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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Nomade des bois (part 2)

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Comme à la pointe du rêve
Mai 2024

 

Carnet n°308
A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

22 décembre 2022

Carnet n°281 Au jour le jour

Avril 2022

Devenir – parfois – le pire...

Une douleur vivante – un désert aride...

L'âme et le monde – comme étouffés...

Des giclées d'angoisse et de sang – dans un silence hostile – incompréhensible...

Une voix – parmi d'autres ; toutes aussi inaudibles (se recouvrant les unes les autres)...

Un royaume privé de source et de fraternité...

Le jour percé – duquel suinte une substance tendre et visqueuse – une chose étrange...

Ce à quoi nous œuvrons – la tête penchée au-dessus du noir...

Une manière d'enjamber le gouffre ; et d'atteindre (éventuellement) l'autre rive – indemne(s)...

Le cœur rempli de choses et de haine – d'invisible et de matière...

Et cette ignorance que nous mâchonnons – comme s'il s'agissait d'un morceau de lumière...

Presque aucune chance (et combien le savent ?) d'approcher le silence salvateur ; à peine une fenêtre dans notre mur – une (minuscule) entaille dans nos remparts...

 

*

 

L'hiver – la pierre ; le monde métamorphosé...

Comme une halte dans la hâte habituelle...

Devant la source unique des cris...

Le visage penché sur la neige ; l'herbe recouverte...

La lumière de l'enfance – pendant un (très) court instant...

Comme une terre en déshérence dont les reflets, parfois, colorent le ciel...

Et la mort qui glisse comme si nous avions sur les mains le sang des Autres...

 

 

Ici – au plus haut – l’œil attentif...

L'âme aux aguets...

D'un côté, les vivants – en rangs serrés ; et de l'autre, les tombes – impeccablement alignées ; sur lesquels brille le visage de la mort...

Le monde partagé – des ombres et des gestes malhabiles ; le seul royaume que nous connaissons...

 

 

Rien que du creux ; des choses quotidiennes considérées (l'essentiel du temps) comme des corvées...

Un silence inatteignable – (presque) jamais entrevu comme une chance...

Des fenêtres à travers lesquelles on aperçoit le monde – la terre – le ciel – les Autres – les arbres – ce qui (nous) demeure étranger...

Rien qu'un débordement d'humeurs et d'instincts dans un décor figé...

A notre place – derrière la vitre ; la vie (notre vie) plus que malheureuse...

 

 

Des clés dans les yeux qui savent regarder ; et qui ouvrent (bien sûr) à peu près toutes les serrures...

Du ciel éparpillé dans la poussière...

Et ici – le monde à terre – vu tantôt comme une décharge – tantôt comme un jardin ; et un tunnel que l'on creuse (parfois) pour tenter d'échapper à cet univers désespérant...

Une lignée à remonter jusqu'à l'origine ; le seul (véritable) labeur de l'homme ; ce regard sans compromis qui – contrairement aux mains – au cœur – à l'âme – jamais ne s'immisce dans les histoires des vivants...

 

*

 

La chair écartelée par l'espace ; et qui se dilate pour que la lumière puisse se frayer un chemin – un passage à travers l'épaisseur...

Au milieu du bruit et de la puanteur ; cette horrible odeur – cet horrible vacarme – que fait le monde en vivant...

Et dans la foule – l'enfance que l'on ignore – que l'on piétine ; et à laquelle on s'adresse...

Du haut de nos falaises – le vent (et quelques paroles) qui s'élancent – les injures et les détritus que l'on jette – et la corde (bien sûr) sur laquelle on se balance...

Entre terre et immensité – toutes les existences – tous les déchirements – tous les tombeaux...

 

 

La tête encore sous l'orage...

La marche que l'on entreprend – toujours (plus ou moins) entre hasard et orgueil...

Tous les hommes – toutes les créatures – regroupés sur la même pierre...

Quelque chose sur la nuque ; comme un poids – une menace – l'épée des Dieux peut-être...

A glisser sur ces chemins – sans ressource...

Si désireux de mettre la main sur ce que l'on convoite – le plus précieux – invisible – emmailloté au fond du cœur...

Et cette transparence que l'on néglige – que l'on délaisse pour des jeux d'enfants ; un surcroît d'épaisseur...

 

 

Ça s'immisce en nous – comme l'effroi et la beauté – à travers toutes les fenêtres – tous les passages ; notre âme et notre corps – si poreux...

Comme endormi (depuis toujours) dans l'épaisseur de l'air...

Puis, soudain, l'explosion ; partout – des éclats – la matière déchiquetée ; la signature du ciel qui était tapi dans l'ombre que nous chérissons...

Une sorte d'insurrection – à sa manière – sans que le monde s'en doute ; sans même que les yeux de ceux qui nous entourent s'en rendent compte...

Le chamboulement – l'émotion pure – primitive – sous des apparences intactes...

Le même visage – le même chemin ; d'une nécessité à l'autre ; devant nous – le miroir et l'effacement (très progressif) du reflet...

Au milieu des Autres – du chaos – sans rien laisser entrevoir ; le surgissement inattendu de la paix ; une marche (involontaire – et sans méthode) vers une joie sans explication...

 

*

 

Un œil sur la frontière ; et l'autre sur l'étendue...

Pas l'ombre d'un mensonge ; les nécessités du réel – dans les gestes – sur les lèvres – en dépit de cette (inévitable) proximité avec les hommes – en dépit des règles – des lois – des mœurs et des usages – du monde...

Trop de fils à suivre ; trop de voix et de brouhaha...

Il faudrait un lieu sans repère – une (pure) invention – un perpétuel recommencement du silence...

Des pas – sur les traces de personne ; un voyage en hiver – un cœur à cœur (solitaire) avec ce qui habite le centre du royaume...

Davantage de ciel que d'étoiles (évidemment)...

Et de la chair – de moins en moins...

Des visages et des choses comme des débris – des ruines éparses ; pas même des souvenirs ; l'avènement radical (si l'on peut dire) du vide et de la nudité...

Du dénuement et de l'enfance pour que la joie devienne profonde – manifeste – acosmique ; suffisamment puissante pour rayonner jusqu'aux rives peuplées de naufragés et de tragédies...

 

 

Le jour ruisselant (sans autre témoin que lui-même)...

Le plus élémentaire de la lumière – sans doute ; perceptible par d'autres yeux...

Et toujours cette distance qui, de l'autre côté, désigne le monde ; cette séparation entre nous...

Et des mots – encore – de moins en moins interrogatifs (il est vrai)...

Et comment pourrait-on ignorer qu'en ces contrées, le cheminement (tout cheminement) demeure (bien sûr) une chance...

Au-delà de l'apprentissage des yeux et des doigts pointés ici et là (à tort et à travers)...

Quelque chose de vibrant et de majestueux ; notre âme (pleinement) engagée dans cette intimité croissante (et très largement évolutive)...

 

 

A ne plus savoir qu'en faire – de toutes ces têtes – jamais épargnées...

Avec leur lot d'absences – de craintes – de soucis...

Dans le froid des yeux des Autres...

Dans l'odeur du pourrissement et la couleur de nos tergiversations...

Un recueil de changements et de doléances ; tous ces cœurs démunis – si mal armés...

 

*

 

Des coulées d'espace – les unes sur les autres ; et qui finissent par dessiner des murs – un labyrinthe ; des seuils – des portes ; et de longs couloirs dans lesquels le vent s'engouffre...

Mille mouvements au cœur de l'étendue – peuplée – selon les jours – selon les époques – d’œils témoins et d'absents – en proportions (assez) inégales...

Des bouches pour crier – d'autres pour avaler – et d'autres encore (plus rares) pour embrasser – au gré des déchirements et des transformations...

 

 

Au cœur du chantier théâtral – nos têtes qui tournoient dans le grand incendie...

Et d'autres – comme si elles avaient élu domicile dans la demeure des Dieux – prophétisant – jetant à la figure de la plèbe – tous figurants (bien sûr) – quelques bonnes nouvelles auxquelles chacun (très tristement) s'accroche...

La petite musique des âmes dans l'espace en flammes...

Le monde – illuminé – grouillant de faux sages qui haranguent la foule – en plein sommeil...

 

 

Ce qui se réalise – dans notre absence...

Comme du vent et de grandes bottes...

La force d'un balaiement et de grandes enjambées – sans parole – sans commentaire – sans la nécessité du langage...

Comme un effacement et une valédiction perpétuels...

Ni ciel – ni pierre ; aucun repère ; rien à quoi s'accrocher...

Les seuils et la mort qui défilent ; une succession de deuils ; le processus de la séparation à l'envers en passant par ce point d'équilibre horrifique ; le plus rien – une forme de liminarité durable – sans cesse reconduite...

Seul – hors de l'ensemble – indéfiniment ; tel que cela est ressenti...

Le soleil – devant et derrière soi – partout ailleurs (en réalité)...

Plongé dans le noir et le manque (non encore transvalués)...

Humblement – de la plus authentique manière qui soit ; le point de franchissement qui mène à la réincorporation – au-delà même de l'idée de totalité...

 

*

 

L'orage stationnaire...

La seule saison que connaisse la tête...

Un bout de chair au-dessus duquel pend une (misérable) étoile...

Et des portes – mille portes – une série de seuils à franchir jusqu'à l'aube...

Des batailles ; et des peaux qui se déchirent ; des corps que l'on éventre...

L'ombre – l'angoisse et la mort – comme seules perspectives...

Poussé(s) là – comme si le ciel nous était interdit...

A se débattre ou à s'enfuir au lieu de faire face au jour – à la nuit – à ce qui vient – à ce qui naît au monde...

Comme un visage d'enfant écrasé contre la roche – à la verticale – en déséquilibre – très inconfortablement...

Et les filets du temps pour rattraper les souvenirs et les retardataires...

Et tous nos devanciers bloqués au même endroit – contre les mêmes grilles...

Le monde à la manière d'un cri ; une détention (individuelle et collective) ; quelque chose que l'on ne comprend pas...

 

 

Rien au-delà du mystère ; tout réuni dans les apparences ; la forme (chaque forme) reflétant l'ensemble – les profondeurs – ce qui semble caché...

Rien à percer ; vivre et ressentir – seulement...

De plus en plus sensible ; de moins en moins absent...

Une écoute brûlante – à chaque seconde – à chaque instant...

Une présence pleine...

Un geste – une voix – qu'importe les drames – qu'importe les joies...

Le vide et le silence ; capables de détecter ce que contiennent – et ce que dissimulent – l'effleurement et la frivolité ; à travers le sommeil et la peine – ce qui pourrait émerger...

 

 

La joue contre l'écorce – contre le monde...

Enlacés – les yeux fermés...

Ce qui se propage – se partage – sans doute ; un peu de chaleur et de lumière ; sous les paupières – la vie – l'Amour naissant ; ce qui patientait sous notre inertie et notre fièvre...

 

*

 

Entre ciel et sourire – le sable...

Les limites apparentes du territoire – au cœur de cette géographie sauvage...

Une tête sans calcul ; des pas – une danse – parfaits reflets de la lumière ; une forme de liberté primitive – presque barbare ; la chair qui roule sur cette sente jonchée de souvenirs et de ronces...

Des mains – dans le grand silence – qui battent la cadence...

La lune sur la pierre ; et notre visage...

Vers la source – sans hâte – à travers toutes les routes du monde...

Le franchissement d'une terre nouvelle – à moins que notre regard n'ait changé....

 

 

L'hiver intérieur – extraordinaire – comme un retour (inespéré) à l'enfance et au merveilleux...

Moins froid que neige – sur l'étendue où glissent les rêves...

Et cet étrange soleil – à nos fenêtres – qui éclaire l'espace ; comme un très ancien amour retrouvé...

 

 

De l'or – de la poudre – dans les mains...

Et le regard qui émiette et rassemble – qui pulvérise et autorise – tous les élans – tous les mouvements...

Sans impatience ; l'unité et les éclats...

De terre et de ciel ; le jeu de l'écume porté(e) par les vents ; et tous les horizons comblés...

Rien que des gestes et des pas ; une danse orchestrée par le souffle des vivants...

 

 

En suspension – la beauté – dans le tumulte – les tourments – inaccessible...

Au cœur de l'espace – cette veille – les yeux fixés sur quelques détails...

Dans le troupeau – au milieu de toutes les listes établies ; de longues séries de visages et de choses ; des fleurs – des noms – des étoiles et des interdits...

Ce que l'homme a créé ; un monde à côté du monde dont tous les passages ont été obstrués ; quelque chose entre le mensonge et l'invention ; les chimères (toutes les chimères) au cœur desquelles nous vivons ; une sorte d'étouffement...

 

*

 

A déchirer le monde – comme si l'on ornait une tragédie...

Une succession d'angoisses et de choses convoitées – simultanément...

Sur des kilomètres de terre ; sur des kilomètres de chair...

Le noir couronné – comme au théâtre – sur la pierre...

Des frontières qui protègent – et enferment – toutes les solitudes – les mains tendues – gesticulantes – cherchant (désespérément) à combler tous les manques – toutes les faims...

Des routes ; et des myriades d'oiseaux cloués au sol – prisonniers du ciel trop bas...

 

 

Le premier feu de l'hiver – sur cette rive froide et désertée...

Une moue joyeuse sur le visage – la chair figée – la face en plein vent...

Sans autres amis que les fauves et les fleurs – et les grands arbres qui dansent autour de nous – dans notre compagnie – prêt(s) à honorer – à célébrer – ce qui hissera l'invisible au-dessus de tout soupçon...

 

 

Des eaux noires, peu à peu, transformées...

Entre sorcellerie et croyance – la sensibilité de la main...

Le regard-oiseau d'où émerge le silence ; et l'essence du monde...

L'envol et la rivière ; l'étrangeté de l'arbre apprivoisée...

Au-dessus de l'imaginaire ; ce qui coule – ce qui advient – naturellement...

 

 

Ensemble – indistincts – indéterminés...

Le temps en fuite ; l'âme paniquée...

Des bouts de ciel – mal incorporés ; encore trop impatients...

Des douleurs indomptées ; quelques larmes et des rires...

Une main dans la nôtre pour apaiser l'angoisse...

De la puissance et de l'humilité ; la confiance et l'ardeur nécessaires pour se laisser emporter...

 

*

 

La figure pâlissante ; et la bouche tordue pour se moquer de la tiédeur de la chair – de l'incurie de l'âme...

La vie plus forte (toujours) que le monde en déroute – en émoi ; quelque chose de l'usage inapproprié...

Et cet éclat dans l’œil ; davantage qu'une image – le ciel présent ; le cœur ouvert qui reçoit son obole...

Ruisselant de gratitude ; ainsi (trop rarement – sans doute) pourrait s'achever l'histoire...

 

 

L'invraisemblable aventure – d'un point à l'autre du silence – dans l'indifférence absolue...

Quelque chose qui pousse – qui tire – qui emporte – le manque et la seule ambition qui vaille ; un surcroît d'être – pour toucher à la plénitude...

Un sourire autonome – libéré du monde – des visages – des circonstances...

Ombres ou reflets de l'ombre – qu'importe lorsque plus rien ne fait obstacle à cette (involontaire) intimité avec la lumière...

 

 

Sous l'orage – la ferveur imprévue – cette fureur contre le crime – sans relâche – contre la prière et le recueillement...

Des étincelles – en soi – des combats intestins – pour définir l'aventure ; et déterminer, peut-être, l'itinéraire vers l'aurore...

 

 

A ne rien saisir du poids du monde...

La succession des règnes et des déclins...

Des postures et des termes...

L'ensemble des espaces dédié à la violence – à la conquête – au pouvoir...

Des désirs et des perturbations ; un peu d'ombre sur ce qui semble souhaitable...

Le réel ; et son lot (inévitable) d'émotions...

 

 

Quelques traces déposées sur l'argile...

La rencontre du vent et de la rosée ; un peu de poésie...

La vie qui feint de se laisser saisir...

Et aussitôt prise – aussitôt prisonnière de l'encre noire – figée sur la page qui – lorsqu'elle est parcourue par des yeux réceptifs – la libère dans l'âme de celui qui la lit...

 

*

 

Ici – sans souvenir – sur ce sol sans promesse...

Parmi les fleurs et les rêves des Autres ; sensible (très sensible)...

Des mots ardents – découpant les territoires – recollant les portions – les parcelles – les morceaux – transmutant (essayant de transmuter) les idées en geste – tentant d'arrêter le sang versé – et priant la sève d'imposer partout le règne de la beauté pour remplacer celui de la sauvagerie et de la brutalité...

 

 

Vieil homme – déjà...

Près du trépas – peut-être ; et ce qui adviendra – déjà penché sur soi – sans doute...

Sans hasard – le déroulement du destin – sur la sente – le sable – la table...

Ce qui entre ; et ce qui sort ; ce qui est reçu et ce qui est abandonné ; tout ce qui (nous) transforme...

La respiration ; le chant qui invite à la prière – au silence – au recueillement...

Ce qui brûle ; ce qui est vivant – jusque dans la mort – par delà toutes les frontières inventées...

 

 

Découpée – par-dessus le ciel – la carte qu'ont inventée les hommes...

Des forteresses – des pièges – des barbelés...

La nudité habillée de (très) pauvres – et de (très) hideux – atours...

Des rêves – par-dessus les craintes...

Et tous les domaines en expansion – excepté l'essentiel (bien sûr) ; l'intelligence et la sensibilité...

