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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Juillet 2023

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Nomade des bois (part 2)

Juillet 2023

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Février 2024


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Mars 2024

 

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Au jour le jour
Avril 2024

 

Carnet n°307
Comme à la pointe du rêve
Mai 2024

 

Carnet n°308
A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

15 août 2023

Carnet n°297 Au jour le jour

Juillet 2023

Par bonheur ; le jour délicat – le chant de l'invisible – le parfum de la terre dans la mémoire ; et le goût inaltérable du ciel...

Ce par quoi l'âme doit passer ; après que le cœur s'est arrêté ; après que le sang se fige dans les veines...

Dans le silence éternel du temps...

 

 

Au fond de l'abîme habité ; la souffrance autant que la joie – le seul et la multitude ; l’entièreté du monde avec ses possibles et ses entraves...

La danse du vivant infestée d'images et de mots ; ce qu'invente l'esprit pour rendre la pierre (plus) vivable...

 

 

Ici ; dans l'âme et le silence ; la justesse ; contrairement au monde – à la langue – gorgés de méprises et d'approximations...

 

*

 

Le dos – droit ; comme la terre – un arbre – peut-être ; comme une fenêtre sur le monde et la nuit ; comme une chose assez peu distincte du reste...

Trop tard – peut-être ; trop longtemps après les premiers frémissements...

L'âme et les pages du livre ; écornées...

Seul – dans le passage ; avec tout ce noir blotti contre soi...

 

 

Sans même aller ; l'âge déjà...

Comme une vieille étoile éteinte ; dérisoire (si dérisoire) dans l'immensité ; et le regard de l'homme – et le regard de l'Autre...

A notre place (pourtant) dans l'attente d'une joie – d'un ravissement...

Quelque chose né de l'ombre ; et qui est parvenu à s'en affranchir...

 

 

Des larmes ; comme une résistance ; une manière pacifique – innocente – de contester...

Du sang le long du glaive ; s'écoulant ; après avoir transpercé la chair ; le cœur du monde – de l'homme – de l'aube – de la roche – de la bête...

Et les eaux – et les prières – et les chants – pour balayer les traces funestes ; le sort effroyable de la matière...

En attendant l'aube – l'Amour ; la violence (insoutenable) de la terre ; plongé(s) au cœur même de la tragédie...

 

 

Vêtu de ciel et de peau...

Enveloppé d'argile et d'invisible...

Au seuil de l'évidence – le plus tangible...

Au seuil des remontrances – la liberté...

Et le chemin qui invente – et qui façonne – le pas ; pour se retrouver...

 

 

Comme le jour passé – comme le jour passant ; la lumière à travers nos cris ; à l'image du désir – une faiblesse – peut-être...

La marque – le manque – d'une rencontre...

Le regard porté au-dedans ; et au-delà ; essayant de découvrir – tentant de trouver une issue – un nuage – un mirage – une solution ; une présence – sans doute...

 

 

Depuis toujours ; le sommeil ; cette chape de plomb apportée par la nuit...

Des couleurs sombres posées contre soi ; et qui passent de main en main (au fil des générations)...

Le rêve ; le sens de l'histoire peut-être...

Comme un cri qui monte jusqu'aux lèvres ; pour que le monde sache enfin ; apprenne à voir ; commence à regarder...

 

 

Éclairés ; la marche – le pas – les jours...

Quelque chose du monde ; sans aide – sans personne...

Affranchi de cette terreur sans écho...

Entre le masque et l'oubli ; un étroit passage – un peu de lumière – l'issue tant recherchée – le doigt dans la chair – la blessure ; là où est la douleur – à l'exact endroit d'où sort le cri...

 

 

L'espoir encore ; comme une promesse...

Entre les mains des hommes – entre les mains des Dieux...

Sous le règne triomphant de la terre – du provisoire ; les armes brandies par-dessus les instincts...

A se frotter au monde ; aux aspérités – à l'épaisseur...

A l'horizontale ; puis, à la verticale ; et inversement ; cherchant (en vain) comment être vivant ; comment se tenir (réellement) debout ; comment être un homme...

 

 

Comme un parfum – un peu de consistance dans le néant des vies ; comme une malédiction inoculée depuis le plus faible de l'âme ; à peine une morsure mais qui – insidieusement – distille son poison pendant des siècles...

La tête chavirée – basculée vers l'arrière – sous l'effet puissant de la drogue ; de cette illusion qui, peu à peu, envahit le cœur et le sang...

Debout – les yeux entrouverts – entre sommeil et somnolence ; enchaînant les gestes mécaniques et se croyant lucides – éveillés...

De la terre et de l'engourdissement ; entassés dans le regard – les mains ; et les poches pleines de cette argile sombre parsemée d'éclats...

Vivants se disent-ils ; créatures de l'ombre – à peine...

 

 

Une fois de plus ; le corps criblé de lumière – jusqu'à la douleur – jusqu'à l'étourdissement...

Le vertige du monde – peut-être ; ou le délire de l'homme – qui sait...

En attendant le regard ; en attendant la joie...

 

 

Au-delà même de la chair – de la terre ; ce qui nous est (chichement) offert...

L'alliance – le mariage ; et la trahison...

La gorge serrée ; comme si une main – une poigne – nous saisissait...

Les cadavres ; les blessures et le sang – l'impossibilité...

Et quelque chose du manque ; par-dessous...

Entre la caresse et la cuirasse ; un chemin nous est proposé – se dessine ; une issue – l'éternité peut-être...

 

 

Échapper aux hordes et aux tribus...

Aller par-delà le monde – par-delà la terre et le ciel partagés...

Vers un peuple sensible à l'invisible et aux origines...

Moins crédule qu'innocent ; sachant repérer les méprises et les impostures...

Œuvrant au rythme de la sève qui monte...

Le cœur louant tous les règnes...

Encore plongé dans les eaux tourbillonnantes du monde...

S'enivrant de tous les contentements...

Sous le ciel ; l'âme bleuie déjà...

 

 

Riant seul ; au milieu des murs effondrés ; au cœur du labyrinthe d'autrefois...

Espace – vaste espace, à présent – qui laisse libre cours à l'âme ; et qui livre à la justesse et à la possibilité de la graine...

L'ensemencement du monde...

 

*

 

La main posée sur la solitude ; touchant sa chair – sentant sa texture – appuyant comme sur du moelleux...

Apprenant à mourir ; à éprouver tous les deuils...

L'ultime rive ; la dernière île peut-être...

Sans lèvres – sans l'Autre – sans simulacre...

L'existence et le bleu ; rassemblés ; comme un bagage ; le seul baluchon que l'on ait jamais porté...

Abandonnant les os et le sang à la terre...

Nous rapprochant du plus familier...

 

 

L’œil et le ventre ; cheminant ensemble...

Face à l'auditoire en demi-cercle...

Ignorant tous les secrets ; ceux de la terre et ceux des Dieux...

Participant au spectacle ; et (assez) prépondérant dans son rôle de témoin ; spectateurs – aux mains enchaînées – d'un monde collé contre eux...

 

 

Sur les voies moissonnées ; l'âme prise dans les filets du temps – se hâtant – précipitant le sable ; dans le vide – déjà ; chutant ; immobile...

A craindre encore les rumeurs du monde et les grondements de la terre...

Fenêtres ouvertes sur la nuit et les sentes nocturnes...

Au rythme de l'éclair ; et la foulée rapide ; et l'âme pensive qui erre dans ses rêves d'altitude et de grandeur...

Alors que rien ne peut s’achever ; alors que tout (toujours) est à recommencer...

 

 

A deux doigts des larmes – du sang – de la neige...

Si proches ; la vie – le monde – toutes les possibilités...

Ce qui initiera un chemin ; le sens du destin...

La prochaine étape de ce voyage sans fin...

 

*

 

La couleur du monde sur la peau ; et l'âme poreuse...

Couvert de cette boue grise ; et de ces pierres bleues quelques fois...

Face au vent ; le cœur sur le visage...

Dans les mains de celui qui écoute et qui voit...

La fièvre jetée sur l'appel...

A la haute saison des carences...

 

 

A hauteur d'un ciel raclé par les ongles de ceux qui prient...

A fêter la ressemblance des images – à regretter l'enfance perdue ; à fustiger les origines et la longue déchéance...

A participer aux agapes (à toutes les agapes) terrestres et au déclin (à l'inévitable dépérissement) de ce monde finissant...

 

 

Sous l’œil de la pluie ; ces larmes blanches ; et cette nuit des temps anciens...

Les malheurs qui guettent aux coins du monde – aux coins des yeux ; et sous leurs airs méfiants ; par-dessus la moelle intacte...

L'essence même de la chair – trop peu souvent – reconnue et visitée...

Le cœur encore si infranchissable...

 

 

L'âme assujettie au monde ; et ces jours – et ces lignes – qui ne parviennent à s'affranchir de la langue...

Sous le même silence ; depuis tant d'années...

Les mains liées par le doute ; trop de questions ; et trop peu de réponses...

Et la même possibilité ; à chaque fois ; ce passage qui échappe au temps (et à l'essentiel des hommes)...

 

*

 

L’œil vif sur les jeux serviles ; en ces lieux où se tiennent tous ceux qui veulent vivre ; condamnés à mendier leur part ou à s'en emparer par la force...

Les uns derrière les autres face au (terrible) festin ; comme dans la longue file d'attente devant la porte des cimetières...

 

 

La chair louée par Dieu ; proche du ciel par sa fièvre ; et ses souvenirs des premiers temps...

A la manière d'une danse ; à la manière d'un crime...

Sous la lumière basse (et bleue) de l'aube...

Le reflet de l'invisible ; hanté par le mouvement...

Au cœur du vivant ; avec tous les troubles (entremêlés) du manque et de l'abondance...

 

 

Les flammes lancées contre les croyances...

La figure imposante du monde...

Le casque par-dessus le front étoilé...

Là où le sommeil s'exerce ; là où le sommeil s'impose ; et condamne...

Là où la bonté détale ; s'enfuit à toutes jambes...

Dans le haussement du sombre hissé par les mains en prière...

 

 

La terre grillagée contre le vent...

A remonter la fumée noire des charniers...

L'âme songeuse ; le séant en sueur...

Comme un cœur à la traîne dans cette longue file descendante...

 

 

L'enfance des confins ; en ce lieu où règne-nt le rire – le ciel et le rire...

Sans caresse – sans sanglot...

Sans effroi face au silence qui habite les recoins...

Sous une étoile aussi lumineuse que le jour...

Quelques feuilles à la place du rêve...

Et la solitude revêtue comme une cape...

 

 

Animé par la vie triomphante ; et le souffle animal...

Dieu dans la main ; et sous les canines luisantes ; et dans la chair inerte...

Davantage que les songes et le sang...

Dans le jour facilité...

Au même titre que l'Amour et l'abandon...

A travers cette enfance continuelle...

L'humilité et la sauvagerie de vivre encore...

Et cet appel (inépuisable) vers la lumière...

 

 

A notre tour ; la toile tendue par les vents...

La lanterne à la main ; au milieu de la tempête...

Affaibli et consentant...

Le souffle peu aisé ; comme si les yeux s'étiraient (péniblement) par-dessus l'enfance...

Embrassant ce qui nous quitte ; ce qu'il (nous) faut abandonner...

Au cœur de la grande nuit qui se replie...

 

 

A l'arrière du silence...

Sous le bleu un peu lisse – un peu usé – des voyageurs...

A l'ombre de l'âme ; porté par des chants et des mains inconnues...

Mal portant – peut-être ; mais le cœur paisible et clairvoyant...

 

*

 

A genoux – face aux yeux anonymes...

Le voile remonté...

Lèvres au ciel – psalmodiant leur prière...

Le fiel – comme une flaque – à nos pieds – s'asséchant au soleil – au milieu des images écornées...

Dans le silence désorganisé de l'âme ; dissimulé derrière les bruits – et le désordre – du monde...

A l'écoute – peut-être – d'une réalité inconnue que la route révèle (peu à peu)...

 

 

 

Et le bleu – et le vent – qui entremêlent leurs couleurs – faisant naître une rivière sans pareille ; une voie – peut-être – où l'on pourrait laisser glisser ses pas vers une démesure – un possible impartageable – quelque chose de la terre et de l'immensité – un lieu inaccessible peut-être...

 

 

Sous un ciel variable ; cette terre labile soumise aux caprices et aux ténèbres de l'enfance ; si peu raisonnable(s) aux yeux des prophètes et des sages...

Et cette laine qui pousse sur le dos de tous les hommes – bêlant à faire trembler le sol...

Rusant ou baissant les bras devant tant d'impossibilités...

Des têtes malheureuses à force de coups et d'impuissance...

Sous un ciel impénétrable; condamnés à la débilité des jeux ; le cœur (sans doute – encore) trop insensible...

 

 

Et cette chair habillée de vent – promise à la terre...

Et le cri de l'âme ; silencieusement...

 

*

 

Face à la terre la plus haute...

Les yeux poussant le ciel ; essayant de transformer la lumière ; et la couleur du jour...

Agitant nos bracelets de chair...

Courant sur tous les rivages...

Comme des enfants perchés sur les toits – jouant au-dessus des remparts d'une cité invivable...

 

 

Le cri scellé dans le geste ; cherchant à remonter vers le plein...

A travers ce défaut (si patent) de tendresse...

Coiffé à la hâte par la main des Autres...

Au seuil d'une sagesse recouverte d'étoffe brodée d'or et de richesse ; ostentatoire ; comme la coupe que l'on emplit de cette joie anguleuse et circonscrite qui réclame son lot de prières criardes ; comme s'il nous fallait vivre à genoux sur des pierres tranchantes ; comme si le monde n'avait rien d'autre à (nous) offrir...

 

 

Face au monde...

Sur le cercle se hissant...

Étrangement mêlé au songe...

La langue trop près de la tête...

Sur cette île entourée par les eaux sombres...

Entre les larmes et le miel des Autres...

Encore trop peu sensible ; trop étranger aux miracles et aux lois de l'invisible pour échapper au devenir ; et pouvoir rejoindre l'enfance...

 

 

A l'envers ; dans le déversement du ciel...

Fontaine sur la pierre offerte à tous les mendiants...

L'eau joyeuse éclaboussant la folie des fronts...

S'écoulant (à sa manière) entre les hommes et les alentours...

Ne sachant quelle couleur arborer ; se voilant de transparence...

Au cœur du cirque et des âges archaïques (un peu perdue – il va sans dire)...

 

 

La chair rouge livrée aux yeux et aux mains affamés...

Au nom de l'espèce – de la race ; quelque chose d'édifié – de guingois...

Englué(s) dans une perspective hiérarchique du monde ; de la brume au-dedans du front...

Et cette lumière à peine visible depuis la fosse où vivent les vaincus et les vainqueurs apparents...

 

 

Devant les yeux ; et en arrière du front ; ce rire indicible...

Jusque dans nos yeux trop graves et trop noirs...

Comme une caresse – un vent rafraîchissant – un saut dans la joie contagieuse...

Une enjambée – un pas immense – au-dessus du cercle des malheurs...

 

 

La langue poussiéreuse ; éreintée – sans doute...

A travers les mots et les impasses du chemin...

Sous le regard (étonné) des fleurs ; sous les branches (hébétées) des arbres...

A l'abri du sang – de la mort – des guerriers...

Au milieu des ombres qui remontent le cours du fleuve intranquille...

Jusqu'à la source ; dans les mains déjà – enfouie – dissimulée – discrète – tant que persistera la quête ; tant que se perpétueront les massacres...

Tant de cœurs dans le lointain ; et tous ces regards à désobscurcir...

Malgré l'incessant labeur du ciel sur les âmes égarées...

 

 

Entre la plainte et la confusion...

Quelque chose de la folie où se sont glissés – subrepticement – la gloire et l'éblouissement...

 

*

 

Des yeux perçants ; une âme douée de persévérance...

Les bras puissants ; et le cœur pacifique...

Sur ses jambes ; si près du lieu où brillent les étoiles – si près du lieu où naissent les vents...

La tête à genoux ; suspendue au secret...

Là où l'homme se balance entre les honneurs et l'humilité ; dans la proximité du mystère...

 

 

Passant encore ; dans cet écart croissant...

Les souvenirs (tous les souvenirs) piétinés...

Près des âmes qui ont revêtu leur costume de poils...

Là où le cœur bifurque ; là où la tête doit apprendre à s'égayer face aux malheurs...

En ces lieux de piteuses apparences ; là où Dieu s'est caché pour murmurer à l'oreille des plus humbles ; et les guider jusqu'à la lumière – en entraînant leurs gestes et leurs danses vers une joie sans orgueil...

 

 

Tranchant comme la pierre...

Et la chair tendre – si fragile...

A se frotter contre la rocaille et la sécheresse des âmes...

Les visages anguleux comme des choses...

Dans le labyrinthe du monde ; de l'esprit...

Au milieu des souffles de la terre...

 

 

Les têtes gorgées d'images et de signes...

Insensibles à la beauté du monde – au réel brut – abrupt – sans filtre...

Et penchant du côté de la folie et de l'absurdité plutôt que du côté de l'inconnu ; du côté du dogme plutôt que du côté de l'invisible...

Le cœur de l'homme si étrange – si peu familier des forces sous-jacentes ; et des lois qui régissent les lieux où il a cru bâtir son royaume...

 

*

 

Et d'autres voix – en nous – qui s'élèvent...

Du secret vers le plus simple...

Le ciel fréquenté ; le cœur en paix...

De l'invisible nourricier à l'âme frémissante...

Du lieu le plus haut vers le plus intime...

Et l'un dans l'autre ; qu'importe l'abondance ; qu'importe la pauvreté...

A la lisière ; à la lumière ; tout (à peu près tout) à démentir ; et tous les seuils (bien sûr) à inverser...

 

 

Sous le règne de la fièvre et du front...

La sagesse – pourtant – au fond du sommeil...

Discourant sur ses terres ; comme si le monde leur appartenait...

Le silence sous l'horreur et les ornements...

 

 

Reconnaissant ; le visage déployé...

Comme la lumière sur son territoire ; partout à son aise – jusque dans les plus obscurs recoins...

Et la joie promulguée sur toutes les pentes exposées aux rayons de l'astre...

L'âme et la chair ouvertes ; engagées dans la brèche...

Et le vent ; bouleversant tous les sommeils ; ébranlant les certitudes et la mainmise du dehors...

 

 

Le jour étagé ; à l'altitude offerte par la qualité de la veille...

Sans (jamais) perdre pied ; ce carré de ciel dans le regard...

A exister jusqu'à se confondre – jusqu'à s'effacer – jusqu'à disparaître ; et le peu qu'il reste (à la fin) à se partager...

 

*

 

Assis face à l'étendue...

Entre des bras étrangement longs et parfumés...

Dans le cercle ; hors de la cage...

Le temps amassé au fond des poches ; et autre chose par-dessus – comme un ciel – un abîme peut-être...

Et ce sursaut dans la langue ; comme du sang neuf versé hors de la tombe...

A arpenter encore la lumière – le reflet de la lumière ; et ces résidus de cendre...

De très haut ; par les fissures...

 

 

Entre le miroir et l'Autre ; ce passage où l'âme peut se faufiler...

Sur les traces du vent ; vers le précipice – assurément...

Et le souffle qui nous emporte...

A même le ciel ; (très) spontanément...

 

 

Nul conseil de sagesse...

Les choses de l'esprit...

D'une route à l'autre ; en passant, parfois, par l'ailleurs...

La condition de l'homme ; des créatures sombres...

Et les lois de l'ombre ; écrasante(s)...

Jouant déjà au cœur du royaume – pourtant...

En tous les lieux propices au monde – à l'Autre – à la solitude...

Au cœur de nulle part ; assurément...

Et – en soi – comme plongé au centre (à son insu)...

 

 

Au jour descendant ; le guide ; arrimé...

Avec le monde – mille choses – sur le dos...

A notre place – derrière les bêtes ; éclaireuses du mouvement – de la liberté...

Dans les herbes hautes ; mélangés les fronts et les têtes à cornes...

Membres du même cercle...

Sur des chemins (de plus en plus) silencieux ; où les silhouettes se ressemblent – se confondent – forment d'étranges alliances – pactisent, parfois, avec les étoiles ; en s'approchant (peu à peu) des promesses de la lumière...

 

*

 

La main infirme de ceux qui fuient – de ceux qui passent – de ceux qui raillent l'incapacité et la défaillance des Autres...

Le cœur dans sa carapace de cuivre ; et l'âme couleur de cendre...

Les yeux fermés ; comme deux billes opaques glissées sous les paupières – aussi malhabiles que celles qui s'affairent devant des pages pleines de signes à la recherche des lois qui régissent le cercle du monde – le cercle des vivants...

Les bras chargés de choses et d'ardeur ; et un peu de sensibilité ; ce qui nous est offert pour survivre...

Au son (perceptible) des flûtes invisibles ; les danses nouvelles et anciennes ; les danses d'hier et d'aujourd'hui ; les danses de toujours ; ce à quoi nulle âme ne peut échapper...

 

*

 

Le temps du chagrin et des malheurs rassemblés...

La langue du peuple léchant le miel du monde – sur la roche comme sur une lame effilée...

Sous le règne des instincts ; et le sang des vivants...

Entre l'ordre et le néant ; la loi de ceux qui se tiennent en rangs serrés...

Les lèvres gonflées d'orgueil et de haine ; crachant leur fiel à travers les barreaux...

Comptant, chaque jour, les nouvelles stèles dressées sur la pierre noire...

Au sommet des âges ; cette violence arc-boutée...

Et ainsi ; davantage – au fil des siècles qui passent...

 

 

A déverser leurs rêves sur ces fleurs trop blanches...

Les poches emplies d'espoir et de science...

Encore si loin du ciel – de la poésie – de l'innocence...

 

 

L'âme si étrangère au monde...

Saluant ce qui passe...

Sous le soleil ; souriant...

Au milieu de l'air et de l'herbe ; au milieu des Autres...

Agissant de mille manières...

Au-dehors comme dans l'intimité de l'étreinte...

Mille chemins ; mille regards – qui se croisent ; des cœurs et des peaux qui se frôlent – à peine...

 

 

A la saison inaugurale...

Loin des anabases chimériques – inventées...

Incorruptiblement ; la puissance et le rayonnement...

Sans (jamais) présumer des possibilités de l'esprit...

Ce qui monte ; ce qui s'élève en silence – si secrètement...

L'âme (de plus en plus) humble ; dans cette absence de nom qui se balance au-dessus des têtes et des choses – hélé par ceux (par tous ceux) qui peuplent ces rives faméliques et qui rêvent de se hisser eux aussi...

 

*

 

Quoi d'autre dans ses bagages sinon le regard et l'humilité ; l'impossibilité et la capitulation de l'homme...

De ces yeux – de ces pas – capables de percer l'épaisseur pour rejoindre l'autre côté de la peau – du monde – de l'esprit...

Comme une fenêtre dans le regard – comme des ailes à la place des pieds ; et l'espace suffisant pour se déployer...

Et dans le cœur cette évidence ; la source et l'absence de frontières ; à travers (tout) ce qui se manifeste...

 

 

Des mots ; comme une gifle ; et l'orgueil, peu à peu, défiguré – méconnaissable – et qui finit comme une chose tiède et avachie – une masse informe et affaiblie – qui s'effondre ; et qui se répand sur le sol...

Et les remparts détruits ; comme tous les voiles déchirés ; jetés aux pieds de ceux qui rêveraient de comprendre ; et qui sont animés par un élan – une brûlure – comme un appel (irrésistible) du ciel ; une ardeur que le mystère déchaîne ; et qui s'empare de leur âme encore inapte (bien sûr) à toute résolution...

 

 

Le jour ; au cœur des saisons...

Dans le fondement de la loi inaugurale...

La terre généreuse ; et l'âme incorruptible ; quels que soient les attraits – les scintillements – les invitations...

Du côté de l'esprit ; face à la puissance – face à l'autorité...

Sur des routes sans promesse...

Au cœur d'un réel sans alternative...

Sur la pente la plus naturelle – en quelque sorte...

 

 

A l'abri des hantises et des malédictions...

Le chant secret – invisible ; louant le merveilleux du monde ; et ses mille possibilités...

La soif étanchée par le ciel et la poussière...

Et le mystère – tenu (et révélé) par nos mains ancillaires ; et notre âme complice de toutes les veilles – de tous les jeux – de toutes les tentatives...

 

*

 

Derrière les couleurs et la chair agile...

Enroulé autour de l'âme ; mélangé à l'argile...

Autre chose que le sang ; en d'autres lieux que la terre...

Et des offrandes ; et des prières – en guise de filet...

L'invisible ; et les tempes marquées de son sceau – sans s'inquiéter de la malice des hommes – ni du vent – ni des chimères – ni du temps qui passe...

 

 

A contempler ce qui s'organise ; ce qui se déroule ; ce qui s'affale...

Les gestes trempés dans la douleur ; puis, dans la joie ; alternativement...

A vivre appuyé contre les forces sous-jacentes...

Puis, disparaissant avec ce qui, peu à peu, s'efface...

A s'offrir ainsi – l'air de rien – à l'invisible qui décide ; à l'invisible qui forge et qui s'insinue ; à l'insu de toute volonté...

15 août 2023

Carnet n°296 Nomade des bois et des hameaux – vie d'un ermite itinérant (seconde partie)

Juillet 2023 

14h45 – 15h préparation pour la rando

 

Se préparer pour la marche quotidienne

Harnaché pour la rando du jour ; sandales(1) (de marche), short court(1), t-shirt sans manche(1), sac à dos dans lequel on glisse une bouteille d'eau et une pochette(2) qui rejoignent la paire de jumelles et divers accessoires (couteau, corde, ficelle, poncho etc etc) rangés dans l'une des poches principales. Un parapluie(3), le sac de rando(4) de Bhagawan et notre inséparable bâton(5) viennent compléter la panoplie.

Voilà ! On est prêt à emprunter la première sente venue !

(1) ou, selon la saison, chaussures de randonnée, pantalon treillis et pull

(2) qui contient notre porte-cartes, nos lunettes et les clés du camion

(3) parapluie de randonnée contre les averses et le soleil – s'il fait réellement chaud et que le sentier n'est pas à l'ombre – que l'on attache à l'aide d'une sangle élastique

(4) Sac de transport porté en bandoulière transformé en sac de rando ; renforcé avec des bretelles allongées (et consolidées) muni d'un coussin (moelleux) et capable de supporter, chaque jour (expérience à l'appui), près de 9 kg sur des kilomètres et des kilomètres...

(5) un vieux bâton en bambou trouvé, un jour, sur le chemin

 

Journal poétique (extrait)

A demeure ; l'idée du monde

Et qui tourne – s'édifie ; pierre après pierre – d'une perspective à l'autre

Sous toutes les couleurs ; le rêve et la beauté

Le visage du réel affranchi des reflets

Au-delà du sombre et du chatoyant

A travers le feu ; et derrière le miroir

Au cœur du cercle ; aux côtés du vent – de la mort – de la joie ; déjà (parfaitement) entouré(s)

 

Sac à dos, voyage et poupées russes

Vivre en roulotte revient, d'une certaine façon, à voyager (à la fois de manière pratique et symbolique) avec un énorme sac à dos. Lorsque l'on prend la route, on emporte avec soi tout ce que l'on possède*. Dans cette perspective, on pourrait dire que le camion constitue la première – et la plus grosse – des poupées russes.

* Nous n'avons entreposé aucun objet personnel chez des parents, chez des amis ou dans un entrepôt de stockage destiné aux particuliers. Tout est rangé dans le camion ; et il ne nous faut pas moins de 3 bonnes heures pour le débarrasser de tout ce qu'il contient...

Lorsque l'on part en randonnée l'après-midi, on emporte un sac à dos qui contient les objets les plus importants(1) (nos papiers, nos lunettes et les clés du camion) et le nécessaire pour la marche(2). Sur les chemins, on pourrait donc dire que l'on porte (et emporte avec nous) la deuxième poupée russe – bien moins volumineuse que la première...

(1) ceux qui nous permettent d'adopter ce mode de vie et ceux – incontournables – qui nous donnent une « existence légale » dans la société des hommes...

(2) voir la rubrique précédente

Lorsque l'on doit renouveler nos provisions alimentaires dans une grande surface commerciale, on n'emporte que la pochette (évoquée quelques lignes plus haut) que l'on pourrait considérer comme la troisième poupée russe du dispositif...

Lorsqu'il nous arrive de nous promener nu* en été, on ne porte (bien sûr) ni vêtement, ni chaussures, ni sac à dos. Notre bagage se limite au corps, à l'esprit et à ce que l'on porte à l'intérieur. Et cette nudité pourrait être considérée comme la quatrième poupée russe...

* lorsqu'il n'y a personne aux alentours... On est un adepte assez enthousiaste – et assez convaincu – du naturisme. Ah ! Le bonheur de marcher dans le plus simple appareil ou de se baigner nu dans la rivière...

Enfin, lorsque nous mourons, nous délaissons le corps (en tout cas le corps organique) et, à cette occasion, il nous semble que l'esprit* voyage à sa manière vers d'autres lieux – vers d'autres mondes – vers d'autres cieux. Et cet esprit (presque pur esprit) pourrait, sans doute, être considéré comme la cinquième (et dernière) poupée russe...

* qui cesse, peut-être, en ces circonstances, d'être perçu comme strictement personnel

C'est ainsi que l'on appréhende le voyage – tous les voyages (les petits et les grands)...

 

Antoine de Saint Exupéry

« Celui qui veut voyager heureux doit voyager léger. »

 

Journal poétique (extrait)

Le souffle ardent ; intensément solitaire

A travers le monde – le pas – le vent – la poésie

Et les bêtes dans leur passage ; et certaines âmes dans leur voyage

A travers ce qui monte ; la source inconnue ; apprivoisée

Le poids de ce qui s'en va ; et la légèreté du reste

 

Journal poétique (extrait)

Comme un tambour ; le cœur – la vie – le rythme

Des vibrations sur le fil ; les barreaux de l'échelle

Le temps à rebours ; le monde couché – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et ses règles du jeu que nul ne comprend vraiment

 

Il existe d'autres mondes – d'autres dimensions du réel

Inutile d'établir la liste des mondes possibles (ou probables). Limitons-nous à ceux qui sont accessibles à l'esprit humain à travers l'hypnose, le rêve, le sommeil profond, le coma, la mort, les expériences de mort imminente, le voyage astral, la transe chamanique ; au cours de ces moments ou de ces expériences, quels univers – quelles contrées – traversons-nous ? Sommes-nous capables de répondre à cette question de manière satisfaisante...

Et qui sait où nous étions (et ce que nous étions) avant notre naissance et où nous irons (et ce que nous deviendrons) après notre mort ? Les religions offrent toutes quelques explications (avec des différences et des points communs) qui s'avèrent (en général) peu utiles...

Aucune réponse recevable ne peut être apportée ; il convient de chercher par soi-même (et, surtout, de se laisser trouver...). Selon sa sensibilité et sa compréhension* pourra s'esquisser une conviction ou une intuition, capable peut-être de se transformer en certitude – en évidence inébranlable – lorsque l’expérience intérieure offrira suffisamment d'éclairages et de précisions...

* qui évoluera, sans doute, avec l'expérience et la maturité...

 

Ibn Arabi

« Aller vers Lui est l'essence de l'ignorance, le repos en Lui est l'essence de la Connaissance. »

 

Journal poétique (extrait)

Ici ; au milieu de la lumière ; dont notre visage est le parfait reflet

Étranger au monde ; de plus en plus

Vers le haut et vers le bas ; simultanément

Laissant le désir hors du cercle

Comme effacé par l'immensité

Au-delà de la mémoire et du temps ; au centre de l'espace

Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons

 

Journal poétique (extrait)

Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse

L’œil si serré contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité

En ces temps de hurlements et de cœurs blessés

Ni fleur – ni pierre – ni arbre – dans leur panthéon édifié à la gloire du monde

Ni bête – ni homme à la bouche droite ; au cœur plus large que le monde ; au sang si proche de la sève ; et à l’œil qui voit

Dans la proximité de ce qui n'a de visage ; familier du vide et de l'invisible ; dont le chant célèbre les feuilles et les pétales ; tous ceux dont l'âme est silencieuse

En plus de la danse – la joie – la beauté ; et la prunelle malicieuse

 

Lorsque la méditation remplace la marche

Les jours de pluie(1), il nous arrive de remplacer la marche par une séance de méditation(2). On s'installe(3) alors entre la table et le meuble de la cuisine – les jambes croisées en position du demi-lotus(4). On balance (très lentement) le buste à la recherche d'une verticalité équilibrée et confortable, puis on laisse la détente(5) et la paix se déployer naturellement. Et l'on demeure ainsi, le corps et l'esprit à leur aise, en se faisant le témoin à la fois attentif et détaché des sensations et des pensées, laissant tout advenir, laissant tout passer, laissant tout s'effacer ; n'étant rien, ne devenant rien ; un espace vide (peut-être) – une conscience-présence sans nom – indéfinissable – inappropriable...

(1) lorsque la pluie est dense et ininterrompue

(2) méditation formelle assise

(3) sur le vieux tapis qui sert à nos exercices physiques quotidiens

(4) posture que le corps prend naturellement tant elle nous semble naturelle aujourd'hui – nous avons pratiqué la méditation formelle pendant de nombreuses années (il y a longtemps) et, chaque jour, lors des pauses que l'on s’accorde, durant notre marche, on adopte, de manière naturelle, cette position qui nous paraît stable et confortable...

(5) un état entre le relâchement et la vigilance – ni trop tendu ni trop relâché – à la manière des cordes d'un instrument de musique comme le précisent certains préceptes du bouddhisme zen

 

Muso Soseki

« L'esprit affairé, le monde immense est trop étroit. L'esprit vacant, un coussin est assez large. »

 

Journal poétique (extrait)

Ne plus y être ; et y être encore

Entre le désir et la pierre

Ne nous agrippant à rien

Des paroles comme un ciel découpé ; et offert

Davantage – peut-être – que le monde – les étoiles et les rêves – réunis

Mais moins que la première fleur pourtant

Malgré l'infini qui – entre les doigts – se tend

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'intimité (redoutable) de l'espace

Le visage penché sur le silence

Et le rire ; comme une respiration de l'invisible

A l'écoute du plus haut – en soi

Derrière ces rives étrangères ; l'inconnu

A travers des lèvres sans bouche ; des signes sans support ; jusqu'au premier souvenir – jusqu'au plus fantasque des sauts dans la matière

Et toujours passant – bien sûr

 

Méditations formelle et informelle

Aujourd'hui, on ne pratique la méditation formelle qu'à de très rares occasions – lorsqu'elle s'invite spontanément ; on ne s'y adonne jamais pour parvenir à quelque état (comme on le faisait autrefois). On s'assoit – une jambe repliée sur l'autre – sans rien chercher – sans rien fuir – seulement pour la joie d'être assis sur le sol...

Cette absence de pratique formelle n'est pas une paresse ; elle s'est imposée à mesure que la méditation informelle* – cette attention sereine et naturelle – s'est installée dans nos activités journalières et nos gestes quotidiens. Aujourd'hui (et depuis quelques années) l'esprit n'éprouve plus le besoin de vivre autre chose que ce qui est là – que ce qui, à cet instant, est offert par la vie, par le monde et les circonstances, il ne cherche plus à parvenir à quoi que ce soit...

* non formelle, non assise – qui advient, de manière naturelle, dans les activités et les gestes de la vie courante

Il n'y a plus ni désir, ni projet. Il y a cette tranquillité sous l'écume des gestes et des pas qui, parfois, s'animent encore avec vivacité. Il y a ce qu'il y a ; et cette joie, et cette paix malgré l'agitation du monde, du corps et de l'esprit quelques fois – malgré la tristesse, la nervosité ou l'inconfort. Tout est vécu d'une façon (assez) égale...

Les états et les événements sont accueillis comme ils arrivent, comme ils se présentent. On ne les transforme pas, on ne les amplifie pas, on ne les atténue pas, on cesse de jouer avec...

 

Tao Hsin

« La méthode authentique consiste à ne rien faire de spécial ».

 

Notes diverses

Il n'y a rien à changer à ce qui est, ni en soi, ni en l'Autre, ni en ce monde...

 

Journal poétique (extrait)

A se résoudre au feu – à la bêtise – au sacrilège ; à la matière malmenée

Comme de la fumée entre le sol et le ciel

Au-dessus des pierres ; et au-dessus des siècles

A coups de boutoir – sous la même étoile

A consentir jusqu'au rêve – jusqu'au sommeil – jusqu'à pactiser avec les forces les plus noires – les plus souterraines

 

Séance martiale

De temps à autre, on s'offre également une séance de bâton martial (avec l'un des nombreux bâtons rangés dans la roulotte). L'occasion de s'exercer à quelques mouvements (directs et circulaires) contre un ou plusieurs adversaires fictifs – une sorte de danse avec la terre et le vent – un exercice auquel on prend un réel plaisir. Une chorégraphie aérienne qui nous donne des airs de grand singe qui gesticule, avec une certaine grâce, à quelques centimètres du sol...

