Carnet n°314 Là où l'on s'incline
Décembre 2024
Ni plus ni moins...
Nocturne et silencieux...
Comme les bêtes et les choses...
Comme les livres et les étoiles...
Ignorant les formes ignorantes...
S'extirpant du rêve et des tourments...
Et s'offrant à la vie comme tout ce qui est mortel...
Nous dévouant – comme nos lignes – à ce qu'il y a de moins instinctif en l'homme ; à sa part la plus précieuse – la plus haute – la plus sacrée...
*
Au-delà des yeux ; des jeux – le plus lointain...
De la couleur du jour...
Passant tous les seuils...
Jusqu'au cœur du secret...
Comme partout ; obscurément...
En dépit des rites et des lieux sacrés...
L'homme inchangé ; à l'histoire – à la mémoire – au savoir – (presque) sans conséquence...
Quelque chose ; peu à peu...
Comme un rire – un rêve – un flottement...
Une dérive vers l'enfance...
Au milieu des fantômes et de l'oubli...
Se balançant au-dessus du monde et du temps...
Au plus près du bleu...
La danse – le silence – le chant...
Une manière de se tenir face à ce qui abaisse – à ce qui écrase – à ce qui meurtrit...
Divaguant – sans doute...
Entre l'effroi et l'incompréhension...
Émergeant parfois de la boue...
Côtoyant parfois les cimes...
Sûr d'à peu près rien...
Pas même certain de la véracité de l'expérience...
Et sans autre manière d'être au monde...
Libre des chaînes créées par le langage...
Comme des barbelés tissés entre les mots...
Sans compter la charge du sens et de la mémoire...
Musique seulement reliant tous les sons...
Façon – peut-être – de danser au-dessus du monde...
Façon – peut-être – de se hisser au-dessus des cimes...
Comme des taches de temps – partout ; et qui s'étalent – à la manière de l'angoisse et du sang...
Nous rappelant (âprement) notre condition de mortel voué à la matière et à l'ignorance...
*
Ce qui peuple la lumière...
En plus du sourire et des gestes silencieux...
Au milieu des pierres...
Au milieu du ciel...
Au milieu des cimes...
Au milieu des frondaisons...
Partout à la fois (d'une certaine manière)...
Les yeux posés sur l'étrange beauté du monde...
Tout étreint par le cœur sensible ; jusqu'au moindre nuage – jusqu'à la moindre brindille – jusqu'au moindre souffle de vent...
Sous les tremblements...
L'enfance nue...
Le cœur traversé par le silence...
Au seuil de l'évanouissement...
Devant tant de merveilles...
L'ombre du monde sur la terre...
La vie fragile et vaillante...
La figure face au vent...
Les yeux posés sur le long défilé des vivants...
Le cours des choses...
Et la ronde du temps...
Au cœur de la matière...
Sur le territoire de l'homme...
De la terre ; de la roche ; de la boue...
Et ces cris (tous ces cris) qui montent ; tentatives désespérées – sans doute – pour s'extirper de ce trou ; s'alléger ; aller vers l'air ; côtoyer le vent ; se rapprocher du ciel et des étoiles ; tutoyer les Dieux et la lumière...
Le cœur pacifique...
Jouet de tant de joutes sanglantes...
Drapé de chair et de rêves...
Enfoncé dans l'épaisseur...
Tremblant de peur et de froid...
Cherchant à échapper à la barbarie de ce monde...
Inlassablement livré (pourtant) aux querelles et à l'obscurité...
Comme des rafales sur les reflets dansants...
Comme un parfum d'enfance dans l'air...
Quelque chose du règne du dessus...
Sur cette terre où seuls le grossier et le rêve sont célébrés...
*
Comme arrachés à la torpeur...
Et retrouvant leur vocation...
Eux si infailliblement voués au voyage...
En dépit des escales (parfois nécessaires)...
L'esprit nomade et le cœur vagabond...
Toujours en chemin vers la lumière...
Le langage si près du silence...
L'esprit au seuil du réel...
L'âme proche de la vérité – peut-être...
Sans jamais (pourtant) se départir du cœur humain...
Le vide et la tendresse reconnus comme la seule famille d'appartenance...
La couleur des gestes ; parfaitement bleu – en dépit de quelques restes de nuit...
Si délicatement vivant ; comme un sourire au milieu des malheurs ; un peu de soleil au milieu de la nuit ; une main tendue au cœur de l'hiver...
Le visage penché sur le ciel – le silence – les saisons...
De ce regard sans raison...
Innocent et sans conséquence...
Sans mémoire ; ni a priori...
Semblable à une poignée d'or jetée dans la poussière ; semblable à un soleil au fond de la nuit...
Quelque chose de la beauté au milieu des tremblements...
Comme une offrande ; un geste de fraternité...
Au milieu des figures tristes ; des voix inaudibles ; des ombres grises...
Cette manière si sensible – si respectueuse – si attentive – d'être au monde...
Une partie du silence portée en secret...
Au fond de la chair...
Au fond des yeux...
Au fond du cœur...
Ici ; au milieu des étoiles...
*
Libres le vent et la voix...
Tourbillonnant dans l’œuvre à vivre...
Filant comme une flèche...
Sans se soucier ni de l'écho ; ni de la réponse...
Nous détachant de la multitude...
Nous creusant ; nous vidant...
Dans cette plénitude (un peu) empourprée...
A la manière d'une rivière remontant vers sa source (en passant par le ciel – bien sûr)...
Le cœur porté ; le cœur ébloui – par l'Absolu présent sur la pierre...
