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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Derrière les mots

Août 2024

 

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Allant sans savoir

Septembre 2024

 

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Un œil au cœur de la fable

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Un manteau d'étoiles et de sang

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Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

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Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

26 mai 2022

Carnet n°274 Au jour le jour

Septembre 2021

Parfois – le chemin – d’autres fois – la misère ; la même couleur – la même destination – quoi que l’on en pense – quoi que l’on en dise ; on peut (bien) se moquer – on en sort toujours (plus ou moins) défiguré – métamorphosé – méconnaissable ; sans bouche – sans yeux – la tête comme détraquée – le corps et le cœur plus ardents – la mémoire (substantiellement) effacée…

L’âme qui flotte au vent – effilochée – comme une bannière – une offrande – une prière ; ce qui prolonge le chemin – la misère ; vers un autre possible…

 

 

L’usage permanent de l’usurpation – du mensonge – du déguisement ; le pan à paillettes plutôt que le versant sombre – plutôt que le côté grimaçant…

Que le vent se lève donc et nous fasse tourner sur nous-même(s) – pour que soient exposées – et perceptibles – toutes nos facettes…

Les premiers pas – involontaires (et douloureux – bien sûr) – vers la transparence…

 

 

Ce que nous avons connu – expérimenté ; le fouillis – la vie baroque – mille choses dans la main – les poches pleines d’objets – la tête encombrée et assaillie ; et l’âme inexistante – comme écrasée…

La mort si proche – les yeux ruisselant de larmes ; l’espoir comme un fil auquel nous nous cramponnons (désespérément) ; la seule issue, pensons-nous, dans cette nuit opaque…

Une main sur la corde ; et l’autre levée (très maladroitement) cherchant à saisir des mains hypothétiques – des mains imaginaires peut-être – qui, si elles nous agrippaient, feraient office de redoutables crochets…

 

*

 

Les yeux fermés – dans le noir – la lumière – au-dedans – franchie depuis quelque temps – quelques jours – quelques siècles – qu’importe (en vérité) ; viscéralement détaché du monde et des tourbillons qui emportent ou font couler ; l’eau et la neige qui souligne (et confirme) l’indifférence des visages et la froideur des âmes…

Personne – comme une terre déserte…

Et ces mots – et cette encre – imprimés sur la page – qui prouvent (à peine) que nous avons existé…

Le resserrement de la déchirure et le ciel déployé ; ainsi, sans doute, conviendrait-il de vivre…

 

 

Des signes pesants – l’enchaînement des maladresses ; quelque chose en trop – presque tout – sans doute…

Et, parfois, la légèreté d’une parole – la beauté d’un rythme – une succession de sons – comme une petite musique…

Un peu de lumière – un peu de ciel – près de nous – sur le sol et notre incompréhension…

 

 

Du bruit – encore – des paroles ordinaires – des gestes inconséquents – ce qui ressemble à la vie humaine…

Le monde – cette foule aux doigts aimantés – aux mains comme des grappins – à la bouche avide et grande ouverte – au ventre difforme et mou – qui, comme le reste, cherche à être satisfait

Le monde qui accumule et qui compte – qui s’amuse et se distrait – insensible aux malheurs des arbres – des bêtes – des hommes ; le règne de la vulgarité privée (bien sûr – comme l’on peut s’en douter) de grâce et de poésie…

Quelque chose du rut et de la faim qui, additionnés au rut et à la faim des Autres, finit par constituer une jungle – infâme – sournoise – indifférente – tapageuse – dont le sol, jonché de corps – de choses et de visages – ressemble à un tapis vivant – mouvant – de vivres et de merde autant qu’à un réceptacle à foutre où tout se frotte – s’engrosse – s’engendre – s’enfante – se perpétue…

Des vies avachies – hurlantes – ardentes – pataugeant – au milieu des Autres – dans la boue – la semence et les excréments…

 

 

Quel jour – cette chute – cette mort ; l’effacement de la forme et de la couleur…

Vers le bas – irrémédiablement…

Le pas qui se risque hors du cercle – vraisemblablement un jardin ou une forêt – un lieu d’exil – une périphérie d’où sont exclus les hommes…

Au milieu des bêtes – intimidé – ainsi débute notre séjour…

 

 

Le souci de soi – de l’être – de l’Autre ; l’exigence suprême qu’aucune âme – qu’aucune ombre – ici-bas – ne peut honorer…

Au hasard – dans l’herbe – des visages suffisamment humbles – tournés vers le sol – suffisamment vides – pour servir sciemment d’instruments – d’outils ancillaires…

L’enfance joyeuse – les yeux grands ouverts – la main libre de tout saisissement – ce qui encercle la nuit qui nous entoure…

Le vide en couches successives – indifférent aux paradoxes apparents que pourraient condamner des yeux trop naïfs – des cœurs trop peu expérimentés…

 

 

Lentement – vers nous-même(s) – au-delà du souvenir – au-delà du fantasme…

Davantage qu’un jeu – davantage qu’un chemin…

L’impérieuse nécessité de ce qui doit advenir – de ce qui passe – de ce qui (inexorablement) s’éloigne et disparaît…

Comme condamné(s) à nous rejoindre – quoi qu’il (nous) en coûte…

La vie ordinaire – affranchie de toute gravité – mêlant allégresse et poésie…

Le sens et la valeur de ce qui naît sur ce sol si peu propice aux ascensions…

 

*

 

Le rire et la lumière – le regard franc – l’esprit clair – davantage (on le sent bien) qu’une (simple) compréhension…

Une manière de vivre radieuse et authentique…

Le cœur en avant – très discrètement…

La tête absente – le corps rayonnant…

La joie malgré les tourments – les malheurs et la mort…

La solitude – au-delà du rêve et du monde…

 

 

Aux heures sombres (les plus sombres – sans doute) de l’époque – l’étoffe déchirée – la lumière que l’on épingle – que l’on aimerait s’approprier ; l’inaccessible prolongement de l’âme et du monde…

La main noire sur notre cœur (si) serré…

Et cette entaille dans la chair – dans le temps – comme un tombeau au fond duquel nous serons (tous) enterrés – au fond duquel ne brillera jamais aucun soleil…

 

 

Le bleu murmuré – comme un songe qui se dissipe (lentement)…

Un exercice auquel on se livre pour s’accoutumer à l’infini…

Habituellement – le jour – sans comprendre – derrière la vitre…

Les yeux qui brillent – et dans lesquels subsiste (de toute évidence) un restant de nuit…

L’ambition et les choses – à défaut de silence…

L’essentiel – ainsi – jamais pénétré ; pas même effleuré…

Une fenêtre fermée au fond du cœur…

Tant de surface ; et aucune profondeur…

A marche forcée – sur ce chemin – sans élan spontané – à contre-courant du mouvement naturel…

Des courbes qui brûlent ; et des flammes qui s’éteignent à notre passage…

 

 

Ce que l’on offre au monde – à l’Autre – pour tenter de donner du sens à ce que nous vivons…

Rien pour désigner le geste – le rêve – les mots qui qualifient l’offrande – la vérité ou le mensonge…

Une idée et un acte – supplémentaires – qui ne changeront aucun destin…

Du temps qui semble (seulement) s’écouler ; des vies qui semblent (seulement) passer ; et des naissances et des morts en pagaille…

Des séjours sans la moindre largesse – sans la moindre charité – sans le moindre désintéressement…

Ce que nous donnons – en vérité – nous le reprenons de mille manières…

Et, au bout du compte, nous quittons ce monde en devant davantage que l’on nous doit…

 

 

A même le sol – le sable – la tête penchée – le rire au hasard des histoires…

Quelques riens pour nous détourner de l’angoisse – de l’idée de la mort…

Des existences atrocement ordinaires…

Des choses à faire – à dire – à achever (sans doute) – comme si nous étions (décemment) capables de venir à bout des choses…

Nous – nous donnant le courage et l’illusion (pour presque tout)…

Une manière de vivre – d’être là – en apparence…

 

 

Ce qu’il reste d’avant – d’autres mondes – des bouts de terre et des bouts de ciel – éparpillés sur l’ensemble du territoire…

Une enfance tardive et paresseuse qui s’étire jusqu’à l’inertie – la tête dans un trou ; et le peu de force utilisée à des fadaises – à des niaiseries…

Comme nos pères – comme tous nos aïeux – on prolonge l’étrange nuit qui nous enveloppe – qui nous dessaisit de toute possibilité de voyage…

 

*

 

En silence – encore – sur la neige blanche – intérieure – devant la vitre du monde ; et derrière, on devine des bruits – des mouvements – des silhouettes – une sorte d’effervescence – comme un vague air de fête…

Et nous – seul – étincelant – le sourire aux lèvres – les joues rouges – chaudes – ruisselantes de larmes – entre joie et tendresse ; d'une extrême sensibilité…

Sur notre chemin – personne – aucune trace ; il neige encore – sans doute neigera-t-il toujours…

 

 

Tout assaille l’esprit – la chair ; le monde fiévreux – la parole (insensée) – l’inconséquence – la multitude – cet infini (si) mal incarné…

La poésie – comme un alcool – un antidote – une forme de vertige – d’évanouissement – pour supporter (tant bien que mal) la douleur d’être parmi les Autres…

Et le vide qui tarde à s’inviter…

 

 

Un feu nous détournerait, sans doute, des reflets du monde – des murs qui nous enserrent – du ciel si bas qui nous étouffe – des ombres, partout, qui dansent pour oublier leur misère – leur détresse – pour faire comme si la fête et la joie étaient naturelles et exemplaires…

Sous nos pieds – le bûcher ; et dans notre poitrine – des sanglots…

L’humanité-miroir ; et cette main immense – et inconnue – qui tient la torche – le flambeau…

 

 

Passant – de plus en plus simplement…

Comme un sourire (un peu naïf) qui s’attarde longuement et qui, un jour, face au monde, s’efface brusquement…

Ni moue – ni réaction – comme une conséquence directe et naturelle…

Sans volonté – sans arrière-pensée…

Ce qui va – ce qui vient – qu’importe l’état du monde et l’état de l’âme…

Au-dedans – au-dehors – une familiarité croissante – (considérablement) accrue – avec l’inconsistance et le provisoire – avec la probité et l’abandon ; le début, peut-être, d’une lumière authentique…

 

 

Nous – nous éloignant, peu à peu, du monde – de tous les Autres – ces frères dont nous ne partageons que l’apparence ; ni le cœur – ni l’esprit…

Comme des étrangers – sur ces terres communes…

Blessé – tressaillant – rebuté – par cette barbarie aux traits civilisés

 

 

Entre la fuite et la disparition – nous effaçant alors que tout (autour de nous) se dresse – s’érige – se développe – se déploie…

La seule issue dans cette prolifération – à moins de s’armer davantage – de s’exercer à la lutte et à la brutalité – de revendiquer son territoire – et de le conquérir par la violence et la force…

Nulle place – en ce monde agonistique – pour les âmes (un peu) différentes – (un peu) plus sensibles – (un peu) moins rustres et bestiales…

 

 

Deux visages – dans le jour ; l’un riant – sur le point de toucher le ciel – l’autre grimaçant – sur le point de succomber…

En nous – tous les penchants du rêve ; l’esprit intranquille et crépusculaire – et les mains occupées – sans inquiétude…

L’espace et le temps – illimités – dont nul ne se souvient en vivant…

A chaque geste quotidien – l’angoisse et la crainte de la réprobation ; la psyché (très) immature – (très) enfantine – comme si les Autres existaient vraiment – comme s’ils avaient le moindre pouvoir sur notre vie…

Soumis à une sorte de diktat invisible qui creuse la blessure – la fracture – l’abîme qui sépare nos deux visages – les deux figures du monde…

A l’échelle individuelle – à l’échelle collective – à l’échelle cosmique – les mêmes paysages et les mêmes antagonismes…

 

*

 

Cet égarement du monde – dirigé comme un rêve sur un champ de bataille…

Et ça tournoie – emportant tout sur son passage…

Et ça gicle – et ça ruisselle – sauf la lumière – dans l’obscurité…

Ici-bas – sans alternative – sans même l’espoir d’une autre terre – d’un autre ciel…

 

 

Seul – dans le vide – dans ce décor animé – vivant…

Sur les cimes de la terre – sous les étoiles ; des fleurs – des livres – des arbres et des papillons…

Et mille oiseaux aux chants indéchiffrables…

L’esprit convié à toutes les intimités…

Un peu de neige – un peu de vent ; et voilà l’abîme rehaussé jusqu’aux crêtes – redevenant, soudain, habitable…

 

 

La présence – le geste – le pas – la poésie…

Mille manières de colorier le noir – d’éclaircir la brume – de dissiper les nuages et tous les écrans de fumée – d’égayer les âmes – de guérir les corps – de libérer l’esprit…

Le monde – comme des millénaires plus tôt ; avec des voyageurs silencieux et inépuisables ; et des marches jusqu’à la fin des temps…

En désordre – des mots et des métamorphoses…

Ce que dessine la route empruntée…

Le soleil à la lisière des heures qui passent – au seuil de tous les possibles…

Des élans naturels – sans volonté – sans triomphe – sans conquête…

La lumière – de bout en bout…

Et mille couleurs sur la planche – au-dehors – au-dedans – mélangé(e)s…

Sans doute – la plus belle manière de vivre – d’honorer le mystère – de célébrer le monde et la multitude ; d’accueillir toutes les figures de l’Existant…

 

 

De la houle au plus haut du ciel ; quelque chose comme un rempart – un obstacle vivant ; quelque chose de mouvant – qui se dresse – qui empêche – qui s’arc-boute – qui se contracte…

Le même jeu et le même refus qu’en bas – en ce monde où nous nous croyons prisonniers – sur cette terre où nous nous imaginons condamnés à la réclusion [à (presque) perpétuité]…

Partout – la même nature des choses et la même nature du monde ; en tous lieux – parfaitement identiques ; et (bien sûr) une seule liberté possible – à l’intérieur – affranchie des états – des circonstances – des endroits où nous vivons – vécue de manière (strictement) impersonnelle…

 

 

Le pas et le soleil – voyageurs – d’un bout à l’autre du monde ; chacun sur son orbe (où l’on croise l’autre autant de fois que possible)…

Ni début – ni fin – ni départ – ni arrivée ; le cours immuable des choses ; cette obéissance aux impératifs naturels…

Et, au cœur de ces mouvements – une interrogation – mille interrogations – l’esprit qui se questionne…

Les yeux qui cherchent – l’âme qui explore – les mains qui fouillent ; et, peu à peu, un espace, en nous, se creuse pour accroître le vide – accueillir la matière – et toutes les choses invisibles – nécessaires – autant que cette présence qui existe déjà au-dedans et qui cherche à se déployer pleinement – jusqu’au-dehors – à travers nous tous qui cheminons vers le jour – l'Amour – la lumière – la vérité…

 

 

Dans le jour – mille fois – repris – spolié – incendié – anéanti (en apparence) – comme le prolongement de la blessure – de l’atrocité…

L’enfance tombée à l’eau – et que l’on essaie de noyer en brandissant – partout – notre figure de sauveur…

L’une des pires facettes de l’humanité ; ce qui terrifie les âmes et le monde…

 

*

 

La pleine saison des signes – et après ? Que deviendra le temps ? A quelle lumière les lèvres s’abreuveront-elles ? A quelles nécessités devrons-nous répondre…

Et la même couleur – au loin – sans que personne ne sache (réellement) ce qu’elle annonce…

Le rien et l’incertitude triomphantes ; notre vie qui, peu à peu, glisse vers le plus parfait inconnu…

 

 

La main – déjà – sur l’horizon invisible…

Du bleu et de l’intimité – des feuilles (en pagaille) sur la pierre – dans le désordre des voix – au fil des nécessités de l’âme – toutes les expressions de la matière et de l’immensité conviées à se coucher sans effort – le plus naturellement du monde ; l’encre comme une sorte de prolongement – un plongeon dans l’ineffable…

La poésie du ciel et de la multitude ; comme un peu de neige – un peu de fraîcheur – au cœur de l'ordinaire…

 

 

La célébration de la proximité…

La distance appropriée pour recoudre les déchirures…

Ce qui nous blesse jusqu’à ce qu’on le touche – qu’on parvienne à le toucher – jusqu’à ce qu’il devienne familier – une part de nous-même(s)…

Des choses – des visages – comme des points – des taches – éparpillées – lointaines – incompréhensibles (si souvent) – et hostiles même parfois…

La chair aussi peureuse (et maladroite) que l’âme…

Le monde soulevé – pourtant – d’un seul battement de cil ; un rai de lumière – et nous voilà projeté(s) (sans le moindre consentement) sur une terre inconnue – sur une paroi quasi verticale…

Puis, un jour (longtemps après quelques fois) – le visage vivant des pierres qui s’avance vers le nôtre – notre sang et la sève des arbres qui, peu à peu, se mélangent – la tête décapitée – jetée on ne sait où – emportée (sans doute) par le grand rêve du monde – aux côtés de Dieu – des bêtes – du langage – soulevé(s) par la main ou suspendu(s) aux lèvres – d’un plus grand que nous…

 

 

La langue désirante – les mots comme une soif – un élan – une danse…

Un ressac – sans la force de retenir…

La pleine mer – l’immensité – là où l’on est…

Au-delà de toute croyance…

Une manière de laisser s’approcher ce qui s’invite – sans résistance…

Le monde – vers nous – la main tendue…

La parole – comme une forme d’Amour – un geste pour guérir – pour chérir – pour embrasser – rendre plus tangible (et plus familière) l’intimité…

L’être – au fond de l’âme – au fond des choses – vibrant – ému – par toutes ces tentatives…

 

 

Dieu – sur la pierre – à nos côtés – apprenant avec nous – à travers nous – se laissant recevoir et se laissant abandonner…

Ignoré – l’essentiel du temps – participant, d’une égale manière, aux jeux et au silence…

 

 

Le monde – à grand fracas ; des rires – du feu – des guerres…

Quelque chose qui s’impose – qui s’abat…

Qu’importe les recours et l’imaginaire – qu’importe la forme et la couleur des figures ; peu à peu – la fracture – la fatigue – le désordre…

Le rêve et la lumière – contraints de s’éloigner…

L’œuvre vivante – réalisée – détruite – puis, réinventée…

Le regard ici – et les yeux plus loin – sur ce qui pourrait être – sur ce qui pourrait arriver…

Le monde d’après le monde ; à la fois l’extinction de l’humanité et l’homme sauvé…

Dieu – au fond de l’âme – au cœur de l’être – apparaissant…

 

*

 

Faiblissant – à mesure que l’origine s’éloigne – que le chemin s’allonge – que la vie s’opacifie…

Comme des obstacles devant la lumière…

Le voyage découpé en tranches ; et le ciel divisé en zones et en portions – plus ou moins lointaines – plus ou moins accessibles…

Le rêve d’une issue – au milieu des tourments ; une manière, sans doute, de supporter les malheurs…

De jour en jour – sans réponse – jusqu’à la mort ; la marche saccadée – le pas cadencé – la solution qui se dilue – qui se disperse – dans les gestes – le quotidien – sous les pas – à mesure de nos (prétendues) avancées…

 

 

Au hasard du vide – des existences – un peu de neige – un peu d’enfance…

Le monde – des mondes – entre la fable et l’absence – des apparences et des possibilités…

Des âmes à délivrer et des mains dans la pesanteur…

De la matière et du temps ; et de la douleur (bien sûr – comment l’éviter)…

Toute une architecture – à (très) grands traits…

Puis, la nécessité et mille manières de vivre – d’exister – de cheminer – au cœur de l’œuvre vivante – mille manières de rejoindre la matrice et l’envergure – mille manières d’être et d’embrasser tous les mouvements et le point d’immobilité…

 

 

La vie – encore – le ciel – le monde bâtisseur – la seule espérance des mains besogneuses – des cœurs ignorants…

Des lieux de regain et des lieux d’éloignement – comme s’il était possible de vivre en exil – séparé(s) du reste et du sens de la naissance – oublieux du chemin – du voyage – du va-et-vient entre l’origine et la multitude ; éloigné(s) de l’essentiel – comme des étrangers – si peu vivant(s) – en somme – comme si nos vies comptaient pour (presque) rien…

 

 

Le monde – la désespérance – et rien d’autre…

Des destins brûlés – des portes fermées…

Et personne pour exprimer la douleur et l’ignominie…

Inutiles – impuissants – comme si nos gestes – comme si nos vies – ne pouvaient refléter la lumière…

Ecrasé(s) entre le ciel noir et les ténèbres…

 

 

Un nom – sans trop y croire – que l’on tait la plupart du temps – simple outil de différenciation…

Un bruit – un son que prononce, parfois, la bouche de quelques-uns…

Inexistant – totalement superflu – au cœur de la nature – au cœur de la solitude…

Rien qu’un regard – des gestes – des pas – une présence au milieu des Autres – un infime fragment de monde collé – superposé – entremêlé – à tous les autres…

Un rôle – une fonction – des rôles – des fonctions – peut-être – infiniment provisoires…

Ce que produit l’instant – ce qui a lieu – dans cette chaîne sans fin d'événements (simultanés et successifs) ; un point vibrant dans la trame vivante du réseau…

Un voyage interminable – en soi – au cœur de l’ensemble…

Tout – de manière concomitante…

Qu’importe alors les réticences – les désirs – les émotions ; la peur – l’inquiétude – la tristesse ; un grand corps vide dans l’espace – les ailes d’un ciel immense et immobile…

 

*

 

Sous le ciel – à peu près n’importe quoi – assez égal – à peu près la même chose…

Ni socle – ni espérance – ce qui advient – aussi vide que possible – qu’importe ce qui nous traverse – ce que cela suscite en nous…

Le même passage – plus ou moins long – vers l’effacement et l’évaporation…

L’indéfectible souveraineté du vide ; et le règne (bien sûr) du provisoire…

 

 

La lumière vivante – au seuil limite de l’entendable…

Comme un bruit de pas dans la neige – l’ombre minuscule de l’infini dans la nuit noire…

Le premier jour de l’enfance ; les premières heures du rêve et du monde…

Quelque part – entre deux colonnes – la raison et la mémoire…

La chair et la psyché – (si) peu adaptées à l’hécatombe…

Un chemin de larmes – sur les pierres – où chacun piétine les fleurs qui poussent dans les interstices…

 

 

Sur l’autre rive – dans l’entre-rêve – à quelques pas – des eaux ruisselantes ; et lancés au hasard (presque au hasard) – des dés – des flèches – des pierres…

Des drames – le plus souvent – comme l’événement le plus commun…

Des bouts de ciel noir qui tombent sur toutes les têtes…

Et, de temps en temps, un miracle – un coup de pouce du sort – un peu de liberté – un fragment de destin qui échappe à la tristesse et à la gravité…

L’infini et l’horizon soudain perceptibles – comme une ouverture – un élargissement – avant que les yeux et les âmes ne retombent au fond de l’abîme – avant qu’ils ne retrouvent le tumulte des déferlantes souterraines…

 

 

A quelques pas – à portée de geste – de l’origine…

Le chemin qui se resserre : l’horizon de plus en plus fugace – transparent – presque inexistant…

Sur la route où l’on se rencontre – une piste déserte (en vérité) où les pertes s’engrangent – où la tête et les poches se vident – où l’on arrive nu et démuni – l’âme essorée – au premier seuil de l’étendue…

Un peu perdu – il va sans dire ; et plus que humble – sans la moindre certitude…

A peine – sans doute – le début du voyage (s’il en est un) – ou, du moins, une étape (une simple étape) dans la longue course nécessaire pour se rejoindre – retrouver cette intimité perdue – oubliée – avec soi (et tout le reste)…

