Carnet n°322 Vers l'indéchiffrable
Septembre 2025
La parole exhumée du fond de la misère
pour dire l'inhumanité de ce monde
et les aspirations intactes des âmes
Comme un hurlement dans la nuit
Nuit du monde
depuis tant de millénaires déjà
dans laquelle s'enfonce plus profondément chaque génération
Un peu d'innocence encore
sous la cendre et le sang
au milieu des cris
qui ont quitté l'enfance
Saison après saison
Le même chemin sur lequel
s'éteignent les hommes, les rêves et les étoiles
Aux limites du ciel
quelque chose du silence
par-dessus les ailes déployées
Le déferlement du rêve
sur la tête des hommes
submergeant le langage et les ambitions
alourdissant l'esprit et le monde
et enrobant le mystère d'une brume épaisse
L'aube offerte
s'invitant dans la parole et le geste
devenant une part substantielle (et inaliénable) de l'âme
Le cœur s'abandonnant à toutes les dérives
se laissant porter par les courants de l'âme et du monde
Quelques paroles nées de l'émergence d'un très long sommeil
Le cœur partagé entre le geste et le silence
Le cœur devant soi
au creux de la paume
partout en vérité
La perception sensible et acérée de celui qui s'est transformé en regard
Le cœur
Le vent
L'esprit
Et toutes les danses du monde
Tout s'effrite
Tout s'affaisse
Tout disparaît
Du monde, il ne restera rien
Assis par terre
au milieu des feuilles et des insectes
Le cœur emporté par le vent
L'âme
La terre
Les arbres
Le ciel
Toute notre géographie
Le cœur égayé par le chant des oiseaux
Sous les hautes et lumineuses frondaisons
Le cœur au bord de la brume
Le monde ou un rêve peut-être
Au cœur de l'ordinaire
Si intensément
Attelé à la tâche (assez) vaine d'écrire
Dans l'entre-deux des mondes
Une rêverie peut-être
La vie
Rien qu'une très courte traversée
Un abîme au fond du cœur
où tout est précipité
La vérité
quelque chose qui ne se laisse jamais attraper
De longues traînées de couleurs
derrière les mots du poème
Et le parfum enivrant de la terre mouillée
Avec le ciel par-dessus
Tant d'ordinaire et de merveilleux
dans notre quotidien
Bien peu de chose(s) en vérité
Le rien très souvent m'enchante. Et il lui arrive aussi, parfois, de m'accabler...
L'hôte seulement de ce qui passe
Et si c'était le réel qui apparaissait sur la page...
Au milieu des figures invisibles qui laissent deviner leur souffle
Au-delà de ce qui a lieu
Peut-être un rêve
Peut-être une utopie
Peut-être une partie de la réalité
Qui peut vraiment savoir
Le frémissement de l'âme
face au monde
face au silence
La preuve que tout est langage et émotion
Le regard si près des choses – si près du sol – que tout prend une envergure démesurée
Nous
Si humblement
La main et le mot offerts
Avec quelque chose sur l'épaule
La douleur du monde sans doute
Né peut-être du soleil et de l'arbre
Sous l'arche inachevée
Le cœur parmi les pierres
De lieu en lieu
Silencieusement
Mu par le mouvement même du chemin
La parole pardonnante
hissée jusqu'à la figure du plus coupable
Le silence et la forêt
Le livre et la pierre
La bête et le pas
Et quelque chose qui s'écrit
sur le versant le plus escarpé de l'âme
Le cœur soumis au règne de l'infini
Rouge comme le rêve et le sang
Inachevé pourtant et mortel
A la manière de la fleur
qui côtoie le ciel pendant un court instant
Au cœur de l'Absolu
Le ciel, le silence, la solitude
Et cette étrange lumière qui éclaire
l'éphémère de ce monde
comme un lieu au-dedans du lieu
le centre des cercles concentriques
vers lequel tout est précipité
Parce que le jour
Parce que le monde
Et parce que l'homme
Ainsi est notre voyage
Entre terre et ciel
Entre rêve et réalité
Avec mille manières d'aller sur son chemin
La main du crime
en pleine lumière
tachée d'un sang épais
qui coule encore sur la pierre
Sous le regard impassible des arbres et du ciel
Quelque chose
comme un feu
