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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Juillet 2023

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Nomade des bois (part 2)

Juillet 2023

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Juillet 2023

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Octobre 2023

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Février 2024


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Mars 2024

 

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Au jour le jour
Avril 2024

 

Carnet n°307
Comme à la pointe du rêve
Mai 2024

 

Carnet n°308
A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

25 mai 2023

Carnet n°289 Au jour le jour

Décembre 2022

Ici – parcouru(s) jusqu'à la pourriture...

La chair recouverte ; l'âme contaminée...

Et le cœur en passe de devenir (Ô horreur!) l'allié du temps...

La mort inscrite sur tous les tableaux...

Comme une seconde peau dont il faudrait (peut-être) se départir...

 

 

Le corps emballé...

Vers cette lumière ; ce passage...

Dans le prolongement de l'ombre que le crépuscule étire vers le lointain...

La figure bleue ; et des ruissellements de têtes – de tous côtés – de la chair qui chute ; une partie du monde emportée...

Des cris – des gémissements ; une expulsion – un renouvellement ; une naissance peut-être...

 

 

Le vivre réticulaire...

Des liens partout ; rien que des liens ; pas d'entité vivante – existante – isolée...

Comme de la neige à la place du chagrin...

Du souffle ; et pas de finitude ; d'incessantes transformations [ce que récusent (bien sûr) tous les partisans de l'identité qui (en général) placent la mort au terme du temps et l'humain au faîte de la hiérarchie]...

 

*

 

Le temps offert ; le temps perdu...

Sous le même soleil...

Et le souvenir qui s'étire...

Le vent en face...

Comme si la figure des Dieux s'était détournée ; à mesure que nous vivions...

Et, à présent, rien que du sable dans nos mains tremblantes et ridées...

 

 

Dans le cercle des Dieux ; consentant...

L'Amour – la chute et le soleil...

Des luttes au fond de l'abîme...

Et notre longue veille – par-dessus...

 

 

Au-delà de la découverte ; l'invention du jour...

Plutôt l'arbre ; et la tendresse...

Plutôt la chambre que le monde...

La délivrance offerte par le vent ; et l'âme aussi impartiale que possible...

Des fleurs ; et de l'espace...

Qu'importe alors que l'existence puisse sembler quelconque (à des yeux ordinaires – trop peu aiguisés – trop peu aguerris) lorsque l'on sait que l'intensité et la profondeur – notre manière (assez métaphysique) de la vivre – ne cessent de l’embellir – de la magnifier – de lui offrir son éclat – son envergure – toute sa saveur...

 

 

L'âme contre la pierre...

Socle et siège de cette existence terrestre...

A hauteur d'un ciel disparu...

Le monde (à présent) recouvert de terre et de nuit ; si étrange – si étranger – aux yeux des Anciens...

Et ce souffle – et ce feu – au fond de la chair palpitante...

Comme une œuvre – inachevable – qui se poursuit...

Et notre visage – entre l'herbe et l'infini...

Cet espace – sans hasard – à habiter...

 

 

L’œil – sur la neige – apaisé...

La disparition vécue ; et regardée...

Au cœur de l'essence vivante de l'âme et du monde...

Qui sait ce qu'il restera lorsque les ombres (toutes les ombres) auront disparu...

Peut-être ; à nous débattre encore dans la (folle) chevelure du temps...

 

*

 

Peut-être la folie ; peut-être l'Amour ; qui peut (réellement) savoir...

La mort – sur notre route – tant de fois rencontrée ; et coïncidant avec la parole ; et l'impossibilité de dire (la mutité) ; et le silence décidé (et nécessaire)...

Au commencement du rien ; lorsque plus personne ne sera...

 

 

Les heures cristallines des croyances...

Des fables diluées dans les eaux du temps...

Des jours et des âmes mâtinés de monde et de cruauté...

L'existence humaine ; à peine quelques souffles – quelques levers de soleil – quelques saisons...

Et la mort ; comme sur les fleurs qui se fanent ; et les bêtes que l'on égorge...

Le malheur de se souvenir ; et d'espérer ; en plus de tous les autres...

 

 

Au gré du monde ; se transformant…

Comme l'eau de la rivière ; parcourant la roche – plongeant sous le sol – s'évaporant – débordant sur les rives – allant vers l'immensité...

Dans toutes ses trajectoires possibles ; simultanément ; et notre visage oublié – enroulé dans l'invisible...

 

 

Déployé(s) – dans notre trou ; et (très) mal assemblé(s)...

Oublieux de l'hôte qui nous loge ; ce qui nous habite ; et nous fait vivre...

Dans notre corps ; le souffle et l'ardeur du vivant ; ce feu qui, peu à peu, s'éteint ; qui, peu à peu, nous mène vers la fin...

A l'intérieur ; le saut – la chute – le déclin ; puis, sans doute, le retour et le recommencement...

 

*

 

Rien qui ne puisse (nous) consoler de la face triste (et hautaine) des hommes...

Bouts de ciel arrachés au profit d'ombres grises...

De longs chemins qui égarent ceux qui persévèrent dans leur marche collective – l'erreur commune – la foulée mimétique comme la (déceptive) garantie d'une issue – d'une possibilité – d'un espoir...

Quelque chose comme une perspective dans ce magma – cette opacité – ce mythe – ce mensonge – cette illusion – que l'esprit et le monde façonnent ; et auxquels nous nous agrippons désespérément...

 

 

Ce que l'on ne peut vivre ; ce qui n'a pas été vécu...

Quelques feuilles jetées dans les fossés ; au cœur de ce qui pousse sous les ronces en fleurs...

N'importe quoi entre le sol et le ciel...

Quelques pierres en guise de sourire...

Et une souille où l'on s'immerge (régulièrement) pour consolider la fange – renforcer les masques ; cette matière qui craquelle sous le poids du monde – des Autres – de la vérité ; qu'importe ce que nous dissimulons ; qu'importe ce que nous cherchons ; debout comme un piteux monument qui se lézarde ; et sous les ruines duquel, un jour (bien sûr), apparaîtra notre vrai visage...

 

 

Le saut – en soi – (presque) assuré...

Pas une seule trace de cette aventure sinon la transformation du cœur et du regard – redevenus (peut-être) ce qu'ils étaient avant cette sorte d'aveuglement – d'insensibilité ; cette bêtise et cette nuit enchevêtrées ; dans ce monde sans ciel où seules comptent l'espérance et la promesse ; dans l'absence de cette blancheur outrageusement recouverte...

Ainsi – sans doute – discrètement – secrètement – se rejoint-on (en partie)...

 

 

Près des arbres – encore...

Le cœur dans ses profondeurs ; proche de leur perspective...

Le silence – l'invisible – la lumière...

Le long chemin de l'âme et du regard – par-delà les lois – par-delà la mort et la mémoire ; dans ce qui continue de se détacher...

Le geste qui, peu à peu, apprend à s’affranchir de la parole – de cette (odieuse) pétrification du vivant...

Le vide – au-dedans – à la place du cri ; et cette tendresse – ce surcroît de tendresse – dans l’œil – la main – la voix...

 

 

Tourmenté par l'histoire du monde ; la furie des hommes ; cette façon de fuir devant l'évidence du mystère ; et la nécessité de sa résolution...

Peu à peu – sa part maudite ; grandissante...

Comme étranger (de plus en plus) à la famille – à la tribu...

Trop de voix – de pistes – de gestes – délétères ; et cette démesure exaltée par la peur et les instincts...

Du sang et de la poussière ; si centré sur soi...

A vivre à l'écart des Autres – au-dessus de l'air vicié ; et des têtes noires envahissantes...

Dans l'intimité de la roche ; un peu de lumière ; et de temps à autre – une nouvelle respiration ; notre seul réconfort...

 

 

Le ciel oublié ; après l'Autre...

Le dos offert à ceux qui blessent ; gémissant...

Et espérant – en secret – des saisons moins rudes ; des accalmies ; la fin de l'orage...

Et ce cri ; comme le seul portrait du monde (invalidé, bien sûr, par ceux qui le composent)...

Les épaules voûtées ; et la chair dont on se repaît ; (à peu près) les seules choses que l'homme connaisse...

 

 

Depuis le premier jour – réuni(s) ; puis, peu à peu, scindé(s) en deux parts inégales...

Dans l'architecture de la pénombre ; obsédante ; et au loin – la langue de la mort – trop bavarde – bien pendue...

Et nous – à bout de souffle ; asphyxié(s) dans notre abri – notre trou – par l'abondance de mots ; le tombeau à venir que l'on s'aménage...

Et le nom de Dieu que l'on murmure ; la seule prière – la seule perspective dans cette existence obscure...

 

 

Des têtes inclinées dans l'espace...

Comme courbées par un poids (invisible) posé sur la nuque ; l'intériorité à l'abandon...

Des vies simples ; des gestes et des mots prosaïques...

(Quasi) insensibles à la part manquante...

Envoûté(e)s par la matière – en quelque sorte...

 

 

Le geste de la mémoire ; dans le silence...

Un renversement du ciel noir aggloméré ; comme encaissé dans le crâne...

Et ce (soudain et surprenant) surgissement de la lumière – dans l'errance – du secret ; à travers les jours vécus comme une déperdition ; ce qui se cachait (depuis toujours) au fond de la matière ; parmi nos perspectives infondées ; ce qui s'est, peu à peu, révélé à notre insu – en vérité...

 

*

 

Ensemble ; comme un grand corps que nous partageons ; malgré les querelles – la violence – l'incompréhension – la cécité...

Sans doute ; la seule chose que nous sommes...

 

 

Du monde rêvé depuis si longtemps...

Sans jamais s'attarder sur la page ; ce qui s'est passé...

Jour après jour ; instant après instant – pour contrebalancer (sans doute) le poids du souvenir ; et celui de l'imaginaire...

Le réel rugueux sur notre peau rêche ; comme un aguerrissement ; et un accroissement de la sensibilité...

 

 

Et cette main – et cette âme – qui n'appartiennent à personne ; et que tous les courants agitent ; et qui approchent tantôt le soleil – tantôt la mort – tantôt la vérité ; et, de temps à autre, tout ce qui semble lointain – tout ce dont nous nous croyons séparé(s) – simultanément...

 

 

Le sort du monde – jeté dans les replis...

Dans le geste et la langue ; les seules forces de résistance...

De la chair (tendre – fragile – passablement molle) contre de l'acier trempé...

Des plaies et des béances...

Aux prises avec ce que courbent les étoiles...

Une manière (très) imparfaite de se tenir debout...

Quelque chose de l'infini qui porte le plus infime – pourtant...

Toutes ces lois qui régissent la condition terrestre...

 

 

La paupière lasse de jouer avec le monde – de repousser la mort – d'éviter (autant que possible) l'essentiel...

Dans l'abîme partagé ; ce que l’œil ne voit pas (ce qu'il s'obstine à ne pas voir)...

Le recours (trop souvent) à l'impossible ; et cette prière dolosive...

Les frontières et l'au-delà – déformés par toutes nos constructions...

La vérité profondément enterrée ; et qu'un seul regard (pourtant) saurait exhumer...

 

*

 

Depuis le début du monde – à genoux – sous la même étoile...

Des frayeurs – des réminiscences ; et l'espoir de découvrir le reste du jardin ; la part du secret qui nous anime...

Apprenant, peu à peu, à reconnaître la main de Dieu sur notre épaule ; et l'étreinte (passionnée) de l'âme...

Découvrant le déroulement du cycle ; une (infime) partie du voyage ; et (très) provisoirement – la possibilité du repos...

Et parvenant (parfois) au lieu où la paix devient certaine...

 

 

Fils de l'arbre et de la pierre...

Frère de la fleur et de la bête...

Tremblant de joie – parmi les siens – sous le ciel immense...

Dieu dans l'ombre de ce qui nous entoure – entre nous ; dans la farandole...

Porteur(s) de l'esprit commun dans l'espace partagé...

Une multitude de chemins ; d'un coin à l'autre ; d'un angle à l'autre ; une longue suite de pas et d'escales – où se dessinent – puis s'effacent – le bleu – l'Amour – la vie – la mort ; parfaitement porté(s) par les circonstances...

 

 

Effacées – sur la pierre – les traces de vie ; la souffrance et les larmes des générations successives...

L’œil posé sur la folie du monde ; les gouffres où l'on jette les noms et la chair encore vivante...

Entre deux sommeils ; la litanie des gestes bruyants et mécaniques...

Et de ces (tristes) spectacles – bientôt il ne restera plus rien ; sinon (peut-être) des os éparpillés et quelques têtes endormies (comme oubliées là après la bataille)...

 

 

Hanté – depuis le premier jour – par ce qui nous déroute – par ce qui nous fourvoie – par ce qui nous corrompt ; jusqu'à la moelle – jusqu'à la pourriture...

Les poignets liés face à la cendre promise ; corps et âme ligotés...

Engloutis ; et le monde – et l'obscur...

Comme un (minuscule) brasier dans l'immensité...

 

*

 

La pierre embrassée...

Une chose ; puis, une autre...

Le désir de l'espace ; ce qu'il nous insuffle...

Comme quelque chose qui nous pousserait...

Un feu ; un cri très ancien ; qui peut savoir...

De la même couleur que le ciel ; les arbres et la blessure...

Ce que nous portons (tous) au fond du ventre ; ce qui ne peut nous être arraché...

 

 

Des choses défaites dans la mémoire...

Dans un frémissement imperceptible ; ce qui refuse de mourir – de s'échapper – d'ouvrir la porte d'un autre monde...

Nuit après nuit ; dans la même obscurité...

Au cœur du pays noir et glacial – sans personne pour crier – sans personne pour écouter...

Et la soif qui nous happe – qui nous harcèle – qui nous déchire ; comme si l'on attendait quelque chose ; la part manquante – le plus précieux (sans doute)...

 

 

Le monde – d'un seul regard...

Parcelle de l'espace et témoin...

Neige et fumée noire (à égales proportions)...

Le soleil déclinant ; la terre impénétrable – enfouissant tous les secrets...

Et la course des astres vers la mort...

Des visages ; les uns après les autres ; éléments du costume (du déguisement) au fil des formes et des fonctions...

Le vide et le vent ; comme envoûtés par eux-mêmes ; et s'infiltrant à travers tous les orifices formés ; présents autant dans la parole que dans les excréments...

Ce dont nous sommes constitués...

 

 

Autant de ciels (bien sûr) que de prières ; et autant de promesses que de visages...

Et bien plus de possibilités que d'avènements ; que de naissances ; que d'apparitions...

L'oreille tirée hors du sommeil ; penchée vers l'écho du monde ; et tournée vers le silence ; son désir le plus secret...

 

*

 

Journalièrement – la figure dessinée...

Avec ses signes et ses labyrinthes...

A la manière d'une parole prophétique...

La même veille ; et la lumière juste pour dire...

Sans (réelle) importance ; moins qu'un arbre – moins qu'un oiseau ; mais égaux dans leur élan et leur nécessité...

Le monde (ce monde) – à notre portée...

 

 

Ici – tombé(s) ; debout pourtant...

Et l'ombre inclinée qui nous prolonge (ou, peut-être, l'inverse)...

Dans le creux de la terre ; dans nos refuges ; sous nos coquilles...

Parmi les ronces et la mort…

Et le peu que nous comprenons du monde – des Autres ; et tout ce qui nous relie...

Et déjà mille fois ressuscité(s) – pourtant...

 

 

Au commencement de la roche...

La chair des Dieux – clouée par la lumière...

Et le vent dans leur chevelure....

L'espace qui s'habite – peu à peu...

Des astres errants ; initialement ; et que le bas et la nuit ont expulsés ; hors du cercle...

Sous le regard de tous ; et leur assentiment...

Rien qu'un peu de neige sur la solitude des morts et des vivants...

 

 

Le sol recouvert...

Des paroles et des entailles...

La terre ; des fragments d'os et de ciel...

Trop séparé(s) des signes – des triangles – de la blancheur...

La tête face à la platitude ; décourageante – découragée...

Et la compromission qui gagne – peu à peu – l'esprit...

La fuite comme une évidence ; l'issue qu'il nous fallait trouver...

 

*

 

Vêtu(s) de sable et de vent...

L'arbre – l'étendue...

Le souvenir et le monde...

La parole et le sang...

Autant que le cri ; autant que l'espoir...

Autant que le ciel et que la terre que nous habitons...

 

 

L'espoir par-dessus la plainte...

Le cœur coincé ; et les lèvres qui tremblent encore...

A la cime des choses ; depuis trop longtemps inassouvi(e)(s)...

Ce que l'on invente pour duper le monde ; tromper l'esprit...

Au commencement de tous les chemins...

L'âme qui se rejoint – qui s'accomplit – dans la chair acceptée...

La nuit décousue par la cendre consacrée – accueillie...

Ce que l'on porte au fond de soi ; et ce que l'on tient dans la main ; en dépit du destin qui se dessine...

 

 

Habillé de chiffres et de manières...

Le monde à l'horizontale...

Le ciel par un (large) escalier dérobé...

L'espace ; et les mouvements ; et les destins – calculables ; et prévisibles (bien sûr)...

Tout ; ponctué de mots et de possibilités...

A l'intersection du froid et du front...

Entre la neige installée et le sommeil enfoui...

La terre qui s'attarde ; les têtes paressant...

Éternellement plongée(s) dans la reconduite du temps...

 

 

Muraille de peurs et de nuit...

Épars le savoir ; comme appuyé sur toutes les infortunes...

La pierre et le secret – au fond – inextricables...

De la couleur du monde – de la mort – des enfers...

Le cœur et l'esprit – prisonniers des éboulis ; par-dessus l'émerveillement ; le temps venu (peut-être) de la glaciation...

 

*

 

Le rêve accablant...

L'absence de l'oubli...

Des noms et de la neige ; d'épais flocons...

Comme une tromperie sur l'errance...

Du vent dans les pensées...

Et la tendresse ; et la douceur – que l'on n'attend plus...

 

 

La solitude du marcheur ; prince de ses pas (involontaires)...

Au cœur des paysages ; l'âme inclinée ; tournée vers le soleil – en dépit des jours qui passent – en dépit du temps...

Le sacre de l'infini dans le feu ; se consumant – renaissant...

Face au monde ; la même montagne...

Une fleur noire à la main...

Abandonnant tout à son passage...

Respirant pleinement le sable et le bleu (encore) lointain...

 

 

Au jour de la ressemblance ; du rapprochement...

La pierre présente ; l'arbre silencieux ; la bête gémissante ; et une larme dans l’œil de l'homme...

La possibilité d'un baiser – d'une étreinte – d'un accouplement – d'un mélange – d'une hybridation...

Le passé rappelé entre les lèvres ; puis, happé par tous les orifices ; se réclamant de l'indistinction ; de cette ère d'avant la séparation...

Fragment(s) de ciel et de sable – mêlé(s) à la tendresse et aux murmures des vents ; condamné(s) à l'attirance réciproque...

 

 

Promesse de décombres...

Le lien rudéral...

A même le corps ; à même la terre...

L'érection d'une langue destinée à enjamber toutes les frontières – tous les remparts – toutes les tranchées ; ce qui résiste au temps – à la tristesse – à la mort ; porteuse de joie et de liberté...

