Carnet n°311 Allant sans savoir
Septembre 2024
L'invisible et la lumière...
La beauté de la terre...
Et la justesse du silence...
Tout est là ; donné instantanément...
Face au monde ; sans trembler ; sans rien dire ; sans s'émerveiller...
Ce qui fait – peut-être ; ce qui fait – sans doute – de nous des créatures infirmes...
A travers la liberté de la langue...
L'expression du poète...
Dans son atelier ; sa forge ; sa fosse d'effacement...
A marteler les mots sur l'enclume...
Sous la direction (attentive) de l'âme – de l’œil et de l'oreille...
Sans la nécessité de l'homme...
Encore au cœur de la rupture et de l'inachèvement...
*
A travers tant de bonheur et de beauté...
De si fantastiques naufrages...
L’œil rivé sur le seul horizon possible (la seule perspective envisageable)...
L'air presque détaché devant la perte à venir ; et la fin (apparente) du voyage...
Ne pouvant croire (un seul instant) que le périple pourrait s'achever dans ce ridicule et cette dérision...
Au-delà de ce destin si funeste (et un rien tragique peut-être)...
Ayant la sagesse d'imaginer d'autres mondes – d'autres sentes – d'autres célébrations...
Si sincèrement engagé...
Un peu de jour à la ceinture...
Au-dessus des jeux (et des joutes) dérisoires...
(Peut-être) vers le plus haut lieu sans prophète...
L'âme coiffée d'une indiscutable clarté...
Le cœur et le geste parfaitement alignés ; entre la pierre et l'étoile...
Là où les noces se célèbrent...
Qu'importe ce qui s'unit ; l'âme – la vie – la mort – le monde – le regard – le cœur – la chair...
Sous la lumière ; tout tourbillonne et se confond...
Expressions(s) seulement du même mystère...
D'heure en heure...
Alors que les pierres s'érodent...
Millénaire après millénaire...
Comme coincé(s) entre hier et aujourd'hui ; entre aujourd'hui et demain ; entre les souvenirs et la prière...
Entremêlé(s) pourtant (d'une incroyable manière) aux os et à la poussière ; à tous ces restes de monde et de morts...
Dans l'évidence d'une chute et d'un ciel ; simultanément...
Perpétuellement parcouru par le temps et la lumière...
Planant ; flottant – rêvant peut-être...
*
Comme tant de choses ici-bas..
Posés là (assez) tristement...
Avec cette ardeur sans âme...
Abandonnés à leur funeste destin...
Sous un ciel (à leurs yeux) sans substance...
Ici-même...
Sans rien reconnaître du monde et des visages...
Le chagrin parfaitement intact...
Le destin sans la moindre nécessité...
A s'affairer partout et à amasser mille choses sans intérêt...
Le livre ouvert...
Le monde offert...
Obscurément d'abord...
Avant que naisse le chemin vers la lumière...
Un long périple au-dedans du regard...
A travers la parole errante et le cœur (si viscéralement) vagabond...
Le labeur (l'incroyable labeur) de l'âme...
Ce qu'il (nous) faut creuser pour aménager un modeste (un très modeste) passage...
Implacablement; la voix qui s'élève...
Comme un souffle des profondeurs...
La voix d'un géant trop longtemps oubliée – peut-être...
Enfouie sous les figures hilares et les jeux futiles...
Et planant – à présent – invisible et puissante – au-dessus du monde...
Le Divin...
Au milieu des ombres...
Éternellement ; naturellement ; instantanément...
Dévoué autant à ce qui l'ignore qu'à ce qui l'honore...
Une main portant chaque vie...
Soutenant le cœur dans ses épreuves...
Encourageant l'âme et réconfortant la chair meurtrie...
Comme un peu de ciel (insuffisamment sans doute) offert à ce qui se sent un peu à l'étroit dans sa gangue de terre...
*
Immobile...
Dans la légèreté de l'air...
Comme si quelque chose s'était tu...
Comme si le lointain (le plus lointain) s'était rapproché...
A la manière d'une apparition...
A la manière d'une délivrance...
Sans crier gare...
Sans tambour ni trompette...
Sans applaudissement...
Comme un présent anonyme et silencieux...
Dans l’œil ; le détachement des reflets...
Sans que la beauté du monde ne soit arrachée (bien au contraire)...
L’œil affranchi des apparences...
Comme si l'essence, à présent, brillait au fond de la chair ; traversait la peau ; resplendissait partout...
Ce qu'est Dieu pour l'homme...
Et ce qu'est l'homme pour Dieu...
Se célébrant (ensemble) lors de festivités solitaires et silencieuses...
Les battements du cœur et la respiration des étoiles (presque) parfaitement synchronisés...
Dans un hymne à l'universel et à la singularité...
Enchevêtrant (ne cessant d'enchevêtrer) l'infime et l'infini ; et toutes leurs perspectives...
Sous la fièvre apparente ; l'espace et le silence – la parfaite tranquillité...
Le temps déraciné...
Comme au commencement du monde...
Au cœur d'une d'aube lumineuse ; rêvée peut-être...
L'âme – dans ses profondeurs ; comme plongée au fond de la chair vivante...
Acquiesçant à tous les désirs...
Prête à tout expérimenter ; à tout découvrir ; à s'abandonner à toutes les aventures...
*
Écorché parfois par le jour ; parfois par la pierre...
Vivant sans certitude (sans la moindre certitude)...
Allant sans savoir...
Les yeux presque fermés...
Explorant toutes les rives du monde...
Laissant les visages apparaître et disparaître...
S'abandonnant au bleu et au noir du ciel et de la sente...
S'en remettant tantôt à la lumière ; tantôt à l'obscurité...
Confiant en la source des couleurs et des chemins...
Se fiant aux nécessités de l'âme et du voyage...
