Carnet n°313 Un manteau d'étoiles et de sang
Novembre 2024 – A Bhagawan
Monde d'herbe et de roche...
Le verbe (parfois) auréolé de ciel et de vent...
Les bras longs comme des racines...
L'âme taillée dans la pierre...
La tête comme un soleil noir...
Et ce qu'il faut d'usure pour échapper à la nuit...
Et ce qu'il faut d'ardeur pour tutoyer la lumière...
Bordé(s) d'os et d'étoiles...
Renvoyé(s) au périmètre noir...
Le feu au fond de la langue...
Pour aligner les signes et conjurer le sort...
Comme un mirage...
La main ouverte...
L'âme digne...
Juste au-dessus du miracle – peut-être...
*
Le cœur pendu...
Aveuglément...
Le dedans entaillé...
Sans sommation...
Comme le reste – voué à disparaître...
Parole ramassée un peu au hasard...
Et adressée à la mort et à la fragilité...
Seul et tressaillant...
Face à l'Absolu...
Le cœur exalté par les noces du ciel et des saisons...
Et ce parfum de liberté qui flotte à tous les seuils...
Encore beaucoup trop homme – peut-être – pour laisser entièrement le chemin décider...
L'Autre (parfois) bien moins compréhensible que Dieu (ou son absence)...
Le cœur jeté en avant...
De l'autre côté du monde...
Jusqu'à s'y perdre...
Là où la route s'arrête...
Là où tout se fige...
Et, au loin (encore imperceptible), la terre des morts...
Vers laquelle on s'avance sans hâte...
Aux confins de l'attente...
En ce lieu de réconciliation où la main se tend ; où le ciel descend ; où la terre écarte les rêves et les étoiles ; où tout se transforme en destin...
Là où la chair et l'esprit s'affranchissent des meurtrissures...
Là où la cécité et les questions enjambent les remparts du temps pour se convertir en silence et en lumière...
*
Géographie de l'exil...
Avec ses ciels et ses souterrains...
Avec ses îles et ses lisières...
Aux confins de tous les cercles humains...
Dans tous ces lieux où peut s'inscrire le voyage...
L'étendue réduit au front et au désir d'immortalité...
Et cette nuit dans le sang qui recouvre tous les gestes...
Et ces pierres (toutes ces pierres) qui portent le secret...
En plus (bien sûr) des malheurs...
Depuis le (tout) premier ancêtre...
Étranger (de plus en plus) à ces lieux de commerce [où tout est converti en marchandise]...
A ces terres sans ciel où l'on ne se prosterne plus que devant l'or et la richesse...
L'enfer (avec toutes ses lois et tous ses ornements) que l'on a construit sur ce qui ressemblait à un éden rude et sans pitié...
Encore le cri...
Comme si le monde existait...
Comme si l'on avait été banni de tous les royaumes...
Comme si l'on était (tous) les fils de l'ombre...
Allant d'un délire à l'autre ; assurément...
Brinquebalés ici et là ; toujours à la pointe de l'écume...
A souffrir sous le vent...
Recouvert(s) par la fatigue et les eaux noires...
La rectitude fanée au fond des yeux...
Et la route sinueuse – en soi...
Et toutes les menaces du monde ; au-dehors...
Sans pourvoir choisir ; sans pouvoir décider...
Sauf (peut-être) l'effort à fournir pour tenter de venir à bout de la pente sur laquelle (irrémédiablement) nous glissons...
Assez fou(s) pour vivre dans l'oubli du feu ; et pour mourir sous un ciel sans Dieu...
*
Entièrement retiré...
Comme soustrait à la tectonique du monde...
Lèvres au-dedans...
Paroles pour soi...
Et à la place du visage ; une vague ressemblance – peut-être ; une partie du reflet – sans doute...
Témoin de l’œil qui voit ; en plus de celui qui regarde...
Désencombré à force de murmures ; puis, à force de silence...
Vers cette solitude fracassante...
Rien que le verbe sur l'ossature du monde...
Un ciel iconique sur la prétendue immaturité des morts et des vivants...
Qui peut (vraiment) savoir...
De la neige – au-dedans...
Et un labyrinthe aussi (bien sûr)...
Négativement...
Jusqu'au silence...
[Apophatiquement diraient – peut-être – les cuistres!]
Croire...
[à ce que l'on nous dit]
Sans peine...
Sans même un pourquoi...
D'un geste...
Ce qui éclaire...
Ce qui obscurcit...
Sans très bien savoir ce que Dieu a voulu...
A serpenter sous le ciel...
Sur un chemin dont très peu savent où il mène...
Sans souci ; celui qui s'adonne au sommeil ; comme celui qui vit dans l'intimité du mystère – laissant (tous deux) le monde à ses affaires [mais pour des raisons très différentes – bien sûr]...
A laisser venir ce que d'Autres n'ont jamais attendu...
*
D'un seul trait...
La vie ; la mort ; le poème...
A notre place...
Dans ce haut lieu de la lumière...
Entre les mondes...
Abandonnée à chaque recommencement...
Cette étendue de bruits et de tentatives ; où s'entassent tous les détritus – jamais emportés par ceux qui quittent la vie – ni par ceux qui quittent la mort...
