Carnet n°289 Au jour le jour
Décembre 2022
Ici – parcouru(s) jusqu'à la pourriture...
La chair recouverte ; l'âme contaminée...
Et le cœur en passe de devenir (Ô horreur!) l'allié du temps...
La mort inscrite sur tous les tableaux...
Comme une seconde peau dont il faudrait (peut-être) se départir...
Le corps emballé...
Vers cette lumière ; ce passage...
Dans le prolongement de l'ombre que le crépuscule étire vers le lointain...
La figure bleue ; et des ruissellements de têtes – de tous côtés – de la chair qui chute ; une partie du monde emportée...
Des cris – des gémissements ; une expulsion – un renouvellement ; une naissance peut-être...
Le vivre réticulaire...
Des liens partout ; rien que des liens ; pas d'entité vivante – existante – isolée...
Comme de la neige à la place du chagrin...
Du souffle ; et pas de finitude ; d'incessantes transformations [ce que récusent (bien sûr) tous les partisans de l'identité qui (en général) placent la mort au terme du temps et l'humain au faîte de la hiérarchie]...
*
Le temps offert ; le temps perdu...
Sous le même soleil...
Et le souvenir qui s'étire...
Le vent en face...
Comme si la figure des Dieux s'était détournée ; à mesure que nous vivions...
Et, à présent, rien que du sable dans nos mains tremblantes et ridées...
Dans le cercle des Dieux ; consentant...
L'Amour – la chute et le soleil...
Des luttes au fond de l'abîme...
Et notre longue veille – par-dessus...
Au-delà de la découverte ; l'invention du jour...
Plutôt l'arbre ; et la tendresse...
Plutôt la chambre que le monde...
La délivrance offerte par le vent ; et l'âme aussi impartiale que possible...
Des fleurs ; et de l'espace...
Qu'importe alors que l'existence puisse sembler quelconque (à des yeux ordinaires – trop peu aiguisés – trop peu aguerris) lorsque l'on sait que l'intensité et la profondeur – notre manière (assez métaphysique) de la vivre – ne cessent de l’embellir – de la magnifier – de lui offrir son éclat – son envergure – toute sa saveur...
L'âme contre la pierre...
Socle et siège de cette existence terrestre...
A hauteur d'un ciel disparu...
Le monde (à présent) recouvert de terre et de nuit ; si étrange – si étranger – aux yeux des Anciens...
Et ce souffle – et ce feu – au fond de la chair palpitante...
Comme une œuvre – inachevable – qui se poursuit...
Et notre visage – entre l'herbe et l'infini...
Cet espace – sans hasard – à habiter...
L’œil – sur la neige – apaisé...
La disparition vécue ; et regardée...
Au cœur de l'essence vivante de l'âme et du monde...
Qui sait ce qu'il restera lorsque les ombres (toutes les ombres) auront disparu...
Peut-être ; à nous débattre encore dans la (folle) chevelure du temps...
*
Peut-être la folie ; peut-être l'Amour ; qui peut (réellement) savoir...
La mort – sur notre route – tant de fois rencontrée ; et coïncidant avec la parole ; et l'impossibilité de dire (la mutité) ; et le silence décidé (et nécessaire)...
Au commencement du rien ; lorsque plus personne ne sera...
Les heures cristallines des croyances...
Des fables diluées dans les eaux du temps...
Des jours et des âmes mâtinés de monde et de cruauté...
L'existence humaine ; à peine quelques souffles – quelques levers de soleil – quelques saisons...
Et la mort ; comme sur les fleurs qui se fanent ; et les bêtes que l'on égorge...
Le malheur de se souvenir ; et d'espérer ; en plus de tous les autres...
Au gré du monde ; se transformant…
Comme l'eau de la rivière ; parcourant la roche – plongeant sous le sol – s'évaporant – débordant sur les rives – allant vers l'immensité...
Dans toutes ses trajectoires possibles ; simultanément ; et notre visage oublié – enroulé dans l'invisible...
Déployé(s) – dans notre trou ; et (très) mal assemblé(s)...
Oublieux de l'hôte qui nous loge ; ce qui nous habite ; et nous fait vivre...
Dans notre corps ; le souffle et l'ardeur du vivant ; ce feu qui, peu à peu, s'éteint ; qui, peu à peu, nous mène vers la fin...
A l'intérieur ; le saut – la chute – le déclin ; puis, sans doute, le retour et le recommencement...
*
Rien qui ne puisse (nous) consoler de la face triste (et hautaine) des hommes...
Bouts de ciel arrachés au profit d'ombres grises...
De longs chemins qui égarent ceux qui persévèrent dans leur marche collective – l'erreur commune – la foulée mimétique comme la (déceptive) garantie d'une issue – d'une possibilité – d'un espoir...
Quelque chose comme une perspective dans ce magma – cette opacité – ce mythe – ce mensonge – cette illusion – que l'esprit et le monde façonnent ; et auxquels nous nous agrippons désespérément...
Ce que l'on ne peut vivre ; ce qui n'a pas été vécu...
Quelques feuilles jetées dans les fossés ; au cœur de ce qui pousse sous les ronces en fleurs...
N'importe quoi entre le sol et le ciel...
Quelques pierres en guise de sourire...
Et une souille où l'on s'immerge (régulièrement) pour consolider la fange – renforcer les masques ; cette matière qui craquelle sous le poids du monde – des Autres – de la vérité ; qu'importe ce que nous dissimulons ; qu'importe ce que nous cherchons ; debout comme un piteux monument qui se lézarde ; et sous les ruines duquel, un jour (bien sûr), apparaîtra notre vrai visage...
Le saut – en soi – (presque) assuré...
Pas une seule trace de cette aventure sinon la transformation du cœur et du regard – redevenus (peut-être) ce qu'ils étaient avant cette sorte d'aveuglement – d'insensibilité ; cette bêtise et cette nuit enchevêtrées ; dans ce monde sans ciel où seules comptent l'espérance et la promesse ; dans l'absence de cette blancheur outrageusement recouverte...
Ainsi – sans doute – discrètement – secrètement – se rejoint-on (en partie)...
Près des arbres – encore...
Le cœur dans ses profondeurs ; proche de leur perspective...
Le silence – l'invisible – la lumière...
Le long chemin de l'âme et du regard – par-delà les lois – par-delà la mort et la mémoire ; dans ce qui continue de se détacher...
Le geste qui, peu à peu, apprend à s’affranchir de la parole – de cette (odieuse) pétrification du vivant...
Le vide – au-dedans – à la place du cri ; et cette tendresse – ce surcroît de tendresse – dans l’œil – la main – la voix...
Tourmenté par l'histoire du monde ; la furie des hommes ; cette façon de fuir devant l'évidence du mystère ; et la nécessité de sa résolution...
Peu à peu – sa part maudite ; grandissante...
Comme étranger (de plus en plus) à la famille – à la tribu...
Trop de voix – de pistes – de gestes – délétères ; et cette démesure exaltée par la peur et les instincts...
Du sang et de la poussière ; si centré sur soi...
A vivre à l'écart des Autres – au-dessus de l'air vicié ; et des têtes noires envahissantes...
