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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Dans l'écume du mystère

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Des choses et d'autres

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24 septembre 2019

Carnet n°205 Notes journalières

Une manière d’être présent au-dedans de soi – un abri – une forteresse – quelque chose d’involontaire – le plus grand soin à vivre…

 

 

Rien de construit – rien d’érigé – ce qui enveloppe la force – les yeux – le monde – tout ce qui vit penché – incomplet – maladroit – tout ce qui a été engendré…

 

 

Nous – autour – dans ce qui s’éteint – dans ce qui s’efface – près du ciel – au-dedans de la terre – et dans ce qui bat aussi – quelque chose qui ressemble à un cœur mais plus vaste – plus lumineux – indestructible et silencieux – livrant, à chaque seconde, une autre manière de vivre le temps – une autre forme d’éternité peut-être…

 

 

Hors de tout – et l’on serait encore au-dedans – au cœur même de l’esprit – dans la poitrine vivante du monde…

 

 

Des yeux attentifs – des mains sans mémoire – une tête lisse – presque transparente – où le vide se lit sur le visage. Quelque chose qui tremble encore devant les malheurs – enveloppé par cette boue épaisse que les années ont déposée sur la peau – sur l’âme – et qui s’est infiltrée partout à l’intérieur…

 

 

Un corps nu encerclé par de hauts murs – ce qu’il faut de folie pour être au monde et essayer de sourire devant les malheurs. Un labyrinthe de chair, de mots et de béton. La violence des Autres ajoutée à la sienne. Le vent et l’intensité de l’instant. L’œil qui abolit la séparation – les frontières – ce qui entravait l’ensemble du territoire et la libre circulation. Le désavantage des vivants sur les pierres face à la nécessité du silence…

 

 

Tout est là – puis, tout disparaît – s’enterre – quelque part au fond de l’esprit – l’individualité – la peur – ce qui tremble face au monde – ce qui crie et désespère face à la mort – ce qui n’accepte rien – ce qui erre depuis le début du monde malgré l’invention des Dieux, des temples et des prières. Et ça ressurgit comme ça – à l’occasion d’un souvenir qui remonte – et avec lui – tous les objets – tous les visages – enfouis en dessous…

Sinon – rien – la vacuité et le silence – réels – profonds – au même titre que ce qui reste dans la mémoire ; le temps – la vie – la mort – la tristesse – le chagrin – le désespoir – aussi vivants – aussi palpables – que la joie – le vide – le plus rien – le regard sans épaisseur – sans aspérité – sensible – touché, à chaque fois, au cœur…

 

 

Il n’y a d’ailleurs – ni d’autrement – seulement ce qui est là. Le reste n’est que fantasme – imaginaire – délire – mondes parallèles…

 

 

Malgré l’immobilité apparente – ça remue à l’intérieur – ça vibre – ça saute – ça court dans tous les sens tant l’inconfort est grand ; ça cherche – seulement – un peu de paix…

Une tension maladroite – involontaire – que chacun refuse – et qui, elle aussi, cherche un abri – un accueil – un peu d’Amour et d’attention…

Veiller à ce que rien – en soi – ne se sente étranger – rejeté – mal accueilli. Puis, de soi au monde – il n’y a qu’un pas – qu’une perspective – une simple question d’envergure…

 

 

Il y a, parfois, cette violence dans l’âme que l’œil, la main et les lèvres reflètent involontairement…

 

 

Une continuité de la tension – qui, comme chaque chose de ce monde, cherche à s’étendre – à se répandre – à s’imposer face au reste…

 

 

Tout se déverse comme si nous étions une outre. Tout se répand comme si nous étions un espace immense – un désert…

 

 

Tout est – et personne pour le voir…

Il y a – en nous – trop d’absence – de prétention – et mille caisses de représentations inutiles…

 

 

Un feu – de part en part – et qui brûle jusqu’aux pierres – jusqu’à notre air affairé. La grande liberté du vent qui s’engouffre et cisaille – comme une main habile qui racle le fond – écorche les parois – et déblaye jusqu’aux plus tenaces imprégnations…

Un brasier de lumière – du sol jusqu’au fond de la poitrine…

 

 

Accueillir jusqu’à l’insuffisance du jour – et nos refus coutumiers. Être cette blancheur que l’on voit dans l’air certains matins d’hiver – cette main lisse qui s’offre à ce qui s’avance. Notre plus précieux labeur…

 

 

Tout nous envahit pour peu que nous laissions faire – la vie – le monde – les Autres – le corps – la psyché. Et tout même s’enhardit lorsque notre attention manque d’ardeur. Il faut se tenir débout – et vigilant – jusque dans le sommeil ; ne jamais laisser – la vie – le monde – les Autres – le corps – la psyché – manger sur notre tête. Aimable, oui – accueillant, bien sûr – jusqu’à l’impitoyable coup de balai…

 

 

Ce qui se ramasse – parfois – dans le prolongement de la chute ; quelques restes de soi – et quelques restes des Autres passés avant nous…

 

 

Ce qui prend possession de la tête – puis, de l’âme – puis, du corps – ce qui se retourne sans effort – identique quelle que soit la face exposée…

 

 

On s’abandonne aux remous internes – aux orbites coutumières – aux sens donnés par les yeux. On tourne en rond – de travers – mais le regard est fixe – non concerné par les mouvements ; ça s’agite – comme à l’accoutumée – mais on reste – quelque chose en nous reste – tranquille…

 

 

Ce que nous sommes – ce qu’il reste de l’âme – un jour sans soleil – mille saisons sans un seul sourire…

Et l’on pourrait dériver – ainsi – pour l’éternité – soumis à tous les possibles – nous serions encore à l’abri au-dedans…

 

 

Ce qui passe – le regard le déchire…

Il n’existe aucun lieu pour l’abondance et la certitude…

Tout ce qui arrive est embrassé et, aussitôt, évacué… Ne subsiste pas même une odeur – pas même un parfum…

Tout s’enfonce au-dedans – et tombe par petits bouts – par lambeaux – au fond de l’esprit – absorbé par le tourbillon de l’immensité qui projette, ici et là, sur les vivants – sur le monde – sur ce qui reste – des fragments de choses et de visages – des bribes d’images et de pensées…

 

 

Les mots coulent – s’écoulent – tirent leur source de la même origine que le monde – que les ombres – que tout ce qui existe sous la lumière…

 

 

Des routes par lesquelles viennent le jour – le souffle – le soleil. La fraîcheur qui inonde le front – la lumière qui envahit l’esprit ; ce que l’espérance et la prière ne pourront jamais offrir…

 

 

Une forme d’exil – du dedans. Et le peu qu’il reste pour surprendre les yeux étrangers – indifférents. A peine une existence – une tentative perpétuelle de séduction – une manière maladroite de combler ce qui manque par l’intermédiaire des Autres…

Tous à mendier le même Amour en jouant, un à un (et parfois ensemble), ses meilleurs atouts…

 

 

L’esprit et l’énergie emmêlés – sans temps mort. De la violence et de la tendresse…

Et l’œil comme une lisière – incapable de percevoir l’infini…

Tout – pourtant – va – et vient de – plus loin – bien au-delà des frontières imposées par les sens et la psyché. Et c’est dans ce lointain que se nouent les plus invraisemblables – les plus merveilleuses –les plus fidèles – alliances…

 

 

Tout demeure vivant – ainsi – soutenu depuis les hauteurs – autant, sans doute, que depuis l’intérieur ; la même cohérence – la même nécessité – qui, comme une pince, maintient les formes et leur trajectoire – par le haut et le dedans…

 

 

Tout prend la route – tout finit, un jour, par prendre la route…

Pourtant – nul ne part – et rien ne disparaît – seul le souffle s’éteint. Et cette interruption nous terrifie ; le sol attaché à l’air – puis arraché à l’air – dépendant et fragile. Et sous le front – cette crainte de l’étouffement…

Et autour – tout ce qui concourt à l’asphyxie…

 

 

Le vent – ce qui maintient l’espoir d’une autre vie – d’une renaissance possible – comme une graine emportée ailleurs. L’élan d’après la mort…

 

 

Ce qui se joue – pour chacun – à chaque instant – dans cet intervalle entre l’expir et l’inspir – une parenthèse hors de la respiration – quelque chose qui n’appartient ni à l’air, ni à la terre – une autre matière – autrement – ailleurs – divin peut-être – céleste sûrement. L’être possible dans la non-vie – hors du vivant – sans l’air, ni le souffle…

 

 

A hauteur de soleil – la mort – le vent dans notre poitrine – le souffle des Dieux – tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’infini…

Toute chose, en définitive…

 

 

Tout – dans cette couleur semblable au miroir – rouge – bariolé – et ce reflet métallique – comme une lame furtive tenue par une main agile. Et ce trou au-dedans de chaque chose où perce – presque toujours – le bleu…

 

 

Visage sans pourtour – la chair sans âme – des mains portées plus loin – devant soi. La voix d’hier – la vallée triste des souvenirs…

Tout qui s’entremêle – qui colle à l’esprit et aux lignes…

La brusquerie des orages. Le froid qui se propage – qui nous entoure – qui nous encercle – qui nous pénètre. Et ce corps – et cette âme – dans la neige – immobiles – qui auront vécu le possible – à peine – sur le bout des lèvres…

 

 

Rien ne peut nous arriver – tout peut nous arriver. En vérité – nous sommes déjà perdus – presque morts – et, sans doute (depuis toujours), éternels…

 

 

Où que l’on soit – à demeure…

Quoi que l’on fasse – au centre…

Ni espoir, ni imaginaire…

A la même place quels que soient le voyage et la destination…

 

 

La parole pour seul convoi…

Et un seul trajet – vers le jour et la beauté…

Une voie ouverte, bien sûr, par tant d’autres avant nous…

 

 

Tout s’oublie – mais – rien – jamais – ne se perd. Au fond de l’esprit – le gouffre des Dieux – où sont jetées toutes les épaisseurs – les lieux – les liens – les corps – les routes – les visages et les aventures – le détail de toutes les expériences – la beauté des âmes – les déserts – les larmes et les jours de joie…

 

 

Le souffle comme l’avant-ciel du monde…

Des déchirures, puis, la même faille qui, peu à peu, s’élargit. Le cœur tailladé – secoué – malmené. Et la turbulence des jours avec leur poids de malheurs…

Parfois – tout blesse ce qui – en nous – veille – et attend la blancheur…

 

 

Ce que la terre nous offre – ce que la route nous soustrait – et ce qu’il nous reste pour accueillir le ciel…

 

 

Rien qu’un peu de silence – et le soir couchant. Dans la proximité des feuilles – l’instant sans lendemain…

Le jour qui, peu à peu, se retire. Le vent sur le visage – et le corps nu – comme un ami…

 

 

Dans les bras d’une nuit moins sombre – qui n’a, peut-être, plus grand chose à nous prendre ; nous qui lui avons tant donné autrefois…

 

 

On ne surveille rien – on contemple. On ne contemple pas – on est – du moins est-ce notre sentiment…

 

 

On se perd encore parfois – les pas sur la route – les mains devant soi – comme si nous cherchions notre chemin – mais nous savons, à présent, que l’existence est un voyage sans destination – un jeu de piste où le seul lieu (habitable) se trouve au-dedans…

 

 

Dans les hauteurs du plus lointain désert – là où ne règnent que la solitude et le silence – là où tout est nôtre – jusqu’aux pierres – jusqu’à la blancheur des âmes – jusqu’à nos pauvres balbutiements. Rien d’étranger – tout a le goût de l’infini et le parfum de la lumière…

 

 

Ce qui s’avance sur la page en trébuchant – le jour – l’ombre – l’incertitude. Rien sur quoi l’on puisse s’appuyer…

Tout – en nous – à la même enseigne…

 

 

Tout semble si haut que nous nous imaginons minuscules…

Tout semble si bas que nous pensons être des géants…

Et ce qui sort de notre bouche – tantôt vérité – tantôt mensonge…

Seul avec les Autres – et ensemble dans la solitude…

On ne peut – décidément – être sûr de rien…

 

 

Nous – toujours – entre la montagne et ce haut mur de pierre…

Que la nuit s’efface – que la route nous perde – que le jour devienne la seule patrie – n’y changerait rien ; il y aura toujours une liberté et un chemin qui se dessineront – et mille choses qui nous resteront inconnues…

 

 

L’orage – parfois – détruit en un instant ce qui a été patiemment édifié pendant des millénaires. Comme un trou dans le sommeil qui bordait les murs. La nuit alors s’abat pour fendre le rêve – et voilà mille années anéanties en une fraction de seconde…

Et malheureusement nous reconstruisons presque aussitôt ce qui a été jeté à terre – comme si nous ne pouvions vivre qu’entourés de briques et d’illusions…

Après la pluie viendra – peut-être – l’impossible ; en tout cas – l’esprit y veille – et les larmes y contribuent…

 

 

Personne d’autre que nous-même(s) – devant – autour – au-dessus – au-dedans…

Celui qui a peur et celui qui a affronté toutes ses peurs…

Le plus profond et la surface des pierres – le ciel et toutes les routes…

Celui qui veille quelles que soient les circonstances…

Celui qui a déjà tout franchi – et qui franchira tout encore – sans qu’il ne nous autorise jamais à le rejoindre…

 

 

Ça s’enfonce – en nous – avec les mêmes yeux qui tâtonnent – avec les mêmes mains collées aux parois – avec la même âme et le même air affolés – et avec cette vieille lampe qui a déjà servi à tant de découvertes…

L’attente – le noir – le ciel – quelque chose qui, peu à peu, se révèle…

 

 

Nous restons là – quelque part – avec nos courbes et nos sacs de sable noir – et avec cette espérance de voir le temps transformer nos peines et nos tentatives. Mais c’est un mur – en réalité – que nous construisons – haut – épais – de plus en plus infranchissable. On a beau le savoir, nos mains continuent d’œuvrer à l’édifice…

Plus tard – nous aurons la poitrine ouverte – suffisamment pour accueillir nos déboires et anéantir ce que nous aurons bâti…

Il sera temps alors – notre labeur achevé – de franchir les ultimes frontières…

 

 

Ce que le front retranche – ce qu’il soustrait à l’illusion – à la prétention – est un présent inestimable qu’il offre à l’âme – au monde – à l’âme de tous les Autres…

 

 

Entre l’attente et la veille – quelque chose s’élargit – un interstice – un intervalle – une faille que le silence remplit d’air pur – une forme de souffle nouveau – un élan de plus en plus apte à vivre l’inconnu et l’incertitude – et la joie de ne plus rien savoir…

 

 

Etrangers – inconnus – nous-mêmes comme ces autres que nous ignorons…

 

 

Tout – dans la lumière – en désordre – et nous aussi – quelque part…

Aussi vivant que possible…

 

 

La vie n’est qu’une pente – un circuit…

Être est autre chose – l’infini sensible – immobile – à la fois dans – et hors de – l’itinéraire – ces folles trajectoires empruntées par les vivants…

 

 

La pierre où nous aurons vécu sera celle où le corps – à sa mort – sera déposé…

Du vide – de l’air – de la terre – à peu près la même chose qu’en vivant – le feu en moins, bien sûr (ou alors différemment)…

Et personne – ni avant – ni après – exactement la même solitude…

 

 

La densité de l’expérience écrasée par l’indifférence du regard à l’égard du vécu – des états ; simples contenus – simples colorations – du vide…

Comme une main qui balaierait, d’un seul geste, tous ces remplissages – tous ces coloriages…

 

 

Chaque jour – un autre lieu – le même destin – éparpillé – qui se resserre et se dilate au-dedans – qui effleure le monde et emplit la main qui en dépose quelques grains (une infime partie) sur la page…

 

 

De temps à autre – un rire – presque chaque soir à se parler – l’homme et ses visages – l’infini et ses fenêtres – et ce que la mémoire porte en elle de nostalgie (inutile). Une âme sans tête serait plus confortable. Un esprit sans corps – puis, plus même la moindre entité – le vide intégral…

 

 

Ah ! Que nous nous agitons pour tenter d’apaiser – en nous – ce feu qui brûle ; de l’air brassé qui l’alimente davantage alors qu’il suffirait d’un couvercle – et d’une main ferme – pour étouffer les flammes…

Mais – en vérité – l’éradiquer serait impossible – une entreprise totalement vaine – et un geste malsain car voilà la seule chose que nous ayons – ce grand feu dans l’âme…

Un regard et de hautes flammes au-dedans…

Une présence et une chaleur…

Comme un soleil intérieur qui éclaire et réchauffe – et qui impose que l’on y plonge – tout entier – pour qu’il puisse nous habiter pleinement…

 

 

Parfois le dédale – d’autres fois, l’horizon – en réalité – le même espace qu’habille la psyché…

 

 

Le vent – la pierre – le visage. Ce que nous offre la terre. Et ce que nous lui dérobons. Et – en soi – le vide et le feu – ce avec quoi le monde s’est construit…

 

 

Il y a ce mur – et cette main tendue par-dessus. On ne sait si elle le bâtit ou le détruit – sans doute, un peu les deux…

Nous n’avons d’autre manière d’être vivant…

 

 

Ce qui dure – ce qui s’efface – le mouvement et l’immobilité – d’une façon ou d’une autre, on s’y heurte…

Nous sommes parés de trop de masques – pour voir – comprendre – et passer sans heurt. C’est à ces filtres-armures que nous nous cognons…

Le réel est beaucoup plus simple – et bien moins délétère – que nous ne l’imaginons…

 

 

On jaillit d’un mystère, puis on y retourne. Entre les deux, on sème un peu de pagaille et quelques malheurs…

Beaucoup de trivialité(s) et d’évidence(s) vécues et exprimées…

 

 

Mille fois nous nous éteindrons avant de pouvoir réhabiter le soleil…

 

 

Quelque chose boite – en nous – qui fait un drôle de bruit ; à chaque pas – le grelot du doute et de l’ignorance…

 

 

Tout en éclats – parfois – comme sous le coup de la colère – un miroir brisé – le réel en fragments…

 

 

Toutes ces ombres sur la route devant nous – sont-elles les nôtres ou celles de nos prédécesseurs qui traînent un peu…

 

 

Tout nous entoure – la sécheresse et le flamboiement…

Et tout – dans un instant – s’effacera…

 

 

Le temps et la mort sont des angles trompeurs ; ils nous voilent le plus simple – l’évidence…

 

 

L’Autre n’existe pas – il n’y a que des ombres et un peu de lumière…

 

