Carnet n°326 Des choses et d'autres
Janvier 2026
Le silence que parfois la douleur atteint
Vers un ciel sans exigence
Le cœur-fantôme
errant parmi les rêves
en quête de quelque chose
que le vent ne pourrait emporter
Là où s'efface la mémoire des Hommes
Là où commence l'inconnu
Au seuil d'une maisonnée sans mur
d'un territoire sans frontière
d'un royaume dont chacun serait le souverain
Sans autre maintenant que celui que l'on vit
Allant comme de pauvres mortels
L'espoir au cœur et l'échine courbée
Au fil d'une existence faite de larmes, de cris et de voluptés
Le cœur penché sur le sacré du monde
Les lèvres posées sur la pierre
La nuque offerte au ciel
Dans cet allant de la prière
A notre fenêtre
Le ciel et le monde
Quelque chose de la lumière et de la mort
Le soupir du voyageur
qui use ses souliers
sur tous les chemins
au lieu de se pencher
au-dessus de l'âme
pour s'abreuver à la source
Les mains du désir
qui se posent un peu partout
Quelle joie
lorsque l'on secoue les pages de son carnet
au-dessus de la table
et qu'il en tombe un peu de lumière
Au cœur de ces rives
où s'invitent tous les rêves
L'âme tout de guingois
à force de coups
à force de ruses
à force de désirs
et de soif inassouvis
Au fond de la chair
là où le cœur tremble
Le cœur écorché
refusant les alliances
et les compromissions
refusant les fausses révérences
si authentique et sensible
qu'il ne peut que s'attrister
de son sort en ce monde
A errer parmi les âmes et les pierres
cherchant un passage entre la terre et le ciel
et une passerelle entre les bêtes et les hommes
Les Hommes ?
Des ombres qui se frôlent dans la nuit
Sous cette lumière
Tant de vie(s) et de souffles
Tant de sang et de mort(s)
Allant en boitant
sous la lumière
Les lèvres collées sur des images
Notre folle manière d'aimer
L'expérience animique du monde
Le seul chemin pour comprendre
Toutes ces choses
jetées sans ménagement
au fond du cœur
Derrière la fenêtre
Mille étoiles
et les lumières de la ville
A la place que la vie nous a choisie
La vie désirante
et la vie désirée
s'empoignant parfois
jusqu'à ce que s'éteigne tout idéalisme
Un souffle chargé de tous les autres
Au bord d'un rêve
où le monde ne serait qu'une image
Porteur de tant de caresses et de vibrations
que l'âme offre ses résonances et sa tendresse
à tous ceux qui passent
L'âme s'enhardissant
dans l'étreinte et les retrouvailles
Allongé
sous les étoiles
les yeux plongés
dans l'immensité
Là où se dessine l'inconnu
Pieds nus sur la terre
les yeux comme ceux du premier homme
tournés vers le ciel
Ah ! Ce vieux rêve de lumière
En ce lieu
où l'aube, le rêve et le monde
ne font plus qu'un
Toutes ces ombres affamées
au cœur et aux mains avides
qui se bousculent et se querellent
pour récupérer quelques miettes de joie
Le chant du petit jour
Face à l'éternité
Que contient ce grand rêve de lumière ?
Au bord de la voix
comme un grand silence sans étoile
Que cache donc l'épaisse étoffe du monde ?
