Carnet n°298 Au jour le jour
Août 2023
Dans l’éparpillement du sens et des visages...
La chair indistincte de la pierre ; et ce cœur énorme – immense – qui bat au rythme des chants qui montent – des poitrines vers le ciel...
L'envergure et l'éternité ; vivant à travers ce qui passe...
Une courte halte ; le temps (si bref) de l'écume et de l'épaisseur...
Qu'importe les fenêtres et l'opacité...
L'âme enfouie dans son absence ; et condamnée – comme le reste – au tumulte du monde – au désordre des choses...
A s'étrangler dans la dissemblance...
Le cœur haineux et lézardé...
Et la parole reléguée au dogme et à la propagande...
Au cœur de cet étrange cortège – épargné (jusqu'à présent) par les vents – en attente d'un chemin plus large – plus ouvert – plus fécond – qui ne pourra s'offrir que lorsque l'esprit saura s'arracher au désarroi et à la puissance des certitudes...
*
Vie mensongère sur les lèvres trop bavardes ; dont s'habillent toutes les âmes oublieuses du Divin ; qui rêvent de parures et de couronne princières...
Choisissant (malgré elles) le gouffre des miroirs et des éclats plutôt que la longue (et sinueuse) route vers la vérité...
A s'imaginer respirer auprès des Dieux ; auprès des rois ; et oubliant que leur ventre est rempli de vers et d'excréments...
La peau nue ; et l'âme barricadée...
Le cœur derrière ses barreaux de chair – derrière ses grilles d'images et de mots...
La respiration du monde ; comme oubliée...
A s'endormir, chaque soir, entre le ciel et les malheurs ; l'esprit condamné à choisir – croient-ils – en imaginant leur corps pourrir au fond d'un trou...
Du vent – toujours – vers l'invisible...
A travers la mémoire qui s'épuise...
A travers les étreintes du temps...
La terre immobile ; et régulièrement submergée par les eaux de la tristesse...
L'âme ; couleur de neige – couleur de ciel ; regardée comme la résistance la plus haute à l'esprit de l'homme...
Au cœur du sommeil ; des tourbillons de rêves et d'insomnies ; mêlant leur langue et leurs frontières...
Jamais séparé(s) de la torpeur ; la danse – le monde ; ce qui tournoie avec le reste ; les alentours ; au plus près de l'essence des choses...
Sans nom – sans signature...
Simple réceptacle – entre l'enfance et le cri ; là où s'esquissent le destin et les pas ; en amont de l'oubli ; en ce lieu qui appelle au retour – à traverser l'ombre et la terreur pour retrouver l'innocence initiale ; et pouvoir (ainsi) rejoindre le silence et la lumière...
Une manière (assez méconnue) de vivre la joie et l'étonnement perpétuels...
*
Au dernier degré de l'innocence ; la neige...
Loin du brouillard et de l'attente ; des esprits fats et des âmes empesées...
Le cœur tendre ; aussi bleu que la route ; aussi rieur que le ciel – applaudissant la parole vraie – les bras affectueux – les gestes qui cajolent ; et barrant la route à toutes les images – à toutes les ruses –à toutes les illusions de ce monde...
Sans rien penser ; la douceur de ce qui se tient en retrait ; et l'ardeur de ce qui tranche l'ignardise et la prétention ; derrière la figure (changeante) d'un Dieu vivant ; le plus nécessaire (sans doute) ici-bas...
A l'ombre des mots et de la mémoire...
Dans l'insécurité du refuge...
Hors du cercle ; et hors du silence...
A travers ce qui peine et résiste...
Si éloigné encore de cette respiration ample et naturelle – sans artifice – sans aménagement...
A chanter au milieu des ruines – dans la pénombre commune...
La tête inclinée contre la nuit – contre la pente...
Sous le rire franc de la lune rousse...
Rien d'inavouable dans le cœur des assassins...
Dans cette chair – sur cette terre – qui pousse au crime tant la faim et l'ambition semblent indépassables...
Sous le règne d'une morale sans perspective où s'affrontent les partisans de l'armistice et ceux qui prônent la flagellation...
Au-delà de tous remèdes ; le regard et les lèvres aimantes ; gorgés de silence et de joie ; s'offrant (d'un même élan) au ciel et à la poussière ; sans rêve – sans exigence ; (sûrement) l'une des seules possibilités en ce monde...
*
Moins à dire qu'à comprendre...
Dans le silence et la grâce ; quelque chose du vent et des étoiles ; poussière vagabonde – poussière changeante – en quelque sorte...
Et la mort – belle – majestueuse – admirable – complice – qui a tout envahi ; jusqu'aux entrailles du plus personnel...
A revenir – encore et encore – pour embrasser ce qui peuple la terre...
Aujourd'hui comme hier ; et demain comme aujourd'hui ; au-delà des saisons et du temps – au-delà des âges de l'homme et de la pierre ; au-delà même des âges cosmiques...
Le visage penché sur ce qui souffre ; sur ce qui gémit ; sur ce qui appelle (et réclame)...
Et venant ; comme pour offrir au reste ce qui leur est dû...
A l'ombre de l'éloignement...
Dans la neige qui s'épuise ; quelques traces ; une lumière fragile – sur le point de s'éteindre...
Comme échoué(es) sur ces rives perdues ; l'âme et la parole...
Et cette voix ; et cette présence ; si ignorées du plus commun...
A traverser le monde comme les oiseaux qui jouent dans le vent ; d'un air enjoué ; et sans laisser la moindre trace de leur passage...
Sur la pierre bancale et éphémère ; le temps parvenu – le temps sacrifié – comme sur un trône de papier...
Au milieu des fleurs colorées – indifférentes à toute mainmise – à toute autorité...
Dans les bras du soleil et des saisons ; comme si elles détenaient la clé du passage qui affranchit des siècles et des heures...
*
A perte ; toute poursuite...
Plutôt l'immobilité...
L'accueil plutôt que la mémoire et la volonté...
Tantôt naissance – tantôt silence...
Comme l'éclosion des corps ; ce qu'enfante la semence des Dieux...
En cercles (presque trop) parfaitement circonscrits...
A vivre sous le même soleil que les fous...
Le coin de l’œil plutôt philosophe...
A contempler les luttes et les concertations...
Découvrant, peu à peu, la source de la tendresse ; et la couleur des yeux aveugles ; et toutes les douleurs de ce monde (sous l'indolence apparente)...
A grand-peine ; cette reconquête du rien – de l'espace ; aussi épique que l'aventure des arbres en ce monde...
Brusquement ; l'invisible au lieu de la cécité...
La même poussière – pourtant ; mais délivrée de la tristesse...
Un visage à la place de l'ignorance...
Déjoués ; le jeu et la vitesse...
Et le bleu (bien sûr) qui a remplacé l'abîme et la nuit...
Dans le cercle – sans frontière – des circonstances...
Sans trace – sans reflet – en dépit de la multitude ; en dépit de l'abondance...
A l'écart des apparences ; à proximité de ce qui s'efface...
Au cœur de la source – du mystère – du périple ; au centre du triangle d'or – en quelque sorte...
Inscrit dans le lieu du tumulte et de la bonté ; à se laisser porter par le monde et l'indigence ; au milieu des courants – cette solitude – peuplée – amoureuse – aimante – (très) joyeuse...
*
Par-dessus la tête des fous...
Sur la route ; abandonné(e)(s) ; la nuit – les âmes – le monde ; et les pas vacillants...
Loin des foules hystériques et des histoires qui ravissent l'esprit des hommes...
Au-delà des mythes ; au-delà des fables et des rêves lénifiants...
Lentement ; le regard – attentif à ce qui respire ; à ce qui est vivant...
Ôtant le poids sur les épaules...
