Carnet n°319 Le cœur engagé dans l'aventure
Mai 2025
Si joyeusement
Ce souffle
Sans même savoir d'où il vient
Sans même savoir où il va
Porté par cette gaieté naturelle
qui contamine tout ce qu'elle effleure ;
tout ce qu'elle pénètre
tout ce qu'elle traverse
Comme une fièvre qui avance ;
qui s'affirme
Insoucieuse des terres qu'elle conquiert
Sans relâche
Animée par le goût de l'habitude et de la nouveauté
Si sauvage ; si spontanée
Sur son chemin improbable
Sur son chemin si incertain
Si sensible à l'origine ; au mystère ; à la lumière
Sous cette lumière
Sans personne
Sans préoccupation
Sans hâte
Le feutre qui éructe lentement son encre
Dessinant les traits d'une figure
que même l'âme ignore
Le cœur brumeux
Perdu dans le lointain des songes
Et le laissant divaguer
(comme autorisé – à présent)
Ne récompensant pas l'obéissance
Ne réprimant – pas davantage – les incartades
Et oubliant même jusqu'au sens de ces mots
(et jusqu'au sens du reste)
Laissant vivre ; laissant aller
Au gré de ce qui vient
Au gré de ce qui s'impose
Hors du sommeil
Là où le Divin devient le monde
(Sans doute) plus proche – à cet instant –
du miroir que du reflet
Ce qui nous emporte
En balayant le monde (et le reste)
Au détriment du rêve et du superflu
Ce qui est là (si discrètement)
Si réel
En dépit des fables et des mensonges
qui l'entourent ; dont les hommes l'affublent
Une langue qui se fait (qui sait se faire)
l'écho d'un chant lointain
Peut-être ; sans doute – le plus intime
Comme un détour dans l'aventure
pour conjurer le hasard et la solitude
détrôner les règles et les lois
épuiser les forces du monde
et soustraire le plus négligeable
Ces lignes
Comme un hommage – peut-être
au plus infime
au plus précieux
au plus désirable
à ce qui manque (sans doute)
à l’essentiel des hommes
Ce qui est là
Sans remède
Et déjà dans les bras de la mort
La nuit
Comme un souffle
L'asile des exilés
Une manière de se retirer
Comme au fond d'une forêt
La possibilité de l'ombre
Sans le moindre interdit
Le ciel
En soi
Au-dedans de ce petit coin de monde
Au-dedans de cette infime parcelle de vie
Au fond de la blessure
Cette boue
Comme un baume mensonger
Au lieu du baiser
Au lieu de la tendresse
nécessaires à la guérison
Le monde
Au loin
Perçu tantôt depuis l'arbre
Tantôt depuis le ciel
S'approchant
Pas à pas
du poème
Le premier souffle
Le premier cri
La bouche (très légèrement) ouverte
La main (particulièrement) docile et attentive
L'âme humble et inclinée
Le cœur (profondément) reconnaissant
Chaque matin ; le jour – fidèle
Comme s'il faisait honneur à notre loyauté
A l'heure où tout se pare ; où tout se cache
Notre (presque) parfaite nudité
Comme un feu
Cette longue étreinte
Qui consume le jeu ; les ombres ; les mensonges
Sans se hâter
ce que notre âme abandonne
D'oubli en oubli
Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
Du silence
Des collines
Des arbres
De la poésie
Le cœur parfaitement comblé
Lorsque la joie nous arrive
Mille choses y ont contribué
Et mille êtres y ont veillé
Des créatures de chair et de sang
et des âmes invisibles et bienveillantes
Aussi – en plus de la joie –
nous avons le cœur reconnaissant
Si vaste
Le jour
Devant soi
Dans sa longue traîne de lumière
Ce monde
Sanctuaire de l'ignorance et de la prétention
Additionnant tous les noms des hommes
Sur la longue liste des infamies
Siècle après siècle
Génération après génération
Sable et fumée
En dépit des cadavres –
des corps blessés et des âmes meurtries
Quelque chose (presque) sans importance
Le cœur éloigné des vicissitudes du monde
Retiré des affres du temps
L'âme au-dessus du gouffre
survolant les sables mouvants
et les têtes condamnées
Au-delà même de la lumière
« Cette chose » insensée
A la limite du rêve
Une folie peut-être
A travers le cours du monde
Ces choses étranges
Le silence et le secret
En ces lieux où les hommes passent
sans un regard
sans un mot
comme si cela relevait du rêve ;
du trop lointain ; de l'impossible
Sur la ligne précise
Le chant du monde
Le chant de l'âme
Ce qui nous étourdit (un peu)
à force d'écoute et d'attention
Sur ce fil étrange qui relie on ne sait quoi
Entre la mort et le possible
Assis nonchalamment
Sur les édifices et le nom des hommes
Si haut que tout semble dérisoire
Au milieu des ombres
Le cœur tremblant
La chair vivante (si vivante)
Malgré la brume
Malgré le vent et l'âme blessée
Seul
Au cœur de cette résonance
Là où tout s'enflamme
Comme si plus rien n'avait d'importance
L’œil si large que tout s'est détaché
Là où Dieu, le monde et le temps
échappent à la mémoire
Sur ces berges désertes
Le temps craquelé
Sous le vent qui souffle sans précaution
Au sommet du jour
Les paupières aussi ouvertes que possible