Comme le fond d'un abîme peuplé d'élans et de cris que l'on perçoit (que l'on peut percevoir) lorsque l'on se penche à l'extrême bord des rives qui se font face...
L’œil plongé dans le gouffre...
Comme un regard sur ceux qu'il engloutit...
Un peu de lumière sur les drames (tous les drames) qui peuplent ses tréfonds...
Morceaux de soi ; enfantés et enfantant...
Ce qui – peu à peu – s'éloigne de l'origine (en la prolongeant)...
Vers le plus lointain...
Et – pourtant – sans cesse appelés à revenir vers la source...
Tous ; à double sens – sur cette route incertaine...
A genoux...
Au milieu des malheurs...
Le cœur guidant l'ardeur [lorsque la tête a été détrônée]...
Sur une sente de plus en plus étroite...
Ensemble ; emportés on ne sait où...
Et faisant (parfois) un pas de côté pour essayer de comprendre (un peu)...
Nous ; avec une poignée d'Autres...
Jeté(s) entre l'Amour et la cendre...
Au milieu de l'or et de la poussière...
*
Au-dessus des ventres et des alphabets du monde...
A regarder la mort tout emporter ; les jours effacer les visages et les noms...
Sous cette lumière qui se moque bien de nos peines et de nos plaintes...
Sur cette terre de cris et de saccage d'où partent tant de chemins qui traversent l'écume et la mémoire ; preuve (s'il en est) qu'il existe des issues à ce monde de peurs et de pensées ; à ce monde de violence et de frivolités...
Au-delà des frontières les plus lointaines...
En ces lieux sans funérailles où la mort a noué alliance avec les pierres et les étoiles ; où le silence et la joie se vivent (littéralement) à la verticale...
Cette pierre noire encore...
Au fond du cœur...
Et le parti-pris du monde...
Face à la tendresse...
[Ce à quoi on ne peut (bien sûr) se résoudre...]
La folie...
Moins loin qu'on ne le croit...
De cercle en cercle...
Trop souvent ; la couleur donnée à l'aventure...
Moins visible qu'hier...
Alors que le cœur peine à témoigner...
Alors que le poème patiente au fond du silence...
Quelque chose du ciel et du vent...
Ce qui nous invite ; et devrait (aussi) nous inciter...
De rêves et de mots...
Comme un peu de neige sur le monde...
Et son âme ; et son essence – toujours aussi méconnues...
*
A la conjonction des astres...
Ce qui glisse sur le monde...
A travers les âmes...
Dans un langage (toujours) étranger aux hommes...
Tant d'âmes mortelles aspirent à l'éternité...
Et la chair du poème – elle aussi – prête à défier le temps...
La parole que chaque ligne perpétue...
Comme un cri continu né des douleurs (de toutes les douleurs) accumulées depuis que le monde est monde ; depuis que l'homme essaie d'émerger de sa gangue de terre...
Face au vide ; l'innocence...
Comme un vertige indécent – presque scandaleux...
En dépit des cœurs éventrés...
Le vide et la tendresse – plongés dans la chair du monde...
Au fond (tout au fond) de la douleur des vivants...
Les âmes de ce monde...
Avec leur poids de tristesse et de peine(s)...
Comme prisonnières de l'épaisseur grise...
A la pointe du rêve...
Les existences et les malheurs...
Ce que l'on se dit...
Ce qui se raconte...
Et ce que l'on tait...
Une manière – sans doute – de conjurer l'histoire et l'expérience...
[Sans la moindre conséquence – pourtant – sur la souffrance ressentie]...
Sans rien offrir...
Sans rien recevoir...
Ce qui échoit à chacun...
[Jouet(s) – en quelque sorte – d'un double jeu à somme nulle...]
*
Intérieurement possible...
Tous les infinis ouverts...
La chair persécutée...
De mille manières...
Par tous les appétits...
Suspendue à la mort...
Notre présence...
Cet étrange face à face entre le ciel et le front...
Si amoureusement ; si aveuglément ; si asymétriquement...
La lumière ; comme engourdie au fond de l'âme...
Dans les bras du ciel et de la solitude...
Amoureusement étreint...
Au-delà des signes...
Et même un peu plus loin que le silence...
A chaque souffle ; la même possibilité...
Qu'importe à quoi nous sommes attachés...
Hissé sur l'autre versant de l'expérience...
Là où tout se révèle sans importance...
Sur cette terre si tourmentée...
La gorge nouée ; la voix étranglée...
Comme cerné par l'inutile et le découragement...
A essayer (en vain) de s'extraire ; de s'extirper de la nasse...
Tôt ou tard rattrapé par l'ignorance et la négligence du sacré...
Des poèmes jetés sur le bord du chemin...
Une parole livrée aux ronces et à la boue...
Comme le monde – sans doute ; quelque part – offerts à l'oubli...
Détrônés par ce qu'on leur préfère ; l'ivresse – le sang – la folie...
A respirer – malgré nous – l'odeur de la mort...
La peur qui se mêle au sang...
Le voyage organique...
Le feu de la psyché ; troublé – en désordre – (réellement) sens dessus dessous...
Et l'ardeur qui nous fait courir ; qui nous fait nous précipiter ; et qui nous fait revenir aussi...
