Carnet n°305 Au jour le jour
Mars 2024
Embrasser la dérive ; la succession des errances – et toutes les ruptures nécessaires au voyage...
Jetant son souffle et ses armes – comme son dévolu – sur la terre...
Marchant dans un déséquilibre équivoque ; au milieu de l'indifférence...
Sans se dérober à la douleur ; à la débâcle ; aux effondrements...
Vers la lumière ; le cœur envoûté par ce rayonnement discret ; cette puissance autonome – sans mainmise – sans domination...
Creusant le lit du possible – à même le ciel et le silence – pour donner naissance à un lieu où le geste et la parole pourraient célébrer la joie...
Rien ; au regard de l'espace...
Quand bien même les conséquences seraient meurtrières...
Ne récusant ni les faits ; ni la folie de ce monde...
Allant (si douloureusement) par les chemins...
Comme après une déflagration...
Dansant dans la poussière avec moins d'ardeur ; et moins de volonté...
Traversant l'existence – les peines et l'affliction – avec plus de respect et de dévotion...
*
Présent désormais ; en dépit du froid...
Aux limites de la lumière...
Malgré les épreuves et la mort...
Soutenant la flèche et la fuite ; le geste incarné...
Et cet irrésistible sourire face à l'épaisseur de la matière ; face à la grossièreté de l'esprit...
Sur le chemin ; le passage...
Au milieu des arbres et de la lumière...
Libéré de cette bouche braquée sur la faim...
A travers le silence ; le monde exploré...
Au fond du lit de la fortune...
Le destin éclairé et solitaire ; avec tous les rires – le soleil et les rencontres – à l'intérieur...
Le désir si proche du silence...
De presque rien à plus rien...
Le cœur en fête ; l'âme en joie...
Face à ce monde stérile – absurde – infernal...
Effacé (peu à peu) par cette présence radieuse – rayonnante – qui se déploie sur la pierre...
Du côté de la part dansante du monde...
Humble et silencieux au cours du passage...
Vivant comme à la dérobée ; loin des lumières mensongères...
Célébrant la joie et le rayonnement...
A la manière d'un engagement ; le sacre de l'inconnaissable – à travers le sourire et le geste ordinaire...
L'émergence de l'immensité ; et l'entrée dans l'intime – concomitamment...
Et à recommencer autant de fois que nécessaire...
A l'invitation du silence ; à l'invitation des sommets...
Sans rien ressasser des désastres successifs...
Sans plonger dans le repentir...
Pendant des millénaires...
Le difficile apprentissage de l'humilité...
Surplombant tous les soleils et toutes les lois...
Ayant (depuis longtemps) renoncé à courir dans les couloirs sombres et labyrinthiques...
Ayant (peu à peu) appris à s'élever silencieusement au-dessus des simagrées – au-dessus de la cécité...
Parcourant l'âme – le monde – l'espace – avec de plus en plus de légèreté...
*
Le regard sans pitié ; face à la débâcle...
Comme une résistance à la paresse – à l'abondance ; le refus du spectacle...
Au profit du plus élémentaire ; ce qui sous-tend toute survie...
A l'écoute de l'enfance qui cherche et s'oriente ; l’œil attentif – l'âme dévouée...
Sous tous les feux que l'on allume ; le cœur – la joie – le plus opiniâtre...
Soumis à cette passion (un peu folle) pour l'en deçà et l'au-delà du festin ; l'en deçà et l'au-delà de ces pauvres choses qui se trament sous les étoiles – sur cette pierre minuscule...
Bien plus qu'une fenêtre ; qu'un foyer ; une perspective...
Ce qui libère des entraves et du sang...
Ce qui affranchit de toutes les faims...
Le désir le plus haut – le plus vif ; ce que vise (parfois) l'esprit humain...
L'allure (bien) plus légère que la peur...
Vers cette terre qui ôte à l'âme tout son poids...
La nuit parcourue...
Le sourire aux lèvres en voyant le jeu ; les bouches tordues ; les mains suppliantes ; tous ces gouffres qui nous engloutissent (à petit feu)...
Les corps et les âmes malmenés sur la pierre...
Ce si peu d'espace envahi par les fables et les effigies...
La réconciliation (encore) impossible entre le cœur et l'esprit...
Le monde tel qu'il nous apparaît aujourd'hui...
L'écoute ouverte...
L’ascèse et l'étreinte ; et le plus visible derrière le visage...
Et la voix qui nomme (encore assez furieusement) les choses de ce monde ; le doigt qui pointe l’absence et les excès ; et ce besoin (fondamental) de lumière...
Par tous les chemins ; ce qu'il faut explorer – découvrir – rencontrer – abandonner – pour renverser l'obscur (en lui laissant la part qui lui revient) ; ce qui nous est (innocemment) destiné...
*
Quelque part ; là où l'absence domine ; là où les têtes impatientes façonnent ce monde obscène et sans tendresse...
Trait pour trait ; notre visage ; alors que l'âme souffre de ce manque d'Amour et de silence...
Comme des meurtriers sans conscience qui fouillent dans le ventre des dépouilles ; et qui arrachent les entrailles de leurs doigts grossiers pour les fourrer dans leur bouche...
Au lieu de servir et de s'incliner ; au lieu d'honorer l'Autre et la différence...
Trop passant(s) ; trop déraciné(s) – trop peu incorporé(s) au reste – sans doute...
Sans lieu ; et sans ressource...
Face à cet affolement sans faille...
Vivant sans alternative ; le geste et le verbe si pauvres (terriblement appauvris)...
Ânonnant ; au lieu de s'élancer ; triste(s) et transpirant(s) au lieu d'obéir et de suivre la trace...
Profondément ; la lumière et la nuit...
Ce qui apparaît ; aussi exaltant que les profondeurs...
Certes passager ; et (assez douloureusement) soumis à l'usure et à la disparition...
Mais né pour la fête ; rejoindre la danse ; participer à la célébration ; oser tous les franchissements...
Sur cette ligne de crête qui traverse les mondes...
Cette pierre ; sur soi...
Et sous cette chair rouge et suffocante ; gorgée d'histoires – de larmes et de sang...