Le cœur empli (presque toujours) d'une immense gratitude...
De lieu en lieu ; jusqu'au vertige...
L'âme et la chair pétries ; comme une argile encore trop brute ; comme une terre encore trop grossière...
Malaxées – pourtant – par la lumière...
Par les mains de Dieu...
Dans l'atelier du monde...
Depuis la nuit des temps...
De temps en temps ; égaré entre l'éclipse et l'apparition...
Là où s'approfondissent les nécessités ; là où se creuse l'absence indispensable...
A travers le souffle qui traverse l'espace...
La vie – l'âme – le monde...
A chaque instant...
Ce qui meurt ; et ce qui renaît – et recommence – dans tous les tréfonds...
Le geste bleu...
Qui accueille ce qui s'avance...
Auréolé d'une lumière peu commune...
Habité (simultanément) par le souffle et le silence...
Offrant à l'âme le vertige et la joie...
Et à ce qui passe un peu d'apaisement...
Et capable – bien sûr – de contenter la faim (assez durablement)...
Face à l'abîme ; toutes les solitudes du monde...
*
Au commencement de la lumière...
Le regard exhumé...
Arraché à la terre...
Rendu à l'espace...
Offert aux vivants...
Comme plongé(s) au cœur de la tendresse et de la barbarie...
Avec, d'un côté de la balance, le poids de la rosée ; une seule goutte (infime – dérisoire)...
Et, de l'autre, l'épaisseur des âmes et la noirceur (toute la noirceur) du monde...
Et l'homme – en déséquilibre sur le fléau – oscillant sans cesse ; toujours (presque toujours) instable...
Fidèle (parfaitement fidèle) aux forces de la terre et du ciel...
Dans la braise (encore ardente) de la blessure...
Comme un frémissement ; le début d'une joie – peut-être...
Comme si quelque chose refusait de céder ; de s'abandonner (totalement) à la douleur...
Le poids de l'innocence empêchant – peut-être – une parfaite soumission au malheur...
Le cœur encore assez vaillant pour résister à l'infirmité et à l'anéantissement...
Sur le sol...
Le sceau et le sang des vivants...
Le monde et le temps...
Enlacés (sans même le savoir)...
Tiraillés (encore tiraillés) par le froid et la faim...
Condamnés (toujours condamnés) à la peur et à l'espoir...
Bannis de tous les autres royaumes...
En dépit du ciel au-dessus des têtes...
Sous le ciel maussade...
Jour et nuit ; entre les mains du monde...
Alors que les miroirs invitent à toutes les chimères...
Alors que la fièvre plonge au fond des ténèbres ; condamne à errer (indéfiniment) au cœur de l'obscur...
Alors que partout le sommeil sévit...
Une émancipation (pourtant) reste possible...
A travers l'âme – le souffle – les fleurs – la neige – la poésie et le silence...
Le début d'un long voyage qui ne s'achèvera qu'avec l'évidence de la lumière...
*
Ce qui passe...
Dessinant des cercles et des sillons ; laissant des traces (quelques traces) – dans l'air et le vent...
Créant, à chaque passage, de dérisoires (et très éphémères) tourbillons...
Et s'imaginant léguer au monde un héritage ; quelque chose d'essentiel et de (très) précieux...
Se déguisant ; et croyant se métamorphoser...
Usant de ruses et de parures...
Les corps et les âmes...
De lieu en lieu...
Sans jamais rencontrer personne ; sans jamais arriver nulle part...
Sans même avoir le goût du voyage et de l'errance...
S'abîmant ; et répandant leurs substances...
S'abandonnant (simplement) aux circonstances...
Personne ; face au miroir sans reflet ; comme si l'on appartenait déjà à l'invisible...
Ainsi ; les yeux ouverts (grands ouverts)...
Devant le jaillissement du plus inouï...
A travers l'immonde et l'inaudible (et bien pire quelques fois)...
Escaladant et dévalant toutes les pentes du monde...
Traversant tous les territoires du jeu et du sommeil...
Anéantissant toutes les fictions et toutes les pensées...
Transformant les ombres en feu ; et les cendres en terres nouvelles...
Transperçant l'épaisseur et l'obscurité...
Pour laisser (enfin) apparaître d'autres mondes ; d'autres manières d'être vivant ; une multitude de réalités enchevêtrées...
La main haute ; portant le monde et la lumière...
Et les jetant dans les paumes du ciel...
Abandonnant les ombres et les frontières...
Révélant l'espace nu et l'innocence ; et les laissant se déployer librement...
*
Furieusement dégradés...
Les reflets du monde...
Comme dissous par la lumière...
Et dans le cœur...
La parole brûlante...
Si près du silence qu'elle pourrait faire éclater la langue ; pulvériser l'idée de la terre et du ciel – pour repeindre en bleu tout ce qu'elle a enflammé...
Aux dernières extrémités de l'ombre...
L'humanité aux yeux fermés...
La folie du monde ; ses danses bruyantes et ses tourbillons mal inspirés...
La course destructrice du temps...
Et le poème plus lourd que le vent...
Les yeux déchirés...
Le front obscurci...
L'âme écrasée...
Par toutes ces bouches pleines de rires et de mots ; pleines de chair et de sang...
Le cœur bâillonné...
La sagesse empêchée...
Rien pour conjurer le malheur ; pas même la possibilité du silence...
En soi ; cette veille si longue...
La tête un peu étonnée ; un peu étourdie – par ces danses (toutes ces danses) étranges autour d'elle...
Du fond de la nuit jusqu'au plus haut vertige...
Avant que n'apparaisse la lumière...
Le corps percé d'épines...
Et le cœur obstiné qui s'insurge au lieu d'éponger le sang ; au lieu de laisser l'âme se transformer en main ouverte – dévouée – fidèle – obéissante – amoureuse...