Un grand ciel
et des réserves de joie
au fond du cœur
L'infini déjà au fond des yeux
avec par-dessus quantité de rêves et d'images
Le cœur peu à peu déchiré
par l'indifférence et les mensonges
Dans le grand silence de la solitude
La danse tranquille des arbres
sous le regard blasé de la lune
Le souffle de l'infini
sur nos vies minuscules et misérables
Au cœur de l'intime
dans notre vocation d'Homme
Si peu de place entre les rêves
Le cœur de moins en moins clandestin
à mesure qu'on s'approche du mystère
D'un baiser à l'autre
entre tous ces poings brandis
La figure de la simplicité
au cœur de cette abondance de mots
Glissant peu à peu
vers l'intérieur
jusqu'à l'origine
Dieu jetant quelquefois
au-dessus des têtes et des âmes
de minuscules poignées de hasard
La besogne du poète
rejoignant parfois
le labeur des étoiles
Rien que des désirs et du temps
au-dedans des têtes
Les lèvres susurrant au vent
quelques poèmes
Le cœur lacéré par les vents du monde
et écrasé par les foulées du temps
S'exerçant à son rude métier d'Homme
sous le ciel et les étoiles
sur la pierre
au milieu de ses pairs et des malheurs
Dans le dénuement de l'âme et du poème
quelque chose d'intime
la figure joyeuse du Divin
Jamais à l'écart de la vie
malgré la chair qui s'use et disparaît
malgré l'esprit qui se lasse et s'absente
L'imprévisible et tumultueuse traversée du monde et du temps
Si fugace ce parfum d'éternité
que connaissent la fleur, la bête et l'homme
Jetés ces amas de rêves
dont nous n'aurons plus jamais l'usage
Face aux chimères
tous ces cœurs qui se pressent
tressaillant devant tant de promesses
et s'éloignant du mystère (sans même le savoir)
Qu'importe l'avenir de l'Homme et du monde
pour peu que l'on obéisse aux lois de la terre et du ciel
Gorgées de sang et de lumière
cette âme et cette chair
qui se redressent
Tourné vers cet Absolu
qui habite autant le monde
que le fond de l'âme
Mêlés à l'or et au rêve
cette déchirure et ce peu de joie
comme un appât à portée
de ceux qui vivent au fond du gouffre
Vivre
à la manière des nuages
qui parcourent le ciel
Au lieu de vivre le réel
nous le représentant
et dissertant (sans fin) sur ses reflets
Et si Dieu n'était qu'un rêve supplémentaire...
Rien que l'enfance
et, autour, un monde disparu
La vie et le cœur réinventés
par celui qui est vivant
Où va donc celui qui vient de mourir ?
Rien que vivre et mourir
Nous n'avons rien d'autre
Et nous ne savons rien d'autre
Cette incandescence au fond de l'âme
qui brûle tout ce qui naît
tout ce qui recommence
Au fond de soi
quelque chose
que beaucoup ignorent
Au seuil de ce qui s'écrit
le silence
Ces noces étranges
entre la lumière et la nuit
entre le silence et la voix
entre la solitude et le monde
Tant de pourquoi qui se heurtent
aux lois énigmatiques de la terre et du ciel
allant ainsi sans réponse vers le mystère
D'un jour à l'autre
D'une page à l'autre
Ainsi s'écrit le livre
Ainsi s'écrit la vie
Attendant peut-être
ce qui ne viendra jamais
L'âme nue
au milieu des arbres
devant la page qui s'écrit
Témoin de toutes les fantaisies de l'âme et de l'esprit
Entre l'âme et la pierre
Entre le ciel et le monde
Cette langue qui explore
l'intime et le lointain
Sur cette rive
où la parole fait dériver
le cercle des possibles
Le cœur érodé par le monde
et que le silence (si patiemment) reconstitue
Devenir l'arbre et l'oiseau
le ciel et le monde
tout le dehors
sans l'aide de quiconque
sans l'aide d'un seul mot
Happé par cette danse
qui emporte tout
Qu'importe la mort
et qu'importe le nom
lorsque l'ivresse nous saisit
au cœur de cette longue veille
Autour de soi
tant d'arbres et de livres
tant de ciel et d'horizons
Sans même le savoir
le poème hissé
à la pointe de la langue
en équilibre
au-dessus des bavardages du monde
Le cœur intègre
le cœur vertueux
débordant de ce ciel
dont la terre a tant besoin
Par-dessous le sommeil
ce qui veille silencieusement
et ce qui guette la lumière
Nous défaisant de l'argile, de l'image et du rêve
pour échapper aux ombres du monde
et révéler la nudité de l'âme
Allant au rythme des étoiles
