressée par l’océan…

 

 

En nous – Dieu – dans son ardeur – sa splendeur – son mystère ; et l’asymétrique distance qui nous sépare des choses et des autres visages…

 

 

Des fragments dans le miroir – le visage éparpillé…

La maturité dévorée par le délitement de la fidélité…

Le monde assemblé comme une perte – des reliquats réunis – des bribes qui s’amoncellent – des éclats de ciel collés sur la pierre noire et indifférente…

L’existence sans la moindre espérance d’achèvement…

 

 

Une bête – en nous – comme un secret – un jeu – une épreuve parfois – avec l’ogre – le mystérieux gardien de l’espace (intérieur) – la part la moins grossière de l’esprit – ce qui nous étreint sans tournoyer avec les états et les circonstances – ce qui nous éloigne du plus archaïque – à la manière d’un soleil qui plane sur toutes les ombres inventées – sur toutes nos errances dans les ornières labyrinthiques de cette terre parcellisée – clôturée – infiniment circonscrite ; les murs du monde et les parois de l’esprit ; tout ce que nous nous sommes vainement éreintés à construire…

 

 

Nous – séparé(s) de la mort – et nous rejoignant à travers elle – devenant, à notre insu, l’âme – ce qui nourrit la part invisible des vivants – la main magnanime d’un Dieu secourable…

Le nécessaire rassemblement des éclats et des gestes apparemment épars…

 

 

Dieu – en nous – familier – en son fief – sans consolation – sans l’idée du déploiement (linéaire) du temps…

A notre place – au cœur de cet espace – parmi quelques Autres au visage rieur…

 

 

Des chants et des dessins dans l’âme – dans la proximité des jeux promus par l’ignorance – sous le soleil – au milieu des choses et des interdits inventés pour alourdir les pas – complexifier les itinéraires – allonger inutilement le temps du séjour ou du voyage – comme une étoile dans la main – tous les secrets dissimulés au-dedans – à la fois viatique et encombrement – ce qu’il faut découvrir – et presque aussitôt retrancher du butin…

 

 

Ce qui passe – nous traverse – et le vide, peu à peu, creusé qui dévoile progressivement (très progressivement) l’envergure de l’étendue abritée au cœur des rives les plus lointaines – les plus familières – les moins fréquentées…

 

 

L’air – les mots – le sang – qui passent de bouche en bouche – de corps en corps ; les alphabets de la chair et du langage – le souffle ; notre héritage – cette respiration commune – ce que nous léguons à ceux qui nous entourent – ce que nous léguerons à tous ceux qui nous succéderont…

 

 

Ce que nous savons – ce que nous mettons à la place du mystère – juste de quoi survivre…

Le cœur retourné – des plis et des parois pour guider l’esprit et le sang…

Notre manière d’être au monde – au-dehors – au-dedans…

 

 

Nous – nous enfonçant jusqu’aux plus lointaines racines – voyageant sur les pierres terrestres jusqu’aux premières strates de la mémoire ; sous la roche – des cercles et du silence – les bonheurs et les chagrins, peu à peu, abîmés – érodés – comme la surface des choses…

Les uns à côté des autres – comme si nous appartenions au même rêve – identique(s), sans doute, à celui – à tous ceux – qui existait – qui vécurent – avant nous…

 

 

De malheur en dérive – simplement – la même errance – les mêmes paroles – comme dans un sommeil très profond…

Ce qui se dessine et ce qui s’offre comme une (incroyable) faveur ; notre figure la plus simple – la plus nue – la plus naturelle…

 

 

La vie souillée par trop de jouir ; l’esprit et le monde entièrement enfientés ; le corps goûté – et célébré – par ce qui s’éveille – par ce qui s’ébroue – au-dedans…

 

 

La fièvre et les odeurs – toutes les substances du monde – tous les instincts s’essayant à l’autorité et à la domination des choses…

Comme un rêve né d’un autre rêve – plus ancien – à la manière d’une longue série de songes – intriqués – entremêlés – parallèles…

Le monde – devant nous – étalé – et, en nous (si l’on peut dire), toutes les cartes en main…

 

 

D’une chose à l’autre – au milieu des vivants – en traversant les surfaces et, parfois, les apparences – obéissant aux exigences des visages et des saisons – flottant dans nos habits provisoires – à travers la mort…

Accaparé(s) par l’attrait des jeux et du monde – recroquevillé(s) parfois – la chair, trop souvent, blottie contre l’angoisse…

 

 

Entre les mots – le silence…

Au creux du sommeil – l’espace…

Et dans notre ventre – le monde déchiqueté…

La matière au service d’elle-même…

La vie ancillaire et la vie carnassière…

La faim qui dépèce et qui, sans cesse, nous transforme – le vivant…

Ce que nous sommes et ce que nous deviendrons – jusqu’à la dernière bouchée – et au-delà – bien au-delà (comme nous pouvons nous en douter)…

Cette présence plus ou moins consciente et habitée…

 

 

Visage défait – prisonnier du ventre et des yeux des Autres – comme une existence posée au milieu d’un trou – d’un gouffre – d’une plaie…

 

 

Tous les rêves – boursouflés – puis, annulés – inutiles – trop ambitieux – si misérables…

La sueur – l’effort – les élans – mêlés à tous les malheurs terrestres – et cette matière (toute cette matière) à déplacer de manière incessante…

Le sommeil – partout – jusqu’au bord de la mort…

Le ciel (à peine) égratigné par nos minuscules tempêtes…

Des orages – des griffures – des entailles…

Nos opinions – toutes nos inclinaisons face au pouvoir – à la douleur – au soleil…

Le peu de considération pour nos jeux et nos angoisses – (si) dérisoires…

Toutes ces postures et toutes ces grimaces…

Notre riche moisson de fêlures et d’artifices…

Nos éternelles tentatives pour devenir plus vivant(s) – jusqu’au vertige – jusqu’à l’obsession…

 

 

Un peu de vide dans la main – au fond de l’âme – parmi toutes les choses qui circulent – dans nos têtes – dans nos veines…

Le jour et l’enfance – à rebours – comme si nous remontions jusqu’au lieu de la source – l’étendue originelle – au voisinage des premières neiges – ce qui, un jour, nous a congédié(s) du royaume – ce qui, un jour, nous a fait glisser du tertre des innocents – ce qui, un jour, nous a fait chuter sur ces terres peuplées de choses et d’instincts – au cœur de la matière et de l’intelligence la plus archaïque…

 

 

Le manque – le désir – la peur – sous les paupières – toute la machinerie de la psyché – connectée à tous les méandres du monde – à toutes les circonvolutions du chemin – à tous les déploiements de la matière…

La neige célébrée par le silence – l’ardeur des gestes et la ténacité du front…

 

 

Les malheurs évaporés – comme notre existence – un amas de gouttes au fond d’une étuve – pas davantage qu’un rêve…

Une invention de l’imaginaire pour tenter de combler notre sentiment d’incomplétude – cette sensation de manque (et de vide) dans le monde – dans l’espace…

Nous – comme un assemblage d’éléments inessentiels – ce qui pourrait nous condamner à la nuit – à perpétuité…

 

28 janvier 2021

Carnet n°253 Notes journalières

Il faudrait – peut-être – s’abstenir là où nous sommes trop faible(s) – si frêle(s) – le pas pesant – bien trop lourd(s) – assurément – insensible(s) [si insensible(s)] face à la vie – face au néant – rempli(s) déjà d’illusions – d’espérance – d’épuisement – devant tous les visages du monde – devant l’infini…

Notre défaillance – notre souffle tiède – sans fraîcheur – sans tendresse (véritable) – comme un essoufflement à travers nos gestes et notre poitrine – l’écho d’un vent très lointain – insaisissable – bien sûr…

Ce que nous échangerions contre un cœur plus léger – un esprit plus agile – un corps sans épanchement…

Ce que nous sommes déjà – par-delà nos limites…

 

 

Entre nos mains – ce que le monde et Dieu y posent ; l’invisible et le plus grossier – ensemble – reliés – enchevêtrés – ce qui nous ressemble – ce qui nous maintient – ce qui nous distingue – ce qui nous réunit – de toute évidence…

 

 

Des ailes – un envol – non comme une fuite mais comme un chant – la liberté suprême (peut-être) – cette joyeuse (et involontaire) obéissance à ce qui jaillit du vide – du silence…

L’espace invisible au fond de notre présence – qui nous soumet à ce qui s’impose…

 

 

D’une musique à l’autre – comme les mains d’un ciel satisfait qui lance sa lumière au hasard des visages et des saisons – vers la foule imméritante – qui se précipite – confusément – dans l’enthousiasme d’un élan – dans la jubilation (presque inconsciente) d’un infini entrevu…

Ce qui se joint au cœur captif – ce qu’accompagne la parole libératrice…

 

 

Nous – devenant humble(s) et sensible(s) – à travers l’expérience – au cœur d’un monde sans guérisseur – au cœur d’une existence sans remède…

Le jour – seulement – et notre présence…

Inégaux face à l’éblouissement – à la gratitude – au silence…

 

 

Un chant – la parole qui se précipite – le sacré célébré – et rejoint – par la voix ; le verbe vivant – le silence – au-delà de toute forme de vérité…

Ce qui se révèle et ce qui panse – sans effort…

 

 

L’instant – sa présence dans le geste – sans suite – sans passé…

Le labeur du cœur – sans répit – d’une seule traite – du premier battement jusqu’au dernier – à la fois fenêtre et intimité de l’âme – échelle invisible au-dessus des plaintes – au-delà des préférences – cherchant, en vain, dans les circonstances un peu de quiétude – une forme d’immobilité – un peu de silence – à l’affût d’une réciproque révélation…

Ce que nous avons – en réalité – trop peu l’occasion de nous offrir…

 

 

Nous – plongés dans les tentatives opiniâtres de la raison – cette force – cette farce – comme une rengaine – un sillon dans le sommeil – un trou – une ornière que l’on approfondit – à la manière d’un abri pour nos actes – dans le prolongement naturel de l’esprit des pierres…

 

 

Ce qui patiente à nos côtés – aux aguets – au cœur de nos gestes – au cœur de ce que nous sommes…

Et nous – à la périphérie de l’illimité – aux marges de l’étendue – à la surface du monde et de la vie – alors que le centre et les profondeurs – à chaque instant – nous ouvrent les bras – nous tendent la main – avec franchise – avec tendresse…

 

 

Nous demandons aux Autres – au monde – à chaque parcelle du vivant – d’être des remparts – des fenêtres – ce que nous sommes incapables de nous offrir…

Nous – dans l’impuissance et la mendicité – caractérisées…

Le besoin impératif de l’altérité – à la fois couronne et fers aux pieds…

Englué(s) dans la surabondance matérielle et l’impossibilité de la solitude et du silence…

Notre triste sort – à tous…

 

 

A peine passé que le temps…

Pareil à une porte imaginaire – franchie par nécessité – par souci (impératif) d’un retour à la simplicité…

Dépouillé – à présent – sans ornement…

Assez nu, sans doute, pour être confié au silence…

 

 

Comme une enfance première – chaînes aux pieds – alliance au doigt – promis au monde (comme on le sait)…

La scie à la main – pourtant – pour se défaire de tous ses liens…

Peu à peu conduit à l’écart du monde…

Secouant ce que les hommes (en général) craignent de toucher…

Emprisonné – à l’abri de la moindre aventure excepté celle qui compte – la seule – en vérité – au-dedans…

 

 

Ce qui nous est commun – la tête – l’illusion et le goût immodéré pour la fuite – ce à quoi ne peuvent échapper les hommes…

 

 

Nous – marchant sur nos propres traces – parfois perché(s) sur nos propres épaules…

Nous – devenant, peu à peu, pyramidal (pyramidaux) – parvenant – malgré nous – au fil de l’histoire – par processus purement mécanique – au faîte de l’édifice…

 

 

Les mains agitées – le regard sans regret – à ignorer le monde – à tuer ceux qui nous étaient chers avant qu’ils ne se transforment…

Un fardeau – insupportable – entre les tempes – ce qui accompagne chacun de nos gestes – la moindre possibilité ; ce poison au fond de l’âme que nous distillons à chaque rencontre…

 

 

Le monde à l’envers – prisonnier de notre désir – avec, par-dessus, notre souffle – notre main – une lampe (choisie par nos soins) ; quelque chose d’infiniment profane – d’incroyablement innocent – et que nous souillons par croyance en le sacré – par distinction représentative – en faisant la différence entre l’immonde et la beauté – entre le pur et l’avilissant…

 

 

En nous – une simplicité – une mendicité – une offrande que nous ignorons (ou que nous refusons)…

Une étreinte avec l’invisible à laquelle nous préférons un amas de certitudes empoisonnées…

 

 

Assis sur l’un des tabourets du monde – trop longtemps – sûrement – pour découvrir l’intime et l’humilité nécessaire aux retrouvailles avec la terre – front et lèvres trop loin du sol – autant que l’âme – pas assez proche du plus pauvre – du plus infime – du plus perdu – pour ouvrir – et marcher dans – l’infini et le merveilleux – la magie de l’esprit capable d’inventer sa route dans la féerie du monde – avec surprise – avec délice – sur les pierres que foulent les bêtes et les hommes…

 

 

Celui qui ose – et sait – pénétrer (entièrement) la matière – et parvient à se confondre avec elle sans pervertir l’esprit – lui seul sera sauvé ici-bas ; ailleurs – toutes les suppositions du monde sont possibles – envisageables – inutiles…

 

 

Dans la main – le chapelet du monde avec ses visages – sa poussière – ses pierres anguleuses et tranchantes…

Le sang – son goutte à goutte sur le sol et sa trajectoire circulaire dans les corps…

Cette existence sur le sol dur – la peine sous l’averse et le soleil – la crainte des hommes – l’ignorance des bêtes (et très souvent – le contraire)…

La soumission du vivant à l’ordre et au règne terrestres – terribles si souvent – apocalyptiques quelques fois – cette orgie de mouvements et de morsures – ce qui cingle et arrache la peau – la matière – ce qui pénètre la chair de mille manières…

Et les créatures – toutes les créatures – à genoux – en pleurs – en peine – en prière – quelque chose de Divin dans les yeux tristes – dans l’esprit qui s’interroge – dans la main qui soigne et la parole qui, parfois, apaise ou éclaire…

 

 

Le monde entier – dans notre labeur et notre volonté ; ce qui, étrangement, nous rapproche de l’esprit des fleurs – de l’innocence joyeuse ; ce qui réduit, peu à peu, l’enfer que nos mains ont bâti ; l’éradication – (trop) lente – sans doute – de toutes les frontières…

 

 

Le premier rayon du jour – sur la peau – l’âme fraîche et tendre – comme les premiers pas d’un voyage ; une distance à tenir avec le monde – un rapprochement à opérer avec soi…

 

 

Le réel retrouvé – comme un pan de ciel oublié qui réapparaît…

 

 

Nous – dans l’errance – trop longtemps…

Et – soudain – la simplicité du monde…

La joie du voyageur – de celui même qui ne ferait qu’un pas…

 

 

Des portes qui s’ouvrent sur des univers – nos profondeurs…

Dieu – ici – parmi nous – entièrement immergé(s)…

Toutes les interrogations soudainement transformées en chant – en silence…

 

 

Un fond de larmes sur nos solitudes – incomprises…

Nos mains dans l’intimité des Dieux…

Des gestes justes et d’envergure…

Quelque chose comme le parfait emboîtement des circonstances…

Le rythme et l’accord – jusque dans nos pires chaos…

Le silence qui éclot sur la terre propice des désirs morts…

 

 

Un nouveau pan de soi – découvert et libéré…

Ce qui vient à notre rencontre – à pas tranquilles – sûr de notre accueil…

 

 

Le ciel naturel (et sa lumière) – son éclat sur notre visage – dans notre chair – jusque dans nos gestes de réconciliation…

 

 

Nos vies – alignées sur les pierres – et les Dieux – dans les marges abandonnées par les hommes…

Ici et ailleurs – qu’importe nos inclinaisons ; la pente heureuse…

 

 

Sans le monde – notre présence – ce qu’il nous est impossible de partager…

Sensible – debout – sans renoncement…

L’Amour sans volonté – sans négligence…

Ce dont nous sommes pourvus – de manière débordante…

Entre nos mains – cet étrange silence…

 

 

Une terre de feu et de vent – ce qui nous fait naître et ce qui nous tue…

Nous – pas toujours stoïque(s) (loin s’en faut) – dans le souffle – dans les flammes…

La tête penchée – effrayée – face au silence – dans l’incompréhension d’abord – dans l’interrogation ensuite – puis, peu à peu, dans l’acquiescement – retrouvant progressivement – et malgré nous – notre nature – notre pays – notre matrice – notre envergure…

 

 

Notre voix – comme un ciel clair – sans étoile – sans promesse – vaste et coupant – comme une perspective – une lame – une étendue qui ouvrirait sur l’Amour et l’oubli – simultanément…

 

 

Au cœur de songes étranges – notre âme triste et délaissée qui s’imagine – à tort – abandonnée par ce qu’elle porte – par ce qui l’entoure – par la seule chose réellement existante

 

 

Dans nos mains – ce qui nous rend héroïque(s) et coupable(s) aux yeux des hommes…

Rien – dans le regard de Dieu – à peine un souffle – un sourire ou une grimace imperceptible – vite oublié(e) – nul drame – nul blâme – l’acquiescement et l’instrument…

Sans réclamation ; la participation – enthousiaste et engagée – à la fête…

 

 

L’Amour qui s’invite – sans jamais insister – sans jamais renoncer ; l’autre face du silence…

 

 

Par le ciel – ce qui nous échappe…

Par la terre – ce qu’il faut comprendre et assumer…

Dans la reliance de l’âme et du monde…

Dans l’intervalle qui, bientôt, s’évanouira…

 

 

Les heures ombragées et bruyantes – dans la trop grande proximité des hommes – l’âme raide – incommodée – méfiante – prête à s’enfuir ou à étrangler…

 

 

Grandeur – parfois – comme un surcroît d’Amour – dans un trait de génie offert – involontaire – comme une lumière qui, soudain, frappe la grisaille et la nuit (étroitement) entremêlées…

Notre misère – notre destin – aussi parfaits – aussi insignifiants – que tous les autres…

 

 

Le feu – le vent – l’espace – vacillants – parfois – de temps à autre – très rarement – pendant quelques instants – le temps de fondre sur nous en un éclair – de nous revêtir de nouveaux habits – de nous construire le socle et la fenêtre nécessaires…

 

 

Notre histoire – une longue marche d’entravé(s)…

Quelques brisures – peu franches – trop rares – insuffisantes pour détruire nos chaînes (lourdes et nombreuses) et nous initier au pas libre…

Nous – dans l’espoir – seulement – d’une délivrance possible – promise – très (très) incertaine…

 

 

Les Autres – comme un linceul – un peu de poussière – une ombre sur le visage – dans notre chambre – un surplus de chair et d’opulence – trop souvent – un encombrement supplémentaire…

Une insidieuse manière d’oublier – et de boursoufler – ses propres défaillances…

 

 

Les noms – le langage – les idées – les images – notre prison – l’espace immense et clos de la pensée dont il faut scier, un à un, les barreaux ou, d’un seul geste – d’une seule perspective – faire exploser tous les murs ; nous libérer de toutes les formes de détention…

 

 

Peu à peu – cette croissance du jour – cette nuit affamée – recueillie – célébrée – aimée comme jamais – comme un monde hostile – une paroi infranchissable – devenus, au fil de la tendresse grandissante, sol meuble et fertile – terrain de jeu de l’être – visage singulier et nécessaire de la joie et du silence…

La pente indéfectible de chaque horizon – de chaque circonstance – de chaque possibilité – la seule autre moitié de nous-même(s) ; notre figure – notre cœur – notre centre – inaliénables…

 

 

Tantôt dans le silence obscur du monde – tantôt dans celui (plus lumineux) de l’âme ; bien moins prisonnier du regard et des choses qu’autrefois…

 

 

Au milieu du monde et des choses – discret – presque invisible ; dans le secret (imperceptible) d’un angle commun – à l’abri des regards – au cœur d’un culte séculaire – à notre place – au cœur de la sensibilité – de la tendresse – des offrandes…

Nu et dépouillé – déjà – sur l’autel…

 

 

A notre aise – qu’importe les lieux et les visages qui s’imposent – les reliquats de la volonté…

Ce à quoi nous sommes relié(s) – le monde alentour…

La tête libre – affranchie – libérée…

L’âme exposée à ses profondeurs…

Au cœur de l’envergure première…

 

 

Aux origines de la prière – le monde à portée de cœur – le jour abondant – comme l’eau de la source sur les soifs humaines…

 

 

Dans notre dévouement pragmatique et journalier – sans la moindre idéologie – sans la moindre futilité…

L’ambition repliée – l’envergure déployée – à la manière d’un voyage aux extrêmes limites de l’homme – juste en deçà, sans doute, du cœur amoureux…

 

 

Debout – redressé – sans insolence – sans défi à relever – sans exigence de soumission…

 

 

Le verbe sur mille pistes différentes ; mille merveilles à découvrir ; mille contrées à explorer – le goût de la terre – le parfum du voyage – et ce que laissent nos pas derrière eux – quelques traces fugaces – dérisoires – invisibles…

 

 

Seul – sans intention – sans distraction…

Dans le jour – la nuit – le vide…

Ce qui se déploie depuis le plus sombre – le plus commun…

L’existence ordinaire et magistrale…

Le vent et la lumière – avec quelques tempêtes (parfois) – dans cette respiration terrestre naturelle…

Ce qui se poursuit – ce qui se perpétue – sans réellement se répéter…

 

 

Le jour – le monde – le cœur – arides…

Devant – derrière soi – l’horizon…

L’ombre – le visage de Dieu – trop distant…

La joie et la colère qui nous traversent – de part en part – successivement – sans jamais réussir à rompre le fil du temps…

 

 

Le ciel chargé de tous nos désirs – inaccessible – irréalisables

Comme un feu qui pénètre tout – et qui assèche – jusqu’aux larmes les moins irrépressibles – jusqu’aux conditions les plus indispensables au déploiement de l’immensité…

Partout – là où s’immisce le vent…

Ce qui nous bouscule – ce qui nous détourne de la route prédite – de la terre promise…

Le monde passant – incroyablement passager…

 

 

Les heures étalées devant soi – comme une offrande – la seule peut-être – qui durera le temps nécessaire…

 

 

L’âme et le sol à user jusqu’à la corde – jusqu’au dernier jour du voyage…

 

 

Les pans de notre visage – cachés – ensommeillés – comme si l’on ignorait qu’au-dessus de nos têtes veillait un sourire affranchi de la honte – une promesse sans pudeur – quelque chose qui pourrait guérir nos cœurs chargés de tristesse et de regrets…

 

 

Ce qui nous étreint – entre l’herbe et le ciel – la splendeur offerte et contemplée – nos ailes au-dessus des routes – la fin annoncée des saisons et de la folie…

Toutes nos empreintes – toutes nos merveilles – dans la poussière – nos haillons et les oripeaux dont nous aimons recouvrir les âmes et les choses ; les tristes horizontalités du monde…

 

 

L’oubli – ce à quoi nous nous obstinons – la rumeur très lointaine des origines – sous notre front ; nos lamentations et notre épuisement à venir…

 

 

Ce qui demeure dans l’ombre – derrière nous – bientôt évaporé – bientôt anéanti…

 

 

Le bruissement de la chair – à chaque pas – sur le chemin qui mène à tous les embarcadères – à tous les embarquements – les yeux – le front – face à l’océan…

 

 

Pêle-mêle – dans nos usages (trop communs) du monde – ce qui n’a de fin – les seules rives habitables sur la terre – en ces contrées (ultimes – peut-être) ; ce chant qui se déploie dans sa pleine liberté – avec du vent au fond de la gorge – le même que celui qui pousse nos pas sur la route – le même que celui qui nous fait errer aux confins de l’immensité…

 

 

Ce qui s’écoule – en processions toujours plus massives – toujours plus nombreuses…

Le monde – dans sa rumeur – dans sa gloire – dans sa folie…

La foule – toutes les foules – abstraites et obstinées…

Ce qui nous épuise et nous chagrine…

Et ce qui finit – fort heureusement – par assécher la source de toute attente – de toute idéologie – de toute espérance…

 

 

Happé par cette solitude pérégrinante…

Pourchassé, encore trop souvent, par la fureur du monde – les Autres à nos trousses – nous poursuivant – nous encerclant – nous précédant – nous envahissant…

Dans le souffle chaud des hommes et des bêtes – dans l’haleine irrespirable des vivants…

 

 

Un jour – parfois – de temps à autre – l’océan – devant nous – silencieux…

Ce qui s’obstine à nous contempler – à nous attendre – sans se soucier des rives trop peuplées – des terres lointaines à explorer – des libertés trop fortement compromises…

 

 

Le cœur à l’envers – comme déchaîné – emporté au loin par des courants invisibles…

Comme une lumière défaillante – au fond de l’âme…

Le soir, peu à peu, poussé par la nuit qui s’installe…

Le soleil – comme englouti par son orbite – son étrange voyage…

Le règne (sombre) des visages subrepticement détrôné par la loi des choses et des usages…

 

 

Le chant (presque) inaudible d’un temps révolu…

L’embarquement joyeux et bruyant des âmes volubiles – légères – étrangement transfigurées par la gravité terrestre et l’inévitable grossièreté des choses du monde…

 

 

Le cœur en prière – avec, en soi, tout un peuple agenouillé – mains jointes et immobiles – tentant de mimer maladroitement la pointe d’une flèche que l’on aimerait éternelle…

Des choses rêvées – imaginaires – sans doute…

 

 

Ce que l’on épie – au bord de la route – derrière la lumière – la terre engloutie ; les souffles du monde…

Notre propre visage au seuil de toutes les portes – peut-être…

 

 

Dans le silence – à chaque ère nouvelle – à chaque âge nouveau – dans la succession ininterrompue des instants – le monde devant soi – comme jamais – sur le même mode – à une hauteur éblouissante…

 

 

Nous sommes – et vivons – comme le chant des oiseaux – une note – le jour soudain désenseveli – dans une déclamation sans calcul – sans angoisse…

Un chuchotement après l’autre – à travers la joie…

Dans une nuée tonitruante – le cœur (presque) toujours oppressé par le tapage des Autres – par tous ces bruits extérieurs qui nous imposent un rythme qui – jamais – ne sera le nôtre…

 

 

Le soleil caché entre nos mains ; et la nuit de nos gestes tranchée par ce qui circule dans l’âme – dans les veines – l’expérience solitaire du vertige terrestre – de notre présence humaine – la perspective offerte par notre besogne dérisoire et les offrandes si généreuses (et si permanentes) du ciel qui se partage…

L’air du monde qui, peu à peu, se raréfie…

Les derniers vestiges de notre existence – engloutis…

Dans la vaine attente d’une main plus secourable…

Nous – devinant, peu à peu, le seuil – devenant, peu à peu, la porte…

Dans l’obscurité machinale du plus souverain sommeil…

 

 

Notre crainte face aux itinéraires imprévisibles – aux routes dégagées – sans balisage – aux existences affranchies des conventions – encore endormi(s) là où il faudrait, sans doute, affaiblir l’opulence…

Ravagé(s) par les troubles d’une terre trop peu précoce…

Dressé(s) contre l’ombre – à battre (inutilement) les paupières dans la lumière…

Tête close et territoire circonscrit au milieu des peines et des promesses…

 

 

Dans le silence et la prière des terres sauvages – parmi des fleurs inconnues – à quémander quelques circonstances favorables à l’allégresse…

Le verbe et le contentement étroitement entrelacés – happés par la même danse – immergés dans les mêmes tourbillons – dessinant ensemble les mots et la joie…

Des paroles – comme des éclats – des fragments de terre et de ciel – malgré la tristesse qu’esquissent, parfois, nos lignes et nos pas – graves – rayonnants – détachés…

 

 

Compagnon de personne – reposant en son sein – dans son propre giron – allant sans hâte au milieu des choses – s’abritant là où le désert est le plus haut – le plus pur – le plus favorable – vivant à la manière des bêtes tourmentées et traquées par la bêtise des hommes…

D’une errance à l’autre – comme entre deux échappées…

 

 

La nuit – en vain – qui s’écoule…

Et nous – épuisé(s) par tant de résistance – contraint(s), tôt ou tard, d’abdiquer – de fermer les yeux – d’affronter les heures sombres – encore et encore…

 

 

Le regard frémissant – sur les eaux du monde – mouvementées – sur la surface lisse (presque indifférente) du ciel…

 

 

Nous – poursuivant notre route – à moitié – tête baissée – yeux en l’air – partagé(s) entre la fatigue et la passion – entre le désir et le dégoût – sans échanger le moindre mot – nous hâtant (plein de regrets) vers la mort…

 

 

Le soleil – dans la tête – parfois au-dessus – comme si le climat pouvait influencer la perspective – comme si le monde était au-dedans – parfaitement mûr – comme un fruit serein – patient – enfin prêt à s’offrir…

 

 

Nous – vivant(s) – parmi les rêves – dans la brume – au milieu de l’ardeur et du mépris – allant à pas lents – les mains inexercées – sans la moindre préparation – laissant naître les gestes justes et appropriés – l’âme humble et redressée – le cœur et le front adossés au vide…

 

 

Le sommeil soudain inondé par la lumière…

De haut en bas – comme sur un trône brutalement illuminé – le cœur – comme une porte ouverte – une frontière abandonnée – une aire nouvelle – une envergure parfaitement déployée…

Dans les mains de la mendicité souveraine…

L’espoir anéanti par la force du monde – l’implacable puissance de ce que l’on appelle le réel…

 

 

La vie comme un rêve que l’esprit, peu à peu, efface – que l’esprit, peu à peu, remplace – un sourire – une tristesse – une once d’amour – quelques coups – comme une chance obstinée convertie, parfois, en malédiction passagère…

 

 

Le monde alentour – dans notre surprise ou notre confusion…

Et parfois (trop rarement) – la loyauté d’un regard qui rayonne – qui offre sa lumière ou son éclairage…

La dimension du ciel parfaitement calibrée aux mille nécessités des vivants…

 

19 décembre 2020

Carnet n°252 Notes journalières

Parfois – devenir – comme si nous pouvions nous transformer malgré le sommeil…

La tête lasse – à écouter toujours la même voix – à se soumettre toujours au même rêve…

L’avenir triste – fidèle à notre immaturité…

Nous – dans l’entrebâillement de la porte…

 

 

Le monde – devant soi – avec cette mine patibulaire – cet air insistant – la mâchoire d’une bête carnassière…

 

 

Plus loin que ce qui nous sépare – ce qui nous console – le visage dénoué – défait de l’ombre – le sourire franc – oublieux de tous les mensonges – de toutes les (fausses) gloires passées…

 

 

Notre sort entre les mains d’un Autre…

Le destin que l’on nous réserve…

Quelque chose comme un élan – un franchissement – la résultante d’une tête, peu à peu, abolie…

 

 

Un peu de soleil à la place du sang – la part secrète de l’homme – la part secrète du monde – le jour en soi – la brillance des pierres et des étoiles sur notre chemin – les signes (évidents) d’une vie plus claire…

Une existence plus souveraine – moins encline à la fièvre et à la folie…

Le corps et l’âme – bien davantage qu’une enveloppe…

 

 

Ce que l’on soustrait au cœur – absurdement…

De la poussière envahissante – au-dedans…

Quelque chose en creux – comme une farce…

Un mélange de honte et de dérive…

Ce qui nous cisaille et nous englue dans une forme de silence vicié – une sorte d’étouffement – comme un délire jusqu’à l’asphyxie…

 

 

La joie – au milieu de tous les vertiges (terrestres)…

L’oubli de soi en plein silence…

Sans mémoire – au centre des cercles…

Authentique ; les masques – les malheurs et les bonheurs trop communs – jetés à terre…

 

 

Dans le sang – le cœur du monde – ce qui nous maintient vivant – ce qui nous pousse au-dehors – ce qui nous invite au-dedans…

En creux – la découverte (progressive) de notre visage – cette longue errance vers nous-même(s)…

 

 

La vérité – enfouie au fond de l’âme – couchée parmi les pierres – dissimulée au cœur du ciel – avec nos joies et nos peines – ce qui nous incite aujourd’hui à esquisser un sourire – quelques pas de danse…

Et cette présence discrète au milieu de la poitrine…

Semblable à l’arbre – avec toutes nos alliances avec le monde – le silence – la parole…

 

 

Nous – dans la ferveur toute proche ; ce que l’on creuse – ce qui crève – sous notre regard…

La chair souillée par le désir et l’excès de jouissance…

L’âme dévoyée par la nuit célébrée – célébrante…

Sur nos pages – pas un seul rêve ne résistera…

 

 

Ce que la souffrance attise – ce qu’elle détourne – ce qu’elle disperse…

Un visage – mille choses – une seule saison…

 

 

Dans l’âme – le ventre – ce qui nous porte à la faim ; en nous – ce qui nous corrompt – ce que nous avons (depuis trop longtemps) oublié…

 

 

Sous les secousses – le ciel descendu…

Dans les replis où l’on se cache – des tempêtes – trop de soleils mensongers – la force des habitudes qui tient notre angoisse en laisse…

Plus haut – de nouveaux jeux – un air de fête – une vaste étendue sur laquelle nous pourrions vivre sans artifice – une présence sensible au-dessus des pierres…

 

 

Le monde à moitié endormi – sous nos paupières – le début, à peine, du jour…

Tous nos malheurs – toutes les saisons de notre enfance – rassemblés dans une seule larme – l’esquisse timide d’un sourire…

Nous – l’essentiel – dans le même espace – avec le ciel et le silence au-dessus – quelques oiseaux de passage – l’envol d’une parole…

Notre vie – aux marges des rives communes – parmi les signes et les sens – au milieu des alphabets, étalés devant nos yeux, avec lesquels nous essayons de reconstituer la vérité…

 

 

Le jour – comme un saut dans le vide – le sourire des Dieux devant nos grimaces – ce que le feu nous réserve…

 

 

Nous – dans la fange – jusqu’au cou – à théoriser sur la lumière et la liberté – en pataugeant dans l’obscurité…

La terre – du noir – des grilles – la boue et l’aveuglement – l’impossibilité de l’affranchissement…

De la blancheur qu’en rêve – de l’écume – de la bave – nos gesticulations et nos crachats…

 

 

Du sang – partout – où nos pas sont allés…

Nous – dans les flammes et l’enchevêtrement des ronces…

 

 

A notre table – dans notre tête – dans notre vie – rien – du vide – un peu de passage – seulement…

Du ciel et quelque chose de la rivière – ce qui coule le long des rives – le long des rides de notre visage…

De l’eau – de la pluie – des larmes…

Ce que l’on aimerait retenir pour offrir aux fleurs un surcroît de vigueur – un surcroît de beauté…

 

 

L’absence – le faîte de la tristesse ; à ses côtés, la mort paraît presque aimable – enviable ; l’impossibilité du retour – la présence qui n’est conjugable qu’au passé ; le temps où nos mains se touchaient – où nos âmes se surprenaient – vivantes…

A présent – personne – rien que du vide inhabité…

 

 

Ce que le jour – autrefois (il y a si longtemps) – a déposé sous notre front – au fond de l’âme – mélangé à la chair – au sang et au souffle qui circulent – à toutes les substances qui entrent et sortent – qui jouent avec le monde autant que le monde joue avec elles…

La saveur vivante que l’on goûte (en général) les yeux fermés…

 

 

Rien – le sens – les mains posées sur le monde – contre la vitre – comme un bout de chair inutile – condamné à l’impuissance…

L’apparence d’un outil – d’une caresse possible – seulement…

 

 

Des fleurs – sans crainte – comme un sourire – une invitation – la nature du vivant offerte à l’air – à l’Autre – comme un rappel – une caresse – la seule perspective possible si le monde pouvait échapper à la folie ambiante – un aperçu de ce que l’on est – profondément – en apparence – ce que nul (bien sûr) ne peut renier ; une beauté fragile et éphémère – un peu de ciel et de matière – le souffle (puissant) de la vie…

La texture et la couleur de notre visage – de notre voyage ; bien davantage que l’âme et la chair…

 

 

Nous portons – avec cette terre – l’esprit de la naissance – la douleur et la légèreté de toutes les morts – tous les rêves d’un autre monde – et l’âme – sage – sans âge – enfouie – cachée – surplombant la pierre et le sable – volant parmi les oiseaux et les fantômes – au cœur de l’invisible – sur tous les chemins – à travers le ciel…

 

 

Ce que nous réalisons spontanément – sans la moindre application – tout au long du passage – présent(s) – conscient(s) – les gestes aussi légers que l’air – aussi denses que la pierre – comme une grâce sans cesse renouvelée – au fil des jours et des saisons…

 

 

De la sueur – encore (beaucoup trop – sans doute) – comme le signe principal de notre présence…

Du temps consumé par la fièvre et l’ardeur…

De la peau, peu à peu, brunie par le soleil…

Des gestes – des tourbillons d’air dans l’espace…

Du bruit – quelques mots – une parole (très) ordinaire…

Mille choses dont on pourrait se passer…

De la roche – puis de la pierre – puis du gravier…

Le règne permanent du devenir ; la poussière…

Nos misérables existences – toutes nos pauvres lois – et ainsi jusqu’à la mort…

 

 

Pas la moindre empreinte – du sang – le parfum de la terre – de l’air (par brassées) et de la sueur – cette odeur de l’homme instinctuel et besogneux…

 

 

D’un jour à l’autre – sans preuve…

Sur les traces de l’oubli…

 

 

Le monde pourchassé par la langue – comme des mains avides de compréhension…

Nommer comme rêve – comme possibilité – comme détention…

L’outil des prosaïques et des poètes…

A l’intersection de tant de perspectives – comme si le réel pouvait être saisi – et ses pourtours circonscrits…

Jeu de dupe – jeu de l’esprit – velléités et tentatives imaginaires – seulement…

 

 

Là – dans cette folie inconnue – sans la moindre malice – à marcher à l’envers de l’aurore – à inspecter les alentours – les secrets – toutes les cachettes possibles…

Le dénominateur commun des vivants…

 

 

Toute une vie à fouiller dans les broussailles – à remuer le sable – à ôter le rêve et la cendre du réel – à se sentir moins humain (bien moins humain) que la plupart des hommes – dans une recherche à la fois franche et oblique – ardente – véhémente parfois – prêt à tout retourner – à tout incendier – à tout anéantir – pour qu’à travers nos grilles – un peu de fumée – se révèlent quelques lambeaux de vérité…

 

 

Au large – toujours plus loin – comme le mentionnent (si mensongèrement) tous les oracles – alors qu’au centre se creuse – s’approfondit – se sculpte l’écrin – le socle de ce que nous cherchons – quelque chose d’oublié depuis le premier jour…

 

 

Nous – pâles icônes d’un Dieu ruisselant – sobre – inhibé – excité – conscient – sans douleur – à notre (imparfaite) image – fort heureusement…

Espace vivant – présence incompréhensible – apophatiques – à la fois première et ultime chose éprouvée – lieu habité – ce autour de quoi tournent toutes les vies – tous les mondes – toutes les choses inventées…

 

 

Le temps décomposé – les enjeux déjoués – les épreuves démontées…

A la violence et au tumulte succéderont, sans doute – bien vite, les caresses et la paix…

 

 

L’urgence du voyage – vital – au milieu des siens – les arbres…

Pierres et nuages – herbes et buissons – le royaume des bêtes et des solitaires – dans une commune respiration…

 

 

Dans notre bouche – le sang du monde ; dans notre sang – ce qui a vécu – l’air et le soleil apprivoisés – transformés – en soi – devenus chair et respiration d’un Autre – comme le prolongement, sans cesse, réinventé du souffle et de la pierre…

 

 

A pieds joints dans la nuit – dans les braises…

A se rouler au milieu des éclaboussures – le soleil en tête – trop faible – trop lointain – pour pénétrer l’âme – se soustraire à la peau écarlate – brunie – brûlée – et à la chair – cette matière hautement putrescible…

Invincible – pourtant ; et cet espace – cette présence – en soi – éternels…

 

 

Matrice de l’œil et de la main – des rites et de toutes les dépravations ; le jour – la liberté célébrante – la misère et les fers désespérants – ce que l’on s’attache à conquérir – la tristesse de nos déséquilibres – de nos obsessions – de nos ressassements…

 

 

Le monde habillé d’espérance et de désespoir…

Des mots sans tenue – sans promesse – sans la moindre verticalité – autour desquels s’enroulent (pourtant) toutes les vies – tous les visages ; un abîme – un néant que l’on tente de remplir – de peupler – d’habiter ; du néant supplémentaire – en couches vaines et épaisses que l’on empile les unes sur les autres en attendant un Dieu moins exigeant – plus accessible – un frémissement de l’âme – un tremblement de terre – un changement de sillon engendré par le hasard – la nécessité – une secousse suffisante – une étincelle dans l’esprit ; un phénomène conséquent – suffisamment pour transformer notre perspective…

 

 

Ici – et partout ailleurs – la même chose – rien – un peu de ci – un peu de ça – tout – l’infini – sans la moindre importance…

 

 

Au centre de la matrice aux périphéries parfois désaccordées…

De l’œil et de la chair – dispersés – continu et discontinue

Une sorte de chant – comme des vibrations – au fond de la poitrine…

 

 

Nous – dans les rouages d’un ogre – d’un monstre – mécanisme(s) des Autres…

Au cœur d’une machinerie grinçante qui écrase et soumet – qui crache et vomit sans discontinuer des débris – des scories – qu’un jour, à coup sûr, nous deviendrons…

 

 

Ce qu’éructe le feutre – l’âme et la chair blessées – le cœur qui saigne – le cœur qui soigne – le sang cadenassé – l’impossibilité de l’homme – les regrets de la main agrippée à tous les arcs-en-ciel créés par l’esprit ; illusions – bien sûr…

 

 

Plus loin que soi – au-delà même de ce que certains appellent la source – le monde liquide – le monde évaporé – semblable à mille autres mondes – et (comme les autres) singulièrement différent – aux marges du cœur – à la périphérie du silence – là où l’on nous somme de nous dépouiller avant de franchir le seuil – de pénétrer l’espace étrange et mystérieux – sans frontière – où tout est accolé – où tout se rejoint – où rien jamais ne peut être séparé excepté (bien sûr) le regard engagé – lointain – entremêlé aux choses – infiniment présent – et libre, pourtant, des phénomènes et des circonstances – affranchi des mondes – des naissances – de toutes les formes d’illusion et de temps…

 

 

Nous – comme des éclairs – le socle de la lumière – le cercle autour du monde – autour du verbe. Et au cœur même de l’obscurité – la force claire – originelle – l’assise première de tout ce qui naît – de tout ce qui passe ; l’Amour et le regard – ce qui engendre toutes les transformations – toutes les révolutions – toutes les alternances – tous les passages…

 

 

D’une saison à l’autre – hors du temps – où l’heure est l’égale du jour – le jour l’égal de l’année – l’année l’égale du siècle…

Au creux de l’arbre – comme l’ombre recluse – soudain éclairée – qui se rabougrit plus encore – à l’opposé des fruits qui mûrissent – gorgés d’eau et de soleil – dégoulinant de sucre et de chaleur…

Et nous – au milieu – derrière la clôture – tendant la main pour goûter l’obscurité – la maturité – la diversité qu’offre le monde et découvrant, peu à peu, la danse absurde des choses et du temps – l’emboîtement et l’entremêlement du noir et du jour – l’immense écheveau gris (aux mille nœuds – aux mille nuances) dans lequel nous évoluons…

 

 

A vif – dans la nécessité des mots – le rouge du cœur – du sang – des révolutions ; ce qui nous tient en haleine – ce qui nous maintient vivant – jusqu’à la métamorphose silencieuse – cette transformation radicale – invisible depuis l’extérieur…

 

 

Rien pour imaginer le monde – et (presque) tout pour y vivre ; la douleur comme un jeu – une énigme – une épreuve – un défi – nos allées et venues parmi les drames – les larmes et la tragédie – le feu et le sang – le ciel au-dessus de l’agitation – et, au-dedans, cette respiration de l’homme – du vivant – tous les souffles de la terre et les âmes à l’envergure variable…

Et à l’origine de ce fatras – cette source immuable – cet espace parfois habité – parfois dépeuplé – dont les courants invisibles nous nourrissent et nous transportent…

A la verticale de la faim…

Le monde à la recherche de l’or – de l’âme – de la beauté et de la lumière…

Et ce que l’innocence finit, un jour, par imposer – malgré elle – malgré nous ; le vide – l’Amour – le silence…

 

 

Des hanches obsolètes – le ventre enflé – des substances stagnantes – une semence asséchée…

Trop de feu et de cruauté…

Et ce repli – cette faiblesse – ce resserrement dans le sang – pour demeurer vivant – inutile et vivant – comme le prolongement caduque d’une chair vieillissante – au bord de la mort – plongée dans l’attente et l’agonie…

 

 

Ce que la nuit précipite – en nous – la peur cinglante de mourir – le jour – sous des couches de temps accumulées – l’homme debout – sans rancune – sans perspective – errant en lui-même – dans l’apparence extérieure de l’espace…

 

 

Le jour renouvelé – comme la vie et la mort – la lumière inscrite sur la peau – de moins en moins épaisse – de moins en moins frontière – au fil des années – à mesure que les appels et la vocation (naturelle) se précisent et s’intensifient…

 

 

Nous – colonne du monde et socle des Autres…

Au-dedans – repliés – notre source – notre gisement – les courants terrestres – aériens – océaniques – qui portent les choses et les visages – au-delà de l’absence – au-delà des rivages existants…

 

 

Nudité sans généalogie – antérieure au temps – au monde régi par les jours – les siècles – les millénaires…

 

 

Une présence – comme une écoute ; un silence vivant – un espace infiniment sensible – inscrit – engagé – partout – qu’importe la texture et la densité du vide et de la matière…

Habitable – à chaque instant – par tous…

 

 

Rien que du temps – une mémoire de l’absence – la totalité du vide – plus loin (bien sûr) que nos visages pétrifiés…

 

 

Le jour penché – à travers le monde au-dehors – sur nos actes (jusqu’aux plus insignifiants)…

 

 

Nous – au bord – dans la nuit – à compter les heures passées – les heures restantes – à nous souvenir et à imaginer la chair – la peau et les os – puis le squelette – peu à peu – ce qui glisse si promptement – en quelques milliers de jours – en un éclair – vers la neige – la tombe recouverte de terre ; la tristesse – l’existence – la vérité – inhumées…

 

 

Ce qui se cogne – ce qui s’use – aux extrémités – la parole intérieure – comme un silence abandonné – livré au monde – et s’éloignant, peu à peu, du tumulte – des querelles – de toutes les possibilités du monde – de tous les usages du temps – comme le centre d’un cercle qui, progressivement, se rapprocherait…

 

 

L’espace à apprivoiser – à faire sien ; et la terre commune – à partager…

Derrière chaque pierre – l’âme du monde – des larmes – et ce qui ne pourra jamais se réduire à la poussière…

 

 

Ce qui nous saccage – le parti pris des Dieux – le monde – ce que nous confondons (trop souvent) avec la cruauté – cette sauvagerie ignorante (en apparence) – ce pour quoi nous sommes venus – ce pour quoi nous sommes vivants – ici-bas…

 

 

Rien qu’un espace – une source – un regard – et mille danses autour – au-dedans…

Les fleurs et les fruits d’un immense jardin sauvage…

Trop rouge – comme le sang et l’animosité du monde…

Et ce bleu – si infime – encore incapable d’investir les âmes – de retrouver son territoire – le vide derrière les visages – toutes les parcelles libres auxquelles nous aurons pris soin, au préalable, d’arracher le nom…

 

 

Les ombres dévastatrices – contre le soleil – à proximité de la source – partout où se frottent les peaux – la chair – les visages…

Sensibles à la leçon des Dieux – la tête plongée dans tous les livres du monde – dans la croyance d’une conversion possible…

 

 

Les vents – merveilleux – qui transforment les songes en immenses fenêtres – qui déploient le rire sur toutes les aventures – qui délivrent d’un regard (exclusivement) posé sur les pierres – qui invitent toutes les couleurs à désobscurcir nos yeux mécaniques – rougis par les soucis et les malheurs…

 

 

Du côté des étoiles – la chair frémissante – l’âme au milieu des danses terrestres – de tous les vertiges – flirtant avec les vivants et les morts – présent(s) au cœur de tous les passages proposés – apaisant ce qui tente de s’enfuir – guidant ce qui tente de s’affranchir – comme une fenêtre ouverte sur le monde – un bout de ciel parmi nous – un peu de sagesse blottie contre le front – à l’abri des saisons et des âges – si fragiles – si provisoires…

Nous – parmi les Autres – avec la gravité et le sommeil en commun…

 

 

Tout s’insère dans la lumière ; cris et prières – mots et détours – invitations et rejets – l’espace – la densité du monde – le silence – notre présence – la vérité – tous les jeux et toutes les illusions du temps…

 

 

Nous – au sommet de la beauté – l’innocence à la ceinture – nu(s) – debout parmi les vents – fragile(s) et authentique(s) – éternel(s)…

 

 

En nous – la dépossession – l’œuvre de l’invisible – la liberté, peu à peu, dépiégée – entre l’Absolu et le néant – sur cet étroit chemin qu’ignorent les yeux…

 

 

Nous – avec la lune là-haut – bien au-dessus de nos têtes – étrangement mystérieuse – comme si elle reflétait une lumière lointaine – étrangère – inconnue – comme si elle annonçait le début prometteur d’un autre cercle – incroyable – insensé – inaccessible…

 

 

Le temps désacralisé – soudain plus vaste – aux contours visitables – dont on aurait brusquement comblé les profondeurs…

Une image – seulement – bien moins effrayante pour l’âme et la chair…

L’esprit contre la porte – à écouter sans crainte les bruits du jour – la rumeur des siècles – le murmure des rêves – le chant des étoiles – comme un léger et lointain clapotis – un peu d’ombre innocente…

 

 

Conscient(s) – debout – comme si la joie avait besoin de notre présence (et de nos gestes) pour être rassurée…

Le nez (pourtant) encore dans la matière – de la terre sous les pieds – de l’air sous les aisselles – et le vent qui circule partout – au-dehors et au-dedans – comme un souffle divin dans un intervalle terrestre provisoire ; la vie – le temps d’un claquement de doigts ; les existences – de naissance à trépas – en un clin d’œil…

De tentative en tentative – jour après jour – une longue suite de pas pour rapprocher les rives du ciel – l’horloge du pied – et tout réunir – en soi – en désordre – dans un esprit de fête où chacun pourrait (enfin) devenir le regard et la danse – l’enchantement et la tendresse unifiés – inséparables…

 

 

Sans solennité – sans faux-semblant – la terre – la chair – la vie – contraintes de persévérer dans leur œuvre – de poursuivre leur trajectoire naturelle – d’acquiescer aux forces extérieures – aux puissances internes dominantes – à l’absurdité apparente de ce monde…

Soumises aux blessures – aux alliances – aux trahisons…

La gorge – presque toujours – nouée par l’angoisse…

Tiraillées entre la réalité et l’attrait pour l’ailleurs – ces contrées de vent – de vide et de joie – où la terre – la chair – la vie – ne sont que les éléments provisoires d’un mauvais rêve – sans importance…

 

 

Nous – dans la brume – le désert – le rêve des Autres – comme un objet – un cadavre – un bout de chair à dévorer – quelque chose qui nous précipiterait vers la mort – ailleurs – un pays sans méfiance qui aurait éradiqué tous les dangers…

Nous – devenus nos propres os – nos propres lois – hors du monde grâce au manque – au-dessus des couches de déchets accumulés – ce sur quoi l’esprit et la chair s’éternisent par défaut de compréhension et de volonté…

Nous – au milieu de l’oubli – comme quelques Autres – sur cet archipel dont on ne revient pas…

 

 

Ce que nous foulons – avec la terre – des liens qui enserrent le cœur – l’âme – le cou et les poignets – la mobilité (presque) entièrement entravée et cette liberté intérieure que nous n’avons jamais (réellement) éprouvée…

L’expérimentation de la solitude et de la nudité…

Le monde en appui sur nos épaules…

Cette farce inventée pour se persuader d’exister – la poursuite chimérique de ce que nous appelons notre vie…

Nous – déjà – dans l’œil de la mort – silencieux – prêt(s) à tout – bien au-delà du vivant…

 

 

La terre – sous nos pieds – dans nos bras – étreinte et piétinée – et dont notre chair n’est que le prolongement…

Un peu de bleu et le souffle suffisant ; ce qu’il nous manque, sans doute, pour vivre – décemment…

 

 

A l’intérieur – en soi – cet ogre – ce monstre – ce silence – cet Amour ; nous – instruments de tous…

Présents – en demi-cercle – poreux et pénétrant là où on leur ordonne de s’imposer…

Nous – durs et secrets – au centre de cet espace sans frontière – sans intervalle – témoins de la perpétuelle continuité des phénomènes – assistant au défilé – et à la transformation permanente – des entités – au déroulement de tous les spectacles – simultanés – successivement – les uns empiétant (presque) toujours sur les autres…

 

 

Un reste de joie ancienne déniché dans l’œil à jeun – l’âme vierge – et qui se dissipera avant nos premiers pas sur la vaste étendue blanche…

 

 

D’un silence à l’autre – sans rien comprendre…

 

 

Nous – plongé(s) dans le temps ancestral – celui des hommes et des Dieux chimériques – à l’époque de tous les supplices terrestres où tout tournait autour de l’axe du manque – entraîné(s) par la roue perpétuelle des désirs – entre la pluie et le soleil – entre les rires et les larmes – entre le désespoir et toutes les illusions – avançant à tâtons – craintif(s) et frileux…

Le monde devant nos yeux – ce périple – ce rêve – cette histoire – que nous n’avons cessé de réinventer…

 

 

Notre impuissance – la terre infranchissable – ce que les circonstances éveillent au cœur de nos entrailles…

Nous seul(s) – approchant…

 

 

L’ère liminaire de l’aube – des Autres célébrés – de soi – les lèvres muettes – la pensée défaite – la langue intérieure soudainement libérée – comme un voyage à travers nos continents les plus reculés – le seul périple – en vérité – de notre cœur à l’être – à travers tous les chemins possibles – à travers toutes les voies imaginables…

Dieu et l’esprit – dans notre chair – ce qui ne fait, bien sûr, aucun doute…

 

19 décembre 2020

Carnet n°251 Notes journalières

Nous – dissonant(s) – allant notre chemin – mal éclairé(s) – nous dirigeant comme au fond d’un gouffre – presque ivre(s) – guidé(s) par la faim et la folie – les yeux fermés au milieu du vide…

Inquiet(s) et confiant(s) – comme si quoi que nous fassions, la terre avait raison – le ciel nous attendait…

Nous – nous appartenant – en définitive…

 

 

Un chemin d’obscurité où chacun ne marche que sur les traces de l’absence – comme si la vie et la mort étaient irréelles…

Nulle empreinte – pas la moindre lumière…

Notre rire comme seul éclat – et ce qu’il faut de force pour affronter ce qui nous fait face…

 

 

Le monde – de plus en plus lointain – comme une délivrance – un appui supplémentaire…

L’absence de tout – jusqu’aux cimes les plus hautes…

Nos pas dans la neige – notre âme au cœur de l’espace – le règne de personne – et ce qui, peu à peu, remplace toutes nos défaillances…

 

 

Dire – sans passion – sans appartenance – depuis la première extrémité du temps…

La vie – le monde – sans témoin – le discours – sans auditoire – sans promontoire ; le silence – épais et originel – ce qui suffit à faire naître le regard – à déployer l’Amour et le silence nécessaires à toutes les éclosions – à toutes les expressions…

La pente naturelle et inaltérable sur laquelle, sans même le savoir, nous glissons…

 

 

Nos allées et venues – dans l’espace étroit – sur l’étendue escarpée – obstrués à force de tentatives – saturés de voix et de volonté – de cette tyrannie du désir – du rêve – de l’ambition ; façonnés par cette irrépressible aspiration à vivre ailleurs – autrement – à être différent(s) – autre(s) – méconnaissable(s) – cette (maladive) attirance pour les reflets – la surface – cette (terrible) dénégation des profondeurs – de l’infini – le refus (obstiné) de notre identité – sans mesure – sans qualificatif…

 

 

Là où la lumière éclaire l’escarpement – notre écorce rugueuse…

Nous – nous souvenant des fleurs – de la beauté exilée du monde – la poésie du regard – l’envergure du souffle…

Notre âme engagée dans toutes les correspondances terrestres…

 

 

Ce que nous vivons – le sang à l’extérieur – les choses renversées – le monde à l’envers…

La sagesse et le silence au lieu du crime et du simulacre…

Notre dénuement face à l’anéantissement…

Ce à quoi invite la (presque) fin du voyage – les dernières ornières du chemin – peut-être…

 

 

La main qui frappe sur le tambour intérieur – la résonance de l’abîme – sur la peau du ciel – le cuir du monde…

Toute notre force – toute notre ardeur – bien plus impressionnantes que la fureur feinte des Dieux…

 

 

Nous – au sommet du rocher – sur la pointe des pieds (pour gagner un peu de hauteur) – bras levés – mains tendues (à l’extrême) – attendant le déferlement du vent – la suite (non accidentelle) des circonstances – ce qui déferlera sur nous comme un torrent – notre destin initié par le jeu des Dieux – à l’assaut du monde – le souffle noir mêlé à la ferveur lumineuse de l’enfance…

 

 

Les angles du voyage – le plus abrupt du chemin – le roulis et le tangage – les eaux du monde se déversant dans tous les recoins de l’âme – la souveraineté de la voile qui se gonfle – le vent sur toutes nos somnolences – notre tête à la proue du navire – notre fragile embarcation vers sa destination (toujours) imprécise…

Des étapes et des ports sans attache…

Le prolongement de la ligne que l’on étirera jusqu’à la cassure…

 

 

La lumière – au-delà ; en deçà – les racines…

Et – partout – la même origine…

 

 

Le langage et la sagesse – conçus sans hâte – ramifiés – se fourvoyant comme le monde ; comme le prolongement de la bêtise et du sommeil – comme un surcroît de sang – un surcroît de sève…

L’immensité sans témoin – sans alibi…

Et – souvent (très souvent) – le même naufrage…

 

 

La vie – le souffle – le silence – sans équation…

L’âme et l’Amour engagés – peu à peu apprivoisés par l’ignorant…

 

 

La solitude – au plus haut des visages – comme une lumière sur ce que nous avons brisé – sur ce que nous avons délaissé…

Un regard inséparable de l’immensité…

Des édifices – des fantômes…

Le poing – dur et levé – arraché par un éclat de tendresse…

Des chaînes brisées – jusqu’à l’infini…

Le monde recouvert de morts et d’écume…

Et nos cris – comme une vibration perpétuelle dans l’abîme que nous avons façonné au milieu du vide – au milieu du silence…

 

 

La charge – du feu – portée sur l’épaule – dans l’œil trop vif…

Partout – des batailles – des querelles – contagieuses – et le ciel (vainement) questionné…

Le silence souverain – comme l’unique réponse (possible) – tous les acquiescements – l’Amour exprimé – la tendresse offerte – prodiguée à toutes les âmes – à toutes les têtes – à toutes les bêtes – l’herbe et la pierre entièrement consolées – le monde pardonné pour tous les vivants tombés sous notre cognée…

 

 

Tout – sur la même ligne – la même étendue – dans une invraisemblable continuité – le perpétuel prolongement de l’origine…

Tout – réuni – d’un seul tenant – pour transcender l’illusion des frontières et du temps…

 

 

Ce qui grandit – à travers l’Amour – ni donné – ni reçu – vécu – éprouvé dans le sang et l’espace – et qui tourne autour de nos griefs et de notre impatience…

 

 

Au milieu de l’océan – le vent – le centre – confondus…

Et nos ailes poussives – malhabiles – déroutées vers la périphérie – en des lieux qui ne comptent que par leur éloignement – leur absence de répercussions sur l’essentiel…

Une rive dont on se rapproche au fur et à mesure – et qui donne au monde une distance étrange – un acquiescement (véritable) à l’écart – à l’isolement – à l’exil…

 

 

Un corps – un cœur – une tête – façonnés, peu à peu, dans l’argile – s’affinant – se perfectionnant – améliorant leurs capacités à sentir – à comprendre – à vivre – accédant, de proche en proche, à l’espace et à la sensibilité – découvrant la trajectoire – l’étendue – l’origine – la ligne – le pas à pas – la discontinuité – la surface et les profondeurs vivantes…

La présence éternelle et infinie jouant avec les frontières – les contractions – la transparence…

Nos mains et nos gestes – sur les Autres – sur nous-même(s)…

 

 

Le monde et le temps à rebours ; notre visage le plus matinal – antérieur (bien sûr) au premier jour inventé…

 

 

Notre âme – l’âme de chacun – confondue avec l’immensité bleue – vivante – sensible…

Comme du sel – une fleur qui pousse entre nos lèvres – ce qui devrait nous rendre plus respirant(s) – plus incarné(s) – plus présent(s) – que les morts…

 

 

Nous – cessant de fuir devant l’absence et la disparition – apprenant à aimer la (fausse) fin du voyage – chaque pas – chaque tronçon – chaque étape de cette interminable pérégrination (avec ses détours et ses éloignements) autour du centre que nous sommes – depuis toujours…

 

 

La figure qui tressaille et qui se détourne du feu – en elle – comme une vie sommeillante qui ne rêve qu’à des surprises attendues – qu’à des plaisirs certains et circonscrits…

Un état – un horizon – et parfois même jusqu’à la folie d’un autre – pour agrémenter l’ennui – s’imaginer voyageur – jouer à l’explorateur…

Un livre – une fenêtre – et les voilà, déjà, repus d’aventures…

 

 

Tout s’ordonne autour de l’ombre et de la futilité ; l’inertie du cœur – comme un axe autour duquel tournent mollement les existences…

 

 

Ce qu’on lance contre le vent – contre le feu – aggrave la nuit – accentue l’étroitesse et le ressassement – donne à notre âme une allure de cactus desséché…

Un lieu de plus en plus éloigné de l’océan – une (quasi) impossibilité…

 

 

Nous – dans le mensonge outrancier – au lieu de goûter la nudité hivernale – le vide sans parure – au creux de l’enfance – au cœur de la nuit – le monde et la vérité retrouvée – loin de la douleur – le ciel, à la manière des oiseaux, parfaitement habité…

 

 

Ce que l’on supporte – au fond de la fosse – la blessure dramatisée – ce que nous détruisons à force de volonté – à force d’obstination…

Le jour – hors des tempêtes – la flamme immense et brûlante que l’on dresse contre ce qui favorise l’obscurité – au milieu de la rosée – et l’océan, bientôt, qui retrouvera son étendue…

 

 

Dans le sang – la graine et la récolte de l’homme – les seules pour l’ensemble des saisons…

Une route vers la voie ; et un champ, déjà, dans l’immensité…

 

 

Enclave en soi – inviolable…

Lumière intime…

Le corps abandonné aux vents – la tête au monde – l’âme aux puissances de l’invisible…

Ce que l’on affectionne et ce que l’on redoute – lors de la traversée – à demeure…

 

 

Une lanterne au bout du bras – autour de la souffrance – cherchant un remède – un guérisseur – un peu de réconfort – au lieu de plonger dans la plaie le couteau à la main…

 

 

Nous – dans l’abattement – des fractions de vérité plein la bouche – une connaissance impossible à ensemencer sans la mort – l’abandon…

Une longue agonie sans sauveur – hors du monde…

 

 

Le ciel en face – dans nos bras amoureux – encore à la merci du monde – du noir – de n’importe quel Autre aux aspirations instinctives – aux idées dogmatiques…

Et dans les reins – cette force – et dans le corps – cet appui sur les pierres…

La possibilité d’un Dieu – à travers les vies et les morts successives…

Le vide en tête – avec, au fond de l’esprit, quelques lignes inoubliables…

 

 

Nous – basculant – aussi dur(s) que le granite – dégringolant jusqu’en bas – vers la plus haute nudité…

Seul(s) et lisse(s) – de plus en plus – sur cette route sans mémoire – à la recherche de l’Amour et de la clairvoyance – sur l’antécime de l’en-bas – si proches et si lointains à la fois – prisonnier(s) de ce voyage interminable – en somme…

 

 

Rien qu’une danse autour du vide – animée par la même flamme – éternellement. Et devant soi – en nous – tantôt des cieux clairs – tantôt des cieux noirs – le chagrin et la joie jouant ensemble – à se déconstruire…

 

 

Ce que nous sommes – l’absence – l’éloignement – la transformation – ce qui, peu à peu, nous rapproche de nous-même(s)…

Hôte – ce qu’il faut de neige entre l’enfance et la tombe (et inversement) – l’oubli nécessaire pour échapper à l’indigence de ce monde – aux chemins médiocrement éclairés – aux étendues étoilées – où le rêve a remplacé les arbres – s’est substitué à la respiration (naturelle) – est devenu, en quelque sorte, l’unique perspective – la seule fenêtre derrière laquelle nous restons prisonniers pendant des années – pendant des siècles ; grilles, bien sûr, plutôt que tremplin…

Le cœur de plus en plus exsangue – le cœur, peu à peu, cloué…

 

 

Les édifices humains – malheureusement – plus hauts que les arbres de la forêt…

Des choses que l’on pioche – au hasard – parmi les débris – les vestiges – d’un monde en ruines…

L’avenir qui nous attend…

 

 

Ce que l’on dresse (et que l’on redresse parfois) – face à l’obscurité – le feu et les cendres brûlantes au fond de l’océan – l’emprise des ténèbres sur l’image et le halo circonstanciel de la lumière – le centre épargné – bien sûr – malgré les assauts – l’hostilité – l’acharnement…

 

 

Dos au ciel – au précipice – aux yeux sournois – aux mains meurtrières – à la merci du monde et des foules – ce qui nous soulèvera au-dessus de nous-même(s) – aussi fragile(s) et aussi haut(s) que l’innocence…

 

 

Le geste et la parole enchevêtrés – nourris du même silence – porteurs de la même joie – solitaires – comme la route et le poème…

Le regard – le voyage – parfaitement immobiles…

Et ce qu’il y a de plus tranchant derrière l’acquiescement – l’impérative nécessité de l’oubli derrière les lèvres et les mains amoureuses…

 

 

L’enfance du monde – dos à l’océan – recroquevillé sur ses peurs – son besoin de conquête et de domination – élargissant, peu à peu (puis, de plus en plus vite), la route vers la nuit inventée – effaçant jusqu’à la possibilité du poème – toutes les formes de résistance aux ténèbres…

 

 

La hache dans une main et le ciel dans l’autre – le Dieu inepte des cyclopes – poseurs de dogmes et faiseurs de mort – en déséquilibre sur son trône – et que le sang qu’ils versent en son nom fera chuter…

 

 

Sur la terre brûlée – le désert – le sol aride – notre absence et notre nudité – ce que les Autres – quelques-uns – cherchent à nous subtiliser…

Le monde déchiré jusqu’à la dernière secousse – jusqu’à l’ultime sourire…

Et la lune – au loin – pâle et suffocante…

 

 

Ce que l’on descend – en soi – à l’instant de la glissade – puis, à l’instant de la chute – et ce qui se redresse – malgré nous…

Ses encombrements – ses angoisses – ses entraves – et cet espace affranchi de nos gravats et de nos terreurs – intact – comme un ciel inentamé – malgré la puissance (et la densité) de la roche – l’amoncellement de la terre – la faiblesse de notre âme…

 

 

De la foudre sur le plus simple – une sorte de frayeur – le vent qui se lève – la famine déployée – la faim violente – les vivants bientôt décharnés jusqu’à la déchéance – jusqu’à l’incendie – jusqu’à la brûlure vertigineuse – jusqu’à l’immunité…

Nous – sans entrave – au-dessus des éboulis – sur une (haute) colonne de lumière – invisible – célébrant la vie et le monde – en frappant sur un tambour – au rythme de ce qui respire…

 

 

Une gêne – parfois – une larme – souvent – une colère insatiable (une rage presque indicible) – toujours – au milieu – si près – des bourreaux – des oppresseurs – des jouisseurs – des frivoles – des ensommeillés – cherchant (par tous les moyens) le confort – le plaisir – l’usage avantageux – si nombreux – si communs…

Si nous en avions le courage (et la dose d’inconscience appropriée), nous les étranglerions de nos propres mains – symboliquement – bien sûr – afin de les libérer de leurs chaînes – de les éveiller à eux-mêmes…

 

 

Nous – dans le signal (et la trajectoire) de la lumière – les yeux sombres pourtant – autant que l’âme – le visage triste – avec comme une nuit à l’intérieur – le centre même des ténèbres – peut-être – entre l’inquiétude et la mort…

 

 

Ce qui nous émeut – l’Amour sans visage – dans le geste – la ressemblance – la différence – la solitude manifeste…

Une parole humble – qui éclaire la vie – et éclairée par elle – indissociables – comme le feu et le silence perpétuels – toujours étroitement associés – comme instruments sculptés en elle – à l’intérieur – rayonnants…

 

 

Un peu de sueur dans ce verbe qui s’est frotté à la nuit – au monde – aux choses du monde – à l’Autre – tous dressés sur leur piédestal – hostiles ou indifférents – faisant (presque) toujours peu cas de notre présence – de notre labeur – de nos aspirations…

Et grâce à eux (et à la solitude), le chemin a été remonté jusqu’à l’origine…

Une vaste étendue – encourageant à manier la faux avec vigueur sur tous les visages – puis, une fois la besogne accomplie, à les recouvrir d’une bâche épaisse pour précipiter leur décomposition – leur disparition – préparer le désert (en quelque sorte) – la nudité – l’innocence – l’éclosion (ou la progressive découverte) de ce que nous sommes – communément – derrière nos différences et nos singularités apparentes…

 

 

Le visage déchiqueté par le réel ; des éclats d’identité jetés les uns contre les autres…

Et la parole qui émerge du sang – du carnage – du désastre – qui pointe d’abord l’incompréhension et l’absurdité apparente de l’existence (et comment pourrait-elle y échapper ?)…

Puis, au fil des blessures – l’âme qui se désagrège peu à peu – qui comprend – qui éprouve plutôt – de manière (quasi) proportionnelle à l’effacement – à la lente disparition de notre fausse identité – la vérité (changeante et non conceptuelle) du monde – de l’instant…

 

 

Une terre de tombes et d’écume – raclée – sarclée et retournée – maintes et maintes fois – sans succès – ou pour un piètre résultat ; assurer sa pitance – à peine – édifier des murs – bâtir un (misérable) abri – s’octroyer un périmètre – une infime parcelle du monde – mais du mystère, rien – pas la moindre pelletée – pas la moindre poussière…

 

 

Debout – la tête dans le vent – à imaginer un autre ciel – une porte ouverte de l’autre côté de l’horizon – la main de Dieu tendue vers nous – la possibilité d’un langage moins grossier – plus silencieux ; un espace à la place de la tête – un vertige sous le front – une longue série d’extases dans la poitrine – et l’Amour à la place du cœur…

La lumière et l’innocence retrouvées…

 

 

Tout égal – ici-bas – dans le ciel – à cet instant – autrefois – plus tard – la même inimportance…

En désordre – ce qu’il faut oublier – accueillir – aimer et, aussitôt, oublier…

Toujours disponible pour ce qui vient – pour ce qui arrive – maintenant…

Aucun degré hiérarchique – les battements du cœur – seulement…

Ce qui recommence – dans une parfaite équivalence…

 

 

Envoûté – depuis des millénaires – le premier jour – le monde qui se tisse et se resserre…

Les alphabets de l’abîme qui – régulièrement – se réinventent…

Les atrocités avec les dents – les couteaux – les armes mécaniques – les gaz – la fission des atomes…

La sophistication des instruments de destruction et de propagande – le déploiement du mensonge et de la barbarie…

Le manque – le crime – les mille tragédies vécues et initiées…

Cette effroyable (et permanente) conquête du surcroît et du franchissement…

Le fondement même de nos civilisations successives…

La même erreur – infiniment répétée – continuellement reconduite – perpétuellement prolongée…

 

 

Ce qui nous escorte jusqu’à l’agonie et ce qui nous fait traverser la mort – maintes et maintes fois – et presque toujours de la même manière…

Nous autres – ici – ailleurs – là-bas – un peu plus loin – de l’autre côté – aux antipodes – comme des habitués – hôtes permanents ayant déjà été invités un peu partout – à la maison dans tous les lieux du monde – avec, en quelque sorte, un rond de serviette dans tous les foyers…

 

 

Des milliards de nuits à trembler – à repérer les différences – puis la mort et la cendre – au lieu de souligner les ressemblances – de faire naître dans notre ciel commun mille scintillements – mille rapprochements possibles…

 

 

Ce qu’il faut pour être aimé – et compris – pour donner au vivre ensemble une irrécusable réalité…

 

 

Nous – nous accompagnant – avec ce sourire étrange sur les lèvres – cette malice – cet enchantement – ce regard – au milieu du visage – les attributs d’une joie qui ne nous appartient pas…

Le jour et la nuit soudés dans nos yeux – devenant filtres et miroirs – défigurant le réel – déformant la lumière – transformant le monde en ombres et en absurdités…

Il faudrait se défaire des idées – des images et des couleurs – pour voir autrement – réellement – comprendre notre chance d’habiter l’espace – la route et la voûte – notre entière souveraineté – comme mille soleils réunis au milieu des danses terrestres…

Nous – vivants et joyeux – comme au cœur d’une fête ininterrompue…

 

 

De haut en bas – l’éclat…

De bas en haut – la brusquerie…

Entre le sommeil et l’insomnie…

Le dos voûté – la nuit durant…

A jeûner jusqu’à la dernière heure…

Le monde et la peur – rassemblés – en nous…

Et, parfois, une prière – comme une espérance – un peu de cendre lancée vers le ciel…

Sur la terre – le feu et la contradiction…

Et près de la source – la blessure…

Le monde désarçonné…

La fleur – l’oppression et la lumière…

Ce qui gouverne nos vies – nos voies souterraines…

Et ce qu’offre le déchirement…

 

 

Le soleil – devant soi…

Ce qui se répète – à notre insu – la même parole…

La nuit qui tourne autour du même axe…

Notre présence – ni commune – ni singulière – comme une distance avec les danses involontaires du monde – exaspérantes – si souvent…

 

 

Au bord d’un fleuve aux berges obscures…

Un voyage sans viatique…

Les leçons du provisoire…

Ce qui se dissipe…

Ce qui émerge – à peine – de la poussière…

 

 

Des peuples sauvages – le cri hissé jusqu’à la bouche – engendré par le manque ressenti au fond de l’âme…

Et notre langue irritée – qui accentue les aspérités sur la roche – sur la pente où glissent les vivants – dans un élan désespéré de résistance – pour que les hommes apprennent, peu à peu, à remplacer la douleur et les hurlements par la joie et le silence…

 

 

Nous – jouant sur des colonnes inconnues – le dos courbé – le front plissé – sous la charge des soucis et le poids des circonstances – devinant l’ivresse à venir – nous affranchissant de l’obscurité antérieure – et goûtant le vertige présent – le sable dispersé sur les dunes vivantes – le monde et la mort impérieuse – nécessaire – sous le joug perpétuel du vide et du verbe…

 

 

A demi – comme l’ombre sur notre joue – la lumière plus bas qui souligne notre impertinence…

Les murs et la chair écorchés – toutes nos chimères…

Le déroulement de notre enfance – de bout en bout…

 

 

Nous – à contre-jour – sans force – sans voix – à nous complaire dans la boue et les détritus accumulés sur notre tertre – immergé(s) dans le délire et le rêve – cherchant un foyer – un abri contre l’orage – les tempêtes – les Autres et la fièvre – une terre où il serait possible d’habiter le silence – d’écouter le chant des oiseaux – de vivre parmi les arbres – libre(s) du joug du monde – libre(s) du regard des hommes…

 

 

Nous – dans la brume – la parole régressive – avec ces étranges mimiques sur la figure – comme une innocence perdue – une enfance retrouvée – qui aspire à s’égarer plus encore – à fuir le tablier noir des responsabilités – à échapper aux enseignements d’un ciel trop lucide…

Encore inapte(s) – bien sûr – à ôter nos masques et nos oripeaux – à regarder le rouge – la substance vivante du monde – qui dégouline sur la chair – la terre ; notre barbarie et notre cruauté…

 

 

En ce lieu étrange où les frontières et les portes deviennent obsolètes – inutiles – incongrues – où l’on sourit comme l’on respirait autrefois – où le vide est bien davantage qu’une manière de parler – notre nature – ses profondeurs – de haut en bas – l’être – ce qui nous entoure et ce qui nous constitue…

 

 

Le long des murs – le vent – le silence vertical au sommet du sang – le jour au centre du visage – ce qui nourrit la sensibilité – l’attention – l’innocence – ce qui dissipe la fièvre et la folie…

Et la parole – aujourd’hui – tranquillisée – comme un peu de baume sur l’âme – la chair – la page – autrefois si angoissée(s)…

La vie et le rire – la mort et la joie – célébrés…

Nous – plus que tout au monde…

 

 

Des lèvres contre la terre – la roche…

La vitre – le miroir – ce qui fait, parfois, encore obstacle à la transparence – à la tendresse…

 

 

Un peu de vent sur le feu balbutiant…

Nos bras – dans le cercle – qui s’entrouvrent…

Nous – menés par le visage de la mort – hideux depuis la terre – déformé – à l’étroit dans le cadre trop restreint des yeux humains…

Le temps déchiré – l’issue qui se précise…

Le nord exposé – mis en évidence…

Le doigt pointé vers l’hiver – et l’âme repliée – à l’abri dans sa solitude…

Aux premières heures du jour – déjà…

 

 

Nous – glissant, peu à peu, vers l’oubli…

A l’inverse des hommes – à l’inverse de (presque) tous les Autres…

Notre tertre soustractif – comme une halte dans la longue énumération…

Sur la crête étroite bordée de nuit et de périls – l’abîme du monde en contrebas…

Au cœur de ce qui nous attend – depuis toujours…

 

 

Des souliers téméraires dans l’obscurité persistante – des murs à franchir – de fausses sources à tarir…

Plus d’un meurtre sur le dos – des béances – des blessures – des balafres…

Un quotidien sans lumière…

Cette lourdeur – notre nudité – ce que le monde arrache à notre prétention – la rudesse – la brusquerie – toute la maladresse des hommes…

Sur des traces déjà mille fois répertoriées – sur des pistes déjà mille fois parcourues…

Ce qui brille au fond des destins – nos mains pieuses et pleines de sang – nos ambitions et nos soliloques…

Ce qui se déploie avec la marche – le mensonge et l’usurpation dans ce que les hommes appellent le voyage…

Nous – encore trop faiblement conscients…

 

 

La mâchoire et le front instinctifs – tremblants – sans désir intermédiaire…

Notre vie – la terre sans éminence – le sable humide…

Ce que survolent (très superficiellement) notre angoisse et notre peur ancestrale du manque…

 

19 décembre 2020

Carnet n°250 Notes journalières

En tous sens – de tous côtés – cette matière minimale – comme une oxygénation des abîmes – un redéploiement (permanent) de la source – le plus noir découpé en strates – sous la lumière polymorphe et polyvalente – le retour du plus essentiel…

Le monde sans bordure – à la manière d’un ciel découpé et offert à chacun…

Un triangle d’étoiles avec – au milieu – un feu et un alphabet élémentaire – pour essayer de relier les racines du réel aux hauteurs invisibles – de replacer l’axe vertical au cœur de toutes les horizontalités…

Le signe d’une présence infinie (particulièrement) ascendante…

 

 

Au creux des mains – cette étoile impossible – fuyante – que personne ne voit et à laquelle si peu aspirent ; un véritable présent – pourtant…

Et en contre-haut – ce qui nous semble (encore) invisible…

 

 

Nous – envahi(s) et écrasé(s) par l’exil des Autres – leur fuite momentanée des terres communes…

Ce que nous notons ; l’horizon pollué – le mécontentement – ce qui rivalise avec notre silence – l’accueil impossible des fronts endormis…

 

 

Sur les rives – rien – pas l’ombre d’une silhouette – pas l’ombre d’un visage – pas l’ombre d’un chien ; des bêtes haineuses et féroces – bien plus que sauvages – prêtes à tout engloutir – à tout ravager – pour leur seul plaisir – assouvir leur faim…

Des figures qui ont l’air de sourire – avec juste derrière – des crocs et le poignard dissimulés…

 

 

Des âges et l’éternité ; et l’instant pour détrôner tous les fantasmes d’immortalité…

 

 

Un mur – long – orbe – infranchissable – dans la tête et le sang – qui sépare le monde et nous place du côté des malheurs comme s’ils étaient le socle des existences – une contrée sans secret – l’une des rares terres capables d’effacer le ciel et de loger dans les hauteurs une promesse – mille mensonges – comme une autre terre inaccessible – aussi chimérique que celle sur laquelle nous avons l’air de vivre…

 

 

Devant la pierre – l’effacement – ce qui demeure – la nuit éparpillée – le monde des ancêtres – tous nos malheurs et nos (pitoyables) secrets – presque au-delà des heures passives et partisanes…

 

 

L’arbre – ce qui nous éloigne de l’enfer – après le temps des images – avec le ciel par-dessus toutes les ombres…

 

 

Ce que cache la tête – ce qu’efface la fréquentation du ciel – toutes ces impressions trop strictement terrestres…

 

 

De boîte en boîte – de sphère en sphère – comme si chaque naissance était le prolongement de l’histoire – la suite – une surprise et un enjeu – la continuité de l’ouverture et de la dévoration – une fabuleuse invitation, selon les inclinations, à poursuivre ou à recommencer…

 

 

Le jour – en nous – tétanisé par nos craintes et notre rigidité…

Une tour de guet – sur nos remparts – derrière nos murailles de livres et d’objets – d’images et d’idées – mille choses, bien sûr, destinées (à terme) au feu…

 

 

Notre nudité sur la terre – l’âme dans son trou – à l’abri – puis, qui apprend à s’exposer à tous les vents – sans le moindre dommage…

Sans influence – libre des horizons convoités – célébrés – rendus bêtement attractifs…

Dans la profondeur du corps et de l’esprit – le cœur revisité – exploré parcelle après parcelle – de la même couleur et de la même texture que le reste…

L’œil au milieu de la mémoire dévastée – devenue, peu à peu, obsolète – inutile…

Au cœur de l’espace – sans racine – sans langage – silencieux – une présence – des gestes – quelques paroles parfois…

Ce que nous réclamons tous – sans la moindre exception…

 

 

Nous – nous laissant dévorer par toutes les bêtes – cet amas grouillant – impressionnant – d’insectes – de mâchoires – de serpents ; de la chair – de l’âme – des monstres – plein la bouche – sous ces milliers de dents qui nous arrachent – nous perforent – nous mastiquent – dans la gueule (immense) de la terre qui, peu à peu, nous engloutit…

 

 

Dans le mouvement – la trace de la rupture – le silence sous-jacent – cette immobilité muette – juste au-dessus de la vie et de la mort – juste au-dessus de nos têtes…

Le prolongement de la solitude livré au monde…

 

 

Les paumes ouvertes sous le ciel rouge – la mort agenouillée – à nos côtés…

L’Absolu et l’aveuglement…

Les viscères à l’air et l’âme exposée…

Indifférent aux pyramides – à tous les édifices érigés (trop orgueilleusement) à notre gloire…

 

 

Ce que la vie reconduit – naturellement – systématiquement – sa continuité – son déploiement – l’opacité de l’esprit – cette neige à l’intérieur – comme un éclat trop éblouissant pour oser s’y aventurer…

 

 

Perdu(s) – en contrebas de l’aube – sous cette lune trop blanche – le front – la tête – jamais épargné(s) ni par la bêtise – ni par la folie…

Et – en nous – les ombres bousculées – fébriles – exultantes – l’air brassé – au-dedans – comme d’incessants tourbillons dans le vide…

Ce qui gesticule – sans cesse – à l’intérieur – comme un jeu – un élan – irrépressible…

Ce qui nous hante et se répand – nos fantômes qui repoussent la lumière – toutes les possibilités de la lumière…

Et nos pas sur la route grise – harassés – découragés par la distance qui nous sépare de nous-même(s) – de ce lieu-présence inespéré…

 

 

Sur la peau – la même joie qu’à l’intérieur ; au-dedans – des spectres qui encerclent l’innocence – comme un siège autour de notre absence de remparts ; nos ancêtres mi-gardiens mi-guerriers repoussés – le royaume retranché dans les hauteurs – inaccessible par les escaliers de pierre – et qui descendra vers nous lorsque nous serons capables de nous hisser jusqu’aux cordes du monde tissées dans la trame générale – lorsque nous serons capables de faire naître (au fond de l’âme) une échelle de vent (immense) pour y grimper avec la plus grande légèreté – et accéder ainsi à notre plus ancien – à notre premier – visage – le seul en mesure de nous offrir suffisamment de force et de ravissement pour retrouver le monde – et y vivre sans tristesse – sans amertume – sans espérance…

Revêtir cette grâce d’être – quelles que soient les circonstances et les parcelles de la terre fréquentées…

 

 

La tête en arrière – renversée – comme un tambour – un instrument en peau de bête – sur lequel taperaient les mains d’un Dieu – agile – farceur – diablement expérimenté – comme un appel – une manière de disperser nos souvenirs – de désenclaver l’esprit – de démembrer la mémoire – de rendre nos idées caduques – et suffisamment innocentes pour que nous puissions nous familiariser avec le vide et nous laisser habiter par l’inconnu – le regard – l’Amour – le silence…

Comme une invitation à une transe étrange – longue et indirecte – une sorte de marche immobile vers la tendresse – vers notre figure – notre versant le plus tranquille…

 

 

Du côté de la vie – de la mort – de la danse – simultanément…

Dans l’intimité de ce qui nous étreint…

Le plus sauvage assagi – comme la conscience première et naturelle – la civilisation originelle peut-être…

 

 

Le monde de l’enfance – avec l’innocence – sans la naïveté – l’alphabet dans la tête – une lettre à la main et ce collier invisible sur la poitrine qui attend quelque chose – un signe du ciel validé par l’esprit – au-delà de la raison pensante – à la manière d’une peau-lumière qui indiquerait la route à suivre – le lieu de l’acquiescement – de toutes les intégrations – désert ou thébaïde – en soi – la terre de la liberté et du recommencement…