Des vies – des têtes – des âmes – des cœurs – comme des coquilles vides, sans cesse, grossissantes ; et les ténèbres entièrement occupées – presque débordantes...

 

 

Des voix ; ce qui dédommage (parfois) de l'horreur devant soi – de toutes les atrocités commises (plus ou moins) intentionnellement...

Un chant ; et du silence – qui s'élèvent – de l'intérieur...

Comme la découverte – l'invention peut-être – d'un lieu superposable à tous les lieux terrestres ; un monde au-dessus du monde – pour respirer – exister – essayer d'offrir à l'Amour une chance d'embrasser les armes – la terreur – la violence ; les victimes et les bourreaux (d'un seul et même élan) ; ce à quoi (nous) condamne l'ignorance...

 

*

 

Serrés contre soi – un nom – une histoire – une réputation (peut-être) auprès de quelques têtes...

De l'insignifiance (essentiellement) – il va sans dire...

Quelque chose que l'on tient à la main et que l'on dresse (assez régulièrement) au-dessus du front ; un très mauvais usage du feu ; de l'ardeur à des fins moins que tribales – strictement personnelles...

Les épaules plus larges – une face plus visible (vaguement reconnaissable) ; et alors – que grand bien nous fasse...

Est-ce donc cela la vie – est-ce donc pour cette raison que nous venons au monde...

Comme un étrange éloignement de l'origine – presque un dévoiement – si commun – si naturel – qu'il rend l'homme bien plus risible qu'il ne le pense...

 

 

A cette fenêtre ouverte sur la nuit ; l'Absolu comme une certitude – une (soudaine) épiphanie...

Une fulgurance sur nos blessures et nos plaintes...

Le même visage du monde – de soi – vus de l'autre côté – légèrement en retrait – délicatement tournés vers le ciel – méconnaissables...

 

 

La nuit – tranchée à coups secs – puis dépecée – comme une vieille bête – un monstre antique ; et les entrailles laissées là – abandonnées à leur puanteur...

De toute évidence – une belle proie ; la seule proie véritable – peut-être...

Et le chemin – plus lumineux – à présent – qui appelle – qui invite à se rapprocher de ce qui éclaire – de ce qui réchauffe...

La poursuite du voyage libéré de l'obscurité...

Au-delà du rêve et du sommeil (plus que jamais)...

 

 

Au milieu des arbres – ce parfum de terre...

Le monde enjambé pour rejoindre le vide ; sauter à pieds joints au-dedans...

De l'ordre apparent vers le désordre naturel...

De la civilisation (supposément civilisée) jusqu'à la sauvagerie première – précieuse – salvifique ; une manière de se retrouver – de reconnaître la nécessité de l'enfance originelle...

 

*

 

Le ciel – encore – comme un en-deçà – la seule entité antérieure au monde – sans doute ; ce qui invite à la lumière et à l'immensité ; ce qui exhorte le voyageur à cheminer ; à maintenir (quoi qu'il lui en coûte) les yeux ouverts...

La main en visière pour découvrir la clarté et le secret ; très en avant de la tête ; et l'autre main dans la poche pour tâter la chair – vérifier le contenu de son viatique [de son (très) maigre bagage] – s'assurer d'être vivant et de pouvoir satisfaire aux nécessités quotidiennes...

Dehors – le déploiement ; et à l'intérieur – le retrait ; ce qu'il faut savoir inverser à partir d'un certain nombre de pas (et d'expériences) dans le monde (aussi tôt que possible)...

Le voyage – le seul voyage – qui se garde bien de dire son nom...

Entre terre et ciel – la course de l'homme et des étoiles – dans l'orbe et le sillon qui traversent tous les cycles de la vie et de la mort...

 

 

Ce qui s'inscrit – ce qui se détache ; ce qui doit arriver...

Le froid – le combat – la chair éprouvée...

Le seul héritage ; l'attente et le sommeil (plus profond que jamais)...

Une sorte d'inertie guerrière – obsidionale...

Des remparts – des chemins – comme des lignes que l'on trace ; sur lesquelles on passe et repasse – sans (véritable) destination – sans achèvement possible...

Avec des choses qui rôdent – en nous – autour de nous ; comme des fantômes...

Des monstres inventés et de l'angoisse (que l'on finit par serrer contre soi)...

Ce que l'on amasse (avec avidité) – considéré (très souvent) comme le seul trésor – le seul viatique (si tant est que l'on ait conscience de la nécessité du voyage) ; ce qu'il y a (seulement) à faire...

Comme un monde sans vent – sans Dieu – sans profondeur – sans infini – où l'on gesticule – comme une manière (à peine) de griffer la surface – de se battre contre une armée d'ombres invisibles ; des existences sans surprise – sans incidence – sans découverte ; une sorte de parenthèse dans l'aventure...

 

*

 

Sous le ciel – la nuit baroque...

Par-dessus le sillage des anciens ; de la fumée au creux de la parole ; beaucoup de mensonges (évidemment) et de la chair consumée...

Davantage d'images que de rêves ; et davantage de rêves que de visages...

Des mythes et des allégories...

La nuit qui s'étire ; celle d'hier et celle d'aujourd'hui qui se rejoignent....

La face du monde que l'on connaît – que l'on ne peut ignorer en vivant sur cette terre...

Les tempes vieillissantes – secouées par tant de tempêtes – frappées par tant d'éclats...

Le noir – la seule couleur ; avec l'espoir...

Des portes qui ouvrent sur le néant...

Entre l'abîme et la mort – des remous ; une série interminable d'incompréhensions...

Et pour nous tous ; la force de tenir et de croire ; et rarement davantage ; ce qui fait (sans doute) l'essentiel de l'homme...

 

 

Insidieusement entravé(s) – amarré(s) au magma et au vent – le seul socle terrestre...

Avec – autour de soi – des horizons abrupts et des têtes renfrognées...

Des sentes et des larmes ; et, parfois, un (très vague) sentiment océanique – en plus de l'écume...

Un périple sans (véritable) péril – sans (véritable) renoncement ; une sommaire (et commune) tragédie ; des fenêtres et des paroles qui ne débouchent sur (à peu près) rien...

 

 

Une révérence aux confluences des lenteurs...

L'âme dressée – saisie par son impossible chagrin...

Comme un rétrécissement à l'embouchure...

Un temps introuvable – aux heures les plus lucides...

En la défaveur de tout militantisme...

Sans ironie – sans réfutation possible...

Le cœur bouleversé par ces éclats de ciel servis par une encre sans déguisement ; une forme de contemplation naturelle – vaguement contagieuse (peut-être)...

 

*

 

Le corps émietté ; des trous dans l'air...

Quelque chose comme un lieu impalpable ; et une démonstration de force discrète aussi – comme les bras de l'immensité à l’œuvre ; le sens de l'histoire – en quelque sorte...

La trame parsemée d'or – de soleil et de fantômes...

Des papillons dans le silence...

Le ciel offert comme un message...

Et toutes les âmes portées à croire en elles ; autant qu'aux ailes et à la lumière...

 

 

Rien de la malédiction des sorcières...

Des signes (de simples signes) d'expansion...

Comme une étrange fascination pour la vie et les ténèbres ; ce qui croît et ce qui engloutit...

Des appels sans réponse ; et des fragments de langage...

L'infini penché sur lui-même ; et toutes ses parts parfois parlantes – parfois réduites au silence...

Du vide et de la matière ; un ensemble (incroyablement) vivant – tout au long du cycle...

 

 

Quelque part – toujours – quelque part – dans le cercle tracé par le silence...

L'odeur de la mort et le souvenir des anciens...

Quelque chose comme un cri – un geste – une tentative...

Une manière de vivre au milieu des Autres – en dépit des difficultés – des périls – des obstacles – des impossibilités...

Ensemble – comme nos têtes mal servies – comme nos cœurs éprouvés...

Contre les murs – l'écho de notre voix...

Des places vides ; du sang versé sans préambule ; et la foule sans alibi...

 

 

Des cascades de paroles...

La bouche faussement auréolée de sagesse...

Des relents de silence ; des reliquats de nausée...

Ce qui ressemble à une chanson – une sorte de rengaine – au milieu des ombres et de l'immensité – passablement inutile – comme si nous étions incapables d'inventer autre chose...

 

*

 

L'âme fascinée par la lumière ; et les malédictions de la terre ; cette vie terrestre qui abîme et qui brûle...

L'espace tapissé de vide et de matière ; la matrice démultipliée...

Et des messages invisibles tatoués au revers de la chair – au-dedans des choses...

L'univers qui nous étreint – fragment après fragment – simultanément...

Inaccompli(s) (bien sûr) à cette hauteur du langage...

Entraîné(s) dans la poussière – tourbillonnant avec le reste...

Le monde dans le sillage de cet aveuglement...

 

 

Dans l'axe et le mouvement ; ce qui demeure ; et ce qui est emporté – sans verdict – sans châtiment ; l'histoire de tous – entre émergence et disparition...

Le cycle sans fin ; d'un temps à l'autre – jusqu'aux extrémités...

A l'intérieur du cercle – toujours – malgré l'absence de fixité...

 

 

L'espace – au-delà...

Sans mur – le ciel ; d'immenses fenêtres – sans sol – sans socle ; rien ; aucun lieu où poser les pieds – aucun appui pour soutenir la tête ; et le cœur – déformé – qui enfle – se dilate – devient l'espace – la totalité de l'espace...

Le vide – partout – qui s'insinue à l'intérieur du vide...

Quelques signes et quelques étoiles – seulement – au-dehors – au-dedans...

Et des paroles pour précipiter la chute ; le bruit (imperceptible) de l'effacement...

 

 

Rien que des mots sur cette matière débordante...

Des ailes qui s'enfoncent dans la chair...

Les instruments de la défaillance ; ce qui est encore inapte à la caresse – à l'amour sans calcul – à l'accueil sans condition...

A la manière d'une porte pas totalement ouverte – tremblante à l'idée du monde et du vent – qui fréquente encore la crainte et la prière – asservie, de façon trop grossière, à la magie et à l'espérance...

 

*

 

Sans Dieu – sans armure ; auprès des arbres...

La solitude que le vide parachève...

Des noms qui crépitent dans les flammes...

Le ciel flamboyant ; le corps décontenancé – légèrement différent – un peu effacé...

Le jour comme pour lui-même – sans la nécessité du monde...

Entre alacrité et élation – dans l'âme – cette émotion inconnue...

Et devant soi – l'absence d'heure ; l'effondrement du temps...

Une présence intense – sans discours ; un langage métamorphosé en silence ; la quiétude – les yeux fermés...

 

 

L'envers de la fatigue – atteint peut-être...

Des mots comme des notes de musique...

L'orgueil évincé – plus que déshonoré...

A la recherche de ce que dissimulent le bruit et la rumeur...

Cette ardeur engagée dans le provisoire ; cet allant obstiné malgré la pourriture qui guette...

A reculons ; et à pleins bras – en fin de compte – contre toute attente...

 

 

Des rangées de corps au milieu du désordre des choses ; le signe d'une tête grossière – encore soumise à la rationalité...

Comme si le vent tardait à balayer les croyances – l'hérésie – les visages fermés – ces amas de chair plantés comme des piquets...

Un courant d'air frais sur cette tiédeur – cette inertie – cette suffocation...

Le souffle ardent d'un Dieu amoureux du vide – de la pagaille et de la nudité...

 

 

Le regard – soigneusement plié...

Le bout des doigts sensible...

Le cadre qui, subrepticement, s'élargit...

Un murmure – un souffle (à peine) – sur nos yeux éteints...

Un feu au fond de l'âme pour remplacer la faim...

A la place du sol – de l'inconsistance...

Et à la place de la matière – des tourbillons d'air – un léger parfum dans un songe obsédant...

 

*

 

Ce que nous fûmes jusqu'à présent – jusqu'au dernier souffle (très souvent) ; de la glaise animée par des forces invisibles – mystérieuses – incontrôlables...

De la chair ; de la faim et des pensées ; des désirs et des nécessités...

Un peu d'ombre projeté par la lumière…

Pas si réel(s) en dépit des apparences...

Des yeux sur ce qui s'évanouit...

Une anfractuosité dans un interstice du temps...

 

 

Soudain – le silence surgissant...

Une épiphanie au milieu du bruit et des malheurs...

Une présence – un sourire – quelque chose de l'invisible sur la pierre – au cœur d'une matière monstrueuse et affamée...

Comme une fenêtre dans notre étouffement ; une perspective dans notre détention ; le seul espace habitable dans ce monde de seuils et de saturation...

 

 

Le temps en marche ; et l'allure des hommes...

Le ciel comme un cercle de sortilèges qui jettent les vivants (tous les vivants) sur la pierre – dans l'ombre épaisse – la matière ; imposant aux créatures une longue série de gestes destinés à tromper le hasard – à conjurer le destin...

La main levée – dressée comme un piège ; le prolongement de la colère entre la lumière et la faim – à l'image du monde scellé dans la terre – coincé entre l'Amour et le désir carnassier – à la manière d'une toupie indécise tournée (à la fois) vers le ciel et toutes les opportunités du sol...

 

 

Dans la plaie – la sanie du monde...

Ce pour quoi l'on tue – l'on éventre – l'on égorge – encore...

Et au-delà des remparts – le bleu des promesses...

Et au-dessus – le vide...

Et le vent qui fait danser les choses – en vagues régulières qui se répandent sur le rivage...

L'épaisseur du désastre – d'une certaine manière – qui se déverse sur la grève – qui s'entasse sur le sable ; et – au loin – le parfum des possibles ; et l'écho (à peine perceptible) d'un rire très ancien que nul, ici-bas, n'est (sans doute) capable de reconnaître...

 

*

 

De l'ombre à l'immensité – par le chemin le plus naturel...

Et le vent aidant – en précieux auxiliaire...

Et les yeux qui s'ouvrent, peu à peu, à la lucidité et au merveilleux – à travers les grilles du monde...

Quelque chose du ciel découvert...

Davantage qu'une fenêtre ; davantage (Ô combien) qu'un savoir ; une manière d'être vivant...

Ce que la nuit dissipe ; et ce que l'âme partage ; sans doute – la seule humanité qui vaille...

 

 

Devant l'aube...

Sans secret – sans délire – sans parure – sans personne ; mais non sans fêlure...

Au cœur de ce que l'on considère comme la solitude ; l'effacement doublé d'une parfaite reliance au reste ; ce qui demeure – en vérité – lorsque tout a disparu ; la mort de son vivant – en quelque sorte...

 

 

Au fond de l’œil – l'or et la fange – au corps à corps...

Et la main tremblante – hésitante – partagée entre l'Amour et la mort...

Aux prises avec mille luttes intestines sur le choix des armes et des couleurs...

Entre le miroir et le rempart – la marche en désordre qui ravage le monde...

 

 

Quelque chose du cœur et de l'embrouille – dans le geste et la parole...

A grands traits – ce que l'on exécute...

Sous la lumière ; aux côtés du rêve...

Comme une confusion de l'âme qui se répercute en cascade sur le dehors sans refuge...

Et cette sensation d'oppression dans la poitrine...

Et ce goût de cendres froides au fond de la gorge...

En soi – le champ de bataille des origines ; le prolongement de l'équivoque et de l'indécision...

 

*

 

L'inconsistance ; nous comme objet(s) inqualifiable(s)...

Pas même fidèle(s) à la dérive du temps – au déclin des civilisations – à l'extinction des espèces...

Jamais fixe(s) – jamais fixé(s) ; ni ici – ni ailleurs...

Intermittent(s) – entre sommeil et insomnie...

Dans le jour grandissant ; puis, dans la nuit noire – sur toutes les rives – simultanément...

A la fois simple(s) – sobre(s) ; et monstrueux jusqu'à l'obscénité...

Écrasé(s) et écrasant...

Du vent – des flèches – sur des amas – dans l'immobilité...

Et de petits à-coups – pour soi seul(s) avant d'être ramené(s) à l'ordre dans la longue suite de tourbillons...

Vivre et mourir – dans le même vertige...

 

 

Le réel éteint dans les yeux de ceux qui dorment...

Une étendue noire – anguleuse...

La tête confuse ; le cœur saturé de cendres...

Et le même refuge – à la verticale des aiguilles...

L'âme inclinée (pour toutes les mauvaises raisons)...

 

 

La détention terrestre – partout – murmurée...

Dans le lacis des possibles – la frénésie...

Mille manières de s'arracher à la pente – d'abattre les murs qui (nous) condamnent à la soif et à la cécité...

Trop de morts déjà ; et la distance (grandissante) avec ce qui nous sépare...

Le monde comme un miroir où ne se reflètent que le sang – la tristesse et l'impuissance...

Et nous pris en flagrant délit de sournoiserie ; avec, au fond de l'âme, un défaut d'abandon et d'envergure...

Appuyé(s) de tout notre poids sur les malheurs et le déclin ; la posture qui s'appesantit et enfonce plus encore notre tête dans l'erreur et l'inertie...

 

*

 

A même le visage – l'infini – ses caresses – ses coups – ses éclats ; cette lente dévoration – parfois douloureuse – parfois savoureuse...

Le déroulement (inéluctable) de l'effacement – à travers tant de cris...

Le visible, peu à peu, renié...

Comme au commencement du réel ; plus tôt (bien plus tôt) que l'origine du temps...

 

 

La perpétuation de l'invisible – à travers le nom – tous les noms qui se succèdent...