Dans l'intimité de la roche ; un peu de lumière ; et de temps à autre – une nouvelle respiration ; notre seul réconfort...
Le ciel oublié ; après l'Autre...
Le dos offert à ceux qui blessent ; gémissant...
Et espérant – en secret – des saisons moins rudes ; des accalmies ; la fin de l'orage...
Et ce cri ; comme le seul portrait du monde (invalidé, bien sûr, par ceux qui le composent)...
Les épaules voûtées ; et la chair dont on se repaît ; (à peu près) les seules choses que l'homme connaisse...
Depuis le premier jour – réuni(s) ; puis, peu à peu, scindé(s) en deux parts inégales...
Dans l'architecture de la pénombre ; obsédante ; et au loin – la langue de la mort – trop bavarde – bien pendue...
Et nous – à bout de souffle ; asphyxié(s) dans notre abri – notre trou – par l'abondance de mots ; le tombeau à venir que l'on s'aménage...
Et le nom de Dieu que l'on murmure ; la seule prière – la seule perspective dans cette existence obscure...
Des têtes inclinées dans l'espace...
Comme courbées par un poids (invisible) posé sur la nuque ; l'intériorité à l'abandon...
Des vies simples ; des gestes et des mots prosaïques...
(Quasi) insensibles à la part manquante...
Envoûté(e)s par la matière – en quelque sorte...
Le geste de la mémoire ; dans le silence...
Un renversement du ciel noir aggloméré ; comme encaissé dans le crâne...
Et ce (soudain et surprenant) surgissement de la lumière – dans l'errance – du secret ; à travers les jours vécus comme une déperdition ; ce qui se cachait (depuis toujours) au fond de la matière ; parmi nos perspectives infondées ; ce qui s'est, peu à peu, révélé à notre insu – en vérité...
*
Ensemble ; comme un grand corps que nous partageons ; malgré les querelles – la violence – l'incompréhension – la cécité...
Sans doute ; la seule chose que nous sommes...
Du monde rêvé depuis si longtemps...
Sans jamais s'attarder sur la page ; ce qui s'est passé...
Jour après jour ; instant après instant – pour contrebalancer (sans doute) le poids du souvenir ; et celui de l'imaginaire...
Le réel rugueux sur notre peau rêche ; comme un aguerrissement ; et un accroissement de la sensibilité...
Et cette main – et cette âme – qui n'appartiennent à personne ; et que tous les courants agitent ; et qui approchent tantôt le soleil – tantôt la mort – tantôt la vérité ; et, de temps à autre, tout ce qui semble lointain – tout ce dont nous nous croyons séparé(s) – simultanément...
Le sort du monde – jeté dans les replis...
Dans le geste et la langue ; les seules forces de résistance...
De la chair (tendre – fragile – passablement molle) contre de l'acier trempé...
Des plaies et des béances...
Aux prises avec ce que courbent les étoiles...
Une manière (très) imparfaite de se tenir debout...
Quelque chose de l'infini qui porte le plus infime – pourtant...
Toutes ces lois qui régissent la condition terrestre...
La paupière lasse de jouer avec le monde – de repousser la mort – d'éviter (autant que possible) l'essentiel...
Dans l'abîme partagé ; ce que l’œil ne voit pas (ce qu'il s'obstine à ne pas voir)...
Le recours (trop souvent) à l'impossible ; et cette prière dolosive...
Les frontières et l'au-delà – déformés par toutes nos constructions...
La vérité profondément enterrée ; et qu'un seul regard (pourtant) saurait exhumer...
*
Depuis le début du monde – à genoux – sous la même étoile...
Des frayeurs – des réminiscences ; et l'espoir de découvrir le reste du jardin ; la part du secret qui nous anime...
Apprenant, peu à peu, à reconnaître la main de Dieu sur notre épaule ; et l'étreinte (passionnée) de l'âme...
Découvrant le déroulement du cycle ; une (infime) partie du voyage ; et (très) provisoirement – la possibilité du repos...
Et parvenant (parfois) au lieu où la paix devient certaine...
Fils de l'arbre et de la pierre...
Frère de la fleur et de la bête...
Tremblant de joie – parmi les siens – sous le ciel immense...
Dieu dans l'ombre de ce qui nous entoure – entre nous ; dans la farandole...
Porteur(s) de l'esprit commun dans l'espace partagé...
Une multitude de chemins ; d'un coin à l'autre ; d'un angle à l'autre ; une longue suite de pas et d'escales – où se dessinent – puis s'effacent – le bleu – l'Amour – la vie – la mort ; parfaitement porté(s) par les circonstances...
Effacées – sur la pierre – les traces de vie ; la souffrance et les larmes des générations successives...
L’œil posé sur la folie du monde ; les gouffres où l'on jette les noms et la chair encore vivante...
Entre deux sommeils ; la litanie des gestes bruyants et mécaniques...
Et de ces (tristes) spectacles – bientôt il ne restera plus rien ; sinon (peut-être) des os éparpillés et quelques têtes endormies (comme oubliées là après la bataille)...
Hanté – depuis le premier jour – par ce qui nous déroute – par ce qui nous fourvoie – par ce qui nous corrompt ; jusqu'à la moelle – jusqu'à la pourriture...
Les poignets liés face à la cendre promise ; corps et âme ligotés...
Engloutis ; et le monde – et l'obscur...
Comme un (minuscule) brasier dans l'immensité...
*
La pierre embrassée...
Une chose ; puis, une autre...
Le désir de l'espace ; ce qu'il nous insuffle...
Comme quelque chose qui nous pousserait...
Un feu ; un cri très ancien ; qui peut savoir...
De la même couleur que le ciel ; les arbres et la blessure...
Ce que nous portons (tous) au fond du ventre ; ce qui ne peut nous être arraché...
Des choses défaites dans la mémoire...
Dans un frémissement imperceptible ; ce qui refuse de mourir – de s'échapper – d'ouvrir la porte d'un autre monde...
Nuit après nuit ; dans la même obscurité...
Au cœur du pays noir et glacial – sans personne pour crier – sans personne pour écouter...
Et la soif qui nous happe – qui nous harcèle – qui nous déchire ; comme si l'on attendait quelque chose ; la part manquante – le plus précieux (sans doute)...
Le monde – d'un seul regard...
Parcelle de l'espace et témoin...
Neige et fumée noire (à égales proportions)...
Le soleil déclinant ; la terre impénétrable – enfouissant tous les secrets...
Et la course des astres vers la mort...
Des visages ; les uns après les autres ; éléments du costume (du déguisement) au fil des formes et des fonctions...
Le vide et le vent ; comme envoûtés par eux-mêmes ; et s'infiltrant à travers tous les orifices formés ; présents autant dans la parole que dans les excréments...
Ce dont nous sommes constitués...
Autant de ciels (bien sûr) que de prières ; et autant de promesses que de visages...
Et bien plus de possibilités que d'avènements ; que de naissances ; que d'apparitions...
L'oreille tirée hors du sommeil ; penchée vers l'écho du monde ; et tournée vers le silence ; son désir le plus secret...
*
Journalièrement – la figure dessinée...