Le cœur précaire et confiant
Au revers de la cruauté
Sans inquiétude particulière
Dans le prolongement
de ce qu'offre la lumière
Le cœur davantage que la prière
La lumière davantage que la nuit
Aux ordres de ce qui s'impose
A l'heure où le plus grand nombre
ne célèbre que le désir et le néant
Sans effort
Ce qui s'efface
Comme si était venu
le temps du vent et de la mort
Au cœur du feu ; la fable
Et l'âme (bien) plus légère – à présent
Quelque chose – en nous –
sait (devine et comprend)
ce que le cœur et la tête ignorent
Contre soi
Les battements de cœur de l'arbre
La respiration de la forêt
Les frémissements de la terre
L'essence de la roche
L'incandescence du vivant
Comme un feu insensé
Et cette incroyable résonance
au fond de la chair
Le ciel baigné de lumière
Sur l'horizon du temps
La main posée sur la pierre blanche
Des éclats de monde plein la poitrine
Et les yeux emplis de larmes
La joie de voir la partie réversible de la mort
Le socle sur lequel s'appuie le souffle
de ceux qui quittent ce monde
Sous la lumière franche du jour
Le noir exposé par l'encre sincère
Le cœur dévoilé
Et quelque chose (aussi – peut-être )
de la légèreté de l'âme
Le chant à même la lumière
Sans autre leçon que celle du silence
Sans autre message que celui de l'hiver et des nuages
Ce qu'essayent modestement (très modestement)
de livrer les pages de ce carnet
Là ; en plein cœur
La flèche bleue
qui transforme les soucis et les horizons
en oiseaux invraisemblables
Qui dépose au cœur des ténèbres ;
au cœur du poison
mille larmes et autant de vérités
Combler – peu à peu – l'écart
entre ce que nous fûmes et ce que nous serons
entre le monde et ce que nous sommes
Les yeux posés
Sur la pierre crépusculaire
Passionnément
Malgré la nuit alentour
Malgré la nuit qui s'avance
Amoureux de ce qu'elle abrite
Le monde des vivants
Parmi les nuages et le vent
Parmi les arbres et les étoiles
Parmi les bêtes et les rivières
Parmi la diversité des formes et des couleurs
Là où la danse – le chant et le cri
comptent davantage que ce qui est écrit
Là où la nécessité est la seule loi
Le territoire du sauvage
Tourbillons de braises et de mots
Autour du feu des gitans
A célébrer on ne sait quoi
A veiller on ne sait quoi
Jusqu'au petit jour
La danse ; la fête ; le secret
Là
Assis sur la pierre
Assis à sa table
A creuser son âme
Tant que tout ne sera pas vu
Tant que tout ne sera pas compris
Tant que tout n'aura pas été dit
Le chant obscur
qui monte des profondeurs
En silence
Sans auditoire
Révélant (essayant de révéler) l'invisible
A ce qui – en nous – ne sait (encore) le voir
Poussière peut-être
Poussière sans doute
Et après ?
Planté là
Au fond de la lumière
Parmi quelques innocences
En ces lieux de rires et de fête
Comme pour essayer d'oublier
ce monde de misères et de malheurs
Le cœur, l'or ou l'étoile
Que choisirait la main du mendiant ?
Quelque chose du bruit – de la fièvre et de l'illusion
par-dessus le réel – le silence et la paix
Tout étreint
Jusqu'au plus désincarné
Ce qui se cherche entre les lignes
L'Absolu de l'âme et du monde
Aussi proche du ciel que de la pierre
Sans autre désir que ce que dicte le jour
Sans autre horizon que l'instant qui passe
Là où l'on est assis
Hôte de celui qui nous accompagne
depuis le premier jour ;
depuis le premier pas ;
depuis le premier souffle
Sans rien inventer
L'espace libre
Ce que le vent amène
Ce que le vent emporte
En soi
Ce qui est davantage nous que nous-même(s)
Au fond du silence
Comme une déchirure de l'espace
Un effacement du monde
Quelque chose au-delà du souffle et du sang
Le cœur de la blessure – peut-être
Là où simplement le rêve s'efface
Frère des Autres
De ceux qui paraissent si lointains ; si étrangers
De ceux qui n'ont jamais compté dans le cœur des hommes
De ceux qui ne figurent sur aucune des listes (qu'ils ont) établies
A travers l'histoire
Ce qui s'érige à l'insu de tous
Le récit
L'apothéose du mensonge
Au lieu des faits
Au lieu de la vérité
Le plus précieux
Glissé au fond du reste
Au fond de soi
Si bien caché – parfois
que l'on croirait que le monde en est dépourvu
Ce que l'on voit
Et ce qui a lieu
Ce que l'on croit décider
Et ce que les circonstances imposent
L'infime et l'infini
La puissance et le dérisoire
Main dans la main – si l'on peut dire
A travers l'invisible et ce que l'on voit
Le vent au cœur de l'épaisseur
Et l'épaisseur au cœur du vent
Le rêve
Comme un nœud défait
Un voile déchiré
Et cet œil – à présent – qui voit le reste ; de l'autre côté
Comme une trouée dans la nuit épaisse
Un peu de lumière sur les ombres de ce monde
Comment dire ce qui n'appartient
ni à l'homme ; ni au monde ; ni à la terre ; ni au ciel ?
