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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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A l'orée du plus intime

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Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

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Allant sans savoir

Septembre 2024

 

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Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

24 mai 2020

Carnet n°234 Notes journalières

Le monde perdu – derrière nos yeux – souvenirs seulement qui, peu à peu, se soustraient à la mémoire…

Rien que des amas composites – de plus en plus éloignés du réel…

Comme des obstacles entre la source et notre soif…

 

 

Tout – en soi – comme un obstacle (radical) à la fluidité…

L’existence sans lutte – sans déchirure – sans hardiesse – d’un seul bloc – comme une pierre – une montagne – apparemment intacte – à la surface épargnée – mais qui, au-dedans, abrite tous les excès – toutes les folies – mille plaies et mille brimades – et autant de charniers que de champs de bataille – l’âme et la chair en charpie – le sang et les cadavres qui s’empilent – qui s’entassent – sans pouvoir être évacués…

La pourriture et la pestilence – à peu près tout ce qui existe à l’intérieur…

 

 

Le monde de moins en moins abstrait – comme une évidence (experientielle) – hors des boîtes où nous l’avions soigneusement rangé – avec collée sur chaque couvercle une étiquette mensongère…

A hauteur de pas – à présent – bien loin de la proximité des lèvres et de la nécessité de dire – éprouvé sans témoin et sans (réel) besoin de témoigner…

Nous – immobile – sans voix – assis à l’écart de la meute – des yeux pour voir ce qui a besoin d’être vu – une âme au-dedans – penchée – légèrement bancale – déséquilibrée par les vents journaliers – puissants – sans délicatesse – nés pour balayer le monde et l’esprit – et emporter le provisoire – tout ce qui existe (en vérité) – comme un outil à l’usage des vivants pour ôter l’inutile – nous façonner un regard – une virginité – une innocence – et pouvoir vivre dans la souveraineté du plus simple – avec ce qui seul peut rester – avec ce qui seul doit demeurer…

 

 

Cette existence – comme une marche incessante – une voie pluvieuse et nocturne – ce que l’on cherche sur la terre – dans le ciel – sous la roche – dans le cœur des Autres – ce qui constitue (et entrave) notre étrange voyage…

 

 

On attend là – immobile – inutile – inexistant pour le monde et les Autres (essayant seulement de ne pas gêner – de ne pas heurter – de ne pas blesser – ce qu’ils sont). Comme une montagne – un amas de roches – pourvu d’un souffle et d’un imaginaire – conjecturant – échafaudant mille plans (mille stratégies) – porteur d’attentes et d’exigences – cherchant une route – une issue possible à cette trop souveraine fixité…

Rien – pourtant – ne bougera – ni ne changera – avant la mort…

Promis à la même terre – la chair vivante et le squelette…

 

 

L’âme et la peau écorchées – assis dans un coin – au fond de la pièce – dans l’une des antichambres du monde – regardant les choses passer – apparaître et disparaître – et s’enorgueillir parfois entre leurs (pauvres) limites – le ciel blanc – très haut perché – au bord du jour – de ce bleu immense…

Et nous autres – aux confins de l’ordinaire – aux confins du plus quotidien – sur cette frontière invisible entre le dessus et le dessous – entre ce qui invite à la grâce et ce qui relègue à la condamnation…

Instables – incapables et indécis – comme toujours – pris dans la turbulence imperceptible de ce que nous ignorons…

 

 

Sous le front – la persistance du feu et du froid – des murs infranchissables et des routes qui se perdent dans le lointain…

La parole balbutiante qui se déverse sur la pierre en dessinant des visages amis – des compagnons de solitude – en attendant (avec impatience) la lumière…

 

 

La roue du monde et l’axe du temps – figures de paille – figures de pierre – à peine conscientes de la clarté du ciel…

Et nous – essayant d’expectorer la parole – la vérité balbutiante – la lumière enfouie au-dedans de tout…

 

 

Ce qui est là – ce qui pousse – derrière la volonté – le mystère – l’invisible – ce qui aspire à être perçu – compris et habité – à seule fin d’être pleinement incarné en ce monde – à chaque instant – dans l’ordinaire le plus quotidien…

 

 

L’existence comme terrain situationnel – manière de plonger entièrement – la tête – le corps – le cœur – dans une succession de circonstances qui leur paraissent suffisamment réalistes – authentiques – incontestables – afin qu’ils se transforment et se révèlent – afin qu’ils découvrent ce qu’ils portent de plus essentiel – ce qu’ils sont (ontologiquement)…

L’existence comme théâtre du réel – théâtre du vrai – et le monde et les Autres comme décor mobile et vivant – laboratoire de l’être – pour que la matière – l’incarnation – renouent avec l’origine invisible – verticale – et puissent la porter – et la vivre – consciemment – en toutes circonstances – sur toutes les scènes du monde…

 

 

Nous autres – la tête endormie sur le versant sombre du monde – sur le versant sombre de la lumière – et l’âme partie explorer l’autre côté de la nuit…

Le front contre la pierre et le cœur encore vagabond…

La route (totalement) inutile pour celui qui voyage…

 

 

Au-dedans – des lieux nocturnes à révéler au jour – des terres en dessous de la terre – et notre âme – et nos mains – noires à force de fréquenter les sous-sols – de creuser dans la boue…

Tout un monde sous le monde – mille régions hostiles – des univers entiers – ce que nul n’enseigne – ce que tout nous apprend – et ce qu’il faut découvrir – et éprouver – par soi-même…

 

 

Ce qui surprend la terre – cette route à l’envers – du ciel vers le ciel – qui échappe au monde et aux orages…

 

 

Sur la pierre – la nuit qui tombe – le jour devenu inutile – autant que ce que nous aurons essayé de bâtir – et qui se désagrège déjà…

Le visage appuyé contre la porte fermée – contre toutes les portes fermées depuis l’enfance…

Et les heures qui se multiplient comme les pains d’autrefois – mais, cette fois-ci, pour rien – pour personne – comme la simple contrepartie de la pénurie vécue pendant des siècles – la réponse, peut-être, à notre indigence millénaire…

 

 

Même les yeux ouverts – nous dormons encore…

Même dans le bruit – nous ne nous réveillons pas…

En ce monde – tout est fait pour que le sommeil dure toujours…

 

 

Entre les mâchoires du monde – dans les entrailles du temps – la chair brûlante – le souffle prisonnier de la poitrine – les yeux qui se perdent à l’horizon…

Et – en nous – comme le plus précieux – ce qui leur échappe…

 

 

Le silence hissé au milieu du jour – contre les cloisons de l’âme – au croisement de l’air et de la route – par vagues successives – comme un courant qui déferle – un peu de sagesse sur la folie de ce monde…

La respiration – comme la fête invisible du souffle – enfin reconnue – enfin célébrée…

 

 

Un petit air de flûte pour éveiller notre premier Amour – notre tête sur l’oreiller – notre cœur retranché derrière le front – toute notre vie derrière ses remparts…

 

 

De l’ombre à la surface de tout – agissant sur les apparences – la couleur des choses du monde – et laissant intactes la texture et les profondeurs…

 

 

Les ailes de l’air qui nous portent vers ailleurs – une immense étendue blanche – un monde plus léger – une manière de vivre plus libre – affranchie des soucis terrestres et de la cécité de l’esprit occupé (essentiellement) par l’inutile et la vie prosaïque…

 

 

Entre le mur et le vide – devant nous – ce que nous traînons ; les rôles qui se sont, peu à peu, inversés – nous comme objet – chose à mener vers l’être sur des rails provisoires et imprévisibles qui se construisent instant après instant par l’entrecroisement (et l’enchâssement parfois) des destins – la rencontre des phénomènes – nous comme marchandise docile emportée ici et là sans rien voir – sans rien savoir – et que les Dieux, un jour, échangeront contre un peu de sagesse…

 

 

Nous – renonçant – comme un tas de pierres – inerte – mains ouvertes – l’âme à l’air libre – sans un regard sur les choses d’autrefois – abandonnées – avec dans la tête, pourtant, quelques traits tenaces – des sillons et des éclats de visages passés – des souvenirs et des fantômes qui s’obstinent à nous hanter – à nous déposséder du vide – de la joie – de la liberté…

Le silence – ainsi – plus difficile à atteindre – à habiter…

 

 

Des encombrements entassés contre nos murs – de plus en plus froids – de moins en moins poreux – hermétiques bientôt – et nous condamnant (à terme) à l’étouffement et à la folie ou, au contraire, à l’abandon et à la délivrance…

 

 

Nous – parfois – rompu – à l’intérieur…

Le foyer au-dehors comme un pitoyable refuge – le sol – les mains – les visages – froids – aussi inaccessibles que ce que cachent les murs du monde…

La place indécise – et bientôt vacante ; nous reprenant déjà la route – le voyage – avançant sans jamais défaillir – allant d’absence d’abri en absence d’abri – pas même assuré du pas suivant ; progression sans étreinte – sans autre proximité que celle du silence – sans autre compagnon que ses propres visages (intervenant parfois)…

Le monde – en nous – disparu – autant que la nuit – avec, à présent, des éclats de lumière dispersés…

La solitude et le vent – le souffle et la main ouverte – prêts à s’abandonner aux circonstances (et à se sacrifier si nécessaire)…

 

 

D’un jour à l’autre – sans visage – sans appui – sans témoin – de plus en plus desséché – comme si l’absence s’aggravait – devenait le contexte habituel…

Et l’âme étendue au fond de soi – épuisée – au seuil du désespoir…

 

 