Usant les dents ; usant les rêves ; usant les doigts...
Sous le règne du ventre ; tous les destins...
Ce qui nourrit et ce qui enfante ; la fête et les festins...
Les yeux entre le feu et la mort...
A la traîne de l'âme ; sans aucune intimité – ni avec les choses – ni avec le ciel...
Et brûlant (pourtant) de s'explorer ; et de se reconnaître...
*
Au faîte ; silencieux...
La douleur éparpillée sans cérémonie...
Entre nous ; le jeu – les astres et le foyer ; ce qui nous tient (tous) ensemble...
Sans mur ; sans indifférence...
Si fraternellement...
Par instant ; la tête à l'envers – l'âme chahutée – bousculée (et qui bascule quelques fois)...
Abreuvant le désir à la nuit...
Répandant – comme tous les Autres – les cadavres et les tempêtes...
Le cœur abîmé – tapageur – tumultueux ; l'esprit si avide – réifiant le corps (tous les corps) au profit d'un rêve plus sombre que le monde...
Alternativement [mais le plus souvent entremêlé(e)s] – la clarté et l'illusion ; le geste et le sommeil – le réel et le rêve...
Comme plongé(s) – piégé(s) peut-être – dans une perspective (complexe et plurielle) qui subordonne tout ce qu'elle entraîne dans son sillage...
Amoureusement ; comme le soleil sous la peau...
Comme une caresse des profondeurs...
Cet être au monde (trop souvent) pendulaire...
A devancer l'aversion...
Assez seul ; et si singulier dans ses manières...
Usant du langage comme d'un chemin ; à travers la forêt – des lignes qui tracent leur sente ; qui dessinent (peut-être) un destin...
Auprès de soi ; une présence ; ce qui nous habite ; et des forces qui nous traversent...
Savoureusement enfoncé(e)(s) ; et du côté (pourtant) du plus élémentaire...
Comme une fête ; au milieu des étoiles et des illusions...
Peu à peu déclinant ; comme tout ce qui a été édifié...
Disparaissant avec fracas ou sur la pointe des pieds...
Le corps – le souffle ; jusqu'à la route qui s'arrête devant les grilles...
Comme brusquement interrompu(e)(s)...
Sans savoir (ni même deviner) que quelqu'un veille ici ; et nous accompagne de l'autre côté...
Jamais séparément ; le cœur et la beauté...
Des premières aux dernières fois...
Le visage éclairé par la lumière...
L'infini qui se jette dans nos bras...
Le silence qui (peu à peu) remplace le cri...
L'âme parfaitement présente ; en dépit de la chair dépecée que l'on entasse (un peu) partout...
Le Divin (nécessairement) appelé – et accueilli – jusque dans nos pires excentricités...
A quelles têtes s'adressent donc ces lignes...
Le feu qui enflamme la noirceur ; et la densité qui remplace l'épaisseur...
Au cœur de cette nuit et de cette matière ; si florissantes...
L'être ; livré au monde – et se jetant (avec vigueur) dans toutes les batailles...
Le sourire aux lèvres ; le cœur (profondément) engagé...
Et l'esprit dans ses limbes clairs...
Au cœur de toutes nos tentatives ; ce qui se redresse – ce qui périclite – ce qui s'éloigne – ce qui s'incline – ce qui dure (un peu) – ce qui disparaît...
Dans la continuité du glissement...
D'ici à la source ; en pointillé de toutes les existences...
Sans pouvoir se dérober...
Face au jour comme face à la nuit...
Au milieu des rumeurs et des ombres...
Dans ce (très long) couloir rempli d'horreurs et de cris ; cette sorte d'antichambre de l'inconnu...
Avançant – somme toute – assez machinalement...
Hors de la horde ; alors que partout scintillent les illusions...
Longeant le long mur de pierres grises...
(Très) naturellement...
Le cœur primesautier...
Passant (soudain) de la tristesse à la félicité...
Le soleil à la place du visage...
Et l'inquiétude qui s'estompe face à l'éclat de la lumière...
Sans rien oublier de la bêtise et de l'obscénité de ce monde ; et des mille possibilités rencontrées au cours de la traversée...
Cette nuit ; jusqu'à l'autre nuit...
Sur cette terre si peu concernée ; si propice à la création du simulacre...
Et, en nous, sous les secrets ensemencés ; l'intégrité du mystère ; de moins en moins perceptible à mesure que s'intensifie la comédie ; à mesure que s’accentue la cécité...
A travers les larmes et le vent ; l'esprit triste et ébouriffé – (totalement) inconsolable...
Alors que la saison s'étire vers sa fin...
De quoi se lamenter sur le sort des vivants...
Sans que rien ne puisse nous réconforter...
Toutes lumières éteintes ; jusqu'au seuil de l'immensité...
Et le cœur toujours palpitant ; et presque aussi serré qu'autrefois...
Alors que s'amplifie la dévastation ; et que s'approfondissent les sillons...
L'aube en son royaume ; (un peu) oubliée – le cœur pensif et le visage penché...
La longue (la très longue) ligne commencée au sortir de l'enfance...
Vers le plus lumineux...
Et face au soleil ; à présent...
Qui s'est (progressivement) éloignée des dévoiements et des compromissions...
Sans rien déplacer ; sans rien comptabiliser...
Laissant la banalité disparaître et ressurgir ; et disparaître encore...
Témoignant des merveilles et de la boue ; des accolades et des trahisons – à travers toutes les rencontres expérimentées...
S'abandonnant (sans résistance ni surprise) autant aux entraves qu'au mystère...
Vers l'invisible ; l'insaisissable – le voyage...
Froissant tous les désirs ; tous les projets ; tous les repères...
Offrant l'incertitude et la liberté...
Le goût de soi ; à travers le reste...
Et le goût du reste ; à travers soi...
Finissant par se fondre dans un seul visage...
Sous l'autorité (attentive et bienveillante) du regard...
Le lieu du jeu et de la lumière ; à peine plus loin que le poème…
Aux cœurs rompus par tous ces cercles nocturnes...
Pris au-dedans même du voile ; au-dedans même de l'épaisseur...
Ce si peu vécu (sans doute par manque de curiosité)...