Sur la pierre toujours...
Et dans les bras autant que l'on peut...
Sans rien dire...
Sans rien revendiquer...
Comme un simple périple...
[Et un très modeste témoignage aussi...]
Là ; immobile – à présent...
Sans que rien ne s'annonce...
Sans que personne ne se prononce...
L'air encore vivant...
Au milieu de tant de rien(s)...
Sur cette route qui s'éloigne des lieux...
Affranchie (ou qui semble affranchie) des états et du temps...
Prolongement – peut-être – de la peur et du cri nés de l'expérience du monde et de l'incompréhension d'être en vie...
Manière d'aller – bien sûr – au-delà de l'homme ; au-delà du monde et de la douleur...
Sur le versant le plus lointain de l'esprit...
Vers l'invisible et le silence...
Vers l'Amour et la lumière...
Dans cette odeur (si particulière) de pierre foulée...
Le souffle ardent ; le souffle aveugle...
Allant ; toujours allant...
Comme poussé par une mystérieuse nécessité...
Portant son poids (inéluctable – indéfectible) de folie...
Le sommeil juché sur les épaules...
Assez sauvagement (suffisamment, en tout cas, pour effrayer les âmes condamnées à l'obéissance)...
Creusant dans la roche de larges sillons gris qui enfoncent encore plus profondément les pas dans la terre et l'obscurité...
Et s'écartant inexorablement du bleu (parfois entrevu – et, si souvent, promis) ; et excluant même toute possibilité de franchissement...
*
Aveugle aux distorsions de l'esprit ; à la faillibilité des âmes ; aux dédales langagiers...
Ravi de voir le monde aller comme il va...
Ouvertement dédaigneux du mystère...
L'homme face à ses hantises ; au cœur du chaos qu'il a créé...
De l'autre côté...
Là où la pente remplace le mythe...
Là où tous les écarts se réduisent...
Là où l'on s'agenouille face aux forces invisibles...
Là où l'on se soucie du sort de la poussière...
Là où le sommeil n'est qu'un état de la lumière...
La ligne divaguant pour éluder la réponse ; et entretenir (sciemment) l'incertitude quant à la nature de la question et du questionneur...
Au fond du poème...
Dans ses plus obscurs recoins...
Quelque chose du temps qui passe...
Un peu d'hier ; un peu d'aujourd'hui ; un peu de demain...
Sur fond d'éternité...
Un hymne à l'immuable et au provisoire [qui le traverse en un éclair]...
Penché (assez tristement) sur ce qui s'achève...
Comme soumis à la nostalgie et à la peur de ce qui adviendra...
Porté – sans aucun doute – par le merveilleux du monde et du langage...
Autant que par la lumière et cette ardeur inépuisable...
De la même nature que l'épaisseur et le ruissellement...
Une forme d'inertie en mouvement...
Avec des cascades – des cycles et des recommencements...
Combinaisons de lumière et d'éléments naturels...
Figures éternelles du passage...
*
Là où le cœur pousse...
Jusqu'à la dérive parfois...
Sur cette pierre mille fois piétinée...
Sous des étoiles trop peu brillantes (sans doute trop éloignées)...
Cherchant un passage dans la nuit pour échapper aux vicissitudes du destin...
Aller vers une terre nouvelle...
Et dénicher un ciel tout neuf...
La tête offerte aux vents et à la mort...
Condamnée à toutes les sentences...
Découpée dans l'obscurité...
Encore livrée aux tourments passés...
Jetée dans les bourrasques...
Cherchant un lieu – une âme accueillante – une main qui saurait la redresser et lui offrir un peu de dignité...
Au commencement du temps...
Ce vaste monde déjà existant...
Où tout était porté à la solitude...
Sans jamais négliger le reste ; sans jamais négliger l'ensemble...
(Presque toujours) gorgé de ciel et de sollicitude...
Et offrant à tous les yeux un peu de lumière...
Les mains offertes à l'immensité...
Avec le cœur par-dessus...
Obéissant aux nécessités du ciel et du monde...
Instruments de toutes les œuvres à accomplir...
Ce que révèle (ce que peut révéler) la parole...
Au-delà de l'indicible du monde...
Les lois de l'abîme...
Et les secrets – et le langage (parfois un peu abscons) – du ciel...
Là où tout semble si lointain...
Le ciel ; les visages ; les choses – la moindre circonstance...
*
Sous le masque du sommeil...
Tant de merveilles méconnues...
Tant de choses à découvrir...
Tout (plus ou moins) tressé à l'insignifiance...
Jusqu'aux plus grandes gloires [œuvres – découvertes et inventions]...
Des mots ; (assez) machinalement...
Comme un collier de bruits (pour les oreilles du monde)...
Dans la nuit installée...
Qui semblent si peu téméraires...
Et qui invitent – pourtant – à traverser le langage et l'obscurité...
A force de rêves et de croyances...
La respiration noire...
La danse des images déployée...
Contre le réel et la possibilité du monde...
Comme écartelé(s) entre le miroir et l'infini ; entre le silence et la voix...
Au cœur même de l'alternative...
Ce qui nous traverse...