né des mots et de la couleur
avec des flammes
hautes comme des montagnes
attisées par le souffle tempétueux du vent
A l'intérieur
Une voix portée jusqu'au silence
Le cœur percé par tant de cris
L'esprit bouleversé par tant de crimes
Sans autre espérance que la solitude et la prière
Et la possibilité qu'un Dieu puisse émerger
au milieu de la douleur et du sang
Là où les ombres s'agitent
remuant l'épaisseur
à la recherche (sans doute) d'une pépite
fouillant la terre
soulevant de sombres strates
et n'amassant que des lambeaux de nuit
Essayant parfois de hisser la tête
au-dessus du monde ; de l'effroyable mêlée
cherchant un peu de solitude
pour pouvoir (enfin) goûter le jour
Sans garantie
la joie qui nous est offerte
et à ce titre
ressemblant parfaitement au reste
Au carrefour de l'enfance
là où tous les chemins se dessinent
là où il faut choisir une sente
parfois dans le sillage du monde
parfois au cœur du langage
parfois vers le plus sauvage
Se fiant à l'étoile qui brille
au fond de son âme
A ce point vertigineux
ce qui est vécu
ce mélange de sable et de lumière
Les mots nés du cœur transpercé
glissant selon son inclinaison
d'ici à l'horizon
chargés de cendre et d'encens
offerts aux morts et aux vivants
Entre deux tourments
ce rêve, cette soif
Un peu de fumée
Ce qui, parfois, initie un voyage
un prétexte pour échapper
aux sentes grises de ce monde
A chaque pas
un peu plus de rien
Et le vide – inéluctablement – qui se rapproche
Cette confiance incroyable en ce qui surgit
(jusqu'aux pires surprises parfois)
Un sol
Un ciel
Là où se croisent
l'esprit et le sang
Au-delà de la mort
Notre âge secret
La plume un peu lasse parfois
devant l'ampleur de la tâche
accablée par le labeur des mots
et l'abondance de choses à dire
Le regard et la main
inséparables
porteurs du même soleil
celui qui éclaire plus encore
lorsque la nuit a tout recouvert
Entre la terre et la lumière
quelque chose
un œil juché sur un peu de chair
qui apprend, peu à peu, à voir
La parole et le geste
reflets du mystère
pour celui qui voit
au-delà de la mort
Le regard accompli
porteur d'un soleil sans ombre
sans angle mort
où la moindre chose de ce monde est perçue
A ce point
la tendresse et la beauté
au-dedans du regard
accompagnant tous les gestes quotidiens
Au milieu des mondes qui se reflètent
et se répondent dans le langage des étoiles
exprimant leurs ambitions sans rien demander
et partageant quelques fois le plus désirable
Les yeux rougis par tant d'images et d'atrocités
Allant sur la terre
comme dans le ciel
poussé par le vent
entre la roche et les étoiles
Fumée peut-être
au creux de la main
au fond de l'âme
ce que l'on donne
et ce qui est donné
Déchiré le rêve
et brûlée la nuit
aux confins de la lumière
L'âme fortifiée par son dur labeur
purifiée comme le sont les pierres après la pluie
et déployée comme le sont les fleurs par la lumière
Comme à l'origine
l'immensité et le chemin
et toutes ces âmes qui se faufilent
au milieu de tant de riens
Depuis les premiers instants du monde
l'aube éternelle
à travers laquelle passeront, un jour, toutes les âmes
Ce qui se déchire
sans très bien savoir où cela commence
et où cela finit
sans très bien savoir ce que l'on est
d'où l'on vient et où l'on va
sans très bien savoir ce que l'on va devenir
A la manière des nuages
En plein ciel déjà
Un peu au-dessus des jeux d'enfant
entre les nuages et la terre basse
contemplant les territoires tracés à la craie
écoutant les pleurs et les cris
la bouche gorgée de douleurs et de mots
Si silencieusement
Le sommeil et les révolutions
Le cœur caressant
contre les poings du monde
laissant le silence recouvrir les bruits
laissant le vent tout emporter
Au fond de l'âme
cette rébellion clandestine
contre la nuit
et son immense armée d'ombres
davantage qu'un refus