Avec ses signes et ses labyrinthes...
A la manière d'une parole prophétique...
La même veille ; et la lumière juste pour dire...
Sans (réelle) importance ; moins qu'un arbre – moins qu'un oiseau ; mais égaux dans leur élan et leur nécessité...
Le monde (ce monde) – à notre portée...
Ici – tombé(s) ; debout pourtant...
Et l'ombre inclinée qui nous prolonge (ou, peut-être, l'inverse)...
Dans le creux de la terre ; dans nos refuges ; sous nos coquilles...
Parmi les ronces et la mort…
Et le peu que nous comprenons du monde – des Autres ; et tout ce qui nous relie...
Et déjà mille fois ressuscité(s) – pourtant...
Au commencement de la roche...
La chair des Dieux – clouée par la lumière...
Et le vent dans leur chevelure....
L'espace qui s'habite – peu à peu...
Des astres errants ; initialement ; et que le bas et la nuit ont expulsés ; hors du cercle...
Sous le regard de tous ; et leur assentiment...
Rien qu'un peu de neige sur la solitude des morts et des vivants...
Le sol recouvert...
Des paroles et des entailles...
La terre ; des fragments d'os et de ciel...
Trop séparé(s) des signes – des triangles – de la blancheur...
La tête face à la platitude ; décourageante – découragée...
Et la compromission qui gagne – peu à peu – l'esprit...
La fuite comme une évidence ; l'issue qu'il nous fallait trouver...
*
Vêtu(s) de sable et de vent...
L'arbre – l'étendue...
Le souvenir et le monde...
La parole et le sang...
Autant que le cri ; autant que l'espoir...
Autant que le ciel et que la terre que nous habitons...
L'espoir par-dessus la plainte...
Le cœur coincé ; et les lèvres qui tremblent encore...
A la cime des choses ; depuis trop longtemps inassouvi(e)(s)...
Ce que l'on invente pour duper le monde ; tromper l'esprit...
Au commencement de tous les chemins...
L'âme qui se rejoint – qui s'accomplit – dans la chair acceptée...
La nuit décousue par la cendre consacrée – accueillie...
Ce que l'on porte au fond de soi ; et ce que l'on tient dans la main ; en dépit du destin qui se dessine...
Habillé de chiffres et de manières...
Le monde à l'horizontale...
Le ciel par un (large) escalier dérobé...
L'espace ; et les mouvements ; et les destins – calculables ; et prévisibles (bien sûr)...
Tout ; ponctué de mots et de possibilités...
A l'intersection du froid et du front...
Entre la neige installée et le sommeil enfoui...
La terre qui s'attarde ; les têtes paressant...
Éternellement plongée(s) dans la reconduite du temps...
Muraille de peurs et de nuit...
Épars le savoir ; comme appuyé sur toutes les infortunes...
La pierre et le secret – au fond – inextricables...
De la couleur du monde – de la mort – des enfers...
Le cœur et l'esprit – prisonniers des éboulis ; par-dessus l'émerveillement ; le temps venu (peut-être) de la glaciation...
*
Le rêve accablant...
L'absence de l'oubli...
Des noms et de la neige ; d'épais flocons...
Comme une tromperie sur l'errance...
Du vent dans les pensées...
Et la tendresse ; et la douceur – que l'on n'attend plus...
La solitude du marcheur ; prince de ses pas (involontaires)...
Au cœur des paysages ; l'âme inclinée ; tournée vers le soleil – en dépit des jours qui passent – en dépit du temps...
Le sacre de l'infini dans le feu ; se consumant – renaissant...
Face au monde ; la même montagne...
Une fleur noire à la main...
Abandonnant tout à son passage...
Respirant pleinement le sable et le bleu (encore) lointain...
Au jour de la ressemblance ; du rapprochement...
La pierre présente ; l'arbre silencieux ; la bête gémissante ; et une larme dans l’œil de l'homme...
La possibilité d'un baiser – d'une étreinte – d'un accouplement – d'un mélange – d'une hybridation...
Le passé rappelé entre les lèvres ; puis, happé par tous les orifices ; se réclamant de l'indistinction ; de cette ère d'avant la séparation...
Fragment(s) de ciel et de sable – mêlé(s) à la tendresse et aux murmures des vents ; condamné(s) à l'attirance réciproque...
Promesse de décombres...
Le lien rudéral...
A même le corps ; à même la terre...
L'érection d'une langue destinée à enjamber toutes les frontières – tous les remparts – toutes les tranchées ; ce qui résiste au temps – à la tristesse – à la mort ; porteuse de joie et de liberté...
*
Quelqu'un peut-être ; une chose sûrement ; qui nous use ; et nous épuise...
Comme jeté derrière soi ; à l'abri en quelque sorte – protégé par cet étrange bouclier...
A manipuler le monde (comme s'il y avait quelque chose à prendre ; comme s'il avait quelque chose à donner)...
Le destin de l'âme (sans doute) – affranchie des circonstances (même si, à travers le corps, elle s'y trouve plongée)...
La transparence du voyage...
Des gestes de survie ; des gestes de partage...
Le ciel-compagnon qui veille durant notre sommeil ; qu'importe notre nom – notre destin – notre renommée...
Un chemin entre les pierres...
La figure des lieux ; et, en filigrane, la figure des Dieux...
A découvrir – (très) attentivement...
Avec les cris de la nuit tatoués sur la peau ; et qui s'effacent, peu à peu, au fil des pas...
En nous – le sorcier avec son tambour ; porté par cette magie que nul ne comprend...
Au terme du froid et des entassements...
Les mouvements libres ; et légers...
Le ciel du monde – à nos pieds ; et le cadavre des chimères – baignant dans le sang blanc (et parfumé) de l'Absolu...
Toutes les pyramides renversées ; aux côtés de la barbarie ; de la cécité...
Assis sur la mort agenouillée...
Les paumes effaçant les murs du labyrinthe mal dessiné(s)...
Riant – la tête à l'envers – sur le socle de la verticalité trop rigide...
La neige et la lune en collier ; joyeux ; et elles, pas même asservies ; pas même enchaînées...
La main blanche – sur le front trop sombre...
Nous prononçant (à l'unanimité) pour l'effacement sans prélude...
Qu'importe les cris et les plaintes inarticulées...
Au terme des signes ; la possibilité du geste juste offerte à ceux qui se sont (presque) toujours montrés si maladroits – si engourdis – si empruntés...
*
Porté(s) vers la mort...
Ce qui se dresse dans la fleur et le sang...
A coups de pierres – la route...
Agenouillé(s) devant la terre des hommes ; les lois et les larmes – indéfiniment ; les mêmes espoirs – les mêmes prières...
Fils de rien – en somme (si nos calculs sont exacts)...
Et personne pour écouter la plainte ; seulement le silence ; ses caresses et ses baisers ; ses mains dans les nôtres ; et son souffle chaud sur notre peau ; offrant à l'âme et à la chair un frémissement (inespéré)...
Jusqu'au dernier soir ; la lampe et le feu...
Le fardeau animé...
La part la plus humble et la plus vile ; que l'on n'a jamais cessé d'avilir et d'humilier...