 

*

 

Quelqu'un peut-être ; une chose sûrement ; qui nous use ; et nous épuise...

Comme jeté derrière soi ; à l'abri en quelque sorte – protégé par cet étrange bouclier...

A manipuler le monde (comme s'il y avait quelque chose à prendre ; comme s'il avait quelque chose à donner)...

Le destin de l'âme (sans doute) – affranchie des circonstances (même si, à travers le corps, elle s'y trouve plongée)...

 

 

La transparence du voyage...

Des gestes de survie ; des gestes de partage...

Le ciel-compagnon qui veille durant notre sommeil ; qu'importe notre nom – notre destin – notre renommée...

Un chemin entre les pierres...

La figure des lieux ; et, en filigrane, la figure des Dieux...

A découvrir – (très) attentivement...

Avec les cris de la nuit tatoués sur la peau ; et qui s'effacent, peu à peu, au fil des pas...

En nous – le sorcier avec son tambour ; porté par cette magie que nul ne comprend...

 

 

Au terme du froid et des entassements...

Les mouvements libres ; et légers...

Le ciel du monde – à nos pieds ; et le cadavre des chimères – baignant dans le sang blanc (et parfumé) de l'Absolu...

Toutes les pyramides renversées ; aux côtés de la barbarie ; de la cécité...

Assis sur la mort agenouillée...

Les paumes effaçant les murs du labyrinthe mal dessiné(s)...

Riant – la tête à l'envers – sur le socle de la verticalité trop rigide...

La neige et la lune en collier ; joyeux ; et elles, pas même asservies ; pas même enchaînées...

 

 

La main blanche – sur le front trop sombre...

Nous prononçant (à l'unanimité) pour l'effacement sans prélude...

Qu'importe les cris et les plaintes inarticulées...

Au terme des signes ; la possibilité du geste juste offerte à ceux qui se sont (presque) toujours montrés si maladroits – si engourdis – si empruntés...

 

*

 

Porté(s) vers la mort...

Ce qui se dresse dans la fleur et le sang...

A coups de pierres – la route...

Agenouillé(s) devant la terre des hommes ; les lois et les larmes – indéfiniment ; les mêmes espoirs – les mêmes prières...

Fils de rien – en somme (si nos calculs sont exacts)...

Et personne pour écouter la plainte ; seulement le silence ; ses caresses et ses baisers ; ses mains dans les nôtres ; et son souffle chaud sur notre peau ; offrant à l'âme et à la chair un frémissement (inespéré)...

 

 

Jusqu'au dernier soir ; la lampe et le feu...

Le fardeau animé...

La part la plus humble et la plus vile ; que l'on n'a jamais cessé d'avilir et d'humilier...

Loin (si loin) du festin commun ; comme l'âme qui cherche le plus simple ; et la sagesse plutôt que l'abondance ; et la vérité plutôt que le confort ; et l'effacement plutôt que l'assouvissement du désir et de l'ambition...

Et pourtant nous vivons comme si nous ne savions rien de la douleur et de la mort ; du dérisoire de l'existence et du monde...

 

 

L'enfance violentée...

La mort comme un trait noir – une flèche qui se fiche dans la chair – un retour à la ligne...

Un vide où plus rien ne s'insère...

Le corps raide – à l'horizontale ; et l'esprit porté par l'espoir d'un autre monde...

Tout ; dans la possibilité d'un ailleurs ou d'un recommencement ; le prolongement (perpétuel) du même désir – en vérité ; au fil des hauteurs – des profondeurs – des transformations – éprouvées...

 

 

Au cœur du cri ; la plongée en soi...

Lèvres blanches ; et serrées...

Là où l'obscurité nous avale – nous engouffre – nous engloutit...

Comme un spectre chétif – et malmené ; vers l’œil qui patiente...

De la matière dégoulinante entre les doigts d'un plus grand que nous...

 

*

 

Ombre désuète – gigantesque ; comme un vieux manteau – une (seconde) peau élimée ; l'écorce d'un Autre (mort depuis très longtemps)...

Le ciel – à travers les frondaisons – comme une évidence ; le règne de la lumière...

La beauté du monde – malgré la faim et les territoires ; malgré l'agonie...

La figure dépliée au milieu du vide – au milieu du sable et de la cendre ; et que le vent balaye déjà...

Ainsi se résout – peut-être – l'énigme de la nuit traversée...

 

 

Personne pour embrasser les ténèbres – nettoyer le sang – et descendre plus bas encore (en l'homme) pour rejoindre ceux qui errent – les morts terrifiés...

Personne pour comprendre que la dernière chose que nous ferions devient la première à réaliser sur la liste des priorités...

 

 

Sous le regard – mille sentiers possibles ; et au-dessus – l'invisible ; vide – blanc – envoûtant – qui attire les âmes affamées – non repues par toutes les distractions du monde...

 

 

Frottés à la mort – les signes silencieux ; la parole désincarcérante...

Les lèvres bleuies par le froid des âmes et des tombes ; par l'immobilité des morts et l'inertie des vivants...

L'alignement des astres – dans la mémoire – (totalement) inutile...

Hors du cercle ; le jour définitif...

 

 

Emboîtés – tous les affrontements...

Les cris et l'écume...

La lumière qui éclaire tous les éclats...

Les bouches tordues ; et les âmes écœurées (et répugnantes)...

Au cœur même du tombeau ; la (misérable) survie des vivants...

Et la mort qui plane – qui frappe – qui happe – sans la moindre préparation funéraire...

Sur les lèvres – la déchirure ; la marque de l'absence – et de l'oubli – des Dieux...

 

*

 

L'étoile devant soi ; un peu de lumière dans la nuit ; trop lointaine dans nos sombres existences...

Un mot pour un autre ; rien à déchiffrer sinon la douleur qui se tient dans notre poing fermé...

Le détournement de la tendresse...

Et ceux qui font halte au cœur de la grande traversée...

Pas un apaisement ; une rébellion contre l'autorité instituée...

Un besoin (radical) de solitude et de vérité...

 

 

Une lampe allumée ; que l'on tient serrée contre soi...

Seul dans ce long cortège de fantômes...

Le sort du ciel – à travers notre destinée...

Des pas sur le sol ; sans cuirasse – sans allié – jusqu'à l'abandon – jusqu'à l'oubli – de la chair ; ni sacrifice – ni sacrilège ; un effacement ; l'acquiescement comme une parfaite célébration...

 

 

Des mondes emboîtés ; que la mutilation rassemble...

Comme un manque invisible (et convainquant) ; qu'aucune âme – qu'aucune main – ne peut combler...

Un trou sans fond qui avale tout ce qu'on lui jette ; au cœur duquel tout disparaît...

Comme un cri inaudible ; que le silence renforce...

Des vies ; le vide ; et cette transparence asymétrique avec des ouvertures infimes ; des interstices à peine entre les miroirs que les Autres brandissent devant nous ; et qui nous renvoient tous les reflets du monde ; comme des remparts – des tunnels – une forme d'enfermement ; piégé(s) par la multitude et le flot continu des images ; une sorte de géographie kaléidoscopique de l'espace et des visages qui divise tout en parcelles et en fragments ; et qui rend vaines toutes nos tentatives d'évasion ; et qui décourage l'esprit dans sa quête (naturelle) de liberté...

Et ainsi, en chaque for intérieur, des existences parallèles à la détention ; et mille possibilités adjacentes ; et mille issues simultanées...

 

*

 

L'horizon hasardeux...

Quelques traces (en partie) effacées...

Des poignées de terre – dans les poches – dans les mains ; notre seul trésor – peut-être...

Et le ciel – toujours – trop lointain...

Et les Autres ; sans geste – sans parole – sans soutien ; de vagues figurants – (presque) un décor ; laid(s) – hostile(s) – indifférent(s) le plus souvent ; des pierres – au milieu de nos jours – sur leur pente – invariablement...

Avec quelque chose dans l'âme – peut-être ; un frémissement – un appel (presque) imperceptible – très ancien – une voix (quasi) inaudible que très peu parviennent à entendre – que très peu (moins encore) parviennent à écouter...

L'inertie – dans sa force brute – la plus primitive (sans doute) ; dans le sillon des ancêtres – des aînés – que nous martelons du même pas...

La couleur grise du monde ; l'éclat si terne de nos vies souterraines...

 

 

A pas lents – l'endormissement...

Bercé(s) par les siens ; les habitudes et le langage (la parole et les contingences quotidiennes – atrocement prosaïques)...

Ce qui creuse – en nous – son sillon...

Nos mœurs inchangées – sous la voûte tournoyante...

Des mots – des gestes – des astres ; l'éternité...

 

 

Comme les morts sur leur barque...

Malmené(s) par le temps ; emporté(s) plus loin...

De l'intérieur ; des secousses...

Les yeux sur le monde ; guettant le surnombre ; attentifs aux menaces et aux dangers...

Très exactement ; à notre place...

 

 

Au recommencement du jour ; le même fragment...

Et ce murmure parmi les voix trop fortes ; et les cœurs trop grossiers...

L'invisible qui s'infiltre – comme une blancheur – entre l'extase et la douleur...

Le même vertige – jusqu'au dedans des os...

Et l'immobilité croissante ; et le règne (surprenant) des apparitions...

 

*

 

L'espace défait ou agrandi par le trait ; fiction (bien sûr) tant le vide est libre du monde et du langage...

Ni angle – ni sable – ni encre – ne l'atteignent – ne le corrompent – ne l'avilissent...

Le même soleil quels que soient les souffles – leur force ou leur absence ; autant que les mouvements et les calculs...

Les mains – et l’œil (si souvent) – pris dans la trame...

Et le regard – au-dessus – qui contemple les jeux et les tentatives ; si rarement accessible...

 

 

L'obscur dessiné...

Sans fierté ; le nom et l'homme dressé...

La nécessité et l'élan – vers plus haut – le ciel peut-être ; vers plus grand – Dieu sans doute...

Le souffle et le sang – en mal d'Absolu ; et le remède ici-même – au seuil franchi des frontières fabriquées...

 

 

L'espace païen – délaissé par le raisonnable...

Le monde qui brandit la tête ; la voix blanche – monocorde – dépassionnée...

Une langue comme un trait ; des orifices obstrués par des velléités pudibondes...

Les instincts superficiellement neutralisés ; et qui bouillonnent au-dedans – prêts à se jeter sur tout ce qui leur résiste...

Devant la glace ; l'image parfaite ; des fragments recollés et lissés ; des aspérités rabotées ; des angles arrondis...

Le front aveuglé par la terre et le ciel inventés...

Des vies engourdies ; et le monde qui tourne encore...

 

 

(Presque) la négation de l'esprit...

Le cœur endormi ; la dépouille (vaguement) domestiquée...

Face à la lune – le silence...

L'homme minéral qui se méfie du souffle et du feu ; des élans – de toute forme d'intimité avec ce qui dépasse de la roche...

 

*

 

Sur le sol jonché de têtes – tapissé de rouge...

Les ventres repus ; la chair épaisse...

D'un même élan – les bouches ouvertes...

Ensemble ; dans l'ombre qui s'étire...

Le ciel devenu terre...

L'esprit et les corps graisseux...

La faim ; et son linceul (très provisoire) de matière...

Dans la tourmente du manque et de la perte ; comme dans celle de l'avidité et de l'appropriation...

Les yeux fermés ; sans jamais se rejoindre...

 

 

Des preuves de sommeil ; suintantes – accablantes...

Bâtisseurs de rien dans ces chambres mal éclairées...

Un rêve tout au plus qui tourne dans la tête ; sur sa sombre couche...

Le songe d'une paroi que le moindre souffle anéantirait...

Nous – à l'horizontale – dans la torpeur – malgré l'incessant labeur du vent...

 

 

Une tache de ciel – sur la peau – au-dedans de l'âme – qui s'étend ; qui se déploie ; et qui, à sa manière, cherche ses aises – sur cette terre infirme et empotée...

Des étoiles dans le sang ; et la possibilité du monde ; cette danse infinie des combinaisons...

Le sol gratté avec les ongles ; à travers le mouvement du soleil et des Dieux...

L'achèvement impossible de la créature à moins qu'elle ne se livre à l'effacement – à ce qu'elle porte – à la transparence – à ce qui l'a créée...

 

 

Au-delà de la disparition...

Une lampe au cœur de la nuit...

Pas la moindre espérance ; ce qui se penche imperceptiblement – serré contre notre présence – notre attention...

Le souffle – sans ombre – sans image ; et le geste qui guide – qui devine – qui sait déjà...

 

*

 

Au cœur de ces rives luxuriantes ; sans homme – sans histoire – sans nom...

Des instants et des siècles de présence vivante...

Le lieu de la sauvagerie – des esprits – de l'invisible...

Parmi une faune effrayante ; et qui (nous) fascine...

Les joues habillées d'herbes et de lichen...

Les lèvres retroussées ; la narine alerte...

Le pas souple...

L'âme qui épouse le corps – les lieux – la soif...

Les yeux grands ouverts...

Et des vagues de réel qui déferlent – qui nous submergent – qui nous engloutissent...

Les préliminaires – peut-être – de l'alliance – des noces – du mélange – de l'hybridation ; cet ineffable (inespéré) que nous sommes, peut-être, sur le point d'incarner...

 

 

Au milieu des arbres...

Aux côtés de l'Amour..

Le séant sur la pierre...

L'écorce – la mousse et le vent...

La figure lovée contre le ciel...

Dans la joie de tout quitter ; de n'être plus rien ; un regard – une tendresse – des sensations ; la possibilité d'un au-delà de l'homme...

 

 

A l'échelle du monde ; le jour silencieux...

Confronté(s) à l'étroitesse des angles ; et à la terreur organisée...

D'une autorité à l'autre ; la volonté (assez) volatile...

A cet âge où l'aube se renouvelle ; devient inépuisable – en dépit de la bouche (toujours) collée à la pierre...

 

 

Antérieur au ruissellement de la fixité...

Au commencement du monde ; le premier geste ; l'inconsistance de ce qui émerge ; le règne du destin éphémère et labile...

La chair dansante avant les ossements...

Les bras tendus pour repousser ou se saisir ; puis, pour accueillir et étreindre – ce qui semble ne pas nous appartenir ; ce qu'amènent les vents...

L'existence comme mille passages – mille possibilités ; et des adieux permanents ; le seuil que doit franchir l'esprit pour éprouver la joie sur ces rives où se succèdent – sans discontinuer – la poussière – le provisoire et le pourrissement...

 

*

 

L'enfance distante ; comme abandonnée...

La tête derrière soi – accrochée à l'espoir d'une guérison impossible...

Condamné(s) au monde et au temps ; à ce rire qui pousse l'âme à comprendre – et à rejoindre – l'origine ; sans savoir ce qu'elle est (réellement) ; et la longue série d'épreuves et d'obstacles – à franchir – à traverser...

Du côté du cri et de la charge plutôt que du côté du ciel et de l'envol...

Au cœur de la trame – pourtant – la même couleur qu'aux plus lointaines périphéries de l'immensité...

 

 

A trop trembler devant la vie – devant la mort – devant le monde – devant les Autres ; face à ces reflets incompréhensibles issus du néant...

Avec (le plus souvent) trop de poussière et de larmes au fond des yeux...

Et l'âme rebelle à tout abandon...

Et tout ce sable – depuis trop longtemps – avalé...

A cheminer cahin-caha – et à reculons (parfois) – sur cette sente étrange – avec, sur l'épaule, ce grand sac de rêves – de mensonges – d'illusions ; dans lequel nous piochons à l'envi – pour rassurer l'esprit et distribuer, ici ou là, quelques terreurs – quelques faux-semblants – quelques folies – afin de tirer parti de ce qu'offre le monde...

Dans l'incapacité encore de rester immobile – dans sa chambre – face au soleil – face à la ruse de ceux qui nous font face...

Le temple des jours – et la lumière – au fond de l'âme – encore recouverts – encore à découvrir...

 

 

Au commencement du temps ; des mondes...

Le premier souffle ; un mouvement du ciel ; comme une contraction ; et l'émergence d'un visage...

De l'air expulsé qui tourbillonne ; et la naissance du langage...

Dans l'épaisseur de la nuit ; ce qui cherche la lumière...

Et nous tous – descendants de tous ces phénomènes inauguraux – poursuivant (sans même le savoir) l’œuvre commencée...

 

 

Témoin de ses propres jeux – jouant ; de ses propres yeux – regardant...

De l'opacité à la transparence...

Des enfers à l'extase...

Tout ; mesuré sur l'échelle de la joie...

Ce qui coule entre les doigts ; et qui vient de la terre et du ciel...

Le théâtre – l'étonnant théâtre – de la chair vivante...

 

*

 

Au milieu de la brume et des peut-être...

L'indicible apparaissant ; maître du monde – maître des songes et du temps...

Au cœur du murmure silencieux ; quelque chose de l'infime...

Un peu d'espace dans l'afflux de sang...

Et l'Amour – à chaque seconde – sur l'ombre de la faim...

A guetter encore ; comme s'il suffisait d'attendre...

 

 

En rien reconnaissable...

La hâte ici ; et la richesse là...

A s'interroger sur l'image ; le rôle et l'importance de l'image (pour le monde et la tête)...

L'honneur – la réputation ; le plus précieux (pour les hommes) – si souvent ; comme si les paupières étaient cousues à un candélabre dans une pièce obscure et vide ; sans lumière – sans personne...

Le monde et la tête – à l'envers – à certains égards (bien que la vérité aime à se déguiser – aime à se dissimuler – sous les apparences les plus étranges – les plus improbables)...

 

 

Cœur couvert de givre ; absorbé par l'ombre...

Dans la même terreur que celle des morts ; en plus de celle des vivants...

Derrière la vitre – sous la terre ; des visages et des os...

Et au-dehors – le reflet de la lune sur les grands arbres...

Le silence magistral de l'hiver...

Comme une longue nuit où tout sommeille ; sauf l'âme qui veille en retrait – dans un coin de l'abîme – à l'abri des bruits du monde...

 

 

Dans cette longue chaîne ininterrompue...

De l'immobilité à l'immobilité ; à travers tous les gestes – tous les vertiges...

Le soleil sur nos mains attachées...

Les visages qui disparaissent les uns après les autres ; et qui réapparaissent en des lieux dispersés...

L'invisible enchâssé dans la chair...

Dieu parmi nous – servant les choses et les circonstances ; le déploiement et la dissolution de toutes les trajectoires ; la parfaite respiration du monde...

 

*

 

Là où s'achèvent la plainte et le cri...

La tendresse – en retrait – (enfin) rejointe...

L'esprit du corps – affranchi du monde et de la mort...

Approchant – peu à peu – pas à pas...

Tous les fils de l'âme dans la main d'un plus grand que soi...

Qu'importe la fosse – les vers – l'arrachement...

La continuité de l'itinéraire ; et l'élargissement de la communauté d'appartenance ; bien plus qu'un espoir – une évidence...

 

 

A se réchauffer contre les Autres...

Engoncés dans la chair ; comme des barques amarrées au même ponton...

Soumis aux vieux ressorts de l'instinct...

De la terre – en amas – qui s'agglutine ; et la crainte de l'immensité...