L'autre mort – sûrement ; celle qu'il nous faut vivre de notre vivant...
L'expérience du bord et de l'abîme...
L'angoisse du vide et de l'effacement...
Ce qui émerge des plus lointaines profondeurs (assez rarement fréquentées par le genre humain)...
D'un seul regard...
Ce que l'on sait...
Ce qui restera...
Et ce qu'il faudra abandonner...
Au cœur de l'invisible – peu à peu décrypté...
La vie – la mort et le mystère...
Les gestes précis ; le buste (légèrement) incliné...
L'âme silencieuse...
(Sans doute) l'essence de la simplicité...
Ce que nous cherchons tous à découvrir ; et à expérimenter...
[En hommage à Bhagawan – au cours de sa dysthanasie – du 8 au 17 novembre 2024]
A l'intersection des mondes et du secret...
L'ombre – la solitude – la lumière...
Ce qui nous est donné à vivre – sans la moindre interruption...
Les possédés du monde...
Et leur mainmise sur l'âme...
La peau hurlante...
L'effort ininterrompu pour ne pas mourir...
Sans croyance...
Allongé sur les cailloux...
Des traces de rage et de rouge...
Où que l'on soit ; où que l'on aille...
Quoi que l'on découvre ; le cœur – la tête – le monde...
Comme un gigantesque réseau d'ardeur et de sang où se fomentent les festins et les révolutions...
Insoupçonnables ; la trace et la plaie...
Le passage de l'invisible...
Ses empreintes terribles sur la chair...
L'esprit trop peu familier de la douleur...
Traversé par un déferlement de cris et de sensations...
Autour de soi...
Tant de têtes et de tombes...
Jusqu'à l'horizon...
Presque parfaitement alignées...
Entourées de murs et de grilles...
Sans que nul ne se connaisse...
Sans que nul ne daigne s'intéresser au reste...
La tête lancée dans le vent...
Sous les auspices de la mort et des étoiles...
Le temps imparti ; le temps convenu...
A expérimenter le manque et la douleur ; à vivre l'aventure...
Sans soi...
L'absence comme portée au pinacle...
Ainsi se défait l'essentiel du jeu...
La tournure de l'âme – du monde – de l'espace...
Assis sur le sol...
A écouter les fleurs – les nuages et les étoiles ; la leçon inaugurale du monde...
Parmi les pierres...
La respiration et la peur...
Quelque chose de vivant qui ressent et transpire...
Un peu de la source et un peu d'ardeur...
Et qui a la couleur du sang...
Le cœur saillant...
A travers la peau...
Le besoin de paix et de lumière...
Et ces étoiles glissées au fond de l'âme...
Et la musique des hauteurs qui nous accompagne...
L'âme – toutes les âmes...
Au milieu des rires et des loups...
Couverte-s d'un long manteau de nuit...
Cherchant la grâce au milieu des pierres et des visages...
Rien d'impossible encore...
Malgré le merveilleux qui, peu à peu, disparaît de ce monde...
Si démuni face à la douleur...
Plongé dans les affres...
L'âme et la chair repliées...
Les nerfs trempés dans le feu...
Sur cette terre où rien ne peut être évité ; où aucune créature n'échappe à son destin...
Des plaies ; comme des tombes ouvertes...
D'où ne s'élèvent que des plaintes et des cris...
D'où ne suintent que ce sang noir et cette désespérance de la chair...
Et des signes de vie ; encore....
Dans l’œil qui a vu passer la mort...
Le cœur baigné de larmes...
Le front écrasé de souffrance...
La vie enfoncée dans le corps comme un pieu...
L’œil encore grand ouvert...
Et l'âme retournée par tant de douleur...
Pas soi ; par-delà le mur...
Un peu d'absence...
Et l'oubli du nom...
L'essentiel du jeu...
Emporté – avec les choses – de l'autre côté du monde...
Dans la paume creusée par la lumière ; de l'or à la place du temps ; à la place du sable ; le rêve de chacun – sans doute...
Et cette terre noire dans la prunelle ; enfouie au fond du sommeil – avec des morceaux de vie qui obstruent l'espace et enfoncent la tristesse à l'intérieur...
Ce/ceux dont on se sépare – la mort dans l'âme – retrouvant le reste ; son/leur vrai visage – peut-être...
L'esprit hanté par la nuit...
La profondeur des racines...
La corruptibilité de la chair et de la pierre...
Le lent (le très lent) pourrissement du monde...
Comme plongé au fond d'un brasier d'obscurité...
Prêt à être englouti...
De soi ; du monde ; du regard...
Intriqués assez mystérieusement...
Qu'importe l'intensité de la lumière de ce qui voit...
Le ciel partagé en autant de parts que nécessaire ; s'offrant tantôt sous les traits de la tendresse – tantôt à travers le geste et la parole de celui qui sait...
Davantage qu'un regard sur la mort...
L'âme engagée à la fois dans les ténèbres et la clarté...
Le corps (tout) tremblant...
Le cœur courageux...
Apprenant, peu à peu, à se libérer des prières – des sortilèges – de tous les envoûtements...
Le silence...
Aux racines du secret...
Sur cette terre de pierres et de nuages...
Sans autre signe que les étoiles et la lumière...