Comme un abîme qui coule à pic dans ses propres tréfonds ; une montagne rehaussée jusqu'à la lumière...

Des morceaux de chair emmêlés au rêve...

Et dans la pénombre – le hurlement des bêtes...

 

 

Rien que l'usage des mains et de la terre...

Et la lumière patiente – sur les gestes et le sable...

Et la vie des hommes qui tentent de faire entrer Dieu dans ce désordre – dans ce fouillis – dans ce chaos – comme d'incurables mortels...

 

 

Aussi loin que le cercle l'exige – jusqu'au creux de la main tendue vers l'inconnu...

La tête offerte comme une obole – courageusement...

Au-delà de tous les paysages communs...

La perspective en deçà de l'horizon ; et l'horizon en deçà du rêve...

Quelque chose au bord de l'écume ; et pourtant...

 

 

Quelque part – plus léger – moins assoupi...

Là où la forêt accueille ; là où la nudité est le seul point d'ancrage ; là où la vie se réduit à l'incontournable...

Au-delà du faux (et du flou) véhiculés par la tête...

Dans le miroir – bien davantage qu'un reflet ; la possibilité de l'acquiescement...

La justesse en étendard (discret et involontaire)...

Ce qu'aucun tourment ne saurait ébranler...

 

*

 

A bout de course ; celle du monde – celle des Autres...

A la manière d'un chant bloqué au fond de la poitrine ; né du silence et aspirant (soudain) à retrouver l'origine...

Devant et derrière soi – une longue suite de mots...

Au pied du temps – toutes nos chaînes défaites...

Tel un pèlerin – un vagabond – qu'aucune route ne rebute...

Au-delà de son essence apparente ; et la nécessité (impérieuse) du retour – à l'intérieur...

Hors cadre ; échappant (ainsi) à toutes les cases inventées par les hommes ; et à leurs (mesquines) ambitions...

Autorisés – à présent – les soubresauts du bleu – bloqué (depuis trop longtemps) entre les désirs et les pensées – saupoudré de quelques rêves (une sorte d' imaginaire primitif)...

Autorisés – à présent – le saut – le plongeon ; l'envol pour ainsi dire – afin de concentrer dans la présence et le geste l'Amour et la lumière (grandissant) ; hisser ses profondeurs et incarner l'essentiel, en quelque sorte, de la plus juste (et authentique) manière ; ce pour quoi nous sommes venu(s) au monde – sans doute...

 

 

En haillons – au-dessus des murs du monde...

Sans bruit – sur une esquisse de sentier (à peine) ; rien de très formel (évidemment)...

Un peu de blanc et de noir – mélangés jusqu'à la torture...

Des foulées – comme une danse – avec, dans les bras, des ombres et quelques reliquats d'innocence – un peu de nuit et de poésie...

Et tous les bâtiments écroulés – à l'intérieur...

La plus ancienne architecture du monde – offerte en festin aux masses sournoises...

Et de part et d'autre de la vitre – du soleil et des yeux percés ; des fenêtres aux carreaux de plus en plus opaques...

De la lumière et de la mendicité – en vérité ; chargées (indiscutablement) de souffrances ancestrales...

En haillons – encore ; toujours – au-dessus des murs du monde que l'on apprend, peu à peu, à éclairer...

 

*

 

Ainsi l'immensité et le silence...

Le règne des hauteurs affranchies de tout jaillissement...

Des chemins éparpillés dans la blancheur...

Et la dérive heureuse (très heureuse) des âmes – dans le ciel – libérées...

L'incessant défilé sur l'étendue...

Et sur terre – chaque chose – chaque visage – à sa place...

L'inévitable déroulement des destins dégagés de l'idée du hasard...

 

 

Le lieu de la malédiction – cette fissure dans la chair où s'épanche la substance...

Tous les matériaux ; le substrat et l'essence – passionnément enlacés...

Dans le corps vide comme une ombre...

La nuit inspiratrice que rien ne saurait dissiper...

Le gouffre creusé par tous nos gestes ; qu'importe les désirs – qu'importe le soleil...

L'anéantissement de tout ce qui naît – sans compter (bien sûr) la puanteur et le pourrissement...

 

 

Les yeux froncés – face au soleil...

Comme un effroi – un raidissement – à l'intérieur...

Au ras du sol – dans le même sillon...

Comme de la colle sous les pieds...

Dans l'attente de trop de choses...

Comme un pont trop lointain – impossible à franchir...

Encore en vie – en dépit de la distance...

L'âme toujours plongée dans son bain de misères...

 

 

Des élans sur la feuille...

L'âme immobile – silencieuse...

La folie de l'espérance démasquée chez chacun...

Et, à présent, ce sourire figé sur le visage – comme une peau faite de nuit et de lumière...

Le front souple ; le cœur ouvert...

Et l'interrogation jusqu'à l'essence – jusqu'à la cime – des choses...

Un immense tohu-bohu pour un si mince surcroît de compréhension – ce si peu de matière...

Au centre du cercle – pourtant ; ce que l'on dessine à la craie rouge ; ce que l'on souligne – à grands traits...

 

*

 

L'intimité avec le plus vaste – comme la découverte soudaine – spontanée – de ce qui ne meurt pas – de ce qui ne peut mourir...

Un visage sans ride – une absence de visage – le visage de tous – le visage de tout ; composé de chaque visage ; et que nul (ou presque) ne peut reconnaître – tant chacun, sur cette terre, est aveugle – ignorant – encombré ; comme envoûté par l'écume du monde...

Une leçon – peut-être – donnée aux hommes ; et qui échappera (encore) à la (très grande) majorité...

 

 

Des fleurs noires jetées à la face du monde...

Et ces heures – et ces vies – inertes – bruyantes – inhabitées...

Du vent et de la poussière que beaucoup prennent pour un destin – une raison de s’enorgueillir – de parader – de pérorer – de s'imaginer appartenir à l'aristocratie du monde – parvenus, en quelque sorte, au faîte de l'intelligence et de la sensibilité ; coincés (en vérité) au dernier sous-sol de la fange épaisse...

 

 

Ici – sans embarras – les yeux face au vent...

L'âme sans distance – sans intimité scélérate...

Libre des Autres et des affaires du monde (autant que possible)...

La nudité – au-delà des remparts épais – au-delà du grotesque des postures...

Au carrefour du vivre et de la poésie ; à la source des gestes nécessaires...

Le cœur battant qui, peu à peu, apprend à côtoyer l'inconnu – la confiance et la lumière...

Au bord de l'aurore – au bord de l'éternité – peut-être – qu'importe l'ardeur et la hauteur des flammes...

Le silence qui enveloppe nos tempes grises et obstinées...

 

 

La parole exposée – en plein soleil...

La tête cachée dans un recoin ; et le reste qui danse sur l'étendue désertée par tous les Autres...

Le vide et l'infini ; ce qui se prête (très volontiers)...

Et suspendue à l'oubli – l’œuvre que l'on dessine – pour soi seul (dirait-on)...

 

*

 

Au cœur de la persévérance – ce rire étrange – aérien – né d'autres lèvres...

Comme un intervalle dans l'effort – une pirouette dans l'assiduité (trop sérieuse) – un jeu dans la posture individuelle (illusoire – mensongère – intenable)...

Une manière d'ouvrir les yeux sur l'inconsistance...

Quelque chose qui se détache de l'incarnation...

Quelque chose au-dedans – et au-dessus – de la chair ; capable de vivre sans elle...

Le signe qu'il existe un centre – un autre monde – à même la roche ; la seule espérance des hommes – sans doute...

 

 

Nous – seul(s) – dans l'accompagnement d'un Autre – en soi...

Des prénoms – mille inventions – mille stratagèmes – dans l'interstice étroit...

Entre l'esprit – le fantôme et l'animal...

Ce que nous respirons ; notre (instinctive) obéissance aux forces terrestres – à l'invisible – au mystère...

L'espace ; ce que l'on entrevoit – parfois ; et ce que l'on entend (lorsque l'oreille sait se faire attentive)...

Une sorte de temple ; l'autel du vide – en quelque sorte...

Toutes les faces de l'être – plus ou moins sombres – plus ou moins rayonnantes – selon les jours et l'intensité de la lumière ; ce que reflète parfaitement le monde...

 

 

Le silence – tout à coup – comme un ruissellement de joie – une lumière (profondément) habitée – un lieu où le temps s'arrête – où tout prend place – où le voyage devient l'essence – au même titre que l'immobilité...

Ici – comme un coin du monde – une portion de l'espace ; et l'infini à portée de main ; un sas entre les ténèbres et la feuille ; et la possibilité du pardon ; comme d'implacables repères sur le chemin...

 

 

La rigueur du chagrin – au débouché si funeste...

Entre l'ombre et le faîte – l'homme sur son assise bancale – l'antichambre de la peur et des enfers – comme un insecte parvenu à la cime d'un brin d'herbe...

Et dans le ciel – ce miroir – ce portrait – que (presque) tous ont oublié..

Un assoupissement ; comme une chute au fond d'un rêve dont nul (sans doute) ne verra la fin...

 

*

 

L'abîme – le cap – la présence ; au cœur de cette (apparente) trinité du périple terrestre...

L'impénétrable – malgré soi – habité ; qu'importe la forme et les états...

L'esprit englué dans le vertige de ses créations ; réel – rêve – langage...

Le ciel et la nuit – colorés – bariolés – sans cesse ripolinés...

Et nous – au milieu des arbres – sur la pierre...

Face à l'appel de l'effacement ; la nécessité de l'écart et du silence...

 

 

La mendicité mimétique – (quasi) simiesque – des hommes et des générations...

L'indifférence face à l'innommable...

Et la démesure tribale et guerrière...

Comme des parts manquantes – (absolument) essentielles...

Et le plus vil – le plus abominable – en effervescence – placé sur l'estrade – sur l'autel du monde...

L'horreur – la peine et le charbon ; et la foule qui passe son temps à hurler sur on ne sait qui – sur on ne sait quoi – pour des raisons qu'à peu près tous ignorent...

 

 

Un œil – des mains – derrière la fenêtre ouverte...

Et par-dessus – le chant des oiseaux...

La roulotte posée sous les hautes frondaisons...

Des gestes précis – sans rêverie – sans imaginaire...

Des empreintes laissées par l'âme – condamnée à l'exil – au retrait – au repli...

Une danse où le vent tient une place centrale – aux côtés du silence...

Une fête joyeuse – quotidienne – discrète – sans effort – sans ivresse...

Du côté de ce qui observe – humblement...

Le cœur engagé malgré le déclin – malgré la débâcle...

 

 

Disloqué sur la pierraille...

La tête parmi les décombres...

Sans espoir – assujetti au jeu des possibles...

Ici ou ailleurs – partout – le même frisson et la même monstruosité – au bord de l'abîme ; pris au piège de l'immonde qui a envahi – et qui est en train de recouvrir – toute l'étendue...

 

*

 

Le front brûlé par la rumeur...

Le monde comme un tourbillon...

L'âme qui apparaît – et disparaît – au milieu des visages...

La moitié de la poitrine arrachée...

La gêne – la peine – le danger que représentent les Autres – sans trêve – sans pouvoir y échapper...

Au-delà du verbe – la transparence promise ; et la vulnérabilité de la forme...

Comme une toupie au milieu des épines – sous le regard tranquille des étoiles...

Quelque chose du vent – dans les yeux – dans les mots...

Et – soudain – emporté plus loin...

 

 

Le monde posé sur l'oiseau – sur l'aile – sur la plume – de l'oiseau...

Entouré davantage que par le ciel ; le bleu – le vide – l'infini...

Bercé par la démesure du temple vivant ; sans jamais choir...

La vie – la joie – le langage – immergés dans la danse...

Le vol au-dessus des ruines du temps...

 

 

Monstre éventré – entrailles à l'air – après la débandade...

Et le désert – à présent ; et tous ses mirages peut-être – après toutes les illusions du monde – largement égrainées...

Un étroit passage entre la folie et la mort...

Sans bagage – le cœur gros – puis, le cœur sec...

Le regard porté sur la dislocation – la fuite des Autres pour échapper à la catastrophe...

La tête encore engagée dans le labyrinthe ; l'âme écrasée – sous les décombres...

Des débris d'être ; et des mâchoires de fauve à l'affût – prêtes à saisir la chair tremblante – miraculeuse – qui passerait à proximité...

Eux – encore plongés dans cette crevasse ravagée ; et nous – sur l'étendue – plus que fragile(s) – entre la peur et le réconfort d'avoir échappé à la foule ; chacun coincé dans ce qu'il considère comme une issue – une échappatoire peut-être – sans savoir qui saura (véritablement) tirer son épingle du jeu...

 

*

 

Trop obscurément bestial – trop obscurément humain – pour percevoir le miracle – la lumière...

Les choses rayées dans les yeux avides – dans les yeux (trop) gourmands...

Le monde cloué par le ventre ; au cœur du temple de la faim...

L'épine et la substance ; et le langage (parfois) pour s'abstraire...

Des noms pour célébrer le réel ; l'infamie...

Des lieux jonchés de vivres et de semence...

Le temps des bêtes ; et le temps de l'homme ; le règne des créatures élémentaires qui tardent à inventer un monde nouveau – ce qui succédera (peut-être) à l'épaisseur labyrinthique...

 

 

En une fraction de seconde ; le recommencement...

Le prolongement de la lignée ; et le prolongement du monde...

Quelque chose dans le regard ; comme des reflets et des gerbes de lumière...

L'écho du premier bruit ; la répétition du mouvement originel – et l'impossibilité du dénouement ; la malédiction (sans doute) de la perpétuité...

 

 

La pensée inutilement rehaussée – sans ressort face à l'intuition – pour appréhender la vie – le monde – la mort – l'expérience terrestre...

La perception à travers des grilles – un trou – un interstice étroit...

Rien qui ne puisse restituer l'étendue – dans son épaisseur – sa complexité – son inconsistance – sa variabilité...

Des concepts et des mots incapables (bien sûr) de refléter le réel...

 

 

Un jeu – comme un ressac – porté jusqu'au délire – porté jusqu'au regret...

La gangue du mensonge étouffant toute possibilité d'éclaircissement...

Comme de l'opacité sur la transparence...

Une absence de vent sur le rêve...

L'abondance des choses ; et l'âme privée de saveurs et de frémissements ; saturé de terre jusqu'à la suffocation...

 

*

 

Bleu-jour ; comme le Divin vivant – la lumière jamais achevée...

Le cœur du mystère livré aux apparences – entre la naissance et le trépas – accessible – sous les paupières dessillées...

La terre si proche du ciel...

La sensibilité délicate ; le souffle puisé au centre de l'âme qui offre aux élans la force – l'intelligence et la lucidité...

Le silence – comme seul témoin ; et comme seul commentaire (bien sûr)...

 

 

Comme ces lettres dessinées à la hâte – le monde – la foule – ces hordes de partisans ; la fureur et la folie en marche...

Et toutes les images associées ; que les oiseaux survolent – (totalement) indifférents aux efforts de ceux qui vivent sur la pierre...

Fidèles qu'à un seul chemin – qu'à un seul voyage ; droit dans le ciel...

 

 

Au cœur de la tempête – l'effondrement de la façade...

Le rire comme un appel du sacré – devant nos tremblements...

Le Divin sur la langue ; le Divin sur le pont...

Sous la coupe de la lumière – le vivre et le mourir – sans reculer – sans (jamais) renâcler – sans illusion (non plus)...

Au détriment de l'orgueil ; à la place des honneurs et du perceptible...

Comme si tout – soudain – s'éclairait ; comme si tout – soudain – s'inversait...

Le soleil dans la nuit noire ; l'esprit s'affranchissant (douloureusement) du rêve et de la confusion...

Entre la houle et l'encens – la voix ; cette part vivante, en nous, de la vérité...

 

 

Le séant dans l'espace – sans cesse – glissant – se renversant...

Le corps cherchant le passage – l'équilibre – sur le sol – sous le ciel posé sur la terre comme un couvercle amovible...

La cabine avançant ; la cellule s'emplissant d'air et de joie...

Nomade traversant la brume et l'épaisseur – vers le soleil et le vent – à deux doigts de les rejoindre – qui sait...

 

 

Le vent – durablement...

Comme la musique du lointain – capable de métamorphoser la poussière ; d'agir sur les destins nocturnes et souterrains...

Une manière de s'attarder ; d'échapper (en partie) au hasard...

Comme un sourire dans le sang pour diluer les illusions et donner aux circonstances un air de fête...

Le ciel – en quelque sorte – s'invitant sur l'avant-scène ; et pressant la matière – légèrement dansante – d’accélérer le rythme à l'approche de l'aube – au seuil du jour...

 

 

Un point singulier – discret – anonyme...

Des vagues – un peu de roulis – sous les étoiles...

Le même ressac sur le même rivage – depuis des millénaires...

Le parfum (enivrant) de la rencontre entre les eaux et la terre ; que la poitrine respire ; et qui se diffuse à l'intérieur...

Ce que ni l'âme – ni la main – ne peut écarter...

Une feuille blanche qui restitue le regard ; ce qui pourrait permettre aux hommes de franchir les limites habituelles – dolosives – déceptives – inventées...

 

 

Des lignes pour que le monde tourne – apprenne à tourner – dans l'autre sens – au-dessus des instincts élémentaires – au-delà des bornes et des frontières...

Et notre âme – comme un oiseau aux grandes ailes rafistolées – face au vent – face à la rudesse du monde – prête à s'envoler ; et à affronter la solitude dans cette partie du ciel encore inconnue – encore inexplorée...

