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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

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10 décembre 2017

Carnet n°79 Intimités et réflexions impersonnelles

Journal / 2016 / L'intégration à la présence

Une parole – une pensée – me vient. Elle arrive de loin. De très loin. Du regard qui jouxte le cœur. De plus loin encore peut-être... Qui sait où elle débute ? Elle poursuit son chemin à travers moi qui ne suis pour elle qu'une très modeste étape (pas même nécessaire sans doute). Elle me glisse entre les doigts pour s'étaler sur le papier. Qui n'est, lui aussi, qu'une humble escale dans sa longue aventure.

La parole – la pensée – n'en finit pas d'arriver... Elle traversera encore mille cœurs – dix mille cœurs peut-être –, poursuivra en eux son périple et continuera sa route inlassablement. Avant un jour peut-être d'être ramenée à l'espace où elle est née (ou d'être rappelée à lui, allez savoir ?). Retrouver l'espace originel qui l'a vue naître pour la première fois. Alors peut-être s'éteindra-t-elle définitivement. A moins, bien sûr, qu'elle ne survive discrètement – ou secrètement – dans quelques cœurs – et dans quelques livres – et qu'un regard la ranime – ou la réveille – pour qu'elle poursuive son interminable voyage...

 

 

Les instants du jour. Et le jour des instants. Avant que ne survienne le jour de l'instant où celui-ci devient la seule référence temporelle...

 

 

Suis les instincts du jour. Ils donneront un peu de chair à ta vie...

 

 

Au cœur frivole, rien ne s'attache. Sinon la futilité des jours...

 

 

La défaite des jours offre au cœur la seule victoire possible. Une pluie de caresses dans les yeux ouverts...

 

 

Et si le monde n'était qu'un grand corps endormi qui attend le baiser de Dieu pour s'éveiller...

 

 

Les rêves maléfiques des hommes que le Diable, dans leur sommeil, a embrassés à pleine bouche...

 

 

L'homme de Dieu – encore immature – ne doit se comparer aux hommes. Ni s'en plaindre ni les condamner. Il doit soumettre ses yeux, son cœur et ses gestes à la mesure de Dieu. Celui-ci sera, s'il en éprouve encore le besoin, sa seule référence.

 

 

La magie d'un regard ne tient pas à son mystère. Mais à son ampleur.

 

 

Si tu n'éprouves toujours aucune tendresse pour la plus infime créature de la terre, Dieu n'a pas encore suffisamment empli tes yeux et ton cœur d'Amour.

 

 

La violence, la barbarie et l'ignominie du monde, aime-les avec patience. Il n'y a d'autre voie pour qu'elles s'éteignent. Il n'y a de façon plus directe de les voir disparaître définitivement...

 

 

Les saisons ne se succèdent que pour les yeux naïfs. C'est le ciel qui habille la terre selon les circonstances. Et l'âme qui lui donne ses couleurs...

 

 

Un cœur pur est un cœur nu. Entièrement démaquillé. Auquel on a pris soin d'ôter toutes ses poudres. Et tous ses fards.

 

 

A la beauté du monde ne peuvent répondre pleinement que la grâce et l'innocence.

 

 

Un homme sans manière n'est pas, comme l'on pourrait le croire trop hâtivement, un être rustre et vulgaire. Mais un cœur vierge et sans référence. Un regard nu et ouvert aux situations.

 

 

Dieu offre à chacun quelques grâces(1). Et quelques infirmités(2). Exactement celles dont il a besoin pour s'éveiller à son visage...

(1) Les miennes concernent essentiellement la sensibilité, la curiosité insatiable, le goût d'apprendre et de connaître et la soif inextinguible de vérité...

(2) Principalement mon incapacité à vivre parmi les hommes et à m'épanouir dans leur monde...

 

 

Nul, bien sûr, ne peut voir le visage de Dieu. On ne peut qu'en deviner – ou en apercevoir – les signes et les expressions. Seul le cœur peut réellement ressentir sa présence. Son évidente présence en – et parmi – nous...

 

 

Autrefois les pèlerins pérégrinaient avec un bâton sur les chemins. Pour soutenir leurs pas au cours de leur longue marche et se défendre contre d'éventuels brigands. Aujourd'hui, il est rare que mon bâton ne m'accompagne pas au cours de mes longues sorties quotidiennes dans les collines. Il m'est particulièrement utile sur les sentes escarpées – très nombreuses en ces lieux. Et outre son utilité pratique, mon goût très prononcé pour sa manipulation martiale, l'évident esthétisme des mouvements qui y sont associés et la joie éprouvée par son utilisation, il pourrait servir – ne sait-on jamais – au modeste pèlerin de vent(1) de taille modeste et toujours seul dans ses périples, et jamais à l'abri, bien sûr, de rencontrer quelques visages hostiles et agressifs comme cela est déjà arrivé à plusieurs reprises(2) où il a dû faire face seul, sans aide ni soutien, sans arme ni artifice à la violence verbale et physique de quelques groupes d'excités. Et il semble évident que le maniement habile et avisé du bâton pourrait décourager les plus téméraires à laisser libre cours à leur violence ou à s'adonner à quelques velléités agressives. Et permettrait d'éviter l'affrontement. Ou éventuellement de mettre hors d'état de nuire celui ou ceux qui aurai(en)t l’imbécillité ou le courage de se livrer au combat... En espérant, bien évidemment, que cette éventualité ne se produise jamais...

(1) Votre serviteur...

(2) Quelques démêlés avec des groupes de chasseurs menaçants et belliqueux – et parfois même très remontés de voir mes chiens courir en toute liberté sur ce qu'ils considèrent, à tort bien sûr, comme leur pré carré et des bandes d'individus agressifs et/ou fortement alcoolisés toujours prêts à en découdre... Et qui n’interviennent, le plus souvent, qu'en équipe ou en nombre...

Je suis, de tout évidence, un partisan de la non violence. Mais bien des hommes ne partagent pas cette perspective... La violence est pour eux un mode expressif privilégié. Et nous qui déambulons toujours seul sur les chemins déserts du monde, nous n'avons aucune envie de nous retrouver impuissant et démuni, face à l'hostilité imbécile de quelques brutes agressives. D'autant que les hommes se déplacent presque toujours en groupe et font presque toujours appel aux membres de leur famille, de leur clan ou de leur communauté pour leur venir en aide. Et nous, nous sommes seul sans personne pour nous épauler ou venir à notre rescousse. Le bâton reste donc notre meilleur soutien. Le plus avisé. Et sans doute le plus dissuasif...

 

 

Ecoute ces paroles, homme ! Une chose en toi guide tes pas. Entends-la. Ecoute ses conseils et ses directives. Et consulte-la autant que nécessaire. Elle te donnera de précieuses indications sur le chemin de l'existence. Et le cheminement vers la vérité. Elle s'exprime par divers canaux. Mais l'intuition et la voix intérieure semblent ses modes expressifs les plus courants. Et les plus facilement perceptibles par les hommes. Toutes deux émanent directement de l'espace impersonnel. Et l'intelligence sensible du cœur décrypte – et transmet – leurs messages. Si tu aspires à faire de ta vie un véritable chemin, n'y sois pas sourd...