Avant que ne naisse(nt) le vivant (et les instincts)...
Les premiers pas de la mémoire (alors que l'esprit s'épanouissait dans l'absence d'histoire)...
Le début du rêve et des alliances ; dans le prolongement du manque et de la faim...
Le remplacement du murmure et du frémissement par les pulsions et la mort...
Ce qui a (bien sûr) encore cours aujourd'hui...
Par devers soi (fort heureusement) ; au-dessus des sévices et de la désespérance ; au-dessus même des quelques restes d'espoir qui persistent (presque toujours) dans les malheurs...
L'accueil de ce qui est ; l'obéissance à ce qui s'impose (à ce qu'offre la vie) ; réceptacle de ce qui nous traverse – émotions – sentiments – intuitions ; manière – peut-être – de faire face aux circonstances désastreuses...
A l'ombre de l'espace...
Tous ces ciels...
Et toutes ces fables...
Les mythes des origines et de la fin du monde...
Comme s'il nous fallait (impérativement) un début et un dénouement...
Quelque chose qui ressemblerait à notre histoire (avec les mêmes apparences)...
Alors que tout demeure mystérieux et indéchiffrable...
Sans arrêt ; l'émergence – la destruction et le recommencement...
Sans réponse...
Appliquant (très précisément) les sentences et les lois...
L'âme et la chair bleuies par le ciel ou les coups (et, parfois, par les deux – simultanément)...
Tout ; à peu près de la même trempe ; quémandant quelques fois un peu de répit – un peu d'assistance – malgré le courage et la ténacité...
Sous la terre ; sous les cendres...
Les mêmes rêves qu'au-dessus du monde...
Se laissant faire...
Sur le versant de la mort ; la vie abandonnée aux rumeurs...
Tout mêlé au jeu des contraires et à la puissance des songes...
Indifféremment l'âme ou la chair...
Selon la couleur du rêve et l'intensité du feu au fond des yeux...
Quelque chose voué à traverser l'enfance et la nuit...
Manière – peut-être – de s'affranchir du monde et de la langue...
Là où s'achèvent l'élan et l'ardeur...
Au seuil du passage...
De la terre noire au bleu du visage...
Comme si l'âme était arrivée au bord du ciel ; aux lisières de l'indicible...
[En hommage à Bhagawan (suite) – au cours des jours qui ont suivi son décès]
La douleur qui s'éloigne...
Par le cœur lézardé...
Les mains posées sur les larmes...
Le corps offert au monde sans pitié...
Ainsi s'achève cette étape du périple...
A travers la mort apparente...
Murmures encore...
Alors que l'esprit s'éloigne déjà de la pierre et du temps des âges ; cherche un passage à travers le sang et la fin des saisons...
Cœur brûlant...
L’œil bien au-dessus du gravier gris...
Porté par le vent et ceux qui l'ont (passionnément) aimé...
Oubliant le monde...
En quête d'une autre rive – d'un ailleurs où l'on parlerait une langue nouvelle – un lieu où le merveilleux remplacerait la morsure (effroyable) des vivants...
Contre soi...
Collé encore...
Le cœur boursouflé...
Et l'âme en pleurs...
Cherchant le souffle commun ; et le vent qui éparpillerait le malheur et la tristesse...
Vers ce devenir qui éloignerait des broussailles – des forêts et du sang...
Sans remuer la terre...
Au large de la débâcle...
Sans nom ; sans lien ; sans geôlier...
Sans se soucier de la renaissance...
Vers le plus large...
Au-delà du monde ; au-delà du cri...
Par-dessus la roche...
Par-dessus même la parole...
Ce qui s'achève...
Et ce qui recommence...
Jusque sous les cendres de la nuit qui brûle encore...
Le cœur habité – à présent – par l'étoile...
Allant – à petits pas – vers l'origine et le secret...
A même le monde et la mort...
Le silence – le regard – le poème...
Une manière (à la fois) de célébrer et de conjurer la solitude – au milieu des visages et des ombres...
Monde hors du monde...
Bâti par les yeux de l'innocence...
Au milieu des os et de la lumière...
A l'intersection de l'exil et du ciel...
Sur cette rive où les âmes se redressent (commencent à se redresser)...
Passant ; passant et repassant...
Au large de ceux qui restent...
Là où les grilles jamais ne se referment...
Sans se soucier des gestes ; ni des autres figurants...
Dans cette joie sans douleur ; et infiniment partagée...
Parmi des âmes sans idole...
Amoureux des lieux et de l'éphémère où ils sont plongés...
Ici ; sans se hâter...
Avant que le jour ne se lève...
Au milieu des lumières ; peut-être encore au milieu du monde...
Sur cette crête entre la lune et le brouillard...
Sur ce fil où passent tous les voyageurs...
Ceux qui quittent les fables et traversent la mort...
Inscrit(s) au plus haut de l'aventure ; les mains tendues vers ce qui les attend...
Le long du rivage des vivants...
Le défilé des âmes sans chair...
Au milieu des danses fébriles et des fantômes...
Avec des rêves d'exil et d'horizons nouveaux...
Sous des astres et des ciels inconnus...
Ce que – à chaque mort – nous redécouvrons...