 

*

 

La bouche ouverte – au-dehors – qui assombrit la pierre ; qui porte à son paroxysme la cécité...

Jour après jour – le même festin – les paupières closes ; et ce sang séché – sur la roche blanche – qui s'entasse en strates...

Et cette tristesse immense au fond de l'âme impuissante – démunie – condamnée, comme la chair, au règne de la faim...

 

 

Des ressources plein les mains – plein les poches ; leur seule richesse ; le visage éclaboussé de sang – l'esprit fier des injustices commises – des crimes perpétrés...

Le seul trésor qu'ils trouveront jamais...

 

 

Au corps à corps – durant toute la nuit – jusqu'à l'aurore qui les trouvera défaits – exsangues – séparés – comme si l'amour n'existait pas...

 

 

La main sur le cœur – du noir sur le noir – promettant des récompenses – des jours meilleurs – on ne sait quoi ; des battements de cœur plus intenses – une proximité avec le ciel – une étendue de joie – des hauteurs inédites ; ce que croient – et ce qu'applaudissent – les fronts étroits – galvanisés par cette série de promesses ; l'inexpérience terrestre et la naïveté de ceux qui ont délégué à d'autres leur existence – la direction et le chemin...

De pauvres âmes – en vérité – qui devront encore se frotter au monde – aux chimères et aux désillusions – pour découvrir la valeur (et les joies) de l'autonomie...

 

*

 

La forêt enchantée ; non pas un lieu – une présence (en nous) – comme l'oiseau aux ailes d'argent – comme toutes les apparitions – les naissances et les apparitions...

Nous n'abdiquerons pas ; nous brûlerons avec ce que l'on brûle – jusqu'au dernier bois – jusqu'à la dernière brindille – jusqu'à la dernière feuille...

Nous mourrons ainsi ; dans le sable – solidaire(s) ; la lumière sur notre peau calcinée ; et le bleu qui nous étirera jusqu'à lui ; nous serons là à la pointe du jour – dans la nuit rougeâtre – baignée de flammes et de chants...

Vivant(s) – tellement vivant(s) – au milieu des vents du monde...

 

 

Enfant-roi – à genoux sur la terre – sur la roche damnée ; sous les arbres incisés ; notre chevelure d'or – vêtu de vent – sous l'averse rafraîchissante...

Dansant sans miroir – au cœur du temps aboli ; le regard contemplatif – magistral...

 

3 décembre 2022

Carnet n°280 Au jour le jour

Mars 2022

Au pays lointain – reculé – de l’exil…

A l'abri des hommes et de la folie du monde…

Seul – à présent (davantage encore qu’autrefois)…

Au milieu des arbres…

Chez soi – de plus en plus ; au cœur de l'intime ; l’Amour – le socle (bien sûr) de toute présence…

 

 

Le sommeil du monde si commun ; et si désespérant pour l’âme…

Impuissant(s) – démuni(s) – face à la tristesse et à l’exaspération (inévitables)…

Et – pourtant – toutes nos cartes sur la table ; honnête au jeu authentique où l’on risque sa vie…

Le dedans sans oracle – sans promesse ; et le cœur suturé ici et là…

Au fil des pas – vers le dénuement ; l’essentiel et la simplicité…

 

 

La peine partagée ; comme si nous n’avions que cela à offrir – comme si nous n’avions que cela en commun…

A ne plus savoir que faire ; à ne plus savoir qu’en faire – malgré nos supplications…

Les mots qui jaillissent pour creuser l’oubli – ouvrir une brèche et y trouver refuge – un peu d’apaisement ; comme un territoire qui se laisserait totalement traverser…

Vers l’effacement et la disparition – la seule issue – la seule solution…

 

 

Ce qui (nous) servait a disparu ; et ce à quoi l’on sert – à présent – presque exclusivement…

Oblatif et ancillaire ; pas une posture – pas une volonté ; un abandon…

Une manière de se perdre jusqu’au plus rien – jusqu’à l’invisible célébration ; comme un clin d’œil céruléen…

 

*

 

Des pensées écarlates – comme des abîmes à enjamber…

Une grande fresque de l’invisible – incroyablement grossière…

Des bouts de réalité sans profondeur…

Des choses qui laissent démuni face au ciel et aux malheurs…

Comment peut-on, à ce point, oublier qu’un sourire aide – console et encourage – (bien) davantage que mille traités de sagesse – que mille siècles de raison…

 

 

A la cime du temps – là où l’heure disparaît – là où apparaît l’instant ; qu’importe l’époque et la lassitude de l’âme – en ces lieux où l’on peut passer d’un monde à l’autre d’un claquement de doigts…

 

 

La roue des jours sur laquelle se tiennent (en déséquilibre) toutes les choses du monde ; avec, au-dessus, un ciel immense – comme posé à la verticale…

La lumière (bien) en face des yeux pour éclairer le front et ce qui nous manque…

Des miroirs – des présages ; et un retour possible (bien qu’improbable au regard des statistiques humaines)…

Et qu’importe le défilé des visages – la liste des images – le cortège des événements ; ce qui survient sur la terre – devant soi – entre la mémoire et le temps prétendument à venir ; une seule chose à la fois…

 

 

En chemin ; tels que se manifestent la blancheur – le jour et le silence ; ce qui résiste à nos pas – ce qu’il nous faut (nécessairement) affronter…

Tantôt un éloignement – tantôt une fuite en avant…

Du sable et de la poussière ; les seules traces que nous laisserons…

Et après la disparition – tout (sans doute) qui recommencera…

 

 

Après la route partisane – les pas sous le soleil…

La façon dont le cœur éprouve ce qui lui revient – sa manière de voir (si différente de l’ancienne)…

Plus ni fou – ni roi ; le chant que l’on entonne pour ceux qui savent se pencher – comme en nous-même(s), l’âme agenouillée…

Un sourire – et un peu d’innocence – au milieu de la mort et des absents…

 

 

Tout à oublier pour rendre le regard neuf et toutes les choses du monde merveilleusement indistinctes…

Juste ce qui se ressent ; et ce qui fait fondre l’âme – cette pâte miraculeuse…

 

 

Comme une mère penchée au-dessus du vide ; et serré contre elle un visage – ni le sien – ni celui de son enfant – ni celui d’un éventuel amant…

Un œil seulement pour l’accueil ; et le cœur chaviré qui chute – la chair et le ciel ensemble – pendant un (court) instant…

L’espace au creux de la main qui tient un bouquet de fleurs vivantes…

Ce qui demeure – en nous – bien davantage que le rêve du monde – que le rêve des Autres ; ce que le destin semble avoir choisi sous l’étoile qui brille (juste) au-dessus de notre tête…

 

 

Dans une grande confusion ; les bords et le centre ; ce qui se vide et ce qui se remplit…

Le sol et le ciel apparemment séparés…

La main qui guide et caresse ; et ce que l’âme parvient à infléchir dans la volonté…

La terre que, sans cesse, nous arpentons…

 

*

 

Visages quémandeurs…

L’âme qui s’éloigne des Autres et de la bouche…

Vers un autre monde – tant attendu (tant espéré)…

Des temples – des mots ; l’hiver qui se prolonge dans la simplicité des choses…

L’invisible quotidien – à notre porte…

La tête et les mains qui désapprennent tous les usages…

Les mythes que l’on oublie ; et les fables que l’on piétine…

Un autre regard ; le commencement (peut-être) d’un autre regard…

La nuit renversée (tout) juste avant l’effondrement…

 

 

L’instant disséqué qui nous interroge…

L’être recouvert de matière et de temps…

Des paroles – encore – comme s’il nous était possible de dire l'essentiel…

Et quelque chose – en soi – espérant (encore) l’improbable ; le silence et la réconciliation – la liberté affranchie des Autres – de la pensée – des oppositions (apparentes) – du pour et du contre inhérents au regard – à la diversité des visages et des objets de ce monde…

Le plus lointain qui, peu à peu, se rapproche…

 

 

Le bois – en nous – le cœur même de la forêt…

La terre – en nous – soudain silencieuse…

Le feu suspendu au ciel…

Et la source dans le brasier – comme une lumière qui éclaire chaque geste respectueux…

Des lieux – du vide et des lieux – pour préparer ce que l’on entrevoit – au loin – ce qui tarde à franchir le seuil de nos âmes malades – infirmes – estropiées…

Le souffle de l’immensité que réclament tous les élans…

De moins en moins fable – le monde…

Comme une suspension – presque une perspective – pour que les illusions se dissipent…

Plus rien – ni personne – dans l’intimité croissante de ce qui est là ; ce que dessine notre main – ce qu’appelle notre bouche – sur le sable – dans l’air – les mêmes vibrations…

 

 

Au-dehors – cette fragilité ; et ces bagages délaissés…

Le temps tout neuf sur nos minuscules carcasses…

D’un bout à l’autre de la chaîne – comme libéré…

A notre place – sans même y penser…

 

 

A moitié silence ; et l’autre part que l’on cache – que l’on tait – comme si nous avions honte de ce qu’est l’homme…

Du mépris pour ce roi et son royaume ; ce peuple de soudards et de fantômes ; et de la peine pour ceux qu’ils offensent – pour ce qu’ils bafouent – pour la douleur qu'ils infligent…

Encore trop près de la poussière que soulèvent leurs pas ; de la sève et du sang qu’ils versent ; de l’écume qu’ils brassent…

Des remparts et des montagnes de chair – devant notre bouche muette – notre âme sidérée…

Et cet étrange sommeil perceptible dans tous les yeux ouverts…

 

 

Quelque chose du cœur et de l’oiseau – dans cet émiettement…

Au plus proche de l’âme – l’orage…

Des éclats de lumière ; le bruit au plus près de la tête…

Ce dont se moquent les sages – équanimes…

Des déclins – des chutes – des envols – qu’importe l’itinéraire – qu’importe le voyage…

Un simple sourire sur tous les délires du monde…

L’absurdité – un peu partout – présentée comme le seul usage et la seule loi…

Fils de personne – ami de ceux qui se dressent en silence…

A danser comme d’Autres refusent l’honnêteté et la rectitude…

Et souffrant – parfois – comme le soleil en hiver ; avec une sorte de lassitude au bord des lèvres...

Le rêve plus noir que jamais ; et l’impossibilité (bien sûr) de s’établir quelque part…

 

*

 

Rien que le monde – sous les étoiles – comme enfermé…

La nuit épaisse – aux portes de l’absence…

Des voix – dans le lointain – inaudibles – qui soliloquent ; mais à qui pourraient-elles donc s’adresser ; personne à la ronde – à peine quelques ombres – quelques silhouettes furtives…

Des cellules où suintent la fatigue et l’ennui ; et cette solitude triste – seul(s) – à deux et à plusieurs ; et plus que tout – absent à soi-même…

L’impossibilité d’être ; comme flottant au milieu des Autres – malgré la pesanteur et la gravité ; malgré les airs que l’on se donne…

Enchaînés aux choses et à l’incompréhension ; la pitoyable figure des hommes…

 

 

Allumé – en soi – ce que la nuit tente d’éteindre…

Des terres parcourues en vain ; personne malgré le nombre de visages rencontrés – l’homme (presque) toujours – si manifestement déchiffrable – transparent jusqu’aux souvenirs qu’il entrepose au fond de son crâne ; les ambitions grossières et instinctuelles…

La hâte et l’ingratitude ; la veulerie et l’appropriation…

La vie (strictement) extérieure ; et l’âme obscure – inexistante…

A la manière de pantins manipulés – de l’intérieur – par on ne sait quoi ; toutes les forces invisibles à l’œuvre – tendues vers là où va le monde…

 

 

Penché sur la rupture et la perte – puis (fort heureusement) les oubliant…

De l’ignorance indigente au non-savoir joyeux ; ce voyage sans voyageur – ce parcours sur ces rives désertes…

A la fois présent(s) et absent(s) – comme si l’on existait et comme si l’on n’existait pas ; la seule énigme du monde – sans doute…

 

 

L’oreille collée au ciel – et la main comme un canal – le prolongement de l’invisible – la pointe de l’âme obéissante…

En soi – la respiration de l’enfance ; l’intimité retrouvée…

Le jour qui échappe à l’éternel découpage du temps…

Sur la même rive – pourtant ; mais étranger à tout ce que prônait l’ancien monde…

L’itinéraire de l’exil et de l’errance – de plus en plus – à mesure que le voyage se dessine…

L’éloignement des terres tristes et trop peuplées…

L’enjambement du rêve et de la terreur que trop de têtes ont institués en règle commune…

A présent – parmi les arbres et les bêtes des bois ; l’encre toujours plus rêche et rectificative ; comme une humble participation au mur de vent qui se dresse contre la bêtise et l’ignominie des hommes…

Un monument dédié au non-humain – qui célèbre tout ce qui peut porter le cœur au-delà des instincts coutumiers…

 

 

Au sortir du visible – ressurgit (parfois) cette tristesse très ancienne – ces larmes de pierre ; le balancement de l’âme qui hésite – qui se protège – qui aimerait se prémunir contre toutes les formes de disparition – l’effacement en tête – et la mort – et cette épaisseur qui nous empêche de voir – de vivre – d’aimer…

Tous les cercles qui s’opposent à l’abandon ; ce pré carré du mystère – du secret vivant, caché sous l’ignorance, qui œuvre à l’avènement de la lumière et de la liberté…

L’étendue dans toute son envergure (et toute sa profondeur) qui aspire à sortir de l’ombre pour révéler à ce monde obscur et laid, la présence de la beauté et du merveilleux – l’évidence (affirmative) du miracle au cœur même de ce qui semble voué à la disgrâce et à la monstruosité…

 

 

Sur la route faussement menaçante…

Vivant (pour tout dire) sur la terre – la tête inclinée…

Le cœur posé au milieu de l’hiver…

Face au vent – les lèvres froides ; les yeux plus ouverts que jamais…

Et cette ténacité qui résiste à l'indifférence du monde…

Au commencement de l’âme – l’émerveillement et le ciel qui gagnent, peu à peu, sur la folie…

 

 

Entre la mort et le presque rien ; ce qui nous définit – de plus en plus…

Un pas (considérable) vers l’effacement et l’oubli…

Et le reste livré à l’errance – à la possibilité du monde – à la possibilité du ciel ou du néant…

Ce qui s’offre ; à qui veut – à qui tend la main – à qui ouvre les bras – sans la moindre volonté…

 

 

D’un seul geste – très loin des Dieux…

Cet étrange déploiement sur la pierre…

La vue qui se brouille ; à même la nuit – ce que nous voyons…

Partout – la violence et la colère ; et cette chose très noire qui serpente entre les âmes…

Le feu comme un précipice – né de la chute récente d’un soleil très ancien…

Aussi fou qu’aveugle – ce qui réfrène tout élan ; il faudrait (au contraire) aller plus loin que le lieu de l’éclosion – plus loin que le lieu de l’hébétude – au-delà de la voix et de la solitude ; et habiter le fond de l’écoute pour être capable de douceur et de joie ; et devenir l’intimité qui efface la distance avec les choses – avec le monde et le silence ; s’éveiller – en somme – au plus près de soi…

 

*

 

Le corps reconnu…

L’enfant contre le monde – résistant…

La langue inventée par la joie – si différente de celle née dans le malheur…

Serrés contre soi – le ciel et la pierre…

Et cette corde (invisible) à laquelle on est – (très) mystérieusement – suspendu…

 

 

Des questions – comme autant de traces – des signes d’incompréhension…

Face à la source – le silence – le seul indice offert…

L’oubli après l’ignorance…

L’émiettement des états ; et le prolongement des émotions sur l’étendue battue par des vents de plus en plus forts…

En contrebas – les sommets les plus escarpés des rives habitées par les vivants…

Le monde – sans emploi – qui a perdu son attrait (une grande part de son attrait)…

Le mystère au cœur du nœud que tentent de démêler le souffle – les gestes et l’esprit…

Et la brusquerie (très) impatiente des Autres face à notre immobilité (apparente) ; loin (très loin) de l’inertie pourtant – une force brute – une énergie condensée – en suspens – dans l’attente d’un événement déterminant – l’avènement du bleu – dans l’âme – porteur de nos propres ailes ; la garantie d’un affranchissement de tout ce qui contraint et emprisonne ; sans doute – le lieu le plus prisé des hommes…

 

 

La même terre ; avec des étoiles à l’intérieur ; et le monde (entièrement) au-dedans…

La roue du temps retournée qui fait défiler les siècles à l’envers…

Et la sagesse jetée dans le jeu – avec le silence et la joie – au lieu de l’inquiétude et des désirs initiaux…

La vie – en nous – circulant avec intensité ; en chemin vers l’origine – du plus sacré jusqu'au plus sacré – à travers ce qui semble relever des instincts et de la grossièreté…

 

 

Une forêt de tombes – dressées au cœur du verbe…

Des paroles inanimées – des mots comme des taches de sang séché…

Ce qui nous échappe – dans les profondeurs du gouffre – la source tarie ; et le compagnonnage des Dieux remis en question…

La faute mise en exergue à la place de la découverte – à la place de la permission…

Tantôt le prolongement du bruit – tantôt le silence dans ses retranchements…

Guidé(s) (assez maladroitement) vers le pardon pour s’écarter du malheur ; jusqu’à l’immobilité affranchie du sommeil et du pourrissement…

 

 

