Carnet n°312 Un œil au cœur de la fable
Octobre 2024
Au fond de tous les sommeils ; le même feu...
Cette ardeur oubliée...
La beauté du monde sous les paupières fermées...
La grâce et le parfum de l'invisible...
A la place du petit théâtre des rêves...
Sans inquiétude...
Sous le soleil du jour...
Sous les caresses de l'infini...
La chair trémulante...
Les dernières résistances qui – peu à peu – se défont...
La main tendue vers cette bête tapie au fond de la poitrine ; tapie au fond du sang...
Qui tapisse la tête de mille soucis ; et recouvre ce rire étrange caché au fond du chagrin...
Faisant – peu à peu – glisser notre voyage vers la tristesse et la peine...
[Au lieu de renouer avec la légèreté de ceux qui négligent le monde ; le reste ; de ceux qui se détournent de l'inquiétude et des tourments]...
*
Au-delà de la multitude et du langage...
A l'ombre du verbe...
A la source de la parole – peut-être...
Le ciel ouvert...
Ce qui nous creuse pour offrir au cœur un peu de lumière...
Un chemin...
Sans interrogation...
A la lisière de l'invraisemblable...
Sans jamais s'épuiser...
Traversant le froid et la nuit...
Aussi heureux sous la pierre que sous la lumière...
Dans cette brume étrange (et si étrangère)...
A suivre ces traces si anciennes sur la roche...
Le visage cerné par le silence...
Et l'âme déjà débordante de joie...
Tout file ; glisse ; s'échappe – sans même notre consentement...
Et ce qui – sans cesse – cogne sous notre front ; aux portes de la mémoire...
Mille souvenirs [au milieu d'autres souvenirs] ; mille pensées [au milieu d'autres pensées]...
L'inquiétude ; et le parfum tenace des illusions...
Un œil sur le monde ; à l'affût d'un refuge ; d'un repère rassurant...
Sans oser regarder l'éphémère s'effacer ; et le vide, peu à peu, le remplacer...
L'âme si impuissante face au désordre du monde...
La vie sens dessus dessous...
Le cœur trop penché – peut-être – vers ce qui l'inquiète ; vers ce qui l'accable ; vers ce qui l'obscurcit...
Au-delà (bien au-delà) des images et du hasard...
Sur cet étrange chemin ; avec quelques restes de torpeur et des relents d'angoisse (assez tenaces)...
Hors du territoire clôturé...
Nous éloignant ; sans destination précise...
Vers un ciel imaginaire – peut-être ; vers une errance et une chute inéluctables...
*
Le cœur enfoui...
L'âme (encore) passablement nocturne...
Sous un ciel souterrain...
Sur cette route sombre où ne circulent que les silhouettes et les ombres – grises et taciturnes...
Dans un long cortège ; cheminant à double sens ; les uns se dirigeant vers les morts ; et les autres vers les vivants...
A remonter la route et le temps...
Moins chargé qu'autrefois...
Avec sous le bras un peu d'éternité...
Sous le regard sévère des vivants...
Traversant tous les cercles où l'on inventorie les choses futiles amassées par la main et l'esprit...
Avec de grands bruits au fond de la gorge ; et la poitrine gonflée d'orgueil et d'ambition...
Nous éloignant sans un regard – sans un adieu – de ceux qui nous ressemblent et qui nous sont toujours restés étrangers...
Le vrai ; dans la nuit ; comme une avancée – une trouée de lumière....
A la manière d'une lame qui transperce l'épaisseur...
Un œil au cœur de la fable ; prêt à déjouer les jeux et les tours de magie...
Un peu d'intelligence au milieu du monde...
Sans mémoire ; sans avenir...
Sans la moindre chance supplémentaire...
A travers l'effritement du temps...
L'élimination – peu à peu – du plus futile ; de l'inexistant – nécessaire pour faire place à l'essentiel – au plus élémentaire ; à ce qui réclame toutes nos forces et toute notre attention...
Sous le vent tempétueux des saisons...
Le cœur à la renverse...
L'âme en déséquilibre sur son socle fragile...
Le corps en prière...
Tourné vers tous les visages de la terre...
Incliné vers le sol – offrant au monde un peu de tendresse et de joie...
*
Derrière tous les visages du monde ; ce chant étrange ; comme né de l'ombre et de la matière...
Entre le murmure et la plainte...
Se faufilant pour trouver un passage vers la lumière...
Une plaie si profonde...
Dissimulée sous quelques sourires...
Là où s'affrontent – en joutes étranges – inégales – méconnues – l'inespéré et l'innommable...
Lutte silencieuse entre la lumière et ses reflets ; entre le visage de la vérité et les masques de chair qu'elle a dû inventer pour investir la matière et se familiariser avec ses lois implacables et grossières...
Tant de noms rayés sur la carte...
Tant de visages oubliés...
Tant de lieux demeurés inconnus (ou étrangers)...
Et l'âme bleuie par cet autre voyage – ce périple intérieur – invisible ; et toutes les rencontres avec ce qui ne se voit pas...
Trois fois rien...
Le chemin qui mène du ventre au cœur...
La tête (toute) tremblante devant les reflets du monde ; tous les paysages traversés...
Le périple plein de périls et de surprises...
Avec dans la main ; le plus nécessaire...
Et au-dedans ; l'essentiel...
Comme si tout vivait (déjà) sous le règne de l'invisible et de la tendresse...
Le cœur (franchement) décidé...
Le pas véloce (mais fugace)...
Le corps aussi expressif que possible...
Tout entier offert aux âmes rencontrées...