 

 

Un monde parallèle au monde – au cœur du bruit – ce qui nous habite et qui s’ouvre grâce au regard de l’enfance – le pas emporté – le geste affranchi – ce que nous devenons (naturellement) une fois libéré(s) de l’esprit-malle – de cet univers de strates mortes et inutiles – comme une plongée – un saut – un envol – vers une parcelle (irrécusable) de lumière…

 

 

Au bord des lèvres – du partage – le monde oublié – la grandeur, en nous, engouffrée – déployable à l’envi – selon les visages et les circonstances ; dans la main – en particulier – comme le prolongement du plus essentiel…

Bien davantage qu’un univers – bien davantage qu’un lieu où végéteraient quelques-uns de nos fantômes – bien davantage qu’une aura supplémentaire ; l’être éclatant – dans sa plus émouvante nudité…

Ce que nous sommes – ce que nous deviendrons – tous – en vérité…

 

 

Nous – prenant notre place – devenant (presque) l’indicible – le feu fragile – la nuit légère – la couleur la plus éclatante de l’Amour – ce qui, en fin de compte, nous a toujours été offert – mais que nous comprenons (en général) très tardivement – après une longue et indispensable propédeutique…

Le silence et la sérénité qui finissent par se substituer à la soif et aux cris – à cette danse infernale du manque…

 

 

Devant l’imperfectible – le feu et le désastre – le désespoir parfois – ce qui fortifie nos racines – et nous plonge plus profondément encore dans le roc – au lieu de nous élancer vers la seule étoile possible – les bras ouverts – la tête la première vers le grand soleil – la vie-merveille – la vie éclatante…

Et nos feuilles pour témoigner de ce voyage – de ce (très ancien) secret – sans la moindre importance…

 

 

Ce dont nous souffrons – ce pitoyable labeur – cette besogne acharnée – les labours et les récoltes – pour apaiser la faim – et essayer d’emplir ce vide (immense) – comme un renoncement (presque) permanent à la métamorphose…

 

 

Engagé(s) – dès le plus jeune âge – dans cette ronde sans incarnation – comme une transe sur le sol de l’oubli – les yeux plongés dans la conquête des apparences – avec des mémoires à bâtir – à retrouver – à rénover…

Des flammes sur toutes les errances – sur tous les fourvoiements – le règne, partout, du mensonge – la tête célébrée – les viles passions – comme de simples instincts que l’on a peu à peu (et artificiellement) sophistiqués pour nous croire supérieurs (ou différents)…

 

 

La terre – la vie – que nous saignons comme de pures abstractions – une inclination née de la bêtise et de la cécité…

Partout – depuis (trop) longtemps – les fruits avariés de notre domination – de notre illégitime suprématie…

 

 

En apparence – le manque et la peur – comme les masques (étranges) du silence – les mille choses du monde – et tous les vents – puissants – incertains – et le frémissement de nos visages – collés juste derrière ; comme un regard sur tous les exils – sur toutes les luttes – sur ce vil orgueil – cette (incroyable) distance qui nous maintient hors de la lumière…

 

 

Nous marchons à côté de nos ailes – déployées – invisibles – prêtes à l’usage – dans la transparence d’un monde pas encore advenu – notre seule issue avant le déluge – avant la fin des temps – l’unique manière (sans doute) d’échapper à l’apocalypse…

 

 

Le vide et ses fenêtres en quinconce – les unes pour découvrir le monde – les autres pour entrevoir l’immensité bleue – et quelques-unes (trop rares) pour goûter leur mélange – en d’étranges combinaisons provisoires…

 

 

Dehors – la multitude – au-dedans – le regard réjouissant – émerveillé – étrangement surpris par la nature des spectacles – le pouvoir des conditionnements – l’extraordinaire apprentissage des formes – les capacités du monde à se renouveler – toutes nos histoires – toutes nos inventions…

 

 

Des étoiles sans perfection – dans un grand tumulte – l’incroyable désordre des choses – le bouillonnement des idées – ce que nous nous murmurons dans le silence ; notre manière (si particulière) d’être vivant…

 

 

Ce que nous exigeons – avec obstination – avec véhémence – avec des gestes puérils et impatients – des paroles malhabiles – le front baissé (ou trop fier)…

La longue liste des désirs tatoués à l’envers de la chair – le manque – nos cris – nos lamentations – tous nos gémissements…

 

 

Ce que nous arborons comme l’étendard humain – toutes ces exigences pour un si bref passage – beaucoup d’attentes et de tourments pour un séjour sans (véritable) potentiel – sans (véritable) apprentissage – sans (véritable) actualisation…

L’éternel recommencement du même voyage – comme une folie bloquée dans un seul sillon – la même ornière qui, peu à peu, se creuse – et qui devient (très vite) une habitude et un piège – un gouffre – un abîme – l’espace entier réduit bientôt à un (pitoyable et désespérant) néant…

 

 

Devant nous – ce bleu ardent – joyeux – le rire sur les lèvres – l’œil malicieux – le monde à notre fenêtre – l’esprit vide – face au désespoir – face au tumulte des Autres…

Dehors – sous le ciel – le regard jamais harassé – le nez collé sur la beauté – adossé à (presque) tous les vents – la tête par l’embrasure de toutes les portes ouvertes…

Des cris et des murmures – quelques plaintes – un peu de joie – puis le silence (enfin)…

 

 

Rien que l’hiver – un seul mot – un geste léger – comme une flèche indiquant l’ouverture et le passage – dans la douceur de l’air – la profondeur du regard – dans la félicité du feu et l’agilité de l’oiseau…

Dans la main – la fécondité et l’enchevêtrement de tous les signes – une présence encore très (très) lointaine…

 

 

D’un ciel à l’autre – sans angoisse – avec le goût de l’agonie sur les lèvres et, au fond de la poitrine, l’étrange parfum de la mort…

Ce que l’on perpétue dans la faillibilité des croyances et des idées – le monde à l’envers – comme s’il nous fallait entreprendre un autre voyage (ou recommencer celui-ci d’une autre manière)…

 

 

Tout semble démesuré – avec ce poids sur les épaules – une marche harassante – l’envergure du ciel – à travers les yeux – le vertige d’un parcours supplémentaire et la possibilité d’une ampleur additionnelle – ce qui, en cas de réussite, reléguerait toutes les autres aventures – toutes les autres explorations – à une sorte de plaisanterie – à une forme de distraction inutile…

 

 

Le vide engorgé – presque jusqu’à l’étouffement ; le feu et la mort qui se perpétuent pour compenser l’efflorescence et la prolifération…

 

 

Parmi les hampes et les yeux sauvages – les têtes indisciplinées – les bustes armés – mille traces à suivre – avec des ravins – des déserts – des pays – à franchir…

Le reflet de tous les Autres sur notre visage – l’histoire du monde dans chacun de nos pas…

L’absence (si ordinaire) comme un piège – ce qui pourrait, un jour, nous transpercer le cœur – nous transformer ou nous faire mourir – définitivement…

 

 

Un jour au milieu du jour – un abîme au cœur duquel il nous est possible de vivre – d’aimer – de mourir…

Ce qui – en nous – existe – dans la multitude (apparente) des surfaces…

Le vide – toujours ; au cœur du silence et de l’Amour…

Comme un vertige et une respiration naturelle…

 

 

Nous – suspendu(s) aux traces laissées par nos aïeux – sur ces anciens itinéraires d’avant-garde et d’exploration – devenus aujourd’hui lieux de confort et de facilité – bordés de barrières et de lignes blanches – à droite – à gauche – devant et derrière soi – qui confinent à une restriction – à une forme d’enfermement – à quelques vaines gesticulations – à de pitoyables aventures – au cœur d’un cadre (extraordinairement) restreint…

Une cage – une tour – des voyages immobiles…

Une marche circulaire au cœur d’un périmètre étroit – totalement circonscrit (et cartographié)…

 

 

Quelque chose du manque – du cri – dans notre étranglement…

La silhouette d’un oiseau qui émerge – imaginaire…

Le reflet des barreaux sur notre visage…

La chambre où l’on nous a installé(s) au début du voyage et qui devient, peu à peu, une salle de tortures…

Jusqu’à notre mort – par asphyxie…

 

 

La tête assiégée – autant que l’espace…

Les marionnettes de la blancheur et du silence…

D’une ligne à l’autre – grâce à un alphabet variable et coloré qui sait mêler les teintes et les textures – qui sait combiner les profondeurs et la surface – pour extraire le réel du rêve ; la voie – l’issue pour dessiner une flèche sur le sol – dans l’esprit – au milieu des images et des idées – pour essayer d’échapper à l’aveuglement presque minéral et au sort quasi sacrificiel des vivants – pour tenter de retrouver l’enfance – le ciel – la présence – ce regard émerveillé sur les choses du monde et l’infinité des cycles – la multitude des possibles et des passages – l’immobilité face à l’éternelle métamorphose…

 

 

Parce que l’air ; parce que l’eau ; parce que la terre ; fruit(s) et instrument(s) de la matière…

Le jour transfiguré – la tête blanche – et cette apparence sombre et tumultueuse – le reflet vivant (et provisoire) de ce qui nous attache à ce qui échappe au temps…

 

 

Nous – vivant sous le même ciel que les morts – sur la même terre que tous ceux qui vécurent – un jour…

Dans l’âme – sous le front – tous les vestiges du monde – les fossiles de nos ancêtres – des restes présents – vibrants – fondamentalement en nous – comme éléments du puzzle – pièces indispensables à l’ensemble…

 

 

Nous – à la renverse sur l’horizon – debout – ici-bas – ailleurs – à genoux – dans l’engourdissement ; au-dessus de la tête – des visions – quelque chose d’incompréhensible – du vide et de la solitude – l’espace – les seuls vrais remparts contre l’enfer que nous créons – nos absurdes tentatives – nos vaines accumulations…

 

 

Parfois – du blanc – du silence – ce que nous offrons – ce qui est possible – seulement…

Une partie de l’existence et du monde que très peu connaissent…

Parmi – cette foule – pourtant – que rien ne satisfait – que rien ne comble – que rien ne peut ravir…

Et nos âmes – presque jamais dépouillées – sans image – sans appui – totalement nues – dans la nuit torride – sauvage – dressée autour de nous – inamicalement…

 

 

Perdu(s) – parmi nous – incompris ; la relation comme absence – comme négation (presque) absolue…

La nuit – au-dedans – en face – tout autour – dans les yeux de chacun – le cœur trop recouvert – la tête trop dressée – à l’affût de la moindre image – du moindre reflet…

Mille voyages – sans vivre – sans respirer…

Un détour – une déroute en apnée…

 

 

Ni silence – ni langage ; du bruit seulement – quasi continuel – entre le cri et l’onomatopée…

 

 

Nous – depuis l’origine – l’histoire (officielle) ininterrompue (et cyclique) du vivant – des formes vivantes…

De la vie élémentaire jusqu’au silence – et tous les langages – toutes les manières de l’exprimer comme preuve et témoignage…

Miroirs et reflets non linéaires de notre visage…

De la molécule à l’étoile – de la pierre à l’Amour – à travers la même salive…

De la matrice à la matrice – de bout en bout – en passant par tous les stades – par tous les mondes – par tous les possibles…

 

 

Tout nous prépare à l’immobilité ; apprentissage et invitation – (sans doute) la science la plus précieuse…

 

 

Nous – attelés à notre tâche…

De l’air dans l’air – brassé – entremêlé – entrecoupé – comme une constellation – quelques signes (insignifiants) dans l’infini ; presque rien – en somme ; quelque chose d’incroyablement propice à l’oubli – comme une infime portion sur l’orbite (quasi circulaire) du temps…

 

 

Au-delà des livres – un visage – un frère – un compagnon de voyage – le temps de quelques pas – de quelques saisons – jusqu’à l’étape suivante – jusqu’à la prochaine destination…

Nous tous – les uns derrière les autres – sur la même route – nous croisant – nous poursuivant – nous dirigeant vers le centre du cercle – le visage et la main de plus en plus proches de l’Amour et de la lumière – vers le silence sensible – le geste vivant – juste et nécessaire ; vers nous-même(s) en présence – sans la moindre image – entier(s) – ensemble – dans une seule et même respiration…

 

 

Nous – vivant(s) – dans l’axe du soleil – inclus dans le mouvement des étoiles – le voyage – à la dérive – dans l’ignorance merveilleuse du monde et du temps – de ce qui n’existe (presque) pas – confiant(s) – conscient(s) – par-delà les cartes et les livres – par-delà les lieux et les territoires…

Le grand vertige du souffle…

 

 

A la merci des jours – le vide – ce à quoi doivent faire face la main et le front ; des êtres effrayés – violents – claquemurés – faussement expressifs…

Nous tous – absents et séparables – malgré d’infimes ressemblances…

 

 

Ce que la lampe dévoile – ce que l’esprit refuse – le monde à l’envers – ce que nous serrons (obstinément) dans nos tenailles…

Un peu de rêve et de poussière…

Nos existences et le contenu (complet) de nos têtes…

Presque rien – suffisamment, pourtant, pour inventer des alphabets – mille langages – et écrire des milliards de feuillets – inutiles…

Des pas de danse (quelques pas de danse) – un peu de bruit – dans l’espace – le silence…

 

 

Des tiges volubiles autour des pierres – des montagnes – des tours – ce qui, pour grandir, a besoin d’attaches et de tuteur…

A l’intérieur – comme une présence – cachée derrière la bêtise et l’aveuglement – ce que l’on définit (en général) comme l’apparence…

 

 

Mille possibilités avant l’aube…

Des échelles – de la neige – du silence…

Du pouvoir et de la terreur – et ce blanc dont on ne peut (quasiment) rien dire…

La mort – des visions – et cette parole (pourtant) inépuisable sur la pierre…

En ce monde – presque rien d’autre…

Tout l’attirail pour être et agir…

Ce que nécessite l’Amour – en désordre…

 

 

La vérité – ce que l’on cherche – devant nos yeux – au-dedans – dans les replis de la moindre aventure ; ce qu’offre chaque instant – chaque rencontre – chaque circonstance…

Dans tous nos gestes – le même infini – cet air des hauteurs – cette respiration d’envergure – le grand ciel oxygéné…

Notre nature (obstinément) erratique – (fondamentalement) invariante…

 

 

Avant nous – l’espoir d’une continuité – d’un parfait prolongement des traditions – après nous – des yeux noirs qui fixent le monde – ce avec quoi débutent le questionnement et l’errance…

 

 

Ce qui ruisselle avec la peur…

Nous – dans l’incessant recommencement du monde…

Un pied sur la terre – un autre aux confins du ciel – dans l’entre-deux du mouvement – du voyage…

Nous – à travers les courants – ce qui passe – de l’esprit – de la chair – des os…

La ronde des vêtures et des saisons…

Des choses – des visages – des apparences au centre…

 

 

Sous notre peau – l’œil de la mort qui veille – qui scrute – qui patiente – en guidant le parcours de la chair – l’ouverture (progressive) de l’âme sur le jour – la grande réconciliation avec ce qui a l’air de s’inscrire (médiocrement) dans la durée – dans ces instants (vainement et illusoirement) accumulés – que l’on envisage et que l’on empile comme de simples fractions de temps…

 

 

Notre figure apeurée dans le passage ; des ombres mouvantes que révèle la lumière – le moindre éclairage – la moindre clarté (même subjective)…

Et – simultanément – ce qui s’ouvre au fond de l’âme…

Ce qui exulte avec cette émergence – ce déploiement du souffle et de l’espace – ce qui existe par-delà les malheurs et le chagrin – dans la matière vivante…

 

 

Sur le bord de l’être – là où la dimension enseigne – la terre comme absence – la vérité trop étroite des noms – notre aspiration à l’essentiel – à l’infini ; tous les jeux affranchis de nos (funestes) ambitions…

 

 

Des fontaines à la source tarie – partout – des ruines et des fleurs – l’ancien monde enchevêtré – l’humanité et les bêtes dans leur vieux vêtement de peau…

Les amours mortes – déçues – comme échouées sur des tertres arides…

Le royaume de toutes les détresses – de toutes les tristesses…

Un peu de rêve – le pauvre sel de la terre…

 

 

Au cœur de la forêt – l’effondrement terrestre – l’âme délicate – au-dedans de la tête – l’espace – ce qui accueille les reflets – la métamorphose perpétuelle des phénomènes – ce qui débute – ce qui se déroule – ce qui s’achève (à plus ou moins brève échéance)…

Les apparences pourrissantes…

 

 

Sur le sable gris – nos bouches – la bave – le sommeil – ce qui ne nous surprend plus – les habitudes du monde – les repas à heure fixe – l’ignorance – l’incompréhension – la bêtise et l’ignominie des hommes – ce pour quoi nous vivons – ensemble – séparés – ici-bas…

 

 

Si curieux et affamés de soi – que nous transformons toutes les choses – tous les visages rencontrés – en miroir – à la surface d’un puzzle non reconstitué (et dont l’achèvement nous importe peu) – l’esprit morcelé – tiraillé, sans cesse, par les (apparentes) extrémités du temps…

 

 

Ce que l’on trace à la craie face à l’absence – comme une piètre tentative de résistance…

La vie à reculons – un autre monde à inventer – des cercles sans fin à bâtir – à assembler…

Notre visage dans la transparence…

Notre précieuse existence d’animal solitaire…

 

 

La tête baissée vers l’enfance oubliée – l’innocence perdue – l’aspiration naturelle de l’homme dévoyée – ce que notre infidélité a engendré – le sort que l’on réserve à la terre ; la dévoration et la perte du plus précieux – ce dont nous ne pouvons nous passer – l’essentiel sans lequel nul ne peut vivre – véritablement…

 

10 novembre 2020

Carnet n°249 Notes journalières

Sur le chemin des jours…

Ce que l’on arpente – de long en large – cet étroit corridor – un sentier – le long d’un mur sans soupirail…

 

 

De l’herbe au sommet de la tête – du lichen dans les narines – de la mousse dans les oreilles…

La nature (profondément) végétale de l’homme – et ses racines (viscéralement) minérales…

A la manière de la pierre et de la plante – comme un arbre – une montagne – dans les limites imposées par la matière…

 

 

On s’élance – lourd et innocent – à la rencontre du monde – de cette fenêtre immense sur soi – comme mille miroirs – partiels – rapprochés – légèrement déformés…

Ce que nous portons – malgré nous – sur le dos – le nom et l’histoire des hommes – la charge et la responsabilité des choses – en plus des soucis que nous avons fait nôtres…

Un feu embraserait cet amas d’ennuis – d’images – de croyances – inutiles ; et nous danserions dans le vide – sur la cendre – tous ensemble – très heureux…

 

 

Le réel – le monde – comme un rêve…

Avec deux yeux trop bêtement humains qui persistent à ne croire que ce qui est tangible – observable – apparent…

Comme si le reste – l’évidence – le plus sacré – l’invisible – nous étaient inaccessibles…

Comme une perception invalide – un défaut de lucidité – une amputation des organes les plus essentiels…

 

 

Aux marges du monde – la possibilité d’une solitude…

Dans la forêt – (presque) notre seul refuge…

Là où peuvent s’épanouir l’esprit – le silence – la liberté ; l’intimité et la joie – inexplicables – sans autre raison que l’intense sensibilité et l’accès (peut-être) aux profondeurs de l’être…

Avec – au-dedans – un incroyable sentiment d’union et de ressemblance – comme une aile sur un corps qui, peu à peu, prendrait conscience qu’il est, lui-même, aile – profondément…

 

 

Une autre perspective – celle qui nous emporte au détriment de ce qui demeure – cette vue surplombante – ce regard panoramique – comme une graine – une fenêtre – qui attend les conditions requises pour s’ouvrir et croître – devenir à la fois la somme des expériences et le résultat de leurs soustractions (successives)…

 

 

Un souffle – presque rien – et le déploiement de tout – comme une efflorescence – un développement – une multiplication…

Le feu et le vent – ce qui croît et s’obstine…

La marque particulière – acharnée – du vivant ; sa griffe en quelque sorte…

De la matière fragile – soumise à tous les assauts – mais qui jamais n’abdique – qui jamais ne renonce…

Un excès minime ; et tout périclite – tout disparaît ; et du monde, soudain, il ne reste plus rien ; pas même un vestige – pas même le souvenir – moins que le néant…

 

 

Ce que nous bâtissons contre le vent – et qui renforce la nuit – les instincts – la mort ; le sang sur les pierres – la tristesse des yeux et des âmes – comme une manière (involontaire – bien sûr) de prolonger cette misérable existence…

 

 

Le feu – en nous – à qui nous apprenons le langage du désir – pour en faire un allié supplémentaire – une force capable de fendre la pierre – d’excaver les montagnes – de retourner toute la terre du monde – à seule fin de nous assouvir – de nous rassasier…

 

 

Un regard trop restreint – la surface d’une parcelle – à peine – une seule couleur – une seule folie (bien pâle – presque éteinte) – des existences minuscules – bien trop mesurées…

Et cette écriture qui tente de percer l’étroite coquille où nous vivons enfermés – cette affreuse cloche de verre sous laquelle nous gesticulons à la manière des insectes – pris au piège – prisonniers – victimes de notre nature – de notre tropisme – de notre soumission aux instincts et à la nécessité ; – instruments de la vie et du monde – instruments (partiels et incomplets – (très) médiocrement incarnés) du silence – en somme…

 

 

Les instincts du monde – dans nos veines – sous le vent – dans l’herbe – sur les pierres qui voient couler le sang – la sueur – les larmes – les yeux tristes des mères et des enfants – le regard fou des hommes – cette ardeur qui jamais ne s’éteindra…

 

 

Nous entrons (presque toujours) par effraction dans la tendresse – cette pente douce – comme une cachette – un refuge contre la violence et la folie ; et nous en sortons par immaturité – par inadvertance – comme des enfants désobéissants et inattentifs happés par le grand soupirail du temps…

 

 

Uni(e) aux fleurs – cette écriture – et le silence…

 

 

Jour et nuit – comme une peau à recoller – à réparer – à aimer davantage…

 

 

Des lambeaux de vie – des lambeaux de mort – par intermittence…

Des traces de luttes pacifiées…

De la fièvre et de la fureur – incontrôlables…

Des nœuds – une corde – longue – que l’on use et qui s’effiloche – jusqu’à la rupture…

La chute – cette route que nous empruntons (tous) – malgré nous…

Seul(s) – au début – à la fin – tout au long du voyage…

Comme mille barques – en tous sens – sur l’océan – et leur lente dérive – et leur long périple vers la disparition – vers le même oubli…

 

 

Ensemble – comme si nos âmes – comme si nos voix – pouvaient s’emmêler…

Mais il n’y a que nos cris que l’on entende…

 

 

Notre chant – comme un axe – parmi tant de déroutes ; une lumière à travers les ruines…

Le temps – les excès (et le manque) de temps – dilapidé(s) dans le noir…

L’horizon que l’on arrache aux rêves…

Cet air des hauteurs qui nous fait défaut pour conclure – pour toucher du doigt l’achèvement…

Notre angoisse (si terrifiante parfois) – nos craintes (quasi quotidiennes) – devant le versant le plus abrupt du monde – de l’azur ; ce cœur – ce centre – apparemment impénétrable…

 

 

Des luttes – sans raison – comme des poussées de fièvre…

Et des rêves qui tournoient – qui se cognent contre les parois de notre tête…

Du bleu – des ailes – et cet air renfrogné face aux vents tourbillonnants – le cou enfoncé dans les épaules – le regard paralysé par ce que l’on imagine plus haut – comme une récompense – comme un poignard, en vérité, qui, un jour, se plantera entre nos omoplates…

 

 

Des amours sans grâce – sans charnière – sans pardon – ce qui s’enracine dans nos yeux – dans nos pas – à force d’habitude – à force de certitudes ; jamais comme au premier jour (mais y a-t-il déjà eu un premier jour ?)…

L’hiver et la solitude en toute saison ; des oiseaux au-dehors – virevoltant – indécis – sans refuge – partagés entre la terre et les cieux – entre l’ailleurs et leur fidélité au monde – au nid jamais constitué…

Et le vent – brusque – puissant – dont on ne peut espérer qu’il pacifie la rage – toutes les inclinations à la fureur – qu’il redore le blason des ensommeillés et mène en des lieux plus favorables les âmes sensibles qui cherchent leur place – un horizon meilleur – plus innocent – plus approprié…

 

 

Ce qui s’affaisse – en nous – pour laisser rayonner quelques astres anciens ; la lumière et l’océan…

 

 

Le chemin que choisissent nos pas – ni le plus simple – ni le plus direct – celui qu’impose la nécessité ; le plus juste parmi d’innombrables…

 

 

Sur notre soif – des malheurs – bien souvent – comme une habitude – un destin – une leçon jamais vraiment apprise…

Et l’invisible derrière – toujours – et qui, parfois, s’avance au seuil du plus tangible – du plus grossier – du plus nauséabond – aux frontières de la fumée – si proche de l’aveuglement – dans l’air incandescent à force de cris et de colère – sur le sol brûlé à force d’ardeur et de pas obstinés…

 

 

L’œil – au-dehors du monde – que le regard, peu à peu, remplace…

Ce que l’on creuse – à force de vivre – comme un gouffre que nos gestes (et nos pas) transforment en abîme – à la manière d’un néant inventé – quelque chose que nous façonnons (tous) au fil du temps…

 

 

Un sol recouvert de tombes et de mains levées – la vie qui s’acharne sur la pierre – indifférente à l’obscurité qu’elle y laisse – comme des strates de noir supplémentaires – des couches et des couches où l’on s’englue – au milieu desquelles l’on s’éreinte à naître – à vivre – à mourir…

 

 

Ce qui se répand sur la terre – dans les âmes – partout – et que l’on cristallise en (faux) savoir – en (vaine) fierté ; la lèpre – la gangrène – des croûtes de bêtises et de mensonges qu’il convient d’arracher – et qui laissent la chair et la sensibilité à vif…

L’empâtement du vide – comme un ventre repu – gonflé – que l’on voudrait ouvrir – empaler – déchirer – pour se débarrasser de ces amas – de cet enfermement…

 

 

Un sentier de signes – de lettres et de chiffres – de rêves et d’idées – qu’il faudrait délaisser – la fièvre sous le front – pour inventer sa propre route – sans mémoire – sans (véritable) intention…

Rien que des stigmates et des envoûtements – la mort qui se frotte contre notre visage – sur les lèvres, le dégoût – et dans la poitrine, la suffocation…

Et la main encore trop lourde sur la page – l’œil nouveau – le sang frais – ce qui circule bien au-delà de la tête – qui prend sa source ailleurs – très loin – dans les hauteurs – entre le ciel et l’esprit…

 

 

Le vide – au-delà de la terre – au-delà de l’horizon – au-dedans – ce que nous accolons à la vie – ce que nous apposons contre la chair – contre l’idée de la mort – ces fragments de silence – ces lambeaux de néant…

Le monde sur nos lèvres plaintives…

A l’approche du jour – le geste sans mémoire…

Ce qui disparaît – emporté par nos feuilles ; ces traces d’encre au fond des yeux – entre la lune et l’infini…

Et ce fil sur lequel nous marchons tous ensemble – à la manière des funambules…

 

 

La loi – le secret – la protection – fruits et instruments de la peur…

La lumière antérieure au labyrinthe…

Le commun dans sa plainte ; des cris – des prières – des murmures – inutiles…

Au-dessus des têtes – le vol effarouché des sorcières…

La bave aux lèvres et le regard trop fier…

Ce qui excorie la peau – ce qui entaille la chair – ce qui brise les os…

Les fleurs qui apparaissent sur le chemin – toutes nos consolations intérieures…

Ce qui berce ce qui hurle et ce qui saccage…

Le monde moins loin que notre âme…

A peine vivants – comme cloués à cette (incroyable) distance qui nous sépare…

 

 

Nous – nous détachant de ce qui nous brime – de ce qui nous écrase – de ce qui nous déchire – la pauvreté humiliante – les chemins qui éloignent – qui nous rapprochent (trop malhonnêtement) – l’étendue (insoupçonnée) entre les tempes – au fond du cœur – communiquant parfois…

Nous – parcourant la pierre – nous défaisant de l’abîme – du mystère – du rêve des hommes – tombant au milieu des énigmes du monde – nous relevant à chaque virage – poursuivant (obstinément) notre marche – nous acharnant à considérer chaque étape comme une épreuve – oubliant de nous libérer du sens et de la possibilité de la résolution…

Plongé(s) au cœur de la danse des vivants – gesticulant sur toutes les scènes – au milieu des cris et des tourments …

 

 

Plus loin que le monde – ses lois – ses ruses – ses secrets…

Au plus près de la sorcellerie des temps premiers…

Ce qui se porte et s’avance – malgré nous…

Au centre du labyrinthe…

Peu à peu – en pleine lumière…

Au-delà de tout propos…

Ce que l’on érige et ce que l’on invente…

Ce que l’on recombine et ce que l’on dissimule ; cette danse étrange des viscères et des orifices…

L’invisible mutilé ; la cécité souveraine…

 

 

Le silence déformé par le désir et la mémoire – comme une poussée asymétrique de la partie la plus nuisible du réseau…

Dans la transparence – avec tous les signes préexistants…

Quelques vibrations pathologiques – sans impact sur l’immunité de l’étendue…

 

 

Des lieux – un monde de cages parallèles – des frontières enchevêtrées – et ce fil qui court entre toutes les têtes – qui se faufile sur toutes les peaux – qui pénètre toutes les chairs…

Toute la verticalité du ciel – des Dieux – au cœur de nos existences si communes – si triviales…

 

 

D’un bout à l’autre du monde – de l’âme – de la chair…

Du côté du silence et du langage…

L’essentiel en creux et en lignes – toutes nos contingences – toutes nos projections…

Le temps – éparpillé – à l’agonie – dans son dernier souffle…

 

 

La matière (terrestre) – comme un piège d’abord – un orifice qui nous magnétise – qui nous attache – qui nous fixe et nous immobilise – puis, qui apprend (à l’aide de l’esprit) à se dilater – à s’ouvrir – à s’infiniser…

Et nous – au-dedans – nous approfondissant…

 

 

Sans terre – sans l’ombre d’une étoile – au cœur des courants qui nous emportent – le long d’une voie qui jamais ne dit son nom…

Et ce langage inconnu pour aborder l’éternité – l’inconcevable – la partie, en nous, la plus centrale – la plus inhabitée…

 

 

Des heures particulières – comme une page secrète – inconnue – parsemée de signes affranchis du sens – des signes en perspective qui éclairent autant le ciel que la mort – autant la multitude que l’étendue…

Et entre nos lèvres – ce silence – cette parole inarticulée – indéchiffrables…

 

 

A l’intérieur du temps – une présence infinie – délicate – qui échappe à la prolifération – au règne et aux cycles de la matière – au rythme et à la durée – à toutes les formes de retour et de linéarité ; quelque chose d’intangible – comme un cœur atemporel exonéré des mouvements et des secousses…

Des fragments d’espace et la distance – délaissés…

Des voies qui explorent la moindre cavité…

Des interstices à découvrir…

Des surfaces et des passages – et une chute (presque) inévitable…

Des profondeurs et l’invisible…

Le regard – au-dedans de l’âme – sur toutes les choses devenues intérieures…

Un vertige – des extases et de l’immobilité…

Le goût de soi et le goût du monde – en tous lieux…

 

 

Notre matière changeante et immortelle…

Des entités (très) provisoires – vouées à la permanence des échanges ; fragments inlassablement recombinés – se recombinant sans cesse – sans fin…

Et ce vide – suspendu – partout – au-dessus – au-dedans – en dessous – engagé au cœur de chaque forme – au cœur de chaque phénomène – au cœur de chaque expression – comme un territoire et une respiration unifiés et multidimensionnels…

 

 

Un espace – une prière – l’aube naissante ; la continuité, bien sûr, d’un itinéraire sans voyageur – une évolution de la perception qui goûte toutes les formes – toutes les textures – toutes les couleurs…

Alliances – collisions – ruptures – séparations – déploiements – amassements – obstructions – déblaiements – effacements – disparitions – recommencements ; surface et profondeur – contraction et expansion ; mille manières d’échanger et de se combiner – sans jamais s’interrompre…

Nous en eux – en tout – en nous-même(s)…

 

 

Au cœur de l’âme – l’esprit – un peu de matière – qui cherchent l’éternité et le silence…

Un cri – un murmure – une voix…

D’un monde à l’autre – de jour en jour – au fil des générations – toujours plus ou moins libre(s) – incarcéré(s) – ailleurs – perdu(s) – présent(s) – déboussolé(s) – à demeure – selon l’état et le degré de conscience…

 

 

Cette terre émergeante au-dedans de l’autre – notre âme – celle où l’on vit – sans commune mesure avec toutes les histoires que l’on nous raconte – que l’on se raconte – notre itinéraire – cette danse paresseuse entre la source et le retour à la source – ce que les hommes appellent l’existence – le voyage – leur destin…

L’aube traversant le monde – le monde devenant la parole – les signes de l’encre – le sang des vivants – sur nos pages…

 

 

Ce qui fonde le visible – l’apparence – cette surface où la lumière se mêle à la tragédie – la brume et le vent atemporel – infaillible ; nous – les hommes – encore très éloignés des sommets – du moindre tertre – des premières hauteurs…

Des tranchées – trop souvent – que l’on creuse avec le soc de la raison – saison après saison – siècle après siècle – comme l’on parcourt – au-dessus – au-dehors – le même sillon…

De ciel et de terre – notre chemin – sous nos pas trop lourds – sans jamais rien franchir ; la trop pesante remontée vers la source – l’origine de la matière et du vide – nos visages (outrageusement) déguisés que les circonstances, peu à peu, débarrassent – mettent à nu – rendent à l’innocence…

 

 

Tout se disloque – et, sous l’effritement, apparaît le sourire – derrière les voiles – derrière les pleurs – derrière l’effondrement – caché, depuis toujours, au milieu des apparences…

Nous – dans les décombres – comme une fleur qui éclot dans la glaise – sur la dislocation…

Aux confins d’un espace qui jamais ne peut finir…

 

 

Les plis du monde – sous notre chair – dans les recoins de l’âme – les secrets de la mort au fond de l’esprit…

Un souvenir – parfois – le vestige d’un état antérieur – sous l’orage et la plaie – quelque chose du ciel…

Un peu de bleu sur nos perspectives…

Et notre persévérance face à l’absence – face à l’obscurité…

 

 

Nous n’existons qu’à travers l’oubli – puis, l’effacement…

Rien des amas – des cumuls ; un tas de neige comme récolte – le monde sous verre – dans notre main – des pleurs et de l’affolement – avant le grand silence…

 

 

Un lac au fond du cœur où finissent par sombrer toutes les choses…

L’eau qui s’infiltre – à l’intérieur – comme le prolongement de la rupture – la faille qui s’élargit – la matière qui s’imbibe – le vide, peu à peu, envahi…

L’incarcération transformée en temple liquide…

Les racines et la marche – pourrissant…

Les conditions de l’immersion et de l’envol – simultanés…

 

 

Ce que nous récolterons à la fin de l’hiver – un surcroît de silence…

 

 

Une expatriation sans affolement – un simple détour par une terre étrangère – un archipel au bord du monde – une contrée moins sombre où la nuit perd (en grande partie) sa démesure – où l’âme se résout à l’essentiel – où le geste apprend le rythme et la justesse – histoire d’alléger toutes les pesanteurs…

Une fenêtre – et des pas qui nous rapprochent – l’Amour en vue…

Le franchissement d’une frontière qui exclut toutes les têtes porteuses du moindre signe de sauvagerie…

Quelque chose de tendre – véritablement ; bien moins miroir que douceur…

 

 

Dehors – rien qu’une étrange fatalité – des choses – mille choses – bien trop – des circonstances – ce qui a l’air d’arriver…

La vie – le monde – notre visage – intranquilles…

Et cet espace – à l’intérieur – doux – tendre – capitonné – où l’on peut tout accueillir – où l’on peut tout recevoir – sans jamais trembler – sans jamais rien attendre – sans jamais se perdre…

 

 

Eparpillés sur la terre – dans la nuit – ce feu allégorique – cette manière d’apprivoiser le monde – d’embrasser le visage lointain de l’aurore…

Nous – sans trouble – sans filet – sans volonté – vaillant à l’intérieur – présent au-dehors – avec sur nos épaules, toutes les têtes (excepté la nôtre)…

 

 

Des fleurs – un sourire – nos seules armes face au monde – violent – rusé – prêt à tout pour atténuer ses malheurs…

Nous – entre le ciel et le tremblement – guère assuré(s) – parmi les astres de la nuit nouvelle…

Un soleil – sans la tyrannie des Autres – pas même avili par nos grimaces – nos absences – planté au milieu du front – au milieu de notre joie – comme un immense point jaune né d’une secousse qui, un jour, ébranla notre sommeil…

Une traversée – comme un envol (impromptu) de lettres – au-dessus des flammes – sur nos feuilles (trop) noircies…

 

 

Mieux qu’un rêve – mieux que le réel revisité ; un rire énorme – éclatant – au cœur de la vérité ; les délices d’une âme sans mensonge – admirablement authentique – célébrant le jour et le monde…

Un jour – un monde – sans pareils – sans usure…

Ce que le sort nous réserve aux dernières heures du voyage – comme une surprise – à coup sûr…

 

 

Dans l’attente de l’infini désenchaîné ; prisonnier volontaire dès le premier jour – comme un oiseau étrange rompu aux ailes coupées – de la poussière sur ses yeux vifs – un peu de sang dans ses veines – sur ses plumes et son bec – et dans les griffes – redoutables en apparence – sans doute le moins féroce – le point de délivrance – comme un instinct à la rencontre d’un autre instinct – deux forces opposées qui s’affrontent et s’annulent…

La nuit moins obscure qu’au premier jour – éclatante bientôt de lumière – peut-être…

L’infini – l’oiseau – la clarté – se retrouvant – après des siècles de séparation – unanimement décidée…

 

 

Nous – entre la solitude et la folie – les pieds et la tête plongés dans le noir – devenant notre propre voix – notre propre vertige – notre propre délivrance – une route étroite – une issue possible – comme un dôme – posé au-dessus d’un grand désespoir – soudainement arraché…

Nos lèvres – dans l’attente d’une blancheur – d’une caresse – d’un nouvel horizon – découvrant enfin un monde inconnu – bien davantage qu’une (simple) consolation…

 

 

Sans fin – comme une nuit à rejoindre – à embrasser – à pardonner – pour les larmes qu’elle fit tomber – pour les cendres qu’elle jeta sur nos âmes – sur nos yeux – comme une mère à la poitrine aride – la bouche pleine de ressentiment – le sang brûlant – nous berçant dans la trop grande proximité de la terre au lieu de nous abandonner à la magie mystérieuse des airs – des eaux claires – des courants vivaces – des souffles profonds et amoureux – qui nous auraient, peu à peu, initié(s) au provisoire – au ciel – à l’océan…

 

 

De la lumière – parfois – jaillit le plus sombre – non comme un hasard – non comme un accident – comme une absolue nécessité…

 

 

Ce qui lacère – ce qui brûle – ce qui empiète ; le territoire noir et son règne – son rayonnement – sa splendeur…

Une armée de bourreaux anéantissant tous les élans – défigurant le monde – saccageant la pierre et la chair – comme d’autres dansent et célèbrent – naturellement…

 

 

Un rêve entre deux averses – une langue qui décrit tous les horizons…

Des étoiles – le sol – des chemins – ce qui tombe et s’égare – ce qui franchit et ce qui invite…

Toutes les dimensions du monde – tous les règnes – tous les épuisements…

Le jour et la nuit, sans cesse, recommençant…

 

 

En plein cœur – là où réside l’Amour – là où la chair est la plus dense – la plus fragile – là où Dieu bat les cartes sans jamais les distribuer – là où la nudité nous donne une allure presque minérale – là où se disloquent toutes les âmes – où s’éteignent tous les désirs – là où s’arrache et se métamorphose en sang – en spectre – ce qui nous est le plus cher – le plus précieux (faussement indispensable) – dégoulinant – errant – sur la pierre – interminablement…

 

 

Nous – dans la lutte – rêvant – encore en plein sommeil…

 

 

Les yeux face à la montagne – poings levés – regard clair (et franc) – les muscles tendus – l’âme et les épaules prêtes à supporter leur charge…

 

 

A distance de l’or – un peu de danse – sur nos lignes – quelques pas esquissés dans l’intention (trop précise – trop volontaire) d’un geste juste…

Ce qui – en nous – s’ouvre comme un coffre – ce qui jaillit de notre abîme – un trésor – le cœur – le monde – invisibles…

Ce qui, à chaque instant, peut s’entrevoir – être vécu, de plus en plus pleinement, et honoré…

L’autre versant de la terre – les yeux grands ouverts – qui fait de chaque forme – de chaque chose – le plus sacré…

Ce que l’on peut sauver de l’absence et de l’anéantissement…

 

 

Les heures (trop) passagères de l’étreinte – ce que l’on partage avec l’eau et le lit des rivières – un chant continu – une couverture d’étoiles sur les yeux…

Et à l’autre bout de soi – tôt ou tard – un jour – la faux qui s’abat…

 

 

Des murs – des grilles – l’espace des vivants…

D’une extrémité à l’autre du feu…

Des tours – des trous – des mains qui s’agrippent…

La vie – la mort – de plus en plus mélangées…

Le camp des Autres – notre solitude…

Ce que l’on aimerait voir briller dans le sang – au fond des âmes – dans le poing levé des hommes – et ce qui, parfois, arrive – comme par mégarde…

La quantité négligeable que nous sommes….

 

 

Ce que nous partageons – la mort et les crachats – la pluie – la férocité des bêtes qui nous assaillent – ce que nous n’avons jamais cessé d’être…

Le lierre autour de notre cou – jusqu’à l’étouffement – jusqu’à la délivrance…

 

 

La terreur et la semence – les instincts qui brillent dans les yeux – ce que la faim prolonge – et cette odeur – et cette couleur – auxquelles nous ne pouvons échapper…

Ce qu’il y a de plus hostile en l’homme ; le froid – notre cœur emmuré…

 

 

En attendant le silence – la fièvre contagieuse – le déploiement de la force – de la bêtise – de la violence – l’usage et la cruauté…

Notre longue veille depuis les mondes parallèles…

Nos balbutiements – guère entendus – comme nos prières et nos vociférations…

Un peu de salive dans la poussière…

 

 

Le vent qui nous appelle – auquel on appartient ; trait pour trait – notre visage…

Présent en tous lieux – comme le jour et la nuit – tous les reflets – toutes les ombres – ce qui scintille, si souvent, comme une illusion…

Les différentes figures du silence – réunies dans le regard – dans chacun de nos gestes…

L’espace vivant que nous habitons – la présence sensible que nous sommes…

 

 

Au-dessus du monde – les sous-sols de l’enfer – en attendant la démultiplication du feu – le déploiement de la fièvre et de la folie – ce à quoi œuvrent les hommes – depuis leurs hauteurs (dérisoires)…

 

 

Le sentier des crêtes – de part et d’autre de la blancheur – l’immensité – le silence incommensurable…

Notre envergure – sans restriction – sans trahison – entière – non corrompue…

Et des cœurs hostiles inentamés – comme de hauts remparts contre lesquels se brisent tous les élans de notre (faible) voix…

Des sons – des lignes – inaudibles – dégoulinant le long des murs – plongeant dans les eaux croupies des douves…

Nous – devenant stagnant(s) – une force immobilisée – guère plus puissant(s) que les premiers (et médiocres) balbutiements humains…

 

 

Nous – nous détachant de toutes les formes d’imprécation ; le désir du meilleur pour les Autres – autant qu’ils en sont capables – hors du rêve et des (fausses) appartenances…

Leur vrai visage s’extirpant, peu à peu, de toutes les généalogies…

 

 

Le vent sans destination – sans cause – sans maître ; le souffle même des origines – peut-être…

 

 

A peine un éclat – une couleur délavée – des existences insipides – sous la terre, déjà, de notre vivant – si éloignés de l’oiseau libre – de la mort joyeuse – de la vie pleine – de ce que tous les prophètes, un jour, ont promis…

 

 

Rien ne pourra nous délivrer de cette longue nuit d’épouvante ; une seule possibilité : nous décomposer – devenir la résultante (prévisible) de toutes les soustractions imaginables…

 

10 novembre 2020

Carnet n°248 Notes journalières

Fidèle à ce qui nous étreint – parmi nos semblables – au cœur du même asile – des mots qui surgissent et s’alignent spontanément – Dieu épelé de mille manières – comme une prière dans la nuit inventée par les hommes…

 

 

Notre présence – ce avec quoi nous fleurissons le monde – ce avec quoi nous fleurissons les tombes…

Ainsi le jour peut se lever – affranchi des exigences du temps – sans promesse – sans lendemain…

 

 

Nous – en deçà de l’intimité – au cœur de ce lieu étrange où les âmes ont encore besoin de commercer…

 

 

Au-delà de toute légende – le réel – le silence – la poésie – les seules contrées habitables ; l’espace sans parcelle – sans frontière – sans territoire à défendre – sans terre à conquérir…

 

 

Nous – encore dans la nuit rêveuse – ambitieuse – chargée de désirs et d’intentions…

Le poème que nos lèvres dessinent – de l’air qui circule – quelques vibrations parfaites dans le silence…

Des lignes invisibles dans l’espace…

Le mouvement de la main sur la peau du monde – sur la peau des Autres – comme un sabre qui fendrait le vide…

Et l’âme toujours étonnée et généreuse – et nos pupilles grandes ouvertes – émerveillées…

 

 

A l’approche du jour – la transformation des bras en ailes – robustes – légères – déployées – l’envergure naissante – comme l’aurore – les prémices de l’envol – ce qui, en nous, célèbre la terre et les frasques journalières des Dieux crépusculaires – ce qui abroge le temps et toutes les autres possibilités…

 

 

De la craie sur la pierre – la pluie qui tombe – le ciel qui efface nos traces – nos tentatives – qui anéantit nos amas – qui lave nos outrages et nos offenses…

Dans les filets du réel (aux mailles serrées) – l’invisible qui règne – et le plus grossier qui se débat et se défait…

Nous tous – pris dans la composition à l’œuvre – à la merci des limites et de la puissance – nous éparpillant sous le joug de toutes les recombinaisons et de toutes les forces…

 

 

En secret – le monde – devant nous – qui invite et initie…

Ce que nous reconnaissons dans nos aveux…

 

 

Les poings serrés – les yeux fermés – fidèles, en somme, au déroulement de l’histoire…

Pierre après pierre – comme une longue prière – cet étrange voyage – à travers le désert – vers la source où l’eau coule sur la soif – comme la sueur qui, tout au long de la marche, ruisselait sur la peau…

 

 

Ce que déchire le monde (la fréquentation du monde) et ce qu’offre la solitude…

L’âme malmenée – le feu et le sang qui circulent dans les veines – le souffle compté dans la poitrine – la fin du désespoir et de la peur ; l’esprit au-dessus des cendres…

Ce que nous réussissons à toucher à travers le geste juste – le regard poétique…

 

 

Le sol et la folie – au faîte du monde ; et ce qui échappe (de justesse) au recommencement…

 

 

A notre fenêtre – la source dérobée – le mystère offert – la nudité la plus simple – et cette inclinaison de l’homme face à la terre – face au ciel ; l’acquiescement aux mille événements du monde – aux mille circonstances du voyage…

 

 

Nos mains – sans la langue – affranchies de tous les commentaires – ceux de l’esprit comme ceux du monde…

Toute la poésie dans l’âme – et rien sous le bras – la poitrine et le front suffisamment larges pour sentir le vent – l’accueillir – et nous redresser naturellement – sans raison – sans fierté…

 

 

Saltimbanque sans inquiétude – sans attache – sans le moindre tour dans son sac – sans espérance ; clown, magicien et funambule à la fois – équilibriste déraisonnable à l’humour grossier et grinçant – apte à toutes les disparitions – à tous les effacements – debout – à genoux – avançant sur son fil tissé à la trame – relié(s) à tous les autres…

 

 

A travers la lucarne – la vie – le monde – ce qui se multiplie et se déploie – cette terre étroite – comme une île entourée de grilles…

Au-dessus – le ciel – sans bord – sans côté – qui s’étend sur toute l’envergure horizontale et qui acquiesce à tous les noms que lui donnent les hommes…

 

 

Des routes – des voyages – des naufrages…

Le sort des hommes à la surface du monde…

D’un bord à l’autre – sans facilité…

Avec des désirs et des cris qui montent du fond des entrailles…

Notre destin – sans profondeur – englué dans les apparences – si souvent…

 

 

Nous avançons les mains vides – en définitive – l’histoire sous nos pieds – et le vide au-dessus de nos têtes…

Le sommeil sur l’épaule – comme un rapace dont nous serions la proie…

Ainsi bâtissons-nous le monde sur une ignorance – une sorte de quiproquo…

Une terre propice à toutes les absences…

Un trou béant au milieu du visage – comme un espace vide réservé aux fleurs et à la poésie – à ce qui ne craint de s’offrir tout entier – à ce qui ne craint de se perdre entièrement – le plus fragile et le plus brave que la terre ait inventé – ce qui frémit au milieu du rêve – le ciel clair – affranchi des hommes – des images du monde et du temps…

 

 

Nous sommes endormis sur trop de richesses pour explorer le ciel – les profondeurs…

Nous nous réduisons à vivre à hauteur de sol…

 

 

Nous – au milieu des applaudissements – des ricanements – des Autres – à nous promener dans le périmètre autorisé – délimité – bien en deçà des premiers confins…

A nous réjouir des spectacles de cette vie étroite – de ce carré de terre régi par les lois humaines – enserré par toutes les autorités que nous avons inventées pour sécuriser l’espace où nous vivons – enfermés…

 

 

Devant soi – comme devant Dieu et le monde – à notre place – de manière minuscule – et le visage découvert – sans artifice…

 

 

De la neige – dans l’œil – dans l’âme – comme l’antidote à tous les rêves – à tous les filtres ; un peu de frais et de blanc sur ce que l’on a coutume de colorer trop vivement – avec trop d’ardeur…

De la chair sur ce que nous choisissons comme allié – comme rempart ; une protection infime et modeste autour de la pièce centrale – celle qui sera habitée lorsqu’elle saura s’exposer à tous les vents…

Et nous – mobiles et obéissants – à l’intérieur…

 

 

Un peu de jour – à travers les grilles – dans cet étrange passage où nous demeurons – le soleil dans son axe – à l’écart de nos jeux stériles – de nos gestes maladroits – de nos âmes tourmentées…

 

 

Sur les lignes sacrées de la main – comme un prolongement – le déploiement – de l’espace divin…

 

 

La folie analphabète de ce monde…

Et (tous) nos cahiers pour en témoigner…

 

 

Au-dessus de l’abîme – de l’écho – quelque chose advient – se déploie – se répand – nous envahit – nous habite ; notre unique substance – ce que nous sommes par essence – tout ce vide que nous avons recouvert de couleurs – de parures – d’oripeaux – comme mille mensonges – dans la continuité des images et des rêves édifiés à l’intérieur…

 

 

Du silence – comme un œil qui voit – comme une bouche qui enfin se tait – un esprit qui, après mille aventures – enfin comprend – devient ce qui l’habite – au-delà du songe et de l’étrange – ce que la poésie souligne (trop fortement parfois) avec quelques mots – quelques images…

 

 

Ce qui nous brûle – à l’intérieur – le sort du monde – ce à quoi nous résistons – ce que nous défendons bec et ongles…

Notre destin accroché à la hampe avec laquelle jouent les Dieux…

 

 

Notre visage à la fenêtre – ce que les Autres perçoivent ; la seule figure que nous connaissons – en vérité…

 

 

Des oiseaux sous les paupières…

Un immense sourire au fond de l’âme…

Le séant sur les pierres de la forêt…

Une voix – en nous – qui s’élève…

Le monde dans nos mains généreuses…

Ce qui coule et ce qui flotte à la surface des rêves…

Encore trop de routes et de mensonges – à l’intérieur…

 

 

La suite du voyage – du temps et de la distance – ce qui nous sépare de la lumière – à peine un geste – à peine un pas – ce qui, en nous, se redresse ; la seule présence – bien sûr…

 

 

Tout se creuse – en nous – pour nous découvrir – nous habiter – nous révéler ; espace d’accueil des choses ; aire de tendresse et de lumière…

 

 

Le silence dans notre parole – des lignes – des pages – pour secouer les rêves accrochés à nos yeux…

 

 

Ce que nous amassons sur notre bouée dans la croyance d’une côte – d’une rive – d’une île – à proximité – alors que l’océan nous entoure et que les vagues nous emportent au loin – vers le large…

Et ces cris – et ces prières – au milieu du naufrage…

 

 

Accroupi(s) parmi les racines – les mains agrippées à la roche – aux prises avec la nudité acérée du monde (naturel) – l’esprit inattentif – éparpillé – comme un voile supplémentaire sur nos yeux fermés…

Victime(s) de nous-même(s) – en quelque sorte – avec des épines plein l’âme et la chair ; ce que, sans cesse, nous nous infligeons…

 

 

Au fond de l’abîme – dans l’épaisseur insoupçonnée du monde – à genoux – la soif jusqu’au bord des lèvres – et la main mendiante (bien sûr)…

A lever les yeux vers le ciel – comme si le sable – les pierres – nos existences enlisées – avaient la moindre importance…

 

 

Rien que des larmes et du sommeil – et ces corps amoncelés au bord des routes…

Entre le ciel et le monde – le même espace – cette distance qui nous sépare…

Comme des voiles – des grilles – derrière lesquels régneraient, impassibles, tous les soleils…

 

 

Une parole – entre la terre et le naufrage – constellée d’abîmes et de silence – et dans sa chair – dans le creux des siècles vécus et amassés – la lumière ; cette voix tendre qui offre sa sensibilité – comme une invitation (permanente) à l’émerveillement…

 

 

Bandeau sur la tête – sur les yeux – à nous enfoncer dans l’imposture – la mémoire tenue en laisse devant nous – comme si nous voulions prolonger l’absurdité et l’ignominie de ce monde – collier au cou et guirlande sur la poitrine – partagés entre le rêve et la nécessité (souvent imaginaire) du sang…

 

 

Ce que l’on incline et ce que l’on érige – à l’inverse (presque toujours) de ce qui s’impose – les représentations en tête – sur l’axe autour duquel nous faisons tourner le monde – nos pauvres existences éparpillées – à la traîne de tous les idéaux – plongés dans l’utopie insensée de l’abstraction – là où nous contraignons le réel à entrer – dans le carcan de nos intentions – de nos (misérables) inventions – dans l’étroitesse de l’espace où nous vivons – où nous pensons – auquel nous condamnons tout ce que nous voyons – tout ce que nous goûtons – tout ce que nous sentons et expérimentons…

 

 

L’oreille immense – discrète – qui ouvre et libère – ce qui est fermé et captif…

Le monde comme un miracle – malgré les cris et l’ignorance – la main parfois cruelle de l’Amour – si chichement – si étroitement – si maladroitement – incarnée…

 

 

L’invisible – comme des fées dans l’orage…

Les conditions du changement…

Tous les âges – sans repère – sans légende…

Affranchi de la mémoire et de l’imposture – de tous les rôles imposés par le monde…

 

 

Tous les visages du monde dans nos cahiers…

Le bleu – le noir – la terre – l’immensité…

La joie et les malheurs…

Ce que l’on cache et ce que l’on révèle…

L’authenticité de l’homme – debout – solitaire et silencieux – comme l’exigent (presque toujours) les circonstances…

 

 

Ce qui circule – en apparence – sillon après sillon – la même perspective – la même pensée – jamais démontées – jamais démenties – identiques toujours – comme un écran – une guirlande – une chaîne – quasiment indestructibles – presque éternelles…

 

 

Ce qui ronge les âmes – ce qui restreint et incarcère le moindre rêve – le moindre élan…

Ce qui tombera en ruines – avec nous – à la fin…

 

 

Des ombres aux portes du néant…

Le sommeil sous le coude – comme une issue – une manière de passer outre…

L’imaginaire débridé – comme un pont – un accès à d’autres rives – à d’autres mondes…

Une étoffe serrée sur nos yeux malades et implorants…

Le dialogue ininterrompu entre Dieu et nos mains…

Le geste et l’esprit – comme un espace d’abondance – un cœur brillant – un feu et une lame lovés contre la tendresse…

Le plus sauvage – de la tête au sang…

Sur le sable – un naufrage…

Ce que désigne le monde…

Ce à quoi rêvent tous les reclus – tous les séquestrés…

Le jour – la parole – la croyance…

Ce dont nous faisons tous l’expérience…

La détention et le goût de la liberté…

Le réel et le songe intriqués…

 

 

Devant la vie comme devant le temps – la mémoire alerte – l’âme enhardie – comme devant mille possibles – mille rêves – mille promesses – accessibles – réalisables…

Jour et nuit – à arpenter le monde…

 

 

Le poids inutile des Autres dans notre faim – la tête déjà lourde de leurs rêves et de leurs idées – et nos mains qui s’exécutent – et notre âme oscillant, sans cesse, entre l’obéissance et la révolte – entre la colère et le pardon – ignorante (presque toujours) du labyrinthe où on l’a, un jour, installée…

 

 

L’aube et la terre – allongées ensemble – sur cette couche composée de désirs et de nécessités…

Le secret contre la pierre – le soleil jamais loin de la blessure et la fièvre au-dedans…

Et l’esprit qui cherche ses ailes – son souffle – un support – un peu d’air et d’espace pour survoler les ruines et les fleurs – le monde – ces fragments de promesses accessibles à tous les voyageurs…

 

 

Une série d’exils successifs – sans échéance – sans étreinte – où la seule proximité se noue avec la solitude et l’oubli…

 

 

Âme et cheveux au vent – dans le passage…

Un peu de silence – et le cœur et la main qui s’ouvrent en parcourant le monde – en tournant les pages de quelques livres (précieux)…

 

 

Comme les nuages qui passent – joyeux et inconsistants – fidèles au ciel et au vent – insoucieux de leur voyage – de leur destination – jouant ensemble dans le bleu immense sans jamais s’occuper de leur forme – de leur rythme – de leur transformation – intensément présents – intensément vivants – sans jamais craindre de n’être que de très provisoires (et de très changeants) phénomènes – à peine existants – une sorte d’illusion perceptible seulement depuis une (très) étroite perspective…

 

 

Notre vie – notre chemin – nos carnets – notre destin – quelque chose comme un (minuscule) rocher qui arpenterait la terre – qui roulerait d’une sente à l’autre – qui dévalerait des pentes – ici et là – et qui les remonterait parfois pour s’installer au sommet d’un tertre – au milieu des arbres et des fleurs – parmi les pierres et les bêtes – sans autre horizon que l’instant qui passe

 

 

Sans aile – les tempes battantes – le cœur comme une pompe (infatigable) – malgré l’âme blessée – l’esprit égaré et hésitant – comme errant – sous l’emprise d’un délire enfanté par le désir et l’ardeur…

 

 

Le nom des fleurs dans la tête – inutile…

Dans le sillon en flammes des oiseaux…

Comme un papillon perdu au milieu des ruines – inoffensif – à la merci de la moindre volonté…

 

 

Le dos courbé – anonyme – qui porte son poids imaginaire – qui cherche sa ligne d’horizon – le portage approprié – ce dont il faudrait se débarrasser…

Un pas après l’autre – dans une forme d’obsession inconsciente (et incomprise) – histoire d’aller au bout du possible – on ne sait où – en un lieu que nous fera (sans aucun doute) oublier la mort…

 

 

La lumière autour du cou – à arpenter le même espace de long en large – sans interruption – avec les mêmes gestes (répétitifs et quotidiens) – avec la même blessure et la même faim au fond du cœur…

Et, sur les pages, les mêmes lignes sans volonté – sans lendemain…

Et au-dehors – apparemment – les mêmes choses qu’à l’intérieur…

 

 

Ce qu’enseigne la désespérance – le trajet le plus intime – le plus essentiel – celui qui mène au cœur – de la périphérie jusqu’au centre ; avec cette humilité et cette obéissance – cet acquiescement sans volonté – le désir éteint qui a cédé la place à la disponibilité – les idées – les images – les élans – effacés – qui ont déserté l’esprit qui a, peu à peu, appris à devenir vide et attentif – (pleinement) engagé et (totalement) affranchi – à l’état de veille – comme un espace vacant – une présence (entièrement) dédiée à ce qui s’avance – à ce qui surgit – qu’importe les masques – les parures – les ruses et les intentions – affichés ; bouts de soi – de son propre visage – de manière (si) évidente…

 

 

Dans la mémoire – le sel noir du monde – de la tête – ce qui nous harcèle – ce qui désarçonne l’innocence – ce qui rend la transparence impossible…

Toutes les forces hostiles à l’aurore…

 

 

En nous – le troupeau – la meute – la horde – et le solitaire en exil – à l’écart où qu’il soit – où qu’il aille – quoi qu’il fasse…

 

 

Dans le cortège de menaces – ces vieux crachats – cette salive dégoulinant sur le visage – toujours présents – comme une offense – un outrage – l’enfance blessée encore incapable de redresser la tête – de traverser le monde avec gaieté et indulgence…

Ce qui nous assomme – et nous condamne – comme une chape de plomb…

 

 

Ce que l’on entasse – serré contre nous – nos pauvres trésors illusoires – cette extravagance de l’homme qui imagine côtoyer les hauteurs – au degré zéro du voyage – bien en deçà du seuil nécessaire au premier pas…

 

 

Sur les rives du monde – la foule…

Au-dedans – le seul chemin – l’unique compagnie – ce qu’offre l’intimité et ce que l’âme réclame…

Ni visage – ni miroir – le jour, sans cesse, recommencé…

 

 

Ce qui – en nous – surplombe les querelles – au-dehors et au-dedans…

 

 

Dans la volupté du geste – la sensualité des choses – dans nos actes hors de soupçon – la flèche qui traverse la mort…

Autour de soi – la foule et les malheurs – au-dedans – le feu et l’acquiescement – ce surcroît de place qui accueille…

 

 

Ce qui nous emprisonne – à peu près tout…

Ce qu’enfante la tête…

Le vide – ce qui nous libère…

Rien que le regard – sans paramètre – sans repère…

Le monde – en nous – presque asséché…

 

 

Les mots – comme des portes sur le jour…

Un autre monde – notre existence affranchie de la terreur…

 

 

Le visage dans l’herbe – comme les pierres et les arbres – comme les bêtes – de passage – avec cette soif qui nous fait arpenter la terre, puis, un jour, le ciel – à la recherche de quelques fruits, puis du plus précieux – ce dont nous n’avons jamais été séparés – en vérité…

 

 

D’une terre à l’autre – d’une page à l’autre – la vie – le poème – sans discontinuité…

Avec toutes nos amours – à l’intérieur…

Et ce que l’on partage – selon la faim et l’appétit des Autres…

 

 

Aux yeux retournés – la certitude et l’inconnu – la confiance et la liberté – le Divin vivant – l’écume du monde comme source d’émerveillement…

La poésie des miroirs et des excréments – avec le vide (immense) au-dedans…

 

 

L’ombre – le néant – tous les déserts accueillis…

Le jour – l’infini – tous les chemins possibles…

 

 

Les fleurs de l’âme – dans nos yeux ouverts – dans nos yeux vivants…

Le feu habillé de ciel – les cendres sous la paille…

La terre et la fièvre – à leur place…

Les pas sans peur – sans quête – sur la voie souterraine – risquée (mais sans véritable danger)…

Et la perception qui s’ouvre peu à peu – la seule manière de vivre (et d’avancer)…

Et l’Amour qui pousse – qui envahit tout l’espace – à l’intérieur…

 

 

Le monde…

De la chair taillée dans la soif…

Des ongles – des poils – des corps massifs…

Le ciel au plus bas…

Le règne de la puissance et de la sauvagerie…

Avec – au fil de l’évolution – une tête de plus en plus lourde – de plus en plus chargée de rêves abstraits et insensés…

 

 

L’oubli – sur nos pas – des traces – des lieux – des routes – de la douleur…

Et nos cris – et nos âmes rejetées – hantées (depuis toujours) par leur sort…

Et nous – nous répandant dans les tourments – dans les malheurs…

Seul(s) – au milieu des Autres – égaré(s) – au fond de toutes les impasses…

 

 

Le sang – le souffle – le geste – les seules choses que nous ayons – en tant qu’individualité – en tant qu’élément de la matière – le monde – avec au-dessus – avec au-dedans – la conscience et la sensibilité…

Notre nature – notre chemin – notre destin – à tous…

 

 

L’intimité de l’âme et du monde – se retrouvant – se caressant – devenant le jeu (presque) exclusif de Dieu – son seul élan…

Comme sur la page – notre cœur – notre seul Amour – ce que l’on offre – comme une joie en commun…

 

 

Au fond d’une nuit sans sommeil…

A jouir – l’œil et l’âme baignés de peines et d’espérance…

Happé(s) par cette danse orchestrée par le monde et le temps – nous jetant sans force – ivre(s) de fatigue – inconscient(s) – après quelques tours endiablés – aux pieds d’un Dieu inventé par le chagrin et la prière des hommes…

 

 

On écrit pour que l’espace – en nous – en tout – soit reconnu comme notre seul visage – pour que la main de l’aube écarte tendrement notre ignorance (et notre prétention) – pour que l’Amour – la joie – la solitude – deviennent les seules hauteurs – les seules possibilités – les seules issues (pour l’âme et le monde)…

 

 

Des fleurs et des épines plein les mains – notre existence terrestre – ce que l’on offre et ce que l’on reçoit – les deux faces du monde – (presque) toujours mélangées – le signe de notre appartenance provisoire…

Ce que nous sommes – bien davantage qu’une famille – un corps aimant – un corps souffrant – ce qui sert à toutes les offrandes – à tous les passages…

 

10 novembre 2020

Carnet n°247 Notes journalières

Autour de notre cœur – sans jamais l’atteindre…

Mille fois aimé(s) – si mal – et de manière si étroite…

Et nous – comme un songe pour les Autres – un objet – quelque chose dont on fait usage – maladroitement…

 

 

Existant(s) – comme brusquement tiré(s) de l’abîme – projeté(s) avec violence face à tous les miroirs…

Des éclats – de la neige – à l’infini…

Les mains glacées…

Et le cœur qui se resserre, peu à peu, jusqu’à l’implosion…

 

 

Sans cesse – ainsi allons-nous – ainsi sommes-nous mus – sans fin – sous le regard tendre de celui que nous habitons parfois – dont nous nous approchons et nous éloignons au gré des terres visitées – au gré des visages revêtus ; le seul acteur de ce perpétuel ballet – et nous autres à notre place de figurants (avec nos costumes et nos masques changeants)…

Sur la courbe de nous-même(s) – (presque) toujours à notre rencontre…

 

 

En lutte – les âmes suppliciées – sur les pierres – cette terre noueuse propice aux racines et aux ensablements…

Le bras levé – glaive à la main – nous pourchassant – nous martyrisant…

Harcelés de toutes parts – sans jamais apercevoir la fin de la guerre – le parfum de la moindre victoire – pas même le signe d’un armistice provisoire…

 

 

Tout qui s’étiole – tout comme l’écume – nos différences et nos ressemblances…

Et cette étrange lumière sur nos cris – nos attaches – notre nudité…

Dieu – peut-être – parmi les rêves et les étoiles – presque rien – un espoir à peine – au-dessus de nos têtes sanguinolentes et fatiguées…

 

 

Des rencontres – au milieu du sable – la mer au loin – comme le ciel – une utopie – un infini hors de portée ; l’autre extrémité de notre visage – peut-être…

 

 

Au milieu de nous – nos propres œuvres – nos propres travaux – le monde tel que nous l’avons bâti – tel qu’il nous dévore…

 

 

Les ombres creuses – au-delà des abris communs – dans leurs tréfonds – nos propres profondeurs – semblables à toutes les autres – en nous – accessibles – escamotables – et que l’on s’échange comme des éléments sans importance – des fragments identitaires sans la moindre valeur – hautement substituables…

 

 

Un peu de ciel – comme l’ultime déploiement peut-être…

 

 

Du chaos dans le ciel projeté par les hommes – bouts de terre lancés en l’air pour donner l’impression d’une envergure plus vaste – aussi trompeuse que l’horizon sur lequel divaguent l’œil et le pied…

 

 

Tout s’éloigne – s’épuise – à l’infini…

Ce qui nous rattrape – sans précipitation – sans espoir – sans prévision – jusqu’à la potence – jusqu’au seuil de toutes les possibilités…

Le monde pourchassé par l’esprit – comme le dernier postulat avant l’abandon…

L’empreinte indélébile de l’invisible sur ce que nous appelons nos vies…

 

 

Le mystère – enfoui – dissimulé – à portée du monde – et que nous découvrons par fragment – par strate – ligne après ligne – éclat après éclat – comme des bouts de silence entrevus – et chichement amassés – et (presque) toujours de la plus inepte manière…

 

 

Tout ce bleu – au bord du monde – comme une promesse – le jour enfin ouvert ; Dieu à notre porte – derrière la nuit…

Les bras ouverts – au fond de notre peur…

Ce qui tremble lorsque les vents nous emportent…

 

 

Sous la pluie – les arbres et les hommes ; dans le rêve des Autres – blessés – écrasés – arrachés – comme des herbes trop dociles – trop fidèles à la terre ; et, hors des têtes, comme des broussailles patientes sous leur petit carré de ciel – qui attendent les fruits à venir – comme une promesse d’abondance – comme une fête – un festin – avant le grand silence…

 

 

Ce que l’on devine – immobile – au-dessus de notre tête – entre le songe et la pluie – ce que la mort ne peut entamer ; un peu de nudité – là où nous osons prêter le flanc…

 

 

Au seuil de l’attente – au grand jour – à présent – comme ce qui est vivant et qui cherche son essence – sa vérité – les plus belles couleurs de l’aube…

 

 

A la source du monde – ni Dieu – ni le langage ; l’Amour et le vent…

 

 

Des lèvres inventées pour le silence…

Des paupières fermées – aptes à découvrir la vérité…

Et, entre les tempes, cette cargaison de désirs et d’impatience qui nous fait chercher…

 

 

L’Amour que découvrent, peu à peu, nos mains fébriles…

L’aube dévorée par l’abondance et le langage – dévastée par la violence et le crime – réconciliée avec le monde – à la source des choses et des yeux – prémices du regard…

 

 

Ce que nous révèle l’écoute – le silence – l’inconnu ; la perte et l’amour (inconditionnel) de la forêt – le règne tardif de la solitude – la joie du jeu et de la nécessité – ce qui se soustrait et ce qui se résorbe – la lumière qui irradie celui qui se soumet à la volonté du monde – ces courants qui nous traversent – sous le joug mystérieux de la puissance amoureuse…

 

 

Une nuit sans issue – dans la tête…

Une aventure solitaire – sans distance – le nez sur le bitume qui a remplacé la terre…

 

 

L’âge de rien – ni celui de partir – ni celui d’arriver – tout juste bon à attendre – en rêvant – la fin du voyage…

 

 

Au cœur de l’Autre – la limite que nous avons repoussée…

La terre et le ciel vidés de leur substance – libérés de leurs images – trop humaines…

Quelque chose capable de rompre le temps – de peupler toutes les solitudes – d’ouvrir, une à une, toutes les portes du réel…

Ainsi – en nous – ce que l’ignorance a creusé – le monde et l’âme apparemment défigurés ; et le vide qu’il nous faut (ré)apprendre à habiter…

 

 

Des pierres dans les poches – à jeter sur toutes les idoles inventées – sur toutes les divinités imaginaires – pour les recouvrir (et les faire disparaître) sous des couches de réel ; des emblèmes – des symboles – engloutis au cœur de la matière – accumulée – emplis et entourés de vide…

 

 

Nous – d’infatigables marcheurs – dans ce rectangle trop étroit – le dos voûté par le poids du monde – par le poids des Autres – toutes ces âmes affamées – toutes ces bouches à nourrir – encore trop éloignés de l’alliance ; l’espérance du salut commun – portée par les mains jointes en prière – l’orgueil bien dressé dans la poussière – comme l’une des plus substantielles empreintes humaines – au même titre que l’ignorance – ce qui trône, en nous, de manière irréfutable ; le règne de la folie qui s’imagine pensée raisonnable – et notre impuissance légendaire comme une verrue hideuse sur notre visage (si) enfantin…

 

 

La même solitude et la même conscience – partout – camouflées – vivantes – déguisées en autant de visages que compte le réel – l’ensemble des mondes…

Ce que la mort retient de notre destinée – et ce qu’elle insuffle à la route à venir – ce qui revient – ce qui n’a su être accueilli…

 

 

Qu’attendons-nous sinon le retour du printemps – le ciel et le vent dans les feuillages – l’éternel beau temps – le même jour qui se répète et recommence…

Nous – rayonnants de nos anciens séjours – avec cet air serein – auréolés de lumière…

 

 

Au seuil des rêves – ce qui s’achève – notre parole maladroite – l’ultime pause avant l’hiver – peut-être…

D’une métamorphose à l’autre – comme si seules les saisons comptaient…

 

 

Le cœur vulnérable – l’âme trop timide – trop chaste – presque pudibonde – mal à l’aise face au vide et aux secrets dévoilés – face à la nudité de l’espace – inquiète d’avoir à envisager le pire – l’insoutenable – ce que nous offrira toujours le monde – assurément…

 

 

Des zébrures – un peu partout – comme disséminées ici et là – pour rendre incertaines les lignes et les frontières – comme une espérance – la possibilité d’un mélange – des hachures – quelque chose d’imprécis – comme un monde dessiné au cœur d’un autre – mille mondes en un seul – incroyablement changeants…

Des archipels dans l’âme – le ciel – des monceaux d’îles habitables – ce qui invite aux interrogations et au partage…

Un reste de blancheur et un ancien vertige – éclairés de l’intérieur…

 

 

Une barque sur un peu de sable – aux reflets variables – tantôt noirs – tantôt dorés – parfois blancs (trop rarement sans doute) – de la même couleur que l’âme et le ciel – à chaque fois – exactement…

Comme si nous vivions tous le même voyage – au cœur du même espace – dans cette illusion de la nuit et du châtiment…

 

 

Dans le creux parfait de la forêt – invisible depuis la terre où vivent – où passent – où meurent les hommes…

Au fond de notre jardin – là où la joie et la tendresse se fréquentent – là où la déception plie sous le poids de notre présence (involontaire) – là où nous exultons sans espoir – sans image – au cœur de la solitude – au cœur de l’inespéré qui retrouve (enfin) son vrai visage – celui qui nous semble le plus lointain – le plus étranger – celui qui nous est, en vérité, le plus proche – le plus familier…

 

 

Ce que l’on dure – quelques instants – la tête jamais couronnée…

Le soleil trop tardif sur nos dérisions…

Un peu de pardon et de rire – et un peu d’insolence aussi – au milieu des épreuves – au milieu des malheurs – au milieu de la foule – au milieu des visages – tristes – ignorants – agités…

 

 

Ce que nous nous éreintons à faire pour échapper au vide – aux apparences – et qui nous y soumet – et qui nous y ligote – avec une force implacable…

 

 

Le début de l’errance – encore trop lointain pour amorcer le voyage – cette longue marche vers la disparition…

De cavité en cavité jusqu’à l’espace originel – jusqu’à la grotte matricielle qui enfanta le monde – les pierres ; l’antre de l’aube…

Et nous autres – qui regardons la lumière derrière les grilles que nous avons inventées – les yeux fébriles et les mains saisissantes – l’âme désarçonnée par les ombres et les aléas du temps…

 

 

Nous – nous éloignant des constellations humaines – ces images – ces bouts d’étoiles collés ensemble pour former une étrange cosmogonie dont chacun serait le centre fallacieux…

L’espace muet – impassible – devant nos bavardages – devant nos gesticulations…

 

 

L’éclat des yeux face au sommeil – aux offenses – le monde blessé à mort…

Et ce rire – et ce silence – comme l’unique réalité – le seul visage possible au milieu du chaos apparent…

 

 

Ce qui se dresse au milieu de l’esquisse…

Le monde – à travers quelques grilles – des taches de couleur derrière les barreaux…

Notre rencontre avec ce qui se rapproche – ce qui s’éloigne – ce qui s’efface et disparaît…

Ce qui – en nous – veille – parmi les yeux tristes – ce qui scrute la beauté dissimulée au fond des choses – derrière les visages – la vérité mystérieuse – insaisissable – au milieu des apparences…

 

 

Nous – au milieu des ombres et des offenses – le monde entravé – comme toutes les âmes de passage – rassemblées inconsciemment autour du vide – en silence – vibrant avec les sons – anesthésiées par la peur de l’abîme…

 

 

Le sable – sous nos pieds – désarmés devant la roche – les hommes en plein froid – dans le long sillage des nuits successives – comme de minuscules navires au milieu des eaux sombres – errant, en quelque sorte, dans les mille sillons tracés par les anciens ; des milliards de générations livrées à à l’ignorance et à la sauvagerie – sous un soleil trop lointain pour éclairer (et réchauffer) le cœur – l’esprit – le chemin…

 

 

Les jambes déjà ailleurs – la tête envahie – le cœur explosé – bien avant le grand âge – avec nos yeux et nos gestes inutiles – l’haleine chargée par des siècles de soif et d’errance…

 

 

Au bout d’une jetée qui ne mène nulle part – guère plus loin que le pas suivant (il faut s’y attendre) – et que l’on retarde (vainement) pour échapper à la chute…

La carcasse mutilée – sur le point de dépérir sous le regard (impavide) des Autres…

La nuit autour du cou – comme une corde féroce et inappropriée – imaginaire – au cœur de cette apocalypse que nous ont promis tous les prophètes…

 

 

Dans l’âme – en tête – le silence et le sang – presque à parts égales – ce qui nous fragilise et ce qui nous édifie (et nous redresse parfois) – quelque chose qui échappe à la volonté – comme une génétique de l’invisible et des profondeurs – les soubassements de la matière vivante – foncièrement vivace et expressive – en nous…

Le jour à rebours jusqu’à la transparence – jusqu’à la disparition…

 

 

Lorsque les mots décrivent le désert et qualifient la soif ; et lorsqu’ils deviennent eau – invitation (et initiation quelques fois) à l’assouvissement – au franchissement des obstacles et des frontières…

 

 

Des oiseaux – dans notre impatience – très haut – si haut que leur vol est imperceptible – et qui jettent dans notre sang le désir d’une arche moins cruelle – d’un ciel plus flamboyant ; quelque chose, en nous, d’incroyablement tenace – comme une obstination – une certitude irrécusable…

 

 

Ce qui, en nous, naît des tripes – toutes les faims qui nous étreignent et nous asservissent ; les ténèbres – dans l’âme – peu à peu consolidées…

Un peu de chair – entre les dents – de la matière – mille choses invisibles – dans l’espace – dans l’esprit…

Le monde – des bouches goulues – des ventres avides – des cœurs voraces ; la nuit insatiable…

 

 

La fragilité du feu sur l’immensité…

Et nous qui patientons docilement devant chaque porte – qui nous présentons selon la bienséance des lieux et de l’époque – qui n’osons jamais bousculer les lois et les usages – qui contemplons de nos yeux usés – et immergés dans les eaux sombres – les archipels trop lointains du silence – de la sagesse – de la félicité…

 

 

Des jeux bien pardonnables au milieu de la détresse – les terres enjolivées de la destruction – presque amusants depuis les hauteurs – si intrusifs – si tragiques – si désolants – lorsqu’ils rongent et déchiquettent la chair…

 

 

Le sang du monde versé – goutte après goutte – à travers la longue chaîne ininterrompue des esclaves – fers aux pieds…

Tous les alphabets de la terre et du ciel pour décrire le réel et l’imaginaire – tous nos enfantillages – les armures et le silence – la souffrance que l’on tente de parcourir d’une seule traite – la force d’enjamber les obstacles et d’éviter les catastrophes…

 

 

Nous – tout un peuple – en transhumance…

Sur les routes – par grappes – par paquets…

Sous les ordres des maréchaux et des rois fainéants…

Dans nos petits souliers et la poigne de la morale collective…

Le cœur (presque) joyeux – inconscient – vers l’abattoir – vers le mausolée…

Nos pas au milieu des Autres – toutes nos marches rituelles – vers la mort…

 

 

Et notre préhistoire qui dure encore – et qui durera jusqu’à la dernière goutte de sang versée sur la pierre – l’ouverture des remparts – des donjons et des cœurs – la peur exposée – et arpentée jusqu’à la source – avant l’aube et les grands soirs miraculeux…

Les corps perdus – la contrepartie de toutes les rançons exigées – ce que l’on échangera contre l’ignorance et la frénésie – l’incertitude contre l’inexactitude – le rôle du soleil et du vertige dans nos vies (misérables) – l’âme vivante affranchie du règne des choses…

 

 

Entre l’étoile et le pétale – l’homme et l’arbre – presque identiques – les pieds dans la terre – la tête au-dessus – un peu plus haut – qui sent l’air et le ciel – le vent enfanté plus loin – presque ailleurs – au large – en des lieux qui leur resteront (à jamais) inconnus…

A se consoler dans les bras des Autres – à se projeter dans un ciel rêvé (totalement imaginaire) – à prendre appui (avec trop d’ostentation) sur un sol instable – à s’enorgueillir de son appartenance – de son ascendance généalogique (plus ou moins prestigieuse) – le visage si naïf – et, au-dedans, cette tristesse – comme un hiver permanent – le déploiement de l’incompréhension – et dans le cœur – ce grand feu – ces flammes perpétuelles qui consument la chair et la possibilité du salut à travers l’avènement de l’invisible…

Notre vie en désordre – à cor et à cri…

Parmi les pierres et les chiens qui hurlent…

 

 

Sans le monde ; rien qu’un œil – l’âme exsangue – la chair dépouillée – nu et sans couronne – du vent – comme des bras – qui renvoie aux visages leurs reflets…

Nous-même(s) – trop lointain(s) – sur une surface aux couleurs (trop) sinistrement terrestres – noir et rouge – comme ce qui nous traverse – comme ce qui coule en nous – qui colorent notre corps et notre tête – qui imbibent notre cœur de leurs limites et de leurs poisons…

 

 

Nous – face à la beauté du monde – la bave aux lèvres – la sève bouillonnante – comme si nous étions les enfants de la terre et du soleil – englués dans le déchaînement des forces naturelles – spontanément – sans le moindre rituel – sans la moindre incantation…

Le roc et la chair blessée – fragile…

La folie des vivants – happés par la violence – face au mystère…

La bêtise punaisée sur le front et l’infamie qui colle à la peau…

Dans la tête – mille volcans et la plaine tranquille et secrète où se cachent les Dieux – à l’écart des choses humaines…

 

 

Messager d’un temps qui n’existe plus – d’un temps sans naissance – sans durée – un lieu plus exactement où l’on célèbre le rire et la simplicité – un espace de joie et d’apothéose – sans le moindre artifice – sans la moindre construction – où la pente est si glissante que rien ne peut y demeurer – où tout finit implacablement par disparaître dans le ventre énorme de l’ogre à la figure indéfinissable – aux manières innocentes – au sourire un peu sauvage – à l’existence et aux mœurs étranges – hors du commun…

 

 

Entre nous – le silence – l’espace – l’infini ; presque rien – comme une continuité disjointe par la distance à laquelle nous nous tenons les uns des autres – par les frontières inutiles et imaginaires qu’impose l’esprit…

Les bras tendus devant nous et notre âme, si frileuse, recroquevillée derrière…

Les bras devant soi – par peur – face à l’incertitude…

Les bras en croix – en prière – comme une espérance – une manière d’offrir sa faiblesse et son innocence…

A genoux – au fil des circonstances…

Le grand vent – partout – sur la misère et l’intelligence…

 

 

Le grand vide avant et après ; et au milieu – la guerre et le tohu-bohu – l’absence et la raison (apparente) – les impédiments et le faix de l’esprit – et le cœur toujours trop lointain…

Cette danse étrange à laquelle nous refusons de participer…

 

 

A courir toujours derrière la même étoile – l’illusion d’une présence dans l’obscurité – comme une lampe – une chandelle – au-dessus de nos têtes – au milieu de la nuit éternelle…

 

 

Des blocs d’ignorance que rien ne peut entamer – que rien ne peut effriter – que rien ne peut érafler ; prisonniers d’un monde sans lumière – sans espoir – profondément insensibles aux blessures de l’âme et de la chair – avec sur la peau et sous le front – des croûtes et des plaies – l’œuvre des Autres mêlée à sa propre besogne – toutes les blessures autorisées (et encouragées) par les Dieux – au nom de l’intelligence et de la sensibilité – pour satisfaire en chacun un désir (parfois inconscient) de vie plus dense – plus légère – plus intense – plus joyeuse et authentique…

 

 

Loin de tout – et de nous-même(s) – en particulier…

Seul(s) – comme si Dieu nous accompagnait – devenait l’avant-plan – l’accueil – les bras ouverts – les bras aimants – malgré la bêtise et la violence alentour…

 

 

Avec les mots – les choses qui nous emportent…

Le jour – sans raison – sans responsabilité – sans témoignage…

Ce que fabrique – naturellement – la main de l’homme…

 

 

Les ombres qui se dressent…

L’attention nue – insensible aux spectacles…

Nos tenues dépareillées…

Le travail – noir – laborieux – de la terre…

Les basses besognes de l’homme…

L’alignement parfait des rêves…

L’ordre précis et changeant du monde…

Notre manière – avant tout – de faire alliance…

Puis, un jour, sans surprise – le regard aimant et la vie miraculeuse…

 

 

Ce qui entaille le cœur – jusqu’à l’essence – jusqu’au silence – par-delà la douleur et la mort…

 

 

Le même jour – ici et là – sur toutes les routes – pente ou sente d’un instant – avec au-dedans – alentour – toutes les bêtes féroces de la nuit…

 

 

La pierre incarnée – jusque dans les bras du ciel – les paumes jointes du silence…

La bouche d’abord craintive – intimidée – puis grimaçante – qui, peu à peu, s’habitue et se détend – la tête qui quitte la scène et le monde des représentations…

La chair devenant bois, puis fer, puis terre rocheuse – socle et condition de la transfiguration…

L’intimité, sans doute, la plus haute – la plus sacrée…

 

 

Dieu – à notre table – dans nos gestes – dans nos mains – dans nos lignes – jouant avec les ombres de l’âme – dévalant et escaladant la lumière à même la chair – à même l’esprit – trempant ses doigts dans l’encre de notre feutre – insufflant la puissance et le vide entre les mots que le vent fait tomber des hauteurs…

 

 

Le monde grimaçant – orgueilleux – sans noblesse – sur la pierre – la neige – la lumière lointaine…

L’heure propice au règne de la matière – avant et après – des siècles de silence – la sagesse – la terre immobile – ce qui ne peut advenir au cœur de l’absence…

 

 

Le cœur encore trop pâle – encore trop étroit...