Si infirme ; si obscur...
En dépit de la courbure de la lumière...
En dépit de son parcours invisible au fond du cœur...
Encore trop peu pénétré – sans doute...
Au cœur du songe...
L'âme éventrée...
La blessure béante...
Les gémissements et les cris...
Le poids du monde et du temps sur la chair des vivants...
En dépit de ce que (nous) murmure la tendresse...
Seul sur la pierre...
A vivre en silence...
Au milieu du ciel...
Dans les bras de l'invisible ; parfois secoué(s) – parfois cajolé(s) – parfois blessé(s) – parfois soigné(s) ; toujours étreint(s)...
A travers l'écume bleue...
Le voyage et le pas...
Comme tous ceux qui – avant nous – se sont frayés un chemin – ont trouvé un passage – au-delà des croyances des hommes – à travers l'épaisseur du monde et du temps...
*
Sous les reflets du jour...
Quelque chose du rêve qui aurait été trempé dans la boue...
Comme un froissement de roche peut-être...
Ou une résurgence au milieu des éboulis...
Au pays des tremblements...
Où tout est remué par le cours des choses...
Le cœur – la chair – la pierre...
Jusqu'aux nuages ; jusqu'aux étoiles ; jusqu'aux habitants du ciel...
Comme un accroissement de lumière...
Dans le geste docile...
Dans cette vie qui s'embrasse à pleine bouche...
Silencieusement (très silencieusement) pourtant...
Refusant d'offenser ceux qui dorment et ceux qui rêvent...
Oubliant toutes les frontières et tous les noms...
Agissant sans étendard et (le plus souvent) dans l'intérêt de tous...
Sur cette terre d'innocence où chacun offre toute la tendresse et toute la lumière dont il est capable...
La furie du vent qui bouscule les âmes...
Qui fait tout basculer du côté du vide...
Laissant apparaître partout des éclats de lumière et des lambeaux de ciel...
Faisant tout remonter vers la source...
A la manière d'un étrange et surprenant voyage...
Comme un feu allumé entre le sillon et la cime...
Sur une sorte de sente silencieuse...
Parsemée de pierres et d'écume...
Traversant tous les horizons jusqu'au bleu ; jusqu'à la pointe de l'étoile...
Le ciel encore...
Comme couché dans l'herbe...
Posé au fond des âmes et des gestes...
Au milieu de ceux qui l'honorent...
Au milieu de ceux qui l'ignorent...
Le front gorgé d'images...
La bouche encore bien trop bavarde...
(Très) pâles reflets de ce qui, un jour, les a traversés...
*
Écouter ce que nous sommes...
Et y consentir profondément (de manière absolue et inconditionnelle)...
A travers le jeu et la joie dépourvus de règles et d'exigences...
A la lumière du ciel...
A l'aune du regard...
En accord avec le monde – les âmes et les choses...
En accord avec les astres – les fables et les circonstances...
Qu'importe que tout finisse exsangue – déchiré – anéanti...
Un soleil entre les lèvres ; non pour dire mais pour embrasser en silence...
Dans le ciel...
Le rêve passant...
Au-dessus des âmes étonnées...
Guidé par les souffles du monde...
Dressée vers le ciel...
Cette lumière dispersée...
A travers ces sillons de cendre et de nuit...
Sur la pierre incertaine...
Les mains tremblantes...
Le feu au fond du sang...
Manière – peut-être – d'esquisser un chemin ; d'inventer une sente profondément singulière...
Près de soi ; sous l'étoile inclinée...
Des ombres et des offrandes...
Un parfum de ciel et d'obscurité...
Quelque chose taillé pour la route et le silence...
Au plus haut du bleu...
Ce lieu où convergent tous les chemins...
Qui éparpille les couleurs...
Qui colore les visages...
Qui transforme le monde en une étrange transparence...
Qui s'offre à tout ce que l'esprit a inventé...
*
Le cœur (assez) mystérieusement obscur...
Se creusant dans la lumière...
Sans se hâter ; se déployant...
Déchirant la nuit dans laquelle tout a été plongé...
Apprenant peu à peu à rayonner – en quelque sorte...
La joie grave – presque sévère...
Et le rire discret – presque silencieux...
Si étranger à l'exubérance et à la frivolité de ce monde...
Dans le parfait prolongement de ce retrait métaphysique ; de cet exil solitaire [au cours duquel tout s'est déployé]...
Des lieux – des visages et des choses...
Dans leurs vibrations particulières...
Reflétant la lumière à leur manière...
Parts singulières du ciel parfaitement inséparables (évidemment)...
Ce qui consent – ce qui se déchire – ce qui résiste – ce qui demeure...
Et en filigrane ; de manière inépuisable – ce qui s'impose – ce qui insiste – ce qui recommence...
Le temps suspendu...
Le cœur recouvert de bleu...
Et au fond de l’œil ; la lumière qui a remplacé l'attente et la peur...
Ce qui remonte lentement (très lentement) des ténèbres...
De l'absence au silence par tous les chemins possibles...
Par-dessus les visages et les siècles...
Par-dessus les étoiles et le sang...
Ce qui naît sous les tremblements...
Bien plus qu'une vie ; bien plus qu'un cri ; bien plus qu'un peu de chair et de peau...
Un cœur éclairé qui tente de s'extirper du sommeil ; de sa gangue de rêve...
Émergeant – peu à peu – au milieu de tous les possibles...
Comme des taches de ciel...
Au milieu du sang...
Au milieu des songes...