Le front si près du ciel
que les nuages courent entre les tempes
Là où tout se mélange
Là où rien n'existe (vraiment)
Là où rien ne peut être (réellement) détruit
Là où tout – sans cesse – se réassemble
Qu'importe ce qui passe
Qu'importe ce qui s'édifie et s'invente
Qu'importe ce qui s'y arrête quelques instants
L'esprit tourné vers lui-même
offrant à ce qui le traverse –
à tous ses hôtes passagers –
l'espace nécessaire
Dire
Dire encore
Comme s'il y avait toujours à dire
Comme si tout pouvait être dit
Comme si les mots avaient quelque importance
Comme s'ils pouvaient faire la différence
Un peu de neige sur le silence
Pas grand-chose – en vérité
Le poids de plus en plus pesant du monde
sur ce qui s'est – peu à peu – épaissi
au point que le cœur – l'espoir – le ciel ont disparu
Quelque chose de la nuit
Entre la pierre et l'Absolu
Le signe – peut-être – de notre défaite
Étonné par le merveilleux
et les assauts de l'infortune
qui frôlent l'âme tremblante
Ce que l'on déteste
Ce que l'on refuse
Ce que l'on repousse
Ce que l'on rejette
Et qui arrive pourtant
(inéluctablement)
Comme au premier jour du monde
Les yeux ébaubis
Et l'âme innocente
Comme s'il y avait – au fond de soi –
quelque chose d'inchangé
Ce chemin qui serpente
entre le noir et la joie
Entre le fabuleux et la mort
Mille fois emprunté
Mille fois recommencé
L'âme sans cesse oscillant
entre ce qui tremble et ce qui s'interroge
Si peu certaine de cet étrange voyage
Face à l'invisible
Le cœur battant
Le cœur tremblant
Au cœur du poème
Des traces de ciel et de silence
Des traces de monde et d'interrogations
Quelque chose qui nous ressemble
A la cime du regard
Le silence
Cette étrange musique
que seul le cœur entend
Syllabes de feu et de fonte
Flammes et densité
Sous le front et sur les lèvres
Ce qui tente (très modestement)
d'offrir à l'âme et au regard ;
et – peut-être aussi – un peu au monde
un peu plus de consistance et d'intensité
L'âme et les yeux fermés
Engagés – trop souvent –
sur le chemin du pire
Né du feu et de la lumière
Le cœur incandescent
qui enflamme ou éclaire
tout ce qu'il touche ;
tout ce qui le traverse
Comme porteur d'une aube mystérieuse
Au commencement du ciel
peut-être une larme...
Au fond de ce recoin du monde
A même l'immensité ; déjà
Si bleu que tout s'égaye
Jusqu'au sommeil
Jusqu'aux plus obscurs replis
Jusqu'à la tristesse d'être au monde
Sous le rayonnement de la lumière
Le monde ; cette invention de l'esprit
(presque) aussi mystérieuse que son origine
Au cœur de la danse
Au cœur d'un silence (presque) jamais reconnu
Langage peut-être de celui qui se tait
Des mots irréels et silencieux
Un assemblage de sons incompréhensibles
Quelques borborygmes – peut-être
Comme si rien ne pouvait être dit
Comme si rien ne pouvait être transmis
Comme si rien ne pouvait être compris
Au milieu des remous et des tourbillons
L'âme abandonnée au chaos ;
à son irréalité peut-être
S'interrogeant sur les vagues
et le sens du courant
Et finissant comme le reste
par se fracasser contre la roche
Si près du bleu et des nuages
Notre vie
[Entre inconsistance et immensité]
Sans ombre
Sans souvenir
L'âme qui sait
L’œil qui voit
Le geste juste
A la manière du soleil et de l'oiseau
Le regard sur le monde
Le cœur tenace
Sans référence
Sans nostalgie
Sans tremblement
Au cœur de ce dédale d'ombres et d'oubli
Où tout est absence et opacité
Où tout est calcul et manigance
Sous le regard d'un Dieu impuissant
Sous le regard d'un Dieu – peut-être – endormi
Quelque chose – en soi
Comme un phare – une rive
Le seul refuge (bien sûr)
L'aube si amoureusement effleurée
Qu'importe la nuit
Qu'importe le monde