Loin (si loin) du festin commun ; comme l'âme qui cherche le plus simple ; et la sagesse plutôt que l'abondance ; et la vérité plutôt que le confort ; et l'effacement plutôt que l'assouvissement du désir et de l'ambition...
Et pourtant nous vivons comme si nous ne savions rien de la douleur et de la mort ; du dérisoire de l'existence et du monde...
L'enfance violentée...
La mort comme un trait noir – une flèche qui se fiche dans la chair – un retour à la ligne...
Un vide où plus rien ne s'insère...
Le corps raide – à l'horizontale ; et l'esprit porté par l'espoir d'un autre monde...
Tout ; dans la possibilité d'un ailleurs ou d'un recommencement ; le prolongement (perpétuel) du même désir – en vérité ; au fil des hauteurs – des profondeurs – des transformations – éprouvées...
Au cœur du cri ; la plongée en soi...
Lèvres blanches ; et serrées...
Là où l'obscurité nous avale – nous engouffre – nous engloutit...
Comme un spectre chétif – et malmené ; vers l’œil qui patiente...
De la matière dégoulinante entre les doigts d'un plus grand que nous...
*
Ombre désuète – gigantesque ; comme un vieux manteau – une (seconde) peau élimée ; l'écorce d'un Autre (mort depuis très longtemps)...
Le ciel – à travers les frondaisons – comme une évidence ; le règne de la lumière...
La beauté du monde – malgré la faim et les territoires ; malgré l'agonie...
La figure dépliée au milieu du vide – au milieu du sable et de la cendre ; et que le vent balaye déjà...
Ainsi se résout – peut-être – l'énigme de la nuit traversée...
Personne pour embrasser les ténèbres – nettoyer le sang – et descendre plus bas encore (en l'homme) pour rejoindre ceux qui errent – les morts terrifiés...
Personne pour comprendre que la dernière chose que nous ferions devient la première à réaliser sur la liste des priorités...
Sous le regard – mille sentiers possibles ; et au-dessus – l'invisible ; vide – blanc – envoûtant – qui attire les âmes affamées – non repues par toutes les distractions du monde...
Frottés à la mort – les signes silencieux ; la parole désincarcérante...
Les lèvres bleuies par le froid des âmes et des tombes ; par l'immobilité des morts et l'inertie des vivants...
L'alignement des astres – dans la mémoire – (totalement) inutile...
Hors du cercle ; le jour définitif...
Emboîtés – tous les affrontements...
Les cris et l'écume...
La lumière qui éclaire tous les éclats...
Les bouches tordues ; et les âmes écœurées (et répugnantes)...
Au cœur même du tombeau ; la (misérable) survie des vivants...
Et la mort qui plane – qui frappe – qui happe – sans la moindre préparation funéraire...
Sur les lèvres – la déchirure ; la marque de l'absence – et de l'oubli – des Dieux...
*
L'étoile devant soi ; un peu de lumière dans la nuit ; trop lointaine dans nos sombres existences...
Un mot pour un autre ; rien à déchiffrer sinon la douleur qui se tient dans notre poing fermé...
Le détournement de la tendresse...
Et ceux qui font halte au cœur de la grande traversée...
Pas un apaisement ; une rébellion contre l'autorité instituée...
Un besoin (radical) de solitude et de vérité...
Une lampe allumée ; que l'on tient serrée contre soi...
Seul dans ce long cortège de fantômes...
Le sort du ciel – à travers notre destinée...
Des pas sur le sol ; sans cuirasse – sans allié – jusqu'à l'abandon – jusqu'à l'oubli – de la chair ; ni sacrifice – ni sacrilège ; un effacement ; l'acquiescement comme une parfaite célébration...
Des mondes emboîtés ; que la mutilation rassemble...
Comme un manque invisible (et convainquant) ; qu'aucune âme – qu'aucune main – ne peut combler...
Un trou sans fond qui avale tout ce qu'on lui jette ; au cœur duquel tout disparaît...
Comme un cri inaudible ; que le silence renforce...
Des vies ; le vide ; et cette transparence asymétrique avec des ouvertures infimes ; des interstices à peine entre les miroirs que les Autres brandissent devant nous ; et qui nous renvoient tous les reflets du monde ; comme des remparts – des tunnels – une forme d'enfermement ; piégé(s) par la multitude et le flot continu des images ; une sorte de géographie kaléidoscopique de l'espace et des visages qui divise tout en parcelles et en fragments ; et qui rend vaines toutes nos tentatives d'évasion ; et qui décourage l'esprit dans sa quête (naturelle) de liberté...
Et ainsi, en chaque for intérieur, des existences parallèles à la détention ; et mille possibilités adjacentes ; et mille issues simultanées...
*
L'horizon hasardeux...
Quelques traces (en partie) effacées...
Des poignées de terre – dans les poches – dans les mains ; notre seul trésor – peut-être...
Et le ciel – toujours – trop lointain...
Et les Autres ; sans geste – sans parole – sans soutien ; de vagues figurants – (presque) un décor ; laid(s) – hostile(s) – indifférent(s) le plus souvent ; des pierres – au milieu de nos jours – sur leur pente – invariablement...
Avec quelque chose dans l'âme – peut-être ; un frémissement – un appel (presque) imperceptible – très ancien – une voix (quasi) inaudible que très peu parviennent à entendre – que très peu (moins encore) parviennent à écouter...
L'inertie – dans sa force brute – la plus primitive (sans doute) ; dans le sillon des ancêtres – des aînés – que nous martelons du même pas...
La couleur grise du monde ; l'éclat si terne de nos vies souterraines...
A pas lents – l'endormissement...
Bercé(s) par les siens ; les habitudes et le langage (la parole et les contingences quotidiennes – atrocement prosaïques)...
Ce qui creuse – en nous – son sillon...
Nos mœurs inchangées – sous la voûte tournoyante...
Des mots – des gestes – des astres ; l'éternité...
Comme les morts sur leur barque...
Malmené(s) par le temps ; emporté(s) plus loin...
De l'intérieur ; des secousses...
Les yeux sur le monde ; guettant le surnombre ; attentifs aux menaces et aux dangers...
Très exactement ; à notre place...
Au recommencement du jour ; le même fragment...
Et ce murmure parmi les voix trop fortes ; et les cœurs trop grossiers...
L'invisible qui s'infiltre – comme une blancheur – entre l'extase et la douleur...
Le même vertige – jusqu'au dedans des os...
Et l'immobilité croissante ; et le règne (surprenant) des apparitions...
*
L'espace défait ou agrandi par le trait ; fiction (bien sûr) tant le vide est libre du monde et du langage...
Ni angle – ni sable – ni encre – ne l'atteignent – ne le corrompent – ne l'avilissent...
Le même soleil quels que soient les souffles – leur force ou leur absence ; autant que les mouvements et les calculs...
Les mains – et l’œil (si souvent) – pris dans la trame...
Et le regard – au-dessus – qui contemple les jeux et les tentatives ; si rarement accessible...
L'obscur dessiné...
Sans fierté ; le nom et l'homme dressé...
La nécessité et l'élan – vers plus haut – le ciel peut-être ; vers plus grand – Dieu sans doute...
