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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

Carnet n°226

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Mai 2023

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Juin 2023

Carnet n°295
Nomade des bois (part 1)

Juillet 2023

Carnet n°296
Nomade des bois (part 2)

Juillet 2023

Carnet n°297
Au jour le jour

Juillet 2023

Carnet n°298
Au jour le jour

Août 2023

Carnet n°299
Au jour le jour

Septembre 2023

Carnet n°300
Au jour le jour

Octobre 2023

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Au jour le jour

Novembre 2023

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Décembre 2023

Carnet n°303
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Janvier 2024


Carnet n°304
Au jour le jour

Février 2024


Carnet n°305
Au jour le jour

Mars 2024

 

Carnet n°306
Au jour le jour
Avril 2024

 

Carnet n°307
Comme à la pointe du rêve
Mai 2024

 

Carnet n°308
A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

24 juin 2023

Carnet n°293 Au jour le jour

Mai 2023

Dans l'antichambre du temps...

Au chevet de ceux qui vont mourir...

Attendant la barque qui les mènera au fond de la nuit...

Incessants – les pas ; et éternel – le voyage ; comme l'ardeur et l'intention de ce qui nous mène vers l'intimité – l'intensité – l'immensité...

Et guidé(s) (parfaitement) par cette voix inconnue ; et allant (cahin-caha) au gré des possibilités...

Dans l'extinction intermittente du feu...

 

 

Habitables ; l'espace et ce langage nouveau...

Loin des objets et des rêves (trop chargés de matière)...

A mi-chemin entre le perceptible et les yeux ouverts...

Déposé(s) là ; sur la grève du monde ; l'infime au milieu des Autres...

Avec pour seul horizon ; la mémoire...

Au-delà (bien au-delà) du temps de l'indistinction...

 

*

 

A demeure ; l'idée du monde...

Et qui tourne – s'édifie ; pierre après pierre – d'une perspective à l'autre...

Sous toutes les couleurs ; le rêve et la beauté...

Le visage du réel affranchi des reflets...

Au-delà du sombre et du chatoyant...

A travers le feu ; et derrière le miroir...

Au cœur du cercle ; aux côtés du vent – de la mort – de la joie ; déjà (parfaitement) entouré(s)...

 

 

Sous l'aube éblouissante...

La paix étreinte...

Le cœur désenclavé ; affranchi du glaive...

L'avènement du langage ; la bouche silencieuse ; la parole nue...

Quelque chose (bien sûr) de la lumière...

 

 

L'usage et l'usure des choses ; au cœur du périmètre familier...

De proche en proche ; à travers l'exactitude des calculs...

Condamné à la rigueur (implacable) des chiffres et du déclin ; le monde...

Bêtes et hommes ; arbres et pierres ; privés de beauté et de poésie ; privés de rire et de merveilleux...

La fin (programmée) de l'éphémère et de l'à-peu-près – du joyeux désordre – des enchevêtrements en pagaille...

Enfonçant l'invisible encore plus profondément dans le secret...

 

 

Fils du sans nom ; de ce qui n'a jamais eu lieu ; de ce qui n'existe pas ; en dépit du sol – du jour – des visages apparents...

L'enfance du carnaval – en quelque sorte ; toujours au seuil de l'indicible ; le plus ordinaire ; ce que nous avons tous en commun (bien sûr)...

 

 

Trop loin des morts ; et des eaux vives – les rives inertes...

Entre le temps passé et le temps déposé...

Par des routes trop rapides (pourtant) qui forment un entrelac de boucles...

Sans aile – sans (véritable) destination – en vérité...

L'ardeur errante déployée tous azimuts ; dans le (plus terrifiant) désordre...

 

 

A quoi ressemblerait notre visage ; sans l'origine du temps – sans l'incessante succession des noms et des titres dans la mémoire...

Un point minuscule – peut-être ; muni de prunelles délicates (et perçantes) et d'un cœur discret et ardent...

A la manière d'une fête perpétuelle ; d'une danse sans cérémonial ; au faîte de l'absence – la plus légère – la plus consciente...

 

 

Plongé(s) dans un sommeil sans issue ; déjà mille fois éprouvé...

Des parois et de la pénombre...

Le cœur et le corps ; confinés...

De tentative en tentative ; dans l'impossibilité du retour...

Un espace sans initiation ; moins voyage que séjour – sans doute...

 

*

 

Grâce à nous ; qui serait assez fou – présomptueux – implorant – pour oser dire cela...

Noir(s) comme la terre ; gris comme le ciel ; et selon les jours – d'autres couleurs...

Rien qui ne nous différencie du monde ; nous sommes le monde ; le cœur parfois présent ; parfois cruel...

Aussi vide que le dédale de pierres dans lequel nous évoluons...

Un peu de vent ; un peu de bruit ; et quelques rêves ; pas grand-chose – en vérité – face à l'infini – face à l'éternité...

 

 

Jouant avec ce qui demande à naître – à vivre – à mourir...

Comme la fleur qui perce la terre craquelée...

Confiant en la graine et en le fruit ; et en l'ardeur nécessaire pour se transformer...

Le sol – les cimes – le chemin – dégagés ; et, en soi, la possibilité du repli et du franchissement...

Comme le reste ; soumis au temps et à la métamorphose...

 

 

Ici – au plus bas ; exactement sous les étoiles...

Malmené(s) par les ombres qui agitent la mémoire...

Sur la pierre grise et usée...

Au milieu des morts et des corps couchés...

Le cœur attentif aux restes de hasard et de sommeil (et à ce qu'on leur attribue habituellement)...

Allant là où le mystère (nous) convoque ; allant là où les circonstances (nous) appellent ; en ces lieux qui, de plus en plus, ressemblent à nulle part...

Dans l'ardeur suffisante ; et un grand silence – seulement...

 

 

Comme effacé par la lumière et le mouvement...

Sans ombre – sans écho ; un (simple) ruissellement – une (parfaite) dissolution...

Sous des yeux stupéfaits ; cet étrange bouleversement...

 

*

 

Du bleu dans l'herbe...

Le sol métamorphosé...

Le monde serré contre soi...

A la saison du détachement...

Personne ; seulement la lumière ; la lumière et l'infini...

L'Amour – sans doute – qui nous a pris dans ses bras...

 

 

Mille images piétinées ; celles de l'Autre – celles du monde – celles de la nuit...

Tailladées dans l'esprit ; la chair toujours indemne – vive – ardente...

Et contre nous ; la douceur et la suavité...

Quelque chose de la tendresse qui s'offre...

Affranchi du temps et des injonctions ; et de l'idée même de liberté...

Et au-dessus de nos têtes ; des étoiles suspendues – pendantes ; au cœur du vide exactement...

Là où l'esprit et la pierre dansent ensemble...

Dans l'intensification du silence et du chant ; cette joie si singulière d'être au monde...

 

 

Le vivant ; ce qui existe ; dans nos murmures...

En nous ; entre le bruissement et le chaos...

D'une heure à l'autre ; d'un siècle à l'autre...

Sur le fil qui serpente entre les mondes (qui se chevauchent et se prolongent)...

Sur la roue obscure qui mêle la terre et les pas ; le ciel et la lumière...

Et là – quelque part – la possibilité d'un passage ; la possibilité du retour...

 

 

Vivant ; par-delà le miroir...

Entre l'infini et les contours ; mille visages – mille aventures – mille possibles...

Derrière l'image – terne ou scintillante...

Parfois davantage silence que reflet ; et, d'autres fois, comme un chemin qui s'éloigne – qui égare ceux qui l'empruntent ; vers un ordre que seul l'esprit de l'homme a banni ; et que l'Amour revendique (bien sûr – comme toutes les choses) – parcelle reconnue (et accueillie) à l'égal de toutes les autres...

 

*

 

Pierres et visages – sous le ciel haut et cru...

Un peu de bruit ; ce qui bouge...

Étrangement attiré(s) par les étoiles...

La matière ; obscurément...

 

 

A se risquer jusqu'au grand large ; là où les vents saisissent les épaules – écartent les pas – font pousser des ailes aux âmes les plus craintives ; bousculent le sens et la destination du voyage...

Nous retrouvant (parfois) à la cime des arbres ; sans réponse ; avec une joie sans explication...

Auprès des nôtres ; sûrement...

Dans les bras du secret ; et sans la moindre promesse...

Au cœur du ciel ; immensément...

 

 

Comme des bêtes dispersées par l'orage ; et que l'aube appelle...

Au milieu des rêves ; comme déposées...

Assis – vagabond ; par-dessus le chaos ; là où tout s'avance – là où tout ébranle ; jusqu'à la plus parfaite familiarité...

 

 

Visages cherchés ; à demeure...

Jusqu'à la plus haute intimité...

Attachés (très attachés) à l'écart – pourtant...

Attendant on ne sait quoi...

L'hiver et la mort – peut-être...

L'inévitable désapprentissage du monde – de soi ; et tous ces restes de mémoire...

 

 

A distance ; le temps – l'effondrement...

Cette béance de sable ; qui s'écoule – qui s'écroule ; et au cœur de laquelle nous capitulons...

Du bleu – partout – pourtant – dans nos mains qui creusent et reçoivent...

Des ombres perdues ; sans lieu d'attache – soumises à l'errance (labyrinthique) du nom...

Le jour ; à notre mesure ; et de temps à autre (rarement – très rarement) l'inverse...

Et la terre qui s'enflamme...

Devant un si grand nombre...

Si proche(s) ; le souffle ; de la source et du silence...

 

*

 

Sous la neige ; le rêve et la férocité...

Cet instinct de vivre ; et ce besoin d'ailleurs...

L'âme et l'imaginaire – simples – pourtant...

Aussi élémentaires dans leur origine que dans leur prolongement ; et terribles (très souvent) dans leurs conséquences...

Quelque chose de bref ; au cœur de cet étrange sommeil...

Comme un obscur détour pour tenter d'apaiser ce qui nous agite...

 

 

Penché sur la pierre...

Le souffle lumineux...

Auprès de ce qui brille davantage que les étoiles...

Contre les murs ; des miroirs...

Et des reflets rouges qui franchissent toutes les enceintes...

L'immensité déjà ; malgré le sang et les instincts...

 

 

En partance déjà ; en dépit de l'Amour...

La ronde des adieux...

Au bord du gouffre ; à bout de souffle – face à l'immensité...

En ce lieu hors du monde ; en ce temps hors du temps...

Comme une pause fantôme...

Dans la poussière infime ; personne excepté l'impalpable – l'invisible présent...

 

 

Dans l'attente ; les doigts impatients...

La nuit rêvée...

Sur ces rives arides ; un semblant de porte au milieu des interdits...

La hâte au lieu de la sensibilité pour précipiter le voyage et échapper au froid...

Un chemin (sans doute) à réinventer qui prendrait en compte les boucles et les retournements ; et l'impossibilité (bien sûr) d'arriver quelque part...

 

*

 

A l'aube ; assagi ; le mouvement encore...

En amont de toutes choses...

Au cœur de l'opposition des forces ; de ce qui se heurte avec violence...

Sans cri – sans douleur – sans étendard...

L'amoncellement du feu et du vent qui (perpétuellement) ruissellent...

Dans le sillage de l'eau ; le vide creusé – en relief...

La matière du jour et la matière de la nuit ; se précipitant...

Dans la danse tempétueuse...

L'accord parfait à même le chaos ; pas moins réussi que la ronde des Dieux...

 

 

Les mains pleines de songes et d'étoiles ; jetés au hasard de la route – sur les uns et sur les autres...

Bordé(e)(s) par la lumière et le sommeil...

Sans discernement ; avec hésitation...

D'une rive à l'autre ; comme autrefois – avant l'ère de la raison et des remontrances...

 

 

Le chant déchiré ; des étoiles qui bruissent...

Désenfermé par le ciel ouvert – très haut ; fenêtre dans l'ombre des orages...

Quelque part – encore imperceptible – le silence...

Et cette joie prémonitoire de l'absence – du bleu...

 

 

Des lignes ; pour personne...

Sous les yeux du monde – pourtant ; si loin de la danse...

Au cœur de notre chambre – mobile – ouverte à tous les vents ; roulotte sur les chemins ; le destin désincarcéré ; en dépit des apparences ; en dépit de l'étroitesse de la matière...

Et alentour ; et plus haut ; et partout – l'invisible ; dans toutes les profondeurs...

Au milieu des existences aux chaînes brisées...

Rien d'une surprise (bien sûr) ; l'être à travers toutes ses possibilités...

 

*

 

Les yeux levés ; sur le seuil – la lumière...

Après cette longue nuit parcourue (et, en partie, traversée)...

D'une étendue à l'autre ; comme si les rêves et les étoiles se touchaient...

D'un bout à l'autre de ce qui nous porte ; le désir...

Dans la chair ; le dédale (encore)...

Et cette mémoire qui nous éloigne ; et l'autre – plus ancienne – qui nous exhorte au retour...

Naissant – marchant – mourant ; d'un même souffle...

Et ainsi jusqu'au plus éloigné de l'enfance...

 

 

Alors que s'éloigne le rivage...

La figure claire et silencieuse...

Le sommeil – à bout de bras – jeté dans la brume...

Et le vent ; et l'aube – qui se lèvent...

 

 

L'absence conjuguée par toutes les figures noires et hostiles ; (atrocement) prétentieuses...

Le regard menaçant ; le bleu oublié au fond de la béance...

Et le silence pour appuyer toutes les sentences prononcées...

Les paumes pleines de haine et de (fausses) vertus...

Au cœur même du sommeil ; l'autorité et le monde réifié ; l'empire des hommes...

 

 

Le langage amendé – en quelque sorte...

A se risquer aux limites de l'intelligible ; pour inventer un passage – une passerelle peut-être – entre l'ancien monde et un autre ; le suivant sans doute...

Une manière de vivre – et de célébrer – la vie – la terre – le mystère ; le silence et le verbe ; la joie en étendard involontaire...

 

*

 

L'enfance sans distinction...

Bleue et silencieuse...

Vénérant les arbres et le monde ; et les fleurs ; et les bêtes...

Chantant – dansant – au milieu des décombres et des voix...

Rapprochant les cœurs ; éloignant les cris...

Jouant le jeu de la bêtise et de l'aube – indifféremment...

Profonde ; au cœur de l'essence ; sans rien exclure de l'écume pourtant...

Comme un vent ; comme un feu – fugace – fugitif ; le temps d'un (bref) passage...

 

 

Au fond du sommeil ; autre chose...

Une fête ; une lumière – la possibilité d'un temps nouveau...

Un monde – un univers peut-être – en germe ; impatient (très impatient) de se déployer...

 

 

Les yeux peints (et repeints) aux couleurs de l'espérance...

Presque clos sur le souvenir et le rêve...

Le devenir par-dessus l'image ; et cette (inébranlable) croyance aux miracles...