Au(x)quel(s) s'adresse (pourtant) cette voix claire et sans superstition...
Porté(e) par le feu et le vent...
Offrant son souffle et ses flammes...
Comme le couronnement du destin – cette tâche si banale ; et capable (bien sûr) de s'adresser à chacun...
Auprès de cette lampe posée sur la pierre...
Au milieu des chants d'oiseaux crépusculaires...
Au cœur du plus quotidien ; au cœur du plus ordinaire ; les gestes et le cœur à découvert...
Sous la lune ; la roulotte établie...
Dans le froid des cimes...
La solitude assise...
Et ce rire qui émerge des profondeurs de la chair...
L'esprit (parfaitement) apaisé ; et l'âme à son aise...
Infiniment vivant ; face à cette lumière fraternelle...
*
Après l'effondrement ; au-delà de l'altération ; au-delà même de l'anéantissement...
Sous la surface ; ce qui règne – l'invisible à la manœuvre...
L'esprit (curieux et insatisfait) qui apprend (peu à peu) à échapper à l'illettrisme du cœur...
Comme pour s'extirper de cette impasse (de cette sorte d'étau) entre l'enfantement et les viscères ; entre l'asphyxie et la nuit traversée...
Prêt (enfin prêt) à se dégager des conséquences du sang et de l'inconscience...
A sauter par-dessus la balance qui oppose à la peur le dérisoire et l'obstination...
Qu'importe les élans contradictoires ; tant que la nécessité nourrit l'ardeur...
Sur la coulée du temps ; le devenir...
Entre ces parois si épaisses...
Le cœur appliqué à chérir hypocritement...
Au milieu des crimes – des masques et des déguisements ; au milieu de la danse et des défilés ; au cœur du grand carnaval...
Dans l'assentiment (enthousiaste) de tous les paradigmes de ce monde...
Faisant gonfler la pâte comme le levain...
Cette malheureuse baudruche sur le point d'éclater...
Le ciel – en soi...
Sous la caresse des arbres ; et jusque dans ce souffle et ce sang qui assurent notre survie...
Face à une foule de visages ; à une armée d'ombres au cœur aussi dur (et aussi froid) que le marbre...
Ce qui s'offre à l'étendue...
Face au déclin d'un monde sans promesse...
L'abandon et la lumière ; comme les seules armes envisageables...
Comme se répand le jour...
Sur toutes ces têtes piégées au cœur du labyrinthe ; pénétrées par l'ignorance ; atteintes de cécité ; comme dépossédées du plus essentiel...
S'enfonçant dans cette nuit sans perspective ; sans horizon...
Guidées par le plus sombre de l'homme...
Ravageant le monde ; dilapidant les merveilles ; aveugles à tous les miracles...
Courant dans le noir ; construisant (méticuleusement) la débâcle ; aggravant chaque jour l'ignominie ; échafaudant (presque toujours) le pire...
Répandant l'horreur et la mort – sans tressaillir [éclairées par un sourire de satisfaction (incompréhensible) sur les lèvres]...
Anéantissant tout espoir de lumière...
*
Au cœur du sacrifice ; ce si long sommeil...
Sans aveu ; au bord de l'inexistence...
Comme une parenthèse dans le voyage ; une sorte de séjour (un repos, sans doute, nécessaire)...
Un suspens au cours duquel la violence se déchaîne...
Sans question ; sous le même soleil (depuis tant de millénaires déjà)...
Sans rien comprendre ; sans rien saisir de ce monde apparemment réel...
L'esprit (bien) trop étroit ; (bien) trop épais ; (bien) trop empêché ; bien sûr...
Enchevêtré(s) dans la trame des choses et du mystère ; et comme entravé(s) par elle...
Parfaitement incapable(s) de déchiffrer cette existence et ce monde qui demeurent (à bien des égards) profondément énigmatiques...
Précipité par la force ; face à la loi...
Comme l'infini qui heurte un mur de poussière ; qui passe à travers une porte sans porte – qui franchit un seuil (une frontière fictive – une démarcation illusoire – inventée de toutes pièces par l'esprit de l'homme)...
Vers lui-même ; à coup sûr (ou, tout au moins, vers une forme d'élargissement) ; l'espace qui se rejoint (qui tente de se rejoindre) – en quelque sorte...
A travers l'effacement de l'artificiel ; à travers le renversement de l'illégitime...
Glissant (allègrement) vers la subversion nécessaire (requise par l'état pitoyable de ce monde)...
Au plus bas de l'âme ; au plus bas du monde ; là où les ténèbres rencontrent le cœur...
Sans faille ; sans fable ; sans fraude – possibles...
Sans qu'intercède ni la pensée – ni la prière...
Dans un état d'abandon décisif ; au plus haut degré (peut-être) de la déréliction...
Au-delà du cri et de la plainte ; au-delà des larmes et du refus...
En ce lieu où l'absence et l'obscurité peuvent se transformer en présence et en lumière ; aux confins du vide et de l'individualité...
Installé là où nul ne vient ; là où nul ne passe (là où nul ne peut venir ; là où nul ne peut passer)...
En ce lieu où la mort est le seul visage ; le seul usage ; la seule possibilité...
Accroché (si fébrilement) à nos lacunes et à nos faiblesses...
Alors que tout se déroule ; que tout se dévoile ; que tout se révèle ; émergeant de la véritable figure du monde...
La porte ouverte ; à genoux devant ce qui se lève ; à genoux devant ce qui s'avance (vers nous)...
Comme une lampe à la place de l'âme défaillante ; à la place du jour défectueux ; et ces larmes (involontaires – intarissables) qui ruissellent face au miracle...
*
Si férocement logique ; le monde...
Toutes les courbes ; redressées – et alignées...
Du plus anodin au plus essentiel...
Si atrocement industriel...
Et sans cesse répétant – réinventant – recommençant ; jusqu'à l'épuisement ; jusqu'à l'extinction ; jusqu'à l'anéantissement...
Toutes les alliances (naturelles) ; contredites – écrasées – oubliées – évincées – corrompues – détournées...
Sous le règne (absolu) du désir et de la terreur...
Jusqu'à exploiter (jusqu'à inquiéter) le plus infime brin d'herbe...