La souffrance ; et le reste ; à la merci de la lumière...
Aux malheurs du monde ; la réponse (mesurée) des feuilles noircies...
L'âme tremblante ; et ce rien de lumière offert par les gestes et les mots...
Et cette joie dans le sillon des pas ; sur le sol tremblant...
Comme autant d'étreintes ; et de coups de pouce – à ce que l'on appelle le destin...
A écrire ; la parole enfouie dans le silence ; et qui émerge à travers le feutre qui danse – la main qui s'anime – l'âme qui se révèle...
Comme un soleil – un royaume – un univers – sous l'écorce des jours...
Le feu et la lumière ; à travers l'apaisement...
La mort ; l'hiver ; et l'attention nécessaire...
Le cœur ; autrement...
Si éloigné des fables ; et des fils qui nous relient à l'ombre...
L'alphabet du réel ; plutôt que la conjugaison des rêves...
Et le sol plutôt que la carte...
Sens dessus dessous ; l'âme chamboulée par les instincts du monde ; et le silence qui se dissimule derrière l'existence des êtres et des choses...
*
Sur le sol ; inguérissable – engourdi...
Dans l'ombre du seul ; au seuil du monde...
Gorge déployée – sur le chemin ; et l'âme timide...
A osciller entre l'attachement et la liberté...
A offrir, peut-être, ce qui s'est (en partie) perdu...
A hisser le rire au-dessus de la pierre...
A vivre quelque chose que nul ne saurait expliquer...
Dans la grandeur du mystère...
A hauteur de l'infime...
Des histoires et des particules...
A exister au-dessus du mensonge...
A offrir une parole depuis le plus haut silence...
Au cœur de la tourmente et de l'illusion – pourtant...
La langue ; et les mains – sur l'écorce vivante du monde...
La porte ouverte sur le mélange ; au cœur des entrailles du reste...
Au seuil de l'enfance (puérile) qui prolonge l'origine...
A l'écart des hommes et des Dieux fainéants – pourtant...
Sur la roue (branlante) des incertitudes...
Parallèle(s) aux sentes communes...
Une chose à la fois ; et sans hasard...
Qu'importe les pertes et la gloire (que peut connaître l'esprit humain)...
Les existences (toutes les existences) comme des grains de sable dans l'océan...
Et ce qui respire ; dans tous les interstices creusés par la lumière...
La figure bleue ; inscrite sous l'étoile florissante...
Qu'importe les ombres ; qu'importe le temps...
Une succession de gestes – de lignes – de pas ; dans le prolongement de ce qui ne peut connaître l'épuisement...
*
Au premier sourire du monde ; la confiance accordée...
Et la main devant la bouche pour s'excuser...
A mesurer l'envergure de l'âme et la gentillesse des visages...
Avec, au fond du cœur, la peur (terrible) du dos et de la poussière ; de la volte-face...
Et tout ce noir ; et tous ces cris – dont on ne sait que faire...
Comme la croyance d'une lampe accrochée sous chaque front...
L'illusion d'une fraternité en éveil...
Le ciel oublié – plutôt...
Les seuls bras tendus ; ceux qui pendent le long de nos flancs...
Au cœur de la blessure et de l'hiver...
Rien – ni personne ; aucun appui – aucune possibilité...
De la douleur et du froid ; seulement...
Pour notre peine de pénitent(s) terrestre(s) (en pleine expiation)...
Le cœur solitaire dans la broussaille...
Ce qui précède le vertige et la métamorphose...
Ce qui se conjugue avec la découverte du monde...
L'Autre en tête ; puis la mort...
A regarder par-dessus la confusion...
A s'exécuter avec obéissance alors que le silence et l'oubli (déjà) se manifestent...
Dans le vide et le ventre ; le ciel sans âge – la charge – le change ; et (parfois) le chant de l'oiseau...
Un chemin de pierre ; tantôt vers le rire – tantôt vers le pire...
Dans le plus sombre – le plus enfantin ; déjà le déploiement ; et même l'allégresse...
Le plus neuf ; et l'interrogation ; en dépit des figures grises...
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La terre défaite sous le ciel parfait...
Sous les cris incessants de ceux qui vivent ; et qui rêvent d'échapper à la mort...
Le faix sur l'épaule ; allant (malgré eux) vers l'au-delà ; et la lumière...
Pauvres mortels qui s'inquiètent et se querellent ; affolés – aveuglés – par le peu de jours qu'il leur reste...
Le partage réalisé – à travers la main apparemment inique – par le ciel sans reproche (ni défaillance)...
Dans l'exactitude du geste et de la proportion...
Parfois rêve – parfois trésor – parfois papillon...
Qu'importe ce que le destin dessine...
A disparaître – à s'effacer bientôt alors que subsiste le désir d'Absolu ; et (si étrangement – si mystérieusement) aussi cette folle envie de s'attarder (un peu)...
Au cœur du jour ; l'immensité du monde ; l'intimité de la chambre ; et l'âme imprévisible ; comme soumise aux caprices de l'enfance...
Et ceux qui tentent de pénétrer le ciel à coups de prières ; et qui font entendre leurs psalmodies ; et leurs cris ; et qui affichent leurs crimes (avec fierté) ; au nom de Dieu...
La bouche enflammée ; et la chair meurtrie sur la pierre...
Et nul lieu (bien sûr) où se réfugier ; et personne (bien sûr) pour nous consoler...
Et le désir (encore) de vivre – de s'étendre – de se perpétuer ; comme les seules ambitions terrestres ; ces forces – cette volonté – à l'insu des hommes...
Le silex pointé vers la lune – vers l'azur...
Et les pieds pris dans les jeux du monde ; et l'impatience de l'âme face aux figures tristes – voilées – inattentives...
*
Vers ailleurs – le ciel (sans doute) – le cœur et la ligne ; cette prière silencieuse – sans les mains – sans les lèvres – sans personne ; sans même le recours aux âmes charitables...
Le sacré en lui-même – sur lui-même ; s'appartenant ; et s'offrant au reste (si l'on peut dire) ; et se répandant secrètement sur le monde...
Comme une terre sans ombre au milieu des murs....
Et les grands arbres comme gardiens des lieux...
Avant l'écriture ; avant même la parole...
Quelque chose des Dieux et de la pierre...
Quelque chose qui précéda les mythes...
A l'origine de la terre et du ciel ; l'espace brut (et indistinct) – peut-être...
Et qui subsiste encore dans le plus primitif du langage ; et dans les gestes qui savent embrasser ; et dans les âmes rugueuses et indociles aux lois des hommes...
Un avant-goût de l'après ; comme autrefois – aux temps originels ; ce qui est né avec le premier enfantement...
Impérissable ; ce pays de chocs – de heurts – de ruptures...
Et cette pente qu'il faut (sans cesse) dévaler pour se (re)mettre à niveau ; atteindre l'altitude à laquelle vivent les hommes (l'une des plus basses de ce monde)...
A vivre dans l'effacement (indiscutable) des Autres ; et la mémoire (atrocement) cumulative ; des prix comme des proies ; mille choses à convoiter ; en plus de la place de ceux que l'on envie...
Le visage rageur – le visage ravi ; devant le monde ; le miroir...
Nimbés de sommeil et d'éclats...
A édifier (très ostentatoirement) des monuments à la gloire du factice et de la démonstration...
L’œil inévitablement fermé...
Des existences vouées aux victoires apparentes ; des jours – des siècles – de strates amoncelées – terriblement mensongères ; et ce mirage – cette chimère – cette imposture – (très) douloureusement vécu(e) lorsque le regard s'approfondit ; lorsque l'invisible se laisse approcher ; lorsque l'esprit comprend (enfin) la nécessité du retrait – de l'effacement – de la soustraction ; et le dérisoire des reflets...