Du feu sur notre infortune...

Et la route à reprendre...

 

 

Plus lumineux que la violence et la fascination exercées par le monde...

L'énigme du vivant ; ce qui est là comme une évidence...

Et cette manière d'être en vie – entre la pierre et la nuit ; sous un ciel inconnu (et auquel on attribue tous les mystères)...

Dans la méconnaissance de soi – des cycles – de l'Autre...

Toujours aussi bestial ; sous les arbres – la lune – les étoiles – à jeter encore au feu un peu de chair pour cuire sa nourriture...

 

 

Les arbres étreints ; comme une route nouvelle...

Un lieu étrange ; un royaume sans roi ; où chaque croyance est visible et déchiffrée ; où la nuit brille (avec évidence) dans la mémoire ; où l'on rechigne à fréquenter les chimères et les Dieux (toutes les inventions des hommes)...

Un lieu étrange ; une terre sans limite ; où l'on est capable de vivre avec les Autres et de jouer avec le temps ; et où l'on embrasse tout ce qui est exclu – tout ce qui n'est consenti...

Aux confins de l'esprit ; à la pointe du monde – en quelque sorte...

 

 

La vie ; comme la lune éclairée...

Des précipices et des échos ; sans jamais rien deviner des profondeurs...

Ignorant qu'à chaque geste ; qu'à chaque instant – Dieu se penche par-dessus notre épaule – notre bêtise – notre accablement – notre cécité – pour y insérer un peu de lumière et offrir (ainsi) à nos existences un peu d'espoir – quelques possibilités – une lueur suffisante pour continuer (essayer de continuer) de croire en l'homme...

 

*

 

Entre deux sommeils ; le monde – la respiration ; et cette immobilité de l'âme...

Vers l'aube – pourtant [certes lointaine ; lointaine et exigeante (très exigeante)]...

Trop – sans doute – pour l'enfant si naïf en l'homme ; l'esprit si crédule devant les choses du ciel – les choses de Dieu – les choses d'en-haut...

Reflet de son labeur dilettante et de ses prières hâtives...

Jusqu'aux origines – cependant ; jusqu'au regard affranchi – il devra aventurer son existence – transformer son voyage...

Avec mille chemins – mille paysages – mille épreuves – qu'il lui faudra parcourir – découvrir – traverser ; tant et si bien qu'il finira son périple à genoux – comme il se doit – les yeux clos – le sourire aux lèvres – finissant par se détacher de lui-même...

Allant ainsi ; n'étant déjà (au commencement) pas grand-chose et devenant, peu à peu, (presque) plus rien ; et un mince tourbillon d'air à la fin – à peine un souffle – un léger frémissement dans le vent...

 

 

Dans l'intimité (redoutable) de l'espace...

Le visage penché sur le silence...

Et le rire ; comme une respiration de l'invisible...

A l'écoute du plus haut – en soi...

Derrière ces rives étrangères ; l'inconnu...

A travers des lèvres sans bouche ; des signes sans support ; jusqu'au premier souvenir – jusqu'au plus fantasque des sauts dans la matière...

Et toujours passant – bien sûr...

 

 

Dans l'épaisseur de la nuit ; les yeux abandonnés...

A travers le temps – le cercle – le mystère ; le déploiement (sans obstacle) de la lumière...

Et cette vue dégagée à présent – imprenable – sur l'ombre – l'étendue ; le bleu (un peu blafard) du poème...

 

*

 

Comme sommeillant à la lisière du temps...

Sous le ruissellement (perpétuel) de la lumière...

Le reflet dansant de l'enfance...

Comme un rêve ; un flot d'images astreintes à la mobilité...

Une foule d'ombres (en fait) sans pourquoi...

Des regrets et des cruautés...

Ce que nous n'avons su éviter...

 

 

A nouveau l'errance...

De la joie au fond des yeux...

La suite du voyage ; aventureux (s'il en est)...

L'oubli du nom – du monde et du temps...

La liberté renaissante – peut-être...

Ce qui se presse entre nos lèvres – sous nos pas ; ce qui anime nos gestes...

Dieu sorti de l'imaginaire ; (très) spontanément...

 

 

A notre place ; en retrait – touché par le silence...

Sans résistance face à ce que l'on ne reconnaît pas...

Le soleil joyeux dans le sang...

A deux pas de l'enfance ; le regard – émerveillé...

Le ciel serré contre soi...

 

 

Ici ; à travers l'exigence de la lumière...

La source ; en suivant l'ombre à la trace...

Sans renoncement – sans (le moindre) déchirement...

Dans le sillage du vent qui tourbillonne...

La nuit et les tempêtes incluses dans ce bleu qui s'avance (quasiment) démasqué...

L'âme sans désir ; acquiesçante...

Des mondes ; et l'entière étendue ; au pied du souffle ; comme si c'était là notre seule volonté...

 

*

 

Engoncé(s) – dans le rêve – immobile(s)...

Alors que les vents poussent les ombres hors du monde...

Quelque part ; dans l'espace et le temps...

Dans le vide de la chambre ; le plus souvent...

Le ciel qui s'est, peu à peu, décollé de l'image ; et tous les songes qui ont dégringolé de leur socle bancal...

Plus que le sol – à présent ; et les cris qui repartent à l'assaut de la nuit...

 

 

Derrière la vitre ; la même buée...

Comme si un visage – des lèvres – un souffle – existaient de l'autre côté du monde ; Dieu peut-être – Dieu sans doute ; préoccupé (apparemment) par notre figure et nos (fugaces) interrogations...

 

 

A travers la roue qui tourne ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les pierres et les étoiles...

Le désir puis, le silence ; l'inquiétude puis, la joie ; les temps fougueux puis, les jours tranquilles...

Et, un soir, entre ces îles étranges ; tous les seuils atteints (comme par miracle)...

Parvenu (peut-être) à la lisière du visible – aux confins du plus grossier ; de l'autre côté du monde ; de l'esprit...

Cette part de soi que l'on a (semble-t-il) rejointe ; comme rassemblé (à présent)...

Sans ignorer (bien sûr) que lorsque le cycle s'achèvera, nous referons le chemin – à l'envers ; en repassant par cet âge initial qui succéda aux premiers temps de l'origine...

 

 

Ce qu'il faut inventer de parole – de chambre – de monde...

En plus du temps – du chemin – de la lumière...

Un univers entier à l'intérieur de l'autre ; et mille possibles ; et mille passerelles – pour ne jamais entraver la liberté de se mouvoir ; d'aller à la manière du vent...

 

*

 

Miroir encore ; au fond du noir...

Étendue infinie ou chambre close ; le même ciel ; et l'âme (toujours) enchevêtrée au reste ; (parfaitement) engagée dans le geste...

Qu'importe la pierre ; qu'importe la neige ; lorsque le jour a tout recouvert...

Nul autre ; et mille fenêtres...

Au bout du monde ; au bout des doigts ; partout – son propre visage...

A présent ; simplement ici ; en sa présence...

 

 

Si fugace ; le temps du monde...

La durée de la terre ; de la chair ; des noms que l'on célèbre...

Des nuées de visages et de choses ; sous la voûte sombre ; sous le soleil sans écart...

L'instant (à peine) d'un orage d'été...

 

 

Dévoilant l'invisible ; à travers le geste...

La figure sensible...

Malgré soi ; à la manière du soleil...

Ici – à présent – le lieu de toute démonstration ; ni avant – ni après – ni préparation...

L'âme qui frissonne face à la liberté ainsi exposée ; son potentiel – toutes ses possibilités...

Le pas indéfini ; comme le trait – comme le voyage – comme le reste ; avec tous les méandres au-dedans...

Au cours de cette sorte d'exil qui traverse le temps...

 

 

Face aux têtes qui s'interrogent...

Face aux âmes qui piétinent ; qui s'impatientent...

Face aux vivants que l'on mutile – que l'on égorge – que l'on massacre...

L'indifférence des pierres ; et des lèvres qui savent...

Le silence qui s'offre ; à la manière du plus bel acquiescement ; le cœur et le regard sans exigence – heureux de ce qui est ; avec ou sans frémissement ; en dépit de ce qu'en pensent les ignorants...

 

*

 

Rien ; depuis si longtemps...

Plus même surpris par ces restes d'effacement (résidus de soi – sans doute)...

Choses et visages ; dans la brume ; indistinctement ; qu'importe ce que désigne le doigt...

La porte entrouverte du monde...

De l'autre côté du rêve – de la trame – de l'esprit...

A grands pas déjà ; vers le vide – le vent – l'autre extrémité de la perspective...

 

 

Le désir et l'attente ; trop patiemment soulignés...

Inutiles ; comme le reste...

Plutôt ce qui se manifeste spontanément...

A point nommé diraient les esprits enferrés dans le calcul et la raison...

Inséparable(s) de ce qui a lieu ; plus simplement...

 

 

Sur la pierre saillante ; l'âme silencieuse...

Au-delà (bien au-delà) du ciel grillagé gardé par des yeux fous ; des esprits délirants...

Au-delà des prières (hâtives) et de l'affairement (dévastateur) des foules...

Au-delà des images et des mots ; de ce blanc cotonneux (vaguement) auréolé de lumière...

L'esprit au cœur de l'étrangeté pour tout rendre (plus) familier...

Ici-bas ; exactement...

 

 

Dans l'indifférence des lieux – des Dieux – des Autres...

Jusqu'au dernier souffle sur terre...

Puis, la résorption de l'air – du feu – de la matière ; à travers l'agonie – la mort – le souvenir ; et toutes les possibilités du sol et de la lumière ; en attendant...

 

*

 

Malédictions encore ; au milieu des ombres ; (assez) invalidantes...

L'âme arc-boutée face aux refus ; comme condamné(e)(s) à résister aux jeux des choses – aux jeux du monde...

Les uns après les autres ; sans rien comprendre ; la longue suite des événements et des malheurs...

Et nos existences qui passent comme l'eau vive des rivières...

 

 

Pas un seul trésor dans le coffre des hommes...

Des mots – des promesses ; et son pesant de nuit ; et des rumeurs emmitouflées qui marchent en bande...

Pas une seule âme ; pas la moindre éternité...

Des cœurs tristes – des visages bouffis – qui cherchent un peu de sens ; un peu de joie ; l'esprit fuyant ; et l'ardeur rétive et grimaçante face au mystère...

 

 

Le visage diurne ; (plutôt) emblématique...

Familier du plus haut soleil...

Le regard (franchement) lumineux...

Capable d'embrasser l'ombre et les images ; et de vivre au milieu des arbres silencieux...

Existant sans nom – sans ami – sans personne...

Sans volonté – ni intention...

Sans rien ressasser ; pas même l'indicible...

Debout ; l'enfance amarrée à la nuit...

Pris dans les fils d'un ciel à la manœuvre ; ne décidant de rien ; pas même du rythme – ni du sens de la roue...

La vie ; comme un langage – un possible – une île – un chemin ; remontant le cours du temps jusqu'à l'origine du monde ; jusqu'à la source des existences...

 

*

 

Le cœur aussi bleu que la neige...

Et le ciel en contrebas...

Jardin d'autrefois peut-être où les Dieux étaient vivants...

Monde simple affranchi des hommes – affranchi du temps...

Baigné de lumière et de tendresse...

 

 

Comme l'arbre ; sur la pente naturelle des choses...

Aussi enchevêtré à l'infime qu'à l'infini...

Dans cette relation (assez) asymétrique à l'immensité...

Dénué (pourtant) de crainte et d'intention ; se laissant parfaitement guider...

Étincelant ; en étrange miroir de ce qui ne peut se refléter ; de ce que le monde (en général) ne voit pas...

Comme l'aube que nous attendons (tous) derrière la vitre ; porté(s) par cette espérance (assez) désespérée de l'inexplicable [auquel ne peut rendre grâce ni l'abondance de mots – ni la parole poétique (à laquelle l'homme est si peu sensible)]...

 

 

Au fond de la gorge ; le jour inépuisable ; le souffle lumineux ; si peu advenus – (presque) toujours inconnus...

Et le désir ; et la nuit – bus jusqu'à la déraison ; sans interroger l'absence – sans interroger l'espace – ni la possibilité d'un Dieu désincarné...

Les paupières lourdes ; entre l'extase et le sommeil...

Un long filet de bave entre les lèvres entrouvertes...

A dormir encore ; en dépit du corps redressé...

 

 

Dans la vibration du monde ; le bleu...

Qu'importe la rive ; qu'importe le chemin...

Sous le sol ; dans l'âme – disparaissant...

La peau et le ciel ; frémissants...

En ce lieu présent en tous les lieux...

Comme une lumière sur la carte et la terre ; précieuse – abondante – inestimable...

 

*

 

Auprès des arbres encore ; sous un ciel plus haut ; sans autre horizon...

Le vide ; et l'absence de temps...

Le règne du seul et de l'ensemble...

A la cime du cœur ; vers l'envol...

Au-dessus de l'abîme et des bruits...

Rien qu'en se tenant là ; parmi ceux qui écoutent ; si verticalement présent(s)...

 

 

La flèche – fichée là ; décochée depuis soi...

Là-haut ; plus haut ; au seuil de ce que les hommes appellent l'espace...

En plus de cette autre immensité – au-dedans ; l'un – prolongement de l'autre – évidemment...

La matière et la lumière ; comme démultipliées ; plurielles ; constituées du mystère ; et constituant (intégralement) tout ce qui existe ; sans discussion possible...

 

 

Au cœur de l'hiver ; désossé ; n'existant presque pas ; hormis (peut-être) dans la parole (involontaire)...

Sur la pierre ; sous forme d'énigme...

Entre le rire et l'angoisse ; quelque chose du mélange ; et, sans doute, même du nœud...

Sur terre ; au milieu des rêves qui circulent ; tentant (tant bien que mal) de survivre ; abandonnant la chair et l'ardeur à leurs usages habituels ; capitulant en quelque sorte...

 

 

Au pays de la parole sans lieu ; reliée, à son insu, à la source...

Le poème – bribes de vent – abandonné à la transparence et au temps ; allant du bleu au monde et, quelques fois (plus rarement) du monde au bleu...

 

*

 

Tous les chagrins d'autrefois dilués dans la joie d'aujourd'hui...

Les yeux – à présent – dessillés par le rire et le jeu ; la légèreté de l'air...

Comme la somme de toutes les enfances ; auxquelles on aurait soustrait le hasard et les malheurs...

Pas un adulte ; juste un peu de vent et de lumière...

 

 

Ne plus y être ; et y être encore...

Entre le désir et la pierre...

Ne nous agrippant à rien...

Des paroles comme un ciel découpé ; et offert...

Davantage – peut-être – que le monde – les étoiles et les rêves – réunis...

Mais moins que la première fleur pourtant...

Malgré l'infini qui – entre les doigts – se tend...