une véritable dissidence
une mutinerie organisée
un sursaut (vital) de la lumière
Du côté de ceux qui n'ont rien ; pas même le droit de vivre (aux yeux de ceux qui se disent humains)
Un cœur, un esprit, des mains ; tout ce dont nous avons besoin pour accomplir le travail de l'homme
Au cœur même de ce qui commence
Notre dilemme et notre résolution
La patience du cœur
chahuté sur tous les chemins
hissé parfois au plus haut de la douleur
obligé de côtoyer le mensonge et l'adversité
et de se laisser guider par les apparences
Si touchant dans sa façon d'aimer
et sa manière de se prémunir
contre la haine et l'hostilité
S'attarder un peu
en ce monde
pour apprivoiser la vérité
Par-dessus les pierres
un grand ciel orangé
Et cette incroyable lumière
sur les collines
Et cette joie (presque indicible)
d'appartenir à ce fabuleux tableau
Part du monde ou part du rêve
Qui peut réellement savoir
Errer comme au commencement du monde
au milieu des embuscades
le cœur toujours englué au fond de l'écueil
Le cœur penché
sur la pente
parmi les pierres
attiré par les feux du monde
et si peu par la lumière
En nous
quelque chose de la fumée et de l'infini
En ce monde de rêve et de douleur
Ce qu'il faut de lumière pour rejoindre l'enfance
Au fond de la nuit
Le vide et la vérité
rien, en réalité, que nous ne sachions déjà
A même le cri
Le ciel et le contentement
Dieu au creux de la paume
dans ce que nous avons dispersé
comme au plus obscur de ce monde
là où depuis trop longtemps règne le sang
au cœur même de la matière
comme un débordement
ou le prolongement naturel du cri – peut-être...
Attaché au monde, à l'origine, au sillon
en dépit de l'envergure du cœur
Dans l'incroyable simplicité de l'existence
De l'autre côté de la faim
exactement
Le cœur gorgé de signes
bardé de chaînes et de nuit
cherchant à se libérer de la pierre
à faire tomber les murs et les masques
pour approcher la lumière
Le fond du cœur trop rarement sollicité
pour lutter contre l'ivresse du monde
et échapper aux gouffres du temps
Du côté du silence et de l'instant
sur l'autre versant du monde et du temps
Le cœur fangeux
comme marqué par le sceau de la terre
Les étranges piliers de l'âme
à travers lesquels passe le vent
Alors que partout règnent le ciel et la lumière
ici-bas tout sens dessus dessous
L'homme
porté à l'indifférence
au lieu de vénérer
la lumière et les tremblements
Cette rage de vouloir toujours davantage
de vouloir toujours autre chose
de vouloir toujours autrement
comme une ivresse
qui sèmerait la pagaille et les malheurs
L'âme
scellée dans la terre
et si maladroitement esquissée
avec pourtant, à l'intérieur, toutes les promesses du ciel
Si imparfaitement habités
l'âme
le corps
le monde
la vie
l'espace
Le cœur enflammé
comme une montée de sève
une ardeur impatiente
un soleil suspendu au zénith
Comme si le feu de l'âme
s'emparait du dedans
pour brûler les jours et le temps
Au plus haut du ciel
le moins périssable
les mains jointes
et le cœur éprouvé
Sur la même terre
Sous la même étoile
Ces pauvres destins
et un ciel – au-dedans – à découvrir
Sans dire
sans désir
sans espoir
sans certitude
Le cœur parfaitement dépouillé
Le cœur ouvert aux tremblements et aux tribulations
L'âme témoignant du silence
pour tenter d'éclairer la parole
Parfaitement inadapté à ce monde
Le cœur léger
La figure souriante
Avec du vent sur les épaules
en dépit des pieds enfoncés dans la boue
L'enfance hissée à la pointe de l'esprit
Dans les plis de la nuit
comme dans un rêve
cherchant quelques étoiles
pour guider les pas
et donner un sens au voyage
sans jamais s'en remettre à Dieu
Au milieu de l'écume grise
la mâchoire serrée
tandis que se dessine l'étreinte
tandis que le cri se hisse plus haut
au fond du même rêve
au cœur des mêmes batailles
sur cette terre couleur de sommeil et de sang