Au milieu des cris...
Au cœur de tout ce noir qui, sans cesse, se réinvente...
Comme si la lumière – elle aussi – ne pouvait s'achever...
*
De cœur en cœur...
Dans ce manque (apparent) de Dieu...
A piétiner les pierres et les rêves...
Croyant œuvrer au nom du Divin...
Et imprimant le plus vil sur les âmes et le monde...
Accroissant (substantiellement) la déchirure...
Révélant l’innommable qui habite les profondeurs de l'homme...
Quelque chose de la bêtise et de la cruauté...
En dépit d'un ciel (presque toujours) favorable et indulgent...
A grands traits obscurs...
Le fond de l'âme et du regard...
Sur la blessure initiale...
Comme un très mince puits de lumière...
Un passage où peut s'engouffrer un peu de ciel...
Capable d'offrir à l'âme – à la chair – au monde – un surcroît d'innocence et d'envergure...
Sur la pierre grise...
Les vents du monde...
Et cette tristesse silencieuse...
Au fond de notre cœur noir...
Au fond de nos yeux hagards ; drapés de voiles – bordés de brume et de rosée...
L'hiver à l'orée du visage...
Toute une vie de labeur et de nécessités...
Toute une vie de silence et de prières...
Dans la chambre silencieuse du fond des bois...
Sous les étoiles...
Sur cette pierre si peu piétinée...
Le cœur ouvert...
Les mains en prière...
Les gestes enveloppés de lumière...
Ce que le solitaire peut (modestement) offrir au monde...
*
A l'écart des hommes...
Cherchant les liens – l'origine et la lumière...
Sans participer au grand cirque – sans accroître l'obscurité de ce monde...
Le cœur vaillant...
Sous la lumière...
Serrant la soif contre ses flancs...
Distribuant les richesses trouvées sur le chemin...
Transformant sa faim...
Offrant au monde la couleur des étoiles ; et révélant aux étoiles les couleurs du monde...
Laissant tout advenir ; laissant tout s'effacer...
Seul – si seul – sur la pierre ; et sous le vent adverse...
Auxiliaire de la vie passante...
Accompagnant l'âme – la langue et la main...
Le front appuyé contre le ciel et la lumière...
Le cœur démesuré...
Peu à peu gagné par l'innocence...
Gorgé de joie...
Crépitant dans l'infini...
Au milieu des ombres et des miroirs...
De la lumière...
Jusqu'au fond de l'obscurité...
En déséquilibre...
Comme au bord du naufrage...
Au milieu de l'absence...
Le cœur serré ; l'âme repliée...
A attendre le soleil ; un sourire ; un peu de lumière...
L’œil aux aguets...
*
Le long du ciel...
Cet étrange chemin...
Peuplé de cris – de désirs – d'éternité...
Au milieu des âmes qui cherchent la lumière à tâtons...
Un peu d'encre jetée sur l'écume...
Au milieu des gestes rituels...
Soulevant les âmes – la chair – les sens...
Et révélant (enfin) cette douleur née de la lumière...
Au cœur des possibles...
Tous ces bruits ; tous ces élans ; toutes ces tentatives...
Sur cette couche épaisse d'immondices et d'excréments...
La lie civilisationnelle ; le socle qui a remplacé la pierre ; et sur lequel – à présent – s'édifient tous les rêves...
Au-dedans des yeux...
Le renversement de l'abîme...
Le basculement du temps...
Le plein dévoilement de la blessure...
Comme si l'on ôtait tous ses masques au vivant...
Jonché de pierres et de chemins...
De rêves et de visages...
De possibles et de douleurs...
Ce monde où tout semble régi par le mystère...
Le visage tourné vers le ciel...
Le corps offert au monde...
Le cœur incliné sur la pierre froide...
Tout entier livré au destin...
A travers nos adieux silencieux...
Le cœur encore à l'écart ; en dépit de ce qui s'offre...
*
Sur la pierre...
L'âme – le ciel et le contentement...
La chair – la misère et l'accablement...
La vie et la mort au fil des saisons...
L’œil et le sommeil dans leur éternel face à face...
A travers tous les cycles terrestres...
En nous ; le passage – les cimes et les tréfonds...
Et mille illusions aussi...
En plus de l'essence...
En plus des apparences...
Si haut que l'absence est la lumière...
Si bas que la connaissance est la pierre...
Et nous – comme le reste – à la jonction...
Au cœur des liens et des passages...
Au cœur de tous les possibles...
Sur ce sentier qui serpente entre le monde et les mots...
De l'encre ; du sang ; de la lumière...
Ce qui vient après le gris ; (juste) avant la neige...
Dans cet entre-deux du temps où le silence et les images s'emmêlent ; où le chant et les illusions dansent ensemble...
Sans très bien savoir pourquoi la vie nous a placé(s) là...
Sous les éboulis du monde et du temps...
Le brouillon du poème...
Ce qui s'élance si légèrement vers le ciel...
Aussi haut que puissent le porter les lèvres...
*
Au-dessus de soi...
Comme des traces...
Et, quelques fois, des restes d'espérance...
Et plus haut encore ; cette lumière dont nul ne parle jamais...
L'âme tressaillante à son approche...
Et qui nous donne à voir tous les jeux du monde ; et nous éclaire (en partie) sur leurs règles obscures...
Expérimentant en ce bas monde le poids (considérable) de la nécessité et le rôle (magistral) de la métamorphose dans le destin des âmes...
Parole apaisée – à présent...