La nudité sans égale – à force de défaites et de soustractions ; aux yeux des Autres, le signe du déclin et du dénuement – une forme de détresse – la pauvreté la moins désirable – la vie saccagée – sans intérêt – sans la moindre épaisseur ; et la preuve, à nos yeux, que la sagesse a été inversée (depuis des siècles sans doute) – ce que les masses prennent pour une malédiction et que l’ermite – le solitaire – le poète – portent aux nues – comme un don de Dieu – un présent octroyé malgré nos restes (si peu reluisants) d’humanité et le voisinage (presque toujours nocif) des hommes…

 

 

Ce qui se risque à vivre avec nous – dans nos profondeurs – sur nos territoires reculés. Ce qui s’immisce à travers tous nos orifices. Ce qui fait de nous un lieu de passage – une aire de transit…

L’eau – l’air – l’invisible – le plus innocent de l’âme et les parts les moins suspectes de la terre et du ciel…

Nous-même(s) enchevêtré(s) à tous les Autres. Et tous les Autres – dispersés – en nous…

Toutes les pièces du grand puzzle de l’être – en somme…

 

 

Nous – dans le jour – matière tiède traversée sans égard (le plus souvent)…

Avec quelques (maigres) annotations sur le grand registre du monde – le petit palimpseste des heures…

Insignifiant(s) – (presque) inexistant(s) – dans la durée – en quelque sorte…

Vivant(s) – valide(s) et vaillant(s) – que dans l’instant indéfini…

Inerte(s) ou en mouvement – qu’importe…

Présent(s) – comme un point – une tache – sur la longue liste de ce qui existe sur terre…

 

 

L’œuvre inconsciente des Autres – concentrés sur leur misérable besogne – prise dans l’écheveau général – comme un infime élément – une minuscule vibration sur une corde reliée à toutes les cordes de l’univers – s’unissant ou s’opposant à toutes les vibrations alentour – participant à la tension globale de la trame – au chant commun chaotique et harmonieux – et nous – et chacun – bougeant – vibrant(s) et secoué(s) – avec l’ensemble…

 

 

Nous – parfois – déchiré(s) – à l’intérieur…

De la matière éparse et froide – la poitrine suffocante – le plus sauvage enfermé à l’intérieur – furieux – fulminant – tournant en rond – gaspillant, malgré nous, le peu d’énergie qu’il nous reste au lieu de nous rassembler – de réunir tous nos visages – tous les frères de notre communauté – et de faire bloc pour demeurer unis – ensemble – totalement solidaires – et nous tenir devant ce qui a besoin d’être protégé – comme un rempart infranchissable…

Telle une armée face aux envahisseurs – face à toutes les forces destructrices extérieures…

 

 

Seul – au milieu de l’espace – face à l’immensité – au-dehors et au-dedans – sur cette terre aride et déserte – comme un point infime tiraillé par les vents contraires…

Ni sente – ni pente – ni montagne – ni montée – rien – pas le moindre chemin – pas le moindre repère – et tout qui défile – en nous – devant nos yeux – en désordre – sans être capable de saisir la moindre chose…

L’âme ouverte et les deux mains attachées derrière le dos – à suivre les courants – à assister, impuissant, à tous les excès et à toutes les destructions – sans pouvoir détourner la tête devant les visages de la mort…

Sidéré – la poitrine haletante et l’âme terrifiée – seulement…

 

 

En nous – la vérité nue – que l’on pare et colore pour lui donner des airs attractifs – et dont on se fait le mensonger possesseur…

 

 

Mille faces changeantes – provisoires – sur le même visage. L’âme peuplée de monstres – de mondes – de chimères. Nous – comme un passage continu – sans rupture – entre le proche et le lointain – entre ici et tous les ailleurs – entre le dehors et le dedans apparents – lueur – infime élément de la lumière – obscurité – minuscule fragment de l’étendue noire – nocturne…

La foule – en nous – et nous – dans la foule – indécelables…

Partout où est le vivant – dans tout ce qui existe ; l’âme – le souffle – la pierre…

 

 

Nous attendons ce que l’ombre dénude – le ciel et son innocence – notre main que rien ne distingue de la route – la route que rien ne distingue de l’horizon – l’horizon que rien ne distingue du monde. Le jour qui s’anime et la nuit sur le sol – vaincue – avec, par-dessus, notre tête posée dans la poussière…

 

 

Tout – en nous – abonde – déborde – s’étend – cherche à élargir ses horizons – devient le lien avec ce qui nous dépasse

 

 

Nous vivons comme si l’existence terrestre n’était qu’une fenêtre sur un socle – un étroit carré sur le sol exposé au ciel – un asile sans mur où le goût de l’Autre est moins essentiel que la faim pour survivre – où le refuge (véritable) n’existe qu’au fond de l’âme – la seule demeure – en soi – invisible – un monde où l’Autre n’est (trop souvent) qu’un outil provisoire dont on use à sa guise – que l’on manipule sans honte – pour assouvir ses désirs ; un monde d’échanges et d’alliances où la seule loi en vigueur – où la seule loi possible – est celle du commerce…

 

 

A l’autre extrémité du jour – la même chambre qu’aujourd’hui mais élargie à l’univers – et, au-delà, à l’infini…

Le ciel dans le dos – fenêtre dans la tête – et sur ses parois, le reflet moins vif des murs qui nous entourent – rehaussés (presque toujours) par nos craintes et nos excès – avec de la terre jusqu’au cou – et jusqu’au fond du cœur – engorgé…

Et dans l’âme – tout qui s’entasse – malgré notre furieux désir de soleil…

 

 

La pierre – comme notre fatigue – lasse et sans éclat – creusée sur toute sa longueur par un restant de désir – la volonté, un peu émoussée, du ciel qui aimerait nous emplir jusqu’au front…

Le sol devenu rouge par la proximité du feu et la chaleur d’un astre faussement déclinant né de notre ancienne ardeur…

Tout – comme des ailes – comme une trouée inespérée – des parcours et des itinéraires sur l’entière étendue. Et nous – resserrés – et, en partie, réparés par la possibilité d’une envergure nouvelle…

Et la montagne devant nos yeux – perçue non comme une épreuve – mais comme un refuge – un fief – un rempart contre la folie et la monstruosité des hommes…

 

 

Une vie sans rêve – sans empressement – sans autre nécessité que celle qui se présente…

Une terre – autour de soi – une surface évidée – sans repli – sans recoin – sans entassement – autant que l’espace au-dedans – constamment balayés et nettoyés…

Un front sans nostalgie – le cours des choses qui, inlassablement, remplace ce qui disparaît – ce qui a été oublié…

Chaque pied sur une pierre nouvelle – comme une marche sans effort – sans limite – sans chemin – (presque) en plein ciel…

 

 

Des fils enchevêtrés – comme une trame – un piège – nous – le monde – pris dans tous les filets – détenus – funambules privés d’envergure et de liberté – marchant – rampant – escaladant – la corde au pied – n’allant jamais au-delà de leur ombre…

Quelques souffles – à peine – jusqu’au soir…

L’âme comme un champ déserté…

Pas même le début d’un chemin…

 

 

Dans le rythme et le mystère des Autres – rien – en soi – qui puisse nous libérer de leur emprise sinon le regard affranchi de la matière…

 

 

La multitude – comme origine du malaise – du déploiement – de la débâcle – au commencement du temps…

L’espace comme possibilité d’incarnation – le monde comme champ d’expérimentation – la matière balbutiante – à parfaire sans cesse…

 

 

Devant soi – la voie déserte – la tête dégagée – l’âme prête à se hisser au-dehors – du côté du ciel – sur son versant le moins sombre – la poitrine ouverte et les mains agiles – au milieu des Autres et des ornières – avec des lambeaux de vie et de mémoire arrachés – comme si notre parcours – notre visage – n’avaient plus d’importance – aux prises avec des émotions vives et entremêlées – nées de toutes ces rencontres inévitables (ou que nous estimons nécessaires)…

Des brisures – des épreuves – des morceaux d’existence…

 

 

Nous – juste au-dessus du sol – contre les vents – avec des murs d’air à franchir – en marche vers notre seule espérance – les promesses du ciel…

Des événements – un récit – le déroulement tragique de l’itinéraire – et la proximité – l’intimité – l’accompagnement – qui se précisent – peu à peu – pas à pas…

 

 

Quelques lignes – dans les hauteurs – retranchées – comme pour donner du souffle au reste – à ce qui est confiné au ras du sol – à l’ordinaire – au plus quotidien – au monde des hommes…

L’air – la poésie – l’existence terrestre – à l’intersection de ces sphères – l’invisible…

Et nos pieds sur la pierre…

Et nos mains déjà plongées dans le silence…

 

 

Des portes dans l’immobilité – des routes et du vent – au cœur du même silence – des tourbillons et des bruits au milieu de l’infini…

Et nos têtes qui, parfois, cherchent à comprendre…

 

 

Dans le feu – nos pas que nous jetons sur le sol – les traits sur la page tracés au feutre – notre âme qui cherche ses pairs dans la boue – entre les pierres – sans jamais regarder au-dedans des Autres – au fond de leurs yeux – pour dénicher cette fenêtre inconnue – invisible – que chacun porte malgré lui…

Et – au fond de nous – au fond des choses – cette folie qui nous honore et nous sauve – des intentions démesurées comme des ponts entre les rives trop prosaïques – entre la terre des hommes et la cité des Dieux – sans un seul itinéraire présupposé – mais un chemin qui s’invente à chaque foulée – et qui efface – peu à peu – au fil du voyage – notre visage et notre volonté…

 

 

Des tours et des tours – dans le même labyrinthe – ce dédale d’air et de vent – avec ses précipices et ses tourbillons…