En de plus rares occasions, il nous arrive aussi de sortir quelques couteaux et étoiles de lancer ainsi qu'une cible fabriquée avec quelques planches épaisses ; et tel un adepte du kyudo(1), on se livre à une sorte de long exercice méditatif(2) qui requiert une forme d'attention libre et ouverte, un vide et un effacement ainsi qu'une synchronicité entre le souffle, la main et l'absence d'intention; une manière d'expérimenter la dissolution (partielle) des frontières entre l'esprit, le corps, le geste et l'espace et d'expérimenter la fusion entre le mouvement, la cible et l'arme projetée.

(1) Tir à l'arc japonais – activité pratiquée par les adeptes du zen au même titre que la calligraphie, la cérémonie du thé ou l'art de l'arrangement floral

(2) séance qui dure, parfois, plusieurs heures

En dépit de notre attitude pacifique, cette pratique martiale s'avère violente (on le ressent très intimement – pénétration agressive de la pointe d'acier dans la chair tendre du bois – activité symboliquement très masculine) ; elle génère, malgré la douceur et l'absence d'intention malveillante, une sorte d'énergie négative ; aussi ne s'y exerce-t-on que de manière (très) occasionnelle...

 

Journal poétique (extrait)

Ce qui sait – en nous ; comme une force inébranlable

Comme un livre ouvert – pourtant – à travers ce qui vient – ce qui passe ; à travers la moindre circonstance

Comme des flèches pointant vers le centre – cet espace que chacun recèle ; à disposition de ceux qui ont capitulé ; de ceux qui ont abandonné toutes leurs armes

 

15h – 15h15 en balade / en rando

Un pied devant l'autre sur une sente étroite qui traverse le massif forestier. Au milieu des hêtres et des pins. On marche en silence – attentif à ce qui nous traverse et à ce que nous traversons ; l'esprit vide, humble et respectueux. Allant là où se dirigent les pas* – là où le cœur et l'intuition nous guident – au gré des pistes et des pentes.

* sans le moindre enjeu sportif

 

Notes de la forêt

A larges bords ; les chemins. La possibilité du monde ; la possibilité de soi. A égales proportions ; selon la sensibilité et les prédispositions.

 

Notes de la forêt

A dévaler les pentes ; à explorer le royaume caché. Entre les troncs et le cœur vertical.

 

Journal poétique (extrait)

Au milieu des éboulis ; la même lumière pointée par le doigt

Moins longue – peut-être – la route

Comme un retour vers le haut

Vers l'élargissement vertical du monde

Par la voie la plus escarpée

L'âme (toute) frémissante

 

Rencontre forestière

Cet après-midi, on a croisé une martre. Sur un étroit sentier dans les sous-bois. Elle a traversé à quelques mètres devant nous. Elle s'est arrêtée un instant, nous a regardé(s) puis a sauté derrière le talus et s'est éloignée – échappant à notre regard... Belle et furtive rencontre !

 

Journal poétique (extrait)

Le ciel ; quelque chose du monde

Là où s'attardent les bêtes ; et les âmes silencieuses

 

Instants de communion

Longs instants de communion silencieuse avec ceux qui peuplent la forêt...

Un regard – un geste – pour une pierre – un rocher – une fleur – un arbre – un insecte ; et quelques paroles toujours pour les vaches, les brebis, les chèvres, les chevreuils, les oiseaux, les lézards, les serpents, les chats, les renards, les chiens et les sangliers rencontrés...

Mille gestes – mille regards – mille attentions – à l'intention des bêtes – visibles et moins visibles. Comme si notre humanité essayait (assez maladroitement) d'offrir – de partager (un peu) – ce qu'il y a de plus beau (et de plus respectable) en l'homme...

Une humanité qui ne place le bipède ni au centre – ni au-dessus – des autres créatures ; un vivant parmi d'autres vivants. Et pas davantage...

 

Notes de la forêt

Si proche des arbres – des bêtes ; de ceux qui s'enivrent de terre et de liberté.

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur touché par le plus simple ; cette fraternité sauvage ; sous les mêmes étoiles que les hommes – pourtant

La terre naturelle – authentique ; véritable peut-être ; sans croyance – sans préjugé – sans interdit

Le règne du passage et de la nécessité ; le règne de l'éphémère et de l'essentiel

L'appartenance et l'indistinction sur chaque visage ; relié(e)s (très) instinctivement

Et le pressentiment du plus proche – du plus profond – du plus commun ; ce qui manque – si cruellement – à l'esprit humain

 

Organisation et attitude humaines funestes

Affligé(1) par l’œuvre de l'homme – par ce que l'organisation humaine (à laquelle on appartient et à laquelle on participe malgré soi(2)) fait subir aux êtres – à tous les êtres – de ce monde ; une terre, un sous-sol et des océans indûment pollués et exploités, des végétaux piétinés, arrachés, mutilés(3), plantés de manière industrielle – réduits à un usage alimentaire, à un moyen de chauffage ou à un décor revitalisant, des animaux réduits à des conditions de vie infâmes (de la viande sur pattes) ou qui voient leur territoire drastiquement restreint et/ou saccagé et des hommes réduits à l'état de misère et d'esclavage...

(1) selon les jours, attristé ou en colère

(2) d'une manière ou d'une autre

(3) Partout le spectacle désolant de haies lacérées ou taillées jusqu'au moignon – jusqu'au sang, de grumes entassées, de parcelles essartées, de territoires abîmés, détruits, vandalisés par la brutalité indifférente et irrespectueuse des engins mécaniques ; tondeuses, débroussailleuses, tronçonneuses, scies démesurées et engins forestiers monstrueux qui coupent et découpent – détruisant – déchiquetant – écrasant indistinctement tout ce sur quoi ils passent et anéantissant en quelques secondes le lent, beau et patient travail du vivant...

 

Notes de la forêt

Et cette réminiscence cruelle des ambitions humaines ; visibles jusqu'ici – au fond des forêts ; cette lèpre qui exploite – qui saccage – qui fait feu de tout bois pour tirer profit. Au nom de l'odieuse (et pitoyable) souveraineté de l'homme.

 

Notes diverses

Beauté encore ; beauté toujours – de ce monde parallèle au monde – de ces vies qui s'inscrivent dans les marges laissées par le peuple dominant ; volontaire – régulateur – exploiteur – industrieux.

Paroles à charge (évidemment) ; éminemment réactives aux dégâts commis ; et à la blessure ressentie.

 

Journal poétique (extrait)

L'absence conjuguée par toutes les figures noires et hostiles ; (atrocement) prétentieuses

Le regard menaçant ; le bleu oublié au fond de la béance

Et le silence pour appuyer toutes les sentences prononcées

Les paumes pleines de haine et de (fausses) vertus

Au cœur même du sommeil ; l'autorité et le monde réifié ; l'empire des hommes

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur – trop souvent – annexé par le drame

De lieu en lieu ; (presque) à chaque circonstance

L'âme terrestre ; comme embrigadée par la chair et l'épaisseur

La parole douloureuse ; comme exercice (simple exercice) de confession

Et dans l'expectative (angoissée) de la sentence

Sur nous ; à la fin des jours – à la fin des temps – sur le point de nous écraser ; un tombereau de jugements – d'interdits – de damnations

Encore trop humain – sans doute

 

Au moins deux manières d'appréhender la crise écologique (et climatique) actuelle

Au vu des problématiques et des enjeux contemporains – la crise écologique et climatique – l'extinction des espèces – la disparition de la biodiversité – les ambitions et aspirations (aveugles et aberrantes) des sociétés humaines(1), la monstruosité de leur organisation et les nombreux préjudices qu'elles engendrent, 2 camps principaux semblent s'opposer ; d'un côté, les partisans du (soi-disant) progrès, du monde d'avant qui avance (du monde de toujours qui progresse vers un idéal assez mal défini – et même absurde(2) à certains égards – toujours plus de confort, de bien-être, de facilité(2)) et, de l'autre côté, ceux qui ont pris conscience de la nécessité d'un changement radical de paradigme, de perspective et de priorités...

(1) d'un grand nombre de sociétés humaines

(2) comme s'il nous était possible de répondre (grâce au progrès technique) à nos exigences croissantes – qui semblent tendre vers un infini irréaliste, déraisonnable et fou...

 

Journal poétique (extrait)

La chair et l'âme du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme

Le cœur caché du secret ; et l'horreur perceptible – comme une drogue

L'Amour si loin de ces éclats rouges ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)

Dérisoires ; nos pages – le jour – toutes les promesses de la lumière ; face à cette souillure – face à cette dévastation

 

16h15 – 16h30 pause pendant la rando

 

Haïku

« Dans la forêt

au milieu des nuages

la salle de méditation »

 

Notes de la forêt

Une bête – au milieu des siens – au milieu des fleurs. Le séant posé sur la pierre ; dans le mimétisme de la roche ; la rudesse et l'immobilité ; un support à lichen ; une alliance avec la mousse ; si l'on restait ainsi pendant des jours et des semaines – pendant des mois et des années – pendant des siècles ; dans ce contact direct avec le sol et le ciel ; laissant le vent et la pluie œuvrer aux rapprochements – aux assemblages – aux communions.

 

Rencontre sylvestre

Debout – immobile – sous un grand chêne dont on ressent (avec évidence*) la bienveillance – une sorte de tendresse pour le petit bout d'homme qui le regarde – émerveillé – le cœur empli de gratitude et de respect. On sait – on sent – qu'il comprend – qu'il perce – en une fraction de seconde – ce qui nous habite à cet instant. En un éclair, il devine ce qu'abrite notre cœur – la nature de nos intentions...

* presque avec certitude

Et on le (et on se) regarde encore plus intensément – impressionné – une main timide sur son écorce rêche – comme un grand-frère – un vieux sage (à la sagesse encore inaccessible à l'homme) – commeun être – quelqu'un – qui aurait tant à nous apprendre si l'on savait l'écouter – si on prenait le temps de vivre à ses côtés...

 

Notes de la forêt

Et le vert sur la peau qui a – sans doute – commencé sa métamorphose ; le corps façonné par la patience et l'immobilité.

 

Journal poétique (extrait)

Auprès des arbres encore ; sous un ciel plus haut ; sans autre horizon

Le vide ; et l'absence de temps

Le règne du seul et de l'ensemble

A la cime du cœur ; vers l'envol

Au-dessus de l'abîme et des bruits

Rien qu'en se tenant là ; parmi ceux qui écoutent ; si verticalement présent(s)

 

Journal poétique (extrait)

Le verbe ; tantôt reclus dans ses tranchées ; tantôt perché sur son promontoire

A entendre le vent ; et à le sentir devenir nôtre ; indissociablement

Sans incident ; alors que s'opère l'effacement

Encore assis sur cette grosse pierre ; le cœur moins morose (moins gris) qu'autrefois ; léger (bien plus léger)

La pâte humaine – dans son gouffre – prise dans les filets de la lumière

 

Rencontrer l'Autre

Écouter le monde, écouter les arbres et la roche. Ressentir les vibrations et les énergies. Être humble, poreux, ouvert, attentif, vide (suffisamment vide de soi – vidé de soi), disponible, sans volonté, sans a priori. S'effacer. Ne plus désirer, ne rien attendre. Écouter... Alors la connexion – la communication – avec les non-humains peut s'établir...

 

Le monde de l'esprit et des esprits

L'esprit. Les esprits. Celui de la terre, celui de la forêt, celui des arbres, celui des plantes, celui des roches, celui des bêtes, celui des hommes. L'esprit des morts et des vivants. Partout présents, provisoirement insérés au cœur de la matière ou momentanément affranchis de la chair. Ici même – et partout – ressentis – entraperçus* – en particulier lorsque l'attention se dilue, semble sortir de la boîte crânienne pour flotter – devenir assez inconsistante pour se situer, à la fois, nulle part et (un peu) partout. Le regard parvient alors à percer (un peu) le visible et le monde des apparences, à traverser le rideau de la matière et des images, à faire disparaître (momentanément) les frontières les plus grossières entre les formes.

* encore très superficiellement – sans doute...

 

Journal poétique (extrait)

Adossé à l'ombre, peu à peu, grignotée

L'azur – en soi ; autant que la lumière

Au zénith de la poussière

Les liens défaits ; à nos pieds – les plus grossiers (les plus élémentaires) ; et les plus subtils qui s'affinent – se renforcent – se déploient ; au lieu de l'abîme – au lieu du sommeil

Sans trêve ; les yeux fermés sur les Autres – le monde – le temps

Comme attendant (sans impatience) le début du jour

 

Le contact avec la terre

Les pieds nus sur le chemin qui caressent le sol, qui sentent la terre, l'humus, le sable, les graviers, les racines, les pierres, toutes les aspérités. Ce qui vibre dans le sous-sol. Et le vent sur le visage, et la sueur sur la peau, et le souffle dans la poitrine, et l'ombre des arbres, et la joie (la joie tendre et enveloppante) qui nous envahit. Comme si l'on était parvenu à ouvrir quelques canaux de connexion avec le monde – avec le réel – avec la matière et l'invisible – avec nous-même(s) sans doute...

 

Notes de la forêt

A la folle saison du désamour. Le retour en grâce de la solitude (de toutes les solitudes). Entre la mousse et le nuage – entre l'humus et le vol de la buse. Et dans l'herbe mouillée aussi (bien sûr). Cette fragrance des bois ; narines dilatées. La sauvagerie dans l'âme ; et dans les mains aux doigts courts et solides.

 

Notes de la forêt

A la jointure de ce qu'offrent l'âme et la terre. Dans le bleu du monde (sans oublier le gris qui, parfois, le traverse).

 

Journal poétique (extrait)

Déchiré par le haut

A travers le ciel ; le fond du monde

Et ces cris (tous ces cris) que reflètent les miroirs

Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au mystère

Par-dessus les apparences ; ces sortes de boucles qui suivent (très) fidèlement les reliefs de l'invisible

Et la découverte stupéfiante de ses contours – de ses centres et de ses confins (apparents) ; inimaginables

 

L'un et l'autre

L'esprit et la matière – l'un dans l'autre – entremêlés – notre état (l'état des êtres vivants) en cette vie incarnée. Et d'autres fois – à d'autres moments – presque pure matière – comme la roche et la pierre ou presque pur esprit – comme après la mort...

 

Journal poétique (extrait)

Tâtonnant ; la main sur la paroi qui explore ; et découvre ce monde privé de soleil

La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses du sol ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise

 

16h30 reprise de la marche

 

Notes de la forêt

Dans l'humus sombre ; la sueur et la sève mêlées. Des pas tantôt légers – tantôt besogneux. Le cœur de chair ; le cœur du chemin ; le cœur de l'arbre ; au milieu de la forêt. Ainsi se dessinent les jours et le voyage ; silencieusement ; les pas qui caressent la pierre ; la semelle enhardie ; l'âme enivrée par la substance – excitée par la semence – des sous-bois.

 

Apprenti botaniste 

Malgré nos longues marches quotidiennes dans les forêts et les sous-bois, sur les routes et les chemins, nos connaissances botaniques restent modestes. Un peu moins de 200 espèces de plantes nous sont assez familières pour les reconnaître (et en donner les principaux usages) alors qu'il en existe, sous nos latitudes, environ 8000* ; et 386 000 sont répertoriées dans le monde (sans compter, bien sûr, toutes celles que l'on ne connaît pas – et qui doivent être nombreuses).

* dont 1000 que l'on peut utiliser à des fins culinaires et/ou médicinales – 300 sont toxiques et, parmi elles, 50 sont mortelles

Notre rapport au vivant – assez fortement teinté de respect – réduit, de manière radicale, nos prélèvements botaniques. On éprouve, en effet, une grande réticence à utiliser les plantes pour notre usage personnel. On a déjà peine à piétiner le moindre brin d'herbe ; on est donc très peu disposé à arracher les feuilles d'une plante et les rares prélèvements que l'on s'autorise consistent à couper*, ici et là, quelques feuilles ou quelques sommités fleuries en laissant toujours la plante vivante et en essayant de ne pas perturber, outre mesure, son cycle ou sa croissance...

* lorsque la plante pousse abondamment sur la zone (ou la parcelle)...

 

Quelques plantes comestibles et/ou médicinales* estivales et automnales

Coquelicot, bardane, cirse, sauge des prés, achillée millefeuille, valériane, mauve, vipérine, campanule, millepertuis, mûre, centaurée, brunelle, reine des prés, angélique des bois, origan, verveine, carotte sauvage, polypode, vergerette, amarante, picride, chénopode, armoise, renouée des oiseaux, benoîte, pariétaire, pourpier, presle, fenouil sauvage, acanthe, tanaisie, ravenelle...

* que l'on trouve en abondance sous nos latitudes

 

Instants d'exaspération

Moments d'énervement parfois lorsque des nuées d'insectes s'invitent, en plus de la fatigue, au cours d'une marche qui se prolonge de manière inhabituelle (lorsqu'il nous arrive de nous perdre, lorsque la chaleur se fait trop accablante, lorsque l'on a suivi – par inadvertance ou par défaut de signalisation – un autre itinéraire...).

Un homme comme les autres (bien sûr) avec ses limites et son étroitesse...

 

Notes de la forêt

A travers la pente herbacée – une sente étroite – le pas harassé. Et quelque chose qui surgit ; quelque chose de l'abandon ; l'annihilation de la volonté – en quelque sorte ; Dieu – les forces – qui nous portent.

 

Journal poétique (extrait)

Piégé(s) par la nuit

Cette (si brève) conservation de la matière

Sous la lumière ; sans l'essentiel

Des choses et d'autres ; et des visages à profusion

Une multitude d'objets – de gestes et de jours – (assez) inutiles

La laideur – l'indigence et le saisissement – à portée de rêve ; à portée de main

Ce que nous partageons tous (sans pouvoir nous en défaire)

 

Pollution forestière

Il nous arrive de croiser des « randonneurs motorisés » – 4x4, motos cross et autres quads – qui arpentent les pistes et les sentiers forestiers, les pentes et les montées à la recherche de sensations fortes – qui dégradent les chemins et détruisent les plantes, en pétaradant pendant des heures, et tournant parfois en rond sur le même circuit, distillant à la ronde leur pollution sonore, visuelle et olfactive. Et nous les regardons passer, selon les jours, avec colère ou affliction...

Pauvres forêts ! Pauvres randonneurs ! Pauvre ermite !

 

Journal poétique (extrait)

Toutes ces choses déchirées ; autour de soi

Et dans ces gestes ; le fond de l'âme

Le cœur chaviré par tout ce noir

Au plus sombre du rêve – sans doute

 

Mésaventures forestières

Il nous est arrivé(1), à plusieurs reprises, d'être pris au milieu d'une battue(2) – encerclé par un groupe de chasseurs et leurs chiens – coincé entre des 4x4 lancés à pleine vitesse et une meute hurlante courant derrière une harde(3) de sangliers. Devant l'imminence du danger, une (salvatrice) décharge d'adrénaline transforme le randonneur placide et contemplatif en « bête de guerre » alerte et vigilante (comme si de vieux instincts archaïques se réveillaient). La situation est analysée en une fraction de seconde et, selon le contexte(4) et la configuration des lieux, en un éclair, l'esprit prend une décision(5)  ; s'aplatir au sol, se cacher derrière un tronc d'arbre, nous signaler en criant, rebrousser chemin, courir à travers bois, continuer à marcher sur le sentier...

(1) au cours de nos balades hivernales (la période de chasse débute en septembre et s'achève fin février)

(2) chasse au grand gibier comme l'appellent les thuriféraires de l'activité cynégétique

(3) On a coutume d'appeler « compagnie » un groupe de sangliers mais ce terme nous semble trop « humainement » connoté...

(4) qui évolue à chaque instant

(5) Au cours de l'une de ces rencontres, à peine quelques secondes après nous être réfugié sur un petit sentier perpendiculaire à la piste sur laquelle on marchait, un tonnerre de détonations (pas loin d'une cinquantaine) a décimé une groupe entier de sangliers à quelques dizaines de mètres de l'endroit où l'on se tenait (à la fois) tremblant, en colère et malheureux... Et à plusieurs occasions, on a été le témoin direct de sangliers abattus – devant nos yeux ; drames qui jamais ne nous laissent indemne...

 

Journal poétique (extrait)

Le nez baissé sur le sol et le sang

A l'envers ; l'étreinte ; et l'âme (assez) sérieusement atteinte

Sur le trésor dispersé ; un peu de neige et d'argile

Et dans nos gestes ; et au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités

Toute l'histoire du monde – en somme

 

Journal poétique (extrait)

L’œuvre de la faim sur ce qui peuple l'étendue ; la moindre rive

Qu'importe l'or – l'encens – la prière

Des courants de larmes et de sang

Tantôt vers l'un – tantôt vers l'autre ; acteur et témoin ; bref passant

Et ne pouvant s'en empêcher

Attristant l'âme et meurtrissant la chair

En ce monde si peu affamé d'ineffable

 

Mantra pour les temps difficiles

Ce n'est rien, ce n'est pas grave, c'est juste la vie. Un petit mantra qu'il nous arrive de répéter, lors de déconvenues ou d'événements douloureux ou peu favorables. Lorsqu'on a l'impression que la vie s'acharne avec malice...

 

Notes de la forêt

Les muscles saillants à force de montées éreintantes ; le souffle et la sueur ; le pas lent et caressant ; la tête comme effacée. La joie de l'effort – de la marche sans but – presque errante. Dans la juste foulée ; l'âme et le monde – indistinctement ; l'infini que nous sommes et qui nous porte.

 

Indistinction et indissociabilité

Ce monde aux formes apparentes distinctes prend, parfois, des allures (bien réelles) de soupe énergétique – de magma de matière – où rien ne peut être différencié. Une sorte de lave mouvante dont rien ni personne ne peut s'extraire comme si tout était à la fois indistinct et indissociable, comme s'il était impossible de se séparer (de nous séparer) du reste du monde – de ce qui nous semble si loin – si étranger – si indésirable...

On est alors contraint (malgré soi) de faire corps – et d'être solidaire (ne pouvant nous en désolidariser) – avec « cette chose » – avec ce grand Tout – et avec tous les éléments qui le composent (et qu'importe qu'ils nous semblent plaisants ou déplaisants).

 

Édouard Glissant

« Rien n'est vrai, tout est vivant. »

 

Notes de la forêt

La peau et l'âme poreuses – respirant les alentours – devenant ce qui les entoure ; l'abolition éprouvée des frontières. Juste des yeux ; et un cœur qui bat ; et un souffle comme une cadence – la respiration du monde ; et le reste mélangé – indistinctement.

 

Journal poétique (extrait)

A quoi ressemblerait notre visage ; sans l'origine du temps – sans l'incessante succession des noms et des titres dans la mémoire

Un point minuscule – peut-être ; muni de prunelles délicates (et perçantes) et d'un cœur discret et ardent

A la manière d'une fête perpétuelle ; d'une danse sans cérémonial ; au faîte de l'absence – la plus légère – la plus consciente

 

Journal poétique (extrait)

Comme un peu de matière ; une sorte de pâte (informe et malléable) entre les mains du ciel

Et le poids ; et la nuit ; et l'immensité

Et cette tristesse ; et cet écrasement

A chaque parole ; à chaque recommencement

Et ce qui nous façonne ; inlassablement

 

Journal poétique (extrait)

La nuit à vif ; comme le temps retroussé ; la voix qui puise dans le langage

Un chemin à gravir ; à inventer

Avec des ombres – des reflets – des gémissements

Un semblant de ciel sur les vivants

La vie ; la chair – se laissant traverser

Dans une sorte de long épuisement sans (véritable) interrogation ; un songe – peut-être

 

Il n'y a personne en ce monde

De manière (assez) similaire, il nous arrive également de ressentir (avec force et clarté) que le monde n'est pas le monde – qu'il n'y a personne ici-bas – aucun homme – aucune bête – aucune créature. Seulement des mouvements – des élans et des courants – d'énergie comme si les uns et les autres (qui semblent exister en apparence) n'étaient que des ombres – des silhouettes – des formes animées et instrumentalisées par un enchevêtrement monstrueux de forces irrépressibles (parfois opposées – parfois complémentaires).

Malheureusement, cette perception est, en général, assez vite balayée par une perception plus habituelle (et, sans doute, plus commune) où les apparences retrouvent une certaine consistance...

 

Feng Kan

« Fondamentalement rien. »

 

Notes diverses

Tout réduit à l'essence – à sa condition ludique et métaphysique ; en tant qu'élément et parfait dépositaire du reste. Liens encore – liens toujours ; sans doute – la seule chose qui soit.

 

Journal poétique (extrait)

Si mortel(s) ; comme des ombres qui cheminent l'espace d'un instant

Sur des pierres (presque) éternelles ; sous un ciel hérissé d'intentions

Si loin (encore) de la nudité attentive

Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage

Du cœur noir à la transparence

Sans rêve ; sans alliance

Dans la compagnie de l'Amour ; que l'on découvre peu à peu

 

Journal poétique (extrait)

Dénué de soi ; en dépit du sang et de la pierre

Rien ; ni personne ; ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent diraient certains ; de la matière qui s'anime – en quelque sorte ; de (très) brèves apparitions

L'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes – pour un instant ; et y replongeant (assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger

Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu intouchable

De l'écume ; et le mystère (toujours aussi) insondable

 

Journal poétique (extrait)

L'esprit offert ; et ce qu'il porte ; en plus du souffle ; en plus du cœur

A la fois flèche et théâtre ; avant-scène de l'immensité et champ de bataille (effroyable)

Associé (quasiment soumis) à une ardeur effrayante ; monstrueuse (si souvent) dans ses conséquences

La réponse de l'homme ; face au monde et au mystère ; guère plus (bien sûr) qu'un instrument

 

Journal poétique (extrait)

Et tous ces vents sur la pesanteur ; pour chambouler les rites inventés par les siècles ; manière de s'assurer de la consistance de la matière – des existences ; de donner un sens à ce chaos ; à cette souffrance

Le théâtre des vivants – entre édifice et plaisanterie ; entre funeste et espérance ; pas si loin du secret en définitive

 

17h-30 – 18h retour de balade

On range notre équipement de randonnée, on se déshabille, on enfile « nos vêtements d'intérieur* », on se désaltère (une longue gorgée bue directement à la bouteille) et l'on s'assoit un instant sur la banquette du salon.

* caleçon ou pagne en été – pantalon de jogging en hiver

 

Buanderie provisoire

Après une balade sous la pluie, le camion se transforme (provisoirement) en étroite buanderie. On y tend, ici et là, des cordes pour y suspendre nos affaires trempées ; short (ou pantalon) accroché à proximité du t-shirt, le sac et le coussin de Bhaga dans la salle d'eau, le sac à dos, le pull et les sandales (ou les chaussures de marche) entre la cellule et la cabine etc etc. Après s'être (consciencieusement) essuyé avec une serviette-éponge, on enfile quelques vêtements de rechange et on prépare une infusion que l'on savoure confortablement installé sur le canapé du salon en regardant, par la fenêtre, la pluie tomber...

 

Journal poétique (extrait)

Parmi les pierres ruisselantes de pluie

Et le parfum enivrant de la terre

Au milieu des arbres séculaires

A même le sol mouillé ; l'âme et les pieds nus

Au fond des bois ; là où les hommes et le temps ne pénètrent plus

Le visage fouetté par l'averse et le vent

Et le cœur déjà au ciel ; bien à l'abri

Goûtant par l’œil et la peau la grandeur – et la beauté – du spectacle

 

Orages d'été : entre étuve et inondation – le dilemme

En été, la roulotte se transforme (assez rapidement) en fournaise. Aussi a-t-on l'habitude de laisser les portes(1) et les fenêtres ouvertes jour et nuit (les fenêtre latérales et les lanterneaux). Mais la situation devient problématique lorsque surviennent les orages d'été – en particulier la nuit(2). En effet, si on laisse les baies ouvertes, la cellule peut être inondée en quelques minutes(3)(4) et si l'on décide de les fermer, l'atmosphère devient (très) vite irrespirable(5).

(1) Durant les nuits les plus chaudes(lorsque les températures nocturnes ne descendent pas au-dessous de 20°C), la porte de la cellule est laissée ouverte. On fixe alors à l'entrée une sorte de grille en bambou(constituée de 2 longs bâtons verticaux et de 5 bâtons placés horizontalement fixés ensemble à l'aide de boulons et d'écrous papillon) pour permettre à l'air de circuler à l'intérieur sans être importuné par d'éventuelles intrusions importunes (humaines ou animales).

(2) période de la journée où l'on est censé dormir...

(3) en particulier, en cas de fortes pluies

(4) Les jours de pluie intermittente, on passe la journée à ouvrir et à fermer la porte et les lanterneaux. 5 fois, 10 fois, 20 fois, 50 fois en l'espace de quelques heures. Comme si l'on était investi d'une vocation temporaire ; à la fois groom et gouvernante qui assurent la protection et la bonne tenue de la maison...

(5) On étouffe littéralement – et laisser les fenêtres entrebâillées s'avère insuffisant pour que l'air circule de manière satisfaisante

Face à ce dilemme(1), on a opté pour une solution en demi-teinte (mais qui a fait ses preuves(2)) : on accroche (à l'aide de pinces serre-joint) un large carré de toile cirée (transparente(3)) aux extrémités de chaque baie vitrée(4) (baies latérales et lanterneau principal) sur lequel on place deux aimants pour éviter que le vent ne le soulève. Ainsi peut-on laisser les fenêtres ouvertes sans que la pluie entre à l'intérieur...

(1) Seuls ceux qui ont vécu (même de manière temporaire) dans un véhicule en été – camion – camping-car, roulotte ou caravane – peuvent comprendre « l'enjeu » de cette problématique ; ça n'a l'air de rien... Et pourtant...

(2) même en cas de fortes pluies ; même lorsque le vent se met à souffler

(3) pour conserver, pendant la soirée, un peu de luminosité et une visibilité sur l'extérieur...

(4) soit 3 morceaux par baie, le premier disposé sur le côté gauche, le deuxième sur le côté droit et le dernier faisant la jonction entre le premier et le deuxième.

 

Journal poétique (extrait)

Si fugace ; le temps du monde

La durée de la terre ; de la chair ; des noms que l'on célèbre

Des nuées de visages et de choses ; sous la voûte sombre ; sous le soleil sans écart

L'instant (à peine) d'un orage d'été

 

La hantise de l'infiltration

Lorsque la pluie tombe (forte et drue) durant plusieurs heures ou lorsqu'il pleut à verse (sans discontinuer) pendant plusieurs jours, une crainte (légitime) traverse la tête du nomade ; celle de l'infiltration ; l'eau qui s'insinue par les baies ou à travers des joints défraîchis peut, en effet, inonder l'intérieur de la cellule et/ou faire pourrir la structure en bois de l'habitacle(1).

La hantise du nomade(2) !

(1) à ce titre, les concessionnaires de camping-cars conseillent de réaliser, chaque année, un test d'étanchéité de la cellule (à l'aide d'un testeur d'humidité) afin de détecter d'éventuelles infiltrations et d'y remédier au plus vite...

(2) et d'un bon nombre de camping-caristes !

 

Journal poétique (extrait)

La pluie sur la peau

L'âme qui s'éveille – peu à peu – au froid et à l'humidité

A trembler sous les coups des hommes – sous les coups du temps

Au cœur des braises – au-dedans ; le cœur qui se soulève – noirâtre ; prêt à renaître du dessous des cendres ; et à recommencer

La tête tournée vers l'embellie plutôt que vers le rêve

 

17h45 – 18h15 séance d'écriture (retranscription des notes de la veille)

On sort notre carnet d'écriture, on en détache les pages écrites la veille (et parfois les jours précédents). On allume l'ordinateur et on commence à retranscrire – mot après mot – phrase après phrase – un œil sur la feuille manuscrite et l'autre sur l'écran et le clavier.

 

Notes de la forêt

Dans notre paume ; la ligne et la feuille ; le destin du carré blanc et la destinée de l'âme ; que chaque pas, en ce monde, dessine. La joie (humble et sans exubérance) du solitaire qui marche – guidé par la main qui le porte ; et par un cœur – une sensibilité – qui dessine, peu à peu, l'itinéraire.

 

Journal poétique (extrait)

Des lignes ; pour personne

Sous les yeux du monde – pourtant ; si loin de la danse

Au cœur de notre chambre – mobile – ouverte à tous les vents ; roulotte sur les chemins ; le destin désincarcéré ; en dépit des apparences ; en dépit de l'étroitesse de la matière

Et alentour ; et plus haut ; et partout – l'invisible ; dans toutes les profondeurs

Au milieu des existences aux chaînes brisées

Rien d'une surprise (bien sûr) ; l'être à travers toutes ses possibilités

 

Journal poétique (extrait)

A l'âge de la rouille

Les yeux écarquillés ; la parole infirme

Des larmes de joie ; là où l'être se repose

Vivant (si vivant) ; le feu à l'intérieur

Pour soi seul ; à présent

Au seuil de l'autre monde

Ivre de ces lignes bleues que d'une main légère – que d'une main joyeuse – le ciel dessine ; quelques signes – quelques traces – qui caressent – effleurent à peine – la terre – ces rives isolées où nous vivons

 

18h30 Trouver un lieu pour passer la nuit

Il arrive (pour mille raisons possibles(1)) que l'on ne puisse passer la nuit à l'endroit où l'on s'est stationné durant la journée. Il nous faut donc reprendre la route pour trouver un lieu de bivouac plus approprié(2).

(1) lieu trop visible, trop bruyant, trop fréquenté, trop pentu etc etc

(2) repéré le matin en camion, repéré lors de la balade quotidienne, repéré sur la carte ou qu'il nous faut trouver au hasard de la route

La carte de la région dépliée sur la table, les lieux déjà visités marqués d'un point*, on jette un œil attentif à la zone non encore explorée à la recherche d'une piste forestière.

* Légendes qui permettent, en un coup d’œil, de voir tous les lieux où l'on a passé la journée et/ou la nuit, les villages et hameaux qui n'offrent aucune possibilité de stationnement diurne et/ou nocturne, les lieux découverts et non encore explorés etc etc

 

Notes de la forêt

Et dans le dégradé de verts de la carte ; l'invitation au voyage – à l'exil – à la découverte. L'appel des profondeurs et de la solitude ; l'exploration de nouveaux horizons. A l'altitude qui convient.

 

Immersion forcée en territoire humain

Il nous arrive parfois de ne trouver aucun lieu désert, aucun lieu sylvestre, aucun lieu à l'écart du monde pour passer la nuit*. On doit alors se résigner à trouver une place sur un parking ou dans une rue, au cœur d'un village. Et on se gare là, au milieu des voitures, stores baissés – rideau occultant tiré entre la cellule et la cabine – en nous faisant le plus discret possible. Les dimensions relativement réduites de la roulotte (guère plus longue qu'une grosse berline ou qu'un pick-up) nous permettent de nous garer à peu près n'importe où.

* en particulier en hiver lorsque les chemins forestiers sont boueux et/ou peu praticables

Et de l'extérieur, le camping-car ne jure pas (outre mesure) au milieu des voitures et des camionnettes environnantes – il s'insère (sans trop dépareiller) dans le paysage villageois. Malgré l'éclairage à l'intérieur de la cellule, aucune lumière n'est perceptible du dehors. Le camion semble inoccupé comme si ses propriétaires l'avaient déserté pour aller passer la nuit chez des parents ou des amis qui habitent l'une des maisons alentour...

 

Journal poétique (extrait)

A notre place ; en retrait – touché par le silence

Sans résistance face à ce que l'on ne reconnaît pas

Le soleil joyeux dans le sang

A deux pas de l'enfance ; le regard – émerveillé

Le ciel serré contre soi

 

Observer le monde

La cellule du camion constitue un poste d'observation du monde – forestier – animalier mais aussi humain. Ainsi lorsqu'il nous arrive de nous stationner dans un village, sur un parking de départ de randonnées ou, plus rarement, sur une aire de loisir (parc, lac etc), l'occasion nous est donnée d'observer, depuis la table de travail ou installé sur la banquette arrière du coin salon, le comportement des hommes. Sans véritable surprise...

En général, le « bipède moyen » se montre autocentré, porté à défendre ses intérêts (et ceux de sa famille ou de sa communauté), il semble peu soucieux des autres humains (et moins encore de l'environnement, des animaux et des végétaux), il aime bavarder (de tout et de rien – et pendant des heures) avec ses congénères et il paraît apprécier les barbecues, l'alcool, la musique et les loisirs (farniente, apéro, pétanque, partie de foot, moto cross – selon l'âge et les goûts). Il fait preuve d'une indifférence à l'égard de (presque) tout ce qui n'est pas lui, suit son mouvement (comme une pierre suit sa pente) sans s'occuper du mouvement des autres (excepté si ce mouvement vient perturber, freiner ou arrêter le sien)...