 

 

Le chemin-mère ; le chemin bleu...

Discret ; comme dissimulé sous les feuillages ; sur le sol persécuté...

Entre désert et désir ; les signes – le soupir et la possibilité...

La bouche toujours sèche ; parfois de trop de silence ; parfois de trop de mots...

La voix – comme les pas – qui résonne...

A se balancer entre le rire et le monde...

 

 

Partagé(s) ; à l'intérieur...

Parfois arche ; parfois fenêtre ; mais grotte, le plus souvent, où l'on aime à se réfugier ; et au fond de laquelle sont nés tous les alphabets – toutes les légendes – toutes les insomnies...

Plus proche(s) de la pierre que de la lumière ; comme le prolongement intermittent (et dispersé) de l'origine...

Éternellement inscrit(s) au cœur de cette enfance naïve et illettrée...

 

*

 

Les seules choses – peut-être ; sans hasard – le vide et l'oubli...

L'extinction de soi pour que revienne l'enfance...

La clarté primesautière ; comme un saut de la lumière – en elle-même ; et sur le monde...

Intensément ; l'absence...

 

 

 

Et tous ces vents sur la pesanteur ; pour chambouler les rites inventés par les siècles ; manière de s'assurer de la consistance de la matière – des existences ; de donner un sens à ce chaos ; à cette souffrance...

Le théâtre des vivants – entre édifice et plaisanterie ; entre funeste et espérance ; pas si loin du secret en fin de compte...

 

 

La nuit à vif ; comme le temps retroussé ; la voix qui puise dans le langage...

Un chemin à gravir ; à inventer...

Avec des ombres – des reflets – des gémissements...

Un semblant de ciel sur les vivants...

La vie ; la chair – se laissant traverser...

Dans une sorte de long épuisement sans (véritable) interrogation ; un songe – peut-être...

 

 

La lumière affalée...

Par le chemin le plus obscur ; souterrain ; aux lisières du visible...

Les yeux creusés par le souvenir...

La mémoire en galerie...

Une manière (sans doute) de se tenir dans l'écume...

Un voyage sans trace (durable)...

A travers le silence millénaire...

 

*

 

La garde – les poings serrés – abandonnés ; les genoux au sol ; inutile toute forme de résistance – toutes nos fiertés – après tant de soustractions...

L’œil-vigile pourtant ; pas dupe (jamais dupe) des filouteries de ce monde...

Là où les flèches sont tombées ; comme tant de royaumes – dans cette sordide pénombre...

De la boue façonnée sur la pierre ; légèrement érigée ; sans exception – sans lumière...

Sur ces rives où seule compte la chair...

A quelques pas de l'or – pourtant ; ce qui brille dans l'invisible...

 

 

Au-delà des pas hasardeux ; ces parts de ciel accessibles ; lorsque le temps et l'horizon se resserrent ; lorsque la route se rétrécit ; lorsque les choix n'en sont plus – deviennent d'impératives nécessités...

Ce qu'il y a ; ce qui demeure – sous les ruines – le sol craquelé...

 

 

Dans le sable ; le cœur enfoui...

L'esprit jamais rassasié de soleil...

Le silence qui (parfois – de temps à autre) interroge...

Cherchant (sans doute) une langue nouvelle pour s'aboucher (de manière opérante) avec Dieu ; l'entendre – et lui parler – autrement qu'en songe...

A travers le sang (inlassablement) propulsé par la pompe (épuisable – si fragile – si peu éternelle)...

Et les idées ; à la source...

A la limite de l'indécence – de l'épuisement ; (très majoritairement) cette traversée...

 

Comme des vagues ; le monde et le temps...

Et l'éternité pour tourner autour ; autant que pour découvrir la sagesse et le secret...

Tout ; dissimulé dans le même mouchoir ; au cœur du même cercle – le bleu et la transparence ; comme une évidence ; l'Amour – les drames – les choses – le plus futile – et notre présence ; très irrégulièrement – à la manière d'un ressac contrarié ; comme ballotté(s) entre le grand large et la grève...

 

*

 

De la couleur de l'eau ; le regard et la main – libres...

Dans l'intimité des choses ; devenu(s) elles – en quelque sorte...

Soi ; et le reste du monde – comme effacés – absorbés ; sans la moindre extériorité...

Au cœur du cercle bleu ; là où l'on naît ; là où l'on respire...

Et ce qui passe ; comme un rêve (l'impression d'un rêve)...

Une longue marche ; une longue suite de pas et de mots – pour tenter d'approcher la transparence...

 

 

Les vivants – sur leur chemin – qui laissent quelques traces ; une tanière ; une nouvelle génération ; quelques souvenirs (qui s'effaceront très vite)...

Et la pierre ; et le soleil – intacts – affranchis des choses du monde – de tous les passages – de toutes les tentatives...

 

 

De la peur ; rien que de la peur ; et qui prend racine dans l'ombre ; à la lueur d'un détour improvisé ; d'une parole proférée – pendant le passage vers le renouveau...

Et – entraperçue – cette lumière mystérieuse – insaisissable – au fond du renoncement...

En cours d'apprentissage ; les débuts (prometteurs – peut-être) de la (véritable) reconnaissance...

 

 

Au fil des pas – des saisons ; des voix – des visages – des corps et des blessures ; tant de rencontres si peu profitables...

Et des viscères à l'air (à foison) ; ici et là – pourrissant sur le sol...

Au fond du ventre ; l'origine de l'ombre...

Et le vide ; en chaque existence (invariablement) passante – et repoussante (quelques fois – il est vrai) ; et qu'importe ce que nous avons dissimulé ou conservé par devers nous ; implacablement le destin s'exprime (d'une parfaite – et impitoyable – manière) ; tout comme nécessairement extrait de sa lie – ou de sa gangue – pour se déployer ; et promis, immanquablement, au déclin – à la disparition et à l'oubli ; comme si tout, en ce monde, était soumis à la même nécessité ; comme si rien, en ce monde, n'avait la moindre importance ; comme si rien n'existait vraiment...

 

*

 

Parmi les pierres ruisselantes de pluie...

Et le parfum enivrant de la terre...

Au milieu des arbres séculaires...

A même le sol mouillé ; l'âme et les pieds nus...

Au fond des bois ; là où les hommes et le temps ne pénètrent plus...

Le visage fouetté par l'averse et le vent...

Et le cœur déjà au ciel ; bien à l'abri...

Goûtant par l’œil et la peau la grandeur – et la beauté – du spectacle...

 

 

A l'âge de la rouille...

Les yeux écarquillés ; la parole infirme...

Des larmes de joie ; là où l'être se repose...

Vivant (si vivant) ; le feu à l'intérieur...

Pour soi seul ; à présent...

Au seuil de l'autre monde...

Ivre de ces lignes bleues que d'une main légère – que d'une main joyeuse – le ciel dessine ; quelques signes – quelques traces – qui caressent – effleurent à peine – la terre – ces rives isolées où nous vivons...

 

 

Tombeau vide ; autant que la vie...

Corps-sarcophage et cénotaphe ; morts et vivants...

Bien que tout soit cousu ensemble avec le vent ; nul ne voit ; rien n'est vu...

Les bourrasques – sous les paupières – essayant (pourtant) de soulever les ombres et les voiles ; et de révéler le lieu de l'innommable...

En vain (pour l'heure) ; tant la terre est lourde ; et la multitude indigente...

Rien que du bruit ; de l'absence et des yeux fermés...

 

 

Là où le ciel recueille ; et rassemble...

Sans commentaire sur la danse et les reflets...

Ni mot – ni image...

Le cœur noir – pourtant ; nous enfouissant...

Dans un enchevêtrement de gestes et de fatigue ; le poids de l'obscur – comme un écrasement...

 

*

 

Aux abois ; le cœur apeuré ; face au temps qui passe ; sans rien savoir ni de la source – ni de la destination – ni du voyage...

Toujours – entre la fin et le recommencement...

Et cette angoisse violente qui pousse la tête à prévoir ; à accélérer ; à anticiper ; sans jamais vivre – et en oubliant (bien sûr) l'essentiel...

Comme une hantise obsédante ; et qui devient la (seule) réalité...

Des yeux tristes sur une existence – un monde – un ciel – trop lointains – si peu réels – si peu vivants – si peu habités...

 

 

Toutes ces choses déchirées ; autour de soi...

Et dans ces gestes ; le fond de l'âme...

Le cœur chaviré par tout ce noir...

Au plus sombre du rêve – sans doute...

 

 

A chercher – sans cesse – ce qui résiste ; ce qui se maintient – ce qui demeure ; alors que tout s'use – se délite – s'efface...

Innombrables ; dans le sommeil – l'illusion...

L’œil engorgé par ce trop plein d'images ; comme hagard – égaré – délirant – dans le brouillard...

Au seuil (pourtant) de tous les mondes ; sans rien voir – sans rien comprendre...

Et tout qui se dissipe – qui disparaît – déjà...

 

 

Face aux grands chiens des collines ; farouche(s)...

Au cœur de la forêt foisonnante...

Le regard fauve ; fébrile...

Dans cette lumière du soir...

Sous les apparences de l'automne ; le jour qui se retire...

L'âme (encore) désirante qui s'approche...

Dans l'écume du plus sauvage...

Aux marges du monde ; notre tentative d'habiter au plus près de la lumière – au fond de notre trou – dans l'oubli de l'humain ; quelque chose qui, peut-être, se dessine...

 

*

 

A distance de soi – encore – quelques fois (de temps à autre)...

Hanté (toujours) par ce qui bouge ; les bruits ; les malheurs qui courent devant nos yeux...

Les arbres – les pierres – les rivières – que nous chérissons...

Et les bêtes ; nos égales devant Dieu ; et ceux qui les assassinent...

Cette fraternité d'enfance qui se risque hors du cercle des conventions (très au-delà du plus commun)...

Plus folle – et plus sage – que les rêves des hommes...

 

 

A travers la boue dispersée ; l'ineffable toujours...

Sans question – sans réponse ; abandonnant la vérité à ceux qui la cherchent encore (assez désespérément) ; et leur laissant aussi la nuit ; et leurs églises ; et leurs prières...

Épaule contre épaule ; au milieu des cendres ; quelque part – avant l'aube...

 

 

L'épreuve du vide ; au cœur de l'abîme...

Et toute chose considérée comme une charge – un encombrement...

Dans le silence nu des pas qui tâtonnent ; sur le fil tendu entre le temps et l’absence de temps...

Au-dessus (bien au-dessus) du royaume des hommes ; là où le vent s'avère un allié crucial et dangereux...

Le destin et la mort ; en équilibre – sur le balancier...

Si loin du sommeil – de l'écume – de l'imposture...

En ce lieu où règne – en souverain solitaire – l'oubli...

 

 

Des pas dans la nuit ; dans la neige...

Sans se hâter ; la chair et le temps (minutieusement) programmés...

Derrière les rideaux du monde ; ce que l'on imagine ; sur cette terre – cet espace inventé – sous un ciel trop haut – inaccessible – impénétrable...

 

*

 

Dans les herbes hautes de la terre...

Auprès du mystère ; des adieux incessants...

Le visage face à la vérité...

Le pressentiment de l'abordable...

Sans doute (sans aucun doute) sur les chimères qui rassurent les hommes...

L'ardeur de l'âme au contact du réel...

Et l'inconnu qui chasse toutes les croyances – toutes les certitudes – toutes les illusions...

La grâce et la lumière ; dans l'instant (pleinement) vécu...

Et le vent qui cingle (qui continue de cingler) la chair du monde...

 

 

Le geste poétique ; sans intention – la tête effacée...

A la place de la nuit ; le sourire...

Penché non sur le mot mais sur le vide...

Le visage accroupi...

En ce lieu déserté par les hommes...

Et tous les arbres ; et toutes les bêtes – autour de soi ; la peau à portée de tremblement...

Vers le jour – la fraternité – la transparence – (substantiellement) partagés...

Ainsi vécues ; les joies essentielles de l'effacement...

 

 

Dans la tension du nombre...

Trop solitaire(s) ; trop peu solidaire(s) – pour tendre les bras...

A distance ; de plus en plus loin à mesure que le rêve se déploie...

Des voix incomprises ; et (très largement) inentendues...

Dans la cacophonie de la multitude ; chacun dans son coin...

A l'ombre des Autres ; et le soleil trop bas (de biais) pour offrir sa chaleur et sa lumière...

Comme enclos dans le périmètre (étroit) de l'obscurité et de la peur...

 

 

L'enfance en fête...

L'âme ragaillardie...

A jouer avec le ciel et la boue (d'une manière assez différente)...

Entre la chambre et le ciel...

Et ce qu'il reste à découvrir ; et ce qu'il reste à traverser...

 

 

La terreur accréditée ; et la terre (étonnamment) consentante...

Irrépressiblement la proie...

Que le regard et le souffle s'habitent ou qu'ils fassent défaut...

Perdu(s) à jamais ; dans la trame des chemins ; et la cendre à venir...

Sans retour possible ; sans même la possibilité d'un ailleurs...

 

 

Du côté du monde trop crédule...

Dans la naïveté du même visage...

L'âme bouleversée par le sang ; et le sentiment de l'étrangeté...

Le chant discret ; variable mais (fondamentalement) inchangé...

Qu'importe l'importance que l'on accorde aux ombres – aux songes – à la mort – au mystère – aux vivants – à la vérité...

Ce que nul encore ne sait ; mais auquel l'histoire, un jour, donnera raison...

 

*

 

Le cœur touché par le plus simple ; cette fraternité sauvage ; sous les mêmes étoiles que les hommes – pourtant...

La terre naturelle – authentique ; véritable peut-être ; sans croyance – sans préjugé – sans interdit...

Le règne du passage et de la nécessité ; le règne de l'éphémère et de l'essentiel...

L'appartenance et l'indistinction sur chaque visage ; relié(e)s (très) instinctivement...

Et le pressentiment du plus proche – du plus profond – du plus commun ; ce qui manque – si cruellement – à l'esprit humain...

 

 

L'ardeur intacte ; au-delà de toute intention ; de toute conviction...

D'encre et de ciel ; cette parole qui serpente entre l'incertitude et l'inconnu...

Dieu ; sur ces rivages – déguisé en un peu de lumière ; en un peu de poésie ; et que ces siècles méprisent ; comme si les cœurs – comme si les mains – comme si les bouches – avaient effacé jusqu'à la possibilité de la tendresse – de la mansuétude – du détachement...

 

 

Le cœur ; prêté (pour quelques instants) pour s'essayer au chemin...

Aux côtés du monde ; et du silence...

Et la couleur du destin qui, peu à peu, apparaît – se dessine...

A portée (toujours à portée) de lumière ; en dépit du sombre que l'on côtoie...

Comme le vent dont le chant se renouvelle ; et s'éternise...