La vie trahie qui, soudain, (nous) saute à la gorge...
*
Au cœur des tentatives ; de l'irrésolution...
Sous le ciel – bas – infime – précaire – des hommes ; exactement...
Si loin de la traversée du plus intime...
Sur la route sinueuse et bruyante ; entre les pierres – les cris – les songes – les mirages...
Au milieu des Autres et des édifices ; au milieu des tombes et des ruines à venir...
Nous éloignant (peu à peu – imperceptiblement) des murs – et des miroirs – du labyrinthe...
De manière précise ; pas à pas – vers l'élargissement et la suppression (du plus personnel)...
Un monde de figures ; si profondément...
Des yeux ; de la chair...
Entre l'abîme et la lumière ; ce que creuse le ciel par-dessous la pierre...
Entre le désir et l'effroi ; dans le sillage (mystérieux) du jour...
Voyage intermédiaire...
Des rives intranquilles au pays où l'on se perd...
Jusqu'à la source dispersée du silence...
Le ciel sous nos pas ; et les vents du monde...
Et le souffle déployé au cœur du passage ; l'énergie comme décuplée...
L'âme (presque) entièrement dévolue à la traversée...
Des siècles enjambés en un instant ; l'histoire qui défile en un éclair...
Et l'oubli à l'issue de la découverte...
Et ainsi – inlassablement – recommençant...
Le sable – le soleil et l'impossible ; côte à côte...
Sur le sol ; devant les yeux – au fond de l'âme...
Bien plus qu'une hypothèse...
A travers la multitude ; l'absence ; et le territoire inconnaissable...
Dans l'intrication mystérieuse de l'essence et des apparences...
A défricher (encore) le chemin...
A déchiffrer (laborieusement) les premières lettres du mystère...
Au seuil de l'invisible ; au bord du vide – le secret pressenti...
*
Briques de terre empilées sous la charpente recouverte de chaume...
Abri des bois ; refuge du lointain ; au-dessus du monde...
Dans l'oubli des visages et des noms ; plongé dans cette (sur)abondance de vert ; au milieu de la forêt ; les pieds sur la pierre...
Arbres – feuilles – herbes – mousse ; le front à hauteur d'humus...
La peau couverte de fleurs sauvages...
A l'ombre ; les jours qui passent...
Loin des hommes endormis ; piégés dans cette somnolence qui s'épaissit au rythme des bruits de la ville [emprisonné(e)(s) dans les filets colorés – et prometteurs – de la modernité]...
En plus du vert ; le jaune et le bleu qui nous accompagnent...
Dieu au-dessus de la rocaille ; et parmi elle, le plus souvent...
Nous autres ; à l'égal des bêtes ; de tous ceux qui habitent sous les frondaisons...
Dans l'harmonie des teintes et des prérogatives de notre lignée (ascendance et fratrie) – membre (à part entière) de notre parentèle ; et la douleur des hommes comme suspendue ; soustraite sûrement...
Plus la moindre tache ; plus le moindre labeur ; la danse du feutre et des pas ; des signes parmi d'autres – réunis dans les mains qui décident du sort et du partage ; le cœur affranchi du noir ; jusque dans ses battements – le soleil et la joie ; ce qui (jamais) ne nous abandonnera ; comme l'amitié du ciel pour ceux (pour tous ceux) qui vivent hors des cercles humains...
L'histoire du monde ; dans tous ces riens accumulés...
A travers le retour – en soi – de l'origine ; comme le prolongement direct de la lumière qui traverse l'épaisseur...
Une sorte de géographie (changeante) du cosmos ; et l'impression d'un exil ; d'un éparpillement hivernal ; à la manière d'un archipel aux îles (très) dispersées...
Avec mille itinéraires et mille voyages – possibles ; séparés (en apparence) les uns des autres ; et au terme desquels attend (sans impatience) le visage (souriant) de la mort ; et le grand mélange...
Comme une fenêtre sur un monde né d'une autre source ; matrice première – peut-être – du feu et de la matière...
Perceptible depuis d'infimes interstices (terrestres)...
Dans les intervalles d'un temps suspendu ; déconstruit – en quelque sorte...
Et sans autres usages que la gratitude – la contemplation – l'émerveillement...
*
Au-dehors ; comme arraché...
Antérieur à la source du temps...
Bien avant l'invention de la matière ; bien avant que l'usure et la fatigue n'asservissent la chair...
Dans la matrice même de la blessure ; là où sont nés les univers et les mondes ; et que l'esprit, parfois, dédaigne ; et que l’esprit, parfois, balaie d'un geste lorsque, de nouveau, il aspire au silence et à la tranquillité...
Là ; dans l'un des recoins abandonnés par le sommeil et l'ignorance...
A travers tous les possibles ; l'espace rejoint – indemne – intact ; aussi neuf qu'avant l'extinction de la soif...
Inlassablement occulté et repeint ; jusqu'à ce que se ternissent toutes les couleurs ; jusqu'à ce que disparaisse la folie ; jusqu'à ce que les yeux soient capables de rester (suffisamment) ouverts pour que puissent ressurgir la transparence et la lucidité...
Au creux des mots qui cheminent ; d'un monde à l'autre ; intermédiaires – en quelque sorte...
Entre les pierres et la dissipation...
Alors que le gouffre est assiégé – et envahi – par les ignorants ; et que les vents ne sont assignés qu'à l'éparpillement des cendres ; ces restes d'histoire(s)...
Comme piégé(s) dans la boue – au fond d'un trou (profondément) nocturne...
Sous le regard (tantôt amusé – tantôt compatissant) de ceux qui ont fait un pas de côté ; et qui vivent (à présent) au milieu des arbres ; hors des cercles inventés par les hommes...
A travers les lois du père ; la défaillance ; le jour manqué – les rêves ; et l'exil du réel (inévitablement)...
Sur ces rives peuplées de figures tristes et criantes ; ignorantes et irascibles...
A travers ce sable amoncelé en édifice ; jusqu'au recouvrement total – jusqu'au recouvrement parfait – du monde...
A travers mille guerres picrocholines ; et l'esprit (laborieusement) labyrinthique...
Quelque chose du bavardage – de la farce et de la tragédie ; infiniment théâtral...
Et des paroles à perte ; perdues à jamais – sans doute...
Comme étranger(s) à ce trop-plein de luttes et de rivalité ; à ce trop peu de veille et de lucidité...
Le jour – le silence – la vérité – la lumière ; des choses parmi d'autres – sous le règne du dérisoire ; le monde régi par les lois absurdes – ridicules – insignifiantes – des hommes...
Du brouillard ; du repos à bon marché...
Sans importance ; le monde ; en comparaison des songes ; et la place (bien sûr) prépondérante des illusions...
La terre saccagée par les ambitions ; et toutes les promesses des hommes ; de tous ceux qui se pensent maître sans savoir qu'ils sont les instruments – et les serviteurs – d'une main qui les utilise à des fins qu'ils ignorent (encore)...
Les yeux de l'enfance parvenus jusqu'aux confins du monde...
Si proche d'un ciel à la dérive ; entre ici et la vérité ; dans cet écart infime...
Le jour hissé au-dessus (bien au-dessus) des hommes et du temps...
L'âme (très légèrement) penché sur l'éphémère...
Le cœur – et le chemin – entre les mains de ce qui a abandonné l'étude des (innombrables) tablettes du monde et qui marche, à présent – à petits pas tranquilles, sur la voie qui s'invente (et se réinvente) à chaque instant ; comme une danse (involontaire) vers la justesse et la légitimité...
Et le reste qui oscille entre la joie et le silence...
Une existence discrète et naturelle nourrie d'essence et de simplicité ; ce qui, ici-bas, semble si peu désiré...