 

 

En un instant – ce qui se décide – ce qui s’impose – des virages – le destin du monde…

Des indices et des empreintes – absolument inutiles…

Le mystère sur parole ; et la vie en gage ; rien que des promesses et des apparences inconséquentes – si éloigné(e)s du réel – de ce que les hommes (parfois) apparentent à la vérité…

Une autre part – un infime versant – de cette dimension perceptible par les yeux et le cœur humains…

 

 

Une clé – dans la main – fragmentée…

L’Absolu qui nous regarde – qui se laisse contempler – et, parfois même, approcher…

La terre et la poitrine de l’homme qui grondent et qui tremblent…

Le soubassement de toutes les choses terrestres – anodines et essentielles ; la figure du jour et du monde…

Dans la même veine – et le même temps ; notre affranchissement et notre crucifixion…

 

 

La nuit – encore – sans défi – sans proposition…

Un saut dans l’écoute – le monde – le bruit – la terre, au loin, frémissante…

Une réponse – peut-être…

Une manière d’entrer en relation avec les choses…

Le cœur auquel on confie tous ses secrets – comme un envol – un effacement…

L’Amour – la guérison…

 

 

Plus que l’espérance – bien en deçà…

Penché sur soi – les lèvres murmurantes…

A tourner les pages – sans le moindre souvenir…

Un jour après l’autre – l’instant d’après sans le miroitement du voyage…

Le sourire – au-dedans de l’âme – comme une joie vécue depuis l’immensité…

Le ciel intérieur – la tranquillité – au milieu de l’effervescence et du désordre…

 

 

Sans cesse – face au miroir – la multitude à sa fenêtre – la clarté et l’opacité de ce qui existe…

Le prolongement du geste originel – le lieu où tout a été enfanté…

Le fruit – à présent – de l’engendrement permanent…

La chair fragile – le cœur battant…

La coexistence continuelle de tous les reflets…

 

 

L’herbe et l’ombre éternelles – au zénith – sacrifiées – crucifiées…

Tout qui se dissipe – le monde-accessoire…

Du bleu et de grands arbres – bien davantage qu’un décor…

L’envol de l’âme au-dessus de la pensée – de plus en plus haut – au fil des saisons qui se succèdent ; l’oubli au cœur – comme réconcilié avec l’inévitable défilé des formes et des couleurs…

 

*

 

Une piste perdue – improvisée – pente ou montée – qu’importe – une aire de non-repos – un lieu d’envol et de plongeon – le socle de soi peut-être – là où nul ne peut plus rien pour nous – là où les fables et la parole deviennent inutiles – autant que les masques et les mensonges…

Sans appartenance – l’inconnu…

La lumière scindée en deux – tantôt sombre – tantôt scintillante – sur les versants opposés du monde…

 

 

La hauteur fragmentée – l’Absolu en terrasse, soudain, descendu – et éparpillé…

Un ruissellement – des bosses et des anfractuosités…

De la couleur du ciel – selon l’œil – la posture – la perspective…

Le cœur ouvert – les yeux et les mains qui s’attardent sur toutes les transformations…

Peine perdue – de toutes parts – le feu qui se presse – le vide encerclé par lui-même – comme s’il fallait rejoindre les choses – et les choses, la poussière – comme si nous étions immanquablement promis à ce destin ; de simples tourbillons dans le vent…

Et peut-être – la seule condition pour goûter cette précieuse intimité avec le monde…

 

 

Le jour à découvert – le vent qui court – les âmes qui suivent et les âmes emportées…

Les choses qui dansent dans l’espace ; l’espace qui se prend au jeu et qui se met à batifoler avec les choses – à s’amuser avec lui-même…

Sur cette colline (presque une montagne) – tout ce bleu à offrir et à respirer…

L’Amour qui remonte sa propre source…

La lumière constante – sans le moindre point de fuite…

Et l’encre – cette encre quotidienne – douce ou abrupte selon les jours – simple (et vertigineux) instrument de l’immensité – du ciel et du silence – qui se répand en taches de joie sur l’âme et sur la page…

 

 

Toutes ces mains autour du cou du monde – comme une funeste étreinte…

Et la figure de l’être – non désirante…

Une appropriation peut-être – une appropriation sûrement…

A essayer de soustraire les leurres de tous les yeux – de défaire les paumes de leur prise et les âmes de leur emprise – de desserrer tous les liens – de déjouer les lois de la faim et de la gravité…

Notre lot d’efforts – de peines – de désillusions ; le sort commun des bêtes et des hommes…

Sans aucune échappatoire – ce qu’il nous faut affronter…

 

 

Les yeux – les lèvres – le langage – délaissés…

Tous les désirs abandonnés – comme un feu – quelques flammes – au milieu d’un territoire gigantesque et grandissant…

La main – et une partie du monde – coupées de cette forme d’aimantation naturelle et ancestrale…

La psyché – autrefois si capricieuse – en désordre – à présent…

Le cœur en manque – comme désenclavé – perclus de craintes – avant de retrouver son état antérieur…

Face à la lumière – le monde…

Le souffle et le sang qui circulent – et qui, si souvent, débordent…

L’âme détournée de ses élans…

Nous – immergé(s) – et surnageant dans le rouge et le vent – la tête dépassant – inclinée – comme une offrande qui émerge (vaguement) de la matière – de la foule – du magma – surprise et engourdie – encore engluée dans la nuit poisseuse…

Notre vie – comme une perte – la possibilité d’une découverte…

L’Amour nous saisissant en plein jour – entre le sommeil et la mort…

 

*

 

Autour de nous – des visages – le temps – mille choses qui se précipitent…

En nous – quelque chose à l’abri du monde – à l’abri de tout ce qui passe…

L’espace gris et saturé – le visage de la terre le plus familier…

Des images et des fragments colorés par tous les rêves – par les songes enjoliveurs des hommes – comme pour essayer de cacher l’atroce (et triste) réalité…

Le seul éblouissement ; la vérité – à l’intérieur…

 

 

A tout instant – la possibilité du chemin…

La fièvre qui, en un éclair, peut percer l’épaisseur et l’inertie…

La mémoire – comme les oiseaux – capable de s’envoler…

Droit devant – sur un ou deux pas – puis, en zigzag – des détours et des circonvolutions – une suite de virages et de surprises – une longue série de transformations – puis, un jour, plus ni trace – ni sente ; la vie – la route – le monde – qui, à chaque instant – s'effacent et se réinventent – s'effacent et se réinventent – inlassablement…

Le soleil et l’inconnu – la joie de l’incertitude – la confiance qu’aucune épreuve ne peut anéantir…

Des foulées légères sur les pierres blanches – qu’importe la couleur du ciel et la nature des circonstances…

Le Divin – partout – descendu…

 

 

Pas même une butte à gravir – des ailes au-dessus du monde – la terre survolée…

Le franchissement (de plus en plus aisé) des obstacles – des fossés…

Là où l’on passe – la route qui s’invente – les pas – le chemin – l’appel et l’envol – qui se dessinent…

L’homme – l’image de l’homme – si bas – si étranges – si loin – à présent …

 

 

Les arbres – le monde – le jour – gravis (très souvent) à mains nues…

L’épreuve du temps qui passe – des défis relevés…

Ce que l’on engrange par l’étroit passage ; mille choses qui passent – elles aussi…

L’essentiel de notre parole – inentendu – gravé à même la pierre ; et toutes nos feuilles, sans doute, superflues…

La roche et le ciel – comme si être en vie suffisait…

 

 

Notre voix – au creux d’un arbre séculaire…

Du bois – un chant ; et cette résonance en tous les lieux naturels et intérieurs…

Le ciel si proche – sans confusion possible – sans mensonge éhonté…

Ce qui affleure à travers l’authenticité du ton et du contenu…

Ce qui existait déjà avant soi…

L’éternité sans doute – l’éternité peut-être…

 

 

Le mystère si profondément enfoui – le miracle dispersé au cœur de toutes les strates de la matière – au cœur de toutes les dimensions du réel – le tangible et l’invisible…

Et nous – cherchant maladroitement la clé et l’évidence dans l’amassement des signes et des choses – mille symboles – mille usages…

Les mains sur les yeux ; comme plongé(s) dans ce (funeste) fourvoiement ; assistant au défilé (permanent) des images que nous prenons pour des bouts de monde – des trésors – des fragments de vérité…

Et cet espace – en soi – (plus ou moins) dissimulé – (plus ou moins) obstrué – (plus ou moins) accessible  ; le lieu de la compréhension et des retrouvailles…

Mille mondes – au-dedans – au cœur même de ce monde…

Diantre ! Si l’on pouvait voir (ou même imaginer) les dimensions – multiples et unifiées – mystérieuses et miraculeuses – de ce que l’on appelle la réalité…

 

*

 

Quelque chose de blanc – avec des ailes…

Les yeux ouverts – face au monde…

Au milieu des ronces et des sanglots…

Personne sur la pierre – seulement des pas qui vont et qui viennent ; une forme d’effervescence irrépressible au cœur d’un périmètre étroit – infranchissable…

Des frontières – des pierres – des murs – des ruines…

Le noir – le plus visible ; et l’effritement (inévitable)…

Et le reste – notre visage – coincés entre la peur et l’égarement ; comme un (triste et misérable) résidu d’innocence…

Le règne – partout – de l’évanescence…

Le monde, sans cesse, sur le point de s’effacer…

 

 

Au cœur de nos vies – le mystère à décrypter – inexistant – périphérique – superflu – pour la plupart des hommes ; et absolument vital – central – absolument essentiel – chez quelques-uns (assez rares)…

Un chemin – un voyage – pour tenter de comprendre – de déconstruire le monde – et de bâtir, à la place, un temple – pour transformer tous les lieux – et toutes les choses – en une expression du plus sacré…

L’effacement plutôt que la jouissance…

La solitude plutôt que la foule…

L’intimité plutôt que l’éparpillement…

Le geste quotidien plutôt que la distraction…

Notre existence – comme la réponse (l’impérative réponse) à un appel…

 

 

Le plus sauvage – en nous – enserré et silencieux…

Au bord du rêve – du désarroi – cette tristesse profonde – commune – collective ; cette ignorance privée de lumière…

Si près du bleu – pourtant – malgré l’horizon – les fleurs et la liberté – bafouées – piétinées – le monde à l’envers qui marche sur la tête au cœur d’un immense désert – d’un souterrain labyrinthique – artificiellement transformé en oasis – en terre de possibilités ; et toute une armée œuvrant à la construction du déguisement – de l’opacification – du mensonge…

Et nous – essayant (humblement et de manière assez vaine – sans doute) de nous dessiller les yeux – d’opérer un éclaircissement suffisant pour nous affranchir du noir et de la détention – pour percevoir le réel tel qu’il est – sans les filtres humains additionnels…

 

 

Une voie à mi-hauteur – assaillie par la foule – (en partie) obstruée par l’enchevêtrement du regard et de la pensée…

Mains derrière le dos – la foulée précise et régulière – mécanique…

Les yeux aimantés par l’horizon – la promesse des hommes – comme l’ultime recours pour échapper à la souffrance du monde…

Un chemin – une issue – trop fortement programmé(e)…

La nuit collective qui se prolonge – et qui se prolongera tant qu’aucune place ne sera accordée à la spontanéité – au hasard – à l’incertitude – à l’inconnu…

Une zone trop étroite pour libérer la marche – affranchir les cœurs – offrir aux âmes et aux sandales un réel espace de liberté…

 

 

De toutes parts – la pensée – les têtes qui débattent et se débattent…

La tournure du monde – vers l’abstraction…

Des zones d’ombre apparemment éclairées…

Des études – des confidences – des révélations…

Puis, la lente agonie du langage au profit de l’image – de la représentation…

L’empire grandissant de ce qui se voit – de ce qui se montre…

L’envahissement de tous les espaces…

Tous les instruments déployés pour inciter – influencer – persuader – faire rêver…

Et (bien sûr) le refus sous-jacent du réel – de ce qui est…

L’espoir et le temps glorifiés…

Au bord de l’abîme – au bord du néant – tant le vide est saturé – tant le bavardage et les commentaires ont remplacé le regard et la possibilité du silence…

Une brève (et tragique) histoire du monde (contemporain) ; le cours implacable du temps – au fond, peut-être – quelque chose de naturel – de nécessaire – de réjouissant ; une étape indispensable – ni plus ni moins – dans cette longue marche vers la lumière…

 

*

 

La vie – le vent – inattentifs – inattentionnés – furtifs – offerts – au fond mystérieux…

Et l’âme comme une étoffe précieuse déchirée…

Le souvenir (un peu nébuleux) d’un âge d’or indéfini…

Des gestes – des pas – dans le noir…

Ce qui cherche la perfection – ce qui cherche à recommencer…

Des brisures – une continuité…

Chaque chose – chaque visage – et des ombres innombrables – comme s’il existait plusieurs sources lumineuses…

Le monde – au-dedans – au-dehors – des lieux à découvrir – à explorer – à définir ; mille expériences à éprouver…

 

 

Le commencement du même rêve – à chaque fois – entrecoupé…

La nuit – au milieu des étoiles…

Ce qui respire – sans bruit – à peine vivant – presque immobile…

Le poids de la terre dans le corps…

Et ces ailes immenses qui tardent à pousser…

De l’espace – à l’étroit – trop encombré…

Et l’air – et le vent – et des fenêtres à créer…

 

 

Au cours de l’enfance – des visages blessés – des fugues – quelque chose de la douleur – de la fuite – du refus…

Une réticence – des résistances – à vivre là – à être né(s) ici – comme si nous étions fait(s) pour des lieux moins arides – moins grossiers – moins violents – où l’or se cherche – se découvre et se porte – au-dedans – où règnent naturellement – quotidiennement – au cœur du monde – au cœur de l’âme – le silence, l’Amour et la lumière – où chaque geste porte en lui la gratitude – le respect et la tendresse – où chaque parcelle d’espace et de matière est considérée comme l’expression du plus sacré – du plus que Divin ; un monde – des âmes – infiniment plus sensibles – plus proches du cœur et de l’esprit que du rêve et des instincts…

 

 

A la dérive – face au mystère – face aux énigmes de l’être – de l’âme – du monde ; nos petits jeux sournois – nos manières grossières – nos ambitions (si) prosaïques…

A quelques nuances près – le même langage que les bêtes – et cette peur inscrite sur tous les visages – l’esprit et les mains crispés sur les choses alentour – sur les choses au-dedans…

L’appropriation – le conservatisme et l’inertie ; rien qui ne puisse tendre vers la nudité – l’affranchissement – l’autonomie…

L’humanité des pas infimes – l’humanité des cercles étroits ; l’ancien monde – de toute évidence – la vieille humanité (si proche des origines)…

La nuit folle qui a tout imprégné…

 

 

La solitude – comme une délivrance…

Un corps à corps avec le silence…

Une plongée dans le merveilleux…

L’exploration d’un espace – sans cesse changeant…

Toutes les figures de l’être penchées sur elles-mêmes…

Nous – peu à peu – nous découvrant (de manière plus ou moins exhaustive)…

 

 

Sur la pierre – des ruines – l’exil – le néant autour de soi – et ce cri – et cette crainte – qui se prolongent depuis le premier instant de notre naissance – cette étrange (et incroyable) mise au monde…

Les yeux fermés – le cœur cadenassé – comme pour s’épargner la vision du monde – des Autres – du temps – de l’enfer ; les mains sur les oreilles – la tête baissée – rentrée dans les épaules – le corps roulé en boule – recroquevillé – à peine respirant – à peine vivant – au milieu de la multitude qui peuple les rives de la terre…

Des bêtes grouillantes et affamées – dos à dos – les unes sur les autres – comme un corps massif et monstrueux qui mêle (presque) sans distinction toutes les formes et toutes les couleurs – les morts et les vivants – en une surprenante (et redoutable) miscellanée…

 

 

La terre aimante – ce qui bouge – au loin – mystérieusement attiré – comme envoûté – mu par le manque et le besoin de tendresse ; le monde entier – en vérité…

 

Des caresses et des bras accueillants – comme une fête – une promesse de félicité – pour l'âme – pour la chair – pour la peau…

Le Divin – la terre de l’enfance – pour l’esprit ; ce à quoi il est (presque) impossible de résister…

 

 

La paix détournée du feu pour d’apparentes (et obscures) raisons…

L’excès et la crainte, sans doute, de la consumation et du néant – une vie au cœur d’un océan de cendre – ce que l’on voudrait s’épargner…

Plus rarement – presque jamais – la perception de l’immensité nue – vide – entièrement – accueillante ; et le geste potentiel comme un prolongement de l’étendue – au cœur des flammes vives – la possibilité de mouvements porteurs de lumière…

Le feu et la paix – l’Amour et l’intensité – ainsi (possiblement) réunis…

 

 

Ni église – ni autorité…

Ni temple – ni peuple…

Pas la moindre communauté sinon, peut-être, Dieu – la grande appartenance

Seul – au milieu de personne…

Quelques rires – quelques gestes – quelques riens – en guise d’existence…

Des ombres et de la nuit ; nos profondeurs et nos alentours accueillis – acceptés et assumés – au même titre que le reste et la lumière…

La même fête – de l’aube au crépuscule ; et du crépuscule à l’aube – le silence et l’effacement triomphants ; nos défaites successives (royalement) couronnées…

L’espace – l’Amour et la lumière ; l’indistinction et l’intermittence – puis, le recommencement de tout – à chaque fois – à chaque étape…

Nous tous – singuliers – solitaires – inexistants – réunis…

De l’invisible et de la matière ; bien davantage (bien sûr) que le monde entier…

 

 

Le rêve – encore – comme la seule ritournelle possible…

Ni instinct – ni pensée – le pur imaginaire – comme le prolongement (apparemment naturel) du sommeil…

Les yeux ouverts – les yeux fermés – qu’importe le jour – qu’importe la nuit…

Le règne de la paresse et de la facilité…

 

 

Le monde – de la couleur du verbe…

Un brusque basculement vers la lumière…

Quelque chose d’impénétrable ; et nous devant – atermoyant – lançant les dés et des oracles – consultant des livres et, parfois même, des prêtres pour connaître la hauteur des flammes – l’ampleur de l’incendie – notre degré de responsabilité dans le désastre – notre devenir et les conséquences de la catastrophe en cours…

Bouche bée – en quelque sorte – face aux révolutions terrestres et langagières – face à l’évolution constante du réel et de la parole…

 

 

Face à la nuit – l’expérience de la beauté – la tendresse du geste – l’intelligence du regard…

L’Amour et la lumière – seuls remparts (véritables) contre l’ignorance ; seules réponses possibles à la bêtise et à l’ignominie…

Le monde – partagé en parts…

Les uns rampant – les autres debout – en déséquilibre – sur la balance…

La poitrine chevauchée par l’essoufflement ; et la folie qui sépare…

L’abîme et l’engloutissement pour la plupart – et chez quelques-uns (assez rares) l’enfance vulnérable – digne et rehaussée – garante d’une vérité ancestrale – d’une vérité première – éternelle – peut-être ; le faîte (si peu fréquenté) du monde – du vivant – de l’humanité…

 

*

 

Le long de l’abîme – à pas apeurés…

Pas même un chemin – une sente de sève et de ciel – sans aube – sans étoile…

Des feux – des fleurs – tous nos reflets dans le miroir…

Le monde tel qu’il est – jamais enjolivé…

L’âme telle qu’on la trouve – tantôt radieuse – tantôt rugueuse – tantôt foisonnante – tantôt démunie…

Notre part de tristesse et de joie ; et toutes les émotions sur le nuancier…

Notre contribution singulière (et inévitable) aux rires et aux larmes…

Et ce que l’on peut offrir, peut-être, de plus essentiel – un pas (minuscule) vers la sagesse…

 

 

Ce qui se détache – personne à nos côtés – des virages – la vue empêchée – qui se heurte aux éclats du monde…

La même terre – pourtant – sans adieu – sans mouchoir qui s’agite…

L’Amour sans accolade ; et si collé aux choses – pourtant…

L’intimité pressentie qui, soudain, se réalise ; l’impénétrable qui s’ouvre ; l’inaccessible qui se laisse approcher – effleurer – traverser…

Le ciel qui s’offre – au-dedans – sans rien dire – plus que silencieux – autant que nous – les lèvres sèches – la poitrine (époustouflée) qui se gonfle de sanglots et de joie ; tout entremêlé – sur le même rivage ; l’Amour – la lumière – la poésie…

Touché en plein cœur par l’espace – le monde – la tendresse – les choses – la nuit – la beauté – à l’intérieur…

Et tout – avec le même visage ; nous – nous épanchant – nous recevant ; l’hôte accueilli et accueillant ; nous-même(s) en toutes ces parts visibles – invisibles – (incroyablement) sacrées…

 

 

Le monde – au cœur du rêve – comme une peau fripée – un corps exsangue – exténué…

Et serrés l’un contre l’autre – Dieu et le Diable – main dans la main – heureux de leur œuvre commune – fragile et provisoire – s’amusant de nos jeux – de nos élans – de nos tentatives – chacun encourageant (à sa façon) l’enfance terrée au fond de l’âme qui cherche à éclore…

 

 

Le bleu qui rampe – qui comble tous les interstices…

La lumière et le ciel – dans nos têtes – bousculés – devenant ce que nul n’aurait pu imaginer…

Le chevauchement de l’ignorance et de la cécité – qui a conduit la vie – le monde – les hommes – à se fourvoyer – à s’éloigner (insidieusement) de la vérité – à devenir des armes qui se retournent contre elles – qui déciment toutes les têtes sans distinction – qui éradiquent ceux qu’elles étaient censées éliminer autant que ceux qu’elles étaient censées protéger…

La vie sacrificielle – malgré nous – malgré tout…

La nuit – ici (bien plus qu’ailleurs)…

Nos fronts et nos mains ensorcelés…

 

 

Des adieux en nombre – incessants…

Des fleurs – des têtes nouvelles – des âmes en partance – des âmes en transit – des corps lourds – des esprits crédules ; la foule qui va – qui vient – qui chemine…

Le même fil – de bout en bout…

Des esquisses – des ébauches – des éloignements…

La respiration cosmique du grand corps – à travers nos apparitions et nos effacements – à travers tous les chemins que nous dessinons (à notre insu)…

Un seul rivage – comme fragmenté – et qui forme une sorte d’archipel ; avec un pied ici – le cœur ailleurs – et la tête, un peu plus loin – l’âme à la hauteur d’un ciel indéfiniment redessiné par une grande main invisible – inconnue – indistincte (composée de toutes les mains du monde) – à laquelle nous nous soumettons tous – et vers laquelle cheminent tous les destins – implacablement attirés par cette mystérieuse origine…

 

*

 

L’incertitude – le monde des croyances – des chimères…

Des offrandes pour tenter de rapprocher le ciel…

Dieu immergé dans notre destin…

Un long chemin parmi les vivants…

Et la lumière – trop rare – comme un espoir…

Ainsi nous éloignons-nous – ainsi nous rejoignons-nous – imperceptiblement…

 

 

Les mains vides ; les maigres récompenses dispersées…

On se tient là – immobile – face au soleil…

Autour de nous – des ruines – des couleurs – l’immensité…

Des cris et des gémissements – la douleur et la mort – et cette incompréhension tenace face au monde – au mystère – à l’inexplicable…