*
Le cœur bleui...
Par la proximité des arbres et de la lumière...
Comme si le ciel déversait (une partie de) son encre sur le monde...
Faisant surgir (à son insu) une fenêtre trop longtemps négligée par les créatures terrestres...
Offrant un peu de réel et de clarté à ce qui ressemble à un rêve ; à cette abominable (et terrifiante) obscurité...
Paresseusement agrippé(s) à l'ombre et à la roche...
Au lieu de célébrer la neige et le feu ; le vent et la lumière...
La nuit si obstinément...
Comme si elle était, pour le monde, le seul destin possible...
Depuis des millions d'années...
Comme si le ciel n'était qu'un décor et l'âme une entité imaginaire...
Une simple (et très maladroite) manière – peut-être – de traverser l'existence...
A cœur et à ciel ouverts...
Là où tout s'invite ; là où tout ruisselle...
Là où tout est verbe et monde...
Là où la grâce fleurit (jusqu'au fond même des plus infâmes tourbillons)...
Là où tout s'éclaire...
A travers le scintillement (magique et, parfois, trompeur) des reflets...
Archipel de bouches et de mains...
Posées là sans espérance...
Sans rien expérimenter sinon (bien sûr) le manque – la faim – la misère et la mendicité...
Et le cœur ; et la chair ; et l'esprit – qui, partout, cherchent – se querellent – s'épuisent...
Comme des insectes autour d'un réverbère...
Au cœur d'un cortège irréel...
Au-dessus des pièges tendus...
Au fond de la faille qui traverse la matière et les noms ; à la manière d'un étroit corridor qui débouche sur l'espace et le silence...
*
Sans rien peser ; l'âme – la vie – le monde – le cœur et le temps...
Et ce qui monte (ce qui semble monter) de la terre...
Et ce qui descend (ce qui semble descendre) du ciel...
Et ce qui se rencontre, parfois, à mi-chemin...
Ce dont la lumière et la mort sont – tous les jours – les silencieux témoins...
Sous les yeux de l'invisible...
Ce qui est...
Et ce qui passe...
Alors que tout s'éloigne – nous quitte – disparaît...
Alors que tout s'efface...
Un jour ; tout réapparaît – revient – nous rejoint – d'une autre manière...
Comme si rien – ni personne – ne pouvait être écarté...
Alors que le monde et les âmes on toujours été condamnés au désordre – au vacarme – aux tourments comment pourraient-ils espérer, un jour, trouver la joie – la paix et le silence...
Corps et âme jetés au monde ; offerts aux caprices de l'esprit...
Ce qui nous happe ; instantanément...
Sans pouvoir y échapper...
Jouets de l'existence et de l'imaginaire (les plus débridés – quelques fois)...
Comme si la plus épouvantable réalité pouvait être précipitée au fond du cœur ; au fond de la chair ; au fond des yeux...
Dans la tourmente...
Le cœur épouvanté...
La blessure et le secret – mâtinés de ciel et de monde – plongés au fond de l'âme...
Comment s'étonner dès lors que l’esprit (humain) ait tant de peine à échapper à l'inquiétude et à la douleur ; et qu'il éprouve toutes les difficultés du monde à déchiffrer le mystère...
Condamné(s) à l'éternel recommencement du monde et du temps...
Rien qu'un cœur et un monde habités ; la seule (notre seule) réalité – peut-être...
*
Sur l'autel d'un autre monde...
Hissé(s) avec toutes nos potentialités...
Et ce que nous n'avons pas réussi à conserver intact abandonné – avec nos pourritures et nos infirmités – sur ces rives peuplées de fronts insensés...
Ici ; au cœur même de l'aveuglement...
Parfois – un miracle...
Une transformation silencieuse...
Ce que l'on arrache à la consistance (apparente)...
Ce que l'on offre à l'étreinte et à la lumière...
Avec ce merveilleux parfum de liberté qui flotte au fond de l'âme...
Comme une aube – éternellement – martelée par le passage du temps...
Sur ces terres vierges de traces...
L'âme dans son sanctuaire...
Et le corps dans son abri de fortune...
Et les pas qui glissent entre l'invisible et le monde...
Renversés ; la tête taciturne et l'effroi...
Abandonnés au rêve et au sommeil d'autrefois...
Heureux – à présent – de chaque heure nouvelle ; et de ce qui, sans cesse, surgit comme un privilège – une chance – une bénédiction...
Livré (inlassablement) aux changements et aux métamorphoses...
Minuscule ; si dérisoire...
Au cœur de ce monde...
Parmi toutes ces figures et toutes ces œuvres...
Ce qui ne pourrait – pourtant – ni se vivre ; ni s’exprimer – d'une autre manière...
Si haut que tout a été exclu ; que tout a été condamné à arpenter les bas-fonds et à fantasmer sur l'envol (et la réintégration)...
*
Circulairement...
Ce qui revient et recommence...
Ce qui – inlassablement – se répète...
Les mondes et les existences ; les histoires et les destins...
Et ce qui échappe aux règles (ce qui a toujours échappé aux règles)...
Sans la moindre tergiversation ; sans le moindre bégaiement...
La source ; sous les paupières closes ; dans la tête qui s'obstine ; dans la main qui s'acharne ; comme au fond du cœur qui sait – qui sent – qui s'offre...
Au-delà du bavardage ; la parole...
Au-delà de la parole ; le verbe...
Au-delà du verbe ; le silence...
Ce que parvient – parfois – à refléter le poème ; lorsque le feutre et la feuille s'abandonnent à l'écoute ; lorsque ce qui advient n'a plus même le désir – cette ambition un peu folle – ni de s'exprimer ; ni d'être entendu...
Ici ; si discrètement...
Inconnu(s)...
Le cœur encore imparfaitement dévoilé...