Un univers de masques et de trompe-l’œil – comme une toile d’araignée façonnée depuis des millions d’années – l’origine de la matière – au-dessus du vide – avec, par-dessus, le ciel peint – et, autour, de la roche – des murs – des visages – parfaitement dessinés…

Le décor du monde – noir et bleu – le néant revisité avec des choses et des personnages – suffisamment réalistes pour nous faire croire qu’ils sont vrais – autant que celui qui les regarde – et qui doit parvenir à trouver un chemin à travers les ornières – les trappes – tous les obstacles disséminés ici et là par les Dieux…

 

 

Nous – sous la terre déjà – recouverts de noir et de culpabilité – incomplets et taciturnes – sans autre espoir que la fusion générale – la fusion parfaite…

 

 

Les pieds dans le vide – les yeux bandés – sur cette étendue blanche – au milieu des pierres…

Soi – partout – sans autre visage – sans autre horizon…

 

 

Entre l’air et la terre – notre tête – débordante – si souvent – trop pesante – et qui s’imagine séparée du reste – corps et monde – unis parfois, seulement, par l’ardeur du feu commun…

 

 

De la pierre – de l’ombre – un peu d’espérance – ce à quoi aspirent les âmes privées de lumière – une marche vers la clarté – comme un rêve irréalisable – trop (beaucoup trop) ambitieux…

La vie fangeuse et souterraine – seulement…

 

 

Nous-même(s) – dans le prolongement de tous les précédents – ce que nous fûmes successivement – comme un amas de rêves – de désirs – d’irréalités…

Des pas – une marche – longue (très longue) ; quelque chose qui ressemblerait à un songe – fabriqué à plusieurs – simultanément…

 

 

Nous – démantelé(s) – presque entièrement – en éclats – en fragments – en lambeaux – nous éloignant, peu à peu, du centre – attiré(s) – emporté(s) – collectivement – par l’étrange magie du manège terrestre…

A travers le monde – comme un (seul) voyage…

 

 

Des pierres – des traces et de la cendre – sur le sol…

Et dans le ciel – l’invisible…

Et le silence – en nous – qui se creuse – du centre vers le bord – de la surface jusqu’aux tréfonds…

L’esprit labouré – piétiné et retourné – par le monde. L’esprit des Autres – pénétrant. Et l’âme – comme un sac – où tout se dépose et s’entasse ; l’étrange accumulation des choses et des faiblesses – des luttes et des bagages – le grand embarrassement qui empêche de voyager plus léger – plus libre – moins entravé par les charges et les fonctions que l’on s’est, peu à peu, attribué pour avoir l’air moins nu – moins dépouillé – moins dépourvu…

 

 

Une route – en nous – à explorer. Et toutes les autres au-dehors à abandonner aux vents et aux pas – à la volonté des Dieux…

Le destin laissé à la providence…

 

 

Des luttes – comme des tourbillons d’air dans les courants (continus) de l’histoire (des vivants)…

Des pierres – des pas – du sang – les traces de ce qui vit…

Les mêmes attributs – les mêmes routes empruntées – les mêmes choses abandonnées…

Pas encore en marche – pas même les prémices du voyage – la rive, seulement, où pourrait naître l’aventure…

 

 

Debout – face au monde – les grimaces à l’intérieur – invisibles – comme l’altruisme et la fraternité – le cœur, sans cesse, attendri par les difficultés à vivre des vivants – leur manière de s’attacher aux choses – aux uns et aux autres – comme si le vide et la solitude étaient insupportables – comme si l’encombrement et les conflits offraient davantage qu’un tête-à-tête avec ses propres visages

 

 

Une plaie cousue au revers de la rencontre – et qui laissera s’écouler, le moment venu, son poids de sang et de peine – l’inévitable épilogue de tout rapprochement – de toute proximité – impossibles (bien sûr)…

Comme un gouffre qui se creuse – et se répète – au fil de l’intimité – à mesure que l’écart grandit – à mesure que la fissure s’élargit – à mesure que l’irréconciliable, partout, instaure son règne – impose ses lois…

 

 

Ce qui nous quitte à mesure que l’on s’enfonce…

 

 

A demi-mot – comme un murmure – un secret livré à voix basse – la vérité hors de propos – celle qui affleure loin de la parole et de la pensée – celle qui se donne à vivre comme une évidence – sans la moindre possibilité de saisie – celle qui s’efface – qui s’éclipse – dès que la main s’avance vers elle – à la moindre tentative de récupération – celle qui est plus proche que l’ombre de notre silhouette – au-dedans de l’âme silencieuse tournée vers l’intérieur – sans intention – sans volonté – avec la plus grande innocence – avec la plus grande simplicité…

 

 

Dehors – debout – sous le soleil – sur les pierres – devant le monde – comme au théâtre – à attendre la fin…

 

 

Sur le chemin – après la mort – le même spectacle – quelque chose qui tourne – presque toujours au bord de l’exténuation – fracturé – en sueur – sous trop de masques – et qui nous harcèle pour qu’on rejoigne la troupe – pour que l’on participe à la nuit commune…

 

 

Tout qui ruisselle – sur nous – au-dedans – la matière qui se liquéfie. Tout – en larmes – en pluie – jusqu’au ciel – jusqu’à l’océan…

 

 

Tout se dresse – entre nous – des murs – des secrets – des confidences – des colonnes d’air – des filets – des idoles – comme un barrage immense qui nous séparerait du ciel – d’un passage possible vers ailleurs – le dedans – loin des masques – des puzzles – du sommeil…

 

 

Guidé(s) par le souffle du hasard qui nous pousse dans le noir…

Nous – entre la roche et la soif – écrasés…

 

 

L’identité – dans la tête des Autres – et, parfois, dans le miroir. La psyché découpée en secteurs – en possibles – en interdits – sous l’autorité du sang et de la peur…

Et le monde – sur nous – qui appuie de tout son poids…

Et la poitrine – avec de moins en moins d’air – jusqu’à l’asphyxie – jusqu’au dernier souffle – jusqu’aux yeux révulsés – jusqu’à ce qu’un Autre nous ferme les paupières…

 

 

Devenir le précipice même – ce qui nous hante – ce qui nous effraye – ce qui nous entrave ; l’image monstrueuse projetée contre les parois – l’ombre du Diable qui nous habite – que nous sommes…

 

 

Une fleur – une pierre – une âme – le même reflet qui surgit au cœur de l’aveuglement – au-delà – tout prend la forme du vide – tout se colore de vent…

Le vide et le vent – même la mort se laisse prendre au piège – surtout la mort peut-être…

 

 

Dans la même allée que le rêve et l’oiseau – la marche possible – la terre offerte – le ciel en contrebas – et nous en dessous – avec une main déjà posée sur l’horizon…

 

 

Des arbres – des visages – alignés – qui patientent derrière nous – un long couloir entre deux montagnes (énormes – gigantesques) – de la roche partout…

Et dans notre tête – tout qui tourne – tout qui danse – les Dieux qui secouent les choses et les destins – qui mêlent ce qui est dépareillé – ce qui refuse de s’unir – au nom de l’ensemble – d’une main ni tremblante – ni sacrificielle – joyeuse tout simplement…

 

 

Nous – ici – que tout abandonne – qui ne possédons pas même notre nom – l’âme dégagée de nos artifices – de nos paroles – de nos espoirs – comme un corps sur une croix – du sang aux pieds de la foule – sur la roche luisante – devant Dieu peut-être – et, derrière, le ciel noir – et, partout, les vivants emmêlés à l’ignorance et à la poussière…

Ce que nous offre le destin et ce que la mort nous concède…

 

24 mai 2020

Carnet n°233 Notes journalières

De la source – l’aube – sans réserve…

Des montagnes et des entailles…

Le gris qui se propage sur les visages…

Pas de hasard – rien de maudit…

Le voyage – l’épreuve de notre croissance…

 

 

Dans d’autres sphères que celle des semences et des récoltes…

Le jour moins épineux que toutes ces nuits successives – à porter l’âme à bout de bras – la chair prise dans toutes les déchirures…

 

 

Le souffle qui jaillit de l’âme comme la fleur de la terre – génération à la généalogie ancestrale – avec le cœur assez courbe pour épouser tous les destins…

 

 

De ciel en ciel – avec de moins en moins de sang…

Des yeux encore pour croire aux apparences…

Une tête pour raisonner – déduire – imaginer…

Des organes fonctionnels qui devraient se cantonner à leur usage premier – et non intervenir là où ils deviennent un obstacle…

L’ignorance de l’homme – l’incapacité de la pensée à appréhender l’invisible – l’incompétence du néocortex en matière de connaissance de soi…

 

 

La couleur de la première rencontre – comme une main qui effleure notre main – une longue caresse sur notre visage – comme un oiseau, trop longtemps enfermé, qui prend son envol…

Entre tendresse – étonnement et délivrance…

 

 

Nous autres nous éloignant des jeux communs – barbares et indigents – réservés à ceux qui n’aspirent qu’à oublier leur misère ou à devenir autre chose

L’élan contraire nous anime – et parfois même nous assaille ; on aimerait être hors du temps – d’où notre solitude et notre amour du silence…

 

 

De grands yeux ouverts sur le monde endormi…

Des bruits de rouage dans la tête – la visite d’un nuage – le calme de la chambre – quelque chose aux aguets…

Suffisamment éloigné de la foule pour entendre distinctement la voix ; la nôtre – évidemment – comme un bref murmure – quelques paroles adressées à ce qui, en nous, est nocturne et enfantin – à ce qui, en nous, se laisse (presque toujours) aller à la nostalgie et à la tristesse…

 

 

Un visage contre la pluie – le même que celui qui affronte la grossièreté des hommes. Comme – en soi – profondément – viscéralement – un refus de l’inévitable et l’espérance d’un possible franchissement vers au-delà…