Si ému par l'innocence et la beauté...
Et glissant – peu à peu – vers la seule issue possible ; vers cette solitude joyeuse ; vers cette perspective si méconnue – si peu fréquentée...
*
Dans l'ombre protectrice...
L'image seulement...
Rien qui ne compte (réellement)...
Comme une vague ressemblance – peut-être...
Quelque chose de froid et de figé ; sans âme – sans chair – sans tremblement...
En soi...
Comme des fluides – des courants ; un ressac...
Et mille fatigues...
Et mille déchirements...
Et autant d'obstacles et de frontières...
Comme si l'on était (encore) incapable de s'affranchir du cœur organique...
L’œil vif et attentif...
Sur l'Amour comme sur le sommeil...
Essayant de percer la brume et de décrocher toutes nos vieilles lunes ; de dénicher le socle commun sous les apparences...
Au fond de l'espace...
Le cœur séparé...
Appartenant – pourtant – à l'essence même du secret...
En dépit des hontes et des interrogations...
En dépit des sortilèges et des recoins...
Se tenant là ; et certainement pas au bout de ses surprises...
Comme éparpillé dans le néant...
Comme poussé (sans cesse) en avant...
Au fond de la nuit...
Au fond de l'aveuglement...
Les paumes appuyées contre les parois...
Le cœur particulièrement réticent...
Si près de la tendresse...
L'enfance repliée ; apeurée par cette violence et toutes ces effusions de sang...
Si peu familière de ces discordances ; de ce manque de gratitude et d'assistance...
*
Déferlant...
Comme la vague ; comme l'eau de la rivière sous l'averse...
La semence se déversant à la manière d'un torrent de graines pour alimenter le renouvellement de la chair et du sang ; les battements de cœur du vivant...
Toute la matière du monde...
Ce qui vit sous l'eau – dans l'air – sur la roche – sous la pierre...
Ce que les mots dissimulent...
Ce que révèle la parole...
La lumière ; au-dessus des têtes – au fond du cœur...
Sans savoir comment effacer les rêves – les fables – les visages – les saisons...
Toutes les figures du royaume...
Mais – contre toute attente – emportés, un jour, avec leurs bruits...
A travers le délitement du sommeil nécessaire au silence et à l'oubli...
Hors du tumulte...
Aux lisières du monde...
Le cœur solitaire...
Assis sous les grands arbres...
Sous le ciel rouge...
A l'ombre des frondaisons...
Sur la pierre grise...
Silencieux...
Attentif à toutes les respirations...
Peut-être un regard...
Un sourire...
Un cœur écorché...
Et du bleu...
Comme un peu d'aventure...
Fenêtres fermées sur la nuit...
Mais encore hanté par la bêtise (et la bassesse) des hommes ; par les privilèges qu'ils s'octroient ; par l’iniquité et l'infamie de leurs gestes et de leur règne...
Témoin de tant de choses ; de tant d'absence – que notre cœur doit épancher son sang noir ; son dégoût – sa colère – son hostilité...
*
Sans hâte...
Au cœur de l'intimité...
Au rythme du flocon qui tombe...
Au rythme de la neige qui fond...
Chair contre chair...
En toutes circonstances...
Qu'importe la saison...
Qu'importe que la mort rôde au-dessus de toutes les têtes...
Tout emporté...
Avec le voyage...
Dans cette errance un peu folle sous les étoiles...
Un peu naïve ; mais inoubliable...
Et fort instructive lorsque le regard sait se mêler aux souffles de la terre...
Comme si tous les élans s'inscrivaient dans le bleu de la poussière...
Vers cette solitude silencieuse...
A travers tant de bruit(s) et de voix...
Dérivant...
Sans alternative...
Emporté ici et là par les courants...
Comme une eau vive et docile...
Entre deux îles ; entre deux archipels...
Entre deux états...
Sous le ciel ; depuis toujours...
Notre destin au long cours...
Sur la pente...
L'âme dansante...
Dans l'effleurement de l'invisible...
A travers cet affolement, parfois, sur la pierre...
Cette (incroyable) aptitude à aller ; à passer ; à traverser...
Par essence – circulante...
S'abandonnant à toutes les circonstances ; à toutes les aventures ; à toutes les expériences...
D'un corps à l'autre ; d'une rive à l'autre ; d'un monde à l'autre...
L'être ; déjà caché derrière le visage – au cœur des gestes – au fond de la parole...
L'âme à nu sous la peau...
Ce qui jaillira de manière spontanée ou réfléchie...
Ce qui fera semblant de vieillir avec la chair...
Ce que nous sommes – si singulièrement ; notre façon d'habiter le monde et de faire face aux circonstances...
Le cœur – parfois – (un peu) trop théâtral...
Comme si le monde était un cirque – une scène – propice aux clowneries et au spectacle...
Tourbillons de temps...
[Comme si l'esprit était (presque toujours) prisonnier de cette croyance en l'implacable défilement des jours...]
Des heures perdues aux premiers instants (réellement) vécus...
Comme une lutte (inévitable) entre la mémoire et la liberté ; entre l'incertitude et l'anxiété...
Ici ; sans même la nécessité de durer ; ni de suivre la moindre règle ; ni (bien sûr) de léguer quelque chose au monde...
*
Enchanté...
Au cœur de l'hiver...
Au cœur même des affres et de l'effroi...
A travers la lumière...
Sans rien oublier...
La mort attentive (si attentive) à la respiration des vivants...
Si prompte à les envoyer dans l'entre-deux des mondes...
Entre le dernier souffle et le tombeau...