*
Personne ; dans le cercle – l'existence...
Des âmes seulement ; dénudées...
Et l'esprit affranchi des signes et des symboles...
Sur cette ligne qui semble séparer l'exil et la nuit...
Les fils du destin défaits ; et jetés – devant soi – sur le sable...
Au-dedans ; l'espace – le bleu ; jusqu'au cœur de la transparence...
De proche en proche ; le rose qui s'édifie – recouvre les yeux – plonge dans le regard – colore l'âme – les mains – la peau ; cherche à détrôner l'or et le rêve ; toutes les lois du monde...
De l'intérieur vers l'extérieur...
La teinte des lèvres et des fleurs qui creuse son sillon ; sa voie dans cette grisaille – cette opacité – cette épaisseur...
Comme la joie et le silence ; (pleinement) engagé(e) dans la bataille ; et dans chaque recommencement...
Et de plus en plus visible (et évident) ; à mesure que se dessine – et s'approfondit – ce sourire ; sur notre visage...
Ce qui s'impose de manière manifeste ; la couleur de l'inaltérable...
*
Gorges rouges ; sur la terre...
Criant ; se souvenant ; s'essayant au monde ; à mille choses ; avant de défaillir...
Se réchauffant (essayant de se réchauffer) entre elles ; et distillant la peur – en attendant...
Ouvrant les veines ; au lieu du cœur...
S'imposant par la force ; et brandissant la menace et l'imprécation – et le coutelas (si nécessaire)...
Parcourant les cimes et les ténèbres ; se croyant parvenu(es) au faîte et aux confins...
N'ayant – en vérité – pas même commencé le voyage...
La chair tremblante ; face à la mort...
La nuit rehaussée par les bords...
Aux côtés des cendres des anciens – ancêtres connus et aïeux lointains – que le vent a éparpillées sur la terre...
Et des âmes – qui donc s'en soucie ; qui donc s'en souvient...
Dans les bras (invisibles) de la tendresse (sûrement)...
Gestes et pas timides ; propitiatoires ; dans l'élan et la perspective – naturels ; ceux qui ont été (singulièrement) choisis pour cette expérience terrestre...
Sous le sceau du secret ; l'anonymat et la fraternité discrète et assidue ; manière, peut-être, de se hisser (sans volonté – sans orgueil) à la hauteur des Dieux – à l'altitude qui convient ; là où le ciel et les chants s'intensifient ; là où le silence et la pierre dansent ensemble ; et dont les étreintes révèlent le mystère et la profondeur de leur intimité...
Caché(s) derrière une épaisse couverture verte ; les arbres – nos frères – nos alliés...
Si proche(s) de nos lèvres ; l'invisible – et les âmes rassemblées ; et ces lignes ; et ces feuilles – qui échappent aux lois du monde – au règne de la séduction et de la discorde...
*
Ce qui se balance dans l'esprit...
L'air que l'on fredonne...
Accompagnant le chant des arbres au crépuscule ; lorsque les bruits des hommes se dissipent...
L'apprentissage de la douceur ; contre la bêtise (et le mépris) de ceux qui ignorent ; de ceux qui exploitent...
L'âme qui s'incline face au soleil ; et le cœur qui suit (docilement) le cours des choses ; le rythme naturel du monde et des astres...
Un bout de terre rien que pour soi ; où cohabitent le feu – la pierre – le ciel et le sublime...
A nous abandonner au bleu de toujours ; à vivre – comme les bêtes – l'instinct et la mort en tête...
Le cœur chantant sous les poils – sous les plumes...
L'âme enivrée de terre et de liberté...
Sur la branche ; sur le sol – au rythme de la faim...
Comme s'il y avait un Autre – quelqu'un – derrière soi ; et tous nos tremblements devant les larmes et le sang qui ruissellent sur la pierre...
Au loin ; le chant ; et les corps calcinés ; et les têtes enfumées...
Au cours de la traversée ; le règne du dérisoire...
A l'image des vies éparses et froissées...
Des histoires sans trace ; malgré d'émouvantes trémulations dans la voix...
Si peu disposés aux chemins qui parcourent le monde ; en ignorant l'Autre (le grand Autre) ; et la source ; et la vérité..
L'ultime pauvreté – peut-être ; ce que nul ne saurait cacher...
Le ciel et le silence – et le regard – piétinés à coups d'intentions – à coups de prières et de paradis fallacieux...
L'esprit comme piégé dans ses délires – dans ses inventions ; si peu soucieux des (innombrables) répercussions de ses hourras – de ses enivrements – sur les usages du monde...
Quitter l'argile et le désenchantement ; le manque et le sentiment d'inachèvement ; la faiblesse et l'étroitesse du passage ; pour la possibilité d'une âme réellement engagée et clémente...
Ce que l’œil décèle dans le fouillis des perspectives – la pagaille des pas – le désordre impétueux (et tapageur) de ce monde affairé ; en plus du ciel silencieux...
*
Du sable encore ; malgré le vent...
Des lieux mouvants ; et l'obéissance de l'âme...
Des racines au silence ; à travers mille chemins ; mille découvertes – mille obstacles – mille traversées...
La fièvre nourrie par l'ardeur et le sang ; et qui pousse le pas...
De feuille en feuille – de pierre en pierre – d'arbre en arbre...
Et sous la surface ; et au-dessus – l'invisible à la manœuvre...
Le dehors animé par le dedans...
Qu'importe le regard ; qu'importe l'opacité...
A se réjouir – encore et encore – inlassablement...
En se dégageant du faix à mesure que la charge s'alourdit – se précise – devient insupportable...
Comme un peu de lumière sur la pierre ; sur la danse ; et le silence environnant...
A l'âge de l'autre nom ; à corps perdu...
Dans les fissures creusées dans l'épaisseur ; et les gestes (tout) tremblants...
Par-dessus les Dieux et les histoires inventés ; s'éloignant au-delà ; en ce lieu où la vérité relève de l'imposture ; en ce lieu où la honte et le temps se détachent (naturellement) de l'esprit...
A chaque regain ; l'ouverture (laborieuse) des yeux ; auxquels on soustrait l'enivrement et la prétention...
Dans l'entremêlement joyeux des âmes et de la matière qui apprennent à danser – ensemble ; au cœur de l'espace ; réconciliées...
A l'orée de cette démesure poussiéreuse...
Les cœurs qui renoncent à s'affronter...
Par-delà la douleur ; et la rupture consommée...
A l'aplomb du plus clair – l'impossible ; guère plus loin qu'une main qui se tend...
*
Au bord de l'impénétrable...
L’étreinte vertigineuse...
L'invisible qui révèle ses failles ; des puits de lumière ; l'Amour qui abonde ; à disposition...
Des ruissellements de tendresse ; et ce vide (parfaitement) habité...
La nuit – l'abîme – la mort ; constellés de lointain...
Et – à grands pas – l'intimité qui se rapproche – qui s'insinue – qui se déverse sur les ombres enchâssées...
La langue muette ; face au visible qui se transforme...
Le cœur qui (malgré lui) charrie des restes de monde et de temps...
L'irréprochable comme suspendu...
L'éphémère rassemblé en horizons...
Ni relique – ni prière...
Des fleurs – du ciel et de la joie...
Aucun versant à gravir ; aucun verset à réciter ; ce qui est offert ; (très) généreusement...
A attendre – patiemment – la venue de l'impossible qui, au loin, se dessine...
A l'heure où les miroirs s'opacifient ; où les reflets se ternissent...
Dans le silence (éprouvant) de l'hiver...
Des choses et d'autres ; plus ou moins sombres – plus ou moins grises ; à travers les grilles du monde et du mystère qui (si souvent) se confondent (ou se superposent)...