Le jour encore trop blanc – les âmes qui fouillent – engluées dans l’opacité – inefficaces – fébriles – sans sérénité…

 

 

Sur cette pierre – entre le soleil et la tombe – la mort incomprise – ignorée – la tête dans les mains – à rire – à rêver – à pleurer – à vivre sans jamais renoncer au sommeil…

 

 

Ni terre – ni regard – seul – et que le vent emporte – malmène – invite à l’abandon – contraint au mélange – pour restaurer le corps épris – les lèvres amoureuses – lové contre le silence…

Des fiançailles à hauteur de ciel…

L’attention seigneuriale et le geste ancillaire…

La chair retrouvant son origine…

Le sol se hissant jusqu’à Dieu…

L’Amour s’agenouillant au plus bas…

 

 

Tant de merveilles vues – éprouvées – exprimées – ici et là – dans le monde – la vie – les livres…

Comme une voile qui nous mènerait vers le large – l’horizon pélagique – l’immensité océane…

 

 

Le sang côtoyant le jour – et le bleu qui, peu à peu, circule dans nos veines ; le cœur devenant ailes et âme…

 

 

A l’envers du temps – ce que Dieu et l’Amour ont dissimulé – la posture la plus haute – la plus belle perspective (pour l’homme) – la confiance et l’humilité – la tendresse et la force – le sommeil disparu – comme effacé ; ce qu’ensemble nous pouvons sentir – le ciel bien davantage qu’effleuré…

 

 

L’eau glacée du monde qui coule sur notre échine – de haut en bas – de l’intérieur – comme si le sommeil était confié au vent – comme si la vie reposait sur les vagues et l’écume de l’océan – comme s’il fallait marcher ensemble pour se réchauffer – devenir ce que nous essayons vainement de fuir – ce visage – cet espace – ce silence – à la merci des ombres…

Un peu d’éternité offerte à ce qui vit sur la pierre…

 

 

Les mains posées sur les obstacles – ce qui nous hante – ce qui glisse ailleurs lorsque l’on tente de le saisir…

Une oreille parmi d’autres…

Des yeux sans lassitude – face au néant…

La même absence – quel que soit l’âge…

Dieu nous initiant…

 

 

L’envergure éparpillée – le vertige central – à la manière dont une douleur nous saisit – à la manière dont on s’acquitte d’une tâche – avec aisance et naturel – très terrestrement…

 

 

Le ciel – dans nos gestes – à l’aube naissante…

Le vide soutenant l’intérieur – l’œil illustre au centre de notre absence (consciente et volontaire) – dans nos abîmes et notre néant – sans cesse réinventé – jusque dans la détresse et la mort – célébrées – et dont on peut se libérer en un instant – aussitôt franchi le seuil du premier cercle…

 

 

Rien d’absurde – en ce monde – sinon, peut-être, notre ignorance obstinée – comme le fruit rudimentaire de l’infini et de la glaise – cet espace s’essayant à la gesticulation – comme un jeu d’interpénétration ; une manière d’apprivoiser la matière et d’approcher Dieu par son versant le plus sombre – le plus grossier – le plus triste et le plus rebutant – l’âme voilée qui dissimule maladroitement l’une de ses figures les plus intimes – les plus fragiles – et les plus corrompues, sans doute…

 

 

Le néant – à travers les âges – de la pierre aux nuées – sans usure – intact malgré la nuit – la douleur – la lumière…

 

 

Le vide et son absence ; les seules choses à vivre – à comprendre – peut-être…

 

 

Le ciel sous le front – à l’étroit – bancal – incliné – qui cherche au-dedans l’espace nécessaire…

 

 

Dans les yeux – tous les astres – tous les voiles – de la lumière déguisée et des falbalas…

 

 

La nuit consolante – ce qui séduit le cœur et la chair malmenés…

La faim qui roule sur le côté et le gouffre devant les yeux…

Le ciel partout – et l’âme lourde qui cherche un chemin…

 

 

La ruse dans le sang – bien avant la naissance – depuis que le jour est descendu sur terre – depuis que le silence a fait vœu de multitude…

 

 

Ce que l’on érige au lieu d’effacer ; l’indigence et l’azur – étrangement alignés…

Notre colère et notre bonne conscience…

Des interrogations – par milliers – et quelques maîtres (passables et provisoires)…

Le désir d’une parole libératrice – d’une existence libre – d’un verbe parfaitement incarné…

L’urgence oubliée – au cœur de l’homme…

 

 

Ce qui déferle et ce que nous évitons – la tête derrière la vitre – dans cette tanière – cet abri de verre – ce refuge de glace ; quelque chose de froid – pas même un miroir pour l’Autre – des yeux indifférents – des yeux moqueurs – des yeux qui jugent – toujours lointains – désengagés – à mille lieues du regard témoin

 

28 septembre 2020

Carnet n°246 Notes journalières

La lumière et l’épuisement – le monde à genoux – ce désir si puissant de solitude et d’élévation…

Penché sur nous – sur eux – l’Amour – comme un visage rayonnant sur l’inconnu – le plus familier – de l’aube au couchant – dans la plus grande fidélité et la plus parfaite obéissance…

 

 

Le grain levé – sur les murs – nos visages – ces portraits colorés – des larmes et des poings – des gestes et un peu de langage – avec, au milieu, ce grand trou – dans la poitrine – à la place du cœur…

 

 

Rien ne demeure – tout – comme l’eau – avec nos larmes – qui coule – s’écoule…

Mille voyages jusqu’à la mort – et au-delà – tout qui continue ou recommence…

 

 

Le feu et les ruines – ce qui doit advenir – la concrétisation – la continuité – le prolongement de tous nos désirs – de tous nos efforts…

 

 

Nous – hurlant sur la transparence ; rien – personne – nous-même(s) – peut-être…

 

 

Le long du vent – avec des noms plein la bouche et des bruits plein les oreilles…

Notre humanité et notre mélancolie – les lèvres entrouvertes – offertes – comme si notre intimité n’existait qu’au cœur de la soif – avec nos rêves – toutes nos chimères – involontaires – si incertaines (et que nos croyances et notre espérance rendent, pourtant, si réelles)…

 

 

La solitude – au-dedans – au-dehors – partout – aussi incomprise et peuplée…

Le monde d’avant – le monde d’après – et ceux qui ne nous reconnaîtront pas…

Un visage – une innocence – affranchis des Autres – libérés des bannières brandies ici et là par tous les adeptes et la plupart des postulants…

Rien que des murs – hauts et infranchissables – et mille portes fermées…

Rien que notre solitude qui cherche celle des Autres – pour réunir (en vain) nos incomplétudes – rendre plus vivables nos absences…

 

 

La certitude de n’être personne…

L’impossibilité du devenir…

La découverte de l’invisible – l’apprentissage de l’effacement…

Se faire, peu à peu, l’auxiliaire du vent et du silence…

 

 

L’heure parsemée de jour – l’oubli écartelé entre la solitude et la possibilité du monde…

Nous – derrière ce que nous croyons avoir construit – l’illusion du désir – le ciel plus puissant que nos ambitions ; et ce que nous abandonnons à l’absurdité des pas trop volontaires…

 

 

Ce que nous pourchassons sous le sommeil – derrière les rêves – au-delà des îles – aux confins de la nuit solitaire ; le monde entre terre et ciel – l’incroyable retournement du temps…

 

 

Le vent et le regard – souverains – nous libérant…

La parole délaissée au profit du silence…

Ce qui bouge avec les feuilles – ce qui disparaît – englouti par le cours (inéluctable) des choses ; nos ailes – et tout ce sable dans notre bouche – sous nos pieds – dans notre sang…

Notre tragédie – nos insignifiances – parmi tous les spectacles du monde…

 

 

Comme une fièvre dans notre solitude – une manière de se réfugier dans la forêt – pour se rejoindre – retrouver, en nous, ce qui a été oublié ou perdu ; cette corde des hauteurs qui nous offre l’occasion de nous balancer au-dessus du monde – au-dessus de toutes ces têtes penchées – front au sol et yeux en l’air…

 

 

Des alphabets trop peu téméraires pour accéder à la vérité – un outil dont nous faisons (presque toujours) mauvais usage – comme si nos existences – nos histoires – nos affronts – nos conquêtes – avaient la moindre importance dans le règne du plus essentiel…

 

 

Seul – comme un radeau à la dérive sur les eaux vives – sur les eaux grises – du monde – des apparences…

Le cœur sous cloche au lieu de libérer le chant – le rire – la lumière prisonnière au fond de l’âme – au fond des ténèbres…

 

 

Dans le cœur de personne – la solitude parfaite – idéale – souveraine – comme un règne – la seule loi possible – le seul parti envisageable – notre autre moitié, en vérité – bien au-delà des rêves et des étoiles – bien au-delà des ruines qui nous entourent – ce que sont devenus les édifices que nous avons construits ; le fruit de nos désirs et de nos ambitions – corrompus et obsolètes…

 

 

Seul – dans les prémices de l’aurore – comme autrefois – dans la fange – le monde sur nos épaules – en vrac – comme un tas de ruines branlantes ; seul encore – au milieu des naufrages – parmi toutes les bouées lancées depuis l’esprit – depuis le rivage – aussi inutiles que toutes nos gesticulations pour retarder la noyade et l’engloutissement…

 

 

La solitude – métamorphosée en ondes – en caresses – inexistante – impossible – à vrai dire – notre immersion parmi tout – le tout au-dedans de nous – chair – sang et tête – tous les visages de la terre – la matière lovée en elle – secouée si souvent – et que l’on saccage – et que l’on arrache – et que l’on éparpille – dans la croyance d’une appropriation ou d’une amélioration possible – comme si les états et les combinaisons étaient soumis à une hiérarchie – à une forme de construction inepte ; en vérité, le reflet parfait du réel – de notre confusion…

 

 

Seul(s) – dans l’herbe des illusions – sous le ciel chimérique – parmi les Autres qui n’existent pas…

 

 

Au doigt – l’alliance de l’étrangeté – entre le réel et l’invisible…

Les mains à tripoter toutes les serrures – tous les cadenas – à s’initier à la rébellion et à la liberté – gesticulant comme les pas qui piétinent – comme les têtes qui cherchent à droite et à gauche – comme les âmes qui piaffent d’impatience – à effeuiller le monde – à fouiller – à creuser – tous les sols – tous les trous – pour dénicher un peu de lumière – ou, à défaut, un peu d’espoir – un peu de consolation…

 

 

Dans nos doigts – cette lumière d’automne – l’esprit et le cœur encore au printemps – et l’âme – seule – heureuse – obstinée – au milieu de l’hiver ; hormis l’été, toutes les saisons auront été le lieu de notre joie…

 

 

Au milieu d’un tourbillon de désirs – la chair vive – bientôt agonisante – bientôt décomposée…

Des gestes – des maux – des joies – ce à quoi nous nous acharnons – l’âme audacieuse (parfois) et le ciel (toujours aussi) joueur…

Et nous autres dans la paume des Dieux qui, d’une main, nous tiennent – et, de l’autre, lancent les dés…

 

 

L’espace – la neige – le feu – notre âme – la solitude et la douleur ; les conditions naturelles de notre émergence – de notre voyage – de l’origine à l’origine en passant par le monde et la terre – ce lieu de passage (ce lieu de presque tous les passages)…

 

 

Nous – grave(s) et gravitant – soumis à toutes les formes d’attraction et de pesanteur. Si étranger(s) à la légèreté des fleurs et du pollen – à l’insouciance de leur périple…

Au-dedans – ce cœur de pierre – cette ossature de glaise – et, dans nos mains, ce miroir tendu au vent – et, entre les lèvres, cette haleine d’ailleurs – du ciel – de ce lieu des hauteurs – qui s’épaissit en nous traversant – qui devient aussi lourde que la terre – aussi dense que nos tourments – que tous nos malheurs accumulés…

 

 

Derrière les barreaux de la cécité – le monde – les choses enchevêtrées – ordures et merveilles – plomb et paillettes – ce sur quoi nous vivons – ce que nous ingurgitons – ce sous quoi nous serons, un jour, enterrés ; partout – toujours – la même matière…

 

 

Notre fausse identité – cette ombre plastifiée – recto-verso – que l’on présente – que l’on affiche – que l’on dresse ou cache – selon les cas – lorsque l’on nous interpelle ; ce visage provisoire et solitaire que l’on affuble de tous les noms…

 

 

Libre – au détriment de rien – comme un surcroît de vie et de possibilités – l’esprit au-dessus de la matière – privilège (rare) de ceux qui se sont pleinement immergés dans l’incarnation et qui sont parvenus à accepter (parfaitement) leurs limites naturelles…

 

 

La nuit – tout autour – comme les Autres – le même visage peut-être – de la même espèce sûrement – comme le prolongement du reste – de ce qui s’est perdu – et abîmé – en tentatives…

 

 

Nous – dans le chant du jour – l’archipel aux mille rivages ; ce que l’on entend au milieu des cris – ce que l’on attend au milieu du sommeil – une barque – de l’eau – et ces courants qui nous portent vers l’origine – vers ce non-lieu de l’enfantement – l’espace matriciel – l’Ithaque premier…

 

 

Ici – partout – la plénitude – ce qui nous hante et nous harcèle…

Ailleurs – rien – un peu d’espérance seulement – le plus inutile de ce monde…

 

 

L’espace prolongé – comme le temps ; ce qui souligne notre cécité et notre ignorance…

 

 

La distance qui nous sépare de l’être ; un pas – un abîme – des années-lumière – exactement le même enfer – comme un léger glissement du centre vers la périphérie…

L’œil rouge et la pupille dilatée à force de larmes – d’hallucinations – de poussière et d’obscurité…

Un long voyage à travers la nuit – les lèvres entrouvertes – et le cœur déjà posé plus loin – un peu à l’écart du monde…

 

 

Le jour – la nuit – ce qui est par nécessité – par sophistication du plus naturel ; comme le prolongement visible – palpable – matériel – du silence…

 

 

L’homme – ni au-dessus – ni en dessous – un parmi les Autres – quelques gouttes de rosée sur la plaine immense – imperceptible depuis l’espace (excepté ce qui s’apparente à la lumière)…

 

 

On se guette – on se rencontre – on s’engloutit ; et au terme du festin – il ne reste plus rien ; l’espace nu et dépeuplé – le vide – le blanc – la transparence – la présence – l’espace vivant qui accueille toutes les naissances – toutes les danses – la magie et le miracle des phénomènes…

Le roc invisible des mondes…

 

 

Des chemins – des destins – qui se croisent – des mains qui se tendent – qui repoussent – qui s’éloignent…

Dans l’œil, les possibles et le goût de l’aventure – comme un souffle qui initie tous les élans – un engouement pour tout ce qui a des airs d’ailleurs – cette faim de soi convertie à toutes les choses – des envies de parcelles infinies – des bras chargés de rêves et de blé…

Et partout – diffuse et envoûtante – l’odeur mystérieuse de l’océan – et son attrait démultiplié dans l’obscurité…

Cette longue marche à tâtons – au milieu des siens – au milieu de soi – nous-même(s) – partout – avec ce corps incroyable et démesuré…

 

 

Nous – nous reposant au milieu de la nuit – au fond de l’abîme – au cœur de notre âme – peut-être…

L’envergure du monde dans le corps – avec des chocs – des ondes – des tremblements – ce qui tente de se révéler – de nous éveiller – de jaillir de ces eaux sombres – de ces lieux noirâtres et angoissants…

 

 

La nuit démesurée – au milieu des ombres – le silence dans notre chambre – le feu – ce qui échappe aux hauteurs – la mort comme éternelle récurrence – la tête parmi trop de rêves et de visages – ce que les hommes édifient – ce que nous construisons pendant notre sommeil…

D’une extrémité à l’autre de l’exil – l’absence…

 

 

Nous – dans le cercle de poussière – vaillants – bruyants – conquérants – à la manière des gladiateurs…

Des armes – des outils – de nouveaux horizons peut-être ; tous les combats à mener – les uns après les autres…

Les luttes – la fatigue – les cris et les baisers de la foule alentour…

Et tous nos continents submergés par la ruse – le pouvoir – la corruption…

A mille lieues de l’Amour – à mille lieues du silence…

 

 

Absent – comme dans le feu et le vent – comme si le réel était ailleurs…

Tout – dans l’imaginaire – le monde et le ciel – les visages et la neige – cet épais tapis de pierres et de sable – les yeux dans l’herbe et la poussière qui regardent plus haut – les âmes fragiles et délicates qui tentent de se hisser sur la berge des Dieux – des bouches qui épellent le nom de toutes les choses – la fatigue dans les bras – les jambes lourdes – le corps harassé – titubant – familier des marches interminables – de l’usure à l’excès – la chair et les os – l’invisible et l’esprit – rassemblés dans la même foulée – tendus vers le même espace – ce lieu de silence et de révélation – ce que les hommes, dans leur ignorance, appellent le salut – parfois le paradis – la simple continuité des choses – une modeste étape – en réalité – dans ce qui ressemble à un voyage – un point – une escale provisoire dans ce qui n’aura (jamais) de fin…

Notre apparence (mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – changeante) et le cœur de ce que nous sommes – essentiellement…

 

 

L’espace submergé par les eaux et la fumée – trahi par le monde – sa propre création – les têtes parmi les flammes et les vagues – les âmes asphyxiées – les corps brûlés et emportés plus loin – partout des ruines et des larmes…

La nuit qu’il (nous) faut affronter…

La joie et les rires repliés au fond de la poitrine – en attendant le jour – l’annonce des saisons nouvelles – une ère terrestre plus apaisée…

 

 

Au-dedans même de la plaie – les doigts – la joie et la guérison qui adviendront lorsque la blessure nous aura recouvert(s) – nous aura (totalement) englouti(s)…

 

 

Sous les frondaisons – le front humble ; le monde et la feuille réunis – la main sur la page qui trace ses lettres de feu – la mort et la vie (étroitement) entrelacées dans le trait esquissé par le feutre noir…

Le cœur – presque toujours – au milieu de l’incendie…

 

 

L’hiver – comme un fil – un lieu – notre manière de vivre et d’être au monde – quelque chose de froid et de solitaire – comme une désolation apparente ; la grandeur – la beauté et l’émerveillement – plus intérieurs – presque cachés – presque secrets – sous le prodige de la neige ; l’innocence des gestes – la lenteur et l’immobilité souveraine – l’expérience de l’être et de l’Autre – sous la longue traîne des vertus naturelles que nous portons, en toute saison, sur l’incroyable – sur l’interminable – chemin…

 

 

Des fleurs dans les mains – le baiser des Dieux – offerts à ceux qui naissent – à ceux qui passent…

Et dans le cœur – tous les fils emmêlés…

L’âme nue sur la peau découverte…

Dans les profondeurs d’un destin apparent…

La terre – le ciel – sans légende…

 

 

Sous les paupières – ces mondes anciens – ces Dieux dépravés – ces pans de ciel caduques – l’exaltation de tous les ailleurs – la frilosité qui interdit le franchissement des seuils – des frontières – la fidélité aux territoires – au périmètre autorisé…

L’enfance de l’homme – craintive – sur la pointe des pieds – dans la fausse légèreté de l’âme – comme une absence…

 

 

Des radeaux à la dérive – des couvre-chefs qui se croisent et se saluent…

Le monde à l’air vicié – sans racine – aux horizons circonscrits…

La vie – comme un chemin d’habitude – les fers aux pieds – et ces lourdes chaînes que l’on traîne derrière soi comme de pitoyables prisonniers…

 

 

Dans les jardins – sur l’échafaud – en tous ces lieux confondus – notre fierté et notre modestie – notre vrai visage et toutes nos identités – mélangés – sens dessus dessous – la tête à l’envers et tous les versants renversés…

Et au-dessus du désordre – le regard qui s’interroge…

 

 

A marcher discrètement – au bord de la mort – sur les pourtours sans fin du vide – l’abîme partout – au-dehors et au-dedans – de part et d’autre du front – ici et là-bas – où que nous soyons – où que nous allions – l’épouvante – la condamnation – l’abandon et la liberté – le soleil – le monde – qui s’éloignent – l’aube qui jaillit du secret découvert – la vie – notre cœur sur tous les autels – ce qui, en nous, se dresse comme la seule réponse…

 

 

Le blanc des masques devant les visages – et cette indolence à se reconnaître – à dévoiler le plus précieux sous le plus grossier – le plus fragile – le plus repoussant…

Notre histoire à tous – l’âme et le cahier (le livre des confidences) grands ouverts – malgré notre pudeur – ce que nous croyons être nos singularités…

 

 

Nos silhouettes qui se redressent pour apercevoir la tête sur l’échafaud ; et notre étonnement – notre sidération – soudain à reconnaître la nôtre sous le couperet – puis roulant vers le petit panier de la mort…

 

 

La peau rougie par tous les fouets du monde – la chair lacérée – entaillée ; des marques – des sillons – larges et profonds – laissés par la violence – les moqueries – l’indifférence – des Autres – blessé jusqu’au cœur – jusque dans les tréfonds de l’âme…

La tête basse – le cou dans les épaules – les yeux qui se baissent – qui se détournent – qui pénètrent les terres de l’intériorité – qui découvrent la solitude – l’exil et l’anonymat sur les rives les plus lointaines…

Toutes les illusions perdues – autant que l’espérance…

L’empreinte tenace – indélébile – du passé sur notre figure présente…

 

 

Une île au fond de chaque phrase – une terre à rejoindre – une terre où se perdre – une terre pliée en quatre au cœur de l’abondance – au cœur des mots prolifiques ; une manière de faire entendre le secret – le silence – au milieu du bruit et des apparences ; le vide – l’espace – le plus rien – le plus sacré – au cœur de ce qui ressemble à une forêt de signes – à mille broussailles impénétrables – à un rempart d’herbes folles et sauvages…

 

 

La soif – étalée devant nous – comme une flaque – un lac – asséchés – vestige d’une âpre bataille – autrefois océan de larmes et de feu – étendue arrachée aux naufrages et aux malheurs…

A présent – soleil et ferveur d’automne – souffle et couronne sans intention – libre d’aller ou de demeurer – affranchi des routes et du voyage…

Le cœur frémissant – couleur de ciel – couleur de joie…

 

 

L’étrangeté invisible installée au fond de l’esprit – en bonne place – aux côtés du monde – des Autres – de la folie…

Les tyrans – devant nous – au milieu du sommeil – comme dans une boîte – rangée parmi d’autres boîtes au contenu surprenant ; et le lieu – et le possesseur – de la clé – de toutes les clés de toutes les boîtes – de toutes les chambres – de toutes les pièces de l’esprit – inconnus – disparus – oubliés – enterrés peut-être…

 

 

Notre voix – celle qui jaillit – celle qui serpente – celle qui trouve sa couleur et sa texture sur le blanc de la page – comme une trouée – une percée – un tunnel – dans un foisonnement de signes ; des bruits feutrés – comme étouffés par le tapis des mots – par le tapis de feuilles – sur lequel marche toute tentative poétique – l’élan de Dieu à travers notre main – peut-être…

Qui sait à qui appartient le feutre qui abandonne ses traits – noirs et sans élégance – sur l’étendue quadrillée…

 

 

Autour de nous – les mêmes apparences – ce que les yeux opiniâtres ont réussi à percer – et cette fumée – à présent – comme un brouillard – née de cet immense feu d’images et d’illusions – et qui brûlent encore – et qui brûleront toujours – comme si pour vivre, il fallait incendier le monde et l’esprit – tout enflammer jusqu’à l’incandescence – jusqu’à l’invisibilité – jusqu’aux dernières traces de souillure…

 

 

Nos pas dans ceux des Autres – des mots – des lignes – que l’on reprend – que l’on prolonge – que l’on réinvente avec sa petite musique à soi

Des milliers de pages aujourd’hui…

 

 

Jusqu’au bout du vol – jusqu’à l’épuisement…

Déjà dans la tristesse du jour suivant…

Les mots – comme une danse – en soi – avec le monde et les choses – une étreinte de l’invisible qui serre l’âme avec tant de force que toutes les peurs se dissipent – que le langage s’éveille de son mutisme pour jaillir et s’élancer dans un tourbillon d’allégresse…

 

 

La vérité qui brûle – avec nous – dans le feu…

Le jour d’après – les cendres – et nous – et elle – renaissants – incandescents – nous consumant déjà au milieu d’autres flammes…

 

 

Dans le cœur – ces nuages gris et épais – stationnaires – aussi étranges que le ciel invisible au-dessus – et que la terre – ces lieux criards et gémissants – en dessous…

 

 

Nous – sans le même visage – avec tous les visages différents – nous éveillant, peu à peu, au réel – aux dimensions multiples et changeantes du réel…

 

 

Dans notre tête – dans nos mains – les mêmes habitudes – mille tâches inachevées…

 

 

Naufragé(s) d’un monde qui n’existe pas…

Chercheur(s) d’une terre improbable…

Au milieu des choses – au milieu du ciel – pourtant…

Nous vivons à la manière des enfants sauvages – aux lisières d’une réalité introuvable – mystérieuse – inexpliquée…

 

 

La tête ailleurs – dans nos ténèbres fabuleuses et inventées – les pieds dans la glaise – et l’âme souillée par le suintement fétide des idées qui débordent de leur vasque étroite…

Nous – parmi ces choses – ne comprenant pas qui nous sommes – ne comprenant pas même ce que nous faisons…

 

 

Le jour – entre nous – écartelé…

La pensée qui tournoie et se cogne – qui abuse l’esprit – et donne à l’homme – partout – le même visage…

 

 

Le cœur – de moins en moins épais – de moins en moins chair – qui s’allège et s’élargit…

 

 

Le monde – autour de soi – comme une étrange (et lointaine) compagnie – de moins en moins nécessaire…

 

 

Ce que nous pourchassons – ce à quoi nous nous éreintons avant d’habiter l’espace – cette aire-réceptacle de la matière…

A mesure que nous nous rejoignons…

 

 

Le jour qui se lève – comme les ombres d’autrefois – dans l’air le plus familier – dans l’air le plus quotidien – au cœur de notre existence…

 

 

Des mots-chair qui saignent par notre faute…

Et le jour d’après – comme une promesse – une trop improbable récompense…

 

 

Nous – dans les heures grises du jour – enlisé(s) dans les sables du monde – comme une parenthèse sombre – obscure – marécageuse – un interstice qui aurait pris des allures de gouffre – un abîme à échelle humaine – une anfractuosité à peine perceptible depuis l’espace où le regard est perché…

 

 

Autour de nous – la même barbarie – le même sourire – le même potentiel qu’à l’intérieur ; le même espace en deçà et au-delà de la peau…

Le même parfum malgré les apparences et l’invention des frontières…

Des vasques ouvertes sur le dessus – porteuses de la même lumière et du même fracas…

Nous tous – exilés de cette trop lointaine partie du ciel – naufragés sur cette infime parcelle de terre – cherchant la vérité et l’épanouissement – la beauté du même visage qui, à travers la prière – qui, à travers la poésie – qui, à travers le geste juste – chacun arpentant le monde sans relâche – approfondissant sa foi – déployant ses possibilités et sa présence – l’âme et le sourire de plus en plus légers – de moins en moins humains…

 

 

Des fenêtres – en soi – comme un matin clair – dans la noirceur du monde – dans l’obscurité de l’âme…

 

 

Rien que des images – du parfum – comme des bruits – comme des voiles sur le réel – des frontières (presque) insécables – ce que l’on agite devant notre nez – dans notre tête – entre nos oreilles – le monde d’avant la rupture – ce que nous vivons au cœur de la séparation…

 

 

Les visages qui avancent – qui vieillissent – qui s’effacent – devenant toujours le suivant – jusqu’à l’épuisement des amassements – des combinaisons – des possibilités…

Quelque chose d’un monde (encore) inconnu – qui s’éveille – peu à peu…

 

 

Sous les paupières – le même monde que devant nos yeux – où se mêlent (presque toujours) le désir et le rêve – la texture idéalisée du réel – ce à quoi l’on aspirerait plus intensément si la volonté pouvait (réellement) se déployer…

 

 

Des ombres – du règne – avant d’accéder au silence…

La nuit atteinte et traversée…

La lumière et ses mille colonnes – la liberté au cœur des temples les plus naturels…

Le silence parfait et sans prophétie…

Le temps et le mouvement percés à jour…

 

 

La folle ivresse du sommeil où le rêve se réalise hors du monde – en des terres étranges qui échappent aux exigences du réel…

Un univers – mille univers – inventés au sein d’un autre – plus vaste et plus encombré…

 

 

Au-delà du monde – le regard…

Et, partout, le silence – identique aux bêlements des peuples…

L’homme dans son enfance – passant d’une nuit à un soleil immature (balbutiant) – jonglant avec la soif et le désir – comprenant, peu à peu, qu’il est (essentiellement) ces voiles qui obstruent toutes les possibilités de la clarté…

 

 

Au-dedans de la magie – le monde des oiseaux – l’envergure du plus lointain – la cloche quotidienne qui rythme les heures et les jours – la dénomination précise de Dieu et du temps – l’enfance qui s’éloigne…

Toutes les frontières ridicules (et illusoires) sous la lumière changeante des saisons – du printemps à l’hiver…

Nous – presque aussi ardent(s) qu’autrefois…

Notre tête – surprise – ravie – dans le silence – toujours ensommeillée…

 

 

En rond – derrière nos murs – la tête à terre – les yeux longeant le sillage étroit des étoiles – l’âme nue et dépareillée – et la bouche toujours aussi ingrate mâchant et remâchant la même parole – l’incompréhension de l’esprit – notre paresse et notre vantardise…

La nuit – comme notre propre malheur – démesuré(e)…

 

 

Ni route – ni sommeil – l’aveuglement en face – les yeux devant la cécité galopante – foudroyante…

Un monde qui ressemble au monde – à tous les mondes…

La terre sans obstacle – sans tranchée – sans frontière…

 

 

Notre étonnement face aux rivages – aux tempêtes – avec ce brouillard au fond des yeux – et cette peur tapie derrière le regard – derrière le moindre geste…

 

 

En nous – ce sac de désirs en désordre et le soc acéré de l’intimité – retranchés dans la plus lointaine arrière-cour du cœur – dissimulée aux yeux de passage – à tous ceux qui rêveraient de nous voir marcher à leurs côtés…

 

 

Sur le plus vil continent du monde – cloîtrés – désemparés – agglutinés – furieux – à vivre derrière les mêmes murs – à tambouriner aux mêmes portes – aux confins de tous les seuils infranchissables…

 

28 septembre 2020

Carnet n°245 Notes journalières

L’âme sur les lèvres – au bout des doigts – à chaque rencontre – le centre et le monde autour – la magie de l’Amour et de la lumière – la joie et le silence…

Être soi en tout – sans la moindre résistance – sans la moindre restriction…

 

 

Une paire d’ailes – immenses – pour vivre – la tête dans le souffle des Dieux – légère – si légère – intensément aérienne – bien sûr…

L’homme transcendé – pleinement réalisé – devenu (enfin) ce qui l’a enfanté…

 

 

Au cœur du cercle – l’incertitude et l’errance…

Au-dehors – ce qui a cédé et ce que l’on nous a arraché…

Au centre – l’Amour et la lumière…

Autour – toutes les images et toutes les ombres ; toutes nos tentatives infructueuses réunies – comme un tas immense que le vent transforme, peu à peu, en boue – en pluie – en neige – en souffle pour ceux qui suivront…

Qui sait ce que laissera le chemin…

 

 

Personne sur les tombes – un peu de rire – au-dedans – un peu de magie – ce qui pourrait ressembler à une farce s’il ne nous restait sur les joues ces vieilles couches de larmes séchées – ces monceaux de peines lorsque nos yeux étaient encore incapables de voir – l’âme voilée avec ces vieux restes de nuit – et dans les poches ces mouchoirs déchiquetés encore trempés de pleurs – encore gorgés de malheurs – imprégnés de toutes ces défaites successives face à l’absence – face à la disparition…

L’enfance de l’homme – blessé par les instincts et les chants guerriers du monde – avec cette odeur et cette couleur de sang sur les mains – et la chair rongée de tous les frères que nous avons enterrés…

 

 

L’heure – à présent – révolue de la prière – le goût exact des choses – le geste juste – et toutes nos feuilles par terre – froissées…

Ces lignes (comme toutes celles qui précèdent – comme toutes celles qui suivront) devenues obsolètes – comme une nécessaire propédeutique de l’être – peut-être…

 

 

Des poignées de prières lancées en l’air – par jeu – pour rire – sans destinataire…

Un peu de silence – un peu de poésie – offert…

 

 

Du sang – des blessures – le gouffre…

La douleur et le chemin – naturels…

Le même chant – sur toutes les rives – sur toutes les barques ; la même bannière et la même voile – celles de l’espoir – déployées de bas en haut – sur toute leur longueur – pour attirer ou pousser vers les circonstances favorables…

Et la terre – et la mer – immenses – sur lesquelles – toujours – on se perd…

 

 

A empiler la glaise pour faire de nos vies – des visages – du monde – des statues – de belles images – comme une décoration – sans substance – quelque chose que l’on regarderait de loin – derrière une vitre – avec envie – comme une chose désirable – dorée – inexistante – un mirage ; ce que sont, sans doute, nos vies – nos visages – le monde…

 

 

Une fine lame – entre les lèvres – pour embrasser d’abord – puis, pour tailler en pièces…

Ce que nous sommes – ce qui demeure et ce qui passe…

 

 

Sous nos semelles – ces mots – comme des gouttes de pluie – un peu d’eau – quelques larmes – mélangé(es) à la terre ; toute la boue de notre vie…

 

 

Des restes de chair et de vent – quelques os – quelques mots – une manière naturelle et tragique de vivre (et de mourir)…

 

 

De tous les lieux – quels qu’ils soient – jusqu’à l’inconnu – à moins que cela ne soit, en définitive, le contraire…

Tout mélangé – simultanément – successivement – et, bien sûr, sans fin…

 

 

La vie – le jour – la nuit – la mort – renversés, soudain, dans le silence – avec, par-dessus, quelques mots (les nôtres) et la lune au-dessus de notre tête – et autour l’espace et le silence – et partout – au-dehors et au-dedans – l’Amour et la lumière qui jouent à apparaître et à s’absenter – à se faire peur – à nous ravir – à nous effrayer…

 

 

Nous – dans le silence – comme un jour d’oubli…

Le monde – à la fenêtre – des habitudes au milieu des Autres – des rires – un peu de lumière – et, pourtant, un peu de tristesse sur les visages – reflet, peut-être, des rêves impossibles – des limitations – de l’âpreté du réel…

Un peu de vérité – comme une ombre passagère – sur nos illusions (trop) colorées…

 

 

Ce que l’on attend – l’autre moitié de notre visage – de notre labeur – ce qu’il reste lorsque nous avons tout donné ; la part manquante – ce qui comblerait parfaitement notre vide – ce qui compléterait parfaitement notre incomplétude – ou, à défaut, un peu de consolation…

 

 

Ce que nous dispersons – pour d’obscures raisons – pour ne pas affronter ce qui nous effraye…

Des gestes las – sans beauté – une âme aride et prisonnière…

L’hiver et la nuit – dans la tête – simultanément…

 

 

Dans la forêt – nos paroles – le silence – quelque chose qui brille au fond de l’âme – la joie – un peu de lumière – la nuit alentour rayonnante…

 

 

Des mots – des choses – le jour suivant…

Ce qui, sans cesse, avance – ce qui, sans cesse, se dissipe ; la somme des soustractions…

Et nous – au milieu – avec nos larmes – nos mouchoirs et nos yeux perdus…

 

 

Installés à même la terre – sur notre lit de pierres – occupés à soulager le cœur fébrile – naïf – passionné par le monde et les dangers – tout ce qui risque de (et tout ce qui finit par) le meurtrir…

 

 

La main tendue – les pieds sur une corde – au cou – le même collier qu’au premier jour – qu’au premier pas – des fleurs – des rires – et ce qu’il faut d’événements (et de souffrance) pour offrir une place de choix (et son pesant d’or) à la déception…

 

 

Par insouciance – par négligence – par ignorance – ce qui nous absente – les yeux dans les yeux – sans personne…

 

 

Le monde – devant nous – sans jamais desserrer les dents – les yeux fixes puis, clignotants – fiévreux – émotifs – inexpressifs pourtant – incapables de refléter notre lassitude des choses…

Dans les bras de ce qui nous comblera encore – comme toujours – comme à chaque fois – avec, au fil du temps, un peu moins de désir(s) et davantage de patience…

 

 

Le cœur serré – au fond d’un buisson ardent – sur un tapis d’épines – livré tel quel – sans mensonge – sans déguisement…

Et rien que le ciel – en nous – pour nous écouter – nous accueillir – nous offrir ce dont nous avons besoin…

 

 

Le monde – de vagues silhouettes – des fantômes peut-être – sur des rives désertes. Et les eaux du fleuve – tantôt débordant – tantôt (presque) asséché – qui nous traversent ; les eaux vives – les eaux mortes – dans notre poitrine – dans nos propres méandres…

 

 

Ce qui nous froisse autant que ce que nous avons froissé…

Des vibrations douloureuses ou jubilatoires – l’extase ou la peine…

Ce que nous réserve le voyage – ce que nous offrent les saisons et les chemins…

Quelques restes, peut-être, d’humanité…

 

 

Un peu de nostalgie à devenir – comme si être pouvait attendre notre venue – comme si notre passé était glorieux et mémorable – comme si l’avenir nous réservait quelques (divines) surprises…

 

 

Le monde – en soi – cadenassé – au milieu de l’ignorance et des malheurs…

Et, en nous, cette once – si vaine – si détestable – d’espérance…

 

 

Il faudrait creuser dans sa tendresse – aller au-delà de la chair – suivre la voie du sang – et la dépasser – entendre les battements du cœur – les os craquer – puis, s’élever au-dessus – plus haut – un peu plus haut que la tête – pour voir l’ensemble – l’âme et la tristesse – l’acquiescement incomplet à notre naissance au monde – cette part, en nous, qui a refusé l’incarnation…

Devenir – revenir – jusqu’au ciel…

 

 

En nous – ce peuple révolté – désobéissant – façonné pour la lutte et la résistance – qui penche vers la joie plutôt que vers la vie passée – vers la présence plutôt que vers l’avenir inutile – vers le silence plutôt que vers le cœur tendu – brisé…

La vertu de l’étrange – la bonté à même la peau…

 

 

Des paroles – des mythes – plein la bouche – comme si nous étions faits d’éclats – de bouts d’histoires – de fragments des Autres – quelque chose qui n’existe pas réellement…

Une construction – une chimère – pour s’imaginer vivants – entiers – indestructibles – immortels – ce que nous sommes, bien sûr, mais d’une autre manière…

 

 

Homme(s) de milliers de rêves – insaisissable(s) ; dans les yeux – dans les mains – le même vide – les mêmes histoires – celui dont on est constitué – celles que l’on nous a racontées depuis notre naissance – ce que l’on offre, en vérité, à toutes les enfances…

 

 

En nous – quelque chose avance – s’insinue partout – pénètre l’âme et la chair – tient tête à ce que, sans cesse, nous lui opposons ; une sorte de ciel – un dégradé de l’enfance – quelque chose qui s’imagine héritier – une profondeur et une consistance antérieures – un souffle très ancien qui était déjà là avant la naissance du monde…

 

 

Ce qui nous a précédé ; inexistant – envolé – présent (tout entier) dans ce que nous sommes à cet instant ; la modestie et le courage – notre manière d’offrir une réponse – ce que l’on est et ce que l’on donne – lorsque les circonstances réclament un geste – une parole – une présence…

 

 

Des accords et des tourments – ce qui se dérobe et ce qu’il faut bâtir – le monde et l’abîme – réunis – main dans la main – pour la longue liste des tâches – les mille choses à faire – au fil des saisons – la vie passante…

 

 

La douleur et le rire inquiet – notre honnêteté ; ce que font tous les innocents avec leurs chaînes – un pied après l’autre – pas à pas – le voyage – le long périple – notre manière de nous rapprocher de ce qui nous attend…

 

 

Ce que l’on aligne – geste après geste – jour après jour – et que l’on assemble, chaque année, en un recueil ; des mots – des phrases – des pages – en espérant que ce ne soit pas des murs que nous construisons…

 

 

Des émotions et des pierres – quelques projets – et mille ruines – bientôt…

Ce que nous faisons – un peu de bruit – un peu de vent et de fumée – en attendant l’éternité…

 

 

Où est donc l’Amour qui sait se faire le serviteur – impératif – qui ne respecte ni les ordres – ni les cérémonies (trop solennelles) – ni les croyances – ni l’irrespect ; un Amour-miroir – comme une manière de lever tous les interdits – de révéler toutes les failles – de refléter tous les excès – pour hisser ce que nous sommes au sommet du vent et laisser tous les élans s’affronter – sans crainte – sans retenue…

 

 

La vie – comme un lieu à couronner – avec des ombres et des éclats – des âmes fragiles et la compagnie des Autres – des rumeurs et du temps – ce que nous considérons (trop ?) souvent comme insupportable…

Le voyage – juste et droit – sans autre alliance que celle de l’invisible…

 

 

Une minuscule lucarne – là où l’œil peut se glisser pour voir – découvrir la féerie et la magie du monde – depuis la chambre close – l’espace exigu à l’air vicié – manière de vivre derrière la vitre – sans risque – sans danger – sans courage – de rester coincé pendant mille ans derrière les misérables grilles de l’enfance…

 

 

Dans nos mains – l’aube – le silence – la poésie – que nous sommes – profondément – mais dont nous ne pourrons jamais faire le moindre usage ; des substances essentielles dont sont composés le regard et les choses – une manière de voir le monde – d’y vivre et de l’aimer – tel qu’il est – sans distorsion – sans déformation – sans espérer qu’il change (ou s’améliore)…

 

 

En lutte – comme si nous n’étions frères – comme si nous avions dressé entre nous d’infranchissables barrières – comme si la différence apparente comptait davantage que la matière et l’origine communes…

Des bêtes qui pensent (un peu) – éloignées de toute forme de plénitude – plongées tout entières dans le manque et l’incomplétude – dans l’attente illusoire d’une offrande extérieure – d’un présent offert par des Dieux lointains – inconnus – totalement imaginaires…

 

 

Nous – déjà – épris d’Absolu – amoureux de l’origine – de l’espace – du silence – communs – et nous en rapprochant au fil des naissances – et nous en éloignant, soudain, une fois retrouvés ; pris dans la danse des Dieux et le jeu de l’Un ; notre accord – notre alliance – nos refus et nos résistances – et ce qu’il faut d’innocence et d’oubli pour y consentir encore et encore…

Happé(s) par les tourbillons des rires et des peines – le cœur tremblant – la peur (dressée) sous le front – et l’âme plus charnelle que le soleil et les vents ; et ce qu’il nous manque pour recommencer toujours…

 

 

L’esprit – enfoncé dans ses propres entrailles – parmi les strates et la pestilence – ces couches d’immondices putréfiés – ce capharnaüm de souvenirs et de pensées – à moitié enterrés – à moitié décomposés…

 

 

La nuit changeante – comme notre histoire – ce que les Autres en disent – les limites de notre chant et le miroir de notre émerveillement – passés sous silence ; nos vieilles rengaines plutôt – et nos difformités – ce qui intéresse les foules…

 

 

Nous tâtonnons au milieu des peines – au milieu du temps – parmi les Autres – cherchant ailleurs l’énergie d’approfondir – de poursuivre notre quête – ce que nous ne savons pas même nommer…

 

 

Le tour de la chambre des adieux – sans relâche – obstinément – de fond en comble – sans jamais rien trouver – sinon la force de continuer notre fouille – de prolonger l’ineptie jusqu’à l’écœurement – jusqu’à la faillite – jusqu’à la capitulation ; la porte qui se cherchait – le seuil possible de l’abandon – du passage vers la transformation – notre regard sur les choses du monde – le terme de la marche liminaire – les débuts, peut-être, de la fabuleuse aventure…

 

 

Inutile de se souvenir – il faut enfreindre toutes les lois – franchir tous les seuils – s’opposer à toutes les formes d’autorité – exclure ce qui nous corsète – ce qui nous organise – ce qui nous constitue ; allumer un feu immense – et y jeter tous ses désirs – toutes ses chimères – toutes ses illusions – tout jusqu’à sa dernière chemise – et célébrer la nudité – la simplicité et la joie de ne plus rien être – de ne plus paraître humain – comme le cœur premier du monde – ce qu’il reste lorsque tout a disparu – l’irremplaçable – l’indestructible ; l’être dans sa chair la plus innocente…

 

 

En soi – de hautes flammes – sans idéologie…

A vivre au-dessus du malaise – sans se souvenir – sans louvoyer – sans essayer d’échapper à l’inconfort…

Moins opaque – peut-être – aujourd’hui – dans un monde qui nous ressemble de moins en moins…

 

 

La beauté – en nous – sacrifiée par la danse et les ambitions – les Dieux enivrés – l’opulence du corps et l’âme famélique…

Partout – la folie – les ténèbres exultantes…

La pauvreté et l’étroitesse du cœur – des hommes…

Nos yeux de bourreaux qui brillent dans la peur et le noir…

La terre épaisse – imprégnée de sueur et de sang ; des torrents de larmes – comme des rivières ; et la semence du monde grâce à laquelle tout renaît – grâce à laquelle tout, sans cesse, recommence…

L’enfer et l’ignorance (presque) éternels…

La tête plongée dans toutes les substances vivantes – immergée dans la matière terrestre…

Et le jardin immense – secret – caché à l’autre extrémité du cœur – derrière ces murs que si peu franchissent…

 

 

Trop de rêves et de bavardages – trop de piétinements ; d’incessantes gesticulations avec les lèvres et les mains ; les pieds qui cherchent leur terre – leur territoire – leur périmètre intime ; et l’âme en quête de son carré de ciel – d’un lieu de confiance et de prières – un endroit où il ferait bon vivre pour le corps – le cœur – l’esprit ; une sorte de fable – un mythe que l’on promet à toutes les enfances – quelque chose de (presque) impossible – une manière de parler le plus souvent – un rêve – une ambition qui peut, parfois, envahir la tête – l’existence entière – devenir l’axe central – le pays natal – le paradis perdu – le trésor que l’on s’efforce de retrouver coûte que coûte – le saint Graal perché au plus haut du ciel – enfoui au plus profond des ténèbres – partout – au-dehors et au-dedans – et qui, parfois, se révèle à celui qui s’obstine…

Une vie – des vies – comme un long chemin pour se débarrasser de ce qui nous encombre – de ce qui nous entrave…

 

 

L’infâme et la détresse – dans les plis du monde – là où nous sommes cachés – la misère noire des foules – et du visage perdu en elles…

L’ignorance et la cruauté – une terre sans éclat – sans soleil – sans espoir…

Nos voyages et nos parades inutiles – aussi tristes que nos rêves…

 

 

Présence dépeuplée ; des merveilles sur le pavé – comme une route qui traverse l’imaginaire – la féerie des paysages – les jours bleus – les carrefours et les rencontres – le monde d’à côté avec ses vieux objets et ses esprits caduques – ses lampes qui s’éteignent dans le noir – et cette roue qui tourne éternellement au-dessus des jardins du temps…

 

 

Le plus désirable – comme un parfum lointain – une ligne droite – un fil dans la géométrie complexe de l’espace – ce qui s’engendre à partir de rien…

Un rêve seulement – peut-être…

 

 

A nos côtés – nos préférences – et ce qui se tient dehors – à bonne distance – dans l’axe du doute – nos pas et nos renaissances ; ce qui dure – et se perpétue – sur tous les versants du monde…

Derrière notre dos – l’angle …

Et devant nos yeux – la tangente verticale…

 

 

Frères – derrière les mêmes grilles – à vivre – à méditer sur leurs (misérables) conditions…

Ce que nous fuyons sans envergure – le monde clos…

Et cette recherche – inerte et paresseuse – du périmètre sans frontière – du mouvement juste dans l’immobilité…

L’être – notre visage – à l’exact endroit…

 

 

La folie – la vraie – la belle – le contraire de la raison parcimonieuse – l’excès jusqu’au cœur de la justesse – le contraire du calcul – de la peur – de la retenue…

Ce qui vaut pour l’esprit vaut pour le cœur et le corps – vaut pour la vie ; cette chose incroyable – miraculeuse – que presque tous croient bâtir ou inventer…

Ah ! S’ils savaient…

 

 

Toutes ces boursouflures qui ne tiennent qu’à force de mots et d’images – de vieux restes d’orgueil…

 

 

Parmi les troncs et les feuillages – parmi les feuilles mortes tombées sur le sol – à notre place – parmi les nôtres…

Le ciel et le silence – la solitude heureuse et apaisée…

L’envergure de l’esprit – cette hauteur atteinte – comme si les lois du monde et les mesures des hommes n’avaient plus la moindre importance…

En ce lieu désert – sur cette croix terrestre – serein – sans douleur – comme dans le regard immense d’un Dieu juste et tendre…

 

 

Ce qui nous surprend – la tête à l’envers – en train d’essayer d’attraper quelque chose – un peu de rêve peut-être – le désir des Autres – ce que l’on a décidé à notre place ; notre seul destin – malheureusement…

 

 

Nous – dans l’alignement des mots et le désordre des pages – un espace de silence peuplé de bruits et d’idées – dissimulé sous ce qui ressemble à du tapage ; des syllabes qui se suivent – qui s’enchaînent – qui s’entrechoquent – qui se répondent (souvent) – une longue suite de sens et de sons – une longue suite de choses – l’inventaire de l’être – l’inventaire du monde – forme et fond mélangés…

 

 

En nous – advenues – les figures marginales du désastre (avec le pire – toujours – à venir)…

Ce à quoi nous n’osons pas même penser…

Comme un cauchemar pour l’imaginaire…

L’esprit – au plus bas – comme éprouvé déjà avant l’épreuve…

 

 

Au cœur des retrouvailles nécessaires – le visage à deux faces – les mains asymétriques – là où l’on croit s’installer pour toujours – ce qui confirme notre inexpérience du monde – notre fréquentation immature des choses et des visages – ce que l’on croit rencontrer – la douceur de lèvres familières – la caresse d’une peau étrangère – le désastre – le martyre – l’impossibilité – qui nous révéleront – plus tard…

 

 

Figures de proue du monde déclinant – en déperdition – les terres anciennes naufragées – les limites de l’esprit atteintes ; le pourtour exploré pas à pas – immense mais circonscrit – au relief formaté – aux méandres organisés en réseaux – somme toute, un (très) étroit périmètre…

 

 

Ce que nous traversons – du piège au bleu – le chemin de l’oiseau – la cage – l’envol – la liberté – la vie en désordre qui court entre les pierres – entre les branches – d’étoile en étoile – d’abîme en abîme – de ciel en ciel – sans jamais tarir son ardeur…

 

 

Sous la lune – la même terreur qu’au fond d’un trou – tous les soleils couchés ou agonisants – la pierre tranchante – l’innocence recroquevillée – immobile dans l’attente – l’âme tremblante de crainte et de solitude – dans le grand froid des Autres – de leurs yeux indifférents – de leurs mains occupées à d’autres tâches – de leur esprit chargé de calculs et de soucis…

A marcher là – à tourner en rond – à errer (si souvent) – le jour, pourtant, déjà posé contre notre joue…

 

 

Le destin déserté – un dernier soupir – le monde au loin – comme une absence de plus en plus déterminante…

La joie d’aller là où (nous) poussent les vents – sans préparation – sans explication…

Vivre comme l’on irait à une fête pleine de bruits et de lumière avec, en nous, cette folie et cette certitude du silence…

 

 

Le pas joyeux et solitaire – manière d’aller plus loin que l’impatience – le souffle long – la faim féroce – l’élan qui puise dans ses propres forces…

Un oiseau au-dessus des rochers – au-dessus de l’océan…

Une prière qui s’élève – comme une flèche en plein cœur – en plein ciel…

La marche et l’envol – parfaits…

 

 

Des chaînes aux pieds – sur la route – de plus en plus près de l’obéissance – de plus en plus près du lieu de l’Amour…

Et cette voix sans bâton qui nous encourage…

 

 

L’hiver – en nous – comme un bruit de pas feutré…

L’immensité blanche – une habitude…

Chaque jour – et la veille – et le lendemain – la même étendue – le même éclat…

Nulle pensée – nul souvenir…

La réponse – couchée – à la renverse – depuis des millions d’années – qui, soudain, se redresse et se déploie dans la cavité vide du cœur blotti contre les parois de la poitrine d’un plus grand que nous – à l’intérieur…

Dieu – sans réserve – qui s’installe et prend ses aises…

Dieu dans son indulgence et son Amour – sans la moindre pitié – debout – présent de toute sa hauteur – d’une extrémité à l’autre – démesuré dans notre âme – dans notre main – devenu enfin irremplaçable…

 

 

Nous – oublieux des ombres – familiers de la plaine autant que des crêtes dépeuplées – toute notre ardeur dans notre chant – nos tentatives – nos prouesses – le feu et la tristesse à la source – vif – flamboyante – un collier de cendre et de larmes sur la poitrine – le signe de notre appartenance (indéfectible) à la terre…

La grande solitude et cette longue nuit sans magie qui coulent dans nos veines…

 

 

Nous ne vieillissons pas – la pierre se fend ; elle ne s’use – elle se brise – à force de coups – à force de pas – à force d’Amour ; elle s’offre à ce qui est devant elle – à ce qui en fera usage ; elle se métamorphose et se démultiplie…

Et comme la neige – nous disparaissons…

 

 

Les hommes – la nuit – le monde…

Tous les chemins où glissent nos chimères…

La gorge haute et la tête dressée…

Trop d’ambition dans les yeux et l’âme…

Des parures colorées – au loin – aux teintes artificielles…

Des vies sans sacrifice – perdues – qui ne se consacrent qu’à la victoire – et qui deviendront, en définitive, un immense mausolée – l’autel sur lequel seront célébrées toutes les défaites – la débâcle générale – la totale (et saine et nécessaire) capitulation du cœur…

 

 

L’œil sensible – comme le cœur – le sang vif – comme le regard – les mains blanches – comme l’âme – et cet air bourru – et ces gestes austères – qui cachent si bien la lumière – tous nos élans de tendresse concentrés au fond de la poitrine – et ce frémissement de la peau à chaque rencontre – à chaque frôlement de la matière…

Nous – parmi les Autres et les choses…

Le monde – avec, au centre – avec, autour – l’esprit amoureux…

 

 

Rien de feint sur le visage – sous la neige – le réel saillant – la vérité de l’être et du sang – la terre et le ciel creusés l’un dans l’autre – indissociables – inextricables – comme la lumière (un peu de lumière) sur le petit théâtre des ombres…

 

 

La naissance et la mort – toujours…

Nos yeux fébriles – scintillants – et ces quelques larmes sur les joues – comme de l’or au milieu du sable – un peu de chair sur la pierre…

Cette étrange manière qu’ont les vivants de nous émouvoir…

 

 

A la manière de la graine et du ver – les bras haut levés comme pour montrer la direction ; n’importe laquelle, en définitive, ferait l’affaire tant l’essentiel se déroule ailleurs – dans le regard…

L’œuvre de l’invisible – en soi…

 

 

Au contact de tout – sans la moindre possibilité de fuite – parmi les visages et les choses…

Au cœur de la solitude pourtant…

 

 

Le monde en soi – au-dedans de l’ogre au cœur généreux – à la bouche vorace – à la faim monstrueuse…

Inexistant – comme le reste – absolument…

 

 

Rien que des rochers – la mer et le silence – le vent et les vagues – notre regard et notre main en visière pour tenter d’apercevoir le ciel – l’horizon – les îles – au loin – dressés comme des promesses…

Et nous – au milieu de rien – sur ces quelques pierres qui constituent notre empire – le lieu où nous sommes nés – le lieu où nous vivons – le lieu où nous mourrons ; seul(s) avec – au-dedans – notre mystère et (toutes) nos interrogations…

 

 

Des chemins qui serpentent entre les fleurs – les tombes – les cimes. Mille marcheurs – mille voyages – et le mystère intact devant nous – au fond des yeux – au-dehors et au-dedans – dont nous sommes tous le trait d’union – la passerelle indispensable…

 

 

Les hommes – entre le réel et le sommeil – au seuil des terres habitées – entre le rêve et la mort – ni vraiment vivants – ni vraiment fantômes – dans l’entre-deux de tout – des mondes – des cercles – la tête lasse – un pied déjà ailleurs – la tête plus loin et un pied qui traîne ; le juste équilibre – la parfaite harmonie – l’alignement provisoire – à découvrir au fond du cœur…

 

28 septembre 2020

Carnet n°244 Notes journalières

Le jeu des Autres qui – derrière nos cris – à travers notre joie – se dissimule…

Nous ne sommes qu’en apparence ; dans les profondeurs – au centre – l’espace et le monde nous habitent…

 

 

Derrière le rire – le soleil invisible…

L’espace pénétrant la tête – pénétrant la chair…

La beauté – la vérité – de l’instant – perdant toute retenue – toute pudeur…

Le grand jour qui se répand sans le moindre état d’âme…

 

 

Le silence qui danse – la tête jamais taciturne – les mains sur les hanches – vers le ciel – comme un oiseau – quelques feuilles – quelques plumes – dans le vent – à la merci des orages et des tempêtes – jouant sous la pluie – dans les bourrasques – complice de toutes les pertes – de tous les obstacles – n’ignorant jamais qu’il est seul au milieu de la multitude apparente…

 

 

Vif – comme le feu – venu nous consulter – venu nous envahir – venu nous reconnaître…

Sur le bûcher – toutes nos ombres et tous nos fantômes – tous les noms et toutes les vérités gravées dans les livres – au fond des têtes – le crépitement des mythes jetés dans les flammes et le frémissement de nos terres les plus lointaines – les plus étrangères…

Un immense brasier où, par-dessus les larmes, la joie s’est invitée…

 

 

Des notes sur le chemin que piétinent les hommes – qui se mélangent à la poussière – à la terre noire – à la nuit…

Ce qui indiffère – ou, pire, ce que dénigrent l’ignorance et la torpeur des têtes affairées…

 

 

Le monde – des remous – du désir – de la nostalgie – de l’amour tissé dans l’ombre – l’apparence d’un voyage – le visage de la multitude – ce à quoi nous condamnent les limites…

Le long apprentissage du rire et du soleil – l’intimité avec l’invisible – malgré la bêtise et la peur…

La naissance (souvent laborieuse) des ailes pour échapper à la gravité…

 

 

Sur la route – écartelé entre l’apparence d’un début et l’illusion d’une fin – condamné, en quelque sorte, à un intervalle restreint – privé de liberté – obligé, en définitive, de découvrir au-dedans le lieu de la verticalité – un espace – une étendue – vers le ciel – l’univers – l’infini ; une manière de vivre le corps sur terre – au milieu des Autres – et l’âme au-dessus des têtes – au-dessus du monde – de rendre l’existence (passablement) vivable…

 

 

Des fleurs au milieu du rêve – comme une lampe pour les naïfs – un semblant de lumière pour donner l’illusion d’un voyage – l’illusion d’un spectacle – une parenthèse dans la nuit sombre et sans fin…

 

 

La moitié du visage emportée par la colère. Et l’autre – déjà folle – soumise aux exigences de la tête…

L’âme et la main – dociles – prêtes à briser le sol – à jeter le venin accumulé – à anéantir la moindre tentative de résistance…

Comme un orage né du mariage étrange (et presque contre nature) entre les hauteurs et les abîmes – véhiculé par obéissance au règne de la noirceur et l’agilité des transmissions entre les cercles…

Notre prédilection pour le rouge écarlate – coups de sang et coups de cœur – comme pour mieux souligner notre impuissance face aux forces terrestres – face aux incroyables passions qui gouvernent le monde…

 

 

Dans le regard – le monde entier – les conditions même du geste juste – ce vers quoi tendent toutes les formes de vie…

 

 

Rien que des ailes dans le vent – dans le ciel – et le sourire, en contrebas, des grands arbres fidèles – émerveillés par les danses qui les surplombent…

La sagesse de notre monde – l’âme dans sa pleine envergure – en tous lieux habitables – en tous lieux possibles – là où tout existe – et est orchestré pour se résoudre – pour se révéler…

 

 

Des pierres – des larmes – des refus – l’âme penchée – vacillante – autant que nos certitudes – autant que les restes, peu vaillants, de notre volonté ; ce que l’on brûle et ce que l’on lèche – indifféremment – comme si la nuit et le soleil étaient des atomes insignifiants – une part infime de ce que nous sommes – dans notre (involontaire) rayonnement…

 

 

Le silence – à l’abri des bruits – à l’abri des vents – à l’abri des Dieux… inaccessible par les choses du monde – sauf à creuser en elles…

L’attention-mère – originelle – la matrice première des mondes successifs…

 

 

Toutes les formes et toutes les possibilités – en nous – prêtes à surgir et à se déployer…

Des couleurs – des parfums – des lunes – des rires – des mondes – tapis dans l’ombre – dissimulés avec prudence – en désordre – dans l’attente d’un souffle – d’un élan – pour jaillir et naître au jour…

 

 

Des mains que l’on abandonne – comme un don supplémentaire – un surcroît d’offrande – une manière, peut-être, d’offrir à la prière un peu de densité – un peu de consistance – assez de chair pour devenir réelle…

 

 

Dans les filets d’une main qui nous soulève – l’œil aux aguets – là où les paupières sont encore closes…

Et au cou – ce lourd collier de chaînes…

 

 

Une douleur – à chaque carrefour – nous attend – une possibilité de délivrance – à chaque instant – l’envol ou la poursuite (laborieuse) du voyage…

La fièvre et l’abattement – d’un côté ; le chant – l’Amour et le silence – de l’autre…

Depuis toujours – la même alternative…

Nous – sans cesse – oscillant entre le réel et la croyance…

 

 

Nous – revêtus de noir et d’obéissance – de cet uniforme sans visage – sans influence – sans aspérité – les habits tristes de la séparation et du désenchantement – pris à tous les pièges du monde – prisonniers de la tête aux pieds…

 

 

Ce que nous subtilisons au soleil – l’âme et les yeux à la dérive – sur le dos, notre charge quotidienne – la perspective jamais au-delà de l’horizon – des murs d’écume devant nous – comme des obstacles – une forme grossière de détention…

 

 

Rien pour prier – remercier – se prosterner…

Rien qu’un désert – rien que des pierres aussi tranchantes que des lames – avec des grilles et des fleurs plein la tête – comme un rêve – une invitation au voyage – à s’enfuir aussi loin que possible – à rejoindre tous les ailleurs accessibles…

Un pied dans le ciel et l’océan – et l’autre immergé dans la terre – submergé par l’abondance et le sang…

 

 

Un fil – un passage – aux allures de croix – de sacrifice – de crucifix – avec du vent et des couronnes d’épines – avec des ombres (les nôtres et celles des Autres) et des révélations…

Notre nature au-delà du monde – au-delà des apparences ; nos retrouvailles tant espérées…

 

 

Une étoile ou un trou au centre – ce que l’on y met malgré nous – la façon dont nous habitons le monde – la façon dont nous habillons l’esprit – la façon dont nous nous tenons face aux Autres…

 

 

Paumes ouvertes – hors du désir des hommes – hors du désir du monde – épargné par le règne terrifiant de la folie – là où les ailes se déploient – deviennent le faîte de l’esprit hors de soupçon – l’envergure promise au-dessus des danses et du néant que l’on habille, trop souvent, de couleurs et de bruits – et que l’on agrémente – éhontément – d’une présence infiniment restrictive – incroyablement mensongère…

 

 

Une autre douleur que celle de la nuit – intérieure – profonde – inéluctable – sa continuité déployée, en quelque sorte ; l’illusion et l’escroquerie – comme un décor et un contenu que nous aurions inventés pour nous donner le sentiment de pouvoir échapper à la misère et aux (terrifiantes) limitations de l’existence terrestre…

 

 

Le sang des Autres sur notre plaie…

Le silence par-dessus la douleur et le courage – les mains tendues face aux interrogations – comme l’aveu d’une impuissance – un coup de poignard dans l’eau – un élan de résistance inutile – les yeux, sans doute, lavés par trop de larmes et de pluie – le monde devant nous – inerte et triste…

 

 

Le verbe et les étoiles – à demeure – dans le prolongement de notre stature – comme un axe – une colonne autour de laquelle graviteraient le silence et mille autres soleils…

Tous nos frères de naissance – la part promise à notre intimité…

Illusion(s) – comme le reste – bien sûr…

 

 

Des paroles autour de la faim – le monde à nos pieds – intacts – comme le plus familier – au bord et au centre – en surface et en profondeur – perceptibles – comme l’invisible – selon le degré d’inclinaison de l’esprit…

 

 

L’âme glissante – dans son échappée – sa fuite des dogmes – insaisissable – comme le monde et la vérité – comme tout, en réalité ; circonstantielle – de passage – simplement…

 

 

Dans le regard – ce qui est – provisoirement – ce qui se goûte…

Au cœur de l’antre des sages et des Dieux – sans désir – sans souci – dans cette luminosité dense et rayonnante…

La mort apprivoisée qui rejoint l’Amour – la terre accessible – le ciel désacralisé – comme si l’on avait (enfin) compris que la douleur – l’insupportable – ne se trouvaient que dans le refus…

 

 

L’oiseau et l’infini dans le même ciel – dans le même chant – ceux qui naissent des âmes libres – affranchies des vieilles lunes du monde humain – des anciens cercles d’existence et de torture – réels, en somme, comme le plus immuable en nous – ce qui échappe à notre fièvre (féroce) et à nos désirs (si puérils) de blancheur…

 

 

Quelques mots – quelques lignes – comme des flèches décochées contre des murs d’écume – imposants – massifs – impénétrables…

Nul dans les gradins – nul aux fenêtres – rien qu’une foule curieuse des histoires – de la surface – l’horloge au poignet qui berce la torpeur de son bruit régulier et monotone – avant, un jour (très vite) de sonner le glas du monde, puis, bien plus tardivement, celui de l’illusion…

 

 

L’écrin de toutes nos mélancolies – de tous nos élans vers la bêtise et le crime…

Le désespoir des Dieux devant tous nos horizons obstrués…

 

 

Le long de nos esprits vides – des amas d’illusions inventées, puis rejetées – la crête sur laquelle piétinent toutes les âmes – les aiguilles mensongères du temps – la logique et la raison – ce qui s’éloigne sans inquiétude – les rêves et l’anxiété – tout ce qui semble nous composer – en somme…

Le monde, bientôt, au seuil de l’effondrement – sous le joug du règne soustractif…

 

 

A notre place – sous la neige – au cœur de l’hiver qui se prolonge et se perpétue – dans la blancheur du ciel déployé – loin des ombres et du noir au milieu desquels nous avons grandi – au milieu desquels se sont, peu à peu, fomentés toutes nos tentatives – tous nos élans vers un ailleurs plus vivable – moins prévisible – moins circonscrit…

 

 

Parallèle au périple – le seuil accessible – notre fortune…

 

 

L’émerveillement du regard affranchi du désir – toute la beauté du monde offerte…

La rosée du matin et les fleurs au crépuscule – l’arc-en-ciel au-dessus des dédales – notre égarement dans tous les labyrinthes improvisés…

Nos yeux anxieux qui scrutent le ciel sombre et menaçant – notre seule perspective…

Notre long témoignage sur ces pages – les confidences d’une âme chercheuse que la surface et les périphéries n’ont jamais su contenter…

 

 

La solitude errante – des origines – à l’œil curieux et sans viscère – démystifiée – exacerbée et célébrée par la proximité permanente de la mort – par la fréquentation continuelle de l’incertitude – par l’immersion quasi totale dans le vide – l’instant – notre présence sans identité (véritablement) reconnaissable…

Le signe, sans doute, que l’âme a remplacé la tête et que le front est devenu un passage – comme le corps – comme les mains – comme le cœur – ouverts à tout ce qui les traverse – à tout ce qui les entoure – à tout ce qui existe – libérés des frontières entre ce qui semble à l’intérieur et ce qui semble au-dehors – bien plus vivants (et bien plus rieurs) qu’autrefois…

 

 

Pourquoi pensons-nous que nous n’existons qu’à travers les signes et les représentations… Sommes-nous donc si peu réels pour n’accorder de crédit qu’aux images et aux symboles…

 

 

Incarner le sourire – le jeu – le chant – le silence – qui naissent de l’innocence…

 

 

Des colonnes d’invisible – le soleil en ruban dans nos cheveux libres – défaits…

Le monde redécouvert par le silence – à travers l’âme (presque) guérie – (presque) réconciliée – entière…

A la jointure du secret et de la lumière…

 

 

Sur la sente des noms inutiles – des choses et des pensées accumulées – sur le pont d’un navire au naufrage annoncé…

La fièvre qui guide les pas – les gestes et les paroles – fidèles à nos croyances – soumis à nos désirs – si pleins encore d’ardeur et d’idéaux…

A nous attarder paresseusement – indéfiniment – dans les coulisses de l’avant-voyage…

 

 

Au sol – dans l’air – et plus haut (bien plus haut) – les vibrations de la voix – la torche de la vérité rayonnante – lumineuse – éclairant l’Amour sur ses hautes échasses – le silence à proximité – à portée de l’enfance – et les cages aux grilles solides au fond desquelles nous nous tenons…

 

 

Au milieu du néant – au cœur de l’abîme – la monstruosité – infidèle à l’origine – soumise aux forces noires du monde…

La terre en tête – dans le sang qui circule – jusque dans l’âme contrariée – à peine consciente de son dévoiement…

 

 

Des cris – des mains rouges – de la chair blessée – en tous lieux – des taches et des ombres grandissantes – de plus en plus souveraines – des flèches et des étoiles – des amas de désirs et de dépouilles ; des créatures si impuissantes – si risibles – si ridicules face à la beauté et à l’immensité du jour…

 

 

Par endroits – la transparence – la profondeur des résonances ressenties – le jour qui se propage comme si rien ne pouvait lui faire obstacle…

L’intelligence louvoyant entre les aspérités – pénétrant les angles – épousant tous les recoins – la moindre anfractuosité – imprégnant les sols – l’air et l’eau – les étoiles – tout ce qui frémit et tout ce qui la réclame – sous le sommeil…

 

 

Nous – décochés comme des flèches dans la nuit – survolant le monde (une partie du monde) – transperçant quelques broutilles – errant au-dessus des têtes – de la raison – de la sagesse – avant de retomber dans le sable lointain – abandonnés à notre sort – au dessèchement – à la solitude – aux conditions nécessaires pour que se réalise le passage – cette traversée sombre et éprouvante du désert qui mène au ciel – au jour – au bleu indéfini et sans mystère…

 

 

Les mains jointes et noires – creusant, parfois, la terre – levées, parfois, vers l’infini comme une flèche immobile – saisissant le nécessaire – les quelques trésors posés devant elles – parant les coups – réparant, de temps à autre, les dégâts – devenant la preuve de tous les possibles – la cause du plus grand vertige dans nos combats – dans notre danse avec la matière – dans nos opiniâtres tentatives d’envol…

Le grand défi de l’homme face au mouvement – face au silence – face à la vérité…

 

 

Trop de fièvre encore dans la voix – dans les mains et les rêves – trop d’infidélité encore au silence et à l’immobilité – pour que nos ambitions coïncident avec les circonstances et reflètent, de manière parfaite, l’Amour et la justesse…

 

 

Des visages – une croix – contre notre joue…

Ce que les larmes nous révèlent…

Ce que nos mains ont tenté de bâtir – des enclos – des frontières – des remparts – un lieu où vivre à l’abri de la fureur du monde – incapable, bien sûr, de nous protéger des démons à l’intérieur…

 

 

Assis au milieu des herbes – loin du grand labyrinthe fait de briques et de visages – de peurs et d’ambitions – seul dans la multitude végétale – sur cette étendue verte épargnée par les édifices et les instruments humains – abandonnée aux habitants des marges auxquels nous appartenons…

 

 

Des feux – en cascade – jusqu’à l’aube…

Ni chemin – ni pèlerin – ni viatique…

La monnaie et le plus précieux à l’intérieur – le nécessaire pour l’échange – un peu d’embarras contre un coin de ciel bleu…

Mille ans de repos après tant de guerres – de sueur et d’efforts…

Le rire à la suite des larmes – comme une couronne (presque) invisible – offerte sans raison…

Le vide après la tristesse – après des siècles d’absence – d’abandon et d’infortune – puis, un jour, le silence et la complétude – ce que nous n’espérions plus…

Le terme (provisoire) de cette marche folle et obstinée…

 

 

Le monde à genoux – derrière l’oratoire – des prières plein les poches – des sermons plein la tête – mille conseils pour les âmes naïves et dociles – encore insensibles à ce qui les traverse – aux lois directes du ciel – à l’Amour sans intermédiaire – à la lumière non retranscrite par les scribes dans les livres – à l’immensité qui nous attend tous au-dedans – à la découverte et au déploiement de l’espace que notre orgueil – notre ignorance – notre ambition – dissimulent obstinément…

 

 

Un ruban d’ennui autour de la tête – nous passons – en désordre – déréglés – avec, sur le visage et au fond du cœur, cette passion obscène pour la matière – la faim des affamés ; des rires sous le jour – inconscients – comme si nous étions tombés là par hasard – comme si nous étions censés vivre ici pour l’éternité…

 

 

Un pays de pierres et de larmes – d’espoirs et d’instincts – peuplé d’infimes créatures aux yeux – et au cœur – fermés – dans le prolongement des premières cellules – des premières entités vivantes à l’évolution longue et laborieuse – pleine(s) de merveilles – de surprises et d’empêchements…

 

 

Les heures les plus familières pour apprivoiser le monde – sa sauvagerie et ses limitations – l’impossibilité immédiate du ciel…

Guidé(s) par la main impatiente des enfants – montrant ceci et cela – ici et ailleurs – là-bas et plus loin – trop rarement (presque jamais) le lieu originel – le lieu où toutes les histoires ont commencé…

 

 

Des yeux à l’air libre et des âmes engoncées…

Des danses qui célèbrent – et prolongent – la nuit…

 

 

Des têtes aux songes créatifs – ce dont rêvent les esprits – ce que fabriquent les mains – mille inventions et quelques interrogations tenaces en arrière-plan – comme une métaphysique naturelle – nécessaire à notre manière de vivre – à notre manière d’appréhender l’histoire – à notre manière de conduire les destins…

 

 

Tous les noms inscrits sur la longue liste des choses du monde – tous les objets unis par la même chair – façonnés par le même regard – ensemble dans le même espace – fragments du seul existant

 

 

Parfois, la nuit – comme une ombre sous les paupières – ce qui ravage la terre – un monde de soif – de manque – d’élans – où la satisfaction des désirs n’apaise que de manière (très) provisoire…

Immobiles – comme si les murs nous encerclaient – à la croisée de tous les prolongements…

 

 

Entre nos doigts – le monde – l’univers – le vide – et toutes leurs créatures difformes – boursouflées – que l’attrait des Autres dilate – enlaidit – plus encore…

 

 

Des verrous – de l’eau qui coule – des âmes à genoux – les semelles chargées de terre – la chambre et l’espace à explorer…

Sur le même fil – la même parcelle de boue – à rêver – à nous complaire…

 

 

Tout arrive à celui qui s’arpente – qui s’égrène – qui se désagrège…

L’infini à portée du souffle – du feu – du vent…

 

 

Sous le front – entre les tempes – la douleur qui s’estompe – notre fraternité recroquevillée…

Pieds nus dans les eaux du fleuve – comme envoûtés…

Les mains avides et gesticulantes – à la recherche d’un peu d’or – quelques misérables paillettes…

Entre nos doigts – du sable et d’infâmes restes à partager…

Toute la vie – dans nos yeux – dans nos veines…

La figure de l’Amour au pays des vivants – au pays de la mort…

Le chapelet dans notre main – s’égrainant – comme nous dans celle de Dieu – ici, la chambre – là, l’univers – ici, les saisons – là, la folle allure du temps…

Et partout – les mêmes âmes et les mêmes yeux épris d’Amour et de lumière – convertis déjà au silence malgré les apparences – malgré l’affairement et les bruits…

 

 

De pierre en pierre – les yeux ravagés par la soif et la folie – les mains fébriles – l’âme pleine de nœuds et de murmures – au pied d’un long mur – une enceinte interminable peut-être – comme des enfants qui attendent, impatients, leur mère – un peu d’eau et de sagesse – une (vague) espérance – la possibilité de contourner l’édifice – la forteresse – d’entrer de plain-pied dans l’existence vivante – dans l’existence réelle – dans l’existence vibrante – frémissante – amoureuse…

Au cœur de l’intimité de l’être…

 

 

Pas même le souvenir de la douleur – du manque acéré porté dans l’âme jusqu’à l’incandescence – l’impatience d’aller pieds et tête nus – en agitant les bracelets à nos bras – au milieu de la fête – au milieu de l’absence…

Nos danses sur les rives du grand fleuve chimérique…

Notre chevelure changeante – jusqu’au blanc du temps passé…

Nos chants – tous nos chants – pour apprendre à défier la nuit et la malchance…

Le poids des soucis dans le miroir – implacable – saisissant – qui creuse, chaque jour, notre visage ; qui forme les rides de l’accoutumance et de la résignation…

Rien qu’un peu de chair et d’espérance – en somme – qui finira ses pauvres jours – sa brève et misérable existence – en cendres – en poussière – entre quatre planches – pleuré par quelques-uns pendant quelques instants – poussé ailleurs – un peu plus loin – contraint très vite de revenir – de bâtir, à nouveau, quelques édifices avec un peu de sable et de vent – entre rires et grimaces – entre espoir et douleur – soumis (inexorablement) au lot commun (ordinaire)…

 

 

Dans les affres de l’ombre et de l’assise – le monde devant nous – sur le sable – des larmes sur la joue – un sourire discret aux coins des lèvres – des images et des pensées – une manière de tracer sa route – à mains nues – sans privilège – sans concession…

Toute la beauté de notre voyage – peut-être…

 

 

Nous respirons – comme si l’infini était derrière nous – au-dessus – en dessous – mais jamais au-dedans – jamais à proximité ; un souffle sans envergure – une dispersion des énergies et des ambitions – comme le plus vaste provisoirement contracté – provisoirement circonscrit…

 

 

Il n’y a rien à faire – rien à chercher ; la compréhension invite au chant et à la danse – les plus justes (et les plus belles) expressions du silence lorsque celui-ci est habité – l’individualité alors jouit et jubile – rien d’autre ne lui est nécessaire – rien d’autre ne l’intéresse…

L’espace seul – comme le lieu de la joie et de la jouissance – l’envergure incroyable et surprenante que nous habitons – que nous respirons – que nous sommes ; et cette frénésie de gestes – de pas et de paroles – tranquilles et silencieux…

 

 

Les mots qui glissent comme des pieds – une main – un modeste baiser – sur la glace – la feuille – la peau – des fleurs lancées sur les pierres – sur les têtes – dans les bras de ceux qui attendent avec impatience – un peu de vérité sur les brûlures – sur les désirs et l’espoir – un feu supplémentaire – des flammes hautes et dansantes dans la mémoire – au milieu des idées – un incendie réparateur qui détruit les amassements – l’inutile – et laisse la terre noire – le sol et notre visage – aussi lisses qu’un miroir…

Le terrain le plus propice au silence et au recueillement – les prémices de l’innocence et de la légèreté – l’antichambre de la tendresse – de la lumière – de la joie…

Notre plus fidèle portrait – en somme – de long en large – de bout en bout…

 

 

La terre – comme une main tendue – offerte ; et cette marche aveugle – inconnaissante – inattendue et impatiente…

Ce qui nous hante…

Nous – vers le feu – puis, au milieu du feu – puis, devenant le feu…

Le monde – les arbres et les oiseaux…

Le sol où tout, sans cesse, recommence…

 

 

Nous – vers la chute certaine – dans le piétinement jusqu’au trou…

Trop rarement – l’envol et la liberté…

Ce qui appartient encore aux yeux des hommes et au monde des Dieux…

La tête – dans ses filets d’illusions ; le regard trop enfoui – trop lointain – qu’un rien, pourtant, pourrait faire naître…

 

 

Nous – au milieu des Autres – à penser l’incertitude – à vivre au milieu des bruits – comme si nous étions là pour composer avec ce qui nous entoure – exhumer ce qui loge au fond de nos viscères – confirmer l’insignifiance et l’indigence de notre destin ; cette nuit longue et tragique – sans étoile…

 

 

Nous – à l’extrémité du monde – et les Autres, apparemment, de l’autre côté…

Au bord de la vérité – peut-être ; et les hommes si profondément dissimulés en elle qu’ils ne peuvent la découvrir – ni la faire jaillir – au-dehors – à travers leurs gestes et leurs paroles…

 

 

Le sang versé – pardonnable…

La souffrance infligée – utile peut-être…

L’âme – esseulée – sur son rocher noir – recluse sur son archipel des épouvantes – comme un passage nécessaire – le seul paysage qui, dans ses sous-sols, abrite le plus précieux – la sensibilité et l’acuité du regard – ce qui, peu à peu, donnera naissance à l’Amour et à la lumière…

 

 

Nous – longtemps après le lever du soleil et longtemps après son extinction – pour toujours – sur le sable – sans consolation – au milieu de la nuit – avec un immense sourire au fond de l’âme…

Qu’importe le contexte et les circonstances lorsque le cœur – les lèvres et les mains – sont réunis et alignés sur les exigences du monde et des Dieux…

 

 

Nous avons – trop longtemps – confondu le monde – la route et les noms – les visages – les choses et les fonctions – emmêlant tout – mettant tout cul par-dessus tête – nous laissant engloutir au-dedans des coups – des mains qui cognent et du sang – essayant de nous ranger toujours du côté des alliés et des vainqueurs – du côté de ceux qui gouvernent le monde – de ceux qui conduisent les destins – de ceux qui inventent ou rénovent le langage ; les pieds – l’âme – la tête – sur le versant du mensonge et de l’inutile…

 

 

Nous – seul(s) au monde – au seuil du réel – à proximité du lieu où veille l’Amour – aux avant-postes du silence – pas si loin, au fond, du sommeil des hommes…

 

 

Le souffle brut – sans trahison – au fond de l’âme et de la poitrine – naissant ailleurs – plus loin – plus profondément – dans cet espace de liberté et d’obéissance – au cœur de cette présence fidèle à toutes les lois et à tous les règnes du monde – dans le vide qui demeure au-delà des choses (construites et inventées) – au-delà des murs – au-delà des larmes et du langage…

Au fond de cette béance qui nous abrite – que nous abritons – que nous sommes, bien sûr, de toutes les manières possibles…

 

18 août 2020

Carnet n°243 Notes journalières

Dans le défrichement illusoire du monde – la tête penchée – l’âme près du sol – à peine existante – à chercher dans les livres un peu de courage – un surcroît de vitalité – la langue oubliée des Dieux – ce qui nous consolerait de vivre – l’exacte contrepartie de nos malheurs…

 

 

Dans l’antre des monstres et des Dieux – ensemble…

Au plus près du refus – juste derrière – en vérité – là où la connaissance indiffère – devient caduque – là où l’acquiescement est la seule règle – la seule loi – là où nous sommes déjà – sans même le savoir – malgré nos résistances – malgré notre inertie…

 

 

A présent – en ce lieu où le sens prend tournure – sans démenti possible – autant que la plus haute absurdité – dans l’éloignement de ceux qui se disent nôtres – de ceux qui nous ressemblent – dans l’abandon des têtes amies – des têtes alliées – de toutes nos tribus imaginaires…

 

 

De dérive en dérive – jusqu’à l’exclusion – jusqu’aux frontières dépassées du monde – jusqu’à l’autre bord – jusqu’à l’autre rive – jusqu’aux antipodes d’ailleurs – ici même en réalité…

Parfaitement immobile – en quelque sorte…

 

 

La main parfaitement alignée sur l’âme – le centre – l’infini – ce que Dieu attend et ce qu’il est capable de réaliser – à travers nous…

 

 

Tout qui s’enchaîne – jusqu’à la beauté – jusqu’au parfait silence ; la complétude – comme notre seul désir – celui par lequel tout arrive et se succède…

Lâcher l’inutile – abandonner ce qui persiste à s’acharner – se glisser dans la fièvre et les tourments – devenir le mal lui-même – et demeurer au cœur de tous les centres…

Se libérer alors devient la seule possibilité – l’élan naturel au-delà de la volonté – au-delà des exigences du monde et des Dieux…

Notre seule réalité – sans doute…

 

 

Des herbes et des âmes chavirées – piétinées – abandonnées à leur sort – à leur inconsolable solitude – à ce salut qu’elles ignorent – cette manière de se tenir debout – dressées et fragiles parmi les Autres – au milieu d’une nuit qui jamais ne dit son nom…

 

 

Seul – sans manque – sans attente – sans réponse – sans remède – comme un tertre – comme un peu d’air – au milieu du ciel – comme un trou – un peu de terre – à même le sol – tombé là sans que le hasard, ni les Autres s’en mêlent…

Des visages – des pieds et des tombes – au cœur d’un incroyable tohu-bohu…

Du feu – le miroir central et les reflets périphériques – brisé – dilués dans les paysages – une sorte de rupture et de flou – quelque chose de fort peu raisonnable – comme une sensation – une impression de mort au milieu des couleurs – comme une âme vivante au milieu d’un écho très ancien…

 

 

Dans les ténèbres obstinées – le jour qui veille – attentif – derrière tout ce qui a l’air triste et sombre – derrière tout ce qui affiche une noirceur apparente et trompeuse…

 

 

Les lèvres de l’Amour dans nos veines buvant, malgré elles, le sang des Autres – amoureusement – pas même révulsées par la grossièreté (inévitable) de ce monde…

 

 