 

 

Le petit homme – le petit homme simple – au cœur sensible et incomplet – meurtri par la bêtise et la violence du monde – apprit au fil des pas à transformer ses faiblesses et sa sensibilité en portes de la connaissance. Il erra longtemps dans son anti-chambre avant que le ciel ne s'ouvre – et ne puisse offrir à son âme deux petites ailes pour qu'elle s'envole vers Dieu – et explore son royaume infini. Tout au long de son voyage, il rédigea des notes pour donner quelques indications et quelques conseils aux hommes. Dire ce que le chemin et son exploration lui avaient appris. Puis il put raconter la découverte du royaume céleste. Ses merveilles. Et ses trésors. Mais les hommes – la plupart des hommes – n'ont jamais prêté attention à sa besogne. Et il en a longtemps été attristé...

Aujourd'hui, il demeure dans les montagnes et redescend de temps à autre dans la plaine. Mais son cœur n'est plus en peine. Il marche dans le monde sans attente à l'égard des hommes. La solitude et la montagne sont sa seule patrie. Et son travail et sa joie, Dieu seul les lui donne...

 

 

Si l'on ne découvre l'Amour en soi, jamais on ne rencontre l'Amour.

 

 

Au cœur de la plus grande sagesse se cache la plus grande folie. Au cœur de la plus grande folie se cache la plus grande sagesse. La normalité, elle, n'est qu'une maladie de l'âme, soumise au mimétisme imbécile, à l'insipidité et aux restrictions de la lâcheté, de la tempérance et de la crainte excessive.

 

 

Lorsque tu n'auras plus besoin des hommes comme témoins (témoins de tes actes, de tes gestes, de ton travail et de ta vie), comme faire-valoir ou instruments sensibles et émotionnels destinés à t'offrir ou à te procurer plaisir, satisfaction ou réconfort, la compagnie de Dieu suffira à ton existence. Et seuls son regard – et le ressenti sensible et sensoriel – seront nécessaires pour te combler pleinement. Tu pourras alors aller dans le monde – et parmi les hommes – le cœur parfaitement ouvert et sans attente...

 

 

Qu'est-ce que vivre ? Qu'est-ce que la sagesse ? Quelques mots suffisent à offrir une réponse simple. Et recevable. Contempler. Observer. Ecouter. Ressentir. Aimer. Accueillir. Et agir si nécessaire...

 

 

Tant que les hommes n'ont qu'une vague idée des règles de la terre et du ciel, ils vivent selon leurs conditionnements. En créatures instinctuelles. Lorsqu'ils les ont quelque peu intégrées, ils se familiarisent avec la présence. Et lorsqu'elles ont été parfaitement intégrées à leur être, ils vivent selon la grâce de Dieu.

 

 

A l'apôtre des jours, il faut donner. Les autres tendront la main à sa générosité. Et à son Amour. Et tous recevront ses dons – non selon leurs désirs mais selon ce qui leur est nécessaire...

 

 

Une parole – une pensée – me vient. Elle arrive de loin. De très loin. Du regard qui jouxte le cœur. De plus loin encore peut-être... Qui sait où elle débute ? Elle poursuit son chemin à travers moi qui ne suis pour elle qu'une très modeste étape (pas même nécessaire sans doute). Elle me glisse entre les doigts pour s'étaler sur le papier. Qui n'est, lui aussi, qu'une humble escale dans sa longue aventure.

La parole – la pensée – n'en finit pas d'arriver... Elle traversera encore mille cœurs – dix mille cœurs peut-être –, poursuivra en eux son périple et continuera sa route inlassablement. Avant un jour peut-être d'être ramenée à l'espace où elle est née (ou d'être rappelée à lui, allez savoir ?). Retrouver l'espace originel qui l'a vue naître pour la première fois... Alors peut-être s'éteindra-t-elle définitivement... A moins, bien sûr, qu'elle ne survive discrètement – ou secrètement – dans quelques cœurs – et dans quelques livres – et qu'un regard la ranime – ou la réveille – pour qu'elle poursuive son interminable voyage...

 

 

L'essentiel ? La présence. Quel que soit l'état...

 

 

Quelques chevaux d'un haras touristique parqués dans un pré exigu et broussailleux sans arbre ni abri, offrent aux hommes, à l'instar de tous les animaux sauvages et domestiques, une incroyable leçon de courage. Sans doute la plus grande qui soit, bien que les hommes, dans leur stupidité et leur aveuglement, n'y soient guère sensibles...

Impassibles sous la pluie et la neige comme sous le soleil harassant. Supportant le froid et endurant la chaleur sans broncher. Stoïques face au harcèlement permanent des mouches, face aux attaques continues des taons pendant la journée et des moustiques durant la nuit. Et contraints par les hommes qui en ont fait « leur propriété(1) » de se laisser monter(2) à toute heure du jour par des postérieurs suants et malodorants, maladroits ou habiles mais toujours exigeants, capricieux et dominateurs(3) les menant selon leurs exigences(3) et leur « bon plaisir ». Contraints de répéter inlassablement les mêmes tours de manège, d'effectuer les mêmes sauts d'obstacle et de galoper plusieurs fois par jour à brides serrées dans d'interminables courses. Endurer cette existence-là avec cet héroïsme ordinaire et quotidien(4) devrait clouer le bec à tous les blanc-becs humains qui s'enorgueillissent de leur courage de pacotille et de leurs actes de bravoure à quatre sous. Mais non ! Les hommes continuent de fanfaronner pour leurs pauvres gestes ! Et pire ! Ils ignorent non seulement le réel courage de leurs frères à quatre pattes mais les maintiennent asservis dans des conditions abjectes et intolérables ! Cette humanité-là, si stupide et si insensible – si ignorante et si nuisible –, est à pleurer...

(1) Quelle ignominie de confiner un être au rang d'objet... et de le cantonner à un rôle d'instrument. Toute l'horreur de la réification y est présente...

(2) Sans compter le débourrage, procédé violent pour les dominer et les asservir...

(3) Quel être accepterait sans contrainte qu'on l'affuble d'un mors, d'un harnais et d'une selle pour le chevaucher ? Les hommes n'en ont pas conscience, mais le cheval (comme bon nombre de ses frères de misère aux conditions d'existence encore plus déplorables : porcs, poules, dindes, vaches, poulets, poissons d'élevage, animaux sauvages chassés et en cage, chiens à l'attache, ânes, mulets, bœufs et dromadaires destinés aux transports ou servant de force motrice pour actionner un moulin ou une pompe etc etc) est le symbole d'une domination abjecte et terrifiante exercée de façon inique et illégitime par l'espèce humaine qui se comporte à l'égard des autres espèces vivantes comme un animal dominateur et sans conscience...

(4) Notons que la vie des hommes n'est parfois pas si différente : travail usant et éreintant, tâches quotidiennes exercées avec pénibilité et dans un esprit de devoir, d'obligations et de contraintes, repos et sommeil constituent, bien souvent, l'essentiel de leur existence... Existence qui, à bien des égards, n'est pas si éloignée de la vie animale...

 

 

Sache te faire le trait d'union entre le cœur et le monde. Deviens leur corde sensible. Et tu vibreras à l'unisson de Dieu et des hommes. Des êtres et des astres. Des herbes, des pierres et des étoiles. Et tes notes – et ta partition – seront entendues partout dans l'univers...

 

 

Il vit son âme se reposer quelques instants à l'ombre d'un vieux chêne. Harassée par la chaleur et l'agitation du monde. Savourant sa courte halte avant de reprendre sa danse dans le ciel. Et son travail auprès des hommes.

 

 

Refuge des âmes et miroir des hommes. Serait-ce là les deux grandes missions du ciel ?