Ce qui est – ce qui semble être – plutôt que rien ; et ce rien si rarement interrogé – vide ou néant – espace ou abîme – certes silencieux mais sensible et vivant ; ou indifférence inerte – inconsistante ou épaisse – non-être – non-existence…

Tant de choses – de questions – d’expériences – sous la lumière…

 

 

Les lois du sol – le monde ainsi qui s’étend ; au loin – le ciel ; en contrebas – la mort ; un court instant accordé aux vivants – puis, un autre – puis, un autre – puis, un autre encore – indéfiniment pour comprendre et réaliser – se rapprocher – expérimenter le rassemblement et l’unité ; puis, pour oublier – désapprendre – faire un pas de côté – s’éloigner jusqu’aux confins – jusqu’au seuil de l’impossible – de l’inimaginable – au-delà même des plus lointaines périphéries – devenir des éclats épars (et incroyablement distants les uns des autres) jusqu’à incarner, de manière parfaite, la séparation – la fragmentation – l’éparpillement…

Ce que l’on appelle être ou vivre – selon les terres que l’on habite…

 

 

Dans le lit et les vêtements d’un Autre…

Pas même notre visage – pas même notre peau…

Ce que l’on transforme en un seul saut – en un bref coup de dés…

Plus que les « pourquoi » – plus que tous les « comment » possibles (et imaginables) – le silence essentiel – et guérisseur ; notre seule patrie – la terre de tous les voyageurs – de tous les exilés du monde…

Qu’importe alors les apparences – nos vêtures – ce que l’on semble être et vivre – le plus visible de ce que nous sommes ; la joie qui émerge à l’intérieur…

 

 

Le printemps – à nouveau ; le bleu – comme toutes les possibilités – qui refleurit…

Des ébauches – des esquisses – de l’hiver – coupées net – la nudité remplacée par l’exubérance et la prolifération…

Partout – des adieux et des naissances…

Et nous autres – sensibles – silencieux – contemplatifs – qui avançons sur le chemin qui se perd au milieu des saisons…

Et, à chaque instant, le temps à venir (que, bien sûr, nous ignorons)…

 

 

Auprès des grands arbres – la chair rouge – le ciel déclinant – la figure contre le sol – le cœur déjà ailleurs – si proche d’un soleil différent – d’un autre monde…

L’existence mortelle presque achevée…

Au-delà de la pierre – au-delà des larmes – au-delà du tohu-bohu et de la croyance en nos yeux ouverts…

Hors de notre ancienne cachette – debout – le regard planté à l’intérieur – le corps mu par les circonstances – les exigences du monde et de l’âme – sans vœu – sans souvenir – obéissant – essayant de nous frayer un passage entre le rêve et la lumière…

 

*

 

Le temps suspendu par la main – au-dessus du vide et des horloges devenues inutiles…

Le monde – au creux du mur – comme un nid – une caverne – un asile instinctif pour les créatures les plus primitives – les plus élémentaires…

Dans la poigne – la proie ; dans le crâne – le manque et la peur…

Et, soudain, la rupture des fils – l’effondrement de ce qui nous maintenait debout – vivant ; la chute et l’explosion de la matière sur le sol…

Toutes les formes et toutes les couleurs mélangées…

La fin du monde – peut-être ; la fin du spectacle – sans doute (assez affligeant – il faut bien le reconnaître)…

A l’aube – sans doute – d’une ère nouvelle – avec un autre monde – un autre temps – d’autres possibilités…

 

 

Le feu – par la fenêtre ouverte – l’incendie des âmes – le monde affairé – des flammes hautes et vives – volontaires – naturelles…

La surface épurée – bientôt régénérée ; un monde et un langage nouveaux en train d’émerger – peut-être…

Le frémissement de couleurs jusque là inconnues – des formes surgissantes…

Des grappes de lumière qui jaillissent du sol – qui descendent du ciel – qui se rejoignent en gerbes sur toutes les figures en germe – à peine naissantes – comme le prolongement de l’origine – si nombreuses – si diverses – à la nature et au passé communs ; une seule entité – en vérité – inlassablement changeante – au cœur immobile et facétieux…

 

 

Au cœur d’un ciel de plus en plus profond…

L’âme qui s’allonge ; la lumière sur le visage…

Tous les mouvements éclairés – de l’intérieur…

Les paupières qui, peu à peu, se soulèvent…

Les yeux au sec (malgré l’émotion)…

Les entraves qui s’effritent – qui s’effacent…

L’impénétrable comme affaibli – l’ouverture d’un passage naturel…

Le réel et la poésie qui (progressivement) se substituent au rêve…

Le temps et l’espérance brocardés – exclus – bannis – effacés…

Pas à pas jusqu’au seuil inventé…

Déjà présente au creux de la paume – à la commissure des lèvres – au fond de l’âme ; cette joie à partager…

 

 

En un éclair – la terre et le ciel transfigurés – le cœur sans croyance – l’âme loyale et lucide – docile – éclairée – qui jette la vie et la mort dans les bras l’une de l’autre ; comme en haut – comme en deçà – comme partout (en vérité) – bien que le manichéisme des hommes ne puisse l’admettre…

Plutôt le sommeil que le regard clair…

Plutôt l’illusion que l’étrange (et incroyable) vérité…

De la tête aux confins des premiers cercles – la même nuit – le plus sombre, peu à peu, amassé ; comme dépossédé(s) de la moindre clairvoyance face à l’accumulation des tombes – le visage triste – seulement…

Ici – depuis si longtemps (depuis trop longtemps) – sans jamais rien comprendre…

 

*

 

L’origine – comme une évidence ; des retrouvailles – le lieu de l’unité et de la déchirure initiale…

Et des escaliers à descendre – à gravir – pour retrouver l’espace antérieur au geste inaugural…

De monde en monde – de corps en corps – existence après existence…

Mille défaites – mille expériences – au cours de cette traversée interminable – sur ce chemin qui serpente entre les colonnes – les effondrements – les incendies – jusqu’à l’envol – comme l’oisillon qui, un jour – à force de persévérance et de battements d’ailes – parvient à rejoindre le grand ciel…

 

 

Des voûtes – la terre rouge – l’océan – trop lointain – comme une hantise sous le front – au milieu des rêves et des ambitions terrestres…

Le jour – comme une fête imaginée – imaginaire…

Le feu qui cherche – qui court – qui rampe – contre lequel rien ne peut lutter sinon un feu plus grand – un feu plus vif – un feu plus ardent…

Ce que l’on parcourt – d’une rive à l’autre – cet élan – ce voyage – sans cesse recommencé…

L’oubli et la destination en tête…

D’un seul trait – d’un seul geste – le monde – le silence – la poésie…

 

 

Seul(s) – au milieu de la joie – sous la tristesse et les coups ; l’enfance – l’orage – qu’importe ce qui nous échoit pourvu que nous puissions oublier la mort – pourvu que nous ayons le sentiment de pouvoir lui échapper…

 

 

La peau drapée de ciel et de vent – infinie – sans autel – sans sacrifice – sans sacrement...

Nu(s) sous cette robe tissée à même la trame du monde ; quelques fils – un bout d'étoffe – un peu de terre – quelques flammes – un peu de silence – savamment cousus ensemble…

Et mu(s) par le désir de tout ce qui nous habite – nous conformant – nous associant – à tous les élans – essayant d’assouvir tous les besoins – horriblement empathique(s) – comme condamné(s) à l’identification parfaite avec ce qui semble nous composer…

A intervalles réguliers – le sommeil – la peur des bêtes – l’ombre et le bruit ; quelque chose – mille choses – qui se substituent à l’innocence ; ce qui ressemble à un éloignement – à un reniement – de l’origine…

Notre bassesse – notre infidélité ; cette (si forte) inclinaison au mensonge – à la fourberie – à la trahison…

 

 

L’âme du monde – des Autres – tournée vers l’abîme…

Nul n’écoute – le ciel bruissant – ses incessants appels…

Toutes les planètes alignées sur d’autres images – la terre – le rêve et la pénombre…

Le réconfort et l’anecdotique – rien qui ne ressemble (de près ou de loin) à Dieu – à une prière…

Les idées éparses – la gratitude morcelée dans les mains qui saisissent – qui s’accaparent – qui violentent…

Rien que le désir et l’ambition – sous le front chétif et déficient…

Des éclats de rire pour dissimuler la misère et le néant…

L’homme et la bêtise (dans toute leur splendeur)…

Ce qui nous malmène et ce qui nous emporte – comme si nous n’avions pas encore été suffisamment touché(s) – pénétré(s) – traversé(s) – bouleversé(s) – transformé(s) par l’expérience terrestre…

 

*

 

Les ombres et les miroirs – emportés…

L’angoisse des cris qui surgissent…

Le ciel défait – l’enfance étouffée…

Ce que l’on imagine face au visage des Autres ; ce qu’il laisse deviner…

Toutes les figures du monde – parfaitement jointes…

Le regard triste ; la parole gaie (comme pour compenser – se donner des airs de vivant fréquentable) ; à moitié brisé(s) pourtant – incompris et ne comprenant rien (ni personne) – sans aide – sans aider – comme tous les Autres – en somme – à se débrouiller avec la lumière (son absence – le plus souvent) et le poids des pierres – très maladroitement…

 

 

Porté(s) à croire et à s’assoupir…

Les yeux mi-clos en marchant – en dormant – en s’interrogeant (très mollement) sur le monde et le mystère…

Porté(s) par à peu près rien sinon par le caractère irrépressible des désirs et des instincts…

Tourné(s) sur soi-même – presque exclusivement ; centre de tous les cercles dont les habitants (tous les autres habitants) sont superbement ignorés…

Emporté(s) comme de la poussière – dans le tourbillon illusoire du temps – par les courants terrestres – l’âme et le ciel obéissants…

Et la forme étrange – inadaptée – de notre présence – de notre accueil ; les mains dans les poches – les yeux baissés – ou fuyant – posés ailleurs ou sur ses souliers…

Des armes et des soucis – des querelles ; mille tourments – ce qui emplit nos vies ; et tous les usages possibles et imaginables…

Ce à quoi nul – en ce monde – ne peut échapper…

Toutes les tentatives – tous les tremblements – des hommes et des bêtes au fond de leur abîme…

 

 

Penché(s) sur le lointain – trop incliné(s) – (presque) sur le point de basculer de l’autre côté du temps – le feu et la mort à nos trousses – voué(s) à terme à nous transformer en cendre et en os – nous cabrant – nous arc-boutant – résistant à ce qui cherche à nous immobiliser ou à nous précipiter ; entamant, peu à peu (et toujours trop rapidement – à notre goût), les jours qu’il nous reste – nous dirigeant (inéluctablement – bien sûr) vers le trou et la tombe ; comment pourrait-il en être autrement…

Toujours dans l’entre-deux – coincé(s) entre les bords du chemin – entre la naissance et le trépas – ne sachant comment nous rejoindre (réellement) – ignorant si les retrouvailles avec nos origines seraient salutaires – allant cahin-caha en portant partout en étendard notre nom – nos mérites – nos possessions ; un pitoyable bagage (en vérité) qu’il nous faudra, tôt ou tard, abandonner – au seuil du passage vers un autre monde ou vers une autre perspective – moins étroite – moins ignorante…

 

 

Trop de terre dans l’âme – les gestes – sous les pas…

Des liasses de pages – comme l’exploration d’un recoin – d’un angle – d’un point de vue – peut-être…

Le cours des choses – se passant de l’ardeur et du rêve de ceux qui s’imaginent indispensables – essentiels – irremplaçables…

Et pourtant – des monceaux de monde – des pierres soulevées – et entassées – édifiées en colonnes vers le ciel…

Partout – la vaine besogne des hommes ; du bruit et de l’effervescence plutôt que rien ; une manière de survivre à l’incompréhension et au désarroi…

 

*

 

Le seul franchissement possible – véritable – en soi – au-delà du premier cercle – le seul qui ait jamais existé depuis le premier jour – vers l’origine – le ciel – l’aube – la lumière…

Sans croyance – sur une butte – quelques ronces vivantes en guise de couronne – pieds nus sur la pierre – la parole aussi douce que l’herbe – aussi claire que l’eau ; la dignité comme un arbre –droite – strictement verticale – la force à l’intérieur – dans cette sève ascendante si particulière…

Seul – dans la forêt – le miracle en offrande – dans les mains ; le silence feutré – au-dessus des terres et des têtes – trop étroites – trop peuplées – en surplomb de ce monde gorgé de sang – comme une auge où viennent se repaître tous les vivants – tous les corps vivants – les âmes retranchées derrière – apeurées – horrifiées – par cette inévitable barbarie…

Plus ni sermon – ni semence ; affranchi – à présent – se redressant – (presque) debout dans le jour…

 

 

La couleur de l’étoffe – des reflets du miroir – de la terre où nous habitons…

Ce qui glisse sous nos doigts – ce qui se dissipe à notre approche…

Cette marche – cette traversée – la peur au ventre – l’angoisse qui monte aussi haut que la lumière…

Le monde des choses et le monde des signes…

Quelque part – sous le ciel – loin du bruit et des rumeurs – sur ce chemin (extrêmement) solitaire – en marche (au-dedans) vers le rassemblement et l’unité ; la mesure commune des êtres ; sans doute – le seul geste nécessaire pour s’établir dans une autre perspective – une manière réellement différente d’être au monde – plus juste – plus belle – plus sensible – plus lumineuse…

 

 

Penché – les yeux sur les Autres – sur les tombes – à vivre – à éprouver – à essayer de dire ce que nous ne comprenons pas…

La main posée sur l’écorce d’un arbre ; et dans l’autre, le vide…

Au-dedans – un feu ; et au-dehors – ce que l’on jette hors de soi…

Comme pris en tenaille entre le ciel et la pierre…

Ce à quoi nul ne peut échapper – malgré la prépondérance du rêve dans le monde…

 

 

Des corps confus – comme la parole et les visages…

Des mouvements inachevés ; le sommeil qui s’approfondit…

Le monde de plus en plus sombre – inerte – souterrain…

On a beau hurler – nul ne se réveille – nul ne ressuscite…

On voit (seulement) s’étaler la paresse – les doléances – l’incompréhension…

Le monde – séparé – fragmenté – éparpillé…

Toutes les mains déjà posées sur l’horizon – les âmes tressaillantes – à la fois ravi(s) et désespéré(s) de devoir se frotter à l’impossible…

Trop prêt(s) des étoiles – sûrement – la tête comme un morceau de nuit – un bout d’étoffe – le reflet des choses terrestres – de ce monde si affairé…

 

 

A l’approche du jour – tout a disparu ; le nom – le visage – l’élan ; ne reste plus qu’un fragment d’espace et de lumière qui accueille le vide rayonnant…

Sans étonnement – ces retrouvailles de la terre et du ciel (enfin perçues – enfin comprises – enfin éprouvées)…

En nous – la fusion nécessaire ; le regard clairvoyant sur le monde et l’expérience…

 

*

 

Le lieu du jour – du songe – du sommeil – identique – à celui de la possibilité et de la métamorphose – comme une pierre grossièrement façonnée – à moitié sculptée…

Toutes les facettes du monde – le reflet des Autres – dans nos yeux ; et le reflet de soi – si lourd dans la balance ; le déséquilibre habituel des forces et des ambitions…

Des signes sans promesse – bien en deçà du seuil de la franchise et de l’honnêteté…

Et toutes ces oreilles collées à la porte qui nous protège des bruits – des bavardages – des mensonges ; sans doute suffisamment enfoncé(s) dans les nôtres…

Nous éloignant, peu à peu – et de manière rédhibitoire, du ciel et de la lumière – de ce qu’il y a de plus beau en ce monde – et qui sommeille (encore) en nous…

 

 

Là-haut – près de soi – loin de sa propre image – de ses propres cris – la tête (horriblement) plongée dans l’espérance…

En groupe – dans l’attente d’un événement inconnu – sous le doigt des enfants qui nous désigne…

De porte en porte – sans maugréer – de plus en plus attentif à mesure que la déchirure s’étend et que les couleurs se diluent…

Nous rapprochant du cœur de l’énigme – la tête ployant sous le poids de l’aventure – la démesure des Autres…

Et tout ce bleu – au-dedans – que si peu découvrent – dont si peu ont conscience ; plus puissant que l’amoncellement (toujours pitoyable) des choses ou des signes qui tentent maladroitement de matérialiser l’infini…

Aujourd’hui – l’infinité tremblante dans le geste et la voix – qui témoigne du silence et de la paix (presque) pleinement habités…

 

 

La dérive des mondes vers l’illusion…

De chimère en chimère – jusqu’à la parfaite fiction…

Ce qui brûle ce que nous avons chéri – ce que nous avons (passionnément) aimé…

Tous nos rêves en flammes…

Le ciel emmitouflé – dissimulé derrière un épais brouillard – un manteau de fumée gigantesque…

Et cette terre suffoquante – asphyxiée…

Des cris derrière tous les murs ; des grognements de bêtes apeurées…

Illusion aussi – peut-être – comme le reste…

 

 

Personne – le monde déserté par l’intelligence – remplacée par la chair – des amas de chair vivants – bruyants – avides et affamés…

D’un côté – des ventres et des bouches animés ; de l’autre – des têtes inertes et des entrailles entassées ; ce qui respire et ce qui a respiré ; le grand festin journalier – cette orgie du vivre – la pitance des vivants ; la chair se repaissant de chair ; le terrible (et affligeant) spectacle de la matière cannibale…

Nos mains – notre âme – nos pages – rougies et tremblantes – horrifiées à l’idée de participer à ces bombances bestiales – à ces fêtes barbares – à cette grande débauche païenne…

Sur ces rives tristes – furieuses – rubescentes – notre fin – quelques feuilles – nos os – bientôt – notre départ…

Loin de cet abîme – en route (sans doute) pour des contrées moins sauvages…

Et une bougie – mille bougies – pour tous ceux qui, un jour, habitèrent le monde…

 

*

 

Parfois – l’infini – comme un espace dans l’espace – le plus vaste investissant le plus étroit ; le vide insufflant l’air – et la place – à l’encombré…

La nuit embrassée – embrasée par des étreintes de lumière…

La ligne de feu en équilibre sur la crête – cette fausse frontière entre le jour et l’obscurité…

Des flammes – partout – sur toutes les pentes ; des éclats de lucidité dans la cendre…

Dieu contemplant son œuvre – tantôt désastre – tantôt miracle – l’apparence du monde – changeante – chamboulée – inlassablement…

Au cœur de soi – l’univers – dans notre sang ; ce qui se joue – à chaque instant...

 

 

Ici – comme dans un ciel hors du temps…

Quelques restes de sagesse antique – ancrée au fond des têtes – déchiquetés par l’ardeur…

Une respiration haute – et crispée – entre le cri et l’angoisse – le pressentiment de la faute – et même, chez quelques-uns, celui du péché…

Des chaînes de mains et d’épaules – côte à côte – ligotées – menottées – sous le même joug – soumises au même sommeil…

Ce que l’on honore ; la surface et les apparences ; la richesse des poches…

L’être dos au mur – écrasé contre les parois que nous avons inventées – façonnées – suintantes de sang et de semence – sous un ciel d’étoiles presque entièrement rêvé – presque entièrement imaginaire ; quelque chose qui ressemble à l’aube ; un peu de lumière qui éclaire la gueule des bêtes tapies dans le noir et la crainte – la faim au ventre – comme des ombres – celles des premières cavernes autant, sans doute, que celles que l’on trouve dans les livres et les mythes…

A peine – au commencement de l’histoire…

 

 

Les fruits tombés du soir – près de la porte entrouverte…

La rectitude de l’âme froissée – déclinable de mille manières…

Personne pour se baisser – et ramasser ce qu’offre le monde – le ciel – le temps – la terre vivante…

La lumière – seulement – qui émerge lentement des profondeurs pour éclairer nos pas – nos pages – nos vies – insignifiantes et crépusculaires…

Le seul présent octroyé – la seule promesse que nous ayons faite ; ce chemin qui constitue un lieu de parole – de quête – de liberté ; la possibilité d’une autre perspective…

 

 

Ici – nos mains alertes et attentives ; la beauté perceptible accueillie et offerte autant que celle des profondeurs – autant que celle que l’on ne voit pas…

A l’écoute – l’esprit plus seulement en rêve – ce que l’on retrouve indemne – ce que l’on retrouve déchiré – amputé – et ce qu’il (nous) faut abandonner…

La pierre – seul reflet de nos désirs et de nos impossibilités…

Ce que nous devinons – malgré le sommeil des hommes…

Le visage (un peu) moins triste – (un peu) moins sombre – qu’autrefois…

 

 

Bien au-delà du rythme – du sens des mots – de l’œuvre qui, peu à peu, se dessine (malgré soi) – bien au-delà des rêves les plus fous – comme un ciel – un soleil – que l’on ajouterait par-dessus le sable…

Un (véritable) tournant – peut-être…

(Un peu) au-dessus de l’angoisse et de l’illusion…

Ce que nous devenons et ce que nous savons être – malgré nous…

Le jour penché sur notre visage – en train de disparaître…

Le trésor (incroyable) découvert derrière l’effacement ; l’espace à la place de la matière – le silence à la place des Autres – l’éternité à la place du temps ; notre participation (involontaire) au miracle – au merveilleux – à l’émerveillement du regard – au réenchantement du monde…

 

 

Ce que nous cherchons – ce que nous savons – dissimulé sous le sommeil…

Le monde – la lumière – et tous ces chemins souterrains qu’il (nous) faut emprunter…

L’espérance d’un autre jour – d’une autre voie…

A demi-mot – et de manière si évidente – le refus de ce qui est – le désir d’un autre visage – d’un autre voyage – une autre existence…

Et ce ciel si bas qui nous écrase…

 

 

Le voyage – entre nos mains aventureuses – capables d’épopée ; des pages et des pages – comme autant de pas dans les profondeurs – vers le plus lointain…

Le monde et l’existence – (pleinement) traversés…

Toutes ces rives tristes et illusoires – arpentées – parcourues – de bout en bout…

L’âme angoissée – attentive aux risques et aux affrontements…

Et la présence (quasi) aveugle des Autres…

Presque rien – en somme ; quelques attouchements – des invectives – des exigences ; de l’air brassé – en vain – comme si, en définitive, il n’y avait personne…

De l’eau qui coule et des larmes versées ; le monde et l’âme – comme sources (intarissables) de tristesse…

De la désillusion – cette (précieuse) matière sur laquelle naît (peut naître) la solitude – le savoir – et, parfois même, la sagesse…

Tous les nœuds du rêve dénoués ; le réel rendu à lui-même – intact – indemne – comme l’unique substance – perceptible de mille manières – et se manifestant dans des dimensions fort différentes ; qu’importe alors la clairvoyance – la cécité – ce que nous vivons ; ce que nous sommes – d’une façon ou d’une autre…

 

*

 

Le feu – la parole – ce qui attend l’aube avec les bêtes…

Scellé(s) dans la terre – nous sommes – comme des voyageurs du sol – avec toutes les frontières à effacer pour apercevoir le ciel – d’un seul tenant – comme le prolongement de soi – du monde – l’envergure de la même étendue – ni entièrement dehors – ni entièrement dedans – partout – non localisable – exactement là où quelque chose, en nous, existe – s’engage et contemple…

La vie – le regard – notre (insignifiante et précieuse) présence…

 

 

Au bord du chemin – sous le ciel – auprès des arbres ; au loin – quelques étoiles – le bruit du monde…

Notre longue veille au milieu des ronces – des fleurs – des bêtes…

La terre de l’éternité et des âmes silencieuses…

Le regard sur la pierre ; notre seule fonction – peut-être…

Aujourd’hui encore – comme hier – comme demain – qui peut (réellement) savoir…

Notre place – entre deux ciels que, trop souvent, la mort sépare…

 