L’âme triste – les poignets harassés – à force de se hisser vainement au-dessus de ce qu’on ne cesse de nous offrir – comme un manque – une quantité jugée toujours insuffisante – ce qui nous emplit, pourtant, jusqu’à la garde – jusqu’à l’écœurement – jusqu’au franc débordement…

Le cœur et le ventre pleins – repus et sans joie – sans l’émerveillement nécessaire que seule la frugalité reconnaissante peut offrir…

 

 

Immobile – comme le jour – malgré l’affairement alentour – la gesticulation des vivants…

Au milieu des vents – au milieu du sable – la peau et le cœur emmêlés – quelque chose d’une apparence – comme une matière qui tressaille…

 

 

Ce qui danse sous nos carapaces…

Le monde entier dans nos yeux immobiles…

Mille mouvements et mille rythmes au-dedans du vide…

 

 

Rien ne peut mourir dans le regard tant tout semble inexistant – partiellement là – parfaitement relié au reste – de mille manières…

 

 

Le vent sait ce que lui confie le vide et le vide rit de ce que lui confie le vent ; et nous autres, l’un et l’autre – et, très souvent, plus l’un que l’autre – alternativement – comme si trouver son équilibre était la chose la plus difficile au monde…

 

 

Nous sommes la chance du monde – et sa malédiction ; les intentions de l’âme et la vie blessée à mort…

 

 

Il y a de très vieilles douleurs dans les couloirs de l’univers – de très vieilles douleurs et des âmes en fuite – et des âmes en quête – quelque chose d’incompris (et d’incompréhensible par la raison) – quelque chose à défaire et des liens à réaliser ; se rendre compte de nos mensonges et de nos inventions – des ciels et des gouffres que nous avons artificiellement construits…

Des idées autant que des ombres…

Un monde où l’être est absent – en apparence ; un plénipotentiaire déguisé qui prend un malin plaisir à incarner son contraire…

 

 

Des existences où, en vérité, il est impossible de mourir – et où la mort demeure très largement incomprise…

Debout – à travers toutes les naissances…

Debout – sans jamais la moindre fin…

 

 

Nous – dans le jour – avançant confusément – vivant comme si l’innocence n’était qu’un mythe – un idéal hors d’atteinte – une crête invisible au milieu des vents…

Nous – croyant vivre – et ne cessant de mourir – en vérité – les Dieux et la douleur mélangés – et la joie (imperceptible) présente au milieu des danses…

 

 

Des traces sur nos lèvres – sur les chemins – la lumière tenace malgré le défilé des saisons et des visages…

 

 

Ce que nous achevons sans courage…

L’encre et sa cargaison de baume et de venin…

Le monde aussi subtil que nos pages…

Une interminable leçon de modestie…

 

 

Dans le caprice des heures – empêtrés – à la manière d’un feu dans le noir – dans la nuit – visible mais inaccessible – pris dans les nécessités de vivre et l’incroyable vigueur des choses de la terre…

Sans loi – sans nom – dans une veille sans intention – sans ambition – soudés à l’Amour et au langage – aux jeux du monde et des Dieux interprétés par l’esprit…

La tête en sang – dans le vertige de l’imaginaire – comme un enfant soudain séduit par la fraîcheur de l’eau – la tendresse de l’herbe – la beauté des nuages – toute la poésie du monde…

 

 

Au-dedans des ronces – solitaire – à manier le silence comme la seule véritable épiphanie – à la fois perpétuelle et récurremment différente…

 

 

Les signes du corps – de l’âme – du destin – alignés sur la page – pointant sans violence – sans hardiesse – vers le ciel – l’Absolu – le seul repère…

 

 

Toutes les morts additionnées – indéchiffrables – comme des sentinelles autour du sommeil – comme une monstruosité apparente et opportune – comme un piège dans l’espace – la seule issue possible – sans doute…

 

 

Du temps – ce que l’on imagine être le temps – de l’Amour – les mains vides ; ainsi marche-t-on sans souffrance – le parfum de la mort sur les lèvres – comme une fleur nécessaire – délicate – comme une chose que l’on chérit – la condition du changement – des possibles – de la joie…

 

 

Le visage des jours sur l’âme et les mains – flétri(es) – comme la peau d’un ancêtre que l’on aurait revêtue – un peu hiératique – un peu surannée – quelque chose comme un reste de neige – le manteau du passé que l’on aurait traîné trop longtemps derrière soi et qui aurait pris la couleur de la poussière – la couleur des chemins…

Un sourire gris sur la figure – comme une tristesse figée – comme un masque qui découragerait le monde et la joie…

 

 

Un peu de vent sur les yeux – comme une prière – un poème – le langage silencieux des Dieux – sans commentaire – sans explication – comme une caresse – un enchantement – avec l’envergure du rêve et la précision du geste – invitant le Divin dans les mains – sous les paupières – et la terre dans le sang – à se mélanger – à devenir l’élixir – pour instaurer la beauté partout où l’âme et le regard se posent…

 

 

Inaccomplis – le monde comme le mystère – et tous nos secrets – ce que nous conservons à l’abri des regards – derrière notre désinvolture familière…

L’allure légère et le geste éternellement neuf…

Au-dedans de tout – et que nul, jamais, ne pourra ériger en statue…

 

 

Ce qui – lentement – glisse vers la blancheur…

Plus personne pour que l’Amour s’incarne…

Un jour – comme mille autres – le ciel au-dessus – la pierre en dessous – quelque chose comme une âme bancale – maladroite – malhabile face au vent – face au monde – face aux hommes ; comme une sorte de virginité corrompue…

 

 

L’étoile en haut – arborée – comme le signe d’une défaite – la possibilité d’un rêve incarné – ce à quoi l’on s’exerce lorsque l’on imagine ailleurs préférable à ici – lorsque l’on imagine après préférable à maintenant – la preuve que quelque chose cloche – en nous – un lieu terrible – sauvage – séparé de tout – où rien ne peut (véritablement) s’emboîter…

 

 

Incompris – dans nos trop lourdes vêtures – les cailloux du monde plein les poches – à passer d’un côté à l’autre du chemin comme s’il nous fallait (absolument) marcher (et avancer) – comme si l’allure et les pas ne comptaient pas davantage que les lieux traversés…

Lourdes silhouettes dans l’argile – un souffle à peine – pour nous rappeler notre appartenance à cette lointaine généalogie du vent – et un espace ténu – perdu – dissimulé au fond du cœur – pour nous souvenir de notre parenté avec le ciel – avec ce bleu étrange et infini – indifférent à la direction prise par les voyages – aux étapes et à la destination que nous nous astreignons à rejoindre…

 

 

Nous n’implorons personne – que le désert avance – seulement – et que nous sachions nous résoudre à toutes les absences – que lui en nous et nous en lui – apprenions à nous apprivoiser – à devenir l’autre sans la moindre étrangeté…

 

 

Une déchirure – immense – qui sépare le monde – l’océan – en deux parts inégales – incomparables – le grossier et la souffrance d’un côté et l’invisible et la joie de l’autre…

Et nous autres – coupés en deux – obligés de se réunir – de se rejoindre – de retrouver l’unité originelle…

 

 

Une place entre le monde et le ciel – quelques millimètres de frontière qui occupent toute la place – l’essentiel de notre vie – nos refus – nos résistances – nos désaccords – une étendue dédiée aux pierres et aux vagues – aux fracas contre la roche – aux luttes inévitables entre les formes – au lieu d’oublier nos querelles – de façonner ensemble les conditions de la réconciliation – de réunifier les contraires – d’œuvrer à la superposition de la surface et des profondeurs – du centre et de tous les lieux qui ne s’avèrent être, en réalité, que des périphéries…

 

 

Parfois – devenir – ce que la mort nous préfère – une onde – une vibration – un courant plutôt qu’une chose définie – circonscrite – à attraper ; une fenêtre immense plutôt qu’une hache ou une minuscule trappe cadenassée…

 

 

Toutes les vertus du silence – en toute discrétion – sans la moindre bannière – sans la moindre préférence…

Ce qui s’impose – ce qui fait tout voler en éclats autant que ce qui nous soustrait…

 

 

De moins en moins – tels serait, peut-être, la direction – le sens involontaire de la marche – jusqu’au seuil où tout s’inverse – où tout est identique – où tout s’achève et recommence – où dans l’acquiescement joyeux du plus rien, tout est offert…

 

 

Tout, un jour, finit par nous déserter. Ni Dieu – ni sens – ni message – et moins encore d’explication ; le quotidien – tout mélangé – ensemble – et tous les gestes naturels qui s’imposent…

 

 

Au fond – dans le monde – dans les yeux – rien ne change – ça a juste l’air de vieillir – comme la peau et la chair – une apparence en déclin…

Et la vérité (inchangée) du regard premier – ensoleillé et venteux – à travers les siècles – dissimulé (avec une grande intelligence) dans le cœur de chacun…

 

 

Nous – désorientés par la magie du changement – l’avenir que l’on dessine à grands traits trop clairs – comme les eaux trop prévisibles d’un fleuve – comme ce que l’on édifie à chaque carrefour central dans la croyance en un improbable déploiement métaphysique ou l’espérance de circonstances plus favorables…

La tête si lasse – si lointaine – absente en quelque sorte – les yeux perdus dans la vaine élaboration des possibilités…

A essayer de devenir – comme si l’on pouvait ainsi se réaliser…

 

 

Nous dansons – la tête déjà ailleurs – déjà plus haut – déjà plus loin – comme si le monde et l’espace antérieur étaient de vieux souvenirs – de simples étapes sur l’itinéraire – une manière provisoire (et presque involontaire) d’apprendre, peu à peu, à embrasser le jour…

 

 

A s’imaginer pouvoir comme si nous étions le soleil ou un grand magicien – le réel avant l’aube – les règles d’un jeu trop cruel – la lumière guérissante – les bras incroyablement tendres de l’Amour – quelque chose d’infrangible – l’œil capable d’inverser tous les règnes et toutes les lois du monde…

Plus originel que la matrice initiale – plus vivant que la Vie – plus divers que l’infinité des visages – plus divin que Dieu, en quelque sorte – et, en tout cas, bien davantage que ce que l’on pourrait imaginer…

 

 

Rien qu’une étreinte fervente – le ciel en fusion – le partage impossible qui se réalise…

 

 

Tout qui avance – tout qui s’efface – la grande faille qui s’ouvre – les secrets qui se retirent – l’infini qui recouvre ses visages – et le déploiement du grand corps à sa suite…

Rien qui ne puisse être saisi – nous échapper ; le vide acquiesçant – partout – triomphant – l’unique présence – l’unique existence ici-bas – en ce monde – et dans tous les ailleurs possibles…

 

 

Dans cette perte totale – fanatique – le grand départ et l’origine retrouvée – l’aube et la lumière jusqu’à l’impossible fin du voyage ; l’itinéraire – tous les itinéraires – éclairés d’une autre manière…

 

 

La beauté au-delà du rêve – l’Absolu au-dedans – le passage des choses – éphémère(s) – ce qui se balance au-dessus du néant – au-dessus de la nuit – l’esprit sans impatience – la marche mesurée au gré des circonstances…

 

 

Au centre du cercle – la terre où se posent nos pas – au milieu du désert et des eaux naturelles – partout à la fois – ici et là – en haut et en bas – au-dessus et en dessous – sans que rien ne puisse s’enfuir – sans que rien ne puisse être retenu prisonnier…

 

 

Du vent et de la buée – un seul regard – vaste et profond – présence permanente aux lèvres tendres et aux dents sévères – intraitables – acérées comme des lames – détruisant tout ce qui s’attarde après avoir été (royalement) accueilli – après avoir été (très largement) remercié – trop (beaucoup trop) désireux de prolonger son existence – son passage – trop (beaucoup trop) insoucieux des autres objets – des autres visages – de toutes les autres formes sur la longue liste des choses du monde (qui ne cesse de se réécrire)…

 

 

La grande migration océane – d’ici à la fin (toujours impossible) du chemin – l’éternel voyage – l’eau errante et circulante – et toute la saveur du monde goûtée depuis le regard-soleil…

 

 

Des pactes et des prières – des alliances ; tout le commerce du monde et l’illégitimité de toute morale dans le grand cirque des échanges ; les têtes intéressées – corrompues – détournées de l’œuvre originelle – de l’offrande spontanée qui ni ne ruse, ni ne calcule – qui se donne tout entière – spontanément – de manière parfaitement gratuite (sans la moindre arrière-pensée)…

 

 

Nous sommes ce que l’on attendait plus – le rire derrière la farce – le rire derrière la douleur – le rire derrière le rire – l’envers du monde et de ses pauvres décors de carton-pâte – l’envers des visages – de tous les costumes – de toutes les façades – le dedans de tous les vivants – la caresse sur toutes les chairs engagées – l’espace où tout se meut – inconfortablement – si souvent…

 

 

Dans l’éternel décalage entre le regard et le monde – ce qui s’abrite au fond du cœur – à l’abri des insignifiantes tempêtes qui agitent la terre – les têtes – la surface même des apparences ; rien de profond – rien de consistant – rien même de suffisamment vrai pour appartenir au réel ; des ombres – un peu de volonté – accueillies comme le reste – avec Amour – respect et attention – dans une écoute pleinement ouverte – disponible – sans embarras – sans intention – dans cette forme incroyable de présence qui transforme les routes et les montagnes en visages – les joies et les malheurs en chair à célébrer – et qui aime tant la nuit – et les choses sombres – qu’elle renonce à les éclairer avant qu’elles ne consentent à voir le jour…

 

 

Le cœur creusé par le regard – au-delà de l’os – jusqu’au tombeau – jusque derrière la mort – tout au long du voyage – sur ce fil interminable que le monde tisse avec celui des Autres…

Parfois jeté aussi bas que les ordures – d’autres fois lancé aussi loin que les idées – mais toujours devant nos pieds – en vérité…

 

 

C’est l’issue impensable qu’il convient de vivre…

Au bord du monde – seul – au-delà de tout désir – au-delà de toute pensée – sans autre témoin que celui qui vit

 

 

Dans les mains des Autres – ni aux cieux – ni en enfer – dans l’entre-deux du monde dont on ne peut rien dire…

Ni providence – ni malédiction – dans l’écheveau complexe – des milliards de fils entremêlés…

 

 

Toutes nos lampes enfilées en collier sur la poitrine – comme si l’on pouvait éclairer nos pas – la marche – trouver une direction – précise – déterminée – comme si nous étions les principaux acteurs de la lumière – comme si l’artifice avait la moindre incidence…

L’identité-soleil – au-delà de la volonté – au-delà de nos intentions (et de nos efforts) d’éclairage…

 

 

Devant chaque porte – une main – à mendier quelques petits riens – des restes dans l’assiette – et sous les fesses, un coussin de clous – des épines et des échardes plein les paumes – et ces larmes résignées – invisibles – sur les joues – ravalées lestement pour avoir l’air moins seul – plus présentable – suffisamment fier – moins que pitoyable…

Notre nature d’homme avec ce visage partagé – déchiré – brisé en mille éclats – en mille volontés – en mille désirs – contradictoires…

 

 

De temps à autre – une fenêtre – comme un voyage (immobile) – mille choses qui passent – qui bruissent – dans le silence – des battements de cœur qui émeuvent le regard – et des épines qui viennent encore parfois se ficher dans le cœur…

 

 

Vide – le panier des rêves – comme le soir qui tombe sur la route – le début d’une nuit plus légère – plus lumineuse…

Sans gloire – sans hasard – le même visage – à travers les épreuves – qui, peu à peu, s’efface – s’éclaire – révèle cet Amour et cette lumière – trop longtemps cachés – trop longtemps oubliés…

 

 

Ce chant qui – en nous – éveille la beauté – qui ouvre les yeux de ceux qui attendent impatiemment à leur fenêtre – comme un baiser glissé sans bruit dans le silence…

 

 

Une prière autour du cou – perpétuelle et silencieuse – sans exigence – comme un peu de neige sur la soif du monde – une main tendre et délicate sur la peau du jour – la fraîcheur de l’eau dans la gorge sèche – du feu au fond de la mémoire – un peu de légèreté dans l’âme…

 

 

L’habitude et le mensonge que reflète le miroir – pas un visage – pas même le soupçon d’un avenir – le passé plié en couches successives – embrouillé – et qui tourne (encore) la tête des moins aguerris – des plus naïfs…

 

 

De la terre à l’errance – le même chemin à suivre – longtemps – pendant des jours – pendant des années – pendant des siècles – jusqu’à la fin…

Et Dieu dissimulé parmi nos visages – derrière – et, chez quelques-uns (trop rares encore), au milieu de l’âme – rayonnant – infiniment perceptible – à travers les yeux et les mains – comme une sensibilité – une tendresse – vivantes…

 

 

Rien du rêve – plutôt un sourire parmi les fleurs – un livre très ancien écrit dans la poussière – sur la pierre, peu à peu, pulvérisée – usée par les vents et la pluie – fidèle, en somme, à l’insaisissable vérité…

 

 

L’heure la plus belle – la plus sauvage – la plus solitaire – vécue depuis le centre de tous les cercles – réunis – unanimement…

Rien – pas même un nom – le silence…

 

 

Dans un monde qui n’existe pas – là où il n’y a jamais rien eu – nous y sommes – pourtant…

 

 

Ce que l’on nous promet – à toutes les fins – la même alternative – le même verdict – le paradis ou l’enfer – ce que nous avons nous-même(s) créé dans notre tête si naïve – la continuité de ce séjour et de l’ensemble des voyages antérieurs – déployés…

 

 

Nous ne franchirons jamais rien ; il n’y a jamais eu de frontières – l’étendue entière était déjà là – présente partout…

 

 

L’obscurcissement et le sang – le même désir involontaire – la même tête – la même parodie de fête – le même simulacre d’existence – le sacre de l’apparence ; ce qui ressemble à un guet-apens qui, en définitive, ne piège que le vent…

Nous ne sommes que l’histoire – il n’y a de contenu – une étendue bleue – seulement – parsemée de terre et de trous – des reflets – ce qui, rassemblés, ressemble à la vie – avec son ignorance et ses substances circulantes…

 

 

Nous n’avons rien à craindre – des images et des illusions…

La vérité est au-delà – plus loin – plus vaste – plus féroce que la soif – ce manque si vif de soi…

L’absence souveraine – déclarée…

 

 

Une obscure passion pour la lumière – le monde fragmenté – en morceaux – comme si les points de vue – si infimes – avaient morcelé le réel – comme s’il nous fallait retrouver notre envergure initiale – nous abandonner à l’infini en devenant (exactement – parfaitement) la seule chose que nous sommes – cette intelligence fine – aiguë – cette part inséparable de son autre moitié – l’Amour – cette tendresse sensible et délicate ; et le tout comme une aire de bienveillance surmontée d’un halo tranchant – extraordinairement précis…

 

 

Rien qu’une prière – un état d’esprit – pour faire naître le souffle, puis l’acte – le geste de plus en plus juste – la parole de moins en moins nécessaire – le silence acquiesçant – cet éloignement inévitable du monde – des hommes – de l’ordinaire commun…

 

 

Au bout du chemin – l’enfouissement ou l’envol – la disparition – l’absence…

Et cette voix – en nous – rassurante – fascinante – évidente – qui crie au mensonge…

 

 

Qui sommes-nous réellement nous qui ignorons – nous qui ne voyons pas – nous qui sommes étrangers à toute forme de sensibilité – nous qui ne sommes pas encore (véritablement) des hommes…

 

 

Tant de mots – de gestes – de vent – pour si peu de chose – en somme…

Mille tourbillons d’air dans le vide…

A peine un souffle sur le visage de Dieu – entre les lèvres de la vérité…

 

 

La docilité de l’âme devant l’esprit peureux – effrayé – condamnée à l’obéissance…

 

 

Des yeux devant nos lignes – comme un guetteur au regard tendre – fasciné par l’appel – le ciel – l’Absolu ; un frère (bien) au-delà de la terre et du temps…

 

 

Nous croyons voyager – les paysages changent – bien sûr – mais seul le regard se transforme…

De l’exiguïté au miracle – du refus à l’acquiescement…

De la terre à la terre – en passant par ce que certains considèrent comme le ciel…

Nous-même(s) – du silence au silence…

Notre vie – toutes nos vies – comme une manière incessante de quitter l’origine – et d’y revenir ; de jaillir de la matrice – et d’y retourner…

 

 

Dieu partout – jusque dans nos gestes – jusque dans nos livres – jusque dans nos tombes – tendre et hilare – malgré la peine – la douleur – l’obscurité et la mort…

Si nous savions – nous délaisserions aussitôt le repos – la torpeur – le sommeil – pour embrasser la vie – le monde – les joies et les malheurs ; tout ce qui nous échoit – avec justesse – avec précision…

 

 

Imbibé(s) de prières et de ciel – dans le sillage de ces longues années stériles et silencieuses – sur ces berges où l’on récolte ce que tous les Autres – tous les vents – ont semé – la bouche pleine de sable – la mémoire encore trop vive pour se tenir (réellement) debout – être présent(s) – et soutenir d’une main attentive l’œuvre de Dieu – l’œuvre des hommes – tout saisir puis, tout jeter au loin – comme si ce labeur d’un autre âge – ce labeur extérieur – ne nous concernait pas – comme si nous étions le premier homme – sans la moindre généalogie – naufragé(s) sur une île déserte – seul(s) – loin de la terre et du ciel – obligé(s) de renoncer au repos pour se mettre en marche – pour se mettre en quête peut-être – pour découvrir ce qui se cache au fond de l’âme – au cœur du silence – lorsque toutes nos croyances et toutes nos idoles – lorsque tous nos désirs et tous nos rêves – nous ont quitté(s) – et que dans notre nudité, nous nous retrouvons – à force de ténacité et d’abandon – sur le seuil du jour – modeste(s) et innocent(s) – enfin prêt(s) à rencontrer – à retrouver – l’impensable…

 

 

Absent – désert – l’espace – comme nos pas – qu’importe les visages et le sourire ; nous n’existons pas – nous n’aurons jamais existé…

 

 

Des vagues et des âmes – fragiles – féroces…

Des larmes, parfois vraies – parfois comme un simulacre…

Des histoires – des rumeurs – nouvelles et anciennes…

Des mensonges hors du cercle – et d’autres (dont nous sommes) qui préfèrent la solitude et le mutisme…

De la peine au vide – du bavardage au silence…

Plus solitaire que jamais – et plus heureux aussi – comme si nous étions le seul hôte à accueillir – le seul être à aimer – en tout cas le premier (avec toute sa communauté) avant tous les autres qui suivront (avec la leur)…

 

 

Nous – dans l’effacement des frontières – l’élargissement du territoire – vaste – si vaste – sans la moindre limite – avec tous les horizons réunis devenus centre – en un seul espace…

 

 

Pas de rencontre – l’étrange prolongement de soi alors qu’à l’extérieur, rien n’a changé – l’apparence – des contours et des confins – toujours – et, au-dedans, la même étendue avec des trous – des bosses – des aspérités – ce que nous appelons des individualités – apparemment distinctes – apparemment différentes – incroyablement changeantes et provisoires – comme une illusion – une perception de surface sans la moindre profondeur – sans la moindre perspective…

 

 

Des yeux – un cœur – par milliers – unique ; le jour recouvert de larmes – de rire – de neige ; la même lumière qui, lentement, éclaire les âmes – les esprits – notre apparence – si sombres et si nocturnes – couleur de mort et de chagrin…

Comme un air de tristesse et une offrande de joie – d’une extrémité à l’autre – (enfin) réunies…

 

18 août 2020

Carnet n°242 Notes journalières

L’aube – la lampe – l’étreinte…

Ce qui nous conduit ici même – sans détour – sans trahison…

 

 

Au fil des naufrages – de plus en plus rien…

La tête inconnaissante – devenue presque superflue aujourd’hui – un peu de chair nécessaire au fonctionnement quotidien…

 

 

La danse – le chant – le rire – expressions des profondeurs – naturelles – sans volonté – comme un hymne permanent à l’Amour – au vivant – au silence…

Nous – sans arrière-pensée – sans apprentissage nécessaire…

Le ciel sur terre décadenassé…

 

 

Des jours et des mains – seuls outils pour venir à bout du labyrinthe – se rendre compte de l’illusion – devenir réellement vivant…

 

 

Des fenêtres à perte de vue – comme les seules frontières – ce qui tient le monde à distance…

Avec tous nos rêves derrière le mur – au loin…

Quelque chose d’impossible à franchir malgré l’apparente facilité du passage…

 

 

Nos paumes brûlantes – comme notre front – sur ces pierres mystérieuses et angoissantes…

Ce qui sonne – au fond de nous – comme un secret révélé – une onde de choc – le bleu retrouvé – notre seule envergure – sans doute…

 

 

La perte manifeste du monde au profit du jour – ce à quoi nous accédons en abandonnant ce qui semblait nous appartenir…

Des larmes à la place des cris – des rires au lieu de grimaces…

Le soleil – mûr à point pour apparaître au fond du noir – dans la pleine obscurité des yeux – derrière l’âme attentive et aguerrie qui se tient à la périphérie du monde – au bord du silence – aux confins de l’infini et de l’éternité…

Nous – nous retrouvant…

 

 

La terre ignorée – au bord d’un ciel désastreux – celui qu’elle a maladroitement inventé…

Quelque chose de la frustration – de l’attente – de l’espoir – pour essayer de vivre moins inconfortablement – pour essayer d’échapper à la tristesse – à l’absurdité et au néant apparents…

 

 

Toutes les portes fermées – autour de nous – comme l’écrin de la plus précieuse invitation…

De l’absence et du cri à la chute – en soi – comme la découverte d’un soleil au-dedans…

L’absence, peut-être, convertie en regard – bientôt…

 

 

Des rêves plus anciens que notre peau – plus anciens même que la surface du monde – mille univers en un seul ; des routes – des cieux – des océans – et des oiseaux plus courageux (et plus tenaces) que nos pas – recommençant inlassablement leur envol et leur voyage – de la terre vers la terre comme si l’azur et la légèreté n’étaient que des états – de (très) brefs passages…

 

 

Personne – aucun appui pour nous relever – aucune âme – aucune main – pour nous réconforter. Le monde disparu – le monde au-dedans – comme seul témoin – seule possibilité de tendresse ; la sagesse arrivera (peut-être) plus tard lorsque l’on se sera familiarisé avec la beauté – avec le silence et l’autonomie – lorsqu’il ne restera plus un seul visage vivant sur terre…

 

 

Tous nos complices se sont enfuis et toutes nos corruptions nous ont révélé(s) ; ne reste plus aujourd’hui que la possibilité de l’Amour…

Sur ce sol ancestral – au-dessus des yeux, ces étoiles – entre le ciel et le front – trop haut pour la main – et pas assez pour l’ambition…

Quelque chose – en nous – ne peut ignorer notre besoin (impératif) d’Absolu – la nécessité de tous les épuisements – ce que doit connaître l’âme avant le plongeon et l’envol – ce que nous deviendrons, peut-être, après notre acquiesçante capitulation…

 

 

Hors du sable – dans un nid d’étoiles tombées ici et là et rassemblées un peu au hasard pour permettre au rêve d’exister – de briller au-dessus de nos têtes comme une guirlande mensongère…

Une manière, sans doute, d’éloigner la tristesse et la mort…

 

 

En silence – comme l’arbre – debout et nu – majestueux et vulnérable – à la merci des hommes sans humanité…

 

 

Parmi nos frères – entrelacés – l’Amour sur toutes les lèvres – dans tous les cœurs – comme une respiration – naturelle – spontanée – au fond de l’âme…

 

 

Avec toutes nos mains tendues vers le ciel – nos chants qui s’élèvent – comme une prière entendue par les Dieux – le bleu qui recouvre la soif – qui pénètre la peau – la chair – d’un bout à l’autre du corps – dans tous les recoins de l’âme – cherchant son assise permanente – celle qui saura résister à la mort – à la multitude des formes et des passages…

 

 

Nous – plus loin que le monde – plus loin que la faim – au seuil déjà du silence et du vide…

 

 

Où que l’on soit – quoi que l’on fasse – toujours au centre du périmètre – comme des rois au milieu de leur royaume – entourés par tous les soleils – la main chargée des larmes des Autres pour débarrasser les âmes de leur tristesse – l’esprit vide à l’envergure promise – l’esprit aussi dense et clair qu’une roche transparente – le miracle et la joie sans le poids de vivre…

Nos seuls habits sous le vieillissement…

 

 

Ce que la mort enseigne à la terre – les râles et la sueur de notre quête – le sang qui coule (encore) trop souvent. L’espoir qui nous crève les yeux ; en nous – tous les démons qui grondent…

Ce que nous avons de plus désespéré – peut-être…

 

 

Des larmes dans notre sourire – quelque chose du monde – comme une ambivalence – un surcroît de matière sur le bleu seigneurial – une forme d’enfermement au cœur de la liberté…

Ce que nous incarnons peut-être – malgré nous…

 

 

Un point fixe dans la nuit – jusqu’à mourir – cette immobilité – comme si quelque chose, en nous, nous perforait ; un clou ou un regard – qui peut savoir…

 

 

Du feu – au-dedans – au cœur de notre vie secrète…

Nous – debout – à genoux – sans que rien – jamais – ne nous arrête…

 

 

Des peines et des joies – dans la tête – la même chanson – si souvent – quelque chose de l’oiseau migrateur – infiniment passager – infiniment provisoire – comme tous les voyages – sans réel territoire ; lui-même – nous-même(s) – en plein vol – seulement…

 

 

De la chair – des émotions – des pensées – toutes nos existences…

Et le même cœur au fond des âmes – au fond des choses – invariant – à l’apparence si changeante – pourtant – comme la matière – comme ce qui nous traverse – la surface du monde…

 

 

La nuit et le monde – amoureusement – sauvagement – enlacés…

Comme nous et la mort – au-delà des apparences…

 

 

Ce que le vide nous enseigne ; ses parfaites épousailles avec la forme…

 

 

Des âmes comme des désirs – comme des crachats – plongées au cœur du même enfer…

 

 

Dans notre poitrine – notre souffle – notre âge – le monde soustrait – comme une obligation en moins – la terre libre – rendue au vent – à ses propres veines – à cette respiration monumentale que nous ont confiée les Dieux…

Nous autres – aux côtés de la faim – apprivoisée ; et le sommeil de moins en moins obéissant…

 

 

Mille visages sous la peau – mille éclats de ciel entre les doigts – quelque chose d’indescriptible…

La douleur – comme la joie – clouée provisoirement en nous – mais les ailes libres (déjà) – comme le souffle et le sang – malgré leur allure de prisonnier…

 

 

Tout est surpris dans les bras de l’Amour – même la haine – surtout la haine…

 

 

Nous – aussi proches de la terre que du mystère. Instables sur nos pieds d’argile – sur nos pieds de ciel – sur nos pieds de vent…

 

 

Toutes les ombres – toutes les bêtes – que nous avons pourchassées – que nous avons poursuivies jusqu’à l’encerclement – jusqu’à la mise à mort – et que le silence, si nous avions attendu – si nous avions eu la patience d’attendre, aurait transformées en oiseaux magnifiques – libres – provisoires – souverains…

 

 

Seuls la pensée et le souvenir nous dévorent – nous dérobent – la nuit tombée sur les pierres – les visages fatigués – ce que les Dieux – un jour – entre nous – ont déposé…

Et nos larmes – et notre tristesse que rien ne pourra apaiser…

 

 

Nous – dans notre propre rêve – ou celui des Dieux – le visage rouge à force de rire – à force de honte – à force de colère parfois – distraits par tous les miroirs tendus par les yeux des Autres – effleurant le monde – le secret – la vérité – comme s’il s’agissait de fleurs ordinaires – trop anodines – trop insignifiantes – pour notre stupide ambition – pour notre bêtise et notre aveuglement sans mesure…

 

 

Echappés des saisons – de notre peine – de cette irrépressible obstination à chercher – la lune – la mort – le dialogue sibyllin des âmes – des arbres – de la terre – le chant clair du jour – la fureur cacophonique des hommes et du vivant – la douce mélodie de l’absurde et du désespoir…

Toute la beauté du monde – dans nos larmes – dans notre rire…

 

 

Nous délaissons le visage de la vérité pour quelques reflets charmants – une épaule affectueuse et rassurante – des lèvres suaves et réconfortantes – des livres – des paroles – une communauté – inutiles – l’esprit en déséquilibre sur un tas de cendre ou de poussière au lieu d’embrasser la solitude – la nudité de l’âme – la beauté intacte du monde – les couleurs changeantes (et mensongères) des cieux ; l’apparent privilège des oisifs – des non-nécessiteux – peut-être – qui négligent le véritable voyage – qui renoncent au plongeon et à l’aventure dans la douleur et la laideur des choses – qui se privent des délices et des merveilles du chemin et des (possibles) retrouvailles…

 

 

D’une autre perfection que celle du monde – quelques étoiles et des béquilles en tête – comme pour poursuivre (un peu lourdement) le même idéal – un pas déjà dans la tombe et l’autre (encore) à piétiner inutilement le sol – avec un crayon dans l’âme et des feuilles, un jour, qui s’envoleront par milliers…

 

 

La lune – en nous – dans les mots que nous tenons trop près de notre bouche – en suspens dans l’air alentour – comme un voile épais et invisible – comme une folie supplémentaire dont nous n’avons pas même conscience…

 

 

Dans l’insomnie d’une nuit tragique – quelque chose du somnambule – poignard et regard de côté – posés de travers – pointés vers l’avant – dans une crainte démesurée de ce qui pourrait exister après les heures – à la fin de notre histoire – derrière ce noir que nous avons toujours connu…

 

 

Tout brûle – même les étoiles – les étoiles plus que tout, peut-être – la cruauté et nos fausses aventures – l’œil ébloui – fasciné – condescendant – nos artères trop encombrées – nos idéaux – ce que nous avons décidé d’achever – tous nos désirs – jusqu’au dernier – et cette folle – cette incroyable – ambition d’aurore permanente…

 

 

Nous – nu(s) – au milieu de la danse – convié(s) au partage – à la fête – à toutes les formes de reconnaissance…

 

 

Parmi les oiseaux de passage – notre Amour – irrésistible – aux gestes miraculeux – au-dessus de toutes les soifs – comme une source – les eaux originelles et notre premier breuvage – celui qui nous offrait la fraîcheur et la sauvagerie des Dieux – cet allant naturel et spontané aujourd’hui perdu – celui qui, dès la première gorgée, nous faisait fréquenter le monde – sans image – sans désir – avec légèreté – comme si nous habitions un pays lointain – une terre bien trop étrangère pour nous considérer à demeure ici-bas…

 

 

Au dernier jour du monde – un peu de tristesse – comme si, en définitive, nous nous étions habitués à la bêtise – à la douleur – à la mort ; à la merci des masses – de la violence – des limitations de la matière et de la psyché…

 

 

La chair en feu – puis, un jour, consumée – puis, un peu plus tard, en cendres – puis, plus rien avant le recommencement (très probable) du cycle…

 

 

Nous – devenant le temps – les saisons et la mort – voleurs de tout ce qu’offrent les lèvres – de tout ce que peuvent saisir les yeux – la tête – les mains – nous emplissant comme une outre – marchant là où tombe la pluie – là où le soleil peut remplacer la tristesse – partout où les jambes et l’âme peuvent aller et se sentir libres…

 

 

Le visage inquiet sur les fleurs fanées – comme un épais rideau sur notre joie – fragile – si dépendante des états et des circonstances. Le désespoir jamais très loin du rire – les rêves et les pensées enchâssés – notre fièvre et notre angoisse de ne plus exister…

Et cette espérance insensée de vouloir vivre encore – de vouloir vivre toujours – de prolonger nos limites et notre détention…

 

 

Sous les yeux de ce qui nous a vu naître ; à la merci de ce qui nous emporte…

 

 

Des rites inutiles – la célébration de ce qui n’existe pas – des amours fragiles et bancales – des façons d’être ensemble comme des alliances (de toutes sortes) – de la douleur et quelques restes (un peu trop discrets) de silence et de blancheur…

La nuit terrible – qui se prolonge…

Nous tous – vaincus et prisonniers – en apparence…

 

 

Rien que du rêve et des rires – histoire de pavoiser dans notre néant – des corps que l’on piétine comme s’ils n’existaient pas…

Des monstres et des cœurs lacérés – déchirés – dépecés – comme si la faim était la seule loi des vivants…

 

 

De la douleur sous les étoiles – sur ce coin de terre livré à tous les désenchantements…

Trop de murs pour échapper au temps – au confinement de notre chambre…

L’ignorance qui nous ferme les yeux – le cœur trop usé de ne jamais servir…

Nos efforts – nos peines et nos prières – risibles (si risibles) face à l’incroyable défi qu’il faudrait relever pour découvrir – apprivoiser – et habiter l’espace que nous abritons – infime parcelle, en quelque sorte, de l’espace que nous sommes…

 

 

A force de désir – nous contrarions le destin des paresseux – des idiots et des sages – de tous ceux qui s’abandonnent (parfois – un peu trop) négligemment à la providence et à l’infortune…

 

 

Lasse – sans idée – sans la moindre philosophie – la tête – presque absente – involontairement d’abord – comme un état naturel – le prolongement du cerveau des pierres – puis délibérément – comme la résultante provisoire d’un long processus – sans l’accablement premier – dans une sorte d’indifférence apparente – joyeuse et sensible…

Avec, parfois, le baiser des Dieux sur notre front – sur notre émerveillement. Et l’âme qui s’ouvre, peu à peu, comme l’ultime porte sur le jour…

 

 

Habillé d’herbe et de lune – mâchant le temps – ressassant les jours et les saisons – comme si leur ingestion était possible – comme si l’on habitait la terre durablement – comme si l’on n’avait plus rien à perdre – comme si l’aurore n’était qu’un vieux rêve pour les fous…

 

 

Dans les yeux – une épaisseur sombre – la même que celle qu’abritent les âmes – comme une terre inculte où aucune fleur ne peut pousser…

Peut-être est-ce la nuit… peut-être est-ce le sang… ou, peut-être, est-ce seulement le visage des hommes…

La voie du monde – sans doute – celle qui, un jour, nous ouvrira à ce qui existe derrière la faim…

 

 

Les arbres et les troupeaux – au service de ce qui est utile…

La nudité du plus précieux ; des portes – une multitude de portes – qui dissimulent le froid et l’indigence des ambitions…

Toutes les rives du monde – où l’on s’excite – où l’on court dans tous les sens – à perdre haleine – sans (réellement) savoir ce que l’on cherche…

Le feu – le souffle et la faim…

Tous ensemble – anonymes – de plus en plus laids – de plus en plus loin de l’origine – comme si un retour – un regard au-dedans – vers l’arrière – vers ce qui regarde – étaient impensables – impossibles…

 

 

La nuit – transparente – comme tout le reste – en dépit de ce que l’on voit – en dépit de ce que l’on (nous) dit…

L’étoile et l’oiseau – au-dessus de nos têtes – et des rêves aussi…

Et sous nos pieds – ce sang rouge sur le sol ravagé – des corps – des morts – du sommeil…

Des grilles au fond des yeux – les mêmes que celles que l’on trouve autour de soi…

Des fleurs dans un coin et un peu de lucidité que nous saisirons plus tard – l’orage et le songe passés…

 

 

Sommes-nous nés pour survivre ou pour aimer…

Sommes-nous nés pour écouter ou éblouir…

Ou ne sommes-nous nés que pour apprendre – attendre et mourir…

Avec, peut-être, des milliards d’existences – pour (presque) rien…

 

 

Nos vies – comme un espace circulaire – minuscule – déformable. Un peu de soleil contre la joue – un peu de lumière et de chaleur dans un monde sombre et froid – caverneux…

 

 

La tête contre la porte du monde – au seuil de tous les sens possibles – comme un oiseau silencieux – déterminée malgré ses faiblesses et sa fragilité…

 

 

Une voix – comme une arme – celle de la résistance – celle de la révolte et de la liberté – celle qui annonce les révolutions silencieuses – nécessaires – solitaires – intérieures – celles qui mettent le feu aux idées et aux images du monde – celles qui, emplies de gratitude et de respect, prennent soin de ce qui existe – des pierres et des vivants – celles qui transforment nos attentes et notre tristesse en joie libérée des circonstances et du temps…

 

 

De quoi parle-t-on lorsque la parole perd son usage prosaïque – à qui s’adresse-t-on lorsque la périphérie s’est éloignée…

De l’aube à l’aube – le même silence – ce chant né des hauteurs du monde – au croisement de la terre et du ciel…

Dans la nature et le rythme de ce qui existe ; la foule – la multitude des naissances – les chemins – tous les horizons…

Le dehors et le dedans réunis par le vent – l’éclatement des frontières – dans nos gestes les plus quotidiens…

 

 

Nous – sans la mort – sans les monstres et les idées qui nous assaillent – sans question – au centre de l’arène – au cœur du royaume – au milieu de tous les déserts – de tous les espaces populeux – sans la nécessité des Autres – sans haine pour les limites de la chair et du souffle – acquiesçant à toutes les formes de resserrement et d’ignorance…

 

 

Des dépouilles en contrebas – et cette bouche – au centre – qui crie ; un hurlement terrible qui secoue les cendres – qui déplace les racines et coiffe le monde d’une peur gigantesque…

 

 

Nous parlons – sans jamais rendre compte du secret que chacun ignore (superbement) – une manière de remplir l’esprit – notre relation au monde et le silence – de nous précipiter dans l’espace avant le désespoir – de croire que nous conservons les yeux ouverts malgré la prégnance du sommeil épidémique – hautement contagieux…

 

 

Dans notre coffre – nos feuilles – nos (minuscules) trésors – nos carnets que quelques-uns liront, peut-être, un jour…

Quelques poignées de feu sur des fragments d’âme défigurée – des ailes attachées à la sensibilité – pour échapper à la monstruosité régnante…

 

 

Des rives – des miroirs – des rêves – tous les visages de l’abîme…

Personne – et, pourtant, tant de peines…

 

 

Des empires bâtis par le sang et la salive…

Prisonniers de tous les viscères et de tous les crachats des vivants – cette nuit du monde qui semble impérissable…

Une poignée de réfugiés sur quelques pierres fragiles – en surplomb de la bave et des charniers…

 

 

Le même mystère sur notre peau tatouée par la mort…

Une illusoire planche de salut – la sensation d’un voyage – une marche apparente – chimérique – autant que nous semblent réels les Autres – les rencontres – la moindre fenêtre sous nos yeux…

Des larmes sur nos joues – contre la vitre – derrière laquelle, un jour, tout disparaît…

 

 

Ce que nous nouons à l’ombre du soleil – mille choses – mille pensées – et toutes nos dépouilles successives…

 

 

Rien que nous jouant dans la cendre – dans la joie des âmes retrouvées – réunies – au centre de tous les ensembles – provisoirement convertis en communautés – en périphéries…

 

 

Le sang et nos (fausses) racines en turban – long – autour de la tête – couvrant les yeux – les chemins – le monde – l’inconnu – ce qui pourrait nous être révélé – la vérité…

 

 

Nous vivons comme des sentinelles au-dessus de l’abîme – scrutant la moindre chute – la moindre remontée – tous les monstres et toutes les ombres dévalant et escaladant à l’envi – au lieu de plonger notre âme dans nos plus immédiates profondeurs…

 

 

La nuit – nous-même(s) – nous lamentant – comme ces prisonniers aux mains attachées au-dessus desquels virevoltent des myriades d’oiseaux ; le monde d’en haut qui, vu d’en bas, semble narguer toutes les créatures trop trivialement terrestres…

L’infini jonglant avec lui-même – très haut au-dessus des têtes et du sommeil…

 

 

Personne contre notre peau – le bruit – la mort – et mille vagues successives – des milliards de circonstances – devant nos yeux – quelques désastres – une ou deux catastrophes – parmi une foule d’insignifiances précieuses – quotidiennes – faussement routinières…

La vie – les rencontres – et tous les passages possibles (dont le nôtre, bien sûr)…

Des spectres et de la salive – seulement…

 

 

Des gestes d’autorité et des postures – et ce qui doit, peu à peu, émerger de sa gangue de glaise – de cette terre de sommeil ; l’identité première encore enfouie en dessous des têtes – au cœur de la chair – au fond des âmes – intacte – pure – innocente – vierge à tout jamais – et libre (depuis toujours) du temps et des circonstances…

 

 

Du vent – autour de nous – et des bourrasques à l’intérieur…

Des précipices où rien ne subsiste – où rien ne végète…

Le monde à l’envers dans nos mains rocailleuses…

Notre sang qui circule dans toutes les veines…

L’harmonie des saisons dans notre parole – et dans notre silence…

La même posture – l’absence – face au temps et aux exigences (très grossières) des hommes…

 

 

Rien – pas la moindre épaule – pas la moindre présence…

Notre cœur hissé – déchiré – qui se propage – qui se déploie – devenant le monde – devenant l’espace ; tout ce qui existe comme avalé – apprivoisé – nôtre…

Rien que le jour – l’Amour – sans personne – sans la moindre possibilité de résistance…

 

 

Sur nos ombres – rien que des mots et des commentaires – d’inutiles gesticulations – sans incidence – une foule de choses qui ne renforcent – ni ne dissolvent – ce qui doit exister (très) provisoirement…

 

 

Dans l’antre secret des passages – un rire – ce qui ressemble à des monstres – à des serpents (chimériques) – des feuilles par milliers qui n’attendent que leur envol – leur éparpillement…

Mille raisons de demeurer vivant – et autant de vouloir quitter le monde – de retrouver une envergure perdue – plus large – plus folle – parfaitement appropriée aux sollicitations de la terre et aux retrouvailles (toujours possibles) avec le bleu profond et mystérieux…

 

 

Nous – sans attrait – comme des hommes de paille, en quelque sorte – des silhouettes sans intérêt – de simples apparences engendrées à des fins ludiques et impérieuses – à vivre ici et là – sans pudeur – sans (véritable) ambition – dans l’intention d’un plus grand que nous – sous le joug, sans doute, d’une volonté que l’on pourrait qualifier de divine…

 

 

De la page au geste où tout se mêle – l’Amour sans posture – sans costume – le vent dans tous les angles – dans tous les recoins…

Eparpillées – en nous – l’indiscipline et l’intensité de l’attention…

 

 

A nos côtés – sur la même rive – la mort – nos bouches muettes – sans espérance – la parole sans hantise – née du plus ancien silence…

 

 

Le monde et nos rires – ficelés – et jetés ensemble dans le même abîme – perdus au fond des eaux – comme un rêve étrange – fatal – parallèle au cours des choses – à toutes les dimensions du réel et de l’esprit…

Des trous et des cailloux – l’oubli – et des milliers de portes qui se referment – simultanément…

L’âme seule – embarrassée – au milieu de la route…

 

 

Des étoiles sous notre front brûlant – impatient de quitter la nuit – de retrouver sa sente – les rives inconnues d’une terre nouvelle…

 

 

De l’argile à l’océan – de la surface aux profondeurs insoupçonnées du ciel…

Tout un monde à escalader – dont il faut se défaire – qui attend notre venue – notre accueil – cet acquiescement involontaire – ce oui immense – sans réticence – au-dedans – qui n’est ni un mensonge, ni une stratégie – le seul passage, sans doute, entre ce dont nous avons l’air et ce que nous sommes…

 

 

Hormis quelques cris – quelques plaintes – et un peu d’espérance peut-être – rien au fond de l’âme – rien au fond de la poitrine ; des miroirs et les reflets de personne ; l’effigie du vide – et de sa multitude – de ses incarnations argileuses – ce que l’on découvre et ce que l’on reconnaît – en regardant en soi – autour de soi – le monde dont nous sommes, à la fois, le centre et la périphérie…

 

18 août 2020

Carnet n°241 Notes journalières

Rien que des éclats de surface et des couleurs – notre ignorance exposée…

Le monde comme un mur – un sourire – un langage – sans doute la même illusion…

 

 

Dans ce bain de terre – terrible – terrifiant ; immergé jusqu’au cou – jusqu’au fond de l’âme ; toute cette matière ruisselante – et après laquelle nous courrons tous – et dont on voudrait nous faire croire qu’elle abrite tous nos secrets…

 

 

Le plus simple nous invite à toutes les extinctions – à se laisser mener par ce qui s’impose – à convertir toutes les questions en silence…

Le plus bel acquiescement…

 

 

La beauté d’un monde inconnu – incomparable – comme son envergure – l’infini devant nous qui éclot à l’intérieur – et cherche, sous quelques restes d’orgueil, son lit pour toutes les saisons – la vacance nécessaire à son éternité…

 

 

Tous les noms – dans notre cœur – qui se mélangent – s’empruntant ceci et cela – confondant la tête – le corps et l’âme – des uns et des autres – cherchant à s’assembler pour ne former qu’une seule créature – étrange – hybride – unique – notre figure commune – porteuse de toutes nos différences – de toutes nos singularités…

 

 

Le ciel – là où tout commence – aux premiers instants de l’écoute – lorsque les yeux se ferment – comme la bouche – lorsque le silence tient lieu de geste – de parole – de vérité – la seule matière du monde – réel – entendable…

 

 

Les choses éparpillées – au-dedans de tout – sans notre volonté – la fin de l’histoire – là où nous n’avons plus besoin d’être…

Le vide – plein – sans rien ni personne…

L’espace que nous sommes…

 

 

L’ombre – toutes nos ombres – jetées dans le silence – comme si l’on pouvait épuiser la lumière – devenir une fenêtre dans la nuit – un peu d’intelligence au milieu des hommes…

 

 

Le bleu des hauteurs – la transparence des profondeurs…

Et toutes les pierres hors des poches…

Le sommeil sous la cendre – où se consument tous nos restes…

L’ignorance au fond de l’abîme…

Et toutes les cimes – et tous les cieux – sur nos frêles épaules…

 

 

Nous tremblons à l’approche des Autres – de crainte ou d’excitation – qu’importe – fragiles devant notre continuité – comme si nous ne pouvions réellement croire en un tel prolongement – tantôt sombre – tantôt rieur – et presque toujours irréel tant nous ne savons nous reconnaître…

 

 

Lucarnes noires – face auxquelles nous sommes installés – patients – immobiles – sans curiosité – comme au théâtre où des ombres arpentent la scène en silence – avec fracas – avec fureur – sans jamais connaître la dernière heure – ni l’issue – du spectacle – endormis déjà avant que ne commence le premier acte…

 

 

Trempé dans le plus réel – dans le plus vivant – de la beauté – comme un recours – une manière d’aller au-delà du monde – des hommes – de la nuit (presque) toujours assassine – de traverser tous les déserts qui nous séparent du jour – de remonter la laideur jusqu’à la source – et de tout embrasser sans rien résoudre – sans rien demander ; devenir ce que le temps ne peut sauver – ce que les fleurs célèbrent après la mort…

 

 

Les tourments posés en deçà de la mémoire – dans ce gouffre où l’on a jeté tous nos livres – notre âme – et jusqu’à notre épuisement à vivre – là où le feu du jour brûle tout ce que nous avions cru important – essentiel – jusqu’à la dernière étoile mensongère – jusqu’à nos plus précieuses idoles ; les images de Dieu et de l’Amour – comme le reste – rongées par les flammes…

 

 

L’âme désertée – notre plus grand malheur – sans doute – le destin aussi tragique (et inutile) que celui d’un orphelin sans descendance – soumis à cette terrifiante appartenance au peuple des absents – à ces silhouettes d’ombre et de glaise que font tournoyer les vents…

 

 

Dans la tourmente du temps – avec des larmes sèches sur les joues – accumulées chaque jour en strates successives – comme un masque de tristesse – avec notre sommeil figé dans cette cire transparente…

 

 

Nous – non résolus – et sauvés déjà…

Dans le ciel – au fond du gouffre – simultanément – sans même que nous le sachions – sans même que nous nous en apercevions – le chant du jour et la lumière – ce que nous espérions autrefois de notre désert inhabité…

 

 

Rien que des signes où l’on croit deviner l’avenir – du côté clair du ciel, imagine-t-on, alors que l’immensité enrobe l’hiver – toutes les saisons – la nuit – l’aube et le jour – dans le désordre – comme si nous vivions selon le désir des Dieux – les circonstances – la fatalité du monde – comme si l’on pouvait échapper à son destin…

Rien que des présages ineptes – la peur figée qui n’aspire qu’à contrôler l’après – l’ailleurs – l’impossible – ce qui n’existe pas – ce qui ne pourra jamais exister…

Notre pathétique crispation sur les misérables choses du monde…

 

 

Dans l’étroitesse d’un corps – le grand Amour – la liberté cadenassée – des paupières sur des yeux déjà fermés – un cœur frémissant – palpitant malgré lui – une respiration aussi involontaire que la naissance…

L’homme dans son existence commune…

L’incarcération incarnée…

 

 

La nuit – aussi provisoire que le reste…

Ce que l’on approche avant l’hiver – ces rives étranges où tout semble mystérieux – (presque) inversé – incompréhensible…

Le temps déserté et l’intimité de la mort…

Quelque chose de lointain – et d’infiniment familier – pourtant…

 

 

Ce que les gestes nous révèlent de l’intensité de la pente – de la hauteur des murs – de l’épaisseur des remparts à franchir ; la distance qu’il nous reste à parcourir…

 

 

Sans précaution – sans risque (réel) – ces pas qui ne semblent jamais suffisants – la tête à travers les grilles – malgré la marche – le noir – la pluie – et cette peur qui nous fait oublier le silence – sa douceur et sa nécessité…

 

 

L’âme à la fenêtre – la main tendue vers l’impossibilité de l’horizon – comme une promesse (intenable) – le gage (incertain) d’un avenir plus clair – moins chaotique – moins malheureux – une illusion supplémentaire dans notre rêve déjà obstrué – saturé – sur le point, peut-être, de nous fermer les yeux – à jamais…

 

 

Sans référence – l’âme face au monde – au milieu des vents – de la tourmente – sans souci – plus libre qu’autrefois – lorsque l’on s’accrochait aux rails trop laborieusement construits par notre destin mensonger…

 

 

Ici – des éclairs – de la nuit – de la joie – l’enfance face au monde – face à elle-même – quelque chose de l’imprudence et de l’impossibilité du partage…

L’être au milieu de lui-même – visages contre visages – et ce rire – féroce – incroyable – qui donne envie de destituer tous les rois – d’abolir tous les règnes – toutes les lois – de révéler aux choses et aux visages – la beauté harmonieuse – et mordante (si mordante parfois) – du désordre et du chaos…

 

 

Quelque part – quelqu’un – qui n’existent pas. Des fables et des histoires – ce que l’on nous a appris – cette croyance si tenace – plus qu’obstinée – en notre existence – en l’existence de l’Autre et du monde…

 

 

Nous – pris déjà dans la vérité (indémontrable) de la vie

 

 

Rien ne pèse sur nos phrases – sinon le poids qu’on leur concède…

Du vent – en quelque sorte – et un peu de mort ; quelque chose qui nous entoure déjà – et qui nous insuffle ce qui nous manque – peut-être…

 

 

Chacun face à sa crédulité – à son désir – à son héritage – ce qu’il offre au monde – en vérité…

 

 

Nous n’avons le temps que de quelques gestes – quelques idées – en creux – presque rien, en somme – un peu de mémoire antérieure – ce qui existait déjà avant le premier élan ; nous – le monde – sans référence – la même chose qu’au fond des yeux – ce qui demeure face aux saisons – ce qui subsiste éternellement…

 

 

Nous – sans les livres – au milieu des arbres – en ce lieu sans circonstance – dans l’oubli et l’alternance des choses…

L’âme sensible et le regard dégagé…

Ce que nous serions tous – la véritable incarnation – si nous savions vivre dans la suspension du temps…

 

 

Le seul voyage qui compte – vraiment – d’ici à ici en passant par tous les ailleurs – tous les autrement. Des marches et des nuits – par milliers – par millions – par milliards – la force perpétuelle d’avancer – avec d’abord, des pierres dans les poches – puis, un peu de poésie – puis (enfin) du vent – du vide – une once incalculable de vérité…

L’âme et le geste libres – denses – réellement vivants…

 

 

Ce que le voyage révèle de nous-même(s) – une manière d’être involontaire – l’essence de notre singularité – la fine pointe de l’être nous traversant…

Ce que nous ne pouvons dissimuler – nos bagages les plus intimes – sans doute…

 

 

Sans affaire – sans lendemain – oubliées les heures passées sur le chemin – à notre table de travail – rien au-dedans – personne à nos côtés – le monde opaque – du moins son apparence ; au loin – de l’autre côté du mur – sur l’autre rive – du côté du temps inventé – du temps approximatif – des Autres hypothétiques ; là-bas, la certitude du voyage – ce que l’on frotte – ce que l’on use au contact du réel ; ici – qui peut savoir – personne n’existe vraiment – et si d’aventure nous étions réellement vivants, nul ne serait assez fou pour oser se faire le témoin de tous ces riens

 

 

Le sommeil si profond – comme une honte – un refuge – inévitable – une nécessité de pantin…

Ce qui se traîne – aux abois – derrière les chaînes d’un Autre – de mille Autres – cette longue lignée de prédécesseurs – le monde d’avant nous – aussi malhabile et inutile que le nôtre – mais pas moins essentiel à notre (progressif) dévoilement…

 

 

Notre magnificence incarcérante – ce que l’on nous offre comme une (piètre) consolation…

 

 

Nous – déployé(s) – plus puissant(s) que les sages et les prophètes – libre(s) de toutes les fonctions – de tous les usages. Le bleu pas même en étendard – débordant comme si nous étions le ciel – plus haut que le ciel – plus large que le ciel – l’infini – notre nature – notre miroir – à tous…

 

 

L’esprit – dans l’angle des Dieux – comme coincé entre la mort et le temps – entre leurs promesses et nos frontières – toutes nos limitations – à l’épreuve – comme si nous avions oublié notre plus vrai – notre plus ancien – visage…

 

 

Nous – à l’époque périphérique – instable(s) – extérieur(s) – exilé(s) – mal à l’aise – comme si nous vivions à l’étroit – sur un infime carré de pierres tranchantes – isolé(s) du monde – des Autres – malgré l’étouffante promiscuité…

L’ombre de nous-même(s) – derrière la lumière…

Avant la route intérieure – égaré(s) – en désordre – passablement hagard(s) et embarrassé(s)…

 

 

A l’envers du langage – les arbres – le geste – ce qui est nécessaire – le réel sans superflu – sans humanité futile…

De l’autre côté ; le temps indésirable – l’ombre du regard – ce qui semble appartenir au monde – à la surface – aux apparences – le temps de la pensée et du devenir – ce qui a l’air de croître – de se déployer – de décliner – de disparaître – quelque chose de provisoire et d’inconsistant – avec, au-dedans, comme un étrange halo de lumière – une matière presque invisible – presque indécelable par les sens humains…

 

 

Une langue – des tentatives – des rangées de cerveaux mal alignés – en interaction réticulaire – partielle – que l’on pourrait prendre (à tort) pour du hasard…

 

 

Si éloigné(s) du sol – du ciel – dans cet entre-deux chimérique – artificiellement inventé – ce qui constitue ce que les hommes appellent le monde…

Ce qui existe entre nous et la lumière – comme un long corridor apparent – le subterfuge de (presque) toutes les existences – de l’ignorance commune – de notre (si enfantine) cruauté…

 

 

Par-delà les mots – les substances – les orifices – la porosité des surfaces – le vide et sa structure – l’espace et l’invisible (inorganiques, bien sûr) – ce que nous emplissons de gestes – de livres – de rêves – de ciel ; la terre du temps – sans arrêt…

 

 

Seul – comme d’autres – endormi(s) au cœur du mystère…

 

 

Dans la tête – l’écho de plus en plus éloigné de notre nom – en deçà de la mémoire – sous le seuil du souvenir – comme les vibrations d’une résonance très ancienne – première peut-être…

 

 

A la fin – le front rempli de bleu – comme le reste…

Plus de frontière ; l’espace sans grille – sans carte – tous les territoires (apparents) d’un seul tenant – parfaitement réunis…

 

 

Le jour – fidèle – malgré la lenteur et l’oubli – la fièvre et la désolation – les itinéraires risibles – grotesques – indécents – malgré le sang et l’amoncellement des cadavres sur le sol – sur tous les chemins de la terre – malgré le fourvoiement des visages et la danse (si frivole) des identités…

 

 

Ici – le franchissement ; ailleurs – on ne sait pas – on pourrait tout imaginer – inutilement…

 

 

Parfois – le bruit et l’énigme entremêlés – quelque chose comme une rengaine – le silence et le monde offerts – sous nos yeux – bavards – tapageurs – comme un corps déstructuré et se restructurant sans cesse – unifié et se scindant sans cesse – alternant le pugilat, l’emboîtement et le dialogue…

Sérieux et joueur – simultanément – successivement – comme pris dans l’incroyable désordre du temps…

 

 

Dans tous les angles à la fois – comme le prolongement de l’espace ; l’inutilité des murs que nous nous sommes éreintés à bâtir…

 

 

Le regard qui s’avance – qui explore – qui se déploie. Et le corps qui se défait sous nos yeux ébahis. Le silence qui (enfin) peut se rejoindre…

 

 

Des passages et des rêves qui s’estompent – du sable – d’une terre à l’autre – ce qui résonne – ce qui nous détruit – ce qui nous offre sa force et son ampleur…

Nous tous – dans la même pièce – avec le même visage – cet espace commun immense dont chacun est, à la fois, le centre et la figure singulière…

 

 

A partir d’ici – comme une poussée – une force invisible et déterminante – quelque chose du ciel dans une vêture terrestre – une forme apparente – fidèle à sa matrice – obstinée – insensible à toutes les revendications identitaires – à toutes les résistances qu’on lui oppose…

 

 

Nous – à travers le temps – défait – et ce qui aimerait continuer – persévérer – dans l’illusion d’un prolongement – d’une suite possible…

Nous – retardés – trop écartelés encore pour que le silence et l’harmonie remplacent le dialogue et le conflit…

 

 

Tout – passant d’un lieu à l’autre – d’un corps à l’autre ; l’ampleur de l’espace et ce avec quoi nous essayons de le remplir…

 

 

Toutes ces existences qui s’éloignent de l’enfance – puériles toujours malgré les années – les certitudes et le peu d’expérience – ce que l’on cache – honteux – sous la table et les tapis – ce qui fait de nous des auxiliaires (essentiels) de l’ombre – du noir – de la nuit…

Toutes ces vies qui ressemblent à des mensonges érigés en tour – en totem – le dévoiement et la fatigue – l’aveuglement et le langage – tous ces gestes atrocement dénaturés – la fausse légèreté des voyages – séjours plutôt – hypocritement paisibles – incroyablement monotones – les pas et l’esprit vacillants – cet éloignement (presque) permanent du centre – comme si les Dieux s’évertuaient à retenir, d’une main trop ferme (et pour on ne sait quelles obscures raisons), notre véritable élan…

 

 

A tâtons dans la géographie du rêve et du verbe – au lieu d’aiguiser le geste et la justesse – le non-savoir sachant – l’obéissance libre – la joie et le goût des circonstances (présentes) ; le grand acquiescement pour que l’esprit et le monde dansent l’un dans l’autre…

 

 

Tout tourne – comme si nous étions là depuis trop longtemps ; des circonstances – des émotions – des choses à dire – des choses à faire – comme si quelqu’un se souciait (réellement) du monde…

Nous ne sommes qu’une main tendue vers le ciel et l’horizon – une rive qu’on longe sans jamais accoster – un signe – une ligne parfois – énigmatique sur le livre mystérieux du monde…

 

 

Nous aimerions disparaître – être happé(s) par le déséquilibre – et glisser jusqu’en bas – là où ont commencé tous les récits…

Tout est rare (et précieux) dans nos histoires – des vestiges, pourtant, bientôt – à notre place…

 

 

Nous aurons insisté là où il aurait fallu passer – inaperçus – comme les herbes et les crachats – comme les grains de poussière dans l’air – invisibles – et que les vents emportent plus loin – et plus haut quelques fois lorsque Dieu voit dans leur manière d’être [dans leur manière d’être au monde] une grâce – la justesse et la tendresse d’une perpétuelle prière…

 

 

A notre place – là où rien ne nous réclame – où les Autres – les rives – le vent – ne sont que les reflets de notre visage – et l’âme – toutes les âmes – le miroir parfait de la lumière…

 

 

Nous veillons – sans y penser – en attendant le jour suivant et la mort – l’amour d’un Autre qui nous gratifia (de manière circonstancielle) d’un baiser ou d’une parole réconfortante – et qui n’est plus là – et qui n’existe pas – et qui n’a, sans doute, existé que dans notre imaginaire pour prolonger notre désir si ancien – si enfantin – d’être aimé…

 

 

Rien ne suit – tout s’éloigne – tout se perd et disparaît ; nous ne sommes que des fantômes avides de chair et de certitudes…

Sans repère – dans la nuit – au milieu des Autres – inconnu(s) – happé(s) par les forces maléfiques du monde – du ciel – gesticulant là où il faudrait rester immobile(s) – imaginant là où il faudrait agir – nous laissant influencer (et dominer) par les couleurs et les formes au lieu de nous essayer à la transparence…

 

 

Les forces de la terre – contre nous – dehors – sur notre peau fragile et brûlante – de cette fièvre dessinée par l’apparition du ciel – au-dedans…

Tout a l’air si proche – si neuf – les couleurs et les choses qui chantent – les jours qui passent – comme si nous nous étions échappés de l’horloge – de cet atroce confinement dans le périmètre circulaire du cadran…

 

 

Des bras que l’on ne voit pas et qui nous saisissent ; un souffle – mille souffles – et, parfois, un lent déclin avant l’effacement…

Nos vies à tous – magnifiques et crasseuses – à l’apparence aussi monotone que les pages d’un calendrier…

 

 

Sur cette terre aux lourdes frontières inscrites sur le sol – dans les têtes – pour délimiter les choses et les territoires – légitimer les instincts d’appropriation et de conquête…

Les luttes aux fronts noirs – les pierres que l’on se jette – les drapeaux que l’on hisse et que l’on s’arrache – ce que l’on abandonne – l’effervescence inquiète du monde ; tous les temples (misérables) que l’on érige sur les hauteurs vers ce que l’on imagine (presque) toujours plus haut – et trop rarement au-dedans…

Notre âme et nos mains fabuleuses de mendiant(s) enchaîné(s)…

 

 

Nous sommes la route infinie – découpée, parfois, en étapes – en tronçons – ceux qui voyagent comme ceux qui demeurent dans leur chambre – et le ciel au-dessus – au loin – qui surplombe le monde…

 

 

Le cri des vivants plus perceptible que celui des morts – la même peur et la même ignorance – pourtant ; l’inconnu qu’il va falloir affronter…

 

 

Le même mystère – autant ici qu’ailleurs – et, trop souvent, la même incompréhension…

 

 

Seul – avec le ciel à notre table – le monde autour de nous – peut-être – sans la moindre importance…

Les bruits et les ombres enserrés dans notre enceinte – ce périmètre de croyances que les Autres prennent pour notre vrai visage – notre seule identité…

 

 

Nous – dans les limites que l’on nous impose – que l’on croit nous imposer. Et sur le sol – et dans le ciel – notre sourire et nos empreintes plus larges – immenses – invisibles, bien sûr…

 

 

Ce que le vide – en nous – insère…

Du bleu sur quelques fleurs desséchées – un peu de ciel au fond de la terre…

Un regard discret – tendre et permanent – sur nos allées et venues…

 

 

Cette tristesse – au fond des gestes – comme une seconde peau – notre nature la plus secrète – peut-être – comme une sorte de substitution au vide de l’âme…

Un soleil terrestre – un peu d’Amour – sur la surface – sur la partie la plus visible du visage…

Une sphère bruyante et frémissante – en perpétuel mouvement…

De la chair déplacée – autant que du vent – comme si seuls comptaient le souffle et l’intention qui précède l’élan…

Notre veille – notre présence inquiète – en plus du silence dévasté…

 

 

Des yeux près de la source – sans fierté – au milieu du monde – parmi tous ces Autres qui, soudain, n’en sont plus – devenus, comme par magie, des parts familières de notre visage…

 

 

Lignes nues qui charrient des fleurs et des oiseaux – et ce qu’il faut de silence pour comprendre et s’émerveiller…

 

 

Nous – marchant – sans rien traverser – intermittent(s) – comme la rêverie dans le cours naturel des choses…

 

 

Les Autres autour de nous – avec leurs bruits – leur voix – leur visage – les têtes qui cherchent – qui réclament – en basculant, si souvent, dans la plainte – martelant un temps arrêté – inexistant – à coup de désirs et de mémoire – obstruant la lumière souveraine – délicate – déjà célébrante…

 

 

Trop de doute et de certitudes pour s’ouvrir à la clarté – laisser le regard désobscurcir l’esprit – l’âme – le monde – et dissiper nos vieux restes d’existence…

 

 

Ne rien attendre…

Rien – en nous – ne demeure…

Nos lèvres rouges – seulement – et l’enfance…

Et quelques larmes encore – comme le signe d’une sensibilité toujours vaillante malgré l’époque – le contexte – l’indifférence ambiante…

 

 

Nous sommes cette figure étrange de l’appel et du nécessaire – de la voix qui se répand sur la feuille pour désengorger l’âme – offrir à la tête une alternative – une (saine) manière d’échapper à l’abondance et à la folie…

 

 

Personne – autour de nous – des pierres et de grands arbres – la forêt dense – épaisse – l’horizon impénétrable – l’eau vive de la rivière – et quelques bêtes discrètes tapies dans les taillis ; le monde – notre monde – la beauté du soleil et la magie vivante sur toutes les peaux – les âmes joyeuses – fidèles à l’étrange splendeur des choses…

 

 

Nous abandonne ce qui doit disparaître – le superflu – l’inimportant

Tout nous quitte – mille voies – mille traces à suivre – sur lesquelles ce qui demeure n’a pas le moindre regard…

 

 

A distance – comme si le monde était une île – lointaine – inaccessible – inutile – une terre minuscule secouée par le temps et les Dieux – une étoile éphémère aux origines troubles – au devenir sombre – sans réelle perspective. Un univers sorti, sans doute, de notre imaginaire – à peine une idée – une chose qui s’est esquissée et dont nous ne savons rien (et dont nous ne voulons rien savoir)…

Une œuvre – peut-être – sans réponse et sans sagesse – le fil dont nous devons nous défaire…

 

 

Des fables – des griffes – des caresses ; toutes nos histoires – sans intérêt…

Le silence – reconnu – en nous – qui nous offre l’élan pour nous défaire…

 

 

Nos gestes – de plus en plus discrets…

La présence de l’aube – de plus en plus évidente…

 

 

Un songe – presque rien – ce qui, pourtant, parvient à nous fermer les yeux…

 

 

En nous – le sol – le seul lieu où vivre…

Et cette nuit où nos pieds – notre tête – notre âme – sont empêtrés…

 

 

Des cris – des murmures – toutes nos souffrances ; le dérèglement des corps – les fragilités de la matière – la couleur des étoiles – ce qui affecte les visages…

 

 

Trop de danses – de ruptures – d’incertitude…

Des fissures – des béances – des ruines – comme un (immense) vertige…

 

 

Nous seul(s) – nous tous – face à la nuit…

 

 

Ça se resserre – en nous – au lieu de s’ouvrir…

Ça résiste – partout – au lieu de s’abandonner…

Ça parle comme un écho mécanique…

Le silence a lieu – et nous ne l’avons, pas une seule fois, accueilli…

 

 

La vie – le temps – la mort – finiront, un jour, par s’éloigner…

Et l’esprit, sans doute, saura quoi faire en pareilles circonstances…

 

 

Une danse dans l’âme – dans la voix – dans le geste – vertigineux…

Dieu au cœur de la fièvre…

Des murs – des tentatives – de l’oubli…

De l’impatience et du feu…

Notre manière de nous rejoindre – et de nous réjouir – au milieu des ruines et des morts…

 

 

Au jour substitué – combien de terreurs traversées – combien d’espoirs – combien de nuits passées à veiller – les yeux effrayés devant l’inconnu – à tenir – à bout de force – à bout de bras – cette vieille étendue noire – la tête sous la terre – à pleurer – à rêver – à imaginer une tournure différente pour l’âme – à susurrer une parole dans l’air trop rare – dans l’air vicié…

 

 

Le visage si beau – si pur – effrayé par le monde du dehors – cette force brute – ces forces vives – dirigées sans raison – sans autre destination que le jeu et la satisfaction du manque…

Dieu, lui-même, peut-être, source de toutes les pénuries – de cette solitude originelle – trop austère, sans doute, pour jouer sans la multitude…

 

 

Trop tôt – trop tard – nous parlons comme si le temps existait – comme s’il avait la moindre importance dans nos vies…

La ligne de l’enfant et celle de la momie ; la mort réalisée – et la vie qui se rattache à ce que l’on espère d’elle…

Ce qui nous sépare – ce qui nous relie – et la main des Autres qui se retire ou qui se tend…

Le monde dans notre écoute et notre cœur dans les paumes du monde…

 

 

Ce que nous n’osons dire à haute voix…

Ce que nous murmurons aux âmes recluses…

Toutes les scènes de notre vie – une à une – répertoriées – comme si l’absence – comme si toutes les portes fermées – nous avaient laissé(s) une blessure – une envergure en suspens – le plus odieux – et le plus frustrant, peut-être – de ce que nous aurons vécu…

 

7 juillet 2020

Carnet n°240 Notes journalières

Un tunnel – sous la page – creusé à force de mots – de tentatives – de volonté – et qui mène, presque sans détour, à l’espace le plus inattendu – au silence le plus inespéré…

 

 

En nous – une réserve de forces nées du moins apparent – du plus profond – du feu le plus interne engendré – et alimenté – par les plus lointaines contrées de l’infini…

L’invisible qui donne naissance au souffle…

 

 

Des trous dans la matière – du vide, en quelque sorte, pour y installer des yeux – une perspective – le matériau nécessaire au déploiement du regard…

 

 

Tout s’avance vers nous – sans pudeur – sans ferveur – sans restriction – mû par une mécanique sous-jacente vouée à l’obéissance – à la soumission (absolue) aux impératifs intérieurs…

 

 

Des mouvements – des instincts – des nécessités qui cherchent à être satisfaites – le magma mobile de l’impersonnel à travers le balai apparent des visages et des individualités…

L’inachèvement – sans erreur – sans impasse – sans issue – notre monde voué au temps – à l’attente – aux promesses – au devenir – à l’impossibilité de se révéler et de se reconnaître – à l’alternance (pas si tragique) du réel et du rêve – de la vie et de la mort – mille fois recommencés…

Entre la prescription et le phénomène accidentel – entre le jeu, la déroute et la peur – nous-mêmes concentrés dans la folie de tous nos gestes…

L’infini et l’éternité qui, sans cesse, changent d’envergure et d’apparence – de contextes et de lois – se jouant des regards et transformant, à l’envi, les perspectives…

 

 

Nous – devant le temps – impuissants – ignorants – adeptes d’un rythme imposé que l’on saisit mal – et que l’on ne peut ni éliminer – ni dominer…

A attendre et à espérer (en vain) – des troubles plein la tête – sur un terrain implacable – avec des gestes maladroits – sans la moindre erreur possible – vivant parmi d’Autres dans cette longue file qui patiente devant des portes imaginaires qui pourraient ouvrir sur des pays qui n’existent pas…

 

 

Nous – comme chantier – espace de tous les passages et de tous les mouvements – lieu de tous les phénomènes…

Inertes malgré la mobilité des membres – des idées – des émotions…

Immobiles – comme le regard – ce que nous sommes (profondément) – au milieu du chaos…

 

 

L’esprit – le monde – ce qui, en nous, est le moins inachevé – et ce qu’il reste lorsque tout s’est dérobé – lorsque tout s’est effondré…

Des murs et des trajectoires obliques – quelque chose d’impénétrable et trop de tentatives approximatives…

De la fatigue – de la lassitude – de l’obstination – notre destin irréfutable – la seule chose que nous ayons et la force, parfois, de nous accompagner lorsque les Autres nous font défaut…

 

 

A cet instant même – ce que nous longeons – ce autour de quoi nous nous éreintons à tourner – sans même nous en rendre compte – le centre dont nous faisons partie – le centre que nous sommes tous – au fond…

 

 

Ça court – ça circule – ça se rejoint – ça se sépare – de proche en proche – sans jamais en voir le bout – dans l’ignorance et l’oubli de l’origine – comme une longue (et vaine) tentative de libération…

Des murs lancés contre des murs – de la matière jetée sur de la matière – des yeux et des corps apparemment séparés – dans tous les sens. Prisonniers éternels du magma inerte et chaotique – comme une pierre qui se débattrait dans un éboulis perpétuel…

 

 

On ne se libère de rien ; on apprend à vivre en détention – et à faire naître, en soi, le regard affranchi – en surplomb ; en devenant la texture et la couleur de ce qui nous entoure – jusqu’à basculer dans le monde des choses – cet autre versant de l’esprit – la dimension palpable – éminemment matérielle de l’invisible…

 

 

L’équilibre érigé par les forces qui luttent – qui s’opposent – qui résistent ou se fédèrent – qui ne cessent de se transformer – de nous – de tout – transformer – avec puissance et lenteur – avec la patience nécessaire aux œuvres de longue haleine – aux besognes inachevables – et nous autres – éléments et main-d’œuvre de ce labeur sans fin – traversant crises et tempêtes – déserts et parenthèses – toujours vaillants – toujours à la manœuvre – à notre place – à notre poste – jour après jour – pendant des millénaires – et (presque) sans jamais fléchir…

 

 

A vivre – avec rien dans la tête – le vide – défait des restes de la volonté – de tous les reliquats de désir – au-delà du plus commun – au-delà de l’ordinaire porteur de projets et d’embarras…

 

 

Nous – face à tout – bloqué(s) – de l’hypothétique début à l’improbable fin – partiel(s) et parfait(s) – tel(s) quel(s) – au cœur de ce qui nous constitue – au cœur de ce qui passe – de ce qui dure (un peu) – de ce qui demeure – éternellement…

Entier(s) et inachevable(s) – engagé(s) et hors de toutes les histoires – quels que soient les visages et les circonstances…

 

 

Ce qui se construit – malgré nous – jusqu’à l’effondrement…

Le poids de tout – sur les bras – dans l’âme – partout…

Ecrasé(s) – et presque rien dans la balance – pourtant…

Un peu d’air et de vent face à l’envergure et à la densité du vide…

 

 

Devenir, malgré soi, le tertre du jour – le socle sans lequel le monde n’existerait pas – le mur contre lequel viennent mourir tous les épuisements – la pente sur laquelle chacun aimerait vivre – le sol sur lequel les pieds se laisseraient glisser – le souffle qui porte tous les désirs et toutes les âmes vers leur mausolée…

Le vide, en somme, sur lequel nous pouvons (tous) compter…

Pas cette terre où l’on s’enlise – pas ce sable où l’on s’enfonce – pas ces visages qui n’ont d’autre choix que celui de nous pervertir ou de nous menacer…

Le monde tel qu’il est – sans la moindre alternative…

 

 

D’un pas pesant – avec, derrière soi, toutes nos forces concentrées pour essayer d’échapper au pire – à notre destin – aux circonstances (toujours plus ou moins) implacables…

L’erreur de l’effort à l’œuvre – en actes – devenant, peu à peu, l’obstacle majeur – rédhibitoire – la seule pierre d’achoppement du voyage – l’impasse et l’impossibilité que nous avons nous-mêmes édifiées…

Les choses devenues, peu à peu, trop épaisses – trop denses – trop obscurcies – aussi délétères que la mort – et qui finissent par contaminer tous les élans – toutes les ardeurs – jusqu’à bloquer toutes les tentatives de la terre et du ciel…

A vivre ainsi – l’âme – l’esprit et le corps – cadenassés – claquemurés au cœur de l’étroite geôle que nous avons construite – à notre insu…

 

 

Les choses – ici comme ailleurs – inertes et entrecroisées…

Mille histoires dérisoires – interminables – sans ciel – sans issue – sans réelle possibilité de transformation ; de la matière agglomérée et recombinée – inlassablement – et, parfois, saupoudrée d’un peu de conscience…

 

 

Ce qui nous porte – les eaux vives du monde – l’énergie repliée pour la vie extérieure – le souffle et le ciel, en partie, absorbés – et l’incertitude qui dure – comme la seule loi possible…

Et nous – recroquevillés sur nous-mêmes – sous la lumière diffuse qui joue avec les ombres…

 

 

Notre épuisement face au monde – face au silence. Et notre regard impassible – comme s’il fallait surplomber la fatigue…

 

 

La langue – en nous – qui creuse le sol – qui s’ancre au milieu des racines – qui s’expose au regard du monde – qui cherche le rire et la joie – à éradiquer la peur – à percer le mystère qu’abritent les vivants…

Comme le pli d’un autre espoir – d’un autre monde – comme une évidence impossible à légitimer…

 

 

Ce qui nous manque – à l’intérieur – cette zone sensible – cet espace au fond du cœur qui ne s’oppose à rien – qui accueille ce qui vient – ce qui passe – tous les élans – jusqu’aux faims les plus grossières…

 

 

De la vie au-dedans de ce qui semble mort – comme un courant qui circule – et nous tous comme des éléments de la tuyauterie – étrangement emboîtés – pour former un immense circuit – l’espace lui-même qui a, peu à peu, érigé des murs – des parois – des couloirs et des tunnels – des spirales et des impasses – comme un gigantesque Meccano empli – et entouré – de vide et de silence…

Et nous tous – jouant à être – à devenir – à vivre et à mourir – à naître et à renaître – encore et encore – comme la condition première de toutes les choses – de tous les possibles – de tous les jeux inventés depuis la naissance du monde…

 

 

Le monde d’avant le jour – plongé dans la terreur et les bas-fonds – ce qui naît – ce qui passe – sans discontinuer – dans l’air (presque) toujours crépusculaire – comme des âmes amputées – invalides – privées de leur essence et de leur feu – errant parmi les ombres – essayant de se frayer un chemin dans l’obscurité…

 

 

A l’intérieur – rien qu’une peur – irréductible – inentamable – une respiration involontaire – et une crispation tragique sur l’espoir d’un franchissement – la croyance en une échappatoire possible – la conviction mal inspirée (et pathétique) de pouvoir échapper au tragique de cette existence…

 

 

Des crises et des nausées – l’impression d’une épreuve continue – ce qui nous maintient la tête éloignée des hauteurs – le centre abandonné au profit de la périphérie. Et l’âme plongée dans ce que nous attendons du monde et de l’existence – parmi ces Autres que nous avons vainement construits pour prolonger la croyance en un possible vivre-ensemble…

 

 

La tête étourdie – fatiguée – par le lent pourrissement de ce que nous pensions pouvoir conserver – l’excès de combinaisons et de transformations – et le courage qui nous manque pour affronter le réel – le temps – le changement – le vide en nous – à l’intérieur de la vie – de part et d’autre du front – ce que nous considérons à tort comme une frontière…

 

 

Ecrire pour rien – pour presque rien – pour offrir, peut-être, un supplément de vide et de poésie – un court instant qui pourrait pudiquement – secrètement – prolonger le vrai – suffisamment pour clarifier et aiguiser le cœur et le regard de l’Autre – passablement curieux et attentif – à la manière d’un modeste révélateur d’espace et de lumière enfouis dans l’âme (qui n’aspire, bien sûr, qu’à les voir naître au jour)…

 

 

Tout s’évertue à se déployer – à revenir – à combler la moindre distance – à se substituer à la moindre absence…

Seul(s) – au milieu de la nuit – sans que la lumière jamais n’intervienne dans le rêve et le sommeil…

A demeurer là – sans rien faire – sans même compter les heures – les jours – les années – les siècles qui passent…

Satisfaire seulement à la respiration…

 

 

Rien ne nous force à vivre – à résister aux courants qui nous saisissent et nous jettent ailleurs – plus loin – plus haut parfois (trop rarement)…

Rien ne nous force à nous laisser aller aux rêves et au sommeil…

Tout – pour être – a dû recevoir notre (plein) consentement antérieur…

 

 

Ce qui nous épuise – sans cesse – notre inclination à intervenir – cette étrange (et harassante) manière d’être au monde – notre (réelle) incapacité à nous soumettre au rythme des choses – aux itinéraires hasardeux – aux vents du désordre – notre volonté (obstinée) de vivre comme des hommes…

Ainsi – sommes-nous seul(s) – seul(s) et désorienté(s) – éloigné(s) de toute forme de vérité…

Les pieds dans l’illusion – avec tous les monstres du monde à nos côtés ou qui nous poursuivent – les nôtres comme ceux des Autres…

Et nous tous – dans la même nuit – séparés au lieu d’être réunis – au lieu d’être ensemble…

Debout et bancal(s) – sans doute pour l’éternité – avec, dans l’âme et les mains, mille choses pesantes…

Au bord du malaise – à chaque instant – trop lent(s) ou trop prompt(s) à décider au lieu de se laisser mener par ce qui nous porte – par ce qui nous tient – si provisoirement…

Demeurer partiel(s) – partial (partiaux) – à notre place au lieu de glisser ailleurs – plus haut – vers la plénitude et l’envergure première…

Être – à la fois – au-dessus et dans les choses du monde qui passent…

Tout – en vérité – souligne notre inaptitude à vivre dans une totale (et parfaite) réconciliation…

 

 

Rien face à l’incertitude – notre consentement – la tristesse et la peur remisées en d’autres sphères – antérieures au plein acquiescement…

On n’abolit rien – on ne refuse rien – la lumière – les rêves – le sommeil – les limitations de l’homme – la possibilité des étoiles – l’illusion du temps – le désordre et le mensonge – la souffrance et la barbarie – les yeux grands ouverts – prêt à accueillir ce qui s’impose comme ce qui a dû se résoudre à fuir devant la domination…

 

 

Être – sans la moindre certitude – sans la moindre pensée – sans la moindre tâche ni le moindre geste à réaliser…

Le temps et le devenir abolis – ce qui sonne, peut-être, la fin du sommeil – la fin de la nuit…

 

 

Le jour différent – l’âme au bord du ciel – la volonté convertie en accueil supplémentaire – l’angoisse effacée par notre accord au rythme naturel des choses…

Le feu et le vide – à leur place…

 

 

La parole – presque aussi discrète que le silence…

 

 

On se défait de nos vieilles habitudes – des contours trop particuliers de notre existence et de notre visage…

La noyade – bientôt…

La fusion peut-être – la fusion sans doute…

Le grand bain dans lequel nous serons, tôt ou tard, jetés…

La fin de l’ordre et des chemins balisés – des itinéraires aménagés – de l’espace sans surprise…