Entre poésie et témoignage ; destiné(e) – peut-être – à ce qui n'est pas encore né en l'homme...
La joue contre la roche...
Sur la feuille blanche ; sans cesse recommencée...
Ce mince filet d'encre et de sang...
L'âme troublée – embarrassée – accablée (si souvent) par ce qui la traverse...
Abandonnant là quelques mots ; quelques taches – sur ce dérisoire temple de papier...
Le cœur au-dessus de la grisaille ; de ceux qui crient et qui crèvent...
Cherchant à traverser la brume...
A initier – peut-être – un chemin sensible au milieu des morts et des vivants...
Quelque chose de la joie – du silence et de l'éternité (sûrement)...
Si près des ombres...
Ce ciel et ce vent qui étreignent le front ; qui prennent la main ; qui soutiennent le corps ; qui accompagnent le cœur...
Tout au long de cette (brève) traversée...
Au cœur de cet étrange cortège de visages...
Au milieu des silhouettes – des parfums – des couleurs...
*
Aux heures les plus nocturnes de l'existence...
Lorsque le cœur se charge de plaintes et de sanglots...
Lorsque la lumière déserte la terre...
Subsiste – au fond de la chair – un très léger murmure – à peine un bruissement – le chant de l'âme qui invoque la tendresse ; qui réclame un sourire – une caresse – une main – un baiser – pour consoler le visage en pleurs...
Dieu plongé avec nous – au cœur de la misère ; au fond de l'épaisseur et de l'obscurité...
Les corps serrés les uns contre les autres ; et les cœurs si lointains – si indifférents...
Comme des enfants jouant à la vie...
Avec des cris de joie...
Et tant de solitude et de larmes aussi...
Presque rien – en ce monde...
Le plus tragique et le plus sublime...
Ce que l'on oubliera bientôt ; et ce qui nous bouleversera profondément...
Le cœur trimbalé...
Avec comme des chaînes attachées au front...
Et de longues traînées d'étoiles au fond des yeux...
A la botte du rêve – en somme ; qui piège l'âme – la chair et le monde...
Ombres fébriles et présomptueuses...
Taillées pour le geste et l'absence...
Défiant l'Absolu à coups de désirs et d'intentions...
Réduisant l'infini à quelques espoirs ; à quelques horizons...
Sans se hâter...
Le cœur à la place des lèvres ; à la place des yeux...
Sans enjeu ; et défiant – pourtant – le sens commun...
Comme une raison au-delà de la raison...
Cette sagesse qui ressemble à la folie...
Où tout est permis sans que nul se sente offensé...
Le visage détrôné...
En amont du front...
Là où le temps s'efface...
Au plus près du bleu – sans doute...
Le cœur frissonnant...
A mesure que se dessinent les mots...
Fragments d'âme et de ciel hasardeusement assemblés...
Au gré des images et des intuitions...
Ainsi naît le poème...
Au pied du plus immobile...
Ce qui succède au voyage...
Le cœur parfaitement silencieux...
Dans la fulgurance de l'éclair autant que dans la danse éternelle...
Comme la montagne et l'oiseau ; ce cri qui monte et se perd dans l'immensité...
*
La voix encore...
Témoignant du rouge et de la lumière...
De la joie et du cœur obscur...
Survolant les rives et l'absence...
Les yeux fermés...
Confiante dans ce qu'elle porte ; dans ce qui s'élève...
Par-delà les mondes...
Vers le ciel ; les âmes ; le plus simple...
Beauté du moindre souffle...
Les lèvres au bord de la source...
Penché sur le monde...
Attentif à tous les mortels...
A ce qui se murmure...
Au creux du mystère...
Sur le sol...
Sous les étoiles...
Ce qui pousse vers la lumière...
Là où l'on s'incline...
Là où l'âme se tient en silence...
Le cœur tremblant...
La main sur la poitrine...
Le regard émergeant (peu à peu) au fond des yeux...
En ce lieu ignoré – mystérieux – si près du monde pourtant...
Sur l'épaule...
Tout ce sable ; tout ce vent...
A genoux sur la pierre...
Éreinté par la charge...
Le visage fermé...
Tel un Sisyphe abandonné par le monde et les Dieux...
Portant sa mauvaise fortune sur tous les chemins...
Le cœur si innocemment craquelé...
A force de rire et de ciel...
*
Plus loin...
Sans jamais trahir l'innocence...
Tourbillonnant parfois...
A travers un élan authentique...
Mariant l'infini à la pierre...
Le cœur à la langue...
L'esprit œuvrant sans ambition...
S'abandonnant à ce qui vient...
Qu'importe la résistance et l'asymétrie...
La voix...
A la dérobée...
Déchirant la langue parfois...
Essayant d'inventer quelque chose...
Par-dessus la cendre et les étoiles anciennes...
Un élan de simplicité...
Une parole capable de réunir le monde et le mystère – la misère et l'émerveillement ; le vrai – le laid et l'insondable...
Tous tournant autour du piège – du sourire – du mystère...
Autour de la même chose – en vérité – mais perçue différemment selon le lieu où on l'observe et l'intensité de la lumière...
A cet instant où les yeux se troublent...
A cet instant où le cœur se cabre et tremble...
A cet instant où le miracle remplace le monde et le temps...
Au-dessus des masques et de la grisaille...
Au-dessus de la mémoire et des cris...
Au-dessus de ce si peu de vie...
Le plein ciel et la lumière...
*
Dieu ; sous les apparences du monde...
Au milieu des visages qui n'offrent qu'un peu de nuit et d'indifférence...