Sur la crête ; le chemin des lisières...
A la jonction du sable et des questions...
En réponse à tous les rêves...
Le cœur ; l'esprit ; les pas – qui se dérobent...
Le cœur apprivoisé...
[A travers l'emménagement mystérieux de l'Amour...]
Ce qui, peu à peu, s'installe dans les veines et le sang...
Ce qui, peu à peu, remplace la sauvagerie et les instincts...
Ce qui se réalise de manière silencieuse...
Pour de (très) lumineuses raisons...
Depuis que le monde est monde ; depuis que l'espace est peuplé de créatures...
Au cœur de la tendresse...
L'âme caressée ; caressante...
Si proche de l'indéchiffrable...
Assis au pied d'un hêtre...
Plongé dans les hauteurs et les profondeurs parfumées de la terre...
Le cœur suspendu et attentif...
Laissant émerger cette douceur un peu sauvage...
Entre les racines et les frondaisons...
Entre le ciel et l'humus...
Comme une danse (presque) immobile ; d'étranges vibrations – comme un frémissement sensible – intensément tangible et vivant...
La peau contre l'écorce...
L'âme chavirée qui laisse dialoguer (en silence) la sève et le sang...
*
Plongé(s) dans cet étrange mélange de visages et de sommeil...
Les yeux gorgés de fatigue...
L'âme harassée...
Au milieu des bruits et de la tristesse (trop souvent déguisée en frivolité)...
A chercher le jeu – l'ivresse et l'oubli non pour se rejoindre mais pour échapper à son (nécessaire) face à face...
Un peu de bleu griffonné sur la page...
Un peu d'encre offert au monde ; un peu d'âme et de silence offert aux yeux attentifs...
Manière de sourire au milieu du sang et des cendres ; et, pour les plus aventureux, une invitation (peut-être) à se réjouir au cœur de l'incertitude...
Au cœur même de la rencontre...
La douleur et la joie ; la solitude et le partage ; le silence et la parole ; et la possibilité de la lumière...
Ni soi ; ni le reste...
Inexistant – peut-être...
Ou déjà effacé...
Le langage abstrait de ceux qui savent (de ceux qui croient savoir)...
Le verbe ampoulé des Dieux...
Le bavardage des hommes...
Et le silence par-dessus qui invite à se taire ; à remplacer le mot par une plus juste manière d'habiter le monde...
Depuis si longtemps ; le ciel...
Bien avant la douleur – l'existence et le pardon...
Bien avant l'émergence des mythes et des traditions...
L'enfance du monde au cours de laquelle la chair et le souffle étaient communs...
Avant que n'apparaissent l'appropriation – la raison – l’œil rivé sur les dissemblances ; les visages grimaçants devant le cœur qui commence à se craqueler...
*
Silence accru...
Dans l'épaisseur de l'air...
Aux portes d'une autre terre et d'un ciel moins lointain...
Savoureux ; le souffle – le vertige et la métamorphose...
Comme si, soudain, le chemin nous dévoilait ses hauteurs – ses écarts – ses passerelles – ses souterrains et ses secrets...
Et la joie des pierres et des pas posés et caressants...
Toute la poésie du voyage – en somme...
Sans réponse...
Face au monde...
L'émerveillement...
Le même mystère au-dehors et au-dedans ; et les deux espaces à réunir (bien sûr)...
Le ciel et les saisons...
Ce qui réjouit le cœur et les yeux...
Au milieu des arbres ; jusqu'à ce que l'âme devienne verte et verticale...
Que dire de soi ?
Hormis l'essence et l'expérience du monde...
A travers la longue suite de circonstances...
L'infini – l'Amour et la mort...
La sensibilité et l'intelligence nécessaires...
Ce qui sera (sans doute) décisif pour les temps (tous les temps) à venir...
Tout s'exerce – en définitive...
[Le cœur labouré par les nécessités du monde et les exigences du mystère...]
Nous façonnant – peu à peu ; par éclats...
Jusqu'à ce que nous soyons capables de tout renverser ; d'échapper à l'usure ; d'extirper des profondeurs d'incroyables gisements ; de dénicher l'infini et la lumière en des lieux où ne semblent régner que le dérisoire et l'obscurité...
*
Là où pointent le verbe et le vent...
Vers l'innocence ; l'inoffensif ; l'abandon...
Vers le silence et l'immensité...
Là où l'essence échappe au monde – à la matière – aux paroles et aux prières ; et qui demeure indéchiffrable (en dépit de tous les noms attribués au Divin)...
A travers l'écoute ; l'étreinte...
Sans le jeu de la pensée...
Cette incroyable manière d'habiter le monde ; sans rien séparer – en laissant toutes les apparitions se déployer ; toutes les disparitions s'effacer ; sans jamais manipuler ce qui nous échoit ; abandonnant tous les phénomènes à leurs mouvements naturels...
S'abandonner au bleu et aux fils tissés...
Au cœur de la trame ; au cœur de l'immensité...
Au cœur du monde et du silence...
Au cœur de l'infrastructure et hors d'elle (bien sûr) ; simultanément...
Le cœur attendri par le chuchotement des pierres ; la danse des arbres ; la manière dont les bêtes habitent la terre...
Ce joyeusement vivre...
L'âme (à la fois) en soi et morceau du reste...
Riche (incroyablement riche) de cette impossibilité de circonscrire...
Ni lumière ; ni illusion...
Dans la perfection du mélange – de l'enchevêtrement – de la confusion et du passage...
Idéalement éphémère(s) et intriqué(s) pour goûter à l'éternité et aux basculements des mondes...