Comme un clin d’œil au temps qui a prolongé l'origine...

 

 

La vie simple ; (éternellement) voyageuse...

Invariablement ; entre ciel et terre...

Sans rien chercher ; la route – ce qui apparaît...

Ni doute – ni pensée ; la main tendue...

Et ce que l'on traîne ; dans notre sillage ; la parole qui s'offre sans attente...

Comme de petites pierres – au milieu des rêves ; un peu d'infini au cœur de l'infime ; sous des yeux (presque) toujours trop lointains...

 

*

 

Au commencement du rêve – du monde...

L'anarchie des premiers instants ; ce qui précéda le givre et la danse (interminable) des pénitents...

 

 

Sans étonnement ; la lumière...

Le lieu désert ; et l'infinité des liens...

Le retentissement des sons...

Au milieu des bêtes et des bois...

Témoin(s) de l'aube qui s'étire ; et que le jour absorbe...

Mille choses transparentes ; au lieu de la fumée du monde...

 

 

Au cœur de cette fraternité silencieuse ; immense...

Loin des murs ; loin des Autres...

Ensemble ; comme si de rien n'était ; comme si la vie – le monde – la mort – avaient été (parfaitement) compris – accueillis – apprivoisés...

 

 

Invisibles ; le lieu et le visage...

Ce qui s'avance – en nous – en silence...

Ces chemins que nul n'emprunte – que nul ne (re)connaît...

En soi-même ; si profondément...

Cette lumière qui éclaire ces heures sans soleil...

Comme au fond de l'âme ; et au fond du crâne ; oubliée...

 

 

Le souffle ardent ; intensément solitaire...

A travers le monde – le pas – le vent – la poésie...

Et les bêtes dans leur passage ; et certaines âmes dans leur voyage...

A travers ce qui monte ; la source inconnue ; apprivoisée...

Le poids de ce qui s'en va ; et la légèreté du reste...

 

*

 

A bras-le-corps ; la distance...

Au cœur de cette (perpétuelle) oscillation entre l'Un et le reste (ses fragments – sa progéniture – son prolongement)...

De la chambre à l'inquiétude ; et de l'inquiétude à la lumière...

Et le recommencement du cycle ; sans fin – à travers la matrice qui enfante (sans jamais s'interrompre)...

D'un corps à l'autre ; d'un univers à l'autre...

Et l'aube – chaque jour – comme une nouvelle épiphanie ; qui s'élève entre les rêves et les étoiles ; au-dessus des figures émerveillées...

Quelque chose, à chaque fois, de la naissance du monde...

 

 

Toutes les couleurs ; à travers le bruissement du langage...

De l'érection à l'effondrement...

Par lambeaux ; par pans entiers de ciel...

Ainsi (sans doute) jouit-on de la solitude ; ainsi (sans doute) s'expérimente toute poésie...

 

 

A l'heure (sombre) des cendres ; la poussière et le silence...

Au-dessus du monde ; des songes (une multitude de songes) ; et autant de souvenirs...

L'esprit triste et assoupi ; avec le parfum (enivrant) des fleurs – et le flot (incessant) des larmes – qui accompagnent le (grand) sommeil...

Le visage livide ; le cœur défait...

Seul ; à l'autre porte ; et (encore) si près de ce monde...

Au seuil des rives oubliées...

 

 

Dans l’œil – et le ciel – de l'oiseau ; parfaitement ouverts – dépliés...

Au rythme de la danse ; le voyage ; cette ronde (interminable) autour de soi...

Avant l'entrée dans le cercle silencieux ; et ce qu'il faut d'écoute et d'entente pour se rejoindre – se retrouver...

Auprès de l'ensemble ; toujours (très) harmonieusement ; en dépit des apparences ; et n'en déplaise aux inquiets – aux alanguis – aux grincheux – que chagrinent toutes les circonstances...

 

*

 

Rouillée la hache ; dans l'herbe mouillée...

Rouge et rosée...

Comme la parole et le visage ; parfois ruisselants – parfois abandonnés...

Le prolongement (consenti) de l'origine...

Jusqu'à la courbure – parfois dramatique – de la lumière...

Nul gain – nulle perte ; ni vainqueur – ni vaincu – (pourtant) en ce monde...

Le franchissement du miracle ; la seule possibilité...

 

 

Des lieux ; des épreuves...

Rien auquel on ne puisse échapper...

Des Autres – des pierres – des flaques de boue...

La clarté fangeuse du monde ; et des angles où se cogner ; et des arrêtes où s'écorcher...

Mille choses ; et autant d'obstacles que d'accablements...

Ce qu'il (nous) faut nécessairement endurer...

 

22 juin 2023

Carnet n°292 Au jour le jour

Avril 2023

Le passage offert ; et que l'on obture – peu à peu...

Au fil des pas ; le merveilleux (par intermittence)...

Les yeux (trop souvent) ligaturés...

Comme emporté au loin ; là où commence la mémoire...

Dans le prolongement indéfini de l'élémentaire...

 

 

La matière, peu à peu, retranchée...

Se creusant ; comme les bruits et la langue...

A ciel découvert ; qu'importe l'ampleur de la faute ; l'ampleur de la faille...

La (simple) continuité des choses ; du voyage...

Comme condamné(s) à l'éternelle étrangeté du vivant...

A supposer (bien sûr) que nous existions...

 

 

Emporté par la parole qui nous assaille – qui nous martèle ses fables (ses croyances) ; et qui nous soustrait (trop souvent) au plus vrai – à ce qui (se) rapproche de la vérité vivante..

Hors du monde ; l'horizon ouvert – l'âme offerte ; le vide qui (enfin) se révèle...

 

*

 

La nudité accueillante...

Sous la lumière crue du jour ; le monde...

Les mains jointes (quelques fois)...

Le souffle déployé...

A travers l'esprit...

Et les lèvres tremblantes...

L'âme au bord du sommeil...

Près du refuge des bêtes...

Le Dieu vivant ; au-delà du rêve des hommes...

Le reflet grossissant du ciel dans les yeux confiants...

 

 

En dépit de cette présence sans fin – immobile...

Au milieu des rêves et des fantômes...

Des pierres et des étoiles...

Les lèvres serrées sur l'écume ; à l'image des cœurs crispés et des mains saisissantes...

Dans notre bain de boue quotidien ; cette frange du monde...

 

 

La tête dressée ; hors des siècles ; alors que l'asphalte se déroule ; alors que le voyage continue...

S’affranchissant (peu à peu) de la gangue...

D'un espace à l'autre ; vers les hauteurs ; l'immobilité...

Le cœur ouvert ; et les pieds (encore) dans la fange...

 

 

A l'abri ; dans les bois...

Enveloppé par le bleu souverain alors que partout ailleurs la violence sévit...

Le jour dans les yeux ; naissant – alors que les hommes s'obstinent à repeindre le monde ; en couches sombres qui alourdissent le poids du mensonge ; et qui opacifient les voiles déjà épais qui recouvrent la transparence – la lumière...

Comme un obstacle à vivre ; le rêve porté au pinacle ; pour le plus grand malheur du reste...

 

*

 

La terre – au milieu des étoiles ; comme un bain d'enfance...

Encore la nuit ; malgré la couleur – la lumière...

Et ce bleu ; sous les arbres...

A l'abri des lourdeurs humaines ; des horizontalités trop grossières...

Un anneau à chaque doigt...

Et le cœur au fond du regard ; à mesure que les noms deviennent fenêtre ; à mesure que l'espace remplace le monde – la fièvre – le rêve ; à mesure que disparaît l'écume...

 

 

Dieu ; plus intensément...

Autant que l'âme et la matière...

La terre si haut perchée ; le ciel si accessible...

Plus ni exil ; ni étrangeté...

L'étreinte – le silence – l'origine...

Moins (bien moins) distrait qu'autrefois...

 

 

Face à ce que l'on croit ne pas être...

Dressé ou aplani ; nous désolidarisant en cas de malheur – en cas de menace...

Gardien du peu ; de l'infime – face au reste ; sur la balance du dérisoire...

Alors que vit – s'offre et se déploie – devant nos yeux – l'inespéré...

 

 

Parcourus ; le monde et le refus...

La route dans le vent...

Et l'intériorité qui affleure ; sous la peau – les paupières...

Face au ciel ; la paroi contre le dos...

Et ce silence – au milieu des cimes ; sauvage(s) – nécessaire(s) – paroxystique(s)...

Les lèvres grandes ouvertes...

Avec déjà l'essentiel en soi ; au milieu du fouillis des images...

A la recherche d'une chambre – d'un passage ; un lieu qui servirait (à la fois) de refuge et de tremplin...

 

*

 

Carré de pierre – de ciel...

Tout penché(s) contre nous...

A écouter la parole des arbres ; et la sagesse ancestrale...

Face à la lumière à peine voilée par la danse des hommes...

Le visage (une partie du visage) recouvert(e) par les fables du monde...

Bras écartés ; sans (jamais) se dérober à son destin...

 

 

Dieu au cœur des dissemblances...

Bien que chacun brandisse (avec force) ses croyances ; son identité...

Ni ciel – ni halte ; dans les mouvements...

A chercher le souffle et le secret ; malgré l'obscurité et l'indifférence de ce qui nous entoure...

La main incertaine posée sur l'infini qui s'esquisse...

On a beau s'approcher – ou s'éloigner ; ni (franchement) proche – ni (franchement) lointain ; jamais séparé de la source – en vérité...

 

 

Comme respirant dans l'interstice ; indigemment...

Autour de soi ; le monde – l'air – l'eau – la terre – pollués...

Des formes de vie (sans doute – les plus grossières) drapées d'un peu de matière...

De l'argile maladroitement façonnée...

Et le surcroît laissé au fond de l'âme ; derrière les yeux...

Au milieu de tous ses congénères...

 

 

Le cœur comme un bloc ; soustrait aux risques...

A ses propres yeux ; comme la soif...

Et ce que nous refoulons plus loin ; par-delà le regard et les confins...

La chair – au-dehors – déchirée par tant de coups ; les brimades d'un monde indifférent...

A nous reconnaître – trop peu souvent – en l'Autre...

Au milieu des griffes et des crocs ; au milieu des dépouilles et du sang...

Au cœur de ce chaos – sous les orages et les tempêtes ; le front et l'âme qui, peu à peu, apprennent à s'ouvrir ; à se laisser pénétrer...

 

*

 

En soi – les chimères ; mains tendues ; aussi mortelles que le reste...

Sous la même lumière ; et les saisons changeantes...

Sans importance – sans impatience ; jusqu'au dénouement...

 

 

Au-delà des alliances ; le chemin ; et des rires...

Recueilli(s) dans ses propres bras...

La roue du temps ; inversée jusqu'à la suspension...

Puis des ondes – des vagues – des courants ; nous laissant emporter – comme une manière de savourer – et de célébrer – la fin du voyage...

Sur notre barque ; uni(s) – déjà uni(s) – à l'infini...

 

 

La peau déchirée ; et le vent...

Et la nuit dans laquelle on s'enroule ; et le ciel que l'on habille de noir...

A la manière de Dieu – des bêtes ; dans l'indifférence des yeux...

L'esprit en tête ; et le secret au fond de l'esprit...

 

 

Comme une secousse ; vers l'océan...

Ce qui se déplace d'un monde à l'autre ; l'esprit soulevé – l'esprit soulevant...

Au-dessus des montagnes et des toits...

A partir de nos lèvres inquiètes...

L'érosion qui frappe la roche ; et qui éparpille ceux qui se rassemblent pour assouvir leur faim...

Par défaut d'oubli ; ce que l'on attribue (en général) au monde – aux Autres – au temps...

 

 

Comme enroulés autour d'un sommeil cordial – sans retenue...

Accoudés au retrait et à la nuit...

Par nuées ; avançant (plus ou moins) masqués...

Colonisant la pierre...

Anéantissant à coups de piques et de pointes...

Le ciel et l'Autre – par l'embrasure – ignorés...

Et redevenant la terre ; sans la moindre larme – sans le moindre tremblement...

 

*

 

L’œil-univers posé tantôt sur la boue – tantôt sur le jour ; tantôt depuis la rive – tantôt depuis l'étendue...

Face à la lumière ; sans autre provision...

Le ciel – les choses ; sans rien changer...

Et ces visages tremblants devant tant d'incertitude(s)...

 

 

En ces lieux ; l'invisible...

Des mots – des seuils ; le soleil...

Qu'importe ce qui guide les pas ; et la parole...

Penché(s) sur le temps qui passe ; comme une eau intarissable...

Et la nuit ; et ce qui nous relie...

Comment pourrions-nous l'oublier...

 

 

Par petites touches ; les créatures façonnées...

Se dispersant ; partageant le sacrifice ; et le trésor commun...

Terre et ciel – scellés ensemble ; durant cette traversée – à genoux...

 

 

Les yeux au-dedans de la pierre...

Se consacrant à l'inventaire (inépuisable) du monde...

Parmi cette foule nombreuse – hostile – exigeante ; indifférente au labeur des Autres...

Le secret (savamment) dissimulé au fond du silence...

Et les mains qui tirent ; et les mains qui poussent ; et les cœurs qui prient et s'exaltent...

Et l'âme à la traîne ; et l'esprit étroit et retors à la manœuvre – toujours asservis à la matière...

 

 

Condamné(e)(s) à cet étrange vertige de l'arrachement ; l'âme – la tête – la chair – le monde...

Porté(e)(s) tantôt par le manque et la faim ; tantôt par l'invisible et la joie...

Sur ce fil tendu – le(s) destin(s) – par intervalles – entre ce qui emprisonne et ce qui libère...

Cherchant le souffle et la sente...

Jamais aussi près du ciel ; et de la terre...

Cette traversée de l'air vers le jour ; à égales distances des extrêmes et du centre ; au milieu de la poussière...

 

*

 

Le cœur en flammes...

Qu'importe le nom de Dieu face à l'indifférence ; face à la force du rêve qui a envahi la terre et les têtes...

La paix et l'intensité du cri...

A regarder l'invisible œuvrer sur le regard et sur le monde...

Qu'importe le degré d'embourbement de ceux qui respirent ; de ceux qui s'acharnent à vivre...

 

 

Évanouies – envolées ; les traces (si tenaces) de la souffrance...

Et l'approximation de l'exactitude au regard de l'immensité...

Et ce surcroît (colossal) d'intimité...

Sur ces berges où rien ne peut s'achever ; où la clameur du monde est (presque) toujours célébrée – entendue et répétée...

Dieu présent (pourtant) jusque dans les traits les plus obscurs...

Et le visage de l'aube ; au terme du voyage ; le commencement d'une autre vie – sans doute...

 

 

A entendre – en soi – le monde et le temps – s'écouler ; en un murmure infime...

Entre l'est et l'ouest ; entre le nord et le sud...