L’œuvre (monstrueuse) de l'homme...
Affleurant le reste ; le plus simple...
L'éternelle solution...
Vers ce dénuement lumineux...
Pour retrouver la joie des vivants...
Sans frontière – sans territoire ; l'étendue...
Propice à toutes les transformations...
Initiant l'élan ; puis laissant faire le reste...
Le monde en actes ; le monde agissant – tel qu'il nous habite ; tel que nous le vivons...
Place nette ; à l'approche...
Au seuil avancé de l'angoisse...
Avec ce surcroît de fatigue ; en plus du tourment...
Le cœur suffisamment vide – pourtant ; comme si toutes les ombres s'effaçaient...
Emporté(e)(s) par les songes ; dans une sorte de ruissellement...
Dans l'obscurité du chemin...
En plein hiver...
Le plus vivant...
La preuve criante de la défaite...
Sur le parvis des jours...
En plus de la source et des eaux boueuses...
A sangloter (inutilement) devant l'entrée du temple...
Face à l'adversité ; face aux reconquêtes (perpétuelles)...
Comme une nuit dans la nuit...
Aux prises avec la pensée complice...
Assis sur la pierre ; sans même le souvenir du premier pas...
Le cœur si mal accordé au sol et au ciel...
Le corps exalté ; inféodé au souffle (très provisoirement) victorieux...
*
Sur la neige invisible du monde ; l'âme – les yeux ; le geste et la parole...
L'être comme trempé dans la glace et la nuit ; au cœur de la matière la plus sombre et la plus insensible...
Des ombres dépeçant d'autres ombres...
Sous le soleil hiérarchique des valeurs...
D'un bout de chair à l'autre ; toutes les croyances éprouvées...
A gémir en plein vent ; alors que d'autres agonisent (atrocement)...
Mille armées qui s'affrontent ; jusqu'à l'extermination ; jusqu'à l'anéantissement...
L'insanité et la barbarie partout célébrées ; et leurs plus dignes représentants couronnés – et hissés jusqu'aux cimes du royaume...
A se traîner si tristement sur ces rives où, sous les masques de la morale et de la probité, se succèdent (sans s'interrompre) les pires impostures et les farces les plus cruelles...
Sur le territoire de la démesure ; au milieu des dérives et des trahisons...
Comme si les cœurs et les têtes obéissaient aux plus viles ambitions...
Ce que l'on violente ; ce que l'on asservit – derrière les sourires et les révérences...
Ce qui contamine l'entière étendue ; ce qui s'insinue sous la surface – jusqu'à souiller les profondeurs...
Prisonnier(s) de cet atroce spectacle* ; qui nous glace les sangs ; qui nous joue (à tous) des tours effroyables ; et qui finira (bien sûr) par avoir notre peau...
* qui relève (à la fois) de la mascarade et de l'escroquerie
Au cœur du quotidien...
Le geste habité ; la parole nue...
Le vide – le vent et la vérité...
La peur et le sommeil ; comme effacés...
Plus qu'un temple ; plus qu'un chemin...
Ce que nous sommes ; ce qui nous constitue...
Parfaitement libres ; parfaitement écoutés ; parfaitement vivants...
Comme s'il suffisait d'un peu de souffrance et de solitude...
Comme si tout pouvait s'effacer...
Comme si les ombres ne peuplaient que la mémoire...
Comme si l'on n'avait qu'à repousser la violence et le sommeil...
Cette nuit ; et toutes ces lois ; si vivantes – si épaisses ; par-devers soi...
Emporté(s) – déjà – au-delà de l'angoisse...
Au-dessus des cimes et des feux...
L'horizon ouvert ; comme un miracle...
Seuil après seuil ; tout ce que l'on parvient à franchir...
*
Sur le sol ; hurlant...
Le cœur enragé ; au bord de la suffocation...
Alors que rien n'a encore (véritablement) commencé...
L'esprit vide ; l'âme comme détachée...
Incapable de s'habituer à la puanteur de ce monde ; à l'étroitesse des interstices ; à l'indifférence des vivants...
Comme si un (insupportable) silence recouvrait la terre à la manière d'un linceul...
Dissident ; indissociable de la révolte ; de cette résistance (nécessaire) à l'oppression...
Porté par un souffle réactif (et viscéral)...
Plutôt le feu que les yeux vides ; que les yeux baissés ; que les yeux qui se détournent...
La bouche hargneuse ; en guise de poème – en guise d'horizon...
Le poing levé vers le ciel ; et cette prière (enflammée) adressée aux hommes...
Essayant d'offrir un peu de lumière à cette profusion d'obscurité (à la manière d'un vent jeté sur la poussière)...
Un geste infime ; à contre-courant ; face à ce qui nous opprime ; face à ce qui nous indigne ; face à ce qui risque (bien sûr) de nous engloutir (avec le monde)...
Ici ; le trouble...
Ce qui se crie ; dans ce bouillonnement (presque) insupportable...
Au seuil du trop serré...
La gorge au bord de l'asphyxie...
A tenter de reprendre souffle...
Comme un élan (naturel et un peu désespéré) vers l'étendue bleue...
Incliné ; sans calcul...
Alors que tout est rompu...
Toutes les alliances sur le dos...
Seul ; face à l'insoutenable...
Comme une plongée au cœur de l'inconnu...
Par-dessous le sang ; l'horreur que l'on exacerbe...
Dans ce monde irréel ; gouverné par le rêve...
Déplaçant des armées et des montagnes...
Accentuant la douleur – le supplice – le carnage...
Au nom de quelques têtes qui s'imaginent savantes (sachantes)...
Au nom du songe dans lequel tout est précipité...
Ce que nous avons créé ; à la manière d'une bouche – d'un ventre – d'un gouffre – qui engloutit tout ce que nous accomplissons...
Sans oser se risquer au-delà du songe...
Le monde d'avant la mort (et qui – irrésistiblement – y conduit)...
La vie éparpillée ; qui s'éreinte dans la poussière...
L'inexistence démultipliée...
En plein sommeil...
Qu'importe le jour et les yeux ouverts...
Qu'importe la lumière lancinante...
Au fond du gouffre ; l'errance...