Si dépourvu(s)...
Face à l'Amour comme face à la mort...
Indigène(s) – pourtant – depuis des millénaires...
A languir au fond de ce passage qui s'éternise...
Entre la pénombre et la lumière...
Entre l'infini et la poussière...
Apprenant (peu à peu) à se faire l'indispensable passerelle...
Des amoncellements d'ombres et de morts...
Sous les yeux (fermés) des assassins...
Le cœur des bêtes – encore palpitant – jeté en tas pour apaiser la faim de chair et de sang...
Sans jamais enfreindre (bien sûr) la loi des hommes...
Mais piétinant (de la plus affreuse manière) ce qui relève de l'Amour – de la tendresse – de la sensibilité...
*
Sous la cendre...
Comme au fond de la blessure – du gouffre – du cri...
Dans tous les recoins du monde – de la chair et de l'esprit...
Au cœur du vivant comme au cœur de la pierre...
Partout – en vérité...
La même lumière...
Là où ça vibre ; quelque chose (toujours) rayonne...
Et l'âme – lorsqu'elle devient sensible – se fait caisse de résonance ; le lieu de la plus haute intimité avec le monde – les visages et les choses...
Qu'importe ce qu'il y a devant soi ; et la manière dont on est accueilli...
Transpercé ; pénétré ; traversé...
Et ce qu'il reste...
Ce rayonnement ; cette vibration ; cette (incroyable) résonance...
Puis tout s'éteint ; se vide ; et recommence...
Avec soi...
Aussi profondément que possible...
Inspiré – et pénétré – par l'invisible...
Encore entaché, parfois, par quelques (vieux) restes de monde et de temps...
L'âme (presque) affranchie – pourtant...
S'abandonnant indifféremment à tout ce qui nous traverse ; des remous – du ressac – des courants...
Entre la surface et les profondeurs ; entre la terre et le ciel...
Ouvert aux changements et aux métamorphoses ; et (même – bien sûr) aux transfigurations...
Porté par le monde ; la matière du monde ; et l'ardeur du reste...
Sans rien penser...
Sans rien savoir...
Et devinant (pourtant) quelques fois...
Mais préférant s'offrir – innocemment – aux délices et aux épines du voyage (en effleurant, parfois, le pire)...
Laissant tout arriver ; laissant tout passer ; laissant tout devenir ; laissant tout s'effacer...
*
Offert(s) aux vents ; aux mondes ; aux siècles – que l'on expérimente jusqu'à l'ivresse...
Sur le versant secret du jour...
Au milieu des ombres – des désirs et des interdits...
Entre la chambre et la chute...
Entre le soleil et le monde...
Entre le vide et le bruit...
Les yeux à peine ouverts...
Nous approchant (peu à peu) de l'invisible pressenti (depuis toujours) par le cœur...
*
Enchaîné(s) à l'impensable...
Comme un fil emmêlé à tous les autres fils de la trame ; à l'écheveau vivant et infini – sujet à tous les élans et à toutes les transformations...
Parfaitement indestructible...
Alors que les nœuds, ici et là, se font et se défont – en quelques instants – apparaissant et disparaissant les uns après les autres – indéfiniment...
Comme le jeu – et la respiration – du maillage ; se développant – se sabordant – se reconquérant ; se réinventant toujours...
Sachant convertir, de manière continue, son unicité en pluralité – en profusion – en exubérance ; créant toutes les combinaisons imaginables pour goûter, à travers elles, l'infinie diversité des états – des mondes – des possibles...
Entouré(s) par la nuit immense...
Au milieu des créatures et des choses ; au milieu des mouvements et des bruits...
D'instant en instant ; de toute éternité...
Ce qui demeure ; ce qui apparaît ; ce qui s'éteint...
Sans jamais réussir à percer le mystère (que nous sommes – que nous portons – qui nous entoure)...
La main tendue...
Le cœur déployé...
Face à l'invisible...
Si loin des hommes et des astres...
Sous l’œil indifférent de l'Absolu qui se moque bien de nos larmes et de nos prières...
Qu'importe l'état de l'âme et de la chair...
Ce qui compte ; la proximité de l'Amour et de la lumière...
La joie du cœur capable de convertir le monde et la mort en lieux de tendresse et de paix...
*
Face au monde...
L’œil vierge...
Sans rite ; sans flèche ; sans manuel...
L'âme sensible ; prête à se laisser traverser...
Le cœur qui sent et reconnaît...
Ce qui existe depuis toujours...
Le seul visage au-dedans de tous les autres...
Ce qui se tient immobile parmi les reflets dansants...
Dans l’œil et le langage…
La pierre et le tourbillon...
Le vide et la loi des hommes...
L'ombre et le chant...
L'infini et le sommeil...
Ce que nous séparons ; et qui, en réalité, ne peut être dissocié...
Comme un entrelacs de tuyauterie (visible et invisible) qui relie les corps et les âmes ; dans lesquels circulent le même air ; la même terre ; la même eau ; le même feu ; mille courants – mille combinaisons – mille possibles...
Sans rien être...
Le poids du monde et des noms qui s'allège...
Comme la réminiscence de la première constellation...
Et un retour à l'enfance des origines...
Ce qui précéda les mythes et les civilisations...
Le plus intime ; sans doute...
Cet œil sensible – perpétuel – inamovible – qui traverse le temps...
A l'intérieur...
Capable de refléter tous les degrés de la lumière...
Et qui donne à la matière ce large éventail entre la transparence et l'opacité...
Des taches d'encre disséminées ici et là...
Tantôt prolongement du silence ; tantôt prolongement de la nuit...
Selon l'origine de la parole ; et la profondeur (et l'envergure) de ce qui la reçoit...
L'âme et le feutre – toujours aussi libres ; imprévisibles ; souverains...