Et depuis quelques années, il ne semble pouvoir se défaire d'un petit objet rectangulaire* qui accapare ses doigts, ses yeux et sa tête de façon quasi permanente – oubliant que le moteur de sa voiture tourne – que ses enfants se sont éloignés de l'aire de jeux – que son chien l'attend depuis 1/4 d'heure – qu'il existe un monde avec des êtres et des choses réels...

* qui l'accompagne en tous lieux et à toute heure du jour et de la nuit

Voilà un portrait peu flatteur... mais est-il si éloigné de la réalité ? Certaines caractéristiques sont-elles exagérées ? Il semble, malheureusement, assez conforme à ce qu'est l'homme contemporain...

 

Ralph Waldo Emerson

« Le profond aujourd'hui que tous les hommes dédaignent, la riche pauvreté que tous les hommes haïssent, la solitude peuplée, toute aimante, que les hommes abandonnent pour le bavardage des villes. »

 

Haïku

« On s'affaire, on s'affaire

pour chercher quoi

au juste ? »

 

Journal poétique (extrait)

La garde – les poings serrés – abandonnés ; les genoux au sol ; inutile toute forme de résistance – toutes nos fiertés – après tant de soustractions

L’œil-vigile pourtant ; pas dupe (jamais dupe) des filouteries de ce monde

Là où les flèches sont tombées ; comme tant de royaumes – dans cette sordide pénombre

De la boue façonnée sur la pierre ; légèrement érigée ; sans exception – sans lumière

Sur ces rives où seule compte la chair

A quelques pas de l'or – pourtant ; ce qui brille dans l'invisible

 

Journal poétique (extrait)

Introuvable ; l'oasis des aveugles

La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que les yeux puiseront dans la terre ; aussi longtemps que l'or sera la seule richesse du monde

De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur

(Presque sans regret) ; dans l'inconscience de son infirmité

 

18h45 On installe un petit tapis élimé entre le coin salon et les sièges de la cabine. On y pose notre séant – jambes croisées en demi-lotus – pendant quelques instants (manière de « vider l'esprit » et de retrouver une connexion plus fine – et plus intense – avec le corps et l’environnement). Puis, on effectue quelques exercices corporels(1) (assez élémentaires) que l'on complète, en fin de séance, par 2 ou 3 postures de yoga(2).

(1) entretien des muscles du buste et des bras pour compléter le travail musculaire naturel des jambes réalisé au cours de la marche quotidienne

(2) que l'on pratiquait assidûment autrefois ; aujourd'hui on se limite aux postures dont on apprécie particulièrement la beauté et les effets plaisants (et bénéfiques)...

  

Entretien et aguerrissement du corps et de l'esprit

Ces exercices physiques sont pratiqués (bien sûr) pour l'entretien (musculaire) du corps, mais ils nous permettent également de satisfaire notre goût pour l'effort, notre besoin de dépassement(1) et notre appétence pour la martialité ; une manière d'affermir le corps et d'aguerrir l'esprit (une partie de l'esprit) qui (nous) semble nécessaire pour faire face au monde – à la part la plus hostile du monde – et contrebalancer, peut-être, notre grande sensibilité(2).

(1) aller toujours un peu au-delà de ses possibilités...

(2) la « dimension féminine » de notre esprit que nous avons appris à chérir (et à remercier) au fil des années...

 

Journal poétique (extrait)

Le vivant ; ce qui existe ; dans nos murmures

En nous ; entre le bruissement et le chaos

D'une heure à l'autre ; d'un siècle à l'autre

Sur le fil qui serpente entre les mondes (qui se chevauchent et se prolongent)

Sur la roue obscure qui mêle la terre et les pas ; le ciel et la lumière

Et là – quelque part – la possibilité d'un passage ; la possibilité du retour

 

19h – 19h15 préparation du repas de Bhagawan

On sort les casseroles, une flopée de boites qui contiennent les divers ingrédients qui composent son repas* (viande, abat pour le jus, pâtes, haricots verts), quelques croquettes, divers ustensiles culinaires (ciseaux, louche, passoire, balance alimentaire, couvercles de casserole). On met les ingrédients à cuire dans un peu d'eau et l'on surveille, d'un œil attentif, la cuisson.

* ses problématiques de santé nous contraignent à lui administrer divers médicaments mais aussi à préparer des rations ménagères équilibrées et adaptées...

 

Haïku

« Du panier en osier

monte le parfum

des pommes sauvages »

 

19h45 – 19h55 préparation de notre repas

Après le repas de Bhagawan, on s’attelle à la préparation* du dîner qui consiste, le plus souvent, à réchauffer un fond de boîte de conserve, quelques féculents (préparés pour plusieurs jours) et une moitié de steak végétarien.

* beaucoup plus rapide

 

20h – 20h15 dîner.

 

Au menu

Un demi-steak de soja avec des haricots verts et des pommes de terre, un bout de fromage, une ½ banane, 2 biscuits*, 2 carrés de chocolat au lait et une ½ pomme.

* A l'heure du dessert, Bhagawan a également droit à quelques friandises ; une madeleine émiettée ou une part de quatre-quarts présentée dans une petite coupelle en verre

 

Haïku

« Je lève ma coupe

face

à la montagne du sud »

 

Régime alimentaire

Les menus ne varient guère(1) au fil des jours – au fil des saisons. De temps à autre, la confiture de fraise remplace la confiture de prune, le riz alterne avec les pommes de terre ; les concombres avec la salade ; et le seitan(2) s'invite, parfois, dans l'assiette à la place du tofu...

Régime quasi végétalien (et végétarien depuis plus de 20 ans). Par conviction ; un choix qui s'est brutalement imposé(3)...

(1) Au cours de la saison hivernale, on se livre parfois à la confection de quelques plats inhabituels ; poêlée de châtaignes (ramassées au cours de nos balades), préparation de compotes etc etc

(2) Gluten de blé

(3) On n'a jamais eu beaucoup d'appétence pour la nourriture. Et, au fil des années, cette inclination s'est renforcée...

 

Han Min Yimg

« Le chant des oiseaux, le cri des insectes, ouvrent l'esprit au sens du vrai ; le Tao se révèle dans les fleurs et les herbes. L'homme éveillé trouve en toutes choses sa nourriture. »

 

Journal poétique (extrait)

Chaque jour comme un surcroît de ciel

Sous l'étoile montante ; la terre claire

Sur le seuil ; comme l'arbre et la fleur

A la jonction des invisibles

La chair simple ; et le rouge au cœur

 

Repas méditatif

Manger en silence face au monde dans la quiétude crépusculaire

 

Notes de la forêt

Le plus sacré du silence ; sans la moindre dissipation. Dans les profondeurs et l'effacement.

 

Notes de la forêt

A la table des géants ; le festin invisible. La fête silencieuse ; et rien de l'estomac. Le cœur plutôt apprêté pour le rire ; sans parure ; oublieux de tout ce qui n'est pas la joie.

 

Un départ précipité

Il y a quelques semaines, après plusieurs jours passés au même endroit – en pleine forêt – dans une large et belle clairière, on a dû se résoudre à quitter les lieux (un peu précipitamment) en début de soirée(1). Alors que l'on s'apprêtait à passer à table, 4 ou 5 voitures(2) sont arrivées en trombe (moteurs vrombissants, dérapages et musique tonitruante) et, après quelques « tours de piste », se sont arrêtées à quelques mètres du camion. Les occupants en sont descendus pour s'installer un peu plus loin – avec au programme (réjouissons-nous des festivités!) ; feu de bois, barbecue, partie de foot, partie de pétanque, rires et éclats de voix sur fond sonore musical assourdissant et ininterrompu. Comprenant que cette bande de joyeux drilles allait passer la soirée (voire, peut-être, une partie de la nuit) à proximité de notre bivouac, on a transvasé le contenu de la poêle dans une boîte, on a verrouillé les placards, on a fermé les baies et on est parti sans demander son reste(3).

Voilà aussi à quoi peut ressembler la vie nomade ! Se tenir prêt à partir dans l'instant...

(1) aux alentours de 20h-20h15

(2) chacune occupée par 3 à 4 jeunes

(3) aussi naturellement et discrètement que possible...

 

Charles Baudelaire

« Si tu peux rester, reste, pars s'il le faut. » 

 

Journal poétique (extrait)

Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques échos – quelques éclaboussures ; malgré la chair déchiquetée

Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne

Aucune tête sous la couronne

De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde

Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile

A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche

Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires

Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade

Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement

 

Journal poétique (extrait)

Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste

Grandissant ; à travers les épreuves ; à travers tous les adieux

Si seul – à présent – que le cœur s'enfle – se gonfle – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose

Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang ; et cette tendresse que pulse le cœur

Et la pierre inondée ; comme pour laver tant de tueries – de massacres – de cruauté ; des siècles – des millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs

Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde

 

Journal poétique (extrait)

Éprouvé par l'ébranlement du monde

Parmi les choses ; l'éclosion de l'infini

A marche forcée ; ponctuée de haltes et de meurtrissures

Le jeu de l'indignité ; (presque toujours) en faveur de l'offense – de l'avanie

Du côté de la nuit et du bannissement

Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement

L’œil ; et le visage – déjà bleuis par le ciel

 

Partout chez soi, nulle part chez soi

Ne pas céder (ne jamais céder) à la tentation de l'installation. Ne pas s'approprier un lieu dont la tranquillité et/ou la beauté ravive « nos vieux instincts » d’accaparement...

Combien de fois s'est-on laissé surprendre par cette « mentalité de propriétaire » ; maugréant et dévisageant le moindre pékin traversant ou stationnant sur « notre territoire » provisoire...

De passage ; éternellement de passage...

Simple passant (bien sûr)...

« Partout chez soi, nulle part chez soi » comme le dit l'adage des voyageurs.

 

Journal poétique (extrait)

Là – ailleurs – dans l'abondance du présent

L'âme courbe ; et la main tendue

La voix qui enfle ; qui serpente entre les bruits

Sans erreur possible

A cet instant ; au-delà des mondes ; au-delà de l'imaginaire

A la fois ancré dans le silence et le feu

Sans doute – inexistant

 

Lieux-refuge

Par définition, le mouvement caractérise la vie nomade. L'ermite itinérant ne cesse de changer de lieux – arpentant, jour après jour, les routes et les chemins. Il peut néanmoins éprouver, de temps à autre*, le besoin de faire une halte – de s'octroyer « une pause » – dans son incessant périple.

* et pour mille raisons possibles

Et il n'est pas rare qu'il dispose de ce que l'on pourrait appeler « des lieux-refuge », quelques endroits où il se sent particulièrement à son aise – où il a le sentiment d'être « comme à la maison » ; des endroits découverts lors de ses pérégrinations ou un terrain prêté(1) par un.e ami.e ou un membre de sa famille ; un lieu où il peut s'installer pendant quelque temps(2) ; une manière de « se poser » comme on le dirait d'un oiseau migrateur, une manière de « souffler un peu » comme on le dirait d'un voyageur lancé dans une longue course.

(1) ou mis à disposition

(2) pour quelques jours ou quelques semaines, quelques mois – si nécessaire

Malgré la grande beauté de ce mode de vie, il est indéniable que le nomade doit maintenir, jour et nuit, une forme de vigilance minimale(1)(2) – en particulier lorsqu'il vit seul(3). Exposé de manière (quasi) permanente au monde, l'esprit et le corps conservent une (très légère) tension. On reste donc aux aguets ; on regarde, on écoute (on évalue les bruits), on repère, on jauge et calcule (instinctivement) les risques et les possibilités. Et l'ermite itinérant peut occasionnellement(4) ressentir le besoin de s'accorder un intermède dans un espace « parfaitement » sécure où il pourra se détendre corps et âme...

(1) Vigilance adoptée par la très grande majorité des animaux sauvages (à l'exception, peut-être, des prédateurs les plus imposants). Tous, en effet, restent sur le qui-vive, prêts à faire face ou à s'enfuir, prêts à lutter et à défendre leur peau si nécessaire...

(2) Seul l'homme moderne* qui a, peu à peu, neutralisé l'essentiel des dangers et des menaces de son environnement (autres prédateurs, affrontements inter et intra-spécifiques, risques pathogènes etc etc) peut fermer les yeux (dans tous les sens du terme) et se laisser gagner à la torpeur. Ce qui semble assez commun et répandu en ce monde. Et force est de constater que ce relâchement a engendré chez l'homme une sorte d'assoupissement permanent – une sorte de somnolence constante – un état peu enviable, peu propice à vivre et à ressentir la vie (et le vivant) avec force et intensité et peu favorable à l'attention (et à la disponibilité affûtée) que requièrent la découverte (et l'exploration) de l'espace et des richesses que l'on porte à l'intérieur...

* ainsi que les animaux de compagnie qui vivent en ville

(3) contrairement à d'autres voyageurs qui vivent à plusieurs, en famille ou en clan, et qui peuvent donc s'appuyer sur la vigilance des autres, l'ermite itinérant ne peut, en effet, compter sur personne (sinon sur son attention, son intuition et son discernement ainsi que sur la vie, sur ce qu'il porte et sur la confiance qu'il leur témoigne)...

(4) très occasionnellement

 

Haïku

« Allègre

dégagé des affaires du monde

ici, enfin, libre »

 

Premier lieu-refuge

Une large clairière sur un chemin de terre et de pierres – une impasse d'environ 2 km au milieu d'une forêt clairsemée (essentiellement des chênes verts et des érables de Montpellier) – fréquentée uniquement l'hiver par les chasseurs. Les villages alentour se situent à 5 ou 6 km. On y séjourne, en général, au printemps et en été*.

* Pendant plusieurs mois, nous y avons passé toutes nos nuits (on était contraint de rester dans la région pour effectuer des analyses bimensuelles auprès du vétérinaire qui s'occupe de Bhagawan). Pour rester discret (et éviter de se faire repérer par d'éventuels promeneurs), on quittait les lieux après le petit déjeuner, vers 9h30 – 9h45 pour passer la journée dans les environs (en changeant de spot diurne assez régulièrement – et tournant ainsi, pendant plusieurs mois, sur une vingtaine de lieux différents) et l'on revenait le soir vers 19h en prenant soin qu'aucune voiture ne nous suive ou ne nous croise avant de nous engager sur la piste de terre. Un lieu, une zone et une région que nous connaissons relativement bien (et dans laquelle on se sent un peu comme chez soi).

 

Journal poétique (extrait)

La terre – au milieu des étoiles ; comme un bain d'enfance

Encore la nuit ; malgré la couleur – la lumière

Et ce bleu ; sous les arbres

A l'abri des lourdeurs humaines ; des horizontalités trop grossières

Un anneau à chaque doigt

Et le cœur au fond du regard ; à mesure que les noms deviennent fenêtre ; à mesure que l'espace remplace le monde – la fièvre – le rêve ; à mesure que disparaît l'écume

 

Deuxième lieu-refuge

Un lieu cryptique – dissimulé dans la forêt – à l'écart de la piste forestière. Un endroit que l'on affectionne particulièrement ; caché – désert – pas (ou très peu) fréquenté – un ou deux randonneurs tous les 2 ou 3 jours. Des pins (douglas) – quelques hêtres et quelques bouleaux. Un ruisseau sous les frondaisons. Juste la place pour poser la roulotte. Une foison de chemins pédestres à proximité (mais pas trop près du lieu de bivouac). Du silence, une ambiance et des odeurs sylvestres, plongé (véritablement) au cœur de la forêt. Accessible par une piste carrossable (mais assez cabossée) d'environ 4,5 km. Un petit paradis que l'on fréquente de temps en temps et sur lequel on reste toujours plusieurs jours...

 

Journal poétique (extrait)

En ces lieux ; l'invisible

Des mots – des seuils ; le soleil

Qu'importe ce qui guide les pas ; et la parole

Penché(s) sur le temps qui passe ; comme une eau intarissable

Et la nuit ; et ce qui nous relie

Comment pourrions-nous l'oublier

 

Troisième lieu-refuge

Au fond d'une impasse mal goudronnée (de quelques kilomètres) au cœur d'un hameau abandonné (3 ou 4 habitations relativement bien conservées). Au sommet d'une étroite colline – la roulotte posée à proximité d'un chemin de terre (herbacé et caillouteux) fréquenté occasionnellement par quelques promeneurs* (habitant les hameaux alentour) – entre deux bâtiments en ruine et un vénérable noyer – entouré de friches et d'anciens vergers. A bonne distance de la route qui traverse le massif forestier. Lieu que l'on fréquente de manière régulière lorsque l'on est de passage dans la région.

* que nous saluons avec courtoisie lorsqu'ils passent devant la roulotte et avec lesquels il nous arrive, parfois, d'échanger quelques mots

 

Journal poétique (extrait)

Dieu ; plus intensément

Autant que l'âme et la matière

La terre si haut perchée ; le ciel si accessible

Plus ni exil ; ni étrangeté

L'étreinte – le silence – l'origine

 

Dernier lieu-refuge

Un terrain familial que l'on utilise en cas de nécessité ; une sorte de pied-à-terre – un endroit où l'on peut déposer sa roulotte, effectuer de menus travaux qui nécessitent une immobilisation du camion pendant quelques jours ou qui imposent que l'on passe la nuit hors de la cellule*.

* pour éviter, par exemple, les odeurs et la toxicité de certains produits lorsqu'il nous arrive de peindre ou de vernir le mobilier « fait maison »

 

Journal poétique (extrait)

Au pays du monde ; des arbres haut comme des collines

Et nos espiègleries (enfantines) ; et nos (interminables) parties de cache-cache avec ceux qui se tiennent debout ; dans le bruit et la prétention [et qui nous prennent pour leur congénère]

Et notre souci de vivre comme les bêtes ; aussi loin des hommes que possible

Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages

Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale

 

20h30 – 20h45 vaisselle

Le repas achevé, on pose la poêle et les couverts* dans l'évier, on essuie la table et le plateau et l'on s'attelle au nettoyage des divers ustensiles de cuisine en prenant soin d’utiliser l'eau avec parcimonie.

* après les avoir soigneusement essuyés à l'aide d'un papier essuie-tout

 

Une micro pollution quotidienne(1)

Lorsque l'on vit en roulotte dans les bois, on ne dispose (bien sûr) de tout-à-l’égout. Une fois la vaisselle terminée, il nous faut jeter(2) au-dehors les eaux grises du jour(3). On déverse donc le contenu de notre cuvette (soit environ 2 litres d'eau) à quelques mètres du camion(4) – et, si possible, sur un espace vierge d'herbes et de plantes (pour ne pas les endommager avec certains composants irritants)

(1) en plus du gazole utilisé...

(2) On pourrait les stocker dans la cuve d'eaux grises fixée sous la cellule mais cela nous contraindrait à fréquenter plus régulièrement les aires de camping-car qui disposent d'un lieu dédié à cette vidange...

(3) Les eaux grises de la vaisselle (2 litres d'eau avec un peu de liquide vaisselle 100% biodégradable) et les eaux grises de la douche (environ 2 litres d'eau avec un peu de savon 100% bio)

(4) loin de tout cours d'eau (bien sûr) : ru, ruisseau, rivière

 

Journal poétique (extrait)

Pierres et visages – sous le ciel haut et cru

Un peu de bruit ; ce qui bouge

Étrangement attiré(s) par les étoiles

La matière ; obscurément

 

La réserve d'eau

200 litres répartis dans une cuve de 100 litres et 5 bidons de 20 litres auxquels s'ajoutent le bac du filtre à eau (environ 5,5 litres) et quelques bouteilles d'eau en réserve...

De quoi tenir approximativement 3 semaines (un peu moins en été*)

* période au cours de laquelle on s'hydrate davantage.

Cette autonomie nous évite de nous aventurer, de manière trop fréquente, dans les cimetières (presque tous dotés d'un robinet) et les aires réservées aux camping-cars*

* aire destinée aux voyageurs qui met à leur disposition (gratuitement le plus souvent) un robinet d'eau potable, des prises électriques (pour se raccorder au réseau si nécessaire) et un lieu pour déverser les eaux grises et les eaux noires

Le réapprovisionnement s'effectue, en général, à l'aide d'un bidon de 20 litres(1) ou d'un arrosoir(2). Et l'on essaie (autant que possible) de se ravitailler à des heures où nos congénères désertent l'espace public(3)...

(1) En faisant la vaisselle ou en prenant sa douche, on ne peut oublier le labeur (souvent long et fastidieux) que nécessite le remplissage de la cuve et des jerricans, et l'on est (beaucoup) plus enclin à utiliser l'eau avec parcimonie...

(2) selon la hauteur entre le sol et le robinet et la discrétion que nécessitent les lieux – plus ou moins habités ou fréquentés

(3) en début d'après-midi ou après la tombée de la nuit

On s'astreint également à se réapprovisionner sur la route – dès que l'occasion se présente* (robinet en libre service derrière une salle polyvalente – derrière une mairie – en passant devant un cimetière ou à proximité d'une aire de services pour camping-cars déserte etc).

* L’œil du nomade s'aiguise au fil de son périple – au fil de son expérience. Étonnante et remarquable devient sa capacité à repérer un point d'eau, des poubelles pour les ordures, pour le verre, pour les déchets recyclables, un endroit pour se poser durant la journée, un lieu à l'ombre, un lieu pour passer la nuit etc etc

 

Journal poétique (extrait)

L'épreuve du vide ; au cœur de l'abîme

Et toute chose considérée comme une charge – un encombrement

Dans le silence nu des pas qui tâtonnent ; sur le fil tendu entre le temps et l’absence de temps

Au-dessus (bien au-dessus) du royaume des hommes ; là où le vent s'avère un allié crucial et dangereux

Le destin et la mort ; en équilibre – sur le balancier

Si loin du sommeil – de l'écume – de l'imposture

En ce lieu où règne – en souverain solitaire – l'oubli

 

Journal poétique (extrait)

Au soir assagi ; le mouvement encore

En amont de toutes choses

Au cœur de l'opposition des forces ; de ce qui se heurte avec violence

Sans cri – sans douleur – sans étendard

L'amoncellement du feu et du vent qui (perpétuellement) ruissellent

Dans le sillage de l'eau ; le vide creusé – en relief

La matière du jour et la matière de la nuit ; se précipitant

Dans la danse tempétueuse

L'accord parfait à même le chaos ; pas moins réussi que la ronde des Dieux

 

Trouver de l'eau potable en hiver

En hiver, les points d'eau potable se raréfient drastiquement (mise en hors gel dans la plupart des communes) ; il faut donc faire preuve d'ingéniosité et/ou d'audace ; repérer les toilettes publiques non fermées avec lavabo(1), les fontaines de certains villages où l'eau coule à flots (même en hiver), les imposantes fontaines vertes en fonte (qui, en général, restent ouvertes) et les rares aires de camping-car dont la borne(2) continue de fonctionner durant la saison froide, ou, pour les plus téméraires, déplacer la dalle de béton qui donne accès à la trappe souterraine du robinet d'alimentation d'eau dans les cimetières et les aires de camping-car suffisamment isolés afin de pouvoir utiliser le robinet extérieur (sans oublier, bien sûr, de remettre le système hors gel après utilisation).

(1) en utilisant un court tuyau pour faire la jonction entre le robinet et l'arrosoir

(2) borne composée de 2 robinets – un pour l'eau potable et l'autre pour nettoyer la cassette des toilettes chimiques utilisées dans la très grande majorité des camping-cars

 

Journal poétique (extrait)

Comme effacé par la lumière et le mouvement

Sans ombre – sans écho ; un (simple) ruissellement – une (parfaite) dissolution

Sous des yeux stupéfaits ; cet étrange bouleversement

 

Une sobriété joyeuse

Une sobriété (très) joyeuse(1). On consomme peu d'eau (5 litres pour boire et faire la cuisine, 2 litres pour la vaisselle et 2 litres pour la douche, soit moins de 10 litres par jour). On consomme peu d'électricité(2) (le strict nécessaire pour recharger nos outils de travail et s'éclairer). Seul bémol, le gaz qui permet de faire fonctionner le réfrigérateur, le chauffe-eau et les feux de la gazinière : environ 1 bouteille de 15 litres de propane par mois.

(1) et des gestes en conscience...

(2) voir la rubrique « le dispositif électrique »

 

Journal poétique (extrait)

Le trésor ; et le surcroît

Au plus bas du monde

Au plus près de l'âme

Au fond du plus rien – en quelque sorte

Et ce qu'il (nous) a fallu abandonner pour y descendre – s'y retrouver – s'y rejoindre

Un travail de titan (pour l'homme – si familier des ajouts – des accumulations – des amoncellements)

Jusqu'au dernier geste soustractif ; et moins encore

 

Journal poétique (extrait)

Dans la transparence discrète de l'effacement

Sous l'arbre ; la main posée

En ce lieu d'exil ; à l'écart de ce qui se gonfle d'orgueil

Le cœur à deux doigts du bleu

 

Distance, refus, accueil, douleur et inconfort

Quelques problèmes de santé nous astreignent à une prise de médicaments quotidienne. Ces défaillances corporelles engendrent, de manière cyclique et régulière, un inconfort qu'il nous faut accueillir – qu'il nous faut accepter.

A l'instar des événements qui peuvent nous blesser (ou nous attrister) et des émotions (ou des sentiments) désagréables qui peuvent nous traverser, il convient de faire corps – d'être un – avec ce que nous vivons et expérimentons.

En réduisant la distance* avec la sensation, l'émotion ou l'événement déplaisants, on parvient assez aisément à s'unir avec ce qui nous semble fâcheux, incommode ou désagréable ; un peu comme comme si nous l'absorbions – comme si nous l'intégrions – pour que ce qui nous semble extérieur devienne partie intégrante de ce que nous sommes ; et la difficulté ressentie cesse (presque aussitôt) d'être difficile à vivre – le problème cesse d'être problématique...

* jusqu'à nous coller contre ; peau contre peau en quelque sorte...

A l'inverse lorsque nous nous arc-boutons sur notre refus de vivre ce qui se présente ; lorsque nous essayons de mettre l’événement (la sensation ou l'émotion) à distance ; lorsque nous résistons à ce qui est là – en le considérant comme un corps étranger à combattre – ce que nous refusons se renforce et devient encore plus difficile à vivre...  

 

Notes diverses

Est ce qui est ; et l'on devient ce qui est – sans le moindre écart.

 

Journal poétique (extrait)

La terreur accréditée ; et la terre (étonnamment) consentante

Irrépressiblement la proie

Que le regard et le souffle s'habitent ou qu'ils fassent défaut

Perdu(s) à jamais ; dans la trame des chemins ; et la cendre à venir

Sans retour possible ; sans même la possibilité d'un ailleurs

 

Journal poétique (extrait)

Comme des bêtes dispersées par l'orage ; et que l'aube appelle

Au milieu des rêves ; comme déposées

Assis – vagabond ; par-dessus le chaos ; là où tout s'avance – là où tout ébranle ; jusqu'à la plus parfaite familiarité

 

Accueillir : le « oui » à la vie

On ne refuse rien de ce qui est donné à vivre. Nos préférences* n'ont pas disparu mais elles s'effacent (presque) toujours face aux circonstances (face à ce qui s'offre – face à ce qui s'invite – face à ce qui s'impose).

* Il est assez naturel de préférer être en bonne santé plutôt que malade ; et selon ses goûts et sa sensibilité, on préfère le pamplemousse aux myrtilles, l'été à l'hiver, vivre dans les collines boisées plutôt que dans une grande ville etc etc

 

Journal poétique (extrait)

Comme sommeillant à la lisière du temps

Sous le ruissellement (perpétuel) de la lumière

Le reflet dansant de l'enfance

Comme un rêve ; un flot d'images astreintes à la mobilité

Une foule d'ombres (en fait) sans pourquoi

Des regrets et des cruautés

Ce que nous n'avons su éviter

 

Journal poétique (extrait)

Au-delà des pas hasardeux ; ces parts de ciel accessibles ; lorsque le temps et l'horizon se resserrent ; lorsque la route se rétrécit ; lorsque les choix n'en sont plus – deviennent d'impératives nécessités

Ce qu'il y a ; ce qui demeure – sous les ruines – le sol craquelé

 

20h45 – 21h Rituel vespéral

 

Modeste présent

Offrande journalière* à nos amis des bois ; miettes de repas mais aussi « friandises » à l'intention des fourmis, des belettes, des martres, des renards et des sangliers.

Une manière de compenser notre « intrusion » sur leur territoire ; malgré notre discrétion et notre attitude respectueuse, notre présence en ces lieux perturbe, parfois (on le sent) les habitudes et les déplacements des habitants de la forêt.

* en période de canicule, il nous arrive aussi d'offrir un peu d'eau à quelques fleurs, à quelques plantes, à quelques jeunes arbres en souffrance (causée par un stress hydrique estival de plus en plus fréquent en cette ère de dérèglement climatique)

 

Journal poétique (extrait)

Face aux grands chiens des collines ; farouche(s)

Au cœur de la forêt foisonnante

Le regard fauve ; fébrile

Dans cette lumière du soir

Sous les apparences de l'automne ; le jour qui se retire

L'âme (encore) désirante qui s'approche

Dans l'écume du plus sauvage

Aux marges du monde ; notre tentative d'habiter au plus près de la lumière – au fond de notre trou – dans l'oubli de l'humain ; quelque chose qui, peut-être, se dessine

 

Journal poétique (extrait)

A distance de soi – encore – quelques fois (de temps à autre)

Hanté (toujours) par ce qui bouge ; les bruits ; les malheurs qui courent devant nos yeux

Les arbres – les pierres – les rivières – que nous chérissons

Et les bêtes ; nos égales devant Dieu ; et ceux qui les assassinent

Cette fraternité d'enfance qui se risque hors du cercle des conventions (très au-delà du plus commun)

Plus folle – et plus sage – que les rêves des hommes

 

Journal poétique (extrait)

Au cœur de cette fraternité silencieuse ; immense

Loin des murs ; loin des Autres

Ensemble ; comme si de rien n'était ; comme si la vie – le monde – la mort – avaient été (parfaitement) compris – accueillis – apprivoisés

 

21h collation

Une infusion avec une friandise au caramel

 

Haïku

« A une tasse de thé

je confie

mon sentiment poétique »

 

Un instant, mille instants quotidiens

Seul et silencieux face à la beauté du monde

 

Haïku

« Appuyé à la porte

dans le crépuscule je regarde

les montagnes bleues »

 

Le temps est une construction de l'esprit

Le temps est une illusion – une construction de l'esprit qui appréhende les événements de manière linéaire – additionnant les instants et les transformant en durée* – séparant le présent de ce qui a eu lieu avant et de ce qui adviendra après. Mais inutile de chercher à saisir le passé et l'avenir, l'un et l'autre n'existent pas ; ils semblent exister grâce à la mémoire et à notre capacité de projection mais nul ne pourra jamais vivre dans le passé ou dans le futur. Tout ce qui est vécu aujourd'hui – tout ce qui a été vécu avant et tout ce qui se vivra après – ne l'est – ne l'a été et ne le sera que dans l'instant – dans le présent.

* un peu à la manière d'un film composé d'images juxtaposées – 24 images par seconde qui défilent et donnent le sentiment d'un mouvement...

« Ici et maintenant » dit l'adage zen.

 

Notes de la forêt

Sans devenir ; le temps aboli. A la vue du sourire un peu triste – et un peu solitaire – d'un enfant aux yeux sensibles – à l'esprit à l'affût ; lorsque le vent perce les frondaisons ; lorsque le vent éparpille les images et les pensées ; lorsque nous devenons simplement sensations.

 

Journal poétique (extrait)

Le songe à perte ; comme condamné(s) à ce trop peu de raison

Comme prisonnier(s) ; comme séquestré(s) – contraint(s) d'évoluer au milieu des ronces du temps ; entre griffures et frissons – jusqu'au plus noir – jusqu'au plus tragique de ce séjour intranquille...

L'achèvement du vivant ; l'agonie ; et la continuité du malheur

A travers le souffle ; le défilé inépuisable des saisons ; la douleur – jusqu'au dernier soupir...

De métamorphose en métamorphose ; et disculpé(s) (à la fin) de tous les crimes – de toutes les offenses ; dissimulée(s) au fond du secret peut-être – la culpabilité ; la peur et la culpabilité ; l'origine de la fuite – de la course – de la débâcle

A travers cette écume si inquiète face aux puissances des profondeurs – face à la monstruosité apparente du monde ; ce qui se joue (si souvent) sur la pierre

D'île en île ; l'itinéraire – à l'intérieur

Soumis à l'incessante recomposition des rôles et de la terre ; notre passage – notre partage ; et ce qu'il restera – peut-être

 

21h – 21h15 séance d'écriture

Fenêtres ouvertes. Lumières éteintes. Seule une veilleuse posée sur la table et entourée d'un abat-jour* est allumée. Le soleil s'est couché depuis quelques minutes et la pénombre commence à s'installer. On sort un feutre et notre carnet d'écriture. Un œil au-dehors, un soupir de satisfaction et la main se met presque aussitôt à dessiner une longue série de traits secs et rapides (presque illisibles) sur la feuille blanche – réceptive – offerte. Un instant de rencontre – un dialogue avec ce que l'on porte – une manière de devenir l'instrument – le scribe – de l'espace qui nous habite...

* abat-jour « fait maison » pliable, fabriqué en carton et recouvert à l'intérieur de papier blanc pour réfléchir la lumière vers l'unique ouverture orientée de manière latérale (vers la table) et qui empêche la lumière d'être perçue de l'extérieur.

 

Haïku

« Un havre de paix

Quelques feuilles écrites

De l'encens qui brûle »

 

Notes de la forêt

Et le monde – ainsi – sans doute – éclaboussé par ces échos – ces ruissellements de ciel et d'innocence.

 

Journal poétique (extrait)

Le langage amendé – en quelque sorte

A se risquer aux limites de l'intelligible ; pour inventer un passage – une passerelle peut-être – entre l'ancien monde et un autre ; le suivant sans doute

Une manière de vivre – et de célébrer – la vie – la terre – le mystère ; le silence et le verbe ; la joie en étendard involontaire

 

Journal poétique (extrait)

La nuit de l'ouest ; libre du monde et des étoiles

Saupoudrant quelques feuilles de l'automne sur tous les jours – tous les siècles – vécus

Sans doute – la manière la moins disgracieuse de se prêter aux jeux du monde ; sans s'y frotter intensément

Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire ; et se déployer ; vers le ciel – sûrement

Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance

A écouter (seulement) ce que nous portons ; ce qui nous traverse ; ce que nous traversons

Légèrement ; sans rien dégrader – sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard

Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'épaisseur de la nuit ; les yeux abandonnés

A travers le temps – le cercle – le mystère ; le déploiement (sans obstacle) de la lumière

Et cette vue dégagée à présent – imprenable – sur l'ombre – l'étendue ; le bleu (un peu blafard) du poème

 

Journal poétique (extrait)

Le geste poétique ; sans intention – la tête effacée

A la place de la nuit ; le sourire

Penché non sur le mot mais sur le vide

Le visage accroupi

En ce lieu déserté par les hommes

Et tous les arbres ; et toutes les bêtes – autour de soi ; la peau à portée de tremblement

Vers le jour – la fraternité – la transparence – (substantiellement) partagés

Ainsi vécues ; les joies essentielles de l'effacement

 

Dans la pénombre

On passe toutes les soirées d'été et une bonne part des soirées d'automne et de printemps sans le moindre éclairage pour éviter d'attirer les insectes nocturnes(1) (qui se feraient piéger à l'intérieur) et éviter de nous faire repérer par les voitures et les promeneurs qui pourraient circuler sur les pistes et les routes alentour(2).

(1) en particulier les papillons de nuit mais aussi les frelons qui, contrairement aux guêpes et aux mouches, sont attirés par la lumière – à 2 reprises, un frelon s'est introduit dans le camion ; intrusion relativement dangereuse puisque l'on est allergique aux piqûres d’hyménoptère...

(2) malgré les arbres, dans l'obscurité, la moindre lumière peut être perçue à des kilomètres à la ronde

 

Journal poétique (extrait)

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage

La neige par-dessus la terre

Et cet exil (si compréhensible) des poètes – des nomades ; qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des cris et des masques de cire

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage

La neige par-dessus la terre

Et ce qui s'achèvera, un jour ; le mensonge et l'insupportable face à la félicité – face à la lumière – chaque jour, grandissantes

 

Dispositif électrique

250 kWh de panneaux solaires. Ce qui nous offre une autonomie suffisante pour nous éclairer le soir (en hiver), charger un ordinateur portable, un téléphone portable, 2 lampes de poche et utiliser quelques accessoires électriques (rasoir – ventilateur* etc etc)...

* indispensable en été ; l'intérieur de la roulotte devient (assez vite) une véritable étuve...

Un convertisseur permet d'obtenir du courant en 220V. Et deux batteries de 95 Ah complètent le dispositif qui répond (très largement) à nos besoins électriques (très modestes – il est vrai) – y compris lors de la période hivernale où le soleil (en général) se fait plutôt rare* et où son inclinaison est loin d'être optimale pour recharger les batteries avec les panneaux solaires...

