Carnet n°283 Au jour le jour
Juin 2022
La vie blessée – blessante – métamorphosée...
Comme des flèches dans le sang...
La chair rouge et tuméfiée...
Et cette substance que perforent – que déchirent – que dévorent – les Autres...
De la matière à vivre...
Ce que l'on expérimente ; de la fleur à l'oiseau...
Les couleurs changeantes de l'âme...
Comme des ombres dans le miroir qui tournoient au milieu des rêves...
Et comme le reste ; silencieusement mortel...
Des empreintes sur la peau du monde...
Et dans l'air – le parfum de la mort – le parfum de l'abandon...
Si proches (encore) des esprits ; si enclins aux caprices et aux coups...
A vivre au temps de la terreur qui perdure ; le cœur affolé...
*
Le jour dans l’œil qui voit ; qui s'est substitué à la roche...
La terre – le cœur battant...
L'âme (enfin) perceptible à travers le geste ; comme une (large) fenêtre...
Un peu de vent ; et du silence...
L'infini qui nous étreint ; bien décidé à nous accomplir – à nous effacer...
Sous l'écume emportée – vibrionnante...
L'épaisseur inerte ; des kilomètres de matière tiède et molle...
Du désordre et de la confusion sous l'indolence apparente...
Le bouillonnement des désirs ; des tourbillons qui se succèdent...
Le portrait d'un monde féroce et (déjà) obsolète ; l'humanité d'autrefois qui s'accroche à ses privilèges – qui renâcle à céder la place – à offrir un autre visage à l'espace...
Le cœur creux et soupirant – à force de s'aguerrir...
Oublieux de ce qui existe – à dessein...
Recouvert de piques et d'écailles – comme la figure légendaire du guerrier aztèque...
Lance à la main – prêt à empaler ce qui passe...
Chasseur blessé blessant ce qui pourrait (dans la tête de tous les barbares) faire office de gibier...
Le monde entier dans la main ; et le ventre plein ; l'âme asséchée – (presque) moribonde...
La substance emprisonnée...
Au cœur même de l'étoffe...
Des couleurs et des reflets ; ce qui ondule à la surface...
La terre dansante...
Sous la coupole grise du ciel...
Des choses édifiées dans le vide – au gré des ambitions – au gré des circonstances...
L'aurore figée dans la matière que nos tremblements parviennent (parfois) à libérer ; comme un trop plein d'émotion – un regain d'innocence...
*
L'esprit au large – au plus près des mots...
Au cœur du souffle – l'air et le geste libres...
La lumière offerte ; et, de temps à autre, le repos nécessaire...
Le bleu – à l'intérieur – qui remplace toutes les promesses des hommes...
Le secret qui, peu à peu, se dévoile...
Et toutes les choses abandonnées ; livrées au monde ; laissées telles quelles...
Coup après coup – sur la matière vivante – qui finit par rougir – par bleuir – à force de plaies – à force de contusions...
Le sang séché sur ce qui n'a de nom ; et qui nous est si cher ; bien davantage que l'homme – sans doute...
La communauté de ceux que l'humanité a toujours ignorés – méprisés – utilisés – assassinés ; le rire aux lèvres et le cœur insouciant ; ceux qui nous ont précédés et qui nous survivront...
Le plus précieux ; l'esprit sans ombre et l'âme innocente ; ce qui sauvera, peut-être, les cœurs les plus sensibles...
Le visage marqué par le feu – l'ardeur du trafic et du sang...
Le monde affairé – circulant ; là où se précipite le temps...
Le ciel à peine entrevu...
Le sol parcouru à la hâte ; et le territoire des Dieux ignoré...
Tout ; prétexte au pugilat...
Des rafles et des conquêtes ; des heures et des vies faussement héroïques...
Des hommes et des montagnes – déplacés...
De la sueur et de l'écume ; et son lot de morts – pour remplir les interstices de la terre...
Le doigt pointé vers l'horizon – vers de nouvelles terres – comme si l'Absolu (humain) ne se déclinait qu'horizontalement...
La main qui s'ouvre à mesure que le ciel approche...
L'âme alignée sur le cours des choses...
Qu'importe le rythme et l'impatience ; le cœur accueillant...
*
L'emprise déclinante du monde...
De moins en moins d'efforts – au-dedans ; et le dehors qui reflète tous les états...
La langue libre – déliée – à laquelle les ombres et les mots s'agrippent en vain...
Le centre de gravité qui s'allège ; et se déplace...
De plus en plus autonome – à l'intérieur ; et l'allégeance aux circonstances comme seul impératif...
En amont de la confusion et de la peur...
En soi – au-delà de l'impuissance – au-delà de la volonté – la sauvagerie première, peu à peu, apprivoisée...
Qu'importe les choses et les visages alentour ; l'âme bouleversée ; et le souffle court – au milieu du monde...
Au détriment de la charge – du surplus ; ce que l'on porte naturellement...
Par delà les apparences – l'essentiel (presque) toujours...
A travers le chemin – l'assemblée accueillante...
Les yeux humides ; et les lèvres tremblantes...
De la peur à la gratitude...
De ce qui s'accroche au dessaisissement...
Notre manière d'exister en apprenant, peu à peu, à s'effacer...
Le bleu à l'âme ; le blanc à la bouche ; pas si loin de l'infini ; l'apprentissage de la transparence – cette perpétuelle initiation offerte par le voyage...
D'abord le jour – puis, le chant...
La lumière et la grâce...
La matière poétique (par excellence)...
Au milieu des rêves – au milieu des choses ; des miroirs tendus – comme un ciel entre les mains – où l'on pourrait apercevoir son visage...
Paume contre paume – les doigts enchevêtrés – l'esprit indissociable du reste ; qu'importe l'épaisseur de la matière ; qu'importe la profondeur du sommeil...