Abandonnant quelques traces dérisoires – changeantes et bariolées – sur le modeste carré de la page...
*
A la pointe de l'âme ; la lumière du monde...
Ce qu'offre la main ouverte ; et le poème – quelques fois...
Dans l'immensité sauvage...
La chambre et le verbe...
La possibilité de la solitude et du ciel...
La grâce qui s'offre à celui qui s'est écarté du monde...
Dans les profondeurs de la traversée...
Des ailes et des petits pas...
L'exploration minutieuse et la fulgurance...
L’œil attentif à toutes les hauteurs...
Au carrefour de toutes les perspectives...
Qui offrent mille surprises et la possibilité de l'inconnu sur des terres mille fois arpentées...
Au fil des circonstances ; mille choses – mille possibles...
L'inclinaison de la pente – l'intensité du souffle – la justesse du geste...
L'envergure de l'accueil – le degré d'intimité avec le reste...
Ce qui (nous) sépare du silence et de l'effacement...
Tous les périples ; des plus ordinaires aux plus aventureux – des plus légers aux plus sérieux – des plus misérables aux plus joyeux...
Toujours seul ; à l’extrémité de soi...
Puis, tout bascule dans la plus complète confusion à travers cet incroyable brassage de formes – de textures – de couleurs ; ce qui pourrait ressembler (de près ou de loin) à une perpétuelle métamorphose ; à une hybridation extraordinairement changeante...
Un savoureux mélange qui relève (à la fois) de la dissolution et des retrouvailles (inespérées à bien des égards)...
Le voyage ; le chemin...
A travers tant de rêves – de douleurs – de visages...
A travers tant de paroles – de rencontres – de paysages...
Ce qui passe (en un éclair)...
Sous nos yeux ignorants...
Le dehors et le dedans ; comme deux mondes séparés et parallèles qui forment un étrange labyrinthe auquel il est (presque) impossible d'échapper ; mais que l'on peut apprendre à dissoudre par un long (et ardent) labeur de l'âme et de l'esprit...
*
Nu...
Sur l'étendue déserte...
Des tourbillons d'air sur la pierre...
Le souffle de la traversée...
D'ici à plus loin...
Et ainsi – toujours – de lieu en lieu...
Sans jamais vraiment se mouvoir – en réalité...
Ignorés (en ce monde) ; la joie – le silence – l'infini...
Cet étrange mélange d'air et de chute ; d'envol et de feu – combiné (aussi – bien sûr) avec quelque chose de l'ineffable...
Assez éloigné de l'idée du sacré à laquelle se réfèrent (si souvent) les hommes...
Et – pourtant – le plus précieux auquel on puisse accéder (sur cette terre)...
Le lieu au fond duquel tout s'initie ; tout s'accomplit ; tout se résorbe...
Le lieu au fond duquel tout renaît et recommence...
Sur le sol...
Sous le règne de l'ascendance bleue...
Au plus haut du creux ; sur ce tertre façonné par les millénaires ; un mât de cocagne...
Et hissé(es) au faîte de la hampe ; la possibilité (enfin visible) du ciel ; et mille manières d'y accéder pour donner aux rêves et au monde un peu de réalité...
Entouré par la nuit et le mutisme...
Alors que le vent – sans cesse – change de sillon ; bouleverse son itinéraire ; transforme son tracé...
Et rien (jamais rien) concernant l'altitude ; ni la hauteur du ciel...
Et rien (jamais rien) concernant les passerelles – les circonstances favorables – les possibilités de l'homme...
Seulement le bleu et les liens ; et ce qui se déroule sous l’œil indifférent...
Jusqu'à soi...
Et même un peu plus loin...
Et même au-delà...
Traversé(s) de bout en bout...
*
Ici ; comme là-bas ; comme partout ailleurs...
Ce qui passe ; et ce qui demeure...
Au cœur du vide – des tourbillons – des chimères...
Quelque chose du vent – du goût et de la perte...
Et mille inclinaisons possibles...
Ce qui pousse le corps – le cœur – la tête...
Sans jamais rien atteindre ; sans jamais rien franchir...
Ce qui aimerait s'interrompre ; et ce qui aimerait continuer...
Toujours sur la route...
Comme si nul n'était en mesure de décider...
Au niveau du front ; le désir – la brûlure – l'infirmité...
Ce qui nous empêche de voir ; et ce qui nous enjoint de franchir tous les obstacles...
Qu'importe la turbulence des jours...
Qu'importe ce qui peuple le monde...
Qu'importe les chemins (et les territoires à explorer)...
Ce qui soumet l'âme aux nécessités de l'existence ; et l'existence aux nécessités de l'âme...
Entre les mondes ; le vide et la voix...
La vie invisible...
Et cette oreille affranchie des fables...
Et cet œil affranchi du sommeil et du rêve...
Tous les interstices où se glisse (où peut se glisser) le jour...
Ce qui ne peut être effacé...
Ce que la nuit et la mort ne peuvent corrompre...
Et ce passage qui mène de l'autre côté de la douleur ; jusqu'à cette étrange étendue où ne règnent que le silence et la lumière...
L'âme offerte...
Le cœur ouvert...
L'esprit disponible...
Le corps dévoué...
A tout ce qui se présente...
A tout ce qui se croit perdu...
Instruments de cette compagnie sans limite ; capable de se partager en autant de parts que lui réclame le monde...
En soi ; l'épaisseur – peu à peu – creusée par l'inespéré ; qui, parfois, prend les traits du monde ; et qui, d'autres fois, demeure invisible et mystérieux...
*
Les récoltes du monde et de la route...
Fruits des yeux curieux et étonnés qui tombent dans l'escarcelle de l'âme...
A la source de ce qui sait se contenter...
Traversant ; et se laissant traverser...
De la pierre au ciel...