Sur cette bande de terre étroite et trop peuplée...
Le Dieu pressenti ; et ce qui nous cingle...
L'histoire obsédante dont nul ne peut s'affranchir...
Et l'aube – au loin – insondable ; et que l'on parvient à atteindre pourtant à mesure que l'on s'abandonne ; à mesure qu'on se laisse pénétrer par l'Amour – le monde – les circonstances...
L'esprit vide...
Les mains dociles...
Le cœur enfin éclairé...
*
Le souffle prisonnier qui s'évade ; pour échapper à l'étouffement ; pris dans ce tournis qui conduit à l'asphyxie ; pour franchir les frontières – élargir l'horizon – arpenter l'univers...
Comme une rive (des rives – mille rives) nouvelle(s) à explorer...
Dans cet air vicié du déjà vu ; dans ce monde de l'éternelle répétition...
Ni plus ombre ; ni plus chaîne...
Dédommagé – en quelque sorte – de ce plongeon dans la nudité...
Plus loin que le sang ; plus haut que le ciel des hommes...
Comme cette goutte de rosée ivre du chemin parcouru – du périple qui l'attend – du cycle qui (inlassablement) recommence...
Infime et dérisoire ; mais émancipé(e) du monde et du temps [par son enchevêtrement (infini) avec le reste]...
Par-delà la fièvre et les embuscades fomentées par le temps...
Dans l'instant affranchi des attentes...
Comme l'écume – consciente des profondeurs immuables qui l'ont fait naître – qui acquiesce (avec d'autant plus de joie) à sa petitesse – à son insignifiance – à sa fugacité...
Bouche bée ; face à l'obscurité...
L'ombre de la joie partagée...
Sur cette pierre sans prestige où les hôtes – pourtant – sont accueillis...
Sans rien reconnaître du gîte...
Et passablement désappointé(s)...
Sur ces chemins de sable et de poussière ; enchevêtrées (et obsédantes) – la quête de l'origine et la course à l'étreinte...
Et bientôt gisant au milieu des Autres ; à même la déchirure – à même l'indifférence...
Le jour comme porté par le visage...
Les mains hautes ; sans dague ni épine...
L'âme (parfaitement) lumineuse ; sans accablement...
Le cœur fort et fidèle...
A travers toutes les expériences...
Ce que nous sommes ; au cœur de la résonance...
(Profondément) incliné ; à la verticale de ce monde ; à la verticale de toutes les assemblées...
*
Manœuvre du recul et des profondeurs...
Distance haute et langage (assez) mystérieux...
Gestes amples et lents...
L'âme vive – pourtant...
Au milieu des créatures et des choses qui, sans cesse, se renouvellent ; et qui, sans cesse, recommencent...
Notre univers – en somme ; avec ses forces – ses courants et ses danses ; s'essayant simultanément à l'obscurité et à la lumière...
Parcourus et déchirés ; tous les rêves...
Puis, plus loin – ce qui mène au-dedans...
Comme quelque chose à explorer – à élargir ; un passage peut-être...
Un non-sens (sans doute) à désagréger...
Une sente vers le soleil ; vers la beauté ; sans rien meurtrir ; sans rien amasser...
A la manière d'un équilibriste ; au-dessus des corps et des cris – entre la pierre et l'infini...
Entre le ciel et la pierre ; celui qui vit – celui qui voit – celui qui se laisse traverser par la poésie...
Comme des éclats d'infini accrochés aux signes – aux yeux – aux gestes – au cœur...
Le secret de l'âme ; ce qui s'expérimente et s'écrit (de manière quotidienne)...
Dans cette trame ; un peu à l'écart du monstrueux...
Ce qui compte ; ce qui s'impose ; le plus juste – l'essentiel (sans doute)...
Tel un fragment dérisoire ; si humble – si infime – si réticulaire...
Ce qui est offert ; de façon (presque) fugitive – l'impénétrable...
Le soleil et la simplicité des forces naturelles...
Comme un surcroît de temps...
Dans le regard ; le frémissement de l'enfance...
Et tant de fils à démêler ; et tant de sentes à explorer ; et tant de racines à reconnaître...
Vers l'abrupt ; sans pirouette – sans promesse – sans prouesse...
La hache virevoltant pour essayer d'éparpiller les malheurs et les tempêtes ; pour essayer de récupérer un peu d'air – un peu d'or – reconquérir une (infime) portion du territoire...
Et ce à quoi l'on parvient ; à mesure que l'on s'enfonce au cœur du chaos ; à mesure que l'âme et la joie retrouvent leur envergure (initiale)...
*
Qu'on aille là où les grilles sont des chemins ; jusqu'à se distendre – jusqu'à se liquéfier – pour franchir les limites – atteindre toutes les extrémités...
Sans calcul – sans cécité...
Avec le souffle clair ; et le cœur ardent...
A coup sûr ; hors du labyrinthe – à travers le franchissement (assez aisé) des murs...
Vers ce lieu où ne subsistent que la poussière – la lumière et le vent...
Parmi les charognes et le sang...
Dans cette nudité solaire – pourtant...
La pensée courbée jusqu'à la rupture...
Un pas dans le regard ; et un autre dans l'abîme...
Jamais à reculons ; jamais avant l'heure...
Au milieu des ombres ; au milieu de ce qui n'a jamais compté ; au milieu de ce qui se désagrège...
Comme l'âme fidèle ; comme la parole vivante...
L'illusoire insuffisance de l'âme ; face au monde...
Assez ample (qui le sait ?) pour absorber les ombres – les cris et les atrocités...
Ce qui persiste ; ce qui s'obstine dans cette espèce de péché que l'on porte (que l'on semble porter) ; cette manière si orgueilleuse de croire en l'individualité...
Sans rien réclamer...
Face au délabrement...
Face au déclin du nom...
Seulement l'apparition du chant...
Le temps jeté au feu ; au milieu des souvenirs et des rêves...
Dans ces flammes plus hautes que la mort...
Le voyage ; cette sorte d'éloignement du monde pour célébrer la perte – l'agenouillement – notre (parfaite) capitulation...
Très lentement ; l'émergence de la lumière...