Rien ; sous l'ancien front...
Le délitement de toutes les installations...
La décomposition du provisoire ; s'entremêlant avec le reste et reformant d'étranges combinaisons...
Se parant pour la parade des initiés...
Surplombant (pour quelque temps) le sommeil des vivants...
Cherchant un nouveau lieu ; un nouveau déguisement ; une raison de s'affranchir des vieilles terres et de recommencer...
Par-dessus tous les ciels et toutes les murailles...
La nuit comme inversée...
Tous les ancêtres visités...
Loin de la pierre ; et loin des malheurs...
Et se rapprochant (bien sûr) du mystère...
Au seuil de l'invisible...
En ce lieu énigmatique de la métamorphose...
Au cœur même de l'esprit...
Là où tout se transforme en sable...
Là où tout est sensibilité et poème...
Là où le chant remplace le tumulte et les tourments...
Là où nous sommes ; exactement...
Les lèvres jointes sur la chair...
Retrouvant – peut-être – le plus sacré du monde...
Le séant sur la pierre...
Le visage face au vent...
Retrouvant l'équilibre et le balancement naturels...
Quelque chose comme des éclats de silence et de lumière...
Le feu de l'âme et du sang ; se rejoignant...
Ensoleillant les yeux et la chair...
Rappelant la présence du Divin aux vivants...
Abandonné(e) – peu à peu – le cœur muraillé – l'ancienne demeure du sang...
Centre – à son insu – de manœuvres nocturnes...
Offert au monde (selon d'ancestrales coutumes)...
Carrefour de la vie – des malheurs et du secret...
Et point de ralliement pour ce qui commence et ce qui finit...
Lieu du nombre et du ciel – à présent...
Lieu du devenir et des temps anciens...
Quelque part ; au-dessus de l'éblouissement...
Là où les âmes se réunissent...
Sur ces hauteurs retirées...
Loin des brimades et des grimaces...
Sensibles (encore sensibles) aux ressemblances...
Sortant de leur boîte caverneuse...
D'un pas fébrile ou mécanique...
Allant un peu partout ; s'éparpillant sur tous les versants...
Pour se répandre en murmure et en mémoire...
A la verticale du jour...
Comme si la chair (l'ancienne chair) était célébrée...
Habillé(s) d'âme et de lumière...
Sous un épais manteau de silence...
Déambulant – un par un – dans le passage...
Le sourire posé sur les rouages du mystère...
L’œil déjà ailleurs...
Le cœur confiant...
A monter ou à descendre le long de l'interminable procession...
Loin du monde ; et loin des songes – des vivants...
Vers un autre rêve – sans doute...
Sans se souvenir...
Imaginant seulement d'autres rives et d'autres chemins...
Sous le vent féroce...
A l'intersection de tous les cercles...
Laissant les possibles (tous les possibles) se dessiner...
Après la mort...
Dans toutes les mémoires...
Le cœur déjà tourné vers l'Absolu...
Au milieu des solitudes entassées...
Par-dessus les cendres ; et par-dessus les tombeaux...
Dans l'accomplissement des dernières volontés...
Vers le retour...
Le front (tous les fronts) renversé(s)...
Au milieu des obstacles et des courants contradictoires...
Au bord de tous les abîmes...
Sur le fil suspendu...
Entre l'innocence et la lumière...
Laissant tous les lieux défiler...
Et l'itinéraire s'esquisser – d'un seul trait – jusqu'au seuil du recommencement...
Moitié au-dehors ; moitié au-dedans...
Le cœur atteint...
Sur la peau millénaire...
Sous la haute toiture du monde...
Prêt à se déployer...
Au milieu des esprits et des ombres...
Achevant de traverser la nuit...
Et encore en dehors de la vie...
Sur cet étrange chemin d'os – de neige et de rosée...
A l'ombre de l'Amour qui veille au parfait prolongement des destinées...
Et cette parole (cette modeste parole) prononcée pour les âmes (toutes les âmes) qui peuplent le monde et qui ont quitté la pierre...
A travers le sort commun...
Entre la providence et l'infortune...
Défiant le hasard et les nécessités...
Redressant – peu à peu – leur figure éteinte – leur visage de poussière...
Sur le chemin de l'après ; en dépit de la tristesse des vivants...
Prêt(e)(s) à transformer ce qui apparaît en piste et en possibilité...
*
Écartées les ombres du recours...
Au cœur des songes – des dormeurs et des vents...
Le secret collé contre le visage...
Sautant de pierre en pierre ; de rire en rire...
Aux lisières de l'enfance...
La lumière ; comme une pluie d'été...
Ruisselant sous les paupières confiantes...
En dépit de l'adversité du monde...
En dépit de l'hostilité des circonstances...
Le labeur (incessant – harassant) de l'âme sur la terre...
Au milieu des ombres...
Avec une minuscule fenêtre posée sur les épaules...
Manière d'aller ; et d'avancer dans le passage ; et de frôler les plus hautes étoiles – quelques fois...
Blotties contre le front...
Essayant de découvrir le territoire de l'enfance...
Sans jamais s'inquiéter du défilement des saisons ; sans jamais s'encombrer du temps des âges...
L’œil jeté par-dessus le ciel...