Cet étrange mystère
au fond de l'âme
entre nos mains
parfaitement insaisissable
comme l'air, le sable et l'eau
Au bord de l'enfance
ces rêves
ce trop plein de sommeil
et ce ciel sans échappée
Parmi les reflets troubles du monde
Le cœur comme de l'eau agitée
remuée par une main impavide
qui n'hésite jamais à remuer
la fange des profondeurs
Le cœur sans mémoire
hissé jusqu'au plus sensible
en réponse à tous les jeux du monde
en réponse à toutes les questions de l'homme
Le poème humble
reflétant le visage de ceux que l'homme a éclipsés
essayant de corriger l'effarant déséquilibre du monde
Ami de ceux que l'on condamne, que l'on exploite, que l'on persécute, que l'on extermine
Familier de l’œil et de la nudité
de ce qui demeure sous tous les règnes
Surgissant
le jour
le monde
la figure
le poème
souvent auréolés du même mystère
La main tendue
Le cœur mendiant
La sébile sur le sol
Au pied d'un monde indifférent
Au fond de soi
L'appel et l'agenouillement
Au cœur d'un long défilé de visages et d'âmes
Au milieu des prières et des peines
Au fond du cœur
un mélange de joie et d'infirmité
L'Absolu arraché au monde et à la nuit
comme une révérence à l'instant
une offrande posée entre nos mains intranquilles
Hissé par le poème (un peu) au-dessus du monde
Encore si peu affranchi de la mémoire et du temps
Le poids de l'encre
à travers le geste de celui
qui s'est laissé traverser par la vie
projetant son âme sur la feuille
en même temps que le monde et les mots
Au milieu des reflets et des remous
La parole et la main essayant d'échapper aux lois du monde
offrant à la ronde un peu de tendresse et de clarté
quelques signes, peut-être, d'espérance
Le cœur tourné vers l'indéchiffrable qui habite nos profondeurs
Au plus près de l'expérience intime du monde
L'esprit drapé de peines et de questions
cherchant le rire et la lumière
un peu de réconfort au cœur de la nuit
Au creux des mains
Au fond des yeux
ce feu rougeoyant
qui façonne la boue
bâtit des murs
agrandit le territoire
pour essayer d'échapper
au destin de l'homme
Entre les rives
passant et repassant
Une rencontre entre l'âme et le monde
la condition nécessaire pour que naisse le poème
Un peu partout
cette danse vertigineuse
entre l'esprit et le monde
Un peu de lumière
au fond des yeux
au fond du cœur
suffisamment pour vivre dans l'obscurité
mais pas assez, sans doute, pour s'en rendre compte
Et cette insensibilité qui a tout conquis
jusqu'au tréfonds des âmes
Ce qui nous hante
la nuit, l'Amour, le mystère
ce qui peu à peu nous avale
et nous fait disparaître
Au fond de soi
comme une porte qui déboucherait sur le secret
Les yeux rongés par le désir
ravivant les ambitions
recouvrant tous les autres élans
contaminant l'âme et la main
répandant partout sa nuit et sa hâte (son fol empressement)
Ici
sans insistance
Au-delà du langage
Au voisinage du silence déjà
A l'origine du rêve
le ciel
ou le vent peut-être
Le regard qui glisse
loin jusqu'à l'horizon
jusqu'au ciel
et au-delà
Au fond de l'encre
L'âme, la terre, le ciel
Et encore un peu de rêve
Enjambés le sommeil et l'absence
sur l'autre versant de la parole
là où le poème s'étire entre le geste et la danse
Tout à soustraire
jusqu'à la plus parfaite nudité
Par-delà les mots et les images
Par-delà le monde et l'horizon
Par-delà même le ciel
En ce lieu où il n'y a plus de différence entre les choses
L'âme et le monde piégés
par tant de chiffres et d'images
par tant d'étoiles et d'écrans
par tant de gestes et de paroles obscurs
L'ignorance et la bêtise vissées au creux de la main
quelque chose des ténèbres
que Dieu a permis
et que l'homme a inventé
Le regard à même le cœur
avec de vieux désirs éparpillés autour de soi
et les mains serrées contre le chagrin et la joie
Hors des cercles d'orgueil
après une attente sans fin