Au faîte de la solitude...
Au milieu de la fièvre et de la cécité...
Au milieu de l'ignorance et de la barbarie...
Gorgé – pourtant – de tendresse et de lumière...
A travers l'âme...
Les traits esquissés par le feutre sombre...
Abandonnant un peu de lumière sur le blanc de la page (et dans les cœurs sensibles quelques fois)...
Comme une flamme fragile dans la nuit du monde ; un modeste promontoire pour contempler le ciel ; un peu de tendresse ; et un peu de sacré aussi – peut-être ; en ces lieux qui ne célèbrent que le profane et la grossièreté...
Phare minuscule dans le grand jour sans nuage...
Notre manière de nous tenir au milieu du monde et d'offrir une parole dont nul n'a que faire...
Chambre à soi...
Installé sur ce qui flotte...
Au cœur de l'inconsistance...
Sur la pierre...
Mains jointes à l'infini...
Le ciel au fond du cœur...
L'âme si joyeuse...
Avec – un peu partout – les reflets de notre visage...
A jongler (assez maladroitement) avec la lumière et les mots...
Et rendant aussi hommage à la nuit...
Allant encore les yeux fermés – peut-être...
Au cœur même de la clarté...
Quelque chose de la tendresse et de l'errance...
Quelque chose de la transparence et de l'oubli...
Et quelque chose aussi du nuage et du silence...
*
Le long du noir...
Effleurant le souffle...
Caressant la terre...
Œuvrant à toutes les tâches...
Élargissant les possibles et la mémoire...
S'associant au monde et au temps pour accroître sa puissance et son territoire...
Devenant le sommeil et la lumière...
S'imposant simultanément à tout et à tous...
Comme le souverain absolu ; le seigneur sans rival...
Allant comme le rêve et l'écume...
Là où on l'appelle...
La où le manque se fait (trop) cruel...
Là où l'aube est encore si lointaine...
A peu près partout – en somme...
Au seuil...
Face à ce qui passe...
Refleurissant les rives et le ciel...
Tous les chemins qui traversent la terre...
Tous les chemins qui mènent à la lumière...
Là où le chemin se perd – disparaît...
Au-delà de l'espace et du temps...
Le cœur toujours battant...
Au terme de cette longue chaîne d'expériences et de bouleversements...
Le prolongement du voyage – en somme...
Sans rien déplacer...
Sans rien entasser...
Le voyage...
Vers l'oubli et la nudité...
En dépit de notre rêve de lumière...
En dépit de l'idée du monde qui (nous) colle à la peau...
Rien qu'un instant ; un peu d'éternité...
Les traits si furtifs du monde – du visage – du poème...
A peine le temps de quelques larmes...
A peine le temps d'en rire...
Que tout déjà se dissipe – s'efface – rejoint l'écume et le vent – poursuit son périple et ses métamorphoses...
*
Du haut de la déchirure...
Cette affolante glissade du monde vers l'abîme...
A corps perdu...
Si aveuglément...
Comme l'apothéose de l'ignorance (et son parachèvement sans doute)...
Le visage penché sur les mots...
Du fond de l'âme ; désirés...
Au-delà des choses...
Au-delà de la douleur...
Au-delà même du monde...
Comme un signe de réconciliation avec ce qui nous traverse ; avec ce qui nous est offert ; avec ce que l'on nous a légué(s)...
Comme un chargement de rêves et d'illusions à porter jusqu'à la délivrance...
Par-delà l'idée étroite de la mort ; un passage – une issue peut-être – à trouver...
Sous la lumière (parfois) vacillante...
Comme transpercé(s) par la douleur...
Nous laissant submerger par la nuit...
Nous laissant absorber par l'épaisseur...
Nous laissant envahir par l'opacité...
Pas si différent(s) du reste – en somme...
A l'image du nuage et de la fleur...
Aussi humblement présent...
Le cœur caressant et caressé...
A même la trame...
A même la peau du monde...
Au seuil du ciel (déjà)...
Comme inextricablement enchevêtré au reste...
Révélant l'envergure de l'expérience – du mystère – du regard ; la beauté de toute existence ; la sensibilité de ce qui ressent ; et la souveraineté de ce qui voit...
Ce qui aime...
Et ce qui danse...
Sans jamais s'arrêter...
*
A travers la voix...
Le feu dispersé...
Le silence...
Et la respiration du monde...
Quelque chose de l'homme et du ciel...
Un peu de lumière – peut-être...
L'existence ; entre expérience(s) – épreuve(s) et passage(s) ; et la possibilité de découvrir des fragments du mystère (par bribes – par pans ou par lambeaux selon nos capacités et nos aspirations)...
Mille choses – mille découvertes – mille apprentissages – à la mesure de ce que nous sommes...
D'une découverte à l'autre ; jusqu'à l'impossible – jusqu'à l'impensable...
Les yeux hagards...
Les bras ballants...
Comme si l'on attendait (assez passivement) le déploiement du rêve...
La douleur apaisée...
Le cœur soutenu...
En dépit de quelques restes de noir...
En dépit du visage barbouillé...
En dépit de l'inévitable déclin...
Comme un rire...
Au milieu du silence...
Au milieu du ciel clair...
Au milieu des vents qui font vaciller...
A regarder les vivants survivre et s'entraider ; se débattre et se quereller...
A travers des gestes et des alliances millénaires (qui se font et se défont au fil des jours et des saisons)...
Sous la même lumière...
L'écume et le ciel silencieux...