Et au creux de l'oreille – le murmure des Dieux qui donne au monde son rythme naturel – entre l'inertie des masses et la cadence de forçat que nous nous imposons...
*
Le corps aérien – dans la matière – dans l'épaisseur ambiante...
Proche de la distance nécessaire avec l'homme – encore perceptible mais hors de portée de ses plaintes – de ses querelles – de ses manigances...
Plus âpres – et (bien) plus difficiles – qu'autrefois ; la proximité et la cohabitation...
Quelque chose d'imperceptible nous a éloigné...
Ni pourquoi – ni comment ; l'implacable obéissance à ce qui nous porte – à ce qui nous anime...
Sans surprise ; naturellement...
Sans faux-semblant – sans rien cacher...
Seules – aux manettes – les forces qui nous gouvernent – qui nous malaxent – qui nous façonnent...
Comme la pâte du monde entre les mains (habiles) de l'Amour – du silence – de la lumière...
L'esprit en train d'éclore – peut-être...
Le plus infime soleil...
En bordure du monde – la lumière perceptible...
De quoi éclairer ; et, éventuellement, ouvrir les yeux de ceux qui dorment...
Le vent – des ailes ; et l'immensité à parcourir...
De ciel en ciel jusqu'à découvrir le lieu où nous sommes...
La marche salutaire ; les alentours de l'ignorance...
Et, en définitive, ce que l'on apprend du voyage ; l'accueil inconditionnel du silence – la pure immobilité...
De l'ombre à l'absence – en un clin d’œil...
De la danse à la guerre – en un claquement de doigts...
Et de l'absence à la lumière ; et de la guerre à la quiétude joyeuse – pendant très (trop) longtemps...
Ce qui nous occupe tous – en somme ; le labeur commun incontournable...
*
Ce qu'il reste du vivant disparu...
Ce qui échappe à la mort...
Serré contre soi – le dehors...
Dans l'intimité des choses – les jours de liesse et de franche sensibilité...
Ce qui s'apprivoise – (très) naturellement...
Comme le soleil qui réchauffe les corps...
Comme la nuit qui enveloppe le sommeil...
L'expérience – peu banale – du quotidien ; la proximité et l'émerveillement ; ce qui (bien sûr) n'étonne plus personne...
A reculer encore face aux remous...
Le rire franc – la poigne ferme...
Un peu de lumière et un peu de temps...
Notre manière d'y voir plus clair – dans cette zone d'ombre où le manque est si patent – où la matière creuse sa propre mémoire...
Et notre langue – heureuse – qui racle les rives joyeuses du vide ; le silence...
Le deuil déclaré...
Ce que l'on porte à l'intérieur – plus authentique que les habits d'apparat – presque lumineux...
Comme un soleil rieur qui libère de la tristesse ; et des assassins ; et de toute chose – en vérité ; et qui révèle au monde une autre vocation (exempte de doléances et de plaintes) – une possibilité ; un (très) mince espoir – diraient certains...
Sous les étoiles et les branches des arbres – ailleurs – au milieu des bêtes endormies – dans l'herbe qui écoute nos râles et recueille notre sang...
Au loin – les canines luisantes du monstre qui transperce – qui dépèce – qui avale son lot d'âmes – son poids de chair ; avec, à chaque bouchée enfournée, un changement infime – quasi imperceptible – dans le cœur des victimes – dans le cœur des bourreaux – qui mettront des millénaires pour se transformer – pour manifester dans leurs gestes un peu de sagesse – un peu de sensibilité...
*
Au fond de soi – le sommeil...
Et au centre – comme roulée en boule – la lumière...
Les yeux de la terre – à travers l'encre noire – murmurant – se confessant – oubliant momentanément l'agitation du monde – retrouvant le silence (pour quelques instants)...
A travers quelques mots – le poids des malheurs – l'heureuse insomnie...
Entre l'arbre et le dedans – le chemin emprunté...
L'ordinaire des choses ; sans doute – le plus merveilleux...
Sans brutalité – la solitude – l'intimité...
La bouche muette ; seulement le souffle – la respiration naturelle...
Ce qui s'approche – ce qui daigne s'approcher – au plus près ; ce qui anime le sang – le corps qui bouge – la main qui se tend – le temps qui rétrécit – les créatures qui apparaissent et disparaissent...
Dans l'étroitesse de nos vies – l'infini ; le cœur palpable du vivant...
La terre et l'arbre – ensemble...
Sans se soucier du martèlement...
Dans le périmètre défini...
L'assise de la différence – en quelque sorte...
Suspendu(s) à leurs murmures – à leur respiration...
Dans le plus grand secret – sans même que nous nous en rendions compte...
Depuis des temps immémoriaux ; et quasiment inchangés – nos pieds nus sur le sol – notre abri sous les frondaisons...
L'alphabet du ciel – laborieusement déchiffré – comme si l'on pouvait ainsi percer le mystère – transformer l'histoire du monde – découvrir ce que le cœur renferme – arpenter le territoire des Dieux ; et se laisser étreindre par le silence – la vérité...
*
La trame mise à nu...
Tout contre soi – à même la chair...
Le cœur qui bat...
Des secousses et des avancées ; des allées et venues...
Le monde d'avant et le monde d'après – à cet instant – réunis – ensemble...
Et toutes les forces qui nous traversent – qui nous animent – qui nous agitent...
Des corps – des cris – des mots...
Aussi démuni(s) que le reste...
Ce qui demeure et ce qui se transforme ; dans le désordre – entremêlés...
Mille tourbillons dans le vide...
A la même hauteur que le jour – le chemin non balisé...
L'espace qui remplace le monde – qui remplace les choses...
Tous nos visages tournés vers nous-même(s)...
Au-delà de l'histoire – (presque) toujours...
L'immensité à la place des yeux – à la place de l'âme...
Une terre d'accueil et de mélange...
Comme une prière exaucée...