Le goût de l’Autre – des Autres – et celui de la liberté dans l’âme et les yeux sans volonté…

Et ce qu’il nous reste – quelques résidus et singularités naturels…

 

 

Toute la beauté et toute la poésie du monde – honorées – célébrées – et transformées en or pour ceux dont les yeux et l’âme hésitent encore…

 

 

Nous – capable(s) (enfin) d’être n’importe qui – d’être n’importe quoi – suffisamment humble(s) – suffisamment rien pour devenir ce qu’il nous faut être – tout – l’ensemble du réel et des possibles combinables – simultanément – successivement – dans l’ordre qui s’impose…

 

 

Nous nous obstinons à devancer le temps – à anticiper les jours – sans parvenir à être présent à cet instant – là où nous sommes…

 

 

Des gestes – des meurtres (trop souvent) – une manière d’affronter la nuit – et, paradoxalement, de la renforcer…

Le soleil – prisonnier au-dedans – comme pris en otage par notre excès de volonté – notre ignorance en actes…

 

 

Nos mains – comme le prolongement du corps – de la terre – du cœur – et celui du ciel, bien sûr, qui tente de se retrouver…

 

 

L’invisible et ce qui n’est – et n’existe – qu’en apparence…

Comme ces nuages dans le ciel – toutes les choses – en vérité…

 

 

Rien qu’une tristesse – comme un rideau sombre et humide que l’on jette entre nos yeux – notre âme et le monde…

Des larmes – comme une vérité initiale – préalable à la véritable épiphanie – elle-même propédeutique d’une autre – plus profonde – et ainsi de suite – indéfiniment – jusqu’à ce que tout devienne égal et immobile – jusqu’à ce que l’attraction du monde et de ce que nous imaginons autre s’éteigne – jusqu’à ce que la curiosité et le désir s’effilochent – jusqu’à ce que nous vivions au cœur de ce que certains hommes appellent la vérité absolue

Comme un oiseau dans l’air – comme un poisson dans l’eau…

Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à dire – jusqu’à ce que le temps disparaisse – jusqu’à ce que tout devienne ciel et silence – grâce impersonnelle et rire tonitruant sur nos (apparentes) erreurs et notre passé – regard et tendresse infinie et involontaire…

 

 

Le monde d’avant – au seuil de l’ultime étape – peut-être – dans un passage – au-delà de la soif – dans ce qui suit la soif – la main non tendue – la main non saisissante – vers ce qui existe après l’extinction des désirs…

Pas même une marche – pas même une attente – attentif seulement – les yeux dégagés de tous les horizons…

 

 

Dans la main – le bruit du vent et quelques traces de la nuit ancienne…

Et la lumière – déjà – du jour à venir…

 

 

La vie sans excès – sans autre excès que ce qu’elle est – sans autre excès que ce qu’elle offre…

Au terme d’une existence faite de paroles et d’aventures – le glas du rêve et du temps – ce qui est et ce qui s’enflamme – à l’instant – sous nos yeux…

 

 

Nous autres – comme une charnière entre le monde et le silence – entre la fidélité et la trahison – comme si, en nous, quelque chose demeurait – comme si, en nous, quelque chose résistait à l’ordre établi ; quelque part – toujours – l’âme à la frontière mouvante et incertaine des choses…

 

 

Aux confins des saisons d’un autre temps – moins régulier – plus chaotique – sans durée – sans certitude – dans les tréfonds obscurs et inconnus – infréquentés – de celui qui a l’air de régir le monde humain – la terre des vivants…

 

 

Sur le sol des Autres – la méfiance – le rire et la grossièreté…

Et ici – peu de chose(s) – tout – mélangé – sans que nous puissions rien démêler – sans que nous puissions rien séparer ; l’absence de savoir et le regard parfaitement dégagé…

 

 

Le front ouvert – comme une béance – un gouffre sans fond – un terrain immense et infertile peuplé d’herbes folles – naturelles et provisoires – sur lequel rien ne peut véritablement prendre racine – sur lequel rien ne peut véritablement croître et pousser – sur lequel tout est amené, tôt ou tard, à s’éteindre et à disparaître…

Les jours et les malheurs – comme toutes les choses – insaisissables – et qui se reproduisent, pourtant, comme la mort qui franchit tous les murs…

 

 

De jour en jour – de page en page – le même chemin – le même silence – et cette joie d’aller sans but – d’aller sans fin…

La même immobilité quels que soient les pas et les paysages traversés…

Ce que l’Amour nous offre et ce à quoi la vie nous invite…

 

 

Les murs et l’opacité pulvérisés – le socle préalable à l’autre voyage…

Toutes les horloges démontées – une à une – la condition pour danser sur les routes – puis, avec elles – la tête caressée par l’air – dans l’intimité du vide et du vent…

 

 

En roue libre – comme un miracle – une aubaine pour l’homme (et le vivant)…

La lame et l’oubli – à leur place – au second rang – juste derrière la main ouverte et la tendresse…

 

 

Les pieds qui glissent sur toutes les frontières mouvantes – qui jouent à les défaire – à les déplacer – à inviter les peurs et le sable – à inverser les rythmes – à transformer les yeux en miroir parfait – à maintenir le désir de l’homme au-dessus de l’horizon – à se tourner vers toutes les hauteurs promises – à se répartir (équitablement) les rôles – les tâches – les identités – à tout mélanger jusqu’à ne plus rien pouvoir séparer (ni extraire) afin d’être capable de vivre – de regarder ailleurs – de s’éveiller et de célébrer le monde et l’infini – le silence et la matière dansante et virevoltante…

Le partage enfin consenti…

 

 

Soleil d’une autre terre où la nuit et les épines sont aussi honorées que le jour et les traces des plus grands aventuriers…

Une autre tournure de l’esprit – peut-être – simplement…

 

 

Le monde accueilli – arraché – qui se dénude – peu à peu…

Entre les pierres – nos incroyables aventures…

Et ce qui résiste (encore) à la faim…

 

 

Nous – à l’heure du recommencement – tantôt comme un détour – tantôt comme une indulgence – dans tous les cas comme une (irrépressible) nécessité…

Les deux pieds – au cœur du lieu qui donna naissance à toutes les frontières – regroupées – innombrables – rassemblées – puis déconstruites – une à une – comme la seule manière de vivre affranchi des règles terrestres – sans être apeuré au moindre frémissement du noir – au moindre surgissement de la matière…

Au-dedans du cercle où se tiennent – superposés – le temps et l’éternité – l’incomplétude et l’infini – le monde et le silence…

Notre conscience à tous – bien sûr…

 

 

Vivant – réel – jusque dans les replis secrets où se sont réfugiés les plus discrets – et les plus lointains – soleils…

 

 

Sur la route-frontière qui nous éloigne de notre vrai visage…

La fleur – au-dedans – comme l’aventure – à peine éclose…

Et cette sueur – au goutte à goutte – sur la pierre…

Et ce monde – et ces hommes – presque impossibles à comprendre et à aimer…

Et ces circonstances tantôt tragiques – tantôt fabuleuses…

Et nous – qui que nous soyons – qui n’avons ni le choix – ni la moindre souveraineté…

Le mystère de tout destin – de tout voyage…

Notre Amour commun (et sans malice) – en partage…

 

 

Ce que nous mimons pour avoir l’air…

Ce que nous déguisons pour maintenir visible l’illusion…

Ce que nous imaginons hors des cercles magiques…

L’homme masqué – l’habitant des sous-sols…

Pas encore né – pas encore (véritablement) vivant…

 

 

Devant les yeux – quelques fleurs et ce ruban d’eau vive entouré de vent – horizontal et vertical…

Le ciel en surplomb et, au loin, le chant et la liberté de l’océan…

La joie – au fond du cœur – sur la ligne d’horizon…

Assis dans le silence qui nous célèbre – sur cette terre où nous avons l’air vivant…

 

 

Nos sœurs – les bras levés – du vent dans les mains – un souffle que nul ne peut retenir – défaisant dans leurs cheveux toutes les choses prises au piège – effaçant toutes les histoires – essuyant toutes les larmes – anéantissant toutes les illusions du monde…

 

 

Que rien ne demeure – que tout passe dans un battement d’ailes – que nos gestes ne servent (trop souvent) que notre étroit intérêt (et notre fatuité) – que la nuit n’existe que pour les fantômes – que le chagrin soit l’égal de la joie et de la beauté ; nul – pour le comprendre – n’a besoin d’attestation ou de diplôme ; vivre suffit à dessiller tous les yeux (et le monde, bien sûr, fait sa part)…

 

 

Tout existe déjà sur la pierre où nous vivons – sur ce petit carré de terre – sur cette parcelle offerte par les Dieux ; ne reste que la nuit à apprivoiser et à découvrir le mystère caché au fond du cœur…

 

 

L’existence – comme une promesse – d’abord – puis, comme un poignard – et, ensuite, comme un naufrage – puis (enfin) comme une île inespérée entre le ciel et l’océan – incertaine – comme nos pieds – notre sang – notre espérance…

Des ombres qui passent – frémissantes – sans incidence – dans la lumière…

 

 

A peine sorti du sommeil – et voilà notre bouche déjà pleine de (fausses) vérités…

 

 

L’homme devant son existence – sa descendance – sa tombe ouverte – le ciel promis – et tous les au-delà centraux et périphériques – curieux – inquiet – impuissant – trop volontaire…

Si immature encore…

 

 

Ce que nous célébrons dans l’indifférence – le monde entravé – réduit au confinement – à cette détention imposée de l’intérieur…

Tous les visages – tous les yeux – derrière leur vitre – regardant, au loin, l’autre vie s’esquisser – devenir – de proche en proche – la nôtre – peut-être – bientôt…

 

 

Dégagé des larmes qui coulaient à cause du sommeil – sur les lèvres – un autre sel – une sève moins triste – la même que celle des arbres et des nuages – familière du monde et des hauteurs – porteuse d’une envergure incommensurable…

 

 

Nous – hors du périmètre habituel – entre la nuit et le bleu immense – en déséquilibre sur le temps passé – (inutilement) amassé – tous les souvenirs au bas de la pile – comme un socle fragile – massif – désastreux…

Des pas dans le vide – immobile – comme s’il nous fallait vivre là et attendre que le monde se déplace – que l’esprit nous libère – que nous devenions le reste – l’autre versant du mystère – le prolongement (naturel) du périmètre initial…

 

 

A chaque ligne – le même Amour et le même silence – malgré l’efflorescence et la profusion des mots…

Tout pourrait être dit en une seule parole – en un seul geste – ceux nés de l’acquiescement – comme un soleil qu’il serait impossible de confondre avec le déploiement (plus ou moins lumineux) de la nuit…

Quelque chose du regard – dégagé de la chair et du sang – affranchi des instincts…

Le Divin – en nous – vivant…

Le vide et le vent – à travers tous nos visages…

L’espace et les pierres…

Ce qui existait déjà – caché – au fond de notre vacarme – au fond de notre sommeil…

 

 

Comme un soleil qui fleurit dans notre jardin…

L’eau qui ruisselle à toutes les fontaines…

La source dégagée…

Le souffle et la lumière sur la terre…

L’oubli et la poussière…

Et ce qui martèle – et ce qui piétine – et ce qui s’essaye à l’entassement – aussitôt balayés – et toutes les tentatives de succession (ou de remplacement) fauchées par la lame implacable posée en arrière du regard…

L’esprit vide – l’esprit nettoyé – disponible – à ce qui vient – qui accueille sans exigence – et qui efface presque aussitôt ce qui s’attarde trop longuement – sans la moindre nostalgie…

 

 

Aucune trahison sur la pierre – l’Amour et le vent – fidèles au sang de la terre et à l’immensité bleue…

Nous – nu(s) – comme nos noms devenus inutiles ; notre douleur – suspendue à toutes les hampes successives – que nous tenons au-dessus de nos têtes – de plus en plus légères – presque envolée – évanouie – pas même à la recherche de notre nouveau visage – prêt(s) à accueillir la texture et la couleur des choses – des masques – des parures – provisoires – qui continueront de se présenter – que l’on continuera de nous offrir…

 

 

Prisonnier(s) d’une route involontairement inventée – comme si ce que nous cherchions devait se trouver devant nous – autour de nous peut-être – sous chacun de nos pas…

Mille ans – mille siècles – sans jamais avoir eu l’intuition de chercher ailleurs – autrement…

 

 

A notre chevet – la mémoire – ce que nous avons couché sous nos pieds – notre séant – cette étendue immense (et épaisse) de rêves et de désillusions – nos aspirations et nos malheurs – ce qui n’est bon qu’à jeter au fond des gouffres qu’ont creusés nos mains – dans les abysses terrestres gorgés déjà de malédictions…

L’âme et les mains vides – à fredonner en silence la même prière – inaudible – incompréhensible – comme une manière (un peu singulière) d’être au monde – indifférent (en apparence) aux rencontres et à la solitude…

Nous-même – bien davantage qu’autrefois…

 

7 juillet 2020

Carnet n°239 Notes journalières

Tout est (presque) mort – en nous – sauf cette séparation monstrueusement vivante ; la puissance destructrice de l’homme – libre – libérée – partout à l’œuvre…

 

 

Tout semble plus fort que l’oubli – sauf à la fin – où tout reprend sa place ; mille tas de cendre et de poussière dans le néant – et cette lumière, au fond, qui éclaire l’espace vide…

 

 

Des pierres – autour de nous – qui tournent autour du centre – le cœur vivant du monde qui déplace de la pierraille – mille choses – des êtres et des visages – à seule fin de les convertir à la beauté – à la poésie – au silence…

 

 

Sur le fil qui traverse les ombres – des pas qui, à mesure de la marche, dissolvent le désir – l’espoir – la tristesse ; de plus en plus libre – de plus en plus démuni – peu à peu affranchi des rêves des hommes – des plus viles ambitions – de ce qui emprisonne l’Amour et la poésie – le plus précieux du monde et du langage – ce qui permettra, peut-être, à la lumière de devenir réellement vivante…

 

 

Entre nous – le sable des rêves – trop d’images – de cartes – de lois – ; le tracé trop noir – trop épais – presque indélébile – des frontières que nous avons fabriquées pour nous séparer du reste – nous octroyer les meilleures parcelles du monde – et bâtir, en fin de compte, le pire des royaumes – ce carré de terre que notre ignorance et nos ambitions ont, peu à peu, transformé en tragique (et pitoyable) mausolée…

L’obscurité de l’esprit qui nous conduit à toutes les pertes…

 

 

De jour en jour – de proche en proche ; mille gestes – mille coups de grâce successifs – comme une lente déperdition – jusqu’à la noyade (solitaire) au milieu de l’océan…

 

 

A demi-mot – le temps du rêve – le temps que le monde disparaisse derrière le réel et la lumière. Puis – lorsque tout sera fini et pourra recommencer (ou continuer) – nous serons capables de vivre – silencieux…

 

 

Lentement – au fil des ombres – grossissantes – le dos au mur – avec trop de pierres dans les poches – trop d’images dans la tête – l’âme encore pleine de désirs inassouvis – les yeux rivés sur l’horizon des promesses – jusqu’au dernier jour – jusqu’au dernier souffle – jusqu’à ce que l’on nous ferme les paupières…

 

 

Que restera-t-il demain – plus tard – de cet espace – de ce sourire éternel – si nous n’avons su les découvrir – comme un temps perdu – inutile – une absence (la nôtre) au cœur de la réalité…

La même chose – quels que soient les siècles et les millénaires ; ce qui demeure – sous les ruines et la poussière – sous les tours et les tas d’immondices – ce qui demeure même au milieu du néant…

 

 

Rien sur nos pages – moins (bien moins) que dans un seul geste…

Le nécessaire vivant – sans âge – comme le souffle vital – les battements du cœur – la seule empreinte humaine indispensable…

 

 

Le sommeil a beau fleurir – il n’y pousse que des roses noires – des crânes sans chair – des corps sans âme – un amas d’idées trop (bien trop) humaines…

Pas l’ombre d’une pierre heureuse – pas l’ombre d’un cœur joyeux – de la mort vivante – sans étreinte – sans poésie…

Pas même un regard sur la faim – sur les ventres et le temps…

Nous-même(s) perdu(s) en nous-même(s) – sans dedans – sans dehors ; l’apparence du monde et l’illusion du devenir – seulement…

Tout – toutes nos chimères – comme un peu de sable amassé – remué – transporté ici et là ; et, dans nos oreilles – comme un murmure – une moquerie – le rire du vent…

 

 

Monde incendiaire – et, sur nos lèvres, la même lumière…

Le silence dans nos paroles – tremblant sur le seuil – l’air frémissant…

Et le territoire de l’ignorance traversé – pas à pas…

 

 

Du vent sur les pierres – et, au-dedans, le souffle des âmes…

Des gués et des crêtes à franchir – des hauteurs et des envergures à apprivoiser…

Le même monde de part et d’autre de la vitre. Et cette immense fenêtre à ouvrir…

 

 

Ce que nous quittons pour une solitude en jachère – un carré de terre stérile – une neige parfaite – vierge de traces et de tentatives…

Et notre âme – après avoir tant tâtonné – immobile à présent…

 

 

Des mots – comme un goutte-à-goutte – une perfusion d’énergie et de lumière – pour l’esprit – la chair – le monde – endormis – enténébrés…

Une issue possible (peut-être) comme un peu d’eau jetée sur un visage aux portes du sommeil – aux portes de la mort ; une manière de tendre la main vers ce qui pourrait être sauvé – de s’affranchir de la nuit – et d’accompagner quelques âmes en sursis – gesticulantes – prisonnières de leurs propres territoires – de leurs propres frontières – de leurs propres sables mouvants…

 

 

Le temps d’une vie – quelques jours de frémissement – de froid – de peur – de joie – avec, parfois, un peu d’émerveillement…

Un élan entre présence et absence – providence et volonté. Des courants et, à la fin, une vague submergeante – comme un naufrage pour rejoindre l’inconnu – les profondeurs…

La matrice mystérieuse qui crache les vies pour les jeter sur le rivage…

 

 

Un jour – mille saisons – et ce que nous découvrons peu à peu…

 

 

Un monde rouge – avare de sentiments – distribuant la joie et le mérite – laissant dériver le silence au-delà de toute raison – nous faisant croire que les plus obéissants pourront, un jour, marcher sur l’eau – réaliser quelques miracles – transformer la terre en paradis – que le vide pourrait être peuplé de visages heureux et souriants – que le temps gagnerait à s’arrêter – que nous n’en sommes qu’au début du sacrifice – et qu’il nous faudra bien du courage pour achever cet étrange voyage…

Comme si nous avions – et comme si ce périple avait – une fin…

 

 

Nous et le monde – dans cette intimité sans partage – seul(s) en quelque sorte – dans cette douleur originelle – avec ses prolongements et ses ramifications ; des voix qui se croisent – comme les corps et les visages – à peine entrevus – et qui s’éloignent déjà – sans même se souvenir – comme si, en définitive, rien ne comptait…

 

 

Toujours le même silence – derrière chaque cri – derrière chaque plainte – derrière chaque prière – celui qui existait avant les déchirures et les manques…

Le vide et l’étreinte – au fond des yeux…

Des soubresauts dans la voix – les mêmes que sur les pages et les chemins – des lignes et des pas au-dessus de leur support – par à-coups – comme une discontinuité d’envols et de chutes – des secousses – des vibrations – une succession désordonnée – presque chaotique – de regards et d’aveuglements…

 

 

Dans le même silence – le hasard – les naissances – les adieux – ce que la vie restreint et ce qu’offre la mort – tous nos rêves et toutes nos expériences. Et ce fil qui serpente entre tout comme un chemin…

 

 

Trop d’absence – entre les gestes et les mots – quelque chose qui ressemblerait à la vie – un voyage chargé de mort et d’oubli…

Du bleu – dans l’âme et sur les pages – peu à peu apprivoisé…

 

 

Entre le rêve et la nudité – sans autre souci que l’extinction (naturelle) de la nuit…

La croyance en un seul voyage…

Le poème apaisé – autant que demeure la noirceur de la fièvre et du vent…

Avec des fleurs en contrebas – sensibles à toutes nos folies – à notre indigence et à nos murmures – signes que l’invisible nous est promis…

Ici et ailleurs – cahin-caha – comme la trajectoire des nuages…

Et, un peu partout, les promesses du ciel chargé de couleurs et de magie…

 

 

Une main qui caresse l’eau de la rivière – qui laisse la peau se transformer en écailles ; une âme qui ne saisirait plus – qui se laisserait aller à la liberté des courants – au hasard des itinéraires…

Comme le jour offrant sa couleur à ce qui est vivant…

De moins en moins obstiné au fil des passages…

 

 

Ce qui apprend, peu à peu, à s’effacer – à devenir ce que l’on veut – qui obéit aux circonstances – sans souvenir – sans intention – sans confirmer le monde – sans l’infirmer – sans légitimer les postures de l’Autre ou ce qu’il imagine être son identité…

Nous – influençant ce que l’on touche – jusqu’à l’effacement (progressif) de tous les noms…

 

 

Parfois – l’espace – comme un monologue – une longue tirade qui aurait inventé le monde – les bruits – les chemins – la souffrance. Comme une étrange parenthèse dont la naissance aurait été oubliée (par les bêtes et les hommes)…

Le mythe – et le récit – d’une longue étreinte – et aujourd’hui, en nous, le contact devenu presque abstrait…

 

 

La terre comme un lieu de substitution – un écho lointain de l’invisible ; de la matière comme acte premier – le préalable à la compréhension qui couronnera le règne – et la fin – de l’énergie la plus grossière – inévitable en ces temps de tentatives et d’expérimentation…

 

 

Une seule voix – dans le tunnel – parvenue jusqu’à nos oreilles – la manière de rejoindre le silence…

L’horizontalité partout honorée comme l’incontournable prélude du vertical…

Le trop-plein – l’efflorescence – la multiplication – comme gestes d’incitation au vide…

Le mouvement – et ses excès – comme avant-goût de l’immobilité…

Nous – dans tout – cette antériorité nécessaire à l’actualisation de tous les potentiels – de tous les possibles…

Nous et la puissance – dansant et dessinant ensemble le reste de la carte – son incessant et indispensable prolongement…

Les débordements même de l’infini jouant avec ses (propres) créations…

 

 

Ce qui persiste – et nos résistances…

Ce qui demeure – ce qui s’effiloche et ce que nous saccageons…

Le sens mystérieux d’un monde particulier – d’une étape incontournable dans cette évolution sans fin…

 

 

Le feu et la langue – ce qui, en nous, s’accomplit – le fond et la forme – une sorte de mélange – de synthèse – d’apparition…

Ce qui se transforme et nous métamorphose – jusqu’au vide…

L’épiphanie – comme la seule évidence…

 

 

Ce qui nous inverse – comme le lieu du départ – l’origine – l’instant du premier pas – avant que l’envergure ne colore les choses…

 

 

Ce qui est dit – comme un pressentiment – l’un des rares endroits où le silence et la langue sont interchangeables…

L’état limite du précipice – ce qui persiste avec le feu – sans doute…

 

 

Nous tremblons tous devant le monde – l’utopie – l’inconnu – comme la feuille blanche sous la main de celui qui écrit – éveilleur de lumière ou noircisseur de lignes…

 

 

Que découvrirons-nous derrière la perspective – la folie d’un Dieu thaumaturge – le désespoir d’un pauvre Diable esseulé – la bouche béante d’un néant auquel on est livré sans boussole ; quelque chose de l’homme, peut-être – comme des battements de cœur – un frémissement de l’âme – une respiration – nous-mêmes – nous tous – privés de nos masques et de nos déguisements…

 

 

A quoi ressemblerons-nous lorsque nous nous serons affranchis des Autres et de notre visage…

Quelle perception aurons-nous du temps – du monde – de notre figure sans miroir…

Utiliserons-nous encore la langue pour nommer et souligner les différences…

Aurons-nous encore un front pour penser et des lèvres pour dire…

Ou ne serons-nous plus qu’un grand sourire silencieux – un regard à peine surpris de nous voir encore – agir et recommencer…

 

 

Nous vivons à la manière des lucarnes – dans la croyance un peu folle d’une clarté – d’une indépendance – comme de minuscules fenêtres qui ont oublié l’espace autour d’elles et les yeux postés dans leur dos – incapables de comprendre qu’on peut les ouvrir et les fermer à sa guise…

Et malgré les apparences – et toutes nos fallacieuses impressions – nul ne sait – nul ne peut savoir – que le monde demeurera – à jamais – un long mur orbe et blanc – une vitre immense et transparente – un hologramme habillé par les couleurs changeantes du vide – avec nous (avec nous tous sans exception) au-dehors et au-dedans – pris dans les mailles entremêlées de l’illusion et de la vérité…

 

 

De la lumière – comme une graine volée à l’ombre – le clin d’œil des Dieux face à notre inattention – ce qu’il suffirait d’être au lieu de se tenir à distance – au lieu de (tout) commenter…

Une manière de faire brûler de l’encens au milieu du sommeil…

 

 

Le soleil dans notre enclos – le réveil des fleurs sur la peau du monde qui nous sert de sentier…

Des mains crispées sur leur seau – remontant du puits – cette eau qui émerge des ténèbres – du fond de la terre qui nous a fait naître…

L’ombre tenant l’ombre – ignorant qu’elle abrite le ciel – la chaleur – la source de vie – le mystère qu’elle tente de résoudre depuis toutes les hauteurs…

 

 

Debout contre le paysage – les pieds dans les profondeurs – patient – obstiné – dans l’attente d’un silence alchimique…

Le sort du monde entre nos mains…

Le ciel tantôt clair – tantôt rougeoyant – parfait reflet de notre âme instable – changeante – avec toutes nos croyances (de moins en moins utiles) au fond des yeux…

 

 

Nous – devant le même gris journalier – la surface du monde et de la peau – d’un seul tenant – au teint pierreux…

Avec deux oiseaux – en nous – aux ailes ardentes – enflammées – si robustes qu’elles portent tous les habitants de la terre au-dessus des nuages – vers des contrées à l’air moins vicié – vers des rives où l’on respire sans menace – sans le décompte fatal du temps…

A notre aise – en somme – là où nous ne sommes pas (pas encore) – là où le corps n’est plus nécessaire…

En nous – à demeure – où que l’on soit…

 

 

Des Dieux – en nous – qui ont tout dévasté – comme le seul viatique possible – poussé jusqu’à l’excès – jusqu’au chaos – jusqu’à l’anéantissement ; seule manière de se libérer – seule manière de renaître – seule manière de vivre à la hauteur du Divin…

Ainsi seulement deviendrons-nous d’innocents messagers – adeptes non dogmatiques du vide – du silence – des circonstances ; véritables vivants du réel – peut-être…

 

 

Le jeu du monde – sans préférence – sans hésitation…

L’harmonie et le désordre dessinés par l’Amour et la violence…

La conscience en actes – en mouvements…

La courbe qui détermine la trajectoire des pierres – des visages – des étoiles…

L’espace dansant avec lui-même – sur lui-même – en lui-même – indifférent aux rondes internes et antérieures…

 

 

Des meurtres grandeur nature – à la dimension du monde – à la dimension de l’homme – esquissés à la craie et réalisés avec le sang des Autres – ceux qui ne comptent pas – ceux qui ne comptent plus – ceux qui n’ont, peut-être, jamais compté – et que l’on sacrifie au nom d’idées – pour défendre ce que l’on estime être son territoire – pour des sphères construites depuis des générations – depuis des millénaires – au détriment (presque) toujours du ciel – du vide – du soleil…

Et, à la fin, quelles que soient les batailles – la durée (et l’intensité) des massacres – la victoire irréfragable de l’invisible…

 

 

Nous – dans le noir et l’hiver – sous le ciel – à attendre désespérément quelque chose dont (en général) on ignore tout…

 

 

De plus loin que le jour – la même origine – le même sacrifice apparent – la même âme qui se désagrège – en même temps que le monde…

Dans la compagnie malicieuse de l’espace…

Dans la compagnie secrète du silence…

Nous autres – tête à terre – sur des chemins que nous aurions imaginés moins sauvages – moins buissonniers…

 

 

Logique subtile du jeu et du dessein des Dieux – en nous – dans le désordre apparent de l’univers ; le reflet du vide dans la matière – quelque chose de courbe – entre violence et grandeur – entre feu et hésitation…

Le ciel et l’esprit à l’œuvre – parfois inertes et emmitouflés – parfois ardents et lumineux…

 

 

Nous nous querellons – nous nous attendons – nous nous enseignons – les hommes et les étoiles – les vivants et les morts ; tous – enfants de la lumière – fruits du monde et du rêve ; l’invisible incarné…

Nous – sur des chemins déserts et populeux – avec dans l’âme – sur le visage – imprimées toutes nos vies passées – l’histoire des siècles et, en filigrane, le mystère – l’élégance et la malice – du vide…

 

 

Une ouverture au-dedans – qui mène vers le ciel mystérieux – vers le ciel sans âge – par un escalier invisible de pierres anguleuses – tranchantes comme des lames – douces comme des mains de femme – sur lesquelles on trébuche à chaque pas – la tête – le corps – le cœur – entaillés – attendris – prêts à tout subir – à tout devenir – à s’effacer (sans la moindre hésitation)…

 

 

Ce que l’on vit – ce dont on rêve – à peu près la même chose…

Des percées dans la nuit – des trouées de lumière – notre (long) retour au pays natal – vers le centre de nous-même(s) – resté inconnu – resté grand ouvert – à retrouver – à redécouvrir – à réhabiter (pleinement)…

 

 

Amoureux du silence – au-dedans de ce regard impossible à saisir – impossible à entraîner hors de lui-même – qui nous laisse tantôt rêveur – tantôt interdit – sur cette mystérieuse passerelle immobile – sans autre ardeur que celle de vouloir vivre au cœur de la vérité – dans la justesse de la tête absente (devenue inutile) – l’âme sur le sol – totalement présente – dans chacun de nos gestes…

 

 

A genoux – dans la nuit – la tête sur tous les billots imaginaires – à vitupérer contre le monde – l’espace – toutes les impasses au fond desquelles on s’est acharné…

Découragé par le voyage – cette étrange aventure – angoissé au moindre virage – au moindre changement de visages ou d’horizon – les pieds plongés au cœur de l’incertitude et de la douleur – les bras qui gesticulent dans l’air – et la poitrine qui, à chaque instant, cherche son souffle…

Et l’âme – comme toujours – presque absente…

 

 

Rien qu’un mot pour dire si peu de chose(s) ; rien qu’un silence pour tout écouter…

 

 

L’acquiescement et le geste qui, peu à peu, remplacent la parole…

Le nécessaire davantage que l’inutile…

Et l’essentiel, bien sûr, en toutes circonstances…

 

 

Le sang du monde en toute question – et la réponse – comme une flèche qui transperce la chair – le corps – le cœur – en laissant la tête dans sa douloureuse interrogation…

 

 

Que pourrions-nous emprunter à l’Autre que nous n’ayons déjà…

Sur quelles autres traces que les nôtres pourrions-nous marcher…

Où pourrions-nous aller où nous ne sommes déjà…

Nul chemin – nulle parole – nul enseignement. Partout – toujours – le silence qui acquiesce – qui accueille ce qui vient – le soleil et l’obscurité – sans la moindre distinction – comme un Dieu sans exigence à la rigueur (pourtant) intraitable…

 

 

Orphelin perdu et criard – et parent de tout – et l’esprit qui se cherche encore – comme si Dieu pouvait se trouver hors de nous…

 

 

En soi – toutes les figures de l’être – le monde aux mille identités – l’origine aux mille têtes – ce qui nous encombre – ce qui nous fascine – ce qui nous encourage à chercher l’unité – l’au-delà des apparences – l’essence derrière le mirage et l’illusion…

 

 

Nous errons sur tous les chemins – à la recherche d’un chant – de lèvres – d’une herbe rare – d’un carré de tranquillité sous le soleil – le lieu exact où nous pourrions être – nous satisfaire d’être sans le moindre qualificatif – sans le moindre enjeu…

 

 

Ce qui nous attend – les armes déposées – le monde comme une botte de paille – quelque chose à effacer à l’intérieur…

La différence autour de nous – comme un reflet – mille reflets…

L’espace et le feu – au plus proche comme au plus lointain…

La lourdeur du monde déposée – lancée par-dessus la psyché…

La légèreté stricte de l’esprit – vide – pourvoyeur d’aucun élan – réceptacle seulement…

 

 

Tout – découvert – comme une nouvelle assise – une assise très ancienne – originelle sans doute – retrouvée – réhabilitée – enfin à sa place – au cœur de notre âme – au cœur de notre vie – au cœur de tous nos gestes – comme le tout – la terre et le Divin – combinés (et incarnés) de la plus juste manière…

 

 

Derrière les murs – les hauteurs – l’hiver dans sa beauté primitive – calme et reposante – d’une blancheur sans éclat – sans artifice – parfaitement naturelle…

Au loin – le bleu infini du monde et de l’espace – les lumières de l’océan – et, par contraste, l’obscurité de notre voyage – la vanité de ceux qui imaginent cheminer – explorer – se défaire, peu à peu, de la sueur et du sang – balivernes, bien sûr…

Le rôle du silence – essentiel – prépondérant ; l’assise provisoire du sol – la terre non comme origine – non comme ultime mausolée – mais comme socle de toutes les circonstances – de toutes les recombinaisons…

Le ciel – dans nos bras – comme une fenêtre – le périmètre non délimité du vide – la périphérie de l’Amour. Et – partout – de manière invraisemblable – le centre (multiple) du cœur…

 

 

Des chants et des prières – inutiles pour accéder à la joie – et indispensables après – comme une nécessité – une célébration – une manière de saluer (et d’honorer) ce qui est – comme auxiliaires des gestes justes et jubilatoires – de cette présence joyeuse – sans ostentation – discrète – sans extravagance – presque secrète – comme le parfait reflet de l’alliance de l’être au-dedans avec toutes les choses du monde – cette matière pesante – insoutenable parfois – qui nous écrase, si souvent – avant le passage mystérieux au cœur du sacré – partout répandu – partout éparpillé – jusque dans les moindres recoins de cette terre aux allures sombres et labyrinthiques…

Nous tous – dans l’apparente solitude du voyage…

 

 

Des marches couvertes d’invisible…

Des hauteurs en tous lieux…

Ce que nous prenons pour des ailes – illusion…

Ce que l’on considère davantage que soi – très souvent, la juste direction…

Comme des enfants malhabiles et turbulents installés (selon leur degré de sensibilité et de compréhension) sur les mille versants de la même montagne…

 

 

Un parcours qui surplombe la direction – le trajet de l’enfance – haut en couleur – imprévisible – à la destination imprécise – incertaine – et, à la fois, comme la seule évidence possible…

Ce voyage vers nous-même(s) – et ce que nous devons abandonner pour accéder au seuil suivant…

A demeure – vers le grand Ouest – parallèle au monde – parallèle au temps – dans les replis secrets de l’espace – là où il n’est possible d’entrer que dévêtu – affranchi de toute certitude…

Dans la demeure des Dieux vivants – secrets – invisibles…

Au cœur même du mystère – peut-être…

 

 

En retard sur l’arc-en-ciel – sur cette terre où tout se frotte – où tout s’oppose – où tout finit, tôt ou tard, par être ingéré par un Autre – plus grand – plus fort – plus rusé…

Des silhouettes de chair au milieu du sang et de la poussière…

Des têtes chargées d’images et d’idées…

Des âmes aussi lourdes que des wagons…

Tous nos bagages sur nos frêles épaules…

A traverser des rivières et des déserts – à s’éloigner, peu à peu, de ce qui nous ressemble – pour se rapprocher du plus lointain et redevenir ce que nous étions avant le premier voyage…

 

 

A l’angle même du ciel et de la terre – sur cette étrange ligne régulière – en alerte – attentif comme si pouvaient surgir, à chaque instant, des inconnus prêts à nous arracher la tête…

Le monde traversé en une seule glissade…

L’Amour au fond de nos poches secrètes – mystérieuses – si longtemps introuvables…

 

 

Des paroles comme une cascade continue. Le jour et la joie du poème – comme des lignes jetées de plus haut – de cet espace courbe qui épouse tous les gestes – tous les pas – les désirs les plus tenaces ; notre manière de lever les yeux vers l’inconnu et de nous offrir sans retenue à ce qui nous réclame…

Avec, bien sûr, l’infini – au fond de l’âme – déjà…

 

 

Quelque chose de venteux – comme un passage – des profondeurs fascinantes – une phrase – une vie – interrompues…

Le déclin de toutes les surfaces et la persistance du mystère – au-dedans…

 

 

Nous – dans le bleu – les yeux fermés – comme un indice – le seuil de la zone d’inconfort…

Parfois – du côté du monde – parfois – de l’autre – une manière d’y voir clair – de s’abandonner aux forces insoupçonnées du vent – de rejoindre l’indéfinissable – puis, de se laisser dévorer…

 

 

L’œil et la couverture transparente…

En toute chose – le même élan – la même semence – le même itinéraire – la même destination – et le même sempiternel recommencement…

 

 

Derrière les grilles – des boîtes – quelques paroles – quelques chants – la tristesse des visages – des rires pour ne pas trop désespérer ; le monde entier avec tous ses mythes – toutes ses fables – et assez de rêves et d’espérance pour ne pas succomber (trop facilement) aux attraits de l’ailleurs – aux attraits de la mort…

 

 

L’univers sur nos genoux – à travers l’esprit – devant nos yeux – variable comme ses reflets – comme ses couleurs – sans appartenance – qui s’offre à celui qui le désire – qui se lègue à tous ceux qui gravitent à l’intérieur…

Une manière – pour tous – d’exister (un peu)…

 

 

Chacun – sous quelques tuiles – à défricher avec peine sa partition – à s’interroger sur la place à occuper – sur le territoire à défendre – sur les contenus d’existence les plus judicieux…

 

 

La tendresse du jour attendu – dans un claquement de doigts – après les forces printanières – les yeux qui se fixent – les âmes qui s’entrouvrent – les peaux qui se touchent – lentement – dans un ravissement soudain – brusque – un peu sauvage…

Comme un long regard derrière la vitre qui, brusquement, l’explose et la traverse (littéralement)…

 

 

Nous vivons – ensemble – dans le prolongement des fleurs – seul(s) – en désordre – comme si rien ne pouvait être éprouvé – dit – sans aussitôt rendre tout caduque – nous contredire…

Simplement être – sans avoir l’impression d’expérimenter et de devoir témoigner…

Dans la spontanéité (naturelle) de la rencontre…

Comme si rien n’existait (vraiment) – comme si rien n’avait d’importance…

 

 

Nous autres – comme deux ailes fatiguées – dans la neige – qui cherchent celui à qui elles appartiennent – celui qui pourrait en faire (bon) usage – et devenir (ainsi) le maître des envols ultérieurs – successifs…

 

 

Le ciel – comme un rideau mal tiré – et qui laisse deviner la profondeur de l’immensité derrière le bleu apparent…

La terre – comme un sol gelé sur lequel meurent tous les pas – toutes les vies…

Rien qui ne soit infaillible sur tout ce blanc – dans cette transparence vers un ailleurs, si souvent, imperceptible – si souvent inaccessible…

Le monde et l’inespéré…

En définitive, pas grand-chose dans la lumière…

 

 

Un sourire – immense – existe derrière tous nos visages – qui cherche, bien sûr, à les remplacer – un par un – à révéler ce que l’on devine chez chacun – cet espace de joie que la plupart ignorent – ont quitté – ne soupçonnent pas même chez eux…

 

 

Un peu de gris – la bêtise qui s’obstine…

Et quelques lignes pour punaiser le vide sur les fronts…

Une besogne – un labeur – comme tous les autres – inutiles…

 

7 juillet 2020

Carnet n°238 Notes journalières

Quelques surprises – sous les pieds – un air étrange – au fond de la poitrine – quelque chose de joyeux – entre les lèvres…

Une terre enfin habitée…

 

 

Derrière le souffle, la durée – derrière la durée, la perception erronée du temps – derrière la perception erronée du temps, la croyance en notre réalité – derrière la croyance en notre réalité, les injonctions de la psyché – derrière les injonctions de la psyché, les nécessités de l’origine – derrière les nécessités de l’origine, le mouvement de l’esprit – derrière le mouvement de l’esprit, le vide infini et éternel – la matrice non née libre de tous ses enfantements…

 

 

A présent – des fractions de jour – des fragments de silence – mélangés aux bruits et à l’obscurité…

Des parcelles de joie – comme des incises dans la torpeur quotidienne…

Nous – comme le monde – socles – surfaces et périmètres – d’un incroyable mélange…

 

 

Tout passe – s’agrippe – demeure (un peu) – pendant quelques instants – s’éteint – s’efface – disparaît – renaît et recommence…

 

 

Tout – dans notre regard et notre disponibilité – ce qui émerge – ce qui se propose – ce qui s’offre – ce qui s’impose…

Le dehors pénétrant au-dedans et le dedans se déployant au-dehors…

Les choses se transformant – devenant autre – exactement ce qu’elles doivent devenir…

Nous pourrions tout imaginer – tout envisager – en vain ; ce qui se produit n’a cure des plans – des hypothèses – des explications…

Cela se passe – inexorablement – inéluctablement – avec ou sans intention – avec ou sans témoin – avec ou sans l’esprit-conscience…

Juste – le cours inarrêtable des choses – la matière en marche – toutes les énergies en mouvement…

 

 

La nuit archivée – l’homme selon son désir – le jour, peu à peu, devenu désert – pleine solitude – comme un espace aride au milieu de la douleur…

Et notre voix – entre la nouveauté et la rengaine – comme quelques restes – quelques éclats d’un soleil très ancien…

 

 

La tête posée contre la nuit – tantôt comme un appui – tantôt comme une résistance – les pieds dans le vide – l’âme dans son gouffre – à ruminer la même parole – sans parvenir à se libérer de nos entraves – à franchir ce qui se dresse entre nous et l’immensité…

Prêts, sans doute, à s’éteindre ou à se disperser après trop d’infructueuses tentatives…

 

 

Nous et les arbres – nous et le ciel – tantôt comme des miroirs – tantôt comme des fenêtres – tantôt comme des seuils trop lointains – infranchissables – mais toujours ensemble – toujours reliés – quelles que soient les perceptions et les circonstances…

 

 

Nos vieux démons – de toutes les époques – vieillissant avec nous – grossissant de nos peurs – de nos colères – de nos frustrations – accumulées…

Des amas de tristesse sur l’âme et les épaules – des milliers de choses inutiles – le manque d’air et l’odeur permanente de la putréfaction – comme un piège qui, peu à peu, nous avale ; un trou – son propre trou – que l’on creuse à mesure que l’on amasse (inutilement) les expériences – à mesure que l’on entasse les scories et les commentaires…

Nous croyons vivre – en réalité, nous ne persistons que dans nos croyances…

 

 

Bleu – gris – noir – comme une force brute – une envergure immense – ce qui existe au-dedans et ce qui nous entoure – ce que certains ne perçoivent qu’au-dessus de leur tête…

Mais qui donc se soucie de l’âge (vénérable) du ciel – de son véritable visage…

 

 

Le même horizon – partout où nous allons – l’ordinaire – le trivial – le plus quotidien – ce qui ne tient qu’à force de sommeil…

 

 

Devenir – comme si nous n’avions que cet élan-là – rien d’autre ou trop enfoui – endormi lui aussi…

 

 

Des zébrures – parfois – blanches – bleues – lumineuses – incroyablement – comme des trouées d’air pur dans l’étouffement – un sursis – quelques instants supplémentaires hors du monde avant de replonger dans notre agonie…

 

 

Tout est trop rangé – chez les hommes ; chaque chose à sa place – séparée…

Des boîtes – des rangées de boîtes – bien alignées ; des choses pour ceci – des choses pour cela – ce qui différencie les morts et les vivants – ce qui sert et l’inutile – ce qui nous fait envie et ce que l’on déteste…

Le contraire du monde naturel où tout se mêle – s’emmêle – se mélange – dans un joyeux (et émouvant) chaos ; une désorganisation apparente – savamment élaborée – où le provisoire et la recombinaison permanente règnent sans partage – où tout est dans tout – exactement là où il doit être à l’instant où il s’y trouve – sans jamais la moindre place attitrée…

Ici ou ailleurs – qui donc pourrait s’en soucier…

 

 

Des toits – trop de refuges et de mots élémentaires – comme toutes ces vies insignifiantes – sans distance – sans interrogation – sans mystère – rythmées par la routine quotidienne où la chance tient (trop souvent) lieu de supplément d’envergure ; la seule issue – la seule liberté possible, en quelque sorte – comme un pas de côté – pas même un peu de hauteur – un simple écart pour supporter cette (triste et morne) existence…

 

 

Des mouvements linéaires – acharnés ; bien trop d’absence…

Rien qui ne compte vraiment…

L’inertie du premier élan dont on ne peut changer ni la direction – ni la vitesse – comme un mode automatique rendu mécanique et permanent…

 

 

Désarmé par le jour et le temps qui passe – par les visages et l’indifférence – par le monde et l’absence..

Pas même certain d’exister ; un peu d’ombre vivante – peut-être…

 

 

Nous – devant les Autres – mille choses – mille émotions. Et des adieux presque permanents…

 

 

La vie recouverte – comme la mort – mais par des choses et pour des raisons – différentes…

Ce qui nous sépare et nous disloque ; trop de frontières – et trop peu de soleil – entre nous…

Il faudrait savoir vivre ensemble sur la pierre – silencieusement – dans le respect de la solitude des Autres…

 

 

Debout – sur la terre – le dos appuyé contre le temps – à perdre, peu à peu, nos illusions et notre confiance en l’Autre – non qu’il soit étranger – trop absent seulement – perdu – accaparé par ses propres mouvements – aveugle et sourd à ce qui l’entoure – indifférent à la trajectoire de ceux qui gravitent autour de lui autant qu’à ceux qui ont épuisé tous leurs élans et qui sont simplement là – présents – sans intention – sans volonté – à l’écoute de ce qui naît – de ce qui passe – de ce qui s’efface déjà…

 

 

A gravir je-ne-sais-quoi ; mille tentatives pour fuir – s’échapper – se réfugier quelque part – ailleurs – loin – très loin – là où nous pensons que nos rêves pourraient se réaliser – devenir (enfin) réels…

 

 

Du silence – que nul n’entend…

De l’invisible – que nul ne voit…

De l’indicible – dont nul ne parle…

Ce qui est – ce que nous sommes – au-delà des apparences…

Ce que chacun ignore et ce que nul ne reconnaît – pourtant…

 

 

Des drames – comme des points de repère – les seules certitudes du voyage – ce à quoi nous rêvons (tous) d’échapper – ce pour quoi nous sommes venus ici-bas ; la possibilité de grandir – de découvrir la joie au-delà de la peine – derrière toutes les formes de tristesse – comme une étincelle dans la nuit terrestre…

 

 

Des mouvements – mille – des milliers – des milliards – une infinité – trop – presque toujours – simultanément – comme le signe d’une incompréhension – d’une impossibilité de s’ouvrir au silence – à l’immobilité…

 

 

Deux mondes – séparés – entremêlés – qui s’ignorent et se mélangent…

Nous-mêmes – pris entre deux feux – entre l’essentiel et la nécessité…

Ce qui vit et le témoin épargné

La vie et la mort – presque toujours – insuffisantes…

Et la récurrence du domaine pour qu’un jour, tout s’éclaire – devienne limpide – transforme le jeu en évidence – en prolongement éclairé de la conscience…

 

 

Dans nos failles – l’éclat de l’incertain et la patine du temps. Quelque chose de l’exil et des profondeurs – sans distinction…

Et, de l’autre côté – l’horizon (presque) jaloux de notre absence de certitude…

 

 

Devenir – par la peur – ce que l’on exècre ; un jour trop précis – trop étroit – avec trop de certitudes – l’apparence d’une journée plutôt – un intervalle de temps – un espace exigu – un lieu où il nous est (réellement) impossible de vivre…

 

 

Des heures sans exigence – libres – sans préavis – et cette âme affranchie qui a refusé tous les contrats – tous les commerces avec la terre – les hommes – les étoiles – ce que nous haïssons – ce à quoi nous aspirons – et qui a, peu à peu, effacé la longue liste des désirs – des promesses – des espoirs…

Suspendu – provisoirement – au regard qui s’émerveille…

 

 

L’air par-dessus le monde – des fleurs éparpillées – un peu partout – dans l’âme et sur la terre – quelque chose d’imprévisible – de tendre (d’incroyablement tendre) – qui transforme tout ce qu’il touche – sans en avoir l’air – sans même que nous nous en apercevions…

De la grâce et du silence…

Tous les gestes de l’invisible – bien sûr…

 

 

Tout – au creux de la main – lorsque l’âme se baisse – sait se faire humble ; de l’eau – de l’air – du silence – des mondes oubliés – des chemins très anciens – des routes nouvelles – des terres inconnues à arpenter – ce que nous étions – ce que nous sommes et serons…

Le même mélange – toujours – qui, sans cesse, se transforme…

 

 

Du bout des doigts – ce qui se précise – ce qui nous importe – le regard apprivoisé – au bord du ciel – toutes les périphéries que nous transformons (malgré nous) en centre provisoire – là où nous sommes – là où nous passons (où nous ne faisons que passer)…

Ce que l’on appelle, peut-être, la vie humaine…

 

 

Ce qui se dresse – tel un poing – une flèche – un phare dans le ciel noir du monde – le souffle de l’invisible – puissant – innocent – sans intention – jamais né – et qui durera encore lorsque tout aura disparu…

 

 

Notre main dans celle des Autres – avant le pressentiment de la rencontre. Sans crainte – les visages côte à côte – des éclats de rire – quelques restes de désirs – sans personne à convaincre…

Des fronts fraternels sans arrière-pensée…

Des gestes tendres et silencieux…

Une attention active – une présence (intensément) vivante…

La marque de l’Amour et de ceux qui n’ont plus rien à prouver…

L’éternité sans la lune – sans l’incidence des saisons – sans la moindre restriction…

 

 

Ce à quoi nous assistons – le spectacle – la tragédie à l’œuvre – ce qui nous étouffe et participe à notre agonie – et la précipite sans doute ; le monde saisissant – la succession des tâches – notre manière d’être présent au monde – notre posture – le rôle que l’on nous confie – ce dont on pourrait (si bien) se passer…

 

 

Notre seule réponse – notre seul geste ; être présent – comme un pied de nez – comme une résistance – une indifférence à l’absence ambiante – (quasi) généralisée…

Le réel – le regain du réel – face à l’imaginaire et à l’abstraction…

 

 

Le monde – endormi – comme une rencontre manquée – impossible – une pente trop glissante pour l’âme chargée d’attentes – d’espoirs – de bagages – trop lourde…

Nous arpentons le monde à notre façon – de lieu en lieu – tantôt désert – tantôt peuplé – nous arrêtant à chaque étape du voyage à la place octroyée – le plus souvent aux marges délaissées par les tribus humaines…

 

 

Sans attente – assis sur quelques pierres – l’âme lasse – si lasse d’être soumise à la volonté du monde – à la volonté des hommes…

Défait – à présent – comme une feuille sous la pluie – un visage au milieu des Autres…

Un peu perdu – craintif et révolté – attentif à ce qui passe – à ce qui est – à ce qui s’offre – innocent…

 

 

La tête dans une spirale – le sort funeste de la pensée – les souvenirs et l’imaginaire – l’expansion des ténèbres – la raison qui se déploie – étalée jusqu’à l’épuisement…

 

 

Le chant – comme un éclat – le jaillissement de la beauté trop longtemps enfouie – sans le moindre signe de colère – d’impatience – le lien entre la vie intérieure et l’univers – comme une corde invisible sur laquelle serait assis le monde entier…

 

 

A genoux – dans la terre – trop de fois – la tête dressée – trop fière – refusant l’humilité – tous ces lieux de honte – sa réalité – sa seule réalité – la prégnance de la matière – son règne absolu – inflexible – incontournable – ce sol où elle est enfoncée en dessous du ciel – sous l’œil impassible d’un soleil qui semble tourner autour de nous…

 

 

Devenir – encore – comme une source affranchie – de plus en plus large – l’âme, peu à peu, obsolète – échappant (progressivement) à sa torpeur – au monde sommeillant…

 

 

De la vie souterraine – invisible – la même que celle des hauteurs – sans attente – sans souvenir – fragile et souveraine – libre et immobile – sage peut-être – aussi rude et longue que fut la nuit…

 

 

La terre – comme un socle – un décor – une couleur offerte à l’existence des vivants – dépourvus – limités – provisoires…

Le temps du rêve et de l’expectative…

Le lent (et surprenant) glissement vers l’hiver et la solitude – comme une ouverture (graduelle) de la perspective…

 

 

Le temps de l’imprépondérance du temps. Le rôle du vide et du sable dans notre absence – notre vie engloutie. La respiration saccadée – erratique – de la périphérie…

La fin des fantômes et la loi passagère de l’instant qui détrône ce que nous imaginions irremplaçable…

Le sens et la fenêtre – le monde au-delà de l’homme…

 

 

Ce que nous offrons comme une libération – trop souvent perçu(e) comme un outrage ou un malentendu…

 

 

Blessé(s) par ce que nous conservons au-dedans – comme une déchirure permanente – une douleur intermittente – comme l’héritage terrestre collé à l’envers de l’âme – au fond du cœur – sous la peau – vécu à chaque respiration (et dont nous ne saurons jamais nous défaire)…

 

 

Trace d’une existence inconnue – précaire – (hautement) improbable…

D’un chemin à l’autre – comme si les lieux – et les visages rencontrés – n’avaient aucune importance…

Ce qui s’écrit – en nous – sans laisser le moindre signe – la moindre empreinte ; le plus essentiel que nous vivons – et dont nul ne sera jamais témoin…

 

 

Des lignes – sans hasard – ouvreuses de voies – imprévues – qui tournent autour de nos têtes en dansant – semant sans moissonner – propageant la lumière sans rien inventer…

 

 

Parmi les loups de l’angoisse parqués aux périphéries de l’être – au cœur du monde…

Et nous autres – comme de la chair livrée à ces mâchoires affamées – monstrueuses – amassant le sommeil comme un trésor vain et miraculeux – à la manière des âmes prises au piège par leurs propres inventions…

 

 

Nous errons – partout – la tête pleine de jugements et de sortilèges – que seul le silence pourrait terrasser…

Une terre sans Dieu – sans miracle – vouée au labeur et aux jeux en attendant la disparition des malheurs – l’éradication des instincts…

 

 

Du monde à venir – sans attente – une simple possibilité – non envisagée – non anticipée – la prochaine étape – peut-être…

L’Autre sans témoin – sans même la nécessité d’exister (ou d’être reconnu)…

Une présence pourvue, à travers nous, de tous les instruments indispensables…

 

 

Ne rien convoquer – se réduire à l’accueil – devenir ce déploiement possible (et infini) – vivre à la manière du ciel et du vent – sans autre raison que celle d’être et d’exister – n’échapper à rien qui soit offert…

 

 

Qui règne sur soi – sur nous – pendant notre absence… Est-ce la même force – cette incroyable puissance – que chez les Autres – l’invisible et ces courants silencieux – énergétiques – qui nous portent – nous transportent – et qui constituent l’essentiel de notre nature – de notre destin – de notre voyage ; notre seule véritable aventure – sans doute…

 

 

Plongé(s) dans cette matière où est enfoui le secret…

Que savons-nous du monde, nous qui habitons de l’autre côté de la vérité…

Que savons-nous du silence, lorsque, en nous, les bruits grondent et que nos gestes – nos pas – nos paroles – ressemblent à une danse folle et incontrôlable…

Qu’avons-nous à dire – à révéler peut-être – si ce n’est le ridicule et l’absurdité de ce que nous croyons précieux et incontournable…

Rien qui n’existe déjà ou pourrait être envisagé…

L’instant et l’oubli – ce qui est et qui s’efface – seulement…

 

 

Devenir ce que nous ne pouvons qu’être – démuni(s) – humble(s) – sans identité-repère – le savoir-être porté jusqu’au bout des doigts – jusqu’à l’autre extrémité du monde…

 

 

Ce qui nous malmène – la confrontation – la saturation – le monde sans la distance – l’Autre dépourvu de respect – niant toute forme d’altérité (même minime – même élémentaire) et la possibilité de la moindre alternative humaine…

 

 

Le Divin silencieux – nous seul(s) face à nous-même(s) – puis, à nos côtés – puis confondus – parfaitement substituables – puis réunis (enfin) dans le geste – le pas – la parole…

L’être intact – parfait – sans la moindre séparation – sans le moindre décalage…

 

 

Ce qui s’impose – sans régner – le lieu du provisoire – des échanges – de la rengaine (et du ressassement parfois) – du merveilleux – du plus terrible et du tremblement…

L’espace libre et le territoire du vent – là où, un jour, tout finit par advenir et être, presque aussitôt, balayé…

 

 

Sans peur – sans arme – tranchant comme une lame – la matière comme de la chair – des fragments d’invisible sectionnés – et recombinés autrement…

 

 

Rien que des essais – un potentiel – des possibilités – et le plus nécessaire qui advient et se donne à vivre…

Les heures – les jours – ni heureux – ni malheureux – simplement indispensables au jeu et à l’émergence (progressive) de la vérité – peut-être…

 

 

Innocence – lorsque l’heure s’écarte du temps – l’esprit des idées – et l’âme de ses obligations…

Nous – presque toujours – dans l’ardeur incontrôlable des Autres…

Dès le matin – à courir vers sa première offense – son premier crime – l’aréopage des tyrans bien calés au fond de la tête…

Du feu et de la barbarie – et, au mieux, de l’indélicatesse – dirigés contre le moindre chant – le moindre élan de beauté – toutes les tentatives d’évasion…

Ce que nous nous acharnons tous à détruire – malgré nous…

 

 

Sans autre arme que le silence et l’absence d’intention – une présence au-delà de toutes les formes d’existence possibles…

Un cœur – deux mains – un sourire…

Et l’âme façonnée pour la joie – en plein ciel – malgré le monde…

 

 

Nous sommes – et veillons sur – tous les territoires – sans intrus – sans étranger – sans personne à reléguer à la périphérie…

Le centre – partout – sans frontière – sans compromis – comme une présence démultipliée et polymorphe…

Nous tous au cœur du cercle…

En commun – ce que nous partageons…

Et nos différences (apparentes) – simple prétexte aux luttes – aux guerres et aux conflits – à tous les enfantillages du monde…

Avec de la lumière et de la tendresse au milieu…

Et la source de tous les possibles à venir…

En réalité – rapprochement et éloignement dans les tréfonds de la même intimité – comme une respiration libre et naturelle – nécessaire à tous – à chacun – et au déploiement de tous les liens essentiels…

 

 

Le dehors – comme une invitation – le point de bascule vers l’intérieur…

Le jour divisé en deux – comme la nuit ; et chaque part cherchant l’autre – à se réunifier – à dissiper tous les malentendus…

 

 

On respire – comme un instinct naturel – le premier sans doute – celui sans lequel tous les autres ne pourraient s’exprimer – la condition même de toutes les existences terrestres – comme le souffle divin multiplié – incarné – inséré (provisoirement) au fond de la chair…

 

 

Identique au vide – ce qui nous annihile et nous accentue ; ce qui importe davantage que les mots – notre identité mensongère – ce qui existe au-delà des repères – au-delà des références – au-delà du temps – comme un intervalle inchangé – inchangeable – au milieu de ce qui passe – de ce qui naît – de ce qui meurt…

Insoumis à toutes les lois terrestres…

 

 

Nous sommes le fond des choses et ce qui semble exister – en apparence – l’obstacle et la disponibilité – les conditions déplorables de nos existences et la résolution (complète) de notre mystère. Insécable malgré la multitude visible et divisible…

 

 

La nuit – au milieu des âmes – au milieu des mots. Des procès – des masques – des jugements – des passages. Des instants qui s’enchaînent – la fausse continuité du temps – ce qui ne peut exister qu’en son absence – réelle – vécue – l’existence – le monde et les visages provisoires – ce que les Dieux nous ont confié(s) depuis le premier jour – le jeu inéluctable de la conscience et de l’énergie…

 

 

Des mots qui nous portent – nous emportent – nous transportent – comme l’un des (innombrables) courants du monde – ni le plus trivial – ni le plus précieux – celui qui convient aux amoureux – et aux adeptes – du langage – sans lequel leur existence serait immobile – invalide – étrangère aux choses de la terre et du ciel – indifférente à l’ordinaire – sourde à l’ineffable – aveugle à l’invisible – immodifiable et inutile en quelque sorte…

 

 

Une chose infime – momentanée – dans le vide existant et l’espace alentour. Des apparences qui semblent déloger l’essence de l’être – le plus précieux du monde. La surface de l’imperceptible – la part la plus tangible de l’infini – comme un fragment de temps dans l’éternité…

 

 

Infime segment de l’ensemble – détourné de son usage premier – de sa fonction originelle – miroir du tout avant d’être jouisseur (partiel) des choses – avant de se croire (modique et illusoire) possesseur d’une minuscule parcelle du périmètre…

 

 

Nous circulons sans trace – sans antériorité – dans la totale confusion du monde et du temps…

Le visage – au-dehors – dans l’intervalle – dans le suspens de toutes les formes de promesse. Egaré provisoirement – comme une parenthèse indéfinie dans l’immobilité…

Vivant (pour ainsi dire) sans les injonctions immatures de l’enfance…

 

 

Au seuil du jour – l’âme comme une coquille inhabitée – un mouvement fébrile – une manière de s’attarder (inutilement) dans le monde – cette nuit tragique – notre terre natale – sous le joug des choses et de l’ignorance…

 

 

Rien en notre faveur – tout se propose – tout se vit et s’expérimente – dans une forme permanente d’invitation – comme une initiation continuelle à l’au-delà de soi : mille – dix-mille rencontres – successives afin d’interrompre nos préludes excessifs – afin de commencer réellement le voyage – cette longue marche immobile – cet interminable périple…

 

 

Dessus – des jours – le monde dessiné à la craie – des routes que l’on arpente à pied – et des restes de nuit dans notre sillage…

Le ciel – quelques fois – et un long mur qu’on longe avec effroi – sans espoir – presque assuré de n’en jamais voir la fin…

 

 

Des lignes comme des graffitis…

Des feuilles comme des confettis…

Et notre esprit de part et d’autre de l’espace visible – une âme détachée du temps – de toutes les possibilités…

La main – le geste – comme les seules issues – la seule manière de vivre au cœur du réel…

 

 

Du silence sur la page – dans l’âme et la tête – et ce vide dans les mains – et tout autour – qui porte nos gestes – notre corps – la matière et l’esprit – (presque) sans mémoire – comme une rive infinie – infranchissable – munie de lames au service de l’oubli – autant qu’il y a de parcelles et d’édifices possibles – et pourvue de couches épaisses – confortables et réconfortantes – de tendresse – allouées à toutes les formes de perte et de détresse…

 

 

Des parois contre les mains – au-dessus – en dessous – devant et derrière – une vie comme dans une cage de verre – entourée d’espace – d’inconnu et d’incertitude…

Comme les bornes infranchissables de la matière…

Un condensé d’existence – l’incarcération de l’esprit – prisonnier apparent du monde – dans une forme de crispation involontaire et provisoire…

Et ce qui s’avance – en nous – dans la parfaite immobilité du cœur…

 

16 juin 2020

Carnet n°237 Notes journalières

Le jour aussi peuplé que le sommeil – mais de nature presque exclusivement solitaire…

Ni fumée – ni alcool – pas même un refuge – un espace ouvert – exposé – sans le moindre rempart…

Au cœur de la vie – à la merci de ce qui passe (à proximité)…

 

 

Dans les recoins d’une figure possible – la seule perspective ; la soustraction comme une forme de déploiement à l’envers jusqu’au plus rien aussitôt converti en envergure infinie – en présence intensément vivante…

 

 

Entre la lumière et le langage – l’émergence du geste juste – comme une passerelle – l’effacement de tous les obstacles – l’empêchement transformé en possibilité…

 

 

Des mots – des pages – façonnés par la main où, malgré les apparences, le recours à la langue est secondaire…

Malgré la profusion et la truculence – pas si loin du silence…

 

 

Des gesticulations tantôt sensuelles – tantôt sévères – mille à chaque instant – ce que l’on touche – ce que l’on embrasse – ce que l’on repousse et rejette – les mêmes visages au fil du temps – selon les postures et les circonstances…

La main et la bouche – selon les jours – selon les heures – prêtes à toutes les cajoleries – à toutes les infamies…

 

 

L’extérieur – comme un prétexte au déploiement de ce qui nous habite (provisoirement)…

L’être – comme le lien entre ce qui semble séparé par tant de frontières…

 

 

Nous – ici – avec cet air surpris – dérangé – peu consentant – chaviré – enivré – à terre – par le moindre mouvement…

Il faudrait vivre dans le silence – à l’extrême marge du monde – et faire la part belle à l’invisible – pour devenir vivant – pleinement acquiesçant…

 

 

Au-delà du monde – soi – comme en deçà – la même chose – exactement – malgré les différences apparentes…

 

 

Un cœur immense – près des lèvres entrouvertes – près de la main tendue – près de l’âme offerte – près de chacun d’entre nous – à chaque instant…

Et ce brouillard qui nous empêche de voir derrière toutes les mâchoires serrées qui se dressent autour nous…

 

 

Le vent et l’horizon – et, par-dessus, des lignes courbes – écrites au feutre noir…

L’habitude – la marche – l’ascèse ; des gestes et des travaux quotidiens…

La psyché – trop étroite (bien trop étroite) pour demain – et même pour l’instant suivant – et qui voudrait (malgré tout) prévoir la couleur du temps…

Il ne faudrait rien attendre – rien imaginer – goûter seulement ce qu’offre le jour – oublier hier – oublier plus tard – vivre dans la seule présence vivante possible – accompagné du bleu immense (et lumineux) pour aller sur cette terre – et ces chemins – trop souvent obscurs – trop souvent bornés…

 

 

Le monde – à travers nous – comme une terre d’emprunt – passagère – fort éloignée de notre pays natal…

De la rage – de la misère et des rires – en proportions variables ; rien de plus banal – chaque matin, un peu de lumière – puis le soleil couchant – pendant des dizaines de milliers de jours – ce que nous jugeons (trop souvent) comme une épopée – et qui, pourtant, ne représente à peu près rien – à l’aune de l’histoire de la matière…

 

 

Des chaises vides – autour de soi – les vivants attablés – très loin derrière – de l’autre côté du monde…

Ici – seulement – ceux qui ont faim de lumière – de vérité ; presque personne (en réalité) – des visages qui passent pendant un court instant – parfois tristes – parfois rieurs…

Les amis des grands arbres et des pierres – les amis des bêtes qu’exploitent et assassinent ceux qui vivent de l’autre côté…

Et sur cette terre – rien pour les défendre – faire valoir leurs droits – notre sensibilité – sauf, peut-être, l’essentiel ; le plein acquiescement y compris aux refus – aux résistances – au règne (éternel) de tous les contraires…

Un regard – seulement – sur tous les paysages changeants…

 

 

Aux limites du corps – de l’âme – du monde – de l’esprit – au-delà desquelles tout est vide – autant qu’en deçà – là où il semble y avoir quelque chose…

Tout est soi – en vérité…

 

 

Nous – apparemment présents – au détriment de l’intelligence – comme s’il n’y avait (aujourd’hui) qu’un seul règne possible – celui de l’ignorance déguisée tantôt en bêtise – tantôt en folie…

 

 

Là où l’on croit habiter – là où l’on croit vivre – ce trou de misère cerné par la nuit – avec, au-dessus, quelques étoiles et, de temps en temps, un peu de ciel bleu – histoire de donner à l’indigence une once d’espoir et de dignité…

 

 

Dans la désolation du seuil – plus haut, le ciel – plus bas, les ténèbres – et, de part et d’autre, l’abîme…

Ainsi – dans cette disposition géographique – dans cette disposition intérieure – les yeux n’ont guère le choix – vers l’ouverture sans hésitation – autant que l’âme…

 

 

Du noir disposé autour de toutes les lampes – et cet étroit faisceau de lumière pour découvrir la route – se frayer un chemin – orienter ses pas – dans l’obscurité…

Faudrait-il être fou pour se laisser mener par le hasard – quelques (vagues) intuitions…

Qui peut savoir…

Des yeux et la providence – voilà tout ce que nous avons

 

 

Ce que nous regardons – peut-être – n’existe pas. Plus image que poème – plus possibilité que (réellement) consistant…

Ce qu’il restera – à jamais – le monde d’avant le monde – ce que nous avons toujours trop habillé – le vide – simple – sans prétention – souverain et majestueux – sans parure…

 

 

Ce à quoi nous avons recours – un peu d’aide – un peu de rêve – selon les jours…

 

 

Inerte (presque inerte) – comme tout ce qui vit – comme tout ce qui a l’air de vivre – dans la proximité de la matière – embourbé – enlisé en elle – comme un obstacle – un socle – une forme de stabilité – une fausse certitude qui nous sert d’appui…

Pris dans une sorte d’errance immobile – une lenteur – un suspens – quelque chose qui, tôt ou tard, finira par tomber en ruine et se transformer en poussière grise – rien de vraiment important – ni après – ni pendant – une simple forme où sont emprisonnés les élans ; le mouvement premier de l’Amour ; de la lumière incarcérée et obscurcie – comme une manière de durer davantage – d’augmenter (de quelques instants) le temps du passage…

 

 

Dans le moment intériorisé du monde – ce qui existe (un peu) – un instant – entre deux possibilités – entre deux néants…

Ce qui demeure le temps du geste – et celui – trop long – du souvenir…

Ce qui est – devant nous – en nous – qui sommes l’unique frontière – le seul obstacle à la réunification de l’ensemble – de toutes ces parties apparemment éparpillées…

 

 

Autour de nous – quelques traces anciennes – tribales – du temps où l’homme était (réellement) vivant – un animal comme les autres – humble et inquiet – sans pouvoir – sans espoir – comme un étrange mélange de peurs et de possibilités – une manière authentique – si vraie – si juste – d’être au monde – ce que nous avons oublié nous qui vivons comme des maîtres – comme des traîtres – si corrompus – si oublieux de l’origine commune…

 

 

Nous nous rejoindrons un jour – lorsque « ensemble » voudra dire (signifiera vraiment) notre unique visage…

Nous n’aurons alors plus besoin de masques – nous pourrons vivre nus – comme des frères – dans la même innocence…

 

 

Toutes nos solitudes rassemblées en un seul éclat – comme un feu – immense – au cœur de l’hiver…

Une fumée blanche dans le ciel – légère – si légère – pour avertir les Dieux – pour que se rapproche l’inconnu – pour que s’éclaircisse le mystère – pour pouvoir enfin vivre (tous) ensemble…

 

 

Une vie durant – à cette place étrange – dans le lieu de l’attente – là où nous ne pourrons jamais être – là où nous ne pourrons jamais vivre – à cet endroit qui n’existe pas – qui nous fait tomber dans deux illusions ; celle de l’ailleurs et celle de plus tard…

Un enfer que la psyché appréhende comme une possibilité – un (réel) espoir – la seule issue, croit-elle, à l’indigence de vivre – à la misère quotidienne du monde – une manière de glisser de rien en rien – de néant en néant – sans jamais être personne – sans jamais rejoindre l’horizon – la terre ferme ; une absence permanente – inapte à toute forme de conversion – à toute forme de transformation – comme une impasse qui se parcourrait et s’abîmerait dans tous ses recoins ; pas même une perte – une fable qui s’auto-entretiendrait pour que perdurent toutes nos histoires – toutes nos croyances – toutes nos chimères – la somme (stérile) de toutes nos inexistences…

 

 

Comme le jour – pris dans un vent étrange – quelque chose de léger – comme une plume blanche – un murmure – une lumière douce dans un jardin inconnu…

L’annonce, peut-être, de l’ultime défaite…

 

 

L’arbre près de notre souffle – qui respire l’air des hauteurs – qui éclaire le chemin des marcheurs et ce qui se résigne à trembler sur le seuil des découvertes – en offrant sa droiture – son honnêteté – en guidant (à peu près) tout vers sa propre ascension…

 

 

La mer – devant nous – et l’âme sur l’échine du monstre – entremêlant à la chair ses ressources…

Des bouts de corde – et le plus sombre – toujours – recommençant sans cesse – réinventant les masques et les itinéraires – la vie et la mort de plus en plus recombinées et substituables…

 

 

D’un voyage à l’autre – de fuite en tempête – parmi les Dieux scrutateurs – transporté ailleurs comme l’on était autrefois hissé…

Sous le regard – au-dessus de l’abîme – le vent apparent – le souffle des Dieux moqueurs – ce qui règne – ce qui pleure – ce qui contraint le monde – tous les peuples du monde – à naître dans la broussaille – les doigts comme des herbes folles – et la tête aussi frêle et hostile qu’une brindille porteuse d’épines…

 

 

Des pierres à même le sol – le bois – les étoiles – ce qui nous blesse et nous assaille. Et cet œil tourné vers le plaisir – et l’autre scrutant la source…

Des éclairs – des éclats de ciel – et la terreur de ceux qui ont le front baissé vers la terre – et l’âme tournée vers le passé…

Le tragique du monde. Et la nuit désespérante – si souvent…

 

 

Devenir comme la joie innocente – ce qui demeure lorsque l’âme – le monde – la vie – se dérobent – lorsque sur notre visage ne restent que le ciel – quelques traces de ciel – un peu de terre pour recouvrir le sillon des habitudes – et un peu de vent pour sécher nos larmes…

 

 

De haute lutte – sans que la poésie jamais n’intervienne – un peu de lumière dans l’ombre – une nuit (bien) trop profonde – le désir trop précis d’un autre visage – d’un autre monde…

Une fuite davantage qu’un voyage…

Une liberté sans beauté – chargée d’ennui – de balises – d’interdits…

Une tentative davantage qu’un (réel) élan vers la source…

 

 

Ce qui nous retient ici-bas – une respiration trop angoissée – une absence de souffle – le feu qui s’éteint avec la fin (très progressive) de tous les chantiers…

Rien de Divin – la mémoire galvanisée – l’ignorance partout célébrée – du bavardage – des peurs – la route à découvrir – ce qui nous pénètre pour notre plus grand malheur – le sommeil des vivants et le mystère (inentamé) de la mort…

 

 

Dieu devant nous au lieu d’être plongé au fond du cœur – le souvenir d’une présence sous le front – le corps occupé à sa douloureuse traversée – aux mille rencontres délétères – sans rayonnement – la vie tremblante devant les Autres et les circonstances successives…

 

 

Dans les plis des yeux – la nuit – le monde – piégés dans l’argile…

Les eaux qui courent sur la feuille – sur la peau…

L’âme frileuse devant les terres trop désertes – les routes trop peu fréquentées…

La terre – les livres – au centre de l’esprit que l’on tarde à découvrir…

En nous – comme une lumière trop timide pour (vraiment) éclairer…

 

 

Une rivière – un seuil – ce qui retarde la venue de la lumière…

Du sommeil et de la pluie jusqu’au véritable jour de notre naissance – l’échine droite et froide…

Le masque de la mort et un costume de cendres – pour effrayer – et précipiter la fin de – ce qui respire encore – ce qui vit encore un peu…

 

 

De l’ombre – dans un passage éphémère – comme une masse légère et sombre poussée par les vents…

Et le cri des Autres qui s’est, à travers les siècles, patiemment perfectionné…

Notre visage face à tous les visages – de cérémonie en cérémonie – sans même qu’une seule (vraie) parole ne soit échangée…

 

 

Un air de printemps – l’ardeur d’un nouveau matin – un chant sans artifice – glorieux – presque inaudible – la tête nouée à une corde blanche – de haut en bas – jusqu’au sable qui recouvre le sol – les poings ouverts – la parole aussi libre que le geste…

Quelque chose du triomphe silencieux – invisible…

 

 

Nos vies – dans leur linceul de ronces – épines au bout de la langue – au bout des doigts – l’esprit engoncé dans sa gangue de feuilles et de tiges – le cœur irrespirant – devenu (presque) obsolète à force de jeux – de mensonges – de parodies…

Le sourire feint aussi large que l’enfer – le monde, en nous, qui cherche en secret son chemin – malgré la prégnance des fables et de l’illusion…

Notre dernier élan – notre dernière semence – peut-être – avant l’extinction de la douleur – l’envol de l’âme – notre présence – notre guérison – ici-bas – au milieu des Autres…

 

 

Partout – la nuit – la brume – le monde – les yeux rangés tantôt en dessous – tantôt au-dessus – plus rarement au-dedans – comme l’horizon unique de tous les regards – changeant – partiel – selon les points de vue…

La terre des Dieux baignée de poussière et de larmes. Nos lèvres et nos âmes – pressées les unes contre les autres – plongées dans la masse commune et rassurante – détenues…

Nous autres – pris dans les sables mouvants de tous les continents inventés…

 

 

Des pierres dans le lointain…

Une marche depuis les hauteurs…

Des pèlerins fatigués de la pensée…

Rien – un peu de cendre – quelques restes d’os calcinés – des bouts de nuage descendus vers le sol – transformés. La vie et la mort occupées ensemble – défiant le temps et la sagesse ancestrale…

Quelques traces de silence dans l’ombre éclatante – perceptible parfois…

Comme l’étrange avant-goût du vide à venir…

Le fond de la mémoire (presque) totalement déserté…

Rien qu’un peu d’eau, peut-être, jetée sur nos (pauvres) rêves…

 

 

Rien – quelques ruines – seulement – vestiges désolés d’édifices qui, en leur temps, furent beaux – enviés – dressés vers le ciel – avec fierté – façonnés et entretenus par nos efforts constants…

Aujourd’hui – de la poussière – de petits tas de poussière – que le vent balaiera – éparpillera – transformera en couche fine et grise – presque imperceptible – sur laquelle des doigts (pas encore nés) esquisseront peut-être d’autres dessins – d’autres projets – de nouveaux édifices – sans doute…

 

 

Trop d’existences – de circonstances – de rencontres éphémères – avec des visages sans nom – sans âme – sans principe – sans (réel) ressenti au fond du cœur – ou alors dissimulés derrière des masques et des émotions feintes ou déguisées…

Avec son lot de frustrations et de désirs inassouvis – des espoirs plein les yeux – le cœur (presque toujours) mal équilibré – la vie comme un échafaudage précaire…

Ici et là – des choses entassées – des amas sur le point de s’effondrer…

 

 

Dans le rythme apaisé du langage – le silence – des pas qui glissent – des gestes spontanés – sans répétition…

Le monde sous le front – sur la page – exposé là où tout devient visible – paisible – inutile – sans importance – derrière (très loin derrière) la primauté de l’instant et l’envergure des circonstances présentes…

 

 

Des dérives sombres lorsque nous explorons une pente glissante – lorsque nous côtoyons des visages rongés par l’expérience et le souvenir – des étoiles hissées trop haut – des horizons trop éloignés – des poings dressés au lieu de sourires – des cris en guise de poésie – des esprits trop rationnels ou trop désordonnés – le monde tel qu’il est avec ses mythes – ses histoires – ses mensonges – ses rives étranges – malfamées – et ses peuplades ignares et conquérantes…

Tout un univers qui nous restera – à jamais – étranger…

 

 

Des âmes de pierre cachées derrière la chair et le sang – la solitude et l’errance comme seules possibilités – les seules conditions de l’envol et des hauteurs…

L’exil au-delà des terres humaines…

 

 

D’un regard à l’autre – sans lumière – sans voyage – les yeux égarés sur deux rives différentes…

Naufragé d’une innocence ancienne – très antérieure à l’oubli…

Du sang sur les pierres et les visages – des restants de nuit – la solitude de l’errance – le monde hélé qui ne répond pas et qui s’absente plus encore…

Les mêmes sanglots tout au long du chemin…

 

 

Les fossés de l’espérance, peu à peu, creusés par le sommeil – et si rarement comblés par l’évidence de l’absence de temps…

 

 

Une couverture d’étoiles sur nos existences de bohémien – des songes et des rires – un peu de silence – quelque chose du vent qui porte – jusqu’à nos ombres les plus familières…

 

 

Une distance invisible qu’il nous faut parcourir – d’une seule enjambée…

Un peu d’enfance derrière soi – histoire de se détacher du monde – du rêve – de la folie trop ardente – trop bestiale – trop hostile – des hommes…

 

 

Derrière les murs – en silence – le secret ; devenir davantage qu’un homme…

 

 

Nous surgissons d’un ciel bien réel – si peu évangélisé – vierge de toutes nos traces – affranchi de toutes nos croyances – aussi innocent et aventureux que nos destins successifs…

 

 

Ce sable – tout ce sable – que nous n’aurons pas eu la force de remuer – comme si l’invisible n’avait d’importance – comme si le silence ne pouvait remplacer l’enfance – comme si le ciel surgissait à la moindre prière…

 

 

Quelle distance nous restera-t-il à parcourir aux dernières lisières de l’aube – le même espace, sans doute, qu’au début du voyage…

 

 

Cette lumière oubliée à force de courir – pris (toujours pris) dans le tumulte terrestre – mille tourbillons de matière – cette effervescence sur toutes les pentes – sur toutes les sentes – cette marche forcenée – sans destination – sans restriction – comme un pèlerinage autour du même centre – le plus sacré – ce que nous ignorons…

Avec – toujours – cet étrange silence entre nos rêves – entre nos pas – au fond de l’âme…

 

 

Giflé par les vents qui dénudent – loin – très loin – des murs – de la destination (toujours trop précise) – parmi les bruits et les fleurs – entraîné, peu à peu, vers les seuls tremblements autorisés – la tête déjà hors du monde – comme posée sur ce qui ressemble à une frontière – un amas de pierres solidifiées – aux confins, peut-être, du ciel espéré…

 

 

Un horizon de neige où la moindre foulée enlaidit l’espace – le corrompt – et semble défigurer l’âme – le faîte où l’élan devient caduque – inutile – en ce lieu où se dénouent tous les désirs – toutes les chimères…

 

 

A descendre – obstinément – malgré nous – comme la seule voie – la seule pente – possible…

A nous parcourir au cours de ce long voyage qui nous défait – qui nous dénude – qui nous découvre – en dessinant, peu à peu, notre vrai visage…

 

 

Le vent – la nudité – le plus tangible de la lumière – ce mouvement permanent – de haut en bas – comme un bond au-dessus du plus commun ; un élan qui porte au-delà des croyances – plus haut que l’espoir – là où l’homme peut (enfin) devenir lui-même…

 

 

Rien que des mots (quelques mots) – des gestes (quelques gestes) – un tas de pierres – nos vies à tous, nous qui nous nous ressemblons tant…

 

 

Très loin – comme une frayeur supplémentaire – l’horizon qui se rapproche – une terre de plus en plus familière – accessible – la course sur le sol recouvert parfois de fleurs – parfois de neige – selon ce qui traverse la tête…

Ce que l’âme répand derrière elle – tout ce que nous offrons au monde – à notre insu…

 

 

Seul – comme se dénouent toutes les entraves – comme se résolvent toutes les énigmes…

L’aube derrière tous les désirs et toutes les peurs…

 

 

Le sommeil ajourné – ce que l’invisible nous révèle – la joie derrière le cri – et le silence en guise de voix…

 

 

A la lisière du tremblement – le monde – cette terre si ancienne – ce que fut notre demeure à travers les saisons – un horizon planté devant un ciel changeant – bariolé – porteur de miracles et de désastres – aux couleurs presque toujours prometteuses…

Et notre course – éreintante et mystérieuse – sous le feuillage sombre des grands arbres de la forêt…

L’ombre à nos pieds – au fond de l’âme – seule présence, parfois, à nos côtés – qui accompagnera toujours notre silence et notre volonté d’infini…

 

 

Plus loin – plus tard – peut-être – jamais – sans la moindre existence – le temps et l’imaginaire toujours chimériques – une sorte de fantasmagorie de l’enfance…

La seule terre de ceux qui espèrent encore…

 

 

Rien qu’un ciel qui crisse sous les pieds – une manière d’aller dans le sens du vent – à contre-courant de ceux qui pointent le doigt dans d’autres directions…

Le souffle et l’oubli – notre seule façon de vivre…

 

 

Entre ciel et pierres – la lumière – la neige – et une poignée de cendre sur les fleurs – ce qui recouvre (presque) la totalité de la terre…

 

 

Trop de sommeil et d’orgueil – volés aux Dieux – comme si nous n’étions l’auteur d’aucun cri – plainte et colère mêlées ; une succession d’heures grises et de jours sombres – au milieu des Autres – endormis – prétentieux – trop braillards – eux aussi…

 

 

Trop d’instincts – la terre comme une chambre – un lieu à usage multiple – où l’on enfante – où l’on pleure – où l’on se réfugie – où l’on essaye de préserver l’homme – l’homme d’autrefois – sans réellement savoir celui que l’on pourrait devenir…

 

 

Trop de noir et de fêtes – de postures lascives – trop de temps et de pensées – trop de tête et de sommeil ; sur le métier, nous nous remettons tout entier(s) – dans l’espoir, peut-être, d’apercevoir un autre reflet – plus clair (imaginons-nous) – dans le miroir…

Une esquisse – un dessin à parfaire – au lieu d’effacer les contours – les frontières – tous les confins – et la brillance de nos yeux fébriles – de nos yeux trop fous…

 

 

Rien qu’un peu d’air – un peu d’espace – une manière si singulière d’être vivant – humble – à peine visible – et si densément présent – comme une lumière dans le noir – une âme vivante parmi les pierres et les visages…

 

 

Pas le moindre bagage – en vérité ; aussi puissant et démuni que le vent…

Un souffle seulement qui durera pour nous mener peut-être – pour nous mener sans doute – jusqu’à la fin du voyage…

 

 

La solitude qui nous convoque – qui nous invite – comme le plus précieux des hôtes – qui nous tend la main comme si elle nous attendait depuis longtemps. Et cette joie qu’elle offre à celui qui la rejoint sans crainte – sans réticence…

Sur les lèvres – ce grand sourire ; et dans le cœur – la certitude de la plus belle rencontre…

 

 

Juste un geste – de temps en temps – une parole jetée sur la page. Une respiration sans pensée – l’être derrière – et au-delà – du visage – sans mémoire – sans attente…

Dans les bras d’un Dieu parfait – sans désir…

 

 