Sous les ombres angoissantes de la pierre...
La tristesse et le rire ; le temps d'un (bref) passage...
Ce qui est éprouvé jusque dans les tréfonds de la chair...
L'âme si légère – si transparente – pourtant...
Le bleu à fleur de peau...
Invariablement ; entre les murs et le sommeil ; le corps rivé au même rivage ; le cœur tourné vers le même visage ; sur cette grève étrange et trop peuplée...
La parole amoureuse ; à la limite du guérissable...
Léger(s) ; dans la neige scintillante ; les pas qui s'égarent...
Et ce qui craque sous la foulée fuyante...
Des signes au-delà (bien au-delà) des mots...
Le bruit (terrifiant) des heures qui se succèdent (sans jamais s'interrompre)...
L'âme (encore) vive et palpitante...
Dans cette résonance quelques fois partageable (et partagée)...
Les voix (toutes les voix) de l'intérieur...
Par-dessus les légendes du monde ; par-dessus la pierre et le sang ; les humeurs noires et changeantes ; les alliances et les ambitions...
Par-dessus les rêves et la violence ; par-dessus les cascades et les coups ; le déferlement de la haine ; le ruissellement des illusions – face à la stupeur et à l'incrédulité...
Les hommes dans leur cécité et leur obstination ; condamnés à l'errance...
La garde resserrée ; un œil sur ce qui chancelle...
Un pied sur le désir et l'autre sur les apparences ; comme écartelé(s) par les reflets de l'écume ; comme appuyé(s) sur la verticalité la plus bancale...
Et tous les fils rassemblés – entremêlés – dans la poigne du moins tangible...
Éparpillé(s) ; le monde – l'Amour – le langage...
Le silence renversé ; à l'intérieur...
Un chemin – mille chemins – qui nous rapprochent – qui nous éloignent – qui nous égarent...
Des mots qui s'élèvent ; contre la voix...
Des récits à partager...
Des yeux qui scrutent (avec attention) la terre ; l'histoire qui se déroule ; le temps qui se prolonge...
Au milieu des créatures (de toutes les créatures) qui s'attardent dans la longue traîne sinueuse...
La tête enfouie dans le froid – la brume – l'angoisse...
Dans l'impossibilité de soi ; l'impuissance démultipliée...
Quelque chose (bien sûr) de l'argile...
A travers le fouillis du monde ; l'invisible transparent...
A vivre ; à voyager – sans lieu d'attache...
Dans le bruissement du bleu à travers les feuillages ; la traversée du front ; ce qui remonte (ce qui finit par remonter) dans l'âme...
Et ce qu'éructe le cœur ; une gerbe de mots et de silence ; un peu lumière – un peu de poésie – peut-être ; comme un geste – un peu de vent ; au milieu du bruit et des hurlements...
Le cœur défait par la route ; (très) amoureusement dénudé...
Avec quelques mots dans la balance ; comme contrepoids (infime contrepoids) au plus grossier ; un peu d'invisible face au monde...
Avec le merveilleux dissimulé à l'intérieur...
A la manière d'une voix qui s'élève au-dessus des bruits...
La parole amoureuse qui résonne au milieu du désert ; comme un signe – une offrande – une (vague) proposition peut-être...
Une façon (sans doute) de susciter l'écoute ; d'inviter à vivre (simultanément) sur – en deçà et au-delà – de la pierre...
De traverser l'arche ; vers un ciel sans attente...
A travers le regard ; si profond ; et quelque chose aussi de l'écume ; de la trace...
Comme un centre oublié ; l'essence même de l'éphémère ; ce que l'homme a coutume de jeter avec l'ombre et les rebuts ; tout en bas du monde ; sur la pente de l'oubli...
*
La lumière qui déborde...
L'âme (les âmes) assouvie(s)...
A l'ombre du secret...
Le mystère vivant ; au milieu des murs ; au cœur même de la pierre et du pain...
Tout en douceur ; en équilibre – le silence et la respiration...
Devant nos frères ; sur la roche ; sur la table de bois – le contraire du sacrifice...
L'offrande involontaire ; parfaitement désintéressé(e)...
Seulement le soleil et l'espace...
Le sourire et la joie ; comme un jaillissement (spontané) de la source...
Ce que l'on ne voit pas ; et que l'on interroge de temps à autre...
Le souffle et le monde ; dans leur danse continuelle...
Et l'inconnu parfois rehaussé contre les parois des grottes et du crâne ; à la lisière du cri ; magistralement ; à travers l'immobilité et le voyage ; à travers les saisons ; l'âme sur les chemins du monde...
Les mains liées à la terre ; et l'âme à l'éternité...
Parfois rumeur – parfois présence...
Parmi les bruits et les choses...
Le cœur irrégulier...
Quelques traces ; et les empreintes du temps...
Des détours ; des attentes ; et le prolongement du legs ; mêlés à la veille et au périple...
Glissant avec les ombres ; sur la terre – dans le trou – vers le ciel...
Le visage – de moins en moins – reconnaissable ; à mesure que l'envergure se précise – à mesure que l'immensité s'installe ; dans nos tréfonds...
A recommencer (sans cesse) le voyage ; la traversée du même passage ; jusqu'au prochain tronçon...
Le monde expulsé ; le temps arrêté ; et qui, soudain, reviennent et recommencent...
Qu'importe le nombre (et la profondeur) des tombes et des plaies ; qu'importe l'épaisseur des résidus de matière et d'orgueil...
Qu'importe le déclin et le pourrissement...
Qu'importe l'ardeur et les possibilités...
En ce lieu dénué de paroles ; où l'innommable est (silencieusement) célébré par l'âme – la chair – l'esprit...
Le vivant désincarcéré ; (en partie) affranchi de la fatigue et du sommeil...
Par-delà les barreaux nocturnes ; au plus haut (peut-être) de ce (minuscule) tertre terrestre...
Au-delà des limites et de l'appartenance...
Les fils du monde sectionnés...
Parfaitement engagé dans les jeux du reste ; parfaitement conscient de la malice des Autres...
Sans image – sans histoire – sans hypothèse...
Le cœur ardent malgré la pierre – le sable – les pièges tendus par la chair...
Jour après jour ; sous l'immensité ; les mêmes bourrasques – les mêmes tempêtes ; et, de temps à autre, quelques trouées de lumière dans ce ciel sans promesse...
A nous rassembler autour des os ; le regard oublieux de l'épaisseur et de la boue enfoncée dans les crânes ; par-delà la mort et la désolation – le vent et l'amplitude...
Au cœur du naufrage ; le monde...
Dans ces vieux restes de lumière...
A travers le regard fébrile ; engoncé dans l'ardeur...
A travers les fables et l'inquiétude ; les déchirements et les rumeurs du langage...
L'hiver et la nuit...
Et notre départ précipité ; des pas effectués à la hâte...
En deçà (bien en deçà) de la blancheur (et de la poésie) espérée(s)...
La rupture ; ce qui cesse ; le cœur encore vivant ; à travers l'oubli – tous ces résidus de mémoire...
Et la mort étreinte par le temps dilapidé...
A chercher (en vain) au milieu de la multitude...
Le sommeil posé contre le front...
Parmi les herbes ; parmi les arbres ; et les grands chiens noirs de la forêt...
Sous la lune rouge ; et les astres lointains...
La blessure apparente...
Au cœur même de ce voyage ; la dissipation des tourments ; et la lente émergence de la légèreté...
*
Ce qui s'élève ; ce qui tombe ; ce qui se redresse encore ; et disparaît...
Au milieu de l'écume (opaque – encombrée) de cette terre...
Le plus bas ; aux marges du territoire en ruine...
Le temps comme un trou ; un puits sans fond ; un ruissellement sans fin...