Un phare – une fenêtre – une main tendue...
Quelque chose qui ne s'embarrasse pas des représentations du ciel véhiculées par les hommes...
Ni demande – ni vestige du monde fantasmé ; le geste sobre – précis – nécessaire ; et cet incroyable espace dans le regard ; comme un sourire – une danse – l'impossibilité de l’épuisement ; ce qui demeurera éternellement après la pierre – après l'usage du monde...
Des mots en abondance ; moins aiguisés que le cœur qui accueille avec discernement ; suffisamment nu – et vide – pour intégrer (momentanément) ce qui surgit – ce qui advient – ce qui s'invite ; et sur lequel glisse ce qui n'est pas né de l'Amour ; très peu de choses – en vérité...
*
Sans poids – le temps qui passe – le temps qui s'écoule...
Une approche ; une simple perspective...
Un peu d'air dans la trajectoire du vent...
Ce qui se dérobe sous nos pieds lorsque la terre tremble – lorsque le sol s'effondre...
Des mains sur les yeux pour ne pas voir la chute...
Le piège de l'existence – de la durée – là encore – comme toujours – la ronde (infernale) des illusions qui fait tourner la tête...
Comme une ombre – une longue série d'ombres – qui efface l'essentiel de notre visage – de notre joie...
Indéfiniment – l'attente – la quête – le face à face – ce à quoi nous sommes destiné(s) – ce qui nous anime – ce qui nous (pré)occupe (très essentiellement)...
Une manière de vivre ; et, sans doute, davantage ; ce qu'il y a d'antérieur à la vie et à la mémoire ; la substance que nous sommes – jusqu'à la moelle – à travers la valse (étrange) des déguisements ; à travers la transformation (inévitable) des apparences...
Ici – sans promesse...
Adossé à ce qui ne peut se méprendre...
L'innocence portée comme une bannière – (très) involontairement...
L'homme d'autrefois – patiemment transformé – métamorphosé en espace d'acquiescement...
Dans un état de vivacité permanent...
La tête dégagée des enfers célébrés par le monde...
Installé en pays (très) incertain ; avec, pour seul horizon, le poème silencieux...
Né avec les tout premiers continents de l'enfance...
Sous la peau – édifiés en colonnes – le silence – l'architecture de l'ensemble...
A divers degrés – le point de convergence de tous les élans – de toutes les destinations...
*
Sur la chair – la caresse – la nuit agissante ; et, parfois, le pouvoir des mots...
Sans intention – pourtant – le poète exilé du monde ; presque innocent ; n'écoutant que le ciel et le vent ; l'ardeur juvénile malgré les années...
La main qui façonne l'argile ; les pieds dans la boue...
Toutes les forces tendues vers le silence ; à travers l'expression – quelques riens – dociles – sauvages – naturels – dévoués à la main d'un Autre (bien plus grand que nous)...
Les yeux ouverts – sur le monde – sans accusation...
Au-dedans – la distance nécessaire...
Ce qui passe ; ce qui a lieu ; comment pourrait-on l'ignorer ; comment pourrait-on y échapper...
Des choses qui bougent – des élans – des mouvements...
Quelques vibrations – quelques soubresauts ; une once d'espoir – son lot de tragédies ; et ce qu'il faut de vérité – pour y croire encore (un peu) ; en réalité – un chemin d'adieux que notre ignorance – que nos résistances – rendent (presque toujours) tragique – misérable – douloureux...
Si l'on vit encore – peut-être...
Qui sait les choses qui nous composent...
Cet amas de bric et de broc – condamné à des millénaires de disette intérieure...
Et le nom dont on nous a affublé ; et dont nul ne se souvient ; comme tombé en désuétude faute d'usage...
Pièce par pièce – morceau après morceau ; notre vie – notre infirmité croissante – notre effacement...
Le mystère – une partie du mystère – déposé(e) au fond de cette chair surgissante...
De l'argile en émoi face au monde et aux circonstances...
Des interrogations solitaires – sans réponse – sans locuteur...
Et ce qui ondule sous les apparences – l'écho du mouvement initial ; la vérité – peut-être...
*
Aux angles du monde – le manque et l'absence ; ce qu'aucun don ne saurait combler ; il faudrait tout démolir – fracasser les têtes et la roche – briser les murs et la mémoire – oublier le hasard et le sommeil – déplier l'espace et le temps d'une extrémité à l'autre ; et se rendre (enfin) à l'évidence ; il n'y a rien – nous ne sommes rien ; juste le vide...
D'une couleur à l'autre ; comme une vieille chair – mille fois – repeinte...
Et ce que l'on porte ; et, dans un coin de l’œil, cette attente – indécise – indéfinie ; l'ignorance plutôt – peut-être...
L'espérance d'une autre terre – d'un ciel moins haut – d'une âme plus pénétrante ; autre chose que cette veille indéterminée – que cette inertie de part et d'autre des yeux...
A tâtons – dans le ciel ; quelques signes avant-coureurs...
Sans artifice – l'âme seule...
Dans l'obscurité – la lune...
Le merveilleux et le sang – inscrits dans le corps – au cœur de la chair putrescible...
La main mendiante qui emprunte la lumière du dehors...
Et nous – avançant – sans certitude – vers d'autres possibles...
Ce dont nous héritons ; le plus simple à vivre – cette matière animée – apparemment vivante...
Et devant soi – des lignes toutes tracées ; la géographie ancestrale du monde avec ses routes – ses frontières – ses interdits...
Un territoire morcelé où abondent le sang et la cécité – les querelles et les morts...
Quelque chose d'incompréhensible entre nous...
*
Au-dedans – sans rien voir...
Ce qui tourne en rond – à l'envers...
Le moins naturel – sûrement ; ce qui se sent séparé ; et qui ne l'est pas (bien sûr)...
A demeurer dans la douleur alors que la joie est partout – saisissable – à portée de main...