 

 

Vivre avec le cœur nu parmi les hommes est un exercice délicat. Mais nécessaire à la stabilisation de la présence.

 

 

Un monde sans marécage serait comme un ciel sans nuage. Impossible. Et impensable. Ils offrent à la terre et à l'azur ce qui leur est nécessaire. Les éléments indispensables à leur fonctionnement. Et les conditions requises à leur pleine maturité...

 

 

Les yeux et le cœur humains discriminent, jugent et séparent. Le regard divin, lui, égalise, accueille et unit ce qui a été divisé, élevé, abaissé, rejeté ou banni de façon illusoire par les hommes.

 

 

En général, ce que l'on donne aux êtres – et aux hommes – s'offre à Dieu. Et ce que l'on offre à Dieu se donne aux êtres – et aux hommes. Mais il arrive parfois, en particulier au cours de certaines phases du cheminement, que ce que l'on offre aux êtres – et aux hommes – prive des dons de Dieu. Et ce que l'on donne à Dieu ne peut être directement offert aux êtres – et aux hommes. Ou les en prive provisoirement...

 

 

On ouvre un livre comme l'on consulterait un ami, médecin et spécialiste de l'âme, qui vous montrerait exactement l'emplacement du cœur où il faudrait ouvrir – et inciser – pour que s'échappe un peu d'Amour. Un mince filet pour vous sauver de votre sauvagerie. Ou un jet puissant pour vous débarrasser de votre haine et de votre amertume tenaces. De votre colère. Et de tous vos ressentiments*.

* Car il y a, bien souvent, chez les hommes beaucoup d'aigreur, de chagrin, de frustration, de rancœur et parfois même de la haine et de la rancune accumulés insidieusement au fil des années (processus amorcé, bien sûr, depuis la plus tendre enfance)...

 

 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser(1), l'essentiel n'est ni soi, ni les êtres, ni le monde ni même la vie, mais la façon dont on entre en relation avec eux. Et avec toute chose(2). De notre manière d'être en lien dépend l'essentiel de l'existence terrestre. Plus le regard et le cœur savent se faire nus, ouverts et tendres(3), plus les relations se déroulent de façon détendue, harmonieuse et bénéfique(4). Et plus la vie devient simple et aisée. Naturelle et heureuse.

(1) Et à ce que pense la plupart des hommes...

(2) Avec tous les phénomènes : soi-même (et tous les pans et aspects de sa personnalité), les êtres, les choses, les situations, les événements, les circonstances, les pensées, les émotions etc etc.

(3) Pour que cette nudité, cette ouverture et cette tendresse apparaissent, il est bien souvent nécessaire de s'être préalablement rencontré et d'avoir découvert l'Amour en soi...

(4) Bénéfique pour tous, pour soi (en tant que forme), pour les autres, pour le monde et pour la vie...

 

 

Le cœur sensible est sans cesse malmené, maltraité, blessé et meurtri par le monde. Et par les hommes. Voilà pourquoi il éprouve souvent le besoin de se recueillir dans les bras de Dieu (avant de pouvoir – lorsqu'il est suffisamment mûr – y habiter) pour être en mesure d'accueillir pleinement l'animosité et la malfaisance des gestes et des comportements. Et convertir cette misère – toute cette misère – en Amour et en joie. L'espace divin est si infini que lui seul peut offrir l'hospitalité à la malice, à la bêtise, à la bassesse, à l'abjection et à la haine. Et les recevoir en hôtes princiers. Son accueil est si large et si profond qu'ils disparaissent. Enveloppés et recouverts de tendresse et de compréhension. Le cœur sensible peut alors se laisser traverser par toutes les ignominies du monde – et de la terre –, il sait qu'il restera indemne s'il se montre suffisamment nu, ouvert et transparent pour qu'elles puissent glisser – et s'éteindre – dans l'immensité divine.

 

 

L'illusion est ce qui n'est pas dans l'instant. Et les encombrements sont ce qui n'est pas nécessaire à ce qui est dans l'instant. A la situation telle qu'elle se présente ici et maintenant. Pour s'en défaire, il ne faut pas les rejeter. Ni lutter ni combattre contre eux. Au contraire, il convient de les accueillir. Et aussitôt accueillis de les reconnaître pour ce qu'ils sont : des illusions et des encombrements. Et ainsi éclairés (à la lumière de la présence), ils se désintègrent. Et disparaissent. Et ne demeurent alors que ce qui est, dépouillé de tout sur-ajout, et le regard nu, vide de tout encombrement et de toute illusion, qui éclaire et accueille ce qui est de façon neutre et ouverte.

 

 

Lorsque l'on est en compagnie des hommes (avec ou parmi eux), il faut être attentif. Ne pas laisser les yeux être ramenés à la surface des choses – à la surface du monde et de la vie. Il convient autant que possible de maintenir le regard dans les profondeurs afin de ne pas être happé ou absorbé par les événements et voir ainsi disparaître l'intensité et la consistance du cœur.

 

 

Il est toujours nécessaire de recevoir avec tendresse et Amour toutes les fois où notre cœur ne sait accueillir ce qui est avec Amour et tendresse.

 

 

L'inconfort* et la tranquillité ont toujours été les moteurs les plus puissants et les plus répandus en ce monde. Depuis les débuts de l'humanité – et même depuis l'émergence du vivant – les êtres ont toujours été actionnés par la fuite de l'inconfort et de l'intranquillité. Et, bien sûr – a contrario –, par la recherche du confort et de la tranquillité. Tout – presque tout – la quasi totalité des besoins, des désirs, des gestes, des activités et des projets s'y enracine. Ou y prend sa source.

* L'inconfort ressenti par le psychisme...

 

 

Dans les représentations humaines, la grandeur et la force(1) sont évidemment associées au masculin. Et la beauté au féminin. Ces associations sont sans doute à l’œuvre depuis des temps immémoriaux(2). Et il est évident qu'elles ont toujours correspondu globalement (de façon schématique et fort réductrice) aux qualités essentielles attendues – consciemment ou non – par l'un et l'autre des sexes (quelle que soit l'époque de l'histoire humaine). Aussi les femmes et les hommes se sont toujours définis malgré eux sur leur échelle respective. Et le rang(3) qu'ils s'attribuent et auquel les « placent » les autres sur cette échelle contribue grandement à construire leur représentation d'eux-mêmes, qui, à son tour, a une profonde incidence sur la façon dont ils entrent en relation avec les autres. Et avec le monde. Ainsi un homme grand et fort et une femme belle et séduisante seront dotés en général d'une forme d'assurance et de confiance et d'une aisance relationnelle bien plus élevées qu'un homme petit et faible et qu'une femme disgracieuse ou à la beauté quelconque. Comme si ces archétypes ancestraux se transmettaient non seulement de façon quasi génétique de génération en génération mais conservaient aussi toute leur puissance dans la partie la plus ancienne et primitive du cerveau – et de la mémoire –, continuant d'influer sur le psychisme humain de façon conséquente. En tout cas jusqu'à aujourd'hui. Et pour sans doute encore bien des générations...

(1) Force et grandeur réelles (physiques) ou symboliques (richesse, pouvoir, rang social etc etc)...

(2) Bien que ces dernières décennies, on a vu en Occident – et en particulier dans les zones urbaines – émerger une recombinaison des représentations et se développer une forme de mixité timide en dépit de traditions sexistes (voire machistes) encore très fortement ancrées dans les esprits...