brûlant comme le soleil et le jour
insoucieux des fantaisies du voyage
l’œil rivé sur l'horizon
Sous la même étoile que les bêtes
et sur la pierre à leur côté
Dans l'intimité de l'herbe
le vent et la rosée
sous le jour qui se lève
Caché parmi l'enfance et les jeux
le grand secret
cette source capable
d'étancher toutes les soifs
Là-haut
presque rien
aussi peu qu'ici-bas
et ce qu'il faut de nudité
pour y goûter sans désespérer
Passant et repassant
dans notre paume
et au fond de notre âme
sans jamais se laisser attraper
Essayant de s'extirper de cette langue
avec laquelle rien ne peut être exprimé
Mu par l'obsession de dire
et de trouver sa voix
au cœur du silence
Creuser à même la soif
pour dégoter l'essence de l'Homme
l'essence de tout ce qui vit
Comme un hurlement
au-dessus des cimes éternelles
le cri de Dieu peut-être
en voyant l’œuvre des Hommes
Flaque de boue et de sang
dans laquelle pataugent les Hommes
Entre le cœur et la fumée
ce rire qui éclate
comme un bouquet de fleurs sauvages
Au fond de l'impensable
cette étrange lumière
que cherche le cœur de l'Homme
Au cœur de la fouille et des gravats
à même les rêves du monde
la figure vraie de l'innocence
Entre le ciel et l'écume
ces mains fouineuses
qui cherchent un peu de vérité
Éclat de rire
comme un soleil en pleine nuit
une parole en plein cœur
quelque chose de l'émerveillement
capable de redresser l'âme
Sans espérance
ce voyage du dehors
où tout se querelle et se quitte
comme si les désirs sans cesse divergeaient
comme si rien ne pouvait contenter le cœur
Personne
Seulement une âme, une main, une voix
Et un rire immense et anonyme
Le cœur mendiant
Le cœur endormi
Autour de soi
Tant de noms qui s'appellent
Le visage hors du cercle
et le cœur absent
Né des tremblements de la chair
ce désir de lumière
Comme un rêve
cette ascension vers le ciel
Le cœur consentant
à toutes les dimensions de l'existence et du temps
Si près de la joie et de l'éternité
Si vide que le monde et le temps n'existent plus
Sans conscience
Sans Dieu
Sans prière
ce monde qui croit aller
sous la direction de l'Homme
Notre cœur cherchant si désespérément la joie
Comme un anneau invisible qui enserre
le cœur et la tête des créatures de ce monde
Leur alliance (si méconnue) avec le Divin
Si solitaire
sur la pierre nue
Quelques mots encore
histoire d'offrir une place à la parole
dans ce monde de bavardages et de cris
Caché dans l'intimité de la lumière
Le secret
Si démuni face au monde et au ciel
Sans autre outil que soi-même
Le réel couronné
à l'instant où l'esprit comprend
Le cœur plongé dans cette clarté insondable
Refusant
sans savoir
que le non est un naufrage
Au fond du cœur
parfois un gouffre
parfois un sourire
le lieu où se joue
le destin de l'Homme
Si près du monde
Si près du don et de la douleur
Ce Dieu sans autre royaume
que le cœur de l'Homme
Jetés au monde
comme des flammes au milieu du feu
tous ces visages qui s'interrogent
A la manière des indigents
toutes ces mains tendues
Plus haut que le monde, les mots
Et plus haut encore, le silence
Dieu poussant l'aube de sa main
accompagnant le soleil tout au long du jour
puis tirant les rideaux le soir venu
Mille routes vers le même ciel
Et autant de manières d'exister
Sur ce rivage qui n'est accessible
qu'à ceux qui ont trouvé la joie
au cœur de leurs défaites
A la pointe de la voix
le cœur et la main offrant leur présent
Ce qui peuple la parole
sans même y avoir été invité
Dans l'enclos du réel
croyons-nous
et si nous étions l'espace, la clôture
et la clé qui ouvre toutes les portes ?
La parole habitée
par l'arbre et la bête
presque autant que le cœur
Debout
au fond du cœur la soif assouvie
nous tenant appuyé contre le ciel
et les choses de la terre
Dieu
à genoux
penché sur tous nos jeux
La chambre sous les étoiles
ouverte aux vents
et à la vie alentour
L'impérissable
au cœur de l'éphémère
En soi
des provisions de tendresse et de lumière
pour aller de par le monde
Au seuil de l'invisible
la main tremblante
et le cœur hésitant
Et s'il n'y avait d'autre jour qu'aujourd'hui ?