* variable, selon les régions (bien sûr)

 

Journal poétique (extrait)

Pourquoi Diable – de passage

Si peu équipé(s) pour les réponses

A travers la tête ; (trop) aveuglément

A s'imaginer percevoir le réel ; le temps qui s'écoule

Le front obstiné ; obscurci

Bricolant des solutions avec quelques bouts de ficelle trouvés sur le chemin

 

Journal poétique (extrait)

L'évidence du sol – du souffle – du centre

D'un lieu à l'autre ; sans se déplacer

Dans la jonction ; la (perpétuelle) continuité

Alignés ; sous la lumière

Comme si la nuit n'existait pas

Comme si l'aurore était une invention

 

Rencontre crépusculaire

A quelques dizaines de mètres de la roulotte, on aperçoit, soudain, dans les sous-bois, une troupe de sangliers – la mère avec ses marcassins (âgés de quelques mois) et un juvénile d'une précédente portée, groin au sol, à la recherche, sans doute, de quelques vers ou de quelques racines.

 

Journal poétique (extrait)

Par petites touches ; les créatures façonnées

Se dispersant ; partageant le sacrifice ; et le trésor commun

Terre et ciel – scellés ensemble ; durant cette traversée – à genoux

 

Instant de fin de journée

Les derniers instants du jour. Face à la fenêtre – face à l'horizon. Le feutre posé sur la table. Quelques pages noircies de mots devant les yeux. Et cette joie qui nous étreint – qui nous enveloppe – qui rayonne peut-être...

 

Haïku

« Un dernier rayon

illumine

les pics enneigés »

 

Notes diverses

Au cœur de la création – dirait-on ; et à la marge du monde aussi. Ainsi – sans les yeux des Autres.

 

Journal poétique (extrait)

Du bleu dans l'herbe

Le sol métamorphosé

Le monde serré contre soi

A la saison du détachement

Personne ; seulement la lumière ; la lumière et l'infini

L'Amour – sans doute – qui nous a pris dans ses bras

 

21h30 – 21h45 espace récréatif

 

Séquence de fin de soirée

On range le feutre et le carnet dans un angle de la bibliothèque, on pose la tasse sur le plan de travail de la cuisine, on fixe la table sous la banquette du coin salon, on tire les rideaux, on ferme les stores et l'on s'installe sur le canapé avec, selon les jours, un livre ou nos écouteurs pour suivre une émission à la radio, reprendre le podcast ou le film documentaire commencé la veille.

 

Journal poétique (extrait)

En soi – les chimères ; mains tendues ; aussi mortelles que le reste

Sous la même lumière ; et les saisons changeantes

Sans importance – sans impatience ; jusqu'au dénouement

 

Et le monde (bien sûr) continue de tourner

On ne se tient guère informé de l'actualité du monde (humain). On ne peut néanmoins échapper aux événements majeurs que distille la radio (que l'on écoute de manière régulière*).

* essentiellement des podcasts et, quelques fois, des émissions en direct. Et le journal de la mi-journée de temps à autre

Mais, au fond, à quoi bon écouter les malheurs et les (petites) joies de ce monde – les affres et les turpitudes de nos contemporains ? Qui peut ignorer que depuis que l'homme est homme, la terre est témoin des mêmes histoires qui se répètent indéfiniment* au fil des jours, au fil des années, au fil des siècles ; un monde inlassablement occupé par le plaisir, la richesse, le pouvoir, les revendications territoriales, les parades, les alliances, les crimes, les trahisons, les petites (et les grosses) « combines » et miné, de façon régulière, par diverses catastrophes individuelles et collectives (d'origine humaine ou naturelle). Et qui peut ignorer que le cours de l'histoire tend toujours, depuis que le monde est monde, vers plus de possibilités, vers plus de confort et de facilité(s)...

A quoi bon, dès lors, demeurer dans l'écume du monde ?

* sans varier d'un iota

 

Haïku

« Dans la montagne pas de calendrier

les saisons passent

on ne sait quelle année »

 

Journal poétique (extrait)

Au fond de la gorge ; le jour inépuisable ; le souffle lumineux ; si peu advenus – (presque) toujours inconnus

Et le désir ; et la nuit – bus jusqu'à la déraison ; sans interroger l'absence – sans interroger l'espace – ni la possibilité d'un Dieu désincarné

Les paupières lourdes ; entre l'extase et le sommeil

Un long filet de bave entre les lèvres entrouvertes

A dormir encore ; en dépit du corps redressé

 

Journal poétique (extrait)

Le ciel enjolivé ; trop agrémenté d'images

Comme le fond du jardin – l'autre côté du monde ; auréolé de mystère

Sous l'arbre encore ; un livre à la main – celui de la terre vivante

Et le vent sur le visage

Sans doute – au milieu du voyage

Familier de la mort et du feu

Fidèle aux ramures et aux nuages

Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant et offrant la parole nécessaire ; aussi utile que la lumière et le silence des fleurs

La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'inconscience et le chaos

 

Le téléphone portable, un outil polyvalent

Le téléphone portable est une boîte à outils indispensable ; il constitue l'un des rares moyens pour nous relier au monde humain. Outre ses usages nomades (GPS, applications pour voyageurs(1), applications pour localiser les commerces et les stations essence), il nous sert essentiellement de dictionnaire, d'encyclopédie(2) et de radio. Il nous permet également d'écouter des podcasts et de regarder, de temps à autre, des documentaires(3). Et il nous arrive aussi d'en faire usage comme téléphone (appels d'ordre pratique pour les réparations à effectuer sur le camion et des appels assez irréguliers avec les membres de la famille).

(1) que l'on utilise « à l'envers » en quelque sorte, évitant soigneusement tous les lieux répertoriés pour les nomades – touristes et vacanciers essentiellement – infrastructures pour les voyageurs, aires de services, sites touristiques, sites remarquables, parcs de loisirs etc

(2) Wikipédia en particulier

(3) Youtube et Arte

 

Haïku

« Joyeux

j'ai oublié

les intrigues du monde »

 

Journal poétique (extrait)

Parcourus ; le monde et le refus

La route dans le vent

Et l'intériorité qui affleure ; sous la peau – les paupières

Face au ciel ; la paroi contre le dos

Et ce silence – au milieu des cimes ; sauvage(s) – nécessaire(s) – paroxystique(s)

Les lèvres grandes ouvertes

Avec déjà l'essentiel en soi ; au milieu du fouillis des images

 

Les yeux au ciel

A observer (pendant près d'une heure) la beauté du ciel nocturne – le lent et lointain mouvement des étoiles. Sous le plafonnier cosmique jusque tard dans la nuit...

 

Journal poétique (extrait)

Entre nous ; trop d'étoiles ; le devenir et le néant

Des mondes et des cieux ; là où l'on se trouve

Encore séparés (trop séparés) ; évidemment

Ce qui nous échoit ; la même chose qu'au-dehors (exactement)

Le cœur qui se frotte à la pierre et à la peau des Dieux ; avec malice – avec désespérance et sagacité

Sans (jamais) rien exclure des oracles ; ainsi se dessine – se construit – le sort de ceux qui s'imaginent pénitents

 

Des frères humains

Rencontres radio (ou podcasts) avec une humanité « choisie » – sensible et éclairée*. L'un des rares liens au monde (humain) que l'on apprécie...

* autant qu'elle puisse l'être

Et parmi ces rencontres, quelques-unes qui restent en mémoire : Lhasa de Cela, chanteuse – Anouk Grinberg, actrice – Thierry Thieû Niang, danseur et chorégraphe – François Sarano – plongeur et océanographe – David Le Breton, ethnologue – Félix Billey – aventurier existentiel – Edmond Baudouin, auteur de BD – Olivier Roellinger, cuisinier – Isabelle Laffon, autrice, comédienne et metteuse en scène – Madeleine Riffaud, résistante, journaliste et poétesse – Olivier Quénardel, père abbé de Citeaux, Claudie Huntzinger, plasticienne et romancière...

Hommes et femmes qui nous émeuvent (jusqu'aux larmes – très souvent) – qui nous enchantent et nous réconcilient, d'une certaine manière, avec cette part si belle (et si émouvante) de l'humanité et une partie de nos frères humains...

 

Journal poétique (extrait)

En ces heures nocturnes ; accompagnatrices d'un autre sort ; révélant un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui

Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à travers un chemin entièrement inventé

Ce qui se glisse par la fenêtre – au fond des yeux – au fond de l'âme

Sous le régime du cœur ; la parole (seulement) nécessaire

A charge pour l'esprit de se défaire du faix ; et d'offrir le vide et la joie que l'on réclame

 

22h45 – 23h ablutions quotidiennes

 

Rituel (journalier) de fin de soirée

Prendre sa douche constitue une activité à part entière. Il ne s'agit pas, comme dans la vie sédentaire, de se glisser dans la baignoire, de laisser couler l'eau à sa guise, d'y rester pendant des heures et de laisser sa serviette par terre en sortant de la salle d'eau...

En outre, pour un nomade qui vit dans un espace si restreint, la salle de bain fait, très souvent, office de débarras où l'on entrepose (parfois pêle-mêle(1)) mille choses utiles(2) qui n'ont trouvé de place plus appropriée.

(1) ou de manière organisée et fonctionnelle – ce qui est notre cas...

(2) Dans notre roulotte, la salle d'eau – qui mesure 1 mètre 30 de longueur sur 70 cm de largeur – accueille, en plus du mobilier habituel dévolu à la toilette et à l'hygiène, un placard et une étagère amovibles « fait maison », un petit meuble fourre-tout (amovible également) sur lequel est fixé le filtre à eau (pour l'eau potable), un panier pour le linge sale, un ventilateur colonne (pour les journées estivales étouffantes), une caisse pour les fruits et légumes, quelques planches, les plateaux pour les repas, un étendoir (pour les vêtements et les serviettes), des fixations pour un tableau que l'on accroche près du coin salon (en mode sédentaire), un panier pour les éponges de cuisine, une claie de séchage (pour les micro-prélèvements botaniques) et deux socles-rangements qui accueillent, chacun, un bidon d'eau potable de 20l.

Aussi pour prendre sa douche*, on doit ôter une bonne part des objets entreposés pour les placer dans « la pièce à vivre » puis (bien sûr) les replacer une fois ses ablutions terminées. Sans compter l’essuyage des parois, du sol et du caillebotis pour éviter (dans endroit si fermé et exigu) d'endommager l'habitacle par un excès d'humidité...

* et être en mesure de tirer les rideaux et de fermer la porte en plexiglas

Prendre sa douche dans une roulotte nécessite donc de la manutention et un temps non négligeable*. Un vrai rituel de fin de soirée !

* environ 10 à 15 minutes pour dégager l'espace, préparer la pièce et attendre (en hiver) que l'eau devienne suffisamment chaude (grâce au chauffe-eau), 10 minutes de douche (passées essentiellement à se savonner – en utilisant un bol et en se rinçant en quelques secondes avec un mince filet d'eau) et 15 à 20 minutes pour essuyer tous les éléments de la douche et remettre en place les objets déplacés.

 

Journal poétique (extrait)

Mille images piétinées ; celles de l'Autre – celles du monde – celles de la nuit

Tailladées dans l'esprit ; la chair toujours indemne – vive – ardente

Et contre nous ; la douceur et la suavité

Quelque chose de la tendresse qui s'offre

Affranchi du temps et des injonctions ; et de l'idée même de liberté

Et au-dessus de nos têtes ; des étoiles suspendues – pendantes ; au cœur du vide exactement

Là où l'esprit et la pierre dansent ensemble

Dans l'intensification du silence et du chant ; cette joie si singulière d'être au monde

 

La douche estivale

Le plaisir inégalable de la douche en été (pendant près de 6 mois en vérité). Un caillebotis* sous les étoiles...

* fabriqué avec du bois récupéré

Le flexible de la douche glissé par la fenêtre de la salle d'eau nous permet d'utiliser le pommeau à l'extérieur. Et une sorte de bras articulé* (extrêmement rudimentaire) permet d'actionner le robinet mitigeur à travers l'étroite ouverture...

* fabriqué en bambou (avec un vieux bâton de marche inutilisable)

Une serviette, du savon. Et la joie de se laver face au panorama, face à l'horizon, face au spectacle vivant de la nature estivale.

 

Haïku

« Le bruit de l'eau

dit

ce que je pense »

 

Journal poétique (extrait)

De la couleur de l'eau ; le regard et la main – libres

Dans l'intimité des choses ; devenu elles – en quelque sorte

Soi ; et le reste du monde – comme effacés – absorbés ; sans la moindre extériorité

Au cœur du cercle bleu ; là où l'on naît ; là où l'on respire

Et ce qui passe ; comme un rêve (l'impression d'un rêve)

Une longue marche ; une longue suite de pas et de mots – pour tenter d'approcher la transparence

 

Journal poétique (extrait)

La nuit ; moins que la parole

Comme le mutisme des étoiles

A rebours des saisons ; le chemin

Et par les interstices ; la somme

Ce qu'il nous faudra (immanquablement) soustraire

 

23h30 – 23h45 fin de soirée

Le silence nocturne entrecoupé, de temps à autre, par le hululement d'une chouette hulotte(1)(2) qui marque sa présence et son territoire. La lune, au loin, rousse, belle, majestueuse dans un ciel qui oscille entre le noir et un bleu sombre et métallique. La nuit prend tranquillement ses aises. Quelques insectes s'affairent discrètement. Enveloppé par la beauté et la quiétude des lieux – au cœur de la forêt. Et l'âme qui savoure – qui se délecte – qui se réjouit...

(1) chouette hulotte mâle

(2) ou, d'autres soirs, par « l'aboiement » d'un chevreuil qui alerte ses congénères d'une présence importune ou d'un danger

En nous – devant nos yeux – la même féerie – le même spectacle – le cycle éternel du monde...

 

Haïku

« Avec la lune

je m'attarde

à danser »

 

Notes de la forêt

Véritablement ; le pays de la poésie ; là où le cœur reflète l'infini...

 

Journal poétique (extrait)

Le chant déchiré ; des étoiles qui bruissent

Désenfermé par le ciel ouvert – très haut ; fenêtre dans l'ombre des orages

Quelque part – encore imperceptible – le silence

Et cette joie prémonitoire de l'absence – du bleu

 

Journal poétique (extrait)

L'enfance en fête

L'âme ragaillardie

A jouer avec le ciel et la boue (d'une manière assez différente)

Entre la chambre et le ciel

Et ce qu'il reste à découvrir ; et ce qu'il reste à traverser

 

23h50 préparatifs avant de se coucher – installation du lit

 

Au cœur du silence

Sous la nuit étoilée. La chambre ouverte sur la clairière. Parmi les hautes herbes que le vent fait danser.

Dans le silence sylvestre ; ce qui se révèle – les liens de l'invisible – l'indissociabilité de soi et du monde – le socle commun des choses ; ce qui nous tient (tous ensemble)...

La beauté de l'être – comme un pur don – sans but – sans raison – sans explication. Comme une lumière – une présence – fragile – dans la pénombre...

 

23h55 La pluie s'est mise à tomber – une pluie fine et légère...

 

Minuit passé

Bercé par les gouttes qui dansent sur le toit. Comme un délice – une douceur – l'âme enfouie sous la couette – au contact et à l'abri des éléments naturels. Quel bonheur !

Si près des étoiles ! Si près du paradis !

Et l'on s'endort. Le corps en joie. Le cœur en paix. Demain sera un autre jour...

 

15 août 2023

Carnet n°295 Nomade des bois et des hameaux – vie d'un ermite itinérant (première partie)

Juillet 2023 

Note : tous les haïkus sont extraits de l'ouvrage d'Hervé Collet « dieu et moi » et ont été écrits par divers poètes chinois et japonais, parmi lesquels Han Shan, Li Po, Tu Fu, Ryokan, Issa, Bashô, Buson, Hosai

 

Depuis près de 5 ans, on vit sur les routes et les chemins(1) ; on habite une roulotte motorisée (un camping-car de taille modeste(2) – acheté d'occasion). On y travaille, on y mange, on y dort, on y prépare les repas, on s'y repose, on s'y lave ; bref, on y passe l'essentiel de nos journées.

On ne voyage pas, on arpente les forêts et les hameaux en quête de lieux déserts(3) et silencieux ; de lieux sauvages et peu fréquentés ; des clairières, des sous-bois, des friches, des collines, des bords de routes peu passagères, des accotements improbables, des impasses, des chemins de terre, des pistes forestières, de minuscules parkings, des cimetières, des places de villages reculés, des parvis d'églises isolées, des aires un peu à l'écart où l'on recycle le verre et les déchets plastiques et où l'on pose, parfois, ces énormes poubelles grises destinées aux ordures ménagères (et dont personne n'a l'usage durant la nuit) ; tous les lieux à la marge, tous les lieux peu fréquentés, délaissés ou abandonnés par les hommes...

(1) avec Bhagawan, un petit chien croisé Jack Russell, compagnon de vie depuis plus de 12 ans ; Shin'ya, notre vieille chienne, est morte durant le voyage – après 2 ans de périple

(2) un peu plus de 5 mètres 50 de longueur

(3) ou très peu peuplés

On est ce que l'on pourrait appeler un ermite séculier ou sauvage – lié à aucune religion particulière, ni à aucun dogme mais engagé, depuis de nombreuses années, dans une perspective spirituelle impersonnelle* qui s'est, peu à peu, déployée dans notre existence au point de devenir un axe central de notre quotidien.

* spiritualité non dogmatique qui invite à découvrir les dimensions non personnelles de l'être (voir la rubrique « la présence en soi ») que les traditions religieuses appellent de différentes façons ; Dieu, la Vie, le Soi, la Conscience, la nature de l'Esprit etc etc

Depuis le plus jeune âge, on s'est toujours (plus ou moins) senti en décalage avec les hommes et le monde humain ; et après une existence sédentaire (passablement instable), les circonstances nous ont conduit vers ce mode de vie qui s'est imposé, malgré nous, comme la manière la plus appropriée de vivre ce qui nous semble essentiel ; dans cet écart avec les hommes – dans cet éloignement de la société humaine*.

* même si subsistent de nombreux liens...

 

Une vie à la dérobée

Une vie discrète et anonyme ; presque clandestine tant on s'évertue à éviter la présence des hommes, à raser les murs du monde (humain), à vivre à l'écart ; tant on essaie de se fondre dans les paysages, de disparaître, de nous effacer, de devenir aussi invisible que possible...

A la manière des bêtes sauvages...

 

Journal poétique (extrait)

Plus vieux que le sang et l'indifférence

Qu'importe les hommes et la mort

Au milieu des simples ; au fond des bois

Dans cette solitude sans égale ; dans cette joie que l'on partage avec les nôtres – le ciel ; la vie et le merveilleux qui nous entourent

 

Un rapide portrait

Petit, râblé. Silhouette massive et musclée. Épaules larges et jambes bien campées. Cheveux ras, barbe de plusieurs jours (très souvent) et petites lunettes rondes.

Simple, franc, authentique, solitaire, solidaire, loyal, fidèle, fiable, intransigeant, discret et respectueux.

Voilà pour le portrait. Caractéristiques principales du bonhomme. Sans grand intérêt...

 

Journal poétique (extrait)

Sous l'aube éblouissante

La paix étreinte

Le cœur désenclavé ; affranchi du glaive

L'avènement du langage ; la bouche silencieuse ; la parole nue

Quelque chose (bien sûr) de la lumière

 

Journal poétique (extrait)

Visages cherchés ; à demeure

Jusqu'à la plus haute intimité

Attaché (très attaché) à l'écart – pourtant

Attendant on ne sait quoi

L'hiver et la mort – peut-être

L'inévitable désapprentissage du monde – de soi

Et tous ces restes de mémoire

 

Emploi du temps journalier

8h45 : lever

9h15 : petit déjeuner

9h45 : sur la route – prospection d'un nouveau lieu pour la journée(1)

10h15 – 10h30 : écriture (correction)

12h30 : déjeuner

13h : écriture

13h30 : espace récréatif (lecture et sieste)

15h : marche en forêt

18h : écriture (retranscription des notes de la veille)

18h45 : exercices physiques (entretien musculaire)

19h – 19h30 : préparation du repas(2)

20h : dîner

20h30 : vaisselle

21h : écriture

21h45 : espace récréatif (radio – podcast – film documentaire)

23h : ablutions quotidiennes

23h45 – 00h15 : coucher

(1) distant de quelques kilomètres (en général)

(2) en particulier celui de Bhagawan avec des rations ménagères adaptées à ses problématiques de santé

Cet emploi du temps peut, bien sûr, varier selon les jours ou les saisons ; lorsqu'il nous faut, par exemple, trouver un lieu de bivouac en fin d'après-midi* ou lorsque l'on doit renouveler ses provisions alimentaires ou lorsque les jours raccourcissent en hiver etc etc.

* différent de celui où l'on a passé la journée ; ce qui arrive très fréquemment en été...

Disons qu'il constitue le socle sur lequel s'organisent nos activités quotidiennes...

 

Haïku

« Toute la journée

le cœur libre

à l'aise »

 

Journal poétique (extrait)

Le front accolé au sol et au temps

Nous réchauffant au soleil de l'exil

Ermite (à part entière) désormais ; nomade du fond des bois

L'âme proche des arbres et des bêtes

Mille visages au gré des chemins

Et la vie éternelle – fraternelle ; au-dedans

N'ayant plus rien à partager avec les hommes

Célébrant la joie et le silence auprès des siens (sans même le besoin d'en témoigner)

 

8h40 L'alarme du réveil retentit. On s'étire, on sort la tête de la couette, on regarde la lumière – quelques rayons de soleil timides percent à travers les stores. On baille et s’octroie quelques instants supplémentaires pour achever de se réveiller (en douceur).

On ôte les bouchons de protection auditive pour écouter les bruits matinaux de la forêt, le chant des oiseaux, quelques voitures qui passent sur la petite route située, non loin de là, derrière les grands arbres qui nous abritent des regards.

On sort enfin du lit (en prenant appui sur l'étroit plan de travail de la cuisine), selon la saison, on éteint le chauffage ou l'on ouvre toutes les baies vitrées, on tire les rideaux, on replie les stores, on jette un œil au-dehors, on plie sa couette, on remonte le lit(1), verrouille le dispositif, on embrasse Bhagawan(2) qui dort encore sur son coussin(3) posé sur le canapé du coin salon. On enfile, selon la saison, un caleçon ou un vieux jogging, un pull ou un t-shirt, on ouvre le réfrigérateur, sort la gamelle de Bhagawan, la margarine et la confiture, on prend une tasse et une casserole dans le placard. On prépare le petit déjeuner. La journée commence...

(1) lit pavillon mobile actionné par un moteur électrique – que l'on fixe au plafond au cours de la journée et que l'on descend pour la nuit

(2) enveloppé, pendant l'hiver, dans une épaisse couverture de laine

(3) un coussin moelleux recouvert de longs poils synthétiques et bordé de mousse

 

Journal poétique (extrait)

Sans étonnement ; la lumière

Le lieu désert ; et l'infinité des liens

Le retentissement des sons

Au milieu des bêtes et des bois

Témoin(s) de l'aube qui s'étire ; et que le jour absorbe

Mille choses transparentes ; au lieu de la fumée du monde

 

Ni vacances, ni jour de repos

Depuis de nombreuses années*, on ne s'octroie ni vacances ni jour de repos (on n'en a jamais éprouvé le besoin) ; comme les arbres, les bêtes et les moines. Comme tous ceux pour qui vivre (chaque journée) est nécessité et vocation...

* depuis la fin de l'adolescence

Il faut sans doute que le quotidien nous comble et nous offre le plaisir et la joie indispensables pour nous y consacrer sans relâche – sans changement (majeur), jour après jour, année après année...

Chaque journée nous procure ce qui nous est nécessaire ; la solitude, le silence, le contact avec le monde naturel, les arbres et du temps consacré à ce qui nous semble essentiel...

 

Journal poétique (extrait)

A la source du voir

Aux confins des forêts

L'âme et la lumière

Ce pour quoi nous sommes né(s) – sans doute

 

Activités essentielles et (principaux) centres d’intérêt

  • La quotidienneté

  • La spiritualité

  • L'écriture et la poésie

  • La nature et les arbres

  • La marche

  • Les savoirs

  • La martialité

  • La vie sauvage et autonome (autarcique – autant que possible)

  • Des exercices corporels et énergétiques

  • Et tous les types de rencontre sensible et authentique (avec les pierres, les plantes, les arbres, à travers les livres, la radio et les podcasts, avec les bêtes et les hommes rencontrés, avec l'espace que l'on porte en soi*)

* que chacun porte en lui (voir la rubrique « la présence en soi »)

  

Journal poétique (extrait)

Deux rêves ; à contretemps

L'oubli ; à la place du sablier

Le chemin qui se devine – qui se profile – qui s'invite

Un voyage sans trace – sans rumeur – sans personne

La joie accolée au souffle ; tandis que la douleur se défait

Moins de nœuds ; à moins farfouiller en soi

Vers le Nord ; comme en témoigne le climat

Et le cœur plus vif – plus prompt – plus ardent ; à mesure que l'ascension se précise

 

9h – 9h15 petit déjeuner

 

Menu matinal

Un thé et 5 biscottes beurrées* avec de la confiture de prune

* margarine

 

Une existence comme les autres

Ni modèle, ni exemple. Un simple témoignage. Un portrait peut-être...

 

Siddharta Gautama

« Ne place aucune tête au-dessus de la tienne. »

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur ; prêté (pour quelques instants) pour s'essayer au chemin

Aux côtés du monde ; et du silence

Et la couleur du destin qui, peu à peu, apparaît – se dessine

A portée (toujours à portée) de lumière ; en dépit du sombre que l'on côtoie

Comme le vent dont le chant se renouvelle ; et s'éternise

Comme un clin d’œil au temps qui a prolongé l'origine

 

Pourquoi vivre à l'écart des hommes* ?

Parce que le comportement des hommes (trop souvent) nous blesse ou nous ennuie ;

Parce que les hommes se montrent (en général) peu intéressants, peu ouverts et peu sensibles ;

Parce que les hommes semblent apprécier (à peu près) tout ce que l'on déteste et parce qu'ils semblent détester (à peu près) tout ce que l'on apprécie ; parce que nous avons peu de centres d'intérêt en commun et peu de choses à partager ;

Parce que nous ne nous reconnaissons pas dans la plupart des rituels humains (individuels et collectifs)

Parce que l'humanité se comporte comme un peuple dominateur qui colonise, s'approprie, instrumentalise, réifie, exploite et extermine de manière éhontée ;

Parce que l'essentiel des hommes vit et agit (presque toujours) de manière autocentrée et mécanique ;

Parce que les hommes semblent absents au monde et à eux-mêmes. Parce qu'ils suivent aveuglément leur(s) mouvement(s) sans prendre en considération celui (ou ceux) des autres. Parce qu'ils sont (souvent) très peu enclins à se remettre en cause ;

Parce que nous* ne portons (presque) aucun intérêt à ce que l'on pourrait s'offrir mutuellement...

* nous et le monde

Parce que notre existence nous a permis de fréquenter une multitude d'individus (dans des milieux très divers), de vivre quantité d'expériences, avec et auprès de nos congénères, dans tous les domaines possibles et imaginables (amical, amoureux, affectif, sexuel, familial, social, professionnel, spirituel etc etc), et qu'en définitive, il nous semble qu'il y a plus (beaucoup plus) d'inconvénients que d'agréments à vivre en leur compagnie ;

Parce que l'on est de nature solitaire (et plutôt individualiste)...

Parce qu'il y a un temps pour tout ; et que semble venu, depuis quelques années, le temps de l'érémitisme...

* hommes et femmes, bien sûr...

 

Notes de la forêt

Ici ; au détriment des hommes – peut-être. Mais nous l'avons tant de fois vécu ; nul ne peut rien pour personne. Il faut savoir rester seul ; et se garder de regretter une fréquentation – et une proximité – (presque) impossibles.

 

Journal poétique (extrait)

Au gré des couronnes ; et des coins découverts ; et des coins détestés

Ce que l'on rencontre ; de la glaise qui baille et qui gueule

Un monde de fables et de surgissements

Au milieu de la chair affamée de chair ; digérant la chair ; ne cessant de se transformer en mille choses surprenantes

 

Journal poétique (extrait)

A s'étioler dans la (triste) compagnie de ses semblables

Contraint d'assister aux bavardages et aux agissements les plus stupides – les plus futiles

Et rien pour apaiser nos cris – et notre rage – séculaires ; hérités de ce séjour incompréhensible sous les étoiles

Aux prises avec toutes sortes d'hostilités

Et caché – avec le secret – au fond de soi ; le seul abri que nous continuons d'ignorer – ou de négliger (dans le meilleur des cas)

Invalides et insatisfaits tant que nous refuserons le face à face avec ce que nous portons ; avec cet infini de lumière et de tendresse

 

Journal poétique (extrait)

Le sommeil comme ensemencé

Et l'invisible ; et l'horizon ; des perspectives oubliées

Juste quelques pas avant de mourir

Le cœur insensible

Alors que d'autres (plus rares) tâtonnent ; avancent – reculent – s'égarent – emportés par le tournis de l'âme qui explore

L'homme tentant de se dépêtrer ; obéissant aux nécessités du voyage

Essayant d'échapper aux légendes millénaires dans lesquelles s'inscrivent toutes (à peu près toutes) les histoires humaines

 

Habiter le monde au moindre coût

Vivre en roulotte motorisée constitue, sans doute, l'un des modes de vie les moins coûteux* sous nos latitudes. Ni loyer, ni impôts locaux, ni facture d'eau, ni facture d'électricité.

* hormis l'entretien et les réparations mécaniques qui peuvent occasionner des dépenses assez conséquentes...

Le prix du carburant* est le prix de la liberté ; celle de pouvoir s'installer ici et là – sur un petit chemin de terre – sur les hauteurs peu fréquentées d'une colline – dans une clairière cachée au fond des bois accessible par une étroite piste forestière – au bord d'une rivière ou d'un ruisseau – à l'abri du bruit et du regard des hommes...

* gazole

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur sans séquelle ; en dépit des épreuves

Plus libre qu'autrefois ; et sachant mieux accueillir ce que déteste la tête ; et sachant, à présent, mêler les pas et les paroles aux prières et aux étoiles

Le verbe bleu ; comme des bouts de ciel ensemencés ; (très) discrètement souriant

Moins de mots ; et moins du nom ; davantage du chant anonyme

Ce qu'offrent les lèvres ; ce que la source déverse

La mort livrée à l'immortel

Ce qui se dit offert à l'indicible

Moins (beaucoup moins) sérieusement humain

Avec cette tendresse qui affleure

Une plus juste manière de vivre – sans doute ; d'être vivant

Quelque chose de l'arbre et de la pierre – de la rosée et du vent

Pas exactement le même homme ; la gravité moins sévère ; réjouie – ravie – joyeuse

 

La roulotte

La roulotte motorisée mesure environ 5 mètres 60 de longueur sur 2 mètres 10 de largeur. Elle est composée (selon les termes en usage) d'une cellule* (la partie habitable) et d'une cabine* (la partie réservée à la conduite). L'espace habitable mesure environ 6m2 – espace tout confort ; salon-salle à manger-bureau – chambre – cuisine – salle d'eau – toilettes (sèches)

* La cellule évoque, bien sûr, la pièce où vivent le moine et le prisonnier (celui qui est détenu en prison) – immobilité volontaire et involontaire – et la cabine évoque, bien sûr, le voyage (le voyage au long cours en camion ou en bateau). Le voyage et l'immobilité – simultanément ; casanier mobile – casanier itinérant. On passe, en effet, l'essentiel de nos journées dans la cellule (porte et fenêtres ouvertes une bonne partie de l'année – y compris en hiver).

 

Journal poétique (extrait)

La vie simple ; (éternellement) voyageuse

Invariablement ; entre ciel et terre

Sans rien chercher ; la route – ce qui apparaît

Ni doute – ni pensée ; la main tendue

Et ce que l'on traîne ; dans notre sillage ; la parole qui s'offre sans attente

Comme de petites pierres – au milieu des rêves ; un peu d'infini au cœur de l'infime ; sous des yeux (presque) toujours trop lointains

 

Journal poétique (extrait)

Ce qu'il faut inventer de parole – de chambre – de monde

En plus du temps – du chemin – de la lumière

Un univers entier à l'intérieur de l'autre ; et mille possibles ; et mille passerelles – pour ne jamais entraver la liberté de se mouvoir ; d'aller à la manière du vent

 

L'espace de vie : un volume – plusieurs plans

La configuration intérieure de la roulotte (avec un lit pavillon qui constitue une sorte de mezzanine amovible) offre un volume que l'on peut séparer en 3 plans superposés distincts :

l. du sol à la table : l'espace dédié aux exercices corporels quotidiens(1) et à la méditation(2)

2. de la table au lit (lorsque ce dernier est en position haute – remonté jusqu'au plafond) : l'espace de vie où l'on travaille, où l'on mange et où l'on demeure une bonne partie de la journée

3. du lit au plafond (lorsque le lit est abaissé) : l'espace dévolu à la nuit et au sommeil.

Un espace de vie fonctionnel, pratique, modulable, polyvalent ! Que demander de plus à une maison – à un abri ?

(1) entretien musculaire élémentaire effectué par terre en position couchée

(2) méditation formelle assise occasionnelle – lorsque le temps ne se prête pas à une séance à l'extérieur

 

Journal poétique (extrait)

Miroir encore ; au fond du noir

Étendue infinie ou chambre close ; le même ciel ; et l'âme (toujours) enchevêtrée au reste ; (parfaitement) engagée dans le geste

Qu'importe la pierre ; qu'importe la neige ; lorsque le jour a tout recouvert

Nul autre ; et mille fenêtres

Au bout du monde ; au bout des doigts ; partout – son propre visage

A présent ; simplement ici ; en sa présence

 

Une fabrication sur mesure

Plusieurs éléments du mobilier de la cellule, des housses de coussins, des rideaux (etc etc) ont été fabriqués ou réalisés afin de répondre, de manière adaptée, aux besoins éprouvés.

- Un coffre en bois (large et profond) surmonté d'un coussin placé entre les deux sièges de la cabine

- Une sorte d'escalier (constitué de 2 coffres de bois amovibles de hauteur différente fabriqués « maison ») à l'avant et à l'arrière pour que Bhagawan (9 kg) (et Shin'ya – 45 kg – lorsqu'elle était encore avec nous) puisse(nt) grimper librement sur les banquettes arrière de la cellule et les sièges de la cabine.

- Un tabouret-placard-escabeau dont les 3 fonctions servent quotidiennement

- Un meuble fixé à la paroi pour y placer le filtre à eau

- Un socle mobile attaché au plancher pour y fixer les 5 bidons d'eau de 20 litres

etc etc

Les objets, le mobilier et le bonhomme se doivent d'être aussi polyvalents que possible ; dans un espace si restreint, tout doit pouvoir servir à plusieurs choses (ou activités)...

 

Journal poétique (extrait)

Penché sur la pierre

Le souffle lumineux

Auprès de ce qui brille davantage que les étoiles

Contre les murs ; des miroirs

Et des reflets rouges qui franchissent toutes les enceintes

L'immensité déjà ; malgré le sang et les instincts

 

Habiter un espace exigu

Habiter un espace réduit (et qui plus est mobile) nécessite une organisation particulière ; chaque objet doit trouver une place appropriée à l'intérieur – on ne peut, bien sûr, rien stocker au-dehors. Les placards doivent pouvoir accueillir les vêtements et les équipements d'hiver et d'été. Et l'on doit être en mesure, pendant la journée, de circuler sans encombre.

La décoration (si tant est que l'on éprouve le besoin d'apporter une touche personnelle à l'endroit où l'on vit) doit être fixée de manière à ce qu'elle ne se déplace pas (ou ne tombe pas) lorsque le véhicule est en mouvement.

Mais il y a une joie (une joie véritable) à habiter dans un espace si restreint ; de pouvoir réaliser l'ensemble des actes de la vie quotidienne (et toutes les activités que nécessite la vie) dans quelques mètres carrés ; travailler là où l'on mange, dormir là où l'on se lave, se reposer là où l'on médite, préparer à manger là où l'on défèque, remplir ses bouteilles d'eau potable là où l'on urine etc etc.

Et être capable de rester dans cette minuscule pièce à vivre pendant de longues heures chaque jour, et pendant plusieurs jours (quasiment sans sortir) lorsqu'il pleut (ou lorsqu'il neige). L’œil posé à la fois sur son univers familier et sur l'environnement extérieur (sur les arbres et l'horizon) grâce à la grande baie amovible et à la porte munie d'une ouverture vitrée situées devant la planche sur laquelle on écrit et l'on prend ses repas.