Quelque chose de la pourriture et de l'éternité...
Quelque chose du monde et du mystère...
Quelque chose du tremblement et de la souveraineté...
Comme une évidence ; et un étroit chemin de crête et d'interstices ; à l'intersection de tous les cercles...
Blotties contre la tendresse ; les forces inemployées...
Au cœur de la solitude ; ce qui peut se déployer à la lisière de l'impossible...
*
Terre – sans doute – de tous les liens et de toutes les ruptures...
Ce qui demeure et ce qui se transforme...
Reflets changeants et source immuable...
Ce qui a été vécu ; à travers le sommeil...
Ce qui a recouvert l'invisible et l'étendue...
Le plus éphémère et le plus grossier...
Des mots incertains...
Le temps d'une traversée...
A pas feutrés...
Peut-être un visage ; peut-être un voyage ; peut-être un poème...
Qui sait ce que l'on va trouver...
Derrière le mur...
Ce qui s'approche...
Ce que l'on reconnaît...
Le ciel ; et les yeux (un peu) inquiets...
Jeté(s) entre les paumes du temps...
Jouet(s) des âges traversés...
Le sablier à la main...
Sans conteste ; ni controverse – possibles...
Jusqu'à ce que le Dieu souverain nous hisse sur son perchoir ; au milieu des siens...
Mystérieuses les strates géologiques du vivant...
Par épisode ; par secousse ; par à-coups...
A travers le murmure de la petite histoire...
Imperceptible par les cœurs contemporains qui pensent que tout s'est construit au fil des conquêtes...
Par bribes...
Le cœur – le ciel – le monde – l'esprit – l'invisible et la matière...
Comme un puzzle vivant où tout s'assemble – et se transforme – perpétuellement...
Dans les bras d'un Dieu discret dont on ne perçoit que le silence et l'invisibilité...
*
L'aube ; à travers l'encre et le chant...
Du plus profond de la nuit jusqu'à ce visage lumineux façonné par le voyage...
Là où tout prend corps...
A force de tendresse et de silence...
Vivre ; habiter la terre et le ciel à la manière des nuages...
Sans autre lieu que la perte et la disparition...
Aux antipodes de l'absence...
Grâce à ce long (et étrange) voyage vers l'oubli...
Sans ombre – sans trace – sans statut...
Pas même un souvenir...
Un rêve – peut-être...
Aux lisières – imperceptibles et vertigineuses – de l'invisible...
Le cœur à l'ouvrage...
Sur la pierre grise et glissante...
Sous un ciel incertain...
Aux lisières de l'homme...
Et ce qu'il nous restera à parcourir une fois la dernière frontière franchie...
La vie traversée...
En sentant grandir – en soi – la gratitude et la beauté...
Le renversement des ombres au profit du bleu...
Ce qui s'est longtemps cherché derrière le trouble et l'inconsistance...
Le plus inexorable ; ce à quoi l'on ne peut échapper – en vérité...
Le cœur tremblant devant ce que l'on ne peut nommer...
Protégé par ce manteau de lune et de nuit qui recouvre les épaules des vagabonds qui n'ont pour gîte que la joie et les fossés ; et sur le visage – un sourire comme une grâce ; et au fond de l'âme – Dieu – le ciel – l'extase [la meilleure compagnie dont puissent rêver les hommes]...
*
Disparaître de son vivant...
A travers la brume épaisse...
Vers le cercle d'accueil sans nom...
Vertigineusement...
Le pas libre sur la corde...
Avec toutes les interrogations préalablement jetées dans le vide (avec les derniers doutes)...
Au-dessus des rêves et du monde...
Sans la moindre insolence...
Le naufrage – extérieurement perçu comme un échec ; et intérieurement comme un accomplissement capable de (nous) faire accéder à toutes les immensités ; horizon – ciel et profondeurs (simultanément)...
Si lointains ; la nuit – le poids – le monde...
Tous les lieux de l'égarement – du théâtre – de l'absurdité...
Quelque chose ; à peine...
Un peu de ciel – de matière – de silence...
Un élan – peut-être...
Reconnaissable entre mille tant tout est teinté de bleu ; la pierre – la chair et l'horizon...
Partout où l'infini a réussi à se glisser...
Coulée de ciel invisible...
Submergeant la terre...
Dieu se mêlant à la chair et au sang...
Offrant à l'âme un peu d'envergure et au cœur un peu de lumière...
A travers les noces de l'espace et du temps...
Au milieu des ombres...
Tant de merveilles...
Et l'âme (encore) toute retournée...
*
Le peu de poids du monde et des mots...
A l'ombre du silence...
Un cri dans la nuit et l'indifférence que la voix parvient, parfois, à transformer en poème ; comme une caresse – un réconfort (un peu de chaleur et de lumière) offert à l'âme et à la chair encore plongées dans le froid et l'obscurité...
Le cœur infini et silencieux...
Traversé par les rêves et le vent...
Acquiesçant à tous les voisinages – à toutes les proximités ; sans un seul battement de cils...
Le corps ici ; la tête ailleurs...
Et l'âme – déjà – sur l'autre rive ; un peu partout (en vérité)...
A contempler le défilé monotone des jours – l'indifférence des visages et les coups du sort...
Le cœur porté par la lumière en dépit des ombres et du sang...
Le cœur...
Sous l'emprise des appels et de l'ardeur...
Porté à s'aventurer ; à se mêler au monde et à l'encre du poème...
En dépit des malheurs et des malédictions...
En dépit des risques de corruption...