D'un ciel à l'autre
sans aller nulle part
sans rien traverser
Quelques restes de lumière
au fond du rêve
Pas de refuge
ni de fausses étoiles
dans le ciel du réel
une pente abrupte
et le silence
Le visage de l'arbre
penché sur nous
attentif et bienveillant
si innocent
regardant avec étonnement
la hache dans la main
de certains hommes
Oubliant tous les désirs de l'Homme
pour œuvrer en silence
à une tâche que nous n'avons pas choisie
Au creux de la parole
du vide et du silence
la figure d'un Dieu sans visage
Nous devenant
de plus en plus personne
A peine quelque chose
au creux de la main
au fond de la voix
comme une joie presque quelconque
Au cœur du rêve
la terre et le ciel
tout ce que touchent les mains
tout ce que voient les yeux
le recommencement du monde et du temps
Rien
à la place de la lumière
sinon l'étrange jeu des ombres
en ces lieux si obscurs
Comme un manteau de joie
sous cette pluie battante
le chant du monde
aux oreilles de l'innocent
Allant désunis
contre les flancs de l'infini
De notre plein gré
cette obscurité et cette lumière
Ce qui nous redresse
tantôt l'orgueil
tantôt la gratitude
comme si l'on était encore incapable
de choisir entre soi et le monde
Un cœur quelconque
aussi obscur que lumineux
se laissant saisir par (presque) tout ce qui passe
D'un pas laborieux
vers ce qui s'est hissé si haut
avant (bien avant) notre naissance
Ici-bas la voie terrestre
comme le seul chemin
qui mène aux portes du ciel
Non pas la langue des livres
mais celle d'un cœur ouvert
En un lieu où le vent
est plus important
que le rêve et la mort
Chacun
à sa façon
sur cette terre
comme face au ciel
Sans parler
dire beaucoup
sans compter (bien sûr)
ce que révèlent les gestes
Répondant à cet appel (irrésistible) de l'infini
Le souffle et la soif
pour aller à travers les jours
Sans rien oublier
Les paumes ouvertes
Plus intensément l'accueil
à mesure que l'on s'oublie
L'Homme déserté par un Dieu
qui aime parfois (un peu trop)
célébrer l'absence et la nuit
Tout mêlé à la terre et au ciel
les choses du monde (bien sûr)
mais aussi Dieu, l'âme et l'invisible
Glissant avec le temps
sur la pierre
parmi les âmes et les rêves
De moins en moins à dire
à mesure que l'étreinte se resserre
S'exprimant dans la langue des confidences
une langue qui relie la mort et l'enfance
une langue au-delà de la parole des Hommes
une langue vouée à disparaître un jour
au profit du silence
Poèmes nés de la fréquentation du monde et du ciel
de l'intimité de la douleur et de la joie
offerts à tous les damnés de la terre
Sans plus rien savoir
se laissant mener
comme se laissent porter par le vent
ces immenses oiseaux qui traversent le ciel
Nous
toujours
en dépit des blessures et des coups
en dépit de l'adversité du monde
et de la vie si rude sur la pierre
en dépit de la mort
aussi vivants qu'au premier jour
Livrée au monde
cette parole pierreuse et obsolète
Ce qui danse
au cœur du poème
comme – espérons-le –
dans l'âme de celui qui l'écoute
Des rêves
quantité de rêves
qui s'amoncellent
pour échapper
à la lame de l'étreinte
Ce qui en soi
demeure si triste
en dépit du ciel
Le cœur silencieux
au cours de cette traversée du sommeil
puis sur cette pente qui mène à la lumière
Sous l'arbre plutôt que sous l'étoile
l’œil encore troublé par ces restes de nuit
immobile (pourtant) sous les hautes frondaisons
qui laissent passer la lumière
Le cœur confiant
nous livrant corps et âme
à ce qui n'a de nom
Face à l'invisible
comme face au ciel
comme face à la vie
l'esprit émerveillé
et le cœur battant
A la marge
et dans les profondeurs
Loin du commun
qui refuse le voyage
de gravir la pente
de franchir le seuil du cercle
où il se trouve enfermé
Sans appui
Sans même une pierre
sous les pieds de l'âme
Des mots jetés sur la feuille
en gerbes invisibles
depuis le plus haut
et par des voies souterraines aussi
Des noms
Du vent
Et le ciel qui se moque
de nos (pauvres) mains tendues
L'âme enfermée dans le poème