La somme ; toujours – la somme ; jamais (presque jamais) le retrait de l'ensemble...

Le vide ; et l'Amour sans poids ; au fond de l'âme – la chaleur remuée – pour que les pas se perdent ; pour que la solitude et l'errance nous aident à nous rejoindre – à nous retrouver...

 

 

Le souvenir d'un lointain intérieur...

Après la chute ; le regret ; et l'extérieur, peu à peu, apprivoisé...

Des luttes – des remparts – des assauts...

A la suite de l'origine ; et à peu près rien d'autre...

Au bord de l'abîme – très souvent ; et le risque (permanent) de la dérive...

Et ce souffle qui manque pour rejoindre l’œil premier...

 

 

Seul ; dans la trace des (très) anciens ; les premiers hommes – les premières créatures peut-être...

La peau recouverte de plaies et de poils...

Encore enchevêtrés à la terre et au ciel...

Le monde ; du bleu recouvert d'herbe et de feuillages...

Et la vie – dans le prolongement de la mort ; et la mort – dans le prolongement de la traversée...

Le règne perpétuel du provisoire et du sauvage...

Le temps de l'âge authentique ; l'esprit sincère (sans mensonge) – en plein réel – sur la rudesse de la roche – dans la trame magmatique ; la matière réticulaire ; l'existence comme une évidence métaphysique...

 

*

 

La terre – soudain ; la terre renaissante...

Le sang neuf qui coule...

L'enfance à venir...

Le monde – la bouche ; remplis de merveilles ; et de possibilités...

La matière efflorescente – exubérante ; invasive (à sa manière)...

L'espace d'un instant ; la saison des amours...

L'herbe grasse ; les ventres féconds...

La danse des vivants...

Quelque chose devant soi ; et ce qui nous anime...

Jusqu'aux dernières feuilles de l'automne...

Jusqu'aux premières neiges de l'hiver...

A vivre encore – encore et encore – ensemble – sur cette rive ; de jour en jour – existence contre existence – au fil des siècles...

 

 

Ni mesure – ni calcul...

Ce qui occupe l'espace ; la terre transpercée...

Le soleil hâté dans son extrême patience...

Le vieillissement du monde ; et ce qui reconstitue ses forces vives...

D'une saison à l'autre ; le renouvellement de la chair ; et la même présence...

 

 

La pénombre par endroits...

Moins de rire et de jour...

Le nom – et la figure – que l'on vénère...

Un abîme spéculaire...

L'espace encombré de choses et de bruits...

La tête altière ; et l'intérieur tapissé d'images et de mots...

Comme étranger à toute poésie ; à la nécessité du vide – de la solitude – du silence...

 

 

Sur la trajectoire des astres...

D'un monde à l'autre ; d'un visage à l'autre...

L'esprit qui se découvre – qui apprend à se découvrir ; qu'importe le déguisement...

A plat ventre sur le sol – assis sur la roche ; debout – les vertèbres redressées...

A l'image du secret ; le reflet de la lune ; et les racines ; et l'origine...

Et la lumière ; et la mort – qui continuent de nous fasciner ; et la succession des traversées qui nous apprend, peu à peu, à élargir notre communauté ; à apprivoiser l'Autre – le lointain – l'(apparente) étrangeté...

 

*

 

Loin – engagé vers la source...

Sans mot – sans passé – sans séparation...

Et tout ce sable – à nos pieds...

L'âme fragile ; comme une peau ; l'étoffe de l'infini ; sur les épaules de Dieu...

Exposé à tout ; protégé de rien ; comme les fleurs et les bêtes ; avec des yeux pour pleurer...

La chair douloureuse ; et le cœur encaissé qui réapprend, peu à peu, l'envergure du territoire...

Ainsi jusqu'à l'instant de la mort ; puis, davantage après ; la possibilité de tous les au-delà...

 

 

La tête penchée sur le minuscule...

La réalité des pieds ; sans l'herbe – ni le regard...

Avec Dieu – dans les gestes – pourtant...

 

 

Autour de soi – la danse (très) en amont de la parole ; et qui évince toutes les (malheureuses) tentatives du langage...

Les corps qui s'animent – qui exultent ; fragments de terre enchevêtrés qui se meuvent et qui s'enflamment ; aux prises (éternellement aux prises) avec les forces invisibles du cercle ; endiablés – malmenés – envoûtés ; et qui s'usent ; et qui s'exténuent...

Le règne du mouvement ; et le néant (partiellement) recourbé pour tenter d'accroître un peu l'espace ; pour tenter d'intensifier la fête...

Les seules possibilités de l'abîme...

 

 

Les yeux tournés vers le ciel – suspendus aux branches – qui entrevoient le jour – à travers les apparences – en contrebas...

Quelques signes devant les paupières poussives – empotées – malhabiles – (à peine) entrouvertes...

Reflet(s) de l'âme recouverte de plaies et de bandages ; de la dureté de la pierre ; du front incroyablement dispersé ; du fond du gouffre ; du feu qui couve au-dedans du cœur...

Ici – sans la possibilité d'un autre monde – sans la possibilité du moindre ailleurs...

 

*

 

Le cœur lointain (si lointain) – sans que l'on s'en souvienne...

L'enfance vive et rebelle ; et la candeur – oubliées...

A compter les pas – et parfois les pierres – et parfois les regards – au fil du chemin au lieu de laisser les vents guider la danse...

Le corps et l'esprit – inquiets – perplexes – embarrassés ; chargés (à leur insu) de nuit et de matière – habillés de gras et d'arrogance – si peu habités – au seuil (presque toujours) de l'absence...

A cueillir des fleurs ; et à offrir des prières au sommeil – à tous les endormis – au lieu d'étreindre les Dieux – la terre – l'Absolu – l'éternité ; tous le possibles envisageables (et si rarement envisagés)...

Des promesses qui s'envolent ; et nous – inerte(s) – abattu(s) – engourdi(s) – qui les regardons s'éloigner ; l'âme triste – la tête pensive...

 

 

Le cœur épargné – fort heureusement...

L'esprit qui chante – malgré le corps qui vieillit – malgré l'ardeur faiblissante...

L'âme – le ciel – le vent – parfaitement alignés...

La posture et le geste (joyeusement) ensoleillés...

Au seuil d'une sagesse automnale ; le pas et la parole naturels et spontanés...

 

 

L'obsession du bleu ; et la hantise de l'inaccompli...

A l'intérieur ; le langage muet...

Et la pourriture qui guette...

Plongé(s) dans la terre ; la chair (à moitié) engloutie...

L'obscur encensé – couronné ; l'une des rares choses que nous connaissons...

Le monde ; sans le regard – sans la lumière...

Privé(s) de soleil et de lucidité ; comme condamné(s) à prolonger l'errance souterraine – au-dehors et au-dedans...

 

 

De la fumée noire...

Le ciel ; des signes – impénétrables...

L'espace contre la peau...

Le vent – le monde – la mort – en face...

Qu'importe les croyances ; qu'importe les pensées...

Ce qui brille au fond de l’œil ; et ce que le cœur renferme...

Sans compter l'ombre du vide qui inquiète les âmes naïves – dolentes – pleurnicheuses...

Au seuil du voyage ; au commencement (peut-être) du (vrai) périple ; au cours duquel les lieux et les choses seront (enfin) reliés...

 

*

 

Naturellement le rêve...

Le pas de côté...

L'intuition plutôt que la volonté...

Le geste plutôt que le pourquoi...

Sentinelle face au monde – face aux querelles – face à la désespérance...

La joie plutôt que le doute et le ressentiment ; et le goût de l'incertitude...

L'engagement plutôt que l'indifférence ; et l'esprit au-dessus de ce qui semble affairé...

Le cœur aimant ; qu'importe les visages et les circonstances ; ce qui nous est proposé...

 

 

Le jour dévoilé...

Loin de l'attente à genoux ; des paroles en l'air – de la terre promise...

Ici – sans invention – sans imaginaire...

Tout étreint ; y compris le plus vil – l'haïssable – le mauvais sort...

La route – la pierre – la mort ; que l'on suit – qui s'invite ; le lieu où l'on repose...

La vraie vie (pour ainsi dire) qui n'oublie rien – ni personne ; ni l'homme – ni les profondeurs – ni la sagesse – ni la tromperie ; et qui ressuscite la possibilité d'un acquiescement sans condition ; l'essentiel que l'on porte – l'essentiel qui nous anime ; ce qui s'est glissé (subrepticement) entre l'âme et la chair...

 

 

Le cœur et l'espace ; la chose commune – contenant et contenu ; le vide vivant ; et habité...

Qu'importe le ciel ; et les noms qu'on lui donne...

Qu'importe la tenue dont on habille les Dieux...

Qu'importe la foudre – les tempêtes – l'hostilité du monde...

La réponse – la clémence – la tendresse – en soi...

Qu'importe le pourrissement des corps et l'intérêt que l'on porte au mystère...

L'écho de l'infini – des origines – à travers nous...

 

 

Le sol qu'on éloigne ; déjà en soi – depuis toujours ; bien avant le premier jour ; et dont on ne peut (bien sûr) se défaire...

De la matière horizontale – en strates – que nous sommes aussi ; et qui a, peu à peu, appris à se mouvoir – à construire – à concevoir – à penser – à créer un langage...

Et la parole – à présent – trempée dans le sang...

Au cœur de l'obscurité ; sous quelques étoiles – ânonnant quelques réponses face au mystère – face au secret – essayant de dresser quelques signes – au cœur du néant – de l'incompréhension – de la solitude...

D'émouvantes (et malheureuses) tentatives...

 

*

 

La crainte féroce...

Le texte de la prière à la main...

Chantant – sans fin – le deuil et la plainte ; la blessure béante de l'âme...

Tous ces rêves auxquels on se livre ; cette effervescence du monde sous le soleil...

Sans que jamais l'Amour grandisse...

 

 

Endormis dans les bras du rêve...

La tête collée contre sa poitrine...

Dans le bleu des fables qui affaiblit l'ombre ; et qui, en secret, lui donne sa force...

Le réveil ; paupières ouvertes ; avec les mêmes images que dans le sommeil...

Comme du miel – et mille couleurs vives – sur les visages et les choses ; et tous les viscères arrangés ; et toutes les odeurs parfumées...

Tous rois ; en ce royaume...

Et cette disgrâce – et cette infortune – et cette cécité – que nul ne voit – que nul ne sent – que nul ne se risquerait à constater – sauf (bien sûr) le cœur lucide et silencieux qui sait ; et qui ne pourrait (quand bien même le souhaiterait-il) détourner de leurs songes – de leurs bruits – tous les endormis...

 

 

L'air – l'espace ; rudoyés – comme les astres – comme le reste – par les hommes...

Évincés du triangle d'or ; de la lumière...

La nuit-racine – comme une chape sur les gestes – les paroles et les pas...

L'impossibilité (avérée) de la blancheur ; et du soleil...

Aussi loin que remonte la mémoire...

 

 

Sur ces rivages – découvertes – la vie malheureuse des Autres ; la faim et la méchanceté instinctive...

La géographie de l'exil ; pour échapper aux supplices – à la sournoiserie – à la notation...

La hantise (maniaque) des chiffres et de la comparaison plutôt que le goût de l'intuition – plutôt que l'attrait pour l'horizon et la solitude...

L'illusion ancrée depuis le premier jour ; et sans doute, (très) antérieurement ; bien avant la naissance du temps...

L'installation (pérenne) du sommeil – sous les fronts – comme une loi – un royaume – une institution...

A vivre ainsi ; le ciel aussi bas que possible...

 

*

 

Depuis toujours ; comme si l'on était seul ; à marcher ensemble (apparemment)...

D'un lieu à l'autre ; sans jamais réduire la distance ; cette irréductible séparation...

A se méfier ; à aimer ; puis, à haïr (et programmé pour cela peut-être)...

A partager le plus commun...

A être ; à devenir ; ce à quoi l'on se destine (très naturellement) ; sans rien comprendre – sans même trouver la force ; sans même trouver les mots...

Ce que nous sommes ; et ce que nous faisons – semble-t-il...

 

 

On supplie ; au lieu de disparaître ; au lieu d'oublier...

On aimerait encore ; on aimerait davantage ; un peu plus ; des rations supplémentaires de tout – de temps – d'or – d'amour – de matière...

Et Dieu qui ne se montre pas ; que nos yeux et notre cœur (trop grossiers) ne parviennent à voir...

Si insensible(s) encore...

 

 

Murs de nuit – d'os et de sang...

La démesure (malhabile) du vivant sous ce ciel silencieux ; l'infini qui pousse au-dehors – au-dedans...

Sur les ancêtres – dispersés – ici et là...

Des tombes et des malheurs ; la même malédiction...

Tout s'oublie – et s'efface – sur cette terre...

Le monde et le mystère – enchâssés dans le même secret...

 

 

Des choses – au-dessus des têtes – (bien) étranges...

L'enfer et le firmament...

La mort irrécusable malgré les prières – les promesses – les ornements...

Ce qui (nous) fait disparaître – en apparence...

L'invisible (comme toujours) à la manœuvre...

Les mains impuissantes – en dépit des rituels...

Ce qui, ici, se transforme ; et ce qui est appelé ailleurs ; autrement...

Des mondes et des mondes ; l'esprit qui sait ; et les âmes qui voyagent (le plus souvent)...

 

*

 

La route parfaite des cœurs encaissés ; ce qu'ils disent ; ce qu'ils croient ; de leur victoire sur le sauvage – sur l'innocence... 

La peur qui pousse les âmes à se barricader ; à trouver protection derrière des murs de pierres et d'idées...

Les mains sur les yeux et les oreilles au lieu de relever la tête pour écouter le chant – et regarder le spectacle – du monde ; jouant (presque toujours) sa propre tragédie...

Et cet air que l'on se donne ; et cet air que l'on fredonne – pour se donner du courage ; rehausser les clôtures – renforcer les barrières ; et fermer les volets – et les paupières – à la nuit tombée...

 

 

A demi-mot – dans le noir...

Sur cette bande de terre devenue malévolente...

Médusé face à la folie galopante – face à la confusion...

Dans le désordre des signes et des têtes...

Au bord du vide ; dans l'agrément (le simple agrément) de l'attente...

 

 

Tous entassés au fond de la solitude...

Entre vivants et morts...

A genoux face aux esprits immatures...

Le cœur tourné vers plus haut...

L'âme lasse d'être condamnée à l'absence – éloignée (si éloignée) de l'Absolu...

Effacés par le nombre ; écrasés par la masse...

Des existences perpétuellement reconduites ; qu'importe ceux qui se présentent...

 

 

De la neige dans les mains ; lancée vers le ciel...

Avec des restes d'ombre collés à l'âme...

Entre spectre et témoin ; le signe d'un retour – d'une possibilité de retour – vers ce ciel depuis si longtemps oublié – occulté – repoussé ; comme s'il y avait mieux à faire en ce monde...

 

*

 

Aveuglément – la sensation du fragile ; la vulnérabilité...

A mille siècles de là ; plus loin (bien plus loin) que le premier souvenir...

L'antériorité vécue – au-delà du rêve...

Des choses nommées ; sans visage...

Et des larmes (des torrents de larmes) sur tant d'atrocités...

Mort ; mille fois déjà...

Et le même bagage à chaque printemps ; à chaque voyage...

La carcasse et la souffrance qu'il faut oublier...

Et chercher le souffle – dans le geste et la langue – comme les loups...

Quelque chose du côté de l'ombre – du secret – de la sauvagerie...

A travers la nuit et les tempêtes ; l'approche naturelle...

Qu'importe les doutes – les peurs – les résistances...

Une (très) progressive descente vers la compréhension...

 

 

L'enfant-pierre – retourné sous la terre...

Et l'ombre qui s'insère sous la peau...

Avec de la lumière sombre – par endroits ; et des signes (une infinité de signes) du monde souterrain...

Au recommencement du devenir...

Le regard porté ailleurs...

 

 

Les lèvres ; dans leur cri de partage...

Au cœur des perspectives plongées (avec nous) dans le gouffre...

Au bord de ce que l'on devine...

L’œil posé sur ce qui hante toutes les tombes...

Rompu à l'acharnement des hommes et de la langue pour offrir au monde – et à la mort – une autre lumière ; davantage que la possibilité d'une espérance ; davantage que le menu concours d'une croyance ou d'une prière...

 

 

Coûte que coûte – étreinte ; la blancheur au-dessus des ventres ; au-dessus des cendres ; et les âmes envoûtées...

 

*

 

La parole impuissante contre l'inertie du monde – contre la fatigue – contre l'idiotie et la cruauté des hommes (ce qui les pousse à agir ainsi – le plus souvent ; toutes ces forces obscures – instinctives – mystérieuses)...

Avec, parfois (et de manière évidente), trop de lèvres ; trop d'hiver ; sans compter cette eau noire dont on abreuve le monde ; et qui ampute l'écoute déjà engourdie – infirme – des hommes...

La tête inclinée ; puis, l'âme (à bout de force) qui s'incline – elle aussi...

Le dos courbé sous le poids de la peur ; ou sous l'emprise des Autres (toujours) trop nombreux...

Comme des trous (des trous infimes) dans l'immensité ; de minuscules interstices au fond desquels on a trouvé refuge...

Ici et là ; à défaut de terre – à défaut de ciel...

 

 

Jointe au ciel – l'âme ; et ce vent qui la fait tourner ; et nous, avec elle, tournoyant...

Comme une folie en train de se matérialiser ; une sorte de démesure imprécise ; un rêve peut-être qui s'abattrait sur nous...

Notre manière d'être là – jusqu'à la mort ; puis l'oubli qui nous porte – jusqu'au recommencement...

 

 

Rien – délibérément – qui ne protège le secret...

L'enfance – le labyrinthe – la lumière...

L'homme même ; dans sa folie...

Aussi loin que puisse remonter le temps ; et la mémoire...

Jusqu'au lieu originel ; la source matricielle à laquelle on prête tous les enfantements...

Le monde – les mondes ; la terre – le ciel et les astres ; et tous les chemins qui relient les points (tous les points) de l'étendue...

Et ici – nous concernant – la pierre et la parole – en partage ; la chair et l'esprit en commun...

 

 

Au-delà des heures et des âmes hurlantes ; prisonnières du temps et du carcan de la cécité...

De la matière emboîtée ; avec quelques minces orifices ; le secret comme pétrifié dans la trame invisible...

L'infini parallèle à toutes les existences ; des liens et des signes (parfaitement) inaccessibles...

 

*

 

Des lieux scintillants ; là où la pierre prend feu ; là où l'oiseau côtoie le ciel ; là où les pas dansent sur leur pente...

Sans rien savoir ni de la folie – ni de la vérité...

 

 

Réveillé par le cri ; le nom que l'on prononce...

A porter n'importe quoi ; à croire n'importe qui ; comme si nous appartenions à la même fratrie...

Trop loin des arbres ; et des fleurs dans le sommeil pour accompagner notre exil...

Et des soucis inattendus – à profusion – dans la pagaille...

Et l'Amour ; et l'écoute – qui s'approchent ; et qui s’arriment comme si l'âme était une rive – une jetée ; un réceptacle pour offrir à ceux qui peuplent la terre l'attention et la tendresse qu'ils espèrent encore...