 

De longues années à ne rencontrer personne – des corps – de la matière où étouffe l’esprit…

De grands arbres à qui nous avons confié nos espérances, puis, notre désarroi…

Et quelques pages pour détailler nos impressions…

Rien d’important – en somme ; quelques niaiseries qui – comme le reste – rejoindront bientôt la poussière…

 

 

Tout n’est que route et chute – extinction et blancheur – renouveau et blancheur. Partout – le soleil et le passage du vent – l’âme atone et le ciel qui la devance…

 

 

Il y a nous tous au fond de l’air – et le même air au fond de chacun – et le même ciel pour chacun – et autant de chemins et d’horizons que de visages…

 

 

Une pente – et rien que des mains tendues vers nous – une farandole de sourires du bas jusqu’au sommet – et le feu qui brûle dans l’âme qui nous donne l’allant nécessaire pour l’ascension et la chute…

 

 

Malgré la pluralité des mondes, il n’y a d’autre terre que celle que foulent nos pieds…

Des figures de glaise – silhouettes furtives qui longent l’ombre des murs…

 

 

Parfois – le feu nous fait chuter – non – pas le feu – la précipitation née d’un excès de feu…

 

 

Des heures – des jours – des mois – comme du sable qui file entre les doigts. Et cet instant comme une main ouverte – une paume offerte – un baiser furtif – la persistance de l’éternité…

Poussière que la terre amasse – que la terre balaye – que la terre remplace…

 

 

Il y a des âmes plus épaisses que le monde – des esprits saturés de mots et d’idées – des corps alourdis par la chair – de la matière comme des tas de débris assemblés – et, plus loin, le gris du monde – et plus haut, tout ce bleu qui n’en finira jamais…

 

 

Chaque mot est vide – et, pourtant, il y a le monde entier au-dedans. De la poussière et de l’infini – comme nous tous qui ne sommes (presque) rien…

 

 

Le souffle – l’eau – la terre. Ce qui surgit des profondeurs. Le monde non comme un champ mais comme une aile née des temps anciens où nous n’étions que feu et boue – bouche éructante – faille déchirée – d’un autre registre qu’aujourd’hui…

De ce monde dont il ne reste rien – pas grand-chose – un mythe – un œil inconnu – un horizon lointain – une crête que quelques-uns effleurent parfois – et un chapelet de paroles qui nous invitent à chercher le chemin de l’origine…

 

 

Une profondeur noirâtre – le territoire des hommes – verticale des abysses sous l’apparence d’une stricte horizontalité…

Des terres brûlées – de la matière froide – des amas de chair putréfiée…

Voyage dans les eaux brunes – fange – boue – marécage ; la main qui plonge dans le bas-ventre du monde…

 

 

La lumière blafarde d’une chambre d’aliéné – les murs blancs maculés d’excréments et de graffitis. Ce qui sort du ventre et de l’esprit sauvages. La main chapardeuse – le cœur aride – et ce corps lourd attaché à la terre – l’âme moribonde – inapte à vivre en terre hostile…

L’humanité triste et étriquée. Tous les rêves d’immensité piétinés. Rien qui ne soit à notre portée. L’enlisement – seulement – dans la nuit noire et froide du monde…

 

 

Rien qui ne soit attaché au regard – la même absence – ce qu’offre – seulement – la solitude…

Le silence sans mémoire…

Un monde sans rêve peuplé d’arbres et de pierres…

 

 

Ce qui se tient debout dans l’âme – dans la joie – là où puisent les sentiments – là où s’enracinent toutes les histoires du monde…

La partie la moins étroite du cœur – ce qui vibre avec ce qui le touche – la seule espérance de l’homme…

 

 

Ce qui se tient au plus près de soi – au-dedans même du souffle – au-dedans même du plus grand silence. Ce qui prouve que nous sommes autre chose – bien davantage – que du vivant ; plus vaste – plus apaisé – plus lumineux…

 

 

Et ces mots – comme de la neige sur la page – invisibles – imperceptibles. Rien qu’une couleur sous la lampe – des miettes incolores d’infini – du silence vivant – de la vérité vécue à voix haute…

 

 

Rien qu’un œil parfois pour décrire ce qui s’approche – le vivant qui surgit dans l’âme – sur le chemin – sur la page – quelque chose d’insensé – comme une fragilité acharnée qui résiste – vaille que vaille – aux forces destructrices…

 

 

Ce qui s’ajoute aux ténèbres – la cruauté de la main avide – dernier maillon saisissant de la faim…

 

 

L’errance à travers le chemin du jour…

Le lointain – mille ruptures – l’étendue – la proximité variable – le centre et la périphérie…

Notre visage – sans cesse – contre le mur – la paroi – le sol – happé par le souffle récurrent – le va-et-vient du vent dans la tête étourdie…

A l’autre extrémité de la nuit…

 

 

Ce qui se déchire dans la proximité de la lumière – ce qui résiste – et ce qui reste. Comme une ombre froide – une pierre impossible à déplacer – le visage aveuglé – l’absence en nous, peu à peu, transformée en immensité. Figure de terre couronnée par la solitude…

 

 

Rien n’arrive – rien ne disparaît – réellement. Le mur suivant semble – seulement – se rapprocher…

 

 

Il y a tout dans le souffle – tout – jusqu’au bout de la route – la fin de l’histoire. Et entre le début du voyage et son terme – nous n’aurons, sans doute, pas bougé d’un pouce…

 

 

Dans mille siècles – les lieux n’auront pas changé ; les bruits seront encore là – et notre besoin de silence aussi. Il y aura encore des âmes et quelques sourires. Il y aura encore du brouillard et des bêtes affamées. Et il y aura encore tout ce bleu dont la présence et l’usage resteront toujours aussi mystérieux…

 

 

La foule et le besoin de l’Autre se sont taris avec l’inusage et les années – la bêtise ambiante et la grande exigence qui nous habite…

Plus personne comme le couronnement de notre solitude…

 

24 septembre 2019

Carnet n°204 Notes de voyage

Emotion fracassante – parfois – littéralement. Poussée jaillissante désinhibée – incontrôlable. Véhémence insensée – presque maléfique. Oui – au fond – quelque chose de démoniaque – comme une force noire émergeant des profondeurs – des plus lointaines origines…

Sorte de magma du centre premier – du noyau ancestral – expulsé – et qui déferle comme si nous étions un cratère et ce qui nous entoure quelques coteaux à plaindre – et bientôt dévastés…

La terre et le feu entremêlés – fusionnels – éruptifs – intensément destructeurs…

 

 

Ce qui apparaît comme une étrangeté – et qui est là, pourtant, enfoui depuis le commencement – avant même la naissance du monde…

Au-dedans d’une aire qui ressemble – à s’y méprendre – à l’enfer…

 

 

Comme un sac – une manière de voir le jour – de remplir ce qui ne ressemble à rien – pour lui donner une forme présentable – présumée présentable – mais qui, en vérité, le corrompt et l’enlaidit…

 

 

Tout ce qui habille – orne – décore – n’est que voile supplémentaire…

Tout ce qui traverse finit par ressortir – aussi sûrement que finit par être expulsé ce qui a été ingurgité…

Tant et si bien qu’à la fin – il ne reste plus rien… Mais avant la fin – nous ne savons vivre ainsi – dans le dépouillement – comme espace vide – comme une aire d’accueil et de déblaiement permanents…

 

 

Une autre forme de vieillissement – comme des rides à l’intérieur et des lambeaux de chair qui pendent – au-dedans de l’enveloppe dont nous avons pris soin – un assèchement aussi – comme un vieux cuir râpé…

Une indigence – un malaise – une détresse – que l’on se garde bien d’exposer…

Et nous mourrons ainsi – dépecé de l’intérieur – exsangue – sec – aride – comme un vieux sac vide et retourné – inapte au renouvellement… Tout juste bon à nourrir les vers et à occuper la tombe qu’on lui a réservée…

 

 

Triangle de pierres pointant vers le lointain – l’horizon invisible – une autre terre – un autre monde – à l’autre extrémité de soi…

 

 

Plus l’on creuse en soi, plus la solitude semble épaisse – centrale – première – incontournable ; le seul mode possible de l’être – libre et intensément jubilatoire…

 

 

Le bleu comme une pointe vers ce qui n’apparaît pas – invisible pour l’œil – cet espace où se rejoignent toutes les frontières…

 

 

Des mots comme des pierres – des visages comme le silence – rien n’est ce qu’il a l’air d’être. Tout est beaucoup plus vaste. Et notre manière de tout réduire – de tout simplifier – complique (grandement) la tâche de l’œil et de l’esprit…

 

 

Des routes comme des précipices vers lesquels chacun glisse inexorablement…

 

 

Des visages ni sympathiques – ni antipathiques – ni amis – ni ennemis. Des visages simplement – qui nous jaugent – qui nous toisent – comme ils jaugent et toisent le monde – à leur manière – qui n’a, bien sûr, rien à voir avec nous – avec ce que nous sommes – seulement avec ce dont nous avons l’air – c’est seulement cela qu’ils remarquent – et c’est à cela qu’ils se réfèrent pour nous regarder…

Il ne faut en avoir cure – vivre comme si ces visages qui nous lorgnent n’étaient que des personnages fictifs – ensommeillés – d’infimes cyclopes à la vue défaillante puisant seulement dans leur mémoire – rien de réel, en somme…

 

 

Des routes qui se croisent – des routes qui divergent – ainsi sommes-nous fixés sur ce que deviendront nos voyages – les aventures d’un soir – d’un instant – d’une vie – matière à s’écarter – à s’éloigner – à disparaître derrière le premier horizon…

 

 

L’approfondissement de la solitude – creuser – creuser – en soi – comme impératif et jubilation…

Seule perspective possible…

Unique voie de connaissance. Et la jouissance de l’être à perfectionner – à affiner – à enrichir – cette relation à soi qui est, en définitive, une relation à tout…

 

 

Arbres – rivières – vent – roches – collines – solitude et silence – étreinte du dedans et du dehors – l’âme intensément vive et sereine. Toute l’énergie du monde qui nous traverse…

Puissance et douceur sans usage…

Juste être – goûter – le souffle – et les gestes nécessaires…

 

 

Tout le monde résumé dans cette manière d’être…

Ainsi tout devient le lieu de la rencontre et de l’unité…

 

 

Parcelles de terre – bouts de ciel – l’âme légère et dense – le cœur qui s’ouvre – partout le foyer tendre et indéfiniment éphémère – à chaque instant surgissant. Le temps aboli. L’être jouissant dans le cours des choses. L’éradication des frontières…

Le Je suis sans commentaire, peut-être… Immuable – présent – à l’accès fragile et incertain – le vide nécessaire – le vide absolu indispensable pour être…

 

 

Le goût de soi – le goût du monde – au-dedans – sans séparation…

Et sur les joues, des larmes de gratitude – l’individualité reconnaissante – cette part de soi infime – accueillie dans l’unité et la profondeur de l’être – vide – serein – sensible – inaltérable – désengagé…

Le monde enfin parfait – comme si tout était impeccablement orchestré et agencé – beauté fugace – presque sans importance tant l’essentiel appartient au regard – à la vacuité permanente…

 

 

Bouts de soi – partout – réunifiés au centre…

Tout dans le grand Tout – en soi – en quelque sorte…

Presque indicible, en somme…

 

 

Moins éclatant que le rêve – entre le blanc et la transparence…

 

 

Assujettis autant à nos viscères qu’à notre âme…

Instincts, inclinations et sensibilité…

 

 

Des cités – des champs – des routes – du bruit – des hommes ; la grande civilisation de la laideur…

 

 

Ce que nous avons créé ; du confort et de l’absurdité – une direction inscrite dans nos gènes. Un allant commun – profond – contre lequel rien ni personne ne peut résister…

Une marche aveugle et forcenée dirigée de manière souterraine. Dans une mécanique limpide – et, sans doute, extrêmement lucide – une forme de clarté qui doit composer avec l’aveuglement et les instincts terrestres – le sol de la surface…

Un aller direct – un voyage sans retour possible. Ligne droite avec des accélérations et des ralentissements – mais l’allure appropriée – toujours adaptée aux possibilités et aux résistances…

Nous sommes – littéralement – actionnés. Chacun ainsi est gouverné avec, très souvent, l’illusion de ne pas l’être – de se considérer comme le seul maître d’œuvre du trajet, du rythme et de la destination…

Sublime stratagème de l’esprit qui a distillé et répandu, avec une folle intelligence, cette incroyable illusion dans chaque psyché…

 

 

La nuit – le jour – le même sommeil…

 

 

Des instances de partage – la tête déchirée – une route aussi longue qu’infréquentée – l’engagement magistral de l’âme – un désir brûlant (et continu) d’Absolu – un rêve exagérément lumineux – une manière, peut-être, d’apprendre à vivre au-dessus de soi…

Une réalité partielle – partiale – dégradée. Des yeux sans exigence – presque aveugles. Des bouts de mensonges collés les uns aux autres qui ressemblent, à s’y méprendre, à un collier de vérités – une manière, peut-être, de vivre sans être présent ni à soi, ni au monde – ni en soi, ni à ses côtés – en-dessous du seuil de l’esprit – en deçà de la frontière qui sépare l’absence de la conscience élémentaire…

 

 

L’homme a une formidable (et ingénieuse) aptitude à transformer le beau, le vaste et le rude (la Nature) en espace étroit, laid et confortable (la société humaine)…

 

 

Rien de plus épouvantable que la masse – le nombre – la production industrielle…

La quantité – presque toujours – l’ennemie du Beau et du Bien…

 

 

L’humanité – du bruit – le plus puéril et des instincts – des jeux et une gaieté d’apparat…

Des dérivatifs à l’ennui – le plus commun – ce refus, si répandu, du tête-à-tête solitaire et non distractif…

 

 

L’homme et l’art de répandre la laideur…

 

 

Je suis comme les bêtes patientes qui attendent le départ des hommes – le retour du silence…

 

 

L’errance et le cheminement – la profondeur et l’austérité – la solitude et la joie – le silence – manière de vivre ce que l’on porte ; une certaine forme d’atypicité…

Une certaine radicalité métaphysique – intransigeante avec la frivolité existentielle qui n’est pas, bien sûr, la légèreté de l’être…

 

 

Pour vivre – et nous sentir à notre aise – nous devons vivre à distance de l’humanité – au sein d’une zone de confort dans laquelle nous ne puissions ni voir, ni entendre la moindre manifestation – la moindre activité – la moindre présence – humaines…

Autant dire – vivre loin de tout – ou, à défaut, vivre (plus ou moins) inconfortablement…

 

 

Barrières – clôtures – frontières – délimitations et obstacles – partout. Fractionnement de l’espace et du temps – séparation et appropriation – dichotomie entre moi, nous et le reste du monde…

 

 

Le monde – son organisation – son fonctionnement – tous les systèmes mis en place – sont toujours (quelles que soient les époques) l’exact reflet de ce que nous sommes – de ce que chacun est – à l’intérieur*…

Ce qui se passe entre nous – existe d’abord en chacun de nous…

* La guerre, le commerce et le capitalisme qui organisent le monde aujourd’hui sont ainsi de parfaits reflets de notre intériorité actuelle…

 

 

D’autres chemins que ceux du monde…

 

 

Là où la pierre devient la flèche – ce qui pointe vers le plus désirable…

 

 

L’espace – le bleu – l’immensité. Et tout qui se rapproche sans cesse…

 

 

Le coup de génie de l’esprit qui a oublié son envergure dans la contraction – en faisant croire à ce qui est contracté (chaque chose – chaque visage – chaque forme de l’Existant) qu’il est le seul – le centre – et en le faisant pointer irrésistiblement vers l’infini – définissant son envergure comme la seule destination à atteindre (par chacun)…

Quel incroyable stratagème… expliquant bien des choses en ce monde – à peu près tout, je crois…

 

 

De l’ombre – sur les bords – au fond – du regard. Une épaisseur d’autrefois – plus résistante que les autres – nourrie depuis des siècles – et qui s’arc-boute de toutes ses forces pour échapper au grand déblaiement…

 

 

Tout est là – plus ou moins rangé dans la mémoire – comme une boîte qui s’ouvre par intermittence malgré la vacuité. Parfois un rien suffit – et le souvenir jaillit tel un mauvais génie – tel un ressort… Aussi convient-il de rester alerte et vigilant pour rompre sur-le-champ tous les fils naissants…

 

 

Le labeur des hommes – chacun occupé à sa tâche – l’essentiel du temps. Mais, au fond, quel est le véritable travail de l’homme ? Est-ce seulement de contribuer à faire tourner le monde – à faire fonctionner (entretenir – améliorer – etc etc) le système collectif…

Dans ce qui occupe l’essentiel de nos journées – être – marcher – écrire – il n’y a d’activité agissante et productive – ni d’activité d’exploitation et d’instrumentalisation du vivant ou de notre environnement…

Ces activités quotidiennes ne soustraient rien au monde – elles n’y ajoutent rien non plus (un livre de temps à autre – mais qu’est-ce qu’un livre ? – à peu près rien – ça ne compte pas…). Elles semblent se situer, à la fois, en deçà – au cœur – et au-delà des nécessités organiques et psychiques – et n’ont rien à voir, de près ou de loin, avec une quelconque forme de consommation (nous n’écrivons pas des livres de divertissement)…

Être est, bien sûr, une non-activité – une façon d’être présent au monde et à soi-même – une manière d’être conscient – une forme de présence habitée de façon, plus ou moins, permanente… Ecrire relève de l’esprit – de l’esprit de l’être qui célèbre, joue et danse avec les formes (les mots et les sens en l’occurrence dans ce cas précis) – mais aussi de l’esprit-témoin et de l’esprit d’exploration qui cherche et débroussaille… Quant à la marche, elle relève, évidemment, du corps – de ce fragment de matière (et d’énergie) qui est – et a besoin de – mouvement – mais aussi de contacts et d’échanges avec les autres fragments de matière (et d’énergie) – sol, roches, arbres, air, eau…

En définitive, rien que de très naturel…

Être – marcher – écrire – comme manière de vivre simplement – le plus simple – avec simplicité – notre humanité (et ce qu’elle porte)…

 

 

Une communauté mensongère – un simple rassemblement de visages nécessiteux – des âmes apeurées et mendiantes qui quémandent à l’Autre – aux autres – assurance, sécurité et agrément. Et rien de plus – malgré quelques amitiés circonstancielles (apparentes) et quelques affinités électives (provisoires)…