au milieu des destins rabougris
Au même endroit que la veille
au même endroit que la faim
le désir de lumière
A même le chemin
A même les pas
ce que nous retiendrons de la terre
Perché plus haut
au-delà des images
quelque part entre le poème et l'oubli
Et la danse, elle aussi, hissée au-dessus du mystère
L'âme penchée au-dessus du vertige
contemplant les larmes de celui
qui témoigne de la folie de ce monde
Jongler avec la danse du monde, la légèreté de l'âme et l'épaisseur des mots
Peut-être est-ce cela le travail du poète...
Parmi les cris, les ombres et le sang
parmi les miroirs, les rires et les reflets
saluant la foule d'un doigt d'honneur
Au-delà du monde
Au-delà de l'abîme
Au-delà de l'exil
De plus en plus loin des cercles
de plus en plus près du centre
Et qu'importe puisque le mystère
et la joie sont partout
Par-dessus les murs et l'espoir
là où le destin s'affranchit des hommes
et de l'esprit humain
quelque chose de tendre et de discret
quelque chose d'anonyme
au milieu de mille soleils
au cœur du plus intime
l'expérience de la liberté
Un monde miraculeux
malgré le bruit des chaînes
et le nombre de fenêtres fermées
Ce qui demeure
en dépit des ombres
en dépit de la fugacité des vies
ce qu'il nous faut de lumière
L'âme
comme étrangère au monde
proche de l'enfance et de l'oubli
au-dessus de ce qui est mortel
au cœur d'un pays ignoré
Le cœur simple et lumineux
comme si quelque chose brillait à l'intérieur
comme si quelque chose se souvenait du savoir ancestral
et se fichait des hommes et des noms qu'ils donnent à Dieu
Par-delà le front et la terre infamante
Par-delà les mornes prairies
où s'agglutinent les hommes
le cœur posé entre l'arbre et le soleil
Seul – si seul – au milieu de ces tristes contrées
Là où s'efface le temps
quelque chose du vent et de l'évidence
Par-delà les signes et la terre
l'esprit curieux qui part à l'aventure
L'envergure insaisissable de l'esprit
Au cœur de cercles étranges
là où la lune côtoie les brins d'herbe et l'eau de la rivière
là où les bêtes saluent les pierres et les étoiles
là où l'homme se réconcilie avec l'âme du monde
dans la compagnie de toutes ces combinaisons admirables et insensées
A force de souffle et de lumière
l'éternelle surgie du monde
sans intention ; sans ambition
apparaissant sans autre raison que le vertige
Un sourire au loin
Une étoile peut-être
qui a cessé d'être
depuis bien longtemps
Le vent dans les feuillages
La nuit tombée déjà
Et la pluie qui danse
sur le toit
Quelque chose
comme un feu mortel
quelques flammes
quelques jours
Le cœur battant
Sous le regard de la mort
ces mains qui tremblent
ces mondes qui vacillent
comme des flammes fragiles
malgré notre attachement à la lumière
Au fond du sommeil
ces yeux apeurés
ces âmes perdues
et les jours qui passent
avec indifférence
L’œil et le ciel embrasés
par ce grand feu qui crépite
au fond de l'âme
et qui daigne parfois participer
aux danses de la terre
En échange de rien
simplement présent
Par-dessus l'abîme
à l'abri du temps
auprès de ceux qui dansent
avec le mystère
Là où le monde est une nuit
un naufrage
un rêve peut-être
un spectacle sans doute
où se heurtent toutes les solitudes
Le cœur silencieux
parmi les arbres et les pierres
sur ce chemin qui se perd dans le lointain
A l'affût de l'ensemble
cherchant à rejoindre
la grande communauté
Au fond du cœur
le ciel étreint
le ciel confiant
Sans plus savoir
où est la lumière
tant tout rayonne
jusqu'aux ombres qui offrent
le plus obscur de la tendresse
Détaché des visages
comme un flambeau
le cœur si près de la fête
si près de la danse
à mesure que s'intensifie la flamme
à mesure que s'envolent les cendres
Figure simple et enjouée
allant par les bois
insoucieuse des âmes perdues
et du sommeil
Le cœur inspiré
par les figures d'écorce et de bois
le souffle du vent