 

Le noir – dans la vallée ; cette obscurité épaisse – si différente de la pénombre qui nous entoure…

La forêt des visages et la forêt du silence…

Assis dans les collines – un peu au-dessus du néant que nous avons, peu à peu, appris à enjamber…

De lieu en lieu – sans jamais rompre – ni réduire – la distance nécessaire avec le monde humain…

Le voyage – la vie nomade – au gré des circonstances…

 

 

Sur la route de ceux qui s’ignorent – ce peuple de dépossédés – de vagabonds célestes – au milieu des Autres – trop élémentaires – trop instinctifs (sans doute) pour se comprendre…

Séparés – en vérité – comme les deux faces d’un même visage – l’une tapageuse – l’autre silencieuse – réunies parfois par le chant des étoiles lorsqu’il réussit à se mêler au chant des entrailles…

Le ciel plongé au cœur de l’espérance pour la détrôner – et ne voir partout que la même immensité – mille lignes où s’emmêlent l’obscurité et la lumière – la conscience et le néant – parsemée(s) tantôt de fables et de frontières – tantôt lisse(s) et accueillante(s) – entièrement dévouée(s) au Divin qui se loge au fond des arbres – au fond des bêtes – au fond des hommes qui (malgré eux) se résignent encore à vivre à la surface de la pierre…

 

 

Sur les épaules du temps – le fauve et l’épervier ; des paroles et des feuilles lancées en l’air – oublieuses du monde ; le même refrain ignoré par la foule – mais chanté par toutes les têtes qui se succèdent au seuil de la mort…

Hors de soi – comme arrachées – les figures qui se font face – qui refusent l’évidence du partage et de la continuité…

Des énigmes à foison – (involontairement) détournées du mystère premier…

Le regard triste – comme une pluie matinale…

Ce que l’on peut apercevoir – sans assurance ; le fond commun des couleurs – le reflet de la lumière sur le sol (sombre) de la terre – l’inconnu et le passé qui se dessinent – qui se détachent – les âmes et leur ombre – les cœurs chavirés à l’aube naissante – face aux yeux qui se ferment – face au monde endormi…

 

 

La même pierre – le même ciel – en haut et en bas – mais des têtes différentes – une perspective et un souffle différents ; chaque visage vivant à la hauteur de ses possibilités ; au milieu des arbres – au milieu des Autres – au milieu des fleurs – au milieu de l’acier (et du béton) – allant sur les routes – allant sur les chemins – au milieu du silence – au milieu du bruit (et des bavardages)…

L’existence – selon le contenu et les contours du périmètre où l’on est parvenu à s’établir…

Au fond – le miracle ; à la surface – la tragédie ; et ce qui différencie (magistralement) les uns et les autres ; la manière d’accueillir ce qui s’invite – ce qui vient ; ceux qui acquiescent et sourient et ceux qui refusent et grimacent ; nous tous – sans la moindre exception…

 

 

Sur la même couche – Dieu et l’illusion – côte à côte – se tenant par la main – s’effleurant – se caressant – devisant gaiement – entretenant une relation tantôt amoureuse – tantôt amicale – infiniment respectueuse – à la grande surprise de tous les esprits portés à l’ordre – aux frontières – au manichéisme…

Le ciel au contact de la fange – sans le moindre dégoût – sans le moindre mépris – la considérant comme une part de lui-même – inamovible et intransformable – aussi digne que les autres d’exister et d’être aimée…

Une fenêtre ouverte sur l’aube et une fenêtre ouverte sur la nuit…

D’un côté – le monde – le temps – le gris – la pauvreté des âmes mendiantes – toutes les limites terrestres et organiques ; et de l’autre – l’immensité – la splendeur – le merveilleux – la poésie – qui, sans retenue, se côtoient – se mélangent – se dissimulent les uns dans les autres – au point de (presque) tout égaliser et d’inviter le regard à éclairer chaque portion comme s’il éclairait l’ensemble…

Tout dans tout – à parts inégales (bien sûr) – comme une évidence infrangible – irréfragable…

 

*

 

A distance de soi – mal aimé – mal accompagné – comme exilé de son (propre) centre…

A peine – une pierre sur sa pente…

L’âme absente et sans lumière…

A courir après tout ce qui est noir ; ce que l’on aime – des éclats de ténèbres…

Ce qui nous ressemble – cette ardeur – ces traces de pas…

A cheminer vers toujours plus d’éloignement…

 

 

Que savons-nous de l’enfance – et de la place du feu – dans nos existences…

Le temps qui s’efface – à pieds joints – quelques sauts dans des flaques d’eau miroitantes – un bref aperçu de ses semblables et de son reflet…

Comme une étoile morte – une étoile noire – nos rêves d’amour et de parole, peu à peu, transformés en efforts – en impossibilité – en absence…

Et la mort qui guette – qui s’approche déjà ; quelques jours encore avant d’être emporté(s)…

 

 

Sur la pierre – le monde – le chemin à découvrir – à emprunter – là où l’on s’égare – là où l’on glisse (sans même) le savoir – là où commence le (vrai) voyage…

Des saisons qui passent ; des fleurs – du soleil – des feuilles – de la neige…

Le (petit) manège du temps qui fait tourner les têtes…

Le vertige des cœurs en déséquilibre ; la crainte et le repli des âmes…

Et la mort – (presque) distraitement – qui, sans cesse, fait de l’espace et remplace…

Ceux qui étaient cessent, soudain, d’être mais qui sait ce qu’ils deviennent… vers quelles terres – vers quelles lumières – vers quelles ténèbres – sont-ils éparpillés (et en quelles proportions) ; et ce qui reste – enfoncé dans la terre – entrailles et poussière…

Et la tristesse (passagère et inconsolable) de ceux qui les suivront bientôt – enfoncés dans cette incapacité à faire face à l’absence – la chair profondément pénétrée par la mémoire – les yeux et les joues mouillés de larmes ; de jour en jour – de vie en vie – l’esprit toujours aussi triste et ignorant…

 

 

La même neige qu’au-dessus du temps – vers le passage des hauteurs – la parole discrète et affirmée – ce que l’on devra céder – à la place de la désespérance…

Le mystère et la lumière – sous des apparences tragiques…

Le ciel – des ombres – ce que l’on craint – ce à quoi l’on s’attend ; et ce qui nous sera offert…

Au terme de l’échange – la défaite (bien sûr) – sans surprise…

Et ce que l’on apprend – peu à peu ; le retrait – l’effacement – l’oubli – la disparition…

Et, un jour – en nous, naît cette capacité (involontaire) de faire coïncider chaque geste avec des pans entiers de vérité – le visage absent (de plus en plus) que le soleil remplace par des couleurs – des teintes – des reflets – parfaitement adapté(e)s aux circonstances…

En dessous du rêve – des querelles et des pugilats – tous les opposants – les adversaires qui s’étripent – une kyrielle de (piteux et funestes) combattants ; et, au-dessus – la main blanche – le lieu des découvertes – la promesse d’une certaine félicité…

 

 

Le souffle – le silence – en deçà – au-delà – de l’absence…

L’esprit de la terre davantage que la fange des visages…

Tantôt la couleur de l’or – tantôt l’odeur de la souillure ; une image après l’autre dans la mémoire – si proche de la réalité du monde – dansant avec douleur et insouciance…

Le territoire de l’enfance où se mêlent les signes et le goût de la liberté…

L’affranchissement (très progressif) de l'âme ; des pas ardents – jamais désespérés malgré les épreuves et l’adversité…

Ce que l’on finit par tenir – contre soi – si serré…

En nous – ce précieux legs de la mort ; le frémissement de la chair face à la brièveté des jours ; et la confiance nécessaire (si profondément ancrée dans l’être) pour continuer le voyage…

 

*

 

Entre les arbres – la beauté éparpillée…

A l’écoute de la sève qui monte…

Pierre après pierre – les temples qui s’édifient…

Le même chemin – déjà mille fois emprunté – d’abord de manière prudente et apeurée – puis, de manière triviale et mécanique – et sur lequel il nous faudra apprendre à marcher avec attention – respect et discrétion – pour découvrir le passage qui mène derrière le miroir – au-delà du monde – au-delà des ombres – au-delà du réel apparent – sur cette terre dont nous sommes l’hôte – provisoire et éternel ; notre propre compagnon de voyage – entre Amour et absence – l’incarnation (plus ou moins imparfaite) du mystère…

 

 

Au cœur de la forêt – au milieu des fourrés – parmi la mousse et les chants d’oiseaux…

Au seuil de l’automne…

Des feuilles sombres…

Notre désert qui s’enflamme ; la voie passive où se compteront toutes nos défaites…

Et ce que l’on parvient à entrevoir parfois – au loin – sur cette (énigmatique) ligne d’horizon – à la verticale – juste au-dessus des murs du labyrinthe…

Et dans les yeux – cette lumière nécessaire pour éclairer le passage ; Dieu dans nos bras ; la tendresse incarnée qui, peu à peu, s’affranchit du sommeil…

Nous – penché(s) sur notre propre visage…

La fin de l’apprentissage qui ne débouchera sur aucun enseignement ; le cours des choses et les circonstances – seulement ; presque rien – sans personne – ainsi vivrons-nous…

 

 

Ce qui se détache du rêve et du mensonge…

Le soleil sans ses combattants…

La plus vieille ambition de l’homme – sans doute ; une humanité nouvelle (réparée et régénérée) à laquelle on se sentirait appartenir – sans honte – sans avoir à rougir (d’aucune manière)…

 

 

Le jour tailladé…

Toutes ces mains avides et ces ventres gonflés de désir…

Le temps d’un souffle ; la naissance et la disparition des visages – de la matière…

La nécessité de l’étreinte dans nos voix suppliantes…

La couleur habituelle du monde…

Des signes – et cette espérance aussi désespérée que désespérante…

Du côté de l’absence plutôt que du côté de la possibilité ; l’incapacité (quasi) ontologique d’être là – de répondre aux exigences du réel – de savoir offrir et tendre la main…

Le sommeil (si commun) des têtes humaines ; le lot de toutes les civilisations terrestres…

 

 

Incliné comme d’autres se redressent – affrontent – refusent – rejettent – bannissent…

Ce qui brille – comme un soleil à la couleur éclatante…

La terre (si atrocement) divisée – à la manière de notre esprit…

L’errance – les mots – la foudre…

Ce que l’on réclame ; et ce que nous léguons sans bienveillance…

Le plus simple – la vie simplifiée – (bien) moins lourd que le reste – que toutes les histoires des hommes…

Dans la main – le ciel qui s’éclipse ou qui s’allonge – selon ce que nous offrons – selon ce que nous conservons…

En soi – le Divin – la conscience – l’Absolu ; et en filigrane – le pacte (inconscient et involontaire) que nous avons signé avec le monde…

 

 

Le poids des pierres dans les poches – et dans l’âme aussi – cette charge inutile…

Des pas laborieux – tout au long de cette marche – au milieu des tombes – sur les feuilles mortes – aussi lourds qu’elles semblent légères – aussi solitaires qu’elles semblent inséparables – en l’air comme au sol – l’existence terrestre soumise au grand cycle des saisons…

Notre sort à tous – notre sort commun…

Ensemble – au cœur de cet étrange labyrinthe ; la matière – l’esprit – l’invisible ; et nous – et en nous – et entre nous – la généalogie et la douleur – les liens et l’incompréhension…

 

 

Dieu et la lumière – posés (très) librement – presque avec nonchalance – au milieu de l’enfance…

Et, un jour, ce qui s’achève avec le défilé des jours – le cortège des années…

De la couleur et de l’intelligence – éparpillées – comme des éclats – de l’écume – qui parsèment – qui éclabousse – la terre – les têtes – tous les souterrains…

La réalité des mains attachées à leur besogne ; le labeur à faire – gratuitement – en pure perte – malgré le froid – malgré l’indifférence – malgré le monde…

Sous le ciel – tous les auxiliaires à l’œuvre…

Dieu et la lumière – bien au-dessus de l’effervescence et du temps ; et à l’intérieur aussi – comme un (très) long apprentissage…

 

 

En soi – sur la feuille – la vérité qui nous porte – et que l’on ne peut tenir entre ses mains ; à vivre – à sentir – à expérimenter…

Comme un espace parsemé de portes que la vie – que le vent – ouvrent et referment – et que nous franchissons à force de patience – à force de persistance – avec ce feu ardent au-dedans qui nous anime – qui nous hâte – qui nous éperonne…

 

*

 

Face aux miroirs du monde – impuissant…

L’indigence retenue prisonnière du reflet…

Des ombres encore – sous le ciel – l’homme (comme toujours) se surpassant…

Un simple décor – pourtant – pour le temps et les visages qui passent…

La face hideuse du mensonge ; cette nuit apparente…

 

 

Une étrange cacophonie au milieu des étoiles…

Des voix – du son (seulement) qui se fracasse sur la roche…

L’enfance que l’on piétine – la conscience endeuillée…

Le regard à la fenêtre – les oreilles aussi loin que possible du vacarme…

Un désir d’ailleurs ; le voyage comme une évidence…

La nécessité de la solitude et du silence…

Vivre à l’écart des ombres et du tapage…

Un peu d’espace au fond du cœur – un carré de ciel au-dessus de la tête ; et cette foulée tenace – et ce long périple – sur l’étendue verte…

 

 

La figure des hauteurs – près des contours – entre le bleu et les dernières frontières du monde…

Le séant posé sur la pierre – les mains jointes en prière – proches du cœur…

Au-dessus de l’abîme – tous les visages réunis – comme un seul homme – sous le soleil – affranchi(s) des impératifs (habituels) qui ligotent les créatures terrestres…

Le chant ardent – et (presque) inaudible pourtant – la tête en train de s’effacer – les yeux, peu à peu, déployés en regard – à la cime du sol (en quelque sorte) – ce qui semble si étrange – si incongru – si inutile – aux yeux des Autres et qui paraît si naturel à ceux qui voyagent – à ceux qui se laissent transformer…

 

 

Le jour – comme l’oiseau – sur notre chemin – le signe d’un destin abrupt et solitaire – voué aux marges – aux hauteurs – à la lumière…

L’éternité – pour apprendre à être là (pleinement – entièrement – parfaitement)…

La terre toujours plus caressante – à mesure que l’on s’approche du précipice…

Le saut et l’immobilité – simultanément ; ce qu’enseigne toute sagesse…

 

 

L’infini déguisé, parfois, en encre noire – en indigence – en cri – en arbre – en homme – en chemin où l’on se perd…

Dans le plus étroit – très souvent – dans le plus confus ; au même titre que la lumière…

Au cœur de cet espace plongé au fond des choses – du monde – de la matière – dissimulé – invisible aux yeux trop crédules – aux fronts trop ignorants…

Ce que l’on finit par découvrir, un jour, en fouillant en soi – en remuant (avec obstination – avec acharnement) toutes les profondeurs…

Rien – en vérité – qui ne soit notre territoire…

 

 

Une pente à découvert…

L’horizon inquiet par l’étrange posture de quelques solitaires…

La main sur l’herbe qui s’abandonne…

Auprès de soi – comme auprès d’un Autre…

Le monde qui s’éloigne ; le bleu tout proche qui se déverse, peu à peu, au fond des choses – au fond des âmes – qui ont réussi à se vider (de manière suffisante)…

La même couleur qu’au-dehors – comme si la joie avait repeint la terre – le cœur – le corps – les gestes et les pas – avec un peu de ciel ; l’immensité badigeonnant de ses doigts habiles quelques interstices terrestres prometteurs…

 

*

 

Sous les feuilles – l’humus – la vérité…

Au-dessus – le ciel sans passion…

Et ailleurs – partout ailleurs – là où l’on accourt – là où l’on se suit – la foule frivole – impatiente – mimétique…

A grands bonds vers la rumeur que l’on colporte ; le bavardage hissé (presque) aussi haut que le sommeil…

Assoupis le jour – agités la nuit (en rêve)…

A aboyer comme des enragés – toutes les ombres repliées en soi ; la bouche en soleil pour se donner des airs lumineux ; le masque (un peu figé) de la félicité…

Quelques jours – quelques saisons – d’apparat et de mensonges – entre la naissance et le trépas…

La (grande) mascarade de l’intime et de la communauté à laquelle échappent quelques solitaires (plus ou moins) lucides et éclairés…

 

 

Tant de frivolités sur la pierre sombre et grise…

Des rires qui ressemblent à des éclats de lune ; partout – le culte des apparences – le règne (atroce) des instincts – la laideur que l’on maquille en beauté tapageuse (et artificielle) – inventée – (purement) imaginaire…

Des grilles que l’on prend pour des ouvertures (porteuses de possibilités)…

Et toutes ces portes closes – tous ces chemins qui serpentent entre les tombes et qui mènent tous (sans la moindre exception – bien sûr) à la mort…

Tous ces pas funestes – toutes ces vies tragiques – les uns derrière les autres – sans personne pour souligner la noirceur des gestes et des visages – l’absurdité de ce défilé – de ce tapage…

Des pantins – au mieux – qui s’imaginent libres – et paraître ce qu’ils ne sont pas – ce qu’ils ne pourront jamais devenir…

Des fantômes – sans joie – qui gesticulent – en pataugeant dans la fange – en se donnant des airs de fortune – des airs de félicité…

Un monde pitoyable qui incite (bien évidemment) les plus sages – ou, peut-être, les moins fous – à quitter l’arche populeuse pour tenter une autre aventure – un autre voyage…

 

 

Moins heureux que le voyageur – le vagabond qui passe ; moins libre(s) – à l’abri du vent qui souffle sans qu’on l’ait invité…

La vie écartée par les mains féroces du monde…

Le ciel rouge – derrière les barreaux qu’ont inventés les yeux (tous les yeux)…

Et la foule qui vaque – indifférente – à ses occupations habituelles (très ordinaires)…

Des rires sans délicatesse ; et des alliances face aux miroirs brisés – face aux fragments et aux reflets majoritaires…

Des routes que l’on quitte et des routes que l’on emprunte – sans rien savoir du voyage et de la destination…

Le défilé permanent des vies et des visages…

Rien que des apparences ; à petits pas tristes vers le soir et la tombe…

 

 

Le prolongement silencieux de la parole qui a pénétré l’âme…

Quelque chose – au-dedans de la chair – qui s’écarte…

Le cœur passablement chaviré…

Ce qui émerge de l’humus ; ce qui se redresse…

Les bras tendus devant soi pour éviter le pire…

La vie – le monde – le temps – qui se dérobent ; l’existence sans socle – comme si rien n’existait vraiment…

Des instants de tristesse et, de temps à autre, de lucidité…

Une manière d’assouplir la consistance et la crispation (apparentes) des choses et de l’âme…

Une tentative – seulement…

Une parole encore trop lourde – et (bien) trop gorgée de mots – pour prétendre au silence – à la légèreté – à la poésie…

 

 

Une route aussi large que l’espace – que l’Amour – qui se déroule sans personne – malgré nous – en dépit de l’existence et du monde…

Le ciel qui chemine – sans jamais s’écarter – sans jamais s’éloigner – qui accompagne tous nos gestes et tous nos pas – et notre ignorance inquiète qui pressent la vérité – l’identité réelle des choses et des visages – et la position de chacun sur la carte et le chemin…

Pas si lointaines – les ailes – à égales distances, sans doute, des pierres et de l’immensité…

Les vagues qui déferlent et se retirent ; les vagues qui nous emportent et nous mènent vers le large – vers le centre – vers l’effacement…

 

 

Dieu – la main tendue – aux prises avec le désert et la foule…

Le temps infini de l’œuvre qui se réalise – sans jamais s’achever – qui ne connaîtra jamais le moindre terme – la moindre fin ; l’impossibilité (ontologique) du définitif – de l'aboutissement…

Sans cesse – l’écume et la mort – sans cesse, le recommencement et la continuité ; l’entre-deux et le passage ; et le règne – la souveraineté – inégalée – inégalable – de l’instant…

L’absence et le grand banquet…

La matière efflorescente et la ronde perpétuelle des visages…

Le désir et la faim – le glaive et le combat ; la belle (et cruelle) chorégraphie des danseurs enlacés – au corps à corps…

Et, de temps à autre – très régulièrement, les yeux clos (pour plus ou moins longtemps)…

Et la lumière – et la nudité – toujours (bien sûr) – à portée de flammes…

Et le feu, en nous, assidu à la besogne ; le labeur acharné du manque qui cherche la complétude et la joie ; notre identité commune ; notre travail à tous – en somme…

 

6 mai 2022

Carnet n°273 Au jour le jour

Août 2021

La tête et la main qui fendent l’air – qui dessinent des mondes invisibles – qui dansent au milieu du vent ; notre existence à tous – en somme…

 

 

L’épaisseur du vide – si dense – que nous nous sentons vivants – entourés (durablement) – malgré le provisoire des vies et du monde ; comme un caillou lancé dans une mare – quelques ondes auxquelles répondent des résonances plus profondes – immergées dans l’invisible bleui par les yeux…

Un sens – en soi – avisé de l’infini et de l’éternité – sans doute…

 

 

Un bruit sourd – dans les hauteurs silencieuses – notre étonnement…

Des jours (très) géographiques comme des bornes dans le désert – une route sinueuse qui se dessine, peu à peu, au cœur du néant – comme un étrange prolongement de soi…

Ici et ailleurs – là où l’on se trouve – presque au même endroit qu’au début du voyage…

 

 

Sur l’épaule – ce pesant bagage – ce ballot de choses et d’idées – parfaitement intégré – devenu strictement personnel…

Le temps de compter les jours – nos pas – de fermer les yeux – de tourner la tête – et voilà notre charge (prodigieusement) alourdie – comme si nous étions aimantés ; et le monde – les images et les pensées – des morceaux de ferraille à accumuler – et qui, à force d’être entassés, obstruent la vue et l’esprit – sans même que nous nous en rendions compte…

 

*

 

Entre la vie et la mort – la métamorphose…

Le ciel et la terre couchés ensemble – sur le lit des possibles…

Des batailles et des conquêtes…

De la folie et de la férocité…

Des corps sauvages qui dévalent des pentes – comme une déferlante…

Un peu de sommeil – un peu de beauté…

Cette nuit – cette douleur ; et cet espoir – promis à tous…

 

 

Des lambeaux de jour et d’attente – à même la lumière – à même l’éternité – comme contrepoids, peut-être, à la noirceur et à la célérité du monde et des existences…

Plus qu’une menace – un envahissement permanent sur la pierre…

Au fil des saisons qui passent – le règne de l’interminable…

 

 

La faim – comme une épaisseur supplémentaire – un surcroît de terre ajouté à la terre…

Des dents davantage que des mots – l’usage (commun) de la bouche…

Un souffle pour respirer – presque jamais pour tenir parole…

Une voix – parfois – passagère – dans le ciel impérissable ; une onde – quelques ondes – offertes au monde…

Autant questionnement qu’offrande…

Comme une marge laissée à l’enfance et à la poésie…

 

 

Le vide – en son cœur…

Moins présent que la semence qui ruisselle…

Le ventre qui s’arrondit davantage que l’esprit curieux – que l’esprit qui explore…

L’homme qui s’éreinte à vivre – malgré lui – plus à la manière des bêtes que de manière humaine – en l’honneur (bien sûr) de ce qu’il continue d’ignorer…

 

 

L’œil limpide – lucide ; et les lèvres muettes…

Le cœur ouvert – appuyé contre l’air alentour – sans inquiétude…

A l’extrême limite de l’humanité – peut-être…

 

 

Engagé dans l’oscillation permanente – le va-et-vient des forces – au cœur de l’immobilité ; cette étrange mécanique de l’âme – du monde – du vide…

Toute une vie qui tient dans la paume et l’acuité de deux hémisphères…

Remué par le vent – puis, fendu en deux – sans un cri – sans un commentaire – sans même que les Autres et la parole s’en mêlent…

Une manière – très simple – de passer ; le cœur dans le compagnonnage de la solitude…

 

 

Ici – sans personne – depuis des millénaires – sans doute – vivant et offert – jour après jour ; l’instant comme le seul axiome – à genoux pour franchir tous les seuils – sans autre témoin que le regard qui nous habite…

 

 

Du vertige au bleu – d’un seul trait – à petits pas – sans mérite – sans mémoire – à la manière des oiseaux qui traversent le ciel…

Le jour parcouru de bout en bout…

Sans doute – le voyage le plus essentiel…

 

 

Des pierres – des jambes – pour aller plus loin – découvrir le monde au-delà de l’horizon – faire le tour des possibles – éprouver la faillibilité des visages et des âmes…

Notre parcours commun – les uns derrière les autres – dans cette longue file ininterrompue…

 

*

 

Ici – dans le même ciel qu’autrefois – dans le seul ciel possible – à nous voir tantôt lumineux – tantôt dans la fange – comme si nous étions le prolongement de nos propres racines – la matrice qui enfanta l’abîme et le monde – le vide et la bêtise…

Notre demeure définitive – en somme – où que nous allions – qu’importe en quoi nous nous transformons…

L’assise triomphale pour l’âme – la nuit – le voyage ; ce qui nous emporte et nous engloutit…

 

 

Comme des fleurs fanées – toute l’énergie déployée vers le monde – et le reste en sommeil…

Dieu enfermé – emmuré au cœur de cette léthargie…

Des figures nombreuses et remplaçables ; la parfaite interchangeabilité des corps – des rôles et des fonctions…

Mille rêves au fond de la même vacance…

 

 

Le silence que l’on mérite – comme les jours et l’espérance – ce chemin qui serpente entre nos colonnes et nos fenêtres….