A la manière d'une danse et d'un évanouissement ; ce qui semble encadrer tous les jeux (et tous les enjeux) du monde...
L'épreuve (malaisée) de la matière...
Penché(s) au-dessus de l'abîme...
Notre royaume ; et le défilé des visages et des saisons...
Inséparable(s) du monde ; des frontières...
L'oubli ; les gestes quotidiens ; et la grande imposture...
Au terme du temps ; et ce qui survient après la mort...
En plus du reste ; ce que l'esprit engourdi ne saurait percer (en dépit des yeux – apparemment – ouverts)...
Le voyage – et le monde – gâtés par la hâte...
Comme des oiseaux de glace jetés sur la chair et le temps...
Du haut de l'ombre ; à chuter dans l'espace...
Entre le feu – la fenêtre et l'invention du monde...
Dans l'éloignement (imperceptible) de l'intimité – de la tendresse – de la lumière...
A essayer de réinventer le ciel et la mort...
Face à l'irrépressible ; l'existence et ses possibilités (toutes ses possibilités)...
L'élan et le chemin ; comme un (vibrant) appel ; et les obstacles – et les faiblesses – et les impuissances – à l'intérieur...
Le visage (inchangé) du désir ; ce qui s'impose ; la puissance des nécessités ressenties...
Le cœur engagé dans l'aventure ; comme le geste ; comme la voix – à travers la longue série de circonstances ; les facettes du monde – de soi – qui se révèlent à travers les figures rencontrées...
Au-dehors – le jeu ; et au-dedans – la foi (et, de temps à autre, l'espérance égratignée)...
Ce à quoi l'on rêve ; et ce que l'on fuit...
La possibilité de l'enfance ; comme un (réel) retour à l'origine ; au source de ce que nous sommes ; parmi tout ce qui nous compose...
Et la solitude – toujours – en filigrane ; en dépit des Autres ; toutes les rencontres – à l'intérieur...
Dans l'ombre (démesurée) du langage...
Un paquet d'images et d'idées ; un amas de songes et d'histoires...
Ce qui – à l'origine – fit naître le temps ; et la durée...
Des restes de poussière ; comme une (très) longue traînée...
Un peu d'argile sous la pluie...
Dans le fouillis des rêves et du mensonge...
L'inextricable ; et ce qui relève de l'interdit...
Toujours ; l'or – le jour – la mort...
La multitude irréductible ; (encore) aveugle au rayonnement...
Des croyances et des mots ; ni parole – ni (véritable) prière ; plus proche du cri et de l'espérance que de l'intimité ; que de l'inconcevable...
Un cœur qui bat – au milieu des cœurs sourds et défaillants qui refusent de se prêter au reste...
*
La lumière ; quelque part ; au bord du temps...
Aux marges du monde...
Dans la simplicité naturelle de l'esprit ; ce qui se révèle...
A travers l'errance (si ancienne) de ce qui se cherche...
Les yeux ; à la manière d'un voile sur le monde ; (trop) rarement déchiré...
Pacifiquement ; le voyage – la défaite et le déclin...
Ouvert(s) sur l'infini ; cette succession d'horizons rassemblés...
Un chemin désert ; et la joie qui apparaît (et nous pénètre – peu à peu)...
Avec tous les paysages – à l'intérieur – qui se déploient...
Au milieu du silence et des choses (très mystérieusement) réunis...
Avec, au fond des têtes, des rives – des étoiles – des mélanges...
Ce qui prolifère dans l'abandon et le désordre de la matière ; une perspective que néglige (si souvent) l'esprit ; comme une chose (à ses yeux) inconcevable ; et (presque) impossible à réaliser...
Le jour ; sans le savoir...
Enhardi par les chants...
Oublieux des rêves (et des ambitions) des hommes...
Au cœur de ce qui se rejoint ; de ce qui guérit ; et que quelques-uns parviennent à deviner derrière la tristesse – la douleur et l'incurie...
Ouvertes ; les fenêtres de l'âme ; partout – sur l'horizon...
A travers l'écorce épaisse ; le tégument terrestre...
Et l'homme barbotant dans son bain d'ignardise ; en dépit de l'esprit offert – en dépit des possibilités...
A gigoter devant son image – ses reflets ; derrière ses écrans...
Cherchant à jouir du monde ; et à retarder sa fin...
Et dissimulant sa laideur (et ses limites) à seule fin de pavoiser devant l'Autre ; à essayer (naïvement) de tromper l'éternel...
Les yeux faussement baissés sur le sol ; sur la terre rouge et luisante – abreuvée de larmes et de sang...
Le corps (très) vaguement assouvi ; le cœur (très) vaguement satisfait ; saturé(s) de chair et d'images...
Élevant (parfois) la voix jusqu'au cri ; et la main jusqu'au ciel à sa mesure (inventé à sa mesure)...
L'esprit d'os et de chair (presque) à son aise ; ici-bas...
Sur la route...
La mémoire à son comble...
Les lèvres closes ; comme le cœur et les yeux...
A inventer encore ; et à croire plus que tout ; s'imaginant parvenu sans même sentir cet étrange fardeau qui pèse sur l'âme et les épaules...
Immodeste en son empire qui empiète sur celui des bêtes et sur celui des Dieux...
Insensible aux trémulations du cœur ; seulement le corps douloureux ; et l'ardeur vaillante...
La tête à l'ouvrage ; à l'ombre d'un ciel sans faille – sans interstice...
La nuit bue jusqu'à la lie...
Les poches pleines de pain et d'acrimonie...
Le jour – en contrebas – invisible...
Quelque chose du vent – dans le pas – sombre – pourtant – lourd en dépit des tentatives du reste...
S'éloignant du vrai ; à mesure que se perfectionnent l'abri et les outils ; à mesure que s'organisent (et se complexifient) le progrès et la résistance...
*
Cette intimité désolante avec l'Autre...
Au cœur du monde ; de la chambre – chacun protégé derrière ses douves – ses tours – ses remparts ; mendiant les nécessités (visibles et invisibles) qui lui font défaut ; et offrant le surplus – tous les rebuts dont il n'a l'usage...
Une lanterne devant lui ; éclairant tous les échanges...
Les yeux comptant les bénéfices ; mesurant les avantages – les gains de chaque transaction ; à l'aune des rêves établis...
A la manière des ombres condamnées aux lumières artificielles du monde...
Le cœur atrophié ; et au fond de l'âme – l'Amour oublié ; et sous le coude ; les cahiers où sont consignés tous les trésors amassés ; de loin – ce qu'ils jugent le plus précieux...
Des lignes – des pas ; le moment venu...
Écoutant et contemplant ; depuis l'intérieur ; les profondeurs ; tous les passages...
(Très) solitairement...
Entre la poussière et la cendre ; mille lieux – mille états...
Sur la pente ; endormi(s)...
Au cœur du vide ; aussi inconscient que le sommeil ; aussi bref que le rêve ; ce qui vit...
L'image (parfaitement) dépliée dans l’œil...
Jusqu'au plus sombre – la danse...
Et l'incroyable variabilité des pas...
Et cet allant ; malgré la gravité...
Sans (jamais) savoir ce qui vient...
Le non-sens même du voyage...
Le saut et l'immobilité ; à même l'immensité ; qu'importe l'ardeur ; qu'importe l'envergure...
Entre chaque fosse ; l'éternité ; comme entre chaque élan – entre chaque respiration – entre chaque instant...
L'écume jetée – avec les souvenirs – par-dessus l'épaule...
Insoucieux de ceux qui tournent (en rond) sur leur étroite parcelle ; sans jamais détourner les yeux des choses qui s'entassent sur leur (petit) carré de terre...
Au milieu des fleurs et des chants...