En plus du noir ; ce qu'il reste de notre humanité ; comme un secret oublié au fond de la chair...
*
A l'orée du mystère...
Les heures consentantes...
Le cœur apaisé...
La nuit et l'ardeur ; (à peu près) intactes – pourtant...
Au plus près de l'inachevé ; au plus près de l'accomplissement...
Le geste précis ; le souffle vertigineux...
Plongé dans la respiration (naturelle) du monde...
En dépit de la persistance de la mort et des tragédies...
La prière déposée et silencieuse...
Sans génuflexion spectaculaire...
Le corps et le cœur ; épuisés...
Livré(e)(s) aux mains du ciel et aux nécessités du reste...
Prêt(e)(s) à succomber au sommeil et à la nuit...
Se laissant traverser par le chant qui monte du fond de la terre ; sans même espérer rejoindre les plus modestes cercles de sagesse ; sans même espérer accéder à Dieu ou à la lumière...
Dans sa besogne solitaire...
Le cœur ouvert...
Sans ornement...
Sans répit...
En dépit du sommeil...
En dépit de la pente sur laquelle glisse le monde...
Porté par son élan naturel...
La nuit épaisse...
Autour de la mort ; autour des vivants...
Rendant difficile l'accès au moindre passage...
Le cœur encore gorgé de fables et de glaise...
Glissant – pourtant – (assez) imperceptiblement vers le sensible...
Devenant – (presque) à son insu – l'allié de l'invisible et du naturel...
*
L'esprit sans mémoire ; sans blason...
Comme allongé sur la main ouverte...
Qu'importe l'hostilité du monde...
Qu'importe le noir de la terre et du ciel...
Répondant au seul appel nécessaire...
Embrassant la seule perspective possible...
La voix discrète...
Portée par le silence et la lumière...
Éparpillant d'infimes éclats de sagesse...
Comme un chant initié au fond de l'âme ; offert à ceux qui vivent sans même l'idée du ciel ; portés – l'essentiel du temps – par les bruits de la tête et du monde...
Ici ; sans hésiter...
Dans la gueule du bleu ; immobile et offert ; prêt à être englouti ou à être jeté sur les routes du monde...
Au milieu du monde – des Autres – des traces...
Les fables et l'invisible...
Se construisant – se différenciant – s'entremêlant – se défaisant – sans hâte...
Au rythme des courants qui les traversent...
Entre les mains des Dieux ; les cœurs assassins et la chair tendre et sacrifiée...
Nous ; ici – si modestement...
Actionné(s) – comme le reste – par l'ardeur et les intentions (énigmatiques) du mystère...
Le lieu où se rejoignent – et s'affrontent – toutes les forces et toutes les volontés...
Cercle de convergence et champ de bataille...
Le cœur – le corps – la tête – le monde – l'esprit et l'âme...
Ce qui semble séparé et qui ne l'a – pourtant – jamais été...
Formant un étrange (et monstrueux) agglomérat de vide – de matières et de mouvements porté par la danse incessante des échanges et des recombinaisons...
*
Au bord du plus lointain...
Sans être encore réel – pourtant...
Au cœur du rêve – peut-être...
Ce qui nous regarde...
Ce que nous sommes...
Sans même en avoir l'air...
Les bruits du monde – peu à peu – convertis en murmure – en début de poème...
Dans la parfaite continuité du silence...
Ce qui nous accompagne...
Comme l'écho du temps qui passe...
A s'imaginer au centre du cercle...
Alors que la périphérie n'a cessé de s'étendre...
A la manière d'une invention – d'un éparpillement ou d'un oubli – peut-être...
Et ce que l'on perçoit du monde depuis la même fenêtre...
Dieu au pied du monde...
Laissant tout s'empourprer de honte et de sang...
Laissant la terre et les astres tourner selon leur inclinaison...
Laissant tout arriver ; laissant tout se défaire – admirablement...
Au fond du sommeil...
Notre visage et l'inconnu...
Ce qui pourrait nous surprendre à notre réveil...
Le cœur désormais accolé aux flèches et aux fleurs...
Participant à tous les massacres et à toutes les offrandes...
Le visage (très légèrement) souriant au-dessus des rives et des rixes...
Et ce qu'il faut de ciel pour que l'âme et la main restent (suffisamment) ouvertes...
*
L’œil qui perce la géométrie du monde ; à peine surpris de découvrir l'ampleur de l'invisible ; sa géologie et son commerce avec la matière ; l'apparence des territoires – ciels et gouffres – l'opacité des passages – la géographie des reflets et des ombres ; toute la poésie de l'univers...
Soi ; incertain et plus qu'irréfutable...
Comme un abîme de réalité ; avec ses chimères et sa transparence (et son inclinaison – plus ou moins consciente – pour l'infini)...
Le goût de la présence et de l'éphémère...
Et la fantaisie – bien sûr – de toute idée de vérité...
Éclairés – le regard et la nuit...
Les apparitions et les effacements...
Les choses et les âmes ; dans leur intimité...
Ce qui participe à l'avènement de la lumière et à dissiper l'illusion du temps et de l'individualité...
Voyageur(s) ; tantôt se rapprochant ; tantôt s'éloignant ; de soi – du monde – de l'origine...
Perpétuel(s) vagabond(s) arpentant les mêmes territoires ; sans autre bagage que les (très provisoires) déguisements qu'il nous faut revêtir...
Traversant inlassablement la vie – la douleur – le temps et la mort...
Parmi les Autres ; au milieu du reste – qui nous semblent tantôt étrangers – tantôt de simples reflets de nous-même(s)...