 

 

A la source de tous les visages – et ce que l’on voit – des bêtes conditionnées et télécommandées (de l’intérieur) par leurs instincts…

 

 

Des formes agencées – enlacées. L’harmonie architecturale du réel – l’harmonie des mouvements. Le monde comme une interminable arabesque – des lignes – des courbes – organisées de façon antagoniste et complémentaire. La structure de l’ensemble – et la structure de chaque élément…

 

 

Ce qui est là – une aventure quotidienne – inégale – disparate – surprenante…

Le jeu des jours…

 

 

Ce que nous avons fait n’existe pas. Tout, à chaque instant, recommence – et est, à l’instant suivant, à recommencer ; le neuf – la nouveauté – sans la moindre référence passée…

 

 

Haute flèche sur l’horizon. Et toutes ces têtes alignées. Dieu et son bétail – l’Un – le remarquable – et l’indistinct – la multitude…

 

 

Il est un autre lieu que le monde – et un autre temps que celui des horloges et des saisons. Des instants remarquables et un silence qui invitent à la solitude et à l’intériorité – une manière de vivre sans la présence – ni l’espérance – des Autres…

 

 

L’Autre existe-t-il seulement ? Ou n’est-il, à l’instar du monde (qui n’est qu’un collectif d’Autres), qu’une incertitude inconnaissable – entre chimère et consolation – entre compromission et nécessité…

 

 

Une fenêtre – le ciel – un jour comme un autre. Et quelque chose qui se dissimule au fond de l’âme…

Des instants de liesse et d’incompréhension…

Le goût du monde sous la langue…

Et des mots d’une grande trivialité…

 

 

L’air bleu qui, parfois, nous surprend au réveil…

Des pas – des heures – quelque chose comme une attente – on ne sait pas bien ce que nous attendons – ce que nous espérons peut-être – la tête est confuse – dépeuplée – presque en mode automatique – des images qui défilent – des idées aussi – qui ne sont pas les nôtres – tout un cortège de poncifs et d’imbécilités qui collent si bien à notre vie que nous les imaginons singuliers – réels – adaptés – comme des aspirations profondes – presque des nécessités…

Mais il n’en est rien, bien sûr…

Des inepties nées de la machine à rêve – rien de plus – des choses tout juste bonnes à jeter avec le reste…

Rouvrir la faille – redevenir le vide – et laisser tout glisser – tout engloutir…

Le neuf et le néant – ce regard si simple sur le monde – sur ce qui arrive – sur ce qui a lieu – sans s’attarder jamais sur ce qui n’est pas – sur ce qui n’est plus…

 

 

Le jeu, l’ivresse et la récompense – ce qui rend la psyché addicte et docile – et incroyablement prévisible – comme actionnée par ses propres circuits internes – pas si éloignée d’une certaine forme de folie…

Et à l’opposé – presque à l’opposé – l’envergure de l’esprit – dégagé et désengagé – libre – autonome – sans besoin – non agissant – pas si éloigné d’une certaine forme de sagesse…

Et l’on glisse – ainsi – d’un mode à l’autre – d’un monde à l’autre – d’une perspective à l’autre – entre le réel et l’imaginaire en passant par mille autres mondes parallèles – entre le conditionnement et la liberté – entre l’automatisme et l’indépendance…

Du relatif à l’Absolu – dans un basculement plus ou moins volontaire – plus ou moins permanent…

Simple étape – humaine – existentielle – encéphalique – dans le cheminement vers l’infini – le non-né – l’origine – l’incréé…

 

 

Ce que nous nous échinons en vain à retracer…

 

 

D’une solitude à l’autre – ainsi plongeons-nous au cœur de notre destin…

 

 

Le sommeil – comme une couleur – une patrie – les seules, sans doute, qui soient…

 

 

On perce, parfois, le plus épais – avec un peu de patience…

 

 

Tout semble à la fois étranger et possible. Rien – pourtant – qui ne déroute…

A travers mille pluies – d’un soleil à l’autre…

 

 

Des ombres mobiles – par milliers – autour de soi. Silhouettes furtives de la forêt alors que les hommes sommeillent loin des arbres – œuvrant à leurs pauvres récoltes…

 

 

Qui donc est présent à nos côtés… Qui donc nous accompagne lorsque nos pas sillonnent ces terres sylvestres…

 

 

De moins en moins humain – de plus en plus vivant et minéral – pierre sensible peut-être…

 

 

Je passe – nous passons – dans notre propre regard. Défilé incessant dans la perception immobile…

 

 

Moins du côté de ceux qui œuvrent que du côté de ceux qui contemplent…

Pas l’âme d’un créateur, ni celle d’un bâtisseur…

Plus proche de la roche que de l’étoile filante…

Plus près de celui qui observe en surplomb que de celui qui invective et ferraille dans la foule…

Plus près de celui qui sue seul et en silence à sa tâche que de celui qui baguenaude et se pavane dans le monde…

 

 

Il n’y a de monde – et, pourtant, presque tous feignent d’y appartenir…

 

 

Je suis comme l’arbre et la bête – en retrait – circonspect face aux histoires – aux chimères – humaines. Sans doute sommes-nous trop différents des hommes pour être en accord avec leurs jeux et leurs lois – et ressentir le moindre sentiment d’appartenance à leur communauté…

 

 

La destruction des mythes – et cette violence inhérente. Comme la volonté d’anéantir le monde. Les heures sans grâce – terribles – de l’éructation…

Le visage du tyran investi – rehaussé – hégémonique – dévastateur…

Le débordement des énergies – la moindre aspérité sur la ligne vécue comme une contrariété – et, aussitôt, l’explosion de la colère – le déchaînement des forces intérieures – la véhémence éruptive…

Sujet au cœur de ce qui ressemble à une abomination…

Le versant sombre – noir – hitlérien – de l’âme. Ce dont nul ne se vante – ce dont nul ne se glorifie – bien sûr – mais qui existe – qui peut advenir – et qui advient contre notre gré – dans une pulsion instinctive – profonde – lointaine – irrépressible…

On frappe – on casse – on brise – on balance – on défenestre – on assassinerait pour un regard – pour un soupir – pour une parole – pour un silence ; tout serait prétexte à anéantir…

 

 

Un grand bruit cannibale au-dedans – une faim exagérée – et des pieux plein les poches – plein les mains – et dans le sac une cargaison de flèches empoisonnées ; et ça lance – et ça balance – et ça décoche – à tout va – jusqu’à l’extinction du souffle colérique – jusqu’à l’effondrement du monde peut-être…

 

 

La matière – et la manière – la plus noire d’exister. Et c’est là – en nous – à l’affût – prêt à bondir sur la moindre tête ; et ça s’élance sans la moindre inhibition…

 

 

Des heures particulières où les Dieux noirs – en nous – exultent et gouvernent . Les grandes liesses de la nuit. L’abdication de l’esprit au profit de la violence pure – la concentration, peut-être, des forces démoniaques. Et le malheur ou la fuite pour ce qui nous entoure – exutoire, si souvent, à cette folie passagère – à cette folie ancestrale – à cette folie irrépressible…

 

 

Un toit – une croix – le nécessaire et la croyance. L’espérance de pouvoir échapper, un jour, aux contingences du monde – à la vie matérielle – à l’existence terrestre – dont on se doute bien, sans même être un grand esprit, qu’elle n’est la panacée – un médiocre purgatoire tout au plus…

Et notre labeur est d’y vivre sans (trop) rechigner…

 

 

Une manière authentique d’approcher la vérité – pour qu’elle se transforme, à chaque instant, en évidence vécue – jamais en concept – ni en objet d’étude…

 

 

Ça roule – ça s’entrechoque – on ne peut se fier à ce qui passe – à ce qui gesticule…

La route encore – qui serpente – qui s’étire – sur laquelle on frôle d’autres destins – des visages étrangers – inconnus – qui passent à vive allure…

 

 

Rien ne peut s’ébruiter dans le jour – sous le règne du jour. Le silence est la seule matière – la seule présence possible. Le reste – tout le reste – est trop fugace pour émettre le moindre son – inventer un langage audible. Et si d’aventure, on réussissait – par je ne sais quel miracle – à faire du tapage, l’épaisseur du silence étoufferait aussitôt la diffusion du bruit…

 

 

Il y a – au fond de soi – des terres inabordables – des rives noires – des régions infréquentables – et derrière, une immensité abandonnée parfois à Dieu, parfois au Diable…

Une manière de vivre – toujours – en deçà des possibles – quelque chose d’étriqué – une bande étroite sans retournement – sans virage – sans tournant – sans dérapage – possibles ; la voie la plus plate qui soit où la destination – ce qui est vécu et expérimenté – est parfaitement prévisible – où ne peuvent se dessiner que des existences tristes à pleurer – des vies bancales – minimales – intensément organiques et instinctuelles – sous le joug d’un psychisme éminemment grossier – presque animal…

 

 

Le plus fragile de soi – exposé aux quatre vents. La marque et la signature de l’individualité – presque une incapacité à être au monde…

 

 

L’eau qui coule – les demi-saisons de l’âme. Tout passe – d’une rive à l’autre – tout se précipite jusqu’aux chutes du temps. Le visage plongé – le visage émergeant – au gré des heures – au fil de la course noire…

 

 

Ce qui se creuse – en nous – en notre absence…

 

 

A l’altitude adéquate malgré l’étouffement progressif des désirs. Ce qui compte davantage que l’ambition. Plus haut – il y a l’impossible. Et plus bas, les enfers…

 

 

L’extase presque machinale à force de rêveries. Des images douces et tendres – enveloppantes – qui viennent combler les manques de l’esprit. Une manière comme une autre d’essayer d’approcher la joie…

 

 

Le dédale des heures collectives – une immense esplanade déserte – et des yeux apeurés qui regardent partout – des souliers qui courent dans tous les sens à la recherche de quelques visages. Des murs aplatis que forment les conventions et les interdits intégrés par la psyché. De longs couloirs invisibles où il faut avancer avec prudence – avec précaution. Des obstacles – et l’allure naturelle – et la foulée libre – qui jamais ne se soucient des lois du monde…

 

 

Feuilles en guise d’instinct – de survie – d’offrande ; l’arbre et le poète – et la lumière comme seule nécessité…

 

 

La pierre noire – des cités sombres – la même source – et, parfois, le même échéancier – ce que la lumière apprend à polir ou à contourner. L’impossible qui nous surprend toujours. Et certains jours – à deux doigts d’y parvenir…

 

 

Les heures réfractaires – les heures marécageuses – les heures à n’en plus finir. Le jour comme seul appui – comme seule raison de vivre. Et l’immensité à nos pieds – quelque chose de fragile – de provisoire. Comme le regard – jamais acquis…

 

 

La hauteur – comme manière de vivre au milieu du monde – retiré mais non inaccessible – accueillant à ses heures ceux qui ont fait le chemin

 

 

Un espace au milieu du monde – dans le retrait d’un tertre encerclé par les collines – lieu naturel exposé aux vents et abrité des yeux trop curieux…

 

 

Posé un instant – un jour – une saison – une vie entière. De passage – toujours – quel que soit le sol – le territoire…

 

 

Des yeux sans mémoire – une tête sans discours – le seul langage des gestes qui en disent aussi long que nos silences…

 

 

La seule amplitude est au-dedans – le jeu de la distance avec le monde et les visages – avec les ombres et les choses…

 

 

Ce qui nous maintient vivant – ce qu’il nous reste à faire – à réaliser – pour nous rencontrer. Il n’y a d’autre nécessité ; la joie – la grâce – ne sont offertes que par surcroît…

 

 

Il n’y a jamais d’erreur – seulement des détours incontournables…

 

 

Des monts – des merveilles – et quelques mots qui, par leur célébration, corrompent et ternissent – et qui ne parviennent, au mieux, qu’à évoquer – ou à raviver, peut-être, le souvenir. A celui qui lit d’œuvrer au labeur complémentaire pour retrouver la beauté du réel…

 

 

Nul intermédiaire – le face-à-face direct – le ressenti sans filtre – le réel sans adjuvant ; l’âme et les choses du monde – le regard – la sensibilité – l’univers et les réalités parallèles. Ce que l’on vit – ce qui nous est offert – sans aucune autre possibilité…

 

24 septembre 2019

Carnet n°203 Notes journalières

Ce que nous réclamons parfois au détriment du soleil. Chaque matin, la promesse d’un nouvel horizon – la clarté d’un sol neuf…

Le regard tout au long du jour – le silence – ce qui favorise l’Amour…

Et lorsque nous en sommes capables – le plus lourd – le plus difficile à porter pour le monde – que nous nous empressons de hisser sur nos épaules…

 

 

Une poutre contre un peu de lumière. Une manière de se rejoindre avant le bleu…

 

 

L’éclat d’un Autre – en nous – qui réfléchit. Le souffle qui court – l’air irrespirable – l’âme qui tremble et cherche un coupable. Le monde tel qu’il est…

 

 

Tout ce blanc que nul ne découvre ; personne au-dedans – personne le long du mur – personne nulle part…

 

 

Ça se déchire – presque toujours – entre le soleil et nous – comme si l’âme s’interposait – et se mêlait de ce qui ne la regarde pas…

 

 

Ces vieilles déchirures que l’on rafistole avec un peu de colle – et un peu de salive par-dessus – histoire de prouver sa bravoure…

 

 

Qui s’étonne de ce monde – d’être en vie – de ces heures qui semblent filer – de ces années de labeur insensé – de cette existence qui finira bientôt…

 

 

On aimerait toucher les choses – les visages – le monde – comme pour la première fois – avec cette curiosité – cet étonnement – mais nos yeux sont trop usés par l’habitude ; il n’y a plus que cette lassitude à vivre – à voir – à faire – presque sans y penser – presque par défaut – comme si nous étions mus par une forme d’inertie poisseuse – avec trop de passifs et de souvenirs au fond de la tête…

 

 

Jeux de rencontre et de coïncidence – sous un vernis d’attrait – subterfuge à peine conscient – pour faire naître ce qui doit arriver – les conditions de l’éclosion – de l’émergence – puis, l’élan donné, la fidélité du mouvement qui suit sa trajectoire jusqu’à la fin ; parfois rupture – parfois choc – parfois long et irrémédiable déclin…

 

 

Lointain – souterrain – ce bleu-soleil – cette utopie – ce à quoi nous ne pouvons croire depuis cette monotonie – depuis ces matins qui ont l’air de ne plus croire en rien…

 

 

Ce que le jour pourrait nous confier si nous étions capable(s) de lui faire face ; inutile d’y songer – nous avons mieux à faire ; initier la confrontation – et la transformer, peu à peu, en tête-à-tête – puis, en complicité, puis en rapprochement, puis en alliance, puis, peut-être enfin, en unité…

 

 

Il y a toujours quelqu’un aux grandes heures du monde pour saper la célébration. Et il faut toujours l’accueillir avec les honneurs pour le remercier de nous rappeler deux choses essentielles :

1. rien ne peut se décider avant son terme

2. rien n’appartient à personne…

 

 

Un peu de temps – et des corps qui bougent. Rien que des corps – des fragments de terre sans visage dont le nom n’est qu’une façon de les différencier du reste – pas davantage ; simple patronyme à usage fonctionnel. Un enchevêtrement de chair – des maillons assemblés de mille manières qui avancent – se contorsionnent – rampent parfois – cheminent ensemble pour un autre lieu – ni moins bon, ni meilleur que celui-ci – simplement différent – parce que leurs gènes – et les instincts dans leurs gènes – l’ordonnent…

Tout se meut ainsi – sans savoir – enchaîné aux Autres – enchaîné au reste – dans une danse étrange – comique – tragique – funeste – inévitable…

L’essentiel – toujours – se déroule ailleurs – au-dedans – dans notre façon de regarder la danse – ce qui tourne avec elle – dans notre manière de l’accueillir sans se laisser entraîner – sans chercher à diriger les pas de ce qui est pris dans la ronde – sans vouloir initier un chemin ou une direction particulière. Être là – simplement – à regarder sans fléchir ce qui ne peut s’empêcher de bouger…

 

 

Du dehors – qu’un amas de rien. Du dedans – on ne sait pas – on sent davantage que l’on ne sait – le plus précieux sans doute – comme un présent…

 

 

Un mot par chose – et pas davantage…

Pas de qualificatif – pas de complication…

Nommer la chose – dire ce qu’elle est essentiellement…

Et ne rien dire si possible – lorsque l’âme peut se passer de langage. Le silence seulement – comme lieu remarquable qui accueille dans l’indifférence du nom…

 

 

Les mots sont le signe d’une infirmité. On les vénère par défaillance. Le silence suffit à ceux qui sont

 

 

Il y a tout dans tout – bien sûr – alors à quoi bon distinguer – tirer les fils pour souligner les différences, comprendre les influences, déterminer les parts nées de ceci et de cela…

L’amalgame et le silence – qu’importe ce qui passe – à quoi ça ressemble. Être là et accueillir ce qui arrive – morceau de l’ensemble – bout du tout – ce qui bouge là où l’on reste – là où l’on se tient immobile…

 

 

Aujourd’hui – tout coule avec impatience – avec de moins en moins de lenteur. Autrefois – le rythme avait la couleur des pas – nous étions notre allure ; et nous allions sans précipitation – la foulée était la seule mesure…

 

 

Ce qui n’est pas vu n’existe pas – et dire que nous vivons avec les yeux (presque) fermés…

 

 

Des terres – des fleuves – des peuples – nous traversent. Nous ne sommes jamais seul(s) au milieu de la solitude. Il faudrait, sans doute, s’exiler un peu de soi pour commencer à être…

 

 

Nous ne sommes constitués que des bouts des Autres – d’abord de ce que deux d’entre eux ont expulsé et mélangé – puis, de tout ce que l’on nous a fait ingurgiter par tous les trous possibles…

Et cet amas de choses – unique certes – se prend pour une singularité originale – le centre même – mais nous sommes tous un centre singulier – voilà qui devrait nous mettre d’accord – mais non – c’est sans compter les luttes et les débats (incessants) pour savoir s’il n’existerait pas des centres plus centraux – des centres principaux – des centres vraiment centres – des singularités plus singulières – des singularités vraiment singulières – des uniques plus uniques que les autres… et si nous n’en ferions pas partie par hasard…. Bref, de quoi alimenter des guerres et des palabres insensés pendant des milliards d’années…

 

 