 

 

Des paroles pour soi – seul au milieu du noir – avec, au-dedans, le ciel et l’orage – et quelques restes de rêves – obsolètes – totalement inutiles. Le sourire de la lune devant notre figure ébahie – le monde repeint en bleu à force de supplices…

Tout s’écroule – tout se déchire – et, sur le sol, des lambeaux de cœur éparpillés – dégoulinants – comme la seule loi du monde – peut-être – incroyablement cruelle pour la psyché – mais inévitable pour grandir et approcher notre vrai visage – le silence – la vérité…

Toute une géographie où se perdre – et le rien – et le vide – à ressentir – à rejoindre…

 

 

Le monde – de moins en moins abstrait – beuglant – rouge sang – et dans l’âme – ce qui finit par se détacher et nous laisser nu…

La mémoire et la parole – défaillantes – presque hors d’usage – presque hors de propos…

Et toutes les frontières – sur la feuille – effacées…

La vie comme un songe – puis, comme un soleil…

Et nous – comme les pierres et les arbres – essayant, chaque matin, de faire peau neuve…

 

 

D’une brume à l’autre – sans pardon – sans larmes versées…

Dans le sillage des choses – dans le sillage de petits riens…

Le monde que l’on prend pour un paradis – en oubliant l’écart avec ce qui est juste – en oubliant l’écart avec ce qui est vrai…

 

 

Dans la tête – entre les lèvres – rien qu’un bourbier – une fournaise – une danse absurde – toutes nos préférences – un dialogue entre toutes nos folies. Et derrière ce chaos – le silence – déjà présent – discret – incroyablement attentif…

 

 

Le jour – comme un accident sur notre route – quelque chose d’impromptu malgré notre marche assidue et notre fidélité aux chemins – et qu’il nous faudra franchir à genoux pour le voir durer…

 

 

L’inégal combat entre l’espace et notre visage – entre la vérité et notre nom – entre le silence et notre vie trop bruyante…

Que faudrait-il délaisser pour que se dessine dans notre âme un peu d’innocence…

 

 

Debout – parfois – comme si nous avions l’air d’être – mais en désordre au-dedans – et parfois même (totalement) ravagé…

L’apparence d’un visage et d’une silhouette – seulement…

 

 

En nous – le baiser qui attend nos lèvres consentantes – infiniment désirable(s)…

 

 

A dormir dans l’empreinte immense des Dieux au lieu de débroussailler le monde – d’inventer sa sente – de danser avec toutes les ombres brûlantes qui vivent à nos côtés…

 

 

Comme une nuit et des parois dans la tête – une terre mille fois piétinée – un petit carré de sable avec au-dessus – très haut – à peine visible – une ouverture – un passage – un tunnel sans doute – vers l’air frais – l’extérieur – le ciel peut-être…

 

 

Du jour – comme une caresse – une manière de brûler en silence – de vivre au milieu du monde et des heures sans un seul visage confident…

Un baume – un réconfort – une (réelle) façon de se redresser dans la solitude…

 

 

Du silence et de la lumière – comme l’air que nous respirons – les seuls éléments nécessaires – peut-être…

 

 

Où pourrions-nous fuir puisque notre vie et notre tête sont cernées ; approfondir la blessure – sauter par la fenêtre (ouverte) de l’âme – plonger au-dedans et se perdre…

 

 

La tête baissée malgré la présence des arbres ; deux verticalités contraires – et qui se rejoindront peut-être – plus tard – la tristesse passée – le jour descendu…

 

 

Sans impératif – fidèle au feu – le soleil et la blancheur confondus – dans le maquis des heures – dans la sauvagerie des jours – le sourire sur le visage qui, peu à peu, s’efface – puis le visage, lui-même, qui disparaît – avec l’illusion…

 

 

Epaisse – cette absence des hommes – (bien) plus douloureuse que la solitude…

 

 

Une rencontre intacte – innocente – jamais née – comme si nous n’étions que des phénomènes inventés…

En réalité (peut-être – qui sait ?), tout est (réellement) sordide et douloureux – tristement instinctif et animal – comme s’il n’y avait pas encore assez d’homme en l’homme…

Rien qu’une aventure pénible – une pauvre histoire – en somme…

 

 

Nul lieu – nulle route – le même destin aux quatre coins du monde – le nôtre…

Des combats – de la détention – du temps et des choses qui passent ; le lot commun – coincé quelque part sur la terre – sans autre horizon que celui qui existe sous les yeux – sans autre perspective que cette étoile et ce coin de ciel au-dessus de notre tête…

 

 

Un lieu de passage – en nous – partout…

Des millions de choses et d’oiseaux – des figures et des morts – des caresses et des poings levés – des pierres qui roulent de toutes parts – puis, peu à peu, de moins en moins d’objets et de visages – de moins en moins de présence – puis, un jour, plus rien ; l’absence et le silence – seulement…

 

 

Le réel – au-dehors et au-dedans – prêt(s) à lutter – à s’abattre – à nous anéantir…

Verticalité absente ou bancale – et lorsque, trop rarement, elle paraît valide (et suffisamment vaillante) – le même résultat – sauf à l’intérieur où l’espace semble préservé…

 

 

Des noms sur des choses et des visages. Des noms pour différencier – et dans cette série d’insignifiances – le sacre de la multitude – uniforme et similaire – le singulier commun – ordinaire – semblable à tous les autres…

Et – ainsi – des pans de monde qui deviennent invisibles – et que l’on oublie…

 

 

Ce qui se multiplie – ce qui s’étend – ce qui se déploie. Et, pourtant, la même solitude – partout – les mêmes (pauvres) soliloques plaintifs. Des visages face à leurs miroirs…

 

 

Une halte dans la chambre de la forêt – dans l’intimité des arbres et des oiseaux. En ce lieu familier – parmi les nôtres – sauvages et solitaires – la parole dite pour nous-même(s) – sur ce carré sans frontière – où la terre et le ciel ne sont que de simples habitants – où les limites sont ailleurs – dans notre tête et la proximité des autres hommes…

 

 

Qui est-on parmi les siens – parmi ses frères – sinon la continuité de leur présence et de leur parole – l’espace et le silence communs – ce qui unit toutes les parties de l’ensemble…

 

 

Le jour – plus silencieux qu’à l’ordinaire – les mains tremblantes et l’âme plus nue qu’autrefois – moins exigeante – plus docile peut-être – qui acquiesce à ce qui est donné – à la surprise et au coutumier – au plaisant et au douloureux – de moins en moins contrariée par l’inévitable alternance…

 

 

L’odeur de la fuite et du sang – chez la bête sauvage – un frère dans nos rêves – un frère pour notre âme – celui qui habite le même labyrinthe que nous – qui porte le même mystère que le nôtre – celui que l’on doit déchiffrer – celui qui s’éloigne et se cache à la vue des armes et des hommes…

 

 

L’aube – parfois – réfractaire à notre venue ; trop de résistance et d’embarras – trop de doute et d’opposition – et l’essentiel qui manque ; la docilité et la confiance…

Plonger dans son propre gouffre comme un envol – qui pourrait s’y résoudre sans crainte…

 

 

On vit jusqu’au ciel – dans notre absence – sans interrogation – les lèvres pincées – aussi blanches que la neige – pour habiter hors des légendes – aussi près que possible des saisons…

 

 

Ce qui se glisse entre nous – le ciel et la terre – l’apparence d’un monde – la neige sur le sol noir – des larmes au milieu des souvenirs ; tout – comme une invitation – une volonté d’enfance – le retour à une respiration plus simple et plus ample – si nous savions nous retrouver…

 

 

Un chant – et trop de refus – face à l’absence de beauté – face à l’impossible élevé au rang de seuil – au rang de frontière infranchissable…

Plus qu’une espérance – une irrépressible nécessité…

 

 

Nous attendons la lumière – le sacre de l’invisible – comme d’autres le grand amour – le cœur et les mains tremblantes – la mémoire vierge de toute image – et les apparences en désordre…

 

 

Assis – juste un nom (pour les Autres) – au pied d’un arbre – un sourire à la place du visage – et la main tendue comme si l’on attendait que tombe la dernière neige…

 

 

Le rouge au front – sans la moindre honte – la couleur donnée par la colère de l’âme – épuisée – dans sa (vaine) attente de l’homme – désespérée par l’impossibilité de la rencontre – et si affamée, à présent, de solitude et de silence – ardente et fébrile – comme si la qualité des jours (et des années peut-être) qu’il nous reste à vivre en dépendait…

 

 

Le silence – écrin de la clarté du monde et de la voix – outil du Divin que savent si peu manier les hommes – trop chargés de désirs et de secrets – trop chargés d’embarras et d’aversions…

 

 

Le monde – des prières sans ciel – pire – des lamentations – des requêtes adressées à l’inconnu que nous plaçons toujours trop haut – au-dessus de nos têtes…

Les hommes – des ventres sous quelques rêves et des milliards d’étoiles. Et une bouche pour engloutir et vociférer – et, à la fois, crier et masquer leur ignorance…

La pauvre et triste existence des vivants – l’indigence (parfaitement) incarnée…

 

 

Peut-être faudrait-il rire devant les reflets changeants du réel – mais notre œil, trop attristé par ce que renvoient les miroirs, ne peut se réjouir de ce qu’il voit…

 

 

Enfant d’un jour lointain – encore titubant – encore ensommeillé – fidèle (toujours) à la terre – malgré lui…

 

 

Tout s’obscurcit – avec la douleur – tout prend les traits déformés de la grimace. La beauté même semble laide – l’Amour même semble sans cœur…