S’attarder – seul(s) – au fond de la blessure…

Sous la neige et le souvenir – la sensation initiale ; comme un pays – une saison – très loin de ce que nous expérimentons à la surface…

Un (brusque) arrêt du répit – au cœur d’un brouillard que le temps a transformé en pâte – une partie de la route – au milieu des pierres – jusqu’au ventre – jusqu’au cœur…

Et la délicatesse des pas ; et l’âpreté du voyage ; ce retour involontaire jusqu’au point d’origine…

 

 

Le nom oublié des choses ; ce crime dont nul ne se souvient – à force de négligence et d’inattention…

L’absence sans autre remède qu’une veille attentive – et pénétrante…

Comme des pelletées de matière lancées vers le ciel…

Comme une voix qui s’attarde – avec nous – dans la poussière – accumulée en couches – en strates épaisses…

A la manière d’une prière pour rejoindre l’espace et la lumière – recouverts par mille siècles d’ardeur et de souvenirs ; les yeux (à peine) au-dessus des amassements…

 

*

 

Ainsi constitués – les lieux fabriqués par l’homme ; artificiels – suspendus au bout d’une hampe exhibée – et agitée sous le nez de tous – pour montrer et faire envie (semblerait-il)…

Comme un poids supplémentaire sur toutes les épaules…

Et tout en bas – les bêtes sur lesquelles le monde prend appui ; le socle de ce terrifiant royaume…

Exit donc la vie naturelle et la fraternité ; la marche à pas lents – et toutes les têtes du cortège tournées dans la même direction…

Le centre délaissé ; et partout ailleurs – le néant qui ne cesse de se répandre – d’envahir la terre et les âmes ; le règne périphérique (et généralisé) de l’abomination…

 

 

Personne ; une fuite au-dedans pour échapper à la décadence du monde – au déclin des choses…

Le temps comme arrêté ; les yeux aimantés par tous les reflets du miroir…

Dans la chambre – plus aucun mystère – plus aucune source ; l’obstination qui pousse au-dehors – au mimétisme et à la différenciation ; vers le plus facile – toujours – sans interrogation…

Le cercle où l’on piétine – où l’on se salue et où l’on fait des offrandes ; la comédie du collectif et du sacré ; la seule loi – l’œil de l’Autre ; et l’autel du confort placé au cœur du temple…

La joie (ou ce qui en fait office) suspendue à mille bouches étrangères ; et la certitude permanente que quelqu’un nous regarde…

Un monde de fantômes dont il faut apprendre à s’éloigner…

 

 

La nuit déconstruite – pierre après pierre – pour que le silence et l’intimité puissent détrôner la tristesse et le sentiment d’étrangeté…

Des deux côtés de la grille – l’esprit qui apprend, peu à peu, à se rassembler…

 

 

Sans voix – face à la mort – au déni – au mensonge…

Passant – silencieusement – comme si la parole n’existait pas – comme si toute explication était vaine…

Alerte et attentif – seulement…

Serviable (sans excès)…

Présent ; et caressant lorsqu’il convient de l’être…

La vie – en soi – maître des mœurs et des usages ; et la force de ce qui s’impose…

Rien que des élans nés de la nécessité…

Ni rêve – ni désir – ni ambition…

L’extinction des idées ; le visage devenu chemin ; et le chemin devenu enlacement ; la seule perspective – celle qui mène à l’intimité que réclament le monde – les choses – tous les vivants…

 

 

 

Ce qui advient – derrière les apparences…

Ce qui a lieu ; des événements – ni majeurs – ni négligeables…

Des froissements d’air et d’âme – plus ou moins durables – plus ou moins conséquents…

Des choses toutes proches – tournées vers nous – affranchies de ce que peut en dire la raison…

Tous les yeux posés sur la matière – sur tous ces amas de matière façonnés par les mains ; et que la tête considère comme un trésor ; ce qui pourrait être utile au cœur et au corps – ce qui pourrait apaiser la peur et la faim…

Rien d’important – en vérité ; dans tous ces cercles de lutte – dans tous ces cercles de protection et d’approvisionnement…

Et – en soi – un abîme – seulement – impossible (bien sûr) à remplir de cette manière…

La folie courante et coutumière de ceux qui s’imaginent lucides – avisés et prévoyants ; l’homme raisonnable à la figure triste – à l’existence sans profondeur – sans perspective – sans solution…

 

*

 

Vers ce blanc – en nous – qui attire – qui appelle – dans l’obscurité et l’incertitude…

Le geste et le pas – soudain – en pleine lumière – éclairés par le dessus – de l’intérieur…

Le pied et la main – déjà sur l’étendue – sur cette immensité vivante…

Ce qu’elle est ; et ce que nous sommes ; sans que quiconque puisse le certifier ou le contester (avec assurance)…

 

 

La voix rompue – comme la route sur laquelle on s’éreintait…

Oubliable – comme le reste (tout le reste)…

La terre – la mort – le silence ; dans n’importe quel ordre ; ce qui semble être – ce que voient les yeux…

Ce qu’offre l’espace ; et ce qu’il nous ravit…

Ce que l’on cherche dans l’indifférence (plus ou moins) générale…

La tête penchée sur le plus grave – un peu d’amitié – l’aube du monde – si prolifique…

Notre existence – comme suspendue à une corde au fond d’un précipice ; (presque) personne – au milieu de nulle part – en vérité…

 

 

Une écoute invisible – au milieu des pierres – loin des églises…

A genoux – face à la douleur…

Des choses dites – des choses faites…

Un sourire ; l’oubli de la tristesse…

Et ce qu’il nous faut regarder – les yeux grands ouverts…

Sans bannière – sans emblème – face au froid…

Et chemin faisant – le feu qui jaillit – qui éclaire – et qui réchauffe – peu à peu…

L’antre – à l’intérieur – qui émerge – et qui s’ouvre ; la sente à suivre jusqu’au lieu le plus familier…

 

 

Trop longtemps – les yeux fermés et l’âme absente…

Apeuré(s) par la tournure prise par le monde…

Aussi loin des hommes que possible…

La respiration coupée et les joues inondées de larmes…

Comme frappé(s) par la disgrâce…

Tenant à peine debout ; à la manière d’un survivant ahuri – sidéré…

La chair douloureuse comme si nous avions traversé la mort…

Le cœur et le pas lourds ; et encore (malheureusement) au prélude de l’épreuve…

 

 

Des paroles jetées dans tous les recoins – éparpillées ici et là ; et pénétrant (très) rarement les âmes…

Comme du sable qui coulerait entre les doigts ; qui glisserait le long de la peau et se répandrait sur le sol – comme une couche de matière supplémentaire ; le terreau, peut-être, du monde à venir – les fondations, peut-être, d’une nouvelle humanité…

 

 

Le même geste – mille fois répété…

L’histoire de l’homme – malgré son déclin (prévisible)…

La disparition progressive du savoir ; l’humanité en perdition…

Et toutes les fables que l’on se raconte

Comme le soleil qui, chaque jour, se lève ; comme le sommeil qui finit toujours par nous gagner – la nuit venue…

A présent – au pied de l’arbre – auprès des nuages – dans chaque goutte de pluie – sur tous les horizons – sur la ligne de partage entre la terre et le ciel…

Au-delà des malheurs au milieu desquels nous nous débattons…

 

*

 

Une foulée d’acrobate discret – sur un fil invisible…

Des gestes d’une grande clarté – à la lumière de ce qui ne se voit pas…

Un langage comme une errance – entre la source et l’invention…

Quelque chose du scribe sous la dictée de ce qui rayonne…

Une sorte de sagesse – sous les paupières – qui n’appartient à personne…

Un regard posé en lui-même – au cœur du vide – qui ne cherche rien – ni réconfort – ni compensation ; qui sait qu’il n’y a jamais eu (et qu’il n’y aura jamais) d’autres yeux posés sur lui…

La venue à maturité de ce qui s’est (très) longtemps cherché…

 

 

Le silence habité ; inépuisable…

Une source de compréhension – une aire du monde (enfin) respirable – qu’il est inutile t’interroger…

La quiétude éprouvée par l’âme ; et la tranquillité du souffle – indépendamment de la couleur du monde – de la nature des croyances et de la forme que l'on donne à Dieu…

Au bord d’une lumière – au seuil de l’inconnu – comme une (modeste) immersion dans l’au-delà de l’homme…

 

 

Le chemin de la disparition…

Dans le ciel – effacé…

Sur la terre – célébré…

Au-delà de l’ordre des signes – au-delà des visages (strictement) humains…

L’existence sans livre – sans carte – sans loi – où tout respire et se rassemble…

Le cœur accolé au cœur de tous les Autres ; ouvert et chaviré ; le commencement, peut-être, du règne (perceptible – ineffable) de l’Amour et de la lumière…

 

 

Au seuil de la consolation – l’impossible…

Les ombres qui s’agglomèrent…

Le soleil déclinant…

Le resserrement de ce qui nous attache ; le renforcement des liens…

Des brassées de ronces jetées vers le ciel…

Des mains rouges ; et des peaux écorchées…

A peine un souffle entre nos lèvres qui dessinent une (affreuse) grimace…

 

 

Dans la tourmente – parmi tous les monstres qui s’affrontent – entre les cris – les postures et les prises de position…

Au cœur de tous les conflits…

Comme le prolongement naturel de la première séparation…

Du silence à la prolifération du bruit ; du premier élan à la multitude ; cette efflorescence arborescente – monstrueuse – que rien ne peut arrêter – sinon un renversement – le retour vers le point originel…

Une route que l’on ne peut inventer – ni construire de manière artificielle – qui se dessine pas à pas – selon les nécessités de ceux qui l’empruntent – comme l’ultime périple du cycle…

 

 

Encore trop de noir et de questions dans la tête…

Ce qui cogne contre nos tempes – cette lumière déguenillée – appauvrie – indigente – telle qu’on nous la présente ; belle – entière – (pleinement) respirante – en vérité – dans notre souffle amoindri et corrompu…

Le ciel que nul ne peut détériorer – qu’importe l’oubli – les manquements – la nature des salissures…

 

 

Les choses de l'hiver – à travers les grilles...

Comme un Graal – à nos yeux ; quelque chose de la nudité et du mystère – exposé ; et (en partie) offert...

L'essentiel de notre visage – peut-être – en dépit des apparences...

Un soleil très bas et très pâle – au milieu de la brume et de la neige...

Des amas de pierres blanches – presque fantomatiques...

Le réel qui apparaît – et circule – entre ce qui semble exister...

Entre Dieu et le monde – le temps d'un souffle – peut-être...

 

 

Le cœur et les yeux – reconnaissants...

Comme si l'on habitait (pleinement) nos gestes et notre parole...

Le lieu où se dicte le poème...

Le lieu où l'Amour et le silence s'enlacent – bâtissent pour quelques instants le plus essentiel – à peine un bruit – à peine une vague ; un chant – une vibration dans l'âme – sous la peau – mieux qu'un rêve – mieux que l'espérance (bien sûr) – auxquels sont condamnés (presque) tous les hommes...

Une danse et des couleurs à la place des murs et du sommeil...

L'infini touché – à la limite du supportable – au seuil du cercle – de l'immobilité – du guérissable...

Le seul chemin – la seule possibilité – vers l'enfance ; un avant-goût de la lumière pour éclairer – et mettre au jour – ce que dissimulent les illusions – l'indigence apparente du monde...

 

 

Au cœur de l'hiver – ce portrait du monde – dessiné depuis cette pointe de ciel posée en territoire terrestre – sur cette minuscule parcelle de matière...

Le cri incurable de ceux qui ne voient pas – condamnés à chercher à tâtons – la lumière mêlée à leurs cheveux sombres – marchant dans la main du temps – capable de se replier en un instant...

Seul(s) – comme si l'on cherchait une issue sérieuse...

Prisonnier(s) – sans doute – d'un rêve de papillon – lui-même héros (involontaire) du songe d'un Autre – non recensé dans le grand registre du monde...

Ce qui donne au tableau un air flou et froid ; une sorte d'esquisse de l'inconsistance...

 

 

La main tendue vers le monde – vers le temps – comme s'ils pouvaient transformer notre quotidien ; faire apparaître l'Absolu dans nos gestes et nos paroles ordinaires...

Aucun soleil contre l'ombre qui s'est réfugiée dans l'âme ; un déchiffrement plutôt des signes qu'elle essaie d'esquisser...

Des vies – sur la pierre – qui n'appartiennent à personne : des corps comme le prolongement de la terre ; la terre comme élément infime de la matière ; la matière comme fragment négligeable du visible ; le visible comme part non essentielle de l'Existant ; ainsi nulle possibilité d'orgueil et l'évidence du ridicule de toute forme d'appartenance...

Un rire plutôt que des larmes – en ces lieux étranges – habituels – incompréhensibles – indiscernables...

 

*

 

En chemin – le bleu et la neige...

La parole centrée sur l'essentiel...

Le désir – puis, le désert...

Des signes dans la nuit ; notre résonance qui, peu à peu, s'éveille...

Une voix que l'on pourrait partager...

De l'intérieur – ce qui se liquéfie ; et ce qui s'édifie ; tout – et le reste – et le vide ; l'espace sur lequel on ne peut prendre appui ; l'événement brut vécu – à la manière du monde – comme notre continuité...

La poitrine (très largement) amoureuse ; le cœur et la main comme des liants pour enlacer le bleu – la neige et le chemin...

Ce que nous sommes – en nous – dans nos propres bras...

 

 

La vie – le cœur – le langage – protégés comme les reflets de l'esprit en lutte...

Quelque chose de la parfaite équivoque...

Tout et son contraire – simultanément ; et trop peu d'espace – en soi – pour les accueillir ; il faudrait, pour devenir l'infini, gravir un chemin entre l'ombre et les reflets – obéir joyeusement aux limites et aux contraintes du périmètre – être indifférent au ciel et à la terre – aux paroles et au silence – embrasser d'un égal élan le songe et le réel – oublier la nuit – la fatigue et le temps – ne craindre ni l'illusion ni la vérité – ne s'inquiéter qu'il n'y ait rien ni personne en ce monde ; s'unir à la vie – faire corps avec la multitude et l'entre-deux ; ainsi tout pourrait être vécu avec résonance et intimité...

 

 

Sans interrogation – aux lisières de ce qui ne s'entend pas – de ce que l'on pourrait être (si d'aventure l'on osait) – au-delà du possible et de l'esprit (ordinaire)...

Devenir l'impensable ; et (très) humblement – et de manière involontaire – s'en affranchir...

 

 

Au milieu des Dieux endormis – quelque chose de la farce – comme une paternité fragile – une inclinaison à la négligence – une manière d'être inadaptée au monde...

Une sorte de maladresse qui placerait le repos et le rêve au-dessus du face à face (possible – toujours possible) avec le réel...

Des paupières fermées plutôt que des yeux ouverts...

Et comme seule issue ; le fil de notre ascendance – l'ensemble de la généalogie – qu'il faudrait rompre – dont il faudrait s'affranchir...

A la manière du premier homme – confronté à ses propres ombres – confronté à l'étrangeté du monde...

 

 

La douleur étalée sur la pierre...

Le jour dénaturé par la peur...

Les battements du cœur – inépuisables – jusqu'à la mort...

L'Amour – aussi proche que possible – sans que l'on sache réunir les conditions favorables...

L’œil – au seuil de toutes les portes – ouvertes une à une...

Et cette curiosité inassouvie pour le bleu – (presque) toujours introuvable...

A vivre comme si le chemin pouvait s'arrêter demain – comme si l'on était prêt à tout abandonner – comme si la seule expérience essentielle échappait à notre volonté...

 

 

Des choses dans l'espace – en désordre...

Du feu – des pas – la possibilité du regard...

Ce qui – au fond de l'âme – semble arraché...

Un mot pour un autre – comme les visages...

Et – peu à peu – tout qui se défait – tout qui se détache ; et s'efface ; nos vies – notre destin – le cours des choses – inéluctables...

 

*

 

La peau sur l'écorce – la main sur la feuille ; les traits du feutre et du visage – esquissant – caressés...

Entre le ciel et la parole – l'arbre ; le tunnel que l'on creuse sous la pierre – sous la lumière ; le même chemin – en vérité – à travers la nuit qui nous épuise sans (jamais) nous interroger...

Un temps pour soi – pour conjurer l'horreur du monde – aux lisières du songe et de la barbarie ; un lieu pour reposer l'âme et les yeux...

 

 

Des traces – de l'écume ; ce qui nous semble le plus familier...

L'homme – depuis des millénaires – englué dans ses habitudes – débordant de certitudes au lieu de questionner la surface et la profondeur – le plus intime et le plus lointain (leurs évidentes intrications ; et leur périmètre fluctuant)...

L'esprit aussi près des fleurs que des étoiles ; et pourtant...

Jamais assouvi ; comme un secret – en nous – vivant – qui aimerait fréquenter le silence – s'écarter (un peu) du monde pour se rapprocher de la vérité (vécue) ; découvrir – et habiter – une respiration plus ample ; des gestes plus lumineux ; une manière plus spacieuse de vivre et d'aimer ; quelque chose qui (de près ou de loin) ressemblerait à l'infini...

 

 

Sur cette route que nul n'emprunte – que nul ne voit ; mille obstacles auxquels on se heurte – des idées – des croyances – des parts de soi...

Un long cortège précédé de cris et d'impatience...

Et tous nos travers – abandonnés, peu à peu, le long du chemin...