 

Haïku

« Une petite chambre

une fenêtre basse

un poêle en terre profond »

 

K'ieou Wey (cherchant en vain l'ermite de la colline de l'Ouest)

« Au sommet de la colline, il y a une cabane, un sentier de trente li y mène tout droit. Je frappe à la porte, personne ne répond. Je regarde à l'intérieur, il n'y a qu'une table et un banc. »

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur aussi bleu que la neige

Et le ciel en contrebas

Jardin d'autrefois peut-être où les Dieux étaient vivants

Monde simple affranchi des hommes – affranchi du temps

Baigné de lumière et de tendresse

 

Au-dedans et au-dehors

Le tabouret de bois et la table sont positionnés de manière à ce que le regard se porte sur l'extérieur ; ce qui donne l'heureuse sensation d'être à la fois au-dehors et au-dedans, dans cet entre-deux singulier – à l'intersection des frontières. Ainsi a-t-on l'impression de se tenir pour tous les actes de la vie quotidienne (et, en particulier, lors des repas et des séances d’écriture) à la fois chez soi et au milieu du monde – au milieu des arbres...

 

Haïku

« A l'intérieur, à l'extérieur

c'est clair, net

sans obstacle »

 

Journal poétique (extrait)

Dans les herbes hautes de la terre

Auprès du mystère ; des adieux incessants

Le visage face à la vérité

Le pressentiment de l'abordable

Sans doute (sans aucun doute) sur les chimères qui rassurent les hommes

L'ardeur de l'âme au contact du réel

Et l'inconnu qui chasse toutes les croyances – toutes les certitudes – toutes les illusions

La grâce et la lumière ; dans l'instant (pleinement) vécu

Et le vent qui cingle (qui continue de cingler) la chair du monde

 

Habiter un espace exigu (suite)

Se réjouir de pouvoir, en hiver, réchauffer cet espace minuscule en quelques minutes et de maintenir une température acceptable (entre 10 et 18 degrés Celsius) avec une consommation énergétique relativement modérée*...

* le chauffage est branché sur le réservoir de gazole avec un thermostat réglable.

Il y a du merveilleux dans cette polyvalence et cette fonctionnalité de l'espace. Un petit coin intérieur au contact direct avec le monde et pleinement ouvert sur les vastes étendues forestières environnantes. On est à la frontière (et à l'interface) entre l'intérieur et l'extérieur qui se mêlent et se transforment – sans cesse ; on ressent ainsi une profonde intimité avec le proche et le lointain...

En outre, (presque) chaque jour, le paysage change. Ainsi, en regardant par la fenêtre, a-t-on l'étrange (et savoureux) sentiment d'avoir changé de place sans nous être déplacé...

 

Haïku

« Loin du rempart

de la ville

une véranda spacieuse »

 

Journal poétique (extrait)

Dans la vibration du monde ; le bleu

Qu'importe la rive ; qu'importe le chemin

Sous le sol ; dans l'âme – disparaissant

La peau et le ciel ; frémissants

En ce lieu présent en tous les lieux

Comme une lumière sur la carte et la terre ; précieuse – abondante – inestimable

 

Conversation impromptue

Un minuscule moineau s'est posé devant la fenêtre ; nous avons échangé pendant deux longues minutes. Notre bavardage* terminé, il s'est envolé sur la branche d'un jeune chêne à la lisière de la forêt.

* A chaque rencontre (animalière), on se montre (en général) trop bavard ; porteur de cette inclinaison (très) humaine...

 

Journal poétique (extrait)

Un peu de lune sur la langue

Le miracle au-dessus du bavardage

Au-delà de la bouche et du mot ; au-delà même des lèvres talentueuses ; des lèvres amoureuses

Comme un tourbillon de liberté ; un imprévu dans le trop habituel humain

Un saut du temps ; une faille ; une (véritable) surprise

Et l'âme – bien sûr – qui se fait hospitalière ; contrairement au monde – à l'Autre – déjà recouverts d'un épais sommeil – d'une indifférence à toute épreuve

 

9h45 avant de prendre la route

On pose notre bol dans l'évier, on essuie le plateau du petit déjeuner, on range la casserole, on ferme les placards et les baies, on vérifie que tous les objets sont soigneusement arrimés. Puis, on ferme la porte de la cellule, on fait le tour du camion (en enlevant les cales* – si nécessaire), on s'installe sur le siège de la cabine, on tourne la clé de contact et on prend la route.

* voir la rubrique « un lieu et des cales »

 

Plusieurs modes : nomade et sédentaire – diurne et nocturne

La vie nomade en roulotte nécessite un constant passage du mode mobile (on roule) au mode immobile(1) (on est stationné(2)) et du mode diurne au mode nocturne(1) (table ou lit qui se range selon les heures).

(1) et inversement (bien sûr)

(2) pour quelques instants ou pour quelques heures – et, plus rarement, pour quelques jours

Tout doit être également soigneusement fermé, attaché ou arrimé (portes de placard, bidons, ustensiles, bocaux etc) afin d'éviter que les tiroirs s'ouvrent, que les objets tombent et que les récipients se renversent (ce qui est déjà arrivé, bien sûr) ; chutes qui occasionnent, en général, quelques dégâts (plus ou moins préjudiciables)...

2-3 ou 4 fois par jour, installer et désinstaller la table(1), descendre ou remonter le lit, remettre les ustensiles de cuisine à leur place ou les laisser sur le (minuscule) plan de travail (situé entre l'évier et les feux de la gazinière), abandonner la tasse de thé sur la table ou la ranger dans le placard, laisser traîner l'ordinateur sur la banquette ou le glisser dans son sac de protection, ouvrir ou fermer les portes coulissantes de la petite bibliothèque(2) etc etc.

(1) qui se fixe sur un socle aimanté – et bricolée par nos soins

(2) qui contient approximativement une soixantaine d'ouvrages

 

Journal poétique (extrait)

Les yeux peints (et repeints) aux couleurs de l'espérance

Presque clos sur le souvenir et le rêve

Le devenir par-dessus l'image ; et cette (inébranlable) croyance aux miracles

Du feu sur notre infortune

Et la route à reprendre

 

Journal poétique (extrait)

En partance déjà ; en dépit de l'Amour

La ronde des adieux

Au bord du gouffre ; à bout de souffle – face à l'immensité

En ce lieu hors du monde ; en ce temps hors du temps

Comme une pause fantôme

Dans la poussière infime ; personne excepté l'impalpable – l'invisible présent

 

Jour de neige

Les jours de neige, on évite (en général) de prendre la route. On ne s'y résout* qu'à de très rares occasions – lorsqu'il faut, par exemple, se ravitailler en eau, en gaz ou en provisions alimentaires.

* Après avoir fixé les chaînes (sur les 4 roues), on peut s'élancer (avec prudence) sur les pistes enneigées.

Cet « arrêt forcé » nous laisse tout le loisir de contempler la beauté des paysages ; les arbres, les collines, les routes et les chemins recouverts de ce manteau poudreux. La beauté des flocons que le vent fait virevolter. La beauté des arbres habillés de blanc. Et en admirant la féerie des paysages, nous avons presque aussitôt une pensée pour les bêtes des prés et de la forêt – oiseaux, vaches, biches, chevreuils, sangliers – qui n'ont ni abri – ni chauffage (bien sûr)...

L'après-midi, on se risque à une courte promenade. On enfile un vieux pull de laine* et l'on se glisse au-dehors pour s'immerger dans la splendeur – et la poésie – du monde hivernal.

* Bhagawan blotti dans son sac – et emmitouflé dans son manteau et une couverture polaire

 

Journal poétique (extrait)

Dans les bras de l'hiver ; ce qui est délaissé – inentendu – balayé

Le jour ; à la pointe de la veille

Et le courage du solitaire

Le cœur à la renverse ; dénudé sans indulgence – sans la moindre pitié

Les lèvres joyeuses – pourtant – porteuses de la parole que le ciel a initiée

De la couleur de la pierre ; et destinée à fendre l'épaisseur

Homme aux pieds libres – sans âge – rompu à toutes les pertes ; œuvrant, à présent, sans sacrifice

 

Journal poétique (extrait)

Des pas dans la nuit ; dans la neige

Sans se hâter ; la chair et le temps (minutieusement) programmés

Derrière les rideaux du monde ; ce que l'on imagine ; sur cette terre – cet espace inventé – sous un ciel trop haut – inaccessible – impénétrable

 

Vers 10 h sur la route

On roule à allure modérée, un œil posé sur le bitume et l'autre sur les paysages.

 

Chaque jour, de nouvelles perspectives

On aime (particulièrement) découvrir de nouveaux lieux, explorer de nouveaux territoires, parcourir de nouvelles collines, arpenter de nouvelles pistes, apprécier de nouvelles configurations géographiques (et géologiques). Et la vie nomade se prête, d'une merveilleuse façon, à ce goût pour la nouveauté.

 

Journal poétique (extrait)

Les mains pleines de songes et d'étoiles ; jetés au hasard de la route – sur les uns et sur les autres

Bordé(e)(s) par la lumière et le sommeil

Sans discernement ; avec hésitation

D'une rive à l'autre ; comme autrefois – avant l'ère de la raison et des remontrances

 

Journal poétique (extrait)

Trop loin des morts ; et des eaux vives – les rives inertes

Entre le temps passé et le temps déposé

Par des routes trop rapides (pourtant) qui forment un entrelac de boucles

Sans aile – sans (véritable) destination – en vérité

L'ardeur errante déployée tous azimuts ; dans le (plus joyeux) désordre

 

Journal poétique (extrait)

L'aventure depuis si longtemps commencée

Oscillant entre la poussière et l'Absolu

Et, aujourd'hui, le cœur et l'absence de nom pour seules ambitions

A regarder – impassible – les alliances se nouer et se défaire ; le déferlement de l'affection et de la haine

Avec (toujours) cette tendresse (presque surnaturelle) au cœur de la violence déployée ; rayonnante – secrète – souveraine

Et le scintillement (si perceptible) de la vérité – à travers toutes les illusions ; Dieu – comme une évidence – à travers toutes les circonstances

Le voyage de plus en plus immobile ; à mesure que nous comprenons ; à mesure que l'âme reconnaît les lieux

Et la chair ; et l'esprit – libres d'aller sur leur chemin ; alors que les bras s'offrent au monde – à ce qui passe ; et que le silence souligne – confirme – son approbation

 

Exploration motorisée

On éprouve une joie réelle (et un peu coupable*) à rouler chaque jour (quelques kilomètres en général) sans jamais connaître le lieu où l'on passera la journée. Au gré des routes et des chemins, au gré des indications sur la carte, au gré de ce que l'on trouvera, au gré de ce que le cœur décidera, au gré de ce que la vie proposera...

* à cause, bien sûr, de la pollution occasionnée par la combustion du gazole...

Heureux de chaque découverte ; des topographies et des paysages nouveaux, des villages – des hameaux – des forêts et des collines nouvelles, des chemins ou des pistes forestières qui montent, qui descendent, qui serpentent, qui se perdent...

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'attente ; les doigts impatients

Le jour rêvé

Sur ces rives arides ; un semblant de porte au milieu des interdits

La hâte au lieu de la sensibilité pour précipiter le voyage et échapper au froid

Un chemin (sans doute) à réinventer qui prendrait en compte les boucles et les retournements ; et l'impossibilité (bien sûr) d'arriver quelque part

 

Exploration des lieux et repérage

L'expérience de la route et des chemins nous a appris à explorer un territoire (un parc naturel régional, un massif montagneux et/ou forestier, une zone sylvestre) d'une manière (un peu) systématique comme si l'on cartographiait (réellement) l'espace – cheminant, chaque jour, de village en village, de hameau en hameau, localisant le moindre emplacement potentiel(1) (parking de salle polyvalente, cimetière, départ de randonnées, lieu à l'écart ou suffisamment éloigné de la route principale etc etc) et empruntant (presque) chaque chemin et chaque piste forestière dans les zones sans habitation, repérant ici et là, tous les lieux où l'on pourrait passer la journée et/ou la nuit(1)(2) ; accotements, impasses, clairières, parkings « sauvages »...

(1) L'expérience nous a appris qu'un lieu apparemment désert et/ou isolé peut être fréquenté, selon les jours et les heures de la journée, par « les gens du pays » sans même que l'endroit ne porte la trace de cette fréquentation ; empreintes de pneu, détritus divers, restes de feu de camp...

(2) Une bonne part des lieux pour passer la nuit (appelés couramment « spots nocturnes ») sont découverts lors de nos randonnées quotidiennes – au gré des sentes, des routes et des pistes forestières arpentées...

 

Journal poétique (extrait)

Autour du même cercle bleu ; de (minuscules) carrés amovibles et clôturés

La fumée des hommes ; (très) précisément mesurée

Leur territoire ; comme un monde pétrifié ; dont on hérite ; et que l'on s'évertue à agrandir

Le seul jeu (l'un des seuls jeux) qu'ils connaissent

Des murs et des temples que l'on édifie ; et qui, jamais, ne feront apparaître la lumière ; juste l'image d'un Dieu servile et emprisonné ; pâle (bien pâle) reflet du mystère qui plaît aux âmes grossières

Moins que l'herbe et la pierre qui s'abandonnent à la pluie ; moins que la terre naturelle sur laquelle nous vivons avec les bêtes

 

Modeste aventure motorisée

La semaine dernière, alors que l'on s'était engagé (avec le camion) sur une route forestière à la recherche d'un lieu pour passer la journée, on a dû rebrousser chemin – le levier de vitesse positionné sur la marche arrière* – pendant plusieurs centaines de mètres, roulant, à l'aide des rétroviseurs (et de la caméra de recul) sur cette piste de terre – étroite, pentue, sinueuse et cabossée.

* sans trouver un espace pour faire un demi-tour

Ce genre de mésaventure nous arrive assez régulièrement lors de nos explorations forestières motorisées. Et plus d'une fois, il nous a fallu rouler ainsi en marche arrière, parfois sur plusieurs kilomètres, pour nous extraire d'un sentier forestier délicat ou peu praticable* et inapproprié au bivouac.

Séquence aventure (modeste – très modeste – il va sans dire) !

* En sortant des sentiers battus, le risque d'embourbement augmente (assez substantiellement). A plusieurs reprises, les roues du camion sont restées bloquées dans une boue épaisse. Il nous faut alors placer les plaques de désembourbement (et, parfois, des pierres et des branches) sous les roues motrices pour nous extraire de ce mauvais pas – et, très souvent, de multiples tentatives sont nécessaires...).Il nous est même arrivé, une fois, de faire appel à une dépanneuse – après 3 heures d'âpre bataille, il a fallu se rendre à l'évidence, il était impossible de s'en sortir sans une aide mécanique extérieure...

 

Journal poétique (extrait)

Des lieux ; des épreuves

Rien auquel on ne puisse échapper

Des Autres – des pierres – des flaques de boue

La clarté fangeuse du monde ; et des angles où se cogner ; et des arrêtes où s'écorcher

Mille choses ; et autant d'obstacles que d'accablements

Ce qu'il (nous) faut nécessairement endurer

 

Journal poétique (extrait)

A nouveau l'errance

De la joie au fond des yeux

La suite du voyage ; aventureux (s'il en est)

L'oubli du nom – du monde et du temps

La liberté renaissante – peut-être

Ce qui se presse entre nos lèvres – sous nos pas ; ce qui anime nos gestes

Dieu sorti de l'imaginaire ; (très) spontanément

 

Une mécanique mise à rude épreuve

Liste (non exhaustive) des entretiens, avaries et problèmes rencontrés avec le camion :

- Remplacement des pneus avant (qui s'usent incroyablement vite – environ tous les 2 ans)

- Vidange (3 fois)

- Changement d'un soufflet de cardan (3 fois)

- Remplacement des 2 batteries auxiliaires (alimentées par les panneaux solaires)

- Remplacement d'une poignée-serrure qui permet d'ouvrir et de fermer la soute

- Remplacement de la courroie de distribution

- Remplacement de l'alternateur

- Changement de la pompe à eau (qui amène l'eau au robinet et au pommeau de douche) (2 fois)

- Changement des patins et des disques des 4 roues

- Renforcement du plancher de la cellule qui commençait (assez sérieusement) à se déformer

- Nettoyage des brûleurs du réfrigérateur

- Remplacement des bougies du moteur

- Remplacement des pneus arrière

- Rafistolage et renforcement de la porte de la cellule qui, un jour, s'est disloquée

- Pose de 2 poignées en bois pour remplacer la poignée en plastique de la porte de la cellule

- Réparation du store extérieur (mal installé) – indispensable sous le soleil estival et, parfois, lorsque la pluie tombe sans discontinuer pendant plusieurs jours ; ce qui offre un espace extérieur à l'abri, une manière d'agrandir (un peu) le volume habitable de la roulotte...

- Remplacement des joints des baies vitrées dont l'une commençait à fuir les jours de pluie

- Réparation et renforcement du plancher à l'arrière de la cellule qui commençait à pourrir avec les projections d'eau et de boue

Et on en passe...

 

Journal poétique (extrait)

L'usage et l'usure des choses ; au cœur du périmètre familier

De proche en proche ; à travers l'exactitude des calculs

Condamné à la rigueur (implacable) des chiffres et du déclin ; le monde

Bêtes et hommes ; arbres et pierres ; privés de beauté et de poésie ; privés de rire et de merveilleux

La fin (programmée) de l'éphémère et de l'à-peu-près – du joyeux désordre – des enchevêtrements en pagaille

Enfonçant l'invisible encore plus profondément dans le secret

 

La dépendance au monde humain – le paradoxe de l'ermite

Mille liens existent entre l'homme et le monde ; et chacun, bien sûr, est lié (et relié) aux autres de mille façons. Il serait fastidieux (et presque impossible) de tous les détailler. On n'évoquera donc ici que nos liens les plus tangibles – les plus évidents...

  • L'arrérage mensuel dont on bénéficie(1)

  • Les provisions alimentaires

  • Le gazole, l'entretien et les réparations du camion

  • Les médicaments(2)

  • L'ordinateur et le téléphone portable(3)

(1) une somme modique – (assez largement) inférieure au seuil légal de pauvreté en vigueur dans notre pays – mais qui permet de subvenir à une large part de nos dépenses mensuelles

(2) pour nos problèmes médicaux et ceux de Bhagawan

(3) ainsi que l'abonnement pour la connexion internet

Notre assuétude au monde humain est indéniable et s'avère irréductible à bien des égards. Étant peu bricoleur(1), étant peu disposé à occuper un emploi quelconque(2), étant soucieux (a minima(3)) de notre santé(4), étant peu enclin (jusqu'à présent) à nous alimenter uniquement grâce à la cueillette sauvage et à nous passer de la technologie numérique(5), on se sent, pour l'heure, peu disposé, à renoncer à cette dépendance.

(1) en particulier en matière de mécanique automobile ; ce qui constitue, pour l'ermite nomade à l'esprit autonome, non seulement un coût important mais aussi, sur le plan symbolique, une forme d'aberration – mais vivre sur la route avec un sac à dos nous semble un mode de vie peu adapté (trop radical – trop exigeant – trop inconfortable)...

(2) à l'instar de la grande majorité des êtres humains – et comme l'on y a été contraint pendant de nombreuses années – ce qui nous donnait la très fâcheuse impression que l'on nous dérobait le plus essentiel...

(3) vraiment a minima

(4) et de celle de Bhagawan

(5) qui constitue un outil de travail, de savoir et de partage avec le monde humain

Mais qui, sur cette terre, peut réellement échapper au monde – y compris parmi ceux qui optent pour des formes radicales d'autarcie ? Et est-ce vraiment nécessaire ? Aucune loi – aucune morale – n'interdit quiconque de bénéficier de ce qui existe pour peu que notre usage du monde se limite au nécessaire...

 

Journal poétique (extrait)

Les yeux levés ; sur le seuil – la lumière

Après cette longue nuit parcourue (et, en partie, traversée)

D'une étendue à l'autre ; comme si les rêves et les étoiles se touchaient

D'un bout à l'autre de ce qui nous porte ; le désir

Dans la chair ; le dédale (encore)

Et cette mémoire qui nous éloigne ; et l'autre – plus ancienne – qui nous exhorte au retour

Naissant – marchant – mourant ; d'un même souffle

Et ainsi jusqu'au plus éloigné de l'enfance

 

Et quelles contreparties à ces avantages (et bénéfices) octroyés par la société des hommes ?

  • Nos livres – et les textes que nous publions (de manière gracieuse) sur notre blog – qui retracent nos expériences et nos découvertes existentielles, métaphysiques et spirituelles dans lesquels chacun est à même de piocher (abondamment) pour orienter ses propres recherches*

 * ridicule ou dérisoire – d'aucuns pourraient penser – peut-être... Il ne nous appartient pas d'en juger mais il nous a toujours paru évident d'offrir gratuitement le fruit de notre labeur et de nos expériences de vie... 

  • Notre parcours – personnel et professionnel ; avant d'adopter ce mode de vie, nous avons travaillé, pendant de nombreuses années, dans le secteur médico-social et dans diverses associations caritatives en France et à l'étranger, à différents postes – comme bénévole ou salarié ;

  • Notre attitude (générale) à l'égard du monde et du vivant ; vivre de manière heureuse – vivre de manière sobre, respectueuse et bienveillante (même à l'endroit des humains – contrairement à ce que pourraient, peut-être, laisser penser ces pages) offre, par des mécanismes complexes et souvent invisibles, mille choses favorables au monde et à ceux qui le peuplent – sans être répertoriées ni monétisées (de manière comptable) par le système humain actuel ;

  • Ce mode de vie et ces « facilités » se sont offerts (ou imposés) à nous ; et les refuser nous apparaîtrait comme une aberration – une résistance à la vie – au destin – à ce qui est ;

  • Le monde (humain et non humain) ne constitue qu'un seul corps, et chacun en est un élément indissociable, offrant ce qu'il est – ce dont il dispose autant que ce qui est dans sa nature et en son pouvoir aux autres parties et à l'ensemble. Et nul ne peut échapper à cette appartenance et à cette fonction involontaire et ontologique*.

 * inhérente simplement au fait d'être

Hormis cette dépendance (non négligeable) au monde humain, on est animé par un esprit d'autonomie. Et l'on essaie (en général) de se débrouiller seul et par nos propres moyens (autant qu'il nous est possible) selon nos goûts, nos capacités, nos prédispositions et notre sensibilité.

 

Jean Mabillon

« On perd toujours quelque chose auprès de Dieu lorsqu'on veut trop se justifier auprès des hommes. »

 

Journal poétique (extrait)

Rien ; depuis si longtemps

Plus même surpris par ces restes d'effacement (résidus de soi – sans doute)

Choses et visages ; dans la brume ; indistinctement ; qu'importe ce que désigne le doigt

La porte entrouverte du monde

De l'autre côté du rêve – de la trame – de l'esprit

A grands pas déjà ; vers le vide – le vent – l'autre extrémité de la perspective

 

Respecter sa nature

Il semble essentiel de respecter sa nature ; ce qui nous constitue, ce pour quoi l'on est « naturellement fait » – nos caractéristiques, nos goûts, nos prédispositions, notre sensibilité, nos aspirations profondes. Ainsi une girafe est naturellement constituée pour habiter la savane et manger des feuilles d'acacia ; et un pingouin est naturellement constitué pour habiter la banquise et manger du poisson. Il ne viendrait à personne l'idée de les contraindre à échanger leur nourriture et leur habitat (cela serait idiot, cruel et inopérant). Et ce qui est vrai pour la girafe et le pingouin l'est pour tous les êtres (plantes, arbres, bêtes et hommes).

Ne pas respecter sa nature (et celle des autres êtres) est une violence exercée contre le corps et l'esprit – contre la vie et contre l'espace qui nous habite(1)(2)(3).

Ainsi certains individus aiment la vie à la campagne, ont des prédispositions pour la musique et le chant et sont naturellement enclins à la solitude, il serait absurde (et regrettable) de les obliger à devenir mécanicien automobile et à habiter dans une colocation de 15 personnes située au cœur d'une grande agglomération...

(1) voir la rubrique « la présence en nous » 

(2) La vie nous confronte (assez régulièrement – et, parfois, de manière insistante) à une multitude d'événements âpres, difficiles, douloureux ; il ne s'agit pas, bien sûr, d'y résister – ni de refuser de les vivre ; cette confrontation à des circonstances indésirables participe, souvent, à l'actualisation de certaines dimensions intérieures nécessaires à une réelle transformation...

(3) Respecter sa nature ne signifie pas (bien sûr) qu'il faille demeurer, de manière permanente, dans sa « zone de confort »...

 

Journal poétique (extrait)

A se risquer jusqu'au grand large ; là où les vents saisissent les épaules – écartent les pas – font pousser des ailes aux âmes les plus craintives ; bousculent le sens et la destination du voyage

Nous retrouvant (parfois) à la cime des arbres ; sans réponse ; avec une joie sans explication

Auprès des nôtres ; sûrement

Dans les bras du secret ; et sans la moindre promesse

Au cœur du ciel ; immensément

 

Journal poétique (extrait)

Au commencement du rêve – du monde

L'anarchie des premiers instants ; ce qui précéda le givre et la danse (interminable) des pénitents

 

Être ermite sans que nul ne le sache

Vie des marges et des interstices. Vie invisible et secrète. Nul ne connaît – et ne pourrait deviner – en nous voyant passer sur la route, en nous voyant arriver en un lieu ou en nous voyant stationné en quelque endroit – notre mode de vie, notre manière d'arpenter les hameaux et les villages*, les collines et les forêts.

* à l'écart de toute zone urbaine d'attraction

Seulement un bonhomme dans un camping-car – peut-être un marginal impécunieux, peut-être un touriste, peut-être en vacances, en visite chez de la famille ou chez des amis ou en déplacement récréatif...

 

Haïku

« Qui devinerait

que je fais de ma vie

une longue ivresse ? »

 

Journal poétique (extrait)

Le chemin-mère ; le chemin bleu

Discret ; comme dissimulé sous les feuillages ; sur le sol persécuté

Entre désert et désir ; les signes – le soupir et la possibilité

La bouche toujours sèche ; parfois de trop de silence ; parfois de trop de mots

La voix – comme les pas – qui résonne

A se balancer entre le rire et le monde

 

Journal poétique (extrait)

La main en grâce ; et l'âme qui ne croit plus guère

A genoux ; au-dessus du vide

Sans la moindre renommée ; de plus en plus anonyme ; et invisible

Célébrant la danse – les étoiles – la nuit ; d'une égale manière à la lumière

Sans désir particulier ; pas même celui de changer la moindre chose en ce monde (si parfait)

Simplement présent

Dans le silence ; le cœur à son comble

 

Une vie « risquée »

Vivre sur la route – avec son véhicule-logement – n'est pas sans risque. En effet, en cas d'accident (accident de la circulation, chute d'arbre ou de branches, dégradation malveillante), l'ermite nomade peut brutalement se retrouver sans maison ni mode de déplacement.

Dans les cas les moins graves, le camion sera immobilisé pour une période plus ou moins longue (de quelques heures à quelques jours – et, parfois même, quelques semaines ou quelques mois(1)) – ce qui n'est pas sans conséquence puisqu'il faut trouver (à proximité et dans les plus brefs délais) un hébergement provisoire(2) (un camping, une location saisonnière, un hébergement chez des amis ou des parents).

Et dans les cas les plus graves, la mort peut surgir au détour d'un virage, d'un chemin, d'une clairière...

(1) selon les délais de prise en charge par les professionnels chargés des réparations.

(2) suite à une avarie (une fuite au niveau du toit), on a dû abandonner le camion chez un réparateur (après l'avoir entièrement vidé). Et on a dû louer un logement saisonnier pendant plus de 2 mois (ce qui a occasionné des dépenses non négligeables)...

 

Journal poétique (extrait)

Moins que soi ; et le reste

Tantôt surplus ; tantôt soustrait

Qu'importe le délire et la violence

L'instabilité de l'esprit et de la pierre ; et les instincts dans leur sac

A sa rencontre ; (très) secrètement

 

Journal poétique (extrait)

Là où l'ombre se reflète ; se régénère ; s'étale – s'amplifie – se déploie ; et qui se fracasse contre la plus infime part de solitude

Aussi proche que possible de soi – du ciel – de toute aventure

A voix haute – la parole ; et plus haut encore – le silence

L'ultime précision de l'être ; dans cette marche fluctuante aux faux airs hasardeux

L'âme et le corps ; comme un attelage asymétrique et bancal ; et dont la route paraît si tortueuse – presque aléatoire

En tous lieux du ciel – déjà ; pourtant

Sans le moindre orgueil ; et ici plutôt qu'ailleurs ; ce qui ressemble à nulle part

Entre d'étroits interstices et de larges bandes ; l'impuissance et la solitude ; ce qu'il nous faut (impérativement) découvrir

L'enfance prémonitoire ; dans le pressentiment de la fragilité du monde et de l'éphémère de nos vies si peu certaines

 

L'extinction progressive des peurs

L'homme est affublé de craintes. Faible et chétive créature face à la puissance (parfois hostile) du monde, face à l'immensité de l'univers, face aux mille menaces et aux mille dangers présents sur la terre, comment pourrait-il ne pas avoir peur ?

Lorsque l'on comprend que l'on est « habité » par « un plus grand que soi »*, que tout est « à l'intérieur »*, qu'il nous faut vivre exactement ce dont nous avons besoin pour nous découvrir et être pleinement ce que nous sommes*, alors les peurs s'estompent et disparaissent (en grande partie). Et l'on est heureux de vivre ce que la vie nous offre même si le corps, l'esprit et la sensibilité peuvent en souffrir (ou en pâtir) dans leurs dimensions terrestres et personnelles.

* voir les rubriques « la présence en soi » et « tout est à l'intérieur » qui abordent ces thématiques

 

Journal poétique (extrait)

La nuit allant ; comme les peurs

Et s'avançant aussi vers nous

A travers le nombre – la haine ; cet inévitable basculement dans la barbarie

Avec le même visage ; le Dieu de la douleur et du silence

Oblitérant la joie pour l'essentiel des mortels

 

Affronter ses peurs

Vivre – et voyager(1) – seul confronte nécessairement à des risques, à des menaces, à des dangers. Et l'ermite-nomade ne peut, très souvent, compter que sur ses propres ressources(2) (ressources matérielles, physiques, morales, intellectuelles). Et il y a – reconnaissons-le – une grande joie à n'avoir recours à un autre que soi...

(1) en particulier dans des lieux déserts ou peu fréquentés – dans des lieux isolés ou reculés

(2) en particulier, lorsque l'on est animé par un esprit d'autonomie ; on est, sans doute, moins enclin encore à faire appel aux autres (aux personnes ou aux institutions collectives)...

Confronté inévitablement(1) à des événements douloureux(2), à des instants (ou à des périodes) difficiles(3), à des individualités peu amènes (ou, disons, désagréables), on doit être capable de faire face ; et, en de telles circonstances, il nous faut, parfois, faire appel à « ce qui nous porte et ce que nous portons(4) »...

(1) comme chaque être vivant

(2) blessure, maladie, problématiques physiques diverses, décès d'un proche

(3) période de deuil, accablement, tristesse...

(4) voir la rubrique « La présence en soi »

Lorsque l'on affronte, seul et de manière autonome, les affres de l’existence (terrestre et humaine) et, l'adversité (parfois éprouvante) du monde, on se confronte, de manière assez régulière, à l'idée de la mort. Personne, bien sûr, n'est à l'abri d'un accident, d'une agression ou d'une maladie mais la vie nomade (en particulier lorsqu'elle est abordée – et vécue – avec un esprit d'autonomie*) oblige, peut-être, à davantage de courage (et de vaillance) que la vie sédentaire où l'on est, sans doute, plus enclin, au moindre problème – au moindre souci, à faire appel aux réseaux familial, amical ou institutionnel...

* c'est à dire sans avoir recours automatiquement à une aide extérieure

Et ce à quoi l'ermite-nomade est confronté peut, parfois, engager son existence d'une réelle façon. Il lui arrive donc, à ces occasions, d'envisager la mort – la possibilité de mourir* dans l'instant qui suit – seul et sans assistance – sans personne pour lui tenir la main pour le « grand départ ». Et regarder dans les yeux ce qui s'avance nous renseigne, d'une manière assez précise, sur notre disposition à quitter ce monde...

* chute, piqûre d'insectes (choc anaphylactique, œdème de Quincke), morsure de serpent, accidents divers, agression, malaise etc etc.

 

Pierre Charles Roy

« Glissez, mortels ! N'appuyez pas. »

 

Journal poétique (extrait)

De tous les miroirs et de toutes les filiations ; nos reflets et les yeux regardés

Déjà au-dedans des autres mondes

Sur cette voie qui échappe au temps

De mort en mort (de plus en plus somptueuses)

Devinant ce que nous serons à terme ; et après aussi (bien sûr)

Et sachant cela ; vivant de la plus intuitive des manières

 

Journal poétique (extrait)

La source – les cimes ; sans masque

Au fond de la plaie ; face à la mort

Que le monde nous rebute ou nous enchante

Et la neige ; et les paillettes d'or que l'on jette autour de soi ; et qui recouvrent le sol – l'issue – la moindre possibilité ; ce qui pourrait – pourtant – forcer la fortune ; nous aider à nous hisser jusqu'aux origines

 

En voyant passer les bétaillères

Et ces larmes qui coulent – et cette main qui se lève pour un dernier adieu – lorsque nos yeux croisent sur la route l'une de ces énormes bétaillères chargées de tous nos frères sacrifiés ; et qui ne seront plus dans quelques heures...

La part – en nous – la plus innocente qui se refuse à accepter la mort – et le monde – tels qu'ils sont... Et ces questions aussi qui restent sans réponse (jusqu'à aujourd'hui) ; qui – quels êtres d'hier – sont devenus les campagnols – les chevreuils – les vaches – les chiens – les sangliers – les hommes d'aujourd'hui ? Et qui – quels êtres d'aujourd'hui – deviendront – les chats – les renards – les brebis – les truites – les éperviers de demain ?

 

Notes de la forêt

Gorgé de tendresse pour ceux qui partent ; cahin-caha vers d'autres rives ; inconnues pour la plupart (diraient certains)...

 

Journal poétique (extrait)

La bouche tordue par l'âpreté – la haine – le mensonge

D'une douleur à l'autre ; sans étonnement

Le corps à peine vivant ; l'esprit absorbé ; l'âme se dégradant – s'étiolant peu à peu

Accompagnant (seulement) le nom – le legs – la filiation

Comme couché(s) au cœur de la plaie ; sous le règne du mythe et du manque ; au fond du gouffre surpeuplé

 

Journal poétique (extrait)

Au pays de la roche ; l'ardeur – la fatigue et la mort

Et des larmes (un ruissellement de larmes) dans la lie ; jusqu'à la noyade ; asphyxiés par la tristesse au fond des fondrières remplies par nos pleurs

 

Journal poétique (extrait)

Entrecroisés ; l’abîme et la chair

La matière-étendue

Oubliés à force d'histoires

Et des ponts à redécouvrir ; et à restaurer ; pour que le cri rencontre la soif ; et que la soif rencontre la source

Sur l'arche habitable ; sous la voûte recourbée

Avec patience ; jusqu'à la transformation de tous les hurlements

 

Une communauté fraternelle bien réelle

Chacun est porteur d'une personnalité composée d'une multitude de facettes – des parts intérieures en quelque sorte. Ainsi peut-on trouver, chez les uns et chez les autres, une part naïve, une part timide, une part combative, une part querelleuse, une part câline, une part aventureuse etc etc.

Chez l'homme, en général, ces différentes parts (ou aspects de la personnalité) ne communiquent pas (ou peu) entre elles ; elles s'ignorent et s'affrontent pour prendre la main sur les autres parts et gouverner l'individu – ce que l'on peut appeler sa personnalité. Ainsi les traits extérieurs apparents d'un individu ne sont, le plus souvent, que le reflet de son intériorité – c'est à dire de « la prise de pouvoir » de certaines parts qui ont écrasé, muselé ou rendu inactives leurs rivales ; toutes les parts qui aspiraient, elles aussi, à la gouvernance...

Les expériences de vie* et l'introspection permettent de se familiariser avec la grande majorité de ces parts. Autrement dit, on apprend, peu à peu, à se connaître. Au fil des années, peut alors émerger une part vouée à la médiation et à la communication qui permet à toutes les autres parts d'entrer en relation ; elles apprennent (progressivement) à dialoguer, à s'écouter, à prendre en considération les points de vue et les besoins des unes et des autres et à se respecter. Ainsi se façonnent une entente et une cohérence qui rassemblent et alignent, en quelque sorte, tous les aspects de la personnalité. Les querelles internes cessent (pour l'essentiel) et les parts s'organisent afin que toutes puissent s'exprimer, s'affirmer et exister (parfois simultanément – parfois successivement) afin qu'aucune ne se sente lésée.