Qu'importe la chair
pour peu que l'on sache aimer
Le cœur saupoudré de noir ; de neige ;
de cendre et d'étoiles
Laissant le mélange se réaliser
Autorisant toutes les combinaisons possibles
Et devenant celle qui adviendra
Fidèlement ; loyalement
sans la moindre doléance
sans la moindre réclamation
Si près de la peau
La chair
Les âmes
Les ombres
Les prunelles
Les rêves
Les désirs
Les barreaux
Tout ce que compte le monde
Avec ceux qui se sont agenouillés
Avec ceux qui se sont accroupis
Avec ceux dont les flancs sont blessés
Avec ceux dont le cœur saigne
Avec ceux dont les larmes coulent
Fraternellement ; à leur côté
Le cœur jeté
Comme à la fin du monde
Rideaux du ciel (hermétiquement) fermés
Achevé le temps de la lumière
Le temps du sang pulsé
Le temps de la respiration
Vieille pierre – à présent – sur la chaussée
Vieille pierre recouverte de mousse
Dévoré(e) – peu à peu – par la terre
Les mains agrippées à la mémoire
De très anciennes traces de vie
Les saisons à la hâte
Les saisons à l'infini
Et ce que les yeux devinent
Caché derrière les rideaux du temps
Quelques larmes
Et des liasses de feuilles
emportées par le vent
Comme l'arbre
Le vécu qui imprègne l'âme ;
la posture ; les gestes
Toute notre manière d'être au monde
Ce à quoi nous ressemblons
Le sang peuplé d'arbres et de chants d'oiseaux
L'âme si parfaitement sylvestre
Allant vers le précipice
Sans se presser
Le ciel
Le monde
De la matière vivante
Et leur âme si belle ; si fragile
Fabuleux reflets de l'infini
Soi encore
Sans autre possibilité
Le cœur fébrile
Le corps fiévreux
L'esprit immobile
Ce qui s'agite
Et ce qui dort
chez l'homme
Sans autre visage que celui de l'homme
Sans autre visage que le sien
Ce regard si étroit
Au commencement de tout
L'étonnement puis – très vite – l'effroi
La terre
Le ciel
Et l'esprit qui (parfois) s'interroge
La société des hommes
Un monde dans le monde
Un monde à côté du monde
Et – peu à peu – une monstruosité
galopante et exterminatrice
Soi
Plus grand que le ciel
Entre chimère et vérité
Ce que nous sommes
Ce que nous faisons
Ce que nous disons
Se taire (très) scrupuleusement
Au-delà du regard
Ce qui nous habite
Inintentionnellement
Le vide métaphysique
pour celui qui sait
comme pour celui qui ignore
« Suffisamment d'être »
pour expérimenter peut-être –
le cœur nu et l'âme sans bagage
les mille situations de l'existence terrestre
Happé(s) par ce grand remue-ménage
de l'esprit et du monde
Tournoyant sans cesse
Condamné(s) à cette danse endiablée
Et s'il y avait, au-delà
de l'incompréhension et de la confusion,
encore plus d'incompréhension et de confusion...
L'éternel désordre du monde et de l'esprit
Quelque chose d'incompréhensible
où rien ne pourrait être discerné
Une sorte de joyeux bordel !
[en quelque sorte]
De moins en moins nécessaires les mots...
Comme si le silence suffisait
Être – peut-être – sans autre nécessité
Moins humain que métaphysique – sans doute
A moins que ce ne soit cela être un homme
Une créature vouée aux interrogations fondamentales
plutôt qu'un ventre et un esprit
affamés de vivres et de distractions
Le cœur chapardé
Le cœur chaviré
Le cœur interdit
Le cœur défait
Le cœur incliné
Au fil de ce qui est vécu
De plus en plus nu et démuni
Comme si l'on se rapprochait
de notre véritable identité
Si vif ; si brûlant
que tout se consume
à notre approche
On aimerait parfois être comme les fleurs des fossés
Sans souci de la terre et du ciel
Sans souci du soleil et de la pluie
Majestueux et fragile
Nu et ouvert aux vents
Si singulièrement vivant
Le monde englouti par le regard
Et le regard dissipé par la lumière
Que (nous) reste-t-il à voir alors ?