Dans le même espace – tantôt le cloître – tantôt l’infini – la même liberté et la même détention – qu’importe l’angoisse – le feu – les cris…

Notre épuisement et notre limite…

Tout ce que l’on porte – en soi…

 

 

Le bleu des lettres qui nous construit – puis, qui nous déshabille…

Le temps de la solitude – sans appui – sans accompagnement…

Une parenthèse et une destination ; le périple fractionné en tronçons…

La fin (progressive) de l’emprise ; l’accès au silence ; les bienfaits de l’exil et de l’éloignement…

 

 

Le jour et le vent – sur la page – en de grandes envolées…

L’âme bleue tournée vers le ciel – en soi (déjà) – comme le reste…

Le continent de la soif qui s’amenuise – peu à peu…

Le tête différente d’autrefois – moins rageuse – plus ardente – moins subjuguée par le monde – conforme à la sensibilité la plus exigeante…

Intensément solitaire – comme un privilège et une promesse d'ouverture (et de silence)…

La joie – au-dedans – qui fait son chemin…

 

 

Sur la pierre – l’éloignement – l’ambition de l’homme incarnée – les rives du temps asséchées…

Ce que le vide a creusé ; la soustraction de soi – du monde – de l’Autre…

L’air libéré des cages et de la détention – affranchi de toutes les chimères et de tous les adossements…

 

 

Entre nous et l’être – un pas – mille portes ouvertes – le cycle de la matière et du temps – l’invisible à franchir – à traverser – d’une foulée continue ; le seul voyage nécessaire ; comment pourrions-nous (encore) en douter…

 

 

Sans bruit – comme la neige – notre présence – notre respiration – le parfum et la couleur de l’innocence – l’espace et le monde que l’on porte – involontairement…

Entre le centre et le temps – l’oubli…

Et les choses si serrées contre soi – comme une crainte – une phobie, peut-être, de l’abandon – comme si nul ne savait que tout appartient au cœur – que rien – ni personne – ne peut en être exclu…

Le monde – immobile – dans l’esprit – vaillant – courageux ; ce qu’aucun autre ne pourrait nous confirmer…

 

 

Contre le ciel – la dépossession – ce qu’il nous faut abandonner…

L’attente des eaux et du vent – tous les éléments nécessaires à la respiration et au voyage…

Le viatique de toute traversée ; de l’abondance à la nudité…

 

 

Aller sans halte – sans jamais ralentir – dans les soubresauts – les heurts, au-dedans, confondus avec les battements du cœur – quelques querelles intestines (inévitables)…

Sur la page et les chemins – le feutre et la semelle – indissociables – qui puisent, dans l’âme et le monde, l’ardeur et la substance de la parole et du pas – cette justesse – cette vérité – au fond de soi…

Une terre blanche sur laquelle s’appuient les pieds et la main…

Un horizon parcouru – sans compagnon – sans recours (véritable) au langage…

 

 

Des grilles – devant soi…

Des frontières sur toute l’étendue…

L’âme qui, peu à peu, s’épuise et s’assèche…

L’esprit qui s’aventure – qui s’éreinte, en vain, à maintenir une distance avec le monde – à s’affranchir des bassesses et des hauteurs édictées par les hommes…

Mille manières de se soustraire aux règles et aux lois – à toutes les constructions et à toutes les inventions humaines…

Et la force (involontaire) de s’abandonner à ce qui nous porte – naturellement…

 

*

 

Sabre à la main – dans le passage…

Un oiseau posé sur l’épaule…

Les yeux – comme le cœur – aussi bleus que l’infini – de la même couleur que le regard et le monde…

La langue trempée dans toutes les eaux de la terre – la substance des âmes…

Sur la feuille – la même solitude qu’autrefois – heureuse à présent ; le temps de l’accompagnement abandonné dans un coin – derrière soi…

 

 

Le prolongement de la parenthèse – comme une longue dérivation – un supplément de séjour – la tête en avant – la tête fière et redressée – la tête enterrée – soumise à toutes les emprises…

Une fuite – une sorte d’éloignement – l’antithèse du voyage…

Une couardise confortable sans le moindre risque – sans la moindre exploration…

La vie des hommes – cette sorte d’attente ennuyeuse qui ne dit (presque) jamais son nom…

 

 

Au-dehors – l’absence et la destruction ; la continuité du néant intérieur…

Le vide désincarné – sans personne…

Le froid et ses brûlures au fond d’un puits insondable…

Un seul désir – un seul horizon…

La matière obscure plongée dans le souffle et le sang…

Et le ciel que l’on ambitionne – comme si nous en étions séparé(s)…

Privé(s) de lumière – sur ces allées de pierres – ce sable sombre…

Le monde – comme un écho lointain – des parois contre lesquelles résonnent toutes nos souffrances ; les murs qui encerclent nos supplications et nos infirmités…

 

 

Seul le silence – à l’altitude du ciel…

Le monde et la langue – bien en dessous…

Et notre manière d’être – entre les deux – penchant tantôt d’un côté – tantôt de l’autre – le plus souvent (il est vrai) vers les bas-fonds et la grossièreté ; une inclinaison sans (véritable) surprise au vu de l’extrême prosaïsme des existences…

 

 

Porté(s) par le mystère…

La blancheur sur les épaules de l’invisible à laquelle se mêlent l’opacité de l'âme et les eaux noires du monde…

Et cette marque – comme une incise – au fond de la chair – les aspirations du cœur – la nécessité du jour – de la lumière – peu à peu, plus forte que la faim…

Dieu – en nous – à demeure – qui (progressivement) prend ses aises – retrouve la place qu’occupaient les choses terrestres…

 

 

Sur la terre – la face tournée vers le sol – dos au miracle – les yeux fermés – gesticulant au rythme des désirs et des ambitions ; le manque à la source de tous les élans – cherchant – labourant – récoltant – amassant ce que réclame le corps – tout entier(s) occupé(s) à la survie de la matière et à son renouvellement…

L’amoncellement des pierres – de l’herbe – de la chair ; et la prolifération des ventres – l’envahissement et l’exploitation (tous azimuts) des territoires – les mains occupées à leur tâche – l’âme et l’esprit absents – comme ensommeillés – emmaillotés – prisonniers de la glaise accumulée en couches épaisses – attendant peut-être – attendant sans doute – une fouille – une faille – quelques vibrations – pour émerger de cette léthargie et pouvoir (enfin) s’atteler à leur (véritable) besogne…

 

*

 

Autre chose – en soi – que la douleur – cette matière – cette obscurité…

Davantage qu’un territoire – un espace lacunaire – une terre parcourue par le souffle et le sang…

Là où l’on s’attarde – dans cet angle – ce recoin – en ce lieu précis où, un jour, jaillira la lumière…

 

 

La terre jaune – luxuriante – si peu humaine avec ces chemins éparpillés qui échappent aux règles et au temps…

Comme un feu dans le silence et la parole – partout où l’on s’évertue à être présent…

Des flammes vives et accueillantes qui dévorent ce qui doit être anéanti et oublié…

Notre soif et la source accrochée à la hampe tenue par la main malicieuse du Diable – cet enfant du jour mal-aimé – et qu’il faudrait reconsidérer pour trouver le passage vers Dieu et favoriser la réconciliation entre ces deux (faux-)frères ennemis dont les luttes semblent dévaster toutes les âmes…

 

 

La nuit traversée – de bout en bout – par la connaissance…

L’instant de l’extinction – le sol sur lequel on s’efface – le ciel dans lequel on se fond…

Rien qu’un sourire et un restant de braises impatientes…

Comme une éclaircie (une brève éclaircie) dans le sommeil…

 

 

Au seuil du verbe – trop de visages – comme un encombrement – un amas d’ambitions indécentes…

Un surplus de feuilles et de mots pour affronter l’aube ; la charge trop pesante pour prétendre à la candeur et à la nudité qu’exige le passage…

 

 

L’encre piégée sur la feuille – l’espace blanc – le mot et la tache – le sens et l’infini que l’on croit circonscrits…

Illusion – bien sûr – tant le trait est fragile – provisoire – déficient – altérable ; un peu de poussière dans la poussière…

La jubilation et la vérité du jaillissement – la justesse de l’instant ; et jamais davantage…

 

 

Un peu de neige – sur la route – nos fenêtres fermées – comme si l’on pouvait faire face à la beauté – seulement nous mesurer à elle (involontairement) par un excès (naturel) de laideur – notre âme et notre visage sans l’appui de ce qu’ils portent – réduits à leur surface – à leurs traits singuliers – comme abandonnés par ce qui pourrait les relier au reste – à l’ensemble – à la beauté intrinsèque du monde…

 

 

Comme un souffle entre nos lèvres – la main de l’invisible guidant notre main – dans le monde – sur la page – devant ce que l’on appelle les Autres (sans savoir s’ils existent vraiment – sans savoir de quoi ils sont constitués)…

Le silence au fond du cœur – protégé par le froid extérieur – la chair tendue – la peau comme une illusoire frontière…

Et le vent – et la lumière – que nous partageons – au-dehors et au-dedans (selon les critères établis par les hommes)…

L’air et la clarté disséminés partout – jusqu’au fond des formes sans consistance...

Nous autres – manifestés de manière si provisoire – si apparente…

 

*

 

Là où tout s’écoule – l’immobilité…

Une fenêtre au milieu de la nuit…

Notre présence soutenue par la lumière…

Un peu de légèreté au milieu de la pesanteur…

Dissimulé – en soi – ce feu étrange – qu’aucun océan ne saurait éteindre – et qui se propage à travers la chair – les gestes – les pas et la parole – notre manière de nous tenir face au monde – notre manière d’affronter les épreuves – de franchir les obstacles – de jouer avec les circonstances…

Tout au long du voyage – cette courte traversée – cette ardeur qu’attisent tous les vents…

 

 

La parole – étendue – qui frappe au cœur – comme un prolongement de l’âme (vivant) – une manière d’effacer la distance – d’abolir le temps – de réduire l’espace à une résonance et à une intensité – comme un modeste fanal qui permettrait d’échapper au sommeil et, peut-être, d’initier un chemin…

Parfois cri – parfois caresse – main tendue – presque toujours – qui frappe – qui invite à se débarrasser de l’épaisseur – du superflu – et qui (nous) exhorte à offrir l’attention et l’ardeur requises à l’essentiel et à la nécessité – à s’abandonner à ce qui nous porte – à entamer le seul voyage que nous devrons tous, un jour, entreprendre…

 

 

Des lignes – comme pour un poème…

Du courage et de l’effroi – la joie comme une étoile singulière…

Et ce grand vide au fond de l’âme – au fond du ventre…

Et rien à la place de la faim monstrueuse ; si – un discret sourire sur les lèvres – comme une ode à la joie – au silence – à l’invisible…

 

 

L’eau de la rivière sur la roche ; inéluctable – sur sa pente ; polissant, peu à peu, la pierre et lui arrachant quelques particules qui se déposeront un peu plus loin – en contrebas…

Ainsi éprouvons-nous, parfois, cette solidité apparente et provisoire ; couches de sédiments (plutôt) qui, de temps à autre (assez rarement), donnent naissance à une montagne…

 

 

Que sommes-nous donc face à la neige des hauteurs – face à la beauté (éclatante) du monde…

Un peu de ciel – tombé en nous – éparpillé – comblant, ici et là, quelques failles – quelques anfractuosités – pour qu’un chemin puisse se dessiner sur ces éboulis sauvages – aussi bleus que cette étrange entité au-dessus de nos têtes…

Et un jour – peut-être – à force de curiosité – de courage – d’exploration – rejoindre ce dont nous avons cru être séparé…

 

 

La langue – au centre – là où tout se rejoint – là où tout disparaît – comme une manière de combler le désir de multitude et le manque…

Et cette course – ce déplacement – cette fuite – au-delà du monde – hors du temps – au cœur du périmètre sacré du silence et de la page…

A notre place – partout – assurément…

 

 

Au sol – le jour éteint – et, au-dessus, la lumière – pleinement affirmative…

Au cœur de cette avalanche d’éclats – de ce bombardement d’éclairs – dont on nous a fait croire qu’ils pourraient exister en dehors de nous – comme si nous n’y étions pour rien dans la construction de ce mythe – de cette merveilleuse aventure – de ce long (et périlleux) voyage vers l’affranchissement…

 

*

 

L’étreinte des mots et du ciel – qui poussent (ensemble) la porte derrière laquelle sommeille l’esprit – trop enrobé de chair…

Une sorte de tendresse – un coup de poing – un coup de tonnerre – une caresse – une invitation à jeter dans les flammes ce que nous considérons comme le plus précieux – à sentir le sol sous ses pieds et l’envergure de l’âme ; le vide – partout – qui nous habite et que nous habitons…

Quelque chose de rare et d’insensé capable de traverser l’espace et d’échapper au temps…

 

 

Contre la nuit – la parole – au seuil du ciel – comme un chahut – une bousculade – de la lumière – un peu de soleil – et toutes les routes qui se dessinent sur la terre ; des visages (mille visages) à délaisser (tous – sans la moindre exception) – un feu à découvrir et l’oubli comme la seule perspective (réellement) nécessaire…

Ni trace – ni sourire ; pas même un peu de poésie…

Ni doute – ni question – sans la moindre tristesse…

Indécis, pourtant, face à l’immensité qui se découvre ; la joie au cœur – au milieu du désert – au milieu du désastre – seul(s) sans le poids du monde – sans le poids des Autres…

Et sur le bûcher – rien que du vent et du silence – au-dessus des cris (parfaitement) inaudibles…

 

 

Au cœur de l’hiver – les portes fermées – la chair vieillissante – la raison détournée de son usage habituel…

La vie et le monde – comme du théâtre – mille situations – où l’esprit – le corps – le cœur – sont engagés ; si essentiels – si consistants – si crédibles – autrefois ; source de tant de tracas – de tant d’espoirs et de larmes versées – devenus aujourd’hui (presque) sans importance – comme un rêve – une hallucination ; le délire, peut-être, d’un somnambule égaré dans un univers inventé – fantasmé – (strictement) fictionnel…

 

 

Là où l’on se résout – au cœur du monde – du vivant – de la substance – en ce lieu où se mêlent l'invisible et la matière – le souffle et le lointain…

Bien davantage qu’un parcours – un cheminement ; une marche – au-dedans – pour rejoindre l’origine…

 

 

Le ciel agrandi par l’espace que l’on offre à l’âme – par l’importance que l’on accorde à la lumière et au silence – dans le geste – sur la page – au cœur du quotidien…

Tout emporté – vers l’équilibre et les hauteurs – cette complétude (en général) inaccessible à l’homme…

Avec la nuit et les instincts pleinement intégrés à la perspective…

 

 

Ce que nous enjambons – sans un regard…

Ce qui nous échappe – presque tout – l’essentiel de l’âme et du monde…

Comme une étendue inconnue que seul le vent parcourt…

L’apparition des choses – leur froideur – leur proximité…

Et quelques interstices où se cacher…

Et cette corde – comme un chemin vers le jour – une manière de s’abstraire de la surface – de descendre en soi…

Ce qui nous résout – ce qui nous atteint…

 

 

La même matière – la même substance – ici et là – déguisée de mille manières ; des plus élémentaires aux plus folles vêtures – comme si le monde était un spectacle – et la vie, un bal costumé…

Et pourtant – peu (très peu) de rire sur la terre – comme si la fête était ailleurs – comme s’il nous fallait apprendre à jouer – à vivre – à regarder – autrement ; le seul apprentissage indispensable à l’homme – sans doute…

 

*

 

Partout – en soi – ce qui bouge et l’immobilité…

Ce qui s’estompe et se déploie ; cette respiration qui échappe au temps…

Le rien – le plus indésirable – peut-être – que nous sommes – sans même le savoir – et dont nous nous rapprochons peu à peu – malgré nous…

Le visage et l’effroi qui (progressivement) s’effacent devant l’aube naissante…

Notre présence – de moins en moins étonnée – de plus en plus silencieuse…

 

 

Nous – nous croyant séparé(s) de tout – ensemble – indissociables – dans l’abîme comme dans la lumière – qu’importe la matérialisation (provisoire) de l’espace…

Où que l’on soit – partout demeure l’asile…

 

 

Derrière la voix – le geste – la ligne poétiquement tracée – un (irrécusable) sillon de lumière – parfois juste un trait fugace – d’autres fois le sol irradié jusque dans ses profondeurs…

Quelque chose de l’âme qui a (brièvement) entrevu l’immensité ; entre l’évidence et le ressenti – cette clairvoyance…

 

 

D’un monde à l’autre – inquiet – comme si le chemin se dessinait pour la première fois…

D’un jour à l’autre – la même incertitude – le même périple…

Et sur l’itinéraire – l’intensité (progressive) du regard et le rythme (de plus en plus lent) des pas – la nécessité (inconsciente) des retrouvailles qui offre l’ardeur et l'intention…

Le soleil d’abord vécu dans le sang – puis, dans l’âme ; la seule direction – le seul sens du voyage – sans doute ; ce long périple vers la joie – la lumière – l’immobilité…

 

 

Le feu – en nous – attisé par l’invisible et les choses du monde…

Avec une trappe – au fond – un abîme dans lequel tout finit par disparaître…

Ce dont nous nous coupons – par inclinaison naturelle…

Nous – occupé(s) – englué(s) – par la surface ; et toujours imparfaitement séparé(s) du reste…

 

 

Les épaules larges pour soutenir la masse – l’épaisseur du monde…

La solidité de la matière apte à porter son surplus et ses excès…

Et, comme corrélée, cette infirmité à accueillir ce qui surgit – cette insensibilité au monde – cette indifférence à la souffrance – à l’existence – des Autres…

Un surcroît de chair – des amas de terre séparés par des douves larges et profondes – infranchissables – dans lesquelles stagne une eau sombre et nauséabonde – comme des îles au cœur d’un même océan ; et le ciel au-dessus – présent – inutile – (totalement) hors de portée…

 

 

Des colonnes et des routes – aussi haut – aussi loin – que possible – en vain…

Ce que l’invisible dissimule à l’esprit – aux yeux – trop grossiers – aux âmes frustres et rudimentaires…

Peine perdue tant que nous ne saurons nous immobiliser – suspendre notre ardeur à la surface du monde – opérer un changement de plan vers l’intérieur et initier une forme de verticalité – réunir les conditions propices à un renversement du regard – à une ouverture au-dedans – comme un élargissement, un plongeon et un envol simultanés ; bref, nous consacrer (pleinement) à l’exploration de l’espace – du vide – de toutes les profondeurs et de tous les recoins qui fondent notre identité…

 

*

 

L’oubli du nom – comme une coulure sur le sable – avalée – absorbée…

Et le soleil qui brille – à présent ; autrefois sur l’impossible – sur l'impensable…

L’apparence du monde ; et nous autres, créatures vivantes, comme de minuscules protubérances – des brins d’herbe – une (simple) hypothèse – et pas davantage ; une sorte d’épiphénomène – au milieu de mille autres – de dix-mille autres – de milliards d’autres...