Un carré d’herbe – un coin de ciel – du vert et du bleu – et ce fond de larmes à verser, soudain, transformé en joie…

Comme si l’oiseau du dedans – en ouvrant sa cage – avait découvert l’océan…

Un restant de bonheur sous ce vieux fond de larmes…

 

 

Tout passe – se déchire – s’enfuit. Et l’œil – et l’esprit – parfaitement immobiles – si peu concernés par le cours des choses – par l’effervescence du monde…

 

 

De la boue – parfois – à la place du jour. Comme une invitation au retrait – à la vie souterraine – immobile…

Voir ce qui se passe sous le vent – en-dessous du monde – là où les pierres abandonnent le chemin…

 

 

Un souffle – du froid – ce qui pourrait réfréner la foulée – la nécessité du feu – ce que l’on étreint dans la foulée – l’air – le sol – les nuées. Tout le monde – au-dedans – qui nous revient…

Manière, peut-être, de clore le rêve…

 

 

Parfois – ce qui vient n’étreint pas – ça a des gestes brusques – un visage à faire peur – ça prend des airs de tempête – ça griffe – ça mord – ça insulte – une sorte de foudre – de bête sauvage lâchée dans l’esprit…

 

 

On se dit, parfois, qu’il faudrait ne pas laisser de traces – effacer consciencieusement toutes nos empreintes. Partir comme l’on est venu – et vivre de la même manière – discrètement – anonymement – silencieusement. A bonne distance du rêve et des visages – le cœur déjà pris par l’Amour et la solitude…

 

 

Debout – posé sur le même souffle qu’autrefois – mais la langue plus libre – plus proche du ciel – qui s’invite, à présent, en voisin assidu – en ami – en compagnon du silence – dont l’immensité et le bleu intense n’effraient plus…

 

 

Rien ne s’interrompt plus jamais – tout à la suite – une chose après l’autre. Et pareil pour les états. Ça arrive – c’est vu – c’est accueilli – ça fait ce que ça doit faire – ça reste un peu ou ça s’en va – parfois ça insiste davantage – on acquiesce à tout – avec ou sans vibrations – avec ou sans rayonnements – avec ou sans conséquences – puis, c’est balayé – et l’instant d’après, ça recommence…

 

 

Rien n’arrive – en vérité – ça a lieu simplement. La nuance est de taille…

 

 

L’œil devient habité – comme un espace sans couleur – un lieu d’écoute – un lieu d’accueil – le foyer du regard – une aire d’absolue non-exigence…

 

 

De moins en moins de traces – on passe – anonyme. Quelques notes pour soi – des pages où le blanc domine…

 

 

Des gestes – pas de souvenirs. Quelque chose encore entre l’œil et le monde. Quelque chose qui stagne – comme une épaisseur – un sas inutile – une distance superflue…

 

 

Ce feu – en nous – qui pousse – où que nous allions – c’est lui qui donne la direction…

 

 

Rien d’une vie rangée – quelque chose entre le monastère et l’anarchie – une manière d’être au plus près de soi – entre le silence et la liberté – entre l’Absolu et la nécessité…

 

 

Un chemin d’exigences moins communes…

 

 

Là où l’on est – comme un foyer de braises sans fumée – la terre – ce qui nous est le moins étranger – cette roche (granitique) et ces forêts – le cœur même du regard…

 

 

Un coin d’azur au bord du monde – loin des murs et des routes. Derrière ce que l’on entasse sans même y penser. Le pays au-delà des rêves – là où la raison ne sert plus à expliquer…

 

 

Rien n’avance – ça bouge – ça change – mais ça n’a aucune importance. Tout est là – dans le creux du regard – du cœur et de la clarté – indépendamment de ce qu’offre le monde. Pas même le temps ne pourrait nous défaire…

 

 

En soi – seul cela compte…

Ce qui est devant – ce qui est derrière – ce qui est à côté – ce qui est autour – simples circonstances – changements incessants – ce qui nécessite des gestes – et, parfois, quelques paroles – une manière d’éclaircir certaines zones d’ombre – sans la moindre pédagogie (nous ne sommes pas professeur…) – simplement une façon de fluidifier de trop persistantes entraves – de redonner la primauté à la vie présente…

 

 

On est plein – on est vide – on est tout – on n’est rien – toujours indissociables – une seule tête – deux visages – et, selon les circonstances, l’un ou l’autre qui s’invite – qui s’impose…

 

 

A vrai dire – rien ne mérite d’être écrit. Ecrire est une tâche (absolument) inutile – une manière comme une autre de célébrer l’instant et ses contenus provisoires. Activité indispensable à personne ; être et vivre devraient amplement suffire…

En vérité – on n’écrit jamais que pour soi. Et écrire pour les autres n’est qu’une forme d’ambition puérile – une sorte d’illusion – le signe d’une déraison ou d’une immaturité…

Et je crois – et je crains – qu’il en est de vivre comme d’écrire…

 

 

Suite de mots – suite d’instants – suite de circonstances. Et suite de souffles à chaque fois…

 

 

Peu de passage – presque jamais de rencontre. Chacun dans son cercle – sur son petit carré de terre. Le soleil commun. La roue qui tourne – le cadran – le temps paraît-il – les rides – les ombres – les saisons – la mort qui emporte – une manière de vivre, peut-être, ma foi – qui peut savoir…

 

 

La corde au pied – et, parfois, le pied sur la corde – deux façons de marcher – deux élans différents mais la même impasse. La liberté – jamais – ne se conquiert ainsi…

 

 

On s’étreint sans la nécessité des bras. De l’intérieur – comme une route et un soleil réunis – un fil – un feu – une manière d’être présent au fond de l’âme – et de veiller sur ce qui vient…

 

 

A vivre, chaque jour, sans autre témoin que soi-même. Pas de tricherie – pas de porte-à-porte. Le plus simple – ce qui vient naturellement…

 

 

De la boue, parfois, dans la tête qu’il faut évacuer à sa manière. Pas de honte, ni de mauvaise pente. Ce qui est là – bien plus important que les livres et les yeux des Autres…

Tout s’en va – revient – repart – cherche une place introuvable – illusoire – l’illusion permanente – ici à cet instant – ailleurs l’instant d’après – qui peut savoir… Personne ne sait – même la terre labourée – même la terre retournée par la lumière – ignore…

 

 

Du ciel – du jour – pas la moindre plainte…

Le souffle – l’air – la puissance – quelque chose d’irrévocable – une présence d’où rien ne suinte…

 

 

Tas de tout – de chair – d’idées – de désirs. Ce que le soleil peine à éclairer – à satisfaire. Tremblements du monde – de la terre – pour secouer ces couches de boue – épaisses…

 

 

Un autre jour que le nôtre – et une danse aussi. Mille choses aux allures triviales. Rien que de très commun – de très banal…

L’ordinaire du monde avec sa langue simple, sa pente et ses routes toutes tracées…

 

 

Cette manière de se précipiter sur tout ce qui fait envie – et de ralentir le temps pour prolonger la jouissance…

 

 

Sans proie – sans terre – sans précédent. Nous sommes le fond de l’écoute…

 

 

On ne s’interroge plus – on ne pense plus – on est – et cela suffit…

Le corps et la psyché suivent leurs mouvements – on ne les entrave pas. On les laisse aller leur chemin – parfois la lumière est là – parfois l’obscurité aussi – parfois la nudité – d’autres fois, l’encombrement. Rien n’est empêché – rien n’est encouragé. Les fils sont tenus jusqu’à leur extrémité. L’esprit est simple – et simplement présent…

Ni ciel, ni refuge – la vacuité et le déblaiement. Le feu et la sensibilité – qu’importe la lourdeur de la tête et des pas…

 

 

De jour en jour – de main en main – ainsi s’imagine-t-on façonné sans voir la part (conséquente) du silence…

 

 

Et quelques mots, parfois, pour égayer l’âme avec un peu de poésie – manière d’accentuer le froid du monde et de raviver la nécessité de la solitude…

Petite lampe au-dessus de la tête pour ne pas trop désespérer de la banalité des paroles des hommes…

 

 

Une marche au cours de laquelle tout se déchire – se disperse – s’éloigne – s’efface – s’absente – pour que ne reste, peu à peu, que le plus simple de nous-mêmes – l’inévitable – l’irréductible – le strict nécessaire…

Ce qui s’impose – le socle, peut-être, de la plus belle humanité…

 

 

Au fond – rien n’est plus acharné que le vivant…

 

 

Ce que d’autres s’arrachent – emportent avec eux – cela nous le refusons…

Le face-à-face permanent qui vire, parfois, à l’affrontement…

Peu de gratifications pour l’individualité. Presque aucune – en réalité…

Rien que la simplicité – et ce qui est…

Tantôt la pluie, tantôt le soleil. Et lorsque le froid s’en mêle – et s’ajoute à la nuit – l’individualité se rétracte – s’effarouche – se crispe – elle n’en mène pas large, en vérité. Et on la surprend même à rêver d’ailleurs – d’autrefois – de plus loin – ça dure un instant – parfois davantage – c’est le manque (le manque de quoi ?) qui suinte – qui réclame – qui se propage. La vieille humanité qui se rebiffe et résiste…

 

 

Du côté de soi plutôt que du côté de l’Autre…

Une perspective qui s’est aggravée au fil du temps…

Trop de déceptions, de désillusions et d’inconnaissable sans doute…

Est-ce juste – je l’ignore – comme j’ignore toute chose – je n’obéis qu’à ce qui s’impose…

 

 

Depuis bien longtemps, il n’y a plus le sentiment d’être maître de quoi que ce soit. Pas de volonté – pas de désir – pas de projet – pas de perspective – ce qui vient seulement – on s’offre à cela – pleinement – de tout son cœur – de tout son poids – avec passion et acharnement – sans savoir où cela nous conduira…

Véritable confiance – véritable aventure s’il en est (pour la psyché et l’individualité) – ainsi on traverserait les enfers (comme nous les avons déjà traversés – à plusieurs reprises). On ne peut plus se fier aux sentiments superficiels tant la chose cherchée (si l’on peut dire) se situe à la fois en deçà et au-delà de l’individualité et de ses états d’âme provisoires – circonstanciels – apparents – mensongers parfois…

Pas de repère – on se laisse aller – traverser – déchirer – recouvrir – les yeux fermés. On s’enfonce et se laisse creuser – de bout en bout – sans savoir – dans l’ignorance absolue de tout…

 

 

L’Autre – cet inconnu. Que nous reste-t-il alors…

Face à l’impossibilité et à l’inconnaissable – soi demeure l’unique option…

 

 

De l’épaisseur – parfois – naît une parole – un silence – qui traverse l’âme – le cœur – sans rien briser…

 

 

C’est un lieu étrange – un espace plutôt – une présence en fait – que rien ne délimite – déserte ou habitée – qu’on ne peut ni saisir, ni définir…

Pas une expérience – quelque chose, au fond, qui se vit de l’intérieur – une manière de vivre toutes les expériences…

 

 

Rien ne peut être arrêté – parfois, on se rejoint simplement…

Comme un jardin en hiver – un sol granitique qui s’offre aux pas…

 

 

On est là sans y être – comme tous les vivants – puis, on essaye d’être sans être là – comme une manière, peut-être, d’apprendre à devenir (un peu) plus sage…

 

 

Être ceci plutôt que cela – ça ne tient à rien – un souffle de plus ou de moins – et nous voilà différents – méconnaissables – l’épaisseur d’un cheveu…

 

 

Le sol et les mots. Et un peu de lumière par-dessus pour que tout ait la même couleur…

 

 

La langue – la chair – la terre – ce avec quoi on crée les murs – ce avec quoi on peut aussi tout défaire pour devenir libre et indifférent aux formes ; une sorte d’espace avec une immense oreille et des mains tendres – une chose très proche de l’Amour – comme une manière d’abolir toutes les frontières…

 

 

De la couleur des jeux de l’enfance avec ces rires qui n’en finissent pas – lorsque rien ne nous retient – lorsque rien ne nous écrase – il n’y a alors que la légèreté et la joie – la liberté de tout essayer – de tout devenir – sans le moindre sérieux…

 

 

Ce que nous sommes – au fond – peut-être – un peu de sable… Et un sol où tout peut arriver… Les deux à la fois. Et nous dérapons – et ça dérape toujours – lorsque le sable se prend pour le sol – s’essaye à une fausse existence de sol – imagine être un sol grandiose…

 

 

Ça s’incline face aux murs – face aux obstacles – face à la langue qui ne veut plus rien dire – face à la langue que l’on écrase. Comme de la boue qui penche – et qui finit par déverser son surplus d’eau et de terre…

 

 

Du silence. Le silence – un soir tranquille – dans la forêt bleue. Le monde derrière la haie – très loin derrière le fouillis des arbres. L’oreille attentive – près du sol – près du ciel. Le vol crépusculaire de quelques insectes – de quelques oiseaux. La langue qui se déroule. La main et le feutre prêts à l’usage. Les muscles du corps détendus. L’air presque frais. L’assaut du même souvenir – à plusieurs reprises. La tête silencieuse et les lèvres peu bavardes. Le flux du monde en soi – la vie qui s’apaise autant que l’âme. La sereine patience de l’esprit…

Comme si toutes les expériences – toutes les rencontres – étaient (encore) possibles – imaginables…

 

 

Des éboulis et du brouillard – quelque chose comme une impossibilité – une défaite – un aveuglement. Une façon de marcher ventre à terre – une manière de vivre sans encombre. Et une voie des retrouvailles aussi…

 

 

Ne jamais écouter les hommes – ce qu’ils disent ne vient, souvent, que de l’ignorance et de la peur…

 

 

On respire jusqu’à l’étouffement – jusqu’à la fin du dernier souffle. Puis on est repris par le premier élan – celui qui nous fait revenir et respirer – à chaque fois…

 

 

Tout se poursuit et se répand – aussi doit-on toujours déblayer et oublier pour pouvoir continuer à accueillir. Le monde et l’esprit dans leur jeu complémentaire…

 

 

On ne se résout que par la soustraction…

 

 

Trancher net – et être ce qui reste – et accueillir ce qui vient – puis recommencer – à chaque instant – recommencer – autant de fois que nécessaire…

 

 

Tout est – rien ne dure – juste un instant. Le bout de la terre – l’âme en désordre – le cœur timide – la tête pleine. Le monde sans vraiment y croire. L’épaisseur des mots dans le feu – sur les pierres. Au fond, rien de très important…

 

 

La vie – le monde – la joie. Rien n’existe véritablement. Tout se fige trop vite dans l’œil – avec les mots – avec les images – dans la psyché…

On devrait tout laisser dériver jusqu’à ses propres précipices – l’antre – les pôles – simple manière de parler de la commune destination des choses…

 

 

Tout s’éclipse derrière la lumière. Tout comme une farce – une devinette – un jeu – où il faudrait s’immobiliser pour dessiner sur tous les mythes la réalité du monde – puis disperser le sable d’un geste amoureux…

 

 

Rien que des dunes alors qu’il faudrait tout réduire à un seul grain de sable…

 

 

Des berges et des débris – et, parfois, dans la voix quelques démons – et dans les gestes aussi – vivant, sans doute, à l’ombre dans la poitrine. Quelque chose de lourd – de noir – qui n’a l’air d’appartenir à personne…

 

 

Des lieux sans enfance – où le temps a été aboli…

Des lieux de liberté et d’impertinence…

Mille chemins sans rien ni personne – sans même une tombe pour nous rappeler que nous sommes mortels…

 

 

Tout a disparu – même pas sûr qu’il reste le regard…

 

 

De l’invisible à la roche – de la roche à la bête – de la bête à l’homme – puis, de l’homme à ce qui ne se voit pas…

 

 

Plus qu’une parole – un souffle. Plus qu’un souffle – un élan – une manière de se tenir debout au milieu du monde – une manière de défier tous les regards – toutes les conventions – et de danser nu au cœur des flammes…

 

 

Tout – à présent – tient dans la main – le peu qu’il nous reste. Et le dedans s’est, lui aussi, vidé peu à peu… Un peu de sable et quelques cicatrices. Le plus grossier a été balayé – et pour y parvenir, il nous aura fallu quelques secondes – et tous les millénaires qui les auront précédées…

 

 

De jour – ce qui tombe avec la pluie – ce qui annonce les ruines de l’âme – la fin du monde. Le grandiose spectacle de la folie. Des lambeaux d’esprit tombés dans le sommeil. Des plaies. Et le soleil de moins en moins présent…

 

 

Parfois – les objets plantés sur l’horizon se déplacent – comme une course entre la falaise et la mort…

Un peu plus loin – les grandes heures du jour. Comme un bleu délavé sur les cailloux…

Et autour de nous – ce sable – le même que celui que nous avons ingurgité – le même que celui dont nous sommes composés…

Du sable – des pierres – et les mêmes débris d’horizon qui blessent les visages…

 

 

L’essentiel – toujours – au milieu de l’épaisseur – sorte de carapace inutile. A tout protéger comme si nous craignions de perdre le plus précieux – comme si nous ignorions où il se trouvait…

 

 

Un pays d’âmes sans âge et sans mémoire – où ce qui bouge ne sert qu’à redresser ce que la vie – et les vents du monde – ont trop penché. Le ciel comme une peau contre le froid et la nuit. Une manière de terrasser tous les monstres…

 

 

De l’herbe – de la lumière – les rives de l’espérance qui s’étirent à travers les jours. Le tassement de la misère. De trop maigres conquêtes qui apaisèrent à peine la faim. Du froid – de l’air – des fleurs. L’idée d’un paradis – une contrée de ciel et de soleil où tout commencerait (enfin) avec l’abolition de la tête…

 

 

Là où tout s’use et s’emmêle – là où toutes les choses portent le même nom – celui de la lumière. Pays de ceux qui n’ont plus rien à traverser…

 

 

Denses – le corps – l’âme – l’esprit – quelque chose de la matière – des restes d’étoiles agglomérés. Et puis, un jour, ça explose – ça explose à nouveau ; ça perd sa lourdeur – sa pesanteur – sa gravité. Et tout redevient comme l’air – le vent – l’espace – le silence. On devine à peine leur présence. Et l’on ne se rend compte de leur importance que lorsqu’ils ne sont plus là…

 

 

A présent – tout est là – posé à même le sol – tout sans la moindre exception…

A travers la fenêtre – la lampe s’est allumée pour éclairer la petite table où reposent la feuille, le feutre et la main. L’écriture – on le sait – durera encore…