(3) Le rang sur cette échelle : rang médiocre, passable, élevé...

En dépit de la puissance de ces représentations masculines et féminines, n'oublions pas – pour autant – que l'essentiel des actes humains ne vise qu'à s'assurer* – illusoirement bien évidemment – d'être aimé. Et celles et ceux qui « occupent » une « place honorable » sur leur échelle essaieront de faire valoir ce rang dans leur besoin fondamental de reconnaissance et d'amour. Et les autres – ceux qui ne peuvent se hisser qu'à un rang médiocre ou passable tenteront souvent d'autres voies pour parvenir à leur fin : intelligence, gentillesse, habileté, douceur, humour, etc etc. Espérant ainsi compenser un rang jugé « insuffisant »...

* Assurer le psychisme et le mental...

 

 

Pour agir avec justesse – avec la plus grande justesse possible –, il convient, bien sûr, d'être à l'écoute de la situation. De l'ensemble des éléments et des protagonistes de la situation. Mais il convient aussi de conserver à l'esprit que la situation, ses éléments et ses protagonistes, s'inscrivent toujours dans un cadre plus large – beaucoup plus large. Et que les circonstances actuelles ne sont qu'un infime épisode d'un long – très long (sinon infini) – processus. Nous ne devons jamais oublier que ce qui est vécu à un instant donné n'est que la conséquence logique et implacable(1) – et sans doute nécessaire(2) – d'un déroulement amorcé, le plus souvent, très antérieurement...

(1) N'en déplaise aux partisans du hasard, bien peu avertis. Et bien trop étroitement rationnels...

(2) Pour qu'ils vivent, éprouvent et comprennent ce qu'ils ont à vivre, à éprouver et à comprendre...

 

 

On vit ici comme l'on pourrait vivre ailleurs. Les lieux n'ont, en définitive, aucune importance... Seule notre manière d'y être présent – et de les habiter – est déterminante. Certes, certains lieux comme certains êtres peuvent avoir nos faveurs mais c'est toujours notre façon d'être avec eux qui est essentielle.

Il convient néanmoins – si on en a la possibilité – d'être à l'écoute de ses besoins et de ses aspirations en matière de mode de vie, d'environnement et de relations aux hommes – et au monde. De les respecter. Et de s'y conformer(1). Cette écoute et ce respect seront le gage d'une vie phénoménale juste et appropriée. En nous offrant les conditions d'existence adéquates, adaptées à notre nature profonde, on se libère des tensions et des conflits inutiles – liés à une certaine forme d'incompatibilité ou de discordances naturelles (sans compter, bien sûr, les soucis et les préoccupations qui y sont associés) et l'on peut ainsi réunir les conditions propices à une forme de tranquillité minimale nécessaire(2) au cheminement intérieur...

(1) D'ordinaire, nous aimons illustrer cette thématique avec l'exemple de la girafe et du pingouin. La nature de la girafe la contraint à vivre dans la savane. La banquise constitue pour elle un environnement hostile et inadapté. Quant au pingouin, sa nature le contraint à vivre sur la banquise. La savane est pour lui un environnement totalement inapproprié. Il ne viendrait à personne l'idée de faire vivre une girafe sur la banquise et un pingouin dans la savane. Pour qu'ils puissent vivre à leur aise, ils doivent l'un et l'autre respecter leur nature et opter pour un mode de vie adapté à leurs caractéristiques...

(2) Notons néanmoins que les « épreuves phénoménales » peuvent aussi constituer – lorsque cela s'avère encore nécessaire – le cadre pratique d'un travail sur soi : processus de désencombrement psychique, élargissement de l'accueil etc etc. Mais se contraindre ou se forcer en oubliant d'être à l'écoute de ses caractéristiques, de ses besoins et de ses aspirations constitue une violence. Et ne peut-être considéré, sauf exception*, comme un instrument judicieux dans notre cheminement spirituel...

* Dans certains cas précis comme par exemple au début du cheminement lorsque les aspirations correspondent davantage à des désirs d'ordre personnel ou à des exigences capricieuses liés aux représentations mentales qu'à des nécessités naturelles et profondes...

 

 

[Représentations humaines du masculin et du féminin – suite]

Il semble pertinent, à certains égards, de penser que la « grandeur » et la « force » sont les symboles les plus évidents de la puissance. Et que la beauté est sans doute le symbole le plus juste de la grâce. Nul ne contesterait non plus que les femmes, pourvues, en général, de grâce mais dépourvues de puissance(1) cherchent cet attribut chez l'homme. Et que les hommes, en général, pourvus de puissance et dépourvus de grâce sont en quête de cette caractéristique chez la femme(2). Comme si hommes et femmes cherchaient à réunir en une seule entité ces deux dimensions(3). En tentant d'y parvenir maladroitement à travers la réunion de deux êtres. A travers le couple et l'amour (au sens commun et ordinaire). Rappelons également que l'amour est l'un des moteurs principaux des êtres (chacun cherchant, évidemment, à être aimé...).

(1) Au sens réel... ce qui n'empêche nullement, bien évidemment, que l'essentiel des femmes soit dotée d'une grande force et d'un grand courage...

(2) Dans le cas de l'homosexualité, l'un des partenaires est bien souvent associé à la puissance et l'autre à la grâce bien que les deux puissent évidemment réunir ces deux attributs(3)...

(3) Certes, certains êtres parviennent à réunir en eux-mêmes la puissance et la grâce. Mais tous aspirent néanmoins à trouver l'amour... Sans compter, bien sûr, que la puissance et la grâce finissent toujours, tôt ou tard, par se flétrir. Et par perdre, au fil des années, de leur superbe...

La puissance et la grâce évoquent aussi très naturellement des caractéristique divines. Des attributs de Dieu qui est aussi le plus haut symbole de l'Amour. Que pouvons-nous donc conclure de cette triple association ? Il serait loisible de penser que les êtres qui ressentent inconsciemment leur incomplétude cherchent d'une façon malhabile à réunir cette divine triade : puissance, grâce et amour avec les « moyens phénoménaux » à leur disposition. Sans être en mesure encore de comprendre – et de sentir – que Dieu (l'espace impersonnel, la conscience, la présence – et qu'importe les termes !) les réunit d'une parfaite façon. Et moins encore capables, bien sûr, de découvrir qu'ils sont profondément cet espace – ce regard – divin...

Cette hypothèse semble à la fois plus judicieuse et plus profonde pour essayer d'éclaircir – et de comprendre – l’irrésistible attrait et l'impérieux besoin de rapprochement entre les êtres que les triviales explications habituelles sur les besoins et le plaisir sexuels et affectifs et les nécessités de perpétuation de l'espèce... A dire vrai, sans doute que ces deux voies sont complémentaires car l'homme porte en lui, et parfois de façon inextricable, une indéniable composante animale et une incontestable dimension métaphysique et spirituelle...

Quoi qu'il en soit, il semble évident que l'aspiration humaine à l'Absolu et à la complétude – son épectase* – doive passer, en général, par une phase phénoménale (un peu gauche et triviale) à travers le couple – ou du moins, la recherche d'un partenaire – avec son lot habituel de déceptions et de désillusions ordinaires avant de pouvoir se tourner de façon plus juste vers la voie spirituelle conduisant à Dieu. A l'absolue complétude. Et à la triade Amour, grâce et puissance réellement vécue et ressentie...