 

 

L'intimité entre l'arbre et le ciel – captée (en partie) par les saisons ; reflet du dialogue et des nécessités ; des enjeux et des possibilités du monde...

Et à travers le feuillage – le visage du vivant...

Et au-dessus – l'être – la main tendue – attentif – à l'écoute...

D'un côté – la lumière ; et de l'autre – un chant silencieux...

Et cette rencontre qui tient à la fois de l'humilité et du déploiement – de la jubilation et de l'abandon ; le seul passage possible (que si peu d'hommes ont su découvrir ; que si peu d'hommes ont pu traverser)...

 

 

Des voix qui montent – du fond de la chair...

Des vibrations portées par le vent ; et qui touchent, peut-être, l'âme de ceux qui pleurent – à genoux – devant l'innommable...

Des colliers de neige autour des paupières...

Rien de chiffré – rien de mesurable (bien sûr) – face à l'éternité...

Pareil à un miroir qui reflète toutes les formes – toutes les ombres ; l'infini en train de s'embrasser...

Et du temps en excès (bien sûr) ; et aucune main (pourtant) pour s'emparer du silence et jouer avec la mort...

Rien ; pas même le souvenir de Dieu...

 

 

A travers les yeux – mille hypothèses...

A travers le regard – l'obscurité, peu à peu, pénétrée...

Des pensées légères et nonchalantes ; ni poids – ni appui ; le monde réduit à du sable ; et le ciel rassemblé...

Pareil à l'esprit de l'enfant qui achève un puzzle immense posé devant lui – tantôt avec mille gestes malhabiles – laborieux – tantôt porté par une intuition – une fulgurance ; sans aucune autre alternative...

 

 

Le sommeil arraché à l'espace...

Le devenir (très) incertain des murs et des frontières...

L'extinction d'un bruit très ancien...

Ce qui peuple notre ventre – depuis le premier jour...

Un monde – en nous – qui se meurt ; au seuil (peut-être) du dernier souffle...

La mémoire qui se disperse ; et des pans entiers de souvenirs qui s'affaissent...

L'Amour nécessaire à notre délitement...

 

 

La nuit comme le jardin des Autres...

Trop loin de la source...

Ce qui rassemble la soif et la traversée...

Quelque chose qui, sans doute – quelque part, nous attend...

Indéfiniment – sur la même rive – sous la même étoile...

Un délire – un égarement – jusqu'au bout d'un rêve peuplé de luttes et de regrets...

Debout – quoi qu'il (nous) en coûte...

Notre figure dessinée sur le sable que le vent, d'un seul geste, pourrait (à tout instant) effacer...

Nos vies – nos paroles – nos pas – prisonniers de ce cœur exagérément labyrinthique...

 

 

Que tout s'arrête – avec soi – après la mort ; à moins que tout ne se déchaîne davantage – que la fièvre devienne furie – que le brouillard danse avec l'identité jusqu'à tout rendre indistinct – que le gris se mette à dégouliner de toutes les têtes – que l'existence révèle enfin sa forfaiture – que le découragement et la désillusion poussent à l'abandon ; que les conditions soient enfin réunies pour que nous puissions faire nos premiers pas vers la lumière...

 

*

 

Les mondes innombrables ; comme le sommeil qui complote dans l'ombre...

Du temps passé – au milieu des apparences – sans bouger...

Des lignes pour essayer de dissiper le doute...

Des peurs jetées en pleine lumière...

Le naufrage qui se précise ; l'âme fébrile – inquiète...

Entre fable et forêt – le cœur qui hésite encore...

Le visage face au silence – (à peu près) silencieux...

Moins nocturne qu'autrefois – le feutre qui décharge son encre bleue...

 

 

Le pas solitaire – désirant – entre la blancheur et l'eau stagnante...

A l'origine de l'écume et de notre manière d'amasser les choses ; toujours inassouvi(s)...

L'âme nauséeuse – la bouche ouverte – comme si l'on nous couchait vivant(s) sous la terre – sous les décombres du monde...

Un rictus sur le visage – comme une confusion – une inversion des lieux – peut-être – un mélange tragique d'événements...

Une tombe en contrebas du ciel ; une existence misérable sur le point de s'effondrer ; et le cœur chahuté par la lumière...

Tous les noms que l'on oublie...

Autre chose que soi et le monde...

Le sourire d'un ange – peut-être – d'un monstre qui aurait pris l'apparence de Dieu...

 

 

Cheminant – toujours – allant là où les mots ne peuvent aller – tombant et nous envolant – comme si le monde était un rêve – comme si nous n'étions pas (réellement) vivant(s)...

 

 

Le jour – à corps perdu...

Parmi les premiers sur la liste des serviteurs...

L'ombre et la chute – blotties contre soi...

De la naissance à la mort – en un seul pas...

Et un Autre à la place de celui qui chute...

Ensemble – au milieu des ronces et des caresses – qui nous écorchent et nous consolent...

Du sang plein les mains ; le seul souvenir de l'homme...

Et la forêt silencieuse au fond de laquelle nos pas s'enfoncent...

 

 

Notre main – au bord du cri ; juste avant que l'air ne tourbillonne...

Une peur – comme un abcès au fond de la gorge ; un poignard enfoncé depuis l'origine que nul ne pourrait nous arracher ; et qu'il faudrait dissoudre avec du miel dans la voix ou polir d'une main tendre et attentive – attentionnée – qui opérerait un rapprochement des cimes et de la source ; ce que nos tremblements réclament depuis si longtemps...

 

 

Aux cœurs suppliciés – le ciel en partance...

La tristesse avant que le (grand) saut ne s'accomplisse...

Tant de morts – à chaque instant – anonymes – solitaires (pour l'essentiel) – arrachés à ce monde pour un autre sur le point (sans doute) de s'inventer...

Une nouvelle nuit – un nouveau vêtement – pour habiller notre lumière et notre nudité...

 

*

 

Le masque de l'épreuve – entre le monde et la peau ; le front guerrier ; et au fond des yeux – cette flamme – et l'esprit déjà plongé dans la violence et le sang...

Mille fables sous le casque ; et tous les adversaires déjà désignés – déjà crucifiés ; et si peu de vent sur les certitudes...

La hache que l'on affûte à l'approche de la saison tribale...

Les Autres séparés de soi – de plus en plus ; bien en face...

L'imposture et l'hostilité ; ce qui agite l'écume et épaissit le sommeil...

Mille couches d'obscurité sur l'oubli – sur la possibilité d'un autre monde...

 

 

Piégé(s) par l'épaisseur calendaire – le temps – à pieds joints dans la mélasse des jours et des heures – (presque) entièrement englué(s)...

L'horloge qui nous rappelle l'écoulement ; la cloche qui sonne sournoisement...

Les années et les siècles qui passent ainsi ; l'esprit aveuglé et la chair complice (bien sûr) qui flétrit – qui vieillit – qui meurt et se dessèche...

Et là – à quelques pas (à peine) – à l'ombre de la terre – sur l'autre versant du ciel – ce qu'invente (ce que peut inventer) l'errance – l'insouciance consciente – comme un voyage interminable ; l'éternité qui s'offre – peut-être...

 

 

L'espace entrouvert par la naïveté...

Le secret des étoiles (en partie) révélé...

Notre souffle silencieux sur la poussière et le temps – comme figés dans le roc...

L'âme – le visage et le nom – affranchis de tous les cercles – de tous les clans...

Sur les chemins scintillants – appelé au-delà – par la possibilité du Vrai...

La foulée authentique et solitaire...

Et le regard qui apprend, peu à peu, à pénétrer toutes les épaisseurs...

Vivant en allié inconditionnel des bêtes et des bois ; humblement – à genoux – sur la terre ; ici comme d'Autres ailleurs (un peu plus loin) mentent – assassinent – s'enorgueillissent de leur existence désastreuse...

 

 

De la neige dans l'âme – à gros flocons...

Un peu de douceur sur quelques lames rouillées – un bric-à-brac de choses inutiles...

La forêt et l'océan qui émergent, peu à peu, du tumulte – des tourments du monde – des assauts des hommes...

Ni pensée – ni apprentissage...

Une seule voie – inclinée – nimbée de tendresse ; une existence déchargée des impératifs des Autres et du temps...

Le règne sacré de l'enlacement ; le début (sans doute) de quelque chose...

L'infini dans nos bottes et nos boucles...

L'incendie impartial qui consume les soucis...

Sur la pente (naturelle) de l'abandon – à proximité du sable bleu...

 

 

Le chant – l'oiseau – le soleil – face à la tyrannie qui anime le monde ; les hommes en tête – dans la nuit inséparable – portés par le vacarme et l'effleurement – comme s'il nous était impossible de vivre – comme si quelque chose s'était brisé dans l'âme – un élan, peut-être, vers le silence et la vérité – la part du monde la moins explorée – cette sente du cœur qui (pour beaucoup) reste inconnue...

 

 

L'ascendance – jour après jour – annihilée...

Ce qui nous accompagne – des gestes de partage – des seuils franchis...

De moins en moins tributaire des images...

La nécessité qui naît – peu à peu – à la place des injonctions du monde...

Dieu – tous les Dieux – et toutes les idoles – écartés...

Le visage qui – imperceptiblement – devient la route ; et le pas et le geste – la perspective ; notre manière [(très) imparfaite – sans doute] de nous établir hors du sommeil...

 

*

 

Notre langue abrasive qui transmute les bruits en silence...

A celui qui sait entendre – dépasser la voix de la raison...

Derrière les images – nul songe – nulle histoire...

Ce qui s'offre – avec les couleurs du destin ; et celles du monde – mélangées...

L'âme debout – sans drapeau – sans mise en scène ; authentique – mêlée à la poussière qu'elle soulève...

Par temps d'orage ; par temps de pluie ; au milieu des ombres et des broussailles ; plus seule que jamais...

Humble au milieu de ses sœurs – au milieu des mots qui rayonnent...

Par delà le rêve et la mort...

Dans la compagnie de ceux que le monde a bannis...

 

 

En chemin – le cœur battant – l'âme prête à s'effacer devant le silence – à devenir l'étendue que l'on méprise – que l'on ignore...

De la même couleur que le chant qui monte vers la lumière...

De nulle part – de tout temps...

La tradition de l'oubli qui se célèbre ; et se perpétue...

A même le sang – à même le soleil – ces vibrations dans l'air et dans la voix...

Le reflet infini de la beauté insulaire – infime – presque négligeable...

La portée extravagante du ciel ; des portes et des chemins – au pays de la joie...

Derrière les murs et les miroirs – mille contrées où règnent le vide et la contemplation...

Un grand sourire sur les lèvres – au milieu de rien – au cœur de l'abîme qui s'ouvre et nous révèle...

 

 

Au cœur de la découverte – les choses et l'intimité – ce qui remplace l'épaisseur et la nuit – la solitude au milieu du monde...

Ici – accompagné(s)...

Une partie des liens invisibles – révélée...

Les mains dans la pâte ; l'âme auréolée de matière et de ciel...

La douleur – le manque et la douleur – peu à peu remplacés par l'innocence et la joie...

Quelqu'un à l'aplomb de l'impensable...

Quelque chose à la place de rien...

Une manière de se tenir face à l'adversité apparente...

 

 

A travers l'imaginaire – la fenêtre commune du monde – comme une issue à la laideur – une compensation – un mensonge éhonté...

Le fil d'une histoire que l'on a inventée pour essayer d'échapper aux malheurs qui nous assaillent...

La tête à l'envers et l'âme retournée qui – soudain – aperçoivent le ciel – sans comprendre que cet horizon s'éloignera du pas tant qu'elles l'approcheront ainsi...

Si loin (encore) du geste – et du sourire – naturels – comme manière de se tenir au cœur du réel avec respect – effacement – intimité...

 

 

Au chevet du fardeau posé au bord du chemin...

Comme au dernier jour du monde ; à la place des choses – le poids de la promesse...

Des paroles anciennes pour cerner la mort ; et ce regard pour y pénétrer ; et notre ardeur – prête à l'enjamber...

Face au silence – l'âme – supposément plus sage – malgré l'incertitude et la douleur...

 

*

 

Des lieux interstitiels où le ciel s'invite – sans mur – sans chimère (où même la tristesse et la désolation peuvent devenir joyeuses)...

L'invisible présent dans le souffle...

L'impossible présent dans le geste...

Et l'âme – habitée (bien sûr)...

D'un côté – l'écume ; et de l'autre – le silence – mélangés avec les rêves et l'Amour...

Comme la visite (récurrente) d'un soleil oublié au fond du crâne ; et le cœur dansant dans l'ombre d'un partage très ancien...

Vivant en ces lieux où les collines et les arbres se marient à la roche et à l'invisible ; l'âme dans les mains de ce qui s'offre...

 

 

La parole dans le prolongement du chant des oiseaux...

Des lignes et des lignes de silence – en dépit des mots...

Une porte au fond de l'âme – comme une descente en soi – sur un chemin invisible...

Des instants d'écoute et d'attente ; une veille – en quelque sorte – qui précipiterait le passage et le déploiement de la solitude...

Ni pensée – ni image – symboliques ; des fenêtres par lesquelles se faufiler...

Une perspective vers ce monde transformé par le regard...

Et ce qu'il reste sur notre effacement ; le vent à la suite d'une longue série de soustractions ; le vide et le vent qui souffle les larmes et la joie sur ce qui ne peut durer ; nos existences si labiles – si passagères...

 

 

Au fil du ciel – l'arbre et la peau...

La fenêtre ouverte sur l'horizon intérieur...

A grands renforts de silence – l'effacement et les cérémonies de commémoration (inutiles)...

L'esprit vide qui se laisse bercer par la danse des choses – le chant des âmes...

La nuit traversée – peu à peu – jusqu'à l'autre rive...

Quelque chose d'une vie – d'une manière d'être et d'écrire ; ce que l'on pourrait appeler le style et le mode de vie qui trouvent leur souffle – leur rythme – l'essence de leur expression ; et qui assument (pleinement) leurs singularités et la façon dont ils nouent des liens avec le reste....

 

 

Le sang du monde ; à en perdre la raison...

Des naissances et des étoiles...

Quelques têtes dans un coin...

A mieux y regarder ; partout – le suintement de la blessure...

Le courage nécessaire face au noir et au froid...

La douleur indéchiffrable de l'esprit jeté sur la terre...

La part rebelle de l'âme qu'il faut apprendre à canaliser – à orienter vers sa pente naturelle...

Un détour – une folie (aux yeux des Autres) – pas à pas – comme une avancée dans le voyage ; un très léger écart avec le monde et ce qu'imposent les hommes...

 

 

Le cortège du vide et de la mort – au cœur des apparences...

De la chair et de la parole...

L'invisible au milieu des ombres et des malheurs...

Et la voix qui s'attarde pour découvrir le secret...

 

*

 

Les heures sombres – sous la poussière – le soleil bas sur la cendre et le silence (terrifiant)...

Les lieux de la peine et du sommeil...

Le néant sur tous les visages – comme incrusté...

La peur à la porte du langage...

Le ciel troué par tous les épouvantails...

Un mot – un œil ; et le cœur replié – (entièrement) cadenassé – à peine palpitant...

Et derrière ce monde si prévisible – la fête et la danse ; la figure plongée dans l'éparpillement et l'indistinction...

La lumière sur tous les pas – toutes les fenêtres ; une autre dimension, peut-être, de la fosse et de l'écume...

 

 

Présent – ailleurs...

La marche fébrile...

La voix qui épelle des noms étranges et inconnus – à la manière d'une prière psalmodiée dans une langue étrangère...

Le rayonnement de la parole – sans désir – sans désarroi...

Au milieu du vent – la somme des absences – à travers lesquelles les hommes ont (trop souvent) le sentiment d'exister...

Rien d'abouti – à peine un chemin ; et le devenir aussi sombre, sans doute, que les premiers pas...

 

 

L'invisible convoqué par l'âme insouciante...

Aimanté par le feu – l'ardeur affranchie du destin imposé par le monde – affranchie des cercles les plus tragiques...

La parole, sans doute, moins humaine que le sang...

Très simplement terrestre – en somme...

Parmi les rêves et les nuages – la tête (juste) au-dessus du temps qui passe....

Les yeux vides – comme posés en eux-mêmes ; et l'immobilité et le silence – couleur de ciel...

 

 

La course du sable – le vent sur nos traces – l’œuvre du monde sur les hommes...

Des pierres alignées ; et le soleil à l'horizon...

Au sein de ce décor (apparemment) immuable ; au milieu des choses entassées...

L'histoire terrestre – à la périphérie de l'espace...

De la matière animée ; et des âmes qui tremblent...

La soif et le sommeil – sans doute – à égales proportions...

Et quelque chose – en nous – qui brûle encore...

 

 

Des bouts de ciel qui s'effritent...

Des couleurs et des chants...

Des lèvres pour embrasser ; et des bras pour étreindre...

Et (presque toujours) le bâton à la main – dans cette marche qui semble circulaire...

De la terre (encore) dans les yeux et sous les pas – qui vient épaissir l'ardente mécanique...

Nos géographies variables – (très) aléatoires...

Dans un coin du monde ; le soleil qui recouvre tantôt les ombres – tantôt les épaules...

Et le souffle qui s'obstine à rester au fond de la poitrine – qui refuse le grand large ; l'immensité au bout des doigts...

A tourner en rond dans cet espace qui tarde à se faire plus dense – et plus lumineux ; qui tarde à s'affranchir de l'homme...

 

 

Au cœur de l'argile – une porte entrebâillée...