Le souffle et le sang – en mal d'Absolu ; et le remède ici-même – au seuil franchi des frontières fabriquées...
L'espace païen – délaissé par le raisonnable...
Le monde qui brandit la tête ; la voix blanche – monocorde – dépassionnée...
Une langue comme un trait ; des orifices obstrués par des velléités pudibondes...
Les instincts superficiellement neutralisés ; et qui bouillonnent au-dedans – prêts à se jeter sur tout ce qui leur résiste...
Devant la glace ; l'image parfaite ; des fragments recollés et lissés ; des aspérités rabotées ; des angles arrondis...
Le front aveuglé par la terre et le ciel inventés...
Des vies engourdies ; et le monde qui tourne encore...
(Presque) la négation de l'esprit...
Le cœur endormi ; la dépouille (vaguement) domestiquée...
Face à la lune – le silence...
L'homme minéral qui se méfie du souffle et du feu ; des élans – de toute forme d'intimité avec ce qui dépasse de la roche...
*
Sur le sol jonché de têtes – tapissé de rouge...
Les ventres repus ; la chair épaisse...
D'un même élan – les bouches ouvertes...
Ensemble ; dans l'ombre qui s'étire...
Le ciel devenu terre...
L'esprit et les corps graisseux...
La faim ; et son linceul (très provisoire) de matière...
Dans la tourmente du manque et de la perte ; comme dans celle de l'avidité et de l'appropriation...
Les yeux fermés ; sans jamais se rejoindre...
Des preuves de sommeil ; suintantes – accablantes...
Bâtisseurs de rien dans ces chambres mal éclairées...
Un rêve tout au plus qui tourne dans la tête ; sur sa sombre couche...
Le songe d'une paroi que le moindre souffle anéantirait...
Nous – à l'horizontale – dans la torpeur – malgré l'incessant labeur du vent...
Une tache de ciel – sur la peau – au-dedans de l'âme – qui s'étend ; qui se déploie ; et qui, à sa manière, cherche ses aises – sur cette terre infirme et empotée...
Des étoiles dans le sang ; et la possibilité du monde ; cette danse infinie des combinaisons...
Le sol gratté avec les ongles ; à travers le mouvement du soleil et des Dieux...
L'achèvement impossible de la créature à moins qu'elle ne se livre à l'effacement – à ce qu'elle porte – à la transparence – à ce qui l'a créée...
Au-delà de la disparition...
Une lampe au cœur de la nuit...
Pas la moindre espérance ; ce qui se penche imperceptiblement – serré contre notre présence – notre attention...
Le souffle – sans ombre – sans image ; et le geste qui guide – qui devine – qui sait déjà...
*
Au cœur de ces rives luxuriantes ; sans homme – sans histoire – sans nom...
Des instants et des siècles de présence vivante...
Le lieu de la sauvagerie – des esprits – de l'invisible...
Parmi une faune effrayante ; et qui (nous) fascine...
Les joues habillées d'herbes et de lichen...
Les lèvres retroussées ; la narine alerte...
Le pas souple...
L'âme qui épouse le corps – les lieux – la soif...
Les yeux grands ouverts...
Et des vagues de réel qui déferlent – qui nous submergent – qui nous engloutissent...
Les préliminaires – peut-être – de l'alliance – des noces – du mélange – de l'hybridation ; cet ineffable (inespéré) que nous sommes, peut-être, sur le point d'incarner...
Au milieu des arbres...
Aux côtés de l'Amour..
Le séant sur la pierre...
L'écorce – la mousse et le vent...
La figure lovée contre le ciel...
Dans la joie de tout quitter ; de n'être plus rien ; un regard – une tendresse – des sensations ; la possibilité d'un au-delà de l'homme...
A l'échelle du monde ; le jour silencieux...
Confronté(s) à l'étroitesse des angles ; et à la terreur organisée...
D'une autorité à l'autre ; la volonté (assez) volatile...
A cet âge où l'aube se renouvelle ; devient inépuisable – en dépit de la bouche (toujours) collée à la pierre...
Antérieur au ruissellement de la fixité...
Au commencement du monde ; le premier geste ; l'inconsistance de ce qui émerge ; le règne du destin éphémère et labile...
La chair dansante avant les ossements...
Les bras tendus pour repousser ou se saisir ; puis, pour accueillir et étreindre – ce qui semble ne pas nous appartenir ; ce qu'amènent les vents...
L'existence comme mille passages – mille possibilités ; et des adieux permanents ; le seuil que doit franchir l'esprit pour éprouver la joie sur ces rives où se succèdent – sans discontinuer – la poussière – le provisoire et le pourrissement...
*
L'enfance distante ; comme abandonnée...
La tête derrière soi – accrochée à l'espoir d'une guérison impossible...
Condamné(s) au monde et au temps ; à ce rire qui pousse l'âme à comprendre – et à rejoindre – l'origine ; sans savoir ce qu'elle est (réellement) ; et la longue série d'épreuves et d'obstacles – à franchir – à traverser...
Du côté du cri et de la charge plutôt que du côté du ciel et de l'envol...
Au cœur de la trame – pourtant – la même couleur qu'aux plus lointaines périphéries de l'immensité...
A trop trembler devant la vie – devant la mort – devant le monde – devant les Autres ; face à ces reflets incompréhensibles issus du néant...
Avec (le plus souvent) trop de poussière et de larmes au fond des yeux...
Et l'âme rebelle à tout abandon...
Et tout ce sable – depuis trop longtemps – avalé...
A cheminer cahin-caha – et à reculons (parfois) – sur cette sente étrange – avec, sur l'épaule, ce grand sac de rêves – de mensonges – d'illusions ; dans lequel nous piochons à l'envi – pour rassurer l'esprit et distribuer, ici ou là, quelques terreurs – quelques faux-semblants – quelques folies – afin de tirer parti de ce qu'offre le monde...
Dans l'incapacité encore de rester immobile – dans sa chambre – face au soleil – face à la ruse de ceux qui nous font face...
Le temple des jours – et la lumière – au fond de l'âme – encore recouverts – encore à découvrir...
Au commencement du temps ; des mondes...
Le premier souffle ; un mouvement du ciel ; comme une contraction ; et l'émergence d'un visage...
De l'air expulsé qui tourbillonne ; et la naissance du langage...
Dans l'épaisseur de la nuit ; ce qui cherche la lumière...
Et nous tous – descendants de tous ces phénomènes inauguraux – poursuivant (sans même le savoir) l’œuvre commencée...
Témoin de ses propres jeux – jouant ; de ses propres yeux – regardant...
De l'opacité à la transparence...
Des enfers à l'extase...
Tout ; mesuré sur l'échelle de la joie...
Ce qui coule entre les doigts ; et qui vient de la terre et du ciel...
Le théâtre – l'étonnant théâtre – de la chair vivante...
*
Au milieu de la brume et des peut-être...
L'indicible apparaissant ; maître du monde – maître des songes et du temps...
Au cœur du murmure silencieux ; quelque chose de l'infime...
Un peu d'espace dans l'afflux de sang...
Et l'Amour – à chaque seconde – sur l'ombre de la faim...