* Qui signifie aussi, comme une sorte de petit clin d’œil divin, mourir pendant l'orgasme...

En vérité, tout geste – tout acte – et, bien sûr, tout désir – est une recherche de Dieu. Mais l'essentiel des hommes n'en a conscience...

 

 

On cherche d'abord l'amour (et l'attention), la beauté, la joie et la paix (et parfois l'intelligence), dans le monde. Et dans la vie. Dans les mille activités – et les mille aspects et dimensions – du monde. Et de la vie. Puis, déçu (oui, forcément déçu car ils ne s'y trouvent pas – en tout cas jamais de façon pleine et durable...), on se tourne vers soi*. Débute alors un cheminement – un long cheminement – vers sa nature profonde qui débouche, dès que la rencontre est réelle et effective, sur l'espace divin d'Amour et de paix – sur un regard d’accueil infini – et infiniment lucide et clairvoyant – et pleinement comblé qui s'habille – autant qu'il habille le monde et la vie – de joie, de beauté et d'intelligence.

* Et ceux qui ne peuvent encore se tourner vers eux-mêmes ne sont pas suffisamment mûrs : ils se satisfont – ou se contentent – des petits bouts ou des maigres parcelles d'amour, de beauté, de joie, de paix et d'intelligence(1) qu'ils ont réussi tant bien que mal à dégoter dans la vie et le monde...

(1) Et plus exactement, ce qui semble correspondre plus ou moins à leurs représentations de l'amour, de la beauté, de la joie, de la paix et de l'intelligence...

 

 

La vie humaine n'est, en vérité, qu'une longue série de gestes, d'attentes et de soucis quotidiens appréhendés – et éprouvés – avec un esprit de routine, de crainte et d'exaspération. Parsemée, ici et là, de repos et de menus plaisirs. Et émaillée d'événements dévastateurs ou porteurs de grandes souffrances.

Lorsque la vie n'est pas habitée, elle semble, le plus souvent, ennuyeuse, insipide et douloureuse. Si angoissante que les hommes se jettent avec avidité sur tout ce qui peut les rassurer : idées, représentations, argent, possessions, systèmes de sécurité et de protection, partenaire, entourage et environnement rassurants etc etc. Et si peu exaltante qu'ils se jettent avec ardeur sur tout ce qui permet d'y échapper : rêve, imaginaire, jeux, travail, divertissements, sexe, fête, alcool, drogue etc etc. A seule fin de se convaincre que la vie – leur vie – n'est au fond pas si misérable et malheureuse. Et qu'elle vaut, malgré tout, la peine d'être vécue...

Mais quelle indigence – et quelle triste résignation – que de s'en contenter ! Et de s'y complaire ! Comme si l'essentiel des hommes n'était encore suffisamment mûr ou expérimenté pour être en mesure de s'interroger et de ressentir la possibilité d'une autre perspective... Ah ! Quel malheur ! Ah ! Si les hommes savaient...

Mais comment leur parler de la joie, de la paix et de l'Amour ? Comment leur parler de Dieu, de l'infini et de l'Absolu ? L'immense majorité n'a aucune envie d'être entretenue ou « instruite » sur ce genre de thématiques, si ennuyeuses, si inutiles et si inintéressantes à ses yeux. Si éloignées de ses préoccupations quotidiennes et de ses aspirations. Les hommes n'ont aucune envie qu'on les invite à s'interroger. Et à se questionner. Aucune envie d'apprendre. Aucune envie d'entendre qu'une autre perspective est possible. Aucune envie de remettre en cause ou en question leur existence. Et leurs choix de vie*. Aucune envie qu'on remue le couteau dans la plaie en exposant au grand jour leur indigence et leur misère...

* Qui n'en sont pas, bien évidemment... Ils ne sont que la résultante de conditionnements, de formatages et d'apprentissages...

Il n'y a donc rien à faire pour les hommes. Rien à faire pour les aider. Et leur être utile. Sinon patienter sagement – et tranquillement – dans son coin. Et être présent – et les écouter – lorsqu'ils en éprouvent le besoin... Et attendre sans impatience que les esprits – et les cœurs – s'éveillent. Qu'ils apprennent à s’éveiller à leur propre rythme. Alors peut-être pourrons-nous modestement – très modestement – contribuer à les encourager et à les soutenir. A les accompagner vers plus d'amour, d'intelligence et de lumière. Il n'y a d'autre possibilité... Aussi convient-il d'être patient et bienveillant à leur égard. Voilà tout ce que nous pouvons faire pour eux...

 

 

La nuit, le monde se repose du bruit et de la fureur des hommes. Les arbres respirent (à pleines branches). Les animaux sommeillent (à leur aise) dans leur tanière ou dans leur abri. Les pierres et les montagnes veillent tranquillement. Les rivières s'écoulent avec une lenteur majestueuse. L'eau qui roule sur les galets offre son chant – et ses doux clapotis – à la nuit. Les océans bercent la terre et ses rivages. Et la lune prête à tous sa lumière douce et tamisée. Celui qui sait lire sur le visage du monde, y découvre une paix profonde. Et une confiance inébranlable. Et dans cette confiance, on peut déceler un immense espoir. Celui de voir, un jour, les hommes devenir sages et silencieux. Le monde sait qu'il se transformerait alors en une magnifique terre de paix. En un incroyable paradis...

 

 

En passant devant le cimetière d'un village que j'ai habité il y a quelques années, je suis effaré par l'ampleur du changement. Une kyrielle de nouvelles maisons et une flopée de nouvelles tombes sur des espaces qui ne leur étaient pas dévolus autrefois. Quel idiot ! Comment peut-on oublier qu'en ce monde, les êtres n'en finissent jamais de naître... et de mourir...

 

 

Le monde. Un chemin. Des pas sur le chemin. Un sac. Un carnet. Un œil et un cœur qui apprennent au fil des pas à se faire regard. Des notes à foison. Et une œuvre modeste qui se dessine au fil des chemins. Voilà résumée l'essentiel de mon existence.

 

 

Il y a très longtemps que je n'étais revenu en ces lieux isolés et enchanteurs où les à-pics et les falaises de calcaire offrent aux collines une beauté supplémentaire. Comme un supplément d'âme et de grâce. Et au cœur de ce lieu superbe affleurent à la mémoire quelques souvenirs sans importance...

 

 

A mes yeux, il y a chez les hommes deux choses particulièrement difficiles à accepter. Et à aimer. En premier lieu, la façon dont ils se servent – et tirent profit – de leurs capacités cognitives. Au détriment de leurs congénères, des autres espèces et de l'ensemble de l'Existant terrestre. L'immense majorité des êtres humains se comporte en créatures instinctuelles. En prédateurs sans conscience. En second lieu, leur maladive propension à revêtir de multiples déguisements pour cacher – recouvrir ou travestir – leur nature profonde (mensonges, non-dits, prétextes, subterfuges, mauvaise foi, dénis, masques, costumes, maquillages* etc etc). Tous les autres êtres vivants (les animaux et les végétaux en particulier...) ne dissimulent jamais leur nature véritable. Ils n'en ont évidemment ni la capacité ni la possibilité... Aussi sont-ils toujours ce qu'ils sont. Passant ainsi la totalité de leur existence sans jamais trahir – ou déformer – les lois naturelles qui les régissent. Notons cependant que s'ils étaient dotés d'un psychisme semblable à celui des hommes, ils se comporteraient sans aucun doute exactement comme leurs frères à deux pattes.