* notamment lors de circonstances particulièrement heureuses ou malheureuses

Toutes ces parts représentent ce que l'on pourrait appeler une communauté intérieure – un cercle fraternel. Et lorsque la perspective s'affine et s'approfondit et/ou lorsque la part spirituelle devient prépondérante(1), on sent, avec évidence, qu'il existe des parts mûres, mâtures et avancées sur le plan spirituel – des parts réellement sages (à l'esprit sensible et aiguisé – si l'on peut dire) et d'autres encore très enfantines et immatures, des parts très naïves ou très rigides et même des parts qui ne pourront, sans doute, jamais se transformer (réellement). Et ainsi évolue, peu à peu, la communauté intérieure, les unes aidant, soutenant et encourageant les autres. Et lorsque survient (tôt ou tard) un événement difficile (ou douloureux), une circonstance particulièrement triste ou malheureuse, on peut ressentir(2), de manière réelle et organique, que toutes les parts se rassemblent, forment un cercle, comme si elles entrelaçaient leurs bras, autour des parts les plus affectées, les plus bouleversées, les enveloppant de leur présence, de leur tendresse, de leur amour, les consolant inlassablement, avec des gestes attentionnés et/ou des paroles réconfortantes, et demeurant à leurs côtés de manière indéfectible jusqu'à ce que le désespoir ou le chagrin se dissipe...

(1) endossant, en quelque sorte, le rôle d'un père abbé bienveillant dans un monastère

(2) et le solitaire, peut-être, mieux que quiconque puisqu'il ne peut compter sur la mansuétude de ses congénères

 

Journal poétique (extrait)

Partagé(s) ; à l'intérieur

Parfois arche ; parfois fenêtre ; mais grotte, le plus souvent, où l'on aime à se réfugier ; et au fond de laquelle sont nés tous les alphabets – toutes les légendes – toutes les insomnies

Plus proche(s) de la pierre que de la lumière ; comme le prolongement intermittent (et dispersé) de l'origine

Éternellement inscrit(s) au cœur de cette enfance naïve et illettrée

 

Journal poétique (extrait)

L’œuvre trop vivante du miroir

S'insinuant partout ; jusque dans les profondeurs les plus lointaines – les plus invraisemblables – les plus insoupçonnées

Et nous ; comme des îles ; comme des bouées surnageant au milieu des remous et des reflets

Au cœur des courants et du chatoiement ; comme pris au piège

Les yeux fatigués ; l'âme découragée ; le cœur (un peu) perdu ; comme enivré – déboussolé par cette hostilité ; et l'abondance des attractions et des scintillements

Si loin du bleu – des forêts ; et des couleurs franches du mystère

 

Une vie de solitude simple et singulière

De thébaïde en thébaïde (autant que possible)...

 

Han-Shan

« Je me laisse vivre dans les bois. Solitaire, je suis mon seul maître .»

 

Journal poétique (extrait)

Nourri de chant et du sauvage

A coups d'invisible

Au centre du cercle cerné d'or

Et le sommeil – en ce monde – qui navigue librement

Le ciel parfois couvert – parfois étoilé ; au-dessus de tous les fronts

Et cette écume nimbée de parole

Loin de l’œil ; loin de toute poésie ; alors que nous exultons au fond des bois – au seuil de tous les deuils ; avec la mort ; tout autour – et au-dedans

 

10h – 10h30 nouveau bivouac

Une large clairière au cœur de la forêt.

 

Exigences et orientation

Les lieux où l'on s'installe (pour la journée ou pour la nuit) ne doivent être ni trop bruyants, ni trop passagers, ni trop pentus. Autrement dit, ils doivent être silencieux, déserts et plats*...

* aussi silencieux, déserts et plats que possible

En hiver, on s'arrange pour placer le pare-brise du camion face au soleil pour réchauffer l'habitacle* et offrir aux panneaux solaires une exposition lumineuse suffisante...

* non chauffé durant la journée

Et en été, on essaie (autant que possible) de trouver une place à l'ombre – sous les frondaisons protectrices des grands arbres ou abrité derrière un mur ou un bâtiment*.

* durant les heures les plus chaudes de la journée

 

Haïku

« Un endroit magnifiquement simple

idéalement tranquille

d'où contempler le monde »

 

Notes de la forêt

Le regard par-dessus les cimes ; par-dessus les horizons trop humains. Parmi les nids et les terriers ; notre roulotte ; et nos pieds nus sur les épines de pins. Et notre cœur chantant ses louanges ; sa parole simple qui s'élève et porte (sans doute) au plus sacré...

 

Journal poétique (extrait)

Au bout de ce monde ; dans un retrait – une discrétion

Comme un éloignement du trop humain

Une hauteur – une suspension

Porté par les désirs du vent ; sa volonté ; obéissant

Comme un ressort dans la poussière

Le prolongement de l'alliance ; le trait d'union ; le prélude de l'effacement

 

Un lieu suffisamment plat et des cales

Lorsque le sol est incliné, on glisse des cales(1) sous les roues avant ou arrière(2) pour mettre le camion (à peu près) à niveau. Mais le dénivelé est, parfois, si important que l'on penche malgré tout d'une manière inconfortable : toutes nos tentatives de stationnement en de tels lieux, en particulier pour le bivouac, se sont avérées insatisfaisantes ; le sommeil est perturbé par d'incessantes glissades...

(1) et sous lesquelles on glisse des planches (épaisses de plusieurs centimètres) lorsque le terrain est très pentu...

(2) et, parfois, sous les roues avant et arrière droite, sous les roues avant et arrière gauche ou sous une seule roue – selon le relief du terrain

 

Journal poétique (extrait)

Aveuglément ; sans s'interroger

Nous consolant de l'infime et du dérisoire

Aplanissant les (minuscules) aspérités ; et remplissant les trous et les failles ; alentour – à notre portée

Insecte(s) en quelque sorte – rivalisant de ruses et de déguisements pour s'approprier une parcelle – se construire un abri ; les pieds et l'âme encore plongés dans la terre et l'insignifiance

 

Approvisionnement alimentaire

Tous les 15 à 20 jours(1), il nous faut reconstituer notre provende(2). On se voit donc contraint de reporter l'heure du bivouac en fin de matinée.

Le réapprovisionnement s'effectue dans une supérette de village ou un supermarché en ville. Et l'on s'irrite d'être obligé d'arpenter, de manière trop fréquente, ces affreuses zones commerciales qui entourent la plupart des agglomérations de taille moyenne. On se livre à cette tâche avec peu d’enthousiasme – et disons-le franchement – on ne s'y résout qu'à contre-cœur – passablement affligé (ou agacé – selon l'humeur) de devoir déambuler au milieu de nos congénères pressés ou nonchalants – assez insupportables à nos yeux (d'une manière ou d'une autre)...

(1) sauf pour les légumes frais (en été)

(2) Un réfrigérateur assez volumineux (doté d'un petit congélateur) nous permet de stocker les produits frais et/ou périssables

 

Journal poétique (extrait)

En ce pays de chair

L'âme sans audace ; façonnée par la (longue) liste des ambitions communes

Et la peur du scandale ; et la crainte de l'exil

Ce qui affleure ; (très) timidement ; (presque) sans poids face à ce qui enfonce

De la terre et du rêve ; et mille autres charges – sur les ailes (encore) repliées

Gisant ; parmi tous les yeux fermés – sous ce ciel (apparemment) impassible

 

Ni interlocuteur, ni bavardage

Il nous arrive de ne parler à personne* pendant plusieurs semaines (et, parfois même, pendant plusieurs mois). A peine un « bonjour » à la caissière lors de nos ravitaillements alimentaires bimensuels...

* pas même au téléphone...

 

Guillaume de Saint-Thierry

« Les ermites ne sont pas des isolés, mais une communauté de solitaires. »

 

Ermite

Ni compagne(1), ni famille, ni enfant, ni maison, ni emploi(2), ni collègue, ni ami.e, ni communauté. Aucune relation humaine intime. Ermite quoi !

Au ban du monde – seul(3) – avec les pierres, les arbres et les bêtes...

(1) ni compagnon

(2) au sens conventionnel du terme

(3) Et depuis la mort de G. – survenue il y a quelques années, pas même un.e alter ego à l'instar de Han Shan, poète ermite chinois du 8ème siècle qui vivait dans la montagne (dans le massif du Tiantai) et qui, de temps à autre, rencontrait Shi De et Feng Kan, deux amis et condisciples – ermites eux-aussi, pour deviser joyeusement...

 

Tchouang Tseu

« Qui sait se contenter de peu ne s’embarrasse pas de profit ; qui ne se préoccupe que de se trouver lui-même ne s'afflige d'aucune perte ; qui cherche sa perfection intérieure ne s'afflige pas d'être sans situation sociale. »

 

Notes de la forêt

La joie (merveilleuse – et toute simple) d'être là ; parmi les siens...

 

Journal poétique (extrait)

En silence ; recueilli ; les mains encielées (et sortant des ténèbres – pourtant)

L'âme à terre ; lumineuse malgré les cendres – malgré la grisaille du monde

Comme couronné ; sans le moindre quidam alentour ; ni la moindre trace à suivre

 

Journal poétique (extrait)

En harde solitaire ; nous éloignant pour des rendez-vous amoureux

Jour et nuit ; sur la rocaille ; le long des rivières ; au milieu des arbres ; derrière les broussailles

Comme une échappée vers l'enfance au visage tendre ; là où l'esprit se laisse porter par les forces qui le traversent

L'âme étreinte par l'innocence et la sauvagerie

 

Le monde dessiné

Au loin, les montagnes – comme une ligne d'horizon découpée à la serpe ; une longue ligne noire dentelée qui partage le ciel et la terre ; qui sépare le vert des arbres et le gris des nuages...

 

Au-dessus de nos têtes

Des buses tournent au-dessus des collines ; de longs et majestueux vols planés dans la lumière du jour. On les observe longtemps jusqu'à ce qu'elles disparaissent derrière la crête.

 

Séjour prolongé

Quelques fois, les lieux sont si paisibles, si déserts, si accueillants que l'on prolonge « notre séjour » d'une journée. Ce qui nous offre l'occasion de continuer à explorer les alentours pendant notre balade*

* en particulier, lorsque le hameau, la colline ou le massif forestier sont traversés par plusieurs sentiers pédestres.

Quelle joie de pouvoir ainsi adapter, au jour le jour, son existence – son périple – son emploi du temps ; de pouvoir aller et venir ici et là ; de pouvoir demeurer à un endroit ; de pouvoir prolonger sa halte (ou son bivouac) de quelques heures supplémentaires...

 

Kamo No Chômei

« Où faudrait-il s'installer, que faudrait-il faire, pour être un peu tranquille, et pour goûter, ne serait-ce qu'un instant, le contentement du cœur ? »

 

Laver son linge

Laver son linge(1) – lorsqu'il faut se rendre dans une laverie automatique(2) – ressemble fort à une corvée. On doit aller en ville(3), se garer sur un parking sans charme situé dans une zone périurbaine laide, populeuse et bruyante, disposer ses vêtements dans une machine à laver à la propreté parfois douteuse, puis (si le temps est froid, humide ou pluvieux) les placer dans le sèche-linge qui jouxte les machines à laver ; et attendre près de 2 heures dans un lieu peu avenant...

(1) environ tous les 2 mois – ce qui est très peu fréquent mais nous vivons presque nu – l'essentiel de l'année et en hiver, nous portons (sans vergogne) les mêmes vêtements pendant une semaine

(2) Ces dernières années, la plupart des grandes surfaces commerciales se sont dotées de laveries automatiques – placées, en général, sur le parking – entre les voitures stationnées et les caddies...

(3) On profite, en général, du réapprovisionnement alimentaire pour laver notre linge

 

Journal poétique (extrait)

Dans la tension du nombre

Trop solitaire(s) ; trop peu solidaire(s) – pour tendre les bras

A distance ; de plus en plus loin à mesure que le rêve se déploie

Des voix incomprises ; et (très largement) inentendues

Dans la cacophonie de la multitude ; chacun dans son coin

A l'ombre des Autres ; et le soleil trop bas (de biais) pour offrir sa chaleur et sa lumière

Comme enclos dans le périmètre (étroit) de l'obscurité et de la peur

 

Laver son linge (suite)

En revanche, lors de la période estivale, lorsque l'on se trouve près d'un cours d'eau* ou à proximité d'un robinet – et que l'endroit est désert et peu fréquenté, laver son linge devient une activité belle et poétique. On retrouve les gestes d'antan, on sort une cuvette, un bout de savon, on plonge les mains dans l'eau fraîche, on frotte, on retourne le linge, on ajoute un peu d'huile de coude – des gestes lents et répétés exécutés avec conscience, on ressort le linge, on le presse, on le tort et on recommence.

* on remplit sa bassine et on s'éloigne à une distance suffisante pour éviter toute pollution

Puis, vient le moment (si gratifiant) du séchage où l'on dispose ses vêtements sur une corde tendue entre l'avant et l'arrière de la roulotte et sur le vieux porte-vélo que l'on déplie pour l'occasion (et qui n'a, d'ailleurs, d'autre usage*) ; et l'on est saisi par la beauté de cette activité réalisée avec si peu de moyens ; un peu d'eau, du savon et du vent ! Merveilleuse quotidienneté...

* hormis celui de servir, parfois, de support pour accrocher le sac d'ordures – lorsqu'on ne trouve aucune poubelle dans les environs

On y passe, parfois, une bonne partie de la matinée, mais on a le sentiment d'avoir consacré quelques heures à une activité incontournable d'une belle (et très satisfaisante) manière...

 

Journal poétique (extrait)

Dévoilant l'invisible ; à travers le geste

La figure sensible

Malgré soi ; à la manière du soleil

Ici – à présent – le lieu de toute démonstration ; ni avant – ni après – ni préparation

L'âme qui frissonne face à la liberté ainsi exposée ; son potentiel – toutes ses possibilités

Le pas indéfini ; comme le trait – comme le voyage – comme le reste ; avec tous les méandres au-dedans

Au cours de cette sorte d'exil qui traverse le temps

 

L'adresse et le courrier du nomade

Comment obtenir une adresse et recevoir son courrier lorsque l'on ne possède ni maison ni boîte aux lettres ? Aujourd'hui, plusieurs possibilités s'offrent au nomade (domiciliation chez un parent, chez des amis ou auprès de différents organismes – courrier du voyageur etc etc). Pour notre part, nous avons opté pour une domiciliation dans une mairie – au sein d'une commune dans laquelle nous passons (au moins) deux fois par an et pour une dématérialisation de tous nos échanges administratifs (via les diverses applications du téléphone portable)...

Voilà ! Rien de très compliqué ! Ne nous attardons pas davantage ! Continuons le voyage vers des contrées moins bureaucratiques !

 

Journal poétique (extrait)

Du plus haut ; l'étreinte

Ce qui – dans le cœur – est atteint

A se découvrir ; et à disparaître

Avec ce qui reste ; le visage à l'horizontale

 

Visites et découvertes hors saison

En hiver, l'ermite itinérant peut se risquer à fréquenter des lieux (un peu plus) urbains – des villages (un peu plus) denses – et des sites (un peu plus) touristiques – sans grand risque de croiser la foule. Ses congénères sont, en général, peu enclins à sortir de chez eux ou préfèrent s'adonner à des activités qui se pratiquent à l'intérieur*. Ainsi peut-il profiter de la période hivernale pour visiter quelques sites archéologiques, des abbayes et des monastères, des grottes, des cascades, des points de vue panoramiques, des lacs et des étangs – tous les lieux qu'il prend soin d'éviter le reste de l'année.

* sauf les chasseurs qui fréquentent assidûment les forêts et les bois

 

Journal poétique (extrait)

La lumière affalée

Par le chemin le plus obscur ; souterrain ; aux lisières du visible

Les yeux creusés par le souvenir

La mémoire en galerie

Une manière (sans doute) de se tenir dans l'écume

Un voyage sans trace (durable)

A travers le silence millénaire

 

10h30 Une tasse de thé fumante posée sur le dessous de verre en bois. Le carnet d'écriture ouvert. L'ordinateur allumé devant les yeux.

La séance d'écriture (corrective) est ouverte !

 

Le labeur matinal

Ce travail de relecture (et de correction) s'avère (assez souvent) fastidieux(1) ; on l'effectue, néanmoins, sans déplaisir. Il s'agit de lire et de relire les textes non encore publiés sur le blog(2). Chaque opuscule mensuel est, en effet, lu de plusieurs manières ; une lecture où l'on s'attarde sur le rythme et la musicalité, une lecture où l'on s’intéresse davantage au sens des mots, à leur combinaison et à leur assemblage, une lecture qui se focalise sur les corrections orthographiques et grammaticales, une lecture d'ordre général (qui essaie de prendre en considération l'ensemble de ces aspects), une lecture à haute voix enregistrée (que l'on prend soin, bien sûr, d'écouter avec une oreille « aussi neuve » que possible) etc etc.

(1) Cette phase du travail d'écriture n'a pas notre préférence – loin s'en faut – mais un texte doit être corrigé (a minima) ; cet aspect un peu rébarbatif semble donc inévitable...

(2) Chaque année, nous élaborons également une maquette pour une publication en version papier des textes de l'année que l'on repartit, en général, en 2 volumes (environ 1000 pages par an) et qui constituent ce que l'on pourrait appeler notre journal poétique...

 

Journal poétique (extrait)

Au pays de la parole sans lieu ; reliée, à son insu, à la source

Le poème – bribes de vent – abandonné à la transparence et au temps ; allant du bleu au monde et, quelques fois (plus rarement) du monde au bleu

 

Journal poétique (extrait)

Comme l'arbre ; sur la pente naturelle des choses

Aussi enchevêtré à l'infime qu'à l'infini

Dans cette relation (assez) asymétrique à l'immensité

Dénué (pourtant) de crainte et d'intention ; se laissant parfaitement guider

Étincelant ; en étrange miroir de ce qui ne peut se refléter ; de ce que le monde (en général) ne voit pas

Comme l'aube que nous attendons (tous) derrière la vitre ; porté(s) par cette espérance (assez) désespérée de l'inexplicable [auquel ne peut rendre grâce ni l'abondance de mots – ni la parole poétique (à laquelle l'homme est si peu sensible)]

 

On ne désire pas ; on ne souhaite rien

On n'aspire à rien de particulier. On n'a ni projet, ni orientation existentielle. Cette absence d'attente ne signifie pas que nous sommes dénué de préférences ; on continue (comme tout un chacun) à préférer certaines choses, certains états, certaines situations et certaines activités mais l'on appréhende l'existence sans a priori, prêt à vivre ce qu'offrent les circonstances. L'expérience nous a appris que les rêves et les fantasmes ne correspondent pas à la réalité et que l'existence est une alternance d'événements heureux et tristes et de situations plaisantes et déplaisantes (pour l'esprit humain)...

Lorsque l'on ne souhaite rien, l'existence se simplifie – la vie devient facile...

 

Journal poétique (extrait)

Plongée dans le naturel ; en soi – alentour ; le même environnement

(En partie) affranchi de l'homme et des artifices humains ; par-dessus le néant et la séparation – en quelque sorte ; avec des résidus (assez substantiels) de l'esprit étroit qui se favorise

Continuant à être ; à distiller le bleu qui, parfois, abonde ; et, d'autres fois, ce qu'il reste (de manière assez absurde)

L’œil en son royaume ; sans la moindre attente ; sans la moindre priorité

 

Journal poétique (extrait)

Dénué de rêves

Le ciel juste au-dessus des yeux

Sous le ruissellement sacré du jour – l'aube ; l'éclaircissement sans explication

Tout ; comme une évidence ; à travers la clarté

Des vagues de vent vers le large

L'esprit libre ; la matière célébrée

En passe de servir le monde comme l'air et l'eau – la terre et le feu

Une infime parcelle de l'espace ; dans l'étrange intimité de l'infini

 

Journal poétique (extrait)

Ici ; à travers l'exigence de la lumière

La source ; en suivant l'ombre à la trace

Sans renoncement – sans (le moindre) déchirement

Dans le sillage du vent qui tourbillonne

La nuit et les tempêtes incluses dans ce bleu qui s'avance (quasiment) démasqué

L'âme sans désir ; acquiesçante

Des mondes ; et l'entière étendue ; au pied du souffle ; comme si c'était là notre seule volonté

 

Prêt à vivre ce qui se présente

On n'entreprend plus les choses (la moindre chose) pour accéder à un état ou à une situation ou pour obtenir une récompense (ou une quelconque gratification*) mais parce que certains gestes et certaines activités doivent être réalisés, parce qu'un élan irrépressible nous anime et/ou pour la joie de les accomplir.

* On n'entreprend plus les choses pour obtenir quoi que ce soit...

Cette perspective se réalise (bien sûr) de manière progressive ; à mesure que l'on épuise ses désirs et ses rêves – jusqu'à être vide de volonté et de projet (personnels). Après un certain nombre d'expériences, on comprend que tous les états, toutes les activités, toutes les situations se valent (une chose n'est pas plus désirable qu'une autre*). Tout (presque tout) peut alors être vécu avec une certaine équanimité. On est prêt à vivre ce qui se présente...

* faire la vaisselle ou écrire de la poésie, vivre seul ou en couple, avoir des enfants ou ne pas en avoir, être riche ou pauvre, être malade ou bien portant, tout cela se vaut d'une parfaite manière – même si l'esprit, bien sûr, conserve ses préférences...

 

André Breton

« J'ai cessé de me désirer ailleurs. »

 

Journal poétique (extrait)

A attendre ; les mains ouvertes

Sans rien désirer ; sans rien saisir ; sans rien écarter

Si proche(s) de l'Absolu et de la mort ; de nous-même(s) ; de tous nos semblables

Le legs déchiré ; avec tout un chemin à réinventer ; et la tête – et la chair – à apprivoiser – à aimer – à célébrer – avec toutes leurs salissures et toutes leurs corruptions

Dans l'impossibilité de vivre autrement ; autre chose ; condamné(s) à obéir aux circonstances ; à la confluence des nécessités ; à expérimenter ce qui nous échoit sans jamais rien décider

 

Journal poétique (extrait)

Sur la pierre saillante ; l'âme silencieuse

Au-delà (bien au-delà) du ciel grillagé gardé par des yeux fous ; des esprits délirants

Au-delà des prières (hâtives) et de l'affairement (dévastateur) des foules

Au-delà des images et des mots ; de ce blanc cotonneux (vaguement) auréolé de lumière

L'esprit au cœur de l'étrangeté pour tout rendre (plus) familier

Ici-bas ; exactement

 

Journal poétique (extrait)

Le visage diurne ; (plutôt) emblématique

Familier du plus haut soleil

Le regard (franchement) lumineux

Capable d'embrasser l'ombre et les images ; et de vivre au milieu des arbres silencieux

Existant sans nom – sans ami – sans personne

Sans volonté – ni intention

Sans rien ressasser ; pas même l'indicible

Debout ; l'enfance amarrée à la nuit

Pris dans les fils d'un ciel à la manœuvre ; ne décidant de rien ; pas même du rythme – ni du sens de la roue

La vie ; comme un langage – un possible – une île – un chemin ; remontant le cours du temps jusqu'à l'origine du monde ; jusqu'à la source des existences

 

Journal poétique (extrait)

Rouillée la hache ; dans l'herbe mouillée

Rouge et rosée

Comme la parole et le visage ; parfois ruisselants – parfois abandonnés

Le prolongement (consenti) de l'origine

Jusqu'à la courbure – parfois dramatique – de la lumière

Nul gain – nulle perte ; ni vainqueur – ni vaincu – (pourtant) en ce monde

Le franchissement du miracle ; la seule possibilité

 

De moins en moins de croyances (et d'idées sur les choses, la vie, le monde, la mort)

La tête apprend, peu à peu, à se désencombrer. On cesse de penser et d'imaginer, on fait face à ce qui est – à ce qui advient.

 

Journal poétique (extrait)

En secret ; la vie – la perte

Ce que l'on désire ; ce qui nous attriste ; et ce que l'on pleure

Le sang sous la neige

Et cette douleur (terrible) de ne rien savoir ; et celle (tout aussi terrible) de s'imaginer savoir

Toujours à côté ; toujours séparé ; jamais juste ; toujours en peine

En vie sans (réellement) être vivant ; et ainsi tant que durera l'ivresse – la cécité – le refus de s'engager ; le cœur (parfaitement) piégé dans la nasse cherchant, dans son délire, une rive trop lointaine alors que tout est là – déjà ; à notre portée

 

12h15 – 12h30 préparation du repas (et gamelle de Bhagawan)

On range les feuilles dans la bibliothèque et l'ordinateur dans sa housse de protection, on débarrasse la table des quelques objets qui traînent. On saisit un plateau, on ouvre le réfrigérateur, on sort les ingrédients nécessaires à la préparation du repas. On coupe, on lave, on verse, on assaisonne puis on passe à table.

 

Variabilité quotidienne

Gestes quotidiens tantôt vifs – tantôt tendres – et parfois mécaniques (hélas!)...

 

Journal poétique (extrait)

Là où le ciel recueille ; et rassemble

Sans commentaire sur la danse et les reflets

Ni mot – ni image

Le cœur noir – pourtant ; nous enfouissant

Dans un enchevêtrement de gestes et de fatigue ; le poids de l'obscur – comme un écrasement

 

Se laisser traverser par (toutes) les énergies

Il convient (autant que possible) de respecter les énergies qui nous traversent* – tantôt vives et rapides, tantôt lentes et calmes, tantôt superficielles, tantôt profondes, elles animent le corps et l'esprit de différentes manières. Être à l'écoute de ces énergies – reconnaître leur nature – leur texture – suivre leurs mouvements – leur être obéissant – faire corps avec elles – est la meilleure façon de ne pas créer d'obstacles et de résistances qui engendreraient un décalage, un déséquilibre, une disharmonie entre, d'un côté, le corps et l'esprit et, de l'autre, ce qui les traverse. Il y a, en effet, des moments où l'esprit et/ou le corps s'anime(nt) naturellement avec vigueur et intensité, d'autres moments où ils deviennent lents, indolents, presque paresseux, et d'autres moments encore où ils sont parcourus par de puissants courants qui semblent émerger des profondeurs.

* celles de notre environnement et/ou celles que les circonstances font naître en nous

Ainsi, chaque jour, les tâches quotidiennes ne sont pas réalisées (intérieurement et extérieurement) de manière identique. Certains jours, on prépare le repas ou l'on fait la vaisselle avec entrain, d'autres fois, les gestes, au contraire, se font extrêmement lents (comme si les mains et les couverts se caressaient mutuellement avec suavité – presque avec sensualité) et le moindre contact devient intime, profond et savoureux ; d'autres fois, lorsque l'énergie se fait superficielle et/ou que la tête est préoccupée (emplie d'images, de pensées, d'émotions ou de sentiments), les gestes deviennent mécaniques. On est là sans être là, on fait les choses de façon machinale – sans conscience ni sensibilité...

On pourrait être enclin à hiérarchiser ces différents types d'énergie et ces différentes manières de réaliser les actes de la vie quotidienne, mais, avec un peu d'expérience*, on comprend qu'il n'existe aucune hiérarchie. Une manière de faire n'est pas meilleure qu'une autre... On obéit seulement à l'énergie qui est là – et qui nous traverse ; et on la goûte pleinement (qu'elle soit profonde ou superficielle, qu'elle soit lente ou rapide etc). Lorsqu'elle se fait vive et brusque, les gestes se font vifs et brusques ; lorsqu'elle se fait douce et langoureuse, les gestes se font doux et langoureux...

* avec un peu d'expérience et de maturité

Il n'y a aucune résistance. Il n'y a aucun effort à fournir ; seulement se laisser porter par les énergies en présence...

 

Journal poétique (extrait)

La vie (secrètement) enfoncée dans l'âme ; et (presque toujours) la méconnaissance de l'inverse

Si près du jour ; si près de la mort

A hauteur de tête ; à longueur de nuit

La somnolence ; et le grand sommeil

Ce qui remplace, peu à peu, le visage de l'homme

La route (cette longue route) qui zigzague sur l'horizon

Et ce gris qui alourdit la chair ; et qui attriste le cœur

A s'interroger (encore) ; sans (jamais) se laisser porter

 

Au déjeuner

Un bol de salade, 4 biscottes, un morceau de fromage, un yaourt au soja (avec un peu de confiture), 2 biscuits et 2 carrés de chocolat noir.

 

Journal poétique (extrait)

A la table de la bonne fortune ; discrète – invisible – anonyme

Sur l'âme brûlante de déraison ; la démesure qui a remplacé le chagrin

Comme allongé sur soi

Dieu dans le chant ; à travers notre voix

Et le bleu ; à travers le festin d'aujourd'hui et toutes les famines d'autrefois

Le pays d'où nous venons ; le pays où nous vivons ; le pays où nous allons ; comme un hymne (un hymne éternel) à l'immobilité

 

12h45 – 13h séance d'écriture

Un feutre. Quelques feuilles blanches. Un livre de poésie qui traîne sur la table. Le regard comme posé (à la fois) au-dedans et sur le paysage – sur cette parcelle du monde offerte (et changeante). Instant de vide nécessaire pour faire jaillir ce qui sourd à l'intérieur – au cœur de cet espace qui nous habite. Instant de rencontre et de dialogue avec l'invisible – l'insondable – le silence – le merveilleux...

L'âme à l'écoute qui laisse surgir les mots – la longue suite de mots – comme une musique – l'eau d'une rivière ; et la main – dans son rôle de scribe – parfaitement obéissante...

Et sur la page de petites figures noires (ou bleues) apparaissent – se dessinent ; au-delà du sens – mille combinaisons – le tableau de l'instant qui émerge de cette rencontre quotidienne entre l'attention ouverte et les profondeurs.

L'insoupçonné qui se révèle – un peu de lumière qui se dépose sur le minuscule carré blanc. Et nous assistons, émerveillé(1), à cet enfantement – devenant (tour à tour(2)) le témoin, l'accoucheur et le théâtre de cette mise au monde journalière(3)...

(1) émerveillé et concentré

(2) et, parfois, simultanément

(3) biquotidienne en réalité – en début d'après-midi et en fin de soirée

 

Notes de la forêt

Parallèles à la lumière – le trait – la ligne – la trace ; ce besoin de solitude et de partage.

 

Journal poétique (extrait)

L'ardeur intacte ; au-delà de toute intention ; de toute conviction

D'encre et de ciel ; cette parole qui serpente entre l'incertitude et l'inconnu

Dieu ; sur ces rivages – déguisé en un peu de lumière ; en un peu de poésie ; et que ces siècles méprisent ; comme si les cœurs – comme si les mains – comme si les bouches – avaient effacé jusqu'à la possibilité de la tendresse – de la mansuétude – du détachement

 

Journal poétique (extrait)

Toutes les couleurs ; à travers le bruissement du langage

De l'érection à l'effondrement

Par lambeaux ; par pans entiers de ciel

Ainsi (sans doute) jouit-on de la solitude ; ainsi (sans doute) s'expérimente toute poésie

 

La présence en soi ; l'espace vivant que l'on porte (à l'intérieur)

Ce que l'on porte – en son for intérieur – se découvre(1) lorsque l'on s'est (en partie) défait des éléments qui composent notre individualité(2). Lorsque l'essentiel des rêves et des désirs ont été réalisés et que les circonstances ont suffisamment éprouvé, ébranlé et malmené nos croyances, nos valeurs et nos certitudes, des pans entiers de notre identité(3) finissent alors par se détacher, par s'écrouler et disparaître. Et l'espace ainsi « libéré » devient suffisant pour qu'une présence vivante (qui nous habite, sans doute, depuis toujours) puisse être ressentie.

(1) peu à peu ou d'une manière soudaine

(2) un amas hétéroclite de penchants, d'habitudes, de valeurs, de croyances, d'idées, de certitudes, d'a priori, de rêves, de désirs, de fantasmes, de sentiments etc etc

(3) l'identité de « surface » que nous avons, peu à peu, construite...

Qu'importe la manière dont on appelle cette présence – Dieu – la Vie – l'Amour – le Soi – la Conscience – elle devient, peu à peu, une « évidence » – une réalité – ressentie de manière sensible et organique – qui accompagne l'individualité (ce que l'on croit être). A mesure que l'on se familiarise avec ce qui nous habite, on comprend (peu ou prou) que nous sommes, sans doute, à la fois cette présence impersonnelle (non personnelle) et cette personnalité (très provisoire) ; l'une et l'autre, parfois l'une davantage que l'autre, parfois (presque exclusivement) l'une ou l'autre, mais toujours les deux ensemble – à la fois le Père et le fils diraient, peut-être, les chrétiens...

Présence parfois imperceptible* (parce que l'individualité occupe l'ensemble de l'espace intérieur), parfois présence discrète* (lorsqu'il arrive que l'on ressente « quelque chose », en soi, « quelque chose » de vague et d'indéfini – à certains moments ou à certaines occasions particulières), parfois présence intermittente*, parfois présence permanente* (ou quasi permanente)...

* ou, du moins, ressentie comme telle par l'esprit humain

Lorsque cette présence devient une évidence intime et quotidienne, elle se montre, tour à tour, selon les besoins ressentis par la personnalité, compagne (ou compagnon) – partenaire indéfectible – ami(e) ou confidente – père et mère – frère ou sœur – prenant le visage dont l'individualité a besoin.

Elle peut se faire guide, conseiller de vie et maître spirituel, se montrer tendre et sensuelle (et offrir un festival de caresses reçues et perçues de l'intérieur – corps tremblant et frémissant). Elle peut se faire amicale, fraternelle et devenir celui ou celle qui nous est, momentanément, indispensable – au gré des circonstances – au gré de ce que nous traversons – au gré de ce qui apparaît nécessaire...

 

Paul Valéry

« Tout accomplissement est suppressif. »

 

Journal poétique (extrait)

Derrière la vitre ; la même buée

Comme si un visage – des lèvres – un souffle – existaient de l'autre côté du monde ; Dieu peut-être – Dieu sans doute ; préoccupé (apparemment) par notre figure et nos (fugaces) interrogations

 

Journal poétique (extrait)

A distance ; le temps – l'effondrement

Cette béance de sable ; qui s'écoule – qui s'écroule ; et au cœur de laquelle nous capitulons

Du bleu – partout – pourtant – dans nos mains qui creusent et reçoivent

Des ombres perdues ; sans lieu d'attache – soumises à l'errance (labyrinthique) du nom

Le jour ; à notre mesure ; et de temps à autre (rarement – très rarement) l'inverse

Et la terre qui s'enflamme

Devant un si grand nombre

Si proche(s) ; le souffle ; de la source et du silence

 

Journal poétique (extrait)

A (grands) coups de malheurs ; le désespoir des cœurs

La vérité sous le nez ; pourtant ; sans en avoir l'air (bien sûr)

Pour que l'âme apprenne à voir ; cet indispensable apprentissage du regard qui doit, en (tout) premier lieu, s'exercer à soustraire

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'ombre du seul ; ce qui se vit ; ce qui s'écrit ; parfois absurde – parfois vertigineux ; toujours nécessaire

Mais las du monde depuis trop longtemps ; dans l'expectation (si impatiente) de l'aube et du vide triomphant

Puis, un jour, comme pénétré – de l'intérieur – par cette lumière inconnue

Le regard éclairé ; et la chair réchauffée ; comme un surcroît de tendresse et de lucidité ; un (large) pan de ciel qui s'est offert

 

Journal poétique (extrait)

Au cœur du jour ; dans l'âme

La peau tremblante ; sous la lumière

Comme hissé au-dessus du monde ; au-dessus de tous les yeux indifférents – de tous les lieux inhospitaliers

Comme si s'achevait là la traversée du plus âpre

Comme libéré des corvées les plus communes

Capable – à présent – de se consacrer à la découverte (rafraîchissante) des autres dimensions du monde

Ainsi émerge-t-on, peut-être, de l'écume – de l'épreuve (incontournable) de l'écume – pour s'approcher de soi – aller à sa rencontre ; sur la courbe ascendante de l'effacement ; l'oubli en tête

 

13h30 – 13h45 collation

Une infusion avec une friandise au caramel

 

Les surprises de la cueillette sauvage

Au printemps dernier, après avoir fait infuser quelques feuilles (séchées(1)) de mélitte à feuilles de mélisse récoltées quelques jours plus tôt, on a pu savourer son goût plaisant, subtil et délicat, mais l'on a été (assez rapidement) pris – et surpris – par un besoin incessant d'uriner(2) lorsque l'on s'est, soudain, souvenu des propriétés (assez fortement) diurétiques de la plante...

Malheur au botaniste en herbe !

(1) sur la petite claie suspendue au plafond (fabriquée avec un peu de ficelle, 4 bouts de bois et un morceau de moustiquaire rectangulaire)

(2) à peu près toutes les demi-heures – pendant près de 24 heures

 

Quelques plantes sauvages comestibles et/ou médicinales* hivernales et printanières

Ficaire, violette, primevère, fragon épineux, nombril de Vénus, pulmonaire, lamier pourpre, cerfeuil des bois, berce commune, lierre terrestre, plantain, pissenlit, cardamine, ortie, mouron des oiseaux, consoude, oseille, gaillet gratteron, alliaire, asphodèle, lunaire annuelle, bugle rampante, laitue des murailles, capselle, pâquerette, aubépine, cymbalaire des murs, marguerite, laiteron, vesce sauvage, épiaire, gesse des bois, lampsane...

* que l'on trouve en abondance sous nos latitudes

 

13h30 – 13h45 sieste, lecture et espace récréatif

 

Moment de détente

Sieste (appréciable) de la mi-journée. Après notre séance d'écriture, on s'allonge confortablement sur le canapé du coin salon. Les fenêtres ouvertes en été (avec le chant des oiseaux pour bercer nos rêveries) et avec une couverture en hiver*.