En des lieux lointains ; presque inimaginables ; presque une prouesse...
Par-delà la nuit déguisée en gouffre...
Un doigt sur les lèvres pour suspendre la surprise ; et conserver le silence...
Manière – peut-être – de quitter le monde ; d'enjamber la mort ; d'échapper à leur lois scélérates ; de toucher au plus sacré ; de revenir en un lieu que nous n'avons jamais réellement quitté...
A se frotter à tous les sentiers...
Jusqu'à effilocher l'étoffe ; jusqu'à déchirer la peau...
Envoûté par l'au-delà du monde et de la langue...
Prêt à survoler les plaintes et les ventres affamés ; à succomber à tous les enivrements ; à se mettre au service des circonstances...
*
Les mains tendues...
Au-delà des couleurs ; au-delà du sommeil...
A travers un champ de fenêtres et de rêves...
Au milieu de tant d'obstacles ; de tant d'impossibilités...
Le ciel – pourtant – peu à peu – s'élargissant...
Devant l'âme frémissante...
Comme si s'initiait – à présent – le temps du plus vaste...
Sur cette sente resserrée...
Sans rien porter...
Sinon ce sourire face à l'immensité...
Remontant sans frémir toute l'étendue...
A petits pas...
Longeant l'horreur et le merveilleux...
Drapé de lumière et de temps...
Abandonnant au monde l'espoir et les cris...
A l'orée de la joie...
Devinant au loin le chant de la liberté et de l'oubli...
Sans personne...
Au-dessus des échos mensongers...
Sans même jeter un œil aux spectacles du monde...
Abandonnant le savoir et le temps...
Essayant de s'immoler par le regard ; de fusionner avec l'épaisseur et le vent ; de pénétrer l'écoute et la légèreté...
Dans l'espoir de rejoindre ce qui vient après l'espérance...
Jour après jour...
A travers l'après-vie qui – peu à peu – se déroule...
A travers la mémoire et les noms qui – peu à peu – s'effacent...
Fidèle au cœur qui murmure...
Porté vers le secret et la lumière...
Traversant tous les labyrinthes...
Sans crainte des détours et des sortilèges...
Affrontant les vagues – l'écume et les courants...
Défiant les déferlantes et les profondeurs...
L'âme détachée du monde...
Sans jamais s'écarter ni du ciel ; ni du chemin...
Au cœur de l'étendue...
Au-delà du dédale ; des routes ; des stèles et des charniers...
Au-delà même de ce qui survit au passage des hommes et de la mort...
A pieds joints sur ce qui nous empale et nous emporte...
Laissant Dieu – et son mystérieux sourire – envahir le fond du cœur...
Comme un étrange (et savoureux) bras d'honneur aux impératifs du destin...
*
Au plus fort de la tendresse...
Cette danse avec la chair et la mort...
Qui semble aussi insensée que le sacrifice et le sang versé...
Sans trahison – pourtant...
Fidèle à l’œil qui voit ; au cœur qui sait...
La caresse de l'éternité sur ces amas d'os et de cendres...
Quelque chose d'apaisé entre les lèvres – entre les mains – entre les bras...
Le goût de l'étreinte ; en plus de la lumière qui guide les gestes et les pas...
A veiller si près du cercle des secrets...
L'âme plongée au cœur de la matière...
Et la matière plongée au fond de l'âme...
Inséparables (parfaitement inséparables) – en vérité...
Autant que le cœur et l'infini...
Au cœur du mystère...
Des alliances et des emboîtements...
Du silence et de la cécité...
Tout un réseau de signes et d'échos...
Un jeu de miroirs où se reflètent les songes éparpillés...
Et Dieu – sans doute – à travers la transparence des assemblages...
[De toute évidence – toujours à nos côtés...]
Échappant aux pièges du monde et du langage...
Refusant la ruse et l'abstraction...
L'esprit libre de la chair se réveillant – peu à peu – de son long sommeil...
En dépit des apparences...
En dépit de ce que l'on croit...
En dépit de ce que l'on nous dit...
Ce que les morts murmurent à l'oreille des vivants ; assez incompréhensible – la plupart du temps...
*
L'ancien temps...
Au cœur même de la moelle...
Dans le recoin le plus reculé du cœur...
A travers le défilé apparent des jours...
Là où s'initient le recommencement et la possibilité du franchissement...
[Le lieu que le poème parvient parfois à approcher...]
Là où tout voyage...
Là où tout s'intériorise...
Là où l'âme devient l'hôte ordinaire de l'esprit et du monde...
Au-delà du rêve et du langage des hommes...
La tête suspendue à la possibilité d'un Dieu...
Et allant ainsi – hésitant – sans savoir – jusqu'au dernier souffle...
Réduit à cette lumière au fond de l’œil ; à ce feu indéchiffrable...
Retranché dans ce coin du monde où la sensibilité et le sauvage sont célébrés ; où l'arbre est l'égal de l'homme ; où la bête est respectée ; où la pierre ne sert qu'à contempler...
A l'écoute des murmures de la matière vivante...
Entre le souffle et le cri...
Quelque chose des lieux et du secret...
Quelque chose de l'écume et de la trame...
Au-delà de la douleur et du vertige...