Jamais (vraiment) éloigné(s) ni de l'Amour ; ni du silence ; ni de la lumière...
A travers mille itinéraires ; pour faire – peut-être – le tour de ses propres terres...
*
Au fond des heures ; Dieu et la mort...
Des pans de ciel au-dessus de l'argile...
Du silence par-dessus la parole...
Le cœur dans son mystère...
Le chant de l'âme...
Parmi les plus hautes cimes du monde...
Ce que l'on recommanderait volontiers à ceux qui aimeraient retrouver les joies (et la liberté) de l'enfance...
Dieu de doute et de douceur – de droiture et de douleur...
Parmi tant d'autres (bien sûr)...
Alors qu'en ce monde les hommes s'adonnent à tous les rites ; à tous les cultes ; à toutes les cérémonies ; usant de tous les instruments [propitiatoires et apotropaïques] à leur disposition pour essayer de survivre au milieu des forces invisibles ; et pour parvenir aussi, peut-être, à tutoyer quelques entités célestes...
Témoin ordinaire de la haine ; de toutes les détestations en vigueur en ce monde ; et Dieu sait qu'elles sont nombreuses ; et Dieu sait que chaque tête – chaque cercle – affrontent tous les autres ; et que chacun a mille raisons de détester ce qui lui semble hostile ou étranger...
Sur la route des voyageurs...
Parmi ceux qui cherchent des certitudes et des vérités...
Parmi ceux qui affrontent dignement l'inconnu...
Parmi ceux qui ignorent qu'ils sont en chemin...
Chacun avec ses interrogations ; face au même mystère...
*
L'encre poisseuse du sommeil ; apparente – tapageuse – indécente – qui dégouline sur l'épaisseur de la page...
Et qui rêve de découvertes et d'aventures ; au milieu des étoiles ; et qui est déjà bien en peine de s'extraire de son périmètre coutumier ; de s'arracher à ses (pauvres) chimères...
Le cœur creusé jusqu'au silence...
Au milieu des flammes et de la soif...
Au milieu des foules impassibles...
Au milieu des âmes inquiètes...
Qui apprend – peu à peu – à échapper au monde – aux manques et aux tourments...
Sur le point de s'engager au fond du regard ; de pénétrer l'essence des choses ; d'occuper la place laissée par les instincts...
Le chemin de la chair (sans cesse – renaissante)...
Sous la lumière ; malgré la misère et le pourrissement...
Les corps en ruine sous le marbre et les larmes...
Les destins plus solides que l'on croit...
Par là où passent les âmes...
Par là où se dévoile le secret...
Face à cette agglomération de lèvres et de poussière...
Le cœur, peu à peu, lézardé ; fissuré par les secousses ; et trop souvent éprouvé par les querelles et les dissensions...
Par-dessous la peau...
Là où le Divin se creuse...
Au milieu des larmes et du sang...
A travers le souffle qui, peu à peu, s'épuise...
L'âme toujours (plus ou moins) débordée par ses croyances...
Le sourire dans la gorge...
Au-dessus (bien au-dessus) de la souffrance...
*
Le visible déconstruit ; et relié à ce que les hommes ne peuvent voir...
Fenêtre sur le sable et l'infini...
Terres des mondes...
Lieu où s'invente l'inconnu...
Ici et ailleurs...
Le même désir de lumière...
Le même cœur vagabond...
Le regard perché (un peu) au-dessus du monde ; et descendant, parfois, au milieu de la foule...
S'abandonnant (malgré lui) au jeu des miroirs...
Là où s'inscrivent les rêves et les reflets...
Sous un ciel immense...
L'âme toujours (légèrement) taciturne...
Barricadé(e) derrière quelques restes d'enfance...
Les yeux fermés ; et découvrant, peu à peu, les surprises (toutes les surprises) du voyage...
La lumière ; déjà – dans l'imaginaire et l'aveuglement ; et le long (et rude) chemin pour s'extirper de la cécité (naturelle) de l'homme...
Au cœur du bleu ; déjà...
En dépit de ce qui demeure au milieu du monde...
Sans (jamais) pouvoir échapper ni aux ténèbres ; ni à la faim des vivants...
Laissant entrevoir l'inséparabilité des éléments et l'inimportance des lieux et des destins...
Tous ; soumis à ce long voyage où l'esprit doit apprendre à se familiariser avec la peine – le silence et le vent...
Dieu nous donnant la main...
Au milieu des existences harmonieusement agencées ; des souffles accolés ; des âmes enclines à partager leur intimité...
Nous apprenant le sens du silence – de l'étreinte – du partage ; et la manière de respirer ensemble...
Nous répétant inlassablement au fil des pages – des saisons – du chemin...
*
D'un monde de parcelles et d'absence à un monde habité...
De façon parfois confuse ; et sans la moindre volonté...
A travers cet étrange équilibre exigé par les circonstances...
Comme si, un jour, l'âme éprouvait le besoin d'effacer les frontières et les prétentions...
D'un possible à l'autre...
Et presque toujours habillés d'oripeaux...
Au cœur des invariants humains – pourtant...
En ces heures puériles et sombres où le monde s'est résolu à vivre...
Dans la sensation de l'illimité...
La soif étanchée...
Et le cœur fou de joie...
Imbibé(s) de bleu et d'obscurité...
La chair vacante ; éructant ses dernières douleurs...
L'esprit capable – à présent – de renier ses mensonges et ses déguisements...
Avec (encore) mille éclats d'étoiles et de rêves ; au creux de la voix...
Ce que le temps a édicté à la terre...