Nous devenons ce que la chambre propose ; une chose – mille choses – parmi le large éventail des possibles – des destins – et, plus tard, sans tête ; le règne le plus profond – la loi la plus naturelle – sur la peau – au cœur de la chair – dans les tréfonds de l’âme – comme ce qu’impriment sur la terre – autour de nous – tous nos gestes – tous nos pas – toutes nos paroles – sans témoin – sans auditoire…

Comme le silence caressant le silence – l’infini devinant l’infini – l’éternité en elle-même…

Ce que nous sommes – notre plus beau (et notre plus vrai) visage – ce que nous rêvons tous, sans doute, d’incarner…

 

 

Le monde – provisoire – sur le socle du temps…

La vie – en nous – qui surgit du secret enfoui au fond de l’âme…

La lumière – derrière – prête à jaillir, elle aussi, lorsque le moment sera venu – lorsque nous cesserons notre labeur inutile…

 

 

Le silence – comme un dard – une couverture – qui use d’étranges stratagèmes pour nous envahir – retrouver sa place – son règne ; obligé d’affronter le plus terrible et le plus lénifiant – nos vieux rêves de tranquillité – ce que nous confondons, en général, avec la torpeur ou le sommeil…

 

 

Le chant humain face aux ombres qui s’avancent pour pénétrer nos territoires – comme un cri – un effroi – devant une armée de figures inconnues – hostiles et mystérieuses – incroyablement conquérantes…

Le visage bientôt encerclé – immobilisé par mille hampes taillées comme des lances – prêtes à transpercer la chair…

La vie – comme une pente – particulièrement glissante – particulièrement dangereuse – au cours de laquelle on finit (tôt ou tard) avec le corps et l’âme empalés – comme si le prédateur devenait, au fil des circonstances de moins en moins avantageuses, le gibier d’une mâchoire plus puissante ou d’un esprit plus rusé…

 

 

Quelque chose – toujours – glisse d’un monde à l’autre – sans la moindre résistance – sans le moindre artifice – sans la moindre difficulté…

Les pas de celui qui avance – malgré lui – sans désir – sans volonté – sans destination – par simple obéissance à l’ordre naturel – par soumission (et fidélité) aux lois intemporelles qui le gouvernent…

 

16 juin 2020

Carnet n°236 Notes journalières

Epaule contre épaule – nous avançons dans l’impasse commune – sur la voie royale des foules…

 

 

Déjà la fin du jour – dans l’arrière-pays – au centre du lieu solitaire – le déclin de la lumière et l’affaiblissement du feu aussi…

La nuit et le froid qui, peu à peu, gagnent du terrain – investissent l’espace – deviennent notre cœur – notre visage – notre apparence…

 

 

Le cosmos au-dedans de la tête – autour de soi ; le même espace – d’un lieu à l’autre ; le lien entre les routes – notre âme peut-être…

 

 

Le monde – de jour en jour – qui s’éloigne…

Le vide qui se creuse – en soi…

Et quelques pierres dans les poches pour que les pas continuent de toucher terre…

 

 

Nous – sautillant – de roche en roche – d’île en île – sur les traces du feu et du vent passés…

Des arbres – des plaines – des routes désertes…

L’âme adossée au monde – à moins que cela ne soit le contraire…

Sur le sol – des empreintes – des signes de lutte – les hommes soucieux – les âmes préoccupées…

Des flammes et l’air qui s’embrase…

L’étreinte de la terre – des frissons de la tête aux talons…

Les poings dans les poches – le front baissé – pour affronter les Autres – pour affronter la nuit…

 

 

Au bord du jour – au centre de la chambre – parmi les bruits et les fantômes – à notre place – les yeux qui scrutent le ciel – l’arrivée de la neige derrière la vitre de la fenêtre délabrée – la tête sur les gravats – au cœur de ce vaste chantier (intérieur) dont l’envergure n’a rien à envier à celle de l’immensité qui nous fait face…

 

 

Tout se recroqueville devant les bannières trop haut dressées – fait bloc – devient si dense que l’on se transforme, malgré soi, en remparts – en forces de résistance…

Comme les prémices du déploiement – de l’adversité – de la multitude – du rééquilibrage nécessaire…

 

 

Les eaux – les vents – la déchirure de la trame – la terre foudroyée…

Et nous autres – le front incliné face au froid…

 

 

L’âme qui se dessèche sous le soleil – trop de soleil – dans un désert qui se prolonge au fil des pas – indéfiniment – là où les Autres refusent (catégoriquement) de nous accompagner…

Il faudrait – pour persévérer – réunir, en soi, la source et la soif – le ciel et la route – toutes les destinations – toutes les possibilités – et s’en remettre à la direction des vents…

 

 

Toutes les étoiles au bout des souliers – sous les semelles qui nous emportent plus loin – derrière la vitre – jusqu’au prochain virage – l’âme comme une fenêtre ouverte sur le monde et les chemins…

Comme un voyage – une longue marche sans sommeil…

 

 

Des cimes jusqu’au ciel – irremplaçables – hissées jusqu’aux lèvres pour être dites – comme une formule magique – un laissez-passer indispensable pour traverser le rêve – s’enfoncer dans la matière – disparaître dans l’invisible…

Une sorte de prière silencieuse…

 

 

Des tourments de surface – des tracas – à l’infini – comme si nos pas étaient cousus à la nuit – comme un long revers – une bande étroite éclairée du dedans par une lumière (imperceptible par les yeux et les âmes)…

 

 

Ici – dans la proximité du jour – se rejoignent le souffle et la substance – l’ordinaire et le plus lointain…

Dans l’authenticité de la parole…

 

 

Une lame sur laquelle se jettent toutes les choses ; les idées – les corps – les émotions – les objets – les visages…

Et le sol jonché d’éclats et de lambeaux – presque rien, en somme…

 

 

Derrière la porte – les bruits du monde – lointains – comme étouffés – l’épaule contre le mur – à la manière d’un étai pour l’âme – une forme d’appui pour notre verticalité bancale – et, dans ce contact – des échanges mystérieux – et la chair qui, malheureusement, gagne en épaisseur et en solidité – comme si l’assise – médiocre – inappropriée – contaminait autant l’invisible que la matière – condamnés par une sorte de gangrène sournoise – incroyablement pernicieuse…

La fluidité – l’air et l’eau – comme solidifiés – tel un sol fragile – précaire – instable – sur lequel rien ne peut (réellement) s’édifier…

 

 

La soif et la route – toutes nos foulées terrestres – vers ce que l’on imagine être la lumière – la traversée des ombres et du noir. Et nos lèvres serrées pour ne pas hurler de frayeur – de douleur – de désespérance – à mesure que les pas nous enfoncent en nous-même(s)…

Un long périple pour perdre le nord et la raison…

 

 

Sur le grand escalier de pierres – à contempler le chemin qui se perd au loin – entre le rêve et l’abîme – cette continuité, sans doute, imaginaire…

 

 

L’égarement dans les méandres proposés – le monde et l’esprit, peu à peu, arpentés – explorés – jusqu’à la parfaite correspondance de l’un avec l’autre – parties de nous-même(s) qui fusionnent progressivement – à mesure que l’on descend en soi – et que toutes les périphéries deviennent le centre…

 

 

L’exiguïté du monde – de l’âme – d’une extrémité à l’autre – la parole et ses échos permanents…

Comme une détention – au-dedans de l’existence – apparente – bien sûr. Quelque chose auquel on peut naturellement échapper – d’un seul regard – d’un seul éclat de rire – sans intention – de manière spontanée et innocente…

 

 

Nous – entier dans la parole – proche de la respiration – libre en un instant – tranchant comme une lame – sans épaisseur – évacuant les choses – le monde – les idées – les images – d’un seul geste – l’esprit vide et tendre – ouvert – sans nostalgie…

 

 

A hauteur de visage – légèrement plus haut peut-être – en surplomb de l’herbe et des têtes – sous la cime des arbres – nos amis – nos maîtres…

 

 

Jusqu’au bleu le plus intense…

Jusqu’à l’immensité rayonnante…

Jusqu’à nous-même(s) – agrandi(s) – retrouvant notre taille réelle – notre envergure originelle…

 

 

L’âme – comme une montagne – creusée de l’intérieur – explorée depuis ses souterrains – gravie depuis son socle – d’une extrémité à l’autre du silence…

 

 

Une hampe au milieu des cordes – non pour hisser des têtes et des corps démembrés – mais la nudité de l’âme – presque rien – comme un poème né de la source – un cri de joie dans le dénuement – silencieux – quelque chose qui pourrait révéler notre visage – notre seule identité – peut-être…

 

 

Les yeux clairs – ouverts – face au monde – mesurés à l’attente – la neige sur tous les chemins – les repères recouverts – et nous nous détournant, peu à peu, des visages – de la nuit – des secrets – des histoires – de l’illusion – de toutes ces choses humaines

Aussi loin que possible…

 

 

D’une étape à l’autre – d’une hauteur à l’autre – en ne quittant jamais ni le sol – ni l’immobilité – comme un étrange (et surprenant) voyage…

 

 

L’âme – comme une pierre – dévalant sa pente – cherchant une place – son équilibre – parmi les choses – se laissant mener Dieu sait où…

 

 

Un monde arraché à l’espace et au temps – sans passage – sans passant – sans personne…

Nous-même(s) effacé(s) – avalé(s) par les profondeurs…

Des mouvements et des gestes – seulement…

 

 

Quelques coups de pied – inutiles – aux portes du ciel – rien devant – rien derrière ; juste une immense étendue déserte – comme un monde lunaire et enchanté – peuplé d’arbres et d’oiseaux imaginaires – de silence et de poésie vivante – quelque chose d’incroyablement beau – une manière (aisée) de souscrire à la hauteur et à l’envol…

Le socle du réel et des possibles…

 

 

L’écoute – comme une fleur à la place du sommeil – deux mains ouvertes à la place de la nuit – une âme affranchie des noms à la place du visage – de la tête – de tous les désirs au-dedans…

Une présence qui aurait effacé toutes les exigences…

 

 

Parfois – les eaux claires – d’autres fois – les eaux troubles – qui se mêlent à la voix – à la parole griffonnée sur la page…

 

 

Les hommes – entre le sommeil et la liberté – la tête trop pensante (bien souvent) – des yeux fermés – aveuglés – reclus derrière leur porte – dans un jour atténué – presque nocturne…

 

 

Sur le point de vivre – comme si plus tard – comme si demain – pouvait faire l’affaire – comme si la nuit était franchissable – comme si la mort n’était qu’un terme lointain…

 

 

Le langage – comme une échelle posée contre le mur de la raison – sur laquelle on s’obstine à monter au lieu de regarder le mur – les murs – la totalité du labyrinthe – depuis la corde du silence suspendue au-dessus du monde – au-dessus de l’esprit…

 

 

Le royaume qui émerge de la terre déserte – délaissée – infréquentée – trop dangereuse – comme un secret livré à ceux qui ont fait le chemin – qui ont expérimenté la solitude (sans jamais l’esquiver)…

 

 

La roue – en nous – qui tourne – autour de l’axe du vide et du silence…

L’âme et les lèvres sèches à force d’arpenter le monde – de fouiller parmi les détritus des vivants…

Trois quarts du feu consacré à la fuite et à la quête – au lieu d’attendre assis – immobile – les mains ouvertes – le cœur tourné vers le ciel qui se creuse (et s’assainit) peu à peu…

 

 

La nécessité d’une main qui tantôt nous retient – qui tantôt nous soulève ; Dieu – en nous – au centre de notre communauté fraternelle – présence vivante au cœur de l’âme – sous notre front – en chacun de nos gestes…

 

 

Dans notre (propre) compagnie – dotée de tous les attributs – de tous les qualificatifs – éminemment variée et variable…

 

 

Nous – dans les eaux bleues du ciel – purificatrices – rafraîchissantes – salvifiques…

Comme un bain d’innocence et de vérité…

 

 

Le ciel partagé – entier – entre nous tous – exactement la même part pour chacun – puis, l’ensemble indivisible…

 

 

Ce que nous longeons sans désir – les corps-briques empilés – les sourires figés – hypocrites – le monde séparé du ciel et du sol…

Et ce à quoi nous aspirons – la solitude – l’innocence des hauteurs – le jour-lumière…

Et toute notre existence – au milieu – dans cet entre-deux terrestre – triste et inconfortable…

 

 

Nous – tantôt debout – vacillant – en déséquilibre – tantôt à genoux – plaintifs et suppliants…

Et l’âme – au-dedans – identique – aussi maladroite – aussi malheureuse – que nous…

Et au cœur de l’esprit – la source de tous les élans – de toutes les prières…

 

 

Le bleu qui irradie la terre – le sol – les cris – les plaintes – le bleu qui fractionne le ciel…

Et l’âme au milieu – les bras levés – le front baissé – prête à se jeter dans le premier recoin – comme une manière d’échapper à l’incertitude – à l’angoisse – aux ombres démesurées qui nous menacent…

 

 

Un pas de côté – presque toujours – tantôt vers le haut – tantôt vers le bas – au lieu de se tenir immobile – à notre place dans ce lieu – dans ce lien – où tout peut se réunir – où tout peut se rassembler – là où le manque s’efface – là où tout devient inséparable…

 

 

Le jour – au réveil – dans notre chambre – dans cette boîte en verre éclairée – sans couvercle – emportée ici et là – qui se pose, pour un instant, là où la vie et les vents la poussent – quelque part – toujours – sans que la volonté (consciente) n’intervienne – qui voyage – malgré elle – malgré nous – de lieu en lieu – comme la parole – de lèvres en lèvres – en franchissant mers et montagnes – routes et visages – en un éclair…

L’étrange périple du sol aux cimes…

 

 

Du temps et des voix – pour nous faire croire en la possibilité de ce qui voit – en la beauté du monde – qui ne sont, en réalité, qu’un envoûtement – comme un rêve destiné à renforcer la fausse nécessité du sommeil…

 

 

Le poing serré dans l’attente – si peu attentif à ce qui nous précède – à ce qui nous entoure – à ce qui nous accompagne – les yeux rivés dans la même direction – le regard braqué sur cette étroite fenêtre – sur cet espace restreint – où rien – ni personne – ne passe jamais…

Le labeur crispé de l’homme immobile – inactif – que les gesticulations de ses congénères indiffèrent…

 

 

D’un instant à l’autre – sans que le temps – jamais – ne s’y glisse…

 

 

Aux portes de ce qui nous violente – tremblant – apeuré mais confiant…

L’ultime déplacement – l’ultime lieu – peut-être…

 

 

La tête qui, peu à peu, se retire – au cours de ce voyage au cœur de la soif – l’âme et le pas – puis l’âme et le ressenti – puis, enfin, le geste seulement – détaché des valeurs et des représentations – juste et spontané – comme soudé aux circonstances – puis balayé (impitoyablement) par l’esprit…

 

 

Sur la table – dans la tête – devant soi – dans chaque parole – toutes les choses de la terre – toutes les choses de l’invisible – une succession d’instants – des mains qui s’agrippent et des âmes qui s’abritent. Et partout, bien sûr, la violence du monde qui contamine (trop souvent) le regard et le geste…

 

 

Le plein jour – condamné parfois par la nuit présente – comme un espace clair et infini – incroyablement lumineux – soudain rétréci par l’obscurité – la nécessité (illusoire) des détours – la continuité du temps…

 

 

Tous ces destins – étrangers – familiers – qui n’appartiennent à personne – et dont personne ne peut se réclamer – qui arpentent cet infime carré de terre…

Séparés par un cri – au-dedans – une sorte de stupéfaction – et des lèvres entrouvertes qui martèlent leurs (infimes) différences et leur farouche volonté de différenciation…

 

 

Le corps taillé pour la lutte et la course…

Et l’esprit pour l’étonnement – le bruit – le refus…

Et l’étrange apprentissage de l’âme pour retrouver sa posture originelle ; le silence – l’immobilité – l’acquiescement…

La grande paix – la grande joie – la grande liberté – lorsque nous savons nous tenir au centre des cercles – lorsque nous savons nous abandonner à tous les élans naturels…

 

 

Ici – face aux visages – le monde accroché derrière le dos – la mine déconfite – l’âme pesante – surchargée – et la parole aux lèvres pour colmater la brèche – réparer la cassure – cet éloignement entre nous…

 

 

La tête et le regard au cœur du désordre – au cœur de notre soif – dans les turbulences orageuses et l’inconfort (si évident) du manque…

 

 

En face de soi – à tout instant…

Le même espace que nous fréquentons – le même air que nous respirons – la même inquiétude qui creuse nos traits – le même sol sur lequel nous vacillons…

Et, pourtant, tout qui – dans nos têtes – en apparence – nous sépare…

 

 

Ni tien – ni mien – ni sien ; la naissance du vent – nos péripéties – nos communes aventures – la mort et les vivants face à l’invisible – face à la lenteur et aux accélérations (imaginaires) du temps…

L’immobilité souveraine face à l’absence – face à toutes nos manières de vivre et de nous présenter en des lieux sans être (réellement) là…

 

 

Des yeux inclinés – comme l’âme et le front – aussi bas que le désir et l’orgueil qui, parfois, se dressent – à la manière d’une matière érectile et invisible qui se déploie avec exagération…

 

 

Sur la pierre – écarlate – impatient (bien trop impatient) – pareil à un feu – explosif – prêt à oublier les hommes – la vie passagère – à chercher tous les secrets du monde au fond de l’âme – à fendre la tête en deux pour résoudre la totalité du mystère…

Aussi provisoire et inconsistant que les murs – la chair – les bruits – la foule des vivants…

 

 

Un vertige dans l’œil affranchi du monde. Et une voix mystérieuse – encore – dans la tête…

Et le jour qui, peu à peu, descend dans la paume – le réel au centre de l’âme…

 

 

De l’autre côté du monde – là où la neige tombe – là où la blancheur tient lieu de loi – là où l’esprit se tait – n’a rien à ajouter au geste qui sait (parfaitement) contenter le cœur…

Ça surgit comme le vent – l’eau et le feu – dans une parfaite articulation des intervalles – sans demi-mesure – pour déchirer toutes les formes de résistance – briser les portes – défaire toutes les frontières – nous faire perdre haleine jusqu’au dernier souffle – jusqu’au silence nécessaire…

Comme une halte bienfaisante – un retrait réparateur – définitifs peut-être…

 

 

Du noir – du froid – de la solitude – jusqu’à l’arrachement – jusqu’au bleu (intense) de la guérison – jusqu’au-dedans de l’espace lumineux – accueillant – communautaire…

 

 

Nous – par-dessus l’orage et les tempêtes – ce qui colore le monde et offre à la terre sa violence et son désordre – tous les élans provisoires des vivants – toutes les faims – en particulier, celles de l’âme et du ventre…

Notre visage (presque entièrement) déployé au-delà de l’espace et du temps…

 

 

A l’ombre de ce qui marche à nos côtés – très au-dessus – aux prémices, peut-être, d’un genre nouveau – asexué – sans identité précise – provisoire et polymorphe…

Le visage au milieu du vent – puis le devenant – jusqu’à la parfaite coïncidence avec le regard en surplomb…

 

 

La neige étalée sur le jour – des fleurs et des allées – des amas de pierres et de temps – quelque chose de fragmenté…

Nous-même(s) – dans l’esprit et le langage des Autres – presque rien – des images impropres et inutiles – sans intérêt…

Quelques taches de peinture sur nos vitres sales – quelques dégradations dans notre chambre déjà dévastée…

 

 

Trop de façades et d’apparences – avec, derrière, quelques éclats de ciel et des détritus – tous les visages du monde épuisés – de cette fatigue parvenue au seuil de la lassitude – comme une illusion arrivée au bord d’elle-même – prête à plonger dans ses propres abîmes…

 

 

Sans autre présence que nous-même(s)…

De l’indifférence et de l’eau glacée – les principaux attributs du monde – sans doute…

De l’ennui – de la surprise – de l’absence…

Le plus invraisemblable à vivre – peut-être…

La progression naturelle de la compréhension qui débuta avec l’immersion au cœur de la sauvagerie terrestre – dans cette matière en désordre – désorganisée – profondément chaotique…

 

 

Une parole, à présent, aussi nécessaire que la soif – la vie et le langage solitaires – aussi naturels que possible…

D’un monde à l’autre – au même titre que tous les passagers provisoires – instinctifs – involontaires…

 

 

En un instant – disparaître – devenir tous ces Autres – en nous – qui réclament un peu d’attention…

De l’embarras – du manque – du silence – des paroles…

Quelques traits à négliger – puis, l’absence définitive…

D’une perspective à l’autre – presque toujours – en simple passager…

 

 

Au creux du jour – le plus familier – comme une halte – un instant – une fraction de seconde – le sens des pas et l’absurdité du langage – simple tentative – comme celle du corps cherchant l’étreinte – comme celle de l’âme cherchant l’éternité…

Il n’y a de manière de se rapprocher…

Nous sommes – depuis le commencement – inséparables…

 

 

Fixe – à soustraire – notre part – ce que nous croyons être – les choses les moins étrangères…

Ce à quoi l’on se heurte – d’une extrémité à l’autre – comme une commune manière de se tenir face au monde – dans la proximité du plus redoutable – dans le sens opposé des flèches indicatrices ; l’attention portée sur l’excès – le dedans ouvert et le dehors à explorer, puis à réintégrer à l’esprit – tout un monde, en somme, à redimensionner – mille choses à brûler et le reste à faire sien…

Ainsi l’être pourra l’emporter…

 

 

Dans les couloirs du temps – au milieu de toutes les choses qui passent – séparées par ce que l’on pourrait appeler la frontière des apparences…

Tantôt objet – tantôt visage – simple matière recombinée – infiniment variable et provisoire – longeant les murs – allant d’un territoire à l’autre – arpentant l’espace – le vide sans épaisseur – comme si le sol et le ciel n’avaient la moindre réalité…

L’œil pareil au jour – et les pas pareils au langage – les uns, fixes et immobiles – et les autres, simples et irrépressibles tentatives…

 

 

Le sol – le ciel – encore – comme la seule litanie possible…

Le monde tel qu’il est – dans sa plus grande nudité…

L’énergie et la conscience – le mouvement et l’immobilité…

Le bleu et tout ce qui le cherche…

 

 

Tout tangue – tout penche – jusqu’à la pointe du jour – jusqu’à l’émerveillement – condensé dans le tremblement des mots…

 

 

Une charge moins lourde qu’à l’accoutumée ; il aura suffi d’un peu de feu – d’un peu de vent – d’un peu d’oubli – pour alléger la tête – les jours – cet incroyable fardeau de vivre…

 

 

De la joie – de la neige – sans intention…

L’instant libéré de la certitude et de l’angoisse…

Le provisoire – sans cesse renouvelé…

Le voyage sans fin – à jamais…

 

 

Des traces de pas dans le ciel – lorsque l’invisible est décrypté ; la seule chose qui compte – la seule chose qui soit…

Reflets prépondérants des empreintes terrestres – ces infimes traits que nous dessinons avec l’âme – le corps – l’esprit – l’intention et les gestes ; toutes nos imperceptibles arabesques…

 

 

Des larmes, parfois, aussi belles et nécessaires que nos éclats de rire ; la preuve d’une âme (pleinement) terrestre – intensément vivante…

 

 

Nous seul(s) – nous regardant…

Et – au-dedans – la soif et le plus étranger – ce que nous n’avons encore réussi à apprivoiser…

 

 

Nos vies – comme un long périple – tantôt serein (très provisoirement) – tantôt chaotique et virevoltant (l’essentiel du temps) – avec, depuis la première heure, le jour (le plein jour) en bandoulière – et ce fil apparent qui surplombe tous nos abîmes – notre nuit et notre néant…

 

 

Notre parole – comme le silence – morcelée. Et dans chaque fragment – nous-même(s) essayant – tout entier(s)…

Fractale de la soif et du désir – de l’éparpillement au remède – de la surface à l’effacement…

 

 

Du ciel – hors des livres et des lèvres – dans le geste silencieux – libre de toute parole – de toute explication – autosuffisant, en quelque sorte – libéré des attentes à l’égard de ce qui pourrait en bénéficier…

 

 

Sur la route du dehors – des traces – des emplacements – des lieux de naissance – de passage et d’absence – des vivants et des morts ; les mêmes histoires – sans cesse réinvesties – sans cesse réinventées ; des mots – des désirs – des rapprochements – des blessures – ce qui, un jour (tôt ou tard), finit par se séparer et s’éteindre ; des excès et des rétractations – comme mille ressemblances – comme mille différences – entre le ciel et l’âme…

 

 

Toute l’étrangeté du monde dans l’esprit – et inversement (sans doute, bien plus encore)…

Une manière de tout confondre – de tout réunir – de tout mélanger – comme la plus juste façon (au vu de nos caractéristiques psychiques) de nous retrouver – de rejoindre l’essentiel – ce que nous n’avons quitté qu’en apparence…

 

 

Rien de réellement habité – en ces terres ; des êtres et des choses qui ont l’air d’exister – vides – sans autre consistance – ni d’autre épaisseur – que celles de leurs liens (pléthoriques) et de leur espace commun…

Un seul visage et mille reflets – comme un territoire parcellisé – parsemé d’images et d’apparences – d’air et de temps…

Avec, le plus souvent, un peu de crainte dans le souffle et cette ignorance sous le front des vivants…

 

16 juin 2020

Carnet n°235 Notes journalières

Des jardins perdus – presque oubliés – au bras de l’aube et des saisons – d’un pas tranquille – à arpenter tous les recoins de l’espace – de la mémoire – à vivre – à écrire – à penser quelques fois – comme si nous n’étions plus concerné par la folie de ce monde…

 

 

Un oiseau volage au fond de la poitrine – comme dans un nid étrange fait de souffle et de nuit – avec un restant de chaleur pour exister (un peu) et rendre l’absence moins douloureuse – avec le poids du regard au fond des yeux…

 

 

La vie – sans parure – sans correction – sans même l’Autre et la mort pour nous contredire…

Ni sang – ni rêve – ni soif – les lèvres muettes baignées de lumière – l’âme si joyeuse – de manière presque indécente…

Et dans la main – le vent – une caresse – la nuit qui plonge dans l’aube – l’aurore délicate – le soleil sous la peau – la chair et le ciel dans le cœur – mélangés…

Quelque chose de l’abîme et de la flamme…

Dieu et le hasard, peut-être, jouant ensemble dans nos cheveux défaits…

 

 

Contre nous – le froid – l’inexistence – le monde – et cette colère noire – qui trône au centre du silence – comme un éclat – une larme – une sorte de folie contenue – au cœur de la tendresse…

 

 

Des chants – comme une longue caresse – une main tendre sur notre joue – la chaleur d’un Amour (universel et particulier) au creux du cou – une danse sous les paupières – quelque chose du réconfort et de la réconciliation…

 

 

Une flèche dans le cœur du monde – du bleu à toutes les fenêtres – le bonheur de tous ceux qui vivent derrière leur vitre…

 

 

Là où la beauté se manifeste – et là où elle nous envoie…

 

 

Déterminés – en désordre – le monde et la raison…

L’ombre et le sommeil sous toutes les lampes…

Cette lumière glacée qui jamais n’apaise la soif – qui n’éclaire que ce qui est proche du sang – les apparences – jamais l’invisible – jamais le silence – nécessaires (pourtant) au dévoilement de la vérité…

 

 

Dans l’encerclement – notre chance – comme un soleil enserré qui attend notre âme – notre main – son envol – sa liberté…

Notre plongeon au cœur de la source – au milieu de la nuit…

 

 

En nous – cette faim haletante – épuisée – lasse de nous faire tourner avec les Autres – au cœur de ce grand cirque – au cœur de cette tragédie – à la recherche d’un peu de matière – de quelques objets – de quelques rêves – d’un peu de vérité – pour soulager notre manque et soigner notre incomplétude obstinée…

 

 

Nous – titubant – entre la joie et les Autres – le long de cette rive étroite où l’on peut voir l’âme se promener – sereine – sous le ciel – sans visage – sans sommeil – seule – comme il se doit – au-dessus de toutes les têtes…

 

 

Comme des graines jetées au visage de l’Amour – ces paroles pour rien (ou si peu) – comme une claque – une offense – une chose (presque) totalement inutile – un peu de terre lancée dans le vent – dans le vide – quelque part…

 

 

La solitude – autour de nous…

Des ailes (bien) moins persévérantes que le langage…

Le jour – et des vagues contre les falaises…

Notre visage dans la tempête…

Des tonnes de sable au fond de la gorge…

Et nous – ici – essayant de respirer…

 

 

Du miroir à la mort – sans avoir (jamais) rencontré le silence…

Le peuple du rêve et de la souffrance – le peuple de la cécité et de la fuite – à genoux parmi trop de merveilles invisibles…

 

 

Parfois – l’heure s’étire en un seul voyage…

Une joie plus que solitaire…

Dieu dans notre silence…

Et le jeu des Autres qui continue…

 

 

Des chaînes – du temps à tuer…

Des mentons qui se redressent…

Des histoires – des rires – des mots et des morts…

L’existence – et les pas lourds (et tristes*) des vivants…

* si tristes...

 

 

La folie entre les tempes – entre les mains…

Le monde vieillissant – arraché à sa paresse – à ses promesses – précipité prématurément vers sa fin…

Des fleurs dans la tête – avec des épines et des pétales noirs…

 

 

Des choses – des visages – qui s’assemblent – qui s’unissent – qui s’amusent – et l’esprit qui additionne pour faire la somme des rencontres et des distractions – avant l’émergence de la seule perspective possible ; le face-à-face – la déchirure – la séparation – la solitude ; toutes ces choses qui font souffrir – qui mènent au bord de l’abîme – qui poussent à la chute et à l’effacement – le seul salut véritable…

 

 

Sous le joug du monde – notre fratrie – tels des rochers qui dévalent leur pente…

Du côté des pierres et des arbres – à jamais…

Homme – très (très) approximativement…

Plus proche de la bête et du sauvage…

Entre l’ermite et le nuage – l’âme silencieuse…

 

 

Des obstacles et des barrières à franchir pour rejoindre la cassure – restaurer ce qui a été brisé – soigner et consoler ce qui mérite de l’être…

En nous – trop souvent – des objets qui rivalisent avec l’éternité ; des protestations et des résistances naturelles…

 

 

L’existence et le quotidien sans les Autres – le monde d’après l’attente…

Et entre les deux – notre tête – notre impatience…

 

 

Un seul trait vers l’impossible – parmi mille lignes – dans un carnet dédié à la lumière…

Et des rives – (toujours) trop nombreuses…

Et l’âme, soudain, qui vacille…

 

 

D’étranges vibrations et des peurs immenses – dans l’idée de la mort ; l’absence imaginée – toute une traversée – et le possible qu’il nous faut accomplir…

Tout se poursuit – sans la moindre ressemblance avec ce qui fut – comme si tout se répétait différemment…

 

 

L’oreille collée à la porte du silence – le monde caché derrière – perceptible depuis le seuil – si fébrile – si bruyant – presque sans effet, pourtant, sur nos yeux taciturnes qui ne voient ni la terre – ni les fleurs – ni les hommes – qui les devinent seulement – à peine…

 

 

L’hiver et la nuit terrassés – au-dehors – mais si vivants dans notre poitrine. Comme deux fauves affamés – prêts à nous dévorer – de l’intérieur…

 

 

Ce qui nous sépare et nous attriste – le front trop fier – la posture altière – le sang mêlé à la terre – la fortune des oppresseurs – l’étroitesse et la grossièreté – ce que nous bâtissons sur les blessés et les morts ; l’ignorance et la monstruosité des hommes…

 

 

L’âme et le geste de plus en plus sauvages…

La fuite plus vive – plus prompte – lorsque les visages nous demandent de participer à leurs histoires – de légitimer leur posture – toutes ces chimères – routes et ruines – de bout en bout – et désastre (totalement) insignifiant – très bientôt…

 

 

Là – partout – à aiguiser leur couteau – alors que la tombe est toute proche – à quelques longueurs de bras (à peine)…

 

 

Le temps absurde de l’attente – sans acte…

Et la joie et le silence du retrait – comme une présence active – parfaitement attentive – pleinement immobile – incroyablement agissante – à travers l’invisible – l’essentiel…

 

 

Vies de songe et de folie – avec leur appareillage – leurs stocks d’images – de désirs – de repères – leur traîne envoûtante et leurs effets (hautement) délétères…

 

 

Du noir au néant – à travers l’absence et la mort – comme une ignorance cernée par de hauts murs – et une couche épaisse de boue en guise de toit…

En cage – sur cet infime carré de terre…

 

 

Vie d’oubli et d’invisibilité – comme un saut hors du monde et de la mémoire…

 

 

Entre les hommes et les Dieux – comme une traversée du vide – solitaire – infailliblement solitaire…

 

 

L’habitude – notre tâche – jusqu’à la mort…

 

 

Seul – dans les paysages – sur les chemins – entouré d’arbres et de silence – et de quelques visages (parfois) – presque rien sous le soleil fidèle et inaccessible – implacablement tourné vers la quête, puis vers l’absence – passé maître (si l’on peut dire…) dans l’art de la soustraction et du retranchement – avec, dans la poitrine, un cri et quelques regrets (souvent) exagérés…

 

 

Une sarabande de corps jetés les uns contre les autres – les uns sur les autres – les uns dans les autres – comme une immense orgie – avec des têtes – des bustes – des membres – entremêlés…

Des existences sans nom – sans épaisseur (véritable) – sans possesseur – mues seulement par le désir – le plaisir et l’extase – et le rêve trop ambitieux (et sans doute inatteignable) de la délivrance…

L’esprit dans la matière – et libéré (en partie) par elle – en quelque sorte…

 

 

La tête ronde – et sur l’autre versant du monde – infinie…

Une merveille au-dessus des eaux noires…

Le temps desséché – autant que le désir des Dieux…

Libre – comme une âme offerte – serviable – obéissante – comme deux mains tendues vers la soif – porteuses d’eau – d’ailes et d’envol…

Quelques plumes dans le vent – quelques plumes dans le ciel…

 

 

Mille siècles de croyances – sans Dieu – sans soleil – les deux mains jointes – comme une flèche patiente – immobile – les yeux fermés sur la terre – sur les morts – sur les démons qui nous habitent et nous entourent – espérant seulement que le ciel, un jour, puisse nous offrir un foyer – un refuge – un petit carré d’infini – une infime part d’éternité…

 

 

Matière à dire – autant qu’à se taire…

Vie de murmures – de surprises – de soubresauts…

Quelques gestes – nécessaires – histoire d’éviter la parole – de la contredire – de la transcender – d’échapper à toutes nos chimères…

Devenir celui qui est

 

 

De grandes choses au dos des gestes – derrière l’apparence ordinaire du langage – comme une chair profonde et invisible – une âme plus précise et déterminée – une manière d’incarner la loi (véritable) – le silence – une chose si peu humaine…

Personne – direct – sans détour – comme une flèche fidèle à l’étendue – cible de la surface et des profondeurs – sans axe – sans centre – sans périphérie – la mère de tout – l’origine – la matrice première – l’être sans antériorité…

Tout – presque rien – en somme…

 

 

Le monde brûlé – en poussière…

Des états successifs…

L’infinité des combinaisons possibles…

L’être sans âge – à travers tous ses masques…

Les mille apparences prises – tous les déguisements…

Les yeux de tous – les mille couleurs ramenées au plus simple – à ce qui s’impose – à ce qui finit toujours par s’imposer – la seule nécessité…

Les errances et les divagations – le délire et la vérité – la poésie et tous les malheurs – toutes les malédictions – ce qui nous est le plus cher – ce que nous sommes malgré la parole – les mensonges et l’illusion…

Le plus juste sous l’ignorance et l’aveuglement…

La lumière – le silence – la sensibilité – derrière le bruit – le noir – l’indifférence…

Tous les noms et tous les visages de l’Amour…

 

 

Bain de lumière – chaleureux…

Et tout ce bleu – au-dessus – qui nous inonde…

Sur la surface – le scalpel des Dieux qui nous taille un visage – un bout de chair vivante – un souffle – une poitrine – histoire de renifler un peu le feu et les limites de l’infini – ce qui est offert à toutes les créatures terrestres…

Ce que l’on garde à l’abri du martèlement du temps – une sorte d’origine au-dedans – pas l’image d’un Dieu – la matrice de l’âme et du ciel – l’immobilité parfaite de l’esprit – sensible et lumineux – étranger à ce monde – à cette respiration de la matière…

 

 

Ce qui tremble – comme le jour arrivé à maturité…

Le monde devant soi – comme une pierre pardonnable – une main tendue au milieu de la nuit…

Toutes nos illusions démasquées ; le soleil au fond de l’âme – rayonnant comme à travers des grilles – comme une fenêtre ouverte, peut-être, pour la première fois…

 

 

Un chemin entre le ciel et nous…

Au fond du bleu – tous nos secrets…

L’image du monde – de Dieu – par terre – piétinées – inutiles – comme de simples idoles…

La fête en tête – couronnée par toutes ses blessures – devenues failles, puis ouvertures – prémices, sans doute, de l’infini…

Les identités défigurées – enchevêtrées – inextricables – et dans le miroir – le même visage aux reflets si nombreux – si changeants…

Nous-même(s) démasqué(s) – mis à nu…

 

 

Sombres – fous – de tout ce qui s’ajoute – de tout ce qui nous alourdit – comme une édification massive et dégoulinante – qui ne tiendra que quelques heures – quelques lunes peut-être – sous le poids du provisoire…

Le règne du mélange et de la nudité…

Le vide paré de tous ses déguisements…

 

 

Dans les bras d’une folie tombée parmi nous…

Soleil devant – l’âme déshabillée…

Sur ce chemin perdu – découpé en quartiers nocturnes…

La tête toute creusée par le vent…

A se demander jusqu’où nous mènera la roue de l’identité – sur quel petit carré de terre elle s’immobilisera la prochaine fois…

 

 

Le sommeil voilé par les yeux ouverts – l’impression d’une vie davantage que la croyance en un rêve – le front leurré comme tous les autres avant lui – comme tous les autres autour de lui…

Et dans le corps – le désert – la vérité – la sensibilité vivante – qu’aucune idéologie – qu’aucun mensonge – ne peut tromper…

 

 

Le monde – dans nos deux mains tendues – à découvert – comme une bête retranchée – la folie sous le front – au bout des doigts…

Les apparences renversées…

La rencontre de tous nos visages – tournés les uns vers les autres – encerclés – autour d’eux-mêmes…

Le sang des vivants – la foudre des Dieux – les forêts en feu et la terre aux abois…

Le noir qui envahit tout le cercle…

Notre figure ridée et vieillissante…

Ce que l’esprit ne pourra (jamais) transformer…

 

 

L’oiseau – en nous – qui feint le vol – le geste plein de promesses – la nuit imprévue – des grimaces par-dessus le rêve – comme si la voie était impraticable…

Le jour – comme le sol – craquelé – qui se fendille sous la force des mains saisissantes – sous la puissance des pas trop pesants…

Et nous – immobiles – dans le noir – encerclés par tous nos fantômes – brisés par toutes nos tentatives…

 

 

Devant nous – ce que l’on nous répète à l’envi – la nuit invisible – l’intelligence fulgurante de l’homme – l’absence et le geste paresseux – l’ignorance et le rêve – le souffle et la chair – l’aube sans la moindre promesse…

Un sourire et quelques cailloux…

Le plus familier face au plus lointain…

 

 

Nos mains rougies et nos ailes déployées – comme un peu de rosée (ou un peu de rêve peut-être) sur le sable…

 

 

Des yeux attristés par la chair – l’air étouffant – les pierres froides et tranchantes (si souvent) – et l’eau qui coule entre les corps – entre les âmes – qui abreuve (un peu) notre soif…

 

 

Ce que l’on nous offre – de porte en porte – pas la moindre attention – une forme d’absence – une sorte d’indifférence déguisée…

En vérité – rien n’émeut l’homme – le cœur – la psyché inattentive – qui n’ont d’yeux que pour leurs élans – ce qu’ils cherchent à assouvir (et les moyens d’y parvenir)…

Nous nous détournons – presque toujours – du moins détestable – de ce qui nous rapprocherait de l’homme – de ce qui nous donnerait envie de l’aimer davantage…

 

 

Presque toujours tremblant – devant notre histoire – des lèvres pour nous raconter – une tête pour imaginer – et la suite à vivre – à écrire – à partager ; le récit de notre insignifiance ordinaire – si commune – jour après jour – page après page…

 

 

Tout s’écrit avec le noir des jours – la lumière de l’éternité – tantôt gauche – tantôt avisé – la main tremblante – l’âme confiante – vacillante – brinquebalée (presque toujours) parmi les choses – avec, de temps en temps, une main heureuse – une main secourable – qui se tend vers nous…

 

 

La nuit exposée aux yeux de tous – la mémoire défaite – défaillante – la chair oublieuse – la lourdeur de la marche – la peur qui aveugle – à pousser sa charrette de malheurs…

A petits pas vers la chambre du cœur – vers la chambre des larmes – là où nos fantômes attendent leur repas…

 

 

Quelque chose comme un peu de neige sur les fleurs de la pensée – un oiseau posé sur notre épaule – un désir d’envol et de lenteur – une présence chaude – rassurante – pour apaiser notre crainte de la mort – cette terreur éprouvée face à l’absence…

 

 

Une pluie dans l’âme – comme une privation de lumière – une condamnation à vivre dans la proximité du noir…

 

 

Un jour – un avenir – un autre jour – un autre avenir ; des visages et des espérances qui se suivent sans discontinuer – de rêverie en impatience – dans le règne permanent – quasi dictatorial – de l’après – dans l’attente de ce qui pourrait arriver – de l’événement suivant – du déluge – de ce qui nous sera offert au jour de notre mort – comme enchaîné(s) à la suite perpétuelle du temps…

 

 

Mourir – si longuement – si promptement – entre deux naissances…

D’un rêve à l’autre – et entre chaque – un peu de lumière…

 

 

Des traces de vie – quelques empreintes sur le sol – quelques lignes – et un peu de feu qui brûle au fond de l’âme…

 

 

Nous inventons des mondes – des visages – toujours quelque chose – un peu de compagnie…

 

 

Les jours privés d’extase et d’invention – de poème et de fantaisie – la vie sous cloche – en deçà de tous les seuils – si restreinte – dans toutes les cases prévues (et appropriées) – pas si loin d’invivable…

 

 

Comme une aube rehaussée – délicate – hors du monde – hors du temps – à l’envers des visages et des saisons – au-dedans exposé – là où la chair et les bruits s’éclipsent au profit de l’être et du silence…

 

 

Ce que l’on nomme en dehors du langage – cette lumière invisible – ce bleu immense – cette présence si intense – comme une géographie de l’inabordable à la périphérie si chaotique…

 

 

Sur notre promontoire – au faîte de l’exil – à la marge invisible des jours – là où plus rien n’existe séparément – là où plus rien ne pèse (vraiment) – là où plus rien n’est impossible – là où le regard se fait cercle et pointe – flèche et envergure – là où la mort se résorbe dans l’Amour – comme toutes les choses du monde d’ailleurs…

 

 

Dans les battements secrets du cœur – derrière les sourires – ce que l’on affiche – parmi toutes ces choses que l’on garde pour soi – toutes ces confidences devant le miroir…

L’âme encore intacte – au milieu du monde – au milieu des adieux – au milieu des grimaces…

 

 

Un cri – en nous – brûle – flotte – cherche un peu d’encre – un coin de feuille – un peu de tendresse – deux bras tendus – l’Amour et la lumière qu’il espère (depuis toujours)…

 

 

Le rôle du temps et de l’oubli…

Des ruines entre nos tempes – la tête trop pleine – déjà ailleurs…

 

 

Dieu – partout – au-delà du désir – au-delà des images – qui n’appartient ni au monde – ni à la matière…

Ce qui se présente – entre nous – parmi nos dévastations – au cœur même de l’argile – entre nos larmes et cette étrange colonne de lumière au-dedans des yeux…

 

 

Dans le regard – deux ailes ouvertes et un ciel immense – l’innocence dans sa pleine liberté…

Et l’âme s’amusant à dessiner dans l’air de grands cercles mystérieux…

 

 

La peur et le vide – balayés d’une main leste…

De la chair tiraillée qui entoure le mystère – qui enrobe tous les secrets…

Ce que l’on érige d’une parole – d’un peu de poésie – pour fendre la pierre – s’élancer au-dessus des danses – devenir aussi indispensable et vertical que le silence et les aspirations de l’âme…

 

 

Parfois – la fraîcheur d’une langue nouvelle – construite à partir des ruines de mots trop volontaires – libre, à présent, de dire sans raconter – d’évoquer sans témoigner – de bâtir un étroit chemin entre les hommes et la lumière – comme une passerelle de signes au-dessus du monde et des idées – un escalier de verre et de vent vers les sphères invisibles du ciel – entre le soleil et le sang…

Nous-même(s) – autrefois – aujourd’hui – pour toujours – très ordinaires – insaisissables…

 

 

Toutes les choses communes aux morts et aux vivants…

Loin – immobiles – sous la terre – dans l’esprit – un peu de cendre et l’épaisseur de tous les livres…

Du bleu en direction des âmes…

Une manière d’indiquer au monde l’au-delà du feu…

 

 

Un grand silence au milieu de la pensée – derrière la figure du souvenir – cette béance dans laquelle tout finit par tomber à la renverse – les mots – les choses – les visages – la longue liste des rencontres et des événements – toutes les insignifiances de notre vie – ce qu’il convient d’abandonner à la terre – l’intransportable…

Le reste – le plus précieux – demeure – au fond de l’âme – à l’abri des fureurs du monde…

 

 

Derrière la ferveur de la vie passante – si provisoire – le reflet de la lune – et, enfouie plus profondément, la surface sur laquelle miroite la lumière – et en arrière-plan de tout – quelques pierres et un peu de sommeil…

Les restes de notre voyage qui dévalent leur pente depuis les plus hauts sommets…

 

 

Des yeux rougis par les initiales du feu…

Le soleil conçu comme un poème – un vertigineux délire – avec du vent – des mots – des draps – et quelques larmes au début et au terme de chaque histoire (toutes aussi communes les unes que les autres) ; l’amour manquant – l’amour retrouvé – l’amour déchirant – et nos cœurs arrachés – estropiés – et nos corps, si beaux autrefois, devenus simples bouts de chair – puis lambeaux – et les âmes – et nos âmes – n’espérant plus, à présent, qu’un coin de terre et de ciel anonyme – perdu au milieu des autres – un peu de quiétude – après tant d’aventures – de blessures – de tourments…

 

 

Dans l’ombre du sang – l’ardeur et la violence – ce que nous fréquentons en vivant – la chair et le vent – l’un dans le ciel et l’autre sur le bûcher – la poussière et la cendre – ensemble – emportées plus loin – ailleurs – qui ressemble à ici (à s’y méprendre)…

 

 

Toutes les couleurs du monde et toutes les finitudes du temps ; et nous – dans cette chair bariolée poussée au fond de toutes les impasses…

Un trou au terme de chaque chemin – et la même lune qui brille au-dessus de la terre amoncelée…

Des vies- et des morts-arc-en-ciel – sans la gaieté…

 

 

Trop haut – parmi le peuple des nuages – et la tête blanche aujourd’hui qui arpente le bleu immense – au-dessus des pierres grises – sans éclat – du tumulte du monde – la voix assise sur la marche la plus basse du ciel – la parole lancée vers la terre populeuse – ignare et populeuse – trop docile – sans curiosité…

Quelques poussières d’or jetées sur un lit de paille…

Quelques fleurs abandonnées dans la fange froide et insensible…

 

 

Nous avons tant aimé – nous avons cru tant aimer ; et, un jour (très vite), nous retrouvons la solitude (le temps, à peine, de tourner la tête, et l’Autre est déjà loin – déjà parti)…

Les épaules et l’âme nues – aussi seul qu’au début du voyage…

Des Autres – à peu près rien – quelques attentes – quelques cris – quelques plaintes – des masques et des mensonges – la liste des intérêts bien gardée…

Et notre enfance – et notre espoir – passablement perdus…

Et notre cœur comme une fenêtre – petite et étroite – posée au bas de l’édifice – comme une minuscule ouverture recouverte par un long et haut mur de chair encore désirante…

 

24 mai 2020

Carnet n°234 Notes journalières

Le monde perdu – derrière nos yeux – souvenirs seulement qui, peu à peu, se soustraient à la mémoire…

Rien que des amas composites – de plus en plus éloignés du réel…

Comme des obstacles entre la source et notre soif…

 

 

Tout – en soi – comme un obstacle (radical) à la fluidité…

L’existence sans lutte – sans déchirure – sans hardiesse – d’un seul bloc – comme une pierre – une montagne – apparemment intacte – à la surface épargnée – mais qui, au-dedans, abrite tous les excès – toutes les folies – mille plaies et mille brimades – et autant de charniers que de champs de bataille – l’âme et la chair en charpie – le sang et les cadavres qui s’empilent – qui s’entassent – sans pouvoir être évacués…

La pourriture et la pestilence – à peu près tout ce qui existe à l’intérieur…

 

 

Le monde de moins en moins abstrait – comme une évidence (experientielle) – hors des boîtes où nous l’avions soigneusement rangé – avec collée sur chaque couvercle une étiquette mensongère…

A hauteur de pas – à présent – bien loin de la proximité des lèvres et de la nécessité de dire – éprouvé sans témoin et sans (réel) besoin de témoigner…

Nous – immobile – sans voix – assis à l’écart de la meute – des yeux pour voir ce qui a besoin d’être vu – une âme au-dedans – penchée – légèrement bancale – déséquilibrée par les vents journaliers – puissants – sans délicatesse – nés pour balayer le monde et l’esprit – et emporter le provisoire – tout ce qui existe (en vérité) – comme un outil à l’usage des vivants pour ôter l’inutile – nous façonner un regard – une virginité – une innocence – et pouvoir vivre dans la souveraineté du plus simple – avec ce qui seul peut rester – avec ce qui seul doit demeurer…

 

 

Cette existence – comme une marche incessante – une voie pluvieuse et nocturne – ce que l’on cherche sur la terre – dans le ciel – sous la roche – dans le cœur des Autres – ce qui constitue (et entrave) notre étrange voyage…

 

 

On attend là – immobile – inutile – inexistant pour le monde et les Autres (essayant seulement de ne pas gêner – de ne pas heurter – de ne pas blesser – ce qu’ils sont). Comme une montagne – un amas de roches – pourvu d’un souffle et d’un imaginaire – conjecturant – échafaudant mille plans (mille stratégies) – porteur d’attentes et d’exigences – cherchant une route – une issue possible à cette trop souveraine fixité…

Rien – pourtant – ne bougera – ni ne changera – avant la mort…

Promis à la même terre – la chair vivante et le squelette…

 

 

L’âme et la peau écorchées – assis dans un coin – au fond de la pièce – dans l’une des antichambres du monde – regardant les choses passer – apparaître et disparaître – et s’enorgueillir parfois entre leurs (pauvres) limites – le ciel blanc – très haut perché – au bord du jour – de ce bleu immense…

Et nous autres – aux confins de l’ordinaire – aux confins du plus quotidien – sur cette frontière invisible entre le dessus et le dessous – entre ce qui invite à la grâce et ce qui relègue à la condamnation…

Instables – incapables et indécis – comme toujours – pris dans la turbulence imperceptible de ce que nous ignorons…

 

 

Sous le front – la persistance du feu et du froid – des murs infranchissables et des routes qui se perdent dans le lointain…

La parole balbutiante qui se déverse sur la pierre en dessinant des visages amis – des compagnons de solitude – en attendant (avec impatience) la lumière…

 

 

La roue du monde et l’axe du temps – figures de paille – figures de pierre – à peine conscientes de la clarté du ciel…

Et nous – essayant d’expectorer la parole – la vérité balbutiante – la lumière enfouie au-dedans de tout…

 

 

Ce qui est là – ce qui pousse – derrière la volonté – le mystère – l’invisible – ce qui aspire à être perçu – compris et habité – à seule fin d’être pleinement incarné en ce monde – à chaque instant – dans l’ordinaire le plus quotidien…

 

 

L’existence comme terrain situationnel – manière de plonger entièrement – la tête – le corps – le cœur – dans une succession de circonstances qui leur paraissent suffisamment réalistes – authentiques – incontestables – afin qu’ils se transforment et se révèlent – afin qu’ils découvrent ce qu’ils portent de plus essentiel – ce qu’ils sont (ontologiquement)…

L’existence comme théâtre du réel – théâtre du vrai – et le monde et les Autres comme décor mobile et vivant – laboratoire de l’être – pour que la matière – l’incarnation – renouent avec l’origine invisible – verticale – et puissent la porter – et la vivre – consciemment – en toutes circonstances – sur toutes les scènes du monde…

 

 

Nous autres – la tête endormie sur le versant sombre du monde – sur le versant sombre de la lumière – et l’âme partie explorer l’autre côté de la nuit…

Le front contre la pierre et le cœur encore vagabond…

La route (totalement) inutile pour celui qui voyage…

 

 

Au-dedans – des lieux nocturnes à révéler au jour – des terres en dessous de la terre – et notre âme – et nos mains – noires à force de fréquenter les sous-sols – de creuser dans la boue…

Tout un monde sous le monde – mille régions hostiles – des univers entiers – ce que nul n’enseigne – ce que tout nous apprend – et ce qu’il faut découvrir – et éprouver – par soi-même…

 

 

Ce qui surprend la terre – cette route à l’envers – du ciel vers le ciel – qui échappe au monde et aux orages…

 

 

Sur la pierre – la nuit qui tombe – le jour devenu inutile – autant que ce que nous aurons essayé de bâtir – et qui se désagrège déjà…

Le visage appuyé contre la porte fermée – contre toutes les portes fermées depuis l’enfance…

Et les heures qui se multiplient comme les pains d’autrefois – mais, cette fois-ci, pour rien – pour personne – comme la simple contrepartie de la pénurie vécue pendant des siècles – la réponse, peut-être, à notre indigence millénaire…

 

 

Même les yeux ouverts – nous dormons encore…

Même dans le bruit – nous ne nous réveillons pas…

En ce monde – tout est fait pour que le sommeil dure toujours…

 

 

Entre les mâchoires du monde – dans les entrailles du temps – la chair brûlante – le souffle prisonnier de la poitrine – les yeux qui se perdent à l’horizon…

Et – en nous – comme le plus précieux – ce qui leur échappe…

 

 

Le silence hissé au milieu du jour – contre les cloisons de l’âme – au croisement de l’air et de la route – par vagues successives – comme un courant qui déferle – un peu de sagesse sur la folie de ce monde…

La respiration – comme la fête invisible du souffle – enfin reconnue – enfin célébrée…

 

 

Un petit air de flûte pour éveiller notre premier Amour – notre tête sur l’oreiller – notre cœur retranché derrière le front – toute notre vie derrière ses remparts…

 

 

De l’ombre à la surface de tout – agissant sur les apparences – la couleur des choses du monde – et laissant intactes la texture et les profondeurs…

 

 

Les ailes de l’air qui nous portent vers ailleurs – une immense étendue blanche – un monde plus léger – une manière de vivre plus libre – affranchie des soucis terrestres et de la cécité de l’esprit occupé (essentiellement) par l’inutile et la vie prosaïque…

 

 

Entre le mur et le vide – devant nous – ce que nous traînons ; les rôles qui se sont, peu à peu, inversés – nous comme objet – chose à mener vers l’être sur des rails provisoires et imprévisibles qui se construisent instant après instant par l’entrecroisement (et l’enchâssement parfois) des destins – la rencontre des phénomènes – nous comme marchandise docile emportée ici et là sans rien voir – sans rien savoir – et que les Dieux, un jour, échangeront contre un peu de sagesse…

 

 

Nous – renonçant – comme un tas de pierres – inerte – mains ouvertes – l’âme à l’air libre – sans un regard sur les choses d’autrefois – abandonnées – avec dans la tête, pourtant, quelques traits tenaces – des sillons et des éclats de visages passés – des souvenirs et des fantômes qui s’obstinent à nous hanter – à nous déposséder du vide – de la joie – de la liberté…

Le silence – ainsi – plus difficile à atteindre – à habiter…

 

 

Des encombrements entassés contre nos murs – de plus en plus froids – de moins en moins poreux – hermétiques bientôt – et nous condamnant (à terme) à l’étouffement et à la folie ou, au contraire, à l’abandon et à la délivrance…

 

 

Nous – parfois – rompu – à l’intérieur…

Le foyer au-dehors comme un pitoyable refuge – le sol – les mains – les visages – froids – aussi inaccessibles que ce que cachent les murs du monde…

La place indécise – et bientôt vacante ; nous reprenant déjà la route – le voyage – avançant sans jamais défaillir – allant d’absence d’abri en absence d’abri – pas même assuré du pas suivant ; progression sans étreinte – sans autre proximité que celle du silence – sans autre compagnon que ses propres visages (intervenant parfois)…

Le monde – en nous – disparu – autant que la nuit – avec, à présent, des éclats de lumière dispersés…

La solitude et le vent – le souffle et la main ouverte – prêts à s’abandonner aux circonstances (et à se sacrifier si nécessaire)…

 

 

D’un jour à l’autre – sans visage – sans appui – sans témoin – de plus en plus desséché – comme si l’absence s’aggravait – devenait le contexte habituel…

Et l’âme étendue au fond de soi – épuisée – au seuil du désespoir…

 

 

La nudité sans égale – à force de défaites et de soustractions ; aux yeux des Autres, le signe du déclin et du dénuement – une forme de détresse – la pauvreté la moins désirable – la vie saccagée – sans intérêt – sans la moindre épaisseur ; et la preuve, à nos yeux, que la sagesse a été inversée (depuis des siècles sans doute) – ce que les masses prennent pour une malédiction et que l’ermite – le solitaire – le poète – portent aux nues – comme un don de Dieu – un présent octroyé malgré nos restes (si peu reluisants) d’humanité et le voisinage (presque toujours nocif) des hommes…

 

 

Ce qui se risque à vivre avec nous – dans nos profondeurs – sur nos territoires reculés. Ce qui s’immisce à travers tous nos orifices. Ce qui fait de nous un lieu de passage – une aire de transit…

L’eau – l’air – l’invisible – le plus innocent de l’âme et les parts les moins suspectes de la terre et du ciel…

Nous-même(s) enchevêtré(s) à tous les Autres. Et tous les Autres – dispersés – en nous…

Toutes les pièces du grand puzzle de l’être – en somme…

 

 

Nous – dans le jour – matière tiède traversée sans égard (le plus souvent)…

Avec quelques (maigres) annotations sur le grand registre du monde – le petit palimpseste des heures…

Insignifiant(s) – (presque) inexistant(s) – dans la durée – en quelque sorte…

Vivant(s) – valide(s) et vaillant(s) – que dans l’instant indéfini…

Inerte(s) ou en mouvement – qu’importe…

Présent(s) – comme un point – une tache – sur la longue liste de ce qui existe sur terre…

 

 

L’œuvre inconsciente des Autres – concentrés sur leur misérable besogne – prise dans l’écheveau général – comme un infime élément – une minuscule vibration sur une corde reliée à toutes les cordes de l’univers – s’unissant ou s’opposant à toutes les vibrations alentour – participant à la tension globale de la trame – au chant commun chaotique et harmonieux – et nous – et chacun – bougeant – vibrant(s) et secoué(s) – avec l’ensemble…

 

 

Nous – parfois – déchiré(s) – à l’intérieur…

De la matière éparse et froide – la poitrine suffocante – le plus sauvage enfermé à l’intérieur – furieux – fulminant – tournant en rond – gaspillant, malgré nous, le peu d’énergie qu’il nous reste au lieu de nous rassembler – de réunir tous nos visages – tous les frères de notre communauté – et de faire bloc pour demeurer unis – ensemble – totalement solidaires – et nous tenir devant ce qui a besoin d’être protégé – comme un rempart infranchissable…

Telle une armée face aux envahisseurs – face à toutes les forces destructrices extérieures…

 

 

Seul – au milieu de l’espace – face à l’immensité – au-dehors et au-dedans – sur cette terre aride et déserte – comme un point infime tiraillé par les vents contraires…

Ni sente – ni pente – ni montagne – ni montée – rien – pas le moindre chemin – pas le moindre repère – et tout qui défile – en nous – devant nos yeux – en désordre – sans être capable de saisir la moindre chose…

L’âme ouverte et les deux mains attachées derrière le dos – à suivre les courants – à assister, impuissant, à tous les excès et à toutes les destructions – sans pouvoir détourner la tête devant les visages de la mort…

Sidéré – la poitrine haletante et l’âme terrifiée – seulement…

 

 

En nous – la vérité nue – que l’on pare et colore pour lui donner des airs attractifs – et dont on se fait le mensonger possesseur…

 

 

Mille faces changeantes – provisoires – sur le même visage. L’âme peuplée de monstres – de mondes – de chimères. Nous – comme un passage continu – sans rupture – entre le proche et le lointain – entre ici et tous les ailleurs – entre le dehors et le dedans apparents – lueur – infime élément de la lumière – obscurité – minuscule fragment de l’étendue noire – nocturne…

La foule – en nous – et nous – dans la foule – indécelables…

Partout où est le vivant – dans tout ce qui existe ; l’âme – le souffle – la pierre…

 

 

Nous attendons ce que l’ombre dénude – le ciel et son innocence – notre main que rien ne distingue de la route – la route que rien ne distingue de l’horizon – l’horizon que rien ne distingue du monde. Le jour qui s’anime et la nuit sur le sol – vaincue – avec, par-dessus, notre tête posée dans la poussière…

 

 

Tout – en nous – abonde – déborde – s’étend – cherche à élargir ses horizons – devient le lien avec ce qui nous dépasse

 

 

Nous vivons comme si l’existence terrestre n’était qu’une fenêtre sur un socle – un étroit carré sur le sol exposé au ciel – un asile sans mur où le goût de l’Autre est moins essentiel que la faim pour survivre – où le refuge (véritable) n’existe qu’au fond de l’âme – la seule demeure – en soi – invisible – un monde où l’Autre n’est (trop souvent) qu’un outil provisoire dont on use à sa guise – que l’on manipule sans honte – pour assouvir ses désirs ; un monde d’échanges et d’alliances où la seule loi en vigueur – où la seule loi possible – est celle du commerce…

 

 

A l’autre extrémité du jour – la même chambre qu’aujourd’hui mais élargie à l’univers – et, au-delà, à l’infini…

Le ciel dans le dos – fenêtre dans la tête – et sur ses parois, le reflet moins vif des murs qui nous entourent – rehaussés (presque toujours) par nos craintes et nos excès – avec de la terre jusqu’au cou – et jusqu’au fond du cœur – engorgé…

Et dans l’âme – tout qui s’entasse – malgré notre furieux désir de soleil…

 

 

La pierre – comme notre fatigue – lasse et sans éclat – creusée sur toute sa longueur par un restant de désir – la volonté, un peu émoussée, du ciel qui aimerait nous emplir jusqu’au front…

Le sol devenu rouge par la proximité du feu et la chaleur d’un astre faussement déclinant né de notre ancienne ardeur…

Tout – comme des ailes – comme une trouée inespérée – des parcours et des itinéraires sur l’entière étendue. Et nous – resserrés – et, en partie, réparés par la possibilité d’une envergure nouvelle…

Et la montagne devant nos yeux – perçue non comme une épreuve – mais comme un refuge – un fief – un rempart contre la folie et la monstruosité des hommes…

 

 

Une vie sans rêve – sans empressement – sans autre nécessité que celle qui se présente…

Une terre – autour de soi – une surface évidée – sans repli – sans recoin – sans entassement – autant que l’espace au-dedans – constamment balayés et nettoyés…

Un front sans nostalgie – le cours des choses qui, inlassablement, remplace ce qui disparaît – ce qui a été oublié…

Chaque pied sur une pierre nouvelle – comme une marche sans effort – sans limite – sans chemin – (presque) en plein ciel…

 

 

Des fils enchevêtrés – comme une trame – un piège – nous – le monde – pris dans tous les filets – détenus – funambules privés d’envergure et de liberté – marchant – rampant – escaladant – la corde au pied – n’allant jamais au-delà de leur ombre…

Quelques souffles – à peine – jusqu’au soir…

L’âme comme un champ déserté…

Pas même le début d’un chemin…

 

 

Dans le rythme et le mystère des Autres – rien – en soi – qui puisse nous libérer de leur emprise sinon le regard affranchi de la matière…

 

 

La multitude – comme origine du malaise – du déploiement – de la débâcle – au commencement du temps…

L’espace comme possibilité d’incarnation – le monde comme champ d’expérimentation – la matière balbutiante – à parfaire sans cesse…

 

 

Devant soi – la voie déserte – la tête dégagée – l’âme prête à se hisser au-dehors – du côté du ciel – sur son versant le moins sombre – la poitrine ouverte et les mains agiles – au milieu des Autres et des ornières – avec des lambeaux de vie et de mémoire arrachés – comme si notre parcours – notre visage – n’avaient plus d’importance – aux prises avec des émotions vives et entremêlées – nées de toutes ces rencontres inévitables (ou que nous estimons nécessaires)…

Des brisures – des épreuves – des morceaux d’existence…

 

 

Nous – juste au-dessus du sol – contre les vents – avec des murs d’air à franchir – en marche vers notre seule espérance – les promesses du ciel…

Des événements – un récit – le déroulement tragique de l’itinéraire – et la proximité – l’intimité – l’accompagnement – qui se précisent – peu à peu – pas à pas…

 

 

Quelques lignes – dans les hauteurs – retranchées – comme pour donner du souffle au reste – à ce qui est confiné au ras du sol – à l’ordinaire – au plus quotidien – au monde des hommes…

L’air – la poésie – l’existence terrestre – à l’intersection de ces sphères – l’invisible…

Et nos pieds sur la pierre…

Et nos mains déjà plongées dans le silence…

 

 

Des portes dans l’immobilité – des routes et du vent – au cœur du même silence – des tourbillons et des bruits au milieu de l’infini…

Et nos têtes qui, parfois, cherchent à comprendre…

 

 

Dans le feu – nos pas que nous jetons sur le sol – les traits sur la page tracés au feutre – notre âme qui cherche ses pairs dans la boue – entre les pierres – sans jamais regarder au-dedans des Autres – au fond de leurs yeux – pour dénicher cette fenêtre inconnue – invisible – que chacun porte malgré lui…

Et – au fond de nous – au fond des choses – cette folie qui nous honore et nous sauve – des intentions démesurées comme des ponts entre les rives trop prosaïques – entre la terre des hommes et la cité des Dieux – sans un seul itinéraire présupposé – mais un chemin qui s’invente à chaque foulée – et qui efface – peu à peu – au fil du voyage – notre visage et notre volonté…

 

 

Des tours et des tours – dans le même labyrinthe – ce dédale d’air et de vent – avec ses précipices et ses tourbillons…

Un univers de masques et de trompe-l’œil – comme une toile d’araignée façonnée depuis des millions d’années – l’origine de la matière – au-dessus du vide – avec, par-dessus, le ciel peint – et, autour, de la roche – des murs – des visages – parfaitement dessinés…

Le décor du monde – noir et bleu – le néant revisité avec des choses et des personnages – suffisamment réalistes pour nous faire croire qu’ils sont vrais – autant que celui qui les regarde – et qui doit parvenir à trouver un chemin à travers les ornières – les trappes – tous les obstacles disséminés ici et là par les Dieux…

 

 

Nous – sous la terre déjà – recouverts de noir et de culpabilité – incomplets et taciturnes – sans autre espoir que la fusion générale – la fusion parfaite…

 

 

Les pieds dans le vide – les yeux bandés – sur cette étendue blanche – au milieu des pierres…

Soi – partout – sans autre visage – sans autre horizon…

 

 

Entre l’air et la terre – notre tête – débordante – si souvent – trop pesante – et qui s’imagine séparée du reste – corps et monde – unis parfois, seulement, par l’ardeur du feu commun…

 

 

De la pierre – de l’ombre – un peu d’espérance – ce à quoi aspirent les âmes privées de lumière – une marche vers la clarté – comme un rêve irréalisable – trop (beaucoup trop) ambitieux…

La vie fangeuse et souterraine – seulement…

 

 

Nous-même(s) – dans le prolongement de tous les précédents – ce que nous fûmes successivement – comme un amas de rêves – de désirs – d’irréalités…

Des pas – une marche – longue (très longue) ; quelque chose qui ressemblerait à un songe – fabriqué à plusieurs – simultanément…

 

 

Nous – démantelé(s) – presque entièrement – en éclats – en fragments – en lambeaux – nous éloignant, peu à peu, du centre – attiré(s) – emporté(s) – collectivement – par l’étrange magie du manège terrestre…

A travers le monde – comme un (seul) voyage…

 

 

Des pierres – des traces et de la cendre – sur le sol…

Et dans le ciel – l’invisible…

Et le silence – en nous – qui se creuse – du centre vers le bord – de la surface jusqu’aux tréfonds…

L’esprit labouré – piétiné et retourné – par le monde. L’esprit des Autres – pénétrant. Et l’âme – comme un sac – où tout se dépose et s’entasse ; l’étrange accumulation des choses et des faiblesses – des luttes et des bagages – le grand embarrassement qui empêche de voyager plus léger – plus libre – moins entravé par les charges et les fonctions que l’on s’est, peu à peu, attribué pour avoir l’air moins nu – moins dépouillé – moins dépourvu…

 

 

Une route – en nous – à explorer. Et toutes les autres au-dehors à abandonner aux vents et aux pas – à la volonté des Dieux…

Le destin laissé à la providence…

 

 

Des luttes – comme des tourbillons d’air dans les courants (continus) de l’histoire (des vivants)…

Des pierres – des pas – du sang – les traces de ce qui vit…

Les mêmes attributs – les mêmes routes empruntées – les mêmes choses abandonnées…

Pas encore en marche – pas même les prémices du voyage – la rive, seulement, où pourrait naître l’aventure…

 

 

Debout – face au monde – les grimaces à l’intérieur – invisibles – comme l’altruisme et la fraternité – le cœur, sans cesse, attendri par les difficultés à vivre des vivants – leur manière de s’attacher aux choses – aux uns et aux autres – comme si le vide et la solitude étaient insupportables – comme si l’encombrement et les conflits offraient davantage qu’un tête-à-tête avec ses propres visages

 

 

Une plaie cousue au revers de la rencontre – et qui laissera s’écouler, le moment venu, son poids de sang et de peine – l’inévitable épilogue de tout rapprochement – de toute proximité – impossibles (bien sûr)…

Comme un gouffre qui se creuse – et se répète – au fil de l’intimité – à mesure que l’écart grandit – à mesure que la fissure s’élargit – à mesure que l’irréconciliable, partout, instaure son règne – impose ses lois…

 

 

Ce qui nous quitte à mesure que l’on s’enfonce…

 

 

A demi-mot – comme un murmure – un secret livré à voix basse – la vérité hors de propos – celle qui affleure loin de la parole et de la pensée – celle qui se donne à vivre comme une évidence – sans la moindre possibilité de saisie – celle qui s’efface – qui s’éclipse – dès que la main s’avance vers elle – à la moindre tentative de récupération – celle qui est plus proche que l’ombre de notre silhouette – au-dedans de l’âme silencieuse tournée vers l’intérieur – sans intention – sans volonté – avec la plus grande innocence – avec la plus grande simplicité…

 

 

Dehors – debout – sous le soleil – sur les pierres – devant le monde – comme au théâtre – à attendre la fin…

 

 

Sur le chemin – après la mort – le même spectacle – quelque chose qui tourne – presque toujours au bord de l’exténuation – fracturé – en sueur – sous trop de masques – et qui nous harcèle pour qu’on rejoigne la troupe – pour que l’on participe à la nuit commune…

 

 

Tout qui ruisselle – sur nous – au-dedans – la matière qui se liquéfie. Tout – en larmes – en pluie – jusqu’au ciel – jusqu’à l’océan…

 

 

Tout se dresse – entre nous – des murs – des secrets – des confidences – des colonnes d’air – des filets – des idoles – comme un barrage immense qui nous séparerait du ciel – d’un passage possible vers ailleurs – le dedans – loin des masques – des puzzles – du sommeil…

 

 

Guidé(s) par le souffle du hasard qui nous pousse dans le noir…

Nous – entre la roche et la soif – écrasés…

 

 

L’identité – dans la tête des Autres – et, parfois, dans le miroir. La psyché découpée en secteurs – en possibles – en interdits – sous l’autorité du sang et de la peur…

Et le monde – sur nous – qui appuie de tout son poids…

Et la poitrine – avec de moins en moins d’air – jusqu’à l’asphyxie – jusqu’au dernier souffle – jusqu’aux yeux révulsés – jusqu’à ce qu’un Autre nous ferme les paupières…

 

 

Devenir le précipice même – ce qui nous hante – ce qui nous effraye – ce qui nous entrave ; l’image monstrueuse projetée contre les parois – l’ombre du Diable qui nous habite – que nous sommes…

 

 

Une fleur – une pierre – une âme – le même reflet qui surgit au cœur de l’aveuglement – au-delà – tout prend la forme du vide – tout se colore de vent…

Le vide et le vent – même la mort se laisse prendre au piège – surtout la mort peut-être…

 

 

Dans la même allée que le rêve et l’oiseau – la marche possible – la terre offerte – le ciel en contrebas – et nous en dessous – avec une main déjà posée sur l’horizon…

 

 

Des arbres – des visages – alignés – qui patientent derrière nous – un long couloir entre deux montagnes (énormes – gigantesques) – de la roche partout…

Et dans notre tête – tout qui tourne – tout qui danse – les Dieux qui secouent les choses et les destins – qui mêlent ce qui est dépareillé – ce qui refuse de s’unir – au nom de l’ensemble – d’une main ni tremblante – ni sacrificielle – joyeuse tout simplement…

 

 

Nous – ici – que tout abandonne – qui ne possédons pas même notre nom – l’âme dégagée de nos artifices – de nos paroles – de nos espoirs – comme un corps sur une croix – du sang aux pieds de la foule – sur la roche luisante – devant Dieu peut-être – et, derrière, le ciel noir – et, partout, les vivants emmêlés à l’ignorance et à la poussière…

Ce que nous offre le destin et ce que la mort nous concède…

 

24 mai 2020

Carnet n°233 Notes journalières

De la source – l’aube – sans réserve…

Des montagnes et des entailles…

Le gris qui se propage sur les visages…

Pas de hasard – rien de maudit…

Le voyage – l’épreuve de notre croissance…

 

 

Dans d’autres sphères que celle des semences et des récoltes…

Le jour moins épineux que toutes ces nuits successives – à porter l’âme à bout de bras – la chair prise dans toutes les déchirures…

 

 

Le souffle qui jaillit de l’âme comme la fleur de la terre – génération à la généalogie ancestrale – avec le cœur assez courbe pour épouser tous les destins…

 

 

De ciel en ciel – avec de moins en moins de sang…

Des yeux encore pour croire aux apparences…

Une tête pour raisonner – déduire – imaginer…

Des organes fonctionnels qui devraient se cantonner à leur usage premier – et non intervenir là où ils deviennent un obstacle…

L’ignorance de l’homme – l’incapacité de la pensée à appréhender l’invisible – l’incompétence du néocortex en matière de connaissance de soi…

 

 

La couleur de la première rencontre – comme une main qui effleure notre main – une longue caresse sur notre visage – comme un oiseau, trop longtemps enfermé, qui prend son envol…

Entre tendresse – étonnement et délivrance…

 

 

Nous autres nous éloignant des jeux communs – barbares et indigents – réservés à ceux qui n’aspirent qu’à oublier leur misère ou à devenir autre chose

L’élan contraire nous anime – et parfois même nous assaille ; on aimerait être hors du temps – d’où notre solitude et notre amour du silence…

 

 

De grands yeux ouverts sur le monde endormi…

Des bruits de rouage dans la tête – la visite d’un nuage – le calme de la chambre – quelque chose aux aguets…

Suffisamment éloigné de la foule pour entendre distinctement la voix ; la nôtre – évidemment – comme un bref murmure – quelques paroles adressées à ce qui, en nous, est nocturne et enfantin – à ce qui, en nous, se laisse (presque toujours) aller à la nostalgie et à la tristesse…

 

 

Un visage contre la pluie – le même que celui qui affronte la grossièreté des hommes. Comme – en soi – profondément – viscéralement – un refus de l’inévitable et l’espérance d’un possible franchissement vers au-delà…

 

 

Des paroles pour soi – seul au milieu du noir – avec, au-dedans, le ciel et l’orage – et quelques restes de rêves – obsolètes – totalement inutiles. Le sourire de la lune devant notre figure ébahie – le monde repeint en bleu à force de supplices…

Tout s’écroule – tout se déchire – et, sur le sol, des lambeaux de cœur éparpillés – dégoulinants – comme la seule loi du monde – peut-être – incroyablement cruelle pour la psyché – mais inévitable pour grandir et approcher notre vrai visage – le silence – la vérité…

Toute une géographie où se perdre – et le rien – et le vide – à ressentir – à rejoindre…

 

 

Le monde – de moins en moins abstrait – beuglant – rouge sang – et dans l’âme – ce qui finit par se détacher et nous laisser nu…

La mémoire et la parole – défaillantes – presque hors d’usage – presque hors de propos…

Et toutes les frontières – sur la feuille – effacées…

La vie comme un songe – puis, comme un soleil…

Et nous – comme les pierres et les arbres – essayant, chaque matin, de faire peau neuve…

 

 

D’une brume à l’autre – sans pardon – sans larmes versées…

Dans le sillage des choses – dans le sillage de petits riens…

Le monde que l’on prend pour un paradis – en oubliant l’écart avec ce qui est juste – en oubliant l’écart avec ce qui est vrai…

 

 

Dans la tête – entre les lèvres – rien qu’un bourbier – une fournaise – une danse absurde – toutes nos préférences – un dialogue entre toutes nos folies. Et derrière ce chaos – le silence – déjà présent – discret – incroyablement attentif…

 

 

Le jour – comme un accident sur notre route – quelque chose d’impromptu malgré notre marche assidue et notre fidélité aux chemins – et qu’il nous faudra franchir à genoux pour le voir durer…

 

 

L’inégal combat entre l’espace et notre visage – entre la vérité et notre nom – entre le silence et notre vie trop bruyante…

Que faudrait-il délaisser pour que se dessine dans notre âme un peu d’innocence…

 

 

Debout – parfois – comme si nous avions l’air d’être – mais en désordre au-dedans – et parfois même (totalement) ravagé…

L’apparence d’un visage et d’une silhouette – seulement…

 

 

En nous – le baiser qui attend nos lèvres consentantes – infiniment désirable(s)…

 

 

A dormir dans l’empreinte immense des Dieux au lieu de débroussailler le monde – d’inventer sa sente – de danser avec toutes les ombres brûlantes qui vivent à nos côtés…

 

 

Comme une nuit et des parois dans la tête – une terre mille fois piétinée – un petit carré de sable avec au-dessus – très haut – à peine visible – une ouverture – un passage – un tunnel sans doute – vers l’air frais – l’extérieur – le ciel peut-être…

 

 

Du jour – comme une caresse – une manière de brûler en silence – de vivre au milieu du monde et des heures sans un seul visage confident…

Un baume – un réconfort – une (réelle) façon de se redresser dans la solitude…

 

 

Du silence et de la lumière – comme l’air que nous respirons – les seuls éléments nécessaires – peut-être…

 

 

Où pourrions-nous fuir puisque notre vie et notre tête sont cernées ; approfondir la blessure – sauter par la fenêtre (ouverte) de l’âme – plonger au-dedans et se perdre…

 

 

La tête baissée malgré la présence des arbres ; deux verticalités contraires – et qui se rejoindront peut-être – plus tard – la tristesse passée – le jour descendu…

 

 

Sans impératif – fidèle au feu – le soleil et la blancheur confondus – dans le maquis des heures – dans la sauvagerie des jours – le sourire sur le visage qui, peu à peu, s’efface – puis le visage, lui-même, qui disparaît – avec l’illusion…

 

 

Epaisse – cette absence des hommes – (bien) plus douloureuse que la solitude…

 

 

Une rencontre intacte – innocente – jamais née – comme si nous n’étions que des phénomènes inventés…

En réalité (peut-être – qui sait ?), tout est (réellement) sordide et douloureux – tristement instinctif et animal – comme s’il n’y avait pas encore assez d’homme en l’homme…

Rien qu’une aventure pénible – une pauvre histoire – en somme…

 

 

Nul lieu – nulle route – le même destin aux quatre coins du monde – le nôtre…

Des combats – de la détention – du temps et des choses qui passent ; le lot commun – coincé quelque part sur la terre – sans autre horizon que celui qui existe sous les yeux – sans autre perspective que cette étoile et ce coin de ciel au-dessus de notre tête…

 

 

Un lieu de passage – en nous – partout…

Des millions de choses et d’oiseaux – des figures et des morts – des caresses et des poings levés – des pierres qui roulent de toutes parts – puis, peu à peu, de moins en moins d’objets et de visages – de moins en moins de présence – puis, un jour, plus rien ; l’absence et le silence – seulement…

 

 

Le réel – au-dehors et au-dedans – prêt(s) à lutter – à s’abattre – à nous anéantir…

Verticalité absente ou bancale – et lorsque, trop rarement, elle paraît valide (et suffisamment vaillante) – le même résultat – sauf à l’intérieur où l’espace semble préservé…

 

 

Des noms sur des choses et des visages. Des noms pour différencier – et dans cette série d’insignifiances – le sacre de la multitude – uniforme et similaire – le singulier commun – ordinaire – semblable à tous les autres…

Et – ainsi – des pans de monde qui deviennent invisibles – et que l’on oublie…

 

 

Ce qui se multiplie – ce qui s’étend – ce qui se déploie. Et, pourtant, la même solitude – partout – les mêmes (pauvres) soliloques plaintifs. Des visages face à leurs miroirs…

 

 

Une halte dans la chambre de la forêt – dans l’intimité des arbres et des oiseaux. En ce lieu familier – parmi les nôtres – sauvages et solitaires – la parole dite pour nous-même(s) – sur ce carré sans frontière – où la terre et le ciel ne sont que de simples habitants – où les limites sont ailleurs – dans notre tête et la proximité des autres hommes…

 

 

Qui est-on parmi les siens – parmi ses frères – sinon la continuité de leur présence et de leur parole – l’espace et le silence communs – ce qui unit toutes les parties de l’ensemble…

 

 

Le jour – plus silencieux qu’à l’ordinaire – les mains tremblantes et l’âme plus nue qu’autrefois – moins exigeante – plus docile peut-être – qui acquiesce à ce qui est donné – à la surprise et au coutumier – au plaisant et au douloureux – de moins en moins contrariée par l’inévitable alternance…

 

 

L’odeur de la fuite et du sang – chez la bête sauvage – un frère dans nos rêves – un frère pour notre âme – celui qui habite le même labyrinthe que nous – qui porte le même mystère que le nôtre – celui que l’on doit déchiffrer – celui qui s’éloigne et se cache à la vue des armes et des hommes…

 

 

L’aube – parfois – réfractaire à notre venue ; trop de résistance et d’embarras – trop de doute et d’opposition – et l’essentiel qui manque ; la docilité et la confiance…

Plonger dans son propre gouffre comme un envol – qui pourrait s’y résoudre sans crainte…

 

 

On vit jusqu’au ciel – dans notre absence – sans interrogation – les lèvres pincées – aussi blanches que la neige – pour habiter hors des légendes – aussi près que possible des saisons…

 

 

Ce qui se glisse entre nous – le ciel et la terre – l’apparence d’un monde – la neige sur le sol noir – des larmes au milieu des souvenirs ; tout – comme une invitation – une volonté d’enfance – le retour à une respiration plus simple et plus ample – si nous savions nous retrouver…

 

 

Un chant – et trop de refus – face à l’absence de beauté – face à l’impossible élevé au rang de seuil – au rang de frontière infranchissable…

Plus qu’une espérance – une irrépressible nécessité…

 

 

Nous attendons la lumière – le sacre de l’invisible – comme d’autres le grand amour – le cœur et les mains tremblantes – la mémoire vierge de toute image – et les apparences en désordre…

 

 

Assis – juste un nom (pour les Autres) – au pied d’un arbre – un sourire à la place du visage – et la main tendue comme si l’on attendait que tombe la dernière neige…

 

 

Le rouge au front – sans la moindre honte – la couleur donnée par la colère de l’âme – épuisée – dans sa (vaine) attente de l’homme – désespérée par l’impossibilité de la rencontre – et si affamée, à présent, de solitude et de silence – ardente et fébrile – comme si la qualité des jours (et des années peut-être) qu’il nous reste à vivre en dépendait…

 

 

Le silence – écrin de la clarté du monde et de la voix – outil du Divin que savent si peu manier les hommes – trop chargés de désirs et de secrets – trop chargés d’embarras et d’aversions…

 

 

Le monde – des prières sans ciel – pire – des lamentations – des requêtes adressées à l’inconnu que nous plaçons toujours trop haut – au-dessus de nos têtes…

Les hommes – des ventres sous quelques rêves et des milliards d’étoiles. Et une bouche pour engloutir et vociférer – et, à la fois, crier et masquer leur ignorance…

La pauvre et triste existence des vivants – l’indigence (parfaitement) incarnée…

 

 

Peut-être faudrait-il rire devant les reflets changeants du réel – mais notre œil, trop attristé par ce que renvoient les miroirs, ne peut se réjouir de ce qu’il voit…

 

 

Enfant d’un jour lointain – encore titubant – encore ensommeillé – fidèle (toujours) à la terre – malgré lui…

 

 

Tout s’obscurcit – avec la douleur – tout prend les traits déformés de la grimace. La beauté même semble laide – l’Amour même semble sans cœur…

L’œil souffre comme si l’âme était dedans – comme si tous les doigts du monde étaient enfoncés à l’intérieur…

 

 

Un grand frisson de solitude en croisant chaque représentant de la communauté des hommes…

 

 

Dans le cœur – la faute – croit-on ; l’amour maladroit – carnassier – né de la pauvreté et du manque – de l’absence d’Amour – en soi ; quelque chose d’étranger – de céleste peut-être – aurait dû l’irriguer – remplacer les ombres folles et les tremblements d’une âme sans expérience – malheureuse…

Mais il faudrait plus de lumière – et moins de miroirs – pour échapper au regret – à la nostalgie – et accéder à ce qui prolonge l’homme…

 

 