La figure dressée sur la glaise...
Au milieu du monde dévasté...
Ce qu'il reste ; une fois la tristesse dissipée...
*
Le cœur ravaudé ; piqué à l'aiguille...
Encore incapable d'accolade...
Après avoir été (sans doute) trop traîné dans la boue ; après avoir été (sans doute) trop déchiré...
Convalescent (peut-être) jusqu'à la fin du voyage...
Vivant pourtant ; sans que rien ne puisse entacher l'Amour ; sans que rien ne puisse entraver l'immensité...
La lumière pas même voilée par l'insoutenable (bien que nous soyons incapables de le voir depuis ces rives)...
D'ici ; trop de lourdeur et d'opacité ; trop de douleur(s) et de peine(s)...
A remuer tous ces rêves ; tout ce sable...
A ramper sur la terre ; sous ce ciel...
Dans cet entre-deux inconfortable ; (assez) désastreux – et, pourtant, porteur de potentiels...
(Presque) exclusivement – dans le lieu du dehors ; sans même imaginer l'ampleur de l'espace habité...
Seul (si seul) face à l'insanité (apparente) de ce monde...
Si près de soi ; le jour – la nuit – le ciel – le sol – la fenêtre – l'envol – la dérive – l'effondrement...
Encore trop de possibilités – sans doute...
Des sanglots ; une pierre dressée vers le ciel et quelques croyances – voilà nos (seules) réponses face à la mort...
L'âme dévastée qui ploie sous le poids de la peine...
L'incompréhension sur les lèvres ; au fond des yeux – devant la chair fragile (et blafarde)...
Sans voir ni l'enfance ; ni le passage – au cœur de cette nuit (si courte – et qui semble, pourtant, interminable) ; comme enfoncé(s) au plus profond de l'hiver..
Si tristement vivant ; d'un jour à l'autre...
Et jusqu'à la fin (apparente) ; avec tant d'amertume et de naïveté...
Trop longtemps ; les reflets du monde dans les yeux...
L'écume projetée sur la rive...
Les seuls reliefs – si souvent...
Sur notre (étroit) lit de pierre...
Dieu penché sur le bois mort...
Entre le désirable et l'éblouissement...
*
Sans voir le sang...
L'hilarité et l'indifférence ; comme incorporées au cœur...
L'esprit mesquin et intermittent...
A se balancer entre la bouche et le bas-ventre...
Dans une violence froide (et déterminée) ; la main agissante...
Solidaire des crimes (de tous les crimes) ; jamais du reste – jamais des Autres...
Et l'âme tremblante des moins insensibles ;
Dans ce monde de viscères et de poignes qui relègue la terre à un territoire de chasse (à un vulgaire sac à provisions dans lequel on plonge une main avide)...
La trajectoire ; comme enroulée sur elle-même – autour du feu...
Trémulant dans l'air léger...
Du plus illisible à la clarté ; à mesure que l'on s'enfonce en soi...
L'infini ; au-delà des configurations et des possibles...
Ce qui s'entrouvre ; dans ce murmure (à peine audible)...
Au plus sombre du jour ; au plus haut du cri – à travers cette longue plainte (presque) silencieuse...
La bouche remplit d'absence...
L'inconnu encore ; au fond de soi...
Et le cœur antique emporté avec le reste...
Au loin ; vers l'horizon noir...
Ce sur quoi tombent les yeux ; partout à la ronde...
Et ce bleu toujours introuvable...
Partagé entre l'ombre et le rire...
Debout ; face au vent moqueur (presque persifleur)...
A travers le miroir et le songe...
La lumière solidaire...
Qu'importe l'envergure des rêves...
Qu'importe l'intensité du trouble et l'épaisseur de la pierre...
Ce qui se cherche ; caché sous le sommeil apparent...
A travers l'écume et les images en flammes...
Le rougeoiement de l'aube...
Ce qui pourrait advenir ; derrière la figure du possible...
*
Après tant de mensonges (et de trahisons) ; la riposte naturelle (et légitime) de l'authentique...
Au milieu des masques et des escroqueries...
La seule réponse ; la transgression des conventions...
Toutes les couleurs courbées vers la lumière...
A la lisière du geste...
Entre l'âme et la main...
Pour rendre inacceptables la douleur et l'obscurité...
Pour oblitérer la férocité et l'indésirable...
Retrouver l'alliance avec le monde...
Être à l'écoute des inflexions persistantes...
Et se laisser traverser par ce qui surgit...
Dans l'effleurement du temps...
Ce qui s'enfonce ; ce qui nous alourdit – comme le sommeil et la monstruosité...
Et rien que le soleil pour faire face à ce qui nous obscurcit...
Au milieu des Autres ; du Divin...
Quelque chose dans le geste juste et la parole vraie...
Comme une main et un verbe intègres ; sans fioriture – sans apparat...
Un élan né du dessous du rêve ; de l'autre côté du réel – pour ainsi dire : clair et spontané – parfaitement impartial...
Sur la pierre noire ; comme acculé(s) – le corps contraint de chercher l'âme – l'esprit – l'espace – la liberté...
Lentement ; par-delà la voix qui s'élève au-dessus du monde...
Plus haut que le rêve qui surplombe cette terre incertaine et intranquille...
Du feu (pur) jeté sur l'étoffe souillée...
Le cœur frémissant...
Comme un peu d'éternité froissée – entre nos doigts malhabiles – à travers nos gestes si maladroits...
Encore trop loin du soleil ; ce qui tourne (désespérément) autour de la mort...
*
Attestées ; la neige – la marge et l'obscurité...
Très précisément – touché(s)…
Au plus proche comme au plus lointain...
Le cœur (peu à peu) vidé de sa substance ; au profit de la peur (qui le submerge et l'engorge)...
L'esprit résigné – entravé par ses croyances ; et qui abdique face au monde – face aux circonstances...
Comme si l'on nous inoculait un poison (de façon assez insidieuse)...
Nous condamnant à l'immobilité et à ces (atroces) relents de moisissures...
Trop loin de la trame ; comme écarté(s)...
Empêtré(s) dans une imposture ; entre la mort et l'irréalité...