L’œil souffre comme si l’âme était dedans – comme si tous les doigts du monde étaient enfoncés à l’intérieur…

 

 

Un grand frisson de solitude en croisant chaque représentant de la communauté des hommes…

 

 

Dans le cœur – la faute – croit-on ; l’amour maladroit – carnassier – né de la pauvreté et du manque – de l’absence d’Amour – en soi ; quelque chose d’étranger – de céleste peut-être – aurait dû l’irriguer – remplacer les ombres folles et les tremblements d’une âme sans expérience – malheureuse…

Mais il faudrait plus de lumière – et moins de miroirs – pour échapper au regret – à la nostalgie – et accéder à ce qui prolonge l’homme…

 

 

Sur un axe – nous et les vents – et de part et d’autre – l’inconnu – autant devant que derrière. Visible le voisinage – seulement…

Quelques idées qui traversent la tête…

Quelques émotions qui traversent le cœur…

Entre infortune et providence – ni vraiment comblé – ni vraiment malheureux…

Cahin-caha – toujours – vers la lumière…

Quelques pas sans (véritable) conscience…

Quelque chose qui avance – en nous – imperceptiblement – invisible et sans imprudence…

 

 

Le soleil sur les pierres blanches – le visage innocent dans la lumière – et le reste – caché au sous-sol – au fond des âmes – à l’abri des regards ; ce qui est noir – impétueux – colérique – intraitable – le moins reluisant – les substances corporelles – la puanteur – la douleur – la désespérance – l’agonie et la mort – tous ces manques – tous ces manquements – hors-champ – relégués aux ombres de l’intimité – au chaos de notre solitude imparfaite – aux trop rares tête-à-têtes avec soi…

 

 

Quelques mouvements qui émergent des profondeurs – du silence – socle de toutes les agitations – de toutes les nervosités – l’ardeur des âmes et l’allant des foules – les petits jeux du monde qui font tressaillir les cœurs et se frotter les peaux parfois avec tendresse – parfois avec âpreté…

Tout ce qui apparaît – et éclate – sous la lumière…

 

 

Nous nous tenons là où nous avons jeté nos filets – juste au-dessus des pauvres remous de la surface – scrutant avec fébrilité la moindre émergence – attendant sans patience que quelques proies – des choses – des têtes – des cœurs – des âmes – soient pris au piège et remontés…

Sans un regard vers le ciel – sans imaginer un seul instant que l’invisible nous tient tous dans sa nasse – entre ses mains…

 

 

Des yeux sous la voûte – des ombres face à l’immensité – quelques bruits – quelques vagues – dans le silence et l’immobilité…

Et ces lignes – et ces pages – comme un murmure – long et discret – pour rappeler aux âmes leur chance et l’indispensable besogne qu’elles doivent accomplir pour se retrouver…

 

 

Ce que l’on connaît de soi – des îlots de terre noire – bûchers et cendres – des pas mal assurés vers l’inconnu – notre ardeur – quelques mythes personnels – des mensonges, bien sûr – quelques gestes triviaux – des idées communes – si répandues – déjà mille fois ressassées – des barques d’emprunt déposées ici et là – un peu partout – à la fin de chaque voyage…

La même chose que tout le monde – en somme…

Notre visage apparent…

 

 

Le sommeil qui s’étire – loin – très loin – si loin que nous allons, sans doute, continuer à dormir pendant des siècles – pendant des millénaires peut-être…

 

 

Notre voix – sans violence – murmure de solitaire discret – passant (presque) inaperçu dans les déserts qu’il traverse…

Un peu de neige sur la tête et les souliers – et, dans l’âme, son poids de silence…

Mains dans les poches et sur le visage, parfois, quelques larmes – une tristesse tendre et souriante sans autre raison que celle de vivre parmi les vivants…

 

 

Des paroles claires – parfois surprenantes – comme un défi à la bêtise et à la raison – rampantes ou sautillantes selon le dénivelé de la phrase et les aspérités du sens – porteuses de fenêtres immenses et de liberté – de forêts et de soleil – d’ombres, de rosée et de linceuls – déposées là – sur l’herbe et la pierre – dégagées du temps et de la nécessité des visages – admirables parfois – et sans auditoire (presque toujours) – et qui vieilliront, peut-être, avec patience pour s’offrir (pleinement) à celui qui, un jour, les lira avec attention…

 

 

Comme le jour – en nous – qui parfois se rompt…

Des ailes sur les mots qui s’élancent vers le monde en effleurant, de temps en temps, les choses du ciel – un peu de Divin descendu aussi bas que possible…

De la poussière d’or et de lumière…

 

 

Un trou – un peu plus loin – attend notre venue – un passage sans soleil – avec, de l’autre côté du noir, des avalanches de lumière…

Plus beau que dans nos rêves les plus extravagants…

 

 

A la frontière du bleu et de la nuit – au milieu des montagnes – dans le froid solitaire – comme dans n’importe quel désert – l’âme partagée – autant que le monde – entre les apparences et l’invisible…

 

 

Voyageur – parfois – la sueur au front – d’effort et de terreur – comme deux ailes repliées – épuisées par cette folle poursuite des ombres…

Du vent – de la cendre – et trop de routes possibles vers le même mystère…

A la fin – sans doute pourrons-nous dire que nous n’aurons fait que passer…

 

 

Le monde devant nos yeux – comme nous – les mains liées derrière le dos…

Le dos voûté – et tout qui s’efface – les souvenirs et la chair dispersés…

Et, bientôt, quelques os sous la terre…

 

 

Entre nos pairs et l’espace – notre destinée…

Entre le vide et l’interrogation – l’esprit…

Et notre âme qui n’a jamais su choisir…

Et le vent qui, sans cesse, s’en mêle – et qui, sans cesse, nous pousse – et qui, toujours, nous mène plus loin – ailleurs…

Mille séjours et des passages qui se succèdent – seulement…

 

 

Le perpétuel parti pris de la parole face au geste nu – sans autre racine que l’écoute et le silence – juste et droit comme une flèche – sans détour – sans hésitation – directement vers sa cible – parfait tel qu’il est…

 

 

Tout s’empare de nous – comme si nous étions un lieu à investir – un carrefour – un espace à remplir ; ce que nous sommes – littéralement – malgré nous – une étendue vierge que l’on habille – que l’on meuble – que l’on décore – inlassablement…

 

 

Dans le noir – à proximité – juché au-dessus de nos têtes – si absentes – si étourdies – trop souvent. En surplomb du monde et de toutes les chambres nuptiales – plus haut que tout – à l’exception de l’Amour qui nous élève…

 

 

A l’horizontale – ce mélange – cette étrangeté aux mille visages qui se plaint et se plie à toutes les nécessités…

Et ces hurlements dans l’âme – jamais entendue – jamais rejointe – le ciel scellé, pourtant, au milieu du front – et l’invisible comme axe central…

L’ébauche de l’homme – l’esquisse trop rapide (et trop élémentaire) des Dieux qui n’avaient, sous la main, qu’un peu de glaise et de vent…

 

 

Tout tombe – se vide et disparaît dans un trou – parfois à même le sol. Et pour l’essentiel des vivants – sans un seul regard – en silence – dans l’indifférence terrestre absolue – comme si la matière n’importait pas – comme s’il n’y avait rien au-dedans – ni au-dessus – ni derrière ; de simples amas de substances – fragiles – précaires – provisoires…

Ni âme – ni esprit – pas même la présence ou l’intention (malicieuse) des Dieux…

Du magma et le néant. Et le regard – trop haut – trop peu habité – pour que l’Amour sorte de son sommeil et puisse émerger au cœur de la chair…

 

 

Cette absence envahissante – dans la tête – au creux des mains – dans l’âme et le monde – plus qu’un découragement – plus qu’une inertie – ce qui n’est pas – ce qui ne peut être – là où il n’y a rien – ni personne – pas même un peu d’espérance…

Des lieux de misère et des grimaces…

Des instants volés au rêve – comme un trait sur le monde – biffé – raturé – avec une double barre dans la tête – ce que nous rappellent, sans cesse, les Autres – les vivants et les morts…

 

 

L’âme égratignée – couverte de plaies et de cicatrices ; tous les mensonges – les promesses non tenues – ce que l’on a tu – la somme incalculable des pertes et des déceptions…

L’aire de toutes les désillusions – immobile – jusqu’à ce que tout s’arrête…

 

 

Notre visage – rien qu’un miroir mille fois brisé – des éclats – des reflets – rien d’éternel – des fragments de monde – et un peu d’âme – parfois…

 

 

Les terres horizontales – de plus en plus étrangères – les rondes et les danses – le bruit – le cirque permanent – l’absence devenue maître du temps – les lois communes – la bêtise reine – les images trop grandes pour les têtes – envahissantes – la folie des cœurs en manque (carencés) – les ventres affamés et assassins – l’imposture élevée au rang de vérité…

Les ombres – partout – de plus en plus intimidantes…

Dieu – le ciel – l’exil – notre seul refuge – le silence et la solitude…

 

 

Comme un vieux rêve de contrebandier – avec des sacs emplis de fleurs et de parfums – des têtes gorgées d’éloges et de poésie – et des âmes débordantes de soleil et de gratitude…

Et nous autres – sur le chemin des crêtes – tout nus – en vérité – allant avec nos sandales usées et la besace (presque) vide…

 

 

L’âme chiffonnée – à la fenêtre – mains sur la poitrine – les cheveux ébouriffés par le vent – le cœur en tête – comme un défaut de fidélité – la lanterne des Autres accrochée trop près du front – à s’interroger sur la place du monde dans l’âme – et sur la place de l’âme dans le monde – et ne trouvant rien d’autre – en nous – et au-dehors – qu’un (immense) besoin de solitude et l’impérieuse nécessité de l’exil…