A guetter encore ; comme s'il suffisait d'attendre...
En rien reconnaissable...
La hâte ici ; et la richesse là...
A s'interroger sur l'image ; le rôle et l'importance de l'image (pour le monde et la tête)...
L'honneur – la réputation ; le plus précieux (pour les hommes) – si souvent ; comme si les paupières étaient cousues à un candélabre dans une pièce obscure et vide ; sans lumière – sans personne...
Le monde et la tête – à l'envers – à certains égards (bien que la vérité aime à se déguiser – aime à se dissimuler – sous les apparences les plus étranges – les plus improbables)...
Cœur couvert de givre ; absorbé par l'ombre...
Dans la même terreur que celle des morts ; en plus de celle des vivants...
Derrière la vitre – sous la terre ; des visages et des os...
Et au-dehors – le reflet de la lune sur les grands arbres...
Le silence magistral de l'hiver...
Comme une longue nuit où tout sommeille ; sauf l'âme qui veille en retrait – dans un coin de l'abîme – à l'abri des bruits du monde...
Dans cette longue chaîne ininterrompue...
De l'immobilité à l'immobilité ; à travers tous les gestes – tous les vertiges...
Le soleil sur nos mains attachées...
Les visages qui disparaissent les uns après les autres ; et qui réapparaissent en des lieux dispersés...
L'invisible enchâssé dans la chair...
Dieu parmi nous – servant les choses et les circonstances ; le déploiement et la dissolution de toutes les trajectoires ; la parfaite respiration du monde...
*
Là où s'achèvent la plainte et le cri...
La tendresse – en retrait – (enfin) rejointe...
L'esprit du corps – affranchi du monde et de la mort...
Approchant – peu à peu – pas à pas...
Tous les fils de l'âme dans la main d'un plus grand que soi...
Qu'importe la fosse – les vers – l'arrachement...
La continuité de l'itinéraire ; et l'élargissement de la communauté d'appartenance ; bien plus qu'un espoir – une évidence...
A se réchauffer contre les Autres...
Engoncés dans la chair ; comme des barques amarrées au même ponton...
Soumis aux vieux ressorts de l'instinct...
De la terre – en amas – qui s'agglutine ; et la crainte de l'immensité...
La somme ; toujours – la somme ; jamais (presque jamais) le retrait de l'ensemble...
Le vide ; et l'Amour sans poids ; au fond de l'âme – la chaleur remuée – pour que les pas se perdent ; pour que la solitude et l'errance nous aident à nous rejoindre – à nous retrouver...
Le souvenir d'un lointain intérieur...
Après la chute ; le regret ; et l'extérieur, peu à peu, apprivoisé...
Des luttes – des remparts – des assauts...
A la suite de l'origine ; et à peu près rien d'autre...
Au bord de l'abîme – très souvent ; et le risque (permanent) de la dérive...
Et ce souffle qui manque pour rejoindre l’œil premier...
Seul ; dans la trace des (très) anciens ; les premiers hommes – les premières créatures peut-être...
La peau recouverte de plaies et de poils...
Encore enchevêtrés à la terre et au ciel...
Le monde ; du bleu recouvert d'herbe et de feuillages...
Et la vie – dans le prolongement de la mort ; et la mort – dans le prolongement de la traversée...
Le règne perpétuel du provisoire et du sauvage...
Le temps de l'âge authentique ; l'esprit sincère (sans mensonge) – en plein réel – sur la rudesse de la roche – dans la trame magmatique ; la matière réticulaire ; l'existence comme une évidence métaphysique...
*
La terre – soudain ; la terre renaissante...
Le sang neuf qui coule...
L'enfance à venir...
Le monde – la bouche ; remplis de merveilles ; et de possibilités...
La matière efflorescente – exubérante ; invasive (à sa manière)...
L'espace d'un instant ; la saison des amours...
L'herbe grasse ; les ventres féconds...
La danse des vivants...
Quelque chose devant soi ; et ce qui nous anime...
Jusqu'aux dernières feuilles de l'automne...
Jusqu'aux premières neiges de l'hiver...
A vivre encore – encore et encore – ensemble – sur cette rive ; de jour en jour – existence contre existence – au fil des siècles...
Ni mesure – ni calcul...
Ce qui occupe l'espace ; la terre transpercée...
Le soleil hâté dans son extrême patience...
Le vieillissement du monde ; et ce qui reconstitue ses forces vives...
D'une saison à l'autre ; le renouvellement de la chair ; et la même présence...
La pénombre par endroits...
Moins de rire et de jour...
Le nom – et la figure – que l'on vénère...
Un abîme spéculaire...
L'espace encombré de choses et de bruits...
La tête altière ; et l'intérieur tapissé d'images et de mots...
Comme étranger à toute poésie ; à la nécessité du vide – de la solitude – du silence...
Sur la trajectoire des astres...
D'un monde à l'autre ; d'un visage à l'autre...
L'esprit qui se découvre – qui apprend à se découvrir ; qu'importe le déguisement...
A plat ventre sur le sol – assis sur la roche ; debout – les vertèbres redressées...
A l'image du secret ; le reflet de la lune ; et les racines ; et l'origine...
Et la lumière ; et la mort – qui continuent de nous fasciner ; et la succession des traversées qui nous apprend, peu à peu, à élargir notre communauté ; à apprivoiser l'Autre – le lointain – l'(apparente) étrangeté...
*
Loin – engagé vers la source...
Sans mot – sans passé – sans séparation...
Et tout ce sable – à nos pieds...
L'âme fragile ; comme une peau ; l'étoffe de l'infini ; sur les épaules de Dieu...
Exposé à tout ; protégé de rien ; comme les fleurs et les bêtes ; avec des yeux pour pleurer...
La chair douloureuse ; et le cœur encaissé qui réapprend, peu à peu, l'envergure du territoire...
Ainsi jusqu'à l'instant de la mort ; puis, davantage après ; la possibilité de tous les au-delà...
La tête penchée sur le minuscule...
La réalité des pieds ; sans l'herbe – ni le regard...
Avec Dieu – dans les gestes – pourtant...
Autour de soi – la danse (très) en amont de la parole ; et qui évince toutes les (malheureuses) tentatives du langage...
Les corps qui s'animent – qui exultent ; fragments de terre enchevêtrés qui se meuvent et qui s'enflamment ; aux prises (éternellement aux prises) avec les forces invisibles du cercle ; endiablés – malmenés – envoûtés ; et qui s'usent ; et qui s'exténuent...
Le règne du mouvement ; et le néant (partiellement) recourbé pour tenter d'accroître un peu l'espace ; pour tenter d'intensifier la fête...
Les seules possibilités de l'abîme...
Les yeux tournés vers le ciel – suspendus aux branches – qui entrevoient le jour – à travers les apparences – en contrebas...
Quelques signes devant les paupières poussives – empotées – malhabiles – (à peine) entrouvertes...
Reflet(s) de l'âme recouverte de plaies et de bandages ; de la dureté de la pierre ; du front incroyablement dispersé ; du fond du gouffre ; du feu qui couve au-dedans du cœur...