Le séant sur le sol ; ici-bas comme sur un trône ; au royaume des humbles...
Dans les mains hasardeuses des étoiles lointaines (si lointaines) qui firent naître la blessure et la lumière ; et que le monde a, peu à peu, appris à creuser ; révélant le courage (et l'audace) de ceux qui fouillent dans le noir – dans la terre – dans la chair ; là où la plaie ouverte suinte cette matière sombre – au destin funeste – à la recherche de la lueur originelle ; la première étincelle – peut-être – de ce feu très ancien...
Des mots et des mains capables de se détourner de la halte – des règles et des lois – du plus commun si docile ; si peu rebelle – si peu enclin à remettre en cause ses certitudes ; tous les savoirs du monde...
Quelque chose du piège et de l'illusion auxquels bien peu rêvent d'échapper...
Partout ; le même cirque ; le défilé des vivants qui cherchent un bout de terre – un tertre – un ravin – un refuge – où ils pourraient s'installer ; et un peu d'or – un peu de gloire – et, quelques fois (plus rarement), une lampe (un peu de lumière pour comprendre) ; de quoi apaiser (très provisoirement) les peines du corps – les tourments du cœur ; de quoi offrir à l'esprit quelques instants de répit ; un peu de tranquillité ; avant l'épuisement et la mort...
A cheval sur le vent ; à chaque naissance ; à chaque recommencement...
Entre l'ombre et le sourire...
Entre la fortune et le malheur...
Et, parfois, les signes d'une quête ; la nécessité d'un sens ; un besoin d'intimité avec le reste ; quelque chose de la fusion* ; une parfaite appartenance au monde...
* une forme de dissolution qui ne se présente pas ainsi de prime abord...
Et, parfois, la découverte d'une (très) ancienne lignée ; et l'appartenance à deux familles ; l'une liée à la pierre ; et l'autre dépositaire des étoiles...
Des figures et du soleil pour encourager la marche – embellir la chambre et le jardin ; et inviter la lumière jusqu'au plus noir de l'âme et du voyage...
Une manière, peut-être, de jeter un peu de terre sur la mort ; d'intensifier la vie* et de déployer ce que l'on porte dans ses tréfonds...
* et le sentiment d'être vivant...
*
Dans le cœur passager ; l'absence...
Et l'inconnu qui résonne en vain ; comme une certitude non reconnue ; comme une partie de sa chair reléguée...
L'âme trop étrangère au sans nom...
A marcher sur un chemin inachevé (et inachevable) ; une (très) longue impasse – en quelque sorte – qui, indéfiniment, prolonge sa fin ; jusqu'au lieu où les vents balaieront tous les superflus et pousseront au retour...
Comme convoqué(s) (enfin) par une nécessité...
Le souci de la transparence plutôt que la mémoire...
La totalité de l'histoire déjà présente dans la chair – le geste – le pas – la voix – d'aujourd'hui...
Comme si le vivant (et la matière) pouvai(en)t s'affranchir des codes et des frontières du temps gradué ; et s'inscrire dans le toujours – en quelque sorte ; à la manière d'un bout de ciel – un bout d'éternité – peut-être...
Couleur de chair et d'étreinte ; le cœur...
Dans la proximité de l'espace – du soleil ; et des tremblements ; plutôt que soumis au règne des images et de l'impatience ; plutôt qu'assujetti aux lois des périmètres circonscrits...
Presque rien ; des jours qui passent...
Des amas de poussière que l'on porte d'un lieu à l'autre...
Ce que l'on accumule ; au fil des ans – au fil des générations...
De jour en jour ; de siècle en siècle ; l'espace qui se remplit ; l’œuvre des âmes peu interrogatives...
Et ce qu'il en reste ; presque rien...
Aujourd’hui – demain – dans mille ans ; peu importe l'époque et le temps...
Le ciel renversé par tant de saisissements ; et la terre ravagée...
Et les mains tremblantes ; et le cœur qui brûle encore...
Ah ! Si seulement la source savait...
Détaché du feu ; le bâton hors du cercle...
La pierre au cœur des calculs...
Les lèvres badigeonnées avec un peu de silence...
Ce dont on s'est libéré ; l'argile qui recouvre l'essence ; avec quelques bouts de tissus par-dessus...
Comme les couvertures et l'écume ; tout ce dont l'homme se pare (tout ce dont il aime se parer) ; l'obscur et la lumière dont il s'est défait ; et que l'on retrouve intacts le jour de l'affranchissement...
La bouche et les mains (à présent) libres d'offrir ; le cœur contre la paume et le front...
Et tout ce sang évaporé ; remplacé par le vent ; et qui cogne contre les tempes ; au-dedans des galeries et des passages...
Les joues ruisselantes des larmes des bêtes ; et de quelques Autres (incroyablement humains)...
Bien davantage que de la matière vivante...
Aussi près du sol que du mystère ; enchevêtrés ; et le cœur engagé dans l'un et dans l'autre – d'une égale manière...
Ensemble ; tantôt vers l'éveil ; tantôt plongé(s) au fond du sommeil ; les mêmes âmes ; le même esprit ; au gré des cycles – ce qui se déroule...
*
L'architecture du nombre...
La multitude organisée ; du désordre à l'équilibre (et inversement)...
D'un chaos à l'autre...
La matière devenant chair ; et la chair cherchant son avenir (ce qui lui succédera)...
Par-delà les visages et les signatures...
Par-delà les paris et les assemblées...
Par-delà même les possibles d'aujourd'hui (et de demain)...
Allant vers son origine ; à travers son perpétuel enfantement...
Jusqu'au tournis ; jusqu'à la perte du plus inutile ; du plus singulier...
A rebours vers l'indistinction ; et déjà au cœur de l'unité (sans aucun doute)...
Dans la célébration de l'intime ; et de l'équivoque...
Sous le règne de l'ombre et de l'imperfection ; fort heureusement (à dire vrai)...
Dans l'étonnement du bleu changé en une myriade de couleurs ; et jusqu'à la lumière qui s'amuse à prendre les habits les plus obscurs...
En ce monde où les visages et les choses sont soumis au règne du masque et de la métamorphose...
Auprès de ceux qui peuplent – si discrètement – la terre...
Dans notre chambre du dehors...
A sentir l'air et le vent ; le soleil et la pluie ; la chaleur et le froid...
La masure au milieu des arbres et des pierres...
Les sandales aux pieds ; et l'âme proche (si proche) de la main qui œuvre sur la (petite) planche de bois...
Le mystère – ressenti – (presque) dans chaque geste ; (presque) à chaque respiration...
Et toutes ces têtes de papier qui trônent au milieu des vivants sans parole ; au cœur droit et sensible...
Riche(s) des mille trésors de l'être ; réunis ; et d'un seul souffle ; embrassés...
Hors les murs ; de l'autre côté – aux confins des marges...
Dans l’œil qui guette ; les gardiens du ghetto ; le temple des Dieux acolytes – des Golems dociles...
Sans incise sur les siècles ; le sommeil (presque) d'une seule traite...
Avec des larmes factices ; et des émotions falsifiées ; l'âme inchangée – imperturbable ; heureuse même des malheurs et des malédictions qui s'abattent sur les Autres...
A prévenir le changement pour lisser tous les obstacles – toutes les aspérités – possibles ; et pouvoir (ainsi) organiser le voyage en une longue ligne droite – glabre – douce – vernie...
Ainsi vivent ceux qui ont peur (et qui s'imaginent clairvoyants) ; et que la vraie soif (et que la vie vraie) n'atteignent jamais ; et qui bannissent de leur territoire ce(ux) qui habite(nt) le monde et l'invisible ; et qui ignorent (qui continuent d'ignorer) les lois inaltérables du mystère ; et ce qui favorise la lumière...