la course des nuages
et tous les seuils qu'il reste à franchir
Seul depuis si longtemps
que l'écume du monde
ses bruits, ses danses et ses aventures
n'ont plus guère d'incidence
sur la quiétude de l'âme
Ému (si ému) devant le merveilleux de ce monde
Le front discipliné
la main obéissante
heureux de se faire
les instruments du cœur
Et le cœur, le disciple diligent du ciel
Une voix dans la nuit
parmi les simples
abandonnant à l'ombre
ses mouvements et ses traces
transformant parfois les yeux ensommeillés
pour favoriser la tendresse et la terre
Le cœur converti en palimpseste
où le vent peut enfin écrire son œuvre
Comme une lumière indéfinissable
à travers les morsures et les pièges
Dans l'entrelacs des mondes
En ce lieu où l'Amour colore le cœur et les gestes quotidiens
Le sommeil couleur de suie
ruisselant dans le noir
distillant sa nuit
encerclant les âmes
et oppressant l'esprit
La lumière
sur la vie et la mort
sur le monde et le temps
effaçant les peurs et les commentaires
charriant avec elle la confiance et le vent
édifiant quelque chose au-dedans
Le cœur attaché au chant de l'oiseau
aux âmes qui peuplent les sous-bois
aux danses folles et secrètes
aux vents et aux rivages
à cette parcelle du monde
qui, pour l'instant, échappe
à la main de l'homme
Le cœur
outil trop souvent oublié de la langue
faisant comprendre d'un sourire – d'un geste discret
ce que l'âme a compris
Au cœur du royaume
sous des milliers d'étoiles
mille merveilles
et autant de lèvres impatientes de raconter
Une clarté sans image
comme des baisers et des bouquets de fleurs
au fond des yeux
un regard capable d'apaiser la soif
quelque chose d'assez mystérieux
Au-delà de la mort
le souffle
en dépit des apparences
et plus loin encore
quelque chose d'infini
Les yeux de l'Amour
posés sur l'âme et le monde
pour qu'ils puissent échapper à la nuit
Le cœur offert
si éloigné de l'idée de conquête
laissant apparaître l'âme, le jour, le monde
le mystère enveloppé de rêves
offrant aux oreilles attentives
quelques sourires et quelques secrets
Au cœur des mots
cette voix discrète
née du silence
offrant, peut-être, le plus précieux
Au carrefour des vents
L'âme joyeuse
entraînée par la danse des mondes
Au-delà des contrées humaines
au-delà du petit royaume terrestre
là où l'âme devient libre et souveraine
parfaitement adaptée aux péripéties du voyage
Le front contre l'aube
déchirant les mirages et l'écume
écartant les mains du rêve
jouant avec les ombres et le temps
Dans nos mains
les flammes et les cendres du monde
Au pays du rêve et de la lumière
là où tout se mêle au sommeil et à l'espérance
jusqu'au vent qui fouette les visages
jusqu'aux étoiles qui brillent au fond de la nuit
Quelque chose
tantôt la mort
tantôt l'inconnu
terrifiant l'âme
tétanisant l'esprit
exacerbant les ténèbres et l'angoisse
Comme en rêve
le monde
la vie
la mort
ce que l'on fait
ce que l'on sait
ce que l'on sent
tout ce que l'on expérimente
tout ce que l'on nous dit
Souffle et fumée
ce monde
rien qu'un peu d'air qui tourbillonne
A nous jeter dans l'enclos
refusant la liberté
pour un territoire circonscrit
pour une existence organisée
Le cœur indéfiniment jeté à terre et piétiné par les hommes
Personne
A la jointure des mondes
Seulement quelques figures curieuses
et deux ou trois âmes égarées
Si sûr de notre silence
au milieu de toutes ces bouches bavardes
Par-delà les servitudes du monde
le front encore plissé (pourtant) par d'anciens soucis
la pensée toujours aussi vagabonde
mais peu soucieux, à présent, de savoir où elle mène
contemplant en riant les sillons et les rivages
heureux d'expérimenter toutes les dimensions du voyage
Le poème dans sa robe de mots et de lumière
Incarner ce qui demeure
autant que le périssable
chanter le monde et le mystère
vivre de la plus intense des manières