lançant ses cris
cherchant une issue
la possibilité d'une parole silencieuse
d'un verbe au-delà du verbe
d'un langage sachant se passer de mots
La main protégeant les yeux de l'étoile
réservant à l'âme tous les trésors
que le cœur pourra trouver
Ne nous lassant (presque) jamais du rêve
Entre le ciel et la boue
cette chair froissée qui frissonne
rien qu'à l'idée du voyage
On voit mille choses sur un visage
l'âme, la terre, le ciel
et tout ce que le cœur a traversé
L'esprit simple et éclairé
affranchi de toutes les complexités
du cœur et du monde
La parole comme un pont jeté
entre le monde et le silence
entre l'infime et l'infini
Jetées du plus haut du ciel
toutes ces étoiles qui tenaient dans la main
Le cœur
en plein vent
emporté comme l'oiseau
vers le grand ciel
En ce lieu posé au milieu de nulle part
là où il n'y a ni dehors ni dedans
Arpenté par la tendresse
jusqu'à l’étreinte finale
Sans un mot
ce qui s'accomplit
Ni célébration
Ni funérailles
à l'heure de la rencontre
Juste la main tendue
et l'âme suspendue
au secret qu'on lui murmure
Qu'y a-t-il dans ces mots
qui puisse s'incarner ?
Le cœur scellant le destin
que la vie nous a choisi
Dans ce retranchement du temps
le fond du jour
cette lumière brûlante
capable de renverser
le sommeil et la mort
Au fond des yeux
ce gouffre où tout se jette
où tout se perd
A coups d'espoir et d'oubli
ce qui (bien souvent) se joue
au fond de l'âme
Toutes ces perches lancées
à ceux qui sommeillent et qui rêvent
pour essayer de rejoindre
la route des origines
Contre les flancs du rêve
tout ce sang et toutes ces larmes
que l’œil refuse de voir
suspendu à l'espoir d'une vie meilleure
Au fil des mots
un visage qui se dessine
peut-être celui de l'âme
ou, peut-être – allez savoir ! –
seulement celui du monde
En dehors du nom
quelque chose d'inoubliable
dont l'esprit, parfois, se souvient
Le lieu du retour
Là où mène le poème
D'une parole à l'autre
ce que l'on arpente de l'âme et du monde
et, pourtant, la géographie s'oublie
ne subsiste que ce que nous avons compris du voyage
Dans l'ombre de l'origine
Caché l'invisible
derrière la masse (invraisemblable)
des visages et des choses
Le cœur parvenu
au-delà de la parole
jusqu'à ce silence
que réclament (sans même le savoir)
l'âme et le monde
Sur le visage
un sourire
reflet de celui de l'âme
affranchi des événements du monde
Sur cette rive
où tout est jeté
dans un grand désordre
où le sang côtoie la lumière et le silence
où la folie et la sagesse s'entremêlent
au fond de tous les cœurs
Criant les yeux fermés
puis optant (plus sagement)
à mesure qu'ils se dessillent
pour le silence
Ce qu'il y a de plus vivant en soi
embryonnaire ou fissuré
en devenir ou en éclat
presque jamais entier
ce qui fait de nous
des Hommes infirmes
Dans cette folle (et dangereuse) apesanteur du rêve
Quelque chose sur la feuille
Des signes
Un peu d'encre
Des taches peut-être
Des bouts d'âme
qui dessinent un portrait
Dire avec cette langue sous-jacente
qui parvient, parfois, à hisser
la parole jusqu'au silence
Obscurément
ces pas
sans distinguer les horizons
Plus près (sans doute) de l'épaisseur que de la lumière
Le cœur détourné de sa fonction
occupé à légitimer l'appétit du ventre et des yeux
à jeter par brassées l'or dont il est dépositaire
Tous ces désirs dans le sang
animant les têtes
agitant les mains
forçant les destins
à plier sous le poids de l'illusion
Quelques reflets encore
au fond des yeux éteints
Toute cette nuit engrangée
au fond de l'absence
Si étrangers les uns aux autres
tous ces visages côte à côte
qui ne se regardent même pas
Près de l'arbre
cet halo de lumière
Le visage
contre la pierre
Et des mots
pour prolonger l'âme en prière
Au fond de soi
Le ciel et les mots
L'issue et le poème
hésitant encore
tant l'esprit aime la langue
tant le cœur aime partager
La roue de l'incertitude
jetée dans le destin des âmes et du monde
Derrière l'évidence
peut-être une illusion