*
L'après ; comme le lieu de l'ombre...
L'esprit ensorcelé par la mémoire et la possibilité ; l'attraction du plus loin – de l'ailleurs – de l'autrement...
Comme une fuite ardente ; au-delà des pierres connues ; au-delà des chemins arpentés...
Comme un grand écart ; un grand départ – peut-être ; qui sait...
Et la charge qui s'accroît ; qui nous suit ; qui s'aggrave à mesure que l'on s'éloigne...
Voyageur égaré plutôt à l'avenir sombre ; poursuivant toutes les chimères du monde...
Le cœur criminel ; la main levée à la gloire des assassins...
Dans une sorte de suicide déguisé (ou à peu près) ; et une forme de cannibalisme silencieux (qui, jamais, ne dit son nom – et qui, toujours, se réfute)...
Ce qui se tait ; à mille lieues de ce qui s'efface ; et qui sautera, tôt ou tard, au visage de ceux qui s'y livrent (en feignant de ne pas y toucher) comme un diable triste jaillissant de sa boîte ; porteur d'ombres qui tomberont en cascades sur tous les bourreaux...
L'éloignement du nombre...
A la manière des ombres ; à s'épuiser dans l'étreinte...
Au cours de ce voyage ponctué de larmes et de gestes fictifs...
En chemin ; des Autres – des coups ; et des lampes (quelques lampes) de temps à autre ; ici et là...
Et le faix à porter ; à chaque instant ; à chaque recommencement...
Et l'homme – comme le monde – ignorant jusqu'à son propre sommeil...
Et à son heure ; qu'adviendra-t-il ? Que fera-t-il ? Qui pourrait donc le dire...
Une sorte de vision ; à travers le ciel...
Un peu de vérité – peut-être – au milieu de la poussière qui tourbillonne...
Le bleu aussi ; assurément ; en dépit du plus grossier ; en dépit de la tristesse ; en dépit de la nuit que l'on a fait nôtre...
Dans l'écart – le pas de côté ; puis, l'effacement ; ainsi se mesure la justesse d'une existence – d'un geste – d'une parole ; le retrait de la figure derrière ce qui s'exprime (jusqu'à la disparition de la plus infime trace)...
La seule chose qui compte dans ce monde d'ostentation et d'arrogance – dans ce monde de postures et d'apparat...
La révélation de l'être ; sous ses (multiples) masques ; à mesure que le mystère se découvre – se dévoile – se révèle...
L'inévitable tumulte de la source qui se prolonge ; qui se réinvente ; qui se perpétue ; arrivée à notre hauteur ; se cognant à tous les angles ; se perdant dans tous les recoins ; inscrivant son empreinte sur la pierre – sur la chair ; dans les cœurs trop hermétiques – trop peu tourmentés...
Au rythme de ceux qui peuplent le monde ; à travers la danse des songes...
Et une voix, de temps à autre, qui émerge de cet océan de cris et d'ignorance ; un peu de vérité – peut-être – qui se dresse au-dessus de l'apparente gloire de l'homme ; comme un peu de vent et de soleil dans la torpeur hivernale ; à la manière d'un remède (une sorte de panacée sans doute) pour l'humanité triste – affligée – souffreteuse...
*
Les yeux plaintifs ; à genoux...
Couchés sous le mauvais sort...
Le cœur parmi les pierres ; de plus en plus dur à mesure que le vrai s'éloigne ; à mesure que nous quitte la seule condition apotropaïque ; l'antidote à toutes les fables – en quelque sorte...
Avec ce goût amer au fond de la gorge...
Et les lèvres muettes ; qu'importe l'encens ; qu'importe la prière – face au ciel ; la même grimace...
La langue surannée ; impuissante à favoriser les conjurations...
Et cette liqueur qui coule le long de nos mains ; le sang du monde – que nous ravalons – avec nos larmes...
Enfant des pierres ; enfant des arbres...
Éloigné de ses semblables...
Seul – sage – inventif ; au milieu de sa chambre ; au milieu du monde – sans doute...
Revenant à la plus vive innocence ; par-dessus les jeux et les enfantillages...
Quelque chose du cri, peu à peu, transformé en silence ; quelque chose de la mélancolie, peu à peu, transformé en joie ; s'élevant à hauteur d'homme (peut-être)...
Un pas – une parole ; à même la feuille ; à même la pierre...
Sous la lumière du jour ; en équilibre sur cette (longue) ligne invisible...
Dans la proximité de ce qui sépare le sable et le temps ; et le monde des éboulis ; révélant ce qui nous est inconnu ; ce versant où rien ne peut s'achever ; le lieu de tous les prolongements (et qui apparaissent, aux yeux des hommes, comme de simples (re)commencements)...
Comme aboli(e)(s) ; le règne du rêve ; les constructions de l'esprit ; les façades d'argile et de vent ; l'obscurité du cœur qui se repose ; ce monde inattentif – mécanique – sans question ni réponse...
Trop insoucieux du plus bas ; ce que les hommes jetteraient (volontiers) avec les ordures (avec les ordures et les malheurs) ; et qu'il faudrait, au contraire, rehausser et mettre en exergue ; comme une priorité (la première – la plus urgente – sans doute) sur la longue liste des choses à faire...
L'âme ouverte...
Sans cette fatigue au fond des yeux...
Sur cette voie invisible ; parallèle au monde...
Le ciel uni à la tristesse ; et la terre sous les pas...
Sans trace – sans vertige ; le front clair – le front droit et lucide (presque lumineux – presque transparent) enfoncé – pourtant – dans l'épaisseur ; au cœur même des possibles ; là où l'oubli prend sa source...
Avec partout – alentour – le silence ; le sommeil et les yeux fermés...
Tout ce sable ; toutes ces ombres ; dans cet univers esquissé à la craie (de manière bien trop approximative)...
Le cœur si lointain – si glacé...
Déplorant l'absence de bleu alors qu'il s'évertue à diluer l'obscurité du monde – la noirceur des têtes – le fond intrinsèque des choses ; alors qu'il s'évertue à se partager (offrant l'essence à la surface floue – opaque et changeante)...
Sans legs – sans succession ; l'esprit en déshérence ; pris dans les filets du monde et du temps ; soumis aux règles du jeu inventées par les hommes ; sans voir (sans même apercevoir) l'amplitude de l'espace – ni la lumière – ni la tendresse – qui logent dans ses tréfonds...
Intenses ; la traversée et les interrogations...
Ce qui est ressenti ; tantôt déclin – tantôt renouveau ; tantôt illusion – tantôt clarté...
Dans le désordre fou des tentatives de réponse ; le jour comme écartelé entre l'âme et le silence (entre leurs nécessités parfois contradictoires) ; et tentant de soustraire la douleur ; et d'initier un sourire (une tendresse et une gratitude) pour toutes les expériences qui (nous) sont offertes – pour tout ce qui (nous) est octroyé...
Le cœur fléché...
Le cœur qui souffre ; le cœur qui saigne ; le cœur qui soigne (trop rarement)...
Le cœur de l'homme et celui de la bête ; assassins et fraternels ; et dont la proximité et la ressemblance sont (trop souvent) mésestimés par les livres et par les lois...
Intimes jusqu'au tremblement – jusqu'au frémissement – jusqu'au hurlement – communs...
Au service du sang – de la danse – du soleil...
Sur ces rives apparemment injustes et poussiéreuses...
Ce que l'on ne peut refuser ; en plus des crimes ; en plus de la faim...
Immobile(s) ; passablement entravé(s)...
Les yeux au seuil de ce que l'on distingue ; de ce que l'on aperçoit...
Et sur un plateau ; ces murmures offerts...
Les lèvres – le ventre – la lune...
Et les mille choses que l'on ne voit pas...