Une forme (puissante) de rêve dont on étire les bords ; jusqu'à la limite ; jusqu'à la rupture...
Une manière d'inventer un sol – un ciel – un horizon – une perspective...
Prêt(s) à (presque) tout pour s'offrir le sentiment d'une échappée ; la possibilité d'un mouvement ; l'espérance d'une évasion...
La cendre (si légère) des morts ; emportée au loin ; et qui efface l'essentiel de l'histoire...
Comme une image (quelques images – peut-être) de plus en plus floue(s) ; et qui se fissure(nt) davantage avec cette poussière d'os qui se disperse...
Avec la complicité du temps...
Et ce qui demeure dans les têtes ; et qui persiste ; et qui résiste ; et qui insiste – comme pour ne pas quitter ce monde – ne pas disparaître ; et ressusciter peut-être...
Dans cette nébuleuse imprécise – vaporeuse – inconsistante ; ce que l'on y découvre (en approchant les yeux) ; mille interstices – mille anfractuosités – dans lesquels sont retranchés quantité de souvenirs vivants...
Comme si ceux qui étaient morts n'avaient pas suffisamment vécu ; n'avaient pas suffisamment existé ; par-devers nous – à nos côtés ; comme si l'esprit voulait (en dépit de tout) conserver la trace de leur bref passage...
D'une faille à l'autre...
Sur ce chemin de pierre...
Comme tiré vers soi...
Dans les pas lents de l'enfance...
Affectueusement dissimulé(e)...
Sans brouiller les pistes ; en essayant de suivre les traces...
En dépit de ce qu'il reste de terre et de ciel enchevêtrés...
Entre nos rêves et la boue de ce monde...
*
L'innocence rehaussée par cet afflux de lumière...
Sans remontrance ; sans jamais se soustraire...
Par-delà les filtres et les canaux...
Par-delà le scintillement (trop) ostentatoire...
Plus haut ; juste au-dessus du fil au bout duquel sont suspendus les destins...
Derrière le grondement sourd (et presque silencieux) des âmes qui dévalent les pentes du monde sur lesquelles on les a jetées...
Sans comprendre leur désir d'ailleurs ; leur impératif de sublimation...
Trop ouvertement du côté de la course et de la terre ; du côté de l'agir et du faire...
Vers l'en-bas...
Comme pour se défaire du linceul noir qui recouvre les secrets...
Prisonniers des tourbillons incessants...
Comme quelque chose jeté en pâture à ceux (à tous ceux) qui sont torturés par la soif depuis trop longtemps...
Un irrépressible élan ; à travers l'éphémère...
Plus bas que le ciel...
Le costume du prisonnier dont la chair aimerait se défaire...
Le cœur aussi vaste que le monde ; tant que durera le rêve ; et qui pourra se déployer bien davantage après...
Et ce feu que l'on croit éternel...
Et cet infini de lumière (trop souvent inaccessible)...
L'Amour – à nos côtés – depuis le premier jour – depuis le premier pas – pourtant ; le visage caché de l'espace qu'ignorent les figures tristes ; tous les esprits las de marcher dans la boue...
Le temps de découvrir – et d'expérimenter – la palette des couleurs...
Au cours de cet étrange séjour sur le sol...
Comme coincé(s) entre la vase et la sève ; entre la braise et le sang...
Sous ce ciel si haut ; si lointain – si irréprochable...
L'âme pensive au milieu des choses ; au milieu des danses ; au milieu des ombres...
*
Le souci de soi ; comme un secret enfoui sous le silence ; et dont on ne peut se défaire...
A la manière d'un feu ; d'une lumière – qui nous anime ; qui nous éclaire – opiniâtrement – (presque) avec brutalité...
Si proche ; en dépit de tout ce qui nous sépare ; comme cousu dans les replis du cœur...
Ici – déchiré(s) ; comme une torture alors que le plus simple s'invite – s'impose ; alors que l'or ruisselle sur l'âme...
Ensemble ; détaché(s) – inséparable(s)...
Comme étreint(s) alors que l'âtre (et l'être) semble(nt) déserté(s)...
Comme si un poids invisible nous écrasait ; comme si nos pas sur ces chemins trop étroits étaient inutiles ; prisonniers(s) – en quelque sorte – du périmètre du monde...
Si magnifiquement seul(s) ; sans savoir que la solitude rend le cœur léger...
L'âme troublée par la course du monde ; ce qui pèse (atrocement) sur les âmes...
Comme sous un ciel d'ombres qui a tout recouvert ; jusqu'au désir d'un ailleurs – jusqu'au désir d'un autrement...
Sans compter la douleur de vivre sans Amour ; sans liberté...
Achevé en un éclair ; au lieu de l'absence...
Le temps courbé par trop de hâte...
Dans un monde sans fondateur ; qui s'organise à travers les relations qu'entretiennent ses membres (tous ses membres)...
Pris entre la mort et la lumière...
Avec un horizon constitué de perspectives et de possibles qui s'expérimentent jusqu'à l'ivresse ; jusqu'à la folie ; jusqu'à l'impossible ; jusqu'au renouvellement (incontournable)...
Née (pourtant) de la nuit ; cette parole rougeoyante...
Dense – festive – efflorescente – (parfaitement) silencieuse ; en dépit du déferlement (un peu) hiératique – (un peu) tapageur...
Vouée à ce qui demeure au cours du passage ; à l'impérissable logé au cœur de l'éphémère...
*
L'enfance éternelle – turbulente et trébuchante ; inféodée au jeu – au désir et à la curiosité...
Qu'importe l'envergure du monde – la chair chétive et l'âme apeurée...
Vers l'ardeur et la nouveauté...
Vers le feu et l'étreinte...
Et ce goût (irrécusable) du cœur pour la joie et la liberté...
Comme si trébucher portait hors de soi (trop loin de son monde familier)...
Comme si l'on n'était pas le reste...
Comme si la lumière naissait du désir de connaître...
Comme si la fraternité était un mirage – une divagation – une extravagance – une folie...
Comme si nul ne voyait l'impéritie et la grossièreté de l'homme...
Comme si l'on ignorait comment habiter cette terre qui continue de tourner (avec une profonde indifférence à la tournure que prend le monde)...