Répertoriant (assez vainement) toutes les choses de ce monde (formes – états – idées – sentiments – liens – combinaisons – possibilités etc etc)...
Nous livrant – en quelque sorte – à un inventaire (un peu fou et) impossible...
*
Des mots...
Quelque chose...
Un peu de ciel...
Et le courage des bêtes...
Ce qu'offre le monde...
Condamnés au moins glorieux de l'homme...
Le monde ; la chair ; les âmes...
Jusqu'au délire ; jusqu'au grand n'importe quoi – cette ignorance monstrueuse...
Enchaîné – opprimé – mutilé – exploité – massacré ; ce qui vit sous le joug de l'homme...
Jusqu'à la perdition ; ce triomphe catastrophique...
De passage sur ce sable où tout semble si triste et si mortel...
Ce que le monde réclame ; que le cri transperce (réussisse à transpercer) la pierre – l'épaisseur de la pierre – pour atteindre le cœur de l'homme...
Sans se souvenir du temps d'avant le temps ; du monde d'avant le monde...
L'identité déceptive que l'on affiche...
Comme si le rêve avait remplacé le réel...
Comme s'il n'y avait de consistance sous le nom...
Rien qu'un peu de vent et de fantaisie (assez souvent mêlé à la peur de vivre et de mourir)...
Une éclaircie – parfois – entre les tempes ; entre les lèvres ; entre les doigts...
Comme un peu de lumière...
Quelque chose de sensible...
Quelque chose de vivant...
Des traces de bleu...
Comme un élan vers le silence...
Une folle aspiration à se laisser (enfin) habiter...
La joie de s'abandonner aux frémissements de la trame...
Le cœur soulevé...
S'agrandissant à chaque secousse...
Et se laissant porter par ce qui nous paraissait autrefois si insupportable...
*
Sans rien blâmer du désir et des choses du sang...
Les lèvres pourtant poisseuses...
Et l'ivresse (bien sûr) assujettie au plaisir et à la mort...
Sous les feuillages...
L'âme dressée...
Le cœur déployé...
Et la beauté du royaume qui nous exhorte au silence et à l'humilité...
Jetés par-dessus la rampe...
Les rêves – les fables – les illusions ; tout ce qui encombre le cœur – le corps – la tête...
Pour que nous puissions danser avec le reste ; avec tout ce qui s'invite ; avec tout ce qui s'impose...
L'âme sensible et brûlante...
Le cœur austère et accueillant...
Comme si l'on pouvait choisir son existence...
Comme si l'on pouvait choisir sa voix...
Un peu homme ; un peu poète – apparemment...
Toujours en chemin...
Sous le ciel...
Sans destination...
Le mystère vissé au fond de l'âme...
Ici comme ailleurs ; le même horizon...
Et la poussière soulevée par les pas...
Et le bleu comme enfoncé au fond des yeux...
A parcourir la terre au milieu des reflets...
Sans rien reconnaître de son visage...
Sous le règne (affligeant) du miroir...
Le cœur dévêtu...
A humer l'odeur de l'écume lointaine...
Si proche du silence et du secret ; à présent...
Le cœur disloqué à force d'arrachements...
Toujours présent pourtant...
Comme la chair déchirée...
Penchant tantôt vers le monde ; tantôt vers le secret...
Jusqu'à l'insoutenable ; jusqu'à l’écartèlement...
Face à l'instant...
Face au monde...
Face à la mort...
Toutes les possibilités de l'être...
Et ce à quoi nous sommes assujetti(s)...
Le nom (parfaitement) effacé...
Le visage (en partie) absorbé par la terre...
Noué à la pierre – en quelque sorte...
Et solidaire du reste (bien sûr)...
Dans le prolongement du ciel et des profondeurs...
Lieu du passage...
Infime interface exactement...
Né(s) d'un sourire...
D'une attirance – sans doute...
D'une complicité – peut-être...
D'une convergence de la chair...
D'une rencontre gamétique – assurément...
L'expression d'un désir...
Et au-delà des apparences ; le produit d'un jeu et d'une nécessité ; la manifestation d'une alliance entre l'invisible et la matière – entre l'ardeur et l'esprit...
Au bord d'un ciel sans horizon...
Au-dessus d'un abîme qui a effacé le monde...
Un lieu d'oubli où la vie et la mort dansent ensemble (très amoureusement)...
Un lieu de silence et de célébration...
Un lieu de passage où se réinventent (et où se réinitient parfois) le voyage et les voyageurs...
Au fil des pas ; la lumière et la transparence...
Sous les feuillages protecteurs...
L'écho sans fin du bleu...
Jusqu'à ces taches de sang qui jonchent le sol...
Jusqu'au cœur de ces siècles sans mystère...
A travers le vent – le feu et la mémoire des pierres...
Le goût de l'origine et de la terre...
A recevoir ; sans rien chercher – sans rien fouiller ; lorsque l'on s'est (suffisamment) affranchi du visage et du nom ; lorsque l'essentiel des illusions a perdu son emprise sur notre manière de vivre...
*
Là où tout est forêt...
Là où tout est herbe et loups...
Là où tout est passage...
En ce lieu de grand vent et de sauvagerie...
En ce lieu où les hommes ne s'attardent plus...
Ce qu'offre la lumière...
En plus du monde ; le rire...
Ce qu'aucun geste ne saurait atteindre...
Le cœur en fête...
Par-dessus l'épaisseur...
Au milieu des arbres...
Les lèvres serrées...
Par-dessus la faim...
Cette joie à l’œuvre...
Qui se moque du froid...
Et qui célèbre le silence...