* Le chauffage – un chauffage Webasto que l'on trouve couramment dans les camping-cars – n'est allumé que pour les nuits les plus fraîches, autrement dit une bonne partie de la saison froide que l'on passe (en général) en altitude – dans l'un des massifs de moyenne montagne que compte notre aire d'exploration.

 

Haïku

« J'ouvre un livre

et me réjouis

devant la fenêtre lumineuse »

 

Haïku

« Mes mains lasses

laissent tomber le livre

long rêve de sieste »

 

Journal poétique (extrait)

Au fond du sommeil ; autre chose

Une fête ; une lumière – la possibilité d'un temps nouveau

Un monde – un univers peut-être – en germe ; impatient (très impatient) de se déployer

 

Journal poétique (extrait)

Vivant ; par-delà le miroir

Entre l'infini et les contours ; mille visages – mille aventures – mille possibles

Derrière l'image – terne ou scintillante

Parfois davantage silence que reflet ; et, d'autres fois, comme un chemin qui s'éloigne – qui égare ceux qui l'empruntent ; vers un ordre que seul l'esprit de l'homme a banni ; et que l'Amour revendique (bien sûr – comme toutes les choses) – parcelle reconnue (et accueillie) à l'égale de toutes les autres

 

Une vie au contact – une existence à la merci

Une vie au contact des éléments naturels* ; le soleil, la pluie, le vent, la chaleur et le froid, la grêle et la neige.

* ressentis (avec force) au fil des saisons...

Une existence à la merci du monde et des événements ; exposé aux rafales de vent (qui font tanguer la roulotte comme si l'on habitait sur un bateau(1)), exposé aux éventuelles chutes d'arbre et de branches qui pourraient s'abattre sur le toit(2), exposé à la grêle(3) (qui pourrait endommager les lanterneaux et les panneaux solaires), exposé à la bêtise ou à la malveillance du premier venu, pas toujours doté des meilleures intentions, qui pourrait nous importuner(4) ou vandaliser le camion...

(1) et il faut l'avouer, nous n'avons guère le pied marin !

(2) et causer des dommages sérieux ou même nous écraser...

(3) L'occasion nous a été donnée, à plusieurs reprises, de subir une pluie de grêlons. Et il est peu dire que sous ce déferlement de forces naturelles, on se sent absolument sans défense...

(4) ou même nous agresser

Une cloison d'à peine 2 ou 3cm d'épaisseur et des baies fragiles (que l'on pourrait briser d'un coup de poing) nous séparent du monde extérieur. Autrement dit, nous vivons dans une carapace de papier mâché qui nous abrite de la pluie et (un peu) du froid – sans nous protéger du reste...

A l'intérieur, on se sent fragile et vulnérable – à la merci du monde* – et (disons-le) assez impuissant face à ce qui se manifeste (ou devant l'éventualité de ce qui pourrait arriver) – contraint (en quelque sorte) de desserrer l'étau de l'inquiétude (ou de l'angoisse), de vivre sans s'inquiéter (outre mesure) des risques, des menaces et des dangers (réels ou potentiels), de renouveler notre confiance en la vie – en la Providence – en laissant advenir ce qui doit advenir, nous abandonnant à ce qui arrive et remettant, chaque jour, notre destin entre les mains d'un plus grand que nous...

* A la merci ; autrement dit à l'exacte place de l'homme ; plongé au cœur de sa condition de créature labile et passagère soumise à des forces qui lui échappent (littéralement). Et n'étant guère séparé de son environnement, contraint de faire corps (intimement) avec lui. Et, de ce fait, invité à faire confiance, à dire un grand « oui » à ce qui se manifeste...

 

Journal poétique (extrait)

Au pied de l'indicible ; celui qui n'a de nom ; qui se meut avec l'âme et le monde ; avec la respiration de l'homme et la course des bêtes ; celui qui s'éveille et s'endort avec l'esprit ; sans jamais deviner la nuit qu'il porte ; en dépit de son éternel sourire

Ce qu'il nous offre ; ce qu'il nous impose

 

Le bruit (au-delà de notre misophonie(1))

Habiter dans un camion revient (sur le plan auditif) à vivre quasiment dehors ; les cloisons sont minces et, en été, toutes les baies et tous les lanterneaux sont ouverts (jour et nuit). Et selon les lieux où l'on est stationné – dans une forêt, dans un village ou près d'une ville ou d'une route (plus ou moins) passagère, tous les bruits sont parfaitement perceptibles. Ainsi le nomade est, sans cesse, confronté aux bruits du monde ; le vent, la pluie, le chant des oiseaux, les passages d'animaux sauvages, les cloches d'église, les tracteurs et autres engins agricoles, les rires et les éclats de voix, la musique, les motos et les scooters, les moteurs de voiture à l'arrêt, les véhicules en tous genres qui passent (parfois à vive allure), les klaxons, les tronçonneuses, les débroussailleuses etc etc.

Pour remédier (avec plus ou moins de succès) à cet aspect assez déplaisant de la vie sur les routes et les chemins, deux accessoires s'avèrent (presque) incontournables : les bouchons d'oreilles(2) (en cire de préférence) et le casque de chantier(3) anti-bruit. Les deux combinés parviennent à neutraliser, de manière satisfaisante, la (grande) majorité des pollutions sonores.

(1) aversion intense et irrationnelle envers des sons ou des bruits spécifiques dont nous sommes (malheureusement) affecté ; intolérance aux bruits répétitifs, aux bruits de bouche et à une large part des bruits produits par les êtres humains – voix, musique, moteurs en tous genres...

(2) indispensables la nuit – en particulier lorsque l'on dort dans un village ou près d'une route passagère...

(3) les plus sensibles peuvent remplacer le casque de chantier par un casque électronique (beaucoup plus onéreux)

 

Journal poétique (extrait)

Le souci de l'herbe et de l'arbre arrachés

Et la réparation que les habitants de la terre réclament

Roulé contre les bêtes plutôt que contre les rêves ; plutôt que contre les hommes

Lovés ensemble (tous ensemble) dans un terrier ; au fond d'une large galerie creusée sous la terre

Au seuil du jour ; la lumière présente – diffuse ; à travers la transparence

Au seuil d'un plus grand que soi ; se manifestant à l'intérieur

Avec – partout – la même présence ; la même joie

 

Insectes et protection

A l'arrivée (massive et printanière) des insectes – mouches, moustiques, guêpes et frelons en particulier – revient « le temps des moustiquaires » qui ornent, par bonheur, toutes les ouvertures de la roulotte. Ces protections s'avèrent absolument indispensables pour éviter une invasion intérieure qui serait, assez rapidement, insupportable. N'ôtant jamais la vie intentionnellement à la moindre bête – au moindre moucheron – excepté s'ils nous harcèlent avec opiniâtreté (moustiques et stomoxes* essentiellement), la cellule serait vite peuplée d'une myriade d'insectes vibrionnants.

* mouche du charbon, silencieuse et très résistante

Certes, les frontières entre l'intérieur et l'extérieur peuvent s'interpénétrer, se distendre et même s'effacer, il arrive néanmoins qu'il faille, de nouveau, les rétablir, et parfois même, les renforcer pour se protéger (a minima) des êtres et des choses qui nous paraissent indésirables...

On est, néanmoins, bien moins enclin qu'autrefois à circonscrire l’espace et à délimiter les territoires. Ainsi un peu de terre, un peu de sable, un peu de boue, quelques cailloux et quelques insectes (en particulier les mouches, les punaises et les cassides en automne) peuvent s'inviter à l’intérieur et y demeurer sans nous importuner*... A l'image de la vie et de la forêt où rien n'est séparé, où rien n'est « rangé », où tout se côtoie et se mélange dans un joyeux (et vivant) désordre...

* bien que l'on se montre de nature plutôt rangée – voire maniaque...

 

Journal poétique (extrait)

Sur nous ; les ombres et les silhouettes

A travers le bruit ; le lieu de l'infime

Le corps qui renâcle à se désobscurcir

Passant et repassant ; dans un éloignement (très) progressif

Et comme (presque) toujours ; encore quelque chose de soi

 

Journal poétique (extrait)

En soi ; le souffle ; et le vent

La tête arrêtée

Le temps suspendu

A respirer encore au milieu des choses

 

Journal poétique (extrait)

Séparément ; de moins en moins

Au fond de l'interstice

Parvenu jusqu'à l'embrasure ; la (parfaite) résolution

Par-delà la substance ; le plus lointain

Cette sorte d'intimité avec l'espace et le feu ; avec le reste – tous les Autres – en quelque sorte

Descendu(s) en soi ; sans le moindre résidu laissé à la surface

Les pieds sur le sol élargi (d'une certaine manière) ; au-delà du corps et de la tête ; le cœur pénétré ; et consentant

 

Tout est à l'intérieur

A certaines occasions(1), il arrive que la perception change de dimension et de perspective. La conscience que l'on a tendance habituellement à situer dans le cerveau(2) semble se distendre au point d'occuper la totalité de l'espace ; et tout semble s'y mouvoir ; soi (en tant que personne), les autres, le monde, l'univers. Tout semble à l'intérieur... Expérience (bien sûr) impartageable – subjective diraient certains...

(1) au cours de certaines expériences quotidiennes ou spirituelles

(2) « quelque part » dans le cerveau

De manière moins ésotérique (et moins spectaculaire), chacun est à même de comprendre que ce qui est vécu* n'est appréhendé qu'intérieurement. Sans conscience, rien ne serait perçu ; il n'y aurait que des mouvements et des interactions sans témoin – sans personne pour percevoir les événements et ressentir leurs conséquences (innombrables) sur le corps et l'esprit...

* les circonstances, les sensations, les désirs, les émotions, les sentiments

De manière encore plus évidente, chacun est à même de constater que le plus essentiel, dans l'existence, n'est pas ce que l'on vit mais la manière dont on le vit qui dépend (très largement) de la façon dont l'esprit appréhende et expérimente les circonstances.

 

Notes de la forêt

Si haut ; depuis ce promontoire ; (enfin) la possibilité du ciel ; et des retrouvailles. Le cœur encore empêtré (pourtant) dans quelques circonstances (fâcheuses).

 

Journal poétique (extrait)

Tout au long du mélange ; le chaos et la perte ; comme un voyage au terme duquel s'offre un orage de baisers

Le territoire (substantiellement) agrandi ; proche de la plus large envergure

Dans la compagnie d'un Dieu surprenant ; ce qui prolonge la route et le défilé du temps

 

Le monde n'existe pas

Le monde est une abstraction. Il y a autant de mondes que d'individus pour le concevoir. L'ensemble des éléments qui composent le monde (les êtres, les objets, les idées, les émotions etc etc) ne sont que des concepts définis par le langage qui permettent à l'homme de se faire une représentation*. Ainsi l'esprit humain s'évertue-t-il à différencier un arbre d'un visage, à différencier un visage d'une pensée, à différencier une pensée d'une larme etc etc à seule fin de comprendre ce qui semble exister en lui et autour de lui et de pouvoir échanger avec ses congénères...

* mille et une représentations qui permettent, d'une certaine manière, de se faire une idée du monde...

Il n'y a de monde ; il y a ce qu'il y a – ce qui ressemble à un enchevêtrement (mouvant et changeant) de vide, d'énergie et de matière auquel nous appartenons et dont nous sommes le témoin.

 

Haïku

« Transcendant concept et parole

dans l'air flotte

un parfum extraordinaire »

 

Rien n'est séparé

Grâce au langage (lui-même lié à la perception), l'esprit (humain) classifie les êtres et les choses – le visible et l'invisible de ce monde – en estimant que toutes les entités repérées – et dotées d'une définition (consignée(s) dans tous les dictionnaires et toutes les encyclopédies) – sont séparées et autonomes alors qu'elles ne le sont que de manière apparente. Qui, en ce monde, peut, en effet, respirer sans air, vivre sans eau et sans les éléments apparemment extérieurs dont le corps se nourrit ? Le corps de chaque individu abrite des milliards d'êtres (cellules, bactéries, virus etc etc) et constitue un ensemble d'écosystèmes, eux-mêmes, reliés à tous les écosystèmes extérieurs au corps... Et l'on pourrait multiplier ainsi les exemples à l'infini pour montrer que rien n'est séparé...

Tout, en ce monde, est relié et intriqué – de mille manières – à l'image d'un vaste réseau – d'une trame gigantesque ; ce que les bouddhistes appellent l'interdépendance.

 

Journal poétique (extrait)

Les arbres étreints ; comme une route nouvelle

Un lieu étrange ; un royaume sans roi ; où chaque croyance est visible et déchiffrée ; où la nuit brille (avec évidence) dans la mémoire ; où l'on rechigne à fréquenter les chimères et les Dieux (toutes les inventions des hommes)

Un lieu étrange ; une terre sans limite ; où l'on est capable de vivre avec les Autres et de jouer avec le temps ; et où l'on embrasse tout ce qui est exclu – tout ce qui n'est consenti

Aux confins de l'esprit ; à la pointe du monde – en quelque sorte

 

Journal poétique (extrait)

Ce qui nous hante ; trop obstinément

Sous la férule du genre ; de la famille ; de la communauté

Condamné(s) à l'infâme tyrannie du personnel ; dont chacun (bien sûr) se réclame

Et le reste ; comme oublié – relégué aux plus inaccessibles profondeurs

A jongler avec les rêves et les territoires

Oubliant (de manière si tragique) que rien – ni le monde – ni l'espace – ni les visages – ni les choses – ne peut être détenu et clôturé

Et si étrange ; et si risible ; de nous voir essayer (nous autres pauvres créatures) de nous approprier des parcelles de vent ; quelques riens dont on se croit possesseur

Sous le règne (millénaire – et encore inchangé) de la séparation ; entre loi – croyance et chimère – le monde (toujours) en construction

 

Journal poétique (extrait)

A bras-le-corps ; la distance

Au cœur de cette (perpétuelle) oscillation entre l'Un et le reste (ses fragments – sa progéniture – son prolongement)

De la chambre à l'inquiétude ; et de l'inquiétude à la lumière

Et le recommencement du cycle ; sans fin – à travers la matrice qui enfante (sans jamais s'interrompre)

D'un corps à l'autre ; d'un univers à l'autre

Et l'aube – chaque jour – comme une nouvelle épiphanie ; qui s'élève entre les rêves et les étoiles ; au-dessus des figures émerveillées

Quelque chose, à chaque fois, de la naissance du monde

 

Aspirations universelles

Chaque homme – chaque être vivant – aspire à être en lien avec les Autres – avec ce qui l'environne et à vivre en paix – dans une forme (minimale) de tranquillité. Ces désirs s'inscrivent avec force dans nos profondeurs et nos existences ; peut-être le besoin d'être relié tient-il à la nature même du corps – cette matière inséparable du reste – des Autres et de l'environnement – et que l'esprit humain sépare artificiellement parce que la peau semble être une frontière et que le corps semble être une entité autonome.

Et peut-être que le désir (profond et impérieux) de tranquillité n'est-il que le reflet de la nature de l'esprit (ou de la conscience) qui baigne dans cette paix – cette quiétude – cette sérénité ; comme posé en lui-même et affranchi de l'écume – de cette (inévitable) agitation qui anime la surface du monde – des êtres et des choses...

 

Journal poétique (extrait)

A travers la roue qui tourne ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les pierres et les étoiles

Le désir puis, le silence ; l'inquiétude puis, la joie ; les temps fougueux puis, les jours tranquilles

Et, un soir, entre ces îles étranges ; tous les seuils atteints (comme par miracle)

Parvenu (peut-être) à la lisière du visible – aux confins du plus grossier ; de l'autre côté du monde ; de l'esprit

Cette part de soi que l'on a (semble-t-il) rejoint ; comme rassemblé (à présent)

Sans ignorer (bien sûr) que lorsque le cycle s'achèvera, nous referons le chemin – à l'envers ; en repassant par cet âge initial qui succéda aux premiers temps de l'origine

 

La tranquillité et la joie sont des états naturels

La tranquillité et la joie sont les états naturels de l'être. L'esprit suffisamment vide de désirs, d'exigences et d'individualité est naturellement tranquille et joyeux. Dans « cet état naturel », l'être que nous sommes, l'être qui nous habite (l'être qui nous porte et que nous portons) se laisse moins piéger par les apparences et les illusions du monde, il sait que tout est changeant et provisoire, que tout passe « comme un rêve », aussi se montre-t-il plus enclin à rire et à jouer (d'une manière innocente(1)), à goûter et à expérimenter tous les états de la conscience et de la matière(2), tous les états de la vie et du vivant – des plus plaisants aux plus effroyables...

(1) de manière non instrumentalisante

(2) et l'on pourrait même dire tous les états de l'énergie...

 

Notes de la forêt

Le cœur tiraillé entre l'arbre et l'enfance de l'homme. A saute-mouton par-dessus les obstacles et les interdits pour retrouver le centre du cercle ; là où l'être est en joie malgré les malheurs – les tristesses – les chagrins ; là où tout peut se pardonner ; là où tout peut être consolé ; là où les possibles se choisissent – se dessinent – nous emmènent – nous emportent. A la force du cœur...

 

Journal poétique (extrait)

Tous les chagrins d'autrefois dilués dans la joie d'aujourd'hui

Les yeux – à présent – dessillés par le rire et le jeu ; la légèreté de l'air

Comme la somme de toutes les enfances ; auxquelles on aurait soustrait le hasard et les malheurs

Personne ; juste un peu de vent et de lumière

 

Journal poétique (extrait)

L'enfance sans distinction

Bleue et silencieuse

Vénérant les arbres et le monde ; et les fleurs ; et les bêtes

Chantant – dansant – au milieu des décombres et des voix

Rapprochant les cœurs ; éloignant les cris

Jouant le jeu de la bêtise et de l'aube – indifféremment

Profonde ; au cœur de l'essence ; sans rien exclure de l'écume pourtant

Comme un vent ; comme un feu – fugace – fugitif ; le temps d'un (bref) passage

 

Inconfort et solidarité

Durant l'été – par les jours de fortes chaleurs – il nous arrive de rester dans l'atmosphère étouffante de la roulotte ou, lors de nos randonnées, de continuer à marcher sur des chemins écrasés de soleil(1) (parfois, jusqu'à la limite du supportable) à seule fin d'être en communion – d'être solidaire – avec ceux (avec tous ceux) qui ne peuvent échapper à la fournaise – qui ne peuvent s'abriter sous les arbres – trouver un refuge à l'ombre d'un mur ou recourir à quelque moyen artificiel pour atténuer (un peu) leur inconfort ; arbres, herbes, plantes, insectes, vaches, chèvres, brebis, ânes et chevaux(2)(3) condamnés à supporter, sans broncher, la rudesse du climat estival.

(1) sans nous protéger – sans utiliser le ventilateur

(2) sans compter les mouches et les taons qui harcèlent, durant les mois les plus chauds, tous les mammifères qui vivent à l'extérieur. Pourrait-on, ne serait-ce qu'un instant, se mettre à la place de ceux qui sont condamnés à vivre sous les bourdonnements et les attaques incessantes de ces insectes, sans pouvoir ni s'en défendre ni s'en prémunir ?

(3) sans oublier les animaux des élevages hors-sol enfermés dans des bâtiments et condamnés à (sur)vivre en été dans une atmosphère étouffante et surchauffée...

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'ombre éparse ; se regardant

Se détachant de tout triomphe

La lucidité vive et modeste

Le monde ; à travers l'éternité – transparent

Presque rien – en somme

Quelques soubresauts dans les bras du vide

Une manière de s'approfondir ; d'apprendre à s'effacer

 

Journal poétique (extrait)

Dans l’œil familier de ces bêtes – ces sœurs à cornes – le sauvage (en partie) apprivoisé ; et (très) largement emprisonné

Et cette force tranquille face à la poigne (barbare et intraitable) des hommes ; et cette joie placide ; et cette douce mélancolie – dans lesquelles nous puisons le courage – et l'ardeur – nécessaires pour résister à la mainmise de ceux qui pensent gouverner ce monde ; et qui ont la sottise de croire qu'il leur appartient

 

Journal poétique (extrait)

Des larmes ? Pour quoi – pour qui – donc cette tristesse ?

Ce qu'il (nous) faut expérimenter ; sûrement – un bref passage

La lumière ; absente puis, réconfortante

Et ce qu'elle éclaire ; comme une évidence, à présent, au milieu des croyances – au milieu des malheurs – au milieu des chimères

Et la lampe ; et le mot ; illusions aussi ; cousus dans la même trame mensongère

 

14h15 – 14h30 un fruit pour le désert

Souvent une orange, parfois un kiwi ou une pomme. On saisit le fruit dans le filet* fixé au plafond. On l'épluche, le coupe en quartiers et on le mange lentement – morceau après morceau – bouchée après bouchée – savourant avec délectation la chair juteuse qui se répand dans la bouche. Moment d'intimité gustative (si l'on peut dire)...

* filet, très couramment, utilisé sur les bateaux et par quelques nomades – ce mode de stockage évite aux fruits de s'entrechoquer ou d'être écrasés lorsque l'on est sur la route...

 

14h30 – 14h45 de ce qu'il advient des nutriments non assimilés

 

Un peu d'hygiène

On défèque dans un seau muni d'un sac poubelle. Et l'on recouvre ses déjections, comme certains animaux enterrent leurs crottes, avec un peu de sciure.

 

Un seau et des copeaux de bois

Assis sur « notre trône » face aux arbres – au milieu de la forêt – porte ouverte ou posé sur une pierre devant la roulotte ; l'une des plus belles manières, sans doute, de vivre cette (incontournable) part organique de l'homme – dans un lieu sauvage qui offre un panorama souvent inspirant et, il faut bien l'avouer, un plaisir peu banal que ne procurent jamais les lieux d'aisance habituels (souvent étroits et fermés).

A la selle face au ciel ; l'espace ouvert où se mêlent les matières et les fragrances ; faire ses besoins devient, sans conteste, un (vrai) moment de contemplation...

 

Notes de la forêt

Collines au loin – à perte de vue ; du vert – des arbres. Ligne de crête – ligne de démarcation entre la terre et le ciel – la frontière des apparences alors que tout se mêle – s'interpénètre – se confond – naturellement – dans l'invisible – dans cette sphère du réel si méconnue – si peu fréquentée.

 

Journal poétique (extrait)

Au seuil des fleurs et des choses écloses ; dans cette période qui succède à cette sorte de chaos du corps

Avec un parfum (encore plus prononcé) d'automne et d'absence

Et, en filigrane, les bruits du désert et de la nuit

Et – partout – l'odeur des bêtes qui rôdent

Dans l'éloge (plus qu'évident) de l'anonymat et de la figuration

Le front (encore) dans l'ombre

Et la lumière qui éclaire par-delà la chair et la mort ; offrant le seul chemin parmi tous les possibles

 

Journal poétique (extrait)

Changé(s) en pierre ; chaînes aux pieds

L'âme et la bouche enferrées dans l'épaisseur

Le cœur et la tête scellés dans la fiente

Ce qui a perdu (depuis très longtemps) son caractère d'étrangeté

Parmi nous – pourtant – (bien) plus que des traces de ciel

 

Un peu d'hygiène (suite)

Et que fait-on (que fait le nomade) une fois son sac rempli d'excréments(1) ? Rien de plus simple ! Si on a la chance d'être dans la forêt – en un lieu suffisamment isolé – on creuse, à l'aide d'une petite pelle (pliable), un trou suffisamment profond, on y verse le contenu du sac(2), puis on rebouche le trou avec de la terre que l'on prend soin de tasser et de recouvrir avec quelques feuilles, quelques pierres et quelques brindilles. Ainsi on ne laisse aucune trace visible et, comme le font tous les animaux sauvages (et moins sauvages), on nourrit la terre. Et si on a le malheur de se trouver dans un village (ou dans une ville), on dépose alors sa litière(3) dans une benne à ordures comme le font tous les citadins qui vivent avec un chat.

(1) Le sac se remplit en quelques jours (une petite semaine, si on va à la selle quotidiennement) et est stocké, après chaque utilisation, dans un bidon étancheutilisé lors des randonnées en canoë et en kayak – ce qui évite les effluves déplaisants...

(2) ou, si on utilise un sac biodégradable, on y dépose le paquet ficelé

(3) litière que l'on aura pris soin préalablement d'envelopper dans un autre sac poubelle pour éviter d'éventuelles fuites et d'incommoder les éboueurs par des odeurs (trop) désagréables

 

Journal poétique (extrait)

Comme une tristesse ; un reste de monde ; déposé(e) sur le bord de la route

Quelque chose (à la fois) de la crête et du dedans

Un bout d'abîme et un vieux résidu de nudité ; l'un en face de l'autre

Et nous ; submergé par ce tête à tête ; par le flux et les relents ; par l'embrasement (soudain) de ce qui se cherche et s'affronte

En haut du passage – peut-être ; en haut du passage – sûrement

 

8 août 2023

Carnet n°294 Au jour le jour

Juin 2023

A se mouvoir dans le songe ; jusqu'à en perdre la raison...

D'un désert à l'autre ; au fond de la même chambre ; de l'étroit interstice...

Rien ; sinon l'azur et la terre ; et le temps qui semble passer...

Des images ; comme le prolongement (indéfini) du même séjour...

Dans la (fausse) tranquillité du rêve...

 

 

Si malhabile face aux métamorphoses ; le défilé des saisons ; l'effacement du ciel ; l'irrésolution du mystère ; l'incessante recomposition des mondes ; et l'interminable voyage des âmes...

Tout ce que l'on est – cherche ou fuit ; en somme...

Qu'importe notre existence ; ainsi vivrons-nous (continuerons-nous de vivre) tant que le silence – la tendresse et le discernement n'auront pas remplacé l'agitation – la volonté et l'aveuglement...

 

*

 

A marche contournante...

Le chemin comme emprunté de travers...

Ainsi le vent de face...

Des histoires d'herbe et d'ardeur...

Quelque chose d'assez grossier (évidemment)...

Et l'esprit si facilement berné par cette idée de trace et de territoire...

 

 

A cette heure ; trop peu raisonnable(s)...

Comme à cheval sur un rayon de lumière...

Fuyant le noir ; allant à travers les étoiles ; quelque part ; en un lien (authentiquement) avéré au cœur duquel rien ne peut se corrompre au contact de l'obscurité...

En soi ; cela est peu dire ; au centre de cet espace que l'on porte – aussi mystérieusement que nous nous obstinons à vouloir résoudre le mystère...

 

 

Au cœur de l'imprévu...

L'inavouable secret porté par les circonstances (chacune des circonstances)...

Livrant le chant et la lumière...

Le cœur rouge – en feu ; comme éclaboussé...

De toute évidence ; du côté du ciel et du chaos...

La patte attachée à un fil – pourtant...

 

 

Le front accolé au sol et au temps...

Nous réchauffant au soleil de l'exil...

Ermite (à part entière) désormais ; nomade du fond des bois...

L'âme proche des arbres et des bêtes...

Mille visages au gré des chemins...

Et la vie éternelle – fraternelle ; au-dedans...

N'ayant plus rien à partager avec les hommes...

Célébrant la joie et le silence auprès des siens (sans même le besoin d'en témoigner)...

 

*

 

En ces temps sensibles ; l'ouverture devant soi...

Et l'environnement attentif à nos gestes (à tous nos gestes)...

Nous hâtant – tâtonnant – autour de la béance tant cherchée...

Allant ; et dérivant ; jusqu'aux cendres humides...

L’œil cheminant avec le reste ; avec l'ensemble...

Et nous ; comme une particule dans le chaos ; dans l'immensité dansante (et déchaînée)...

Brinquebalé(e) – entraîné(e) ; la moindre brindille – le moindre tourbillon – le moindre scintillement...

 

 

Avant soi – le silence ; et après aussi (sûrement)...

Sous ce ciel parfait ; la terre (très) laborieusement engendrée...

La pierre s'essayant – apprenant à devenir la chair ; et la chair s'essayant ; vers un autrement ; moins fragile – moins funeste – moins tragique ; vers le synthétique – sans doute...

Le cerveau servile – et maintes fois utilisé (jusqu'à l'usure – jusqu'à la débilité) ; puis abandonné pour de plus ambitieux projets...

Le monde rétif – résistant – et tout de guingois ; à la traîne de ce qui se trame – de ce qui se concocte – souterrainement...

 

 

Entrecroisés ; l’abîme et la chair...

La matière-étendue...

Oubliés à force d'histoires

Et des ponts à redécouvrir ; et à restaurer ; pour que le cri rencontre la soif ; et que la soif rencontre la source...

Sur l'arche habitable ; sous la voûte recourbée...

Avec patience ; jusqu'à la transformation de tous les hurlements...

 

 

Au gré des couronnes ; et des coins découverts ; et des coins détestés...

Ce que l'on rencontre ; de la glaise qui baille et qui gueule...

Un monde de fables et de surgissements...

Au milieu de la chair affamée de chair ; digérant la chair ; ne cessant de se transformer en mille choses surprenantes...

 

*

 

Autour du même cercle bleu ; de (minuscules) carrés amovibles et clôturés...

La fumée des hommes ; (très) précisément mesurée...

Leur territoire ; comme un monde pétrifié ; dont on hérite ; et que l'on s'évertue à agrandir...

Le seul jeu (l'un des seuls jeux) qu'ils connaissent...

Des murs et des temples que l'on édifie ; et qui, jamais, ne feront apparaître la lumière ; juste l'image d'un Dieu servile et emprisonné ; pâle (bien pâle) reflet du mystère qui plaît aux âmes grossières...

Moins que l'herbe et la pierre qui s'abandonnent à la pluie ; moins que la terre naturelle sur laquelle nous vivons avec les bêtes...

 

 

La main en grâce ; et l'âme qui ne croit plus guère...

A genoux ; au-dessus du vide...

Sans la moindre renommée ; de plus en plus anonyme ; et invisible...

Célébrant la danse – les étoiles – la nuit ; d'une égale manière à la lumière...

Sans désir particulier ; pas même celui de changer la moindre chose en ce monde (si parfait)...

Simplement présent...

Dans le silence ; le cœur à son comble...

 

 

A (grands) coups de malheurs ; le désespoir des cœurs...

La vérité sous le nez ; pourtant ; sans en avoir l'air (bien sûr)...

Pour que l'âme apprenne à voir ; cet indispensable apprentissage du regard qui doit, en (tout) premier lieu, s'exercer à soustraire...

 

*

 

De tous les miroirs et de toutes les filiations ; nos reflets et les yeux regardés...

Déjà au-dedans des autres mondes...

Sur cette voie qui échappe au temps...

De mort en mort (de plus en plus somptueuses)...

Devinant ce que nous serons à terme ; et après aussi (bien sûr)...

Et sachant cela ; vivant de la plus intuitive des manières...

 

 

Entre nous ; trop d'étoiles ; le devenir et le néant...

Des mondes et des cieux ; là où l'on se trouve...

Encore séparés (trop séparés) ; évidemment...

Ce qui nous échoit ; la même chose qu'au-dehors (exactement)...

Le cœur qui se frotte à la pierre et à la peau des Dieux ; avec malice – avec désespérance et sagacité…

Sans (jamais) rien exclure des oracles ; ainsi se dessine – se construit – le sort de ceux qui s'imaginent pénitents...

 

 

Ce qui nous hante ; trop obstinément...

Sous la férule du genre ; de la famille ; de la communauté...

Condamné(s) à l'infâme tyrannie du personnel ; dont chacun (bien sûr) se réclame...

Et le reste ; comme oublié – relégué aux plus inaccessibles profondeurs...

A jongler avec les rêves et les territoires...

Oubliant (de manière si tragique) que rien – ni le monde – ni l'espace – ni les visages – ni les choses – ne peut être détenu et clôturé...

Et si étrange ; et si risible ; de nous voir essayer (nous autres pauvres créatures) de nous approprier des parcelles de vent ; quelques riens dont on se croit possesseur...

Sous le règne (millénaire – et encore inchangé) de la séparation ; entre loi – croyance et chimère – le monde (toujours) en construction...

 

*

 

En silence ; recueilli ; les mains encielées (et sortant des ténèbres – pourtant)...

L'âme à terre ; lumineuse malgré les cendres – malgré la grisaille du monde...

Comme couronné ; sans le moindre quidam alentour ; ni la moindre trace à suivre...

 

 

La folle équipée ; face au vide ; face à la lourdeur...

Confondant le nom et la chose...

Sur la terre-pensée ; dans l'antichambre de la mort ; dans le sas qui sépare des enfers...

Le destin ; quoi qu'il (nous) en coûte ; et d'une façon ou d'une autre – le chemin qu'il faut suivre...

La pierre et l'abîme ; et la peur – contre soi...

De nuit et d'absence ; le corridor méticuleusement arpenté...

Ici ou là ; qu'importe ; comme si l'on était à peine vivant (presque déjà mort)...

 

 

Piégé(s) par la nuit...

Cette (si brève) conservation de la matière...

Sous la lumière ; sans l'essentiel...

Des choses et d'autres ; et des visages à profusion...

Une multitude d'objets – de gestes et de jours – (assez) inutiles...

La laideur – l'indigence et le saisissement – à portée de rêve ; à portée de main...

Ce que nous partageons tous (sans pouvoir nous en défaire)...

 

 

En secret ; la vie – la perte...

Ce que l'on désire ; ce qui nous attriste ; et ce que l'on pleure...

Le sang sous la neige...

Et cette douleur (terrible) de ne rien savoir ; et celle (tout aussi terrible) de s'imaginer savoir...

Toujours à côté ; toujours séparé ; jamais juste ; toujours en peine...

En vie sans (réellement) être vivant ; et ainsi tant que durera l'ivresse – la cécité – le refus de s'engager ; le cœur (parfaitement) piégé dans la nasse cherchant, dans son délire, une rive trop lointaine alors que tout est là – déjà ; à notre portée...

 

*

 

Plongée dans le naturel ; en soi – alentour ; le même environnement...

(En partie) affranchi de l'homme et des artifices humains ; par-dessus le néant et la séparation – en quelque sorte ; avec des résidus (assez substantiels) de l'esprit étroit qui se favorise...

Continuant à être ; à distiller le bleu qui, parfois, abonde ; et, d'autres fois, ce qu'il reste (de manière assez absurde)...

L’œil en son royaume ; sans la moindre attente ; sans la moindre priorité...

 

 

Le visage de l'ombre ; des temps sombres ; des heures qui précédèrent l'avènement – la délivrance...

Celui d'avant la joie ; celui d'avant la couleur...

La gorge encore prise d'un haut-le-cœur en se souvenant de cette (terrible) emprise...

 

 

La nuit allant ; comme les peurs...

Et s'avançant aussi vers nous...

A travers le nombre – la haine ; cet inévitable basculement dans la barbarie...

Avec le même visage ; le Dieu de la douleur et du silence...

Oblitérant la joie pour l'essentiel des mortels...

 

 

A attendre ; les mains ouvertes...

Sans rien désirer ; sans rien saisir ; sans rien écarter...

Si proche(s) de l'Absolu et de la mort ; de nous-même(s) ; de tous nos semblables...

Le legs déchiré ; avec tout un chemin à réinventer ; et la tête – et la chair – à apprivoiser – à aimer – à célébrer – avec toutes leurs salissures et toutes leurs corruptions...

Dans l'impossibilité de vivre autrement ; autre chose ; condamné(s) à obéir aux circonstances ; à la confluence des nécessités ; à expérimenter ce qui nous échoit sans jamais rien décider...

 

*

 

Au milieu des éboulis ; la même lumière pointée par le doigt...

Moins longue – peut-être – la route...

Comme un retour vers le haut...

Vers l'élargissement vertical du monde...

Par la voie la plus escarpée...

L'âme (toute) frémissante...

 

 

Le verbe ; tantôt reclus dans ses tranchées ; tantôt perché sur son promontoire...

A entendre le vent ; et à le sentir devenir nôtre ; indissociablement...

Sans incident ; alors que s'opère l'effacement...

Encore assis sur cette grosse pierre ; le cœur moins morose (moins gris) qu'autrefois ; léger (bien plus léger)...

La pâte humaine – dans son gouffre – prise dans les filets de la lumière...

 

 

Le sommeil comme ensemencé...

Et l'invisible ; et l'horizon ; des perspectives oubliées...

Juste quelques pas avant de mourir...

Le cœur insensible...

Alors que d'autres (plus rares) tâtonnent ; avancent – reculent – s'égarent – emportés par le tournis de l'âme qui explore...

L'homme tentant de se dépêtrer ; obéissant aux nécessités du voyage...

Essayant d'échapper aux légendes millénaires dans lesquelles s'inscrivent toutes (à peu près toutes) les histoires humaines...

 

 

Au pays de Dieu ; la faim ; des loups...

Quelque chose (indéniablement) de la terre...

Au cœur de la magie de la chair ; et de ses misères aussi...

Des larmes – du sang – des chemins et des prières...

L’œuvre de mains savantes...