Le champ libre...
L'espace vide...
Sans que rien ne soit (jamais) séparé...
Le cœur libre ; le cœur prisonnier...
Le cœur joyeux ; le cœur dévasté...
Le cœur vaste ; le cœur étriqué...
Tantôt ombre ; tantôt lumière...
Tantôt bruit ; tantôt silence...
Tantôt insensible ; tantôt marqué au fer rouge...
Comme le reste ; n'échappant à rien – jouet de ce qui s'impose...
Le cœur sur la page ; aussi fragile que ce qui l'a déposé...
A travers cette encre rouge et brûlante...
Ces infimes taches de lumière jetées contre les murs ; et, quelques fois, sur les visages...
Ce à quoi on ne peut renoncer...
Le bleu…
Et ce qui circule au fond de la parole...
Comme un ciel au milieu du monde...
Et mille passages offerts aux vivants...
Vacillant...
Dans nos propres bras...
Fraction(s) du monde et de lumière...
Les mains jointes...
Alors que tout se retire...
Alors que tout est abandonné...
Comme une fleur...
Sous la neige...
Sous le ciel...
Sous le vent...
Offert à tous les yeux ; à toutes les bouches ; à toutes les mains...
Sachant vivre sans rien conserver (pour soi)...
*
La terre labourée...
L'écume explorée...
Les pierres retournées...
Et le ventre ; et la main ; et l'âme – toujours aussi vides...
Comme si l'on ne pouvait rien attraper...
Et le ciel ; encore loin d'être descendu...
L’œil ; englué dans sa fascination des reflets...
Entre l'ombre et le feu...
A regarder la lumière comme une étrangère – presque comme une intruse – tant le réel lui est peu familier...
A comparer les silhouettes dans la pénombre ou l'obscurité...
Sans jamais s'interroger sur la source de ce qui voit ; sans jamais reconnaître ce qui éclaire ce qui est vu...
Au milieu du jour – pourtant ; et les paupières apparemment ouvertes...
Le ciel sur la table...
Frère du reste...
La parole bleue ; univoque...
Sensible aux choses et aux âmes...
Comme si elles étaient nôtres...
Et comme si notre joie ne dépendait pas d'elles...
Nous-même(s) ; en plein cœur – en plein monde...
Le cœur fleuri...
Le cœur percé...
Qu'importe les grimaces et le gris des façades...
Qu'importe les tourments et la sensibilité des âmes...
Parvenu au faîte du corps ; à la lisière du ciel ; là où les frontières deviennent inutiles ; là où l'immobilité et le franchissement s'imbriquent – s'absorbent – se mélangent ; là où les lieux – les choses et les apparences n'ont plus d'importance ; là où tout se confond avec le mystère et la joie...
*
Peine perdue que d'essayer de fuir...
Au mieux ; quelques échappées dans l'imaginaire...
Comment ignorer que tout ramène à la nuit et à l'insignifiance...
Ce centre à partir duquel commence le voyage vers l'inséparabilité...
Le repos parfait...
Qui – toujours – succède au vent ; et qui le précède aussi – bien sûr...
Et nous ; adossé(s) à l'un et à l'autre ; brinquebalé(s) ici et là – au gré des reliefs – au gré des courants – entre la pénombre et la clarté – entre le noir et le soleil...
Sans rien retenir...
Tantôt dans la chambre ; tantôt sur la pierre...
A la fois près du ciel et des bas-fonds...
Allant sans certitude...
Poussé et emporté...
Tiré et repoussé...
L’œil tantôt derrière la vitre ; tantôt dans les ornières du chemin...
Au creux du verbe ; ce surcroît de silence...
Vraisemblablement ; au plus près de l'écoute...
Le plus familier à travers ce qui s'exprime...
La plus haute intimité (sans doute) à laquelle peuvent prétendre l'esprit et le mot...
Soumis encore au presque rien du monde...
La tête (toute) retournée...
Ensorcelée par l'idée du manque...
Condamné aux désirs et aux apparences...
Sans savoir que l'invisible et la matière se partagent de manière équitable (sans même le désirer ; sans même avoir besoin d'agir)...
D'une extrémité à l'autre...
Dans une longue glissade involontaire...
Au milieu des peurs et des assauts...
Au milieu des carences et des excès...
Des choses et d'autres...
Quelques gestes ; quelques pas ; quelques paroles...
Sans rien atteindre ; si ce n'est ce que l'on est déjà...
*
Le monde en face...
Et ce qui ne se voit pas...
A travers le souffle...
Transperçant toutes les épaisseurs...
Si près de la lumière...
Sur l'étendue...
Le vent et la rosée...
A même la terre...
Et le feu – si vivant – à l'intérieur...
Comme un ciel dans l'obscurité...
Parfois interstice ; parfois ouverture...
Le front effleuré...
L'âme (en partie) rendue à son territoire...
Et nous ; quoi que nous fassions – (toujours) entre la fortune et l'infirmité...
Exactement sous le pas ; le début et la fin du jour...
Et, au fond du cœur, le feu nécessaire pour traverser cette terre trop noire......
Au cœur de ce défilé d'ombres et de silhouettes...
Sans autre découverte que le dehors ; ce à quoi ressemble le monde...
Avec ses mouvements incessants – incompréhensibles – inexplicables...
Sur un sol qui semble si ancien...
Les pieds – et l'esprit – plus ou moins agiles...
L'âme plus ou moins présente ; plus ou moins déterminée ; plus ou moins encline à participer...
Et qu'il faut habiter sans relâche pour conserver l'équilibre – et qu'il faut sans cesse aligner sur les lois des contrées arpentées pour éviter que tout nous paraisse encore plus étranger...
La parole ; à sa place...
Comme le cœur et le corps...
Entre la boue et la lumière...