Le monde collé contre soi...
Au faîte – sans doute – de notre bonne fortune...
Dans la brume qui s'étire et nous enveloppe...
Amplifiant l'absence sur cette roche sans consistance...
Nous drapant de ciel – en quelque sorte...
Manière – sans doute – de nous rendre parfaitement indistinct(s) des paysages...
Comme un horizon d'appels et de cris...
Un mur de plaintes incontournable...
Constitués de tous les malheurs terrestres...
L'écume sombre des choses de ce monde – en quelque sorte...
A la verticale du temps...
Au milieu des reflets...
Ce qui gît ; abandonné à la nuit et au silence – abandonné à l'oubli...
Ces restes (tous ces restes) de mémoire...
Et ces éclats (tous ces éclats) de miroirs brisés...
*
Si proche des profondeurs silencieuses...
De l'autre côté des murailles...
Aux confins de la nuit traversée...
Caressé par la longue chevelure du vent...
Entre les mains de ce qui ne peut s'assombrir...
Sans autre témoin que l’œil qui voit ; que le cœur qui sait...
Du côté des mains en prière...
Comme plongé dans les eaux glacées de la lumière...
Et encore partiellement présent dans l'ombre qui s'étale sur la pierre...
Zigzaguant (essayant de zigzaguer) entre les rêves et le sang – entre le sommeil et les vivants...
Sans savoir où aller...
Sans savoir quel versant du ciel choisir...
Se laissant porter par les vents de la terre...
Après avoir traversé la grève...
Après avoir dérouté le temps...
Redevenant ce sable qui s'écoulait autrefois entre nos doigts si malhabiles ; entre nos mains si pressées...
Redevenant (enfin) ce sable sur lequel – enfant – on s'allongeait...
Au cœur des flammes...
Des ombres et des miroirs...
Au milieu des tremblements...
Quelque chose de vivant...
Sous la cendre...
A travers les reflets...
Comme un voyage vers tous les peut-être...
Le cœur ensoleillé...
En dépit de ce qui s'écorche sur la pierre...
En dépit de ce qui soupire face à la douleur...
Le bleu et le silence...
Au milieu des visages et des vents qui tourbillonnent...
La terre blessée par nos ambitions – nos défaillances – nos yeux fermés...
Transformant tout en or – en cendres et en poussière...
Asservissant – et anéantissant – tout ce que l'on touche...
Fruits de toutes les basses besognes de l'homme...
S'acharnant sur le vivant (si tenace – si résilient)...
Et chaque jour ; tout qui continue ; et tout qui recommence...
A travers les forces qui s'affrontent depuis la nuit des temps ; celles qui détruisent et celles qui résistent et reconstruisent...
*
A s'étendre jusqu'aux confins de l'hiver...
Au milieu des âmes et des visages...
Du givre – de la glace – de la neige...
Le cœur livide à force de froid (tant est grande – et insupportable – l'indifférence)...
Pour de (très) lumineuses raisons...
L'absence – l'exil – le désert...
Quelque chose d'un chemin de fortune...
Et une manière de s'éloigner du pire (composé d'obscurité – de bêtise et de barbarie)...
Pour retrouver la tendresse et la joie que l'âme réclame depuis si longtemps (et que le monde – bien sûr – ne peut lui offrir)...
Le cœur (à la fois) sensible et sans pitié...
Maître du jeu et jouet docile des circonstances...
Qu'importe les joueurs...
Qu'importe ce qui se joue...
Continuant (en dépit des obstacles – en dépit de l'adversité) à accompagner le chant du monde vers le silence...
En franchissant (un à un) tous les seuils ; et allant même au-delà du possible (jusqu'à l'impensable)...
Au cœur du rêve ; le même horizon qu'au cœur du monde ; qu'au fond de la blessure...
Des ombres (étranges) qui dansent sur la pierre...
Et ce qui demeure...
En dépit des tremblements...
En dépit de ce qui scintille dans la nuit...
Le feu – le vent – le silence – (sans doute) éternellement...
Sans se reconnaître (fort étrangement) ni dans les limites ; ni dans l'infini...
Être étrange – être hybride – être de l'entre-deux – en somme...
Au milieu de tous les possibles...
Au milieu de toutes les restrictions...
Rien ; ni personne...
Et au milieu de nulle part – sans doute...
Au fond de l'âme...
Au fond du jour...
La même tendresse...
Le même sommeil...
Le même silence...
Ce qui ruisselle...
A travers les songes et le sang...
A travers le regard et l'innocence...
Nés de la source qui a enfanté le monde et le mystère...
Et cette lumière capable d'éclairer tous les seuils...
*
Le cœur transformé en refuge pour échapper à la misère du monde ; aux larmes et au règne du feu et du sang...
Dans l'intimité de ce qui nous entoure ; de ce qui nous enserre ; puis disparaissant ; s'éparpillant au milieu du reste...
Le visage penché tantôt sur la beauté ; tantôt sur l'absence...
Sans rien nommer ; sans faire la moindre distinction...
Le cœur acquiesçant (avec la même joie) à la banalité et à l'extravagance – à l'extase et au chagrin...
S'abandonnant à ce qui s'offre...
Se laissant porter par ce qui vient...
La chair meurtrie par le monde...
L'âme ébouriffée par la lumière...
Au cœur du plus simple...
Le geste joyeux...
La voix chantante...
Le cœur réconcilié...
Le regard apaisé...
Au milieu des choses de ce monde...
Alors que les siècles tremblent – frémissent – frissonnent...