 

5 septembre 2019

Carnet n°202 Notes de la route

Qu’un regard à travers le moins nécessaire…

 

 

Des pierres et des souliers le long de la rivière. Chemin qui serpente. Et l’âme docile qui suit…

 

 

Des arbres – des noms – des villages…

Tout s’offre sans que rien ne soit saisi. Aussitôt passé – aussitôt oublié…

Partout – les mêmes choses – les mêmes bruits – les mêmes visages. Tapage et affairement paisibles ou effervescents. Ce qui est fui dans l’instant…

La colonisation monstrueuse – dévastatrice – de l’homme…

 

 

Décrire le monde est inutile – chacun sait – imagine savoir – ce qu’est le monde – sa manière de s’y tenir – et de s’en servir…

Le monde non tel qu’il est mais tel qu’on le voit – et, peut-être aussi, tel que l’on aimerait qu’il soit…

 

 

Roulotte motorisée (notre nouvel habitat permanent depuis quelques mois) qui sillonne les territoires humains, naturels et sauvages. Pas d’itinéraire – pas de destination – pas de domicile – ni de camp de base. Nomadisme total…

Au gré de ce qui pousse et de ce qui invite…

Au gré du besoin de solitude et de silence… Très peu de villes…

 

 

Mode de vie né d’une rupture et d’une nécessité d’habiter le monde à moindre frais…

Sans métier – écrire est-ce un métier ? – sans famille – sans attache – sans la moindre responsabilité professionnelle ou sociale. Pas le moindre ami. Deux chiens – Bhag et Shin – Bhagawan et Shin’ya – deux corniauds trouvés sur la route – il y a longtemps – 8 ans et 11 ans – déjà vieux (et Shin presque dans le grand âge)…

 

 

Nous ne fréquentons personne. Nous vivons à l’écart – en retrait – entre contingences quotidiennes, écriture, route, repos, ravitaillement et balades – presque un art de vivre – une manière d’exister…

 

 

Existence frugale et minimaliste. Vie vagabonde et solitaire – sans étiquette – sans marque ostensible d’appartenance – nous n’appartenons à rien (excepté à la vie, bien sûr)…

Nous cheminons (presque) au hasard – et ne sommes attendus nulle part. Nous allons – simplement – ici et là. Nous ne restons jamais plus deux jours au même endroit…

 

 

Les souliers et le bâton – les fleurs et les étoiles – là où la solitude est possible. Ce qu’il faut de sauvagerie et d’envergure. De la roche et des arbres. Et des clairières pour s’allonger…

 

 

Aucun inventaire du réel – ce qui est sous les yeux – ce qui offre la joie ou ce qui aiguise la sensibilité de l’âme…

 

 

Du linge qui pend à l’intérieur. Un espace à vivre. Un lieu où se retrouver – où se rencontrer. Un moyen de se déplacer. 5 mètres 50 sur 2 mètres 30 – quatre roues – un lit – des banquettes – des livres – une cuisine – une table – une salle d’eau – des toilettes (sèches) – de quoi manger – de quoi travailler – de quoi se laver – tout est là – le juste nécessaire pour vivre et voyager…

 

 

Des lieux qui se succèdent – parfois plusieurs dans la journée – pour trouver, selon la saison, de l’ombre – de la lumière – pour être tranquille – pour écrire – pour arpenter à pied les chemins alentour – pour se ravitailler (en eau – en nourriture – en carburant) – pour passer la nuit…

 

 

Rarement des lieux touristiques – des lieux à visiter – jamais (ou alors par mégarde – par ignorance). Plutôt des lieux quelconques – sans attrait – sans intérêt ni pour les touristes, ni pour les autochtones. Des lieux déserts – et sauvages si possible ; de petits chemins forestiers – de petites routes étroites – des berges infréquentées – des collines insignifiantes…

 

 

Chaque jour – tout change – rien ne change. Le décor défile – une succession d’images – ça se déroule ; du vert – du bleu – du gris – du vert – du bleu – du gris – en proportions variables – aperçus depuis le siège où l’on conduit – depuis le siège où l’on écrit – depuis le chemin que l’on arpente à pied…

 

 

Pas d’échange – pas de parole – parfois, quelques mots – triviaux – sans intérêt. Quelques croisements – presque jamais de rencontre – et moins encore d’intimité partagée ; un rapide aperçu des représentations, des idées et de la perspective de l’Autre – dans le meilleur des cas…

 

 

L’été – saison des entassements et des emmerdements – la période de toutes les migrations de masse…

Des mouches et des hommes – bruyants – envahissants – agaçants – insupportables…

 

 

Rien ne se lit sur les visages excepté le désœuvrement et la frivolité – cette forme d’insouciance qui ne dissimule qu’un grand vide – pas même honteux – pas même coupable – mais très loin, tout de même, de la gaieté apparente…

Il y a des instincts difficilement supportables…

 

 

La solitude et le silence sont des nécessités exigeantes – incompatibles, bien sûr, avec la fréquentation (même lointaine) du monde…

 

 

Les hommes – une proximité trop bruyante – trop pénible – trop prévisible…

 

 

Préférence marquée pour la nuit – la pluie – tout ce qui condamne les hommes à rester chez eux – à laisser l’espace libre – vaquant – à laisser les forêts et les chemins à la vie sauvage et à quelques solitaires endurcis…

 

 

La campagne – si répandue – est sans charme. La main de l’homme y est trop présente – trop lourde – trop invasive. Exploitation – rationalisation – uniformisation. La misère animale est généralisée – une abomination. Tout est sous le joug humain – et voué à l’usage de l’homme. L’horreur de la campagne où les plantes et les bêtes ne sont que des matières – des produits pré-manufacturés…

Aujourd’hui – même les forêts sont industrielles…

On aurait envie de libérer les destins asservis – d’ouvrir les cages – d’abattre les clôtures – de laisser la nature réinvestir les lieux…

 

 

 

Où que l’on aille – l’homme me paraît odieux – infréquentable. Partout – notre sensibilité est éprouvée (et, souvent, au plus haut degré) – l’usage utilitariste et irrespectueux est la norme – la règle commune. Rien de choquant – pourtant – aux yeux du monde…

Où que notre tête se tourne – des larmes coulent sur nos joues et un cri – au fond de notre poitrine – voudrait hurler – et une main voudrait tendre aux hommes un miroir pour leur montrer leur atrocité…

Mais il n’y a personne autour de moi – et si d’aventure quelques visages m’entouraient, nul ne m’écouterait – et tous seraient même surpris – désappointés – voire outrés par mon indignation et ma révolte – et moqueurs devant mon incapacité à accepter la belle réalité du monde humain…

 

 

Le monde sans visage qui défile…

Tout d’un seul tenant – le long de la route…

Longue chaîne de maillons indistincts – identiques…

 

 

Ça bouge – ça respire – ça parle – ça rit – ça crie. Ça ressemble tantôt à ceci, tantôt à cela. Ça a l’air d’exister mais, au fond, tout le monde s’en fiche. Ça n’a aucune importance. C’est là – simplement – et il convient – seulement – de composer avec – et pas davantage…

 

 

Des lieux magnifiques – parfois – mais presque toujours enlaidis par la présence humaine – d’autant plus massive que l’endroit est réputé spectaculaire…

L’homme est une espèce envahissante – dévastatrice – enlaidissante… Où qu’il passe, il ne laisse derrière lui que la désolation…

 

 

Ça veut être là où il faut être – ça veut ce que tout le monde veut – ça ne comprend rien mais ça croit savoir. Ça veut voir – et avoir – ce qu’il y a de plus beau – de plus grand – de meilleur…

Ça n’est rien qu’une infime petite chose chargée de mille exigences – ça tient debout par la volonté des Dieux – et ça s’imagine libre – intelligent – autonome…

 

 

Là où les autres voient matière à réjouissance, je ne vois que tristesse et désespérance…

Une manière de se tenir à l’écart pour ne pas finir fou ou écrasé – étouffé par la bêtise et la foule – par ces mille visages qui aiment se fréquenter – se concentrer – s’entasser les uns sur les autres – comme une masse sans visage ni cervelle…

 

 

L’impossible proximité avec le monde ; trop de bruits, de grossièreté et d’irrespect…

Une insouciance qui confine à l’inconscience. Une sorte d’inconsistance congénitale…

Rien que des occupations et des manies pour combler le désœuvrement…

Et malgré les rires et la gaieté apparente, on entend les cris et les larmes derrière les visages – comme de petits enfants qui auraient revêtu maladroitement le masque si mensonger des adultes…

 

 

Chacun – comme un rocher dévalant – simplement – sa pente…

 

 

On voit – partout – des groupes – et l’on sent aussitôt leur manière de tromper la solitude – d’occuper le temps – de fuir obstinément (presque avec acharnement) leur face-à-face…

L’entre-soi plutôt que le tête-à-tête – le jeu et la distraction plutôt que l’épreuve, la fouille et l’étreinte lucides et solitaires…

Des armées d’ombres – ainsi – que l’on croise chaque jour – malgré nous – à nos dépens…

 

 

Il y a toujours cette chimère du groupe – de l’affiliation – du sentiment d’appartenance. Si l’on est – un tant soit peu – lucide – on ne peut y succomber…

Manière seulement de s’illusionner – de s’imaginer vivant – plutôt que de sentir ce vide en soi qui semble, aux yeux des hommes, si insupportable – si insensé…

 

 

Le besoin de confort (psychique) – ce qui dirige le cerveau et le monde – tout est mû par cette nécessité impérative et absolue…

 

 

L’inconscience et la puérilité – presque incurables – du monde…

 

 

La solitude semble triste – elle est gaie ; la foule semble gaie – elle est triste…

En ce monde – ce que nous percevons s’oppose – presque toujours – à ce que l’on nous présente communément. Représentations collectives versus réalité. Mensonges collectifs nés de tous les mensonges individuels pour se persuader – individuellement et collectivement – de mener une existence juste et parfaite. Système voué à la validation de toutes les illusions – de toutes les histoires que l’on se raconte sur soi – le monde – les Autres…

Ainsi les hommes peuvent continuer à dormir tranquille ; rien ne saurait les sortir de leur sommeil…

 

 

Comme un exil permanent – ni enracinement, ni déracinement – partout étranger…

 

 

Partout l’humain – et (presque) la même manière de vivre – la même perspective – la même perception du monde…

Encerclé par le pathétique et la tragédie…

 

 

Nulle part – un lieu béni où la sensibilité et la tendresse seraient les lois communes – les valeurs centrales des usages quotidiens…

 

 

Ai parfois le sentiment (fallacieux) d’être un moine-ermite sans robe, ni monastère – sans le moindre signe distinctif – contraint de sillonner le monde – les déserts – les lieux sauvages et retirés – mais aussi (malheureusement) la foule humaine – de manière totalement anonyme – avec le même visage que les autres – mais presque sans aucun de leurs attributs… Ce que l’on appelait autrefois un gyrovague…

Mais rien – sans doute – n’est plus faux. Je suis seulement un apatride – un sans communauté – un exilé solitaire – un sans frère humain…

 

 

Partout – cette manière de se servir – de tirer profit – d’exploiter – d’utiliser à ses propres fins…

Très peu d’accueil – d’ouverture – de sensibilité…

Des bêtes instinctives. Et presque rien d’autre. Si – la ruse séductrice en plus. Rien qui ne ressemble – ni de près, ni de loin – à une fraternité d’âme*…

* Mon individualité est encore trop ambitieuse (et idéaliste) en matière existentielle et relationnelle. Elle voudrait, à chaque instant, des rencontres profondes et fraternelles. Et comme elle n’en fait que très rarement l’expérience, elle préfère demeurer seule. Quelque chose, je le sais, doit d’abord être vécu entre soi (en tant que présence impersonnelle) et sa propre individualité pour que celle-ci perde une grande part de ses exigences à l’égard de l’Autre… Mais en dépit de ces expériences d’impersonnalité, mon individualité rechigne à revoir à la baisse ses ambitions…

Figé dans cette posture de l’acquis et de la certitude – de l’habitude et des représentations – qui ont fini par édifier de hauts murs d’enceinte – à la fois rempart et prison – périmètre circonscrit et imperméable où rien ne peut passer sans le consentement timide de l’âme ou le besoin passager d’un désenclavement de la vie quotidienne…

Et lorsque l’autorisation est accordée – elle ne laisse presque aucune marge de liberté ; effleurement et cohabitation provisoire et superficielle – rien ne peut véritablement pénétrer – ni en surface, ni en profondeur – ni d’un côté, ni de l’autre. Simple promenade oxygénante sur son chemin de ronde – sur ses murailles. Salutations et simple bavardage entre voisins d’un instant…

Trivial et pathétique – autant que ma naïveté d’idéaliste qui n’aimerait vivre que des rencontres fortes et déterminantes sur le plan humain – existentiel – métaphysique – spirituel…

Chacun enferré dans une solitude impénétrable…

 

 

Le moment silencieux – il y a, à tout instant du jour, une trappe magique que l’esprit peut ouvrir – et par laquelle il lui est possible de tout jeter…

Vide et légèreté – les clés des retrouvailles avec notre (véritable) nature…

 

 

Un jour – le monde – au loin – les pas – le désert – et la mesure du temps que la mort voudrait sceller…

 

 

Rien de central – ni de fondamental – chez l’homme (ordinaire). Rien de profond sinon, peut-être, le rêve. Partout – le règne (et la loi) des périphéries – l’effleurement – comme mode d’existence et manière de vivre…

Le jeu superficiel des peaux et des masques. Et les danses chaotiques sous le joug (puissant et dictatorial) de la psyché…

 

 

Des milliards de visages – comme une montagne de chair horizontale – comme une longue chaîne de peau, de faim et d’excréments que l’on voit vivre – que l’on entend brailler – sur toute la surface du globe…

Des mains qui se tiennent non pour se soutenir – non par amitié – mais pour ne pas tomber – ne pas être éjecté hors de la ronde…

 

 

Des siècles de tentatives – entre grandeur et décadence – ce vieux rêve de l’homme de réunir l’esprit et la matière – aujourd’hui (quasiment) disparu…

L’époque n’est plus à la réflexion, ni à la quête – elle est (presque) entièrement dévolue à la distraction, à la fuite de l’inconfort et à la jouissance immédiate. La très grande majorité des élans s’inscrivent dans cette perspective…

 

 

D’autres jeux que ceux du monde – plus souterrains – plus invisibles – plus puissants. Ceux auxquels jouent les Dieux, les souffles et les forces en présence – multiples…

 

 

Quelques incidents, de temps à autre, dans la torpeur indifférente qui préside à la trivialité des mouvements mécaniques et quotidiens. Variations infimes dans les élans qui oscillent entre la nécessité contingente et le remplissage (paresseux ou frénétique) de l’existence et de l’esprit – la tentative de vivre mieux et de combler autant que possible ce vide – ce temps à occuper… Bref – l’indigence ordinaire de l’homme…

 

 

Eloignement des références et des accointances humaines…

Au fil des jours – du voyage – se restreint drastiquement notre fréquentation du genre humain…

 

 

Comme une âme – au milieu – et loin – de la foule – anonyme – de plus en plus invisible…

 

 

Chimères et fantômes continuent, pourtant, de nous hanter – un peu ; ceux que nous avons aimés – ceux qui nous ont quittés – ce qui semblait si vrai – si réel – tout cela a été balayé par vagues successives. Et ce qui s’acharne à demeurer s’agrippe avec force – comme, peut-être, les derniers souvenirs qui prouvent que nous avons été humain…

Et pour s’en défaire – il faudrait cureter tous les replis de toutes les parois – dans une exérèse longue et douloureuse ou avoir recours – préférablement – au scalpel puissant de l’esprit pour ôter avec aisance – et d’un seul geste – ces protubérances – ces excroissances de chair et d’images…

 

 

Des jours comme des arbres – hauts et discrets – anonymes au milieu de leurs congénères – œuvrant en silence – et avec assiduité…

 

 

Affilié – seulement – au silence et au vide – aux sources premières – et invisibles – du monde. Seul point d’ancrage – en vérité – pour ne pas errer indéfiniment dans l’espace et le temps…

Pas de visage – ni d’épaule – amis. Pas de témoin – ni de compromis. L’authenticité de la solitude et du face-à-face permanent…

Sans autre chaîne que celles que l’on porte en soi. Sans autre garant que celui qui veille en nous…

Existence quasi anomique – où seuls les circonstances et les penchants de l’âme – et ses inclinations provisoires – fixent le cadre éphémère du geste à accomplir…

Aucun échange, ni aucune parole prononcée – excepté sur nos pages et avec nos visages à l’intérieur – ces parts de soi qui nécessitent et réclament (à juste titre) notre présence – notre attention – notre écoute – notre tendresse – et notre aptitude à ne jamais nous laisser envahir par ce qui est inutile…

 

 

Parfois – la magie d’un lieu – quelque chose de l’ordre du rayonnement ; parfois l’espace – parfois la topographie – parfois l’agencement architectural – parfois (trop rarement) l’harmonieux mariage entre la nature et la main de l’homme – parfois le champ d’énergie entre les formes – parfois l’harmonie des couleurs – mille choses différentes qui peuvent frapper l’œil – et pénétrer l’innocence du regard ; l’âme alors devient sensible à ce qui est là – à ce qui s’expose – à ce qui s’offre…

De l’énergie métamorphosée en joie et en silence – une sorte d’alchimie intérieure…

 

 

Le jour à l’orée du monde. Comme une manière d’être présent au milieu des ombres. Un chemin au-dedans de la prière…

 

 

Partout la beauté souveraine – l’ouverture du cœur. Tout ce qui favorise l’humilité naturelle de l’âme…

 

 

Un bout de ciel – un toit d’église – des murs de pierre – des chemins – des forêts et des prés – le début d’une aventure ; la poursuite d’une errance qui s’affine – qui se précise…

 

 

Pas assez vide, parfois, pour se laisser toucher et s’émerveiller…

Accueillir aussi cette inaptitude – ce manque de grâce. En cela – déjà – nous participons à l’accueil – au grand accueil – à l’émergence et au règne du lieu – en nous – capable de recevoir (et de vivre) tous les états…

 

 

La route finit toujours par devenir voyage – aussi sûrement que les jours (successifs) finissent par faire une vie…

Chemin vers soi – toujours – quel que soit l’itinéraire…

 

 