A la manière d'un murmure – d'un discret promontoire – posé sur la pierre ; à la périphérie de l'étendue...
Capable d'offrir à ce qui passe l'encouragement nécessaire pour poursuivre le périple jusqu'au fond du regard...
*
Au cœur même de la voix...
La terre et le ciel...
Le silence et le monde...
Ce qui ne peut ni s'éclipser ; ni être exclu...
Au plus proche du seuil...
Là où les yeux et le jour se confondent...
A vivre sans rien démêler...
Au-delà (bien au-delà) de l'ambition la plus démesurée...
Dans le retournement de l'horizon...
Et l'effacement de tous les attributs...
Condamné à l'usure ; à l'abandon ; à la clarté...
Et à ne plus pouvoir, un jour, distinguer le meilleur du pire...
La paroi des possibles repoussée jusqu'à l'infini...
L'âme et les pieds libres...
Comme l'esprit et la chair – affranchis depuis toujours...
Si haut ; dans la fumée...
L'incertitude du territoire et des pas...
Quelque chose qui est là – peut-être ; et qui n'en a pas l'air...
Si étranger à la volonté ; aux conventions ; à toute idée d'avenir et de conservation...
Qui se donne (tout entier) sans rien attendre ; sans rien demander...
Et qui n'est pas sans savoir (bien sûr) le temps (tout le temps) qu'il nous faudra pour le rejoindre...
Quelques fois ; l'esprit qui glisse vers le dehors et l'angoisse...
Comme si l'on rejoignait le monde et le temps...
Comme si l'on renonçait au ciel et à la lumière...
L'âme réduite à sa plus simple expression...
A (bonne) distance de la soif et de la pensée...
Mais – sans doute – pas au même endroit de la perspective...
Le sage et l'homme ordinaire...
*
Ce qui s'empare du cœur...
Comme des éclats de lumière...
L'âme tremblante...
Le ciel au fond de la chair – au fond du sang...
Le sang si proche du souffle ; la chair si proche du vent...
Le monde au-dedans...
L'étendue habitée...
Le plus haut degré d'intimité – peut-être – avec ce que nous offre l'existence terrestre...
Comme une étrange et (très) singulière poétique du vivant...
Ce contre quoi l'on bute...
Ce que l'on heurte (plus ou moins violemment)...
Quelque chose entre le rêve et la rosée...
Ce qui nous invite à regarder – et à toucher – le réel avec (un peu) plus d'attention et de poésie...
Une manière de déplacer l'âme vers la périphérie ; de décaler le centre ; de le rapprocher de ce que nous appelons le monde...
Ce qui nous éloigne – impitoyablement – de l'homme nous rapproche – indiscutablement – du monde ; du réel ignoré...
Indépendamment du dehors et des dispositions intérieures...
Retrouvant – peu à peu – le pays natal ; l’emplacement des origines ; le lieu que nous n'avons quitté qu'en apparence...
Le monde ; l'histoire ; ce que nous sommes...
Comme le ciel ; pervertis – falsifiés...
L'homme pris en flagrant délit de mensonge...
L'âme négligée ; au profit de l'esprit et de la chair invités à se soumettre à tous les délires...
Plongé(s) dans cette forme de propagande (et de récit)...
Sous le joug (terrifiant) du commerce et de l'idéologie...
Hissée jusqu'ici ; la parole vraie...
Ce qui émerge du cœur ; sans passer par la pensée ; sans être recomposé par la raison...
L'authentique et l'incontournable ; affranchis de toute forme de censure...
Simplement ; ce qui doit être dit...
*
Au dernier souffle ; le soleil...
Avant le plein silence...
Là où nous n'habiterons pas...
Au plus noir du monde...
Au plus froid de l'âme...
Partout où le cœur et la lumière ont été bannis...
Jusqu'à nous...
Le long labeur de l'effacement...
La figure – jamais bafouée ; ni par le monde ; ni par le vent...
Quelque chose au-dessus et au-dedans...
Et la même chose partout ailleurs...
Le regard ; le jour ; ce qui accueille sans volonté ; sans même le savoir...
L'espace se déguisant – se dissimulant – se révélant ; jouant avec lui-même...
Intervalle encore...
Interstice parfois...
Dans lesquels se jettent des signes incompréhensibles et des sons imprononçables...
De manière quotidienne...
Comme si une nouvelle langue tentait (peut-être en vain) de s'inventer...
Choses circulant...
Aux quatre coins du monde...
Aux quatre coins du temps...
Fractions perceptibles de l’innommable...
Obéissant à tous les impératifs...
Intensément provisoires...
Sautant ici et là...
Sans s'attarder...
S'invitant là où c'est possible...
Sans réelle volonté...
Prêt (toujours prêt) à découvrir de nouvelles contrées ou à retrouver des lieux déjà arpentés...
*
Plus loin que là où mène la route...
Plus haut que le ciel...
A l'exact emplacement du bleu et de la lumière...
En ce lieu où se rencontrent le jour et l'horizon...
Là où l'âme est parvenue à se glisser...
Entre l'air et le feu...
Dans ce recoin du monde (presque) oublié...
L'épaule contre la roche...
Le long de cette nuit sans allié...
Dans l'effleurement des herbes hautes...
De l'autre côté du monde...
Là où il n'y a qu'un seul cœur...
Un pied au-dehors...
Et l'autre à l'intérieur...
Le front ensoleillé...
A la frontière du monde...
Là où l'invisible commence à résonner...
Ici ; à nous soustraire...
Happé par cette faille étrange au fond de laquelle tout s'immobilise...
De plus en plus intensément...
Vers ce dénuement ; vers cet effacement...
Nous abandonner...
Pour embrasser notre plus essentiel destin...
Une halte...
Plongé dans l'émerveillement...
La vie ; le monde – si enclins à renouveler la surprise...