La joie sauvage et (un peu) exaltée
Le cœur en friche
Offert au monde
Offert au reste
Offert à l'abandon
Qui a réussi
à apprivoiser la blessure
et à vivre au milieu des illusions
Au fil des jours
L'écart comblé
entre la pierre et le ciel
entre le rêve et la terre
entre le mot et le geste
entre l'âme et la lumière
Comme si tout était réuni ; à présent
Sur le même socle
Là où le cœur peut prendre son envol
Là où l'on peut (enfin) découvrir son envergure
Le cœur simple – si simple
Un jour vient le temps
où l'on n'espère plus rien du monde
Sans se préparer
Soudain la mort
L'espérance d'un après ;
d'un au-delà de soi
A genoux jusqu'à être
Vivant
Sans se demander pourquoi
Quelque chose au-dedans
Au fond du sommeil
Au fond du cœur et des yeux fermés
Tout beau
Tout neuf
Dans nos habits de lumière
Parcourus
Le monde et l'écume
Et l'âme (autant que possible)
Et pourtant le récit de notre voyage
n'en est pas moins chimérique
Là où le geste remplace le mot
Là où l'âme remplace la langue
Et comprendre (enfin)
que notre manière d'être au monde
en dit davantage que tout discours
Le rire et l'étonnement
Sur fond d'innocence
Et le cœur qui – peu à peu – découvre l'Amour
Et le geste qui – peu à peu – découvre la justesse
La noblesse de l'âme
Le travail de l'homme
(Sans conteste) un (très) long apprentissage
Nudité et lumière
Le triomphe de l'être
L'apothéose de l'homme
Contre la terre
Si nu
Si sincèrement
que tout semble intime
Le chant fidèle aux gestes et à l'existence
L'âme (profondément) honnête
Et la besace encore pleine de poèmes
Paroles sans sermon ; sans plaidoirie
Dispersées sur la neige
Aussi robustes que les bêtes sauvages
Aussi joyeuses que les arbres sous la pluie
Voix du monde
Venant des 4 points cardinaux
Et se transformant – parfois – en silence
Tous les lieux-dits du temps
En plus du déclin
En plus du tombeau
Le cœur
Comme un trait
Une lettre
Un mot
Le début d'une histoire
Ce que le ciel écrira
sur le petit carré blanc de la terre
La lumière
A travers les grilles
qui pénètre toutes les épaisseurs
et toutes les illusions aussi
Affamé de ciel et de mots
Épris de silence et d'obéissance
Aller
Comme le jour
Comme le rêve
Par-dessus le monde et les larmes
Plus qu'intimes
Inséparables
A la distance qui favorise la fraternité
Le monde né de nos infirmités
De ce que nous n'avons pas réussi à faire
De ce que nous n'avons pas su inventer
Hors de la mémoire
Notre face à face
Autant que notre manière d'être au monde
Si désespérément face au ciel
Puis, un jour, d'un seul élan
l'enfer enjambé
Ce qu'il nous reste à vivre – sans réserve
Le cœur encore (un peu) captif
Malgré la connaissance des pièges
Malgré la grossièreté des leurres
Comme si l'on ne pouvait s'empêcher
d'inventer des images
Comme si l'on ne pouvait s'empêcher
d'idolâtrer les Dieux
L'immensité
Dans la main ouverte
Et l'inconnu apprivoisé aussi
Comme un surcroît de vie
Un surcroît de joie
Un surcroît de lumière
Un surcroît de justesse et de lucidité
Le monde affairé
Dans l'atelier des délires
Quelque chose comme une glissade
sur une pente savonneuse
Quelque chose comme une flammèche
devant un baril de poudre
Ce qui s'écrit
Sans doute le plus précieux (que « l'on possède »)
Ce qui s'offre sans presque rien en échange
sinon la joie du partage
sinon la joie de léguer (un peu) de son expérience
Ce qui nous accable
Cette proximité du monde
Ce que sont les hommes
Leur manière de vivre insensée
Le triomphe partout de la bêtise et des malheurs
A la surface
Et dans les profondeurs
Ici et là
Sans raison
pour accompagner ceux qui jouent
pour réconforter ceux qui pleurent
et secouer (un peu) ceux qui sont endormis
Un peu de vent
Une manière de vivre
Au-delà de toute certitude
Entre solitude et intimité
Contre soi
Le reste
Le ciel
La mort
Ce dont nous sommes (encore) séparé(s)
Sur le chemin de la soif
L'infini et le vent
La chair et l'esprit
Mais aussi le cœur et l'âme
Et l'effacement (progressif) du nom
Ce qui rend possible la découverte de la source ;
et l'assouvissement du plus haut désir ;
de la plus haute ambition
Aux marges du monde
Dans la chambre de la forêt
Le cœur libéré du nombre
A genoux sur le bleu ; déjà
A virevolter
Entre le vide et les mots
Entre la solitude et le monde
Au-dessus des figures et des choses
Au milieu de ce qui n'a (presque) plus de poids
A travers l'impensable
Ce qui se goûte
Incontestablement
Comme arrivé sur l'autre versant de la vie
Nous faufilant – peut-être – à présent
jusqu'au cœur de l'intensité
Partout
La terre assiégée
La matrice et le socle –
la demeure et le tombeau
du plus grossier
Le secret hissé au-dessus des têtes
Hissé au-dessus des âmes et du ciel
Le doigt pointé sur les hauteurs
La figure face au vent
Le cœur engagé dans l'aventure
Allant – pas à pas – avec détermination
Convoqué sans relâche
pour prendre part au monde ;
participer comme élément de l'ensemble
Infime fragment d'un rayon de lune dans la nuit noire
au même titre que le grain de sable au fond de la mer
et la goutte d'eau à la surface des vagues
qui apportent leur contribution
aux marées et à la transformation des rivages
Respirant ensemble
à travers l'interstice
Et contemplant le monde
à travers la fente façonnée
depuis le premier homme
dans la mystérieuse épaisseur du réel
Le cœur poli à force de meurtrissures
Le ciel en héritage
En plus de l'ombre et du rêve
L'esprit énigmatique
Sans autre fondement que lui-même
Aux confins du dicible
Juste avant le silence
Aux dernières limites de la parole – peut-être
Il faudrait inventer une autre langue
faite de silence et de gestes
de présence et d'attention
Une langue parfaitement affranchie des mots
Quelque chose de l'être – de plus en plus
Une manière de vivre ; d'étreindre ; de respirer
Une manière de réparer ; de réconforter ; d'encourager
Quelque chose de l'écoute et de l'indicible
Aux ultimes frontières de l'homme – peut-être
A partir de la beauté ; quelque chose...