Nous – respirant à la surface – comme si l'air était rare – fouillant le sol avec notre âme et nos yeux souterrains...
Le temps incontournable (et disgracieux) du labyrinthe et des malheurs...
La lumière à travers un trou – comme la vie – comme le rire...
Et la mort qui frappe indistinctement ; ce qui résiste comme ce qui veut en finir...
Et la douleur de se taire ; et la douleur d'attendre – comme si l'on pouvait nous guérir – comme si l'on pouvait nous sauver...
En soi – les ombres projetées ; et l'essentiel des sacrifices de la terre...
Face au ciel (face à l'idée du ciel) – (trop aisément) corrompu(e) – notre vertige – tourbillonnant – à même la respiration et le sang...
Le visible occupé à ses trébuchements...
Et au-dessus (très au-dessus) – l'impensé – intouchable ; ce qu'aucun rêve ne semble convoiter...
Pour nous-même(s) – sans (véritable) existence...
Comme des couches successives à soustraire...
Du souvenir au consentement...
Des instincts aux yeux ouverts...
Parmi les loups qui rôdent – dans le reflet aventureux de la lune...
Le seul périple – peut-être...
Et dire que nous n'avons encore rien vécu...
*
Sans réponse – en silence...
Acquiesçant – sans explication...
Ainsi ; comme l'air que l'on respire et le sol sur lequel nous marchons...
Les pieds nus sur la pierre...
Le bleu au fond des yeux – encore invisible...
Et ce carré de terre ; et ce carré de ciel – comme le lieu où nous habitons...
Le regard et la douleur – aussi libres que le reste...
La bouche close ; sans exemple à suivre – sans exemple à donner...
Très modestement (avec assez de naturel)...
Ce qui bouge – ce qu'on laisse bouger ; ce qui est immobile – ce qu'on laisse immobile...
Le souffle toujours circulant – sans effort...
Animé de l'intérieur...
Comme l'arbre et la fleur qui se dressent ; vers la lumière...
De jour en jour – l'immensité fluctuante...
La férocité du territoire, peu à peu, apprivoisée...
Des fils arrachés – au-dessus des mains – au-dessus de la tête...
(Un peu) moins marionnette qu'autrefois...
Paumes ouvertes face aux siècles encensés...
Seul – à notre place ; toutes les questions portées jusqu'au silence...
Le visage de plus en plus impassible...
Des choses et des mots qui passent...
Sans réels repères – un peu du monde – un peu de l'âme – un peu de poésie – peut-être...
Quelque chose comme une parole ; et le plus sacré qui s'y est enfoui...
Quelque chose du silence – de part et d'autre de l'espace...
Le Divin sans concession – comme un appel...
*
Vivre au-delà des murs – au-delà du nom – après l'effacement...
Parmi les pierres et les fleurs...
Au cœur du chant qui monte...
Sous le ciel froid et dense...
Sur le sol gorgé de vie...
L'air frais – dans l’œil – le renouveau du monde...
L'équilibre (délicat) entre le provisoire et ce qui semble durable...
Les feuilles qui se succèdent...
La main agile – le rythme de la langue...
L'âme à l’œuvre (dans son modeste labeur)...
Au-delà de l'attente ; l'accès à ce qui a disparu ; le monde d'avant – les morts – le vertige et l'intensité – ce qui nous transforme en vivant(s) immortel(s)...
Quelque chose du sable et de l'immensité – qui demeure – qui s'écoule – qui demeurera et s'écoulera à jamais...
Comme traversé(e) par le monde – la parole...
Des lignes sans appartenance...
A la rencontre de cette part du cœur des vivants qui cherche une boussole – une manière de vivre appropriée – un chemin – un feu – un fanal – un ami dans la solitude...
Quelque chose de plus rouge que le sang...
La seule communauté envisageable...
Ce qui nous met au monde – quotidiennement...
Des pas – des paroles – du silence...
Affranchi de tout désir – de toute prière...
Dans l'ainsité des choses – le sourire né de ce que l'on porte – tourné vers ce que nous reconnaissons comme part de nous-même(s) ; ce qui nous compose (ontologiquement)...
Le labeur des vents sous le regard impassible de celui qui sait...
Des étreintes réconfortantes (presque toujours) ; et l'âme engagée...
Le bâton qui sert à danser avec les éléments...
Et en tout lieu – l'intimité – cette matière plus précieuse que l'or...
*
La figure épaisse des hommes à l'âme absente ; de la matière qui advient – qui s'écharpe – qui s'écroule – qui se succède – qui se remplace...
Des murs autour de la nuit – hauts – (presque) infranchissables...
Un labyrinthe ; et mille voies sans issue ; et des batailles autant que de têtes qui tombent...
Et la vitre contre laquelle se cognent ces armées de brutes...
Une vie – des vies – comme une longue attente sous la pluie – au milieu des pierres et du sang – avec, partout, enivrante cette odeur de mort indélébile...
Sa part de boue (bien sûr) ; et tous les possibles (rarement réalisables)...
L'âme que l'on néglige – comme s'il s'agissait d'un rebut – d'une matière superflue ; seulement dénicher une sente où se glisseraient aisément les pas – à l'abri des Autres – à l'abri des yeux qui pensent – à l'abri des cœurs sensibles...
A rebours – la course du silence...
L'allure décroissante...
Ce que la mort nous confie...
Et ce que la solitude nous révèle...
Nos yeux dans l'obscurité...
Le voyage enraciné ; de désillusion en désillusion vers ce qu'il reste...
L'absence de soi – la fin de toute séparation (de tout sentiment de séparation)...
Au point de rencontre entre l'âme et le monde ; l'espace immense...
D'une seule traite ; du soi à tout – du tout à soi – de soi à soi ; comme un va-et-vient perpétuel ; l'aller-retour du même voyage – indéfiniment...