Sur son lit de chair
le visage de la nuit
à la voix inaudible
aux mains tremblantes
recouvrant les joies et les âmes
et fermant les cœurs et les yeux
Au cœur du plus âpre
parmi les pierres et les hurlements
dans le froid et la nuit
au milieu des ombres qui dansent
un peu de lumière et de joie
Les figures simples
réunies autour du feu
s'approchant les unes des autres
silencieusement
pour célébrer le royaume
des morts et des vivants
Allant, allant
le cœur penché sur son labeur
si silencieusement
Des pierres
des rêves
et, pourtant, ici
quelque chose de l'infini
Entre les rêves et les flammes
comme si le ciel s'était retiré
comme si la vie devait forcément (nous) être fatale
comme si l'on devait sauter à pieds joints dans son destin
Franchi le seuil
au-delà du désir
soumis au vent qui tourne
et qui pousse vers ce que nous avons à vivre
Au plus près du silence
le chant de la forêt
comme la confidence du monde
que tous, en ces terres, entendent
Suspendu aux rêves des bêtes
le cœur si aimant
la tête penchée
pour suivre les pas
de nos illustres devanciers
Le cœur scellé dans la terre
abreuvé de mirages et de spectacles
avec au fond de l'âme
et sous les pas
ce qu'il faut de nuit
pour continuer d'aller aveuglément
Longtemps sur la même pierre ; trop longtemps peut-être...
Sous la lampe
la page quotidienne
qui témoigne des aspirations et des états de l'âme
autant que des pas et des jours qui passent
Passant de monde en monde
les yeux fermés
l'âme entre les rives
avec, parfois, la joie par-dessus
Sans autre preuve
ni d'autre appui
que soi
Sous un ciel désert et silencieux
la multitude bavarde et affairée
Sous la même lumière
et au fond de la même nuit
ce qui demeure
et ce qui finit
les yeux fermés
et les yeux ouverts
tous les états de la conscience et du monde
Sans hâte
entre le rêve et le pays des morts
par le seul passage possible
L'esprit de l'homme
infatigablement
penché sur ses peines
Au milieu des rêves du monde
comme une halte sous les étoiles
une danse dans un cercle clos
La vie à même la roche et la poussière
Le front si peu enclin à chercher la lumière
Un cœur à tout faire
agissant (presque toujours) en secret
Nous reconnaissant
malgré nos yeux aveugles
En vain
ces efforts et ce labeur
comme si seule comptait l’œuvre du vent
De légende en légende
d'illusion en illusion
sans jamais trouver la lumière
comme si nul ne pouvait
échapper au sommeil
Sans le cœur
il n'y a de chemin
Seulement des pas qui s'enchaînent
Par des chemins hors du temps
loin de l'esprit de raison
loin des livres et des voies toutes tracées
l'esprit affranchi des lumières factices
enjambant les pièges
et contournant les âmes endormies
qui patientent au fond du gouffre des jours
saison après saison
Miroir sans doute de notre insomnie
ces pages arrachées à la terre
offrant aux paysages lacunaires des hommes
un regard dédié au voyage
et assez de lumière peut-être
pour initier (chez certains) un sursaut de l'esprit
Loin de cette fièvre endiablée
où l'on s'enchaîne depuis si longtemps
au même sommeil
rivage après rivage
sillon après sillon
sans jamais rien découvrir
Le monde laissé à la fantaisie
de ceux qui négligent la lumière et l'esprit
Parmi les cimes ombragées
le cœur posé entre la pierre et le ciel
à l'exacte place de l'homme
Si loin des reflets
là où les mots effleurent le silence
là où le cœur transforme le rêve
là où la lumière est scellée dans la terre
là où le monde redevient le monde
Ce qui se dit
Ce qui s'écrit
les mille états du monde, de l'âme et de l'esprit
Rien que la tendresse et des larmes de joie
comme aux premiers jours de l'enfance
Pieds nus sur la pierre
loin des bruits
et des douleurs du monde
là ; sans la moindre espérance
au plus près du sauvage
sans autre témoins
que le ciel et les étoiles
La vie ? Le monde ?