Au centre du ciel ; juste en face...

L'essentiel (sans même en avoir l'air)...

Assouvissant la soif – en flots continus...

Et les éclats si épars du visage ; (enfin) réunis ; (enfin) reconstitué...

A même le souffle ; et le cours des choses ; la réparation...

 

 

Au demeurant ; au milieu de l'eau – et de l'espace – sur la terre...

Le cœur au loin ; la tête en l'air ; l'âme en fête ; le corps se déployant  – marchant ; flânant auprès des autres solitudes...

Ne cessant (jamais) d'être ; à la fois surface et profondeur ; offre et réclamation ; jeu et tristesse – ensemble et élément...

De moins en moins séparé(s) ; rapprochant la chair du sol ; et le reste du vent ; la figure et le nom se laissant, peu à peu, effacer par l'infini...

 

*

 

Ce qui déborde ; comme la chair et le cri ; l'apparence d'une divulgation...

Le dedans qui ressort...

L'abondance et le noir expulsés peu à peu ; et (parfois) évacués à la main...

Dans les ornières du temps ; au cœur du plus précieux...

Quelque chose des bêtes et des Dieux...

A mi-chemin – peut-être...

Comme une floraison crépusculaire...

 

 

L'or et le monde ; tant (re)cherchés...

Comme si le cœur était équipé pour l'obscur ; les paillettes ; les chemins de fantaisie...

D'un lieu à l'autre ; sans Amour – sans pardon ; sans (véritable) possible...

L'esprit de la douleur comme seule étoile...

Sans que l'intelligence et la tendresse puissent s'inviter...

 

 

La soif au bord des lèvres...

Et le cœur froid – sur la pierre – qui attend...

Face à la blancheur ; l'incompréhensible...

Ce qui nous éclaire – peut-être...

Pour apprendre à se séparer (peu à peu) de l'inhumain...

 

*

 

Les mains pourvoyeuses de toutes les faims du monde...

Comme un consentement à l'improbable – à l'impossible – à la récurrence...

Le jeu de l'écume sous la lumière...

Entre l'excès et le sacrifice ; l'étroit chemin...

Et ces (maigres) retombées d'étoiles en guise de récompense...

Ce qui fait perdre (trop souvent) le sens et la joie ; au profit de la douleur...

Et rien pour contrecarrer le rêve ; l'irrésolution...

 

 

Au bout de ce monde ; dans un retrait – une discrétion...

Comme un éloignement du trop humain...

Une hauteur – une suspension...

Porté par les désirs du vent ; sa volonté ; obéissant...

Comme un ressort dans la poussière...

Le prolongement de l'alliance ; le trait d'union ; le prélude de l'effacement...

 

 

Du plus haut ; l'étreinte...

Ce qui – dans le cœur – est atteint...

A se découvrir ; et à disparaître...

Avec ce qui reste ; le visage à l'horizontale...

 

 

L'enfance ; à coups de rêve...

A nous débattre dans la fumée épaisse...

L'âme en feu ; et les pieds plantés dans les gravats...

Et nous encore ; sur tous les monticules de pierres...

A prier le ciel – la lumière – l'éternité...

Sans jamais consentir au repos ; asservi(s) à cette fièvre qui ne pourra nous arracher à la boue...

 

 

Nous ; mesuré(s) par cet écart infranchissable avec la transparence...

Comme un dessaisissement (involontaire) ; un chemin (indirect) vers l'abîme...

Rien de nouveau – pourtant ; sinon cette proximité du sol ; et l'impossibilité de la matière...

Qu'importe que le temps succède au temps ; que le monde succède au monde...

Blanc jusqu'à l'os ; malgré l'obscurité alentour ; malgré la noirceur des âmes...

Peu à peu – l'innocence ; en dépit de tout...

 

 

Tout réuni – dans l'espace ; la lumière – le silence – le monde – la confusion...

D'opacification en éclaircissement ; puis, le chemin inverse – invariablement...

Comme face à la montagne ; la même route – la même illusion...

 

*

 

A se résoudre au feu – à la bêtise – au sacrilège ; à la matière malmenée...

Comme de la fumée entre le sol et le ciel...

Au-dessus des pierres ; et au-dessus des siècles...

A coups de boutoir – sous la même étoile...

A consentir jusqu'au rêve – jusqu'au sommeil – jusqu'à pactiser avec les forces les plus noires – les plus souterraines...

 

 

Paroles et pas impatients – désincarnés...

Porté(s) par le tourbillon des chimères...

Avec sur les épaules (sur toutes les épaules) le poids du monde et le silence...

Défaisant (presque toujours) le plus simple ; au profit de l'ombre...

A vivre comme derrière une vitre ; avec tant de morts et de fantômes...

L'âme ; jusqu'à la moelle – rougie par la colère et le sang...

  

 

Pourquoi Diable – de passage...

Si peu équipé(s) pour les réponses...

A travers la tête ; (trop) aveuglément...

A s'imaginer percevoir le réel ; le temps qui s'écoule...

Le front obstiné ; obscurci...

Bricolant des solutions avec quelques bouts de ficelle trouvés sur le chemin...

 

 

Des origines à l'âge de la poussière ; durable – indéfini ; instants passagers certes...

A force d'exalter le souffle...

Une face amoindrie – accaparée ; et l'autre culminant au-dessus du sol – dans les hauteurs d'autrefois ; inchangées – inaltérables...

A moissonner les intervalles – les interstices – les anfractuosités...

Aux jointures de la parole et du rêve ; au lieu de poser les premières pierres de l'ascension...

 

*

 

Quelques traces (quasi) enfantines...

Entre la faim et la barbarie...

Au milieu des nuées de créatures dispersées dans l'invisible...

Et l'énergie qui, peu à peu, se structure – s'affine – se singularise...

Comme des ondes – des soubresauts – sur la terre ; dans l'eau et l'air sombres...

Avec des géniteurs unis par la même cause...

Et le jour descendu qui s'attarde un peu...

Entre mille nécessités ; la folle histoire de la métamorphose...

 

 

D'un monde à l'autre ; la parole prophétique...

Accompagnant l'obscur et la douleur...

Dans le bruit ; d'une extrémité à l'autre...

De mort en mort ; et entre les intervalles – la possibilité du renouveau (ou, au pire, celle du recommencement)...

A peine existant(s) depuis (presque) toujours – pourtant...

 

 

A l'instant du seuil ; les alentours...

Aux limites du rêve ; le monde des choses...

De l'abstraction à la totalité...

Comme un (très) progressif éclaircissement de l'esprit...

 

 

La figure mortelle désavouée...

Une manière d'éradiquer toute croyance...

Invoquer le silence plutôt que la raison ; et déployer l'esprit plutôt que l'idée du monde...

Le vivant à cheval sur la douleur et la mort ; et qui, peu à peu, s'en écarte (et qui, peu à peu, apprend à s'en écarter)...

Vers le seul appui – en soi – la blancheur ; et l'innocence du sol et de l'espace...

 

 

Ainsi constitué(s) ; jusqu'au réveil (plus ou moins rapide) de l'insatisfaction...

Par le truchement des traces suivies et la lucidité...

Une manière d'interrompre la tradition et d'initier un mouvement singulier (éminemment subjectif et personnel) visant à révolutionner le regard – la perspective – le geste et l'élan...

 

*

 

A extraire les traits du jour par les veines...

A reprendre en chœur le sang qui pulse...

D'une terre à l'autre par la même rive ; longue et continue...

A se détourner de la séparation ; et de ce qui éloigne...

La main caressant ce qui pleure ; et la figure penchée sur le reste...

De (très) bon augure ; cette présence – cette attention...

 

 

Loin des horizons communs...

L'angoisse (presque) entièrement consumée...

Au rythme du chant terrestre entonné pour (presque) rien ; vers le vide et la transparence...

Une sorte d'illumination invisible...

Avec tous les arbres et toutes les bêtes serrés contres soi ; et l'âme bercée par le mystère et la langue...

Et ce besoin d'aube et de solitude ; à partager de manière (parfaitement) équitable...

 

 

Minuscule ; comme oblitéré...

Et condamné au silence...

Un peu à l'écart du rêve – du monde...

Né avec l'apparition du jour...

Et mêlé à l'enfance et à la poussière...

Du début des âges ; comme la roche qui s'élève...

La perpétuelle réitération du voyage...

 

 

A travers la tête ; la pensée intarissable...

Le désir de l'homme ; face au manque – face au froid...

Simple particule au milieu des Autres – au milieu du reste...

Un peu partout ; et déjà fractionné(s)...

Dans les interstices du jour...

Entre la lumière et l'infini ; en dépit des apparences...

 

*

 

En chemin – entre le vrai et ce qui brille ; le cœur attiré...

Comme un sillon ouvert parsemé de rouge et de jaune...

Et sur fond de transparence ; l'espoir – la misère et la joie ; indistinctement...

De plus en plus immobile à mesure que l'immensité se rapproche – nous recouvre – nous efface...

 

 

Les signes de la fièvre peints sur les lèvres ; la parole hâtive ; inattentionnée...

Loin du murmure ; et de la suggestion...

Des airs d'absence alors que le ciel s'abaisse – se découvre – se révèle...

Entre l'infini et le néant ; les paupières fermées...

Le chant qui couronne l'ombre et la nuit...

Les yeux gonflés d'images ; la tête comme déformée ; et parfois (trop rarement) des ailes qui se mettent (spontanément) à pousser...

 

 

Suspendu(s) au rêve de l'indifférence...

Brinquebalé(s) pourtant...

Et nous dérobant (essayant de nous dérober) pour ainsi dire...

Émergeant (à peine) des éclats ; et bien décidé(s) à nous enfuir au plus vite...

D'ici jusqu'au point de ralliement – le lieu où se rejoignent les corps ; le lieu où se dispersent les âmes...

Jusqu'à ce que disparaisse toute cécité...

 

 

Aveuglément ; sans s'interroger...

Nous consolant de l'infime et du dérisoire...

Aplanissant les (minuscules) anfractuosités ; et remplissant les trous et les failles ; alentour – à notre portée...

Insecte(s) en quelque sorte – rivalisant de ruses et de déguisements pour s'approprier une parcelle – se construire un abri – et bâtir ce que les hommes appellent une existence ; les pieds et l'âme encore plongés dans la terre et l'insignifiance...

 

*

 

Un feu, parfois, pour enflammer les rêves ; faire taire les cris ; et réserver à la chair la promesse de l'étreinte...

Puis, attendre la joie qui envahira les cendres...

 

 

Le corps comme une étoffe qui flotte au vent...

Bout de ciel et de pierre ; si maladroit sur ces rives hostiles et grouillantes...

En dépit des apparences – conçu pour des lignées verticalisantes...

Édifiant depuis le plus bas – à hauteur de poussière...

Et cherchant (encore) à se baigner dans le sens des eaux...

Vers la terre ; toujours courbé ; malgré la voix et la prière...

 

 

Au jour précédent ; le peu de partage...

Étendu sur le flanc...

Servant de reflet aux étoiles...

Et jetant les pierres aussi loin que possible pour élargir le monde ; agrandir le territoire et l'enclos ;

La croix toujours sur l'épaule...

 

 

Sans cesse oscillant entre hier et demain – entre le centre et la périphérie ; comme si les lieux et le temps existaient réellement...

Bout(s) d'espace – seulement...

Dans le rire et la joie révélés ; malgré la tristesse et la souffrance apparentes...

Des tourbillons de poussière ; une figure ; quelques vibrations à même la trame...

Qui que nous soyons...

 

 

Dans la différence ; rassemblé(s)...

Sans qu'interviennent ni le parcours ni les commentaires...

Comme un franchissement ; quelque chose de nouveau ; à la fois seuil et prolongement...

Surprise sans précédent ; et s'amplifiant à mesure que nous nous effaçons...

 

*

 

Ce que nous n'abandonnons pas ; à sa botte...

Penché sur les saisons qui passent...

Et la lune ; magiquement ; et notre (lente) absorption...

Quelque part entre le désir et le rêve...

Dans cette faille qui ouvre l'espace ; et déplace les frontières...

Jusqu'à nous dessaisir de toutes possibilités...

Devenant ce qui voit ; sans les mots...

Ici – ailleurs ; comme une fenêtre éclairée...

 

 

Le regard ; comme un soleil noir...

Métamorphosant le pays de la mort...

Et dans son sillage ; ceux qui vivent – ceux qui croient – ceux qui boitent et bâtissent...

Infirmes ; toujours infirmes – quelque part...

De l'or plein les mains ; et (toujours) derrière la vitre...

Dans la profusion des pierres et des promesses...

Si loin encore de ce qui excède le désir...

 

 

Nous-même(s) ; comme figurant(s) ici...

Aussi bien que la parole ; comme un bruit – un décor – anonyme(s) de plus en plus...

Voix et silhouettes évanescentes émergeant du rêve et du sol...

Intelligibles par le cœur attentif...

Et comme des traces noires pour les Autres...

Quelque chose entre la douleur et la joie ; guère compréhensible (assurément)...

Puis, le silence ; la disparition de l'extérieur aussitôt suivie par notre effacement...

Nous-même(s) ; sans autre possibilité ; ne figurant plus même ici ; ni ailleurs...

Comme partout à la fois...

 

 

Allant là où cela doit être...

Entre le jour et le reste ; plus rien...

L'obscur révélant sa nature...

Parvenu comme autrefois ; en ces temps de toujours...

 

*

 

Comme l'eau ; libre de sa destinée...

En tourbillons de ciel ; dévalant les reliefs de pierre ; serpentant à travers les rêves...

Dans le sens du vent...

Autant de signes d'obéissance...

Effaçant – avec le reste – les (risibles) traces des hommes...

Pas même une entaille sur la peau ; et pas la moindre empreinte dans l'esprit...

 

 

Ramassé à la dérobée ; le trésor...

Les mains chargées de présent...

Cassant la pierre à coups de joie...

Offrant l'inconnu comme une caresse...

Et sur le chemin de la cendre ; des carrefours et des étoiles...

Tout ce dont le cœur a besoin...

 

 

Ainsi la parole ; plus faille et obstacle que tremplin ; plus réponse que découverte ; plus rempart qu'issue...

A ce point que le nous (jamais) ne peut être suspendu...

Simple prétention de la tête ; qu'un bruit infâme – un relent méphitique des temps passés ; sans jamais permettre ni la rupture – ni la jonction...

Aussi désarmé(s) avec que sans ; et plus empêtré(s) encore (sans doute)...

 

 

Redoublant de peines pour moins de clarté...

Poussière structurée qui entrevoit son passage ; sa durée (approximative) et sa disparition (apparente)...

Du côté de ce qui est plutôt que du côté de ce qui pourrait être (pour le meilleur) ; et inversement (pour le pire)...

Si malhabile encore ; et pas même à mi-chemin...