Et tous les rêves – sur la croix – qui s'épanouissent...

Toutes les créatures (à peu près toutes les créatures) de ce monde – épigones (qui s'ignorent) de l'origine ; héritières (involontaires) de tous leurs devanciers...

Entre murmure – chagrin – espoir et frémissement...

 

*

 

Le cœur sans séquelle ; en dépit des épreuves...

Plus libre qu'autrefois ; et sachant mieux accueillir ce que déteste la tête ; et sachant, à présent, mêler les pas et les paroles aux prières et aux étoiles...

Le verbe bleu ; comme des bouts de ciel ensemencés ; (très) discrètement souriant...

Moins de mots ; et moins du nom ; davantage du chant anonyme...

Ce qu'offrent les lèvres ; ce que la source déverse...

La mort livrée à l'immortel...

Ce qui se dit offert à l'indicible...

Moins (beaucoup moins) sérieusement humain...

Avec cette tendresse qui affleure...

Une plus juste manière de vivre – sans doute ; d'être vivant...

Quelque chose de l'arbre et de la pierre – de la rosée et du vent...

Pas exactement le même homme ; la gravité moins sévère ; réjouie – ravie – joyeuse...

 

 

L'aventure depuis si longtemps commencée...

Oscillant entre la poussière et l'Absolu...

Et, aujourd'hui, le cœur et l'absence de nom pour seules ambitions...

A regarder – impassible – les alliances se nouer et se défaire ; le déferlement de l'affection et de la haine...

Avec (toujours) cette tendresse (presque surnaturelle) au cœur de la violence déployée ; rayonnante – secrète – souveraine...

Et le scintillement (si perceptible) de la vérité – à travers toutes les illusions ; Dieu – comme une évidence – à travers toutes les circonstances...

Le voyage de plus en plus immobile ; à mesure que nous comprenons ; à mesure que l'âme reconnaît les lieux...

Et la chair ; et l'esprit – libres d'aller sur leur chemin ; alors que les bras s'offrent au monde – à ce qui passe ; et que le silence souligne – confirme – son approbation...

 

 

Le chant si humble face à ce sommeil si lourd – si imposant...

De l’innocence (un peu d'innocence) au milieu du tumulte et de la mort...

L'une des rares choses – peut-être – dont nous sommes capables...

 

*

 

La main – en soi – présente autant que la mort...

Durant le (peu de) temps qui passe...

De nouveau ; emmêlé avec le reste...

Jusqu'au plus grand nombre...

Très progressivement...

Comme une respiration ; un cœur qui bat...

 

 

Sans oublier le monde ; ces restes de soi...

Dérivant (très souvent) hors des cercles proposés...

Porté par les vents ; toutes voiles dehors...

Traversant l'obscurité et la lumière pour rejoindre l'après ; tous les au-delà possibles – successivement...

Par-delà la mort ; transformant (peu à peu) la sauvagerie et l'aveuglement...

Ce qu'offre – en vérité – tout voyage...

 

 

Si mortel(s) ; comme des ombres qui cheminent l'espace d'un instant...

Sur des pierres (presque) éternelles ; sous un ciel hérissé d'intentions...

Si loin (encore) de la nudité attentive...

Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage...

Du cœur noir à la transparence...

Sans rêve ; sans alliance...

Dans la compagnie de l'Amour ; que l'on découvre peu à peu...

 

 

Au seuil des fleurs et des choses écloses ; dans cette période qui succède à cette sorte de chaos du corps...

Avec un parfum (encore plus prononcé) d'automne et d'absence...

Et, en filigrane, les bruits du désert et de la nuit...

Et – partout – l'odeur des bêtes qui rôdent...

Dans l'éloge (plus qu'évident) de l'anonymat et de la figuration...

Le front (encore) dans l'ombre...

Et la lumière qui éclaire par-delà la chair et la mort ; offrant le seul chemin parmi tous les possibles ; toujours le plus juste ; le plus précieux ; exactement ce dont nous avons besoin...

 

*

 

Ici ; au milieu de la lumière ; dont notre visage est le parfait reflet...

Étranger au monde ; de plus en plus...

Vers le haut et vers le bas ; simultanément...

Laissant le désir hors du cercle...

Comme effacé par l'immensité...

Au-delà de la mémoire et du temps ; au centre de l'espace...

Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons...

 

 

En ce pays de chair...

L'âme sans audace ; façonnée par la (longue) liste des ambitions communes...

Et la peur du scandale ; et la crainte de l'exil...

Ce qui affleure ; (très) timidement ; (presque) sans poids face à ce qui enfonce...

De la terre et du rêve ; et mille autres charges – sur les ailes (encore) repliées...

Gisant ; parmi tous les yeux fermés – sous ce ciel (apparemment) impassible...

 

 

Tout au long du mélange ; le chaos et la perte ; comme un voyage au terme duquel s'offre un orage de baisers...

Le territoire (substantiellement) agrandi ; proche de la plus large envergure...

Dans la compagnie d'un Dieu surprenant ; ce qui prolonge la route et le défilé du temps...

 

 

Dans l'ombre éparse ; se regardant...

Se détachant de tout triomphe...

La lucidité vive et modeste...

Le monde ; à travers l'éternité – transparent...

Presque rien – en somme...

Quelques soubresauts dans les bras du vide...

Une manière de s'approfondir ; d'apprendre à s'effacer...

 

*

 

Le cœur – trop souvent – annexé par le drame...

De lieu en lieu ; (presque) à chaque circonstance...

L'âme terrestre ; comme embrigadée par la chair et l'épaisseur...

La parole douloureuse ; comme exercice (simple exercice) de confession...

Et dans l'expectative (angoissée) de la sentence...

Sur nous ; à la fin des jours – à la fin des temps – sur le point de nous écraser ; un tombereau de jugements – d'interdits – de damnations...

Encore trop humain – sans doute...

 

 

Le cœur ; dans le balancement (erratique) du fil sur lequel le destin se tient en équilibre...

Des choses – des seuils ; du temps passé...

Comme de la neige accumulée ; et autant de visages croisés...

Condamné(s) à l'inepte (et récurrente) traversée des saisons...

A jouir par inadvertance ou par excès de volonté...

Les poches pleines de pierres ; et dans la tête – des prières entassées...

Des vies ; comme des ombres contraintes aux alliances pour faire face à la fatalité...

Le cœur trempé dans le sommeil ; et le crâne cogné à coups de marteau...

Ainsi la cadence que l'on s'impose...

Face au monde – de plus en plus dépossédé...

Jusqu'au terme de cette fatigue de vivant ; à chaque virage ; à chaque instant – à deux doigts de défaillir...

 

*

 

Au-dessus de la chute ; et du gisement...

Comme l'arbre et la lumière...

Comme le chant du moine et de l'oiseau...

Le cœur ciblé ; le cœur recommencé...

Moins vaniteux (bien moins vaniteux) que ceux qui paradent sur la rocaille ; que toutes ces âmes illettrées qui ne savent pas reconnaître une seule lettre de l'alphabet invisible...

 

 

Un peu de lune sur la langue...

Le miracle au-dessus du bavardage...

Au-delà de la bouche et du mot ; au-delà même des lèvres talentueuses ; des lèvres amoureuses...

Comme un tourbillon de liberté ; un imprévu dans le trop habituel humain...

Un saut du temps ; une faille ; une (véritable) surprise...

Et l'âme – bien sûr – qui se fait hospitalière ; contrairement au monde – à l'Autre – déjà recouverts d'un épais sommeil – d'une indifférence à toute épreuve...

 

 

Dans l'ombre du seul ; ce qui se vit ; ce qui s'écrit ; parfois absurde – parfois vertigineux ; toujours nécessaire...

Mais las du monde depuis trop longtemps ; dans l'expectation (si impatiente) de l'aube et du vide triomphant...

Puis, un jour, comme pénétré – de l'intérieur – par cette lumière inconnue...

Le regard éclairé ; et la chair réchauffée ; comme un surcroît de tendresse et de lucidité ; un (large) pan de ciel qui s'est offert...

 

 

L’œuvre de la faim sur ce qui peuple l'étendue ; la moindre rive...

Qu'importe l'or – l'encens – la prière...

Des courants de larmes et de sang...

Tantôt vers l'un – tantôt vers l'autre ; acteur et témoin ; bref passant...

Et ne pouvant s'en empêcher...

Attristant l'âme et meurtrissant la chair...

En ce monde si peu affamé d'ineffable...

 

 

En ces heures nocturnes ; accompagnatrices d'un autre sort ; révélant un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui...

Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à travers un chemin entièrement inventé...

Ce qui se glisse par la fenêtre – au fond des yeux – au fond de l'âme...

Sous le régime du cœur ; la parole (seulement) nécessaire...

A charge pour l'esprit de se défaire du faix ; et d'offrir le vide et la joie que l'on réclame...

 

*

 

Introuvable ; l'oasis des aveugles...

La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que les yeux puiseront dans la terre ; aussi longtemps que l'or sera la seule richesse du monde...

De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur...

(Presque sans regret) ; dans l'inconscience de son infirmité...

 

 

La bouche tordue par l'âpreté – la haine – le mensonge...

D'une douleur à l'autre ; sans étonnement...

Le corps à peine vivant ; l'esprit absorbé ; l'âme se dégradant – s'étiolant peu à peu...

Accompagnant (seulement) le nom – le legs – la filiation...

Comme couché(s) au cœur de la plaie ; sous le règne du mythe et du manque ; au fond du gouffre surpeuplé...

 

 

La chair et l'âme du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme...

Le cœur caché du secret ; et l'horreur perceptible – comme une drogue...

L'Amour si loin de ces éclats rouges ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)...

Dérisoires ; nos pages – le jour – toutes les promesses de la lumière ; face à cette souillure – face à cette dévastation...

 

 

Changés en pierre ; chaînes aux pieds...

L'âme et la bouche enferrées dans l'épaisseur...

Le cœur et la tête scellées dans la fiente...

Ce qui a perdu (depuis très longtemps) son caractère d'étrangeté...

Parmi nous – pourtant – (bien) plus que des traces de ciel...

 

 

A la table de la bonne fortune ; discrète – invisible – anonyme...

Sur l'âme brûlante de déraison ; la démesure qui a remplacé le chagrin...

Comme allongé sur soi...

Dieu dans le chant ; à travers notre voix...

Et le bleu ; à travers le festin d'aujourd'hui et toutes les famines d'autrefois...

Le pays d'où nous venons ; le pays où nous vivons ; le pays où nous allons ; comme un hymne (un hymne éternel) à l'immobilité...

 

 

Comme une tristesse ; un reste de monde ; déposé(e) sur le bord de la route...

Quelque chose (à la fois) de la crête et du dedans...

Un bout d'abîme et un vieux résidu de nudité ; l'un en face de l'autre...

Et nous ; submergé par ce tête à tête ; par le flux et les relents ; par l'embrasement (soudain) de ce qui se cherche et s'affronte...

En haut du passage – peut-être ; en haut du passage – sûrement...

 

*

 

Au grand dam des hommes...

L'altitude de l'âme ; et l'impossibilité de s'y hisser...

Sur cette terre décadente – (strictement) continentale ; qui ne connaît le grand large qu'à travers les mythes et le récit des sages ; autant qu'à travers l'écume et les embruns charriés par les vents ; amenés avec les relents de chair putréfiée qui émanent des charniers (de tous les charniers) qui longent les rives où s'entassent les morts et les vivants...

Des joies (de petites joies) – des larmes (très souvent) – des vies (banales) ; si dérisoires – (infiniment) passagères...

 

 

Comme un tambour ; le cœur – la vie – le rythme...

Des vibrations sur le fil ; les barreaux de l'échelle...

Le temps à rebours ; le monde couché – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et ses règles du jeu que nul ne comprend (vraiment)...

 

 

Au pays du monde ; des arbres haut comme des collines...

Et nos espiègleries (enfantines) ; et nos (interminables) parties de cache-cache avec ceux qui se tiennent debout ; dans le bruit et la prétention [et qui nous prennent pour leur congénère]...

Et notre souci de vivre comme les bêtes ; aussi loin des hommes que possible...

Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages...

Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale...

 

 

Dans l’œil familier de ces bêtes – ces sœurs à cornes – le sauvage (en partie) apprivoisé ; et (très) largement emprisonné...

Et cette force tranquille face à la poigne (barbare et intraitable) des hommes ; et cette joie placide; et cette douce mélancolie – dans lesquelles nous puisons le courage – et l'ardeur – nécessaires pour résister à la mainmise de ceux qui pensent gouverner ce monde ; et qui ont la sottise de croire qu'il leur appartient...

 

*

 

A demi vivant ; assiégé(s) par le labeur et les images ; écrasé(s) par toutes les autorités (établies)...

A chanter encore ; sur ces pierres vouées à la nuit...

A prier encore ; sous ce ciel qui nous livre au sang ; à la faim et au sang...

Combien faudra-t-il donc d'histoires – et d'existences – pour déconstruire notre idée de l'identité et de l'appartenance ; pour apprendre (réellement) à briser sa gangue...

A réclamer encore de l'or – et le soutien du monde ; comme si cela pouvait nous aider à nous affranchir – à nous désincarcérer...

Vivre le moins inconfortablement la geôle et l'emprise ; voilà à quoi nous en sommes réduit(s) (pour l'essentiel)...

 

 

Dans les bras de l'hiver ; ce qui est délaissé – inentendu – balayé...

Le jour ; à la pointe de la veille...

Et le courage du solitaire...

Le cœur à la renverse ; dénudé sans indulgence – sans la moindre pitié...

Les lèvres joyeuses – pourtant – porteuses de la parole que le ciel a initiée...

De la couleur de la pierre ; et destinée à fendre l'épaisseur...

Homme aux pieds libres – sans âge – rompu à toutes les pertes ; œuvrant, à présent, sans sacrifice...

 

 

Plus vieux que le sang et l'indifférence...

Qu'importe les hommes et la mort...

Au milieu des simples ; au fond des bois...

Dans cette solitude sans égale ; dans cette joie que l'on partage avec les nôtres – le ciel ; la vie et le merveilleux qui nous entourent...

 

 

Deux rêves ; à contretemps...

L'oubli ; à la place du sablier...

Le chemin qui se devine – qui se profile – qui s'invite...

Un voyage sans trace – sans rumeur – sans personne...

La joie accolée au souffle ; tandis que la douleur se défait...

Moins de nœuds ; à moins farfouiller en soi...

Vers le Nord ; comme en témoigne le climat ; et le cœur plus vif – plus prompt – plus ardent ; à mesure que l'ascension se précise...

 

 

Ce qui sait – en nous ; comme une force inébranlable...

Comme un livre ouvert – pourtant – à travers ce qui vient – ce qui passe ; à travers la moindre circonstance...

Comme des flèches pointant vers le centre – cet espace que chacun recèle ; à disposition de ceux qui ont capitulé ; de ceux qui ont abandonné toutes leurs armes...

 

 

L’œuvre trop vivante du miroir...

S'insinuant partout ; jusque dans les profondeurs les plus lointaines – les plus invraisemblables – les plus insoupçonnées...

Et nous ; comme des îles ; comme des bouées surnageant au milieu des remous et des reflets...

Au cœur des courants et du chatoiement ; comme pris au piège...

Les yeux fatigués ; l'âme découragée ; le cœur (un peu) perdu ; comme enivré – déboussolé par cette hostilité ; et l'abondance des attractions et des scintillements...

Si loin du bleu – des forêts ; et des couleurs franches du mystère...

 

 

La source – les cimes ; sans masque...

Au fond de la plaie ; face à la mort...

Que le monde nous rebute ou nous enchante...

Et la neige ; et les paillettes d'or que l'on jette autour de soi ; et qui recouvrent le sol – l'issue – la moindre possibilité ; ce qui pourrait – pourtant – forcer la fortune ; nous aider à nous hisser jusqu'aux origines...

 

*

 

Moins que soi ; et le reste...

Tantôt surplus ; tantôt soustrait...

Qu'importe le délire et la violence...

L'instabilité de l'esprit et de la pierre ; et les instincts dans leur sac...

A sa rencontre ; (très) secrètement...

 

 

Nourri de chant et du sauvage...

A coups d'invisible...

Au centre du cercle cerné d'or...

Et le sommeil – en ce monde – qui navigue librement...

Le ciel parfois couvert – parfois étoilé ; au-dessus de tous les fronts...

Et cette écume nimbée de parole...

Loin de l’œil ; loin de toute poésie ; alors que nous exultons au fond des bois – au seuil de tous les deuils ; avec la mort ; tout autour – et au-dedans...

 

 

Dénué de soi ; en dépit du sang et de la pierre...

Rien ; ni personne ; ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent diraient certains ; de la matière qui s'anime – en quelque sorte ; de (très) brèves apparitions...

L'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes – pour un instant ; et y replongeant (assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger...

Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu intouchable...

De l'écume ; et le mystère (toujours aussi) insondable...

 

 

Le nez baissé sur le sol et le sang...

A l'envers ; l'étreinte ; et l'âme (assez) sérieusement atteinte...

Sur le trésor dispersé ; un peu de neige et d'argile...

Et dans nos gestes ; et au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités...

Toute l'histoire du monde – en somme...

 

*

 

L'esprit offert ; et ce qu'il porte ; en plus du souffle ; en plus du cœur...

A la fois flèche et théâtre ; avant-scène de l'immensité et champ de bataille (effroyable)...

Associé (quasiment soumis) à une ardeur effrayante ; monstrueuse (si souvent) dans ses conséquences...

La réponse de l'homme ; face au monde et au mystère ; guère plus (bien sûr) qu'un instrument...

 

 

Des larmes ? Pour quoi – pour qui – donc cette tristesse ?

Ce qu'il (nous) faut expérimenter ; sûrement  – un bref passage...

La lumière ; absente puis, réconfortante...

Et ce qu'elle éclaire ; comme une évidence, à présent, au milieu des croyances – au milieu des malheurs – au milieu des chimères...

Et la lampe ; et le mot ; illusions aussi ; cousus dans la même trame mensongère...

 

 

Au cœur du jour ; dans l'âme...

La peau tremblante ; sous la lumière...

Comme hissé au-dessus du monde ; au-dessus de tous les yeux indifférents – de tous les lieux inhospitaliers...

Comme si s'achevait là la traversée du plus âpre...

Comme libéré des corvées les plus communes...

Capable – à présent – de se consacrer à la découverte (rafraîchissante) des autres dimensions du monde...

Ainsi émerge-t-on, peut-être, de l'écume – de l'épreuve (incontournable) de l'écume – pour s'approcher de soi – aller à sa rencontre ; sur la courbe ascendante de l'effacement ; l'oubli en tête...

 

 

A s'étioler dans la (triste) compagnie de ses semblables...

Contraint d'assister aux bavardages et aux agissements les plus stupides – les plus futiles...

Et rien pour apaiser nos cris – et notre rage – séculaires ; hérités de ce séjour incompréhensible sous les étoiles...

Aux prises avec toutes sortes d'hostilités...

Et caché – avec le secret – au fond de soi ; le seul abri que nous continuons d'ignorer – ou de négliger (dans le meilleur des cas)...

Invalides et insatisfaits tant que nous refuserons le face à face avec ce que nous portons ; avec cet infini de lumière et de tendresse...

 

*

 

Déchiré par le haut...

A travers le ciel ; le fond du monde...

Et ces cris (tous ces cris) que reflètent les miroirs...

Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au mystère...

Par-dessus les apparences ; ces sortes de boucles qui suivent (très) fidèlement les reliefs de l'invisible...

Et la découverte stupéfiante de ses contours – de ses centres et de ses confins (apparents) ; inimaginables...

 

 

La nuit ; moins que la parole...

Comme le mutisme des étoiles...

A rebours des saisons ; le chemin...

Et par les interstices ; la somme...

Ce qu'il nous faudra (immanquablement) soustraire...

 

 

En harde solitaire ; nous éloignant pour des rendez-vous amoureux...

Jour et nuit ; sur la rocaille ; le long des rivières ; au milieu des arbres ; derrière les broussailles...

Comme une échappée vers l'enfance au visage tendre ; là où l'esprit se laisse porter par les forces qui le traversent...

L'âme étreinte par l'innocence et la sauvagerie...

 

 

Dénué de rêves...

Le ciel juste au-dessus des yeux...

Sous le ruissellement sacré du jour – l'aube ; l'éclaircissement sans explication

Tout ; comme une évidence ; à travers la clarté...

Des vagues de vent vers le large...

L'esprit libre ; la matière célébrée...

En passe de servir le monde comme l'air et l'eau – la terre et le feu...

Une infime parcelle de l'espace ; dans l'étrange intimité de l'infini...

 

 

Comme un peu de matière ; une sorte de pâte (informe et malléable) entre les mains du ciel...

Et le poids ; et la nuit ; et l'immensité...

Et cette tristesse ; et cet écrasement...

A chaque parole ; à chaque recommencement...

Et ce qui nous façonne ; inlassablement...

 

 

La vie (secrètement) enfoncée dans l'âme ; et (presque toujours) la méconnaissance de l'inverse...

Si près du jour ; si près de la mort...

A hauteur de tête ; à longueur de nuit...

La somnolence ; et le grand sommeil...

Ce qui remplace, peu à peu, le visage de l'homme...

La route (cette longue route) qui zigzague sur l'horizon...

Et ce gris qui alourdit la chair ; et qui attriste le cœur...

A s'interroger (encore) ; sans (jamais) se laisser porter...

 

*

 

La nuit de l'ouest ; libre du monde et des étoiles...

Saupoudrant quelques feuilles de l'automne sur tous les jours – tous les siècles – vécus...

Sans doute – la manière la moins disgracieuse de se prêter aux jeux du monde ; sans s'y frotter intensément...

Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire ; et se déployer ; vers le ciel – sûrement...

Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance...

A écouter (seulement) ce que nous portons ; ce qui nous traverse ; ce que nous traversons...

Légèrement ; sans rien dégrader – sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard...

Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)...

 

 

Au pied de l'indicible ; celui qui n'a de nom ; qui se meut avec l'âme et le monde ; avec la respiration de l'homme et la course des bêtes ; celui qui s'éveille et s'endort avec l'esprit ; sans jamais deviner la nuit qu'il porte ; en dépit de son éternel sourire ;

Ce qu'il nous offre ; ce qu'il nous impose...

 

 

Le souci de l'herbe et de l'arbre arrachés...

Et la réparation que les habitants de la terre réclament...

Roulé contre les bêtes plutôt que contre les rêves ; plutôt que contre les hommes...

Lovés ensemble (tous ensemble) dans un terrier ; au fond d'une large galerie creusée sous la terre...

Au seuil du jour ; la lumière présente – diffuse ; à travers la transparence...

Au seuil d'un plus grand que soi ; se manifestant à l'intérieur...

Avec – partout – la même présence ; la même joie...

 

 

A la source du voir...

Aux confins des forêts...

L'âme et la lumière...

Ce pour quoi nous sommes né(s) – sans doute...

 

 

Là où l'ombre se reflète ; se régénère ; s'étale – s'amplifie – se déploie ; et qui se fracasse contre la plus infime part de solitude...

Aussi proche que possible de soi – du ciel – de toute aventure...

A voix haute – la parole ; et plus haut encore – le silence...

L'ultime précision de l'être ; dans cette marche fluctuante aux faux airs hasardeux...

L'âme et le corps ; comme un attelage asymétrique et bancal ; et dont la route paraît si tortueuse – presque aléatoire...

En tous lieux du ciel – déjà ; pourtant...

Sans le moindre orgueil ; et ici plutôt qu'ailleurs ; ce qui ressemble à nulle part...

Entre d'étroits interstices et de larges bandes ; l'impuissance et la solitude ; ce qu'il nous faut (impérativement) découvrir...

L'enfance prémonitoire ; dans le pressentiment de la fragilité du monde et de l'éphémère de nos vies si peu certaines...

 

*

 

Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse...

L’œil si serré contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité...

En ces temps de hurlements et de cœurs blessés...

Ni fleur – ni pierre – ni arbre – dans leur panthéon édifié à la gloire du monde...

Ni bête – ni homme à la bouche droite ; au cœur plus large que le monde ; au sang si proche de la sève ; et à l’œil qui voit...

Dans la proximité de ce qui n'a de visage ; familier du vide et de l'invisible ; dont le chant célèbre les feuilles et les pétales ; tous ceux dont l'âme est silencieuse...

En plus de la danse – la joie – la beauté ; et la prunelle malicieuse...

 

 

Le songe à perte ; comme condamné(s) à ce trop peu de raison...

Comme prisonnier(s) ; comme séquestré(s) – contraint(s) d'évoluer au milieu des ronces du temps ; entre griffures et frissons – jusqu'au plus noir – jusqu'au plus tragique de ce séjour intranquille...

L'achèvement du vivant ; l'agonie ; et la continuité du malheur...

A travers le souffle ; le défilé inépuisable des saisons ; la douleur – jusqu'au dernier soupir...

De métamorphose en métamorphose ; et disculpé(s) (à la fin) de tous les crimes – de toutes les offenses ; dissimulée(s) au fond du secret peut-être – la culpabilité ; la peur et la culpabilité ; l'origine de la fuite – de la course – de la débâcle...

A travers cette écume si inquiète face aux puissances des profondeurs – face à la monstruosité apparente du monde ; ce qui se joue (si souvent) sur la pierre...

D'île en île ; l'itinéraire – à l'intérieur...

Soumis à l'incessante recomposition des rôles et de la terre ; notre passage – notre partage ; et ce qu'il restera – peut-être...

 

*

 

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage...

La neige par-dessus la terre...

Et ces barques (presque) immobiles au fond desquelles se glisse, de temps à autre, une silhouette ; une ombre que le jour a, peu à peu, façonnée ; et qui ne sera plus qu'un amas d'os et de souvenirs lorsqu'elle quittera ce monde ; lorsqu'elle sera emportée par les eaux – (irrésistiblement) aspirée par les profondeurs...

Et ces rails – tantôt parallèles – tantôt enchevêtrés – qui guident l'ardeur – les rencontres – les sévices – les pillages – les querelles – l'entière tonalité du voyage ; et les récompenses ; et les châtiments qui ponctueront ce bref périple...

Et cet exil (si compréhensible) des poètes – des nomades ; qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des cris et des masques de cire...

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage...

La neige par-dessus la terre...

Et ce qui s'achèvera, un jour ; le mensonge et l'insupportable face à la félicité – face à la lumière – chaque jour, grandissantes...

 

*

 

Le ciel enjolivé ; trop agrémenté d'images...

Comme le fond du jardin – l'autre côté du monde ; auréolé de mystère...

Sous l'arbre encore ; un livre à la main – celui de la terre vivante...

Et le vent sur le visage...

Sans doute – au milieu du voyage...

Familier de la mort et du feu...

Fidèle aux ramures et aux nuages...

Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant et offrant la parole nécessaire ; aussi utile que la lumière et le silence des fleurs...

La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'inconscience et le chaos...

 

 

Adossé à l'ombre, peu à peu, grignotée...

L'azur – en soi ; autant que la lumière...

Au zénith de la poussière...

Les liens défaits ; à nos pieds – les plus grossiers (les plus élémentaires) ; et les plus subtils qui s'affinent – se renforcent – se déploient ; au lieu de l'abîme – au lieu du sommeil...

Sans trêve ; les yeux fermés sur les Autres – le monde – le temps...

Comme attendant (sans impatience) le début du jour...

 

 

Tâtonnant ; la main sur la paroi qui explore ; et découvre ce monde privé de soleil...

La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses du sol ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise...

 

*

 

Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste...

Grandissant ; à travers les épreuves ; à travers tous les adieux...

Si seul – à présent – que le cœur s'enfle – se gonfle – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose...

Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang ; et cette tendresse que pulse le cœur...

Et la pierre inondée ; comme pour laver tant de tueries – de massacres – de cruauté ; des siècles – des millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs...

Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde...

 

 

Aux confins du jour deviné ; du ciel trop parfaitement dessiné ; sphérique ; à la manière d'un papier peint (vaguement céruléen) que l'on aurait collé au plafond...

Avec trop peu de diagonales et de place laissée aux marges...

Avec trop d'angles et de recoins où l'on pourrait cacher ce qui (nous) embarrasse...

Le cœur trop peu ouvert ; pas assez frémissant ; et des gestes plombés qui saccagent ; et des âmes qui s'approprient – et entassent – au lieu d'offrir – au lieu de partager...

Rien que des tâches à accomplir par ceux qui ont (tant bien que mal) conservé un certain sens du devoir ; et un immense espace récréatif dédié à la jouissance et au divertissement pour les Autres (pour tous les Autres)...

Ni joie – ni beauté ; des hurlements et de l’hystérie ; la nuit noire et la chair violentée...

 

 

Et des dunes – et des danses – encore ; à franchir – à expérimenter...

Autant qu'au temps des ancêtres...

Et autant d'âmes préoccupées par la possibilité d'une issue [d'une issue à cette (assez) misérable existence]...

Sans obéissance ; la volonté encore trop vive pour s'abandonner ; et se laisser porter par les circonstances...

A ânonner encore l'alphabet du monde offert (pourtant) avec tant de diligence...

Apprenant à naviguer (cahin-caha) au sein du royaume ; à conserver par devers soi les ruses et les trésors – toutes les richesses et toutes les supercheries...

Privés de cette ardeur – de cette audace – qui permettrait de se libérer des illusions...

Condamnés à la piété (la plus grossière) et à la préhistoire de l'âme ; à peine au début de la bipédie...

 

*

 

Entremêlés ; le jour et la parole ; la terre et le plus sombre ; tout ce qui aspire à la lumière...

La plaie béante et ce qui élabore les calculs – les manœuvres – les stratégies...

Toutes nos aspirations d'ensommeillés (encore) asservis...

La rage de l'homme cherchant le fruit et la (juste) saison ; et charriant (malgré lui) les mille choses qu'il a refusées...

 

 

Ce à quoi nous résistons ; avec nos cris et nos traces...

Vivant (essentiellement) en meute ; et dans l'écume...

Rien face à la nudité ; juste l'immensité du crime ; et le poids de l'ignorance...

Comme si le cœur se nourrissait du sang (et l'esprit, des malheurs) des Autres ; le front boursouflé de colère et d'ambition(s)...

 

 

Au milieu de la brume et des vivants...

Au milieu des cris et des rencontres...

Entre l'espoir et la pluie ; l'histoire du monde ; et la récurrence des saisons...

Baignant (tout entiers) dans l'imaginaire...

S'imaginant libres ; et emmêlant les fils qui animent leur âme et leurs mains...

Se croyant secourables et solidaires ; et édifiant autour d'eux – et jusque dans leurs profondeurs – une longue suite de douves et de remparts...

Comptant sur leur ruse et sur leur(s) force(s) ; et refusant leur faiblesse (pourtant) légendaire...

Incroyablement labiles – comme toutes les choses de ce monde ; sous un ciel qui leur apparaît sans mystère...

 

*

 

Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques échos – quelques éclaboussures ; malgré la chair déchiquetée...

Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne...

Aucune tête sous la couronne...

De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde...

Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile...

A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche...

Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires...

Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade...

Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement...

 

 

Éprouvé par l'ébranlement du monde...

Parmi les choses ; l'éclosion de l'infini...

A marche forcée ; ponctuée de haltes et de meurtrissures...

Le jeu de l'indignité ; (presque toujours) en faveur de l'offense – de l'avanie...

Du côté de la nuit et du bannissement...

Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement...

L’œil ; et le visage – déjà bleuis par le ciel...

 

 

Au pays de la roche ; l'ardeur – la fatigue et la mort...

Et des larmes (un ruissellement de larmes) dans la lie ; jusqu'à la noyade ; asphyxiés par la tristesse au fond des fondrières remplies par nos pleurs...

 

*

 

Bras tendus – bras en croix ; à genoux...

Silencieusement...

Solidement imprégné de misère et de foi...

Le cœur haletant ; peu disposé à digérer sa peine...

Hors du cercle – hors de la danse ; aujourd'hui...

Alors que – partout – la nuit s'affole ; alors que – partout – monte le cri...

L’œil mauvais ; et la figure fiévreuse ; salis par le désespoir accumulé...

Comme de gros blocs de pierre qui obstrueraient la vue et la respiration ; qui embarrasseraient nos âmes (trop) insensibles...

Le Dieu malicieux – dans ses œuvres ; se dissimulant là où l'on pense qu'il ne pourrait se glisser...

Pour de vrai – pourtant ; en dépit de tout ce noir ; en dépit de ces apparences désastreuses...

 

 

A hurler aussi fort que les loups...

Berné (depuis si longtemps) par le monde...

L'attente – au quotidien – d'une chose qui n'adviendra jamais...

Le jour au-dessus de toutes les têtes – de tous les cercles – de toutes les tombes...

La lumière ; et rien du songe ; comme si nous n'avions rien compris au réel – rien saisi de la réalité ; à vivre ainsi avec des cœurs de bête...

 

 

L'index tendu vers l'Autre ; accusateur...

Et l'enfer – en soi – dissimulé ; et que l'on se garde bien d'exposer...

Brandissant le fer et le bâton...

Dans une optique de potentat ; à renverser l'idée même d'utopie ; avant que le moindre monument – avant que le moindre territoire – ne puisse être édifié – ne puisse être circonscrit...

 

 

A mi-chemin ; les chaînes (en partie) brisées...

L'or du monde remisé là où nul ne pourra le trouver – ni en faire un usage dévoyé ou dégradant...

Dans l'oubli de soi – des choses ; entre les deux – peut-être...

Le jour inondé – et dépeint – par la parole...

Des gestes – des astres ; des mouvements qu'approuve l'infini ; infimes et cosmiques...

L'oreille sertie de silence ; et le cœur en joie...

 

 

L'âme – autant que l’œil – qui témoigne...

Par défaut d'oubli ; ce qui émerge – ce qui fait saillie...

Qu'importe l'âge et le temps...

Qu'importe le rire ou la grimace...

Nos rires et nos larmes – sans fin...

 

*

 

A trop négliger l'âme ; le monde saccagé...

Qu'importe les rêves d'exploitation et de résistance...

Qu'importe que l'on renforce les colonnes de l'un ou de l'autre camp...

Sous l'ombre dévastatrice de la séparation...

Qu'on le veuille ou non ; ce qui alimente le crime...

 

 

L'essentiel qui affleure ; et que l'on frôle ; à désirer n'importe quoi ; à vouloir passer devant ; à espérer donner du sens (ou de l'importance) à chaque geste ; à ce qui n'en a pas...

Toujours le rêve – l'honneur – le lendemain ; au lieu de vivre la nuit et les circonstances ; l'envers du plus favorable ; ce qui nous est offert ; les mille états – les milles séparations – à expérimenter...

 

*

 

La tête trop pleine d'espoir et de temps...

Sur la balance – déséquilibrée ; le désir et ce qu'il (nous) faut abandonner...

Si peu de plaisir ; si peu de profondeur...

A pleurer sur ce que l'on nous offre...

Rien ; ni étreinte – ni embrassade...

A rebours du courant naturel...

En retrait ; et l'oubli (trop difficilement) soustrait...

Comme un sac de sable déversé dans la bouche ; et le cœur qui s'embourbe – qui s'étouffe – qui suffoque – qui s’asphyxie...

 

 

Le privilège entre les dents ; la hiérarchie de la longueur...

L'apparence de la puissance...

Et à l'autre extrémité ; ce qui se tient à la merci ; presque une manière de vivre – de se tenir en offrande ; cette force qui tient à la fois du don et de la confiance – le service ancillaire offert à ce qui le réclame – à ce qui advient...

 

 

Un peu de neige sur notre douleur ; et nos confidences...

Reflets d'un Autre – en nous ; dans les profondeurs – comme un espace habité – et dissimulé au monde ; où la nuit règne autant que le jour ; où les couleurs et les larmes jaillissent – comme une eau vive – des fontaines...

Le ciel riche de la multitude des visages – des étoffes et des voix...

L'aube aussi proche que possible...

 

 

Le jeu et l'horizon – tournés vers le chant ; ce qui favorise la blessure...

Ce qui se dissimule ; ce qui jamais ne se définit par son nom...

Comme un regard (de plus en plus) éclairé – éclairant – sur l'invisible et les choses de ce monde...

 

*

 

Encore du rêve ; sous nos manteaux colorés – derrière nos visages figés dans un sourire d'absent – emprunté à d'autres...

Debout ; et vivants – en apparence...

Des vies pétrifiées – immobiles – en dépit du mouvement – en dépit du désordre et du bruit...

De pauvres semences ; et de pauvres floraisons...

Et le fruit de leurs entrailles ; affublé de notre héritage – du legs commun ; les mêmes insuffisances – les mêmes négligences – les mêmes inconséquences...

Si bas ; sous ce ciel...

Et l'âme voyageuse – exploratrice – qui s'impatiente ; et les têtes (toutes les têtes) ébahies...

Et ce feu – et cette fièvre – qui nous fait défaut (et qui nous manque)...

A vivre – à croire – à espérer ; comme de pauvres idiots...