Sur un axe – nous et les vents – et de part et d’autre – l’inconnu – autant devant que derrière. Visible le voisinage – seulement…

Quelques idées qui traversent la tête…

Quelques émotions qui traversent le cœur…

Entre infortune et providence – ni vraiment comblé – ni vraiment malheureux…

Cahin-caha – toujours – vers la lumière…

Quelques pas sans (véritable) conscience…

Quelque chose qui avance – en nous – imperceptiblement – invisible et sans imprudence…

 

 

Le soleil sur les pierres blanches – le visage innocent dans la lumière – et le reste – caché au sous-sol – au fond des âmes – à l’abri des regards ; ce qui est noir – impétueux – colérique – intraitable – le moins reluisant – les substances corporelles – la puanteur – la douleur – la désespérance – l’agonie et la mort – tous ces manques – tous ces manquements – hors-champ – relégués aux ombres de l’intimité – au chaos de notre solitude imparfaite – aux trop rares tête-à-têtes avec soi…

 

 

Quelques mouvements qui émergent des profondeurs – du silence – socle de toutes les agitations – de toutes les nervosités – l’ardeur des âmes et l’allant des foules – les petits jeux du monde qui font tressaillir les cœurs et se frotter les peaux parfois avec tendresse – parfois avec âpreté…

Tout ce qui apparaît – et éclate – sous la lumière…

 

 

Nous nous tenons là où nous avons jeté nos filets – juste au-dessus des pauvres remous de la surface – scrutant avec fébrilité la moindre émergence – attendant sans patience que quelques proies – des choses – des têtes – des cœurs – des âmes – soient pris au piège et remontés…

Sans un regard vers le ciel – sans imaginer un seul instant que l’invisible nous tient tous dans sa nasse – entre ses mains…

 

 

Des yeux sous la voûte – des ombres face à l’immensité – quelques bruits – quelques vagues – dans le silence et l’immobilité…

Et ces lignes – et ces pages – comme un murmure – long et discret – pour rappeler aux âmes leur chance et l’indispensable besogne qu’elles doivent accomplir pour se retrouver…

 

 

Ce que l’on connaît de soi – des îlots de terre noire – bûchers et cendres – des pas mal assurés vers l’inconnu – notre ardeur – quelques mythes personnels – des mensonges, bien sûr – quelques gestes triviaux – des idées communes – si répandues – déjà mille fois ressassées – des barques d’emprunt déposées ici et là – un peu partout – à la fin de chaque voyage…

La même chose que tout le monde – en somme…

Notre visage apparent…

 

 

Le sommeil qui s’étire – loin – très loin – si loin que nous allons, sans doute, continuer à dormir pendant des siècles – pendant des millénaires peut-être…

 

 

Notre voix – sans violence – murmure de solitaire discret – passant (presque) inaperçu dans les déserts qu’il traverse…

Un peu de neige sur la tête et les souliers – et, dans l’âme, son poids de silence…

Mains dans les poches et sur le visage, parfois, quelques larmes – une tristesse tendre et souriante sans autre raison que celle de vivre parmi les vivants…

 

 

Des paroles claires – parfois surprenantes – comme un défi à la bêtise et à la raison – rampantes ou sautillantes selon le dénivelé de la phrase et les aspérités du sens – porteuses de fenêtres immenses et de liberté – de forêts et de soleil – d’ombres, de rosée et de linceuls – déposées là – sur l’herbe et la pierre – dégagées du temps et de la nécessité des visages – admirables parfois – et sans auditoire (presque toujours) – et qui vieilliront, peut-être, avec patience pour s’offrir (pleinement) à celui qui, un jour, les lira avec attention…

 

 

Comme le jour – en nous – qui parfois se rompt…

Des ailes sur les mots qui s’élancent vers le monde en effleurant, de temps en temps, les choses du ciel – un peu de Divin descendu aussi bas que possible…

De la poussière d’or et de lumière…

 

 

Un trou – un peu plus loin – attend notre venue – un passage sans soleil – avec, de l’autre côté du noir, des avalanches de lumière…

Plus beau que dans nos rêves les plus extravagants…

 

 

A la frontière du bleu et de la nuit – au milieu des montagnes – dans le froid solitaire – comme dans n’importe quel désert – l’âme partagée – autant que le monde – entre les apparences et l’invisible…

 

 

Voyageur – parfois – la sueur au front – d’effort et de terreur – comme deux ailes repliées – épuisées par cette folle poursuite des ombres…

Du vent – de la cendre – et trop de routes possibles vers le même mystère…

A la fin – sans doute pourrons-nous dire que nous n’aurons fait que passer…

 

 

Le monde devant nos yeux – comme nous – les mains liées derrière le dos…

Le dos voûté – et tout qui s’efface – les souvenirs et la chair dispersés…

Et, bientôt, quelques os sous la terre…

 

 

Entre nos pairs et l’espace – notre destinée…

Entre le vide et l’interrogation – l’esprit…

Et notre âme qui n’a jamais su choisir…

Et le vent qui, sans cesse, s’en mêle – et qui, sans cesse, nous pousse – et qui, toujours, nous mène plus loin – ailleurs…

Mille séjours et des passages qui se succèdent – seulement…

 

 

Le perpétuel parti pris de la parole face au geste nu – sans autre racine que l’écoute et le silence – juste et droit comme une flèche – sans détour – sans hésitation – directement vers sa cible – parfait tel qu’il est…

 

 

Tout s’empare de nous – comme si nous étions un lieu à investir – un carrefour – un espace à remplir ; ce que nous sommes – littéralement – malgré nous – une étendue vierge que l’on habille – que l’on meuble – que l’on décore – inlassablement…

 

 

Dans le noir – à proximité – juché au-dessus de nos têtes – si absentes – si étourdies – trop souvent. En surplomb du monde et de toutes les chambres nuptiales – plus haut que tout – à l’exception de l’Amour qui nous élève…

 

 

A l’horizontale – ce mélange – cette étrangeté aux mille visages qui se plaint et se plie à toutes les nécessités…

Et ces hurlements dans l’âme – jamais entendue – jamais rejointe – le ciel scellé, pourtant, au milieu du front – et l’invisible comme axe central…

L’ébauche de l’homme – l’esquisse trop rapide (et trop élémentaire) des Dieux qui n’avaient, sous la main, qu’un peu de glaise et de vent…

 

 

Tout tombe – se vide et disparaît dans un trou – parfois à même le sol. Et pour l’essentiel des vivants – sans un seul regard – en silence – dans l’indifférence terrestre absolue – comme si la matière n’importait pas – comme s’il n’y avait rien au-dedans – ni au-dessus – ni derrière ; de simples amas de substances – fragiles – précaires – provisoires…

Ni âme – ni esprit – pas même la présence ou l’intention (malicieuse) des Dieux…

Du magma et le néant. Et le regard – trop haut – trop peu habité – pour que l’Amour sorte de son sommeil et puisse émerger au cœur de la chair…

 

 

Cette absence envahissante – dans la tête – au creux des mains – dans l’âme et le monde – plus qu’un découragement – plus qu’une inertie – ce qui n’est pas – ce qui ne peut être – là où il n’y a rien – ni personne – pas même un peu d’espérance…

Des lieux de misère et des grimaces…

Des instants volés au rêve – comme un trait sur le monde – biffé – raturé – avec une double barre dans la tête – ce que nous rappellent, sans cesse, les Autres – les vivants et les morts…

 

 

L’âme égratignée – couverte de plaies et de cicatrices ; tous les mensonges – les promesses non tenues – ce que l’on a tu – la somme incalculable des pertes et des déceptions…

L’aire de toutes les désillusions – immobile – jusqu’à ce que tout s’arrête…

 

 

Notre visage – rien qu’un miroir mille fois brisé – des éclats – des reflets – rien d’éternel – des fragments de monde – et un peu d’âme – parfois…

 

 

Les terres horizontales – de plus en plus étrangères – les rondes et les danses – le bruit – le cirque permanent – l’absence devenue maître du temps – les lois communes – la bêtise reine – les images trop grandes pour les têtes – envahissantes – la folie des cœurs en manque (carencés) – les ventres affamés et assassins – l’imposture élevée au rang de vérité…

Les ombres – partout – de plus en plus intimidantes…

Dieu – le ciel – l’exil – notre seul refuge – le silence et la solitude…

 

 

Comme un vieux rêve de contrebandier – avec des sacs emplis de fleurs et de parfums – des têtes gorgées d’éloges et de poésie – et des âmes débordantes de soleil et de gratitude…

Et nous autres – sur le chemin des crêtes – tout nus – en vérité – allant avec nos sandales usées et la besace (presque) vide…

 

 

L’âme chiffonnée – à la fenêtre – mains sur la poitrine – les cheveux ébouriffés par le vent – le cœur en tête – comme un défaut de fidélité – la lanterne des Autres accrochée trop près du front – à s’interroger sur la place du monde dans l’âme – et sur la place de l’âme dans le monde – et ne trouvant rien d’autre – en nous – et au-dehors – qu’un (immense) besoin de solitude et l’impérieuse nécessité de l’exil…

 

 

La hache et la lune dans le même sourire – collées sur les mêmes lèvres – le même visage – inséparables – à leur place – sans doute – comme les seuls outils de notre panoplie – les seuls instruments à notre disposition pour participer au(x) spectacle(s) du monde…

 

 

Du jour – tombant sur nous – de travers – de manière oblique – sur un seul versant – le moins exposé – le moins sensible – à l’ombre – comme un défi – un exercice d’anxiété pour nos pas en déséquilibre sur le fil tendu entre le silence et tous les possibles – avec la nuit – obscure – verticale – en contrebas…

 

 

Le grand vacarme de l’âme en réponse à l’insoluble question du « qui suis-je ? » Un grand tohu-bohu suivi d’un long – d’un très long – silence (définitif peut-être)…

 

 

Le monde – comme l’éternel retour – la naissance de tout, sans cesse, recommencée…

Et au-dessus – et en dessous – la même nuit qui s’étire – indéfiniment…

Et nous – sur ce fil invisible – tout au long de cet interminable voyage…

 

 

Sur le même point – oscillant – à demi ouvert – témoin du cours naturel des choses – nos battements de cœur – notre respiration – et l’inquiétude commune de ne plus être – un jour – mille fois vécu pourtant – comme toutes nos vies – oubliés…

 

 

Du monde et de la lumière qui se mélangent dans nos veines – dans notre sang frémissant…

Des rives – du ciel – et la main des Dieux qui distribue et répartit – du noir et des aventures – des fleurs et de la mort – et le déclin, le soir venu – et l’absence en hiver…

Pas la moindre âme qui vive ; et notre prison toujours aussi peuplée de fantômes…

L’éternel cheminement vers le même mystère – inconnu…

 

 

Errant – comme le voyage trop longtemps oublié – le verbe contre la douleur – le verbe au service de la terre – de l’envol et du ciel descendu – de l’intérieur vers le dehors – comme un rayonnement – comme l’écho (parfois nécessaire) du premier silence…

 

 

Parmi les arbres – nos frères – le feu silencieux au cœur de notre solitude – des visages fraternels au bord du front – le visage tourné vers nous – dans nos profondeurs secrètes – avec le même sang qui circule dans nos veines – entre nous – au centre du plus intime – au fond d’un plus grand que l’homme qui se partage en autant de parts que nécessaire…

 

24 mai 2020

Carnet n°232 Notes journalières

Dans le rythme infernal du monde – un interstice – un lieu – une manière d’échapper à l’emprise des Autres – un espace de paix et de clarté – une sorte de retrait en surplomb…

Une respiration libre – un souffle quasi océanique – notre seul refuge ; le silence intérieur…

 

 

Une parole sans pensée – des mots gonflés d’images ; il faudrait davantage d’âme et de gestes dans le langage – des lettres de chair – incarnées – profondément…

 

 

Le front investi – la tête, partout, célébrée – comme s’il était louable d’honorer la matrice du pire – cette étrange ingéniosité au service des instincts – grande pourvoyeuse de morts et de malheurs…

 

 

Nous blotti(s) contre nous-même(s) – l’âme accolée au visage – les pieds par-dessus la poitrine – les mains au fond du cœur – comme une manière collective de vivre notre solitude – notre besoin fraternel – parfaitement satisfait par notre communauté (intérieure)…

 

 

L’ombre qui s’élargit devant nous – à l’égal du désert qui avance ; rien en héritage – pas la moindre semence – pas la moindre récolte – pas le moindre chemin – le même indice – à chaque fois – à chaque instant – la solitude – l’exploration de ses propres univers – de ses propres frontières…

Le silence, en soi, patiemment creusé – et découvert – qui, peu à peu, retrouve sa place – son règne – sa primauté…

 

 

L’arbre contre notre joue – comme un ami – un appui – une manière de se tenir debout – d’embrasser toute la verticalité du monde – de supporter les abysses tortueux (et malsains) façonnés par les hommes – de vivre de manière moins insensée au milieu des visages – inévitables…

 

 

Vie de fuite et de refus – à distance du destin commun – affranchi du plus grossier – du plus ordinaire – affligeants – ineptes – hautement contagieux. Plus haut que l’inutile et l’absurdité – loin (le plus loin possible) des masses. En marge même des marginaux…

Seul avec Dieu – les arbres – les montagnes – les pierres et le silence – quelque chose d’un Absolu vivant – tangible – palpable – évident – l’invisible (intense) qui pénètre l’âme – l’être – parcouru de joie et de vibrations…

 

 

L’essentiel – hors de la page – au-dedans de l’âme et du geste – en deçà de toute intentionnalité – ce qui émerge naturellement de la coïncidence entre l’écoute et le silence – cette manne invisible qui, sans cesse, déferle sur nous…

 

 

Au loin – cette crête indéfinie qui relie – et rassemble – davantage qu’elle ne sépare – point de jonction, en quelque sorte, entre le haut et le bas – entre le proche et le lointain – ligne centrale où l’horizontalité et la verticalité se rejoignent – parfaitement…

 

 

Une lanterne dans chaque main – et remisées, au fond des poches, des réserves pour mille ans – à quoi bon lorsque le chemin réclame une âme et des pas nus – un cœur et des mains vides et innocents – rien, vous dis-je – pas même une tête fière (ou satisfaite) qui surplombe le néant de toutes les autres – au contraire – des larmes à la vue de tous ces malheurs – à la vue de toutes ces tombes – à la vue de toutes ces maladresses – et un élan colossal – inépuisable – pour demeurer sensible au milieu de l’indifférence et de l’hostilité…

 

 

Vie contre vie – les mains ouvertes – face au soleil – et dans les yeux – impassibles – le reflet de la course des astres – l’âme redressée – le seul salut possible – le seul salut nécessaire à la résurrection de la terre…

Le ciel au fond du cœur – la continuité des pas – comme une (immense) passerelle qui traverserait tous les murs pour relier toutes les choses – et tous les visages – du monde…

 

 

Tablettes et stèles – notre vie d’écriture érigée. De terre et de ciel – infiniment – comme un axe – un pont – nos lignes – notre destin – nos pas – les plus naturels…

 

 

Un point – presque rien – parmi ce qui existe – malgré le centre qui se dessine sur tous les miroirs – et ce que nous laisse croire l’esprit – prisonnier de ce visage qui semble doué d’autonomie et de liberté…

Rien – presque une totale illusion…

Une chose infime – et terriblement provisoire – porteuse d’une éternité et d’une immensité invisibles – indécelables sauf à effacer cette apparente identité – et, à travers ce seuil ténu, trouver un passage pour plonger en soi…

 

 

Rien et tant – à la fois…

Le vide – la terre – le ciel – et l’illimité partout – au-dehors comme au-dedans…

L’ombre – l’étoile – le chemin…

Les yeux tournés vers la pauvreté – puis, les pas vers le plus simple – avant le processus naturel des soustractions au terme duquel on devient un regard – pur – majestueux – autonome (véritablement) – et un baiser posé sur le front des vivants et sur les lèvres de la mort – avec quelque chose, en soi, de plus intense que le reste – de plus ardent que l’attente impatiente qui existait autrefois – et qui existe encore chez les Autres…

 

 

Rien – en effet – un regard – ce qui est – et ce qui nous traverse furtivement – et l’oubli (bien sûr) qui, sans cesse, efface…

Un point dans l’illimité – et l’illimité au cœur de ce point…

La folie naturelle de l’âme – retrouvée – et des rires plus vifs – plus éclatants que tous les soleils du monde…

Un cœur enfin vivant – sur des rives où la vie et la mort n’ont plus d’importance…

L’ombre et la lumière accueillies – l’absence de traces et de chemin – quelque chose, en nous, de la joie et de la dépossession : tout – identique – différent – entremêlé – sans la moindre aspérité – sans la moindre réclamation – tous les contours – toutes les frontières – pulvérisés – comme un retour – une évidence – d’avant le commencement du monde et du temps…

 

 

Le noir – le soir – la nuit – bannis des existences – bien trop sombres – bien trop obscures – déjà – et qui submergent pourtant le monde comme l’eau d’un fleuve en crue qui dévaste les berges – la terre – l’horizon…

Notre commune identité – cette étrange appartenance à la terre – à la matière – comme la couleur du plus grossier…

 

 

Le cœur – sur le sol – inguérissable – en des lieux-fantômes – sans espoir – sans lumière – porteur d’une voix et d’un langage étranges – comme un cierge dressé dans l’obscurité d’une cathédrale – pointé vers Dieu – le silence – un autre monde – au-delà du peuple et des rivages humains…

 

 

Le vent – comme la mort – reniflant autour de notre chambre – cherchant une faille – un interstice – la moindre anfractuosité – pour s’engouffrer – empaler notre cœur – pénétrer notre âme – nous libérer du monde et de la peur…

 

 

Le visage encerclé par le froid et les menaces ; et chaque visage ainsi – cerné par tous les autres…

 

 

La pluie – comme des gouttes d’argent sur la vitre – sur la terre – le dessein des Dieux – une grande arabesque de lumière – le jour étincelant – éparpillé – partagé en mille éclats minuscules – pour notre plus grande joie et l’essor du vivant…

 

 

Le silence et les cris – la lumière et ce qu’on laisse mourir dans le noir…

Nous autres – nous tous – seul(s) et réunis – le sort du provisoire – et, en lui, celui de l’éternel. Ce qui s’achève et ce qui ne peut s’achever – l’aurore et la cendre mélangées…

 

 

Le visage de l’enfant – blessé – sans cesse meurtri par les saillies et les aspérités du monde. L’âme trop innocente – sans doute – drapée d’intentions si naïves – porteuse de gestes authentiques et profonds où l’être entier est engagé – sur ce fil terrible – tragique – suspendu au-dessus du vide – invisible par les Autres retranchés derrière les apparences – les conventions – quelques viles stratégies pour parvenir à leurs fins…

 

 

Paroles et pages désarmées – sans appui – sans référence – sans allié – flèches décochées par l’aube – sans raison – dans la célébration discrète – presque secrète – du jour – offertes comme une torche (fragile) au milieu de la nuit…

Une manière de rompre la distance avec les hommes…

 

 

Comme une main dressée contre la barbarie du monde – comme une étoile au-dessus de la nuit – une envergure donnée à l’écume – un peu d’âme offert à la terre grise où les hommes vivent à la manière des pierres et des bêtes – presque sans visage…

 

 

Mille fois le même pas – sur le même sol – auprès de personne – parmi nos frères sans nom ; marche journalière teintée parfois de bleu, parfois de noir – sur ce bout de terre – ce mince rectangle de sable – sous ce carré de ciel aux couleurs changeantes – l’âme sensible – chagrinée, si souvent, par ces rives désertes – étonnée de n’appartenir à aucune communauté – et de demeurer seule de l’aube au couchant – puis de s’endormir en sa propre compagnie en songeant – rêveusement – amoureusement – au vrai visage de l’Amour…

 

 

La main tremblante qui s’avance pour toucher l’écorce de l’arbre – l’encre du monde – et l’âme prête à entrer dans l’espace intime de la forêt. Deux chemins – toujours – simultanés – celui que les yeux perçoivent – infiniment matériel – tangible – palpable – et celui qui demeure invisible – en retrait – intérieur – presque caché – l’un aussi essentiel que l’autre – à l’unisson – et qui mènent (presque toujours) dans la même direction…

 

 

Oiseau aux ailes brisées – trop souvent – contre l’écume du dernier jour…

Nos tentatives d’envol – d’effacement – comme l’ultime recours aux étoiles depuis ces rives perdues…

 

 

La mort – comme un ciel noir – très bas – qui recouvre l’âme des macchabées et l’insouciance de ceux qui respirent encore un peu…

 

 

Rien que des jours de plus en plus nocturnes…

Le silence retardé – ce chagrin immense – et ces pas – et ce voyage que nous entreprendrons plus tard – comme une aventure improbable – la recherche désespérée de rives moins tragiques – d’une terre plus lumineuse et fraternelle…

 

 

La poésie – en nous – comme la seule mémoire possible – le monde d’avant non rêvé – le plus authentique – celui qui précéda la première rencontre – le seul capable d’exister sans la moindre présence – sans le moindre visage…

 

 

Notre chambre au fond d’un jardin sauvage – une forêt très ancienne (et à l’avenir plus qu’incertain) – nous – à l’intérieur – au centre – invisible depuis le monde (humain) – vivant là en secret – sans miroir – sans témoin – dans les bras d’un Dieu rieur – aux gestes de glaise et au chant silencieux – aimé enfin – au milieu des arbres – sur la pierre blanche des chemins – enclin à célébrer la fraternité de toutes les âmes qui peuplent ces rives étranges et mystérieuses – restées inconnues jusqu’ici. Les yeux ouverts – le cœur sensible – la tête et le ventre apaisés – nous éveillant, peu à peu, à la joie et à la liberté sur cette étroite bande de terre posée entre le ciel et l’océan…

 

 

D’une rive à l’autre – sans broncher – de la terre à la terre – pendant mille nuits successives – à ramper dans l’obscurité – au milieu des rêves et de la mort – parmi nos semblables au teint pierreux…

La terre comme un immense jardin noir – un vaste terrain vague aménagé pour l’usage des hommes au détriment de la vie sauvage ; le signe – la preuve (patente) – de notre volonté pervertie – de notre grandeur corrompue…

 

 

Ici – à présent – au-delà de la solitude – dans cet antre ouvert et froid – nocturne en plein jour – solaire dans la nuit noire – posé partout où nous nous trouvons – sans violence – au plus près de la source du monde – des visages et des pas…

A demeure où que nous soyons…

 

 

Le bleu du monde découvert à mains nues – le regard clair face à l’obscurité des corps – à la maladresse des âmes – à l’imperfection commune à l’œuvre…

Les hommes et la mort tels qu’ils sont…

 

 

Le pouvoir des rêves et du temps qui ont, peu à peu, colonisé les têtes…

Notre attente impatiente des prochains événements – notre incapacité millénaire à être présents là où nous sommes…

L’immobilité – l’espace fixe – et l’incessant défilé des images…

Ce qui passe sans jamais s’arrêter dans le regard – l’envergure infinie. Et, un peu partout, des milliards d’amas – une infinité d’objets et de visages qui brûlent ; la matière – le monde provisoire – qui se métamorphosent – la chair et le bois qui se transforment en cendres et en fumée grise que dispersent les vents…

 

 

Dans le plus simple du jour – l’âme fidèle – à déambuler – à heures régulières – sur les rives du silence – paumes l’une contre l’autre – le visage légèrement tourné vers le sol – le cœur ouvert – docile aux exigences du ciel et aux impératifs du monde – le feu à l’abri des regards – l’âme paisible dans l’intimité de la chambre prénuptiale…

 

 

Sans masque – sans empire – sur la pierre nue – ciel et silence en soi – chaque geste comme une prière précise – le regard déployé – posé légèrement au-dessus du monde…

 

 

Sans exigence – sans effort – à pas lents sur la sente qui s’impose – le ciel et les Dieux en tête – et des larmes inconsolables devant l’incompréhension et la difficulté des vivants…

 

 

La chair vieillissante – sans incidence sur la fraîcheur – et l’innocence – de l’âme…

L’Amour en soi qui a, peu à peu, effacé les menaces – les risques – les enjeux. L’esprit vide et libre – affranchi des désirs – des souvenirs – des stratégies. Les yeux lucides et le cœur proche des grands arbres – à l’écart des visages trop froids et des postures trop grossières – sur le versant ensoleillé du regard – de plus en plus loin du sommeil et du périmètre où sont confinés les hommes…

 

 

La mort en face et le repli derrière soi – au centre du refuge – là où le sourire et l’attention ne font plus qu’un dans les yeux – dans l’âme – comme un regard sans saisie – une présence douce et pénétrante qui, selon les circonstances et les visages, tranche ou attendrit…

 

 

Rien que des yeux – des enfants à chérir et des maladresses à pardonner – le signe, peut-être, d’une sagesse très ancienne lorsque les têtes se tenaient loin de la torpeur – de la distraction – de l’inquiétude – lorsque le silence et le vent régnaient partout – sans partage…

 

 

Présence noire – parfois – comme une ombre immense et passagère – une flaque de sang sur la pierre blanche – un long cri plaintif dans le silence…

La tête repliée sur soi…

 

 

Une terre étrangère – comme un monde soudainement dépeuplé – balayé par un vent furieux – dévastateur – qui écrase toute possibilité de résistance – conscient, peut-être, de son rôle purificateur…

 

 

La création d’une grande étendue sombre pour nous rappeler l’incessant labeur de la nuit – ses tristes avancées – son irrépressible ascension – son invasion implacable et ordonnée…

Et – en nous – la bête qui hurle – en recouvrant, malgré elle, les gémissements de l’âme qui tremble…

 

 

Ici – un chemin sans rivage…

Là-bas – une rive perdue – isolée – comme une île lointaine – introuvable…

Ici – les linéaments d’une présence – quelque chose de simple et d’immobile – de (presque) sage…

Là-bas – une absence (quasi) totale – de la vitesse et du stress – la folie incarnée – l’étrange démesure de ceux qui s’imaginent vivants…

 

 

Des tourments – des blessures – du sang – l’inintelligence sacralisée. Partout – le règne de la prétention et de la douleur…

 

 

La simplicité dans l’âme – le sol droit – le ciel présent. Quelque chose comme une sagesse sans vérité et une existence d’errance (apparente) – l’incertitude, à chaque instant, recommencée – le geste juste et précis – l’ardeur et les pas qui, chaque jour, se réinventent – le feu et la précarité – notre destin (véritable)…

 

 

Crispés sur nos anciennes forces – sur tout ce qui nous semblait éternel – et qui s’avèrent, en réalité, aussi fragiles – aussi précaires – aussi éphémères – que les feuilles des arbres – l’herbe sauvage des fossés – la beauté d’un visage…

 

 

Sur la terre simple – le feu dans les profondeurs de l’âme – l’ardeur dans nos mains – le pas tranquille – et l’esprit silencieux et déployé…

 

 

Tout se déchire – sur ces rives…

Tout apparaît et se désagrège entre l’aube – le sable – le ciel…

La vie comme un chant – puis, comme un naufrage…

Qu’importe les larmes et l’agilité des mains – un jour – tout se délite – tout se défait – la matière du monde comme l’immatérialité des idées et des émotions – et ne reste, bientôt, sous la voûte que l’écho de notre dernier cri…

 

 

Des oiseaux plein la tête – dans cette salle où l’on a accepté de vivre – au cœur de cet espace autrefois si désirable – devenu aujourd’hui un périmètre de tristesse et de désolation – comme la marque de la mort et de la malédiction sur notre existence – le lieu de la cacophonie et de la déperdition – la périphérie de l’enfer dont l’âme serait le centre ; aussi, nulle échappatoire – à présent – nulle autre possibilité que celle de se laisser envahir par le monde et la nuit – ces odieux outils du Diable

 

 

Nous cédons – toujours – devant les eaux noires et cruelles (résignation contrainte et détestable) – la joue contre la vitre – et des larmes qui coulent sur la joue – soumis au vieillissement hors du cercle de sagesse – loin des Dieux et du silence – parmi les cris et la détresse des bêtes et des hommes qui nous entourent…

 

 

Sur la même rive – depuis le premier jour – le chant terré au fond du cœur – trop timide pour confier sa douleur au-dehors – réduit à vibrer dans l’âme ; quelques mots pour aimer et trouver la force de quitter cette terre sans tendresse – sans fraternité – où l’Amour n’est qu’un phare (trop) lointain…

 

 

Le réel – dans le geste et la voix – dense et léger – terrien et, pourtant, salvateur – qui nous rapproche, d’une étrange manière, de l’invisible – du ciel chargé de silence et de liberté…

 

 

Le monde à l’écume blanche – aux abysses sombres – périmètre de l’homme et de la pierre à la surface, si souvent, grise et douloureuse…

 

 

Les ombres – grandissantes – de la nuit – cette zone où chacun s’égare – contrée porteuse de lampes trompeuses qui donnent le sentiment d’une perspective et d’une infinité de possibles ; mirages – simplement – qui nous enfoncent plus profondément dans le noir et la cécité…

 

 

Ce qui est perdu – ce que nous tenons dans nos mains – les choses amassées dans la tête – tous les trésors supposés des hommes et des âmes…

Nous n’avons rien – et ce qui reste ne nous appartient pas…

Nous sommes le vent qui souffle – le vent qui passe – et le sable soulevé – et les oiseaux emportés plus haut – emportés plus loin…

 

 

D’arbre en arbre – de crête en crête – la voix et l’oiseau – à bonne distance de la mort – cherchant un lieu isolé – la place du chant et de la lumière – la proximité de l’aube qui délivre – le cœur du ciel sur terre – l’endroit de l’innocence…

 

 

Vivant – sans volonté – là où l’ombre est inguérissable – parfaitement entravé par le gris épais des jours et du monde – sous l’indifférence des yeux et les moqueries de quelques-uns – cerné par l’obscurité et la souffrance – et oublié des Dieux…

Sur la terre triste – si triste – des hommes…

 

 

Du sol – et la même aube que là-haut – là où l’on est condamné à vivre ni selon le hasard – ni selon ses mérites – dans la vraisemblance d’une possible vérité – au centre et en exil – au milieu de la haine et de l’amour – simultanément – partout où la lumière – invincible – semble avoir été (provisoirement) vaincue…

 

 

Arrimés aux rives des choses – à la surface de la matière – dans la proximité des naissances et des déploiements – au plus près de la mort qui rôde et s’abat…

L’espace comme un sol – et un peu d’air – le ciel au-dessus – et le feu au-dedans – le noir partout – et quelques lampes pour éclairer la route et les pas – quelques étoiles – ici et là – histoire de gagner en rêve et en clarté (si l’on peut dire)…

La matière et le silence dans leur secrète alliance – et la même chose pour les malheurs et la joie – quelque chose d’invisible – et d’incompréhensible – pour l’esprit commun – trop corrompu par les images et la bêtise (envoûtante – fascinante) des foules…

 

 

Là où l’on doit vivre – sans consigne particulière ; l’ombre au milieu du jour – sur la même pierre – en exil parmi les Autres – dans l’attente de l’inespéré – le silence – la lumière – la vérité…

 

 

Le destin – n’importe lequel – un passage – le plus proche. Et notre cœur à extraire de la roche – et la chaleur à faire naître au milieu de la glace. Des millénaires d’absence à convertir en gestes de pure présence…

La matière transcendée – la seule réelle ambition du vivant…

 

 

L’âme couchée dans la rosée matinale – dans son bain de fraîcheur – avant sa rude besogne quotidienne ; l’effacement (délicat) des luttes et des résistances – la route à éclairer – les conseils à prodiguer – l’écoute et l’attention de chaque instant. Tâches indispensables qu’elle sera seule à accomplir – étincelle pugnace contre l’œuvre générale – celle du monde entier (à quelques exceptions près) guidé par la nuit épaisse (et inévitable)…

 

 

Une étoile au-dessus de la tête – comme une vague promesse – un fieffé mensonge ; rien à franchir – rien à poursuivre – rien à perdre – rien à gagner – se laisser aller – comme le chant né du fond du ventre qui jaillit par les voies les plus naturelles – regarder – accueillir – et obéir aux courants d’énergie et de matière qui nous soulèvent et nous emportent – et aux inclinaisons de l’âme – à son penchant naturel pour la lumière – le silence – la vérité…

 

 

Au loin – ces nuages – et ce clocher – le monde des hommes et le ciel – sans commune mesure – trop distant l’un de l’autre – séparés par trop de peurs et d’abîmes – sans autre lien que l’âme libre et vierge – redressée…

 

 

Sur la pierre grise – le feu patient et dénaturé par l’attente – affaibli par nos ombres et nos (stupides) exigences. Pays de terre et de gravité – parsemé de roches magmatiques…

 

 

L’aube silencieuse – à travers la vitre – le monde d’en-bas – espérant. Les hommes au sommeil frémissant – enterrés dans le sable – corps et âme – empêtrés jusqu’au cou – la gorge resserrée – retenant des monceaux de paroles devenues inutiles…

 

 

Ce que l’on perd en s’éloignant du monde – en s’écartant des hommes – le feu de l’espérance tari – l’éternel sur la pierre – l’immobilité verticale – insensible aux visages d’autrefois – à nos cris trop anciens – aux larmes et aux cendres – aux ruines de nos empires passés – à nos grimaces et à nos chutes dans la nuit envoûtante et infernale…

Et notre âme nue – à présent – face à ce qui vient…

 

 

Des pas – un chant – le jour…

Et ce qui se rapproche – sans volonté…

Aussi libre que l’arbre et l’oiseau – et aussi évident (et discret) que leur relation avec le ciel. Toujours moins hautes – la tête et l’ambition…

L’aube déjà couchée dans l’âme – et qu’il nous faudra apprendre à éveiller sans bruit – sans heurt…

La fin d’un monde – et l’œuvre – et le voyage – inachevables – à jamais…

 

 

En nous – rétablie la paix – sur ces choses grises – en désordre – le cœur incliné au milieu de la nuit – à veiller près du visage de la mort…

Nos peines étalées sur la table – éclairées par cet autre visage – en soi – posté près de la fenêtre – dans cette lumière étrange – et indéfiniment recommencée…

 

 

Dans la forêt – sur cette terre – là où vivent les bêtes – au cœur de la nature sauvage – notre présence silencieuse – proche du ciel – proche du jour – au milieu des ombres ordinaires – comme un jardin abandonné – un lieu où pourraient régner ensemble l’Amour et la mort – sans haine – sans blessure – sans douleur…

 

 

Vêtu de rien – quelques larmes passagères – un peu de tristesse sur la blancheur du jour – l’aube dans l’âme – grandissante – quelque chose de si léger sur le sol – à peine une apparence – les contours presque effacés d’une existence – incroyablement fragile…

Le front – invisible – plus haut que la sagesse – au-delà de la mélancolie – de toute grisaille – posé sur le seuil de l’autre monde – sur cette étroite bande de terre où chaque instant célèbre la même devise terrestre, réinventée sans impatience, scellant ensemble l’aube et la mort – enlacées – et gravée sur chaque pierre foulée avec innocence…

 

 

La parole défaite par trop de luttes inutiles – par trop de rage et de combats – comme les pans dérisoires d’une résistance sans effet…

Capitulante – et gisant, parfois, sur la terre noire et piétinée – inerte – sans la moindre main pour la redresser – lui insuffler la force de se tenir debout – sans appui – sans étai – libre des béquilles d’autrefois – portée seulement par l’ardeur de l’innocence et la puissance des forces aimantes – comme une excroissance du sol – de la terre – défiant l’indifférence du monde et la vanité du temps…

 

 

Peut-être n’avons-nous jamais réellement consenti à aimer – peut-être n’avons-nous jamais vraiment su ce que veut dire aimer…

Des dalles manquantes sur un chemin – avec des trous devenus, peu à peu, des brèches…

Des parois de pierres et de silence…

Aujourd’hui – tous les visages ont disparu – partis – emportés ailleurs – attirés par d’autres figures et d’autres chants…

A présent – la solitude – et nul autre endroit où aller – pas même un refuge ou une possibilité de fuir le lieu de la tristesse et de la désolation – et l’âme (exagérément) nostalgique…

Rien que la nuit et un (très) long mur gris à longer…

 

 

On ne vivra plus rien – on ne bâtira plus rien – on se laissera lentement glisser vers la mort…

Plus de combat – ni de destin à édifier…

Mille choses qui s’effritent – au milieu de la poussière…

Le monde – en soi – au bord de l’effondrement…

Et l’âme qui s’éclipse – discrètement – sur la pointe des pieds – nous laissant seul parmi les gravats – au milieu du néant…

De la nuit et des larmes avant de succomber…

 

 

Le feu à l’agonie sur quelques (pauvres) restants de lumière…

 

 

L’âme sur les rives des hommes – allongée dans le froid – recroquevillée sur elle-même – dans l’attente angoissée de la mort – au milieu des ruines et du silence…

L’esprit abattu par l’impossibilité de l’Amour et de la rencontre – la tête vaincue posée sur le sol – la mémoire si gorgée de douleur et de souvenirs que ni demain – ni l’éternité – ne pourrait nous secourir – nous consoler ; il faudrait, sans doute, tout déverser – tout laisser se répandre sur la pierre nue et grise – et s’abandonner (pleinement) au ciel sans soleil…

 

17 avril 2020

Carnet n°231 Notes journalières

Nu – comme la naissance du jour – l’authentique témoignage de l’enfance – nos mains dans la terre ; ce qui est affranchi de toute compromission – de toute alliance – le plus innocent – ce que nous serions sans la ronde des visages – des idées – des saisons. Dans cette justesse nécessaire au franchissement de tous les seuils…

 

 

Seul – frigorifié – comme toutes les bêtes dans la nuit – mais heureux de l’absence des hommes – allongé sur la pierre – dans l’intimité de l’herbe et des étoiles – la mort et la fête, tout près, qui rôdent ; le noir sans spectacle – sans simagrée. Notre front plissé par les soucis – l’inquiétude – la tournure (inévitablement) tragique du monde…

 

 

Le monde franchi – l’épreuve traversée – que reste-t-il de cette très ancienne fidélité…

L’Amour aussi clair – aussi vif – aussi innocent – que la lumière. Des rêves envolés – remplacés par des ailes d’oiseaux – grandes et généreuses – prêtes à redresser notre âme et à nous faire traverser, une à une, toutes les terres sans soleil…

Voyage hors de la pensée – plongé dans le plein silence – et la légèreté nécessaire…

L’inversion des choses du monde et de la matière – pierres au-dessus – ciel en-dessous – et l’âme flottante – volant, en quelque sorte, entre les paysages mobiles – effleurant toutes les merveilles…

 

 

Terres blanches – au-delà des yeux – la mort reléguée hors du tombeau – en plein visage – au cœur même de notre vie – sans fard – sans secours – plus lourde que tous nos rêves – ces milliers d’images inconsistantes et consolatrices – la tête éprise – basculée – plongée au milieu des os et de la chair – la bouche muette – l’âme effrayée – comme si l’existence n’était peuplée que d’absence…

Partout – la mort et le silence – et notre inquiète solitude…

 

 

L’intimité avec les choses du monde – comme une fleur invisible dont s’imprègne le souffle – de l’âme au geste – du geste à la bouche – la vie intense – enivrante – à chaque instant que le silence honore…

 

 

Jamais las du même néant qu’on leur propose – qu’on leur offre – les hommes et leur appétit – les hommes et leur crainte de la solitude et de l’ennui…

De désir en absence jusqu’à la fin des âges – jusqu’à la fin des temps…

 

 

Le monde – effacé en un seul adieu – long – (presque) interminable…

 

 

Seul – debout – sans se sentir inquiet – ni défiguré – d’un seul tenant – plus solide et sensible qu’autrefois…

Face au ciel – le front silencieux…

Et dans l’âme, mille chants d’oiseaux – et devant les yeux, le défilé des merveilles et des chagrins…

 

 

Tremblants devant le monde – les âmes – cette longue nuit – le ciel – cette faim – notre visage et nos mains – façonnés par le sang et le silence – à la fois familiers des choses et si étrangers aux enjeux (réels) de cette existence…

 

 

Le monde comme un questionnement – une épreuve – un exil – un refuge – une manière de parler d’une chose – comme toutes choses – que nul ne connaît vraiment…

Une sorte de savoir appris par ouï-dire – par approximation – imprécis – impressions vagues plutôt que certitudes – nécessaire pour alimenter les échanges – habiller le silence d’un peu de bruit – façon (évidente) de fuir l’incompréhension – la solitude – le vide et l’ennui – dans lesquels chacun se trouve empêtré – inconfortablement…

 

 

Le cœur en feu – manière de réchauffer l’atmosphère – le monde et les visages – plus que glacés – et de nous épargner une vaine attente – la résolution impossible d’un tracas par quelque entité extérieure – de privilégier le premier centre du cercle et le carburant le plus naturel…

 

 

Et nous – tremblants – devant tant d’histoires dérisoires…

Du brouillard – des prières – du silence – presque toujours les mêmes éléments du mystère – du massacre – de l’existence ordinaire…

Des murs à escalader – des rêves à réinventer – des chemins à découvrir ; l’errance de l’âme scellée dans la matière…

Un long voyage – plus ou moins définitif – à quelques jours près…

 

 

L’hiver – comme la seule saison…

Le désert – comme l’unique décor…

L’âme ici – et au loin – et au-dedans – cette étrange fumée grise…

Et cette marche dans la même ruelle étroite – avec cette charge – cette immense tristesse à porter chaque matin – comme un vêtement journalier…

L’épuisement quotidien face à l’éternité…

 

 

Nous ne survivons – nous n’avons survécu – nous ne survivrons – qu’à nous-même(s) – à ces milliards de dépouilles successives…

Immobile(s) – presque inchangé(s) – sans même nous en rendre compte…

 

 

Quelque chose – en chacun – du chaos. Du désordre et de la violence – en pensées – en actes – en mots – tous nos désirs et les outils pour les satisfaire – presque notre seule réalité…

Le silence – la joie – sont ailleurs – du côté de l’Absolu – sur le versant (toujours inconnu) du monde – là où l’infini et l’éternité peuvent déployer leur envergure sans restriction…

 

 

Trop de charge – d’idées – d’images – de mots et d’événements – pour être heureux…

De longues échardes de joie dans la chair…

Notre vie – notre souffrance…

Et ceux qui vivent indemnes marchent les yeux fermés – les mains sur les oreilles – avec mille couches de bruits sur la douleur ; une existence de cacophonie permanente – presque inconsciente…

Des fantômes mécaniques et anesthésiés – moins que vivants – en somme…

 

 

Nous – aimant l’infidélité – la liberté de trahir – mille tâches à faire – mille choses dans les mains – la crainte que nous inspirons et l’envie que nous suscitons…

Cette sinistre étoile que nous portons (tous) sur le front – les éclats d’une nuit folle et désespérante…

 

 

Rien qu’une fièvre et mille délires – nous autres et le monde – bêtes féroces – impuissantes à changer…

 

 

Devant les lèvres – cet autre silence – différent de celui du dedans – plus étranger – comme un assoupissement – une absence – de l’Autre – du monde – alors qu’à l’intérieur nous nous taisons en signe de remerciement – comme une gratitude – une forme de célébration – un hommage à la beauté de ce qui est devant nos yeux…

 

 

Un langage, parfois, comme une pierre – parfois, comme une fleur – nous n’avons le choix des mots – pas davantage que celui des outils et des usages…

La parole naît dans la bouche silencieuse des Dieux qui nous chuchotent à l’oreille quelques froissements d’air pour ne pas être entendus – ou qui lancent, parfois, sur la page de minuscules poignées de neige…

 

 

Nous sommes le ciel en retrait – invisible depuis les rives humaines. Nous sommes l’épaule contre laquelle nous appuyons, parfois, notre tristesse et le front qui lance au monde quelques idées – anciennes très souvent – nouvelles plus rarement. Nous sommes la nuit qui rêve – les mains qui frappent et qui caressent. Nous sommes un chant – la terre – et tous les martyrs inentendus. Nous sommes simples – incroyablement simples – et complexes – horriblement sophistiqués – quelque chose de combiné qui ressemblerait au monde – à un visage – à l’univers – à l’infini dans notre tête – à toutes les âmes effarouchées de vivre au milieu des Autres – quelque chose d’insaisissable et de trop incertain pour être attrapé par la pensée – avec un peu de langage – et être fixé avec quelques traits sur la page ou avec quelques sons nés de la bouche des hommes…

 

 

Contre le ciel – parfois – notre tête rêveuse – sans âge – sur des épaules lasses – fatiguées par la proximité du monde – hommes et bruits – et les pas – presque libres – quasi autonomes – se dirigeant (naturellement) vers la forêt – les grands arbres – la solitude et le silence – l’âme déjà loin devant – goûtant, un peu à l’écart, le plus simple du vivant – et le plus précieux – peut-être…

 

 

Le feu et la neige qui se disputent notre sommeil – les mains glacées et le front brûlant – l’ombre flottant dans l’eau – se laissant aller au rythme naturel des flots. Et sur les berges – des fleurs et des visages – éclaboussés par cet étrange combat…

 

 

Des jours passagers – quelques dizaines de milliers ; chaque instant – effacé ainsi – sans épuisement – posé là – et poussé par les vents – inexorablement…

Au cœur du même voyage – éternellement…

Les apparences diverses – et l’âme dans sa continuité – peut-être…

Tout s’écoule ainsi – de l’origine à l’origine – à travers toutes les vies – à travers toutes les morts – sans cesse recommencées…

 

 

Seul – toujours – de plus en plus – dans tous les tourbillons – de cercle en cercle – de plus en plus large – sans doute – au cœur du même infini…

 

 

Aux sources de l’eau et de la lumière – nos visages et nos âmes – les uns défilant dans une ronde effrénée – les autres cherchant un chemin au milieu des danses – empruntant la même pente – de plus en plus déserte à mesure des pas…

Voyage d’une partie du ciel à une autre – dans l’illusoire sentiment de traverser mille univers différents…

Au fond, le même cœur – la même étendue – et des paysages aux formes et aux couleurs changeantes…

 

 

Dans le nom éprouvé de la rencontre – de l’amour – moins essentiel que le sang – une sorte de ciel – comme caché derrière les yeux – une sorte de réalité déguisée – presque un mensonge. La négligence et l’oubli – ce qui est volontairement dissimulé – comme une ruse – une manière atroce de s’illusionner et de leurrer les Autres – tout un monde sacrifié par une fausse vérité mise en avant…

 

 

Dans un monde de masques et d’instincts – inadapté – trop innocent – trop idéaliste – trop sauvage. Le front nu – sans rôle – sans grimace. Un sourire discret et silencieux – les yeux tournés vers un ciel plus haut – plus ancien – plus authentique – que celui que voient les hommes – le seul peut-être – le seul sans doute…

 

 

Tout s’assemble et se disloque – sans répit – tout s’enlace et se rompt – les pierres – les choses – les visages…

Et à terme – toutes les solitudes du monde se retrouvent…

 

 

Jusqu’au bord de la source – nous serons accompagnés – jusqu’au commencement du jour…

 

 

En tous lieux – les mêmes lois – les mêmes mots – le temps – trop de grimaces et de mensonges – trop d’inconscience et de cruauté…

Des rêves et des orages – et les grognements belliqueux ou plaintifs de la meute…

Et un peu plus loin – un peu à l’écart – notre sourire et notre visage – invisibles – et notre chant inentendu…

 

 

Et ce repli apparent vers l’enfance – et ce saut nécessaire au cœur du silence. Une vie hors des fables – sensible ; en larmes, presque chaque jour, devant la marche tragique de ceux qui passent…

 

 

Toi – devenant la frayeur que tu vois briller dans les yeux des Autres – la folie inguérissable du monde – la source de tout – et ce qui s’en amuse – bien sûr…

 

 

Ça se répand depuis l’origine – le premier jour du monde ; avant – on l’ignore – sans doute n’y avait-il qu’une vague intention qui a, peu à peu, gagné en ardeur et en puissance pour être capable d’éclater et de couler ainsi jusqu’à la fin du monde – jusqu’à la fin des temps…

 

 

Devenir pour que renaisse le souffle – pousser des portes – oublier – mêler son âme aux visages et aux rêves qui passent – lever les yeux – y être – se perdre – oublier encore – et recommencer…

Le jeu insensé du monde – pour rien – sans raison – comme ça – pas même pour le plaisir du jeu…

Une route accidentelle – peut-être…

 

 

Grimper à l’échelle tendue par un Autre – mille Autres – pour quelles (mauvaises) raisons faudrait-il s’y résoudre…

 

 

Une nuit sans à-coup – longue et glissante – pour que la chute soit continue – imperceptible et continue…

 

 

Le vent – plus léger – sur nos épaules abandonnées – ni rêve – ni tête – et des gestes plus justes et moins tremblants…

L’instant plus dense que la soif…

Des rangées d’arbres au fond de la poitrine – et un oiseau dans chaque main – aussi libres que dans le ciel…

 

 

Encore trop de sommeil sur le visage – les yeux clos et l’âme à l’horizontale…

 

 

La course et le déclin auront été (extrêmement) solitaires – autant que l’effacement – l’envol et la disparition…

Et l’existence frugale et forestière…

Et l’âme – incroyablement curieuse – comme une fenêtre ouverte sur l’invisible…

 

 

Rien qu’un regard pour habiter l’infini – le reste n’aura – bientôt – plus d’importance (si tant est qu’il en ait déjà eu)…

 

 

Entre la folie des bêtes et la folie des hommes sans tête – la sauvagerie de l’âme et l’œil lucide sur la ruse des marchands et la direction prise par les vents et la marche du monde – des ondes ressenties – des signes invisibles – la solitude hissée jusqu’au faîte pour que les chemins soient plus justes et se conforment au rythme (naturel) des saisons…

 

 

Des visages – de plus en plus lointains – de plus en plus étrangers – quelque chose comme une apparence – une façade creuse (très souvent) – sorte de carapace vide – sans âme – ou si éloignée qu’elle semble inexistante…

 

 

Dans la lumière discrète du jour – le monde à notre seuil – imaginé seulement – tout un cortège de visages curieux – embarrassés de se retrouver face à cette solitude silencieuse – cette part d’eux-mêmes inconnue – jugée (pour l’heure) dangereuse – presque détestable…

 

 

Des cierges plein les mains mais quelque chose de froid à la place du cœur – comme si les termes de l’équation avaient été inversés…

 

 

Les coudées franches mais l’âme cadenassée – le cœur dur – impénétrable – malgré la profusion des mots et des émotions – comme une infirmité de plus en plus invalidante – de plus en plus insupportable…

Et cette récurrence des seuils à franchir – d’exercices à réaliser – d’ombres à défaire – comme si l’existence était une course – une épreuve – un défi…

Rien de plus stupide – rien de plus aliénant…

Lorsque viendra l’ultime instant – ne restera que des larmes et des regrets…

 

 

En rang – disciplinés – nos rêves – plein d’espoir et de patience – et si ignorants de l’illusion du monde et de l’esprit…

 

 

Des remparts autour de nous – constitués de mots – de bruits – de choses – pour protéger nos trésors si laborieusement acquis – quelques objets – quelques titres – quelques visages – que nous croyons posséder…

Tant d’illusions devant et derrière les murs – et ces fenêtres percées qui n’ouvrent que sur d’autres chimères…

 

 

Certains jours – du silence – en rêve – seulement…

Du vent – de l’écume – des coups de semonce – au pied de l’innommable qui pénètre l’âme sans prévenir – sans même s’annoncer…

Des crocs – de la rage – et ces tristes restes d’enfance…

Notre vie rude (et inguérissable)…

 

 

L’aube – et sa présence dans l’âme – comme un espace épargné par le monde – silencieux – bénéfique à celui qui vit de lignes et de pas – à la lisière du périmètre commun…

Autour de soi – personne – aucun être qui donne – rien que des bouches qui réclament…

Pas une seule créature qui offre – présente et attentive – toutes qui exigent et s’approprient – absentes – assujetties à leurs propres mouvements – à leurs propres besoins…

 

Tantôt fleur – tantôt pierre – on erre (tous) sur des chemins impossibles – sous la pluie et une lumière, parfois, ruisselante…

Des pas qui s’éloignent de l’aube et du Divin…

Des seuils infranchissables…

Des apparences impénétrables…

Des vies apparemment construites sur d’étranges (et épaisses) illusions…

 

 

Rien qu’un grand désert – au-dehors comme au-dedans – avec du bruit et de grands cris – des milliards d’yeux et de ventres – la terre monstrueuse des vivants – le cœur arraché et le rire interdit. A respirer – à essayer de reprendre souffle devant la condamnation et le lynchage permanents des innocents…

Des plaintes et des pensées aussi inutiles que notre main tendue…

Un peu de soleil – et notre folle espérance de pouvoir, un jour, vivre ensemble…

 

 

Les yeux fermés sur la nuit qui dure – depuis trop longtemps – avec toutes les flèches du monde plantées dans la poitrine…

 

 

Ce qui danse dans la chute – le vent – quelques mots – quelques feuilles – notre manière d’apparaître et de résister – notre cœur et l’espace – si semblables – si interchangeables – le coin où nous sommes assis – là où notre roulotte est posée – les pierres et les visages alentour…

Tout tourne – notre tête – ce monde – cette existence – tous les éléments de cet étrange voyage…

 

 

Rien – désormais – qui ne soit droit – pas la moindre chose qui nous appartienne – pas la moindre aspérité – pas la moindre ligne – à laquelle se raccrocher. Nous dévalons la pente et notre chute est verticale…

Et tout (bien sûr) restera inachevé…

 

 

La tête entre le marbre et le sommeil…

Et ces bruits – au-dedans – qui cognent…

Et le silence – plus haut – qui se moque de notre douleur – de notre effroi…

 

 

L’enfance dans le dos – et sur les épaules – cette tête trop lourde – et en-dessous – la poitrine – et plus bas – les pieds qui jouent du tambour sur le sol ; l’impatience de rejoindre l’origine – le premier jour de l’innocence…

Inconsolable – comme nous tous – devant la fureur du temps…

 

 

Il y a tant de choses étranges sous le ciel – des arabesques et des arcs-en-ciel – couleur de soir – couleur de mort – des danses et des tourbillons – et, au-dedans des âmes, une immense inertie recouverte par une (épaisse) chape de plomb…

Les mains encore trop écartées du cœur pour s’arracher du monde…

 

 

L’impossibilité du monde…

Rien qu’un trait…

 

 

De heurt en heurt – jusqu’à l’horizon où l’on imagine, parfois, la joie installée. Et la marche (bien sûr) nous rend inaccessibles l’un et l’autre. Et de ce découragement naît (peut naître) le regard sur le pas présent – les gestes quotidiens nécessaires – le carré de terre où l’on se tient – le carré de ciel au-dessus de notre tête – et le contentement – et la gratitude – d’y être – de s’y trouver (déjà)…

Nous n’avons rien d’autre – et où que l’on aille – nous n’aurons que cela ; le reste – tout le reste – n’est que fantasme – désir – mensonge et illusion… 

 

 

En faisant face à ce qui est là – à ce qui se tient en – et devant – nous – sans aucune échappatoire – nous apprenons à vivre le réel avec une envergure grandissante – et avec une âme de plus en plus joyeuse et vivante…

 

 

Cette lente (et très ancienne) respiration de la terre – puis, l’apparition de l’homme – et, soudain, partout l’asphyxie…

En quelques instants – l’agonie et le règne de la mort…

 

 

Le rêve – l’attente et le tourment…

Nos vies en laisse…

 

 

Des choses dans les mains – offertes. Comme les idées – passagères. Et ce chant au bout des doigts – si léger – comme un jour découvert – comme le mot « silence » prononcé à voix basse – à peine murmuré…

 

 

L’étrange place où nous nous trouvons – là où la vie nous a posé(s) pour quelques jours – pour quelques instants…

Le voyage – jamais brisé – contrairement au cœur qui réclame – depuis si longtemps – un peu de répit – un peu de guérison…

 

 

Des feuilles – des poètes – des moines – des sages – des pierres – des arbres – des pas – quelques mots et le silence…

Notre vie de solitude…

 

 

Allongé sur la pierre – le monde, en soi, qui lentement s’éteint – l’âme tendre – aussi colorée que les fleurs – aussi joyeuse que les oiseaux – à l’écoute du chant de la rivière – le cœur encore ardent – presque impatient de retrouver l’océan – cet autre ciel du monde – caché dans les profondeurs invisibles de celui sous lequel nous avons l’air de vivre…

 

 

Nous – glissant le long du silence – à travers mille morts successives – de plus en plus bas – de plus en plus éloigné du monde et des étoiles – si bas que les jours semblent des siècles – si bas que l’on ne s’étonne guère, à mesure que l’on s’enfonce, de ne trouver personne – pas le moindre visage – pas la moindre chose – ni rêve – ni miroir – ni reflet – rien que cette longue glissade vers les bras d’un Dieu, peut-être, guérisseur…

Le ciel à l’envers – sans doute…

 

 

Notre âme – notre nourriture – le silence…

La mémoire brisée – le passé à la renverse avec, au centre, la douleur – et, sur les joues, encore quelques larmes…

Seul dans le vent – présent – l’oubli jeté dans l’abîme avec tous nos souvenirs…

 

 

Moins qu’un visage – une absence…

Plus qu’un geste – une présence…

Et entre les deux – l’homme – sans cesse oscillant…

 

 

Il y a du sable – du vent – du froid – la nuit partout – l’absence de soi et l’indifférence de l’Autre…

De l’écume blanche sur quelques cimes et de la fumée noire au fond des grottes…

Le monde encore empli de sommeil…

 

 

La fin d’une ligne – le début d’un autre monde où nous pourrions vivre d’encre et de pas – respirer à la manière des arbres et des nuages – tutoyer le ciel comme un (très) vieil ami – devenir sans hâte toute la lumière…

 

 

Du ciel noir, parfois, descend un oiseau aux ailes blanches – à la tête bleue – tout droit sorti de l’imaginaire (innocent) – pour affronter les temps crépusculaires – les heures sombres du désespoir…

 

 

Nous grandirons – plus tard – sans les mots – en franchissant la ligne blanche dessinée par la solitude et l’absence de l’Autre – ici même – à cet instant…

 

 

Ce qui nous porte n’a aucune prise – les mains glissent à chaque saisie – et l’âme doit se résoudre à se laisser mener – sans rien voir – sans rien savoir – confiante malgré les flots déchaînés…

 

 

Des adieux silencieux – au bout de la lumière – et au loin – à peine perceptible – ce chant qui s’élève en traversant la brume – une seule voix – belle et solitaire – tremblante d’angoisse et de désespoir – presque irréelle dans ces eaux claires qui nous conduisent au-delà des rives des vivants – dans la joie et la douleur de quitter le connu et, trop souvent, l’infâme – pour rejoindre, peut-être, ce que notre âme n’a cessé de réclamer…

 

 

Les gestes justes et ordinaires – le plein jour – le plein silence ; la face lumineuse – les cheveux défaits – l’âme fidèle et le pas attentif – ne cherchant rien à travers le monde – les Autres – les rêves – soudant la réalité – ce qui est – aux plus hautes cimes de l’Absolu…

 

 

Comme une tête volée à un autre monde – étrange – composée de pierres et de plumes – variable d’heure en heure – fidèle aux saisons et à l’absence de temps – flottant d’une rive à l’autre – d’un corps à l’autre – dans la nuit et sous le feu de ses propres projecteurs – porteuse d’innocence et d’un regard unique – comme une présence incroyablement claire…

Simple – sans image – comme l’oubli. Et l’existence joyeuse jusqu’au dernier jour…

 

 

Pourrait-on inventer d’autres rêves – moins triviaux – moins irréels – quelque chose de l’ordre de la haute mer et de la poésie écrite au milieu de l’écume – sur d’étroits blocs de vent…

 

 

Un monde d’encens et de gravats où l’on se méprend sur le rôle du feu et de la destruction…

Il faudrait gravir d’autres pentes – et ouvrir d’autres fenêtres – pour apprendre (un peu) ce qu’est la lucidité et la (pleine) liberté du regard…

 

 

Partout des pierres et des éclats de ciel – un monde de pas et de débris – vespéral. Quelque chose comme un dédale et une voûte – mal éclairés – où l’on se heurte à toutes les choses du monde…

 

 

Entre l’oubli et le rêve – un long chemin sombre – la tête étourdie – brinquebalante – hésitant, sans cesse, entre la droite et la gauche – entre le passé et le pas suivant – quelque chose qui, à force de doute, deviendrait une sorte de labyrinthe linéaire…

 

 

Parmi les vieux arbres aux branches noueuses et blessées – parfois arrachées – au pied d’une parole plus vieille que le silence – dans l’herbe – à côté de la rivière qui s’écoule vers la vallée – dans la solitude la plus pauvre – à genoux dans la lumière – le visage à peine éclairé par le soleil couchant…

Au cœur de notre besogne terrestre – au cœur de notre labeur humain…

La tête baissée pour franchir les portes de l’humilité – et dans l’âme – le souvenir de l’origine pour aller avec plus d’innocence et de simplicité…

 

 

Avant chaque aube – la marche de l’inutile – avec ses lourds bagages et son poids de tristesse. Et l’usure (très progressive) des pas et de la malédiction pour que le miracle apparaisse en même temps que la lumière…

 

17 avril 2020

Carnet n°230 Notes journalières

Le cœur – comme une arche vivante – le prolongement incarné de l’origine – et l’ascendance de la main qui caresse – de la parole tendre et réconfortante…

 

 

D’échec en échec vers l’ultime défaite – la grande capitulation – le néant, peu à peu, inversé en joie au-dedans – et l’humiliation, au-dehors, qui persiste…

 

 

Existence et gestes qui ne ressemblent à rien de connu – à rien de référencé – qui semblent si étranges – si étrangers…

A peine un visage humain…

 

 

Le désert qui s’étend – souvent. Notre seul quotidien – le ciel et le silence – et, parfois, l’insensibilité – l’absence douloureuse – quelque chose comme une besogne pénible – trop lourde – trop ardue – presque impossible…

 

 

Au service – jour et nuit – de ce qui s’impose – de ce qui s’empare de nous…

 

 

Des mots sans révolte – témoins seulement de ce qui a lieu – sans imaginaire (même s’ils semblent parfois en sortir) – au plus près du ressenti – du réel vécu – au-delà du carcan de l’individualité…

 

 

Du feu et de l’âme sur la page – l’encre-sang giclant sur le blanc-miroir – pour se rappeler de notre visage commun – de cette source enfouie dans nos profondeurs…

Manière – bien sûr – d’encourager l’Amour et la lucidité…

 

 

Dieu – peut-être – présent (tout entier) dans les petites œuvres – et les petites affaires – du monde. L’infini – l’indicible – au-dedans du limité – du plus tangible…

 

 

L’impatience de l’esprit et la lenteur du jour à nous imprégner. Sans mot de passe – juste l’innocence nécessaire et le cœur livré (presque entièrement) aux exigences de l’au-delà humain – l’âme sans emblème – les mains sans attente – prêtes à s’abandonner à l’inconnu – à ce qui passe…

 

 

Les mots affranchis du monde – du poème – de toute intention – révélateurs seulement de la possibilité (et, parfois, de l’évidence) d’un autre monde – d’un autre langage – d’une autre volonté…

Une manière vivante (et singulière) d’être – en soi…

 

 

Au commencement était la solitude – que la vie a multipliée…

Des existences côte à côte – et, à terme (très vite), l’agonie et la mort – solitaires, elles aussi, malgré la présence, parfois, de quelques visages…

 

 

La souffrance enseigne – peu à peu – la possibilité de la joie – sa présence au-delà de la tristesse…

 

 

De mythe en mythe – l’aventure douloureuse – la défaite au long cours – presque interminable. Le chemin (initiatique) des preuves pour s’affranchir de l’illusion – rien pour la terrasser – ni l’amoindrir – seulement la fuite – l’éloignement – l’exil – qu’importe la direction – au-dessus – en-dessous – à côté – la seule issue ; se tenir à distance – suffisamment éloigné pour échapper à la farce et au pathétique – et apprendre, peu à peu, à vivre sans visage – sans mémoire – sans référence – sous le soleil et les ombres du jour…

 

 

Il n’y a rien – parfois – derrière l’hostilité des visages – juste un feu immense – dévastateur – qui circule et embrase tout ce qu’il rencontre – mille flammes nées des forces destructrices nécessaires à l’équilibre – à l’harmonie invisible – du monde…

 

 

L’âme et les fenêtres closes – la vie comme un effroi – une malédiction – la preuve du plus difficile terrestre peut-être – une solitude sans visage – sans étreinte – une existence de quasi fantôme…

 

 

Le silence – complice de notre étouffement – comme une invitation à creuser davantage – en soi – à ouvrir au-dedans cette chose qui nous restreint – pour accéder à la vie intérieure – panoramique – sans limite – au-delà de l’air et de l’espace disponibles…

 

 

Le monde – comme une surface à explorer – une matière à dissoudre…

Et le bleu des pleurs sur nos joues – comme un surcroît de beauté – un avant-goût de la joie – au milieu du désastre – au cœur de la tragédie…

 

 

L’inconnu au bout des doigts et des intrus plein la tête – à attendre le lendemain – l’invasion des monstres – l’étonnement devant la pluie – n’importe quoi plutôt que la mort et le silence – cette faim inapaisée – douloureuse – et ce sentiment d’exil au milieu des siens – putatifs seulement…

La solitude au centre – remontant vers les hauteurs – devenant tertre – puis, peu à peu, île et remparts – extrême pointe, peut-être, du voyage humain…

 

 

Des mots et un chemin – sans filet – sans appui – sans raison – rouge et or. Jamais un refuge – une manière de soustraire ce qui pèse et encombre – et d’apprendre à sourire malgré la violence – l’adversité – l’exil de l’âme…

 

 

Dans le sable – mille secrets enfouis – inutiles – sans intérêt. Des restes d’histoires – des scories – des reliquats d’existence – de la chair putréfiée – des os et de la cendre – mille souvenirs de rencontres désastreuses – blessantes – mortifères. Et sur nos tombes – ces grandes mains vides – maladroites – impuissantes – et ces larmes qui coulent sans pouvoir s’arrêter…

 

 

La vie sans gardien – dépourvue – joyeusement anonyme – discrète – presque secrète – comme cette alliance avec l’invisible – l’âme et la tête hors du sable…

Mille larmes – et autant de sourires – sur le chemin désert. Le monde et la folie oubliés – la terre et la sagesse – en nous – réfugiées – pour échapper à l’infamie et à la vindicte extérieures…

 

 

Des mots infimes pour dire l’immensité…

La beauté sans protection – exposée – à la merci du moindre geste maladroit – du premier pas malveillant – et, peu à peu, altérée par l’insensibilité de ceux qui passent sans un regard…

 

 

Vers l’absence – nos figures réelles – complices – celles qui se détournent de l’espace – du silence – du désert…

La rage au milieu du front – la fièvre dans les pas – toute l’ardeur de l’existence – pour précipiter la fuite et agrémenter l’éloignement – cet exil (involontaire) du centre…

 

 

Comme une bête soumise et attachée – le cœur contraint – bâti pour la joie – la quiétude – la liberté – et confronté à la tristesse – à la violence – à la détention – plongé dans ce monde – ce bain de figures patibulaires – mal à l’aise parmi ces âmes si rustres…

Isolé – éloigné de sa rive naturelle – relégué à l’exil, en somme…

 

 

Chaque jour – le même labeur – les mêmes tâches à accomplir – la même danse – le rythme régulier des pas – le même chant – cette voix haute – sans ressemblance – qui s’élève et serpente vers le ciel. Et ce souffle puissant – né du fond de l’âme – pour chasser la nuit – l’Autre inauthentique et sans intimité…

La page et le monde parcourus pour inverser les élans – retourner les miroirs – devenir plus faible – plus précaire – plus innocent (bien plus faible – bien plus précaire – bien plus innocent) que toutes les alliances passées entre les vivants…

 

 

Du jour – en nous – si lointain – bout de rêve encore – désir non exaucé. Visage souriant – comme absent au milieu des ruines…

Des lignes blanches – comme des empreintes inutiles – sans question – sans réponse – inscrites sur la page – et relayées par le silence auprès de ceux dont les lèvres savent rester muettes face au ciel – âme – visage et mains – dans le même axe – alignés sur l’infini…

 

 

Rien de l’après – du devenir. Rien de l’avant – du souvenir. Rien – à présent – quelques mots sans secours – la part d’encre et le souffle que Dieu nous réserve…

 

 

L’homme-terre – l’homme-mot – au regard triste – dont la nostalgie mélancolique est trompeuse – porteuse – pourvoyeuse – d’autre chose – d’un élan invisible – imperceptible – vers le centre du souffle et du silence – vers ce qui règne à l’envers de l’ivresse et de l’enthousiasme – sur ce socle précaire – fragile – minuscule – de l’intimité et de la providence…

Ce qui multiplie nos chances de joie et d’étreintes – au cœur de cette solitude extrême – sans la moindre méfiance à l’égard des vents qui poussent – qui mènent à l’exact lieu où l’on doit être…

 

 

Une marche sans jamais toucher terre…

 

 

Autour de soi – des paroles en l’air – comme d’infimes signes provisoires livrés au ciel – dans la liberté d’aller là où bon leur semble ; dans l’œil de l’un – dans l’âme de l’autre (très rarement) – dans le désert et les fossés (le plus souvent) – là où se trouvent les arbres et les bêtes – pour adoucir (un peu) leur existence si rude – si éprouvante – atrocement soumise au bon vouloir des hommes – et leur murmurer à l’oreille que nous sommes à leurs côtés et que nous les aimons avec tendresse et fraternité…

Des mots pour attendrir – exalter toutes les faiblesses – et laisser le vent effacer tous les rêves – et les oiseaux les emporter loin du temps et de l’angoisse…

Pour demeurer près de nous – sans plaie – sans rouille – présent tout entier(s) dans notre existence sans intention…

 

 

Des paroles circulaires – autour du même centre – ce silence sans image…

 

 

L’ivresse des mots – du poème – dans la nuit hostile – épaisse – opaque – infranchissable…

 

 

Un Amour – un monde – partagés entre mille intimités…

 

 

Des chances – des preuves – des rêves au fil de l’eau…

Des ailes plus robustes pour nous porter jusqu’au dernier refuge….

L’angoisse du temps comme un étau contre nos tempes – désolidarisé de l’ensemble et de la procédure tortionnaire – comme une lame lentement remuée dans chacune de nos plaies….

Le monde tel qu’il est – les yeux encore plein de sommeil – et devant ce spectacle – notre tête épouvantable et épouvantée…

 

 

Le sol – appui de notre vol…

Le livre porté comme un étrange habit de fête sur le chemin le plus quotidien…

De jour en jour – de plus en plus de lumière – jusqu’au secret – avec l’univers – en soi – non comme un abîme – mais comme le seul espace – natal et éternel…

 

 

De la neige par-dessus le langage pour donner au sens une blancheur uniforme – une légèreté à ce qui nous hante – comme la main malicieuse d’un enfant qui, sur nos pages, effacerait un peu la fougue – les tempêtes – les éclats – toutes nos rugosités…

 

 

Une immense fenêtre à la place des yeux – et dans l’âme – cet équilibre (quasi) originel – pour que le geste puisse s’affranchir des préférences et conserver une forme (indiscutable) de justesse quels que soient les visages présents – les âmes impliquées – les histoires et les circonstances…

L’innocence conquise au milieu du trajet – et le reste du voyage à réaliser sans la moindre volonté…

 

 

La grandeur journalière de l’âme dans les petits gestes – l’infini dans l’infime – le plus précieux dans l’anodin – afin que tout ait la même envergure – la même importance…

 

 

Des jours – des ombres – des paroles. La même discipline et le même désordre. Et le silence – la lumière – l’éternité – de l’autre côté du chaos…

 

 

Le visage cousu au relief du monde…

Sur les chemins – des murs sans fenêtre – des paysages enneigés où l’on devine le désir des peuples – un univers de nécessités et d’instincts où le livre – au mieux – est une parenthèse – trop rarement (presque jamais) le socle ou la matrice d’un élan vers la lumière et le silence – vers cet idéal opposé, en quelque sorte, à celui qu’affectionnent toutes les âmes séculières et contemporaines*…

* Quelles que soient les époques…

Comme une infime ouverture dans l’entêtement aveugle et la marche obstinée…

 

 

L’âme nue langoureusement assise sur le sable. Tête et pensées plongées dans cette nuit marginale – éloignées des sentiers les plus fréquentés…

Sur le visage – les traits de l’inquiétude – les sourcils soucieux – à l’idée de quitter la terre des hommes…

L’œuvre et le chemin – en soi – qui se cherchent. Tout un monde – mille poèmes – et le naufrage au cœur de l’histoire – dans la maturité de l’âge – au beau milieu de l’arrière-saison…

 

 

Le mot et la mort – face-à-face – qui confrontent leur audace – prêts à rivaliser jusqu’au renoncement de l’autre – à traverser toutes les expériences offertes – les déserts les plus arides – les espaces les plus sauvages – toutes les épreuves jusqu’à l’aurore – jusqu’au matin des naissances – jusqu’à l’aube du langage – jusqu’à se retrouver face au visage de Dieu – sans personne…

 

 

Des murs – des miroirs – sans la moindre ouverture. L’ailleurs – en soi – à découvrir – après la longue (et incontournable) traversée du tunnel – les mains contre les parois – dans le noir – sans jamais se laisser distraire par ses peurs et ses reflets…

 

 

Des objets – loin de nos préoccupations. La nuit, peu à peu, dépeuplée. Notre tête sur le sol – quelques empreintes sur le sable. Partout – le provisoire. Aux côtés de ce qui se cherche derrière la pensée – au-delà des images véhiculées par le monde et l’esprit. L’inquiétude de soi face au ciel et au silence – l’angoisse prégnante de la solitude et de la mort – de toutes ces forces enserrantes dédiées à notre dévoilement…

 

 

Comme le soir et la nuit – tout est dissimulé dans la première heure. Tout se cache – en vérité – derrière les infinies possibilités du jour…

 

 

Le monde dans notre sang – comme la roche sur laquelle nos vies essayent de se bâtir…

Le silence comme un centre autour duquel tournent les bruits – virevoltent tous les sons. Comme nos mains et nos gestes – face à l’infini – comme nos jours face à l’éternité…

Rien – pas la moindre chose sur laquelle l’âme puisse s’appuyer – rien – pas la moindre chose sur laquelle nous puissions nous acharner…

 

 

Des délires – mille choses qui passent. Le cœur battant – toutes ces marches volontaires – et cette quête (obstinée) de la terre promise. Et cette présence – en soi – muette tant que le dépouillement et la nudité n’ont pas été découverts…

Dans la poitrine – ce qui s’étreint – la seule chose nécessaire – sans doute…

Le feu et le silence – enlacés – en nous – comme le seul lieu possible de la rencontre…

Et la solitude hissée jusqu’au cœur – peuplée de tous nos visages – la fraternité sans héros – le règne du vrai et de la tendresse – la générosité et la bienveillance en actes – ce que nous sommes – notre unique fortune – évidemment…

 

 

Nous – à la hauteur des arbres – la parole attachée au vent – libre en quelque sorte – porteuse d’ombre et de soleil – fidèle au jour – sans légende – sans secret – prête (si nécessaire) à pénétrer l’esprit et le sang des Autres…

 

 

L’univers entier – dans la chair – au même titre que la soif – les songes et la pierre d’autrefois. Asile et appui – aire des royaumes et de la fuite…

Toutes les possibilités portées à bout de bras jusqu’à l’aurore où le mouvement et la parole deviennent caduques…

 

 

Pages tachées de sang – froissées par la besogne quotidienne – qui sentent la sueur et l’acharnement – notre exercice – notre ascèse – notre existence – jusqu’au bout de nos dernières forces…

 

 

Le désert hanté par le monde et le temps – tous les contenus obstinés – persistants – de l’esprit…

 

 

Le souffle prisonnier des saisons – et la posture des visages – comme un voyage qui nous enfoncerait, peu à peu, dans la dépossession – avec cette douleur (toujours) à proximité des figures hideuses – bestiales – sans âme…

De plus en plus loin de notre chance – celle d’un destin affranchi – libéré des instincts – des Autres – de la respiration. Cette vie des marges – éloignée des rives et des mirages – de toutes les formes d’asservissement et d’illusion…

 

 

Nos seules armes sont l’hiver et l’exil. Et les remparts du silence qui nous protègent des hommes – des bruits – du monde – de la rudesse des âmes rustres qui se livrent (leur vie durant) à des jeux grossiers…

Aux pieds des cimes – des paroles comme des cris ou des plaintes – des gestes de saisie et d’appropriation (presque exclusivement) – des existences primitives et territoriales – infiniment basiques – avec des images et du noir dans la tête qui voilent la beauté de la terre et du ciel – et toutes les possibilités qui nous affranchiraient de ce royaume d’alliances et de proies – où les batailles et la domination ont, peu à peu, remplacé l’innocence et la tendresse – les joies si merveilleuses – si ingénues – de l’Amour originel…

 

 

On s’éloigne de tout – du bruit – des hommes – du passé. Table rase – à chaque souffle – à chaque pas – le monde derrière soi – et l’inconnu de part et d’autre du front…

Le destin entier qui se joue – (presque) à chaque instant…

 

 

L’air fendu par la parole proférée – ni menace – ni murmure – dans le prolongement naturel du premier élan – pas même une résistance contre la barbarie – inutile – impuissante (presque toujours) – le mouvement spontané des lèvres (et l’élan du livre) face aux énigmes de l’existence et du monde – face aux mystères de l’être et du vivant – comme manière (maladroite sans doute) de s’interroger – de découvrir – de partager – ce qui semble exister – l’invisible – manière aussi (bien sûr) de comprendre et d’approcher ce que nous sommes…

 

 

Des monstres absents – en plein délire – comme frappés de folie et de cécité – d’inintelligence – que le manque et la faim rendent (orgueilleusement) cannibales et incestueux…

L’existence – comme un trou – une béance – un vide à combler – quelque chose que l’on emplit avec des visages – des jeux – des souvenirs – n’importe quoi pourvu que ce que l’on amasse (ou collectionne) nous fasse oublier nos mésaventures – notre quotidien – et anesthésie toutes nos douleurs…

 

 

Autour de nous – tout bouge. Et au-dedans – tout tremble. Des vibrations réticulaires – des secousses qui rendent impossible la solitude – l’isolement – la séparation…

L’absence – peu enviable – demeure le seul exil possible – une forme d’éloignement mortifère – sans issue – pas même un repos tant nous nous réduisons au néant…

Il nous faudrait plutôt retrouver la présence (autonome) – au centre des ondes – au centre des liens – comme une île – un peu de stabilité – au milieu de l’océan – au cœur des vagues puissantes et provisoires – notre seule patrie – celle qui nous a mille fois enfanté(s) – celle qui nous accueille à chaque mort – celle où, depuis le premier jour, toutes nos chances sont réunies – en ce lieu où il nous faut retourner – et demeurer – en cet espace où l’éternité et l’infini peuvent (réellement) s’habiter – et rivaliser sans risque avec le temps et la finitude…

 

 

De l’être et des gestes – pas de parole ; seulement quelques mots (pour soi)…

 

 

Au bout de soi – l’absence de rival – le règne solitaire – l’âme débordant de sa gangue humaine – tous les voiles déchirés – bref, l’être et la transparence prêts à se laisser approcher…

 

 

La dangereuse ivresse de la parole – toutes les tentations et tous les vertiges du monde – l’attrait d’une gloire illusoire – éphémère – mensongère – inutile – comme happé par la nécessité des idoles et le besoin incessant des images qui défilent…

Mieux vaudrait se taire – ou écrire en secret – pour soi – et en offrir les fruits de manière anonyme (s’il existe encore un élan de partage)…

 

 

Nous n’espérons plus – nous sommes aussi réel(s) que le ciel et le vent. Pas une parole – pas une (seule) explication. La lumière qui accompagne notre vie – qui précède nos gestes – quelque chose hors du monde – et qui lui est (hautement) bénéfique – et dont personne ne peut se réclamer…

 

 

Replié non sur soi – mais sur cette présence en soi – dilatée – respirante – comme un espace infini – un périmètre sorti enfin de l’abstraction – plus consistant, à présent, que tous les événements et toutes les histoires de notre vie – invisible pourtant – et dont le monde n’est qu’un infime fragment…

L’existence secrète, peut-être, comme la seule évidence – notre seule réalité…

 

 

Comme le jour – sans incidence…

Discret – comme la nuit…

Debout – sans la présence des Autres…

Au loin – de plus en plus loin – des visages fantomatiques – les siens et ceux du monde – les mêmes sans doute – quelque chose d’inutile – la preuve de notre ignorance – de notre incompréhension – de notre aveuglement – qui ont duré pendant des siècles…

A présent – tout se déroule – comme autrefois – parfois avec heurt – d’autres fois sans heurt – la différence ? Cela nous est bien égal aujourd’hui – tout peut arriver – tout pourrait arriver – tout serait accueilli sans résistance obstinée – sans la volonté acharnée du contraire – d’un autrement – ce qui vient comme la part de nous-même qui nous manquait – indispensable – inévitable – bienvenue – (ontologiquement) à sa place…

 

 

Le monde défait – dans la poitrine – avec un dernier râle – long – rauque – interminable – la langue de la complainte – littéralement – comme des soubresauts et une forme d’incantation pour résister à la déchéance et à l’oubli – à ce qui semble inévitable…

L’éloignement naturel de l’inutile et du superflu – de la consolation et de la compensation – de toutes ces choses un peu enfantines – cette immaturité commune (et ordinaire) des hommes…

Le plus juste – le plus vivant – à l’envers de la parole et de la pensée. Le retournement nécessaire à la maturité…

Ce qui doit disparaître. Et ce qui doit se déployer. L’œuvre des nécessités successives – ce qui, toujours, s’impose – de manière irréfutable – malgré les refus – les résistances et la douleur – l’empreinte tranchante et salvatrice de l’être sur l’homme et le vivant…

Des chaînes – des ombres – et la lumière qui, peu à peu, se dévoile…

 

 

On aimerait passer du crépuscule à l’aurore – aisément – sans encombre – d’un seul pas – d’un seul trait d’esprit (ou de plume) – et l’on ne fait que sauter d’absence en absence – la tête de plus en plus lourde – de plus en plus douloureuse – comme une excroissance grossissante qui nous paraît de plus en plus étrangère…

 

 

Les excès et l’attachement – l’ignorance – comme des vestiges qui nous relient au ventre même des origines – à l’innocence du premier visage – à la première tentative – au premier élan pour, à la fois, quitter et rejoindre la matrice. La pérennité de l’inutile – du masque et du mensonge – à travers les millénaires – à la fois souffle et malédiction – jeu de l’infini au cœur du possible – au cœur du vivant…

La rive – le phare et le naufrage (inéluctable) – quelque chose comme un retour – une sorte d’accident dans le voyage – le signe du monde et des Dieux gravé secrètement au revers de notre âme – dans les tréfonds de notre présence et de notre volonté…

 

 

En soi – une communauté – un temple – un royaume – le monde entier enfin vivant – enfin réuni(s) de manière fraternelle…

 

 

Chaînes – lourdes – soudées à l’âme et à la lumière – dans l’absence la plus inavouable – entravant le geste et la parole – limitant les pas – et la marche – à quelques tours autour de soi – comme une manière de tourner en rond en se heurtant à tous les angles de l’individualité…

 

 

Nous – gonflés d’inutile et de possible – en soi – quelque chose de ligoté aux Autres et au temps. l’avidité épargnée ni par les blessures – ni par la folie – le manque incessant cherchant le lieu de l’apaisement – la certitude de l’abondance – rien de réel – rien d’accessible – en vérité…

L’inquiétude obsédante – le cœur baignant dans l’obscurité et l’illusion…

 

 

Le feu dans l’âme exaltant l’ardeur – sacrifiant les jours – terré dans son piège sans issue – la tête en-dessous de tous les seuils à franchir…

 

 

Ni attente – ni aventure – la solitude multiple et habitée – la seule voie, sans doute, pour se libérer du monde et du temps…

 

 

Le pire ne se trouve sur la pierre – ni sur le sable – ni sur la terre – mais dans l’espérance accrochée à l’âme et aux yeux de l’Autre – ni appui – ni sauveur – inexistant – comme le reflet furtif d’une silhouette passagère – rien de réel – et, bien sûr, pas notre double – et moins encore notre âme sœur – pure invention – quelque chose qui nous ramène à l’absence – à la négligence – à la précarité de toutes les choses du monde – autant qu’à notre solitude (salvatrice)…

 

 

Ce que le sang ôte à l’âme…

Et cette grossièreté de l’amour et de la douleur…

Le tout indivisible – les ailes brisées – et le cri à l’intérieur – comme une distance impossible à combler – à franchir – à effacer…

Des déserts et la mort. Et excepté cette ardeur sans objet – pas grand-chose – un peu de sable et de patience – et la chair, au fil des jours, qui se décompose autour du squelette…

Des traces d’arc-en-ciel un peu partout – ce qui existe – et ce qu’il restera sur terre – dans nos cœurs – rien que des images et de la couleur – rien de réel – rien de véritable – de la poudre pour les yeux et les visages – ce à quoi l’on attribue du pouvoir – et même une existence – comme un incroyable tour de passe-passe – histoire de rendre le vide moins déplaisant – moins mortifère – et notre vie moins pathétique…

Le monde comme un hologramme joyeusement coloré par nos inventions…

 

 

Une errance – immobile parfois – qui s’ignore – et dont on tait le nom. Comme un pas sans cesse recommencé vers le même horizon – un regard qui embrasse l’immensité – et qui balaye tous les recoins – tous les secrets – pour faire table rase et nous ouvrir à la solitude – à la réalité de l’être – au-delà du réel et du langage – au-delà des apparences et des idées – ce que nous sommes lorsque l’absence et la distraction n’ont plus cours – lorsque nous nous retrouvons seul(s) – sans le poids de l’Autre – sans le vaste monde – hors du voyage – au cœur de l’inconnu et de l’incertitude – sur cette rive étrange où rien ne peut être fixé – où tout flotte – relié au reste – à la manière d’un rêve ; les choses et nous-même(s) – autant ce qui est que ce qui regarde…

 

 

Le même voyage malgré le changement de décor et de relief…

 

 

Une main vers soi – et l’autre vers ce que nous appelons le monde – personne en vérité – nous-même(s) peut-être – lorsque nous serons rétabli(s) – dans quelques milliers d’années – sans doute…

 

 