peut-être le mystère
la tête encore bien trop loin du seuil pour savoir
Des choses et d'autres
Des sourires et des absences
Le cœur aux mains
de ce qui est perdu
Voilà peut-être notre chance
Au seuil de l'infini
l'impossibilité du langage
le signe peut-être
que quelque chose a été rencontré
Au cœur des retrouvailles
le cœur illuminé
cette joie des cimes
qui ne saurait être comparée
Au cœur de cette grande perte
qui nous rend tout si familier
Comme des enfants jouant dans la poussière
Comme des enfants jouant dans la lumière
Le règne du rêve obligeant le cœur
à abandonner ses belles aspirations
Sur ces rives où le rêve
n'est qu'un pitoyable fonds de commerce
qu'importe la nuit et l'obscurité des existences
pourvu que l'on croit accéder aux étoiles
Ce qui tend vers rien
de manière si discrète
en passant presque inaperçu
De nos propres mains
cette absence que nous avons bâtie
Nul poème ne peut être considéré
comme un outil ou un territoire
seulement un peu de vérité
ou, parfois, un peu de beauté
quelque chose que l'on offre
et que l'on sait parfois recevoir
D'une feuille à l'autre
cette exploration du dedans
que la main tire de l'obscurité
Tenant notre main
une autre main
dont nous ignorons (à peu près) tout
Creusée à même le ciel
cette lumière
Un ramassis d'illusions
Et quelques prières
plutôt qu'une vérité à vivre acérée
L'apparence du monde
et sa matrice invisible
Du côté de la terre
le cœur si serré
de voir tous ces ravages impunis
Au bord de l'infini
celui qui reconnaît
son insignifiance
Au milieu du rêve
la danse des reflets et des étoiles
Sur ces rives
où tout s'ignore
Sous le ciel et l'arbre
le cœur contemplatif
Tous rassemblés
sous la bannière du sommeil
avec le rêve en étendard
La voix du cœur
affranchie de la fébrilité du monde
et du sang qui coule dans les veines
Comme des fils tissés ensemble
au cœur de cette trame
composée d'alliances et d'oppositions
Tout un monde
fait de pierre(s) et d'âme(s)
de chair et de ciel
Quelque chose de dressé
au fond du cœur
tantôt une crainte
tantôt un doute
tantôt une confiance
et plus profondément enfouie encore
la certitude du Divin
Naufragés sans doute
échoués sur cette rive
entre terre et ciel
Un peu de poussière encore
pour épaissir l'écume
Devant les arbres de la forêt
comme face à une assemblée
le cœur un peu tremblant
et l'âme silencieuse et intimidée
Du bleu à l'ombre
en un instant
et de l'ombre au bleu
à travers un très long voyage
La parole vive
née de l'âme éprise d'Absolu
comme un cri lancé vers le ciel
depuis ce gouffre où tout est englué
dans le rêve et le sommeil
Des désirs
De la douleur
Et des chagrins
en ces terres sans espoir
en ces terres sans soleil
Au fond de l'âme
quelque chose comme un cri et une déchirure
comme si les astres s'étaient éloignés du cercle
comme si le monde avait effacé la lumière
comme si le corps était le lieu de toutes les dévastations
comme s'il n'y avait d'autre espoir que de briser le miroir
Si étranger à la poussière
L'Homme qui se pense au faîte du monde
ne comprenant pas qu'il fait partie de l'écume
Transportant les pierres et la soif
d'un lieu à l'autre pour bâtir
des chapelles et des illusions
Nous jetant dans les vagues
si passionnément
Nous laissant emporter vers le large
si amoureusement
L'Homme si peu ambitieux
qu'il en a oublié la soif
Au fond de l'âme
Un peu de lumière
Quelques prières
Et ce qu'il faut de place
pour n'oublier personne
Le cœur dans la lumière
qu'importe l'angoisse
et les mains qui s'agrippent
qu'importe l'absence
et la danse des reflets dans le miroir
à demeure
sans rien avoir à démêler
Ici même
nous affranchissant des rêves du monde
pour vivre l'enfance au milieu des bois
Le cœur de moins en moins étranger
aux choses de ce monde
Comme un éblouissement
au terme (bien souvent)
d'un très long chemin de pertes
Sans même un nom à hisser
au-dessus de la joie
L'effervescence et l'ombre dissipées
à mesure que le cœur et l'esprit de l'Homme se simplifient