Ce à quoi le monde ne peut renoncer...
Au milieu de l'abondance...
Comme si les hommes étaient toujours attablés autour de la nuit la plus ancienne...
Bouts de choses ; bouts de monde...
A travers l'écorce et la parole tressées ensemble...
Au milieu de mille autres énigmes...
La simplicité de l'âme et le ciel morcelé...
Ce qu'enseignent toutes les expériences ; le moindre séjour sur terre...
*
Entre le sable et la fable...
L'homme et la lune ; avec leurs mythes et leur reflet...
Tantôt caresse ; tantôt supplice...
Selon les têtes et les saisons...
Gisements de miracles et de désastres...
Entre les mains malicieuses du temps...
Les yeux baissés sur les contingences...
En dépit d'un cœur inscrit dans la possibilité d'un plus haut...
L'invisible au milieu des drames...
La lumière à la verticale du vent...
Au-dessus des rêves et du sommeil...
Au-dessus du sang et des assassins...
En dépit de la nuit qui dure (et dont on peine à s'extirper)...
Comme des mots perdus...
Des traces imperceptibles sur la roche noire ; marquée pourtant par l'incessant passage de l'invisible...
Portes ouvertes sur le bleu...
Le regard et la terre mêlés au fond de la chair...
Sous le regard des arbres et des fleurs ; des bêtes et des pierres...
A travers la brume qui, peu à peu, se dissipe...
Par-delà l'enchevêtrement du monde et du temps...
Du côté de l'innocence plutôt que du côté de la pensée...
En dépit de l'hostilité (et de la sournoiserie) de ceux qui peuplent la terre...
Au chevet du plus fragile et du plus précieux...
Comme un peu de tendresse dans l'indifférence ambiante...
Le goût de la gratitude et du sacré dans un monde qui (trop souvent) ne célèbre que la chose et le nom...
Étreints les cris et l'infortune ; la mort et les noces mystérieuses...
Endossant le rôle d'instrument nécessaire à la célébration de la danse entre le vivant et le Divin...
Manière – sans doute – de résister à l'insensibilité et à l'aveuglement contemporains...
*
Traces d'ombres et de voix...
Sur le chemin...
Dans la nuit de l'âme...
Comme un chant ; une esquisse...
Initiés par une main immense...
Au cœur du gouffre...
Un œil pointé sur le monde et le dedans...
Quelque chose d'indéchiffrable qui, peu à peu, se dévoile et se déploie...
Si proche de tout ce qui passe ; de tout ce qui erre ; et de tout ce qui demeure aussi...
A la manière d'une épaule qui supporterait la tête ensommeillée des hommes et la main (un peu lourde) d'un Dieu gigantesque...
Se laissant effleurer par tant de figures et de mirages...
Socle – peut-être (allez savoir...) – de tous les mondes – de tous les voyages – de tous les passages...
Si lumineusement et si obscurément (à la fois)...
Seul refuge ; et seule patrie (sans doute) pour ceux qui arpentent (assez confusément) ces rives étranges où se mêlent les pires tragédies et les fêtes les plus joyeuses...
Moins avisé qu'on ne pourrait le penser...
Et plus mort que vivant – peut-être...
Étant donné cet appui (forcené) sur la mémoire...
La vie de tout son poids...
Puis, s'amenuisant à mesure que disparaissent les souvenirs et les traces...
Soumis à tous les sortilèges...
En plus de la rudesse hivernale...
Allant de lieu en lieu ; d'un corps à l'autre...
Survolant tous les mondes...
Sans se souvenir jamais...
Rompu déjà à toutes les résistances...
Sur ce chemin vers le plus intime...
La chair et le secret ; entremêlés...
Le visage éclairé par la source du temps et les saisons qui défilent...
Traversant la terre et le ciel sans la moindre escale ; sans le moindre appui ; sans la moindre finalité...
*
Aimer autant le monde que l'indéfinissable ; autant le temps que l'inachevable...
L'âme comme posée entre le jour et la nuit...
Un pied sur chaque territoire...
Au milieu du vide et du sang...
Au cœur de la magie et de tous les désenchantements...
Le regard par-dessus la fable...
Au fond de l'abîme et de la voix...
Face à la terre frémissante ; face au cœur stupéfait...
Cette part d'ombre et d'absence...
Et ces milliards d'âmes (plus ou moins justement) incarnées...
De lieu en lieu ; interminablement – sans jamais rencontrer personne...
Sur la pierre impassible...
Tous ces corps sans éclat...
La lumière – pourtant – descendue aux pieds des Dieux...
Et cet œil immense piégé par la spirale du temps...
Auprès – sans doute – d'âmes trop sérieuses et trop peu savantes pour se prêter aux jeux de la lumière...
Le cœur serré – sans gloire...
Comme enseveli sous des éboulis de pierres...
Sous la pluie drue et le froid hivernal...
Avec le secret tatoué à l'intérieur ; recouvert de promesses et d'oubli...
Sujet à toutes les fortunes et à tous les malheurs...
Comme jeté (pour ainsi dire) de l'autre côté du rêve...
Inapte au sommeil et au souvenir...
Bon qu'à perdre et à soustraire...
Les yeux grands ouverts sur le monde et la nuit (presque indissociables aujourd'hui)...
Au plus près de l'enfance – pourtant...
Alors que les existences défilent (presque toujours) entre les ténèbres et la lumière...
Au milieu des couleurs et des apparences...
*
A travers l'épaisseur...
L'étreinte souterraine et silencieuse...
Qu'importe la densité de la terre et la consistance du ciel...
Au cœur des tragédies...