 

 

La hache et la lune dans le même sourire – collées sur les mêmes lèvres – le même visage – inséparables – à leur place – sans doute – comme les seuls outils de notre panoplie – les seuls instruments à notre disposition pour participer au(x) spectacle(s) du monde…

 

 

Du jour – tombant sur nous – de travers – de manière oblique – sur un seul versant – le moins exposé – le moins sensible – à l’ombre – comme un défi – un exercice d’anxiété pour nos pas en déséquilibre sur le fil tendu entre le silence et tous les possibles – avec la nuit – obscure – verticale – en contrebas…

 

 

Le grand vacarme de l’âme en réponse à l’insoluble question du « qui suis-je ? » Un grand tohu-bohu suivi d’un long – d’un très long – silence (définitif peut-être)…

 

 

Le monde – comme l’éternel retour – la naissance de tout, sans cesse, recommencée…

Et au-dessus – et en dessous – la même nuit qui s’étire – indéfiniment…

Et nous – sur ce fil invisible – tout au long de cet interminable voyage…

 

 

Sur le même point – oscillant – à demi ouvert – témoin du cours naturel des choses – nos battements de cœur – notre respiration – et l’inquiétude commune de ne plus être – un jour – mille fois vécu pourtant – comme toutes nos vies – oubliés…

 

 

Du monde et de la lumière qui se mélangent dans nos veines – dans notre sang frémissant…

Des rives – du ciel – et la main des Dieux qui distribue et répartit – du noir et des aventures – des fleurs et de la mort – et le déclin, le soir venu – et l’absence en hiver…

Pas la moindre âme qui vive ; et notre prison toujours aussi peuplée de fantômes…

L’éternel cheminement vers le même mystère – inconnu…

 

 

Errant – comme le voyage trop longtemps oublié – le verbe contre la douleur – le verbe au service de la terre – de l’envol et du ciel descendu – de l’intérieur vers le dehors – comme un rayonnement – comme l’écho (parfois nécessaire) du premier silence…

 

 

Parmi les arbres – nos frères – le feu silencieux au cœur de notre solitude – des visages fraternels au bord du front – le visage tourné vers nous – dans nos profondeurs secrètes – avec le même sang qui circule dans nos veines – entre nous – au centre du plus intime – au fond d’un plus grand que l’homme qui se partage en autant de parts que nécessaire…

 

24 mai 2020

Carnet n°232 Notes journalières

Dans le rythme infernal du monde – un interstice – un lieu – une manière d’échapper à l’emprise des Autres – un espace de paix et de clarté – une sorte de retrait en surplomb…

Une respiration libre – un souffle quasi océanique – notre seul refuge ; le silence intérieur…

 

 

Une parole sans pensée – des mots gonflés d’images ; il faudrait davantage d’âme et de gestes dans le langage – des lettres de chair – incarnées – profondément…

 

 

Le front investi – la tête, partout, célébrée – comme s’il était louable d’honorer la matrice du pire – cette étrange ingéniosité au service des instincts – grande pourvoyeuse de morts et de malheurs…

 

 

Nous blotti(s) contre nous-même(s) – l’âme accolée au visage – les pieds par-dessus la poitrine – les mains au fond du cœur – comme une manière collective de vivre notre solitude – notre besoin fraternel – parfaitement satisfait par notre communauté (intérieure)…

 

 

L’ombre qui s’élargit devant nous – à l’égal du désert qui avance ; rien en héritage – pas la moindre semence – pas la moindre récolte – pas le moindre chemin – le même indice – à chaque fois – à chaque instant – la solitude – l’exploration de ses propres univers – de ses propres frontières…

Le silence, en soi, patiemment creusé – et découvert – qui, peu à peu, retrouve sa place – son règne – sa primauté…

 

 

L’arbre contre notre joue – comme un ami – un appui – une manière de se tenir debout – d’embrasser toute la verticalité du monde – de supporter les abysses tortueux (et malsains) façonnés par les hommes – de vivre de manière moins insensée au milieu des visages – inévitables…

 

 

Vie de fuite et de refus – à distance du destin commun – affranchi du plus grossier – du plus ordinaire – affligeants – ineptes – hautement contagieux. Plus haut que l’inutile et l’absurdité – loin (le plus loin possible) des masses. En marge même des marginaux…

Seul avec Dieu – les arbres – les montagnes – les pierres et le silence – quelque chose d’un Absolu vivant – tangible – palpable – évident – l’invisible (intense) qui pénètre l’âme – l’être – parcouru de joie et de vibrations…

 

 

L’essentiel – hors de la page – au-dedans de l’âme et du geste – en deçà de toute intentionnalité – ce qui émerge naturellement de la coïncidence entre l’écoute et le silence – cette manne invisible qui, sans cesse, déferle sur nous…

 

 

Au loin – cette crête indéfinie qui relie – et rassemble – davantage qu’elle ne sépare – point de jonction, en quelque sorte, entre le haut et le bas – entre le proche et le lointain – ligne centrale où l’horizontalité et la verticalité se rejoignent – parfaitement…

 

 

Une lanterne dans chaque main – et remisées, au fond des poches, des réserves pour mille ans – à quoi bon lorsque le chemin réclame une âme et des pas nus – un cœur et des mains vides et innocents – rien, vous dis-je – pas même une tête fière (ou satisfaite) qui surplombe le néant de toutes les autres – au contraire – des larmes à la vue de tous ces malheurs – à la vue de toutes ces tombes – à la vue de toutes ces maladresses – et un élan colossal – inépuisable – pour demeurer sensible au milieu de l’indifférence et de l’hostilité…

 

 

Vie contre vie – les mains ouvertes – face au soleil – et dans les yeux – impassibles – le reflet de la course des astres – l’âme redressée – le seul salut possible – le seul salut nécessaire à la résurrection de la terre…

Le ciel au fond du cœur – la continuité des pas – comme une (immense) passerelle qui traverserait tous les murs pour relier toutes les choses – et tous les visages – du monde…

 

 

Tablettes et stèles – notre vie d’écriture érigée. De terre et de ciel – infiniment – comme un axe – un pont – nos lignes – notre destin – nos pas – les plus naturels…

 

 

Un point – presque rien – parmi ce qui existe – malgré le centre qui se dessine sur tous les miroirs – et ce que nous laisse croire l’esprit – prisonnier de ce visage qui semble doué d’autonomie et de liberté…

Rien – presque une totale illusion…

Une chose infime – et terriblement provisoire – porteuse d’une éternité et d’une immensité invisibles – indécelables sauf à effacer cette apparente identité – et, à travers ce seuil ténu, trouver un passage pour plonger en soi…

 

 

Rien et tant – à la fois…

Le vide – la terre – le ciel – et l’illimité partout – au-dehors comme au-dedans…

L’ombre – l’étoile – le chemin…

Les yeux tournés vers la pauvreté – puis, les pas vers le plus simple – avant le processus naturel des soustractions au terme duquel on devient un regard – pur – majestueux – autonome (véritablement) – et un baiser posé sur le front des vivants et sur les lèvres de la mort – avec quelque chose, en soi, de plus intense que le reste – de plus ardent que l’attente impatiente qui existait autrefois – et qui existe encore chez les Autres…

 

 

Rien – en effet – un regard – ce qui est – et ce qui nous traverse furtivement – et l’oubli (bien sûr) qui, sans cesse, efface…

Un point dans l’illimité – et l’illimité au cœur de ce point…

La folie naturelle de l’âme – retrouvée – et des rires plus vifs – plus éclatants que tous les soleils du monde…

Un cœur enfin vivant – sur des rives où la vie et la mort n’ont plus d’importance…

L’ombre et la lumière accueillies – l’absence de traces et de chemin – quelque chose, en nous, de la joie et de la dépossession : tout – identique – différent – entremêlé – sans la moindre aspérité – sans la moindre réclamation – tous les contours – toutes les frontières – pulvérisés – comme un retour – une évidence – d’avant le commencement du monde et du temps…

 

 

Le noir – le soir – la nuit – bannis des existences – bien trop sombres – bien trop obscures – déjà – et qui submergent pourtant le monde comme l’eau d’un fleuve en crue qui dévaste les berges – la terre – l’horizon…

Notre commune identité – cette étrange appartenance à la terre – à la matière – comme la couleur du plus grossier…

 

 

Le cœur – sur le sol – inguérissable – en des lieux-fantômes – sans espoir – sans lumière – porteur d’une voix et d’un langage étranges – comme un cierge dressé dans l’obscurité d’une cathédrale – pointé vers Dieu – le silence – un autre monde – au-delà du peuple et des rivages humains…

 

 

Le vent – comme la mort – reniflant autour de notre chambre – cherchant une faille – un interstice – la moindre anfractuosité – pour s’engouffrer – empaler notre cœur – pénétrer notre âme – nous libérer du monde et de la peur…

 

 

Le visage encerclé par le froid et les menaces ; et chaque visage ainsi – cerné par tous les autres…

 

 

La pluie – comme des gouttes d’argent sur la vitre – sur la terre – le dessein des Dieux – une grande arabesque de lumière – le jour étincelant – éparpillé – partagé en mille éclats minuscules – pour notre plus grande joie et l’essor du vivant…

 

 

Le silence et les cris – la lumière et ce qu’on laisse mourir dans le noir…

Nous autres – nous tous – seul(s) et réunis – le sort du provisoire – et, en lui, celui de l’éternel. Ce qui s’achève et ce qui ne peut s’achever – l’aurore et la cendre mélangées…

 

 