Beauté – toujours – malgré la laideur. Lumière – toujours – malgré la nuit. Amour – toujours – malgré la violence. Quelque chose d’inespéré dans le malheur…

Rien qui ne puisse nous attrister malgré le sentiment (parfois) d’une malédiction tenace…

 

 

D’un lieu à l’autre – avec le ciel pour seul témoin…

 

 

Adepte – presque exclusivement – de ce dont le mental n’a besoin – de ce qu’il exècre même – tant cela le condamnerait à l’inconfort – à l’inutilité – puis, à la disparition si cette manière de vivre advenait de façon permanente…

 

 

Le sol – le ciel – la pensée de plus en plus aride…

La solitude de plus en plus vive et nécessaire…

La marginalité qui se radicalise…

L’intransigeance accrue à l’égard de ce qui ne montre ni respect, ni sensibilité, ni effacement…

 

 

De moins en moins à dire et à partager…

 

 

Une solitude tournée vers elle-même – et vers ce que porte le fond de l’individualité. L’intériorité comme exigence et critère central. La presque disparition du monde – et l’évitement de ses traits les plus vulgaires et de ses excès les plus communs…

 

 

Il faudrait inventer un pays de solitaires sensibles – ou créer, en ce monde, des zones interdites aux couples – aux familles – aux foules – aux masses. Des lieux de marginalité libertaire où les groupes et les trop-normaux seraient refoulés…

 

 

Chaque jour – des souliers en attente – et le choix d’une sente nouvelle…

 

 

Partout où s’établissent les hommes règnent le plus commun – le plus laid – le plus sordide…

Le royaume de l’indigence et de la bêtise…

Ce qui nous pousse sur tous les chemins où la solitude est (encore) possible…

 

 

Il faudrait une autre terre pour les hommes qui ne se sentent plus humains – ou qui aspirent à devenir réellement humains…

Il faudrait créer des régions nouvelles – ou réserver des zones aux âmes humbles, sensibles et silencieuses – comme des îlots bénéfiques et salvateurs en ces trop nombreuses contrées où ne règnent que l’indifférence, le tapage et la prétention…

 

 

J’attends l’hiver avec une (très) vive impatience – son climat, son silence et sa solitude ; toutes les conditions (enfin) réunies pour que les hommes restent chez eux* – et abandonnent le monde à ce qui n’est pas humain…

* excepté les chasseurs malheureusement – la pire, peut-être, des engeances humaines…

 

 

L’impromptu à chaque virage – souvent plus délétère que réjouissant…

 

 

Ce à quoi l’on est condamné : la proximité du monde – présence et bruits insupportables…

 

 

Et tout ce bleu dont personne ne sait que faire…

 

 

Ce souci permanent d’échapper à toute présence humaine – comme ces bêtes sauvages qui ne vivent – et ne respirent – qu’en l’absence des hommes…

 

 

Moins homme que bête – mais plus ange qu’humain…

 

 

Parfois le dédale se densifie – les murs s’épaississent – se rehaussent. Le ciel descend – s’opacifie. Le labyrinthe prend des allures insupportables de détention. Tout devient irrespirable ; on étouffe – littéralement…

Il n’y a plus que des murs – pas la moindre fenêtre – pas la moindre ouverture. Rien que des ombres qui glissent dans le noir – dans cette atmosphère poisseuse – accablante – de fin du monde. Comme si un couvercle se refermait sur nos vies devenues, peu à peu, des cercueils – et nous au-dedans avec de moins en moins d’air…

 

 

Le plus insupportable – en voyage – dans l’existence – et qui peut, parfois (rarement, il est vrai), se transformer en joie – en grâce – lorsque l’âme et l’esprit sont vides et attentifs – serviables et patients – inoccupés ; être sans cesse soumis à la volonté des Autres – tous ces autres qui se succèdent à côté de nous – et qui enchaînent les activités – avec leurs bruits, leurs mouvements, leurs bavardages – vivant comme s’ils étaient seuls au monde – comme s’il n’y avait pas d’autres…

Présence polluante – délétère – mortifère – qui engendre l’exaspération et la colère – et qui confine soit à l’agressivité – à la frontalité – au rééquilibrage des forces – soit à la fuite et à la quête d’un lieu plus isolé – moins peuplé – désert si possible – oui, désert (par pitié)…

 

 

Je crois que je fuis les hommes avec autant de ténacité que la plupart aiment se rassembler – se réunir – s’agglutiner – s’entasser les uns sur les autres…

 

 

Pas à pas – comme tout ce qui est né. D’ici à un peu plus loin – de la même manière que nous sommes arrivés depuis l’origine jusqu’ici…

Des milliards de fois vécus comme des milliards d’autres…

A vivre sans vraiment savoir – sans vraiment comprendre – sans même vraiment y penser…

Petite chose écrasée par l’ignorance – les instincts – les conditionnements – vouée – seulement – à tourner en rond dans son coin – sur son petit lopin de terre – dans le cercle minuscule de son existence…

 

 

Nous allons comme ces arbres qui poussent – en élément infime – dans l’immense mécanique du monde…

Mais rien de ce que nous faisons – de ce que nous semblons faire à l’extérieur – ne compte vraiment – c’est ce qui s’éprouve – ce qui se vit au-dedans – qui détermine la véritable valeur du voyage apparent…

 

 

L’envergure et la liberté n’existent qu’à l’intérieur. Ce qui se voit n’est que limitation – nécessités – conditionnements – rien qui ne puisse être évité – rien qui ne mérite que l’on s’y attarde excepté lorsque ces belles et précieuses servitudes sont pleinement consenties – une beauté et une grâce alors se dégagent des gestes et de l’individualité – l’acte et le visage singuliers deviennent, à cet instant, le reflet de l’envergure et de la liberté intérieures…

 

 

Qu’importe les combinaisons d’énergie – les convergences – les divergences – les rassemblements – les séparations – les attractions – les répulsions – les ruptures – les créations – les transformations – la continuité – seuls comptent le regard au-dedans et la manière dont jaillissent les élans du centre vers l’apparente périphérie – de l’invisible vers ce qui peut être perçu par les sens…

La grandeur – la joie – tout est consubstantiel à cet espace de réception-création…

Rien – jamais – ne s’écarte du monde adjacent – déterminant principal du cours des choses…

La force agissante de l’invisible…

 

 

Tout au détriment de la vraie vie ; et la vraie vie au détriment de rien – si – peut-être – au détriment de l’inutile à vivre…

 

5 septembre 2019

Carnet n°201 Notes journalières

Du vide naît ce qui étreint – l’innocence et le plus radieux…

 

 

Des traces de moins en moins nécessaires. Juste le regard et ce qui se présente…

 

 

Silence et solitude au cœur de la nature sauvage. Sans doute – les seuls lieux où nous pouvons vivre…

 

 

Rien n’écorche dans l’immobilité – tout glisse sur la transparence. Et les vents débarrassent du reste…

 

 

La solitude ne se conquiert qu’au-dedans de la solitude. Et tout invite à habiter ce faîte…

 

 

Plus serré parmi les visages que seul sur la route où tout s’écarte…

 

 

De tous les côtés – les flammes – ce qui nous entoure – le monde et la nuit froide – le ventre à terre pour essayer de se faufiler sous les branches – dans l’air bleui par le ciel – à rouler sans bruit dans le passage…

 

 

Ce qui tombe – ce qui revient ; les mêmes jeux sans malice – sans mystère – et le visage des hommes moins hospitalier que celui des fleurs…

 

 

Paroles pour dire la nuit – autrefois – et cernées, à présent, par le véritable commencement du silence…

Tout – maintenant – aspire à disparaître – à être précipité dans le vide avec les images et la pensée – les souvenirs en tête – et les croyances et l’espoir à leur suite…

L’arrachement salvateur des certitudes…

Regard et monde vierges et neufs…

Le blanc a tout recouvert – tout envahi – a retrouvé sa place…

Et les formes et les couleurs – provisoires – qui passent…

 

 

L’éblouissement d’un autre jour que celui des hommes…

Une terre parachevée peut-être…

 

 

La fatigue des noms et des histoires…

Le retour au plus simple – à l’essentiel – à l’originel…

Tout – en poussières délicates – en écume raffinée… 

 

 

Des pierres – des corps – des chemins – et autant de blessures et de foyers – mille mondes possibles. Et le silence au-dedans que le dehors, parfois, rend fébrile. Et notre épuisement devant ce qui résiste ; les obstacles – l’inertie et l’inaction – l’effervescence et les jeux des hommes….

 

 

Rien que soi – la lumière et le monde à l’intérieur. Le souffle et le vide qui éventre la mémoire…

 

 

Être – il n’y a – et nous n’avons – que cela – en vérité. Le reste est trop provisoire – trop aléatoire – trop inconsistant. Sauce superflue – vaguement parfumée et goûteuse – qui ne sert qu’à agrémenter l’essentiel – jeux et colorations sur l’irréductible – mousses et lichens sur la roche originelle…

 

 

La parole – comme tout le reste – ne sert, en définitive, qu’à libérer le silence…

 

 

Comme des bêtes surprises – et enveloppées – par la nuit – puis, soudain, le jour. Et tout, aussitôt, vole en éclats ; l’obscurité – le monde – les visages…

 

 

Ce que l’on porte et ce dont on a l’air – un gouffre infranchissable semble les séparer…

Qui pourrait imaginer qu’en de telles limitations loge l’infini…

 

 

Quelques jours d’existence – à peine – pour chercher et découvrir – juste le temps de voir défiler quelques nuages – quelques visages…

Ce qui n’empêche nullement des siècles et des millénaires d’enlisement…

 

 

Tout a l’air si vrai – alors, qu’en vérité, on n’est sûr de rien. Tout se déroule dans la tête – si étroite – petite boîte dans un coin infime de l’esprit à l’envergure si vaste…

Et ce vide qui efface – et la précision du ressenti. Tout va si vite – tout – en un instant – se manifeste – puis disparaît…

Que reste-t-il sinon le vide et la nécessité de l’oubli…

 

 

Rien d’horizontal, ni de vertical – les dimensions explosées – anéanties. Seuls règnent l’instant et le vide – ni monde, ni visages – ou alors de manière circonstancielle – uniquement…

Et, pourtant, nous vivons avec les mains enfouies dans les poches – à serrer je ne sais quel trésor – papiers – objets – figures – souvenirs – affrontant le froid de la chair – l’indigence des âmes – les malheurs des existences – le désert et la mort – comme si tout ce qui était devant nous – comme si tout ce qui nous traversait – étaient réels sans voir que tout est toujours trop loin – hors de portée – mais qui s’en rend compte…

Nous croyons vivre mais, en vérité, nous butons sur tous les obstacles – nous croyons marcher mais, en vérité, nous ne franchissons aucune barrière – nous croyons vivre heureux mais, en vérité, nous croulons sous le poids de la neige et la boue des autres – nous croyons vivre l’amour mais, en vérité, nous mourrons de froid et de solitude au fond du jardin – devant la porte fermée du seul abri…

 

 

L’incarcération au-dedans – et les barreaux intérieurs – bien sûr. Et pareil pour la liberté. L’une et l’autre ne se voient sur le visage ; elles ne se révèlent que dans le geste et la parole – dans la posture de l’âme face aux circonstances…

Des barrières – des inhibitions – et des franchissements…

Des fossés – des murs de pierre – et des fleurs sauvages…

Un penchant naturel. Des inclinations. Et les préférences de l’âme…

 

 

L’hiver à demi effacé – et la lumière trop timide pour faire naître la pleine clarté. Légère pénombre et soleil pâle…

La peau – la terre – le mouvement entre le froid – persistant – et la chaleur qui monte paresseusement…

L’âme condamnée à une ardeur défaillante. Des élans qui manquent de tenue et de franchise…

 

 

Ce que l’on voit s’écrit – ce qui s’entend s’écrit – yeux et oreilles du dehors et du dedans qui fauchent leur récolte à mesure qu’apparaissent les tiges à couper…

 

 

C’était déjà là – avant de vivre – avant de naître. Ça n’attendait que les conditions pour émerger – grandir – devenir – ce qui avait besoin d’éclore…

Tout pourrait faire obstacle – tout serait bousculé – renversé…

C’est patient – ça attend son heure et les conditions requises – comme l’herbe qui fend le béton des trottoirs – c’est mû par une force titanesque – ça n’a l’air de rien mais, au fond, c’est redoutable – ça n’obéit (comme toute chose) qu’à son propre élan – qu’à sa propre nécessité. Et quels que soient le temps et les empêchements, ça finit – toujours – par advenir…

Voilà de quoi nous sommes constitués – notre noyau dur – le soubassement de nos vies apparentes – matériau sans intérêt excepté celui d’être le terreau le plus favorable à ce qui doit émerger – pousser – croître – s’imposer ; c’est au fond de l’âme – et au fond des tripes – et ça s’infiltre par tous les trous – par tous les canaux – par tous les passages – possibles…

Beauté monstrueuse du vivant et de l’énergie…

 

 

En nous – plus loin que l’embrasure – plus loin que le lieu où tout se retire. Ici même – là où le soleil n’est ni devant, ni derrière nous – au centre – ce que la parole ne peut saisir – ce que le souffle ne peut arracher – en chacun – chaque jour – à chaque instant…

 

 

Trop d’humains – partout – et, en moi aussi (bien sûr), trop d’humain…

 

 

J’attends l’hiver et la caresse des mots qui nous réchauffera. La franche solitude qui – jamais – ne s’encombre de visages et de souvenirs. Le désert retrouvé – estimable…

 

 

Tous les yeux tournés vers la même terre – vers la même perspective. Comme des têtes usinées dans le même moule ; la reproduction du pire qui s’aggrave – de plus en plus funeste – au fil des générations…

 

 

Il y a – en moi – cette nature sauvage qui me fait ressentir avec force ce que les bêtes éprouvent face à l’invasion humaine – face à l’hégémonie des hommes – face à leur omnipotence – à leur omniprésence – à travers leurs mille activités exploiteuses et irrespectueuses…

Et comme elles, je ne peux rien faire ; ni crier, ni mordre ne suffiraient – nous sommes condamnés à l’évitement et à la fuite…

L’impuissance et la rage au cœur…

Peut-être ai-je, en plus, les mots pour dire notre dénuement et notre désespérance devant tant de bêtise et de barbarie. Et quand bien même – exprimer ne fait guère la différence – nous sommes si peu, aujourd’hui, à reconnaître cette infamie… Et rares sont les hommes prêts à entendre cette vérité…

C’est enfoui au-dedans de nous – cette boue – cette bave – cette ruse – cette monstruosité – inscrit dans nos gènes. C’est enterré – et par-dessus – on a mis des fleurs – quelques aménités – un soupçon poisseux d’intelligence – pour faire croire à une possible humanité – digne de ce nom – imposture, bien sûr – vaste supercherie – ça circule encore dans nos veines – dans notre sang – dans toute la tuyauterie de notre cerveau…

Il n’y a de pire engeance que celle qui prétend ne plus être régie par les instincts – enfouis si loin – si profondément – et si mal qu’on les entend bruisser dans chacun de leurs souffles – dans chacun de leurs pas – dans chacune de leurs pensées. Ceux qui s’affichent et s’enorgueillissent ainsi ne sont presque qu’instincts – en vérité…

Pour vouloir paraître autrement – davantage – pour avoir l’air de ce qu’ils ne sont pas en réalité, ils sont prêts à récuser jusqu’à la mort ce dont ils sont tout bouffis et à cracher leur haine, leur mépris et leur prétendue supériorité sur tous ceux qui affichent avec plus de naïveté les traits dont ils estiment être affranchis…

 

 

Ça dérape souvent cette manière de nourrir l’illusion – au point de ne plus rien voir – de ne plus être capable de percevoir ce qui existe vraiment…

 

 

Le souffle – le sol – la même aspérité – parois collées. Et entre les pas – entre l’inspir et l’expir – le silence – cet intervalle hors du temps – voie par laquelle le silence se laisse rejoindre plus aisément…

 

 

De la lumière – parfois – entre deux rectangles gris – recouverts par le haut d’un bleu étrange – comme un œil sur la souillure du monde qui fouille et désosse les apparences pour révéler ce qu’elle dissimule – et ce qu’elle ignore elle-même ; la graine de beauté – l’élan possible vers le devenir – le jeu profond et permanent de l’évolution et de la métamorphose…

 

 

Rien n’est vu – à proprement parler – on devine davantage que l’on ne perçoit – et par-dessus – on invente. Et on imagine ainsi décrire le monde avec objectivité. Il faudrait traverser les peurs – et l’épaisseur de l’âme – creuser sous les images – faire exploser le sommeil et les apparences pour commencer à voir la réalité sous nos yeux…

 

 

De la poussière dans la bouche – descendu en soi – comme l’effluve du jour – ce que les vents ont livré à nos pas – ce que la main a saisi près du sol pour satisfaire la faim. Le ventre et l’âme – à l’abri des déboires et de la lumière – dans cet interstice où l’on ne se nourrit que de débris – des restes organiques et célestes…

Tout – ainsi – entre au-dedans – devient la jonction avec ce qui semble extérieur…

Des souffles et de la neige – tout ce que l’on saupoudre sur nos têtes…

 

 

Rien que de la vase – lorsque l’on fouille dans l’esprit – la mémoire. Ça a l’air clair – limpide – tout semble se détacher de manière nette et précise – avec facilité – mais tout, en réalité, a une odeur et un goût de marécage – d’eau stagnante…

Et tout – aussitôt remonté – se délabre – se liquéfie – retombe en informes pâtés dans la mélasse brunâtre et nauséabonde…

On voudrait que cela ait des airs de liqueur – de parfum d’enfance et de bonheur perdu – mais ce sont les égouts et leurs effluves pestilentiels…

On peut enjoliver les images – leur donner un air de propreté – et abuser l’esprit en ne lui présentant que des fragments isolés du reste – mais si l’on est honnête – et un tant soit peu lucide – on ne peut ignorer ce lieu étrange d’où émergent les images – et on a vite fait de comprendre qu’il est plus sage de tout remettre à sa place – de tout jeter en contrebas – et d’ouvrir les vannes pour que le marigot se déverse – s’évacue – disparaisse…

 

 

Histoire d’intériorité et de propreté – l’esprit comme une ménagère exigeante – presque caricaturale – le balai à la main – soucieuse jusqu’à la maniaquerie de l’hygiène de son foyer ; une grande pièce aux murs blancs et au mobilier rudimentaire – éminemment fonctionnel – voué uniquement aux usages quotidiens nécessaires…