Ce que nous faisons ?
Rien qu'un peu de paille
Et des rêves qui nous emportent
Le regard et la parole sans filtre
au plus près du cœur sensible
dédiés à la tendresse et au partage
La danse dérisoire de l'écume
si réelle en apparence
moins que vraie
pas plus qu'un rêve
à l'heure de la transparence
Au chaos du dehors
au désordre du dedans
l'âme (presque) toujours qui consent
En ce lieu que l'on nomme le ciel
Des brassées de rien
Des brassées de vent
Ce que l'on nous offre
Et ce que nous offrons
La main de Dieu dans la nôtre
si réelle, si palpable, si vivante
Au plus haut de la raison
Là où l'esprit devient le cœur
A l'ombre de ce qui demeure
tous les chemins
L'infini dans la paume de la main
Dire comme disent les miroirs
sans autre visage
sans la nécessité des mots
Tout mélangé
comme partout où est la vie
Le poème à la pointe de l'écume
un peu au-dessus du monde
un peu au-dessus du chemin
Si péniblement parfois ce voyage
Pensif face à l’insaisissable source
comme si la vérité s'évaporait
aussitôt que l'esprit tentait de la saisir
comme si l'on nous retirait le tapis sous les pieds
pour nous inviter à habiter le vide
plutôt que l'idée du Divin
En ces lieux si terrestres
de la matière
des ornières
et mille rêves qui fleurissent
comme autant de manières maladroites
d'enjamber les malheurs
de se risquer à faire un (petit) pas de côté
Par la faille étroite de l'origine
tout ce qui est né
et nos mains vides à présent
L'étreinte après tant d'entailles
Sans plus rien amasser
s'offrir au monde
et jouer avec ce qu'il donne à vivre
L'épouvantable (et effrayante) faim de l'homme
à l'origine de presque toute son œuvre
Seul au cœur du monde
comme au cœur du poème
Allant ; allant
sans le souci de soi
Emporté comme les graines et les feuilles
au gré du vent
Ce qui s'écrit
comme l'eau qui coule
Fragments de terre, d'air, d'eau et de feu
grossièrement mélangés à un peu de lumière
Sous la dictée de la terre et du ciel
là où pousse la nécessité
Dans l'interminable et sombre cortège des vivants
de trop rares âmes rieuses (réellement – profondément – rieuses)
Le cœur si profondément sondé
outil du ciel et de l'étreinte
pour accepter de ne plus rien savoir
pour accepter de s'abandonner
aux exigences de l'âme et du monde
Le rêve planté dans la bêtise et la violence
déposé là sur un sol inconnu
au milieu des pierres, des bêtes et des visages
rivalisant (essayant de rivaliser)
avec la tendresse du Divin
Dans la fumée épaisse du monde et du temps
L'âme recouverte de poussière et de vent
Si joyeuse encore
Dans nos mains
la même ardeur
le même visage
et ce que le monde nous a offert
abandonnés