 

18 mai 2023

Carnet n°288 Au jour le jour

Novembre 2022

Sur la feuille givrée – des giclures rouges ; et l'encre noire de la barbarie – instituée par ceux qui perpétuent le monde ; inchangé(e) dans ses traditions...

La mort sur l'herbe ; la chair des arbres et des bêtes...

Cette manière de ne pas être des nôtres...

La monstruosité de ce côté-ci de la barrière ; de ce côté-ci de la hache et du fusil ; à laquelle il semble si difficile d'échapper...

 

 

L'horreur établi sans fondement...

L'irruption inopinée de la puissance ; et l'invisible invité au cœur de cette matière fragile – brutale et brutalisée...

Le monde dans sa quête – son vertige – sa corruption...

Des choses et d'autres ; au cœur de la soif – au milieu du reste...

A grands traits – le monde tracé ; d'apparents quartiers – (prétendument) séparés par des frontières...

 

*

 

L’œil du miroir – moqueur – narquois ; face au reflet de l'ombre qui passe...

D'un trait furtif ; à peine un frémissement...

Comme un rictus au coin des lèvres ; comme un gouffre qui pourrait tout engloutir...

Pas quelqu'un – bien sûr ; quelque chose...

Une pensée sauvage qui saurait nous tirer de ce mauvais pas...

Le clin d’œil d'un Dieu facétieux – facilement railleur ; auquel il conviendrait de se soustraire...

 

 

Le dedans de la tête – macérant ; et offrant l'ivresse ; et le vacillement...

D'un sommeil boiteux ; d'un regard peu assuré...

A l'approche des rêves du monde – sur le sol froid...

La paume d'un Autre posée sur notre épaule ; et nous serrant la main ; et nous serrant la gorge – quelques fois...

L'étreinte lourde et inquiétante – faussement amicale ; là où, peut-être, s'achève l'humanité ; là où, peut-être, commence un autre voyage ; vers l'invisible – vers l'abandon ; vers toutes ces choses que négligent (si souvent) les hommes...

 

 

En soi ; la force vivante ; l'éclaircissement du regard – le souffle déployé ; au-delà des apparences ; au-delà des possibilités offertes par le temps...

Le présage d'un autre monde – d'un royaume suspendu ; de hauteurs habitables et sans frontière...

Un peu de sable – un peu d'exil – un peu d'éternité...

Comme une évidence – sans la moindre promesse – sans la moindre garantie...

 

 

L'édification toujours bancale du poème ; ce fol élan vers le réel – la vérité...

L'errance intuitive – vertigineuse ; si dérisoire...

Ce chantier perpétuel – comme la vie – qui s'enfante et se déploie – qui décline et se destitue – sans hâte – sans halte ni répit...

Le lieu du jour où tout s'invite ; l'espace des possibles où s'inventent – ne cessent de s'inventer – toutes les combinaisons (des plus élémentaires aux plus inattendues)...

 

*

 

La nuit ouverte sur la douleur...

Les larmes du temps qui coulent sur la peau...

La foi (encore) si pleine d'espérance...

Sur la balance ; des serments ; et quelques prédictions (évidentes)...

Le chuchotement des Dieux...

Le présence légère du vent...

Vers l'oubli – peu à peu ; ce qu'offre le monde...

 

 

Nos doigts sur le tambour du monde – sur le tambour du temps ; à un rythme endiablé ; le sable qui s'écoule...

Le cœur (très) mal nourri ; et l'âme dans son coin...

Et, à leur place, des urnes pleines de souvenirs et de cendre...

La vie – la mort – à grands traits rouges sur les visages ; du maquillage ; le masque de la transformation...

Et le long de la route ; des portes qui se referment ; la vie comme un rêve ; le monde comme une illusion ; et ce qu'il reste ; ce qui nous exhorte à continuer ; ce que nous faisons (malgré nous)...

 

 

Nuit commune – nuit singulière...

Tous les visages au seuil de tous les lieux ; poussant – poussant – poussant sans cesse...

Les dents en arrière – pour ne pas effrayer – tenter de faire bonne figure ; dissimuler (tant bien que mal) ses instincts carnassiers...

En se parant du parfum des vivants et de chair neuve...

Sous le ciel poisseux – composé de bric et de broc – parfaitement fictif – inventé de toutes pièces – mensonger sur toute sa longueur – et à l'envergure limitée (bien sûr) – (essentiellement) constitué de plaisirs et de rêves ; le noir oublié ou monnayé contre un peu de lumière (à bon marché)...

Le chemin des hommes – traversé(s) de circonstances – chargé(s) de chimères – bordé(s) d'interdits...

Le monde ; et son lot d'histoires banales – à dormir debout...

 

 

Les caresses du monde et du temps sur nos peaux (si) méfiantes – (si) rugueuses – (si) rétives au contact du réel...

La terre généreuse...

Et les jours qui passent ainsi ; dans l'indifférence (plus ou moins générale)...

 

 

L'homme-éponge – pillé – moissonné ; lui qui (à son insu) a engrangé toutes les richesses du monde ; tant et si bien qu'il ne lui reste que les malheurs (dont nul – bien sûr – ne veut s'encombrer)...

A ses pieds – des désirs de toutes sortes ; des lots d'insultes ; et quelques troubles (les plus graves – sûrement)...

Et qu'importe – l’œil magnifié qui fait la joie de tous ceux qui l'entourent – de tous ceux qui le rencontrent ; lui si solitaire...

Hormis les songes tristes – les grandes choses – et l'essentiel des désastres – chacun y puise avec excès – à outrance...

Et lui – innocent – (naïf – sans doute) y consent ; acquiesce sans un mot – sans la moindre volonté...

 

 

L'arbre et la pierre – ensemble...

Les fondations du monde ; cette appartenance à l'invisible et à la trame cosmique...

Le souffle et le feu qui offrent la respiration et le mouvement...

Comment a-t-on pu (à ce point) oublier l'origine et l'essence communes ; ce qui constitue (de manière fondamentale) tout fragment – tout regroupement – toute communauté...

 

*

 

L'âme ivre – perdue au cœur des boucles douloureuses du chemin ; dans cette sorte de voyage qui oscille (journalièrement) entre le merveilleux et l'affligeant...

Le cœur qui – au fil des jours – se flétrit ; sa surface – son apparence ; comme le corps ; indemne – éternel – dans ses profondeurs – dans son essence – lorsqu'il sait retrouver le noyau commun ; ce qu'il partage avec le reste...

La ferveur affaiblie – consumée alors que l'incompréhension et la cécité gagnent en ampleur (et en intensité)...

Chaque jour – le même sentiment qui s'accentue ; le même reflet qui apparaît – qui parade – qui s'épanouit...

L'illusion dans les deux sens ; aux deux extrémités de la perspective ; et le voyage qui tantôt nous éloigne – qui tantôt nous rapproche...

 

 

La voix solitaire ; comme le sang ; comme le reste ; ce qui n'appartient à personne...

Qu'importe la couleur du ciel et la lucidité des vivants...

L’œil humide ; et ce que laissent entrevoir les lèvres ; le fond de l'âme (d'une certaine manière)...

 

 

Les heures de liesse ; de l'aube au crépuscule...

La nuit repoussée – transformée en ailes portantes...

Dans le ciel – sans poids ; le noir vaincu – magistralement...

Souveraine – la lumière – jusqu'aux ombres assaillantes aux fenêtres...

Pêle-mêle ; le sable – les larmes et la joie...

Le monde et le temps – désertés...

L'âme étrangère aux affaires trop lointaines...

 

 

La veille déployée...

Dans le noir tendre – et protecteur – de la forêt...

Au milieu des bêtes et du froid...

Sans mur – sans attente – sans personne...

Des images à la douceur (authentique)...

La solitude étoilée...

Le labeur journalier – domestique – de celui qui laisse œuvrer – en lui – l'inaccompli ; étranger aux volontés (trop) individuelles...

 

*

 

Le nom des Autres – sans importance...

Le même visage – porté par chacun...

Le ciel enfoui – sous l'orgueil et la vanité...

A demi mort déjà – malgré la vitalité apparente...

Les yeux fermés – penchés sur le plaisir...

Qu'importe la taille de la fenêtre – qu'importe le paysage – pourvu que l'ivresse l'emporte...

Et l'hiver bientôt ; et la ronde inchangée des jours et des nuits...

Le nom des Autres – (toujours) sans la moindre importance...

 

 

Là – au fond des yeux – derrière l'opacité – cette lueur prise dans la nasse – comme ensorcelée...

La source même au cœur de la chair ; au cœur de la parole – le silence...

Et l'âme chavirée – anesthésiée – par l'expérience terrestre – par la malhonnêteté du commerce entre les créatures vivantes...

 

 

Sous les paupières – l'envol ; en rêve ; dans une sorte d'élan (médiocre) de l'imaginaire...

En silence ; se hissant à hauteur du réel...

Les lèvres serrées ; comme une grimace qui donne à la figure cet air cocasse – incongru...

Des résistances qui révèlent l'irrésolution de l'homme ; son clivage – son indécision – sa maladresse...

A la manière d'un carrefour où se rencontrent – où se percutent (si souvent) – toutes les forces opposées...

Des vies ambiguës ; sous l'emprise de l'équivoque – de ce qui cohabite férocement...

Ainsi sur cette terre – face à l'immensité ; cette incompréhension – cette impuissance – cette impéritie...

 

 

L'insanité de la main qui frappe – de la joue qui s'offre – de la chair violentée – du sang qui gicle – de la violence qui s'exerce – de l'innocence qui se plie au diktat de la force...

A peine quelques jours ; à peine un voyage ; et ainsi s'épuise (presque entièrement) la substance de l'homme...

 

*

 

Le soir venant – avec tendresse ; comme pour approfondir cette intimité avec soi – avec les choses – avec le monde...

L'automne du jour – en quelque sorte ; à cette heure où les pensées et les amours sont derrière soi ; presque plus des souvenirs ; des riens – des choses minuscules – qui rejoignent les (volumineux) amoncellements antérieurs – les nôtres et ceux de nos (innombrables) devanciers...

Ainsi apprend-on à marcher (à voyager – peut-être) – plus léger – (bien) plus légèrement ; à cet âge où le gris (si souvent) l'emporte (et accroît la charge – si substantiellement)...

Dans une progressive sortie du sommeil – à l'approche de la nuit – de l'hiver...

Paré – de plus en plus – pour la mort ; pour cette nouvelle traversée ; et ce qui viendra après – immanquablement...

 

 

Mille choses ; et rien que des sacrilèges...

Des injures à l'innocence...

Des stratagèmes – à travers ceux qui, sans l'être, s'imaginent rusés...

Personne – pourtant – ni ici – ni ailleurs ; le sacré s'offensant – riant de s'offenser – et s'efforçant du contraire – et riant de cela aussi – et finissant par s'effacer...

Non seulement personne ; mais rien (absolument rien) non plus ; juste le vide et ce rire – comme si quelque chose existait, malgré tout, dans cette sorte de néant...

 

 

Le temps broyé par l'imminence de la mort...

La monture foudroyée...

Le monde balayé...

La peur prégnante qui envahit le cœur – le corps – l'esprit...

Nous – nous réduisant à l'angoisse ; devenant l'angoisse ; l'angoisse vivante – sournoise – rampante...

Le signe que la tombe est proche...

Plus ni hargne – ni croyance ; ni ordre – ni désir ; l'âme recroquevillée au fond de la chair – apeurée par ce que brandit la mort ; cette main accusatrice – ce doigt pointé vers nous...

Nous – mais est-ce encore nous – nu(s) devant les mille éclats du miroir...

Dans l'axe des intentions et de la mémoire ; aspiré(s) déjà alors que le cœur défaille – alors que le sang se fige ; happé(s) par ce passage entre l'abîme et le sommeil ; et, au loin, cette fenêtre ; peut-être une nouvelle perspective...

 

 

Le jour dévêtu...

Dans la maille parfumée ; imprégnée de cette odeur de mort et de vivants...

Le souffle ; la respiration du tissu...

Comme un chant ; à travers la matière...

Et nous autres ; comme des mains émergeant du sable...

Aux limites de l'impossible...

Saisissant – soustrayant – saccageant ; comme une catastrophe ; une (simple) tentative peut-être...

L'incarnation ; dans un angle (très) lointain ; un recoin obscur du labyrinthe...

L'ardeur associée à l'espace qui s'essaie à la chair – à l'aventure – pour peupler l'immensité – jusqu'à l'épuisement – jusqu'à la saturation...

Une phase (parmi tant d'autres) dans le cycle éternel...

 

*

 

Les saisons passagères...

Le temps du retour ; cette récurrence...

Comme l’œil qui suit le jour et la nuit ; soumis à l'intermittence …

Le sommeil – l'obscur ; puis le corps qui se dresse ; le cœur qui cherche la lumière...

Cette mémoire très lointaine ; le premier souvenir – peut-être – qui guide l'âme et le sang...

Vivant ; sans même savoir pourquoi...

 

 

A ciel découvert ; le mensonge ; une longue série de voiles pour protéger le réel de cette incurable grossièreté...

Des mots comme des étoiles inventées – collées ici et là pour combler les trous – emplir les failles ; au lieu de creuser la terre jusqu'à la moelle...

 

 

Contre les choses – la langue ; leur histoire – le peuple immortel...

Et nous ; assigné(s) à cette lente dérive vers la mort ; les Dieux...

Pas à pas – au fil du temps ; l'infortune qui se dessine...

La terre ; et ses (très) lointaines influences...

Comme un sas qui délimiterait les points d'entrée – les confins des craintes et de l'enthousiasme...

L'inaliénable allégeance à la matière – aux chemins...

A la merci de ce qui nous détient...

 

 

La terre habitée – en silence – avec ferveur...

Sous des climats de soufre ; et des couleurs sombres ; des étendards pour asseoir notre mainmise – et notre réputation – sur les territoires conquis...

Contre les assaillants – les armes et les rêves brandis...

Sous les coups (assez) hasardeux des Autres ; du désordre et de l'agitation...

 

*

 

Les ombres familiales – cannibales – pourvoyeuses de mythes et de haine...

La chair malmenée – assignée à son rôle misérable ; sacrifiée en quelque sorte ; dans la ligne de mire de la faim...

L'ivresse de la violence ; le legs que perpétue chaque génération...

L’œil boursouflé – obstrué ; sous le joug de l'aveuglement et de la confusion...

De la boue et du sang ; asservis aux pugilats – aux batailles – aux tueries ; condamnant le vivant aux lois (ancestrales et terrifiantes) de la terre...

 

 

Sous la lumière rougeoyante du jour ; des gueules et des choses...

De la fumée épaisse qui s'élève de la fange...

Le temps fugace des vivants ; au milieu des morts et des disparitions...

L'usure et le déclin ; le destin de la matière...

L'usage mortifère du monde ; sous l'égide de l'absence...

Du sable qui s'écoule ; et que balaient les vents...

La source ; et les fontaines du temps...

 

 

A la source des songes ; l'absence de félicité...

La roche aiguisée sur laquelle on s'écorche – contre laquelle on se cogne ; l'âme sans perspective – la chair excoriée et meurtrie ; et cet obscur recoin où le corps s'est (très) provisoirement réfugié...

En attendant (assez fataliste(s) – inéluctablement) le tombeau...

 

 

Au seuil du jour – comme effacé...

L'âme encore sensible ; la paupière toujours émotive...

D'un instant à l'autre...

La mort à chaque foulée...

La vêture (de plus en plus) élimée...

L’œil hagard ; l'esprit confus...

Ainsi s'instaure cette étrange lucidité – sans rite – sans assemblée – sans sacrifice...

Le cours des choses – entre les grands arbres ; proche(s) du ciel...

Suffisamment désobscurci pour apparaître...

 

 

Sous l'étoile unique d'un ciel immense...

A ce point du jour...

Tant de grandes choses derrière nous...

A présent ; ni tendresse – ni connaissance ; l'obscurité régnante...

Au seuil de l'hôte ; toutes les portes ouvertes ; et l'âme calfeutrée – timide – renfrognée ; et l'esprit (encore) porteur de lances – de mensonges – d'épées...

Comme sous un linceul déjà ; étouffant...

 

 

Sur l'autel du monde – convié(s)...

Tant de gloire(s) ; tant de sable...

De longues errances – une longue divagation – dans l'abîme encombré de rêves et de fumée...

Des chemins et des lieux sans magie ; mille territoires sur lesquels s'acharnent l'essentiel des vivants...

Et sur ces amas de morts – le monde ; le monde sur lequel poussent quantité de légendes et de fleurs ; la terre de ceux qui inventent – guerroient – dupent et tirent parti...

 

*

 

L'aurore creusée par le jeu...

Le monde en noir et blanc – disparaissant (peu à peu)...

Sur le seuil – le prolongement de l'espace ; et de la danse...

A habiter ainsi la terre ; à la manière de ce que porte l'homme...

Des lettres et de grands chiens au fond de l'esprit...

Jusqu'à la tombe ; et au-delà – le jeu encore...

 

 

Désespéré ; celui que transperce le cri des bêtes ; comme une balle en plein cœur...

Le ciel offert au monde ; et le monde – territoire de l'homme...

Et la mort ; comme un rêve – le prolongement du voyage ; vers l'effacement ; et le récurrent sacrifice de la chair...

L'âme – sur son attelage ; franchissant tous les obstacles – bravant tous les interdits ; majestueuse – souveraine...

 

 

Du haut des voiles ; le chant des songes – attractif – inquiétant...

L'esprit au milieu des sables...

L'exil en somme ; et le vent ignoré ; et le monde méprisé...

La science de l'opacité – dans les yeux – entre les mains – des plus malhabiles...

Ainsi se prolongent – et s'accentuent – la séparation – le sentiment de l'étrangeté...

 

 

La marche du monde ; et ces foules grossissantes...

Le gonflement (anarchique) des empires ; la terre transformée en parcelles – en territoires...

Les proies de la faim – entassées en rangs serrés...

Les seules choses qui comptent chez les créatures...

L'usage et l'expansion ; et l'usure et le déclin de la matière ; et (presque) jamais l'essentiel – le retour vers l'origine...

 

*

 

L’œil rouge...

Devant l'âme qui mord la poussière...

Des signes vivants...

Le cœur au vent ; apprenant à s'abandonner...

Les impératifs de la solitude ; étranger(s) à toute forme de communauté...

Au-delà du rêve – du sang – de la mélancolie...

Autrement possible ; (très) lentement vers cette réalité...

 

 

Dans la pénombre close ; des restants de nuit...

La chair privée d’œil...

L'étrangeté des eaux dans lesquelles nous baignons...

Jusque là ; la bouche ouverte – bavarde ; le cœur taiseux ; et l'âme silencieuse...

Et sur la peau – des larmes ; et le rire (cinglant) des Autres...

Comme condamné à cette blessure inguérissable que ravive la proximité des hommes (et qu'accentue leur fréquentation)...

Parfaitement obéissant ; au-delà de tout orgueil – au-delà de toute intention...

 

 

Devant soi – de hautes murailles aux meurtrières obstruées...