* Au sens réel mais, aussi et surtout, au sens figuré...

Bien que les instincts humains – et leurs modes d'expression – se soient légèrement transformés au fil de l'histoire de l'humanité et que quelques progrès aient été réalisés en matière de conscience – en matière d'Amour et d'intelligence – à travers l'émergence très progressive de valeurs comme le respect, l'équité, le partage désintéressé, l'égalité, la fraternité et la prise en considération des plus faibles et des minorités, les deux dimensions du comportement humain précédemment citées attestent avec force (et entre autres éléments...) de la profonde animalité encore présente chez les hommes. Et révèlent avec évidence qu'ils se trouvent encore à un stade évolutif peu avancé : à la frontière entre l'instinct animal et la conscience. Il semble pertinent de penser que lorsqu'ils auront atteint* un degré de développement plus élevé, leur inclination ancestrale à la domination, à l'exploitation et au déguisement s'estompera, déclinera et disparaîtra naturellement. Et sans ces odieuses caractéristiques, il nous sera plus aisé – beaucoup plus aisé – d'accepter les hommes. Et de les aimer pleinement... Et malgré notre patience, nous ne verrons sans doute jamais cette transformation se réaliser en cette vie... Tant pis...

* Les hommes ou leurs descendants (voire même une autre espèce encore inexistante aujourd'hui)...

 

 

Il est surprenant de constater que la nature a tendance à réveiller le poète qui sommeille en nous. Un (très) modeste poète, bien sûr. Et que les hommes nous donnent plutôt l'occasion de nous faire philosophe. Un (très) humble philosophe, évidemment. Nous savons, avec certitude, de quel côté penche notre esprit. Mais nous voyons notre cœur balancer... Entre les deux, il ne peut choisir... Aussi nous le laissons s'exprimer à sa guise au fil des pas et des paysages. Tantôt plongé au cœur de la nature sauvage pour se faire l'écho du ciel, des collines et des forêts*, tantôt à proximité du monde pour esquisser quelques traits de l'espèce humaine – et dessiner quelques croquis de la société que les hommes ont bâtie...

* Et de tous leurs habitants...

 

 

Il n'y a jamais – ou quasiment jamais – chez les hommes (et dans la communauté humaine) le moindre signe de présence, d'écoute et d'attention réelles et profondes. Il y a parfois une forme de gentillesse ou d'amabilité apparente. Mais le plus souvent, il n'y a qu'une mentalisation excessive et autocentrée, de l'indifférence et de l'insensibilité. Ou pire, du mécontentement ou de l'agressivité... Aussi comment se résoudre à vivre parmi les hommes ou à habiter en leur compagnie ? Et comment même se réjouir de les fréquenter ? Excepté celui qui cherche dans le monde (humain) un quelconque moyen de satisfaire ses besoins et ses désirs, qui peut décemment y trouver quelque agrément ?

Au cœur de la nature – parmi les arbres, les pierres, les animaux, les herbes et les nuages – et en sa propre compagnie – jamais on ne se trouve happé, interpellé, alpagué, malmené ou agressé(1) comme dans la société humaine. Et si le cœur et l'esprit y consentent, le silence s'habite pleinement. Sans effort. Et sans risque de le voir entamé(2) à la moindre occasion. Et à la moindre rencontre...

(1) Excepté évidemment dans un environnement naturel hostile et/ou totalement sauvage où une flore envahissante ou étouffante et/ou une faune (en nombre) particulièrement excitée ou dangereuse laisse(nt) parfois peu de répit...

(2) Elément qui atteste sans doute de la fragilité et de l'instabilité avec lesquelles nous habitons le silence aujourd'hui...

 

 

Notre pratique du bâton martial se réalise sans maître ni instructeur. A l'abri des regards. Au cœur de la nature. Ou parfois dans notre modeste masure. Avec l'esprit du novice offrant ses gestes – et l'énergie des mouvements – au ciel et à la terre. Laissant le corps et le bâton trouver leur point d'équilibre. Et écoutant les ressentis et leurs directives. Toute notre existence – nous le savons – sera un long apprentissage pour parvenir à une parfaite unité avec le bâton. Pour devenir l'exact point de jonction, à la fois dense, vide et ouvert, entre la terre et le ciel...

 

 

Chacun avance vers son destin qui se dessine au fil des pas. Qui construit, en apparence, une existence. Mais qui offre surtout la possibilité de poursuivre son cheminement vers la compréhension...

 

 

La plupart des hommes ont le sentiment qu'il leur faut, selon leur propre expression, « avancer dans la vie ». Construire une existence. Et tous s'y emploient. Passant de désir en satisfaction* et de satisfaction en désir*. Pour eux, « avancer » signifie poursuivre indéfiniment la chaîne des rêves et des aspirations. Ils ont tort. Et ils ont raison. Tort parce qu'aller ainsi de désir en satisfaction et de satisfaction en désir ne constitue qu'une forme de gesticulation autour d'un seul et même point : soi-même. Et raison parce qu'au bout de ce long chapelet de désirs réside l'ultime désir : l'aspiration à la compréhension qui mène jusqu'à l'extinction de tout chemin personnel...

* Ou de désir en déception et de déception en désir jusqu'à la totale et parfaite désillusion...

 

 

Regardes-tu autant le ciel que la terre ? Ou tes yeux ne peuvent-ils se fixer que sur ce qui tourne – et gravite – autour de toi ?

 

 

Je n'ai jamais réellement compris* pourquoi il y avait tant de pragmatisme et de futilité dans la vie des hommes. Et si peu de profondeur, de consistance et de métaphysique. Comme si Dieu en avait seulement pourvu quelques-uns qui, bien souvent, vivent – et agissent – comme de modestes – et acharnés – éclaireurs. Comme d'humbles lanternes dans l'obscurité du monde. Et chez eux, l'aspiration à l'Absolu est si puissante – et si totale – qu'elle rivalise non seulement, sans fléchir ni rougir, avec le prosaïsme myope et un peu crasse ambiant. Mais supplante aussi avec maestria toute la niaiserie et l'utilitarisme animal de l'humanité.

* Ou que trop compris la dimension essentiellement animale de l'être humain...

 

 

Chacun porte déjà en lui, à la naissance, l'existence qui sera la sienne. Celle qu'il devra vivre. Nul ne sait comment celle-ci adviendra ou s'actualisera. Mais rien ni personne ne pourra s'y opposer. Sorte d'impedimenta karmiques* qui se manifesteront quel que soit l'environnement. Toujours les circonstances s'imbriqueront pour qu'ils éclosent, s'ouvrent et s'épanouissent afin que ce qui doit être vécu et compris le soit de façon réelle et effective...

* Ce que d'aucuns pourraient appeler ainsi...

 

 

Toute intentionnalité est un encombrement... Ni désir. Ni intention. Ni projet. Ni idée. Ni repère. Seulement ce qui est maintenant...