Par-delà les mondes ; le vide
Et par-delà le vide ; les mondes
Les signes avant-coureurs du silence
Comme un retrait
Un éloignement de l'exubérance
Une explosion des repères et des habitudes
Comme une apothéose en quelque sorte
qui viendrait couronner mille siècles de solitude
L'âme
A tâtons
Sur son fil
Entre les rivages du monde
et ceux du ciel
Hésitante encore quelques fois
Comme jetée par la fenêtre du temps
Une brassée d'air pur
Un peu d'éternité
Autour de la lumière
La langue
Le poème
La prophétie
Tout ce qui se réclame de sa filiation
A genoux
Au cœur du silence
Face au bleu
Comme face à l'abîme
La solitude (parfaitement) étreinte
L'irruption de la parole
Comme un nouveau-né
accueilli par les bras de l'Amour
Et qu'importe le nombre de visages dans l'assistance
Quelque chose de l'infini
Au cœur du plus trivial
Au cœur du plus quotidien
Aller au-delà de l'ivresse et de la prière
au-delà des conséquences et de la mort
Suffisamment innocent pour se confondre
avec le monde ; le vent ; la magie ; le poème
Ainsi sur la pierre
Dans la plus haute appartenance
traversant l'expérience
De lieu en lieu
Sans rien avoir à prouver
Allant au gré des appels
Au gré des nécessités
Au milieu des peurs ; des fissures ; du fracas
Au-delà des malheurs et de la volonté
Au-delà des images et de la pensée
Sur cette pente sans candidat ;
Sur cette pente sans conquérant
Le cœur malmené
Le cœur douloureux
Ressassant sa grisaille
Et glissant – peu à peu –
vers les rêves les plus enfantins
Ce qu'il faut de joie ou d'indifférence
pour oser danser au milieu des tragédies
Solitaire
Ne sachant conjuguer la rencontre qu'au singulier
Sans masque pour essayer de faire advenir
le plus authentique
Le cœur si près de la peau
Si près de la pierre
Si près du ciel
Si près du reste
que tout tremble
à chaque battement
Le cœur au-dessus du monde ; au-dessus des drames ;
au-dessus des plaintes et des cascades de larmes
Et s'inclinant si bas que les mots deviennent inutiles
Poussé
Comme le nuage
vers des contrées inconnues
Nous pliant au règne de l'inconsistance –
de la transformation et du vent
Poussière sans espoir ;
sans compensation
Allant
sans rien certifier
de surprise en surprise
dans les bras de l'inattendu
Au cœur de l'indéchiffrable
Des visages et des choses
Ce qui ressemble au monde ;
à un voyage ; à une étrange traversée
Ce qui apparaît et ce qui disparaît
Ce qui demeure et ce qui passe
En plus de l'ignorance ;
en plus du rêve ;
en plus de l'incompréhension
Dans la main
Un peu de vent
Et au bout des doigts
Ce qui s'envole
dans un tourbillon d'air frais
Le cœur détourné de la cage ;
du délire ; de la roue du monde
Assoiffé de silence et de nudité
Assoiffé d'Absolu et de liberté
Portant (encore) son poids de chaînes et d'illusions
Comme si le voyage n'avait pas (réellement) commencé
Dans la trajectoire du possible
Le poème
Tandis qu'on a oublié de rire
Tandis que la « vraie vie » n'a pas encore été trouvée
Quitter l'indécence et l'obscénité
Quitter la folie et la boue
pour découvrir un lieu
où la lumière remplacerait la mort
où l'Amour et l'innocence dicteraient
leurs règles aux vivants
Le cœur replié
Face aux agissements de l'homme
Ce que l'on déchire ;
et ce que l'on meurtrit
Comme si rien n'était vivant
comme si le monde n'était peuplé que de choses
Le cœur vivant
Dans la chambre de la forêt
Si proche de l'âme des arbres
A la merci du ciel et du monde
Face à la main noire et terrifiante de l'homme
Le sourire à l'intérieur
Sous une grimace de circonstance
Le ciel serré contre soi
Les pieds au cœur de l'expérience
L'âme silencieuse
devant ce qui vient ;
devant ce qui passe ;
devant ce qui s'en va
Sans nous hâter
A la manière du jour
Comme si le cœur était assuré
d'arriver à destination
Obstinément
Ce que voit l’œil
Ce que la tête radote
Le chemin qu'emprunte le monde
Là où le cœur s'engage
Le déjà connu
[et que la mémoire reconnaît]
En des lieux où il n'y a d'aventure
Comme une longue chaîne de chair et de mots
qui rattache l'âme à l'ombre ; l'esprit au monde
et qui entrave – bien sûr – le pas et la liberté
La terre
Si près du ciel et des nuages
alors que l'homme – depuis toujours –
vit à hauteur du sol
creuse la même ornière
Quelque chose de joyeux et de naturel
dans les pas qui cherchent leur pente
Le cœur encore (un peu) affairé