L’étrange myopie de l’homme – comme un mal persistant – tenace – insensible à tout remède existant…

 

 

Ni droit – ni devoir – une franche liberté…

Ni aide – ni appui – une réelle précarité…

La vie pleine – autonome – incroyablement provisoire – fragile – entre les mains des Dieux…

Le silence, lui, appartient à l’autre versant du monde – le lieu dans le cœur de ceux qui sont en paix – indifférents (en apparence) au cours inéluctable des choses…

 

 

Un destin remis en jeu – au cœur du feu – au cœur du monde…

 

 

La nuit voilant l’existence du lointain sans chimère – trop de boue et de cendre sur le sol – trop de rêves dans l’air – pour apercevoir toutes les jonctions entre le ciel et la terre invisible…

 

 

L’humanité comme une sorte de prélude incertain – peu fiable – essai ou tentative plutôt que réelle espérance…

 

 

Parfois le jour – comme un interstice – une parenthèse – une (trop) mince opportunité…

L’âme dissidente – réfractaire au monde – aux visages – au sommeil – à tout ce qui éloigne du ciel et de la vérité – du silence et de l’immensité…

La lucidité plutôt que l’étoile – le réel plutôt que l’illusion…

Ce qui est et le silence – notre seule appartenance…

 

 

L’œil lancinant de l’Autre – comme une familière intrusion – dont on se rend complice ; le corps caressé – l’âme ravie par tant d’attention – par tant de sollicitude – mensongères puisque emplies d’attentes et d’exigences (ou, au moins, porteuses d’un désir de réciprocité). Rien qu’une sournoise manière de nous ligoter – de refuser sa propre filiation – sa propre appartenance…

Une liberté cadenassée – réduite à la présence – trompeuse – partielle – horriblement négligente – de ceux qui nous entourent…

 

 

Devant soi – rien – le même tunnel – ce noir permanent – inconnu – que nous regardons depuis mille siècles – impassibles. Et nos yeux fermés – comme l’étrange prolongement de l’obscurité du monde – le lien, peut-être, entre ce que nous appelons l’intérieur et ce que nous appelons l’extérieur…

L’abîme qui se déploie – la nuit seule – sans rien – sans personne…

Sans même une main ou une étoile – juste un peu d’air et d’espace – suffisamment – pour faire les cent pas – un peu de marche autour de soi – et attendre patiemment – douloureusement – la mort…

 

 

Le soleil – la douceur première – avant l’enfantement – avant l’incarnation – cette abominable (et regrettable) restriction – presque oubliés – présents dans un recoin reculé de la tête et dans les tréfonds de l’âme…

Et toutes ces existences – une à une – pour les réhabiliter et leur restituer leur place au cœur de la nuit – au milieu des abîmes enténébrés…

 

 

Le monde à démasquer pour que dure le jour perpétuel – malgré la course inchangée des astres…

Rien à porter – ni loi – ni existence – ni volonté – des pas libres et transparents – sans fatigue – sans essoufflement – aussi vierges et fantasques que le vent…

 

17 avril 2020

Carnet n°229 Notes journalières

Sous le ciel – toujours – le même soleil – le sang – le sable – les mêmes pierres – les mêmes peines – un peu de joie devant l’inconnu – le cœur qui bat – quelques éclats de rire (parfois) et des larmes (le plus souvent) – la bonté et l’infamie…

Rien ne change (véritablement) sur la terre…

 

 

De loin – le plus bel amour – comme un rêve dans le souvenir – ce qu’il était, sans doute, en réalité…

 

 

Tout – aujourd’hui – se réduit à un souffle – le souvenir et l’héritage – celui qui dicte la parole et le pas – à égale distance l’un de l’autre – sans détour – sans mensonge – justes – fidèles au pacte le plus ancien…

Le Divin présent au milieu des ombres…

 

 

Un air de fumée et de fête – dans notre enclos – soumis à toutes les ruptures – et fermé depuis au moindre visage…

Des désastres qui ont fait naître des murs qui ont délimité un cloître – un périmètre central restreint où l’on vit enfermé – joyeusement parfois – et que rien, à présent, ne peut plus traverser – excepté, peut-être, le silence et la lumière…

 

 

Des élans de dépit – puis, plus rien – un arc-en-ciel fidèle entre nos mains – à la jonction du ciel et de l’âme – entre soleil et tristesse – les yeux dans l’impatience d’un autre jour – d’un autre monde où l’Amour (et les rencontres) seraient possibles – où les âmes seraient plus légères – plus intègres – plus accomplies – et les visages moins sombres (et moins plaintifs)…

 

 

L’aube – belle par nature – et comme l’enfance – sans limite – lorsque les mains demeurent innocentes. Le lieu de la lumière et de la parole – accueillantes…

 

 

Rien que des souvenirs et du silence pour ceux que l’on aime encore (en secret)…

Cette part que Dieu nous réserve – en cachette – plongé au cœur de notre solitude…

 

 

Le soleil fidèle à la pierre – l’âme fidèle à la main – à l’exacte jonction du visible et de l’invisible…

 

 

Des morceaux de lune et des restes de colère – comme soudés ensemble – dans notre cœur encore en lutte – encore ravagé – qui a renoncé aux mouvements (trop) volontaires – qui attend l’émotion pure et l’épanouissement sans faille – la grâce de l’abîme offerte à ceux qui arpentent (courageusement) les confins du monde – les terres humaines les moins fréquentées – à la lisière de ce que la raison sera toujours inapte à comprendre…

 

 

La tête trop pensive à ressasser sa peine – comme une (réelle) infirmité – cet esprit obstiné qui cherche son chant – son énergie – son salut peut-être – dans cette vieille voix (rauque) qui se répète…

 

 

Des histoires – des limites – l’Absolu…

Des tâtonnements – un itinéraire qui se dessine – des obstacles – l’opacité commune – des élans (trop) intentionnels – des honneurs et la persistance de l’identité…

Les Dieux médusés devant notre danse folle (et stérile) – les ténèbres qui exultent – les choses et les visages de moins en moins fraternels…

Nos pauvres horizons qui, peu à peu, se referment…

 

 

On s’enfonce, peu à peu, dans le creux de notre respiration – aux confins de la source – au plus près des eaux dormantes…

Et de proche en proche – on s’éveille dans cette chambre posée au milieu du monde – là où les arbres et les bêtes ont remplacé les visages humains. Hors du temps – éloigné (si éloigné) de ce siècle…

 

 

Le désir perpétuel d’un autrement – d’autre chose – d’un ailleurs – le changement – l’au-delà du connu – des limites. La vie tâtonnante – cherchant sans relâche l’équilibre – le plus juste…

Et ce qui passe – ce qui vieillit en quelques dizaines d’années. Ce qui bute contre lui-même – en gâchant ses chances – s’éloignant toujours davantage à mesure du refus…

Des tours – mille tours concentriques avant de revenir vers soi – au centre – avant de traverser l’épaisseur opaque – avant d’atteindre le vide perçu jusqu’ici comme un néant – un malheur – quelque chose de moins enviable que l’enfer…

 

 

Des oiseaux – en soi – et autant d’arbres et de rivières – du soleil et du vent au-dessus de l’eau et des forêts. Et nous autres – parmi les herbes et les bêtes – au milieu de la terre (sauvage)…

Notre tête sur le sol – nos yeux tournés vers l’azur – l’âme à la verticale comme le lien – la pièce qui manquait à l’ensemble pour se redresser…

Seul sans la foule – orphelin de toute ascendance – les leurres et la détresse franchis…

Et, aujourd’hui, pas si éloigné de la complétude contemplative et agissante. Au terme, peut-être, du grand voyage sans pas – sans chemin…

Là où nous sommes – le seul lieu – propice – approprié – existant…

 

 

D’une absence à l’autre – sans jamais toucher terre – des vies de sommeil inutiles – comme un séjour-parenthèse au cours de ce long voyage…

 

 

Des jours à peupler pour s’imaginer vivant – émietter l’ennui – les désagréments – et le supplice, parfois, d’avoir été jeté sur la route – ici-bas – sans le moindre consentement…

Le rêve – comme un habit de fête – un peu de sucre dans notre breuvage amer – comme un parfum d’ailleurs – une fenêtre – un peu d’air frais dans les bas-fonds – l’obscurité – la pestilence…

 

 

Tous les souvenirs réfugiés aux angles de la mémoire – le passé-pente – lieu-dédale davantage que surface plane. Dans les recoins – de l’irritation – des tas de mensonges et de regrets. Quelques honneurs perdus et bafoués. Rien qui n’ait (véritablement) notre préférence…

Plutôt l’oubli que la moindre réminiscence…

 

 

Un frère – pareil à nous-même – ce que l’on cherche – et ce que l’on trouve, parfois, à l’intérieur. Toute une fratrie – en vérité – une communauté éminemment fraternelle – dans les hauteurs les plus simples et les plus dépouillées de l’esprit – vide – comme un vaste espace peuplé d’âmes tendres et dévouées – attentives et toujours soucieuses de replacer au centre – en nous – la part la plus fragile – la plus blessée – la plus enfantine – pour la chérir – la soigner – lui donner ce que nul n’a pu – n’as su – lui offrir – pour la guérir de ses plaies et de ses inquiétudes nées de la proximité de ce monde, parfois, terrible et de cette existence sans tendresse…

Au-dedans de soi – cette chaleur inconnue – bénéfique – comme au milieu d’une assemblée bienveillante – à l’abri – au cœur de ce merveilleux être-ensemble…

Dieu multipliant les visages à l’intérieur – les faisant apparaître les uns après les autres – dans cette profonde solitude qui a vu disparaître, une à une, les figures du dehors ; les figures proches – les figures amies – les figures alliées – toutes ces âmes qui, pensait-on (avec tant de naïveté et d’espérance), nous resteraient fidèles (et loyales) jusqu’à la mort…

 

 

A celui qui se place au centre du cercle – la profondeur et le va-et-vient – l’air et l’immobilité – tourbillons et cabrioles autour de nous-même…

Ce que devient l’Autre – toujours moins étranger – comme la part la plus lointaine qui, peu à peu, se rapproche…

 

 

Un monde de lignes et d’effacement – à chaque intersection – une naissance et une mort presque simultanées – des points de départ et d’arrivée – en apparence – mais, en vérité, la poursuite du dessin – le prolongement indéfini de l’immense arabesque – le jeu sans fin des traits et des soustractions…

 

 

Debout – le visage posé sur nos mauvais rêves – quelque part au milieu de la nuit – du tunnel – rien que du noir – partout – et se croyant endormi. Comme une vie sous cloche – et nos cris – et nos élans – contre les parois – toujours entourés de néant…

 

 

Comme l’eau – le ciel – les rochers – stable – fuyant – immobile – simultanément – toutes les traces du sommet dans l’esprit – avec des masques-caméléons – multiformes pour s’essayer à tous les jeux du monde – à tous les jeux de la création…

 

 

En d’autres lieux que la terre – là où est l’âme – là où l’esprit aimerait aller – plus qu’un pays, un jardin – plus qu’un jardin, une forêt – plus qu’une forêt, une aire de transparence aux apparences changeantes et modulables…

Notre portrait sans visage – le reflet, peut-être, de la vérité – à travers le miroir du monde…

 

 

Une lune au-dedans de notre désordre – quelque part dans l’âme – avec des oiseaux de passage qui traversent notre joie provisoire. L’enfance qui revient – l’enfance qui s’oublie – pour guérir le monde de notre impuissance – pour que l’on puisse échapper aux ruines – à la rouille – au désarroi – pour que la terre devienne (enfin) les balbutiements de notre ciel commun…

 

 

Seul – avec les histoires qui nous traversent – comme de grands oiseaux sombres – sans bonheur – sans éclat. Quelques bruits trompeurs – des voix – et quelques rires (parfois) – dans le désordre de la chair…

 

 

Les eaux-monde sur les pierres blanches de nos existences – passant et repassant – lavant et délavant ce que nous imaginons posséder ; rien – en vérité – pas même notre âge – pas même notre repos – quelques prières, peut-être, passablement inutiles…

 

 

Un chant brûlant – presque silencieux – pour dissiper la tristesse – et rapprocher l’âme de la source – le soleil du monde – quelque chose qui ressemblerait à un miracle…

 

 

Dans l’œil – ce lointain imprécis et grimaçant – fleur aux lèvres – l’âme fragile – frugale – solitaire jusque dans ses déchirures – jouant avec la nuit et ses ombres…

Tout qui s’écoule comme au premier jour de l’innocence – les eaux bleues du royaume déferlant – nous emportant à vive allure vers ce que nous portons au cœur – en secret – en silence…

Comme l’annonce (possible) de la fin de l’hiver…

 

 

Encore au milieu de l’enfance – avec trop d’étoiles dans l’âme – et trop de rêves dans la tête – le sang presque neuf – malgré l’expérience et la mélancolie – malgré cette tristesse (inguérissable) d’être au monde…

 

 

La faim – toujours – au milieu des prières. Dans le corps – la patience d’aller. Dans la tête – trop de soupirs…

De rocher en rocher – jusqu’au gouffre final – trou puis, tumulus – avec le ciel – le vent – les oiseaux – comme uniques témoins…

 

 

Nous pleurons et rions – pendant que la lumière monte – en nous – escalade nos tours – traverse nos remparts – dépose sur nos épaules nues – et notre âme tremblante – une longue cape blanche – nous déguise à la manière des moines et des magiciens…

 

 

En l’Autre – parfois – une grâce – à travers un geste maladroit – des yeux trop tristes de n’avoir jamais trouvé l’Amour – un air mélancolique et solitaire – un regard sensible – à travers la marque du manque et celle de la soif de lumière – ce qui rend plus humain qu’à l’ordinaire – les débuts de l’homme au-delà des instincts – notre seule espérance – en vérité…

 

 

Les mains de l’aube remontant la jeunesse – s’insinuant dans l’antériorité du monde – ce qui a précédé la première naissance…

Et nous autres – plus loin (bien plus loin) – entre le songe et la mort – dans cette étrange vieillesse née de la ronde des saisons – parmi les fleurs et la roche – dans des clairières mystérieuses où les âmes, en y entrant, livrent leurs secrets – possédées déjà – depuis le premier jour – condamnées à ne rien trouver – à se laisser guider par les sentiers qui mènent au seuil de l’aurore…

 

 

Nous – parmi les hommes – ces étrangers – ces barbares soumis aux lois du ventre – au règne de la faim…

Jamais au-delà de l’horizon. Jamais ni d’âme – ni de ciel. Rien de ce qui se vit à l’intérieur – juste les cris et le sang qui, à force de couler, rougit le cœur – le sol – les yeux…

Un monde d’assassins sans regard – sans pitié…

 

 

La vie – le visage – entre le sang et la cendre – ce qui initia la naissance – et ce qui couronnera la fin – longeant le mur – long – interminable – pendant des dizaines d’années – sans jamais rien rencontrer – en chemin – quelques ornières – quelques fantômes – et les bruits du cœur au-dedans – comme un écho incompréhensible – les mains et l’âme écorchées à force de frotter contre le béton gris – à force d’attente et d’espérance déçues…

 

 

Inconnu(s) à nous-même(s) – lors de la rencontre…

Dans les yeux – comme une lassitude – une fatigue nouée à la tristesse – l’âme malheureuse de ne rien trouver – quelques vagues équivalences (presque) sans valeur – des visages interchangeables – rien qui ne puisse (réellement) nous rapprocher…

 

 

La somme des instants – jamais – ne fera une éternité. Il faudrait oublier le temps – tout oublier – jusqu’à notre visage – pour goûter ce qu’aucune horloge – ce qu’aucun calendrier – ne peut nous révéler…

 

 

Ton sur ton – notre nudité sur l’innocence – notre beauté sur la neige – comme un peu de clarté dans la lumière – un peu de ciel dans le bleu déjà immense…

 

 

Il ne sert à rien d’espérer – il faudrait invalider le temps – devenir chaque battement de cœur – chaque souffle – chaque parcelle du monde – les saisons dans le désordre – les feuilles rouges des arbres et les bourgeons – la nudité de la roche et le printemps – être chaque possible – simultanément…

 

 

Embarqué(s) vers le jour – presque malgré nous…

 

 

Le poids du monde – sur les épaules – dans la tête – ces vivants sans épaisseur qui nous écrasent – qui meurtrissent la chair trop tendre – qui donnent à l’âme cette allure bancale et claudiquante – qui font luire la sueur sur notre front – et qui finissent par changer tous nos sourires en grimaces…

 

 

Des pierres et des yeux sur le chemin – pas de quoi emplir la mémoire – pas de quoi donner envie d’aller voir derrière l’horizon – pas même de poursuivre jusqu’au prochain virage…

Une halte – oui – plus que nécessaire – un lieu en soi à la place du voyage – un espace pour tous nos visages et notre fatigue – une présence à naître pour continuer à vivre au milieu de l’absence – au milieu de la nuit…

Ni tête – ni soleil – un cœur brûlant pour donner à la chair grise un peu d’humanité…

 

 

De l’éclat d’un Autre – d’un monde – mille gouttes de pluie – le silence des bêtes et l’espace qui nous entoure – notre peur et notre amour mis à nu – la tête au milieu des arbres – sur le seuil, déjà, du jour suivant…

 

 

Dans nos mains nues – toutes les récompenses…

Dans l’esprit – tous les châtiments – et quelques remontrances tenaces…

Au-dehors – notre nom gravé quelque part – sur un morceau de bois – sur un morceau de vent – rongé par le temps – déjà parti – déjà ailleurs…

Au-dedans – le silence et l’impatience – la fébrilité de ceux qui espèrent…

Pourtant – rien ne viendra (rien n’est jamais venu). Rien ne se passera (rien ne s’est jamais passé). Trop de rêves – seule la mort s’approchera (elle finit toujours par s’approcher) – et on l’entend déjà – elle avance à petits pas ; le visage aura beau se détourner et l’âme se dérober, nous serons pris comme toutes les autres fois…

 

 

L’aube – parmi nous – discrète – comme le silence – venue nous visiter – se rendre compte de la distance (exacte) qui nous sépare de la source – et du long détour que nous avons réalisé pour avoir supplanté les Dieux et la providence – et de la force des vents qui, chaque jour, nous poussent vers nos propres sortilèges – les malédictions de notre voyage autour du grand mystère…

 

 

Le livre – vierge – à présent – des feuilles blanches désunies – libérées de leurs agrafes et des contraintes (ennuyeuses) de la continuité – rendues au vent – à la solitude – au silence – vouées à aucun autre signe que ceux de l’invisible ; rien qu’un peu de soleil sur la neige – l’œuvre de la lumière…

 

 

A trop grande distance de l’être pour assumer son silence et sa solitude…

 

 

Frontières – que nous longeons – d’un seul tenant – comme la grâce et le ciel ; tout – relié – la même matière – et nous – ce regard – au centre – au cœur de ce périmètre sans périphérie…

 

 

En soi – comme une présence – la seule réalité peut-être – ce qui compte face au provisoire – face au dérisoire – de ce monde…

On n’attend rien – on est – sans frisson – sensible – indifférent – face aux démons des Autres – face aux démons du temps…

Rien ne compte – et moins que tout – nous-même(s) et nos misérables histoires…

 

 

Rien du jour – la noirceur – l’impur – ce qui ressemble à un séjour ou à un voyage selon la curiosité de l’âme…

 

 

Le monde – comme un rêve – qui se détache. Ne restent que la beauté du sauvage et la tendresse pour ce qui est seul…

Les formes changent – d’instant en instant – d’époque en époque – de vie en vie – jamais ne s’achèvent – se font et se défont devant nos yeux tranquilles – comme un ouvrage malhabile – une œuvre de joies et de malheurs passagers – sans importance…

Rose – pétales – épines – fumier – rien – selon les saisons – ni innocence – ni culpabilité – jouets et monstres se séduisant – se maltraitant – s’unissant – se désagrégeant – livrant, peu à peu, tous leurs secrets…

Rien d’important – ni d’essentiel – sous l’azur ; la permanente recombinaison des formes plus qu’éphémères – l’instabilité presque frivole – et inévitable (bien sûr) – devant l’être – le regard sans inquiétude – inconcerné par la beauté ou la monstruosité des jeux et des déguisements…

 

 

Nous – sur le seuil – tous les seuils – regardant – impassible – de tous les côtés du monde – sans s’attrister des malheurs – sans se réjouir de ce qui semble heureux – sans même rire des farces inventées – ni même (très) étonné par les inventions et les métamorphoses incessantes…

Le cœur invulnérable – sans émoi – face à la déraison – face à la pensée – face aux cabrioles et aux apparences – sensible – seulement – à la beauté de la neige qui tombe, de temps en temps, sur quelques âmes privilégiées et à ce qui s’imagine seul et démuni au milieu des Autres…

 

 

Parfois – la blancheur – non comme un rêve – comme une île – un halo de lumière – la tête qui se dresse – la main qui jette toutes les espérances pour être plus que vivant à l’intérieur…

Et dans l’œil – pas la moindre crispation devant le défilé du monde – toutes les silhouettes de passage…

 

 

Tous les piliers brisés – à présent – plus que des flots et des courants – et les restes de l’âme qui jouent au milieu des eaux qui s’écoulent sans retenue…

Ce qui glisse – ce qui sombre – au milieu des éclats de rire…

 

 

Des doigts sur le sable – quelques traits – un dessin, peut-être, sous la lumière – la poursuite sans cesse renouvelée du même voyage – avec des souvenirs – et des querelles parfois – des cris et encore quelques interrogations – rien de réellement insupportable ; la vie qui passe – et l’exil comme un tertre en soi – de plus en plus loin des rives – de plus en plus haut – comme une flèche vers le ciel – l’origine de la neige…

 

 

Rien – l’apparence d’une disparition – et ce qui, en nous (en nous tous) – s’enfonce dans les profondeurs et fait voler en éclats toutes les certitudes – toutes les fausses évidences…

Rien – il ne reste rien – sinon l’assurance du mystère – du silence – de l’infini – sous les traits tantôt de l’Amour, tantôt de l’absence – quelque chose, en tout cas, d’incroyablement tendre et familier – comme un sourire maternel sur un visage inconnu…

 

 

Des instants brûlants – comme la roche – cette pierre née des profondeurs – comme notre destin hésitant – courageux – dans l’étrange sillage de l’invisible – au devant de soi – désarmé et tremblant – face au plein jour – face au sommeil – face à tous les abîmes – les yeux fermés au milieu du silence…

 

 

Partout – la fausse raison et le sang – l’odieuse légitimation du crime – de l’organisation meurtrière ; la faim et le bonheur – la supériorité de l’homme – seule valeur certaine (et encore – pas pour tous) disent-ils…

Et où que l’on aille – on entend l’écho très proche des hurlements de nos ancêtres – poils et massues dressés – parés pour la lutte et le combat…

 

 

Le silence détrôné par la fougue impétueuse – contenue trop longtemps – comme une vengeance sournoise orchestrée par la matière – trop souvent reléguée à une forme grossière – incroyablement triviale…

Aujourd’hui – le déluge – qui insiste – persévérant – qui déferle – qui dévale les pentes trop longtemps interdites. Des flots et des forces – des routes inondées – hors d’usage – submergées par mille courants dévastateurs…

La déroute du silence et l’impuissance des prières. La quiétude sabotée par l’infernale puissance du monde – en nous – autour – partout…

 

 

L’alphabet de l’invisible et du désintéressement – et toute une syntaxe à inventer pour le peuple des sages et du silence…

 

 

Dans nos abîmes – notre préhistoire et la destination de toutes les routes que nous avons inventées pour nous en libérer…

L’homme – matière de sa propre chute – de sa propre perte – de son propre effacement…

 

 

Pas encore affranchi de la pierre – présente à tous les âges. Et nos feuilles – et le faîte même du monde – y prennent appui – et n’en sont, en définitive, que les hauteurs…

Pas même un soleil sur la terre ouverte – sur les âmes endormies. L’ombre – partout – comme la seule loi commune – ce qui est le plus répandu – puisque tout s’y prélasse – jusqu’à notre espoir de nous en débarrasser…

 

 

Rien en dehors de soi – pas même la nuit – pas même le monde…

Notre peine – seulement – qui vient s’ajouter au néant – et son contrepoids de solitude – au-dedans…

 

 

D’un côté – le souvenir – de l’autre – la danse folle – presque extatique – lors de nos longues marches parmi nos frères à écorce et à lichen…

Une seule lumière au lieu de mille étoiles…

Notre souffle plutôt que nos envies successives d’ailleurs – des songes souvent plus attristants que le réel…

 

 

Parfois – tout a l’air gris – couleur des mauvais jours. Les malheurs et la fièvre, au-dedans, inassouvie. Le désespoir qui s’écoule comme du sable – grain après grain – et ces pas qui crissent dans notre cœur immobile. Rien que l’on ne puisse regarder en face – yeux dans les yeux ; notre fuite et notre déroute – seulement – le bruit des pas qui ont peur – et cette tristesse comme notre seul appui…

 

 

Prisonnier du monde et du mensonge – des traits épais et imprécis griffonnés par le feutre des Autres – que nous avons cru nôtres – et inversement – l’illusion de haut en bas – épaisse – dégoulinante – saupoudrée de paroles lasses – et, pourtant, presque lucides (parfois) – nous-même – loin du vrai – à côté peut-être – à vivre aussi seul ici qu’ailleurs – dans la proximité d’un ciel moins étranger que toutes ces âmes indifférentes – que tous ces visages (trop) lointains…

 

 

Le quotidien durera jusqu’à la fin du sommeil – ensuite – on ne sait pas – tout sera tranchant – suffisamment sans doute pour que rien ne dure – pour que rien ne reste…

 

 

Au-delà du monde – le reflux – le retour – ce que nous n’aurions pu imaginer en restant sur les rives communes ; la régression jusqu’à l’origine pour accéder à une existence plus libre – plus belle – plus autonome…

 

 

Dans la frange la moins épaisse du rêve – avec des mers et des monts – des colonnes hautes comme la nuit – des familles – des tribus et des peuples – avec du vide sous le front et du vent nocturne et fatigué entre les tempes – quelque chose comme les restes d’un oiseau blessé qui aurait passé sa vie en cage ; rien de juste – rien de droit – un inventaire de choses disparates et cruelles…

 

 

Au-delà du sens des mots – il y a un monde – des mondes – mille merveilles possibles – un langage qui, sans cesse, se réinvente – qui se cherche sans jamais se trouver tant tout est instable – tant l’essentiel glisse toujours plus loin – derrière – à côté – par-dessous – jamais là où on l’attend – jamais là où on l’imagine…

 

 

Rien que la folie des têtes et l’égarement des peuples. La bêtise hissée au plus haut avec les griffes et les instincts – le repli et le territoire – la disgrâce de tous les gestes et de toutes les intentions – le sacre du rêve et de l’inutile – l’horreur façonnée pour mille lendemains – pour mille siècles peut-être…

 

 

Notre tête – au milieu de la forêt – comme posée là – à l’écart – attentive – sans pensée – au chevet du silence – au milieu de ceux que l’on aime – de tous nos frères sans parole – sans histoire – dignes des plus belles et des plus hautes verticalités…

 

 

De la neige dans les yeux – quelque chose de léger et de froid – en couches épaisses – comme un manteau assassin – une couverture nocturne qui obstrue la vue – et sous laquelle on finit par mourir – asphyxié…

 

 

Le cœur trop pesant pour vivre – l’âme égarée – introuvable – la gorge nouée – la poitrine haletante – l’existence pareille à un mauvais rêve – l’épuisement à respirer trop près de ses semblables – ceux qui, en apparence, nous ressemblent…

 

 

L’horizon si longtemps oublié – comme un secret caché aux vivants – au milieu du sable – la fleur – ce qui ne peut éclore sans émoi – sans un regard né du fond de l’âme…

Le monde passe – continue de passer – sans cœur – insensible – les yeux ailleurs – déjà posés sur le pas suivant – sur le terme du mouvement (ou la fin du voyage) – trop loin de nous – trop loin de tout – plus qu’absent…

 

 

Nos mains malhabiles devant l’air trop affairé du monde – cris – ivresse – tortures – comme une ombre immense qui recouvrirait notre labeur – tous nos efforts – toutes nos malheureuses tentatives…

Notre présence – nos intentions – appartiennent au domaine de l’invisible – comme notre sensibilité que l’on dénigre sans raison – comme notre chair fragile et notre front docile – que l’on veut soumettre à tous les rites – à tous les jeux – à tous les rêves – du monde…

L’âme résiste – s’arc-boute – refuse – s’enfuit – mais nul ne la voit – nul ne la respecte – nul ne comprend sa détermination – son élan vers la solitude…

Tout semble illusoire – l’âme – le monde – notre prison – pourtant, les blessures saignent – et le cœur, un jour, finit par s’arrêter…

 

 

Dans l’ivresse de cette longue nuit morose – nos congénères polissent leur miroir – s’exposent sans retenue – sans pudeur – célèbrent leurs (dérisoires) aventures – en rêvant, en secret, d’une autre vie…

 

 

Aveugles à l’ombre immense qui les poursuit – et qui se tient devant eux…

Doués pour l’art de l’illusion…

Prestidigitateurs aux blessures profondes – recouvertes – dormant – et rêvant de mille autres sommeils…

 

 

L’oreille attentive aux murmures des eaux souterraines – la mort devant soi – le chagrin au-dedans – des fleurs qui poussent au bout des doigts – la tête vide – sans prière – l’âme dans les mains de l’aurore…

Notre vie au milieu des arbres – en pleine forêt…

L’ombre des hommes et les ondes du Divin – sur l’âme…

L’Absolu qui se déploie – au-dedans – peu à peu – imperceptiblement…

 

 

Dans le tumulte des âges – dans l’ordonnancement des siècles – quelque chose entre la vie et la mort – qui accumule les naissances un peu naïvement – sans prêter attention à la ronde des jours – à la ronde des pas – qui cherche à dompter les vents – à diriger les destins – au lieu de s’abandonner à l’inexistence des chemins…

 

 

Mortels – comme si nous ne le savions pas…

Eternels – comme si le temps n’existait pas…

Du sable qui s’écoule et le cycle de l’eau…

Et le regard qui contemple – et soutient la course – la nôtre comme celle de mille autres visages…

Partout – au-dehors – au-dedans – des mondes – des rêves – des étoiles – toutes les possibilités de la lumière…

 

8 mars 2020

Carnet n°228 Notes journalières

Chaque chemin – comme un rayon vers le centre – rien – presque rien – un trait à peine esquissé sur le sable…

La nécessité de la violence – si souvent – et la possibilité de l’Amour – plus rarement exercée…

Des berges où viennent s’entasser les rêves et les naufragés. Quelques lumières sous la voûte. Des cibles – des clochers – de l’orgueil (exagérément). Beaucoup trop de fébrilité et d’atermoiements pour que les mains et les ventres – les épaules et les fronts – parviennent à se délester de leur embarras – pour que l’âme puisse s’émanciper – pour que nous réussissions à nous libérer des soucis du monde…

 

 

Le rôle premier du jour – la lumière et la joie – la main qui se tend – le seul souci de la nécessité. l’œil et la posture affranchis de l’or – des siècles – de la gloire…

La fortune – comme le vol de l’oiseau dans le ciel – comme ses danses et son chant dans le vent…

Des cris fébriles – autant que les gestes. Des bagages inutiles – comme des charges récurrentes…

Le parvis et les chemins déserts – sans rencontre possible. Des croisements âpres et difficiles – seulement…

De la pierre aux hommes – et des arbres aux bêtes – les mêmes luttes – les mêmes postures. Le territoire – le sommeil – et toutes leurs nuisances…

Le signe que la parole et le poème s’avèrent (toujours) essentiels – et insuffisants. Des lieux, peut-être, parmi les plus sacrés – un espace qui compte autant que le soleil et le silence. Une (réelle) présence – le baume des âmes impotentes et affamées. Les premiers pas – (très) maladroits, bien sûr – vers la possibilité d’un autre monde…

 

 

L’âme penchée sur l’essentiel – le vide des dépossédés – les cœurs joyeux et naïfs – forte de cette innocence mature qui ne s’acquiert qu’au fil d’un long et rude labeur de dépouillement…

L’extrême simplicité – résultante d’un processus complexe ; l’âpre besogne de l’invisible sur les apparences…

 

 

Le goût de la joie et du silence au fond de la poitrine ; le privilège ni des hommes – ni des Dieux – celui des sages – peut-être…

 

 

De l’eau – et des noyés trop dociles. Un aquarium de ruelles – des murs qui, en leur centre, recèlent d’étranges rumeurs. Et, plus loin, le silence…

Le monde – le néant et la faim – quelque chose entre la torpeur et l’insomnie…

 

 

Des jeux et des étreintes – des luttes – des résistances et de l’inertie – des geôles occupées – renforcées par l’organisation de l’espace et la perspective (très) territoriale de l’esprit. Les frontières qui se dessinent au feutre noir…

 

 

De la raison (apparente). Rien du ressenti – des noms – des valeurs – la hiérarchie des représentations. Le centre – le ban et les récusés – les hors-cercles contraints d’habiter aux marges – à la périphérie – dans les forêts abandonnées – d’ouvrir leur âme au plus sauvage – de tourner leur cœur vers une source moins corrompue – plus abondante – réconciliatrice…

 

 

Dans la jubilation d’une lumière sans rançon – sans récompense – qui s’offre gracieusement à ce qui se dénude – à ceux qui avancent – naturellement – malgré eux – sur le chemin des soustractions…

 

 

Des haltes sur des îles émergeantes – nouvelles – provisoires – qui jaillissent au fil des pas qui savent se réinventer. L’océan en tête et ce bleu au fond de l’âme. Des empreintes sur le sable noir – des oiseaux plein les poches et des surprises au bout des doigts…

Mieux qu’un rêve – mieux que le sommeil – le réel non revisité – à l’état brut – sans écran – sans filet – sans la moindre géographie. L’immensité du dedans qui redéfinit l’apparence des frontières – qui élargit l’espace – et donne au monde des airs incroyablement familiers…

La conscience qui se rejoint – qui retrouve, en quelque sorte, sa place au cœur des choses – le silence et l’infini – enfin rassemblés dans la matière. La pleine liberté de l’être triomphant…

 

 

Seul sur les pierres – sans histoire – sans légende – avec encore trop de bruits anciens dans la tête – la mémoire pleine – au bout d’un voyage inachevé…

L’âme déjà couchée – presque dans la tombe. Le jour déclinant – l’obscurité galopante – la nuit – le noir – bientôt…

 

 

La vie en laisse – les bras ouverts aussitôt repliés. L’ordre établi autour de l’illusion – comme un axe central autour duquel l’existence tourne – à la manière d’une roue dans le vide – dans une succession (sans fin) de mensonges, de cris et de prières – et du sable partout – ce que l’on retient – ce que l’on retire – et ce que l’on économise – la pauvreté intérieure des ventres repus – des esprits à l’abri au milieu de leurs chimères – comme mille fausses évidences – mille fausses certitudes – érigées comme des remparts autour de soi…

Entre griffes – vautours et opium – la vie fallacieuse – faussement béate qui dissimule l’angoisse au cœur – exaltée…

 

 

Le jour errant – le voyage – ici et là – tantôt au-dedans – tantôt au-dehors. La lune en arrière-plan – permanente – dans cette nuit sans fin. Les pas multipliés – puis soustractifs – ramenant toutes les périphéries vers le centre – puis abandonnant le centre pour l’essentiel…

La tête humble et retranchée – l’humilité sans banderole – le ciel entre les mains et la poitrine offerte…

Vivant – comme l’oiseau dans le ciel dont chaque battement d’ailes pourrait soulever le monde…

 

 

De pas en pas – les heures qui se succèdent – qui avancent sur le cadran – dans la brume des jours – les piétinements joyeux – dans la cendre – dans l’inconscience totale de ce qui a brûlé…

Qu’importe pour les cœurs frivoles pourvu que la fête dure et soit grandiose…

 

 

Être là – présent – au milieu du monde – libre – contemplatif – circulant – sur des chemins sans destination – où les visages croisés comptent moins que les pierres où l’on a fait halte. L’âme dans son retrait – la voix dans son élan de joie – la main qui emprunte au ciel et aux alphabets pour esquisser quelques lignes sur la page blanche…

 

 

Rien du rêve – rien du temps – l’ancien langage des chimères remplacé par celui des Dieux – toujours frais – toujours neuf – sortant, à chaque instant, de leurs têtes innocentes…

 

 

Le silence infini qui plane au-dessus de la mort – au-dessus du monde – qui serpente entre les planètes – entre les galaxies – qui répand ses mystères dans tout le cosmos – dans tous les espaces inconnus…

En plein jour – le soleil…

Et le noir épais au fond du cœur…

Des âmes virevoltantes – dansant dans les airs – dansant sur le sable – de la chair grossière – malmenée – errant entre tous les débuts et toutes les fins – exultantes – agonisantes – selon les heures – ivres – prisonnières de leur propre piège – construisant de risibles empires et d’autres visages pour rendre plus tangibles leur puissance et leur immortalité…

Des sirènes allongées sur les rives – immobiles – des silhouettes fébriles et effervescentes – qui trépignent – tandis que la mort s’invite à toute heure – tandis que l’inconscience se confirme – se renforce – se propage…

 

 

Le jour qui s’émancipe – affranchi de nos espoirs – de notre impatience. En plein désert pendant mille ans – au milieu des Autres un court instant – allant là où l’attente a été bannie avec la fin du temps…

 

 

De surprise en surprise – d’émerveillement en émerveillement – les lèvres sèches – autrefois si assoiffées – posées, à présent, sur la coupe permanente – débordante de vérité…

Tout qui se colore en blanc – l’espace et le monde – arrosés eux aussi…

Du sable au ciel – la même teinte – docile – aisée – libérée du souvenir – de toute idée de décor et d’embellissement – reflet du plus juste et du plus vrai – simplement…

 

 

Âme minuscule – dans la trace immense qu’ont laissée les Dieux – comme une demeure – l’assise céleste sur le sable – pour la chair – l’aire d’envol – le lieu à partir duquel doivent être décochées toutes les flèches vers le monde et l’azur…

La parole comme un pont – l’un des rares liens – entre le jour et la quête – passerelle de feu et d’éclats – de neige et de braises – sur laquelle les hommes s’essayent à l’impossible…

 

 

De la chair délivrée à l’envol – tout un périple périlleux – de l’arche à la pierre dressée – de la voûte sombre à l’âme érigée comme un socle – celui de l’élan propice au jaillissement du fauve – à son saut par-dessus le fleuve – d’une rive à l’autre – au milieu des eaux et des flammes…

De la terre aux sources de la lumière…

De la glaise au soleil…

Du provisoire jusqu’à l’origine éternelle…

Nous autres – à la fois fruits et matrice – créatures et enfantement – excroissances et béance première…

Des traces initiales à l’oubli – sans cesse recommencés

 

 

Façonnée par le ciel et le relief aride du monde – l’âme – montagne déserte – enveloppée de nuages gris – passagers – voûte ouverte – des arbres – des forêts sans chemin – sans dédale – présente – rassemblée – libérée de ses chaînes – de nos chimères…

Les hommes et les rêves – derrière nous – de plus en plus loin à mesure que défilent les saisons…

Au cœur d’un royaume sans complice…

Fruits et racines sous les mêmes étoiles – nourris aux mêmes sources – dans la lumière du même soleil…

L’enfance retrouvée – face à elle-même…

La joie du bout du monde…

 

 

Les passants du songe sous la lumière – indifférents à la clarté – si endormis que leurs pas demeurent somnambuliques…

D’une nuit à l’autre – malgré le plein jour…

Fantômes aux yeux clos – élevés sans Amour – éduqués par le manque et la faim…

Le cœur sur la peau tremblante – hérissée, si souvent, de piquants…

L’enfer du monde – comme un gouffre au fond duquel on hurle et on se blesse – le nez contre la paroi – et les mains sanglantes à force de tentatives d’évasion…

 

 

La tête assagie – quittant son rôle de victime et ses attributs communs – immobile face aux cycles et aux mouvements – offrant, à chaque instant, une chance au regard pour qu’il se déploie dans cet entre-deux du naître et du mourir – la langue obéissante pour dire à l’Autre les risques à vivre à l’ombre de l’Amour – sur ce seuil imprécis – si difficile à franchir – où l’on s’attarde parfois indéfiniment…

 

 

Ce qui s’oppose – comme une résistance au plus naturel – ce qui se rappelle à nous – une chose impossible à oublier – le monde nocturne – l’enfer autour de nous – la brutalité des êtres – des choses – du temps – la vie en société – ce qui interdit la solitude – la liberté outrageusement surveillée – la bande étroite où l’on est (habituellement) autorisé à vivre…

 

 

Des églises et des armées de fidèles – inutiles – enveloppées (empêtrées) dans de faux airs de sainteté. Des espoirs plein les paupières – des gestes sans justesse – des paroles sans silence – des âmes sans vérité. La sagesse feinte – dont on se pare à des fins narcissiques et simoniaques – affligeantes…

Une mystique de décorum – de pacotille – pour avoir l’air de ce que l’on est (encore) incapable d’incarner…

 

 

Une tête – un regard – une manière de vivre – d’être au monde – de tenir la mort au-dessus de sa tête – présente – vivante – le cœur fragile – l’âme à l’écoute – le front humble et attentif – la langue trempée dans le plus tendre disponible – aux yeux des Autres – invisible – bien sûr…

 

 

Autour de soi – l’immobilité et la lenteur – les chemins de pierre qui mènent au-delà des apparences – au-delà de toute attente – là où le temps s’éteint – là où se tarit la soif – là où la lassitude et la tristesse se découragent devant l’ampleur du brasier – et parviennent, peu à peu, à se métamorphoser en incandescence – en ardeur – en intensité – en flammes vivantes – utiles autant à l’âme qu’au front – pour vivre parmi les arbres et la roche – dans des forêts profondes et mystérieuses qui condamnent à la solitude – et à nous élever au-dessus de notre condition trop strictement terrestre… 

Une chance – un honneur – une perspective offerte – un présent sans enjeu que l’on reçoit avec courage et gratitude – une manière (la seule pour nous, sans doute) de s’affranchir du monde et du sommeil – de la plèbe et de la glaise…

 

 

De l’être aux yeux innocents – blessés par la violence du monde et l’âpreté des choses…

Sans le moindre ami en cette communauté terrestre…

 

 

Pensées qui pourchassent leurs proies jusqu’à la satiété de l’esprit – satisfaction (extrêmement) provisoire…

La vie devenue chemin où se succèdent les pas lents – presque immobiles – l’attente sur les pierres – interminable – la soif et le bûcher – au-dedans – insupportables – les jours qui se remplacent presque à l’identique pour le front – docile – fidèle – trop discipliné…

 

 

La main sur l’arbre – patiente – qui épouse la lenteur de la sève – la croissance verticale – l’âme inspirée par la danse (joyeuse) des feuilles dans le vent – et la justesse des mouvements et des couleurs sylvestres au fil des saisons ; efflorescence – maturité – déclin – effacement ; vert – jaune – orangé – noir…

Le naturel sans masque – sans mensonge – soumis aux lois – implacables – de la matière…

 

 

Le front audacieux penché à l’envers – du ciel au sol – nomade – incapable de rester à la même place – découragé par le manque d’envergure du monde – l’inertie des hommes et des âmes – peureux – pusillanimes…

Solitaire au milieu des arbres – racines et séant soudés le temps d’une halte – brève et amicale. L’âme et les troncs verticaux – dialoguant – partageant je ne sais quel secret – se prêtant à quelques entrelacements mystérieux…

Voyageur – comme ses frères à écorce – s’éloignant, peu à peu, de la terre noire pour un espace plus clair – moins étroit – plus propice à la lumière et à la liberté…

L’épanouissement sous la chevelure – sous la ramure – la densité du bois et de l’esprit – qui s’intensifie – au fil des pas – au fil des jours – la hauteur prise – croissante – au fur et à mesure du cheminement. Et le cœur comme un soleil perché au-dessus du faîte – au-dessus de la tête – la vie terrestre hissée jusqu’à la canopée du monde – en surplomb des cimes humaines – au pied des Dieux d’autrefois – des temps primitifs – dans le même mystère qu’en bas – qu’avant l’ascension…

Serait-ce alors une erreur – peine perdue – que de se livrer à un tel périple… Non – bien sûr – tant cette entreprise – cette folle aventure – s’entreprend naturellement – malgré soi – en dépit de toute volonté – et s’avère, en définitive, la continuité des pas précédents – la seule voie que nous puissions emprunter…

 

 

De l’écume plein la tête – bave aux lèvres – l’homme dans toute sa gloire – chantre (invétéré) du mensonge et de l’illusion – (grand) pourvoyeur de mort – au faîte, pense-t-il, de la création terrestre…

L’humanité qui s’invente mille choses ; un destin – une intelligence – une histoire – une éthique – qui entasse les mythes – les rêves – les mensonges – au point d’occulter toute lucidité – le besoin naturel de compréhension et de vérité…

 

 

Des rivages de briques et de sang – des terres sans profondeur – coupées de leur source – défigurées par la nécessité du confort et du superflu…

L’œil et l’âme plongés dans la laideur et l’artifice – le paraître et les apparences – aux mains du monde – comme des pantins sans cervelle…

Mille scènes quotidiennes ahurissantes – et répugnantes – où tout ce qui est touché est aussitôt corrompu. Les instincts et la cécité qui tiennent les rênes – hissés partout – inscrits sur les tables de la loi en lieu et place du Divin – de l’intelligence – de l’Amour – de la vérité. Un espace souterrain en plein air – l’odieux – l’affreux – spectacle que nous offrent, partout, les hommes…

 

 

Du monde – comme un obstacle – un amas d’erreurs – peu à peu accumulées. Et l’inquiétude croissante face à ceux qui décident – à ceux qui dominent – à ceux qui exploitent (les mêmes bien souvent)…

Le corps soumis – l’esprit pris au piège – l’âme à la merci de ce qui s’impose…

Et nous autres – et nous tous – muets – dociles – esclaves jusqu’à la moelle – que seuls l’exil et la solitude pourraient sauver…

 

 

Terre sans jachère – des rêves en actes – presque que cela – un monde d’agitation et d’abondance où le spectacle est continu…

 

 

Le souffle et la poitrine cloués à la route. Des pas qui s’éloignent des villes et du sommeil – de la ruse et du mensonge organisés – de tout ce qui légitime l’illusion – l’étroitesse – la domination…

 

 

La tête et la roche – l’âme et l’arbre – complices – dans cette secrète connivence avec l’invisible…

Route – puis chemin – chemin – puis sente – des pas de plus en plus discrets vers l’immobilité – le seuil où l’infini devient vivant – autant que le silence et l’absence de temps…

La seule perspective qui puisse échapper à l’étouffement – au déclin – au néant – aux mille catastrophes promises à tout ce qui inscrit ses foulées sur le versant opposé – le monde tel qu’il marche…

 

 

Les yeux clos – pleinement dédiés au rêve – fuyant toute lumière par crainte de regarder le réel – de l’affronter à mains nues – sans outil – sans alliance – seul – entièrement plongé dans la condition terrestre…

 

 

Autour du mystère – trop de bruits – de pas – d’aventures – de monde. Et pas assez de fleurs – d’âme – d’abandon…

Des rayonnements trompeurs pour attirer nos ailes sur la lame qui nous privera d’envol et de voyage – manière de plonger la foule dans l’obéissance et le désarroi – au cœur de la désespérance – déniant aux êtres le droit à la liberté – à l’autonomie – et les asservissant en leur faisant miroiter un paradis imaginaire pour récompenser leurs efforts et leur labeur (acharnés) – leur abnégation et leur attente – mille siècles de bêtise, de tristesse et d’aliénation…

 

 

En guerre – trop souvent – avec le monde et les hommes – leurs œuvres – leur labeur – leurs intérêts. Peine perdue – la beauté et l’Amour – le silence et la vérité – piétinés – rejetés au profit du confort – de la laideur – du vacarme – de l’illusion…

L’éloignement – l’exil et la solitude – la fuite comme seule issue pour ceux qui aspirent à vivre autrement…

 

 

L’impossibilité du monde – les armes remisées au fond du cœur – en un lieu secret – enfoui – souterrain – le sourire aux lèvres sur nos remparts lointains – le regard entre deux pôles – comme une vigie – les yeux braqués sur le seul passage édifié entre les terres humaines et les Dieux – cette longue route – déserte – l’essentiel du temps…

 

 

Rien entre l’étoile et la fleur – un sol noir – un espace de désolation – pas une seule âme qui vive – des restes de rêves et de sang. Et, au milieu, un mur de feu – épais – presque infranchissable – derrière lequel le ciel et la terre se rejoignent pour offrir aux lauréats dépouillés et ahuris un embrasement de joie et de beauté…

 

 

Des rives et des miroirs – et l’espérance d’autres sentiments – quelque chose aux allures moins tristes. Des fleurs sans nom qui grimpent vers l’azur – des arbres gigantesques – le désert à perte de vue – l’océan au-dessus du ciel. L’Amour au-delà du désir – des sourires derrière les masques jetés par terre. L’Autre sans le sommeil – une vie intense mesurée par notre présence et la tendresse éprouvée face au reste que l’on s’empresse d’appeler autrement. Une parole – un langage – silencieux – l’autre extrémité du monde – l’autre versant du jour – le vivant libéré qui s’abandonne à l’éternelle lumière – à cette figure de Dieu la moins étrangère…

 

 

Ce qui nous déchire jusqu’au fond de l’âme – l’Autre – inauthentique – qui trahit le pacte et la confiance – l’alliance tacite entre nos fraternités…

Des masques fleuris – parfumés – et derrière, un long coutelas acéré dont le manche et la lame dépassent de part et d’autre de la bouche – comme le prolongement d’un sourire qui feint la gentillesse – et que naïf – (bien) trop naïf – nous n’avons pas vu – nous n’avons pas voulu voir…

L’azur soudain changé en sabre – et l’amour autrefois si doux – si vraisemblable – transformé en mâchoire féroce – affamée – carnassière – qui vous arrache la chair et l’âme – qui vous dévore sans trembler…

Et vous voilà – presque aussitôt – amputé – invalide – confiné à la douleur – à la tristesse – à la désespérance…

Seul – sans sommeil – livré à un silence qui ne peut vous réconforter…

A cet instant – il faudrait mille mains tendres – caressantes – attentives – pleinement présentes – pour vous consoler de l’inconsolable – et panser patiemment – une à une – toutes vos blessures…

 

 

Ce qui passe – en rang – de l’ombre dans l’herbe – avec dans son sillage des traces de sang. L’âme impuissante – autant que la parole – à nous soustraire – à nous sauver – de l’infamie ; la scie qui entaille jusqu’à l’os – sans anesthésie – seul sur la table des supplices – dans la chambre des tortures capitonnée – îlot d’inhumanité au milieu du néant – à tenir d’une main l’instrument tranchant et de l’autre quelques bouts de chair et d’âme – sanguinolents – larmoyants – pitoyables…

Le démon – l’innocent et l’assassin – réunis dans la même pièce – ensemble – inséparables – dans le même esprit partagé en autant de parts nécessaires pour que l’œuvre se réalise et soit achevée…

Au cœur de notre nuit – de notre destin (fatal – sûrement) – vie d’ombre – d’échelles – et de vaines pensées – à pleurer sur le sol sombre de l’arène – une lame enfoncée en plein cœur…

 

 

Ce qui monte au front – comme une résistance – une ardeur – (presque) un coup de folie – face au néant né de l’horizon (de la prédominance horizontale) ; une terre libre – et vaste – sans cesse émergeante – face aux murs habituels et aux chemins trop fréquentés – face aux barreaux qui encerclent le monde – les bêtes – les hommes – toutes les existences…

Plutôt la solitude que les faux soleils inventés contre la terreur et le dénuement…

Plutôt la tristesse et le froid que la gaieté d’apparat et la fraternité fallacieuse…

 

 

Pèlerin d’un autre ciel – invisibles – des pas sans borne – sur des chemins sans pierre – le cœur amoureux des élans et des mille petites choses qui passent. Une prière – comme un long murmure – comme un silence converti en syllabes, parfois, nécessaires…

 

 

Rien – dans le temps infini de la rencontre…

La même ivresse qu’au premier jour de l’inconscience – mais lucide à présent – comme un regard et une envergure portés depuis l’intérieur…

Le jour du dedans qui se propage jusque dans le creux de la main qui s’ouvre – qui s’offre – au monde qui apparaît devant nous…

 

 

En soi – ce tintement de chaînes – tantôt léger – presque lointain – comme confiné dans les profondeurs – tantôt assourdissant – insupportable – comme cousu au revers des oreilles – comme une seconde peau – intérieure – la plus fidèle – celle qui a su résister à toutes les morts vécues…

L’ombre – en nous – qui respire – plus vivante que notre âme – plus vaillante que nos pas de fantôme…

 

 

Tout près de la fenêtre – le soupir des Dieux – invisibles depuis l’extérieur – inaudible depuis l’intérieur…

Nous autres – emprisonnés dans notre forteresse – avec quelques distractions pour oublier la détention – et toutes nos tentatives (défaillantes) pour chercher un chemin – une issue – la moindre faille dans la poussière – nos mille ruses pour échapper à ces longs murs gris…

Notre (triste) destin jusqu’au déclin – l’âme qui se délite à mesure que s’effritent les murs – tout pourrissant – et devenant peu à peu (et inévitablement) revers et ruines – disgrâce et chagrin…

 

 

L’étreinte de la pierre – plus perceptible que celle du ciel – dans l’âme – au fond des yeux. L’espoir – seulement – d’une légèreté – comme un rêve, sans doute, un peu vain…

 

 

L’esprit proche d’un vertige – plus puissant que le tournis coutumier – continuel – du monde – ces tourbillons quotidiens – incessants – sans épaisseur – sans conséquence. L’inconscience ordinaire – l’absence commune et habituelle – qui donnent à nos vies cette allure de danse fantomatique…

 

 

L’abandon délicat de l’Autre – comme une invitation non au repli – mais à l’envergure – à cette solitude des hauteurs – chaleureuse – ardente – peuplée – contributive – très étonnamment communautaire – en soi – entre soi – avec tous nos visages – rassemblés – sans la moindre exception – apprenant, peu à peu, à se fréquenter – apprivoisant, peu à peu, leurs différences et leur complémentarité autour d’un axe central – leur présence commune – cet espace vide et clair qui les réunit – comme une tendresse immense – attentive – chaleureuse et accueillante – qui les autorise à être pleinement eux-mêmes dans la compagnie des Autres et qui offre à chacun exactement ce dont il a besoin…

L’étrange (et surprenante) expérience d’une communauté hautement fraternelle – toutes nos figures réunies autour de celle qui réclame le plus d’attention (à un instant donné) – l’encourageant – la conseillant – la soutenant – lui apportant (indéfectiblement) leur appui, leur réconfort, leur affection…

Sans doute le plus précieux – le plus sacré – en nous – qui se dévoile – qui se dessine – qui se précise – et qui n’aspire qu’à s’intensifier et à se déployer ; l’être ouvert – l’être – l’existence et le monde – honorés et couronnés – de la plus simple et de la plus belle des manières…

 

 

Notre sourde inexistence – inconfortable – somnambulique – dans l’entre-sol du réel…

Entre rêve et absence – à parts égales…

 

 

Dans la main – quelques diamants inutiles qu’il faut abandonner. Et immerger l’âme dans un bain glacé où les lames et la solitude auraient remplacé l’eau – et laisser l’Amour croître dans son ventre – lentement – au rythme naturel de l’homme…

Rien qu’un défi entre le soleil et nous – perdu d’avance – bien sûr…

 

 

Des jours sans fin – comme le monde et les choses – sans cesse régénérés par le désir des Dieux – et leur goût (immodéré – incompréhensible) pour le jeu et le rêve…

 

 

Les astres en cercle autour de nous qui contemplent nos corps et nos gestes entremêlés – nos esprits asservis par la perspective du temps et la puissance des promesses – refusant l’évidence présente au profit d’un avenir sans réalité – nous regardant (inlassablement) patauger dans les mythes et la boue – s’attristant de l’emprise de l’illusion et de la force des rêves dans nos têtes…

 

 

Des traces dans les livres et sur les pierres – quelques empreintes sur le sable et la neige – monts et abîmes – merveilles et silence – inutiles pour ceux qui veulent s’aventurer plus loin – au plus près de ce qu’ils abritent…

Mieux vaudrait tout jeter – et abandonner le reste – pour aller sans bagage…

 

 

Sur la pierre des jours – la même depuis l’enfance – à chercher des yeux la moindre brèche – le moindre éclat – derrière le sommeil – l’espérance d’une issue (pour l’homme)…

 

 

Derrière les murailles – les forces vaines – en nous – qui tournent en rond – en longeant les murs pour jouir de la totalité de l’espace autorisé – cherchant l’aventure – des jeux – mille occupations – la moindre opportunité – n’importe quoi – pour s’épuiser et offrir à l’âme un peu de répit – un peu de repos – une accalmie nécessaire à la quiétude du cœur…

 

 

Tête nue – au bord de l’abîme – le pied attentif sur la corde mortelle suspendue très haut – à côté du monde…

L’âme de plus en plus légère – la foulée de plus en plus aérienne – à mesure de notre progression – ni harassante ascension – ni éprouvante traversée – ni hier – ni demain – l’assise entière sur le pas présent – entre vie et mort – à chaque instant – indéfiniment – pour que l’inespéré puisse apparaître et s’approcher – suffisamment pour imprégner le corps – l’esprit – le cœur – et colorer les gestes – la parole – les pas – quotidiens…

 

 

La solitude grandissante de l’homme dénudé – sans rôle – sans but – sans attribut – privé des raisons communes de vivre. Exclu de toute société et de toute compagnie – contraint à l’érémitisme au milieu de ses frères – au milieu de ses propres visages – appuyé tantôt sur sa fatigue – tantôt sur son élan – pour essayer de maintenir vivant l’espace (infime) qu’il habite face à l’immensité – dépouillée – dépeuplée – et jouant, elle aussi, avec l’ombre des vivants…

 

 

L’entêtement solitaire – la tristesse comme blessure non mortelle – qui ronge l’âme et la chair – et invalide l’existence – notre manière d’être au monde…

Il faudrait un refuge communautaire – une famille de visages joyeux – pour demeurer en bordure de l’abîme – en exil – loin des attractives (et pernicieuses) consolations du monde. La compagnie de tous nos frères – et cette présence – au centre – au cœur – attentive au juste déroulement des choses – des gestes – de toutes les histoires où nous sommes impliqué(s)…

 

 

Un lieu – un ciel – une balançoire. Et nous jouant et riant sans crainte au milieu des regards bienveillants…

 

8 mars 2020

Carnet n°227 Notes journalières

L’ombre séculaire – dans cette chambre – qui passe devant l’immobilité – l’âme chaude et les mains tremblantes – seul comme toutes les premières fois – le feu au plus près du ventre – l’incandescence au-dedans – et rien au-dehors – pas même un souffle de vent…

 

 

Les bras chargés de terre – les pas sur la feuille – plus loin que le premier virage – entre deux rives – et, parfois, entre deux ravins. Trop souvent à genoux sur les pierres – l’encre comme du sang pulsé par les profondeurs de l’âme…

Une voix et du silence – presque à égalité – pour essayer de dépasser les plus hautes branches des arbres – de rejoindre les cimes avec un peu de folie et moins d’embarras – pour tenter de devenir le premier homme – de revenir au premier jour de l’humanité – avec un regard et des gestes spontanés – sans mémoire – sans apprentissage – vierges – absolument…

Au cœur même de l’origine – de cette plaie initiale – devenue, par nos excès et nos absences, faille – puis, béance – gouffre – puis, abîme – et, aujourd’hui, un désert vertical presque infranchissable…

 

 

Le monde et la matière – consumés ensemble – charbons d’un odieux labeur – résultante d’une ardente paresse – une sorte d’indolence paroxystique qui laisse les choses s’agglomérer et se défaire – et, en définitive, s’entre-déchirer – une manière de consolider, chez les vivants et les hommes, les idées de frontière et les gestes de séparation…

Le monde initialement rude et sauvage – que l’Amour absent – totalement éclipsé – a rendu obscur et invivable ; l’enfer sans issue – sans facilité – la guerre et la mort comme seules perspectives…

 

 

Dans les bras d’un Dieu – d’une éclipse – des pierres – d’un souffle – la même ardeur – la même tendresse – entre le sang et la blancheur…

Le réel ici – et jamais à côté du monde…

 

 

Emergeant de la terre – des sous-sols gorgés de corps démembrés – la tête parmi les fleurs – les os au milieu des racines – et l’âme au-dessus – accomplissant sa tâche sans facilité…

Et autour de nous – ce bleu – cette immensité – comme le point de convergence de tous les horizons…

 

 

Bout d’un tout – jamais suffisant ; en nous – ce manque – la route des alliances et des unions – comme des pierres les unes à côté des autres – l’ensemble comme la somme des couples et des combinaisons – manque encore – incomplétude parfaite. Et les yeux qui tournent partout où la malédiction pourrait se briser – et les mains qui agrippent tout ce qui pourrait nous permettre de nous échapper – n’importe quoi – n’importe qui – pourvu que l’on y décèle une promesse…

L’entièreté – la complétude – se heurtant à nos insuffisances – à cette inaptitude à creuser à l’intérieur de manière suffisamment profonde et assidue…

 

 

La page blanche accueille ce que le mot désigne – comme le silence reçoit l’âme et le geste. Le même acquiescement face à l’Amour et à la haine – face à l’innocence et à l’idéologie…

 

 

Le cœur tantôt cannibale – tantôt funambule – entre chair et fil – dévoré par le même feu – de la matière consumée…

Des bruits – de l’ombre – quelque chose d’infiniment fragile – versatile – comme une main hésitante – des yeux indécis qui jettent le chaud et le froid – engloutissant parfois des pans de monde entiers – d’autres fois avançant – le ventre vide et satisfait – en déséquilibre toujours…

 

 

Dans son coin – avec le feu au centre – l’âme seule – et debout – dans l’exact prolongement de ce que nous étions hier – le jour d’avant – autrefois – en remontant même bien avant l’enfance – très antérieurement ; la même chose qui se déroule – qui s’affine – qui s’aventure au-delà des limites précédentes – qui cherche à réunir ce qui semble si étranger – à rapprocher le cœur du plus lointain – à élargir les frontières (toutes les frontières) puis à les abolir pour tout rassembler en un seul espace – en un seul visage…

Mille réalités au centre du feu…

 

 

Des éclats de terre dans le sang – les marées et les courants qui inondent nos rives – et jusqu’aux contrées les plus reculées. Debout sur les pierres dressées – les yeux grands ouverts – écarquillés – l’âme dans le vent – prête à basculer – devant nous, la tempête – et derrière, la nuit – autour – on n’entend presque rien – le souffle des Dieux – peut-être. La solitude – courageuse – pas encore totalement épuisée – prête à relever le défi de l’abandon…

Et au-dedans – cette absence – amoureusement esseulée…

 

 

La peau des arbres sous notre main – la paume tendre sur la rugosité de l’écorce. L’odeur du bois – de la terre – de la forêt – dans la tête – approfondissant leur sente – jusque dans l’âme – et plus intérieurement encore…

L’humus sur les pierres froides – devenant notre socle – tapissant le réel – teintant la chair – le corps immergé…

Tout dans le sol – presque souterrain – labouré par le vent et la pluie – mêlant leurs doigts – faisant jaillir la force et le besoin de croître – de s’élever au-dessus des fanges terrestres – vers le ciel peut-être…

Qui pourrait – qui saurait – nous arrêter…

 

 

La volonté dissipée – ce que le monde décide – à la merci du premier visage qui passe – sans âme. Pieds sur la pente – sans compromis – sans halte réelle – sans autre refuge que la verticalité en soi – cet espace aux dimensions variables – parfois plus étroit qu’une chambre noire – parfois presque aussi large que l’infini. A la merci aussi de l’envergure intérieure…

Ainsi vivons-nous – chaque jour – ce périple – dans cette double contrainte…

 

 

La plaie de vivre – sans la lumière – au milieu des visages torves – cachés dans l’ombre – diables et démons sur l’épaule – de mèche avec tout ce qui corrompt – prêts à assassiner pour gagner un peu de hauteur…

Condamné – provisoirement – à côtoyer le monde – à fréquenter la foule. De coin sombre en coin sombre – loin des forêts et de nos lieux de solitude habituels – dans la triste (et douloureuse) proximité du plus commun – entre dégoût et mépris…

Silencieux sur la pierre – posé un peu à l’écart – aussi loin que possible des bouches et des bruits…

L’odieuse saison des pluies qui nous déloge des marges – des confins – des chemins non balisés – nous forçant à rapprocher dangereusement notre roulotte – notre chambre – des villes et des villages – de la plèbe et des cœurs mal intentionnés…

Le froid et la nuit sur un immense bûcher. Nous autres – au cœur du monde – l’âme et le visage inquiets – et crispés – au milieu de nos frères ennemis…

 

 

Exposé au monde et à l’imaginaire – tendu et fragile – comme une pierre roulant indéfiniment sur sa pente – de la lumière au centre – invisible du dehors – et du noir partout autour – comme un habit mimétique – une manière, sans doute, d’aller – discret – presque invisible – parmi les créatures sombres et sans âme…

 

 

Rien à opposer à ce qui nous fait face – notre présence – humble – pacifique – un regard méprisant, parfois, lorsque la vulgarité se fait trop évidente – se répand et nous éclabousse…

L’espérance d’une rencontre – peu à peu anéantie – très vite entamée – en vérité – (presque) depuis le premier jour…

 

 

L’Amour – dans un coin – exclu – relégué à l’invisibilité et à l’attente – rejeté au fond – enfoui et recouvert – bien trop respectueux – bien trop délicat – pour ce monde rustre et grossier…

 

 

Le jour – en nous – qui grandit en silence – presque en cachette – comme une goutte de pluie au milieu du feu – de la lumière – un peu de clarté – au cœur de la nuit – au cœur de l’enfer…

 

 

Un monde de terreur et de gravats – des lieux sordides – partout où il y a des hommes…

Une chambre dans la montagne – là où règne le plus sauvage – là où la solitude est une invitation – un élan sans entrave vers le ciel – l’infini à portée d’âme – sur ce tertre exposé où les gestes deviennent naturellement justes – où la vie se déroule sans témoin…

Une terre sans farce – des contrées sans visage. Le souffle et le feu – l’existence libre et sans épaisseur ; celle que nous aimerions vivre lorsque contraint de redescendre dans la plaine, nous devons faire face à la présence des hommes…

 

 

Tout se meut – autour de nous – immobile. Le souffle – l’eau – le monde – l’usage – à perdre haleine – jusqu’à l’extrême limite de leur forme – dans la même direction – soumis à l’ordre cyclique des choses…

 

 

De l’air qui tournoie entre les murs qui se bâtissent – qui s’effritent et s’effondrent. La vie provisoire au milieu de la mort et du néant – quelque chose – un frémissement de conscience – quelques vibrations dans la pénombre…

Quelques grains de poussière qui dansent et virevoltent dans le vent…

Quelques grains de poussière qui tombent et s’entassent sur la surface du temps…

Rien – en vérité – après mille siècles d’existence – moins que l’épaisseur d’un cheveu…

 

 

Nous autres – sur terre – parmi la rosée et les grands arbres patients – loin des hommes – de leur vertige – de leurs illusions – à la frontière de l’air – presque au centre du ciel déjà – au cœur du feu – sur les routes – dans le froid et la nuit qui veille. Ni vraiment au-dehors – ni vraiment au-dedans – moins qu’un visage – et un nom presque oublié à présent – une déchirure à même la chair – une plaie à même l’âme – nées de la proximité du monde…

Ce qui précède la mort et l’infini – les prémices d’une joie sans cause – sans fin – injustifiable aux yeux humains…

 

 

Au seuil des jeux sans miroir – des danses sans musique – l’être face à lui-même – face aux mille lui-même – qui apparaissent et s’effacent (en un instant) sur les pierres – sous la lumière – dans la clarté et la chaleur rayonnantes des astres – au-dedans – suffisamment fortes pour fendre l’obscurité et la glace – accumulées en couches épaisses depuis la naissance du monde…

 

 

Sans cesse – butant contre soi – au-dedans – cette résistance au plus naturel – notre figure intérieure – le plus familier – raboté – occulté – banni – dissimulé, si souvent, derrière les masques que nous impose la présence des autres visages masqués…

 

 

Front sur les pierres – illuminé – le soleil au-dedans – le ciel dans toute sa clarté. L’âme et la silhouette dansantes – au-delà des murs – au-delà des horizons humains. Seul – avec Dieu – sur la crête – sur le versant lumineux – dans l’antre infini qui s’est substitué au recoin sombre et étroit où nous avons vécu pendant mille siècles – sous le joug de l’hésitation et de la terreur…

 

 

Les eaux furieuses qui dévalent les jours – qui remontent le temps – qui hissent tout ce qu’elles charrient jusqu’à la source – chair – âmes – esprits – bousculés – retrouvant, peu à peu, leur essence originelle – l’horizon immobile – l’intimité unique qui mêle et assemble toutes les identités…

 

 

Sous les pas – le jour aux allures de feu – la clarté devenue ardeur – allant soumis au goût des marges et de l’aventure – ce souffle qui porte sur les chemins – qui porte à la traversée des terres – à l’exploration des cieux – foulée après foulée sur les pierres tranchantes – des murs – des labyrinthes – qui révèlent, peu à peu, l’énigme en nous – le mystère à éclaircir…

Le sol – l’air – la fouille – et la tristesse grandissante avant l’abandon et la découverte de ce que nous portons – de ce que nous cachions – la sente des soustractions à suivre jusqu’au franchissement du seuil d’inversion – l’absence, progressivement, transformée en présence humble – ouverte et attentive – le voyage devenant, soudain, aire de joie et de liberté – passage du pas à l’âme – de la page au silence – du nom au soleil sans appartenance…

 

 

Rien du monde – du chemin parcouru – quelques dates – mille événements – communs – sans intérêt – aussi insignifiants que l’existence personnelle – quelques excréments sur un tas de paille – de grandes brassées d’air sans incidence…

Tout s’éclipse – fort heureusement…

Et – à présent – nous sommes à genoux – la tête contre le sol – contre le ciel – sans plus vraiment savoir qui l’on est et à quoi ressemble notre vie. Les yeux tournés au-dedans – et le regard tiré vers le haut – se verticalisant presque – comme la seule manière, peut-être, de redresser l’âme – et de se tenir debout – malgré le poids insoutenable des défaites successives…

 

 

Une voix dans le lointain – notre ombre – notre amie – la seule avec le silence – qui se tient à nos côtés…

 

 

Solitude blanche – lumineuse – presque rayonnante avec le reflet des arbres au fond des yeux – le goût un peu âcre de la roche dans la bouche – l’odeur de la terre et de l’enfance sous l’épaule – au creux de l’aisselle…

Tous les mythes balayés – sans référence – le ressenti et la sensibilité – l’indépendance de l’âme – le plus nu de l’homme – le plus simple de l’esprit – le cœur et les mains vides – attentifs – disposés à la tendresse – les gestes spontanés et justes – l’assise immobile et la lenteur des pas…

 

 

Vivre nous occupe tout entier…

Le monde et les hommes – lointains – absents – éclipsés – inutiles depuis si longtemps…

Le sol lavé de nos scories…

La lumière et l’intensité – en soi…

Ce que nous sommes – peut-être – aujourd’hui…

 

 

Des seuils et des horizons – les seconds devenant, plus ou moins vite, les premiers – selon le rythme des pas et notre manière d’avancer. Le chemin n’est (presque) rien d’autre ; nous qui passons entre mille choses qui passent…

Et à la fin – il ne reste rien – ni des uns, ni des autres – les êtres et les choses disparaissent et s’effacent – sans reliquat – et (presque toujours) en silence…

Et nos yeux qui voient le jour – et nos yeux qui voient la nuit – la paisible – l’imperturbable – alternance – le lent travail de ce que l’on appelle le temps sur la chair et les âmes – rien de magistral – très souvent – l’ordinaire et le commun – le sommeil et l’inertie – excepté chez quelques-uns (trop rares sans doute) – à l’inverse d’autres lieux et d’autres mondes où la transformation de l’esprit et la métamorphose de l’âme sont aisées – des pratiques éminemment courantes – répandues – extrêmement banales…

 

 

Le regard emmêlé à la terre froide – la clarté de la parole – comme le jour qui monte – lumière de plus en plus haute – lumière de plus en plus vive – et vaste – éclairant le monde sans ses horizons (habituels) – laissant les identités s’entrechoquer – s’enlacer – se combiner – et le voyage devenir central – essentiel – vertical…

De l’air et du ciel offerts à toutes les formes de lassitude – à toutes les formes d’épuisement – comme une soudaine réoxygénation de l’âme – et une manière d’interrompre la marche – le mouvement – ce qui était en train de s’accomplir – comme un suspens – pour redonner sa place au regard – à l’immobilité – au silence – comme mille prières qui s’élanceraient vers le même infini – Dieu nous regardant avancer – au-dedans – vers lui – et se penchant aussi bas que possible – les bras tendus et les mains ouvertes – pour nous recevoir comme s’il s’accueillait lui-même – après une longue absence…

 

 

Ce que le monde nous laisse – à peu près rien – tant les Autres sont nombreux et voraces…

Ecrasé(s) par la puissance de la multitude et de la faim…

 

 

Sur le seuil désert – comme chaque soir – loin de la lumière des villes – dans le froid – la nuit – la solitude – au cœur de notre originelle condition – les yeux tournés vers le ciel – sombre – zébré – indifférent à notre émoi – à notre goût pour l’aventure – à notre allant sans défaillance…

Devant nous – la paroi invisible – cette étrange frontière qui sépare nos vies si ternes – si tristes – et l’infini…

 

 

Notre seule liberté – dans la poussière – le regard – et le reste (tout le reste) à l’étroit – et qui finira piétiné – balayé – et, aussitôt, remplacé par mille autres choses…

Notre existence – sans soleil – sans espoir – nocturne et routinière – de bout en bout. L’âme aride – desséchée – presque entièrement empêtrée dans la terre – invalide – privée de possibles – d’ailleurs – d’éloignement – de confins – amputée de ce qui la rendrait libre et belle…

Un feu – un arbre – des forêts et des montagnes – un espace de solitude et de respiration – quelque chose qui nous éloignerait des mythes et des fables inventés par l’homme pour se croire l’égal des Dieux – une manière de s’affranchir de ce qui nous emprisonne et nous mutile…

 

 

L’évidence de la route et du désert – loin des traversées communes et des attributs triviaux auxquels se réduisent l’essentiel des visages et des existences…

L’espace large – libre – ouvert – plutôt que les murs – hauts – longs – épais…

Une fenêtre à la place du cœur – du vent partout – pour balayer l’inutile – le temps et les souvenirs – la tête humble et effacée – et l’âme attentive – dans la seule nécessité du jour…

 

 

Le ciel – en nous – presque dissous – avec quelques traces d’espérance au milieu de l’absence…

Un sol – une route – un lieu partout célébré comme une destination – comme si l’on pouvait avancer – se libérer de ses liens – franchir le moindre obstacle – se débarrasser du sommeil et des choses accumulées pendant des siècles – comme si l’on était destiné à voir le jour…

 

 

Tout se referme derrière nous – tel serait, sans doute, notre désir – mais, en vérité, c’est l’inverse qui se produit – tout s’ouvre – comme si nous étions le seul obstacle – la seule obstruction…

Tout devient tellement plus simple lorsqu’il n’y a plus personne ; tout est semblable pourtant – exactement le même cours des choses – inévitable – implacable – mais sans le moindre détour – sans le moindre ajout – la simplicité dans sa plus juste expression…

 

 

Ce que nous habitons si mal – si maladroitement – à peu près tout ; l’existence – le monde – notre rôle – nos fonctions les plus naturelles – tout ce qui nous est donné à vivre…

Le possible – ce qui est à portée de main – nous échappe faute d’attention. C’est l’absence l’obstacle le plus important – notre pire ennemi…

 

 

Entre nos mains – tout finit par se dessécher ; il faudrait vivre les paumes ouvertes (et vides) – et avoir l’âme du jour – sans tenaille – sans le moindre outil – et le cœur humble prêt à tout étreindre – à tout embrasser sans rien saisir – comme une présence capable de s’offrir sans rien attendre – sans jamais rien demander – jouissant de sa seule offrande – dans une sorte de boucle autosuffisante comme si l’Autre et le monde étaient de pures abstractions – quelque chose donné par surcroît – une manière de rendre possible le don – et d’achever le geste – de le rendre absolument complet, en quelque sorte (sentiment de gratitude compris)…

 

 

Les vents du monde sur notre peau – jusque dans nos terres les plus reculées – comme une lame implacable – une mâchoire sévère – qui sectionne – qui arrache – ce que nous pensions être le plus précieux – l’irremplaçable – et qui nous façonne, à chaque instant, une âme et un visage nouveaux – de plus en plus simples et dépouillés…

Le souffle intact – et le front de plus en plus lisse…

 

 

Du bleu sur nos fractures – en couche épaisse pour masquer la douleur originelle – cette béance creusée dans notre sable le plus ancien…

La façade labourée – et cette soif que rien ne désaltère. Survivant du ciel d’autrefois – inquiet du temps suspendu – du temps qui passe – du temps inexistant…

L’évidence dramatique de l’existence et du monde que le poème s’approprie pour éveiller – en nous – le sentiment pur de la joie – et favoriser un glissement de l’apparence personnelle vers l’absence de subjectivité – pour que réémergent les traces du premier lieu imprimé dans nos profondeurs secrètes…

Une manière de rendre le réel plus familier – et plus proche – presque sien – absolument méconnaissable tant les yeux et l’âme – à l’air libre à présent – étaient enfoncés dans l’aveuglement…

Le moins banal tranchant l’obstacle. L’élémentaire vivant retrouvant l’infini – la subtilité – l’invisible. Le monde tel qu’il nous apparaît devenant soudain le monde tel qu’il est – peut-être…

 

 

La commune trivialité de l’homme (ordinaire) aux prises avec les affres (inévitables) de l’existence – notre misérable portrait – à tous…

 

 

L’origine affranchie de toute signification – en filigrane – derrière le sens que nous essayons de donner aux quelques milliers de jours que nous vivons…

 

 

Plaie béante – en soi – comme un trou devenu gouffre – puis abîme – née peut-être – née sans doute – d’une insignifiante égratignure – et qu’une tournure particulière de l’esprit a creusé – a creusé – encore et encore – jusqu’à l’obsession – d’une manière de plus en plus acharnée à mesure que la blessure s’approfondissait…

 

 

Entre nous – ce défaut de plénitude – comme un quiproquo – une incompréhension grandissante – inévitable. Le sentiment d’une séparation – quelque chose d’irréconciliable – absolument…

 

 

Moins de ciel que de sol – cette assise établie – fondement, peut-être, de notre inconscience qui appréhende le monde – et nous nous mouvant à l’intérieur – d’une manière incroyablement fixe et déterminée – sans la moindre possibilité de surprise ou de changement – comme bloqués dans un univers de certitudes et de stabilité…

 

 

Nous – en retard sur nos excès et notre inconséquence – intervenant là où le feu est déjà passé – en des lieux condamnés par notre irrépressible folie…

Ici-bas – des terres de dégâts et de (vaines) tentatives de réparation qui donnent au monde cette allure désolée et désolante – et aux âmes cet air de tristesse inquiète et affairée – avec, parfois, un peu de soleil – presque fortuit – comme une sorte d’accident…

 

 

Se souvenir – comme d’un autre monde – d’un lieu ancien – étranger – que nous n’avons connu qu’en rêve…

 

 

Plus loin – comme un soleil trop haut perché – trop infime – pour nous – pour nous tous – qui vivons dans les galeries trop sombres – trop souterraines – du monde…

Rien – jusqu’à nous – excepté le rayonnement nocturne des ombres qui tournent – qui tournent – entre nos murs…

 

 

Le front fébrile – comme si nous avions couru jusqu’ici – en ce lieu précis où la nuit s’apprivoise – où la nuit n’importe plus – où la nuit est, pour l’âme, l’égale du soleil…

Au-dessous des jours torrentiels – inondants – pénétrants – sans pitié pour nos (hideuses) idoles et nos (pauvres) idées de lumière…

 

 

Un jour – au fond – un autre – plus bas encore – là où l’air que nous respirons – chaque inspiration – n’est que l’air expiré au souffle précédent – et ainsi de suite jusqu’à l’asphyxie…

La mort du monde et des choses – simultanément à la nôtre…

 

 

Des cloches – des sons – comme des nœuds dans l’air brusquement jetés contre le métal. Et la tête comme un clocher – mille clochers retentissants – cacophoniques – arrêtant net toute pensée – toute prière – résonant partout par la tuyauterie du corps – dans le cou – la poitrine – les bras – les jambes et les pieds – échos si puissants qu’on les entend à des lieues à la ronde – autour de soi – aux alentours – autour du monde entier…

Plus qu’un énorme bruit composé de millions de tintements sauvages – horriblement sonores. Notre vacarme intérieur – l’enfer acoustique…

Et la figure des Dieux qui se retournent et se penchent vers nous – menaçants – et leurs mains qui nous saisissent et nous secouent avec fureur – et leur souffle rageur qui nous projette au loin…

Et, soudain, notre rêve qui vole en éclat – et qui retombe sur le sol – brisé…

Comme un fracas paroxystique – une tempête salvatrice – un courroux soustractif et réparateur…

 

 

Dans nos terres retournées – cet or communautaire que l’on n’espérait plus – comme un trésor antique – ancestral – originel – caché – enfoui sous notre ignorance – le sous-sol aussi habité que le ciel – et que notre âme – à présent – accueille comme une promesse…

Le monde – en soi – peuplé de figures amies – puissamment – étonnamment – fraternelles…

Un seul pas – une seule parole – et nous sommes des dizaines à marcher – à exprimer – et à nous féliciter de cette surprenante (et merveilleuse) compagnie…

Nous n’allons plus seul – nous allons ensemble – réunis dans le même geste – dans le même élan – dans le même regard…

 

 

Dans le jour – à retourner en tous sens le mystère – en nous – posé devant nos yeux – sans rien voir – sans rien deviner…

Mur blanc derrière – neige devant – pierre en dessous – et ciel par-dessus. La seule issue – la seule transparence possible – au-dedans…

 

 

La terre et le vent – amis de nos courses vagabondes – de ces marches à pas de géant au cours desquelles nous franchissons des montagnes et des océans – notre vie au-dedans ballottée par les remous – notre âme – exaltée – respirant l’air des hauteurs et du grand large – humant la liberté d’aller là où la providence nous mène…

De la fraîcheur derrière le fardeau de vivre – le monde à découvrir – les visages à ignorer – le chemin juste qui avive notre feu et consume nos restes d’esprit et notre surplus de chair – pour que ne reste que l’essentiel ; le souffle – la foulée – et la joie d’être et d’aller…

 

 

On inhabite tant le monde et l’esprit que nous ignorons qui nous sommes et où nous allons…

 

 

Tout – comme le vent – à hauteur de regard – fragile – sans la moindre assise – sans la moindre solidité…

Une route – des routes – mille itinéraires – mille possibilités – le voyage perpétuel entre la pierre et le ciel…

Et l’infini au-dedans qu’il faut, peu à peu, apprivoiser…

 

 

De la terre et du feu – ce qui nous revient – et ce qu’il faut imprégner d’invisible puisque la matière de ce monde ne peut être convertie…

Il n’y a d’autre solution pour faire un pas au-dessus de l’homme – devenir un peu plus que cette glaise ardente – mi-reptilienne – mi-verticale – qui se déplace sous le soleil presque toujours en rampant…

 

 

D’île en île – sans que le lointain jamais ne se rapproche…

 

 

Terre-soleil parfois lorsque la joie est suffisante pour élargir le cœur – élever l’âme – esquisser un (immense) sourire sans raison…

 

 

Le ciel – comme un oubli – en nous – déposé – puis laissé là – comme abandonné (à lui-même) – et qui a, pourtant, besoin de nous pour devenir vivant en ce monde…

 

 

De la terre et du noir – seulement – quelque chose de lourd et de sombre – comme une masse brune tournant sur elle-même – poussée ici et là – et revenant toujours vers un centre invisible et mystérieux – comme aimantée par ce qu’elle porte enfoui dans ses profondeurs…

 

 

A aller toujours – inlassablement – de l’autre côté du monde – de l’autre côté de l’âme – pour chercher ce qui nous manque – ce que nous désirons tous – alors qu’il suffirait de s’asseoir et d’attendre que notre ardeur se tourne vers l’intérieur – et se débarrasse, peu à peu, de ce qui nous encombre – de ce qui nous voile – la nudité de l’être – la simplicité de notre présence au monde…

 

 

Le ciel tranchant – comme une lame sans pitié qui découpe ce que nous croyons être nos vies – l’essentiel – le plus précieux – illusion – bien sûr – qui ôte seulement l’accessoire – le superflu – l’inutile – à peu près tout – en vérité ; choses – visages – idées – souvenirs – sécurité – appuis – symboles – identité – nous laissant seulement un regard et deux mains (presque) innocentes…

 

 

Tout – comme un évanouissement – peut-être – pour que ne subsiste que le merveilleux…

Ni demeure – ni récolte – le précaire – le provisoire – l’incertitude – sur le fil du rasoir – de manière permanente – le terreau de l’intense et de la liberté…

 

 

Des gestes dans notre tête pour tenter – en vain – de dessiner un soleil au-dedans…

L’âme trop fermée encore – pour dissiper la nuit et accueillir le jour…

 

 

Des pas – vestiges d’autrefois – du temps où la marche partait à l’assaut de l’épaisseur – cherchait un souffle solaire pour aller vers le lointain – repousser l’indésirable – transcender l’interdit – jouer, en somme, avec toutes ces couches de monde – collantes – gélatineuses – empêtrantes…

Aujourd’hui – des pas – comme une forme d’exercice sans intention – tant le monde nous laisse indifférent…

 

 

La vie bleue – fleurie – respirante – rude et belle – sur le sol caillouteux…

Soleil au cœur – soleil à l’horizon – l’âme plaquée sur les grands arbres ; chaque jour – un long baiser poussiéreux sur le front ; nu – sans façade – sans arrière-pensée – presque aussi libre et transparent que le vent – comme si le monde n’avait plus d’importance…

 

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