Le visage de l’enfant – blessé – sans cesse meurtri par les saillies et les aspérités du monde. L’âme trop innocente – sans doute – drapée d’intentions si naïves – porteuse de gestes authentiques et profonds où l’être entier est engagé – sur ce fil terrible – tragique – suspendu au-dessus du vide – invisible par les Autres retranchés derrière les apparences – les conventions – quelques viles stratégies pour parvenir à leurs fins…

 

 

Paroles et pages désarmées – sans appui – sans référence – sans allié – flèches décochées par l’aube – sans raison – dans la célébration discrète – presque secrète – du jour – offertes comme une torche (fragile) au milieu de la nuit…

Une manière de rompre la distance avec les hommes…

 

 

Comme une main dressée contre la barbarie du monde – comme une étoile au-dessus de la nuit – une envergure donnée à l’écume – un peu d’âme offert à la terre grise où les hommes vivent à la manière des pierres et des bêtes – presque sans visage…

 

 

Mille fois le même pas – sur le même sol – auprès de personne – parmi nos frères sans nom ; marche journalière teintée parfois de bleu, parfois de noir – sur ce bout de terre – ce mince rectangle de sable – sous ce carré de ciel aux couleurs changeantes – l’âme sensible – chagrinée, si souvent, par ces rives désertes – étonnée de n’appartenir à aucune communauté – et de demeurer seule de l’aube au couchant – puis de s’endormir en sa propre compagnie en songeant – rêveusement – amoureusement – au vrai visage de l’Amour…

 

 

La main tremblante qui s’avance pour toucher l’écorce de l’arbre – l’encre du monde – et l’âme prête à entrer dans l’espace intime de la forêt. Deux chemins – toujours – simultanés – celui que les yeux perçoivent – infiniment matériel – tangible – palpable – et celui qui demeure invisible – en retrait – intérieur – presque caché – l’un aussi essentiel que l’autre – à l’unisson – et qui mènent (presque toujours) dans la même direction…

 

 

Oiseau aux ailes brisées – trop souvent – contre l’écume du dernier jour…

Nos tentatives d’envol – d’effacement – comme l’ultime recours aux étoiles depuis ces rives perdues…

 

 

La mort – comme un ciel noir – très bas – qui recouvre l’âme des macchabées et l’insouciance de ceux qui respirent encore un peu…

 

 

Rien que des jours de plus en plus nocturnes…

Le silence retardé – ce chagrin immense – et ces pas – et ce voyage que nous entreprendrons plus tard – comme une aventure improbable – la recherche désespérée de rives moins tragiques – d’une terre plus lumineuse et fraternelle…

 

 

La poésie – en nous – comme la seule mémoire possible – le monde d’avant non rêvé – le plus authentique – celui qui précéda la première rencontre – le seul capable d’exister sans la moindre présence – sans le moindre visage…

 

 

Notre chambre au fond d’un jardin sauvage – une forêt très ancienne (et à l’avenir plus qu’incertain) – nous – à l’intérieur – au centre – invisible depuis le monde (humain) – vivant là en secret – sans miroir – sans témoin – dans les bras d’un Dieu rieur – aux gestes de glaise et au chant silencieux – aimé enfin – au milieu des arbres – sur la pierre blanche des chemins – enclin à célébrer la fraternité de toutes les âmes qui peuplent ces rives étranges et mystérieuses – restées inconnues jusqu’ici. Les yeux ouverts – le cœur sensible – la tête et le ventre apaisés – nous éveillant, peu à peu, à la joie et à la liberté sur cette étroite bande de terre posée entre le ciel et l’océan…

 

 

D’une rive à l’autre – sans broncher – de la terre à la terre – pendant mille nuits successives – à ramper dans l’obscurité – au milieu des rêves et de la mort – parmi nos semblables au teint pierreux…

La terre comme un immense jardin noir – un vaste terrain vague aménagé pour l’usage des hommes au détriment de la vie sauvage ; le signe – la preuve (patente) – de notre volonté pervertie – de notre grandeur corrompue…

 

 

Ici – à présent – au-delà de la solitude – dans cet antre ouvert et froid – nocturne en plein jour – solaire dans la nuit noire – posé partout où nous nous trouvons – sans violence – au plus près de la source du monde – des visages et des pas…

A demeure où que nous soyons…

 

 

Le bleu du monde découvert à mains nues – le regard clair face à l’obscurité des corps – à la maladresse des âmes – à l’imperfection commune à l’œuvre…

Les hommes et la mort tels qu’ils sont…

 

 

Le pouvoir des rêves et du temps qui ont, peu à peu, colonisé les têtes…

Notre attente impatiente des prochains événements – notre incapacité millénaire à être présents là où nous sommes…

L’immobilité – l’espace fixe – et l’incessant défilé des images…

Ce qui passe sans jamais s’arrêter dans le regard – l’envergure infinie. Et, un peu partout, des milliards d’amas – une infinité d’objets et de visages qui brûlent ; la matière – le monde provisoire – qui se métamorphosent – la chair et le bois qui se transforment en cendres et en fumée grise que dispersent les vents…

 

 

Dans le plus simple du jour – l’âme fidèle – à déambuler – à heures régulières – sur les rives du silence – paumes l’une contre l’autre – le visage légèrement tourné vers le sol – le cœur ouvert – docile aux exigences du ciel et aux impératifs du monde – le feu à l’abri des regards – l’âme paisible dans l’intimité de la chambre prénuptiale…

 

 

Sans masque – sans empire – sur la pierre nue – ciel et silence en soi – chaque geste comme une prière précise – le regard déployé – posé légèrement au-dessus du monde…

 

 

Sans exigence – sans effort – à pas lents sur la sente qui s’impose – le ciel et les Dieux en tête – et des larmes inconsolables devant l’incompréhension et la difficulté des vivants…

 

 

La chair vieillissante – sans incidence sur la fraîcheur – et l’innocence – de l’âme…

L’Amour en soi qui a, peu à peu, effacé les menaces – les risques – les enjeux. L’esprit vide et libre – affranchi des désirs – des souvenirs – des stratégies. Les yeux lucides et le cœur proche des grands arbres – à l’écart des visages trop froids et des postures trop grossières – sur le versant ensoleillé du regard – de plus en plus loin du sommeil et du périmètre où sont confinés les hommes…

 

 

La mort en face et le repli derrière soi – au centre du refuge – là où le sourire et l’attention ne font plus qu’un dans les yeux – dans l’âme – comme un regard sans saisie – une présence douce et pénétrante qui, selon les circonstances et les visages, tranche ou attendrit…

 

 

Rien que des yeux – des enfants à chérir et des maladresses à pardonner – le signe, peut-être, d’une sagesse très ancienne lorsque les têtes se tenaient loin de la torpeur – de la distraction – de l’inquiétude – lorsque le silence et le vent régnaient partout – sans partage…

 

 

Présence noire – parfois – comme une ombre immense et passagère – une flaque de sang sur la pierre blanche – un long cri plaintif dans le silence…

La tête repliée sur soi…

 

 

Une terre étrangère – comme un monde soudainement dépeuplé – balayé par un vent furieux – dévastateur – qui écrase toute possibilité de résistance – conscient, peut-être, de son rôle purificateur…

 

 

La création d’une grande étendue sombre pour nous rappeler l’incessant labeur de la nuit – ses tristes avancées – son irrépressible ascension – son invasion implacable et ordonnée…

Et – en nous – la bête qui hurle – en recouvrant, malgré elle, les gémissements de l’âme qui tremble…

 

 

Ici – un chemin sans rivage…

Là-bas – une rive perdue – isolée – comme une île lointaine – introuvable…

Ici – les linéaments d’une présence – quelque chose de simple et d’immobile – de (presque) sage…

Là-bas – une absence (quasi) totale – de la vitesse et du stress – la folie incarnée – l’étrange démesure de ceux qui s’imaginent vivants…

 

 

Des tourments – des blessures – du sang – l’inintelligence sacralisée. Partout – le règne de la prétention et de la douleur…

 

 

La simplicité dans l’âme – le sol droit – le ciel présent. Quelque chose comme une sagesse sans vérité et une existence d’errance (apparente) – l’incertitude, à chaque instant, recommencée – le geste juste et précis – l’ardeur et les pas qui, chaque jour, se réinventent – le feu et la précarité – notre destin (véritable)…

 

 

Crispés sur nos anciennes forces – sur tout ce qui nous semblait éternel – et qui s’avèrent, en réalité, aussi fragiles – aussi précaires – aussi éphémères – que les feuilles des arbres – l’herbe sauvage des fossés – la beauté d’un visage…

 

 

Sur la terre simple – le feu dans les profondeurs de l’âme – l’ardeur dans nos mains – le pas tranquille – et l’esprit silencieux et déployé…

 

 

Tout se déchire – sur ces rives…

Tout apparaît et se désagrège entre l’aube – le sable – le ciel…

La vie comme un chant – puis, comme un naufrage…

Qu’importe les larmes et l’agilité des mains – un jour – tout se délite – tout se défait – la matière du monde comme l’immatérialité des idées et des émotions – et ne reste, bientôt, sous la voûte que l’écho de notre dernier cri…

 

 

Des oiseaux plein la tête – dans cette salle où l’on a accepté de vivre – au cœur de cet espace autrefois si désirable – devenu aujourd’hui un périmètre de tristesse et de désolation – comme la marque de la mort et de la malédiction sur notre existence – le lieu de la cacophonie et de la déperdition – la périphérie de l’enfer dont l’âme serait le centre ; aussi, nulle échappatoire – à présent – nulle autre possibilité que celle de se laisser envahir par le monde et la nuit – ces odieux outils du Diable

 

 