Renouer (enfin) avec le bancal – l'ébréché – le provisoire et l'infini ; trémulant dans la moindre voix – crissant sous le moindre pas ; inséparables de ce que nous sommes...
Dans l'ivresse naissante du jour...
Consentant à la langue et au silence...
Dans la pleine solitude de l'âge...
Nous frayant (discrètement) un chemin vers l'infini...
Dans cette trame étrange élaborée peu à peu (sans arrière-pensée – sans conspiration)...
Faisant glisser, au fil du temps, les marges vers le centre ; agrandissant, sans cesse, son envergure...
A travers une longue (et lente) dérive ; sans bannière – ni corruption...
Fragments d'autres choses...
Sur la crête des cris ; ce goût de l'espace pour lui-même...
Jusqu'au silence ; jusqu'à la lumière – vivants et enchevêtrés...
Ici ; à travers le geste et la contemplation...
Ce qui s'étreint – ce qui s'atteint – ce qui se réalise...
Accaparé par le rythme qui creuse ses fondations dans la matière en mouvement...
Sur les ruines du monde d'autrefois...
Sur l'étendue vide...
Dans l'écoute (précieuse) du premier silence...
Sans rien imaginer...
Tout sens dessus dessous...
Les lèvres (comme le cœur) labourées par le silence...
Le front près du ciel (et sur lequel viennent se poser les oiseaux les moins farouches)...
Dans le ventre ; la puissance de l'arbre...
Et l'âme qui sourit aux aléas du monde...
Ce que les hommes appellent le hasard...
Nomade ; au pays des arbres...
Entre neige et collines ; entre sève et soleil...
La respiration si proche des saisons...
L'âme légère et les pieds (fermement) posés sur la pierre...
Le cœur révélé...
Comme si nous portions l'ombre et la faute – le gris et la guerre...
Dans cette manière (si heureuse) d'être...
Envoyant au Diable les principes et les mesures trop précises...
Acceptant Dieu – le feu – la joie ; toute la folie de l'incarnation...
*
Alors que le cœur adoucit la terre...
Alors que la chair rencontre la pierre...
Tout devient nôtre ; et nous disparaissons – avalé par l'espace (comme si les murs du labyrinthe s'étaient effacés)...
Là-bas ; au-dehors...
Dans l'interstice étroit de la pensée...
Ce qui produit une parole verbeuse – ampoulée (si dérisoire au regard de ce qu'elle prétend exprimer)...
Et en deçà de toute intention ; ce qui jaillit de l'ombre et de l'en-bas – de la franche humilité – d'un Autre sans doute (encore recroquevillé dans nos profondeurs)...
La flèche juste du dedans ; ici même – à cet instant – un verbe d'envergure capable de traverser l'invisible et la matière pour toucher l'immensité que nous portons en secret (et qui a, sans doute, été très adroitement dissimulée à notre regard par un Dieu malicieux)...
Le cœur noueux – comme le bois du chêne – qui se déploie vers la lumière ; les hauteurs du monde ; l'enfance (inoubliable) de la terre...
Un trait (un simple trait) qui donne la direction aux vivants ; à toutes les formes d'existence...
Peu à peu – vers son dénouement ; et déjà (bien sûr) enraciné au ciel (parfaitement établi en sa demeure)...
L'aile qui nous porte vers l'immensité et la mort...
Au-delà de l'attente et de la faim...
Sans modifier le déroulement des destins...
Accueillis dans tous les cercles...
Avec leur or et leurs malédictions...
Debout ; face aux grilles du monde...
Au plus réel du chagrin...
Au milieu de ce qui dissimule l'invisible ; à travers un voile diaphane...
Passant d'une déception à l'autre ; jusqu'à ce que tout se dissipe – s'efface – se révèle – s'inverse...
*
Au plus loin ; alors que tout signifie...
Comme si un masque – mille masques – recouvrai(en)t le visage des vivants...
Comme la réplique du même nœud autour de la gorge...
Une (véritable) épreuve au pays du passage...
Sur ces pierres ; comme en suspens...
Le front contre le mur...
Depuis des millénaires que l'on attend...
Tel un point dans l'espace – précipité dans l'immensité ; pour dessiner un trait de funambule – un fil autour duquel s'enrouler...
Dans les pattes du monstre-écraseur de créatures...
Comme un (minuscule) caillou dans sa chaussure...
A peser (pourtant) de tout son poids ; pour freiner l'allure – retarder la débâcle – tenter l'impossible...
Dans le toujours oui de ce qui vient...
La chute – l'abîme – l'envol ; le déploiement ou la restriction...
Bien plus qu'un rêve ; bien plus qu'un cri...
L'acquiescement ; au carrefour de toutes les voies – au cœur de tous les bruits de la terre...
Par-delà le refus – la grossièreté – le sommeil et la folie...
Ce qu'il nous faut vivre (de manière impérative)...
Dans la proximité (obsédante) du dedans...
Se rapprochant et s'éloignant...
Dans le flux et le reflux de la lumière...
Ici ; sur cette pente de pierre...
Le vide sous les yeux...
Alors que scintillent tous les reflets...
Alors que la vérité partout se révèle...
Nous préférons détourner le regard ; vivre autrement – accroître l'absence et la déchirure – nous éloigner plus encore (comme si notre exil ne nous privait déjà de l'essentiel)...
*
Nous encore ; alors que le vent passe...
Inconnu dans l'inconnu ; alors que se transmet le connaissable...
L'espérance de l'aube ; comme un tourment...
Quelque chose qu'il faudrait lancer contre les forces réfractaires...
A deux doigts du poing levé...
Si clairement dans la dissonance ; à présent...
Comme un épuisement du désir qui, autrefois, se dressait dans la boue...
Des tempêtes (en pagaille) sur la tendresse...
Sur le corps du premier venu...
Et l'ivresse face aux tremblements de la lumière...
(Sans doute) à la marge la plus lointaine du monde...
Des lignes disjointes qui excusent les lacunes – les manquements – l'inauthentique...
La voix dans le corps ; et la langue dans la voix...
Et ce silence qui se détache au fond des choses...
La main glacée ; le cœur coupant et déchiqueté...