 

 

Tout peut arriver. Tout peut toujours arriver. Combien d'hommes l'oublient-ils en menant leur existence quotidienne ? Le mental a beau anticiper explicitement ou intuitivement les événements et les situations, il arrive toujours ce qu'il arrive. Souvent, les circonstances corroborent les projections psychiques et donnent aux hommes le sentiment qu'il ne se passe rien(1) ou que la vie se déroule sans accroc selon leurs attentes, leurs désirs et leurs aspirations. Comme une impression de routine (ou de programme) bien huilé(e). D'autres fois, elles contrarient partiellement ou totalement les anticipations. Et provoquent alors, en général, une forme de désappointement, de tracas ou d'irritation. Quant aux circonstances totalement inattendues – ou imprévisibles –, soit elles se montrent favorables (favorables à ceux qui les vivent) et elles suscitent alors une grande joie, soit elles revêtent un caractère funeste ou douloureux, et deviennent, aux yeux des hommes, source de plus ou moins grandes souffrances(2). Mais quels que soient les événements, n'oublions jamais que les circonstances ne sont que ce qu'elles sont. Et qu'elles amènent toujours avec elles les situations qu'il nous est nécessaire de vivre – et le lot d'émotions et de sentiments qu'il nous faut éprouver... pour que se réalise la compréhension. Il n'y a d'autre voie pour que celle-ci s'intègre profondément – et de façon indéracinable – à notre être...

(1) Révélant une forme d'opacité perceptive, sensible et sensorielle chez la plu-part d'entre-eux...

(2) En vérité, ce ne sont pas les circonstances qui sont à l'origine de cette souffrance mais le décalage entre les événements et les anticipations projectives du psychisme... ou entre les événements et nos représentations mentales (idées sur nous-mêmes, sur les êtres qui nous entourent, sur la vie et sur le monde, attachements à soi, à la vie, aux formes et aux individus, à nos repères, à nos habitudes, à nos référentiels, etc etc.)...

 

 

Il est courant que les hommes fassent la fête avec leur famille et/ou leurs amis. Ils se réunissent souvent en fin de semaine pour oublier leurs soucis et noyer leur ennui et leur misère dans l'alcool et la musique. Nous, la fête, nous la faisons chaque jour au cœur de la nature – et parfois même à chaque instant de notre course lente dans les collines – avec tous nos frères : animaux, arbres, nuages, herbes et fleurs sauvages. Célébrant avec lucidité – et en silence – la joie et l'innocence d'être pleinement unis dans le regard de Dieu...

 

 

Cette existence nous donne l'occasion de vivre et d'éprouver – de l'intérieur – la vie d'un homme. Son fonctionnement, sa perception, ses ressentis, ses émotions, ses sentiments, son potentiel et ses limites. Et lorsque le regard se glisse dans la peau du personnage, on sent comme un jeu et une distance. Un formidable jeu et une incroyable distance. Et aussi une certaine forme de malice et de jubilation. Comme si ce glissement n'était qu'un jeu provisoire – très provisoire. A la fois essentiel et totalement sans importance. Ne constituant que le modeste et bref épisode d'une longue série commencée de façon si ancienne qu'on ne peut – et ne pourrait même si l'on s’attelait à remonter le fil de la mémoire... – se souvenir de son origine. Une longue série qui connaîtra encore, de toute évidence, de très nombreuses aventures et péripéties. Toutes aussi agréables et douloureuses(1). Toutes aussi passionnantes et ennuyeuses(1). Une longue série sans commencement ni fin...

Ce sentiment – ou cette impression – ne relève pas d'une simple histoire de karma et de réincarnation(2) « personnels » vécue sur le plan individuel mais s'apparente bien davantage à une sorte de jeu de la conscience impersonnelle (tenant à la fois de la plaisanterie et de l'amusement) qui ne manque jamais l'occasion de se glisser, ici et là, maintes et maintes fois dans maintes et maintes formes afin de vivre pendant quelques temps dans la peau de chacune d'elles. Et pouvoir ainsi goûter de l'intérieur toutes les dimensions de son existence. Et les innombrables possibilités qui lui sont offertes...

Ainsi la conscience poursuit indéfiniment le jeu – l'incroyable jeu – qu'elle a, elle même, instauré. Un jeu complètement fou en vérité – compte tenu de son ampleur et de la complexité de son organisation mais également parce que ce dernier semble s'inscrire à la fois dans une perspective temporelle (lorsqu'on l'appréhende mentalement) et dans la globalité des formes et des existences à un même instant(3)...

(1) Variant selon les formes. Et les circonstances de leur existence...

(2) Ou, plus exactement, de transmigration...

(3) Puisqu'il semblerait qu'il en soit ainsi pour chacune des formes à un moment donné mais aussi lorsque l'on appréhende chaque forme dans une perspective temporelle avec ses incessantes transformations et recombinaisons, vie après vie...

Les êtres incarnent leur personnage avec tant de vérité – chacun tient son rôle avec une telle sincérité – que nul ne se souvient – et ne peut se souvenir – qu'il ne s'agit en réalité que d'un jeu. Chacun s'est identifié de façon si profonde et si complète à son personnage qu'il est intimement persuadé d'être ce personnage. Et que ce dernier existe bel et bien. Ce jeu et ces rôles semblent si réels et si tangibles que l'ensemble des acteurs et des participants offrent une incroyable authenticité au vaste théâtre vivant – permanent et grandeur nature – que constitue le monde. Chacun est si profondément inscrit – et engagé – dans sa posture et son emploi et les scènes se rejouent tant de fois (à l'identique ou avec quelques variations) que personne n'est plus capable de se rendre compte qu'il n'est qu'un personnage provisoire joué par la conscience impersonnelle dans une pièce sans commencement ni fin aux ressorts à la fois comiques et tragiques, réalisée, interprétée et mise en scène de façon magistrale par ses propres soins sur la grande scène du monde. Comme si la conscience impersonnelle interprétant tous ces rôles et tous ces personnages – et entrant dans la peau de chacun avec tant de sérieux et de justesse – avait fini, elle-même, par croire qu'elle était réellement chacun d'eux. Comme si tous ces jeux et ces rôles lui avaient fait oublier qu'elle était l'unique chef d'orchestre, l'unique acteur et l'unique spectateur de cette grande et vaste farce...

 

 

Avec l'été revient le chant des grillons et des cigales. Le lancinant crissement de leurs ailes* infatigables...

* Et de leurs cymbales...

 

 

Vivre en couple, au sein d'un collectif, d'une communauté ou de la société n'offre des avantages qu'à ceux qui ne savent vivre pleinement leur solitude. Qui ne savent (encore) apprécier les joies de l'indépendance et de la liberté(1). Qui ne peuvent se passer des autres pour satisfaire un certain nombre (et parfois même un très grand nombre) de leurs besoins et de leurs désirs. Et qui doivent en contre partie consacrer beaucoup d'énergie – et une large part de leur journée – à gérer des situations et à résoudre des problèmes qui n'existeraient pas s'ils vivaient seuls. Et de façon autonome... Bref la crainte – et la méconnaissance – des individus à l'égard de la solitude sont si grandes qu'ils sont prêts, pour subvenir à leurs attentes, à supporter de nombreux soucis et tracas, à endurer d'interminables tergiversations et de stériles conversations et à vivre d'innombrables différends et conflits – bref à payer un lourd tribut – pour ne bénéficier, bien souvent, que d'une médiocre compagnie et se voir illusoirement – ou très partiellement – satisfaits dans leurs désirs et leurs attentes à l'égard des autres(2). Cette attitude – et cette posture – semblent totalement insensées(3) mais c'est (pourtant) ainsi que vivent les hommes...

(1) Liberté phénoménale, bien sûr...