Et derrière – le déclin honteux de l'homme ; mains sur le visage ; et, à terre, des miroirs brisés – pour tenter d'échapper à l'évidence...

Des plaintes partagées ; le lieu élargi des lamentations...

Et exsangue ; et, souterrainement, ce qui permettrait d'honorer la terre – de redorer le blason humain...

 

 

Entre des étoiles trop lointaines ; la terre – l'ivresse ; et le sentiment (inaliénable) de la liberté...

Face au sang et aux cendres qu'offrent le monde – les guerres ; avec son lot (atroce) de suppliciés ; et les égorgeurs que l'on glorifie...

Par là où s'écoulent la pestilence et l'infamie...

Si loin de l'homme ; cette autre race – cette sensibilité – la perspective (irréaliste aujourd'hui) d'un autre monde – impossible sans cet affranchissement des instincts et des illusions – (bien) plus qu'improbable en cette ère de jachère de l'esprit...

 

*

 

L'unité démultipliée ; la solitude plurielle...

L'infini empli de vide et de mouvements...

Pulsations – vibrations – aux mille couleurs ; contre l'immobilité et la noirceur (apparente) du néant...

Des bruits par la fenêtre entrouverte...

Rien que l'on exige du monde ; accroché (seulement) à son instinct de survie à travers le flux ; et le nombre proliférant...

Comme de la neige – mille flocons – des milliards de flocons – sur la roche ; un peu de blancheur dont la substance se pare...

Ce qui vient – ce qui va ; ce qui passe – à travers le défilé (naturel) des saisons...

 

 

Les Dieux qui dansent sur le dos des hommes – sur la tête du temps...

Pas un affront ; pas une offense ; une invitation au jeu – à l'évidence ; à creuser le cœur jusqu'à la joie – sous la couche apparente de tristesse et de gravité...

Et ainsi éradiquer l'espoir – le devenir – toutes les autres possibilités – jusqu'au (plein) débordement de soi – de l'être – jusqu'au (parfait) mélange avec le reste – jusqu'au plus irréprochable effacement...

 

 

Le cœur amer – le front haut...

Quelque chose de la pauvreté orgueilleuse...

Sur la pierre bleue – pourtant...

Si oublieux du sacré – de l'Autre – de la mort...

Réduit(s) à l'effort et à tendre la main – misérablement...

Comme plongé(s) au cœur d'une longue nuit d'hiver ; l'amour – le monde – ce qu'ils offrent (ce qu'ils daignent offrir)...

De l'argile plaintive et complaisante...

Aucune âme à notre rencontre...

Si désespérément seul(s) ; si atrocement humain(s)...

 

 

Le vent – les mains du vieil arbre ; sur notre peau...

Pris dans les filets du monde ; la ronde du temps...

A la manière d'un sémaphore dans les ténèbres...

Ce qui nous guide vers le grand large – le plein vent – au cœur de la désespérance – au cœur de la sauvagerie...

 

*

 

Au fond du corps ; le chant (le vieux chant) nostalgique du monde...

Le cœur rejoint ; l'Amour retrouvé – avant l'heure – en quelque sorte...

Une intention ; un désir [parfois – trop rarement (il est vrai)] suffisamment ardent...

De la terre au ciel ; vers le plus lointain...

De l'effleurement au plus intime...

L'essentiel du voyage – sans doute...

 

 

L'envol discret – presque hésitant – tant le silence s'est enraciné ; tant il a remplacé le monde – les bruits (et l'agitation) du monde...

En soi – la force – l'évidence ; ce qui demeure quelle que soit l'écume ; sa couleur – son parfum – sa puissance – son étendue...

Le bleu et le blanc déjà – en dépit des ambitions – en dépit des possibilités – en dépit des fenêtres closes (si souvent)...

 

 

En deçà des siècles en chantier ; la lumière...

Le jour triomphant ; dans l'agrément de l'âme...

Quelque chose de la vocation ; recevoir...

Au-delà des yeux – au-delà de la respiration du monde...

Ce qui enfle sur la pierre...

Au milieu du cirque ; l'annonce de la bonne nouvelle...

Et l'ensemble – à portée de regard...

Au cœur même du langage ; le silence...

Et cette joie contagieuse ; dans l’œil qui voit...

 

 

En ce très haut lieu de l’œil ; l'exil des princes...

La mémoire évidée ; l'oreille attentive...

Là où tout a lieu ; là où le trouble peut nous renverser ; là où s'invitent tous les possibles...

Au cœur de l'éclair ; avant que ne frappe la foudre...

 

*

 

Le souffle – contre soi...

Ce qui nous touche – nous porte – nous enlace...

Traqué(s) dans nos élans...

Débusqué(s) ; et recueilli(s) – jusque dans nos ombres déversées...

L'âme nourrie par ce qu'on lui offre...

Au cours du (pas si rude) séjour de l'homme sur terre...

 

 

Le cœur inconsistant ; plus encore que la chair...

Face à la nuit invisible – scélérate ; la torpeur – le corps inerte...

L'esprit emmitouflé au milieu de ses rêves...

Déguisé – défiguré quelque part...

Le secret parfaitement protégé ; si peu partagé...

Et en compensation ; un peu d'espérance...

Le ciel dans sa formule rapide ; octroyé contre quelques pièces ou quelques prières ; autant que les (prétendus) privilèges de la terre – inventés – illusoires – jetés en appât à l'intention de tous ceux qui manquent d'exigences et d'ambitions...

 

 

Scellé dans le jour ; le monde...

L’œil réfractaire aux noces et aux alliances ; à toutes les festivités trop bruyantes – ostentatoires...

Le chant de l'eau vive plutôt que la prière pesante – pressée – épuisante...

La fulgurance cristalline plutôt que l'effort et le labeur acharnés...

Et la lumière (presque toujours) attachée aux flancs des poètes ; qui essaie de distiller un peu de profondeur – de consistance – de vérité...

 

 

Aux confins d'un songe obscène ; la chute prévisible – inévitable...

A la manière d'une argile (très) maladroitement façonnée...

Avec des heures d'insomnie ; comme le prolongement du même sommeil...

Et ce rire – au fond du cœur – qui peine à se hisser jusqu'aux lèvres ; attendant peut-être – attendant sans doute – la résurgence d'un meilleur usage...

 

*

 

Dans le cercle des pierres...

Des jours et des paroles...

De grandes forêts sombres au cœur desquelles on trouve refuge...

Les mains qui fouillent dans les profondeurs de l'âme...

Au milieu du ciel – la nuit ; les ongles arrachés...

Et l’œil qui s'ouvre – peu à peu ; et le monde vu comme pour la première fois...

 

 

L’œil près de la flamme...

Le regard – la lumière...

Et cette manière pénétrante – chaleureuse – de voir ; et de tendre la main...

Autre chose que soi ; le reste (tout le reste) ; et ce que l'on porte...

Le visage soufflé ; comme du sable transformé en verre ; et qui se brise à la fin ; retrouvant la roche – retrouvant la terre...

Plus proche du sol – du ciel – que jamais...

 

 

Glaive à la main – dans le jeu belliqueux du monde – sans la moindre ordonnance...

Le rire et la légèreté – oubliés – assiégés – démunis...

Dans le bruit et la terreur ; le monde condamné à mort et à la confusion...

Sous le sang frais de ceux que l'on étripe – que l'on égorge ; la terre frémissante – la terre bafouée ; et ces larmes que nul ne verra jamais couler ; mais que les plus sensibles devinent (bien sûr)...

 

 

Lampe à la main – sous la pluie brûlante ; à travers les voiles suspects qui recouvrent (parfaitement) le réel...

La lumière dissimulée par l'ardeur des combats – par l'intensité des flammes...

Tout en haut de la terre éperonnée...

L'histoire tumultueuse – et dérisoire – de l'argile...

Et nous encore dans notre chambre ; au lieu du rêve – à danser encore...

 

*

 

Au fond de l'âme...

Mêlé à la substance...

Le cœur de l'être...

Derrière ce qui semble se dissimuler...

Exposé au grand jour ; disposé à servir...

Et se prêtant à tous les déguisements des figures ; et consentant même à se glisser dans leurs singeries et leurs stratagèmes...

 

 

Face au sommeil ; la même obscurité – sous les traits de grandes foulées blanches...

Comme un rêve ; ralliant le lointain d'un seul pas ; exhortant l'âme aux voyages; dépeçant la violence pour se saisir de ses éperons – de ses épées – et s'en servir à ses propres fins...

Ce que nous redoutons le plus (sans doute) ; au service du secret ; avec cette apparence du savoir qui fait passer notre labeur – notre honnêteté – notre innocence – pour de piteux mensonges...

Invité de l’œil ; invité du ciel ; sans (véritable) lien avec le monde...

 

 

A la source du salut ; dans l'herbe lointaine – dissidente...

A des hauteurs (parfaitement) respectables...

Au-dessus des ailes et des orages...

Au-delà des croix et des hantises...

Aussi loin que possible du commerce et du ciel inventé ; des prières trop promptes pour être honnêtes...

Et l’œil qui voit l'ardeur et l'âme, peu à peu, décliner...

 

 

Tous les masques suspendus au fil qui relie le sol aux créatures blessées ; avec leurs charges et leurs chaînes inutiles...

Sous la pluie – des pas...

Loin des querelles et des chambres sombres – ensommeillées...

Sans convoitise ; bien en deçà des songes auxquels s'attachent les hommes ; et qui construisent le monde...

Jetés parmi les semailles ; comme mille choses dérisoires...

 

*

 

L’œil griffé par le monde ; et que la forêt apaise ; et que la forêt guérit ; et que la forêt console et rétablit...

Au milieu de la fratrie silencieuse des arbres et des pierres...

A l'abri de toute violence...

Parmi les fleurs qui poussent...

Le ciel qui s'étire – amoureusement – au-dedans...

Et à travers nos larmes ; toute la tristesse des hommes...

Secouru par ceux qui ne comptent pas (qui n'ont jamais compté – sauf, peut-être, aux premiers temps du monde) ; tous – choses de personne – s'appartenant autant qu'ils appartiennent à l'ensemble...

Éléments rassurants ; comme un miroir clair – lumineux ; une lucidité (involontaire) salutaire – salvatrice ; ce que nous sommes fondamentalement – rappelé comme une évidence – une manière de vivre et d'habiter le monde – seul(s) – ensemble ; à sa juste place...

Et le regard – à l'intérieur : et cette assise incertaine que le vent ébranle ; que le vent, sans cesse, fait tourner...

 

 

Dans le secret du rêve incestueux ; la chair proche – la chair sienne...

Le souffle commun des haleines ; le parfum de la semence et du germe...

Du plus viril à la féminité ; de l'exultation au pourrissement...

En visites incessantes ; des uns et des autres – qui se partagent – qui se mélangent...

Le cœur même du monde ; inséparables...

Au milieu de ce magma d'argile – de ces éclats d'argile – masqués ; prenant et offrant ; évoluant avec toutes choses...

 

 

La carte du monde – de l'esprit – de l'espace – (très) amoureusement enchâssé(e)s – emboîté(e)s – entremêlé(e)s...

Au plus près du ciel – du sable...

Tout métissé ; jusqu'à la respiration – jusqu'au goût de vivre – jusqu'à l'invention des frontières – jusqu'au sentiment de séparation...

Des chemins de terre – de vent – que l'encre, parfois, parvient (assez malhabilement) à emprunter...

 

*

 

L'ombre parfaite – superposée – discrète ; portée – au loin – sur la pierre (sans que l'on y soit) ; comme si l'on était multiple jusque dans nos absences – jusque dans nos prolongements...

La disparition – la présence ; l'une dans l'autre...

Et ainsi glorifiés – la vie – la mort – le monde ; leur écume portée par les vents ; du grand large vers les rives ; puis, des rives vers le grand large...

Comme le ressac ; dans la main d'un géant...

Une respiration dans la poitrine de Dieu...

Comme si le ciel, soudain, nous recouvrait – nous absorbait ; comme si l'on n'existait plus ; comme s'il n'y avait jamais eu personne ; ni ici – ni ailleurs...

Le vide et ses (inévitables) tourbillons d'air ; des mouvements – comme une danse – des battements de cœur ; l'espace vivant qui se goûte – qui se découvre – qui se célèbre...

 

 

Le cœur errant – au goût de vivre incertain ; trop soucieux des souvenirs – des promesses – des présages...

Au fil (hasardeux) des saisons ; poursuivant son œuvre de déraison...

Fuite encore ; avec ce parfum lointain de nudité (introuvable – toujours introuvable) que l'âme apprend à humer pour s'éveiller, peu à peu, à son destin terrestre...

La figure vierge de tout espoir ; comme un long apprentissage...

 

 

Là où affleure le possible...

Les grandes choses ; et le ruissellement...

Les pentes naturelles vers lesquelles on se traîne (assez laborieusement – assez péniblement)...

Et l'essence du poème aussi...

Affranchi des ambitions guerrières ; et des revendications vindicatives...

Aux lèvres ; la fraîcheur – l'innocence...

Et dans les pas ; la danse...

Ce que le destin écrit ; au fond de notre âme ; cette encre de sang que la terre absorbe – et que l'ardeur dilapide...

Le monde (si souvent – trop souvent) plus lourd que le ciel...

 

*

 

Figures blafardes – rongées par le sommeil ; et qu'il faut consoler de leur défaut de splendeur et de sagesse...

Comme mortes déjà ; avant l'heure...

 

 

Façonné par l'or du jour...

Submergé par la lumière ; la matière obscure...

Des ombres dansantes que la joie libère...

En dépit des béances – entre les lèvres – qui appellent ; et qui happent...

Combats (sournois) de gladiateurs d'un autre temps...

L'enfer que l'on prolonge – en quelque sorte – pour éprouver l'expérience terrestre avant le retour à la terre...

Le destin de l'homme face au ciel – à l'abîme ; que l'esprit ne cesse de bâtir – de transformer – de reconsidérer ; comme s'il s'agissait d'une matière infiniment façonnable...

 

 

L'âme généreuse – face aux cœurs criards – aux visages défigurés par la tristesse – à la peur qui flotte – qui suinte – sur la pierre...

Au bas de la pente ; le monde étreint malgré la mort – la lâcheté et l'odeur de pourriture – qui nous entourent – qui nous dévastent – qui nous recouvrent...

 

 

L'absence prémonitoire du monde...

A grandes enjambées dans la mémoire...

Ce qui bat (encore) contre nos tempes...

A l'aube de l'infortune – derrière le sourire grimaçant des visages...

Au seuil du silence ; la nuit déjà...

 

 

Ici – sans (réellement) paraître...

Des paroles ; des choses et d'autres...

De la solitude et du silence...

Et la longue suite de gestes quotidiens – ordinaires (lents et sans cérémonial)...

Ici – présent ; l'esprit dans sa surprise – sa douceur – son allant ; et dans son innocence aussi...

A la surface du temps ; le déroulement habituel...

Et en profondeur ; le fabuleux – la joie et l'émerveillement...

Comme assis à la terrasse de l'immensité...

 

 

La joie – (à peine) perceptible ; si discrète qu'elle ne peut frapper ceux qui ont les yeux fermés ; cloués par l'ignorance – les malheurs – la misère ; toutes les (prétendues) épreuves jetées en ce monde par la main bienveillante d'un Dieu miséricordieux...

 

*

 

L’œil scintillant...

Sous la lumière de l'hôte...

L'obscur défait – invariablement...

Au sommet de la pierre – sous les étoiles – l'infini...

Et les hommes ; et les bêtes ; dépareillés – en combinaisons asymétriques – allant ici et là – s'enfonçant aux quatre coins du labyrinthe – seul(s) – ensemble – errant comme des créatures frileuses – engourdies – infirmes – amputées (sans doute) de l'essentiel ; engoncées dans leur furie ou leur ivresse...

Semblables (pourtant) aux Dieux les plus familiers...

Tous ; fils du ciel …

Si étrangers – pourtant – à l'essence commune que dissimulent leurs masques de chair et de poils...

Du côté de la cécité ; et de la confusion...

La nuit et la matière – enchevêtrées ; obligeant le monde à marchander ; réduit à l'échange et à la mendicité au lieu de célébrer ce qui le porte...

Et de l'oubli ; et de la neige – pour recouvrir les tombes ; et enterrer la mort...

 

 

L'âme qui creuse ; les heures passagères...

Sur ces terres dispersées par le vent...

Des rives encore ; et cette glace sur tous les chemins...

Transparence déserte ; parfois opacité grise...

L'étendue qui prolonge toutes nos absences – jusqu'à la mort – jusqu'à l'anéantissement...

 

 

Ce que l'usage honore...

La matière traitée avec tendresse et douceur...

Le long de la chair – un (discret) frémissement...

Sans croix – sans sacrifice...

Le cœur qui acquiesce ; l'âme qui sourit...

Le regard lucide ; s'offrant en toute innocence...

 

 

Les souterrains ravagés par cette atroce captivité...

Une longue détention sous la pierre noire...

Et ce chant – cette plainte (à peine perceptible) – qui monte des entrailles de la terre – de tous les ventres du monde – comme le prolongement (désespéré) de cette douleur muette et incurable…

 

*

 

L'âme de l'origine – avant (bien avant) la pensée – le prolongement du ciel avant que l'esprit ne lui fasse croire qu'elle s'en était séparée...

Un œil immense ; et une main tendre ; et tendue – pour soulager les manques (tous les manques) de la terre ; les plus grandes carences des créatures de ce monde...

 

 

Des allées et venues dans l'abîme...

Une manière de creuser le noir et d'effacer le blanc...

Dans une sorte de manichéisme primitif ; que nous avons repris et (très superficiellement) nuancé...

Le foisonnement mensonger du paraître et des apparences ; et mille mots pour décrire toutes les subtilités (perceptibles)...

Le plus grossier ; écrit à la craie ; que le regard embrasse et réunit ; et que la pluie efface et fait tomber dans l'oubli...

 

 

La solitude (parfaitement) épousée ; comme la force et l'élan ; l'invisible qui ne dit son nom...

Le sourire ; et cette présence...

Sans parti pris ; abandonné...

Comme unique témoin (possible) de l'immensité qui nous entoure – qui nous convoque – qui nous habite – qui nous réunit...

L'immersion de l'âme – des pas – du voyageur...

Comme un bain de joie ; une félicité intense et vivante...

 

 

Sans mot dire ; ce qui avance – ce qui s'installe – en nous – présent depuis (bien) plus longtemps que notre visage – que tous les visages qui se sont succédé depuis la naissance du monde...

Le destin des voies – et des espaces – parallèles...

Se frayant un passage (mille passages) entre l'âme et le souffle ; dans les interstices laissés vaquant par l'éradication (progressive) des instincts...

Réceptacle ancillaire ; (sans doute) notre seule (véritable) vocation...

 

*

 

L'air levé à la hauteur des Dieux...

A l'égal de l'eau et de la terre ; comme le feu qui habite l'espace...

Sur son lit ; la matière...

Et l'âme qui ressent la moindre secousse – le moindre frémissement ; qui devine les failles et les aspérités...

Sensible au souffle ; au gain et à la perte éprouvés par le corps et l'esprit ; autant (bien sûr) qu'à l'allure à laquelle on se rejoint...