 

*

 

A tout cela ajoutés ; la nuit – le jour – la proclamation – toutes les naissances et toutes les morts...

Et le labeur supplémentaire pour nous faire taire au seuil du silence...

La paix en son cœur ; et l'étoile derrière la vitre...

Tout à sa place ; l'âme – le monde – le reste ; et nous qui avons disparu...

 

 

A crier plus haut que le ventre ; fort heureusement...

Entre les Autres et le ciel ; à cette place étrange...

Au-delà de l'image ; au-delà de l'espérance...

A la jonction et dans le prolongement ; maillon (exactement) de tout ; esprit et matière ; danse et épaisseur...

Sans séparation ; dans l'indistinction du cœur commun – du cœur uni ; l'entièreté de l'espace ; ondes et particules...

 

 

A la marge ; ce désir d'éclats...

Entamé par la saisie ; et l'impossibilité du renouveau...

Affleurant – à peine – durant la traversée...

La même figure ; se succédant (de manière perpétuelle)...

Jusqu'à l'émergence de la blancheur ; jusqu'à la fin des temps...

 

 

Hors d'atteinte ; la tête très près (tout exprès)...

Aveuglément ; les déplacements...

Sur le sol venteux ; dans la poussière qui tourbillonne...

Le cœur crispé sur la question...

Ce que l'on a vu ; et ce que l'on a entendu dire...

L'espace de quelques instants...

A obscurcir le front avec le rêve – le monde – la nuit...

Comme si rien ne s'était interposé entre nous et la lumière ; ce que nous découvrons (bien sûr) au fil du chemin...

 

*

 

Le Dieu vivant sous l'apparence...

Au plus près de l'ardeur ; et de ce qui brûle...

Dans tous les mouvements qui nous animent ; choses – êtres et astres...

L'univers en marche ; s'éclairant – se dissipant...

Jamais loin ; jamais au-dehors...

Contre le silence ; la tête foudroyée...

 

 

Le souffle sous l'apparence de la cécité...

Plus qu'une couleur ; des vibrations...

La fièvre qui nous agite ; et le sommeil qui nous saisit ; qui nous assomme...

Et dans le ciel aussi ; au demeurant ; sans la moindre exception...

Par-dessus les cimes du temps ; quelque chose d'éclairé – de lumineux...

Si violemment – si nécessairement ; comme l'encre qui gicle – qui se répand – qui envahit le carré blanc ; et qui colore l'âme (les âmes peut-être – espérons-le) de son bleu céleste...

Sur nous ; pauvre matière – la patte céruléenne...

 

 

Sans un seul mot retenu...

Et le même silence entre ; et à la fin...

Un chant ; à la manière de l'incertitude...

Le rêve et le vent tissés ensemble...

Non pour dire ; pour célébrer ; et la joie que cela offre ; un rayonnement peut-être...

Qu'importe l'obscur ; qu'importe l'insignifiance ; lorsque l'élan et le trait obéissent à la nécessité...

 

 

Entravé(s) ; par intermittence ;

D'un intervalle à l'autre ; les interstices de la chair et du rêve que la mort interrompt...

La marque (presque toujours) de la confusion et de l'emportement...

Jusqu'à l'avènement de la lumière ; cette étrange liberté...

 

*

 

Trop de terre dans la tête ; dans le sang...

Et le désir dans son expansion contrariée (pour le moins) ; invalide ; dans ses tentatives (infructueuses – il va sans dire) d'affranchissement de la pierre...

Poussé jusqu'au mutisme – jusqu'à la sidération ; tant son impuissance est patente ; tant son ambition est entravée...

Au cœur de la matière – pourtant – le plus grand soleil...

 

 

Dans l'Absolu du monde ; si mystérieux...

Épaule contre épaule ; et le souffle inégal...

A la lisière du signe ; le commencement – la solitude – le voyage...

Ce qui nous échoit (ce qui devrait nous échoir) ; avant l'étape du rougeoiement ; prélude (inévitable prélude) de la disparition et de la lumière...

L'au-delà du ciel – de l'écume – du langage...

 

 

L'évidence du sol – du souffle – du centre...

D'un lieu à l'autre ; sans se déplacer...

Dans la jonction ; la (perpétuelle) continuité...

Alignés ; sous la lumière...

Comme si la nuit n'existait pas...

Comme si l'aurore était une invention...

 

 

Cette (intrigante) confusion entre la figure et la poussière...

Comme un rêve qui scintille – accidentellement – à travers le gris (et l'opacité) des yeux ; et qui attend le vent et la mort pour disparaître...

De proche en proche ; et toujours le même éloignement...

 

 

Cet étrange vertige face à l'apparition – face à l'usure – face aux sévices du temps...

A la cime de l'insuffisance ; les yeux – l'homme – l'esprit – confrontés à la terre (cet amas de particules et d'images) qu'ils ont, eux-mêmes, inventée ; rive blanche pour les uns ; tertre sombre pour les autres ; et transparence pour quelques (rares) privilégiés qui ont su percer l'épaisseur (et l'insondabilité du mystère)...

 

*

 

Chaque jour comme un surcroît de ciel...

Sous l'étoile montante ; la terre claire...

Sur le seuil ; comme l'arbre et la fleur...

A la jonction des invisibles...

La chair simple ; et le rouge au cœur...

 

 

Communiant avec les âmes douloureuses de ce monde...

De nuit en jour crépusculaire ; le ciel bas (si bas – pourtant – quasi accessible à celui qui saurait hisser son cœur au-dessus du sommeil)...

La paix en feu ou sous les cendres de l'hiver ; et la joie qui ne s'enflamme qu'en rêve...

Le temps long (diaboliquement long)...

A croire (encore) aux vertus des images et du songe...

Célébrant l'espérance et l'illusion...

Attendant l'impossible offert par un Dieu qui habiterait le ciel – la prière – l'extase – le dehors ; jamais ni le monde – ni le dedans ; ni le plus quotidien ; comme une main tendue qui nous sortirait du brasier – des enfers ; qui nous préserverait (nous autres pauvres créatures) de toute immolation...

Entre foi et affolement ; avec des âmes damnées vouées aux supplices de la géhenne et des âmes à sauver de ces rives en perdition que l'on s'obstine (toujours) à recouvrir d'autels et de prédications...

Hors de soi ; comme la seule condamnation...

 

 

(Parfaitement) indissociable du reste (de ce que l'on perçoit habituellement comme le reste)...

Ici – au plus près ; qu'importe ce qu'en pense la tête...

A travers le rêve ; la clarté...

Polycentrique ; comme les reflets de la même source...

Ce qui fait jour pour se rejoindre ; après tant de siècles de fondrières – de cécité sans interrogation...

 

 

La parole fractionnée ; et (bien sûr) invisible – inaudible ; comme soustraite du monde...

Traits – traces peut-être – imperceptibles par les yeux et les âmes obstruées – prétentieuses – indolentes...

Éprouvée (pourtant) depuis les profondeurs...

A l'altitude appropriée...

Au cours de la double séance du jour ; habitée (peut-être) par ce qu'il y a de plus présent sur cette terre...

Et seulement interrompue par elle-même ; et le silence qu'elle porte...

 

 

Comme le rêve ; l’œil rieur – face au monde – face à ce qui lui échappe...

Ce qui nous manque (le plus souvent)...

La vie ; les yeux fermés ; la figure triste ; le cœur froid et barricadé...

Et l'essentiel (encore) du chemin à découvrir...

 

 

A compter les points ; l'âme indifférente...

Inapte aux querelles et aux combats ; à tous les jeux des hommes...

Comme amputé de ce qui se dresse – et se déploie – bruyamment (et avec fierté)...

Et le centre à la place ; et l'étendue en guise de parcelle...

Le jour ou rien ; aujourd'hui si facile – si différent d'autrefois où l'on était relégué au manque et à la frustration ; dans la (vaine) prolifération du rêve...

Achevé – à présent ; comme affranchi des images et de la durée ; installé dans le perpétuel recommencement – en quelque sorte...

 

*

 

Charroi d'Autres et de pierres ; insignifiant(s) – inconséquent(s) – malhabile(s)...

Sur la pente colorée ; les figures en sang – sous la lumière...

Dérivant peut-être ; s'abandonnant à trop de volonté(s)...

S'exténuant à faire le chemin...

Du rêve à la terre foulée...

Sans comprendre ni la violence – ni l'évanescence – ni la futilité...

 

 

Trop étroitement rassemblé ; ce qui s'éparpille ; ce qui aime (et aspire) à se disperser...

Comme les doigts d'une main retenant le cri ; retenant le sang ; cherchant la nouveauté...

Pointant le ciel ; le suppliant d'offrir à la terre d'autres voluptés...

Traversant (à contre-courant) la marée des morts ; à rebours jusqu'à la déchirure – jusqu'à l'origine de la répétition...

 

 

Redécouverte ; la blancheur – l'innocence de la ligne...

L'emportement ; loin du support...

Comme un ciel ; en guise de réponse...

Et le jaillissement de l'encre ; (assez) obscurément...

Comme un rêve dans la lumière...

L'écoute suspendue entre le murmure et l'effacement...

A la jonction du silence et de la possibilité...

 

 

Abouché avec l'arbre ; les lèvres collées de sève...

Et, par endroits, l'écorce qui a remplacé la peau...

Et dans les profondeurs du sol ; des vibrations...

Et nos cheveux ébouriffés par le vent qui chatouillent le ciel...

L'avènement d'un nouveau monde ; l'homme végétal ; dessinant (à grands traits) les prémices d'une civilisation prometteuse (d'une civilisation à venir peut-être) ; pacifique – solidaire – silencieuse – verticale...

 

*

 

Là – ailleurs – dans l'abondance du présent...

L'âme courbe ; et la main tendue...

La voix qui enfle ; qui serpente entre les bruits...

Sans erreur possible...

A cet instant ; au-delà des mondes ; au-delà de l'imaginaire...

A la fois ancré dans le silence et le feu...

Sans doute – inexistant...

 

 

Aperçu ; le mystère ; à travers la blessure...

Cette part de ciel qui n'en a pas l'air (qui n'en a jamais l'air)...

Et soudain – au milieu des pas ; le visage – la flaque – le reflet ; et l'ensemble du puzzle à reconstituer...

Aussi lumineux qu'inutile ; le jeu vocationnel...

 

 

Le ciel ; quelque chose du monde...

Là où s'attardent les bêtes ; et les âmes silencieuses...

 

 

Redoublant de peine ; dans l'obscurité...

Entre la poussière et l'infini ; indécis...

Porté(s) à croire (simplement)...

D'un bout à l'autre de la prière...

La tête si imprécise dans ses mirages – dans ses chimères – dans ses images et ses idées...

Soutenu(e)(s) par l'absence de l'âme...

D'écorchure en écorchure ; jusqu'à l'imperméabilité...

 

 

Ce qui nous constitue ; à l'endroit où nous sommes ; à l'endroit où l'on nous a (très provisoirement) posé(s)...

Sans pouvoir se résoudre (d'aucune manière)...

Et ce que nous laissons se corrompre – s'aigrir – se souiller ; faute de compréhension...

A nous éclairer (médiocrement) au milieu des mots sombres ; des cœurs vidés de leur substance...

Exténué(s) jusqu'à l'agonie ; au lieu de vivre ; au lieu d'exulter...

 

*

 

Encore des cris sur la pierre...

Blessé(s) par la main qui tient la hache et le couteau...

Avec – sur la chair – tout le poids du monde...

La barbarie ordinaire des visages ; parés pour le rire – la fête – le festin...

Le cœur lacéré ; et sur la feuille – et sur la terre – de longues giclées de sang noir...

La nuit sans la lumière ; l'innommable ; ce que célèbrent ceux qui vivent au pays de la mort...

 

 

Captif du désir – de la haine – de la délivrance...

A tous les degrés du délire – du chemin – de la fantasmagorie...

Comme s'il y avait une marche pour enjamber le temps ; échapper au monde ; rejoindre la vraie vie ; vivre la vérité...

Au lieu de plonger en son cœur sans tressaillir ; pour devenir ce que l'on cherche – ce que l'on fuit – jusqu'à la moelle ; jusqu'à dépasser l'essence et l'effacement ; pour revenir à l'indistinction – au socle commun et éternel de toutes les figures (infailliblement) éphémères...

 

 

Au plus vif de l'air ; à mesure que l'on approche de la source...

Dansant au plus haut du chemin – sans doute ; là où le jour et la terre demeurent silencieux ; gonflé(s) du mystère...

La tête au frais ; comme échappée de l'épaisseur...

Face au monde ; encore plus lointain...

 

 

Le parfum des siècles ; comme le socle du monde...

Le terrain de jeux des hommes sur lequel tout est dessiné à la craie...

Et la substance (blanche) du ciel qu'on lape comme s'il s'agissait d'un nectar – une sorte de délice réservé aux Dieux (s'évertue-t-on à penser) ; et donné déjà (bien sûr) à tous les Autres – à nos innombrables devanciers...

Et les lèvres – et la parole ; depuis des millénaires – identiques ; sans la moindre retombée...

 

*

 

De la même source ; du même espace...

D'un jet complice...

La mort et la matière...

L'esprit et le vent...

A nous arracher de l'eau stagnante...

Vers le mouvement...

Le visage mille fois peint et masqué ; la silhouette mille fois déguisée et travestie...

D'un passage à l'autre...

Du sable au sourire ; jusqu'à ce que tout cède – jusqu'à ce que tout éclate en vérité...

 

 

Entre deux surfaces ; la pierre et le vent...

Pénétré(s) jusqu'à l'indécence ; jusqu'au plus funeste...

Parmi les cris et l'herbe rouge...

A attendre l'éclatement du ciel ; la possibilité du triomphe...

La lumière sur le secret...

 

 

Contre le rêve ; la tête froide...

Les lèvres appuyées...

Et derrière la vitre ; le sang...

La chair vieillissante ; affranchie de toute ivresse...

Comme un surcroît d'attachement à la pierre...

Et la possibilité d'un visage – d'une présence...

Jusqu'à l'heure où la déchirure sera si forte que nous ne pourrons plus résister...

 

 

A se voir défaillir avant que la mémoire ne déraille ; avant de sentir son cœur succomber...

Et l'espoir aussi ; comme accru ; une manière plus forte de s'absenter ; de tenter de s'abstraire de la douleur – de la durée – de la finitude triomphale – triomphante...

Pas encore apte(s) au geste ; de simples gesticulations...

 

 

Là – parfois – vers cet autre espace – en soi...

Comme débordé par l'abondance des possibilités...

A hauteur variable ; le geste – le pas – la parole...

Entre la terre et la mort ; et de temps à autre – une tentative ; l'invention (peut-être) d'un langage – d'une perspective – d'un chemin...

Presque à la place du souffle...