Voix libre
qui explore les profondeurs de l'âme
en quête de quelques vérités
Dire la vie de la forêt et le monde de l'esprit
Le cœur allégé par le chant du merle
et la besogne qui nous attend sur la table de bois
Entre les mains du temps
l'Homme est un jouet insignifiant
Un peu de ciel dans la voix
et l'encre du poème
un restant de joie
par-dessus cette boue
dont on ne sait que faire
Refusant un Dieu qui a réponse à tout
Lui préférant un Dieu qui s'interroge
et qui prie avec nous sur la pierre
Quelque chose
à l'intérieur
sans très bien savoir quoi
Le front en pleine lumière
sur cette terre de nuit et d’yeux fermés
La main posée sur la pierre
Le cœur livré à la prière
Loin des bruits du monde
(presque) affranchi du jeu des mortels
Ce qui se déchire
au fond de l'âme
tantôt la vérité
tantôt les illusions
Sans se hâter
vers la plus imprévisible des absences
Au fond de l'esprit
rien ne pèse plus lourd
que les souvenirs du monde et du temps
Sans impasse ni détour
cet étrange chemin
Au fond de son cœur
comme un grand ciel réparateur
Derrière notre besogne
il y a l'âme et l'enfance
le jeu inévitable du dehors et du dedans
toutes les sentinelles de l'esprit
et ce qu'il faut d'espérance et de révolte
pour poser son cœur sur la table
Entrer en soi
comme l'on ouvrirait le portail d'un parc immense
qui abriterait un fabuleux château
Seul à seul
face au ciel
face à l'arbre
avec au-dedans
le plus sensible de l'âme
et le plus aiguisé de l'esprit
Ce qu'il faut de silence
pour quitter le monde
et ce qu'il faut de tendresse
pour l'aimer
Autour de l'infini
Tant de têtes qui tournent
Entouré de rien
et pas épargné pour autant
comme si le plus menaçant
se trouvait au-dedans
Le fond du jour
Ce qui veille
au-dedans du cœur
qu'importe que tout soit haine et nuit
qu'importe que le feu soit éteint
installé là depuis le premier instant
et qui durera jusqu'à la fin des temps
Cette lumière
au fond des yeux
au creux des mains
Source vive
capable d'éclairer les âmes
et d'illuminer la vie
Dieu
de tout son poids
dans notre regard
et dans nos gestes
s'invitant le plus souvent
à l'insu de l'Homme
Au cœur du mystère
la redécouverte du monde
Sur trop de cendre et de sang
Cette fête qui dure depuis si longtemps
Quelque chose
comme un dehors
une sorte d'étrangeté
qui ne serait pas (chose impossible)
reliée au-dedans de l'âme
Quelques mots
Quelques gestes
Quelques pas
Et presque rien d'autre
Ce vers quoi nous allons
peut-être la vie
peut-être la mort
qui peut savoir
Ce que révèle la parole
bien plus que le sens des mots
les secrets de l'âme
Si nu celui qui se livre
celui qui a l'impudeur de témoigner
Comme de très anciens restes de tendresse
qui se languissent au fond du cœur
Tellement las de ne jamais servir
Tout converti en or et en sommeil
jusqu'aux plus haute aspirations
offrant au monde
son lots d'angoisses et d'abominations
Sous le ciel noir des pensées
l’œuvre des vents et des intuitions
réinventant le désert nécessaire
pour accueillir la lumière
Si bas que tout a l'aspect de la poussière
et la couleur des songes
même le ciel, même l'âme et la prière
comme si rien ne pouvait s'extirper du monde
comme si rien ne pouvait se hisser jusqu'au sacré
La main besogneuse
traçant inlassablement sur la page
sa cargaison de signes
sous les auspices du ciel et de l'âme
Au fond de la perte
cette tendresse et cette paix
tant espérées
Laisser la joie ruisseler
voilà peut-être la tâche
la plus essentielle du jour
A chaque instant
laisser le cœur agir
s'émouvoir, parler
répondre, aller peu à peu
vers le silence
Le plus simple
Quelque chose comme un sourire
ou le retour à Ithaque peut-être
Un recueil de mots
non comme un objet
et moins encore comme une marchandise
Une offrande plutôt
un don de soi silencieux
Qu'y a-t-il à montrer
si ce n'est le vide et le rien
ce que nous sommes par-delà les apparences
Et si le cœur n'était que l'outil de l'Amour et de la lumière ?