Des courbes et des bifurcations – tel que semble se dessiner l'itinéraire – le parcours apparent jusqu'au bleu que nous abritons...

 

*

 

L'architecture du vide ; ce dont nous sommes composés...

Des ombres – du désir – de la chair – sans visage particulier ; des amas de matière animés plutôt ; la signature d'une enfance joyeuse – d'une énième tentative peut-être – faite de chiffres et d'infini – façonnés par mille mesures et le balancement (incessant) de l'invisible...

Un cri devenu parole – puis, silence ; et qui, un jour, (bien sûr) redeviendra cri...

 

 

Le lieu équivoque de la circulation...

Deux faces variables sur une figure (assez) mystérieuse...

Dans l'étonnement des choses – l'être au cœur des saisons...

Une couronne de cendre sur ce que l'on connaît à peine...

Des heures qui passent sur un étrange sommeil – une sorte de rêve vécu les yeux ouverts – posés sur les ombres mouvantes – sur les ombres changeantes – du monde...

La mémoire comme une lampe – la seule (malheureusement) dans cette nuit hivernale...

Comme un grand écart entre ce que proposent les hommes et le silence...

Trop de résistance(s) encore à l'effacement...

 

 

La nuit inclinée...

Les corps perclus – débordant de matière – comme des ruines à la dérive sur les eaux du temps...

Au-dessus des assassins – l'âme des victimes – des égorgés dont la dépouille pend à un crochet...

Le ciel transpercé de flèches – éclaboussé de larmes et de sang...

La chair du monde – sous le poème...

Et ce rire – au cœur des malheurs – qui n'appartient à personne ; et qui (mystérieusement) consolera ceux dont on a précipité le départ...

 

 

Sans nom – sans main – dressé devant soi – à la manière d'un monstre...

Au seuil de l'immensité ; des hallucinations peut-être...

Le corps lancé contre le vent – face au ciel – quelque chose d'un mur – d'une frontière infranchissable...

Comme une condamnation à pourrir – seul – sur la pierre...

Interdit – étourdi – par ce plongeon inattendu au cœur du réel...

 

 

Des yeux aussi sombres que la nuit ; noir ébène...

Le monde ; les paupières cousues...

Et de la matière inerte – à l'intérieur...

Et de la tristesse et de la faim – aussi...

Et dans les prières – un Dieu faillible – un Dieu tremblant...

Comme une ombre sur les lèvres de l'enfance – condamnés à cette incapacité à communier – à cette impossibilité à vivre ensemble...

Dans la négation d'une infirmité (maladroitement recouverte par un linceul) ; une posture intenable – une escroquerie – tant la gangrène a déjà tout envahi...

L'arc de la mort pointé sur notre poitrine...

Les yeux fermés ; et tous les tourments à venir – le cœur (totalement) empêtré...

 

 

Comme un repli obscur dans ce grand voyage...

La main posée à proximité de nos sandales...

L’œil qui traîne dans un recoin – qui entrevoit le monde à travers une minuscule fenêtre – des ombres qui passent...

Et pendue à notre cou – la clé de la porte qui sépare la chambre du dehors...

 

*

 

Un écart – un pas dans la neige...

Le cœur et la parole – enlacés...

Entre le rire et les larmes – le passage des années...

Tous les chemins du monde – franchis ou contournés – comme des obstacles...

Tout qui tourne ; tout qui tombe – devant des portes fermées et des pierres froides...

Et la hantise du jour sur ces rives perdues...

 

 

L'origine suspendue à la dissipation...

Entre l'écriture et le silence – la parole incertaine – divagante – parfois enchantement (assez souvent – confessons-le)...

Du feu – du vent et de la lumière...

Ce que dessinent l'âme et la main ; des signes descendus du ciel qui éclaboussent la surface de la page...

Tantôt tombeau – tantôt apaisement...

Et en lisière de forêt – la mort partout présente – la mort partout qui veille...

Comme si nous étions une maison vide – une institution sans mur – une entité sans visage...

 

 

Des fables – au-dessus du cœur – qui virevoltent sur un fil tendu entre les pierres...

En-dessous – le vide – le sable...

Et les pas qui dansent au rythme de la musique...

Et des rêves – beaucoup (beaucoup trop)...

Et des langues inconnues – impossibles à comprendre – à déchiffrer ; des paroles obscures...

Des mondes en construction...

Des amas de certitudes...

Des croyances et du sommeil...

Quelques remous et son lot d'absences – entre le début (supposé) et la disparition (apparente)...

 

 

Cette dérive des Dieux – salutaire – vers le rire...

La légèreté au cœur du temple ; le plus sacré du quotidien (sans doute) – au-delà (bien sûr) des gestes rituels...

Plus qu'un homme (Ô combien) – le soi-monde...

Le couronnement de la beauté et de la poésie – le plus sensible à l’œuvre – autant que l'intelligence... 

Notre humanité (enfin) retrouvée...

 

 

A la pointe d'une folie passagère – au-delà de toute malédiction...

Dans la bouche – des fleurs immortelles...

Le cœur étreint...

Un baiser sponsal sur le front...

La parole – comme la salive – toujours au bord des lèvres...

Plongé dans ce voyage qui n'en finira pas...

 

 

Les yeux ouverts sur la bêtise...

Et cette cécité de l'âme qui ne reconnaît pas son mauvais sort...

Le cœur aussi dur que la pierre – malgré nos sourires et nos airs de tendresse...

L'impossibilité du monde et de la réconciliation ; le mépris et la haine qui déforment les bouches...

Sur notre couche encore – la figure toute froissée...

 

 

Rien – l'âme abandonnée – comme le reste – au ciel...

Des oreilles aiguisées à l'écoute ; et la main serviable – au service de ce que l'on ignore – au service de ce que l'on ne voit pas...

La solitude souriante sur le monde que le regard a bleui...

 

*

 

Le bleu déployé dans la lumière...

Là où le monde commence – là où les figures partagent la même intimité...

L'herbe sous nos pieds – les étoiles au-dessus de nos têtes ; le lieu où nous avons toujours vécu – bien avant l'invention des hommes et du temps...

Le silence – au milieu des ombres...

Et nos lignes aussi vivantes que possible pour tenter de dire ce qui a remplacé le temps – la bêtise et l'ignominie de ceux qui peuplent la terre...

 

 

Soustraites au sérieux et à la gravité – la joie et l'intensité du chemin...

La brisure consommée pour remplacer l'interrogation et le rêve d'envol...

La solitude et la cendre – dans cet écart – cet éloignement...

Le silence plutôt que la rencontre idéalisée...

Moins pénible – moins douloureux – le pas sur cette sente ascendante...

La légèreté et la lumière plutôt que le vertige et le fantasme de la transformation...

Ici – en ces lieux où nous sommes – à cet instant ; ni ailleurs – ni plus tard – comme un effacement et une ouverture dans l'épaisseur...

L'infini à portée de lèvres...

 

 

Sans autre bagage que le ciel et notre poids de terre...

L'esprit – le souffle ; et la possibilité du chemin...

Un parfum de pierre et d'éternité – dans l'étreinte et le regard – et jusqu'au cœur même de cette étrange poésie...

 

 

Le poids de l'âme et les ombres passantes...

Les traits particuliers de l'enfance insoumise...

A nos oreilles – les bruits du monde – de plus en plus lointains...

Et ce rire sur les querelles qui nous animent...

Et serré contre soi – le ciel partagé ; et le temps défiguré par l'impatience...

A écrire des livres – comme l'un des (nombreux – très nombreux) terrains de jeux où les Dieux se disputent l'espace et l'origine de nos tremblements...

 

 

Serviteur d'une poussière qui s'incruste partout ; dans l'âme – sur la langue – sous les pas – dans les interstices du cœur...

Pas même une muraille contre le vent...

Un désert qui accueille les insurgés et les hurlements...

Des couloirs vides ; et l'espace immobile où se déroulent tous les événements...

Et des yeux posés sur tous les seuils...

Et au-dehors – ce qui demeure sous l'emprise de la violence et de la faim...

 

 

Des jours – autant que de murmures...

L'incompréhension et la lumière – épousées jusque dans les tréfonds...

De la chair et du sang pour satisfaire les ventres – l'appétit des affamés ; de la substance pour que la semence puisse jaillir et peupler le monde...

Des couches de matière qui finissent par recouvrir le plus précieux...

Nos mains tendues et nos paupières closes ; et ces larmes qui indiffèrent les Dieux...

 

*

 

Le tranchant de la lame sur l'ombre du jour – comme si l'on pouvait écarter les malheurs – comme si l'on pouvait séparer les choses...

Tout – amené – et emporté – ensemble...

Et l'esprit de l'homme – sans réponse – désenchanté (dans le meilleur des cas)...

 

 

La figure foulée – la terre prise au mot...

Entre ciel et rive – cette étreinte – cette étendue...

Ce qui ressemble à une bouche ou (mieux) à un baiser ; un peu de vent pour hâter les saisons anciennes...

Ce qu'il (nous) faut abandonner à l'hiver – à l'immensité...

Le cœur de l'enfance ; le jouet de personne – jusqu'à présent...

 

 

Des mots sur la nuit – pour tenter de transformer l'irréparable – de défricher des chemins – de déchiffrer une langue très ancienne – de devenir la pierre sur laquelle on prend appui pour déployer ses ailes – de s'effacer jusqu'à n'être plus rien afin de pouvoir, un jour – peut-être, tout devenir – tout étreindre – tout embrasser...

Davantage (bien davantage) que le monde ; la totalité...

 

 

En soi – là où l'on repose...

De rive en rive – de main en main – jusqu'à l'apothéose – comme de la magie blanche...

Au-delà de tout désir – entre le ciel et la source – l'espace sacré – la danse silencieuse...

Des fragments de vérité sous le délire et les mensonges...

 

 

Ici – la chair qui se réchauffe à celle des Autres...

Peau contre peau – sans tendresse – dans cette odeur de sueur suffoquante...

Des cris – et parfois des cœurs – qui se rejoignent...

Des vivants et des morts – au corps presque identique...

Des chemins ; et des destins qui s'écartent...

A la manière d'une foule aliénée qui s'agite dans la fosse où on l'a plongée...

La folie qui s'empare des ventres vides ; des bouches ouvertes et des rangées de dents saillantes – prêtes à saisir tout ce qui bouge – tout ce qui pousse – tout ce qui passe...

Le spectacle du monde tel qu'il se déroule devant nous...

 

 

La somme des jours ; moins que l'Amour...

Et toutes ces expériences à soustraire de l'essence...

La nudité parcourue comme un territoire ; une étendue sans limite – sans sillon...

Le temps écarté d'un geste machinal...

L'esprit vidé de toutes ses récoltes ; des poignées de poussière jetées devant soi...

Plus ni homme – ni visage ; quelque chose qui appartient à l'ensemble ; et qui varie, selon les circonstances et les possibilités, entre l'infime et l'infini...

 

 

La place que nous occupons – ni précieuse – ni honorable – infiniment changeante...

Notre passage – pareil à celui de ces crânes entassés qui, à présent, servent de rempart...

A la pointe de l'attente – cette veille patiente – sans les yeux – aussi lucide que possible ; ce qui, sans doute, s'imposera lorsque prendront fin le règne de la prière et toutes les croyances inhérentes au royaume promis par les Dieux...

 

*

 

Une terre – sans jugement – sans témoin – qu'il suffirait de découvrir – et de gravir à l'envers...

Des ruptures – une longue série de ruptures – jusqu'à la source...

Dans l'ordre immuable des choses – sans signe – sans preuve – où l’œil solitaire – inlassablement – construit et déconstruit le monde (ce que les hommes appellent habituellement le monde)...

Le jour – en nous – vivant – dans sa marche imperturbable...

Le vide et des monuments ; tout ce que l'on déchire...

 

 

L'espace illuminé – soudain déblayé de toutes les images qui (nous) servent de décor...

L'écume blanche soudain mise à nu...

Sur le versant de l'invisible le plus inattendu où les usages et les croyances s'usent de manière constante...

Le vent et l'étendue ; et nous autres – incertains et ballottés – si maladroits face à la nudité – face au dénuement...

Des gestes – des paroles – de la poussière – aussi vivants – aussi naturels – que ce qui existe – que ce qui ne se voit pas...

 

 

Le soleil – si proche du cœur – que tout paraît brûlant – intense – lumineux...

Le sable – les doigts – la poésie qui s'inscrit dans les interstices du silence – la danse des pas à l'approche de la disparition...

L'effacement et l'écho sans fin des choses qui semblent exister...

 

 

Ce qui sépare le sable du reste...

Les souvenirs emportés ; les âmes qui résistent...

Sur la peau – ce soleil prématuré...

L'abîme entre ce que l'on nous raconte et ce qui est ; là où puisent tous les mythes – là où puisent toutes les fables...

Le mouvement naturel du monde...

 

 

Des résidus de douleur et d'étouffement...

Ce qui a pris naissance au cœur du plus obscur de l'espace – en soi...

Ce qui couve sous la peur...

A nos pieds – ce que l'on a soumis ; et ce qui nous fait face (le reste – l'essentiel des choses) tantôt devant les yeux – tantôt contre le cœur...

Mille possibilités de passage à tous les seuils (perceptibles)...

Ainsi – le plus lointain – le plus endormi – se réveille – se rapproche...

 

 

De la candeur au fond des yeux aguerris...

Une enfance vouée à revenir – à se redresser...

Des larmes et des chemins...

Quelque chose qui brille ; quelque chose qui ne semble avoir de fin...

La matière nue – de plus en plus...

Des lieux et des noms – peu à peu – remplacés par le ciel – en dépit des apparences inchangées...

Comme d'étranges trouées dans le sommeil et la prière ronronnante...

 

 

Toutes les âmes éprouvées par les coupes rases qui sévissent dans la forêt...

La désolation ; cette éradication – cette rupture radicale du renouvellement...

L'absence de ciel – malgré la place vacante ; et des étoiles pour personne dont le reflet se brise, à présent, sur la surface des pierres...

Et notre cœur sous les copeaux qui jonchent le sol ; une manière d'appeler le soleil et le vent – de favoriser les naissances – la régénération du bois ; d'offrir un surcroît d'Amour qui influerait sur le monde...

 

*

 

Les pas qui, peu à peu, effacent la rive...

L'étroitesse de l'abîme – enjambée...

Les sillons qui cessent, peu à peu, d'être un asile – le refuge de la peur...

Un saut vers l'aube (tant désirée autrefois) – icône désuète à présent...

Une voie sans voyageur – une âme sans visage – un espace auquel on ne peut donner de nom...

Vers la transparence et la lumière ; ce cœur qui bat dans la nuit dispersée ; et ce souffle, dans la poitrine, qui ira aussi loin qu'il pourra...

 

 

Des choses impossibles – immobiles – sur le sable...

Des choses que l'on imagine...

Des apparences – des hypothèses – autant que peuvent en voir les yeux – autant qu'en est capable l'esprit...

A la mesure de l'insensibilité – l'incompréhension...

A la mesure de l'absence – la cécité...

Rien que du sable – peut-être – sur lequel on ne peut faire aucun pas – sur lequel on ne peut pas même prendre appui...

 

 

Mot après mot – ligne après ligne – page après page – l'effacement...

L'étreinte assidue ; et le secret, peu à peu, transpercé...

L'horizon de la parole autant que le chemin qu'empruntent les pas...

Ni rêve – ni pensée...

Le silence comme un miroir ; et le reste – simples reflets...

Et en nous – l'enfance à rejoindre ; ce à quoi (bien sûr) nous nous consacrons...

 

 

Par milliards – le noir – la volonté – mis en avant – entre les mains de l'invisible – des forces sous-jacentes derrière les forces apparentes...

Sentinelles du monde et sentinelles de l'aube – en quelque sorte...

Sans désespoir – sans ressentiment – malgré les malheurs – malgré la dureté et la véhémence des cœurs...

La terre promise, peu à peu, pénétrée – en dépit de l'épaisseur...

 

 

Un chant – une fête – sans bruit – sans personne...

Parmi ceux qui sont là – simplement – sans inviter quiconque...

Sans orgueil – sans intention – ceux qui semblent suffisamment sensibles – seulement...

De l'invisible – des étreintes – du silence...

Peau contre peau ; souffle entrant et souffle sortant – le même air partagé...

Une communion naturelle – spontanée – sans privilège – sans exclusion...

Posés sur la pierre commune – plongés dans la soif qui anime tous les élans...

Ici – sans rien chercher – ensemble ; sans heurt – ni effort...

Les yeux grands ouverts qui émergent, peu à peu, du délire collectif...

 

 

Nos yeux – nos mains – qui jonglent avec la vérité et l'illusion...

Sur un fil – depuis longtemps – confondu avec le sol...

L'âme abusée par le rêve ; le réel, sans cesse, réajusté, à nos désirs – à nos ambitions...

Parmi tous ceux qui feignent – qui mentent et font semblant ; tous ceux qui agitent de faux soleils – qui soulèvent de fausses questions – qui offrent des perspectives qui n'en sont pas – qui leurrent le monde avec leur statut – leurs saluts – leurs caresses...

Un monde de visages et de choses – anonymes – interchangeables – où tout se vaut – où tout se monnaye – où la valeur (bien sûr) est ailleurs ; un monde qui prône (et célèbre) une uniformité délétère – loin (très loin) de l'indistinction salvifique à laquelle nous invitent les sages et les Dieux...