Un au-delà de la neige et de la perte ; comme un monde – un voyage – un verbe – transcendés...

Pas si manqué ; pas si au-dehors – pas si extravaguant – que cela ; en fin de compte...

 

 

Comme (très) brusquement réuni...

Debout ; comme l'arbre et la montagne...

Aussi bleu qu'un baiser sur le front ; que la bouche béante de l'immensité qui nous implore – qui nous adore – qui nous embrasse ; (très) fraternellement...

Au-delà des instincts qui nous séparent (qui semblent nous séparer)...

 

*

 

Bloc(s) de chair ; grains de poussière agglomérés...

Au contact du dehors ; le monde et l'invisible...

Couché(s) par le vent ; (très souvent) en mauvaise posture...

Porteur(s) d'idées et d'images ; de rêves et de fictions...

Créant un monde (des mondes) au cœur de ce qui existe déjà...

Sans rien voir ; et vivant de manière très partielle...

Parcelle(s) infime(s) sur quelques rives perdues – anecdotiques (si dérisoires)...

Et l'orgueil ; et l'odieuse (et risible) prétention de se croire davantage...

Marionnette(s) malingre(s) et engourdie(s) – que la vie déguise – que la vie malmène – que la vie transporte ; que les vents dénudent ; et dont le monde se moque et se sert...

 

 

Au sol ; partagé – fractionné...

Comme amené au-delà de soi...

S'offrant sans doute ; et raclant le fond de l'âme pour s'offrir...

Sans jamais en finir ; au vu de la perpétuelle invention du chemin...

Du bleu en pagaille – en quelque sorte ; comme un surcroît d'abondance...

 

 

Porté par la soif ; davantage (bien davantage) que par la faim...

L'âme plutôt que le ventre...

Et le ciel autant que la terre pour peu que l'on se fasse obéissant ; et qu'on laisse le souffle nous enseigner...

Afin que le soleil – un jour – nous éclaire au-dedans ; devienne la seule lumière qui puisse éclairer l'espace – le monde – leurs murmures et leurs frontières ; avec l'ardeur complice de tous les mouvements ; en plus de ce nouvel éclairage...

Et ce qui demeure en ligne de mire ; comme un surplus de silence et de beauté...

 

 

A nos pieds – ces éclats de jour...

Devant nos yeux ; ce qui favorise l'éparpillement – la séparation et la cécité...

Une paume tournée vers la terre ; et l'autre vers le ciel...

Et sous le séant ; toute l'épaisseur ; cette matière entassée qu'il faudrait inciser...

Les pieds au-dessus (juste au-dessus) de la source...

Et la route (la longue route) qui continue de nous dénuder ; et sur laquelle il nous faut continuer le voyage...

 

 

Sur le sol ; des signes – des traces...

Quelque chose dessiné avec l'âme...

A travers la joie ; et le sommeil de l'homme...

Stupéfait face à la lumière ; et le visage de l'Autre qui veille – en soi...

 

*

 

La pluie sur la peau...

L'âme qui s'éveille – peu à peu – au froid et à l'humidité...

A trembler sous les coups des hommes – sous les coups du temps...

Au cœur des braises – au-dedans ; le cœur qui se soulève – noirâtre ; prêt à renaître du dessous des cendres ; et à recommencer...

La tête tournée vers l'embellie plutôt que vers le rêve...

 

 

Sous les frondaisons ; la mort et la boue...

Ce qui nous pénètre en cet étrange royaume...

Les pas lourds (si lourds) au seuil du possible...

Quelque chose de souterrain ; (peut-être) les prémices de la chute...

Et les bras ouverts – sur l'autre rive – qui (déjà) nous attendent...

 

 

Là où l'on se précède...

Face à la lumière ; l'âme auréolée...

Sur les hauteurs présentes ; malgré le froid et l'infirmité...

Debout dans l'espace ; l'esprit déployé...

Sans que rien ne se hâte (sans que jamais rien ne se hâte)...

Main dans la main ; avec toutes les choses vivantes...

Joyeusement ; la ronde...

Silencieusement ; le monde...

Ainsi tournons-nous le cœur plus compatissant ; l'âme moins écartelée...

 

 

Partout le vide – le rire – la fête ; malgré la chair que l'on oblige – que l'on dépèce – que l'on digère...

Comme si l'on avait (tous – à peu près tous) les pieds pris dans les sables du temps...

A se demander (encore) où est le jour ; où est la joie...

Au cœur de l'insoutenable ; parfois – la légèreté...

 

 

Alors que l'on s'enfonce dans l'épaisseur...

Les hommes du vent et du dedans ; sans distinction – comme piégés dans les profondeurs de la nasse...

De l'autre côté du possible – du désirable – du rationnel ; et sans la moindre alternative (bien sûr)...

Nous asséchant (finissant par nous assécher)...

Et soudain – contre toute attente (en dépit de tous les pronostics) – l'émergence d'une faille à la place du corps ; comme une bouée – une trouée – un peu d'air...

Et le bleu qui s'insinue ; au lieu du cri ; au lieu de l'arrachement...

Comme (momentanément) repoussés ; la chute – la cécité – l'aveuglement...

L'âme – in extremis – arrachée à sa geôle illusoire...

Au milieu de l'espace ; parfaitement nu et indemne...

 

 

A jamais ; le secret emporté...

Au fond des yeux ; au fond de l'âme – la tristesse et l'éternel recommencement...

Aujourd'hui comme hier ; et comme demain (sans doute) ; comme si le ciel n'avait jamais existé – était une simple invention...

 

*

 

Le visage – le chemin ; révélés...

Au plus noir du monde aussi...

Comme dans la lumière exaltée...

De ses propres yeux ; l'éclairage et le sens donné aux pas...

Entre la chambre et l'espace ; selon les jours et les prédispositions...

Sur le fil tendu...

La tête droite ; sans public – sans condamnation...

Au-dessus de ce qui s'obstine...

Le sourire ; si proche de la pierre pourtant...

 

 

Le soleil renversé ; derrière le plus funeste...

Le monde ainsi ; étrangement étagé...

Au hasard des chemins ; des yeux – des passages – la mort ; et ce sur quoi ils ouvrent ; pour la suite du voyage...

 

9 juin 2023

Carnet n°291 Au jour le jour

Mars 2023

La parole bariolée...

Du ciel et de la neige ; hospitalièrement engagé(e)s...

Comme le geste-témoin...

Glissant de l'âme à la bouche...

A rebrousse-gosier...

Le cœur moins aveugle...

Traversant la terre et le temps...

S’immisçant là où les yeux s'épuisent...

S'immobilisant là où l'on doit aller...

 

 

Sur nous ; les ombres et les silhouettes...

A travers le bruit ; le lieu de l'infime...

Le corps qui renâcle à se désobscurcir...

Passant et repassant ; dans un éloignement (très) progressif...

Et comme (presque) toujours ; encore quelque chose de soi...

 

*

 

A l'heure dernière...

Par-delà l'hiver qui, parfois, perdure (plus que de raison)...

Dans ses traces grimpantes (en quelque sorte)...

Nos silhouettes à l'abandon sur la pierre grise...

A la poursuite (permanente) des voyageurs précédents...

Le feu entre nos jambes ; (peu à peu) déclinant...

Le corps à son exacte place de mortel...

Et nous ; nous accompagnant (cahin-caha)

Au-delà des histoires et des noms...

 

 

Au cœur du gouffre ; couché(s)...

Au milieu des Autres ; invisible(s)...

Aussi intouchable(s) que le reste...

Aussi peu guerrier(s) que dans le pire de nos songes ; et le monde avec...

Au rythme des vagues qui nous assaillent – qui nous surprennent – qui nous caressent – qui nous bouleversent ; et qui finiront, un jour, par nous engloutir...

 

 

L’œil généreux ; le cœur sensible à la douleur...

Face aux figures du monde ; insoucieux des sentences et des règles du jeu...

Entre le reflet du feu et la désespérance...

Auprès de l'âme solitaire...

Chaque jour ; un peu plus ; un surcroît d'aventure – au fil des pas...

 

 

En ce lieu où la nuit voyage ; clandestinement (de plus en plus)...

L'épée plongée dans l'âme...

La tête (en partie) décapitée...

Et la perte que l'on précipite ; à la manière d'une eau chargée d'or (nos dernières richesses – sans doute)...

Et autour de nous ; des yeux – des cœurs – des mains ; plissés – orageux – de plus en plus serrés...

A deux doigts du fracas...

Comme si l'automne amplifiait la possibilité du jour ; et notre besoin de nudité...

Comme si rien ne pouvait plus désormais empêcher ce (puissant) désir de s'extraire du (triste) spectacle du monde (subrepticement) entrevu par la fenêtre fermée...

 

*

 

Aux cœurs repliés...

Aux prises avec le froid...

La chair rétractée ; au milieu de la neige...

Le chemin déployé ; et ainsi réunies les conditions de la rencontre...

Face au souffle – les lèvres pincées...

L'âme encore fraîche du visage précédent...

Et, en l'espace d'un instant, le temps qui s'accélère...

La possibilité du changement ; ailleurs – autrement ; avant l'abîme ; avant la mort (en cas de réelle nécessité)...

 

 

De rive en rive ; comme des îles au milieu de l'océan...

Des cris ; et de la roche...

Et la langue bleue de ceux qui se déplacent ; et la liberté de ceux qui savent ; auxquelles rien (bien sûr) ne peut être ajouté...

Là – quelque part ; dans la proximité (malheureuse et indésirable) des hommes...

 

 

Ce que l'on jette ; comme la parole...

Au-delà de la source...

Fidèle (si fidèle) à la noirceur qui nous habite ; qui nous gangrène...

Jusqu'à l'autre extrémité de soi...

Les yeux à la dérive ; et l'âme rebelle – peu soucieuse des tourments (et de la fébrilité) des masses...

Entrelacés – le silence et la joie ; dans le même cercle (et la même étreinte) ; au cœur de cet espace circonscrit par les cordes du monde...

Jusqu'au dernier souffle de la dernière créature...

 

 

Ici ; la nuit...

Tous les maléfices engrangés ; les uns après les autres – par-dessus le secret...

Et ce vide – à mesure des pas ; qu'il faudrait enlacer ; comme des mains qui laisseraient le sable s'écouler ; comme l'esprit qui se laisserait gagner par l'abandon...

Amoureusement ; et sans alternative...

 

*

 

Parce que le jour ; plus simplement...

A petits pas ; jusqu'à la hauteur qui se soustrait...

Au cœur de la vie où, sans cesse, l'on recommence...

 

 

En soi ; le souffle ; et le vent...

La tête arrêtée...

Le temps suspendu...

A respirer encore au milieu des choses...

 

 

Séparément ; de moins en moins...

Au fond de l'interstice...

Parvenu jusqu'à l'embrasure ; la (parfaite) résolution...

Par-delà la substance ; le plus lointain...

Cette sorte d'intimité avec l'espace et le feu ; avec le reste – tous les Autres – en quelque sorte...

Descendu(s) en soi ; sans le moindre résidu laissé à la surface...

Les pieds sur le sol élargi (d'une certaine manière) ; au-delà du corps et de la tête ; le cœur pénétré ; et consentant...

 

 

Dans les tresses du temps ; la mort cadenassée – inabolie ; et encore (trop souvent) brandie en guise de menace...

Comme un rappel à l'ordre – en quelque sorte – pour ceux qui s'imaginent mortels...

Comme une faute de goût ; une parure laide que l'on arborerait avec fierté – un excès de chair qui nous encombrerait...

Une vie sans trépas ; où seul meurt le corps – en vérité...

Au milieu des vivants à l'âme raidie (ou absente)...

Une compagnie – une amitié – en soi – à creuser – incontournablement...

La vérité à la main ; comme inscrite dans le geste...

Quelque chose qui, malgré soi, se rapproche...

 

 

A (trop) vouloir lutter contre le miroir ; l'exacerbation et le grossissement des reflets...

L'apparence changeante...

L’œil comme déplacé ; obstrué par l'excès de distance ; et ce trop peu de lumière...

 

*

 

Le temps insensé ; sans repos – l'âme vivante...

Alors que tout recouvre le ciel ; et que devant les tombes notre cœur se serre...

Comme si ce qui nous habite nous livrait (soudain) à sa volonté ; le vent peut-être ; et ses étranges tourbillons d'ombres et de lumière...

Au seuil de la (dé)raison – sans doute...

 

 

Jouant avec nos pas – nos mains – dans l'argile ; la terre s'insinuant – gagnant (peu à peu) du terrain...

Toujours plus profondément ; dans ce sillon – cette fondrière...

A l'ombre des grands arbres ; et, au-dessus, la mort...

A nous offrir, peu à peu et plus que tout, l'impensable ; le socle de tout chemin – de tout voyage...

Avec nos rêves (tous nos rêves) émiettés au fond de la tête ; nous évanouissant à mesure que le réel gagne en force – en réalité ; dans notre cœur (de plus en plus) vivant...

 

 

Jusqu'à l'épaisseur ; fendue, peu à peu, par la possibilité du silence...

Puis, emportée par les eaux...

Selon le cours des choses ; l'extrême variabilité des destins...

Cette (longue) traversée à gué...

Jusqu'au retournement (inattendu) de la soif...

Notre existence ; malgré soi – malgré le monde – malgré les Autres...

 

 

A la même source ; l'âme et les lèvres – s'abreuvant...

A en perdre la raison (plus sûrement qu'on ne le pense)...

La douleur indéfinie qui, peu à peu, se déprogramme...

D'une extrémité à l'autre ; le poids s'amenuisant...

Et à nos côtés ; parallèles sûrement ; la présence ; et le silence dans la parole...

Aussi longtemps que nous pourrons nous transformer ; le défi de l'abandon...

 

 

Cet œil ; le monde ; comme un attelage guidé par le désir ; et les instincts ; aveuglément vers le sacrifice...

Et contre nous – le vent ; les signes (assaillants) de la débâcle...

Le cœur (de plus en plus) étranger...

Comme un revêtement sur la charpente...

Et l'âme couchée par-dessous...

Avançant ; ne sachant que faire – ne sachant que penser...

 

 

Dans les rouages du monde ; du temps ; notre tristesse (cette très humaine mélancolie)...

Au cœur de cette pénombre qui séduit l'esprit ; et condamne la chair ; ensorcelé(e) (à certains égards) par la promesse du repli – par la promesse du repos...

Guidé(s) par le cœur insatisfait – (toujours) inassouvi...

La porte encore ouverte sur la nuit...

 

*

 

Au plus clair du cœur ; la respiration (naturelle)...

Ce qui rapproche les choses ; dans la plus haute intimité...

Et au-delà du proche ; le merveilleux...

Toute l'étrangeté métamorphosée ; le reste devenant (pour l'esprit) de la même famille...

Sans que rien n'ait changé ; ni les visages – ni l'apparence – du monde...