Et nos vies ; comme les traces de l'oiseau dans le ciel ; ce qui existe – ce qui est vécu – à cet instant même – le monde vivant...
*
La place forte abandonnée – livrée aux pilleurs et aux vents...
Le carré d'herbe verte offert aux déluges et aux tempêtes...
Laissant apparaître cette fragilité – comme un étrange jardin de lumière (jusque là dissimulé sous la solidité apparente) ; comme un présent (inespéré) accordé aux yeux ouverts...
Le silence qui percute le cœur et la pierre...
En ce monde encore étranger à la dimension magique de l'espace...
Des seaux de poussière que rien ne saurait pondérer – compenser – rééquilibrer ; pas même l'infini – pas même l'éternité – (toujours) inexistants aux yeux des hommes (aux yeux de l'essentiel des hommes)...
L'éclat terne des existences ; ce poids fragmenté – cette lutte contre la douleur – contre le froid – ce qui fait obstacle à la puissance...
La volonté comme seule force de frappe ; et le reste dans l’œil inerte – la place du monde et des habitudes qu'aucune ardeur ne pourrait déplacer...
Le sommeil ; des fenêtres closes...
On devine (parfois) la profondeur derrière le cri ; et les impératifs horizontaux...
Le défi de l'arbre ; et le défi du mur – en filigrane...
Ce qui s'érige ; et la distance qui sépare de la lumière...
Quelque chose de blanc – du brouillard dans les yeux ; la tête calée contre le sol – une manière de voir – et de vivre – l'épaisseur...
La gravité du monde ; et de l'autre côté – un peu plus loin – la neige et le ciel...
En retrait des masses...
Affranchi de la tristesse et des postures humaines ; une manière de se soustraire au poids du monde...
Et au loin ; comme un craquement dans le silence...
Un mensonge hautement reconnaissable...
Trop de sourires et de promesses ; trop de caresses et de mots – sur la pente à gravir...
Du bleu ; et des passages que l'on obstrue à force de bruits...
En soi – cet Amour clandestin et anonyme – ardent – magistral – qui anime la matière – qui rend la substance vivante – sans jamais se soucier de son sort...
Le monde – traversé de part en part ; des plus hautes cimes jusqu'aux plus profonds souterrains...
Le voyage en soi ; qui envahit le moindre interstice – qui submerge toute forme d'étroitesse ; sans jamais encombrer...
Ce qui, un jour, finit par déchirer les apparences ; transformant ainsi l'enfer et le néant en vide habité ; en joie perpétuelle...
*
Là où l'on séjourne – enveloppé...
A l'abri du monde et des circonstances...
Vie et mort (savamment) enchevêtrées...
Au cœur d'un passage – entre la pierre et l'immensité...
Un rêve d'éternité couronné par une forme d'errance et d'oubli...
A se laisser pénétrer par le silence et la lumière alors que d'Autres vénèrent (encore) les ténèbres et le bruit...
Au milieu des mots ; (un peu) plus d'absence...
La réponse – en chemin – silencieuse...
L'existence éprouvée ; d'une extrémité à l'autre – au cœur de l'obscurité...
Derrière la langue et les apparences...
Du possible à l'impensable...
L'éternel retour ; l'espace sous le labyrinthe...
Là où nous nous effaçons ; ce qui nous prolonge jusqu'à l'infini...
Profondément plongé dans la parole...
L'absence de temps – au cœur des siècles...
L'écho de l'origine dans l'univers...
L'Amour à travers les saisons...
La migration des âmes – la métamorphose des corps ; et ce qu'il reste au fond du cœur...
L'obscurité éparpillée au milieu de la lumière...
Le soleil et l'espace qui consolident l'impossibilité de la séparation ; et qui privilégient l'effacement au détriment de l'absence...
L'archipel intérieur ; le lieu où se déploient les ailes...
Le ciel à la place des images et de la pitance...
Ce qui, en nous, lentement s'éveille...
Une étreinte qui dure à la place des choses qui changent ; à la place du sable qui s'écoule...
L'âme tournée vers ce qu'elle porte...
Assis en silence face au monde ; le verbe passionnément poétique...
*
Plus haut que le jour – la modestie des visages – l'écoute discrète – la main qui caresse – le souffle rassurant sur ce qui, en nous, est livré à la peur – à l'angoisse – à l'effroi...
Quelques mots pour abattre les murs et rendre au sauvage sa liberté...
Des bêtes – des roches ; des arbres jusqu'au ciel – sans (jamais) avoir peur...
Ainsi pouvons-nous faire face aux hommes et à la fatigue qui gagne parfois ceux qui résistent...
L'âme chamboulée par ce qui passe – le silence...
Le dehors et le dedans – imbriqués sans savoir où l'un commence – où l'autre finit...
Une respiration naturelle – de plus en plus...
La solitude comme une couronne sur le cœur en joie ; la tête si près du sol – si près des cimes – si près du ciel ; de la couleur de la neige...
Simples et naturels – l'esprit qui voit – la main qui agit...
Sans calcul – dans l'espace...
L'âme apprivoisée...
Comme le soleil et le vent...
Ni superflu – ni arrière-pensée...
La parfaite obéissance aux circonstances...
Ce qui s'impose – sans intention...
Ni haut – ni bas ; ni gauche – ni droite ; ni surface – ni profondeur ; ni centre – ni périphérie – ni désert – ni peuplé...
Un espace – une présence – autonome – sans géométrie – en deçà et au-delà de toute géographie terrestre...
L'infini (plus ou moins) parcellisé – (plus ou moins) décomposé en fractales...
Des têtes et des soleils qui tournent – qui ont l'air de tourner...
Partout – le même rêve – en pointillé ; le monde en apparence ; et, en filigrane, l'esprit...
L'invisible évincé – comme un mythe – un mirage – une fiction ; une histoire pour fermer les yeux ; tout le contraire (bien évidemment) ; mais la force des illusions est si puissante chez les hommes que les apparences tiennent (presque toujours) lieu de vérité indépassable...