 

*

 

L'arbre – à la saison des étreintes...

Dans nos bras – contre soi...

Confidences et secrets ; ce qui passe entre nous – en silence...

Un chant qui monte – de très loin – des profondeurs peut-être – qui sait – de plus loin encore (sans doute) – de l'époque d'avant les hommes – d'avant les frontières – d'avant la séparation...

L'invisible pas même chuchoté – des frémissements sous les étoiles – à côté des ombres et du chaos au milieu desquels vivent ceux qui ont perdu toute intimité avec le monde...

La terre – comme un vertige – la réminiscence d'un état d'avant la mémoire...

Notre feu et notre sang ; ensemble – sur cette étendue...

 

 

Des notes – comme de la poudre – offertes à ceux qui ne peuvent retenir leurs larmes...

Un peu d'encre et de silence jetés dans la géographie des hommes – comme un peu de neige dans la chaleur moite et étouffante...

Une sorte de sentier dont on ignore s'il monte ou s'il descend ; un visage – une contrée – à explorer minutieusement ; et dont on ne peut faire le tour qu'avec respect et attention...

Les confins du jour entre le ghetto et l'étendue ; une fenêtre pour voir le ciel ; un seuil sur lequel s'avancer pour faire face à la mort ; une porte dans l'intervalle ; une manière de découvrir ce que nous ignorons encore...

 

 

Le cœur circulaire...

Dans le gouffre ; la foulée...

Une île dans la nuit...

Un peu de sable pour écrire un poème...

Comme un envol hors du trou – hors du cercle – vers le merveilleux qui veille au-dessus du monde – au-dessus des illusions...

 

 

Le vent face au ciel noir – face au sommeil – face au délire – des hommes...

La grande infortune du monde...

Des paroles arrachées ; et des esprits confus...

Au carrefour des possibles...

Et trop de songes (bien trop de songes) en tête pour voir le soleil et l'Amour à l’œuvre dans ce déblaiement ; juste mille flèches qui ont l'air d'aggraver la blessure ; le refus du seuil et du silence...

 

 

Perdu(s) – comme enclavé(s) dans un repli du rêve – une sorte de recoin enroulé sur lui-même – à la manière d'un refuge – d'un abîme – d'un sommeil ; un lieu pour échapper au monde – au réel – à la transformation...

 

 

Du bleu – des bruits et des fables...

Ce qui nous a initié(s) – ce qui nous a façonné(s)...

A l'ombre du premier mythe – là où tout s'origine...

Pareil(s) à une chimère – à une invention – pour (à la fois) défier et prolonger le rêve...

L'incroyable labeur de l'esprit si prompt à tout différencier et à tout confondre...

Une forme de va-et-vient (permanent) entre le réel et le songe – entre la vérité et ce que l'on se raconte...

De toute évidence – nous sommes cela – cette inclinaison à tout inclure et à tout rejeter ; cet amalgame partiel et l'ensemble du royaume ; la portion et la totalité ; tous les degrés de l'envergure entre le néant et l'infini ; le vide sous tous ses déguisements...

 

 

Sur ce chemin où tout se dissipe – les visages – les mots – les mondes – les histoires – les questions – toutes les choses en vérité ; tous les abîmes – tous les cercles inventés ; et l'ensemble des angles circulaires qui transforment l'espace tantôt en arène – tantôt en labyrinthe...

L'Amour – à présent ; du brouillard et du silence ; et le regard qui pénètre les apparences...

Et entre nos doigts – tout ce sable que les mains n'ont cessé d'amasser...

Et devant nos yeux – ce désert qui a toujours existé (et que nous avons toujours pris soin de recouvrir ou de dissimuler)...

 

 

Le monde à la dérive – jusqu'au déclin...

La vie – le souffle ; et le ciel approbateur...

Et cette halte – comme si quelqu'un avait peur ; mille obstacles à franchir – mille obstacles à contourner...

Et tout – emporté avec nous – dans le grand flux ; ballotté par le cours (inéluctable) des choses...

 

 

Le jour – plus lointain que le sourire..

La vérité – plus abstraite que le geste...

L'instant – plus précis que le temps...

Le monde – en soi – que l'on porte tantôt comme un trophée – tantôt comme un fardeau...

Et derrière nous – d'autres visages ; d'autres perspectives...

Des pas provisoires – comme le reste (tout le reste)...

Seul(s) – comme le regard qui contemple – comme la main qui s'engage – comme le cœur qui éprouve et l'âme qui expérimente...

A l'ombre d'une figure tutélaire – Dieu peut-être sur lequel tout glisse sans trace – sans souvenir – sans mémoire ; le grand silence au fond duquel tout tombe et s'efface...

Et nous – tantôt comme des îles – tantôt comme des naufragés – posés là – dérivant – emportés – au milieu de nulle part...

 

 

Altérés peut-être par l'esprit – la mémoire – ce qui existe – ce qui semble exister...

Des choses apparemment vivaces – vivantes ; et des visages grimaçants...

D'un lieu à l'autre – comme si partout les fleurs étaient les mêmes – comme si partout les paroles (et les promesses) étaient identiques – comme si partout l'impossible nous encerclait...

Et – pourtant – en soi – le ciel immobile – le ciel inchangé...

A peine le temps d'enfiler un nouveau visage – un nouveau costume ; et nous voilà déjà reparti(s) ; avec les mêmes interrogations – les mêmes infirmités – la même incompréhension...

 

 

Flottant – à la manière de Dieu – d'un oiseau – d'un poisson – qui peut savoir...

Comme un tour de manège – allant et venant entre le centre et l'oubli – entre l'incorruptible et la périphérie (toujours plus ou moins dégradée)...

Personne – autour de soi – ce qui défile seulement – comme une (petite) ritournelle – animé(s) par la force centrifuge jusqu'au point de renversement – ce suspens nécessaire pour plonger vers le centre intérieur...

Le lieu de la lisière – le point d'équilibre – où tout se joue entre l'exil et la folie – entre la transformation et l'étrangeté – entre l'effacement et la persistance du secret...

Vers la dissolution – vers la fusion avec le reste – à son insu – puis, le cycle de la différenciation – de la distanciation – qui recommence...

Du vide et du sable (en mouvement) – d'infimes particules dans la vacuité ; notre seule (véritable) identité – nos seuls (véritables) constituants...

 

 

Rien que la source et la transparence ; le bleu tendrement envahissant ; si léger dans sa présence – son étreinte – ses baisers – que le monde finit par peser aussi peu que l'âme ; le ciel descendu – dans lequel tout s'envole – dans lequel tout frémit...

De plus en plus proche de la joie et de la vérité...

 

 

Au même titre que soi – le monde – l'oubli – la forêt qui accueille – le froid qui fortifie – toute chose en vérité – jusqu'au délire – jusqu'à l'aveuglement...

Une distance – sans cesse – à réduire – à effacer – pour ne jamais être pris en défaut d'intimité...

 

 

Cette désespérance de la tête plongée dans le sommeil ; les hommes ont beau rire et festoyer – l'âme semble inguérissable...

Comme un ciel inventé parsemé de pièges et de trappes ; et en dessous – un labyrinthe jonché de morts et de vivants – condamnés à la détention et à l'attente...

Une halte (très longue parfois) – comme un prolongement (indéfini) du rêve...

 

 

Le monde jusqu'à sa perte...

N'importe où pourvu que nous soyons...

Ici ou là-bas – l'esprit à l'étroit dans sa boîte – le ventre et les bras qui amassent jusqu'à la saturation de l'espace...

Des objets et des victuailles comme des remparts – le seul socle que nous connaissons ; là où la route s'arrête – là où l'on retourne la terre – là où les existences écorchent et ne sont qu'écorchure...

Une folie qui mène (inéluctablement) à la déchéance et au déclin...

Et le désir – et la volonté – qui en redemandent encore...

 

 

Au bord du vide – dans les bras de ce qui nous accueille – sur les épaules de ce qui nous porte...

Et sur la page – et dans la tête – tous les signes de la fable ; trop souvent – notre seule manière d'exister...

 

*

 

Des flèches décochées tantôt dans les yeux – tantôt dans le ciel...

Qu'importe ce qui est touché pourvu que tout devienne gris – opaque – infranchissable...

Tout mélangé ; le haut et le bas – la droite et la gauche – le dehors et le dedans...

Une manière de pénétrer le sommeil en profondeur pour faire exploser la pierre et les hauteurs ; Dieu – l'homme et la bête ; les arbres et les fleurs (enfin) rejoints dans leur chant et leur beauté – à la frontière du vivable et de l'invisible...

Ce que l'on pourrait appeler une leçon naturelle...

 

 

Une voix ; des mots expulsés...

Des sons – du sens – sans détour – sans violence...

Ce qui pourrait nous ressembler (vu d'un peu plus haut)...

Plus que rassemblés – indissociables...

Et l'ensemble sans cesse traversé par le provisoire ; le monde et les visages – furtifs ; de passage – comme notre voix qui escorte les mots dans l'espace...

 

 

Des traces de pas – une présence – la vie qui circule depuis la source...

Ce qui n'a jamais cessé – au milieu des ombres – au-dessus des têtes – entre les âmes – les corps qui tournent ; ce qui s'éteint et ce qui renaît – autant de fables que de réalités apparentes...

La multitude ; la matière (monstrueusement) efflorescente...

Des bourrasques – des tourbillons ; un peu de sève – un peu de vent – dans le silence et la lumière...

 

 

Comme tombé(s) au milieu des choses...

Des époques et des âges – aveugles – oublieux – inconscients – amputés de l'essentiel – cette sensibilité qui tient à l'ouverture du cœur et des yeux ; des larmes et une perspective plus éclairée...

Quelque chose d'infiniment précieux – et d'infiniment fragile – comme un peu de ciel pour compenser l'indigence – le prosaïsme – la vulgarité – du monde...

Un saut (incontestable) vers des possibilités nouvelles...

 

 

Cette carcasse ; ce bagage infime – orgueilleux – encombrant...

A sa place – encerclée par la douleur qui emporte l'esprit – qui le fait voyager – de contrée en contrée – des plus abominables aux plus propices à l'éclosion du cœur...

L'esprit comme un attirail – sur un manège – porté – et tiré – engagé dans tous les délires – visitant tous les cercles et tous les royaumes – que le corps traverse et expérimente...

Aussi loin que le fil et l'écume peuvent mener...

 

 

La rectitude (involontaire) de l'âme qui se laisse gagner par les vents – les vagues du monde – les courants invisibles qui, sans cesse, déferlent sur nos rivages...

Qu'importe l'hiver – la fatigue – les baisers trop mordants – les blessures et la souffrance – la fièvre – l'hostilité et l'incertitude...

Sur la route – tenace – sans défaut – tel que se déroule le voyage des exilés – suffisamment inclinés pour échapper aux menaces et à la prétention ; les pieds sur terre – l'âme engagée – le cœur serein – la tête à sa place...

 

*

 

Le vent – dans son œuvre – sans distraction...

Assidu – attentif – incroyablement précis ; amenant et emportant exactement ce qu'il faut – l'indispensable et le superflu (parfaitement mesurés)...

Des racines qui se brisent ; des déploiements inattendus – des instants de pleine respiration...

Le visible et l'invisible éclairés par la même lumière...

Ce qui se redresse ; et ce qui s'incline...

Le même dépouillement – vers l'essentiel et la nécessité ; le noyau vêtu des singularités de l'âme pour incarner ce que nous sommes ; ce à quoi nous sommes destinés...

 

 

Touché – toucher ; semblable dans son être...

La forme dense et changeante...

Le regard et la pierre – inséparables...

Bras ouverts ; et la parole offerte...

Le cœur affranchi de toute forme de somnolence...

Au-delà de l'abîme – au-delà de la mort...

L'intimité accrue (maximale – sans doute) – au point de ne plus rien distinguer – de tout aimer – le magma – chaque chose – l'indistinction – d'une égale manière...

Comme des yeux – et l'Amour – émergeant de l'ombre – des tréfonds de l'âme et du monde où on les avait enterrés...

 

 

Là – présent – au nom de l'absence du temps – au nom de personne...

Décalé – fermement – échappant aux saisons et à toute saisie...

Miracle – peut-être ; de passage (bien sûr) – seulement...

Soi et le ciel – parfaitement enchâssés...

Ni pente – ni voyage ; et moins encore voyageur...

Ni lointain – ni étrangeté...

Soudé(s) au reste et à l'origine – depuis le début – de toute éternité...

 

 

Presque rien – en somme...

Le vide dans sa folie et ses errances...

La mort au goutte à goutte...

Des épreuves et des tremblements...

Ce qui évolue dans l'espace...

L’œil-témoin et la présence vivante...

Une multitude de jeux et de jouets...

Quelque chose d'insensé – d'inimaginable ; le réel...

Des successions – des amassements ; et mille dégringolades sur des pentes apparemment naturelles – fabriquées de toutes pièces (en vérité)...

Des cycles où cohabitent tous les contraires...

Du silence – de l'Amour ; et des arènes qui accueillent toutes les luttes et tous les ébats...

Sans que nul ne sache – sans que nul ne comprenne – réellement – ce qu'est la vie – ce qu'est le monde – ce que nous sommes – ce que signifie être vivant – la réalité...

 

 

Des émergences – des boursouflures – des déclins – des éclatements ; et tous les mouvements ainsi (à peu près) résumés...

Rien que des parcours – des traversées ; de (très) brefs itinéraires – en apparence ; mais qui prennent pourtant racine (faut-il le rappeler) au cœur même des origines...

Des choses sur des listes ; des choses que l'on coche...

Des paroles – des pourquoi ; et des gestes à profusion...

Des va-et-vient ; des allées et venues...

Ce qui s'expose ; et ce qui s'efface...

Des feux dans la nuit ; des îles au milieu de l'océan...

Des successions et des cycles ; l'héritage commun ; et ce qu'on lègue à son insu...

Des marches parallèles ; des chemins qui se croisent...

Des pas et des passages...

Rien – jamais – de définitif (ne l'oublions pas)...

 

 

Au milieu des fous – au milieu des voix – la tendresse-mère qui appelle ses ouailles...

Au cœur des bois – entourés par des murs de sommeil – l'attente qui dure – la veille qui se prolonge...

Le ciel à découvert – comme une clairière encerclée par des nuages noirs...

L'écoute – l'Amour – ce qui vient ; ce qui émerge de la terre...

Nos lèvres qui ne reflètent ni les illusions – ni les mensonges – ni l'aveuglement – du monde ; la vie pure – la vie qui passe – sans retenue ; tout ce qui nous échappe ; et après quoi il est vain de courir – et ce pour quoi il est vain de verser son sang...

Le compagnonnage (inaliénable) de l'infini et du plus intime – seulement ; sur cet itinéraire plus qu'incertain...

 

 

Jouer avec les démons et les Dieux...

La peau de plus en plus dénudée – à l'intérieur...

A même la roche ; le ciel continu sans le moindre défaut – sans le moindre faux pas...

A genoux – au milieu des fleurs...

A notre place – (juste) au-dessus des malheurs...

Et l'immobilité qui règne par delà les lois et les (grands) cycles de la matière et du monde ; au cœur même de ce qui ne peut s'interrompre...

L'Amour – en ces hauteurs – comme le socle – et le prolongement – de ce qui est si prompt à pourrir...

Des poignées de terre – de simples poignées de terre – sur nos yeux fermés...

 

 

Ici – là-bas – plus loin – en ces lieux où l'hiver règne sur la terre et les saisons ; le gel (permanent) du temps – la neige comme un bain qui saisit l'âme et ravive la clarté dans le cœur habitué au brouillard...

Une manière d'apprendre à vivre – à rire – à marcher – à mourir – avec plus de justesse...

Des lèvres – un éclat dans l’œil – un peu de peau et de lumière sur la pierre grise – sur le sol sombre du monde...

Un peu de vide autour – et au-dedans – de la matière...

 

 

Quelque chose d'avant le visible – une part de soi – substantielle – miraculeuse ; un panaché de ciel et de rire...

Des âmes légères ; et l'horizon qui applaudit (silencieusement)...

Des arbres et des rivières – des fleurs et des collines – des bêtes et des pierres ; le monde d'avant le règne de l'homme ; l'époque (bénite) de l'indistinction...

Une vie – des existences – hissées à des hauteurs effarantes (inimaginables aujourd'hui)...

Une présence (depuis trop longtemps) oubliée...

Des traversées qui avaient la saveur de la terre et l'ampleur de l'immensité...

Un harmonieux mélange de matière et d'Absolu qui offrait au sable – aux gestes – à la moindre respiration – une envergure et une densité incomparables...

 

*

 

A peu près – comme s'il y avait des règles à suivre et des manières de faire – des choses mesurables – des gestes conseillés (et d'autres à proscrire) – comme si l'on savait ce qu'est la vie – ce qu'est la mort – ce que veut dire être un homme ou appartenir à l'humanité (au monde des vivants)...

Une grâce – un miracle – combien l'ont oublié – baignant, il est vrai, dans son lot de malheurs – de souffrances – d'infirmités...

 

 

La terre étreinte – le ciel embrassé...

Des chemins de connaissance – parsemés (plus ou moins) de visages...

Des traits – présents depuis toujours...

Des rires et des larmes – presque à chaque pas...

Des yeux – des mains – des ambitions – tournés vers on ne sait quoi...

Tout près de nous – pourtant – le froissement de la matière ; le frémissement de l'invisible ; l'assentiment du silence...