Et si la main n'était que l'instrument nécessaire
pour les faire advenir en ce monde ?
Un peu plus qu'un Homme
Un cœur et un regard
Le pouls du monde
au fond de notre poitrine
donnant son rythme à notre sang
Sous cette lumière
qui déchire, une à une, les illusions
Sous la grande arche des rêves
le sang épais et noir des suppliciés
Dieu
dans notre chant
peu soucieux de la place
qu'on lui accorde
A travers les filets de l'oubli
ce qu'il reste de la lumière et de la mort
Le cœur aussi proche du sang que du rêve
laissant le monde dessiner ses rivages
exacerber la douleur et le sommeil
jusqu'à perdre (presque entièrement) sa joie et sa lumière
Glissant peu à peu vers le pays des ombres
Voir le chant et le cri
se heurter au mur des visages
parfaitement impassibles
en dépit de la douleur et de la joie
que l'âme voudrait partager
Esquissant le seuil
cette invisible frontière
entre le silence et le monde
entre le jour et la nuit
puis effaçant toutes les traces
pour que ne reste que la joie
Là où se mêlent la voix et le silence
Le fond de l'âme jeté sur la page
Sur cette pente où l'âme se laisse traverser
par le monde et les exigences du cœur
A danser sous la lune
devant l'ombre des arbres
et les yeux de la forêt
Au loin
quelque chose
par-dessous la source de l'ombre sans doute
ce rire éternel qui nous maintient debout
Le cœur enfoui dans les feuillages
regardant le ciel
la lune et les étoiles
et là-bas au loin
la mort qui plane
au-dessus des têtes
Dans la grisaille commune
l'horizon singulier de celui qui marche
vers cette lumière que nul ne voit
Le peuple de l'obscurité
comme resserré derrière ses abstractions
laissant tout filer
laissant tout s'enfuir
l'ombre et la douleur
autant que l'espoir et la lumière
Devenir (sciemment) la matière même de la Vie
Ce par quoi se fait le réel
Plus qu'une parole
une fenêtre sur l'âme et le monde
le dévoilement d'une partie du secret
la possibilité d'une étreinte
avec cette part mystérieuse
qui échappe au bavardage des Hommes
Par là où passe le poème
à travers cet ailleurs
présent au fond de l'âme
Un silence au fond de la voix
une manière de dissiper la nuit
et de réinviter le jour
Demeurer hors des cercles
et attendre la main tendue
Il y a au fond de soi
quelque chose que ni le temps ni la mort
ne pourront effacer
Seul
sur la pierre
le cœur endolori
Des mots
comme des amas d'étoiles
jetés depuis le fond de l'âme
De ces lèvres
si proches de l'humus et de la nuit
sort un chant fait de glaise et de lumière
quelque chose né du cœur et du cri
Là
derrière le visage
et sous la chair
au fond de la poitrine
et entre les plis
l'expression du plus sacré
Si léger
et si dense
ce qui nous habite
et ce qui nous traverse
Dans ce pays sans Dieu
où tout paraît si obscur
si insignifiant
si incompréhensible