Et de l’émergence à la disparition – l’incarnation de l’absence – au cœur du vide…

A vrai dire – rien (ou pas grand-chose)…

 

 

Tels une forêt de syllabes – des lettres éparses – des mots et des phrases étrangères au monde – aux Autres – au temps…

Un chant clair et des étreintes ; mille choses à voir – à découvrir – à embrasser…

Une feuille – des feuilles – un arbre – des arbres – notre support et notre soutien…

Des oiseaux – toutes les merveilles de la terre ; et tous leurs secrets…

Le ciel – le mystère – ce qui n’appartient au rêve ; le fleuve qui coule derrière l’horizon ; le chemin non pensé qui mène à l’enfance et à la lumière…

 

 

En soi – le silence – par-dessus le chaos – les cris et les chuchotements – par-dessus l’ombre – les étoiles et la solitude…

Là où tout est vertige et intimité…

L’espace sans contour, peu à peu, transposé sur la page ; la voix et l’encre – le feu et le sang – exactement la même chose ; ce qui est nécessaire à la vie – le corps – le monde – la poésie…

 

 

Du fond de l’âme – cette soif jaillissante…

Les yeux qui cherchent – partout – sur la terre – l’assouvissement – ce qui désaltère…

Plus loin – sur la route – de l’autre côté du monde – au creux de cette boucle qui quitte le sol – l’asphalte – pour s’infiltrer à l’intérieur – par les lèvres – la parole parfois ; le cœur creusé avec constance – avec obstination – par la marche et les circonstances…

Là – présents – au fond du manque – de l’obscurité – de la douleur – contre lesquels nous apprenons, peu à peu, à nous blottir – cette quiétude – ce silence – cette tendresse ; et toute la joie du monde épargnée par les tourments et les malheurs qui hantent la terre…

 

 

L’exiguïté du monde – de la tête – de la parole…

Un périmètre – un cercle – un point – dans l’immensité ; des vibrations – quelques ondes qui se propagent à peine plus loin que leur centre…

Et nous – appuyés dessus (de tout notre poids) – comme si notre volonté et notre insistance pouvaient faire la différence…

 

 

Un monde – parallèle à ce monde – où tout – chaque chose – chaque visage – est comparable en densité et en envergure ; un monde où le feu vaut le froid – où la terre vaut le ciel – où le silence n’est jamais aussi proche de celui qui s'est abandonné à l'invisible – aux forces du réel – à la nécessité de la métamorphose – à cette étrange transformation du regard…

Du dehors et du dedans – il ne reste que deux mots inutiles – sans usage ; rien que du vide – et, selon les circonstances, un peu de tristesse ou de joie…

 

*

 

Le regard circulaire – continu – sur le monde – l’œil sur la pierre et les chemins…

Auprès des arbres sédentaires…

Des cercles ; et quelques oiseaux migrateurs…

Devant soi – le spectacle de l’enfance…

L’innocence inconsciente et barbare…

Comme une dérive – un brouillard ; un peu d’eau sur une pente stérile et rocailleuse…

Le souffle encore (trop) puéril et superficiel – comme si la vie espérait davantage – comme si le jour, pour s’offrir, attendait que nous grandissions – que notre âme mûrisse (suffisamment)…

 

 

Le parfum du monde – le long de la route ; avec quelques haltes et quelques respirations (indispensables)…

Le ciel retranché – quelque part – dans l’eau souterraine…

Avec, de temps à autre, un sourire et des résurgences…

Un monde – en soi – qui demande à éclore…

Le cœur indéchiffrable qui se dissimule – qui se dérobe – comme une île invisible et mystérieuse qui s’éloigne à notre approche…

Des circonstances – le langage des phénomènes qui s’écrivent les uns sur les autres – et qui, ainsi, défrichent leur chemin…

 

 

Seul – comme si tout était derrière soi – la tête remplie – la tête qui s’affaisse – la tête qui s’efface, peu à peu – à mesure que le temps disparaît…

Des instants lumineux qui emportent des pans d’obscurité…

Des objets oublieux d’eux-mêmes et des lieux sans séparation…

L’espace et la parole – en archipel ; et une myriade de rives et de naufragés…

 

 

La douleur (si souvent) aiguë (et inconsciente) du mutisme et de l’imitation ; et la joie (palpable – tangible – si évidente) du silence et de l’itinéraire singulier qui s'invente – qui se dessine…

Un chemin à l’écart des Autres – où chaque pas creuse un abîme et allume un feu…

Un monde – mille mondes – parallèles au monde…

Un temps – un temple – sans parole…

Et cette intimité croissante entre les choses et l’âme qui chemine…

 

 

Sous nos yeux – des portes inutiles et l’œuvre (controversée) du vent…

Un pied dans l’abîme et l’autre sur les hauteurs…

Une traversée du monde et du temps…

Ce dont il faut se séparer ; et l’ajustement nécessaire pour laisser advenir – et être capable d’accueillir (le cœur joyeux) ce qui s’impose…

 

 

Quelques souffles – sur la pierre – le bâton à la main – l’âme et la bouche proches de l’immensité…

Plus haut – là où l’on a commencé à creuser…

Tous les nœuds dénoués sur la corde ; et ce fil sur lequel glissent – et dansent – les pas…

Des gestes-source – en quelque sorte – capables de guider jusqu’à la confusion – jusqu’au vertige – jusqu’à la parfaite immobilité…

 

 

L’épaisseur de la soif – de la nuit – de la matière…

Dans la paume – un peu de neige – deux ou trois oiseaux migrateurs – et, au-dessus, un ciel négatif – contourné – et, plus bas, le sol et l’altitude – et, un peu partout, la possibilité de la métamorphose…

 

*

 

L’oubli du monde – un désert – mille grimaces – le défilé des Autres et du temps – des paroles et des voyages ; mille futilités…

Et notre œil – solitaire et incorruptible – qui, en ces lieux et en cette (navrante) compagnie, cherchait l’impossible…

Et le ciel – à présent – le vide où ne flotte aucun homme – aucun Dieu ; le silence – ce qui nous ressemble – là où plus rien ne peut être convoité…

 

 

Rien qu’un centre autour duquel nous ne cessons de tourner (en rond) – comme une danse – des pas et des gestes – interminable(s) ; et des choses que l’on place entre nous et la possibilité du retour…

La périphérie contingente – et nécessaire (apparemment) – infiniment changeante et remplaçable…

Comme des instruments de la lisière ; mille tourbillons et mille jets de sable qui donnent le rythme (et son allure) à l’ensemble…

L’apparence du monde – tel qu’on le devine – tel qu’on l’envisage…

 

 

Rien à construire sinon la transparence ; offrir aux yeux – aux pierres – aux fleurs – le manque du bleu – cette soif – l’irrépressible nécessité de l’étreinte…

Et entendre (être capable d’entendre) dans cette nuit sans voix – la douleur – ce qui bouge – ce qui se donne – ce que l’on enseigne en ce monde ; rien qui ne fasse consensus – du rêve et du sommeil – ni joie ni intimité…

Des résonances lointaines (trop lointaines) – des âmes frustres (trop frustres) – une obscurité épaisse (trop épaisse) – et trop peu d’intériorité pour s’affranchir de cette cécité terrestre…

Rien que des songes (et des chimères) – quelques syllabes (très maladroitement prononcées) – un peu d’imaginaire ; et cette nécessité du ventre qu’il faut (inlassablement) satisfaire…

 

 

Le sol – l’orage – le vent – la pierre et l’altitude – jusqu’au bleu qui nous reflète…

D’une hauteur à l’autre – sans la moindre corde…

L’espace comme arraché à lui-même ; le vide en train de jouer avec ses propres éléments…

 

 

Dieu – toujours – au détriment des Autres…

L’œil égal – ni triste – ni engagé – contrairement à l’âme…

Le cœur infiniment terrestre ; et le regard qui dépasse toutes les extrémités (perceptibles) – au-dessus (bien au-dessus) des hypothèses et des contingences – au-delà des rêves les plus fous et des promesses les plus hasardeuses – totalement étranger au monde – aux (tristes) réalités de ce monde…

 

 

Face à face – entre nous – les yeux dans les yeux – jusqu’à l’émergence des racines – de l’espace commun – la cohésion de l’ensemble – comme une évidence…

Dans l’âme – dans la voix – reconnues – toutes les inclusions – l’esprit sans sommeil – attentif – à l’écoute – comme une montagne – de la roche lucide – au milieu des eaux stagnantes et sombres…

 

 

Le jour – toujours nouveau – s’offrant comme il nous porte…

Une clarté décelable depuis tous les lieux du monde – depuis toutes les périphéries – même les plus lointaines – même les plus inhospitalières…

Notre plus sûr versant ; notre seule appartenance…

 

 

Notre vie – à l’image d’une échelle posée contre un mur – le mur d’une enceinte bordée d’horizons gris – un périmètre fermé – avec, au-dessus, mystérieux – attractifs – le ciel et la liberté – quelque chose d’invisible que l’on imagine étranger à la contrainte – à la souffrance – à la mort ; la seule issue pour échapper au destin que semblent dessiner les apparences…

 

*

 

A la surface du monde – si léger – comme dans des vêtements trop larges – un corps qui flotte – dans les mains, des fleurs vivantes qui, peu à peu, dépérissent à mesure que le rêve s’achève…

Une masse pesante – de plus en plus lourde et épaisse – qui s’enfonce dans la terre – de plus en plus incorporée et souterraine ; la seule réalité accessible – la seule évidence ; et cette tristesse – et cet accablement – (absolument) écrasants…

 

 

La parole des arbres au-dessus de notre roulotte posée à leur pied…

Ni histoire – ni doléances – ni gémissements…

De la sagesse et de la lumière – à même le tronc – à même la sève – sur chaque feuille qui reflète le ciel…

La même musique – le chant de la terre livré sans message – à notre mesure – en tenant compte de nos infirmités…

Le silence incarné – la réponse du vide à tous nos questionnements – à toutes nos inquiétudes – à toutes nos incompréhensions…

Et un sourire – semblable à une flèche – à un (éternel) recommencement…

Le jour ainsi célébré – autant que nos impossibilités…

A l’intérieur – en dessous – notre propre visage – comme affranchi du sommeil…

 

 

Une gorgée de soufre – les yeux fermés…

Davantage de contraintes à mesure que l’on gagne en hauteur – que l’on atteint une altitude plus exigeante…

En contrebas – la roue du temps qui piétine – en quelque sorte ; le monde en train de s’essouffler – de s’enliser – de perdre patience…

Et, à notre place, les mains et la voix d’un Autre – comme si le plus proche était le moins visible…

Quelque chose d’insensé – devant notre visage – indifférent à notre cécité et à notre violence – à notre goût (funeste) pour la séparation – à notre (fâcheux) penchant pour le mensonge et le conflit ; une particule d’Amour et de liberté – malgré notre immaturité – comme un signe – un encouragement – une invitation à s’élever davantage…

 

 

Le surgissement de soi – à nouveau – la terre qui émerge d’elle-même – le vent qui enfante le souffle…

L’être – sur sa roue – son chemin – travaillant – expérimentant – sans en avoir l’air – amalgamant – égalisant tout sur son passage – là où la psyché ne cesse d’opérer des distinctions – des différenciations…

L’un jaillissant sans jamais se tarir ; l’autre s’épuisant à la surface…

Main dans la main – nous composant…

L’âme et le geste – équivoques ; la fièvre et la fraîcheur mélangées – emportées ici et là – au fil des pas et des courants rencontrés…

 

 

L’issue – parfois – là où s’affaisse (et se disloque) notre compagnie – là où s’efface notre propre accompagnement…

Livré – sans fard – sans défense – sans appui – à ce qui se présente ; à la merci de ce qui surgit ; l’Autre – la terre – le ciel – toutes les eaux glacées du monde…

Nous offrant en partage – plus dense – plus léger – plus vivant – que jamais…

 

 

L’effacement – la disparition – l’évidence du mystère – de la vérité vécue – comme un processus naturel au-delà de l’individualité ; le prolongement, en quelque sorte, de l’individuation ; la continuité de l’horizontalité (plus ou moins entièrement) déployée ; les linéaments d’une verticalité involontaire et spontanée…

La fin de l’épaisseur et de la solidité…

L’émergence de l’inconsistance lucide et incertaine…

Le bleu – le jour – succédant à la marche bancale – au vacillement – à l’opacité ; comme une trouée de lumière dans l’épaisseur sombre de la chair et de la psyché ; l’esprit – le corps – qui s’initient à la joie – au vertige – à l’intensité…

 

*

 

Comme caché en soi – soustrait de la surface – préférant le chant à la cacophonie – le silence au brouhaha du monde…

Une furtive traversée sur la pierre ; quelques saisons – à peine…

Un peu d’espace pris à l’espace…

Comme coincé dans un coin – entre une rangée de fleurs et une procession de visages…

La vie circulant – pas à pas – de la source à la source – à travers toutes les aventures possibles…

 

 

Avant la naissance – de proche en proche – le même voyage – le regard orienté un peu différemment – au milieu des ombres et des reflets…

Le corps dénaturé par les excès de la terre…

Des jardins transformés en désert…

Du granite puis, de l’argile – des montagnes et de la poussière…

Et la teneur des messages – inaudibles au milieu des cris ; ce que l’on parvient, parfois, à lire à la hâte sur les lèvres impatientes…

Et, de temps à autre, de l’espace et du silence (trop rarement – il est vrai)…

 

 

Une route – un périple – au milieu de mille étrangetés…

Ce qui serpente – ce qui se dessine – ce qui s’arrête et tergiverse ; un envol sans retour possible…

Et offert au corps – offert à l’âme – un surcroît de légèreté – à chaque foulée joyeuse et involontaire – à chaque coup d’ailes supplémentaire…

Sans direction (véritable) – à la manière d’une ronde interminable avec, déjà, un pied au centre des cercles – et l’autre errant – vagabond – aventureux – qui explore tous les chemins – toutes les pentes – toutes les périphéries…

Et en tous lieux – mille visages – semblables – différents – mille circonstances – mille expériences qui affinent la perspective – qui élargissent l’identité – qui font se déployer l’envergure (si l’on parvient à maintenir ses yeux et son cœur ouverts) ; l’incroyable (et fabuleux) apprentissage de l’être et du monde…

 

 

D’où l’on vient – ce à quoi l’on succède – des paroles en l’air – le plus souvent – des actes irréfléchis – pour l’essentiel…

La tête (très fortement) séparée du sol – l’âme, du ciel et le cœur, des Autres…

Comme un grain de sable sur une grève immense (et incompréhensible) dont on ne perçoit qu’un infime tronçon…

Le feu vacillant – l’idée trompeuse d’un bleu saisissable – à notre portée – comme s’il nous suffisait d’allonger le bras ou de tendre la main pour en attraper un peu…

A rebours du monde – la nécessité de l’intériorité comme socle de l’invisible et de la verticalité – auxiliaires (incontournables) du plus précieux…

Segment minuscule et négligeable porté (pourtant) par l’ensemble…

 

 

Avant nous – le monde – la marche millénaire – les ombres ancestrales – ce qui monopolise l’espace et l’attention…

Les lieux (tous les lieux) où se jouent les destins…

Le vent – la neige – le sommeil – (presque) toujours en contradiction…

Le tremblement des fleurs et des âmes…

Le temps fractionné – comme émietté ; et l’érosion des reliefs ; et la solidité (manifeste) des arbres…

L’uniformisation atroce (et galopante) des têtes et du monde…

Et, de temps à autre, quelques embruns – la fraîcheur (réparatrice) de l’océan…

Et, plus rarement – quelques trouées de lumière – comme une invitation du ciel à la clarté…

L’immensité au-dessus – en dessous – au-dedans – consubstantielle au regard – qu’importe l’envergure incarnée…

 

*

 

Au-dedans de cette lumière – comme une manière d’éclairer le jour – ce qui nous précède et marche avec nous…

Une sorte de prédisposition intérieure…

Comme un espace – une distance – pour vivre – respirer – regarder le monde – les choses et les visages qui nous entourent…

Le lieu de l’immobilité où s’opère, parfois, la métamorphose…

 

 

Nous – entre le ciel et les toits…

Le regard à la limite des yeux – comme clôturé – avec l’horizon tout autour et les nuages par-dessus…

Amassant l’argile au lieu d’essayer de lui échapper…

Et, un jour (presque par hasard) – un peu de repos et de hauteur ; une halte nécessaire pour dépasser l’étrangeté – franchir le pas – s’insinuer dans le passage étroit qui débouche sur l’étendue (que dissimule le temps) pour que les yeux deviennent comme deux oiseaux qui virevoltent – au seuil de l’immensité…

 

 

Paroles brûlantes – autant que l’âme – autant que le sang…

Et aux racines du silence – nos feuilles blanches…

Le feu et l’innocence – unis pour accueillir le poème – ce geste involontaire – cette danse avec l’infini et les éléments…

Le parfait prolongement de la terre et du ciel – dont la page devient, en quelque sorte, le promontoire – pour que leur labeur se diffuse au-delà de la trame apparente et puisse ainsi nourrir l’ensemble du tissu que composent toutes les créatures terrestres – célestes – cosmiques…

 

 

Le bleu – si passager – comme sur un plateau – pourtant…

Des choses qui ont l’air – seulement l’air ; des apparences (totalement) incompréhensibles…

Notre attente impatiente…

Et cette ressemblance que nous cherchons partout – en vain…

Et l’invisible qui nous rapproche – malgré nous…

 

 

Ici – en même temps qu’ailleurs – le ciel et la fatigue – ce qui meurt et ce qui fleurit – à la surface de la terre…

Des bouches à nourrir – des lèvres qui se plaignent – des mains qui se tendent ; des âmes sans espace – sans fraîcheur…

L’inattention et son remède ; la seule possibilité pour éradiquer la misère…

 

 

Le désir parvenu à sa perte ; et le même processus – la même mécanique – chez l’homme (et chez bien d’autres créatures vivantes)…

A la croisée de l’argile et de la lumière – penchant (en général) davantage vers la plèbe que vers le ciel…

Et le reste du monde (encore) non reconnu…

Quelque chose d’infime et d’infini ; indissociables – impossible à partager…

Et le bleu qui s’installe sur nos différences [pour qu'elles se déploient et que chacun puisse devenir (pleinement) ce qu'il est – sans effort – sans retenue]…

 

 

Toute l’étrangeté du monde – soudain – ravivée – effacée – comme les surprises de la langue ; et notre besoin de sommeil…

Aujourd’hui – pas la moindre relation (humaine) – pas davantage qu’autrefois…

Un puzzle à réaliser par temps de disette et de sécheresse ; et cette soif au milieu de la faim des Autres – comme si nous vivions sur deux planètes différentes – les yeux pris, pourtant, dans la même réalité…

 

*

 

Vie et vent – intriqués – des lieux – ce qui s’enracine et se balaye ; et ce qui se laisse emporter…

Le dénouement et la continuité…

Le silence brisé – retrouvé – par ce qui respire et résiste…

Sur la feuille – des signes ; quelques traces du ciel – sans doute…

 

 

Invisible – parmi les Autres – sous le joug réjouissant de l’anonymat…

Une indigence et des ténèbres – apparentes – qui, dans le secret des profondeurs, octroient une liberté insoupçonnée – inégalable peut-être…

En soi – dans ce face à face – ce qui se révèle ; ce qui surgit comme une évidence…

La solitude – la joie – l’intensité…

L’inimportance du monde et de l’Autre…

L’être et le silence – sans personne – sans rivaux ; et tous les possibles étalés devant soi – à égales distances des yeux et des mains…

 

 

Ce qui s’enchaîne – les liens – les lieux de détention – le désir et les âmes – les choses et les pas – les chemins et les découvertes – les voyages et l’inertie – la matière et cette incessante nécessité de l’étreinte…

Nulle part où aller – nulle part où se cacher – en vérité…

Et partout – des pans de nuit à interroger…

L’abîme et la mort – l’espace dans lequel on vit et celui depuis lequel on regarde le monde…

Quelques fois – très proches – d’autres fois – plus éloignés – presque lointains…

Mille perspectives et cette ténacité à toute épreuve…

 

 

Dans le froid – quelques flammes tardives – comme un feu inespéré – plus qu’un espoir – une présence au milieu de la neige et des ombres grandissantes…

Quelqu’un – peut-être – au cœur du désert – au cœur de la désespérance – qui peut savoir…

 

 

Dans cet éloignement de soi – à la manière d’un glacier dérivant – avec, coincée au cœur, l’ignorance ; des actes et des mots inutiles – de part et d’autre de la paroi gelée…

Et la fonte – pas avant le déluge…

Et cette surprise – sous la neige ; rien – le moins possible – de toute évidence…

 

 

Prisonnier(s) d’un jour sans cesse recommençant – condamné(s) à la faim et à la sauvagerie – les instincts dans le sang – tenus en (très) haute estime – instruments nécessaires à la survie et à la perpétuation de l’espèce…

A chaque instant – la tête enivrée et la chair complice – reconduites dans la danse…

Le monde et les visages – tels que nous les connaissons…

 

 

Là – comme un manque – au fond de l’âme – une fraction de quelque chose – une incomplétude ressentie – manifeste…

Le sens d’un voyage qui, peu à peu, se dessine…

Au commencement – une foule de questions…

Et, au fil du temps, de moins en moins de paroles et d’abstraction…

Un recentrage et un élargissement…

La vie plus riche – comme simplifiée…

L’instant – le silence – l’intensité – (quasiment) les seuls repères (s'il en est)…

D’une extrémité à l’autre du monde – en un coup d’ailes…

Au-delà du connu et du commun – au seuil de l’étendue – au bord de cette immensité entrevue…

La matière – de moins en moins étrange – comme apprivoisée – (presque) entièrement acceptée…

A contre-sens des Autres et des excès…

De plus en plus proche des pierres – des bêtes – des plantes…

Bien moins humain qu’autrefois ; l’humanité devenant, sans doute, davantage qu’une (simple) idée…

 

*

 

Une lampe derrière soi – la nuit qui se referme sur la saison – la forêt…

Le monde – au loin – bruyant – qui somnole…

Des existences – sans question – sans réponse ; la tête et les mains occupées à on ne sait quoi…

Ici – une autre approche – la solitude – le silence – la poésie – le même labeur quotidien – quels que soient l’espace et le temps ; des lieux de présence et d'intimité…

Un peu tout à la fois – sans vraiment savoir ; la confiance sur les lèvres – dans l’âme et la paume…

Le lointain – léger ; ce qui n’arrive jamais par mégarde…

Une flambée de joie – dans cette clairière qui échappe aux saisons et aux heures – sans (véritable) avenir – comme nous-même(s) – comme nous tous…

Emporté(s) par le désordre (fabuleux) des destins ; quelque chose entre l’origine et la mort…

 

 

Le moins déchiffrable qui se dissipe – qui s’élève vers le ciel rieur – emporté par quelques oiseaux désenchantés (des anges, sans doute, déguisés en bête)…

La poésie des hauteurs envolée – déjà oubliée – comme un effleurement – un réenchantement possible…

Comme un miracle – sur la page ; et tout ce vide – à côté – au-dedans – des mots…

 

 

Quelques traces de temps sur la peau ; les visages – comme du sable – emporté par l’océan...