 

 

Les grilles épaisses...

Le monde (terriblement) tentaculaire...

Des mains – des armes – des drapeaux – que l'on agite – que l'on brandit ; et toutes les histoires que l'on se raconte pour croire en ces gestes (en la réalité de ces gestes)...

Comme un écran devant soi pour éviter le monde – son visage ; l'horreur et la bêtise qui se perpétuent...

L'étrange serment que l'on se répète – involontairement – inlassablement – pour ne pas se reconnaître...

 

8 mai 2023

Carnet n°287 Au jour le jour

Octobre 2022

L'apparition (urgente) du jour ; plus qu'un vœu (la condition de notre survie)...

Dans le blanc des yeux ; les ailes déposées...

Le ciel à sa place (toujours à sa place) ; et la terre trop peuplée...

Le cœur pris dans cette résonance...

Indistinctement ; comme immergé parmi mille autres éléments...

 

 

Le rythme déréglé...

Comme une marche sur une voie de secours...

L'allure aussi prompte que possible...

L’œil ébahi...

Perdu au milieu des reflets du miroir...

Offert à la force indifférente du vent...

Au milieu des choses ; l'espace...

Le lointain ; et la figure du cri...

Des sourires et des grimaces ; par intervalles ; et de temps à autre – un masque de fer sur une plaie muette – purulente...

Sous des étoiles à la luminosité douteuse...

Ainsi s'élève-t-on – quasi seul – au cœur du désastre ; de manière plus ou moins discrète – de manière plus ou moins introspective...

 

*

 

Le cœur (parfaitement) mobile – (en partie) cisaillé...

D'un seuil à l'autre...

De lieu en lieu...

Monde après monde...

Au-delà – (presque toujours) – un peu plus loin...

Comme si la rive s'allongeait ; comme si le voyage se déployait...

Rien que du temps ; et la source intarissable qui renouvelle les désirs et la matière ; l'invisible et le décor...

Ici – sans autre ambition...

 

 

Au bord du temps...

Quelques restes de chemins (très peu empruntés) – (extrêmement) éparpillés...

Parmi les arbres qui parlent...

L'ardeur qui commence – imperceptiblement – à décliner ; les premiers signes crépusculaires...

A bout de souffle (sans en avoir l'air) – en quelque sorte...

L'extrémité de l'âme engagée dans la lumière...

Et notre tâche ; une manière de faire silence ; avant de s'effacer...

 

 

Le temps séculaire – inchangé – de l'attente (toujours aussi vaine)...

Des heures – des jours – qui passent ; et que l'on oublie...

Dans le sang – des mots qui dansent ; et que la bouche éructe à un rythme infernal – à un rythme endiablé...

Le rouge à l'honneur ; celui du monde – celui des songes...

Et ces larmes qui coulent sur ces visages qui jamais ne verront la promesse ; le règne de l'éternité...

 

 

Au fond des choses ; le rire...

Au fond du rire ; le vide...

Et cette fuite (inéluctable) du monde...

Vers la mort ; cette terre (supposément) relevée...

 

 

Le jour – peu à peu – éteint par la soumission – l'assuétude – l'agenouillement...

Et la possibilité de la lumière qui persiste – à travers la découverte du secret – la résolution du mystère ; à travers l'existence – comme un miracle...

 

*

 

Le cœur humble et hivernal...

Au milieu des choses ; et du silence...

Presque rien ; la joie qui monte...

La vérité du geste authentique – naturel...

Si loin de la plainte ; la parole dansante...

Le lieu de l'énigme sur la pierre...

Ce qui scintille derrière les couleurs...

Et la caresse du regard ; et la tendresse qui dissipe les murs et le sommeil...

Ce qui habite (parfois) le poème ; cette grâce discrète – (presque) imperceptible...

 

 

En chemin – comme la neige...

Le monde ; et la parole passante...

Davantage que des lettres – que des signes...

Le reflet – sans doute – du seul visage...

Le jour qui résonne...

Ce qui se détache – à l'intérieur du partage...

Le bruit de la rosée dans la voix amoureuse ; l'alphabet de l'invisible qui tambourine entre les mots ; comme si tous les possibles s'invitaient simultanément dans cette manière (vagabonde) de traverser la vie – à la façon du ciel – du sable – des oiseaux...

 

 

Comme étranger(s) au silence – au regard...

L’œil rond – surpris – inquiet...

Vers le haut – la lumière...

Et l'âme (bien sûr) qui devine la direction...

Penché(s) sur soi ; comme sur toutes choses...

Et les cœurs méfiants – craintifs – inquiets – serrés les uns contre les autres...

D'une certaine façon – une impossible idée du monde...

 

 

D'une plaie qui offre la force...

Cette étrange ascendance dont nul ne se réclame....

La terre rouge – couleur des origines – couleur du temps...

Contre soi – la nuit tombée ; l'effroi de la mort ; et les malheurs – sans discernement...

La gorge défaite ; pas même un bruit...

Tous les orifices qui suintent ; et les yeux qui regardent (vaguement) les substances s'évacuer...

Le vivant – sans rire – sans promesse – réduit à un peu de matière – à un peu de misère ; pas si différent des corps inertes que l'on brûle ou que l'on enterre...

 

*

 

La plaie originelle – encore ; comme indéfiniment partagée...

Insaisissable par le langage ; et que chaque existence reflète (pourtant)...

La pluralité éparse qui s'ignore ; inconnue à elle-même (en quelque sorte)...

Sous une chape de silence – épaisse – nocturne...

Mille chemins ; et autant de cris – d'espoirs – de gémissements...

Et cette douleur impossible à comprendre – impossible à éviter ; qu'il nous faut pénétrer...

Nulle part où se réfugier – nul lieu où aller ; ici ou ailleurs – qu'importe où l'on est – où l'on s'est (très provisoirement) installé ; à peine effleurée l'idée de s'enfoncer en soi (avec, bien sûr, tous ses empêchements)...

L'ombre – partout – qui nous encercle – qui nous assaille – qui nous envahit...

Sur cette terre (à bien des égards) – le règne du plus sombre...

 

 

L'arbre traversé par le ciel ; et, parfois (de temps à autre), par la parole...

La pierre gravée de ses initiales...

Un peu de lumière sur les songes du monde...

Comme une autre sente qui se propose ; un espace où l'on peut se ressourcer au lieu de s'épuiser ; à la lisière de soi – au-delà de toute question – au-delà de toute réponse ; au cœur de cette présence commune et silencieuse...

 

 

L'odeur brunâtre de la faim...

Le monde-gibier entre nos mains carnassières...

Le désir (presque) toujours fougueux du reste...

Ce jeu (inévitable) qui habite la vie (et les vivants) ; et sans lequel ils ne seraient pas...

Tour à tour – herbe – biche ou tigre ; glissant (involontairement) de l'un à l'autre – dans l'éternelle magie du retour et du recommencement...

Et, pourtant, comme une musique triste (et légèrement nostalgique du temps d'avant la séparation) dans la voix qui raconte le spectacle – passablement étrangère aux drames et à l'emprise du rêve...

 

 

Entièrement à Dieu – à l'Amour – à la mort – à ce qui se propose (très) provisoirement...

Au cœur du grand cirque de la terre et du ciel...

Le vivant en tous sens ; s'essayant (bien sûr) à toutes les combinaisons possibles (à toutes les combinaisons imaginables)...

Ainsi ose-t-on – peut-être – au fil du voyage – à travers la longue suite des existences successives – à se risquer, pas à pas – peu à peu, à vivre au-delà du connu – au-delà des remparts faussement protecteurs que l'on a (naturellement) érigés autour de soi...

 

*

 

Le cœur se souvenant du creux dans la parole ; ce lieu comme un silence où naissent le monde et les choses...

La possibilité d'un regard sur ce qui semble étranger...

Des traces de lumière si anciennes qu'elles donnent à l'écume cet éclat...

Le visage d'avant le temps...

Le seul sourire – la seule sagesse – qui compte – au cœur de ce désordre passager...

 

 

Le provisoire qui déborde de modalités – de conjectures – d'opportunités – affranchi (d'une certaine manière) du martèlement du temps ; de la fausse idée de liberté dont on rebat les oreilles de l'homme depuis des millénaires...

Soudain – la fulgurance de l'éclair et du trait...

Sans doute – le plus poétique de ce monde qui emporte (pour un court instant) la mort et les vivants vers un lieu où la nuit n'existe pas...

 

 

Enfin la lumière – immanente – horizontale – parfaitement quotidienne...

Entre les arbres et les pierres...

A la vue de tous ; et que la plupart ignorent ; et que la plupart ne voient pas...

Réuni(e)s – toutes ses parcelles – tous ses éclats – dans le cœur qui veille – dans le cœur vigilant – qui place le regard au-dessus du monde – au-dessus du souvenir – au-dessus de tout ; et pouvoir ainsi pénétrer le fond des âmes et des choses ; habiter la vérité vivante...

 

 

Le temps – le secret – le trésor – qu'éparpille le geste inattentif...

Comme condamné(s) à la course mécanique...

Les yeux fermés – la tête grise et triste – mouillée de larmes et d'incompréhension...

L'âme défaite – sous des avalanches de malheurs qui confinent à la malédiction ceux qui, par excès d'absence, ceux qui, par défaut de présence, ne sont pas véritablement vivants ; pas même ailleurs – (presque) inexistants...

 

*

 

Le silence aérien...

Lové contre le jour...

Et le monde affamé qui, sans cesse, doit assouvir sa faim...

Le cours des choses – sans heurts (véritables) – sans (réelles) interrogations...

Le rôle perpétuel de ceux qui habitent la terre...

A la manière d'un songe impatient et solitaire...

 

 

Le cœur chargé de douleurs...

Ce qui se retire ; ce qui se rétracte – en soi...

Notre présence apparente ; cette appétence pour les choses futiles ; une manière d'agrémenter son existence ; de survivre à tous ses malheurs...

La gorge irrégulière ; autant que l'âme ; parfois courageuse – silencieuse ; d'autres fois encline à la tristesse et à l'épanchement...

Quelque chose du bruit et du temps – sur ces rives sans tendresse où les hommes se sentent si seuls qu'ils amplifient la rumeur du monde au point de transformer le regard indifférent – le regard inventé – de l'Autre en loi essentielle – en loi irrécusable ; une terre étrange où chacun agit pourtant comme s'il n'y avait personne – comme s'il n'y avait que soi ; une terre où nul (sans doute) n'existe vraiment...

 

 

Toutes les offenses du monde – oubliées...

De la poussière emportée par le vent...

Des cris dans le vide – sans bouche – sans oreille – sans personne...

Qui pourrait donc comprendre...

La clarté du sang dans le froid...

La terre sombre ; et les bêtes – et les hommes – dans leurs tranchées...

Des adieux – par milliers – par millions – au milieu des éventrations...

Et ces paillettes d'or – virevoltantes – comme une pluie scintillante sous les étoiles...

Comment expliquer cette joie ineffable...

 

 

Les yeux baissés ; l'humilité dans son déploiement...

Face à l'orgueil – face à la cécité...

La dernière parole – peut-être – comme un chuchotement (à peine)...

Au fond du cœur ; l'obéissance révélée et le silence...

L'affranchissement de l'âme ; libre du monde depuis toujours...

 

*

 

Le surgissement de la lumière...

Dans un repli du voyage...

Après la terreur des temps immobiles et la frénésie...

Sous le pas glissant – naturel ; au rythme qu'impose la reconnaissance...

Un passage dans l'ombre ; à la pointe du détachement...

 

 

Dans la plaie semée à la naissance ; la lecture des possibles...

Des signes invisibles tatoués dans le sang...

Tout un destin qui se dessine – sous le joug de l'innommable...

Et tout qui étouffe ; et tout qui cherche à s'échapper...

Et les premiers pas qui (très souvent) se font dans le cri, puis (parfois) dans la parole...

Le sens de la marche dans le sable et la neige...

Le désert hivernal comme seul lieu – comme seule saison ; ce qu'il nous appartient d'apprivoiser...

 

 

Dans l'avant-monde du vivre...

Des terres brûlées ; et des cœurs dociles...

L'absence (manifeste) des âmes...

Des refus ; sous le règne (évident) des miroirs...

Étrangers à toute aventure réelle...

Les habitants du rêve...

 

 

Épuisés par la couleur du songe...

Ces yeux d'enfants mal éclairés...

La lumière qui coule sans jamais s'arrêter...

Et les passagers qui s'enlisent dans la lie – (totalement) privés de Dieu...

L'impatience et l'avidité au lieu d'une cueillette sage et frugale...

Sous l'égide des versets et des agenouillements...

De la souffrance ; et autant de tentatives d'échappée que de dislocations...

A perte de vue – des cohortes de cœurs inconsolables qui tentent d'aller par deux ; au milieu des champs de fleurs et des larmes ; l'espérance (pourtant) vissée au front...

 

*

 

La saison finale – peut-être...

Le terme du temps – en quelque sorte...

Là où le jeu commence ou s'éternise ; qui peut (réellement) savoir...

Sans raison – sans pourquoi ; avec le souvenir de plus en plus flou d'avant – substantiellement déformé à mesure que le rêve prend forme...

L'hypothèse d'une sorte de visage plutôt qu'une réalité...

Et ainsi de toute histoire ; et de son déroulé...

Dans l'arrière-scène des Autres – entre coulisse et décor ; et ainsi pour chacun – malgré la solitude (magistrale) et l'inconsistance des pactes et des mots...

 

 

Le ciel (assez) disgracieux – bas et froid ; comme une couche supplémentaire de matière sur la terre – la chair – déjà (passablement) enrobées...

Le poids des actes – peut-être ; ces mille gestes sans densité – (parfaitement) inconséquents...

Des têtes mortes ; et du côté des cœurs défaillants (bien sûr)...

Le fond de l'abîme – sans doute – comme un écrasement...

 

 

A demi nu déjà ; défait et dérivant – dans le brouillard poussiéreux du monde...

D'une terre à l'autre – dévalant le désordre et le déclassement (à grandes enjambées)...

En exil ; de plus en plus...

Et derrière le fouillis des images ; ce qui émerge ; ce qui (soudain) apparaît...

Dans les yeux – des reflets (de simples reflets) ; le sol craquelé des existences...

Et l'oubli – comme une succession de vagues ; une sorte de déferlement sur le temps – sur ce que nous avons su ; et sur le devenir – cet après qui ne sera plus...

En pure perte ; qui que l'on soit – quoi que l'on fasse ; des gestes et des cris – en désespoir de cause...

 

 

A respirer encore dans l'entre-deux du monde et du corps...

Le temps arrêté ; le souffle en suspens...

Et ce silence sans sommeil – comme un écart – la possibilité d'une écoute – d'une présence ; l'écho du vide et l'espace – dans nos têtes – toutes les résonances ; entre l'extase et l'enfer – d'une égale façon...

 

*

 

Sans cesser ; la mort éteinte...

L'incessant labeur de l’œil sur le temps...

Des siècles de sommeil jetés par la main neuve – la main nouvelle...

Dans la brume grise – opaque – au loin – le monde qui tourne – comme se courant après – après l'idée qu'il se fait de lui-même – et que renforcent (bien sûr) les jours qui passent – pendant des millénaires (quasi identiques) ; le front rivé sur le chemin réalisé et les pas qu'il reste à accomplir ; le progrès apparent comme une spirale fébrile et infinie dont la course folle est (inlassablement) nourrie par les solutions qu'inventent les hommes pour échapper aux désastres qu'ils ont engendrés...

Et nous – un peu à l'écart (bien sûr) – en retrait – invisible ; aussi loin que possible de cette foule aveugle (et aveuglée) – de cette fuite en avant inquiétante et mortifère...

Dans les collines – dans la forêt – là où les histoires et les fables s'étiolent – s'effacent devant la réalité irrécusable ; en ces lieux salvateurs où la nécessité se substitue aux désirs – où l'attention et le geste remplacent les images et les croyances...

Comme un refuge immense – l'espace entier peut-être – dans lequel vit ce que nous sommes – ce que nous portons – ce qui émerge (lentement) – à travers notre danse silencieuse et quotidienne...

 

 

Au sortir du monde – le temps arrêté...

La tendresse comme un bouquet de fleurs vivantes offert à chaque instant...

Le prolongement de la terre ; la caresse qui arrache aux profondeurs le désespoir enfoui – accumulé...

Vêtu de lumière – de grandeur et de lumière ; à toutes les altitudes ; le cœur et le corps à l'abri des larmes et des coups ; le sang et la sève (largement) indifférents au défilé des saisons...

 

 

Sous le règne effarant de l'offense et du sacrilège – en ces temps de susceptibilité affûtée – (totalement) maladive...

La foule – à l'image de chacun (presque chacun) – gorgée de principes – de fausses vertus – de doléances et de récriminations – blessée par quelques (dérisoires) égratignures (symboliques – l'essentiel du temps) aussitôt transformées en plaies béantes – en blessures quasi létales – en ce monde d'individus abrutis et bornés – en cette ère qui sait mêler (avec tant de talent) le sommeil et la violence – où l'on s'offusque à cor et à cri pour quelques riens ; où l'on est prêt à brandir la menace et les armes – à jeter sa vindicte sur celui (ou ceux) qui a (ont) osé nous outrager et à mettre à mort le (ou les) supposé(s) coupable(s) des salissures qui ont entaché notre honneur (ou notre réputation)...

Ainsi naissent – et se propagent – tous les lynchages – tous les massacres et toutes les tueries – en ce monde où chacun revendique le droit à « la dignité » ; et se sent bafoué, à la moindre critique – dès qu'il a le sentiment d'être remis en cause dans sa très (très) étroite identité*...

Un pauvre monde d'idiots susceptibles et vindicatifs...

* réaction exacerbée née de l'hégémonie de certaines catégories de la population ; de leur domination et de leur mainmise pendant des siècles (et, parfois même, durant des millénaires) sur certains groupes d'individus jugés minoritaires – insignifiants – inférieurs – que l'on a privés de presque tous les droits (allant parfois jusqu'à leur dénier le droit d'exister)...

 

*

 

Ensablé dans l'épreuve ; comme face à l'abîme...

Sans retour possible ; l'exact déroulé...

La tête dans l'alignement du temps...

Au bord de la fable ; au bord du discernement...

Et l'empreinte des pas sur le sol – à peine perceptible – mêlée aux traces de tous nos devanciers...

De plus en plus humble – et solitaire – à mesure que l'on s'éloigne de l'imposture...

 

 

Sans hâte – comme la neige – aussi régulière...

Le temps de quelques saisons...

La chair propice ; l'âme absente ; puis, inversement – sans (réellement) chercher à comprendre...

Des soubresauts ; un vague parfum d'errance...

A la verticale de la même étoile ; et sans jamais s'écarter (s'éloignant de quelques pas – tout au plus)...

Ce que l'on appelle – un destin tracé ; la vie comme sur des rails...

 

 

Ici – à larges bords – la débâcle...

Dans le remugle du temps...

Le cœur soulevé – au milieu des carcasses – par les caresses du vent...

Presque nu – à cet instant...

Sous cette étoile d'or...

En ce coin du monde ; une sorte d'angle mort...