(2) Et ceux qui voudraient nous chanter le mauvais refrain de l'amour des autres et de son prochain dans les relations humaines et la nécessité du « vivre ensemble » manquent sérieusement d’honnêteté et de lucidité... On les invitera donc à regarder avec plus d'attention, de profondeur et de circonspection les rapports humains dans la société où ils vivent et les raisons qui les poussent, eux-mêmes, à vivre en société et à rechercher la compagnie des autres... Ils ignorent sans doute – ou feignent d'ignorer – que l'Amour réel – et effectif – ne souffre le moindre désir ni la moindre attente à l'égard d'Autrui. Sinon ce n'est qu'un déguisement hypocrite. Une stratégie égotique qui prend les habits de l'Amour et de l'altruisme... mais qui n'en a, assurément, ni le goût ni l'ampleur...

(3) Mais ne jetons pas l'anathème trop hâtivement sur cette caractéristique humaine car c'est peut-être en partie grâce à cette aspiration à être ensemble (et avec les autres) et à l'insatisfaction relationnelle que se développe – que peut se développer – le besoin spirituel. L'appel vers Dieu. Et vers l'Amour... Qui permet alors d'aimer les êtres – et les hommes – inconditionnellement. Et sans la moindre attente...

 

 

[Fragments-hommage à Yves Bonnefoy, mort le 1er juillet 2016]

 

Dans les limbes métaphysiques de la parole, le silence, attentif, écoute. Jamais ne s'égare dans le bruit et les mots. Le poème peut alors jaillir. Rassuré. L'audience sera infinie...

 

 

L’œuvre magistrale du monde que le poète, d'une pichenette, fait vaciller. Non pour édifier le néant en certitude. Mais pour que se goûte le silence. La joie silencieuse de l'être.

 

 

Spectacles exsangues pour les foules ensommeillées et ahuries. Pour abrutir encore davantage leurs velléités de questionnement. Les laisser s'égarer dans le labyrinthe étroit du monde où elles appellent, agonisantes et à bout de force, des lèvres et un visage qu'elles ne verront jamais.

 

 

Bonimenteurs de malheur avec leurs grimaces et leurs discours trisomiques* acclamés par une foule décérébrée. Et léthargique.

* Ne vous méprenez pas sur l'emploi de ce terme, nous éprouvons une tendresse toute particulière pour les trisomiques (les trisomiques 21) que nous connaissons relativement bien pour en avoir fréquenté quelques-uns avec beaucoup de bonheur et d'assiduité... Et ils ont – et ils le savent bien – toute mon affection. Et tout mon respect...

 

 

Un soupir sur l'estrade. Et tu prendras la fuite vers le désert où le visage des hommes brille du sourire des anges. Et tu verras, dans leurs yeux profonds, Dieu qui attend.

 

 

Y a-t-il un homme sur cette terre dont le sourire émerveillerait le silence ?

 

 

La condamnation des hommes que Dieu récuse. Et qu'il porte en son sein comme des oisillons blessés. Et affamés de son visage.

 

 

La grande chimère des heures qui fait tourner les aiguilles de l'horloge. Et les rêves et les espoirs accrochés au tic-tac de la pendule auquel les hommes se pendent.

 

 

A la corde de l'instant, je m'élance. Et le temps – et les hommes – chavirent. Balayés par la lame tranchante des pas qui résonnent dans l'infini. Et la main de Dieu qui soulève les routes et les montagnes. Offrant au monde le vide. Et son éternité.

 

 

Epouse le ciel. Embrasse la terre. Offre tes lèvres à l'aube. Et tes paroles à l'innocence. Tends la joue aux malices. Et le baiser des anges te sera donné. Dieu se tiendra dans leurs ailes fragiles. Ne lui demande rien. Ne lui pose aucune question. Agenouille-toi en silence. Et tes interrogations tomberont en cendres. Et avec il recouvrira les chemins du monde. Tous les chemins du monde où marchent – et se questionnent – les hommes. Les vents se chargeront de transmettre leurs messages. Et soulèveront leurs demandes vers les anges qui viendront se poser sur leurs murs. Et qui leur montreront le ciel. Et la terre. Qui les inviteront à offrir leurs lèvres à l'aube. Leurs paroles à l'innocence. Et à tendre la joue aux malices...

 

*

 

Le petit homme replié sur l'infini qui loge en son cœur entend le vent gronder dans la plaine du monde minuscule où vivent les hommes. Et soudain, il a un geste de recul. Comme s'il était actionné par une crainte secrète blottie au fond de ses yeux. La crainte des regards flamboyants – des regards foudroyants – presque éteints pourtant sous les paupières pétrifiées où l'innocence à chaque instant est menacée. Territoire barbare encerclé de remparts barbelés que l'Amour ne peut atteindre. Où l'Amour ne peut éclore. Et une larme coule sur la joue du petit homme que son cœur triste recueille. Et qu'il transforme d'une main délicate en torrent de joie s'écoulant pour moitié sur le territoire infini et pour l'autre dans la plaine du monde minuscule où vivent les hommes. Et l'on entend partout un énorme grondement que les uns associent à un cri d'effroi sinistre et épouvantable et où les autres décèlent une cascade de rires interminable...

 

 

[Hommage à Yves Bonnefoy – suite]

Que le philosophe et le poète* sont seuls face au monde. Plongés – tout entiers – dans leur travail silencieux. Dans leur œuvre. Marchant à pas lents vers la présence. Au plus proche d'elle souvent. En son sein même parfois. Pour que jaillisse l'instant sacré – l'instant divin – où les mots peuvent témoigner du silence et de la beauté. De l'innocence et de la joie. Et du chemin – du long chemin – parcouru pour se tenir, humbles, à leurs côtés...

* Et tous les artistes...

 

 

L'acédie monacale correspond, me semble-t-il, à la grande désillusion – à l'immense et douloureux à quoi bon* ? – éprouvé(e) par les chercheurs d'Absolu qui précède le passage vers l'impersonnel. Au seuil de l'ouverture au Divin.

* « A quoi bon chercher ? Et à quoi bon vivre ? » se demande le chercheur, « puisque toutes mes recherches – toutes mes longues recherches obstinées – sont restées totalement infructueuses. Qu'elles ne m'ont mené nulle part. Et que je me retrouve exactement au même point : seul, misérable et ignorant ». Voilà ce que ressent avec force, douleur et impuissance celui qui cherche lorsqu'il se trouve (sans le savoir, bien sûr...) au seuil de la présence...

 

 

Que la consistance habite ton cœur ouvert et vide. Et le regard innocent dilatera l'instant pour y faire entrer toute la profondeur du réel. Que tu pourras goûter avec une intensité inégalable...

 

 

Animaux, maîtres de force et de courage, vos enseignements me bouleversent. Et je me prosterne à vos pattes pour que vous pardonniez l'infamie des hommes...

 

 

Le petit homme, le poète et le philosophe offrent leur cœur au monde. Mais celui-ci passe sans un regard. Cédant parfois – de temps à autre – à une courte halte, curieuse ou intéressée. Mais il ne daigne s'y attarder. Il ne veut – ni ne peut – les fréquenter avec assiduité. Le monde redoute tant la lucidité et l'innocence. Et il se méfie comme de la peste de la profondeur et de la consistance. Il sait, à coup sûr, que le cœur du petit homme – celui du poète et du philosophe – viendraient entacher – et compromettre sérieusementla joyeuse futilité des jours.

 

 

Dans les yeux se conjuguent l'horreur et la gaieté. L'envie et le manque. La perte et l'espérance. Le regard, lui, délivre de toute caractéristique...