Apprenant – peu à peu – à délaisser
ce qui a trait au monde
Si proche de ce que l'on cherche
Plus personne
Seulement l'hôte des lieux
A la manière des vagabonds
Allant avec pour seul viatique
un peu de tendresse
La soif plutôt que la faim
Sans se laisser distraire
par les nécessités du ventre
Dans le silence du soir
Le chant de la lune
Et la danse des fleurs
Quelque chose d'englouti qui réapparaît
Au seuil d'un autre monde ;
de mille autres mondes
Quelque chose plutôt que rien
Et l'impérieuse nécessité de comprendre ;
de vivre ; d'expérimenter
Et ce besoin impératif d'être et d'exister
Devenir de plus en plus ce que l'on est
au fil des soustractions
De moins en moins
comme si c'était la seule direction
Comprendre sans rien élucider
De moins en moins de questions
à mesure que l'on sait ; à mesure que l'on sent
Le mystère vivant
là où les yeux ne voient que l'ordinaire
Un peu d'éternité hors du temps
Sans rien perdre ;
sans rien acquérir
La traversée terrestre
Seulement ce qu'il faut vivre
Seulement ce qu'il faut comprendre
Face au jour
Sans personne
Le regard invité
Ni passe-temps ; ni épreuve
La vie
Et ce que l'on en fait ; si peu utile
Ce que ne comprennent pas les hommes
Quelque chose au-delà du désir
De plus en plus anonyme
De plus en plus austère
De plus en plus démuni
En ce monde de confort ; d'abondance ; de fausse gloire
La parole parfois si acharnée
cherchant le plus vrai –
et le plus intime – de ce monde
cherchant la vraie vie
Sans toujours laisser à l'âme
le temps de l'éprouver
A chaque instant
Le cœur du mystère
L'Absolu
Le plus essentiel
vécus depuis l'horizontalité nécessaire
Des monceaux de mots crachés
depuis le silence
pour faire face
à cet amoncellement de malheurs
A travers cette nuit façonnée
à coups de tourbillons
à coups de cécité
et d'incompréhension
La douleur et le cri (atroces)
des bêtes et des hommes
Le recul de l'enfance
face à la démesure de l'innommable
L'obscurité encore
Comme si la solitude ne suffisait pas
La nécessité du regard
Ici
Là-bas
Comme un peu de lumière
pour éclairer le monde
De petites choses
Mille petits riens
Le monde
Ce que font les hommes
Et qui – pourtant – deviennent
des mythes ; des histoires ; des lois
Comme si l'humanité boursouflait son envergure
Parce que curieux ;
voyageant au-delà des yeux
La mort au cœur de ce que nous sommes ;
au cœur de ce que nous faisons
parce que la fin – bien sûr – est consubstantielle
à tout ce qui apparaît
Réduit(s) à un peu d'argile animée
Et (presque) toutes les preuves du monde
pour s'en persuader
Entre le feu et la rosée
le poème
Le cœur tourné
vers le trait
vers plus haut
Et la course des nuages
Comment consentir
à l'indécence et à l'obscénité de ce monde ?
Comment vivre
là où il n'y a (presque) plus d'âmes vivantes ?
Sans ambiguïté
L’œil du côté de ce qui est vrai
Le cœur du côté du silence
Et l'âme (encore) si réfractaire
à la manière dont va le monde
La langue errante
(presque) hasardeuse
Laissant arriver les mots
Comme l'âme
qui s'en remet au ciel
S'abandonnant à ce qui vient
Le cœur pénétré par la danse des choses
D'âme à âme
A travers mille courants invisibles
Au cœur même de l'expérience
Le merveilleux au cœur du plus rien ;
au cœur de la plus grande humilité
Poussières de roche et de lumière
La part inoubliable de ce que nous aurons vécu
Ce qui nous accompagnera toujours
Dans la même chambre que l'arbre, la pierre et la bête
Sous le même toit de brume et d'étoiles
Là où il n'y a plus rien à perdre ;
ni plus rien à gagner
Là où il n'y a plus ni mémoire ;
ni devenir ; ni destin
A la source de l'innocence
Un sourire né de mille siècles
d'exercices relationnels et philosophiques
[ce qu'il faut de temps et d'apprentissages
pour parvenir au plus simple ;
au plus essentiel ; au plus nécessaire]
Au-delà du monde et des mots
Le voyage
Toute réponse
Vers la seule issue possible
Cet œil
Sur la pierre
qui lit le monde
qui voit le ciel
Et l'âme qui sait
comment les rassembler
dans le geste et les mots
Le cœur vagabond
au milieu de tant de cris et de sang
Quelque chose de sombre
Quelque chose de fou
Dans cette longue procession
de masques et de grognements
Ce qui sert la soif
Et ce qui sert la farce
Emmêlés au fond de l'âme
Au cœur du monde
Au cœur du vide
Comment concilier le silence et le poème ?
Comment offrir au quotidien la simplicité nécessaire ?