Prêt à quitter ces remparts caverneux – d'un âge primitif...

Et nous exposant à la pente – sans contrepartie...

Le soleil sur la langue...

L'urne de la délivrance – sur ce sol sans récompense...

 

 

Le monde élevé au rang de muraille...

Les larmes balayées – une à une – d'une main rude...

Le cœur hostile – opiniâtre – apte à la guerre – âpre au combat ; se faufilant farouchement entre nos baisers tendres – essayant d'échapper à toutes les tentatives de réconciliation...

Se jetant sur le flanc des Autres – les dardant de ses pointes acérées – se livrant à toutes les joutes – sans (jamais) fléchir – refusant toute main tendue – se livrant (sans retenue) à son atroce destin d'assassin...

 

*

 

L'éclipse du monde – dans notre élan...

Une fuite éperdue vers ce retour (inévitable)...

Chemin du secret – et des origines – plutôt que rives et routes communes – surpeuplées – trop fréquentées – abominables...

Et ce qui est vécu – irrésistiblement...

La nécessité ; vers l'essentiel...

 

 

Trop aveuglément humain(s)...

Des inconséquences – des incidences – (très) nombreuses...

Le ciel – comme la mort – dénié dans sa nature ; et dans son rôle...

A la place – un amas d'inventions ; choses et idées – transformées (l'essentiel du temps) en édifice ; des murs – des remparts – des enceintes ; et des stèles et des colonnades pour glorifier l'homme (célébrer l'humanité)...

Sans doute – une plaisanterie ; tant la mascarade et l'illusion sont grossières...

La (grande) naïveté des têtes au milieu de la nuit noire ; l'esquisse du monde...

 

 

Autour de soi – le monde – l'enfance calfeutrée...

La disparition du jour ; le ciel gris...

Les regards perdus ; les âmes courant en tous sens...

L'effondrement (à peine perceptible) du jeu de cartes – des édifices (très) provisoirement érigés...

Au carrefour des possibles...

La fin de quelque chose ; l'incertitude exacerbée...

Et le balancement des cœurs ; et le sang fébrile – sous un soleil nonchalant...

 

 

Le jeu invoqué...

Des mots et des étoiles...

Des fenêtres ; et la lumière...

L'ombre de la beauté dans nos songes évasifs – si précis – si fabuleux...

Et sur la peau – et sous les pas – cette clarté naissante – heureuse d'apparaître ; heureuse d'éclairer...

 

*

 

Le front nocturne – inchangé...

L'invention de soi – malgré le sang et les instincts ; les limites de la matière...

La cassure de l'étrangeté ; et la possibilité de la perte – inhérente au jeu – ajournées (autant que possible)...

Parmi les ombres ; parmi les morts – déjà...

Rien que des rêves et des légendes ; et à peu près rien d'autre sur cette terre...

 

 

Des entraves – des étreintes – hissées sur toutes les bannières...

Du temps et de la poussière – ensanglantés – ensemencés – selon la vitalité des amoureux – selon l'ardeur des belligérants...

Le pays du prolongement et de l'oubli...

Réductible au rêve...

Face au mystère inexplicable ; hébétés – indifférents...

Ce que l'on nous prête ; le cœur battant...

 

 

Des lambeaux d'âme ; le cœur gisant...

Autour – le monde sans fin – parasitaire...

Les yeux rouges ; et noir – la couleur du sang séché...

Un carré de terre pour nos vieux jours...

Le sommeil – déjà derrière les yeux...

Et cette encre – vivante encore – très longtemps après la mort...

 

 

Ici – penché – bancal – maladroit – alors que d'Autres feignent la parfaite verticalité – la connaissance – la compréhension ; et l'expertise même en matière de lumière et de joie...

Séparé – de moins en moins – sans doute – du reste ; de l'amas – des choses indistinctes...

Comme un accord tacite – entre nous...

Bien plus secret et silencieux qu'autrefois...

Le monde et le temps – désempilés ; en voie de régression...

La seule réponse – peut-être – à cette terre qui tourne en rond – à ce monde qui marche sur la tête ; sans même la nécessité d'abaisser le ciel...

 

*

 

Derrière les rideaux – le brouillard...

Devant le miroir – le sourire ou la grimace – selon les jours...

Et sur les longues routes qui serpentent sur la terre ; des visages impassibles et des jeux enfantins...

Et ce silence – si proche – qu'il suffirait de se pencher pour disparaître – parfaitement caché(s) – totalement englouti(s) – par l'épaisseur salvatrice...

 

 

Le temps à la dérive...

Des voix parmi les étoiles...

Des rêves ; et l'invisible...

Et cette chambre isolée – au milieu de la forêt...

Comme une traversée de l'écume ; un éloignement (radical) du monde...

Et les bêtes – toutes proches – tapies derrière les fourrés et les arbres morts ; à pas lents sur l'épais tapis de feuilles...

Le passé de l'homme – comme abandonné (définitivement) derrière soi ; et tout le temps nécessaire, à présent, pour s'aguerrir – se familiariser avec le monde naturel – rejoindre – au-dehors-au-dedans – la part la plus ancienne – la moins humaine – la plus sauvage – du vivant ; l'en deçà du nom et du visage ; ce que nous serons tous amenés à (re)devenir un jour...

 

 

Au fil du voyage – la lumière ; et l'éloignement des étoiles...

Du langage à l'indicible ; de l'indicible au silence...

Le visage, peu à peu, éclairé ; et le geste (parfois) éclairant...

Ni trace – ni chemin – sur l'étendue désertée...

L'espace ; et le sourire...

La porte du cœur ouverte ; et ce que l'âme entend...

Le monde de plus en plus loin ; cet enfoncement dans les profondeurs...

 

 

Des histoires encore ; les ombres au-dehors...

Le temps secoué par les paumes impatientes...

La brutalité à travers le sang ; la barbarie (manifeste)...

Tourmenté – le séjour des bêtes et des hommes...

Et au fond des yeux ; l'antériorité (celle des ancêtres et celle d'avant le monde – trop souvent rivales)...

Et sur les pierres irradiées de soleil ; des questions et des prières – adressées à un Dieu hypothétique ; tous les signes de l'incompréhension exposés – mis au jour (avec évidence)...

 

 

Enchanté par la voix – les cris – les chants – le silence – les lieux...

Dans l'intimité des habitants des bois...

Amoureusement installé ; attentivement étendu...

A l'heure des solitudes couronnées...

Au cœur de l'hiver...

Une autre possibilité d'habiter le monde...

 

 

La tête inclinée – loin des reflets mensongers des miroirs...

Par-delà la blessure – les apparences...

Par-delà la tristesse et l'absence...

Au-delà des joutes et des jeux...

L'espérance brisée ; avec le temps qui se fracasse contre la pierre...

Les peines en noir et blanc – oubliées ; comme effacées par l'ambivalence des larmes...

Et cette disparition comme une fête ; le cœur et le monde (radicalement) inversés...

 

*

 

La force accrue par le souffle...

L'oreille attentive aux bruits de la forêt...

Un lieu ; des passages...

Le monde invisible qui se déploie ; qui nous exhorte ; comme un appel – un enchantement...

Le vent contre la joue...

La neige balayée par le vent...

Quelque chose de la joie ; l'inexplicable qui dure ; le cœur en accord avec l'émergence ; ce qui jaillit (naturellement) de la source...

 

 

Le jour ; sans le poids des mots...

Une autre manière d'être là ; une autre manière d'être présent au monde ; une façon plus directe (bien plus directe) d'entrer en contact – et de nouer des liens – avec les choses et le vivant...

L'âme silencieuse au milieu de la poussière...

La lumière au-dessus du sommeil ; et le vide au-dessus de la lumière...

L'espace qui intègre toutes les formes – tous les visages ; fouillant les moindres recoins du chaos – en quête de l'infime – de l'insignifiant...

L’œil qui déroule tous les paysages ; qui accentue l'intensité des couleurs ; tout – parcouru de long en large...

Et l'écoute – et l'attention – comme une danse avec le rêve ; l'alliance de la joie avec ce qu'il y a (sans doute) de plus sauvage chez l'homme...

 

 

De haute condition – l’œil vivant – la main tremblante – face à l'infini...

Au plus proche de la tendresse racinaire...

Sur cette vieille terre inestimable...

Sous des étoiles qui célèbrent sa courbe...

L'invention du monde ; le seul royaume de l'homme – sans doute...

Et cette lumière qui laisse à l'ombre sa part intacte...

 

 

Le désir assumé du plus haut ; ce qui confine à l'insignifiance les plus grandes richesses...

Dans cette sorte de jardin ; à travers l'enfance (estimée à sa plus juste valeur)...

La même chose qu'ici – aux lisières de l'entendement...

Davantage que le songe ; la reconnaissance du mouvement ; et l'immobilité au fond de la crevasse creusée par la fébrilité des ventres et des âmes affamés...

 

*

 

Le chant inséré...

D'une dimension à l'autre...

Comme un rayonnement...

Vers le monde ; l'indistinction...

L'écume éclatante...

Les rebonds de l'écho au fond de la fosse...

Éparpillées – l'épaisseur et l'opacité...

Vers cette absence de visage ; le sens actuel de l'élan – du voyage...

 

 

Rien d'étrange – en soi ; la saveur de l'inconnu...

Ce qui assouvit cette soif (qui nous anime) – sans eau sur les lèvres...

Des noms – des chemins – empruntés – parcourus...

Le cœur que l'on appâte...

L'attente du jour ; la venue (discrète) de l'invisible...

Vers l'étreinte et la transparence – à la place du corps – à la place du sang...

 

 

L'appel du vrai – au dernier étage de la folie...

Juste derrière – le cœur saisi par l'enfance...

L'espace où règnent tous les ordres ; et celui, souverain, de l'intangible – à son paroxysme...

Simplement aller ; et se laisser mener par ce qui surgit...

Sans heurt – sans résistance – sans affrontement...

Entre l'ombre et le songe...

D'une couleur à l'autre ; qu'importe le déguisement...

De l'or au creux de la main ; et mille soleils qui éclatent au fond du cœur...

 

 

Harcelé par toutes ces mains nocturnes – prétendument guérisseuses...

Face à l'aube blafarde à laquelle on offre sa sueur et le sang des Autres ; à laquelle on jette quelques riens – du menu fretin...

Et nous – déguenillés – sur cette travée étroite – au seuil de l'invisible ; et ces charrettes de pensées qui hantent la tête ; et qu'il nous faut (très laborieusement) pousser...

De la crédulité au fond des yeux ; et la vaine espérance d'un ciel accessible – d'un ciel sans ombre – sans recoin...

 

*

 

Contre la muraille détruite ; des ombres blanches...

Le jour ligaturé....

De la brume et du feu...

L'enfance apeurée – trop chahutée par les luttes et les alliances – par les ruses et les mensonges...

Comme un empêchement ; un rejet – (sans doute) l'oubli de l'essentiel...

Quelque chose de perdu – à jamais – peut-être...

Un lieu où la parole ne compte plus ; pas davantage que le silence...

 

 

Le souffle qui célèbre les jeux...

Le labeur sous-jacent du monde...

Rien d'étonnant – malgré les apparences...

La persistance du bleu – malgré l'obscurité – au cœur de la nuit la plus noire...

Et cette lueur au fond du sommeil – recouverte de rêves et de cendre ; vivante – malgré la force des illusions ; et qui se ravive – et qui s'intensifie – aussitôt que le silence s'impose ; et qui embrase le reste aussitôt que le vent remplace la volonté et les cris...

Rien ne saurait éteindre cette clarté première – originelle – que chaque cœur recèle ; que chaque âme réclame ; et qu'il nous appartient de reconquérir pour offrir au regard et aux gestes cette justesse qui leur fait, si souvent, défaut...

 

 

Lance à la main ; le cœur figé...

Le poids des ancêtres sur l'épaule – guidant le geste...

La terreur bien menée...

La rouelle serrée contre soi...

Sous la lune – les hommes en rang...

Toute une armée d'assassins – marchant à la pointe du sommeil ; les yeux comme des torches ; les cris comme des songes – joignant les bras aux lèvres pour attaquer leurs ennemis – leurs opposants – le reste du monde ; vivant de guerre et de chasse – depuis la nuit des temps...

 

 

Sous les feuillages – le parfum de la nudité...

Et au-dessus – l'arche du ciel richement étoilée...

Et les paumes qui se joignent ; et les chants qui s'élèvent...

Face à l'invisible ; les portes qui s'ouvrent ; accompagné(s) par le son des tambours ; à la manière d'une clé...

En compagnie des esprits de la forêt qui, un à un, apparaissent ; au cœur du bruit – le silence ; tout autour – et au-dedans – comme une épaisseur qui protège le secret...

 

*

 

Le cœur transvasé dans l'arbre – loin de l'horloge – loin de la mémoire...

Le vent ; vers ce monde infini – indéfinissable...

Ni plainte – ni offense – ni prière ; l'espace nu qui offre au regard la poésie nécessaire – la nourriture du jour ; et l'abri dans les branchages...

Une vie lumineuse ; au milieu des ombres silencieuses...

 

 

Le cœur qui murmure ; qui s'éloigne des heures épuisantes – du monde éreinté – des âmes éteintes...

Le rire – entre les lèvres serrées ; et, soudain, la bouche grande ouverte ; la voix douce qui a longuement patienté...

Par ce chemin diurne ; la lampe à la main...

D'une patrie à une autre – sans jamais quitter l'origine...

Le poids du ciel ; et des ailes – pour voyager...

 

 

En plein vent – la lune – ronde – rousse – étonnée – éclairant nos pas sur ce chemin nocturne – sans fin...

Les yeux sales de violence et de poussière...

La tête ornée de cette puanteur ; la chair trucidée – inerte et molle – que l'on ingurgite (tout au long de la journée)...

Que sommes-nous... qu'étions-nous ; et nous sera-t-il encore possible de devenir...

Dans cet abîme – dans cette errance – dans cette débâcle ; si peu vivant(s) – en vérité...

Les poings brandis avec orgueil – comme un enjeu – un défi – relevé pour soi-même...

Des songes entassés sous le front rude et obstiné...

Au bord d'un ciel possible – que l'on devine – que l'on entrevoit parfois – au plus clair des heures...

A l'orée de cette terre rouge sur laquelle on séjourne depuis trop longtemps...

 

*

 

L'ombre sévère engloutie par la brume...

Le cercle autour de soi ; cette présence discrète...

L'Amour ; et le futile qui (aussitôt) se dissipe...

Le bruit régulier des saisons...

Le visage du monde – sous un autre jour...

 

 

Tapie dans la lumière – cette veille inattendue...

Comme un passage après l'effacement...

Le cœur paisible – décousu – étalé – qui a repris sa forme initiale – commune – collective – partagée...

Le vent qui apporte quelques nouvelles des lieux secrets – cachés – les plus lointains...

Sous la parole – rassemblées...

L'ensemble des voix – accordées – entonnant le chant des morts – le chant du monde – le chant des lieux et des vivants...

Comme une fête ; quelque chose de la joie ; au cours d'un temps inépuisable...

Et la même appartenance célébrée ; avec tous ses manquements – tous ses excès ; et toutes ses possibilités aussi...

 

 

Le jour ébauché ; à partir de nos solitudes...

En songe – le mélange...

L'enfance et le chant – roulant ensemble sur la même pente...

Au fil de l'Amour continuel ; des vies qui se succèdent – dans les interstices du temps...

A remuer encore de vieilles fables pour réunir les parts les plus humbles et les plus sauvages...

Toutes les intériorités ; comme des tentatives...

Le cœur suppliant ; et les mains tremblantes...

L'âme offerte au versant du monde bleui par nos gestes – notre impatience...

 

 

Ici – dans le basculement...

La prière paisible – (presque) routinière...

A l'arrière de la charrette – traînée par les voyageurs...

A la pointe de la terre délaissée...

Au milieu des grands arbres ; brinquebalé...

Au fin fond du noir ; Dieu – en tête à tête – les yeux dans les yeux...

 

*

 

Le cœur révélé par le jeu...

Le commencement – sans pourquoi – du monde...

Bien plus qu'une hypothèse...

La transformation progressive (et radicale) de l'âme – à travers tous les déguisements de la chair...

Sur la scène – la foulée hésitante ; et le reste se pavanant...

Si près de ce ciel qui nous ressemble ; et, à certains égards, si loin de celui que nous méconnaissons (que nous nous obstinons à méconnaître)...

 

 

A mesure que l'on s'enfonce – tout ressurgit...

Comme des vagues très anciennes ; et de la boue charriée ; mille choses enfouies qui jaillissent – se répandent – nous envahissent...

Et dans le regard – cette attente bousculée – ces os enchevêtrés – la fatigue du monde – et cet (incurable) accablement des cœurs découragés face à la chair pourrissante qui s'entasse...

Le jour et la terre – au fond des âmes – mal mélangés...

Et dans les tréfonds de ce sillon, peu à peu, transformé en abîme – l'irruption soudaine de la lumière – comme au premier jour – cette clarté que nos jeux – que nos ruses – que nos aventures – avaient (insidieusement) recouverte...

 

 

Mieux que dire ; jeter sous les yeux...

L'intimité qui s'offre – sans ostentation...

Intense – au-delà (bien au-delà) du savoir accumulé (absolument inutile en la matière)...

La traversée ; et le rire face à l'insoutenable ; avec ce poids sur la nuque qui s'estompe – peu à peu...

Toutes voiles dehors ; et de grandes bouffées d'air pur ; la vie qui respire ; la tête et la chair qui se désengorgent...

 

 

Au bord du monde – le front étoilé – luisant sous la lumière...

A grands coups de rein ; le corps en guise de radeau...

Sur ce versant brumeux de la terre...

D'un bout à l'autre du voyage ; de mort en mort – sans (réelle) escale ; la vérité qui, peu à peu, se réalise – devient réelle – palpable ; et que le regard et le geste apprennent, peu à peu, à refléter ; la seule manière d'incarner la justesse...

 

*

 

Sans jamais cesser – la mort...

Le feu – dans l’œil et la chair – qui s'éteint...

Au cœur de la forêt impénétrable...

Près du sommeil agité – et attentif – des bêtes...

Le bleu – sans bouger ; dans cette lumière qui nous réchauffe...

La fin d'un cycle ; et un autre sort déjà ; la suite qui s'invite...

 

 

Le jour limpide ; comme des flaques de lumière sur cette terre triste...

Le miroitement des images et des mots ; des fragments de matière qui dansent...

Toute la lourdeur qui se dissipe...

Le monde amoureusement chahuté ; la tête en bas pour voir tous nos édifices s'effondrer...

Des cris de joie plutôt que l'amertume – plutôt que le désarroi...

Le temps de la dissipation et de l'évanouissement...

Dans un lent retournement de l'abîme ; le commencement d'un autre royaume...

Et ces quelques traits pour dessiner, dans le sable, le prélude – la préface du nouveau temps qui saura (de toute évidence) s'affranchir du sommeil et de l'écume ; de toutes les lois qu'ont instituées les hommes...