La tête engourdie ; l'âme obsolète – sans pouvoir même envisager l'impensable...
L'absence – comme le seul espace possible...
Les mains clouées à la faim...
Le ventre maître de la soif...
Ce qui sépare l'Absolu des contingences...
La trop grande proximité du monde – peut-être ; et sa manière (envahissante) de s'immiscer au-dedans...
L'inconfort et le vertige – simultanés...
Et le ciel suspendu – très au-dessus des jeux auxquels se livrent tous les vivants de ce monde...
*
Le plus précieux de l'hiver – en soi – déjà...
Le cœur – au loin – qui cherche...
Et devant les yeux – toutes les butées – les pierres avec lesquelles les hommes construisent des murs ; tous les horizons indépassables...
Les heures (trop) passagères...
Le vent qui emporte – qui révèle le dérisoire et la fragilité ; ce qu'il y a de plus nu – en nous...
L'indifférente monstruosité du monde...
Des barrières ; et de la souffrance...
Ce avec quoi l'on emplit – et entoure – le vide ; les existences...
L’œil éteint – sans préalable...
Sans pourquoi – sans comment...
La flèche fichée dans la chair...
Le mouvement et la vie – stoppés net...
Le corps fumant qui gît sous la lumière...
Et nos mains en prière – auprès des arbres – témoins de tous les assassinats – de toutes les atrocités...
Les mots-lumière – comme une transparence au cœur de l'hiver...
Des doigts qui courent sur la terre – la page entre nos mains...
Et au-dessus – l’œil ; et au-dessus de l’œil – le ciel et le vent – ce qui nous emporte – la fin d'un nom – d'une dynastie – d'une longue lignée...
Les traits du visage effacés ; et, à la place, un sourire et la candeur des bêtes ; et le regard acéré du sage ; qui accueille – qui acquiesce ; et qui (re)tranche tout superflu...
En soi – qui émergent – les gestes et les nécessités du jour...
Qu'importe le sommeil et les tragédies...
Qu'importe la douleur du monde et le rire des assassins...
Le verbe – comme une flèche ; et la parole lancée – comme une trouée dans les illusions ; et, peu à peu, le déchirement des voiles qui obstruent le regard ; et derrière lesquels brille le réel ; l'une des rares possibilités (pour l'homme) d'apprendre la clarté...
La terre désertée ; l'absence et le silence...
Le ciel sans distance...
A proximité de la source...
Le monde en soi...
Hors du temps...
L'âme au cœur de ce qui vient ; tous les possibles – simultanément...
Le sol comme espace de liberté...
Sans certitude – sans vérité...
Le destin qui s'affine – qui se précise...
Et le regard – comme un interstice au fond duquel s'ouvre l'espace...
La profondeur du réel sous les strates d'images et d'inventions édifiées par les hommes ; un (bref) aperçu – un (court) intervalle...
Du vent – de l'inconsistance – derrière les apparences...
Une dimension nouvelle – inconnue – ouverte par la perception et le langage – à travers l'âme réceptive qui tâtonne...
*
L'âme lasse – la chair fatiguée...
Au soir de l'horizon humain...
Le monde – par-devers soi – qui s'éloigne – qui s'efface...
Un peu de poussière sur la peur...
Des figures lointaines – de plus en plus...
Ce dont nous n'avons plus l'usage...
Une foule d'images enfouies dans la vase ; et la main inerte ; et le regard (presque) indifférent...
Au bord du sommeil – au bord de la mort – à présent...
Là – parmi le sable et les débris...
Pas d'apothéose – pas de perte légendaire ; la vie – seulement – qui s'étiole – qui s'éclipse – qui s'exile...
Au rythme de la lumière ascendante...
Le bleu aux oreilles...
Délaissé par le temps ; et les impératifs du monde...
Le front sauvage – silencieux – de plus en plus – dans la seule couleur qui vaille – dans la seule couleur qui soit...
Le cœur qui bat...
Le rythme du monde...
Notre essoufflement ; et cette lassitude à le suivre...
Le poids des siècles sur l'échine ; la poitrine oppressée...
Et toutes les portes closes auxquelles on frappe – auxquelles on continue de frapper...
Les os brisés à force de persévérance...
L'obsession du visible à participer à la danse...
Sans arrêt – sans retour ; ce voyage vers l'inconnu...
Aux confins de soi – le poème et la lumière...
Ce qui vibre avec l'herbe et les étoiles...
Le grand ciel peuplé de Dieux et d'oiseaux...
Les murmures passagers de l'Amour sur les berges bruyantes et surpeuplées...
Debout – les yeux ouverts – face au jour qui se lève ; et un sourire qui s'esquisse sur tous les millénaires passés...
*
En passant – sans rien collectionner sinon les désillusions et la tristesse ; notre trésor – la porte qui ouvre (tôt ou tard) sur l'inespéré – au milieu des larmes et de la désespérance...
Derrière la forêt des ombres – cette statuaire froide et illusoire qui trompe l’œil ; et qui trompe l'âme...
Seul – à présent – sous le ciel d'hiver ; à contempler l'espace ; et la vie spacieuse peuplée de silence...
Le goût de l'ivresse sobre – de toute évidence ; l'intensité du vertige – au-dedans ; et le regard imperturbable qui traverse le monde ; et au-delà...
Comme l'arbre – la verticalité un peu rigide ; et l'horizontalité qui cherche la lumière...
Le chemin – à l'intérieur – déployé...
Ce qui – en soi – continue à croître vers l'invisible...
Le feu – le jour – chemin faisant...
Le pas – le destin – en équilibre...
Et les paroles du monde rabâchées – mises de côté – comme un non-savoir – un florilège d'insanités présomptueuses...