Nous cédons – toujours – devant les eaux noires et cruelles (résignation contrainte et détestable) – la joue contre la vitre – et des larmes qui coulent sur la joue – soumis au vieillissement hors du cercle de sagesse – loin des Dieux et du silence – parmi les cris et la détresse des bêtes et des hommes qui nous entourent…

 

 

Sur la même rive – depuis le premier jour – le chant terré au fond du cœur – trop timide pour confier sa douleur au-dehors – réduit à vibrer dans l’âme ; quelques mots pour aimer et trouver la force de quitter cette terre sans tendresse – sans fraternité – où l’Amour n’est qu’un phare (trop) lointain…

 

 

Le réel – dans le geste et la voix – dense et léger – terrien et, pourtant, salvateur – qui nous rapproche, d’une étrange manière, de l’invisible – du ciel chargé de silence et de liberté…

 

 

Le monde à l’écume blanche – aux abysses sombres – périmètre de l’homme et de la pierre à la surface, si souvent, grise et douloureuse…

 

 

Les ombres – grandissantes – de la nuit – cette zone où chacun s’égare – contrée porteuse de lampes trompeuses qui donnent le sentiment d’une perspective et d’une infinité de possibles ; mirages – simplement – qui nous enfoncent plus profondément dans le noir et la cécité…

 

 

Ce qui est perdu – ce que nous tenons dans nos mains – les choses amassées dans la tête – tous les trésors supposés des hommes et des âmes…

Nous n’avons rien – et ce qui reste ne nous appartient pas…

Nous sommes le vent qui souffle – le vent qui passe – et le sable soulevé – et les oiseaux emportés plus haut – emportés plus loin…

 

 

D’arbre en arbre – de crête en crête – la voix et l’oiseau – à bonne distance de la mort – cherchant un lieu isolé – la place du chant et de la lumière – la proximité de l’aube qui délivre – le cœur du ciel sur terre – l’endroit de l’innocence…

 

 

Vivant – sans volonté – là où l’ombre est inguérissable – parfaitement entravé par le gris épais des jours et du monde – sous l’indifférence des yeux et les moqueries de quelques-uns – cerné par l’obscurité et la souffrance – et oublié des Dieux…

Sur la terre triste – si triste – des hommes…

 

 

Du sol – et la même aube que là-haut – là où l’on est condamné à vivre ni selon le hasard – ni selon ses mérites – dans la vraisemblance d’une possible vérité – au centre et en exil – au milieu de la haine et de l’amour – simultanément – partout où la lumière – invincible – semble avoir été (provisoirement) vaincue…

 

 

Arrimés aux rives des choses – à la surface de la matière – dans la proximité des naissances et des déploiements – au plus près de la mort qui rôde et s’abat…

L’espace comme un sol – et un peu d’air – le ciel au-dessus – et le feu au-dedans – le noir partout – et quelques lampes pour éclairer la route et les pas – quelques étoiles – ici et là – histoire de gagner en rêve et en clarté (si l’on peut dire)…

La matière et le silence dans leur secrète alliance – et la même chose pour les malheurs et la joie – quelque chose d’invisible – et d’incompréhensible – pour l’esprit commun – trop corrompu par les images et la bêtise (envoûtante – fascinante) des foules…

 

 

Là où l’on doit vivre – sans consigne particulière ; l’ombre au milieu du jour – sur la même pierre – en exil parmi les Autres – dans l’attente de l’inespéré – le silence – la lumière – la vérité…

 

 

Le destin – n’importe lequel – un passage – le plus proche. Et notre cœur à extraire de la roche – et la chaleur à faire naître au milieu de la glace. Des millénaires d’absence à convertir en gestes de pure présence…

La matière transcendée – la seule réelle ambition du vivant…

 

 

L’âme couchée dans la rosée matinale – dans son bain de fraîcheur – avant sa rude besogne quotidienne ; l’effacement (délicat) des luttes et des résistances – la route à éclairer – les conseils à prodiguer – l’écoute et l’attention de chaque instant. Tâches indispensables qu’elle sera seule à accomplir – étincelle pugnace contre l’œuvre générale – celle du monde entier (à quelques exceptions près) guidé par la nuit épaisse (et inévitable)…

 

 

Une étoile au-dessus de la tête – comme une vague promesse – un fieffé mensonge ; rien à franchir – rien à poursuivre – rien à perdre – rien à gagner – se laisser aller – comme le chant né du fond du ventre qui jaillit par les voies les plus naturelles – regarder – accueillir – et obéir aux courants d’énergie et de matière qui nous soulèvent et nous emportent – et aux inclinaisons de l’âme – à son penchant naturel pour la lumière – le silence – la vérité…

 

 

Au loin – ces nuages – et ce clocher – le monde des hommes et le ciel – sans commune mesure – trop distant l’un de l’autre – séparés par trop de peurs et d’abîmes – sans autre lien que l’âme libre et vierge – redressée…

 

 

Sur la pierre grise – le feu patient et dénaturé par l’attente – affaibli par nos ombres et nos (stupides) exigences. Pays de terre et de gravité – parsemé de roches magmatiques…

 

 

L’aube silencieuse – à travers la vitre – le monde d’en-bas – espérant. Les hommes au sommeil frémissant – enterrés dans le sable – corps et âme – empêtrés jusqu’au cou – la gorge resserrée – retenant des monceaux de paroles devenues inutiles…

 

 

Ce que l’on perd en s’éloignant du monde – en s’écartant des hommes – le feu de l’espérance tari – l’éternel sur la pierre – l’immobilité verticale – insensible aux visages d’autrefois – à nos cris trop anciens – aux larmes et aux cendres – aux ruines de nos empires passés – à nos grimaces et à nos chutes dans la nuit envoûtante et infernale…

Et notre âme nue – à présent – face à ce qui vient…

 

 

Des pas – un chant – le jour…

Et ce qui se rapproche – sans volonté…

Aussi libre que l’arbre et l’oiseau – et aussi évident (et discret) que leur relation avec le ciel. Toujours moins hautes – la tête et l’ambition…

L’aube déjà couchée dans l’âme – et qu’il nous faudra apprendre à éveiller sans bruit – sans heurt…

La fin d’un monde – et l’œuvre – et le voyage – inachevables – à jamais…

 

 

En nous – rétablie la paix – sur ces choses grises – en désordre – le cœur incliné au milieu de la nuit – à veiller près du visage de la mort…

Nos peines étalées sur la table – éclairées par cet autre visage – en soi – posté près de la fenêtre – dans cette lumière étrange – et indéfiniment recommencée…

 

 

Dans la forêt – sur cette terre – là où vivent les bêtes – au cœur de la nature sauvage – notre présence silencieuse – proche du ciel – proche du jour – au milieu des ombres ordinaires – comme un jardin abandonné – un lieu où pourraient régner ensemble l’Amour et la mort – sans haine – sans blessure – sans douleur…

 

 

Vêtu de rien – quelques larmes passagères – un peu de tristesse sur la blancheur du jour – l’aube dans l’âme – grandissante – quelque chose de si léger sur le sol – à peine une apparence – les contours presque effacés d’une existence – incroyablement fragile…

Le front – invisible – plus haut que la sagesse – au-delà de la mélancolie – de toute grisaille – posé sur le seuil de l’autre monde – sur cette étroite bande de terre où chaque instant célèbre la même devise terrestre, réinventée sans impatience, scellant ensemble l’aube et la mort – enlacées – et gravée sur chaque pierre foulée avec innocence…

 

 

La parole défaite par trop de luttes inutiles – par trop de rage et de combats – comme les pans dérisoires d’une résistance sans effet…

Capitulante – et gisant, parfois, sur la terre noire et piétinée – inerte – sans la moindre main pour la redresser – lui insuffler la force de se tenir debout – sans appui – sans étai – libre des béquilles d’autrefois – portée seulement par l’ardeur de l’innocence et la puissance des forces aimantes – comme une excroissance du sol – de la terre – défiant l’indifférence du monde et la vanité du temps…

 

 

Peut-être n’avons-nous jamais réellement consenti à aimer – peut-être n’avons-nous jamais vraiment su ce que veut dire aimer…

Des dalles manquantes sur un chemin – avec des trous devenus, peu à peu, des brèches…

Des parois de pierres et de silence…

Aujourd’hui – tous les visages ont disparu – partis – emportés ailleurs – attirés par d’autres figures et d’autres chants…

A présent – la solitude – et nul autre endroit où aller – pas même un refuge ou une possibilité de fuir le lieu de la tristesse et de la désolation – et l’âme (exagérément) nostalgique…

Rien que la nuit et un (très) long mur gris à longer…

 

 

On ne vivra plus rien – on ne bâtira plus rien – on se laissera lentement glisser vers la mort…

Plus de combat – ni de destin à édifier…

Mille choses qui s’effritent – au milieu de la poussière…

Le monde – en soi – au bord de l’effondrement…

Et l’âme qui s’éclipse – discrètement – sur la pointe des pieds – nous laissant seul parmi les gravats – au milieu du néant…

De la nuit et des larmes avant de succomber…

 

 

Le feu à l’agonie sur quelques (pauvres) restants de lumière…

 

 

L’âme sur les rives des hommes – allongée dans le froid – recroquevillée sur elle-même – dans l’attente angoissée de la mort – au milieu des ruines et du silence…

L’esprit abattu par l’impossibilité de l’Amour et de la rencontre – la tête vaincue posée sur le sol – la mémoire si gorgée de douleur et de souvenirs que ni demain – ni l’éternité – ne pourrait nous secourir – nous consoler ; il faudrait, sans doute, tout déverser – tout laisser se répandre sur la pierre nue et grise – et s’abandonner (pleinement) au ciel sans soleil…