 

 

Au cœur de l'enfance des bêtes – joyeuse(s) ; dévêtue(s) du monde et du temps – affranchie(s) du joug des hommes ; sauvages – entre terre et ciel – ricanant face à ceux qui prétendent – face à ceux qui défendent la civilisation ; vouées aux gestes – promptes à la morsure – douées de tendresse pour tous ceux qui appartiennent au cercle de l'inquiétude – peuplant les interstices (désertés) du monde (humain) – toutes griffes dehors ; et l’œil distant – confiantes dans leur communauté – dans leur appartenance au sol et aux courants magiques (et réparateurs) de l'invisible...

 

 

Les yeux fermés ; la saveur à l'intérieur...

Silencieusement ; comme la sève qui monte...

Au pied d'un ciel immense...

Le prolongement (inattendu) de l'ardeur...

Glissant à travers le songe et la nuit – vers des contrées d'affinités ; parmi ceux dont le cœur est suffisamment sensible pour franchir le seuil...

 

*

 

Le cœur qui macère dans le sang des Autres ; encore faiblement palpitant...

Aveuglément vers le ciel – les Autres – la mort...

A la recherche d'un refuge – d'une promesse – d'une consolation...

La chair écorchée par les griffes – la roche – l'avidité des bêtes...

Le temps interminable ; l'errance – le séjour...

A se blottir au fond des grottes – à l'abri du froid et de la pluie...

Autour du feu – ensemble ; si seul(s) – dans cette promiscuité...

Recouverts par l'épaisseur de la forêt ; la terre primaire sans autres fruits que ceux de ses créatures...

 

 

Paré(s) de cendre ; aux poignets – des liens de sable...

Dans la poussière – plongé(s) au cœur de la trame...

Du souffle au silence ; de l'absence à l'éclipse ; sous tous les déguisements possibles...

Sous le règne des disparitions ; l'éphémère qui tremble ; et qui, parfois, se surprend à espérer...

 

 

L'enfance hasardeusement épargnée...

Dans un bruit de guillotine...

Ce monde auquel on soustrait les couleurs et le parfum...

Les hanches larges – élargies par les enfantements successifs...

Et la vieillesse à rebours ; sur le seul chemin...

Comme une île en plein ciel...

Le regard rêveur ; comme perdu dans ses pensées ; et se définissant ainsi (le plus souvent)...

 

 

Des rivages (partiellement) ravagés...

L'affolement des foules qui essaient de se hisser à la hâte vers les hauteurs (géographiques) pour échapper aux dangers...

La débandade – en tous sens ; dans les cris et l'odeur de la mort qui rôde – qui s'approche...

Le séjour – et son stock de chances – déjà (très sérieusement) entamés...

Rien (réellement) pour se tirer d'affaire ; sinon l'espérance – comme une glissade supplémentaire ; une façon (la seule que l'homme ait trouvée) d'ajourner la chute...

 

*

 

L'âme chantée qui s'invente...

Un nouvel espace ; un monde étrange – accolé à celui où nous avons l'air de vivre...

Un jeu (un autre jeu) – peut-être ; où l'on peut se perdre (et inventé, peut-être, pour cela)...

Comme un rêve – mille rêves – à parcourir – à traverser...

Et des paquets d'ombres accrochées à la chair qui se déplace...

Avec son lot de légendes ; et quelques bannières ; le déroulement de l'histoire ; le récit d'un engloutissement ; et mille tentatives d'évasion (toutes avortées – bien sûr)...

Le même convoi – des milliards de têtes – sur des rails – entre rouille et poussière – sous la pluie et le règne du temps qui effacent toutes les traces...

 

 

L'inexplicable – sur la terre – sur la mort – rayonnant...

Au-delà des pensées qui s'essaient à un commentaire – au-delà des mots qui tâtonnent...

Quelques notes ; au rythme de la nuit ; ce qu'elle prête ; et ce que l'espace ordonne ; un chant silencieux...

 

 

Les sanglots lourds – puissants ; comme une remontée des profondeurs ; le jaillissement déchaîné d'une tristesse trop longtemps refoulée...

La nuit entière ; à la manière d'un recouvrement...

Et, peut-être, l'amplification du secret ; et, peut-être, la possibilité d'une découverte...

Des pans de murs renversés – balayés ; les remparts qui se lézardent – qui se brisent sous la force des vagues ; le monde d'avant la parole – d'avant le cri – qui déferle sur les rives...

Le cœur submergé par ce magma d'avant la langue – d'avant la naissance de l'homme...

Une sorte de purification par les eaux providentielles...

Le déblaiement du surplus – des surcharges – des amas d'images et de matière accumulées depuis la séparation de la terre et du ciel – depuis la différenciation de la chair – des cœurs – des visages...

Et sur le parvis – ce rire des hauteurs – retentissant ; une sorte de soulagement – de délivrance (un peu tardive) ; bienvenue – (très) joyeusement accueillie...

 

*

 

Parmi les étoiles – en rêve...

Le chant imperceptible du monde...

Cette douleur des âmes – figée dans la mémoire – assujettie(s) au temps...

Le cœur flottant – léger – à la dérive...

Dans ce labyrinthe d'ombres et de miroirs...

Le jour et la parole – (parfaitement) accolés...

Entre le silence et l'abîme ; au milieu de tous ces riens ; le pas (la chair) qui se soulève...

 

 

Ce lieu sans mur – sans nom...

Le toit invisible ; sous les feuillages...

La chambre du royaume – peut-être...

Dans le silence des rêves éteints...

La voie qui se désagrège – qui s'enracine...

La lumière – entre l'étendue et le chemin...

Des collines et des forêts ; et cette entrée en soi...

Sur cet espace vivant ; le mot et le pas ; la joie venue – le souffle surgissant – qui guident le passage ; sur cette pente propice à l'effacement...

 

 

Agenouillé – offert aux choses de la terre...

Le regard posé sur le vaste monde...

Des coulées de lumière sur les arbres silencieux – impassibles...

Le bleu – au fond des yeux – comme une étincelle de tendresse...

La main câline qui distribue ses caresses...

L'aube – le jour – le crépuscule – au fil des saisons – célébrés par les gestes quotidiens...

La vie comme une danse secrète – indescriptible ; joyeuse – puissante – fragile ; les pas – les bras – la tête – éphémères – tendus – tournée – vers l'éternité ; le signe d'une gratitude – bien davantage qu'une prière...

 

 

Sous les paupières pourpres ; le cercle du monde que le regard, peu à peu, agrandit...

La source de l'oiseau – de la brume – de la lampe...

Les yeux tournés vers le regard ; au-delà de la mort – au-delà des apparences (trop évidentes)...

 

*

 

Le monde – le temps – le silence – invisibles ; hors du cercle du sommeil autant qu'au cœur de la cécité...

Le seul visage – peut-être ; celui qui se tient devant nous – face au miroir...

Sans un mot – sans un regard – l'espace qui se déploie...

Le vide – l'éternité – l'écoute – qui dansent...

La fête qui s'éparpille ; jusque dans les plus lointains recoins de l'âme et de la chair...

 

 

Au-dessus de l'absence ; rien...

Le même vide qu'ici ; qu'ailleurs...

Rien qui ne puisse être dit ; rien qui ne puisse être lu (ni déchiffré)...

Ni signe – ni chemin – ni témoin...

Seul(s) sur cette sente invisible qui s'enfonce dans les profondeurs de l'esprit...

Le vent – le jour ; et la lumière qui nous appelle ; et quelque chose – en nous – qui lui répond ; comme un lointain écho de l'origine...

 

 

Sous le sable entassé – la puanteur du monde...

Et dans la fissure ouverte – le remugle du temps...

L'âme ; et l'ombre ; et l'arbre – accolés...

Et la mort qui plane en dessinant de larges ronds au-dessus des têtes...

Et nos mains – et nos cœurs – qui s'agitent – sans savoir quoi faire...

 

 

La plainte – hors de la bouche ; rampante obscurément...

Comme une lave noire ; une vague qui submerge toutes les solitudes...

Et les yeux – témoins du massacre...

Les voix dolentes – comme des sons qui rayonnent confusément...

Dans l'ombre d'un éblouissement lointain (trop lointain)...

Et la peur regardée en face ; vers le grand large – comme emporté(s)...

 

*

 

La ressemblance invisible de la multitude ; oubliée...

Comme l'origine ; et le voyage...

Le fond des choses ; et le silence qui recouvre les cris...

L'intimité du feu et du souffle – partout – inconsciemment célébrés...

Le labeur de l'être ; le bleu qui sourit...

Une manière de se reconnaître...

 

 

Le temps de la respiration ; après tant de sauts sur les pierres...

Un répit dans la course ; ce qui s'arrête...

L'interstice du voyage – comme une fenêtre – une perspective – une réoxygénation...

Voyageur encore – qu'importe le chemin – qu'importe la destination – qu'importe la fatigue et l'égarement ; comment pourrions-nous ne pas continuer...

 

 

Le vent – l'espace – le silence ; ce qui nous rapproche à mesure que s'éloigne le monde...

 

 

L'âme douée de solitude...

Le cœur placide – pacifique...

Tous les faix déposés...

A genoux (pour d'autres raisons)...

L'invisible incarné (autant que possible)...

Dans cet écart avec l'ineffable ; le corps ensemencé que l'on dénude jusqu'au dernier désir – jusqu'au dernier souvenir...

Dans la plus pure tradition du premier homme...

 

 

La voix sommée de se hisser au-dessus du discours – entre le ciel et le geste naturel...

Et nous – avançant – ainsi – à tâtons – sans rien savoir ni de l'espace – ni du secret – ni de la parole...

Jamais oublieux – pourtant – du silence qui guide nos hésitations ; un pas (infime) vers le sacré – vers la beauté – peut-être...

 

*

 

Le ciel – la lune ; le temps qui sourit...

Sans image – le monde ; le sentir vivant...

Quelque chose comme un poème ; une langue nouvelle pour tenter de dire l'indicible...

La parole dans le silence ; comme une flamme dans un feu – une flamme infime dans un feu immense...

L'Amour qui envoûte le regard – et le cœur – pour embellir la laideur – pour donner un peu de saveur à ce qui en semble dépourvu...

Le lieu dans tous les lieux ; n'importe où – comme si cela suffisait pour vivre et trouver la joie...

 

 

La fatigue enroulée autour de l'âme ; comme la seule sentence terrestre possible...

Cette lassitude face au monde – face aux Autres...

L'impossibilité (irrévocable) d'un autrement...

Ce qui, peu à peu, nous éreinte ; ce qui, peu à peu, nous efface ; comme une mort à petit feu ; une (très) lente – et (très) progressive – exténuation ; de manière certaine vers l'anéantissement...

 

 

Sans discourir – la voix simple...

La tendresse à dessein...

Le recours au geste...

Le signe d'un siège partagé...

Au milieu d'émules dominés par le silence...

Le retour – poing derrière le dos...

L'âme qui se réorganise ; dans le redéploiement de la dilection – sans rien demander – sans même la grâce d'une prière...

 

 

La sagesse revivifiée par l'absence de parole...

Sans conseil ; à travers le cours probant des choses...

D'une secousse à l'autre – par la route privée de louanges et de commentaires...

Au bord du cœur ; le message qui se mêle à la poussière du monde – emporté par la danse – loin du manège des Autres...

La sagesse ricochant sur la chair trop peu sensible – sur l'esprit trop confus...

En l'honneur de l'homme ; de ce qui est vivant en l'homme ; de ce qui le porte au plus haut ; le chemin de biais ; plus matois que ceux qui se pensent rusés ; plus malin que ceux qui penchent vers la sournoiserie...

 

*

 

Plus sombre encore qu'autrefois...

La neige noire – le cœur sale – l'âme écœurée...

La parole descendante ; comme un cri arrivé à terme ; plantée dans le sol...

Enracinée à l'endroit où les vents l'ont posée – en quelque sorte...

Entre l'espoir et la nuit – enfermé...

D'un geste furtif – le ciel allumé...

Sur la pierre où se dessine – où s'édifie – l'invisible architecture...

 

 

La substance des fleurs ; et le mystère des origines...

Vers le centre, n'est-ce pas ? Sans erreur – sans dissipation – possibles...

La main maline – machinale – qui cherche son ombre – son mouvement – ce qui l'anime...

Le monde – la faim – les saisons – entrecoupés de (mauvais) sommeil...

Quelque chose comme une vie – en somme ; quelque chose de simple qui s'ignore ; guidé par ce qui ne se voit pas ; une forme de ciel ; des pas – une danse – des paroles – dans le ciel hésitant ; et qui, parfois, se laisse approcher...

 

 

Habillé de cette rencontre...

Drapé de cette nudité que l'on ne peut saisir – que l'on ne peut comprendre – que l'on ne peut corrompre – que nul ne peut s'approprier...

Sans commentaire – sans conclusion...

La source qui (à son insu) enseigne...

 

 

Simultanément ; le discernement et l'indistinction...

Sans même le recours à la prière – au poème...

Dieu dans nos pas – dans notre âme – autant que sur les chemins – autant qu'au fond des rivières ; dans l'arbre et la hâte – dans la fleur – la folie et le recueillement – dans le négoce et la guerre...

La mort aussi belle que la sagesse ; et les assassins...

La bêtise et la lumière – sans message (véritable)...

En l'honneur de ce qui arrive – de ce qui a lieu – de ce qui est vivant ; les visages – les choses – les circonstances ; ce qui passe le seuil du cercle ; tout ce qui existe (bien sûr) ; les dix-mille mondes aux formes provisoires...

 

*

 

Des murs de mots – trop souvent ; infranchissables – insurmontables...

Des amas d'ombres ; comme des remparts pour le cœur...

Du sable – des éboulis ; le prolongement de la catastrophe...

Des cartes pour le rêve ; pour déchiffrer le territoire du rêve...

Rien que des questions ; et des réponses ; pas grand-chose ; rien qui ne puisse permettre d'appréhender le réel ; d'offrir à l'esprit la clarté ; et au geste la justesse...

 

 

Du dessous du mélange ; là où le socle est lisse – homogène ; comme une seule pâte déformée à la surface ; le dedans de la trame – en quelque sorte ; là où la fatigue – la tristesse – la défiance – sont remplacées par l'Amour – l'enfance – le silence ; le cœur du monde au fond du cœur de chacun ; comme une évidence...

 

 

Au creux de la nuit – le corps ensommeillé...

Parmi les bêtes ; et la fraîcheur...

Le long des pistes fréquentées...

Un hochement de tête – le front hautement perché...

A la cime de la lumière ; ce qui se révèle ; l'Amour et le secret ; l'âme affranchie du hasard...

Le cœur libre qui prend la couleur de ce qui s'impose ; et la chair obéissante ; indistinct(s) dans la diversité des paysages ; et l'esprit au-dessus de l'ambition (et de l'inquiétude) des hommes...

Tout qui s'ouvre ; tout qui vibre ; et la route – plus vaste – qui surgit...

Le silence plutôt que la civilisation...

La solitude plutôt que la communauté...

Membre – à part entière – du reste ; sans orgueil – sans revendication...

 

*

 

Le bleu déplacé...

Comme ce qui commence ; du sol à la lumière...

Sans jamais s'épuiser ; comme le sable qui s'écoule ; à l'envers...

Sans rien compter ; des pas seulement...

Des lignes et des strates ; par tous les chemins possibles...

Ainsi se succède-t-on (sans jamais se prolonger)...

Sans rien perdre – sans rien briser – sans rien acquérir ; toute traversée...

 

 

Dans la gorge ; tendu(e) – le cri...

Une sorte d'écart avec la paix ; et le silence...

Cette manière douloureuse – angoissée – d'être au monde...

Le chemin ; les épreuves à braver ; et cette sente à inventer – au-delà du vertige ; la lente métamorphose du regard – à travers les circonstances...

 

 

Le sang versé...

La peur au fond des cages...

Paisiblement – au pays des prophètes...

Sur la plaine – ornée de feux et de palissades...

Parmi ceux-là ; dans le triangle où s'entassent les morts...

L'ardeur quasi fraternelle ; sans que jamais ne cessent les massacres – les tueries...

 

 

Ainsi le seuil franchi...

La terre nourrie par tous les rêves du monde...

De la fumée ; comme des remparts...

La vue plus opaque encore (plus opaque que jamais)...

Bien des songes (trop de songes) dans la tête des vivants ; les mains gantées ; le cœur chaviré ; et le reste dans son déguisement...

Et que restera-t-il une fois l'espoir épuisé ; combien s'imaginent (à tort) que nous plongerons tous dans la tristesse et le néant...

 

*

 

Gravé dans le vent – comme (à peu près) toute chose...

Volatil(s) – éphémère(s) ; sauf le secret – le silence ; ce qui se cache derrière l'apparence du monde...

L'enchantement sous la tristesse...

L'Amour au fond de soi...

Ce que le cœur interroge parfois (trop rarement – il est vrai) ; en proie à toutes sortes d'hallucinations...

Comme s'il nous manquait quelque chose...

 

 

L'élan derrière le geste ; le sourire derrière la figure triste...

Ce qui ressemble à une étreinte ; une passion tendre et joyeusement dépossédante...

Un rassemblement passager ; puis un pas vers la lumière pointée par la parole sage – entrecoupée de silence ; qu'importe l'âge et la prédisposition...

Ainsi se poursuit le voyage ; ainsi laisse-t-on (parfois) quelques traces ; d'infimes signes au détour d'une ligne – d'un sentier – d'un passage...

 

 

Au cœur de l'arc ; la guerre déjà – comme incrustée dans le bois dévolu au combat ; et le courage ; et l'orgueil – et le chagrin – du monde – aussi...

Les larmes des Dieux autant que la prière des femmes...

Les corps en rang ; la chair sacrifiée ; en ordre de marche...

Le cœur dévasté ; les cierges et les sébiles renversés...

L'esprit engagé qui fait bloc...

A coups d'instincts – à coups de traditions et d'instincts ; ainsi (sans doute) se perpétue l'infâme barbarie...

 

 

Assis face au soleil – (passablement) désespéré...

Sans rien voir de l'or qui coule sur la pierre noire...

L'ennui des hommes ; leur angoisse – leur impuissance – leur cécité...

Rien qui ne vaille (vraiment) la peine (selon eux)...

Le front ombragé ; la tête entre les mains...

A se questionner sans fin sur le mystère ; à pleurer sans fin sur son impossible résolution ; au lieu d'habiter (plus simplement – plus amplement) l'esprit – l'espace...

 

*

 

Ici – perdu(s) dans l'immensité...

Abandonné(s) à l'enfance...

Sans préparation (bien sûr) face à l'imprévisibilité du monde ; face à l'incertitude (apparente) de Dieu...

Des chemins vers la mort (assurément)...

Des heurts et des flammes ; et ses cargaisons de chair...

Des jeux tissés à même la trame...

Dans la magie vivante ; et le temps furtif...

Indéfiniment...

 

 

A la source – l'œil passager...

Autour du miroir – percé de sommeil...

Le silence...

Sans vestige ; avec son lot d'images ; traîné(s) dans la poussière...

Le souffle exhumé des profondeurs lointaines...

Écroulées – les terres anciennes...

Pas à pas ; au cœur de l'ivresse sans écho – jusqu'au vertige – jusqu'à l'ultime résonance – jusqu'à la disparition...