Ce qui est colporté – ici et là – par toutes les bouches incultes – sans curiosité ; ce que répètent – inlassablement – toutes les générations...
Seul – sur ce fil – silencieux – au cœur de l'incertitude – au cœur de l'inconnu ; ce qu'offrent les circonstances ; par delà les baisers et les morsures des Autres ; ce qui s'impose – magistralement...
Des mondes imbriqués et parallèles...
Et un chemin qui serpente entre tous les seuils – portes ouvertes – sans dehors – sans dedans...
Et la respiration qui se déploie à travers l'espace ; et l'envergure du regard affranchi des répétitions et des psalmodies ancestrales...
Notre existence lorsque l'esprit sait transpercer les voiles – les reflets – les illusions ; lorsque l'infini devient notre seul territoire – notre seul horizon...
*
Dans la (totale) confusion du dehors...
Des choses – des mots – des choses ; et quelques visages parfois – comme une longue chaîne ininterrompue – des blocs de pierre accolés – un collier de poussière ; ce qui semble important – pourtant – aux yeux des hommes ; des insignifiances ; du ridicule et de la misère...
Et des fleurs – et le soleil – sur la terre – qui, chaque jour – à chaque saison, réapparaissent ; le changement imperturbable au changement ; et ce sourire – cet étrange sourire – face à tous ces petits riens qui passent...
La lumière vibrante – dans la tête secouée...
Et les ombres glissantes – sur la chair lisse...
Sans certitude – cette incursion dans le bleu...
Entre la bêtise et l'épaisseur – la possibilité (pourtant) de transformer la lassitude et le sommeil ; de percer ce qui nous sépare du ciel...
La chair changeante – au fil des saisons – au fil des âges...
L'irréalité du monde que nous continuons d'ignorer...
La vie ; ce qui existe – peut-être...
L'invisible en dessous du frémissement et du fracas...
Et le silence comme un funambule au-dessus des paroles et des cris...
L'âme craintive – apeurée – dissimulée derrière les apparences (boursouflées)...
Et nos pas – en boucle – d'une extrémité à l'autre de l'histoire – immobile – au fond de l'abîme...
Vers l'origine – à reculons...
Nos tremblements (parfaitement) accompagnés...
Entre le temps du soleil et le temps des horloges...
L'âme encore dans l'écho de ce qui nous a créés...
Bien davantage que l'histoire du monde...
L'époque d'avant le sol – le temps d'avant la pierre...
*
Le monde arpenté...
Face au mur – l'ombre et l'arbre ; et ce restant de lumière...
Et cette nuit qui n'en finit pas ; qui n'en finira jamais – peut-être...
Et ces lignes – et ces gestes – comme des fenêtres nécessaires – essentielles (qui sait?) – laissées un peu naïvement sur la table – offerts au monde – (très) discrètement – de manière (quasi) anonyme...
Les signes d'une clarté qui réunit – d'une sensibilité ; le désir involontaire d'une issue ; une réponse au sang et à l'indifférence qui se répandent...
La solitude durable ; un tête à tête ; face à l'essentiel...
La renaissance du monde ; l’œil fermé...
Personne ; l'écho d'un silence qui dure ; le prolongement de l'espace...
L'envergure (et l'attention) pour que le réel – la vérité (vivante) – en soi – puissent se déployer...
La neige – par couches – sur la parole passée...
Presque rien – en somme – sous l'enveloppe blanche...
Des mensonges – peut-être ; des mensonges – sûrement ; une vérité obsolète...
Le verbe à réinventer ; comme le geste – à chaque instant – qui doit jaillir – neuf – naturellement – à la fois porteur et affranchi de tout ce qui a existé...
Authentique – sans travestissement ; quotidien et spontané...
Entre l'ombre et le mirage – le réel tel qu'il se livre – tel qu'il advient – tel qu'on le reçoit...
Comme un fauve affamé ; la malédiction qui tourne autour du destin – cherchant une faille – une faiblesse – la part du rêve dans la solitude – l'angle d'attaque et le moment opportun pour pénétrer la chair – fondre sur l'âme ; et insuffler au cœur son poison ; un air de fantôme ; quelque chose du refus ; et le goût (inguérissable) de l'égarement...
*
Une lumière sur soi ; que les yeux savent refléter – parfois...
Ce qui se dit sans les mots...
Le ciel immense et accueillant...
Le geste né de l'espace ; et qui le traverse sans un remous – sans la moindre résistance...
Le vent complice – aimant – qui offre son souffle – son ardeur – son assistance...
Ce qui mélange toutes les couleurs – merveilleuses – (presque) indistinctes...
Les contours mouvants de la tendresse...
Ce qui nous circonscrit – d'une certaine façon...
Près du fleuve – l’œil stoïque...
Au milieu du bleu ; dans ce flot qui baigne le jour...
Le corps et le temps – figés...
Attentif à la beauté...
Une manière (assez) innocente de résister au monde – ce trop de langue – cette chance (très) moyennement tentée – toutes les forces unies vers le bas – vers la boue ; ce qui fait obstacle (de toute évidence) à la lumière – à la clarté...
Un pas permanent vers l'abîme – en quelque sorte...
(Presque) toujours en bordure de soi...
Agenouillé – parmi les ronces – parmi les fleurs...
Les yeux posés sur les jours qui passent...
Sans jamais s'établir dans le monde...
La vie à la manière d'une brève traversée ; un passage (sans cesse) réitéré...
Comme un rêve – l'existence ; ce qui semble (nous) arriver...
De la lumière (parfois) ; un peu d'ombre (très souvent) ; et notre étonnement ; et notre mutisme – face aux cimes et aux précipices – face à la violence et à la mort...
Comme plongé(s) dans la matière – un univers étranger...