Ici – sans la possibilité d'un autre monde – sans la possibilité du moindre ailleurs...
*
Le cœur lointain (si lointain) – sans que l'on s'en souvienne...
L'enfance vive et rebelle ; et la candeur – oubliées...
A compter les pas – et parfois les pierres – et parfois les regards – au fil du chemin au lieu de laisser les vents guider la danse...
Le corps et l'esprit – inquiets – perplexes – embarrassés ; chargés (à leur insu) de nuit et de matière – habillés de gras et d'arrogance – si peu habités – au seuil (presque toujours) de l'absence...
A cueillir des fleurs ; et à offrir des prières au sommeil – à tous les endormis – au lieu d'étreindre les Dieux – la terre – l'Absolu – l'éternité ; tous le possibles envisageables (et si rarement envisagés)...
Des promesses qui s'envolent ; et nous – inerte(s) – abattu(s) – engourdi(s) – qui les regardons s'éloigner ; l'âme triste – la tête pensive...
Le cœur épargné – fort heureusement...
L'esprit qui chante – malgré le corps qui vieillit – malgré l'ardeur faiblissante...
L'âme – le ciel – le vent – parfaitement alignés...
La posture et le geste (joyeusement) ensoleillés...
Au seuil d'une sagesse automnale ; le pas et la parole naturels et spontanés...
L'obsession du bleu ; et la hantise de l'inaccompli...
A l'intérieur ; le langage muet...
Et la pourriture qui guette...
Plongé(s) dans la terre ; la chair (à moitié) engloutie...
L'obscur encensé – couronné ; l'une des rares choses que nous connaissons...
Le monde ; sans le regard – sans la lumière...
Privé(s) de soleil et de lucidité ; comme condamné(s) à prolonger l'errance souterraine – au-dehors et au-dedans...
De la fumée noire...
Le ciel ; des signes – impénétrables...
L'espace contre la peau...
Le vent – le monde – la mort – en face...
Qu'importe les croyances ; qu'importe les pensées...
Ce qui brille au fond de l’œil ; et ce que le cœur renferme...
Sans compter l'ombre du vide qui inquiète les âmes naïves – dolentes – pleurnicheuses...
Au seuil du voyage ; au commencement (peut-être) du (vrai) périple ; au cours duquel les lieux et les choses seront (enfin) reliés...
*
Naturellement le rêve...
Le pas de côté...
L'intuition plutôt que la volonté...
Le geste plutôt que le pourquoi...
Sentinelle face au monde – face aux querelles – face à la désespérance...
La joie plutôt que le doute et le ressentiment ; et le goût de l'incertitude...
L'engagement plutôt que l'indifférence ; et l'esprit au-dessus de ce qui semble affairé...
Le cœur aimant ; qu'importe les visages et les circonstances ; ce qui nous est proposé...
Le jour dévoilé...
Loin de l'attente à genoux ; des paroles en l'air – de la terre promise...
Ici – sans invention – sans imaginaire...
Tout étreint ; y compris le plus vil – l'haïssable – le mauvais sort...
La route – la pierre – la mort ; que l'on suit – qui s'invite ; le lieu où l'on repose...
La vraie vie (pour ainsi dire) qui n'oublie rien – ni personne ; ni l'homme – ni les profondeurs – ni la sagesse – ni la tromperie ; et qui ressuscite la possibilité d'un acquiescement sans condition ; l'essentiel que l'on porte – l'essentiel qui nous anime ; ce qui s'est glissé (subrepticement) entre l'âme et la chair...
Le cœur et l'espace ; la chose commune – contenant et contenu ; le vide vivant ; et habité...
Qu'importe le ciel ; et les noms qu'on lui donne...
Qu'importe la tenue dont on habille les Dieux...
Qu'importe la foudre – les tempêtes – l'hostilité du monde...
La réponse – la clémence – la tendresse – en soi...
Qu'importe le pourrissement des corps et l'intérêt que l'on porte au mystère...
L'écho de l'infini – des origines – à travers nous...
Le sol qu'on éloigne ; déjà en soi – depuis toujours ; bien avant le premier jour ; et dont on ne peut (bien sûr) se défaire...
De la matière horizontale – en strates – que nous sommes aussi ; et qui a, peu à peu, appris à se mouvoir – à construire – à concevoir – à penser – à créer un langage...
Et la parole – à présent – trempée dans le sang...
Au cœur de l'obscurité ; sous quelques étoiles – ânonnant quelques réponses face au mystère – face au secret – essayant de dresser quelques signes – au cœur du néant – de l'incompréhension – de la solitude...
D'émouvantes (et malheureuses) tentatives...
*
La crainte féroce...
Le texte de la prière à la main...
Chantant – sans fin – le deuil et la plainte ; la blessure béante de l'âme...
Tous ces rêves auxquels on se livre ; cette effervescence du monde sous le soleil...
Sans que jamais l'Amour grandisse...
Endormis dans les bras du rêve...
La tête collée contre sa poitrine...
Dans le bleu des fables qui affaiblit l'ombre ; et qui, en secret, lui donne sa force...
Le réveil ; paupières ouvertes ; avec les mêmes images que dans le sommeil...
Comme du miel – et mille couleurs vives – sur les visages et les choses ; et tous les viscères arrangés ; et toutes les odeurs parfumées...
Tous rois ; en ce royaume...
Et cette disgrâce – et cette infortune – et cette cécité – que nul ne voit – que nul ne sent – que nul ne se risquerait à constater – sauf (bien sûr) le cœur lucide et silencieux qui sait ; et qui ne pourrait (quand bien même le souhaiterait-il) détourner de leurs songes – de leurs bruits – tous les endormis...
L'air – l'espace ; rudoyés – comme les astres – comme le reste – par les hommes...
Évincés du triangle d'or ; de la lumière...
La nuit-racine – comme une chape sur les gestes – les paroles et les pas...
L'impossibilité (avérée) de la blancheur ; et du soleil...
Aussi loin que remonte la mémoire...
Sur ces rivages – découvertes – la vie malheureuse des Autres ; la faim et la méchanceté instinctive...
La géographie de l'exil ; pour échapper aux supplices – à la sournoiserie – à la notation...
La hantise (maniaque) des chiffres et de la comparaison plutôt que le goût de l'intuition – plutôt que l'attrait pour l'horizon et la solitude...
L'illusion ancrée depuis le premier jour ; et sans doute, (très) antérieurement ; bien avant la naissance du temps...
L'installation (pérenne) du sommeil – sous les fronts – comme une loi – un royaume – une institution...
A vivre ainsi ; le ciel aussi bas que possible...
*
Depuis toujours ; comme si l'on était seul ; à marcher ensemble (apparemment)...
D'un lieu à l'autre ; sans jamais réduire la distance ; cette irréductible séparation...
A se méfier ; à aimer ; puis, à haïr (et programmé pour cela peut-être)...
A partager le plus commun...
A être ; à devenir ; ce à quoi l'on se destine (très naturellement) ; sans rien comprendre – sans même trouver la force ; sans même trouver les mots...
Ce que nous sommes ; et ce que nous faisons – semble-t-il...
On supplie ; au lieu de disparaître ; au lieu d'oublier...