 

 

Des mots – des souffles – et par-dessus – et par-dessous – une lame effilée. Et tout – coupé – haché menu – et réduit en poussière – puis consciencieusement balayé…

Déblaiement incessant pour accueillir de manière toujours aussi neuve la vie incessante et nouvelle…

Dans l’esprit – le dispositif inverse de celui que la vie et le monde ont naturellement mis en place – qui soustrait ce que ces derniers ne cessent de répandre – d’amasser – d’entasser ; le vide – le moins – pas contre mais pour accueillir le plein – le plus – et leur offrir le terrain le plus propice – vierge – libre – sans embarras…

 

 

Ne pas se laisser impressionner – ni attendrir – ni même bluffer – par le jeu du monde, des visages et de la psyché – chargés de désirs – de revendications – de règles à respecter – d’une longue liste d’exigences…

Couper – trancher – et se débarrasser de cette poudre aux yeux – de ces simagrées – de toutes ces niaiseries du monde, des visages et de la psyché qui ne manquent jamais une occasion pour nous faire passer pour des bourreaux sans âme – des bourreaux sans cœur – si nous avons le malheur de ne pas nous conformer à leurs caprices – de ne pas satisfaire leurs incessantes volontés…

Soleil qui rase et défait pour rayonner sans rival sur le monde des objets…

 

 

Rien ne soumet – mais nous avons l’âme docile – obéissante – réglée sur de vieilles obligations – des choses si profondément ancrées que nous les réalisons sans même savoir qu’elles existent…

Entre peurs, plaisirs et espérance – la psyché s’agite – cette cervelle au cortex trop lent – et trop timide…

 

 

Tout finit par prendre la couleur de l’hiver. Il suffit d’être patient…

 

 

Tout est là – en deçà de cette agitation – de cette effervescence mentale – et au-delà de la quiétude – de cette paix à ciel découvert…

 

 

Rien – l’absence encore – le manque qui traîne la patte – qui résiste au grand déblaiement – qui s’accroche en vrillant le cerveau au point de créer une tension de plus en plus insupportable – passagère mais de plus en plus insupportable – illusoire mais de plus en plus insupportable – fiction et mensonge de la tête – simple jeu d’amplification électrique – hormonale – neuronale – encéphalique…

Dans l’attente d’un retrait – d’une suspension – jusqu’à la disparition définitive…

 

 

C’est souvent ainsi que l’on marche – la tempête à l’intérieur – avec cette fièvre diabolique – ces luttes fratricides – cette effervescence chaotique – et avec cette tête qui semble si froide à l’extérieur…

 

 

D’une seule couleur – celle qui nous attend. Des cloches et de la lumière. Des voix qui portent malgré les bruits du monde. Une sagesse inhabituelle. L’au-delà qui se rapproche. La vie et les Autres en nous…

Quelque chose devient le rythme – le pas – la pensée – les contenus de l’esprit – puis ses parois – puis, l’esprit lui-même dans toute sa démesure – comme si la folie s’insinuait à travers tous les passages possibles – le dehors devenant le dedans – et le dedans s’élargissant jusqu’à tout contenir – tel qu’au premier jour du monde – m ais à l’envers…

 

 

Les mots ne servent qu’à ramasser les restes – à témoigner de quelques broutilles – mille choses sans importance. Toujours – ils manquent l’essentiel – le retour et le vertige – le devenir du gris – cette refonte profonde (et miraculeuse) dans le bleu. La vie comme un fil – les destins comme des voiles – de la haute voltige – et de nobles aventures – sur nos eaux sans remous – et dans notre esprit toujours aussi tumultueux…

 

 

Rien que des mots parfois – mais qui ne suffisent à vivre. Il faut aussi des gestes – du silence – de la solitude et des pas – et quelques arbres à saluer – pour nous réjouir pleinement du jour…

 

 

De la terre et du feu – ce qui nous redresse malgré le vent – malgré le monde – malgré les hommes…

Tout se retire pour que nous puissions faire face au ciel et à la lumière avec poésie et efficacité – de manière intense et pragmatique…

Une suite de vertiges, de pertes et de chutes préalables pour que nous puissions nous présenter aussi nu(s) et humble(s) que possible…

 

 

Tout se percute et s’emboîte pour que nous avancions – et que se rapproche l’évidence…

Pour que la rencontre ait lieu – il faut que ça émerge des profondeurs – que ça monte et que ça descende – que ça s’inverse et que ça explose – alors peut-être – le regard – la lumière – le silence – l’évidence – réussiront-ils à se rencontrer – à ne former qu’un seul trait dans l’âme – sur le visage – sur la page…

Rien de mécanique dans ce processus – cette rencontre ; quelque chose plutôt entre la magie et la poésie – et comme une fulgurance éminemment pragmatique aussi – un événement étrange à vrai dire – absolument trivial et sans pareil – indéfinissable…

 

 

Du rouge au gris – puis, un long intervalle dans le noir – puis, un agrandissement jusqu’au blanc – un saut vers le jour – puis, le soleil rayonnant jusqu’au bleu – impérial…

Mais qui sait si nous ne pourrions encore être la proie d’un glissement impromptu – sournois ou radical – vers le froid…

Une chute vers la vacance sombre de l’âme…

 

 

La nuit – en réalité – n’est jamais à l’extérieur – dehors n’existe pas – ce n’est qu’un rêve – un mythe – un mensonge pour les âmes étriquées. Dieu – déjà – présent – partout – avant même la première naissance…

Ensuite – on compte les morts et le nombre de vies nécessaires pour refaire surface au cœur du réel – puis le nombre de pas qu’il manque pour transformer le réel en vérité…

Après, on ne sait pas – peut-être n’y a-t-il pas d’après…

 

 

On laisse faire – de plus en plus ; et il y a de la tristesse au fond de l’individualité – comme une couche épaisse de mélancolie…

A chaque fois, on imagine que ce sont les ultimes soubresauts de l’individualité – et puis ça revient – ça finit par revenir comme si cette désespérance était sans fin – intarissable – littéralement… Et sans doute est-elle intarissable car le monde, sans cesse, la nourrit – et dans le monde – et au contact du monde – l’individualité n’a d’autre choix que celui de la tristesse ; elle ne peut prétendre à autre chose – elle ne peut nier son inclination profonde – presque sa nature – et elle ne peut disparaître…

L’esprit, lui, sait échapper à l’individualité – à la tristesse – au monde – à toutes ces niaiseries qui nous condamnent à la désespérance… Mais notre manière d’y être – de l’habiter – n’est pas assidue – n’est pas assez régulière – malgré nos efforts – elle demeure erratique – trop encombrée encore par ce qui entrave le passage – par ce qui s’accroche – par ce qui s’agrippe désespérément par peur d’être balayé et jeté définitivement dans le vide…

 

 

Tout est posé contre nous – voilà pourquoi nous étouffons parfois – voilà pourquoi nous étouffons souvent – presque toujours. Il n’y a pas assez de distance – et nous avons perdu la hauteur – et l’envergure – nécessaires pour demeurer en surplomb – là où le magma, l’entassement et les blessures prennent des airs de danse – ressemblent aux traits d’une arabesque sans douleur – comme une succession de mouvements dessinés dans l’air…

 

 

Quand tout devient rien – la gravité disparaît. Le rire revient – et révèle notre nature – le seul visage de l’âme. L’air retrouve sa légèreté. Et vivre n’est plus qu’ivresse – vertige – joie intense…

Quand tout reste tout – ça fait comme un poids insoutenable ; soi – l’âme – le monde – toutes les choses – tous les visages – pèsent – pèsent sur nos pauvres épaules. Les jambes fléchissent – le corps vacille – le cœur s’épuise – il n’y a plus que lourdeur et tristesse – noirceur et impossibilité…

Et, à chaque fois, la fin du monde est proche – presque inévitable ; le grand œuvre de la désespérance…

 

 

La défaite écrasante nous plonge dans une forme d’impuissance paroxystique. L’anéantissement de la volonté – la capitulation complète de l’individualité – l’annihilation de ce que l’on appelle couramment le destin personnel. Le contraire (absolu) du succès et de la liberté individuelle – de la réussite et de l’indépendance dont on nous fait croire qu’ils existent – qu’ils se méritent – qu’ils se conquièrent – mythes et mensonges ancestraux dont les hommes et la psyché ne peuvent se passer…

L’effacement et la soumission totale à ce qui est ; Dieu, l’esprit et le monde plus puissants que les désirs et les illusions humaines…

 

 

Des jours entiers sans visage – avec soi – l’herbe – les ombres. Des milliers d’instants au cœur de ce face-à-face – Dieu et la psyché – ce que l’on porte – le regard et l’individualité – distance et tension – accueil et résistance – entente parfois jusqu’à l’union – jusqu’à la désintégration des noms et des frontières…

 

 

Au fond de l’air – il y a un tombeau – un trou – un front – un peu de terre – un peu de bleu – le lieu de la lumière – la tristesse – le chant un peu triste qui accompagne ceux qui partent – le supplice et l’extase de chaque instant – indissociables. Et c’est cela que, chaque jour, nous respirons – l’inlassable continuité du monde…

 

 

Ce qui blanchit nos cheveux – et ce qui blanchit nos âmes ; rarement la même chose…

 

 

Des années à écrire – le même chemin de sable et de poussière. Des mots sans couleur – un œil sans âme – juste assez pour vivre – et revenir le lendemain…

Et de cette vie – bientôt – il ne restera plus rien – fort heureusement…

 

 

Lumière sombre posée sur quelques âmes. Une route – au loin – qui ressemble à un labyrinthe. Pas d’existence franche – réelle – quelque chose comme une impasse et un ajournement. Une manière, sans doute, de revenir – et de repartir du même lieu ; celui qui a pour origine le voyage…

 

 

Des lignes qui, parfois, tendent vers un horizon impossible. Il faudrait plus d’errance et de magie dans la main – quelque chose comme une âme plus vivante – plus vibrante. Une sorte de joie face à l’inconnu. Et, peut-être, moins d’idées et une manière d’être au monde moins rigide – moins codifiée…

Vivre avec l’émotion vive – sincèrement triste (presque douloureuse) – que l’on éprouve face à une tombe sans ornement – sans artifice – un peu de terre seulement avec un nom et deux dates. Et rien de plus. Si – parfois – une inscription – une seule – ou une photo. La poussière retrouvant humblement – sans emphase – sans afféterie – la poussière…

 

 

Il y a – toujours – une émotion vivante – une tristesse joyeuse – à voir une franche humilité – une beauté – une grâce – un émerveillement – la possibilité du Divin dans le plus pauvre et le plus simple…

 

 

Chez les vivants, j’aime aussi cette solitude et cette humilité – chez tous ceux que la vie a suffisamment contrariés – déçus peut-être – pour qu’ils n’aient plus d’exigence – et parfois – même plus d’espérance – mais sans rancœur – sans tristesse – sans aigreur – devenus assez sages, peut-être, pour s’en remettre à la providence et à ce que leur offrent les circonstances…

 

 

Des jours ternes – parfois – comme un regard éteint – un excès de sommeil – quelque chose que nous n’avons pas su offrir ou révéler – une âme trop distraite peut-être…

 

 

Rien ne s’impose – pas même la pluie – ça s’offre. Et dans ce don – il y a toute la lumière et l’Amour que l’on prête, parfois, à Dieu. C’est un regard qui vibre – une tête sans ombre – une manière de tenir la nuit à distance – d’éviter la contagion – de réduire la peur et la médisance…

 

 

Rien que la mort parfois – et cette façon de se coucher sous la tristesse. Trop de fatigue – et pas assez de ciel peut-être…

 

 

Le coin de la bêtise avec ses angles trop droits où tout vient se cogner…

 

 

Ça écrit encore – on ignore pourquoi – on ignore pour qui. Une manière, peut-être, de se faufiler entre les vivants – de façonner un désert autour de soi – d’être fidèle à sa singularité – de se rappeler qu’une dimension – une perspective – une vérité – existent au-dedans bien plus essentielles que tout le cirque du dehors…

Et comme manière de vivre, peut-être, toutes ces belles choses au quotidien…

 

 

Parfois – tout se retire – sauf l’ombre persistante…

Rien ne glisse sur le gris du monde…

Tout s’accroche aux visages – comme si le provisoire cherchait l’éternel…

 

 

Quelque part – dans le désœuvrement du monde – un peu à l’écart – à entendre ce qui ne peut s’éteindre ; ce feu – cette agitation – ce brouhaha – inévitables…

 

 

Les malheurs des vivants au pied de la lumière…

Le tour de force des ornières pour dissoudre tout ce blanc – toutes les promesses de la beauté…

 

 

Pour aimer – la rareté doit être manifeste – ce que le ciel tient, bien sûr, pour une évidence. C’est toujours vers l’unique que nous nous tournons…

La multitude est une forme de malédiction – d’infirmité – où rien ne se distingue ; une suite de visages – de noms – de reliefs – aussitôt vus – aussitôt oubliés – un long ruban de chair sans existence – sans conséquence…

Il n’y a que soi, bien sûr, que l’on différencie de la masse. Chacun – ainsi – se rassure – dans cette évidente distinction…

 

 

On fait – souvent – durer plus que de raison – histoire de gagner du temps sur le rien – et, peut-être, sur le néant ; le vide – la solitude – la mort – toutes ces choses un peu lointaines – un peu abstraites – mais dont l’ombre et l’apparence – et rien que le nom – nous terrifient…

 

 

Devenir ne suffit pas. La promesse non plus…

Et lorsque l’être se réalise – et que le temps disparaît – devenir et la promesse perdent toute leur valeur – tout leur attrait…

 

 

Un peu de bêtise et de sommeil – ce que les hommes partagent le plus communément – le plus souvent – et de bon cœur qui plus est…

 

 

Rien que le silence – et tous les paysages à l’intérieur…

 

 

Au-dedans – et plus jamais à côté…

 

 

Une seule présence – parfois – à la place de ce que nous avons (vainement) accumulé ; des livres – des fleurs – des enfants – des images – des conquêtes – mille choses – mille souvenirs – inutiles…

Une issue à tout – pour peu que l’on se sente prisonnier – abandonné – incomplet…

Comme une main – une lumière – qui, soudain, effacerait l’accablement…

 

 

Cloué à ce qu’il nous reste alors qu’il nous faudrait être nu – sans fardeau – sans douleur…

L’air et la peau déchirés – ce que l’on s’arrache encore pour que le rien – le plus rien – illumine…

 

 

De la poussière – une lampe – et soudain mille montagnes – et la route longue – longue et sinueuse – si longue et si sinueuse que d’ici on ne peut rien voir – ni même deviner la fin – seulement l’imaginer…

 

 

Une manière de s’absenter – de renoncer à l’inutile…

Une manière non d’arriver quelque part – mais d’être présent là où nous nous trouvons. Et qu’importe le contexte, les visages, les possibles – qu’importe le devenir – ils comptent pour presque rien – offrent (seulement) une vague coloration…

 

 

Comme un lourd rideau que l’on tirerait derrière soi. Et devant, l’horizon clair – et au-dedans, le seul soleil…

Comme un étrange désir que personne ne touche plus à rien – ou que si tout se transforme encore – le changement nous soit bien égal…

 

 

Fermer les yeux – et tenir le regard debout – dressé non dans l’attente mais dans l’attention. C’est ce qu’il nous faudrait avant que l’on ne nous enterre – avant que l’on ne referme notre tombeau – juste avant notre dernier souffle…

 

5 septembre 2019

Carnet n°200 Notes de la vacuité

Oscillations précises – d’un jour à l’autre – d’un instant à l’autre. Forme élémentaire d’apparition – de changement – d’échange…

Naissances conditionnées – mystérieuses – cycliques…

 

 

Pas – bruits – mouvements – à la suite. Et des intervalles d’absence. Le lot commun – ce qui traverse l’esprit…

Des injonctions parfois – des retours souvent. Et les mille évacuations quotidiennes indispensables à la vacuité…

 

 

La persistance du jour. Et des éclats de nuit encore. Ombres nocturnes et fantômes plutôt qu’entités vivantes…

Davantage soi qu’un Autre – davantage rien que visage…

Le rôle du vent plus essentiel que le monde des idées…

Le réel au détriment du rêve. Le vide intense – profond. Et le silence plutôt que le tapage et la vie accumulative…

 

 

Ce qui est – sans construction – sans distinction – sans commentaire…

L’œil tranchant – lucide peut-être – plutôt que l’analyse. La précision plutôt que les méandres tortueux…

 

 

Aucune trace sinon celles du feutre qui accompagnent les mouvements – qui ne les commentent pas – qui ne les dissèquent pas. Simple corollaire de ce qui est – légère extension peut-être – léger pas de côté – rien d’additionnel – une sorte de distance et de retrait consubstantiels…

 

 

Quelque chose – en soi – qui s’apparente, peut-être, à Dieu – à une présence informelle sensible – sans la moindre assise en ce monde. Un œil innocent et désengagé – vide et neuf – à chaque instant…

 

 

Le chapitre en partie clos des tentations. Le monde sans objet de désir – simple décor – fugace et inévitable. Rien de plus…

L’essentiel au-dedans – monde, choses et visages inclus…

Ce qui passe et résonne à l’intérieur – les mille aspects de ce qui semble se produire sous les yeux…

 

 

Simple récit d’une expérience – l’inéluctable qui traverse l’esprit – les contenus provisoires de la vacuité…

Buée et traces de doigts sur la vitre silencieuse – nuages passagers dans le ciel aux couleurs et aux rythmes changeants. Rien qui ne vaille une description – un commentaire – détaillés…

La beauté de l’évanescent au contenu presque sans importance…

L’incarnation, peut-être, de l’invisible – l’un de ses visages singuliers…

 

 

Un regard – ce qui est – un ressenti fugace ; une pensée – une image – une émotion, parfois – nées d’un ailleurs mystérieux – introuvable – inconnaissable peut-être…

Question de l’origine, sans doute, insoluble et sans intérêt…

Abandon des constructions et de la conceptualisation pour la vie pratique et l’évidence…

 

 

Des instincts de nuisance – des calamités – une manière d’être inconsciemment vivant…

 

 

Le ciel – haut – très bas – et cette ligne d’horizon comme une étrange frontière illusoire…

Les yeux mentent autant que les émotions qu’ils soulèvent…

Rien de précis – simple question de perspective – de focus – de regard – où la distance demeure le point central – l’axe à partir duquel prend forme – et se matérialise – la réalité perçue…

Ce que l’on imagine réel n’est qu’une recréation du monde – sa représentation dans l’esprit. Etrange et mystérieux processus qui devrait nous faire comprendre que tout – en réalité – se déroule au-dedans…

L’extérieur est soit inexistant, soit insaisissable…

Mais nous nous obstinons, pourtant, à lui accorder une existence propre – une réalité indépendante…

 

 

Monde de croisements et d’entrecroisements – de lignes et de courbes distinctes et entremêlées – tantôt convergentes, tantôt divergentes…

Parfois – ensemble de points. D’autres fois – écheveau de fils. D’autres fois encore – des formes séparées par le vide – l’espace qui s’emplit de mille contenus reliés et disparates – nécessaires, la plupart du temps, à l’existence de l’ensemble (ou à l’existence d’une partie de l’ensemble)…

 

 

Des instances d’acharnement – des rondes cycliques – des pas récurrents. Le même itinéraire à quelques nuances et variations près. L’inlassable répétition du monde. Le retour infatigable des choses…

 

 

Des mouvements bruts – des gestes d’emprunt – conditionnés – nés des profondeurs inconscientes – non perçues – non habitées – presque jamais issus de l’attention – de la présence vierge et sans intention…

Et, pourtant, réside là une forme de justesse involontaire – dont les conséquences – tantôt plaisantes, tantôt délétères – agissent sur l’ensemble des intervenants (directs et indirects) des circonstances – dans un enchaînement implacable d’élans et d’effets …

 

 

Mille choses qui rendent la compréhension du réel – du monde – de soi – peu aisée – presque impossible ; trop de paramètres et de points de vue envisageables pour espérer un aperçu d’ensemble et une perception fine et profonde des mécanismes, des fonctionnements et des enjeux à l’œuvre…

 

 

Privilèges révocables – secrets périssables – retrait, puis disparition probable de tous les acquis. Une virginité à renouveler à chaque instant…

 

 

Ce que l’on construit – un surplus de chaînes – un rehaussement des grilles – une fortification de la détention…

Mieux vaut aller nu-tête – nu-pieds – et se laisser porter par les vents provisoires…

 

 

De l’espace vacant – la seule demeure où résider – le seul lieu où il nous est possible de vivre – à présent….