Ce qui s'étonne – peut-être – de cette éternité plongée au cœur de l'éphémère...
Au fil des apparitions...
L'aube – la cage et la possibilité...
Hors de la perception des vivants...
La présence (à la fois) puissante et ténue de ceux qui ne respirent plus...
Au cœur de ce qui libère et de ce qui assiège...
Comme acculé(s) dans ce recoin de l'espace où ne subsiste que l'essentiel – le noyau insécable...
Et poussé(s) – pourtant – à rejoindre le ciel en dépit des obstacles ; à trouver un passage en dépit de l’extrême instabilité de l'esprit...
Échappant (très provisoirement) aux jeux du monde et au joug de la mort auxquels est soumis ce qui passe (tout ce qui passe) entre le sol et le ciel...
*
Derrière le plus étrange – parfois – le plus familier...
Au croisement du dehors et des profondeurs...
L'intime réapparaissant...
Comme un soleil dans la pénombre ordinaire...
Rien de l'assise ; rien de la certitude...
Comme du vent ; la vérité...
Au fond du cœur ; le vide autant que l'évidence...
Plongé dans cet étrange corps à corps entre ce qui façonne les chemins – les frontières et les territoires et ce qui les anéantit...
Sur l'horizon désert...
Le cœur audacieux...
Qui ose renverser les perspectives ancestrales...
Qui ose faire tourner la roue à l'envers...
Qui ose inventer de nouveaux horizons...
Qui engage la solitude du regard...
Et qui peut mener au-delà du monde ; au-delà même de l'homme...
Tout dans le cœur ; réuni...
Sans jamais rechigner...
L'esprit tenace...
Face à la nuit dressée comme un rempart...
Vers l'autre versant du monde ; la part silencieuse de l'âme ; le lieu du secret...
Sans autre élan que celui de l'origine...
A explorer toutes les terres inconnues du monde – du langage – du mystère...
Traversant – pas à pas – tous les espaces offerts à la curiosité...
*
Le regard posé sur ce qui viendra après le sang...
De la même couleur que le jour ; celui qui traverse la nuit au bras de l'Amour [insoucieux du monde et si sensible à la lumière]...
Au milieu de toutes ces âmes sans royaume...
Aux gestes si prévisibles...
Et que les vents inquiètent...
Lorsqu'ils soufflent sur leur horizon...
Vivre à la manière du cœur qui bat...
Aussi sensible à la douleur qu'à la joie...
Les yeux (et une partie de l'âme) encore enfouis au fond du sommeil...
Toujours à la merci de quelques rêves et de quelques tourments passés...
Plongé(s) dans la machinerie nocturne ; cette mécanique de l'absence...
Entre une main tendue et un bâillement...
Au seuil (assez indécis) du vivre prochain...
Comme soustraite au temps...
La seule consolation...
Sans même le savoir...
Sous la plus discrète des constellations...
Dans la main d'un géant devenu soleil...
Comme un souffle accroché à la chevelure des Dieux...
Flottant au vent...
Se gonflant et se rétractant...
A la manière d'une respiration ; parfois celle du ciel ; parfois celle du monde...
Témoignant de toutes les forces et de toutes les présences qui l'animent (sans en omettre une seule)...
*
Passeur(s) de temps ; traversant (aussi) l'espace (une partie de l'espace) – abandonnant les visages connus et les expériences traversées ; les souvenirs – toutes les circonstances passées pour redevenir le-les jouet-s docile-s du vent – la-les marionnette-s innocente-s de l'existence qui pourra-pourront (de nouveau) acquiescer à tous les jeux du monde...
L'âme vagabonde...
Dans cet entre-deux sacré...
Tournoyant dans toutes les farandoles...
Guidée par les instincts et les aspirations...
Survolant tous les paysages en quête d'un nouveau chemin – d'un nouveau visage...
Un reflet de lune dans l’œil ; manière d'offrir un peu de rêve et de légèreté à la perspective et à la matière...
Le cœur encore ruisselant...
Laissant l'infini se déverser au-dehors...
Se mêler à toutes les farces et à tous les drames...
Au fond de l'âme ; ce qui s'initie ; ce qui (peu à peu) se façonne – comme un passage pour le recommencement – capable de laisser passer assez d'ardeur et de lumière...
Entre l’œil et l'ombre...
Se laissant traverser par tous les possibles...
Disparaissant – peu à peu – des rêves et du monde...
Laissant émerger ce qui se cache derrière le chagrin...
Notre vrai visage ; sous le masque du vivant...
*
Droit et dressé...
Courageux...
Porté à l'oubli...
Le cœur innocent...
Comme la fleur sur la pierre...
D'herbe et de nuit...
D'étoiles et de sang...
Cette longue cape sur l'échine des âmes endormies...
Attendant le jour...
Rêvant et se jouant du monde en secret...
Au milieu des nuages...
Le cœur partagé (encore partagé) entre le chagrin et la lumière...
Au-dessus des mondes ; au-dessus des cercles des vivants...
Sous les auspices du ciel...
Se laissant guider par les vents – les rêves et la rosée...
Prêt(s) à s'offrir ; prêt(s) à succomber – aux plus impératives nécessités...