On aimerait encore ; on aimerait davantage ; un peu plus ; des rations supplémentaires de tout – de temps – d'or – d'amour – de matière...
Et Dieu qui ne se montre pas ; que nos yeux et notre cœur (trop grossiers) ne parviennent à voir...
Si insensible(s) encore...
Murs de nuit – d'os et de sang...
La démesure (malhabile) du vivant sous ce ciel silencieux ; l'infini qui pousse au-dehors – au-dedans...
Sur les ancêtres – dispersés – ici et là...
Des tombes et des malheurs ; la même malédiction...
Tout s'oublie – et s'efface – sur cette terre...
Le monde et le mystère – enchâssés dans le même secret...
Des choses – au-dessus des têtes – (bien) étranges...
L'enfer et le firmament...
La mort irrécusable malgré les prières – les promesses – les ornements...
Ce qui (nous) fait disparaître – en apparence...
L'invisible (comme toujours) à la manœuvre...
Les mains impuissantes – en dépit des rituels...
Ce qui, ici, se transforme ; et ce qui est appelé ailleurs ; autrement...
Des mondes et des mondes ; l'esprit qui sait ; et les âmes qui voyagent (le plus souvent)...
*
La route parfaite des cœurs encaissés ; ce qu'ils disent ; ce qu'ils croient ; de leur victoire sur le sauvage – sur l'innocence...
La peur qui pousse les âmes à se barricader ; à trouver protection derrière des murs de pierres et d'idées...
Les mains sur les yeux et les oreilles au lieu de relever la tête pour écouter le chant – et regarder le spectacle – du monde ; jouant (presque toujours) sa propre tragédie...
Et cet air que l'on se donne ; et cet air que l'on fredonne – pour se donner du courage ; rehausser les clôtures – renforcer les barrières ; et fermer les volets – et les paupières – à la nuit tombée...
A demi-mot – dans le noir...
Sur cette bande de terre devenue malévolente...
Médusé face à la folie galopante – face à la confusion...
Dans le désordre des signes et des têtes...
Au bord du vide ; dans l'agrément (le simple agrément) de l'attente...
Tous entassés au fond de la solitude...
Entre vivants et morts...
A genoux face aux esprits immatures...
Le cœur tourné vers plus haut...
L'âme lasse d'être condamnée à l'absence – éloignée (si éloignée) de l'Absolu...
Effacés par le nombre ; écrasés par la masse...
Des existences perpétuellement reconduites ; qu'importe ceux qui se présentent...
De la neige dans les mains ; lancée vers le ciel...
Avec des restes d'ombre collés à l'âme...
Entre spectre et témoin ; le signe d'un retour – d'une possibilité de retour – vers ce ciel depuis si longtemps oublié – occulté – repoussé ; comme s'il y avait mieux à faire en ce monde...
*
Aveuglément – la sensation du fragile ; la vulnérabilité...
A mille siècles de là ; plus loin (bien plus loin) que le premier souvenir...
L'antériorité vécue – au-delà du rêve...
Des choses nommées ; sans visage...
Et des larmes (des torrents de larmes) sur tant d'atrocités...
Mort ; mille fois déjà...
Et le même bagage à chaque printemps ; à chaque voyage...
La carcasse et la souffrance qu'il faut oublier...
Et chercher le souffle – dans le geste et la langue – comme les loups...
Quelque chose du côté de l'ombre – du secret – de la sauvagerie...
A travers la nuit et les tempêtes ; l'approche naturelle...
Qu'importe les doutes – les peurs – les résistances...
Une (très) progressive descente vers la compréhension...
L'enfant-pierre – retourné sous la terre...
Et l'ombre qui s'insère sous la peau...
Avec de la lumière sombre – par endroits ; et des signes (une infinité de signes) du monde souterrain...
Au recommencement du devenir...
Le regard porté ailleurs...
Les lèvres ; dans leur cri de partage...
Au cœur des perspectives plongées (avec nous) dans le gouffre...
Au bord de ce que l'on devine...
L’œil posé sur ce qui hante toutes les tombes...
Rompu à l'acharnement des hommes et de la langue pour offrir au monde – et à la mort – une autre lumière ; davantage que la possibilité d'une espérance ; davantage que le menu concours d'une croyance ou d'une prière...
Coûte que coûte – étreinte ; la blancheur au-dessus des ventres ; au-dessus des cendres ; et les âmes envoûtées...
*
La parole impuissante contre l'inertie du monde – contre la fatigue – contre l'idiotie et la cruauté des hommes (ce qui les pousse à agir ainsi – le plus souvent ; toutes ces forces obscures – instinctives – mystérieuses)...
Avec, parfois (et de manière évidente), trop de lèvres ; trop d'hiver ; sans compter cette eau noire dont on abreuve le monde ; et qui ampute l'écoute déjà engourdie – infirme – des hommes...
La tête inclinée ; puis, l'âme (à bout de force) qui s'incline – elle aussi...
Le dos courbé sous le poids de la peur ; ou sous l'emprise des Autres (toujours) trop nombreux...
Comme des trous (des trous infimes) dans l'immensité ; de minuscules interstices au fond desquels on a trouvé refuge...
Ici et là ; à défaut de terre – à défaut de ciel...
Jointe au ciel – l'âme ; et ce vent qui la fait tourner ; et nous, avec elle, tournoyant...
Comme une folie en train de se matérialiser ; une sorte de démesure imprécise ; un rêve peut-être qui s'abattrait sur nous...
Notre manière d'être là – jusqu'à la mort ; puis l'oubli qui nous porte – jusqu'au recommencement...
Rien – délibérément – qui ne protège le secret...
L'enfance – le labyrinthe – la lumière...
L'homme même ; dans sa folie...
Aussi loin que puisse remonter le temps ; et la mémoire...
Jusqu'au lieu originel ; la source matricielle à laquelle on prête tous les enfantements...
Le monde – les mondes ; la terre – le ciel et les astres ; et tous les chemins qui relient les points (tous les points) de l'étendue...
Et ici – nous concernant – la pierre et la parole – en partage ; la chair et l'esprit en commun...
Au-delà des heures et des âmes hurlantes ; prisonnières du temps et du carcan de la cécité...
De la matière emboîtée ; avec quelques minces orifices ; le secret comme pétrifié dans la trame invisible...
L'infini parallèle à toutes les existences ; des liens et des signes (parfaitement) inaccessibles...
*
Des lieux scintillants ; là où la pierre prend feu ; là où l'oiseau côtoie le ciel ; là où les pas dansent sur leur pente...
Sans rien savoir ni de la folie – ni de la vérité...
Réveillé par le cri ; le nom que l'on prononce...
A porter n'importe quoi ; à croire n'importe qui ; comme si nous appartenions à la même fratrie...
Trop loin des arbres ; et des fleurs dans le sommeil pour accompagner notre exil...
Et des soucis inattendus – à profusion – dans la pagaille...
Et l'Amour ; et l'écoute – qui s'approchent ; et qui s’arriment comme si l'âme était une rive – une jetée ; un réceptacle pour offrir à ceux qui peuplent la terre l'attention et la tendresse qu'ils espèrent encore...