Jusqu'à l'extrême pointe de l'âme...
Comme un débordement de tendresse sur le monde et les vivants...
Vivre encore...
Au-delà des batailles ; au-delà de la férocité...
Au-delà du sommeil et de la folie...
Interminablement...
Par-dessus les frontières et la finitude...
En soi ; l'hommage à ceux qui vivent humblement...
Discrètement ; au cœur du monde...
Au milieu des semences et des instincts...
Apte(s) à tout porter jusqu'à la célébration...
Sans (jamais) se soucier de l'envergure des âmes et de l'intensité du chagrin...
Entre tous les seuils...
Ce qui passe ; et ce qui demeure...
(Sans doute) le plus beau voyage...
Au milieu de la nuit...
Parmi si peu d'amis ; si peu de visages...
Là où la brume s'épaissit ; là où le rêve nous engloutit...
Plus certain de ce qui existe...
L'âme encline à s'abandonner à ce qui la tient...
Chemin suspendu...
Au bord inférieur du rêve...
Lentement ; très lentement...
Le temps que le remède agisse...
Le temps que la vie se déroule (un peu)...
Le temps que la soif s'assèche ; et que tout se convertisse en silence...
De ciel ; de pierre et de vent...
La chair ; les choses ; les âmes...
Et le poids du cœur qui (assez souvent) fait la différence...
*
Enraciné au mystère...
Par de (très) énigmatiques canaux...
Dans une sorte d'engloutissement triomphal...
Le vivant sur fond de lumière et de nuit...
Lieu de leurs noces perpétuelles...
Tremblant et illisible...
Impalpable et grossier...
Si proche du rêve...
Entre presque rien et presque tout...
Assemblage pétrifié et périssable (à peu près ce que l'on voit) ou assemblage changeant et inaltérable (ce que l'on est à même de deviner) – de combinaisons et de liens...
Ici ; sans s'efforcer ni à l'espoir ; ni à la pensée...
Sans même se soucier des limites et des faiblesses (en tous genres)...
Sachant si peu...
Et capable pourtant de combiner de mille manières l'air – l'eau – la terre – le feu ; de s'offrir à la danse ; et de s'aventurer dans tous les recoins de l'espace...
Nous ; étonnantes créatures (intrinsèquement) liées à l'esprit et à la matière ; aptes à la douleur et au cri – à la joie et aux tourments – à la mort et à l'Amour – au langage et au silence...
Maillons – sans doute – d'une chaîne intermittente et infinie ; nés des forces cosmiques ; et animés par l'invisible et une ardeur intarissable...
Au plus haut du miracle ; le silence et l'absence...
Là où la terre est un soleil...
Sans jamais se dérober au labeur de l'homme...
Le sang frémissant jusqu'au lieu du salut...
A l’extrême pointe du monde ; là où le visage et la main deviennent plus proches du bleu que du sang...
Au cœur de la transformation ; ce qui s'insinue (assez) insidieusement...
Les mains de l'invisible à l’œuvre...
Un peu d'âme au milieu des reflets...
Le cœur rompu à toutes les aventures ; à tous les mensonges et à toutes les mainmises aussi...
Gorgé de tous les souffles...
Porteur de tant de gestes – de tant de naissances – de tant de tentatives...
Agissant toujours en (fidèle et infaillible) auxiliaire de la vie et de la tendresse...
*
Sans lendemain possible...
Le jour...
Et le peu de poids du monde...
Avec – dans l’œil – le reflet de la lune...
Comme si l'on était éternellement condamné à l'éphémère...
Un peu perdu(s) au milieu des illusions...
Sur ces terres tumultueuses...
Baignées de ciel ; baignées de bleu...
Et ensevelies – de temps en temps – par les éboulis...
Sous le règne des pierres entrecoupé (parfois) de quelques éclaircies...
Comme un peu de lumière au milieu de la nuit...
Le sceau du destin sur le visage et l'inclinaison du cœur...
Au milieu de la peur et des instincts...
Une fenêtre immense sur la lumière...
Au fond de chaque gourbi...
A proximité du temps...
La vie ; la mort ; le monde ; le rêve ; le sang...
Circulant sur le même périmètre...
Simultanément...
Traversant et traversés...
Au milieu des âmes et des ventres affamés...
Sur cette terre tombée au fond de la nuit...
Taches disséminées autour du sommeil...
Couleur d'encre et d'étoile...
Quelque chose (bien sûr) du mélange qui circule entre l'image et l'émotion...
Matière des profondeurs mêlée au Divin et à la confusion...
Et qui parvient (parfois) à se révéler sur la feuille ; comme au fond des yeux et du cœur tremblant...
A force de bleu ; (implacablement) ce que nous devenons – la vie plutôt que le songe...
*
Le cœur entendu...
Comme trois coups frappés à la porte de l'âme...
Alors que tout passe...
Alors que tout est plongé dans le sommeil...
Le temps renversé jusqu'à l'origine – jusqu'au silence – jusqu'à l'étreinte...
Ce que donne (parfois) à entendre le poème...
Sous une étoile trop lointaine...
Pour renoncer à l'effroi...
Voyage sans aveu...
Sous un ciel qui fait tout vaciller...
Sur une terre bien peu propice aux confidences et aux amours partagées...
Le poids du cœur dans la parole...
Pour résister aux drames – aux désastres – aux tourments...
Pour tenter d'atténuer l'hostilité et la tristesse...
Fendre l'épaisseur du monde...
A coups de tendresse et de tremblements...
[Rien qu'avec un peu d'encre et de beauté]...