La forme
née du plus loin
du plus juste
Quelque chose de l'Absolu
transformé en (très provisoire) singularité
Sans rien perdre
La main ouverte
Ce qui nourrit (bien sûr)
le cœur acquiesçant
Ce qui est compris
le temps d'un instant
doit être oublié
l'instant suivant
Si sombre parfois
Ce qui nous entoure
Ce qui nous habite
Ce qui nous traverse
Blâmant et accusant
Méprisant et meurtrissant
ce qui n'aspire qu'à l'innocence
Le sort de ce qui se brise
voué à se réassembler
d'une plus juste manière
A chercher (en vain) la solution
en ces lieux sans remède
Par-dessus le vide
La fièvre régnante
Des gesticulations
Des cris – des crimes et des piétinements
[dont on pourrait se moquer
si les cœurs et le monde n'étaient pas si dévastés]
Le rêve façonné par l'épée
Qu'importe le sang versé
Qu'importe la chair ravagée
Qu'importe les âmes blessées
Qu'importe le bleu au-dessus des têtes
L'ambition criminelle portée partout en étendard
Si furieusement humain
Et nous (parfois) si rageusement solitaire
Peu à peu
Le mépris, le rejet et le bannissement
du monde naturel au profit des inventions
(de toutes les inventions) de l'homme
Plus loin
Parfois derrière
Ce qui se cherche
et qui échappe au temps
Sans rien présumer
Sans la moindre croyance
Ce qui est ressenti
Le pas en accord avec la soif
Quelque chose qui passe
Comme une étape passagère
à mesure que l'errance se précise (si l'on peut dire)
à mesure que l'on trouve son repos dans la foulée
à mesure que l'on comprend qu'il n'y a rien à chercher
A l'écoute du plus lointain
Manière de suspendre le temps ; d'enjamber le monde ;
de s'abandonner à cette chose – en soi – qui sait
Quelque chose au-dedans
plus vivant (bien plus vivant) qu'au-dehors
Emporté si loin par le vent
A la croisée du monde et de l'infini
Comme si l'on était un minuscule nuage ;
rien qu'un peu de brume ;
rien qu'un peu de fumée
Sans rien du nom
Le cœur
Et la voix qui porte
jusqu'au ciel
A l'angle du plus rien
Malgré quelques cris encore
Comme si la solitude n'était pas parfaite
Ce qui s'écrit sur ces pages
Sans parvenir à se fondre parfaitement avec le reste
Des résidus d'âme
Et, de temps en temps, quelques doléances
Le cœur moins affamé
(beaucoup moins affamé) qu'autrefois
De plus en plus indifférent
aux jours de disette
et aux jours de festin
Le cœur engourdi
Comme englué dans la mélasse
Là où la vie est la mort
Là où la mort est la vie
Là où les âmes crèvent (littéralement) de faim
Là où les promesses ont le poids du vent
et où il fait trop froid pour tendre la main
L'âme devenant – peu à peu –
la seule preuve et le seul remède
à ce monde
Si honnête
et si loyal
en ce monde de mensonges ;
de non-dits ; de trahisons
L'expérience (éprouvante) du voyage
D'ici à plus loin
sur cette boucle incertaine et sans fin
Là où va le vent
Là où se pose la plume
Parfois comme fleur au soleil
Parfois comme fleur sous la pluie
Sans même demander son chemin
A la manière des nuages
Encore si obscurément l'Amour et la lumière
Le cœur parfois recroquevillé
Au milieu de tous ces visages
Sans rien voir de l'immensité
Sans même parvenir à sourire
devant le risible de ce monde
Les yeux fermés
Et l'esprit claquemuré
qui ne sait plus s'émerveiller
de ce qu'il porte
ni de ce qui l'entoure
A contempler parfois les reflets dansants du monde
avec le cœur plein de remontrances
Ce qui nous affame
Et ce qui nous nourrit
si souvent confondus
L'incertitude
Ce qui finit par devenir le plus familier
L'âme captive
Sous un ciel vaste et ouvert – pourtant
Quelque chose de la liberté
au fond de la nasse
Le réel perçu à la manière d'une trame
Sans jamais soulever les paupières
De quel sommeil crois-tu t'extirper, l'ami ?
Le ciel par-dessus la douleur
Inséparables et sans commencement
Qu'importe le nom de Dieu
Qu'importe la connaissance
Qu'importe la sagesse et l'envergure du regard
si la bouche ne sait sourire
si l'esprit ne sait accueillir
si l'âme ne sait s'émerveiller
si le cœur ne sait pardonner
Hôte – sans doute – des noces les plus intimes
Le cœur paré pour tous les délires et tous les désastres
A regarder le ciel
comme si la prière suffisait
Qu'opposer à l'inhospitalité du monde ?
Sinon un cœur bienveillant
Quelques traits
Quelques taches
tracés peut-être pour rien
Aussi lucide que possible
malgré les grilles et la fumée noire
Le réel poli jusqu'à l'essence
Des mots
Comme un mince rai de lumière
pour éclairer le cœur et les yeux
et faire briller la poussière comme de l'or
Aveuglément le plus souvent
A vivre comme derrière une vitre
Comme au milieu d'un mythe
Qu'importe le geste et la parole
pour peu que le cœur soit écouté