Et le ciel jeté en désordre sur les jours…

Une parole pour personne…

Par la fenêtre – rien que des silhouettes ; rien que des fantômes ; un monde à peine esquissé – la fin des temps – peut-être – comme si tous les Autres avaient refusé l’invitation – comme si les Dieux nous avaient abandonné(s)…

 

 

L’ombre – fraction de l’étendue – une halte sur ses arrêtes franches – le sens aiguisé des profondeurs…

A quoi se heurter sinon à la soif et à l’abstraction du monde…

Point d’orgue du silence – à la place du bavardage incessant – perpétuel…

Ici et là – de part et d’autre du mystère – notre présence – ce long voyage immobile – du ciel jusque dans nos tréfonds – jusque dans nos moindres recoins – dans un aller et retour interminable…

Partout – étrangement – le même lieu – les mêmes visages – la même envergure ; ce que nul ne pourrait imaginer avant le début de ce périple…

 

 

A nouveau – le monde – les choses – la perte de l’intimité ; et, peu à peu, l’absence – comme un engloutissement…

La tête inattentive – l’inévitable retour de l’étrangeté…

Comme englué(s) dans la matière – davantage qu’un tégument – une succession de couches – du centre jusqu’aux plus lointaines périphéries ; partout – en réalité – sur toute l’étendue – parsemée ici et là – et entourée – d’immenses poches de vide – des abîmes – des béances – invisibles et incontournables…

Comme condamné(s) à la substance et à la vacuité – indissociables – à perpétuité…

 

 

Vivant – entre l’être et la chose ; une traversée – des haltes et des disparitions…

Ce qui passe – ce qui demeure – ce qui se révèle…

La méconnaissance (profonde) du monde – qui peut-être – qui sans doute – n’existe pas (ou alors d’une manière très partielle – infime particule prise dans une trame immense et invisible)…

Nous autres – le même miroir et ses mille reflets ; la multitude – tous nos visages ; au cœur de la même unité – éparpillée…

 

*

 

Les heures tardives du silence…

Et ce vent – et cette route – qui serpentent entre les pierres…

Indéchiffrables – énigmatiques – comme la nuit ; l’obscurité du ciel – des âmes – du monde…

Et tous nos gestes – toutes nos paroles – comme si nous pouvions changer le cours des choses…

 

 

Cause perdue – le désastre – le vain labeur de l’infime – face aux courants du monde – aux jeux de l’immensité…

La volonté – la chair – le langage – comme un peu neige – quelques gouttes – sur un feu – un peu de nuit (totalement ridicule) en plein soleil…

L’effacement et le renouvellement des forces ; le monde réinventé – à chaque instant recommencé – qu’importe que nous participions au mouvement – à la résistance ou à l’inertie…

 

 

De rêve en rêve – toujours plus loin – comme si nous voulions nous rejoindre – atteindre les extrémités du silence – franchir les plus lointaines frontières de l’infini – comme si notre sommeil avait davantage d’envergure que le réel et le rêveur…

Tout tourne en rond – bien sûr – autour du même centre – proche – multiple – démultiplié – comme des insectes (d’insignifiants insectes) autour de la lumière…

 

 

La beauté distribuée par des mains malicieuses et maladroites – qui en déversent ici de pleines cargaisons – qui en saupoudrent là – qui traversent d’autres lieux sans rien offrir et qui feignent d’en oublier quelques-uns ; et Dieu – et les vents – qui, à cette malice première, ajoutent leur propre espièglerie – en creusant – en soufflant – en balayant – en emportant – en mélangeant le dessus et le dessous – le centre et la périphérie – la surface et les profondeurs – le devant et le derrière – achevant de tromper les yeux et nous invitant à initier d’autres instruments pour percer les apparences du monde…

 

 

Le monde – des murs dressés qu’il faut raser…

La terre fracturée – la surface recouverte de frontières et d’éclats…

Le sol en pièces…

Le ciel fissuré…

L’univers fractionné…

Et toutes les têtes à terre ; le jour lapidé – éclaté – en lambeaux…

Tout – nous – nous heurtant sans cesse ; comme des fragments (totalement) séparés du reste…

 

 

La matière – le souffle et le feu – réunis – en désordre – comme coincés (ensemble) sous la peau…

Avec une cognition infirme – peu propice à la compréhension – porteuse de pensées et d’angoisse ; une perception trop restreinte pour comprendre l’organisation générale de la trame…

L’ensemble – comme une construction laborieuse – conceptuelle ou imaginaire – et non comme une évidence – une expérience vécue – une réalité éprouvée…

 

 

Une faim viscérale ; rien d’essentiel…

Le ciel et la matière ressentis depuis le manque – malgré l’espace d’un seul tenant – malgré l’étendue sans recoin…

A se retrouver ainsi – les uns avec les autres – les uns auprès des autres – les uns au milieu des autres – les uns contre les autres – les uns dans les autres – comme une grande famille – un grand corps composé – et entouré – de vide…

Le réel – malgré la mort – les naissances – le large éventail des formes et des substances terrestres…

 

 

Le jour – à proximité – au cœur même du support…

L’ossature de la route – de la langue et de la matière…

La lumière – la vacuité – la sensibilité – la tendresse – déguisées – accoutrées – de mille façons…

 

*

 

Les saisons endiablées – entre quatre murs – au milieu des Autres et du froid…

Des rives éphémères – et (en partie) effondrées…

Rien sur la terre – sur la carte ; pas la moindre confiance – une suite d’événements – l’enchaînement implacable (et parfois terrible) des circonstances…

Les âmes prisonnières – comme condamnées à subir les vibrations du temps – sans accord – sur la chair – qu’importe les noms – qu’importe la pierre…

Des blessures et de la douleur ; et cette torpeur qui confine au refus – à la mollesse – à l’inertie ; comme un engourdissement et une indifférence à ce qui n’est pas soi…

 

 

Le même écho – sur la page – au fond de la voix…

Le silence premier – par colonnes entières – à présent – sur les pentes et les terrasses – le même alphabet impatient – le sens que l’on cherche – la mémoire qui engrange – la tête qui compte – qui collecte – qui entasse…

Le même jeu – presque absurde – pour de rire – depuis l’origine – comme un funambule composé du fil sur lequel il est condamné à marcher sans fin et qui chercherait une issue – une réponse – un instant d’évasion – mille solutions chimériques – à l'extérieur (hors de lui-même)…

 

 

Distrait – la tête baissée – la nuit et le temps triomphal – comme une légère boursouflure à la naissance qui, chaque jour, double de volume…

L’irruption du labour et de la collecte – au milieu de l’ignorance-reine ; le surgissement du labeur et de l’espérance…

De la sueur – du rêve et des étoiles – des promesses par brassées…

Nous sommes l’ombre projetée contre les murs ; et la pierraille…

 

 

D’un sillon creusé en silence – auquel appartiennent les mots…

Une écoute discrète – le sens et le son – farouches – qui s’approchent – main dans la main – dans notre paume ouverte – comme un oiseau timide qui se pose quelques instants avant de s’envoler vers des lieux plus tranquilles…

Notre seule outrance – sans doute…

 

 

L’éloignement – comme seul chemin – le support du vide – la solitude (parfaitement) adaptée à nos exigences…

Telle une montagne face au monde – une sorte d’emplacement naturel – un espace où la beauté – l’émerveillement – la poésie – sont possibles…

Sans distance – entre soi et le ciel…

Le silence et la parole – l’un dans l’autre – l’un après l’autre – sans interruption…

 

 

La vie inanimée – de prime abord – en se fiant (seulement) aux apparences ; mais lorsque l’on s’approche (que l’on daigne s’approcher) – lorsque le regard se fait plus attentif – légèrement inquisiteur (peut-être) – mille manières d’interagir et mille vibrations se révèlent…

Une même surface – la même épaisseur – avec des nœuds – des creux – des renflements – une respiration ; la même terre occupée – peuplée de mille souffles différents…

Et les mêmes arabesques – subtiles – invisibles – entre le monde inanimé et le reste – entre toutes les formes vivantes – entre le plus grossier et l’ineffable ; tous les objets – choses et visages – entièrement reliés – comme un réseau – une immense trame – profondément enraciné(s) à l’espace et à l’origine…

 

 

Le cœur ouvert – comme un point minuscule au-dehors – une chose – un processus – apparemment anodins ; une infime fraction de la matière qui s'inscrit, de manière profonde et ontologique, dans la marche du monde – dans le cours naturel des choses ; une façon [(très) involontaire] de participer à la métamorphose collective du regard…

L'âme et le geste – de plus en plus attentifs et disponibles – en moins de temps qu’il ne faut pour fomenter une révolution…

L’être – sans cassure – sans dommage – œuvrant sans la nécessité des armes et du sang – comme instance puissante et pacifique – incontournable – irremplaçable ; en ce monde (et ailleurs) – sans doute – le plus précieux…

 

*

 

Devenant – du dehors – comme un visage posé dans un intervalle – une (longue) parenthèse du monde – une fraction de temps sans usage…

L’enfance disjointe…

Des impératifs humains – risibles – ridicules – atroces et funestes…

Ce que la psyché invente – ce que le savoir retient ; une manière de fourbir ses armes – d’amasser de la poudre – d’aguerrir ses penchants guerriers – à seule fin de survivre…

 

 

Contre le vent – le pays natal – toute notre ascendance – la tribu entière – la vieille (et grande) famille patriarcale – les gestes et la langue prosaïques – la distraction et la faim ; tout ce qui occupe – et intéresse – les hommes – depuis le commencement du monde…

La tête pleine de fadaises ; l’âme et l’esprit inoccupés ; le cœur sec comme un fagot…

L’inhumanité de ceux qui s’imaginent très humains ; le néant incarné (si l’on peut dire)…

 

 

Derrière le geste – l’inconsistance…

Et ce que l’on avance – en parole…

Quelque chose d’aveugle et d’inconséquent – comme une porte posée au milieu de nulle part – au milieu d’un désert ; un acte inutile – absurde – décoratif en quelque sorte – et mille autres alternatives – et la possibilité (bien sûr) de se frayer un chemin partout ailleurs…

Quelque chose pour rien – porteur (seulement) d’espoir et de néant ; le comble de la bêtise ou, peut-être, une manière de rire de ce qui semble si grave (et si sérieux) aux yeux des hommes…

 

 

Côte à côte – d’un bout à l’autre du rivage – l’eau et le sable – les courants et le limon – ce qui demeure et ce qui est emporté…

Sous les mêmes étoiles – le même labeur…

 

 

Sur la terre – l’ombre inclinée…

L’œil interrogateur…

La ligne tracée par le lancer de dés…

Des idées (un peu vagues) sur la lumière et la nuit ; rien que des idées ; ni expérience (réelle) du monde – ni vécu (suffisant)…

Dieu et les hommes dans leur abstraction…

Des images qui, peu à peu, s’effritent et s’effacent…

Le vide et les derniers échos du sommeil…

Le ciel qui se défait – laissant (parfois) émerger notre nudité apparente…

 

 

Comme des nœuds – dans les bruits – des sons prisonniers…

L’usage externe de l’écoute ; comme un débordement naturel – légitime…

D’un monde à l’autre – sans que rien ne puisse être saisi…

 

 

Des mots et des chemins ; les mêmes reliefs – la même foulée…

Le ciel – (bien) davantage qu’un décor – (bien) davantage qu’un simple figurant…

Le silence sur les lèvres et les hanches…

Quelque chose qui se transforme – quelque chose qui se fige – immobile pendant quelques instants avant de reprendre sa route vers le ciel enfoui – une manière, peut-être, d’entrer en prière sans croyance – loin du spectacle de la foi – de cette foire spirituelle – célébré(e) par les masses…

Et la joie qui s’offre – comme le fruit d’une assise – d’une ascèse – naturelles – sans rituel – sans clergé – comme le sifflement d’un oiseau qui perce l’épaisseur de l’hiver – une transformation de l’espace et de la géométrie…

 

 

Trop invisible – comme un défi au temps et à la raison ; le jour comme un fantôme – une béance…

Et le silence (vainement) interrogé…

Il faudrait, peut-être, un effondrement du langage pour que puisse briller – hors de son écrin trompeur – la vérité…

 

*

 

Ce que l’on cherche – à tâtons – dans le noir – ce sourire sans nom de l’enfance – une caresse sur l’âme – sur la joue – cette récompense que l’on croit mériter ; un lieu, peut-être, au-dedans du silence – un visage et une voix – un compagnon – un ami – ni trop proche(s) – ni trop distant(s) – parfaitement adapté(s) à notre solitude…

Cette part de nous-même(s) – que si peu connaissent – que si peu ont entrevue…

 

 

A notre mesure – suspendu(s) au-dessus du monde – entre le bûcher et la source…

Les formes plantureuses – la bouche aguicheuse – comme pour échapper à l’ombre – à l’oubli – à la relégation…

Comptant sur l’Autre – les Autres – davantage que sur nous-même(s)…

Au-dehors – l’amour – par l’embrasure – dans un coin du monde – sur un coin de table ; une silhouette dans la nuit – un souffle chaud (et rassurant) dans le cou…

Épaule contre épaule – sans personne…

Entre l’absence et l’immensité…

Et toutes les fables, soudain, qui se dissipent (en même temps que l’essentiel des illusions)…

La seule question et la seule perspective – véritables – hors du temps ; et des siècles – des millénaires – nécessaires pour y répondre – pour s’y résoudre et s’y établir (de manière satisfaisante)…

Entre le plus précieux et la poussière – la meilleure (ré)solution…

Ni pause – ni frénésie (et moins encore de paresse et de précipitation) ; le rythme spontané – l’allure régulière – la foulée facile…

Un pied dans le monde – et l’autre dans le vide ; le même espace – en vérité ; un pied au cœur des saisons – et l’autre au cœur de l’éternité ; le même instant – quoi qu’en pensent les hommes…

En silence – là où vivent les sages – l’esprit au-dessus – le cœur engagé – l’âme attentive aux circonstances – parfaitement accordé(s) au cours des choses et à l’intermittence (naturelle) des états…

 

 

Plongé(s) dans cette nuit sans oreille – à la bouche avide – démesurée – engloutissant, sans jamais s’interrompre, des pans entiers de monde et de temps…

Un empierrement des âmes et des cœurs pétrifiés – la matérialisation de l’impuissance ; l’espérance en éclats…

La terre féroce – sous des étoiles éternellement reconduites…

La figure grimaçante et estropiée…

 

 

En soi – la faille et l’immobilité – le manque et l’offrande – la joie et l’égarement – l’ignorance et l’intimité…

Ni contraires – ni opposés – ni (parfaite) symétrie – ni contrariétés ; toutes les faces du même visage – tous les versants de la terre – réunis…

Ce que nous sommes ; par-dessus notre nudité et notre dénuement…

 

 

Le jour ensemencé…

Le signe d’une attente trop longue – trop impatiente…

L’engagement trop volontaire – sous le joug du désir – comme si l’on était capable de faire naître la lumière…

Une déchirure supplémentaire – un surcroît de prétention et d’inhumanité ; le prolongement (manifeste) de l’incompréhension…

 

 

Un pas de côté – hors du monde à présent – affranchi des longues transhumances saisonnières…

Sans carte – ni boussole – la source renouvelée du voyage ; un pas après l’autre – sans savoir – sans destination…

Amoureux du regard – qu’importe les chemins et les paysages…

Une traversée immobile et silencieuse – porteuse de paroles et de mouvements…

Sur cette longue route que le ciel dévore déjà…

 

*

 

Ce qu’il faut déchirer avec les étoiles – l’épaisseur – ces moissons de rêves qui obstruent le ciel…

La porte ouverte – les clés autour du cou ; et suffisamment de silence pour faire face à l’absence…

Le vieux monde emporté avec tous les résidus d’autrefois – tous les relents d’hégémonie et d’exploitation…

Et personne pour entendre le chant – ouvrir les yeux sur ce qui résiste…

Les âmes qui flottent dans l’invisible – guidées par l’indésirable – la profondeur de l’air – la persistance de l’écho et des chaînes dans le geste libérateur…

Ni pont – ni brume – ni lanterne ; l’expérience d’une autre possibilité…

L’être et les choses – dans cette cellule étroite ; avec, par-dessus, notre fatigue et notre espérance…

 

 

L’absence conjuguée à tous les temps – inscrite sur toutes les figures laides et ligneuses – rouges et boursouflées…

Le néant dans les yeux clos – déployé jusqu’au fond de l’âme…

La main portée par les circonstances ; l’esprit fataliste…

Sans question face à l’inexplicable…

La tête baissée – le dos voûté – la respiration dans ses limites – le bras tendu au-dessus de l’horizon – comme enfermés dans le périmètre autorisé…

Le lieu du sommeil et du temps…

Quelque chose du jour déguisé – de la lumière ensevelie…

Le règne (glorieux) de la distraction sans retenue…

En soi – des réserves d’images – pour l’éternité…

La vie – comme un rêve énigmatique – qui se déroule (peu à peu) ; peut-être – sans doute – le fond de la nuit…

 

 

Sans jamais s’interrompre – le temps – le monde – le cours des choses – illusoires pourtant…

L’instant nu – de plus en plus intense – manifeste…

L’intimité – comme une présence au bord de la fusion – à la limite de la rupture…

Le signe d’une sagesse – d’une amitié…

Au-delà de la joie escomptée…

 

 

Sans incidence – sur cette portion de monde – la tête ponctionnée – comme un sac au fond duquel on piocherait – comme un piège qui, peu à peu, nous engloutirait…

La lumière – sous le sol – dans le ciel – au fond de l’âme obnubilée par ce qu’elle porte – les origines…

Et sur la pierre – peu de ressemblances ; des différences apparentes – une variation de la même couleur ; rien de la cassure que semblent percevoir les yeux…

De simples morceaux d’espace – chacun à sa place – obéissant (à leur insu) aux lois de la matière – aux nécessités du monde – aux exigences de l’ensemble et de l’invisible – accolés – parfaitement réunis et emboîtés – comme un assemblage sans le moindre interstice – sans la moindre séparation…

Rien d’inutile – à la manière du soleil ; et la même envergure ; l’immensité qui échappe à la perception ordinaire…

 

 

Ce qui passe – un peu plus haut que les étoiles…

La disparition du monde – la transformation des états – l’inévitable…

La clarté – de long en large…

Des routes qui mènent au voyage ; et le voyage à l’infini…

La perte et l’inconnu – jusqu’au vide ; ce à quoi nous sommes (tous) destiné(s)…

 

*

 

Des jours – des cœurs malmenés – en déroute (très souvent)…

Le chemin parcouru qui a creusé – en nous – le nécessaire – l’incontournable…

Cet espace qui semblait si loin – et si abstrait – autrefois – comme une cathédrale de papier…

Et, à présent, cet agenouillement devant ce tabernacle (si réel) – cette plongée en soi après la longue traversée de la nef et du cœur…

Plus ni cierge – ni prière ; Dieu – en nous – de sa propre voix – nous invitant à poursuivre le chemin – l’excavation – la transparence du jour ; l’espace à restituer entièrement…

La vie comme elle va – (pleinement) consentie ; le geste et la posture – ancillaires – inclinés – la gratitude au-dedans…

La fin de l’initiation – des préliminaires ; l’invitation (enfin) à la vraie vie

 

 

La vie au-dehors – piétinée – si compréhensible dans ses défenses et ses assauts – dans ses volte-faces et ses rebuffades…

La guerre – avec ses blessés et ses morts – en pagaille – dans le désordre (récurrent) de la terre…

Des ombres – des traces – des échos ; rien qu’un long supplice et un peu de sommeil…

Depuis longtemps – pourtant – la même promesse – cette paix tant désirée que l’on oublie pour un surcroît de terre et de chair – la moindre offense…

Diable ! Tant de sang et d’ignorance qui suintent à travers les fissures du sol et de l’âme…

Notre peine – à tous – depuis des siècles – des millénaires – depuis le début du monde…

Cette souffrance et cette peur – cette incompréhension – si familières…

 

 

Fractions de l’Autre – des Autres – en soi…

Un puzzle vivant qui, à chaque instant, se réinvente…

Des morceaux agglomérés – circonscrits qu’en apparence…

Du vide et ce qui a l’air d’exister…

Dans le jeu – sous le joug – de toutes les illusions…

 

 

Des gestes pour rien – des paroles perdues…

Les caresses et les poignées de main du vent ; des coups de pouce et des coups du sort…

A mi-chemin entre la solitude et ce que nous portons…

 

 

Une vie à la surface du monde – au contact des choses – sans espace – sans profondeur – sans intimité…

Une vie en retrait – retirée – à distance des Autres – entre le ciel et l’intériorité – entre l’infime et l’immensité…

Quelque chose sous les yeux – au fond du regard ; la même ligne – comme l’origine et le prolongement du cours des choses – parfaitement confondus…

Chaque instant – hors du temps…

Chaque geste – comme l’émergence des circonstances ; continuité ou conclusion induite par la situation – par toutes les situations simultanées – imbriquées – par l'ensemble des événements du monde…

 

 

Ensemble – jaillissant – nous morcelant – jusqu’à l’effacement – jusqu’à la disparition – jusqu’au renouvellement…

La respiration ininterrompue de l’espace…

Le vide vivant – à travers notre manque – notre soif – toutes nos maladresses…

 

*

 

Des arbres – comme la seule foule acceptable – silencieuse – accueillante – ouverte à la différence – aussi proche du ciel que de la terre – respectueuse de tous les peuples…

En ces lieux parcourus – le mystère qui s’entrouvre…

Ni nuit – ni chiffre – ni conjecture…

En deçà de toute mémoire…

Le temps de l’eau et de l’enfance…

La mousse maternelle…

La vie incertaine et imprévisible…

Le point de bascule avant de toucher le sol – la poussière…

 

 

Voyageur du dedans – sans trace – sans repère – le sourire aux lèvres et le bâton à la main…

Sans la moindre étrangeté dans la tête…

Sans horaire – hors du temps…

Les poches et les mains vides…

Arpentant l’espace – découvrant les choses jusque dans leur intimité…

Laissant les pensées – les images – défiler…

La respiration alignée sur le rythme…

Le pas foulant l’automne et les collines…

La barbe grisonnante approchant l’invisible – l’éternel…

Tentant de donner un nom à l’ineffable – de circonscrire l’infini – dans un seul geste – une seule parole…

L’oreille tendue – la bouche tordue en une moue attentive (légèrement inquiète) – le cœur confiant – comme si le monde était un jardin – et l’existence une expérience théâtrale totale…

Un fragment d’espace déambulant dans l’espace – en lui-même ; la seule rive possible – davantage que le rêve et l’ambition des hommes…

 

 

Du rêve à l’espace morcelé – jour après jour – comme autant de nuit(s) accumulée(s)…

Des murs plus hauts – des routes qui serpentent davantage – une voix qui doit hurler tant nous nous sommes éloignés…

Une séparation qui nous emporte – des cœurs déchirés – des bouts d’âme arrachés – l’être comme sur le point de se fissurer…

 

 

Le feu noir – la vie en miettes – sans éclaircie – le néant à la place du vide – la peur à la place du bleu – le lieu de tous les possibles – de toutes les confusions…

Et les impératifs du rêve – du monde qui rêve – qui accroissent notre perte ; l’égarement sans espoir d’échappée…

 

 

Des visages – des jeux – le peuple – les yeux fermés – que la mort décime – que la frivolité occupe – engoncé dans ses inventions – dans ses illusions baroques…

Et plus loin – à l’écart – à la périphérie du monde – des lieux où la route éreinte – accroît la fatigue et la nudité – mène à l’ardeur sans usage et à l’immobilité…

Des rives désertes – désertées – qui transforment le regard et la pierre – le geste et le ciel…

Un soleil plus large – une joie jamais feinte – le vide en tête et quelques signes, parfois, comme une invitation – une marque de ralliement – une manière d’inventer un passage – mille passages – entre la roche et le silence – entre l'harassement et la félicité – un parcours unique – parfaitement adapté à chacun ; le seul chemin – le seul voyage – à réaliser…

 

*

 

L’enfance penchée sur le plus intime – le silence – l’Amour – à travers le jeu – le rire – le geste innocent…

Quelque chose de spontané – comme un espace et une voie naturels – avec des cris et une respiration saccadée…

Avec assiduité – ce voyage – jusqu’à l’automne – jusqu’à l’hiver – au cours duquel les cheveux blanchissent et la voix se tait et devient plus sage…

 

 

Ces rives étrangères – sans langage – où on lutte – où l’on crie – où l’on se débat – avec sa cohorte de rêves et d’ambitions…

Des itinéraires précis – millimétrés – sans surprise – sans détour ; et autant de victoires et de grains amassés que de larmes et d’outres de sang versées…

L’encre noire de l’homme qui dessine sa monstrueuse géographie – ses propres barbelés derrière lesquels il enferme le monde – l’air – la roche – les étoiles – toutes les choses et tous les vivants de la terre…

 

 

L’espace creusé au bord de la tristesse – sans parole – sans passage – sans passant – dans la solitude la plus familière…

Et cet étonnement à nous voir de part et d’autre de l’abîme – un peu partout – en vérité – comme éparpillé(s) – entre la lumière et la mort – entre la surface et les profondeurs…

Du centre jusqu’aux plus lointaines périphéries – le même silence – le mystère éclairé [et parfois (en partie) éclairci] – la sagesse et la folie – le ciel et l’épaisseur – l’immobilité et la furie…

Dans une invariable oscillation ; l’âme qui chemine – qui se découvre – partout ; nous – le mystère – dans notre œuvre nourricière et légitime…

 

 

L’œil percé par la puissance des choses – qui traverse la chair – qui pénètre l’âme…

A la mesure de notre joie – la transformation de notre visage (trop strictement humain)…

Cette place dans les profondeurs ; et la perspective des Dieux épousée…

Ce que nous portons sur cette route étrange qui allège, peu à peu, notre charge – notre embarras – notre pesanteur…

Pas – gestes et paroles – emportés – avec joie et légèreté – vers des lieux plus lumineux et des usages plus dignes – plus adaptés au monde et aux circonstances ; comme le signe d’une humanité retrouvée…

 

 

Au cœur de cette langue qui n’est pas la nôtre – au milieu de tous et de l’inertie – cette terre et ces pierres que l’on amasse – depuis trop longtemps relégué(s) à l’inessentiel – au plus que superflu – condamné(s) à la surface du séjour – du passage – de la traversée – à faire fructifier – et boursoufler – mille formes de croyances – à construire un chemin au milieu des fantômes – des idées – des apparences…

Trop brièvement – ici – pour se faire (malgré soi) le support du mensonge et du néant…

 

 

A nouveau – le jour – l’alignement du monde et de la parole – pareil à un soleil – à un horizon clair – clairement identifié – au-delà de tous les horizons humains perceptibles et imaginables…

En plein vide – comme en suspens…

A côté – de plus en plus loin – de ceux qui ont décidé d’avoir l’air – de faire semblant…

Vivant – le cœur projeté par-dessus l’âme et la chair – par-dessus le corps-interstice – battant – respirant – à découvert…

Les linéaments de l’homme – peut-être…

 

*

 

Quelque chose s’approche – toujours – et se dresse – parfois un mur – parfois le vent – parfois le soleil et la joie…

Derrière les apparences – ce qui résiste au monde ; derrière les ultimes résistances – ce que l’on ne connaît pas ; derrière ce que l’on ne connaît pas – l’enfance qui affirme son allégeance aux apparences – l’enfance qui regarde le monde – l’enfance qui se joue des résistances – la confiance face à l’inconnu…

Un sourire – un ciel – une corde ; et la poursuite (bien) plus joyeuse du voyage…

 

 

Ni question – ni exigence…

Plus proche de la source que de la trace…

Des mouvements – de toutes parts ; et une tranquillité au fond du regard…

Ce que l’on cherchait – autrefois – plus haut que le ciel – plus puissant que le vent ; dans toutes les particules du monde – fragiles et dérisoires – parmi la cendre et la poussière – des extraits de roche – dans le désarroi et la folie – dans la nuit et les ventres qui digèrent – dans les mains tendues et les yeux perdus – dans les volte-faces et les manigances – dans les caresses – les guerres et la violence – partout où nous sommes – partout où nous vivons – jusque dans nos bassesses et nos absences…

Le vide ; et la conscience – habituellement utilisée – corrompue – dévoyée – devenue, soudain, sans usage – sans emploi…

Seul – à présent – face à ce qui vient – au milieu des tourbillons qui parsèment (très momentanément) la vacuité...