Le monde est trop encombré – trop bruyant – pour s’y établir de façon sérieuse…

Le dedans n’a pas son pareil pour nous libérer…

Manière d’appréhender plutôt que mode de vie apparent…

Manière d’être plutôt que perspective dogmatique…

 

 

Réductions extérieures bénéfiques – mais insuffisantes à la virginisation intérieure et à l’élargissement de l’envergure interne… 

 

 

L’écart grandissant avec le monde, la normalité et les conventions humaines. Quelque chose de l’ordre de la liberté et de l’affranchissement…

Nulle autre loi que celles qui régissent le renouvellement du vide et la sensibilité présente…

Au-dehors – trop de bavardages et de vaine effervescence. Trop de tête et de traits d’esprit – et beaucoup trop de visages. Manquent le silence, l’Amour et la clarté nécessaire pour que les âmes se rencontrent – véritablement…

 

 

Les arbres et les pierres sont des êtres d’excellente compagnie – des frères de silence et d’acquiescement. Des maîtres de la liberté dont la fréquentation encourage la nôtre…

 

 

Rien de plus précieux que notre alliance intérieure – celle qui redonne au regard, son envergure – à l’âme, sa sensibilité – et aux gestes, leur justesse…

Manière autonome de vivre ses inévitables dépendances …

L’être qui redonne aux instincts leur place naturelle – sans les pervertir, ni les voiler par une sophistication apparente et inutile…

Rien de vraiment perceptible de l’extérieur. Rien qui ne ressemble à une révolution. Rien de vraiment frappant. Rien de changé en apparence si ce n’est, peut-être, une attention naturelle accrue – une manière silencieuse et affranchie d’être au monde – et une joie vivante – vibrante – au cœur de la solitude…

Plus ni prière, ni mendicité. Nul besoin de consolation – de distraction – de compensation. La complétude qui, peu à peu, retrouve sa place et ses droits – et occupe l’essentiel de l’espace vide – avec, de temps à autre, quelques retours (inévitables) de l’individualité avec ses manques, ses doléances et ses effrois – temporaires – plus vite balayés qu’autrefois – et entendus et accueillis lorsque s’imposent la nécessité et la primauté de l’Amour sur la vacuité…

 

 

Là où la densité métaphysique et l’envergure de l’Absolu doivent se transformer en légèreté – en pragmatisme fonctionnel – en actes simples, justes et précis…

Là où le fond – pensées, savoirs et mémoire – doivent s’effacer au profit du regard vierge et du silence – présence pleine et discrète – invisible sur le visage qui, aux yeux du monde et des autres, revêt encore – et seulement – les attributs humains les plus ordinaires…

 

 

Le vide tranchant et accueillant – cette aire-réceptacle – l’aptitude infatigable (et impitoyable) à déblayer ce qui s’invite – et le ressenti de l’instant – énergétique, intuitif et émotionnel ; nous n’avons rien d’autre…

Dieu – l’âme – le monde – inclus dans cette mystérieuse trinité…

 

 

Ardente simplification – le réel est ce qui est dans l’instant…

Ni avant – ni après – ni a priori – ni élucubration…

Instant après instant dans le regard réparé – restauré…

Une autre manière d’être à soi et d’être au monde…

Nul besoin d’amitié – d’alliance – de connivence – de distraction ; rêve et signes d’incomplétude seulement. Indices d’une intériorité déficiente – lacunaire – infirme – compensée par la nécessité du monde et de l’Autre qui font office de béquilles artificielles indispensables. Marques seulement d’une âme bancale – dépendante – non autonome…

Eléments communs de l’homme et de l’humanité ordinaires pour lesquels le monde est le monde – la vie est la vie – et qui le resteront, sans doute, pour l’éternité – sans que rien jamais ne puisse changer – sans que jamais ne puisse s’opérer la moindre transformation de la perception et de la perspective…

Données incomprises et invariantes – auxquelles on se résigne tant bien que mal – sans creuser – sans explorer – ni rien comprendre à ce qui nous constitue et à ce que sont, en réalité, l’homme, l’Autre, le monde, la vie et l’esprit…

Des existences d’insuffisance et d’incomplétude qui s’imaginent – présomptueusement – autonomes et indépendantes – et normalement humaines…

Ainsi trouve-t-on dans l’indigence et l’incompréhension communes prétexte à sa propre ignorance – à sa propre paresse – à sa propre incuriosité – sur lesquelles on s’empresse de poser le masque mensonger de la vertu, de l’intelligence et de la raison humaine…

Le déni, l’auto-illusion et la prétention – les pires armes de la psyché retournées contre elle-même…

 

 

D’un monde à l’autre – sans l’aval des anciens préjugés…

Oscillation entre l’habitude – l’âme surchargée – et la nouvelle perspective – le regard vide et vierge…

 

 

Soleil d’un horizon parfaitement blanc – sans promesse – et, au fond de soi, le retour encore possible des pluies ininterrompues – envahissantes – diluviennes – dévastatrices…

 

 

A mi-chemin – toujours – entre l’origine – l’envergure initiale – et les allées du dédale – les forêts sombres de l’âme…

Rien d’acquis – rien de définitif. La tête, à chaque instant, sur le billot…

Entre la foule – les amas – et l’oubli – la lame effilée…

 

 

La perspective d’un seul pas – comme suspendu. Rien avant – rien après – le décor et les bagages de l’instant…

 

 

Des larmes – encore parfois – tantôt comme sensibilité spontanée – belle et légère – tantôt comme résistance et résidu de l’individualité – appesantissement grossier d’un souvenir qui refuse l’abîme…

 

 

Souliers de glace – souliers de boue – souliers d’oiseau – sur leur territoire de prédilection – tantôt terre, tantôt ciel. Et le regard qui, jamais, ne s’attarde – qui, jamais, ne s’enlise. Présent à tous les croisements – à toutes les frontières…

 

 

Une autre mesure du temps – une autre envergure du monde. Et le seul pas présent…

 

 

Ni hasard, ni chance, ni infortune. Le plus réel à vivre – ce qui se reçoit et qui, aussitôt, s’oublie…

Ainsi tout se perd – jusqu’à ces grands airs que l’on prenait, parfois, lorsque l’on sentait sur soi un regard attentif ou (vaguement) séduit…

 

 

D’autres jeux à inventer – et qui s’inventeront sans effort – dans le rythme des circonstances…

Rien de défini – rien d’établi. Quelque chose de spontané – d’irréfléchi – enfanté par l’allure d’une danse naturelle et collective qui n’a nul besoin de visages et de noms ; ronde d’arbres – marelle de pierres – course de nuages – manège d’oiseaux…

 

 

Tout – englouti – dans le silence et l’oubli. L’envergure de la première heure. L’innocence retrouvée du monde. La liberté de l’âme. L’ivresse lucide du geste. L’intensité et le vertige du regard. La vraie vie, peut-être…

 

 

D’une autre teneur que l’alliance et le ralliement – quelque chose d’antérieur à la séparation. Un lien profond – souterrain – indéfectible…

 

 

Ce que la tête et les malheurs savent réinventer pour nous soumettre – encore et encore – aux chaînes qu’il ne faut jamais cesser de briser – et de jeter par-dessus son épaule…

 

 

De la roche – des arbres – le ciel – compagnons fidèles de notre voyage…

Errance et dérive plutôt qu’itinéraire…

Chemins de circonstances et de rencontres au-dedans qui tiennent autant au hasard qu’à la nécessité…

 

 

Des pas encore – et des gestes – quotidiens. Et la parole comme prolongement de ce qui se vit plutôt que de ce qui a été vécu. Quasi simultanéité entre ce qui s’expérimente et ce qui s’écrit. Pas de recherche – pas de fouille – très peu d’intellectualisation – très peu de souvenirs – ce qui résonne dans l’âme et jaillit à travers la main qui court sur la page. Pas d’intention – ni de message – et aucune nécessité de lecteur. Dialogue entre soi et soi, en quelques sorte – entre l’âme et le monde – entre le silence et ce qu’il contient à l’instant où le feutre se tient au-dessus de la feuille blanche…

Des traits qui s’impriment comme les bruits du monde dans l’espace…

Une manière d’être alerte – une veille attentive et sans autre ambition que celle d’être là – présent – à ce qui passe…

Sorte de mandala de l’oreille qui entend, de l’œil qui voit, de l’âme qui perçoit et de la main qui note ; ça arrive – ça se réalise et, aussitôt, ça s’efface…

Témoignage aussi peut-être, malgré soi, de la texture de l’intériorité. Vague descriptif de cette étrange envergure intérieure. Tentative sans volonté de décrire l’invisible – l’ineffable…

En cela, peut-être, ces lignes ressemblent à un récit de voyage…

Les routes et les visages du monde demeurent, pourtant, accessoires. Ils n’existent (presque) que comme décor – et déclencheurs – ou initiateurs parfois – des élans qui nous traversent…

La vie et le monde – en soi – et leurs danses étranges et mystérieuses dans l’âme… Et autant de contrées – et de dimensions – découvertes…

En cela, peut-être, sommes-nous (un peu) explorateur…

 

 

Lieu éphémère – lieu magistral – lieu éternel. Et le monde qui passe – visages et choses infiniment provisoires…

 

 

Tout – intriqué – au-dedans – si intriqué que le mystère demeure – pour la plupart – impénétrable…

Organisation et fonctionnement prodigieux – incessamment évolutifs – inégalés (et inégalables sûrement). Architecture mouvante – complexe – à l’ossature, pourtant, éminemment élémentaire – que nous découvrons peu à peu…

 

 

Le vide se creusant lui-même – s’emplissant lui-même – se vidant lui-même. Et les contenus à l’intelligence et à la mécanique presque autonomes – passant et repassant – sans cesse – émergeant – s’entretenant – se développant – et disparaissant – au cœur de l’espace éternel. Le multiple jouant – se déployant – et se rétractant – au sein de la présence sensible – devant l’œil témoin unique et démultiplié…

 

 

Lumière étonnante obscurcie par tant d’élans, de misères et d’allégresse – indescriptibles – absolument miraculeux…

Sophistication et complexification d’un système – façonnage permanent d’une matière initialement basique…

Merveilles – littéralement – engendrant tous les possibles – faisant apparaître l’infinité des combinaisons imaginables – jusqu’à l’extinction…

 

 

Voir l’Existant ainsi – à la fois – émerveille et désappointe ; être cela – tout cela – les milliards de cycles prévisibles et la nouveauté – cette clarté – cette vastitude – cette richesse – les clés de tous les passages – et cette cécité – cet aveuglement – cette ignorance – cette indigence – cette étroitesse – ces limitations atroces – tous ces instincts élevés au rang de lois (presque) indétrônables. Comment ne pas se sentir partagé – déchiré – inquiet – impatient – et étrangement serein et détaché face à toutes les situations offertes – face à tous les devenirs possibles…

Il y a tant d’intelligence et de folie dans ces créations – dans ces transformations incessantes – dans ce que nous sommes…

Incroyable et étonnante aventure de l’esprit et de la matière – très souvent – indissociables…

Bout de tout et globalité de l’ensemble – simultanément – et entremêlés…

Démesure et déraison que la psyché peine à imaginer – et auxquelles elle ne peut accéder – trop vaste (pour elle) sans élargir la perspective et devenir le regard infini – opérer le renversement nécessaire – inaccessible encore à la plupart des yeux terrestres…

 

 

Mille visages – mille routes – mille existences – qui ne disent, très souvent, que le mouvement – les forces mobiles irrépressibles. Et à peu près rien d’autre. Si – l’effleurement tragique de l’esprit peut-être…

 

 

Auprès de visages respectueux et innocents – à peu près tout est supportable…

Et cette compagnie – seule – semble possible…

 

 

Un creux – un trou – une béance – derrière les yeux – pas encore vide – une sorte de néant…

Le néant est une vacuité dépeuplée – désertée – abandonnée. Et le vide, une vacuité pleine et habitée. C’est la conscience qui donne à ce lieu son orientation – sa valeur – ses caractéristiques…

Sans conscience – il n’y a rien – il n’y a que motricité mécanique – objets en mouvement portés par leur propre élan (et celui des autres) – freinés par leur propre inertie (et celle des autres). Une sorte de monde magmatique déterminé et conditionné ; les danses tristes de l’ardeur, de l’absence et de l’agonie, en quelque sorte…

 

 

Soleil d’un autre jour – d’un autre monde – pas si différents, pourtant, de ceux où ont l’air de vivre les hommes…

 

 

Mots de (presque) rien – livres de sable. Inaptes, le plus souvent, à inverser les yeux – à désencombrer l’esprit – au mieux un encouragement à fouiller en soi – par soi-même…

Sinon vaines histoires – inutiles amassements – empilement tragique des savoirs – solidification des mythes, des certitudes, des frontières et de l’illusion – obstacles et épaississement des murs – élargissement et complexification du labyrinthe – accroissement inéluctable de la distance avec le centre…

Perte de temps, en somme…

 

 

Ici – à l’instant même – demeure le silence – le centre – le cœur de l’attention et du monde – l’axe central autour duquel gravitent tous les objets sur leur orbite singulière qui se croisent – s’entrechoquent – se mêlent – fusionnent – éclatent – enfantent – et se dispersent – engendrant, par leurs mille mouvements, d’autres objets et d’autres orbites – et ainsi de suite indéfiniment jusqu’au dernier souffle de l’ultime élan…

Puis, lorsque toutes les danses initiées par le dernier souffle s’achèveront, tout se resserrera – se recentrera – les orbites fléchiront – les objets s’interpénétreront – entreront les uns dans les autres – se rétracteront pour ne former qu’un seul noyau – dense et infime – immobile au cœur de l’axe central – au cœur du silence – jusqu’au prochain (et énigmatique) excès de jubilation ou de tristesse qui enfantera un nouveau souffle qui donnera naissance à de nouveaux objets et à de nouvelles orbites qui obéiront aux nouvelles lois de cette ère de multitude, de dispersion et de mobilité…

Et ainsi de suite – dans un cycle éternel – sans commencement ni fin…

Vertigineux – ce monde – cette existence – ces visages – ces pierres – cet instant…

 

 

Au cœur du plus impérieux, rien n’éclot parfois…

Vide sans contenu…

 

 

Brume à se morfondre…

 

 

Envahissement cérébral. Tout – au-dedans comme au-dehors – semble opaque. Formes spectrales. Tout glisse sans être vu – fantômes furtifs et silencieux…

 

 

La pierre – l’arbre – le vent – indistincts – confondus…

L’obscurité – et ce visage étrange et souriant. Rien d’atroce, ni d’effrayant…

Le même monde mais comme suspendu – au rythme ralenti – aux airs lointains – presque inaccessibles…

Dans un instant – demain – tout aura disparu…

 

 

Le noir – la lumière – l’oubli. Tout se manifeste ainsi – dans cet ordre irrévocable…

 

 

Depuis trop longtemps éloigné du monde humain pour y trouver la moindre chose sympathique – des objets utiles – certes – nécessaires à notre existence quotidienne…

Trop de jeux – de bavardages – de rires – trop bruyant – trop de choses et de mouvements inutiles – qui ravivent, aussitôt, notre fuite…

 

 

La nécessité – permanente – de l’éloignement et de l’exil…

 

 

Rien ne peut être arraché sans le consentement de l’âme ; tout s’impose dans la nécessité – le changement comme le reste…

 

 

Premiers pas – souvent – âpres – rudes – difficiles. Un élan soutenu, parfois, par l’effort – puis, la première ligne du sillon tracée – les pas avancent mécaniquement avec l’assentiment tacite de l’esprit. Et, au fil des jours, la nouvelle direction devient automatique – et, bientôt, routine et schéma d’habitude – évidence et voie incontournable….

 

 

Le monde – devant soi – sans autre solution que nous-même(s) – au fond de soi…

 

 

Ni proximité – ni intimité – coexistence tous azimuts – inévitable. Seule manière de vivre ensemble – les uns à côté des autres – avec la distance nécessaire à chacun…

 

 

Ça tourne en rond – et, parfois, à vide…

Machinerie aux élans mécaniques – sans conscience – sans esprit. Forces d’inertie seulement…

Le silence – alors – est toujours préférable aux frémissements de la structure…