L'âme bouleversée par tant de déchirures et de déconvenues ; et par cette (incroyable) capacité de résilience et de réinvention...
Le cœur si vaste pour ne rien exclure de la fête...
Plus que le mot ; le monde...
Plus que le monde ; l'étoile...
Plus que l'étoile ; le silence…
Plus que le silence ; l'Amour et la lumière...
Et plus que tout ; la possibilité de tout habiter sans rien écarter ; sans rien endommager ; sans offenser personne...
*
Sous les écorchures du monde ; de l'âme – la beauté...
Le soleil enfoui...
Le secret au cœur de l'épaisseur...
Ce qui donne au souffle son ardeur ; et son éclat...
Comme plongé dans le vertige et l'allégresse des profondeurs...
Des baisers de poussière ; par brassées...
Sur tous les visages de la terre...
Et ignoré ; ce qui palpite sous la pierre...
En dépit des larmes ; en dépit des fleurs...
Ce qui effleure le pas ; le bleu de la route...
Le ciel descendu si bas que la terre a disparu...
Comme un rêve...
Ce que le cœur a imaginé pour survivre sous ces rudes climats...
Sans savoir ; sans pouvoir ; sans rien posséder...
Présent ; ici – seulement...
Nu ; attentif ; disponible...
Disposé à accueillir ce qui vient – un ouragan – une brise légère – une poignée de main – une âme hostile – un corps en déclin – des bras grands ouverts...
Le cœur (très légèrement) incliné...
Sensible au souffle et aux vibrations ; à l'invisible derrière les visages et les choses...
Sans jamais avoir l'imbécillité de se croire nécessaire – précieux – irremplaçable...
Porté par cette sagesse qui jamais ne dit son nom...
Aussi bleu que tous les rêves du monde...
Aussi perdu que le reste...
Allant (joyeusement) vers sa perte...
Sans jamais imaginer que tout puisse être définitivement perdu...
Dans le prolongement du regard...
La terre – le monde – la joie – le jeu – les cris – le vent...
Tout ce qui se manifeste naturellement...
*
Le monde et le temps parcourus ; et, peu à peu, incorporés...
Sans plus laisser de trace dans l'âme ; à présent...
Cheminant encore entre les silhouettes et les pierres...
Instant après instant...
Sans jamais savoir (mais devinant parfois)...
Allant non plus pour se résoudre ; mais pour la joie d'aller (et, quelques fois, de se laisser surprendre)...
Sur la route...
Au fil des saisons...
Au gré des circonstances...
Là où le vent (nous) porte...
Comme le ciel...
Sans fin ; le voyage...
Ce qui se retire...
Et notre pas entre le nuage et la poussière...
Si désinvoltement ; au cœur du temps – l'instant...
Derrière les apparences ; l'âme du monde...
Ce que la langue ne sait nommer...
La couleur de l'invisible ; le parfum du vent...
L'alignement parfait des âmes et des étoiles...
Le pas de côté nécessaire pour écouter (et entendre) le murmure discret des choses...
Tout ce qui paraît essentiel ; et que les hommes, apparemment, continuent d'ignorer...
Ce que l'on arrache au monde ; à la traversée quelques fois...
Des monceaux de matière ; mille manières d'exister ; et la possibilité des retrouvailles...
Et ce qu'il reste ; des amas de choses insensées et cette inquiétude grandissante...
Nous-même(s) ; à notre mesure...
Épousant la clarté et l'envergure...
L'invisible et le regard...
L'infini et la pierre...
L'esprit et la lettre...
Nous abandonnant sans résistance à tout ce qui se donne ; à tout ce qui s'invite ; à tout ce qui s'approche...
*
De l'autre côté de soi ; du monde...
Et tout ce qui fait obstacle à la traversée...
Embâcle invisible – bien sûr...
Manière de décourager le voyageur ; ou d'exciter son ardeur et sa curiosité...
Sans faire halte ; sans (jamais) reculer...
Continuant d'aller sans question – sans raison ; pour faire le tour du mystère – peut-être...
Là où nous sommes...
Et là où nous allons...
Parfois le même lieu ; parfois séparés d'un pas ; parfois distants l'un de l'autre (lorsque les circonstances éloignent des nécessités de l'âme)...
Mais la même route – à chaque fois – pour réaliser l'absence de séparation...
Une distance franchie par l'esprit qui nécessite la même enjambée ; le même pas de côté...
Sur la pierre...
Le ciel entrevu...
Et tous les présages lus en un éclair...
Ce qui réussit – parfois (assez rarement – il est vrai) – à percer l'épaisseur...
A éventrer la gangue des secrets...
A dévoiler le mystère au grand jour...
L'âme éclairée...
A la lisière du bleu...
Le lointain se rapprochant – peu à peu...
A la verticale du dénouement...
L'extinction des désirs...
La résorption des frontières...
La désagrégation des territoires...
Le regard posé sur ce qui nous quitte...
Les yeux encore tristes – quelques fois...
Le cœur toujours un peu nostalgique et réfractaire...
*
Entre les mains ; le plus tangible...
Et en deçà ; et au-delà – l'infini...
Ce qui s'invite ; ce qui s'impose ; ce qui s'absente ; ce qui s'éloigne ; ce qui se défait ; ce qui se détache ; ce qui disparaît...
La clé de tous les déchiffrements...
Accolé aux pierres et aux saisons...
Le chemin ; d'un seul trait...
Entre le feutre et la foulée...
A la manière d'un bruit qui court...
Pas complètement certain d'exister...
Un peu à la façon d'un rêve...
Qu'importe que le ciel et la route s'écartent...
Un pied sur chaque horizon...
Et l'âme pour les relier...
Chemin de terre ou de nuage...
Le même pas agile ; sous les orages et dans la poussière...