 

 

Loin de la parole commune et coutumière – née de l’habitude et de l’opacité ; plutôt celle qui habite un lieu que nous ignorons – et que nous continuerons d’ignorer – ailleurs – ici même – plus haut et plus bas – qu’importe ce qui nous traverse – qu'importe ce que nous traversons…

Et tous nos silences – sur la page – imprimés…

 

 

Le vide découpé en jours – en seuils – en points critiques – à la surface du monde – dans tous les lieux investis par l’homme – et, de l’autre côté, le souffle – l’air – le ciel bleu et les profondeurs – toutes les merveilles et l’immensité d’un seul tenant…

D’un côté, la cassure et l’attente d’une récompense – d’une réparation – de simples consolations – très souvent ; et de l’autre, l’attention détachée – amoureuse – capable d’accueillir tous les fragments – tout ce qui s'invite – approche – advient…

 

 

Derrière ce qui se manifeste – la pierre et la lumière…

Et ce qui se détache au cours de la traversée…

L’âme engagée – la sente qui nous révèle et nous transforme – au-delà de l’expérience – au-delà de l’existence vécue – au-delà des apparences et de la parole qui en témoigne…

Nulle loi ; rien d’étranger – rien de rejeté…

Le dépassement et la mesure – quelque chose, sans doute, à préciser (à éclairer peut-être) ; les premiers pas – le début d’un chemin – d’une initiation – d’une métamorphose – d’une perspective un peu folle…

Vers l’unité – à foulée lente – naturellement…

Et le geste inaugural – comme l’une des rares récurrences ; à chaque nouvelle étape – chaque jour – à chaque instant – le recommencement perpétuel du voyage…

De moins en moins – comme une évidence…

 

 

L’infini circonscrit dans le geste ; d’abord resserrement – détention – réclusion – puis apprentissage (très progressif) de l’immensité – de l’envergure – de la liberté ; la limite et la contraction accueillies – acceptées – puis dépassées ; ni pour – ni contre – sans parti-pris – sans idéologie – sans rien à défendre – sans rien à combattre – sans rien assujettir – le cours des choses – tel qu’il va – tel qu’il vient…

Ce que dicte le réel – une obéissance sans alternative ; mille possibilités ; et toujours un seul chemin ; ce que l’âme et le monde imposent…

 

*

 

De la terre – des étoiles – et cette marche – et cette âme – infatigable – interminable…

Quelque part – nulle part – où est donc la frontière – le seuil – le franchissement…

Des désirs d’autrefois – nulle trace…

Le temps libéré de lui-même…

L’homme soumis à l’errance – à la déambulation – comme l’énergie contrainte de circuler…

Le présent entre les mains ; et les paumes aventureuses…

Des instants – rien que des instants – qu’importe l’âge et l’époque…

Des syllabes nouvelles – le rythme de la parole dicté par la lumière et le silence…

Et ce trop-plein – encore – de choses à écrire – qu’importe le sens – le cercle des lecteurs – la taille de l’auditoire…

Des mots à seule fin d’honorer le chemin – l’effacement des territoires – la solitude – la chambre parfois visitée par l’Amour ; comme un sourire immense destiné à personne – pour la simple joie des lèvres entrouvertes – de ce qui existe – de ce qui est donné…

 

 

Des sauts – des élans ; ce qui s’imprime – comme l’origine du monde – sur la matière…

Les âmes disjointes et séparées…

Les pertes successives – comme des prières…

Dieu qui, en nous, invite à la nudité – à nous rejoindre…

A la source des lieux et du temps…

A la manière d’un soleil gigantesque…

En équilibre sur toutes les épaules – avançant – l’âme, au-dedans, frémissante…

Tout – tous – embarqué(s) dans cette incroyable ascension sans échelle…

La fraîcheur de l’innocence et le feu ardent du cœur – nécessaires pour franchir les premières hauteurs…

L’infini qui se déploie dans la poitrine ; la fin de l’exil…

L’existence – au-dessus du sol – précieuse…

Dans le sein de Dieu – au plus intime – au milieu des Autres – des apparences et des illusions – célébrant le centre – le monde – les visages et les choses ; l’être, à travers nous, découvrant son ampleur – sa diversité – sa plénitude…

 

 

La parole et la pierre – alignées ; comme le sol et la page – le cœur et la main…

Derrière le temps amassé – et expulsé – le vide entrevu…

Nous – nous soustrayant toujours davantage…

 

 

La course interrompue – la tête surélevée – un pas de côté – comme un surcroît de silence et de lumière…

L’âme désempêtrée ; la matière percée jusqu’à l’essence…

Comme si le dehors n’avait jamais existé…

 

 

A travers la parole – le même silence – au-dehors et au-dedans – comme un pont entre les mondes – lorsque l’attente cède la place à l’écoute – lorsque l’immobilité se substitue aux exigences…

 

 

Des routes – des visages – des itinéraires – des pas engagés…

Les vestiges éparpillés de l’infini – ce qui se mêle pour constituer le monde…

Plus haut, le ciel – en dessous, les tombes – et entre les deux, l’espace des choses et des vivants…

Les vents – le souffle – ce qui porte tantôt à l’intérieur – vers le centre – tantôt à l’extérieur – vers la périphérie…

Des haltes – des interstices – des parenthèses…

Le séjour qui, parfois, se prolonge – le voyage qui continue – qu’importe les circonstances ; qu’importe ce que nous sommes et ce que nous faisons ; l’insignifiance de l’essentiel – au regard de l’envergure de ce qui est – de ce qui nous porte…

Comme des taches – un peu de couleur – sur l’immensité blanche – la transparence des choses – l’invisible…

 

*

 

Au gré des jours et des saisons qui passent – les souvenirs qui, peu à peu, s’effacent…

Et le mystère ainsi mis en évidence – exposé ; des fragments de la source éparpillés au fond du cœur – au fond des choses – qui (progressivement) se révèlent…

Davantage (Ô combien !) qu’une manière de dire ; la vérité agissante vécue (et qui le sera, un jour – bien sûr, par tous ceux que le doute habite encore)…

La seule réponse possible aux questions des illettrés…

Le frémissement de la chair ; au contact de tous les soleils intérieurs…

Cette intimité vibrante (et savoureuse) avec le monde…

 

 

L’aube – comme un signe – au-dessus de tous les piétinements…

Un cercle autour de soi…

Et l’âme embarquée – malgré elle – comme si le corps était un temple provisoire…

Un peu de matière suspendue…

Mille choses à déconstruire ; soustraire et se dévêtir pour que brille cette nudité comme une lanterne au fond du noir…

Au milieu de la boue et du brouhaha du monde…

Et tout ce bleu qui s’invite sur cette tristesse (de plus en plus étrangère)…

De moins en moins loin – la lumière…

 

 

Au-delà des grilles – rassemblés – au-dessus des tombes – l’envol (inoubliable) de ceux qui quittent le monde…

Derrière les murs – en ces lieux où (en général) se lamentent – et se prosternent – les vivants – les yeux rouges et le cœur gonflé de larmes…

L’espérance à tire-d’aile – comme une flèche incertaine décochée vers le ciel…

Et toutes ces prières – et toutes ces âmes – qui montent vers ces terres nouvelles – comme nous tous qui allons dans l’existence – avec ce curieux mélange de curiosité et d’accablement – de peur et d’allégresse…

 

 

Au ras du sol – la tête et le pas qui insistent – comme une résistance absurde (et immature) à la verticalité naturelle de l’homme…

En nous – la bête qui s’agrippe – qui s’accroche…

Et la foulée lente à travers les couleurs dont l’ultime – sur un tertre – sera, un jour, couronnée par la transparence…

 

 

La figure du feu sur la neige…

L’incendie des routes – comme des vagues successives qui restreignent les possibles – les destinations – tous les lieux propices au voyage et à l’évasion…

Vers l’immobilité – de plus en plus – comme l’état le plus favorable au souffle – capable de rapprocher l’intime et le (plus) lointain – de révéler le bleu caché au fond du cœur – au fond des choses…

La légèreté du mouvement ; l’invisible à l’œuvre ; le monde et la joie à demeure…

 

 

Sur la terre ancestrale de ceux qui ont quitté ce monde…

Face à soi – le désert – aussi silencieux qu’au-dedans…

Les premières difficultés et les premières hauteurs – franchies…

La couleur la moins sombre du périple…

Et les reflets – à l’intérieur – de l’étendue…

Le pas de plus en plus lucide ; et la terre arpentée moins (beaucoup moins) aveuglément…

 

 

L’oubli – la perte du nom – de moins en moins de visages et de rencontres…

La solitude – (très) amoureusement…

Et cette ardeur accrue à la perpendiculaire du monde…

Entre nous – le vide et la lumière ; le vent puissant ; l’expression du Divin – à travers le regard et le geste ; l’ineffable dont nul ne peut mesurer le poids sur nos existences…

 

*

 

Ceci ou cela – ici ou ailleurs – ce destin ou un autre…

Tout égal – tout pareil – tout qui passe – sans (réelle) importance…

Et l’essentiel alors (s’il en est un) ?

Notre manière d’être présent (bien que nous n’ayons aucun choix sur notre façon d’être au monde)…

Quoi donc alors ?

Être soi-même – sans rien renier ; incarner toutes les parts que nous sommes – toutes les parts que nous portons – telles qu’elles sont – telles qu’elles se présentent (à l’instant où elles se présentent) ; et ainsi, peut-être (rien n’est moins sûr) assumer son rôle (variable – provisoire – circonstanciel) – occuper la place qui est (supposément) la nôtre – celle que chaque situation impose – dans tous les cercles qui composent l’infini…

Rien de plus – rien de moins ; le plus proche de soi – de la vérité – sans doute…

 

 

Le lieu de l’indifférence et de la mort – sur le terrain où nous défient les fleurs…

La beauté rayonnante – l’assise souterraine – pour des siècles de vie – à la merci des Autres – offertes – jouant des pétales et des couleurs – généreuses en pollen – indéfiniment provisoires…

L’existence de l’être – sans (jamais) en avoir l’air…

Souveraines en tous les lieux où semblent régner l’indifférence et la mort…

 

 

Le jour penché sur notre épaule – par pure amitié – en hommage à ce que nous fûmes – à ce que nous sommes – à ce que nous serons (à jamais) – en hommage à ce que nous vivons l’un et l’autre parfois ensemble – d’autres fois (presque) séparément…

Comme notre ombre – comme l’herbe et le ciel – comme la lumière – la tristesse et la nostalgie – comme la douleur – comme le monde et la joie – comme les Autres – les arbres – les choses – tous les visages d’ici et d’ailleurs – un peu plus loin – beaucoup plus loin ; cette (incroyable) parentèle – cette immense fratrie oubliée ; notre seule appartenance ; et le vide géniteur (bien sûr)…

 

 

Le vide consistant ; le monde sans épaisseur…

Ce qui est (secrètement) désiré – sans volonté (véritable)…

Le cours des choses – des aléas – qui s’inscrivent dans l’histoire lorsque l’on marche (précautionneusement) sur le fil du temps ; et plus encore – l’instant sans ascendance – sans descendance – orphelin et séparé de tous les autres (simples possibilités – potentialités – pour ceux non avenus et entièrement intégrés à l’instant présent pour ceux qui ont déjà eu lieu) ; le corps – le cœur – l’esprit – éprouvant le chaud et le froid – le haut et le bas – la tristesse et la joie – comme le seul Absolu possible (et imaginable) – à chaque fois – la seule chose à vivre – la seule chose qui puisse exister – comme si le reste n’existait pas…

 

 

Le bruit du monde au fond de l’abîme – ce que nous créons – ce que nous inventons – en gesticulant – en empruntant des routes – en gravissant des murs – en essayant de franchir les frontières du périmètre dans lequel on nous a condamné(s) à vivre…

Immergé(s) jusqu’au cou – dans les eaux souterraines – le bleu au fond de l’âme jamais entrevu…

Le mirage jusqu’à la déraison…

Quelque chose entre la bêtise et l’obstination – la sente arpentée – les semelles usées jusqu’à la corde – les pas mécaniques – la tête déconnectée du corps – déconnectée du reste…

Sur le bord du chemin – l’espérance – l’ailleurs déjà – comme un suspens – une halte – et tous ceux qui ont abandonné la partie – et le monde à lui-même…

Le début d’un autre rêve – peut-être…

 

 

A la fois l’œil et l’étendue – l’invisible et la matière – l’espace et le cœur sensible et engagé…

Dieu – ce qui (nous) semble si dérisoire…

Le temps ramené à sa plus petite unité non mesurable…

L’infini – partout – jusque dans nos gestes les plus ordinaires – ce qui sort de nos lèvres ; l’œuvre de l’âme et de la main sur la page…

L’infini ouvert qui s’entrouvre en chacun ; notre besogne commune et singulière…

 

*

  

L’âme morte – mille fois – sans rayonner – comme une ombre jetée au fond d’une crevasse de chair animée…

Rien de perceptible sinon cette tristesse inexplicable dans les yeux…

Une douleur – comme un oubli…

 

 

Voué(s) aux choses de la nuit – aux ruines et au froid – au monde profondément terrestre…

Ce côté rugueux auquel nul ne peut (réellement) échapper ici-bas…

Comme un décor – au cœur d’une immense arène – avec mille tragédies – sur fond de solitude – gorgée de corps-à-corps ardents – de tête-à-tête sanglants – de face-à-face funestes…

Le mariage du glaive et des grilles – de la poussière et du sang ; la vie et la mort (très intimement) entremêlées…

Une enfance sans soleil – sombre et triste ; les balbutiements d’une humanité affligeante …

 

 

Inlassablement – la lumière…

Les voiles de la nuit – la violence de la terre…

Les pierres – les arbres – les bêtes – les hommes – comme des marionnettes soumises aux exigences des Dieux…

Et des fleurs dans la voix – la parole claire – adressée à ce qui, chez quelques-uns, commence à émerger sous les paupières – dans le regard – au bord du cœur…

Le monde jeté au fond de ce puits démesuré – (passablement) inquiétant…

Et ces âmes – trop lourdement chargées – qui s’épuisent (assez vainement) à remonter…

Et ce bleu – jamais découvert – pas même imaginé – à l’intérieur ; cet espace vif – vivant – vibrant – sensible – la seule entité, en ce monde, capable d’accueillir (sans jamais se plaindre ou nous blâmer) nos pirouettes et nos pitreries – nos sanglots et nos jérémiades – toutes nos (vaines) gesticulations – toutes nos (piètres) tentatives pour exister – comprendre – nous échapper…

 

 

Plus loin qu’autrefois – dans l’œil – la chair – le pas…

Tous les livres sur nos lèvres – dictés mot après mot – éructés par l’âme…

Le silence limpide qui, parfois, se transmute en parole – en poésie…

Une manière, sans doute, de toucher (en partie) le cœur humain – de remuer un peu la terre – d’essayer d’engager l’immensité dans l’histoire des hommes – dans l’histoire du monde…

 

 

Le vent – sur toute la largeur de l’existence…

Tous les bruits du monde ; à l’abri – comme calfeutré à l’intérieur – les oreilles qui dépassent – à peine…

Le jour – pour personne…

De nouveau – seul – au cœur des collines – de la forêt ; et l’ombre de la mort – au-dessus de notre tête – qui nous survole en cercles lents – prête à fondre sur nous en un éclair…

 

 

Entre l’axiome et l’abîme – peu de vérité…

En un instant – hors de soi – comme éjecté…

Les yeux tournés vers le ciel des hommes – le front bas – les mains jointes (en prière) – une manière d’être au monde avachie – sans tenue – la tête et le cœur séparés – juste à côté des jambes…

Enfermé(s) dans l’enceinte commune – en quelque sorte…

Incapable(s) d’aller plus loin – de franchir la moindre frontière – d’échapper au périmètre (étroit) des indigents…

L’esprit inquiet – les pieds coincés sous la pierre – enchaîné(s) à l’histoire façonnée par tous ceux qui nous ont précédé(s) – par tous ceux qui s’éreintent à nos côtés (aussi impuissants que nous)…

Piégé(s) dans le même espace – entre l’axiome et l’abîme…

Et plus loin – sur l’autre rive – sur l’autre versant – le ciel et la lumière – inaccessibles ; ce que les hommes (certains hommes) apparentent à la vérité ; le prolongement du même mensonge – de la même illusion…

 

*

 

Les hommes à genoux – à la saison des morts – sur le chemin (périlleux et douloureux) de l’agonie – le visage sombre – plus même un visage – un masque de cire – l’âme et la chair terrifiées – pétrifiées – si peu préparées à l’échéance – incapables de faire face au défi des jours – de reconnaître le rôle souverain de la métamorphose et de l’oubli…

Nous – à chaque instant – au tournant de l’essentiel…

Sans arrêt – sans répit – sur la voie secrète et mystérieuse du mûrissement…

 

 

Dans un coin (oublié) du vide – face à ce regard indescriptible – au-dedans – bien plus vaste que le monde – l’univers – nos ambitions…

La cible rêvée – inaccessible…

Et l’errance des pas et du langage…

Cette impossibilité d'être rejoint…

 

 

L’existence – comme un quiproquo…

Un espace inhabitable – un refuge restreint à l’air vicié – un guet-apens – une sorte d’embuscade préparée par tous nos ascendants…

Un point lumineux – quelque part – encore invisible…

Et les jours qui coulent – comme l’eau de la source ; et la mort qui, à chaque instant, se rapproche – sournoise – la bouche ouverte – l’œil retors – l’outil sur l’épaule – le geste, à chaque fois, imparable et silencieux – se cachant derrière nous – au-dessus de notre inexpérience – au cœur de notre terreur – de notre crédulité – prête à s’abattre – à initier le dernier souffle – à nous fermer les paupières – à nous précipiter vers Dieu ou (selon la sensibilité – selon la maturité) vers le prolongement de l’absence ; dans tous les cas – vers une nouvelle expérience…

 

 

Le corps ramassé sur lui-même – l’esprit replié – l’âme roulée en boule ; comme la seule réaction possible face à la rudesse du monde ; se terrer face à la terreur exercée par les Autres (tous les Autres) ; une manière de se faire encore plus minuscule – à défaut de pouvoir fuir ou disparaître…

Le destin de (presque) tous les hommes et de (presque) toutes les bêtes…

L’existence réduite à un seul possible ; un monde sans alternative…

 

 

Le silence et le vent – sur la page…

L’encre noire – (très) lointain reflet du bleu…

Une manière d’affirmer sa présence face à l’indifférence – face à la faim…

Le malheur des créatures – conforme à leur aveuglement…

En chemin – au jour – au monde – ce que nous sommes (aussi pleinement que possible)…

 

 

La chair brute – revisitée – assouplie parfois – au même titre que l’esprit et l’âme…

La matière pendante – la tête étroite – le cœur confiné – soumis à des exercices visant à retrouver l’ardeur et l’envergure nécessaires à l’humanisation de ceux qui se disent – qui se prétendent – humains…

Le gage d’un monde meilleur (ou, du moins, plus vivable)…

 

 

Ce qu’il faut effacer – soustraire – oublier – pour pouvoir s’adosser au vide et devenir, peu à peu (ou, parfois, de manière soudaine) ce qu’il reste lorsque tout a disparu – lorsque nous sommes parvenus à nous débarrasser des choses – des noms – des visages – du monde et du temps…

 

*

 

A l’intérieur – le temps retroussé – le chemin à rebours ; avec le cœur du monde retenu par le souffle – et poussé aussi parfois – emporté par les eaux et le vent – vers les âmes et la lumière…

Au-dedans – tous les extrêmes et une partie (substantielle) du centre – comme au-dehors – et l’autre part ? On ne sait pas – on n’en sait rien – personne ne cherche – n’a jamais (réellement) cherché – à savoir… comme partout ailleurs – la même unité et la même densité – on le devine – on le suppose – on le ressent parfois – ainsi tout se dessine et a l’air d’exister…

Le vide joyeux dansant avec toutes les formes – toutes les frontières – tous les au-delà…

 

 

Le soleil au-dessus des arbres – le ciel parfait – à l’intérieur – avec des forêts grandes comme des continents – peuplées de bêtes et de rochers – les uns et les autres amoureux de l’ensemble jusqu’à la folie…

Des cascades de signes et de lumière…

Des paroles et du silence – qui, mis bout à bout, forment de longues guirlandes de joie que l’on accroche à toutes les poitrines consentantes…

Traversées par des rivières – et des âmes qui ont jeté tous leurs atours et toutes leurs cartes – se fiant aux dés des Dieux – parcourant l’étendue à grandes enjambées sans rien connaître du monde – de leur identité – de la géographie des lieux…

Un instant – des instants peut-être – où se télescopent toutes les époques – toutes les phases du temps…

La voix haute dans cette encre (presque) magique – comme une main – une hampe – un crochet – voués à inverser tous les rôles – toutes les figures et toutes les latitudes – offrant au lieu de prendre – caressant au lieu d’asséner – dispersant et effaçant au lieu de bâtir et de dresser…

Aussi frêle qu’autrefois – discrète et attentive – aussi superflue qu’essentielle – nécessaire seulement lorsqu’elle se manifeste naturellement ; comme la vie qui vient – comme la vie qui va…