De visage en visage – l'âme et la lumière – dans leur rôle respectif ; et, soudain, s'en affranchissant – choisissant de faire alliance avec la matière et l'ignorance ; histoire d'apprendre à ceux qui peuplent la terre qu'il existe d'autres perspectives que la vie – que la mort – que la poussière et les yeux fermés ; une manière légère – et joyeuse – d'être au monde...
*
Le ciel – à chaque foulée – plus léger...
On flotte – on épouse le vent...
On s'efface – entre soi et les limites du monde – au-dessus du sommeil...
On s'amenuise – dans le mouvement...
Ici même – à travers les jours...
La terre lointaine ; un chemin sans trace ; de plus en plus...
Sensible au relief ; l’œil rivé sur l'immensité...
Des gestes d'écume ; et le plongeon dans les profondeurs de l'âme...
Comme un rapprochement ; un début de délivrance – peut-être...
Au-delà du pays natal...
Plus loin que la cessation – que le voyage – que le repos...
Vers le grand large – de l'autre côté...
Comme sorti de l'interstice du temps...
A contre-courant de la durée – autour ; là où le silence et l'immobilité se mêlent aux affaires du monde – aux histoires des hommes – pénètrent la matière et le mouvement...
Au bord – parfois – de ce qui nous précède...
L'argile fragilisée par les pieds qui piétinent – par les mains qui pétrissent...
Le jour – (sans doute – trop) artificiellement aggloméré...
Si démuni(s) pour affronter la barbarie du monde – la sauvagerie des âmes...
Si peu conscient(s) de vivre ; si angoissé(s) par l'idée de la mort ; à peine existant...
Comme brisé(s) – écrasé(s) ; aussi peu vivant(s) que les Autres...
Sur la terre des forfaits infamants...
De la terre dont nous sommes issus...
A travers la terre – notre transhumance...
Vers la mort – la terre de nos ancêtres; ce trou dans le sol...
De toutes parts – la matière et l'impossibilité ; et la folie à l'affût...
Désespérants – ce désert ; et cette traversée du dédale – sous une lumière trop lointaine ; en nous et au-dehors – réunis – tous les signes de l'absurdité – tous les signes de l'incompréhension...
*
Sans détour – le pas – la parole...
Longues – la ligne – la marche – encombrées d'ombres – peut-être ; mais aussi authentiques que possible...
Les yeux détachés du désir ; près du ciel – dans son écho (de manière certaine)...
Et la résonance – au-dedans ; de la lumière...
Quelque chose de l'oubli et du temps déconditionné...
Le dessous de la boue ; au rythme du cœur qui bat...
La langue brûlante...
A bout de souffle tant l'air est chaud – à l'intérieur...
Le verbe au carré – sans cesse démultiplié...
Ni question – ni réponse ; un portrait – une sorte d'état des lieux donnant à voir l'abondance des visages et des possibilités...
Sans refuge ; (bien) au-delà des obstacles et des empêchements...
Sur la pente naturelle à laquelle le monde nous a livré(s) ; le fond des choses – pour soi – peut-être...
Au-dessus de la durée ; le temps pulvérisé...
Le vent qui s'engouffre...
Ce que la main désigne en se tendant...
Le ciel moins escarpé qu'on ne le pensait...
Par-dessus l'enchevêtrement...
Aucune ombre – aucun recoin – pour se cacher ; dissimuler sa crainte (ou son refus)...
Ce qu'il faut extirper de la mémoire...
Apprendre à respirer au-delà des murs de l'enceinte...
Dans le même espace – partout ; sans dehors – sans dedans ; le vide vivant à même le cœur – à même la peau – à même la pierre...
L'écoute déterrée ; qui émerge, peu à peu, de l'épaisseur...
Sans poids – sans passé – neuve malgré l'âge antique des oreilles...
Une présence capable d'effacer toutes les frontières inventées par les hommes ; et de rassembler tous les recoins et tous les continents...
Le lieu (primitif) de l'envergure et de la précision...
Ce qui accueille – ce qui acquiesce – de manière lucide – sans rien discriminer...
Comme chargé d'une parole secrète – silencieuse...
Comme porté par un courant invisible – mystérieux...
Tout un parcours ; une infime portion à travers nous qui sommes l'une de ses voix...
Au-delà de la pensée...
Au-delà de toute réponse...
Cette part du réel capable de désobscurcir l'âme – de désenfouir le cœur englué dans la peur et la matière ; et d'offrir une joie affranchie des circonstances...
Entre le rêve et l'imaginaire – la réinvention perpétuelle du monde ; ce collier d'apparences qui dissimule la poitrine et la respiration du réel...
Et le sang silencieux qui circule dans les veines des vivants...
Là où s'originent les visages et les choses ; en ce lieu étrange – et indéfinissable – où s'initient le regard et le poème ; l'apaisement et la réconciliation ; ce qui pourrait sauver les âmes de l'indifférence et de la barbarie...
*
Ici – comme retourné...
Happé par cet étrange mouvement – à l'intérieur...
Vers là-bas – sans pouvoir donner de nom – ni à la danse – ni à la destination...
Des pas légers ; une terre nouvelle – peut-être...
Porté – sans prise – par le courant – par le flux des vagues...
Et dans l'immobilité de l'air – et de l’œil – aussi (parfois)...
Ce qui bouge ; et ce qui contemple ; l'un dans l'autre – indistinctement...
Qui sait – qui peut savoir – où cela commence – où cela finit...
Qui sait – qui peut savoir – d'où vient le sable ; et son œuvre étrange sur les âmes...
Qui sait – qui peut savoir – les mots et le lieu où l'épaisseur ressemble à la chair – tous les points de fragilité...
Qui sait – qui peut savoir – ce que révèle l'écoute attentive du monde et du silence...
Qui sait – qui pourrait – rassembler l'ensemble des pièces à emboîter pour tenter d'achever l'inachevable ; le (très) surprenant puzzle du vide et de la matière ; le mystère vivant ; l'ineffable qui s'incarne...