Le cœur à l'écart...
Le courage rassemblé au fond de l'âme...
Le ciel contre la peau...
La nuit ; sans bruit...
Obstinément...
Alors que l'écho de la lumière se cogne un peu partout...
Contre les parois du monde et de la chair...
*
A la manière d'une nuit désastreuse...
Le règne de l'homme...
Avec ses rêves d'argile et de vent...
Le moins favorable pour la terre et ses habitants...
Quelques fois...
Un peu de lumière sur le chemin des aveugles...
Un rire sur la comédie du monde...
Sans parvenir toutefois à sécher les larmes ; à apaiser les cœurs ; à orienter les pas maladroits...
Ce qui insiste – avec tant d'obstination dans le sang ; tantôt la lumière – tantôt l'obscurité – tantôt la tendresse – tantôt la cruauté...
Seul sous le vent...
Le cœur happé par la nécessité du ciel...
Échappant à la terre des hommes...
Et rejoignant (avec joie) ces rives étrangères à leurs rêves et à leurs ambitions...
Au fond du reflet...
Ce qui nous hante...
La vérité incertaine et changeante...
Au milieu des cendres – de la nuit – des étoiles...
Sans savoir où poser les yeux...
Sans savoir où poser les pieds...
Veillant autant à se perdre qu'à aimer...
Contemplant les flammes et le ciel...
S'enivrant du parfum du vent...
Devinant (parfois) les visages cachés derrière le feu – les rêves – l'obscurité...
Allant aussi loin que là où (nous) portent l'âme et les mots...
Au bord du bleu...
Dans cette noirceur invisible – transparente...
A sentir le tranchant de la roche et de la lumière...
*
Naufragé(s) du désir et du sang...
Échoué(s) au cœur de la nuit...
En ce royaume de cendres et de larmes...
Le cœur crevassé à force de piques et de froid...
Monument sans stèle ; posé à même la roche mouvante et noire...
Porté par la parole des profondeurs...
Tout un destin – en somme...
Du ressassement à l'absence...
Et le cœur toujours penché sur sa tâche...
En dépit du silence...
Le regard clair...
Sur la pierre luisante...
Arrosé(s) de lumière...
Sur notre assise...
Sans tête...
Et ce rire...
Comme un feu féroce...
Une manière de faire fuir les hommes ; et d'établir son royaume loin des figures tristes et trop sérieuses...
Comme un cœur noir creusé à coups de pelle...
Laissant émerger l'odeur de la mort...
Nappe nauséabonde recouvrant l'herbe – l'argile – le ciel – les paupières...
Obstruant tous les horizons...
Anéantissant tous les élans...
Les remplaçant par une sorte de vertige ; un irrépressible écœurement...
Nous réduisant à vivre à l'ombre des choses ; dans l'arrière-monde du plus intime...
Quelque chose ; quelque part...
Parfois pierre ; parfois chemin...
Parfois rumeur ; parfois angoisse...
Parfois vertige ; parfois tendresse...
Inséparable de ce qui semble exister en-dehors de nous...
Peut-être songe ; peut-être âme du monde...
Cette lumière sur la pierre...
Et ce qui se redresse lentement (très lentement) au fond du cœur endolori...
*
L'échange simple et sage...
A travers le cœur vivant...
Le meilleur que l'on puisse offrir...
[Manière de privilégier la fraternité et l'intérêt du plus grand nombre plutôt le commerce et le profit personnel...]
La chair sans la tête...
L'âme rieuse...
Ce qui s'embrase (involontairement)...
Comme un peu de lumière...
Un peu de vent...
Au service de l'intime...
Ce qui s'accomplit...
Sous ce ciel immense...
Embrassé ; le destin terrestre...
Avec son mystère et ses sacs de pierres...
Le cœur (un peu) brumeux...
Le pas (franchement) hésitant...
Avec ses embrassades et ses trahisons...
Au cœur de toutes les nécessités...
Ce qu'il nous faut expérimenter...
La chair renouvelée...
Passant sans souvenir – sans espoir...
Attentif à ce qui vient...
Au cœur de l'écoute...
Sous l'étoile retournée...
Aux portes du silence...
Sans rien chercher ; ni la lumière (et moins encore le clinquant)...
Se mêlant aux mouvements (à tous les mouvements) du monde...
Les yeux humbles ; le dos courbé...
Sans rien demander aux ombres qui nous accompagnent...
Sans rien demander en échange de notre prodigalité...
L'essence même du Divin dans le bleu de la blessure...
Se laissant toucher par les rumeurs de la terre et le ciel enflammé...
Par tous les reflets et l'épaisseur de la pierre...
Sans rien savoir ; sans rien attendre...
Loyal et obéissant...
*
Au cœur de la chambre de la forêt...
La porte ouverte sur la vie sauvage...
La tête sous les feuillages...
Le dos appuyé contre un tronc...
Le séant posé sur la pierre...
Dans le (joyeux) tutoiement de la terre et du ciel...
L'âme (parfaitement) heureuse et apaisée...
Au fond du souffle et du sang...
Le secret du vivant...
Ce qui circule...
Ce qui nous traverse...
Ce qui nous anime...
Ce qui nous sustente...
Nous autres ; infimes parcelles de la trame – infimes portions du réseau – infimes maillons de la chaîne...
Bouts d'infini collés au reste...
Tout (parfaitement) relié – bien sûr...
Et l'esprit ; et le cœur ; et la chair – en commun – sans la moindre appartenance individuelle...
L'aube ; jusqu'au fond des yeux...