 

 

Au seuil de cette porte invisible – posée dans l'espace...

Là où l'épaule quitte l'épaisseur...

A la confluence des chemins...

La matière – comme la parole – dévalant la pente ; emportée par la furie des eaux...

Nous quittant ; nous rejoignant...

Dans cet entre-deux perpétuel ; corps et âme – (à la fois) ici et ailleurs – emmenés déjà vers l'après ; malgré l'impossibilité du devenir...

 

 

L’œil et les lèvres ; touchés...

Au creux des larmes ; et par-delà le rouge ; ce que l'on entrevoit...

Auprès de la source...

Et s'éloignant ; le bruit...

Dieu seul ; dans la noirceur autant que dans la tendresse...

A même le ciel qui – partout – s'est éparpillé...

Qu'importe l'ampleur de la fenêtre – qu'importe le monde entrevu ; l'esprit assoupi – l'esprit aux aguets...

Le long du même rêve ; la naissance des ailes ; et le même évanouissement...

 

 

Les yeux vides et aveugles ; derrière lesquels défilent les images – les reflets du monde...

Et dans la bouche ; et au fond du ventre – la chair mâchée et remâchée...

Jusqu'au débordement de la matière...

La ruse – au bout d'une corde – se balançant – jusqu'à ce que le fil se rompe – jusqu'à la chute (inévitable) – en cette étrange périphérie terrestre...

 

*

 

Dans la transparence discrète de l'effacement...

Sous l'arbre ; la main posée...

En ce lieu d'exil ; à l'écart de ce qui se gonfle d'orgueil...

Le cœur à deux doigts du bleu...

 

 

Le souffle ébauché par cette ardeur un peu folle...

Comme un désir insatiable ; boursouflé...

Traquant le vent ; et débusquant le sable ; sans voir la malice qui a envahi les têtes...

Posées nues (apparemment nues) ; contre soi ; les ombres du monde parées des plus séduisantes couleurs...

Sur notre peau ; l'inconsistance ; et la beauté par-dessous ; et ainsi jusque dans nos profondeurs les plus intimes – les plus secrètes – les moins parcourues...

 

 

Sacrifié(s) sur la pierre (encore trop souvent)...

Le corps déchiré...

Comme une tache ; dans cette couleur qui se répand sur le sol sombre...

A travers le même frémissement ; cette sidération – ce passage ; le souffle qui s'échappe ; vers l'âme...

A travers le ciel ébauché...

L'enfance retrouvée qui se faufile ; entre le dernier souffle et le silence...

 

 

Hanté(s) par l'ombre qui nous habite ; dévoré(s) par l'ombre qui nous hante...

Mis bout à bout ; la hâte et le terme ; successivement...

La mort en éclats ; au cœur de ce labyrinthe...

Comme une ascension à heure fixe ; invariablement...

A peine une ébauche de voyage ; (tout juste) quelques pas esquissés...

 

*

 

Approximativement comptées ; toutes les créatures du monde...

L’œil cherchant – à travers la multitude – la vérité...

Comme un secret ; le mystère reformulé à travers la surface grouillante...

Et aussi (bien sûr) tout entier dans le rien ; et peut-être même davantage...

 

 

La mort ; au soir le plus amer...

A présent ; au centre du cercle ouvert...

Et ce que l'on entend encore dire sur la pierre...

Avec le vent par-dessus qui recouvre les voix ; dans les profondeurs...

Et la nuit étoilée – jusqu'aux racines – que l'on implore – que l'on supplie ; par souci de rapprochement...

Comme des miettes de ciel que l'on jetterait à toutes les mains tendues...

Quelque chose de l’œil – de l'âme ; dans la cécité ; et l'obstination...

Et toujours (assez) incrédule ; malgré la présence de Dieu au-dedans...

 

 

A pas nommés ; le voyage...

Vers le lointain – au-delà des horizons perceptibles – au-delà des cimes et des océans...

Le long de l'hiver ; à petites foulées...

A travers les eaux noires ; et (parfois) sous les pointes de l'acrimonie...

Sans jalon ; sans réel prédécesseur...

Sous cette lumière rare (sans artifice – non inventée)...

A l'écoute de ce qui se dissimule ; à travers l'oubli – la mort – la séparation...

Jusqu'à se laisser pénétrer par cette étendue bleue qui se révèle – toujours davantage – à chaque nouvelle transformation...

 

 

Sans défi – entre elles – les têtes qui se font face...

A bonne distance de la lumière...

A notre rencontre – à travers les vibrations ; le jeu des résonances...

 

*

 

Profondément ; l'exemple amorcé...

Apprenant l'impudeur ; à mesure que le secret se révèle...

Disposé à se passer de mesure ; quand bien même serait-on séparé de sa propre figure...

Bien avant que ne s'imposent de trop obscures prières...

Quelque temps avant le jour...

 

 

Là-bas ; l'âme si lointaine...

Sur notre œil ; le monde collé – décollé – recollé...

Mille chemins – comme des détours – à travers le regard ; vers l'origine – le secret – le mystère – partout exposés pourtant...

La chair du ciel ; et, au-dessous, la terre ; et l'infini que nos larmes rendent plus proche – plus intime – imperceptiblement...

 

 

Le cœur nu ; et toutes les soustractions fructifiées...

Comme dégagé d'un piège ; miraculeusement...

Libre (à présent) de la broussaille et de l'encombrement...

Sans jamais s'exclure de la mêlée ; et du passage...

Nous laissant dévorer au lieu de nous faire justice...

Au pied des arbres ; marchant – dans leur silence...

Dans le désert ; comme au cœur du secret...

 

 

Les yeux brûlés par le réel ; et bercés par trop de rêves ; comme un cœur aveugle auquel on offrirait des images...

Infailliblement – la proie des Autres ; du monde...

Avec comme une sonde plongée à l'intérieur...

Au fond de la blessure ; regorgeant de souffrance et de sang...

En pleine nuit ; trop lourd (et trop lent) pour s'échapper – à moins que l'âme n'apprenne à voler...

 

*

 

Porté(s) par l'ombre...

Sous une cloche de verre...

La pierre ; et notre bavardage...

Face à la gloire de ceux qui grimpent sur les Autres...

 

 

Scellés dans la neige ; tous ces visages – toutes ces existences ; que la mort, un jour, emportera plus loin...

 

 

La chambre close ; invoquée...

Le lieu du désencombrement et de l'intimité...

Ouvert au ciel ; et ce qu'il convient de brûler...

Sans rien exclure du monde...

Le passage franchi ; les frontières contournées...

Dans l’œil de la justice ; devant nous...

Plus tenace que jamais...

 

 

L'âme froissée par le dévoiement du langage...

Le réel rejoint par la passion ; le feu au-dedans qui brûle la chair ; et consume l'ardeur...

La proie aux prises avec tous les rêves – tous les délires – toutes les divagations – du monde...

Incliné(s) sur les blessures infligées par le reste...

Du sang et des cendres – dans la main ouverte ; qui, peu à peu, iront rejoindre le sol – le vent – l'espace ; l'éternité...

En dépit des attaches qui nous empêchent de nous affranchir de cette nuit résiduelle – de nous libérer de ces éclats d'ailleurs auxquels on croit ; auxquels on s'accroche ; auxquels on s'enchaîne – comme tous les Autres...

 

 

Traînée de poussière et de sommeil ; dans les yeux – sous les pas...

La splendeur et le triomphe ; qu'en rêve...

Comme une mendicité ; ce que nous réclamons (si expressément)...

Sous l'égide de l'obscur ; assurément...

Aux ordres de la terre...

Écrasé(s) par le poids du monde ; et submergé(s) par ses impératifs ; et le reste dont on se débarrasse ; et le reste que l'on éparpille ; le cœur (presque) toujours inconsistant...

 

*

 

A hauteur d'arrachement ; l'âme libre...

L'irruption de la grâce dans la chair meurtrie...

Ce qui surgit sans nous heurter...

Et ce qu'il reste une fois soustrait le superflu...

Au cœur même de la perte ; au cœur même du chaos...

Cette possible reconnaissance ; cette possible réconciliation...

 

 

Le dessaisissement de l'empreinte...

La parole libre ; sans emprise...

Jeté contre les cimes ; sur le fil attaché entre le désert et la mort ; par-dessus les orages et les voix du monde...

Sans masque – sans nom – vers la plus haute nudité ; au-delà de toutes les corruptions possibles...

 

 

Des liasses de labeur ficelées ; et l'âme au-dedans (quasi) immobile...

Face au monde qui se dresse – qui se hâte – (immanquablement) voué au dehors et au désœuvrement ; et qui, dans sa folie, continue de nier la mort ; et qui, dans son égarement, continue de mépriser l'humilité et l'effacement ; toutes ces choses qui semblent si essentielles aux yeux des sages...

 

 

Dans les profondeurs (apparentes) du ciel...

Approuvé(s) ; la main au feu ; davantage qu'une promesse...

Généreusement (très généreusement) abîmé(s)...

La dernière existence ; sur la liste des vivants ; au plus près du vivre ressenti ; là où les larmes valent davantage (bien davantage) que les mots...

A se regarder avec stupeur...

Aussi haut – aussi loin – que (nous) mènera la mort...

 

 

La main tremblante ; et le cœur étreint...

Touchant celle – celui – des Autres...

Alors qu'autour de nous la nuit scintille ; à travers nos yeux...

Un éclair ; une fulgurance ; une traversée...

Un peu de lumière ; sur soi...

Le commencement (peut-être) de l'inoubliable...

 

*

 

Absent ; auprès de la pierre vieillissante...

Les lèvres contre la nuit ; la bouche grande ouverte...

Sur cette pente sans pause ; aux côtés de ce qui roule (inexorablement) ; semblable à nous-même(s)...

Étonné par tant d'ardeur – de crédulité – de confusion...

Cette errance – ce déclin – cette inévitable décrépitude – autour de soi...

 

 

Lèvre retroussée ; à humer le plus lointain...

Divisant le monde ; comptant les points ; et affermissant sa position (et sa posture) dans l'équipe...

De part et d'autre de la nuit à laquelle on est assigné...

Auprès de nous seul(s) ; sans pouvoir se résoudre au nombre de jours qui nous séparent de la mort...

Vers le plus proche (la plus haute intimité) ; toujours – au cours de cette (trop brève) traversée...

 

 

Des ailes par-dessus la chair sensible...

Vers la simplicité ; sans rituel...

De naissance en naissance ; jusqu'à l'origine...

Entre pierre et lumière ; à même la trame...

La nudité couronnée ; jamais arrogante...

Le voyage ; le souffle (initiateur des élans et des courants) que l'on suit à la trace...

Le gouvernail brisé ; le pavois en berne...

Entre les lambeaux d'espace et de temps...

Comme d'île en île ; une manière de vivre sans s'efforcer ; rarement interrompue...

 

 

Quelques signes calligraphiés ; trempés dans le feu – le ciel ; la possibilité...

Sans craindre – ni oublier – la mort qui se dresse – à chaque instant ; à notre suite jusqu'à ce qu'elle nous devance...

En rien ; séparé(e)(s) de nous...

Sous les mêmes étoiles ; avec la soif qui nous porte ; inentamée...

 

*

 

Endetté(s) ; et l'origine déficitaire...

L’œil – le ciel ; et la possibilité du voyage malgré la matière et la mort...

De très loin ; parfois depuis le commencement...

Au-dessus de l'abîme et de la neige...

La pensée foisonnante...

Par l'embrasure – le blanc ; ce qui nous regarde...

Comme niché en soi-même...

 

 

Là où l'arbre se renouvelle...

Auprès de l'invisible...

La grâce de la perte plutôt que le désir ; plutôt que la plainte...

De toutes nos forces ; malgré les grilles...

Traînant en tous lieux sans le moindre drapeau...

Par-dessus l'espèce et l'obscurité...

 

 

La terre tenue en laisse...

L'homme apeuré – conquérant ; ajournant (ne cessant d'ajourner) la rencontre...

Des signes éphémères ; dans le fractionnement du temps...

Si peu adéquat(s) ; tellement lacunaire(s)...

A la pointe de la lame ; la violence qui se déchaîne...

Sur le même fil que les funambules et les oiseaux – pourtant...

A tenir tête au feu ; dans cette vaine résistance souterraine – au lieu de côtoyer les cimes et le vent...

 

 

La terre et le vertige ; enjambés...

De la douleur à l'attente ; puis, de l'attente au souffle guérisseur...

L'amplitude du corps révélée par l'esprit de l'hiver...

Le cœur (parfaitement) affranchi de ce qu'il contient ; du peu qu'il a expérimenté...

 

 

Étrangement étranger(s) ; aux yeux des hommes...

Toutes ces choses – tous ces visages...

Et ce lointain ; et cette assise de pierres...

Comment pourrait-on comprendre ; le cœur si infirme...

Adossé(s) au mur ; la tête – les désirs – tournés vers les opportunités du sol ; et l'âme si peu exigeante...

Avec la terre – et ses labyrinthes – pour seul horizon...

Si loin (encore) du silence – de la sagesse ; de l'âge de raison...

 

 

Le temps – le jour ; à travers le monde – mille chemins...

L’œil mal équipé ; et cette bouche trop (grande) ouverte...

Et cette soif dont nous ne savons que faire...

Et le ciel sur nos lèvres desséchées...

Hors des cercles ; loin des aboiements...

Ce qui passe ; devant toutes ces grilles...

Et ces cris derrière ces remparts de chair et de papier ; et Dieu par-dessus – (assez) songeur – sans doute...

 

 

Sur le fil rouge ; débarrassé...

Nous détachant (apprenant, peu à peu, à nous détacher) de la débâcle...

Le monde et le temps délaissés ; abandonnés à ceux qui ne peuvent s'en passer...

Et le plus commun ; et la solitude – peu à peu – transfigurés ; d'une merveilleuse manière (comme si quelque chose de magique était survenu)...

Le séjour devenant voyage ; le voyage devenant porte et étendue ; l'espace rendu aux Dieux...

Transformé en serviteur anonyme ; le cœur (discret) à la place de la figure...

Et toutes les richesses de l'âme offertes au vent...

Si nu – si démuni – si impuissant ; si vide – si clair – si joyeux – à présent...

 

 

L'origine et l'allégresse ; autrefois si désespérément...

Bien plus qu'une folie ; et l'encre, à présent, mélangée aux larmes et au sang...

A hauteur d'homme ; l'infini décelable...

Et dans le vide creusé ; le mystère – comme une étrange (et perpétuelle) épiphanie...

 

*

 

La parole prisonnière...

Plongée dans le monde...

Trop souvent corrompue par les images...

Approchant l'esprit – la vérité (avec honnêteté et maladresse)...

Combinant l'invisible et la matière...

Servant (essayant de servir) ceux dont l'âme est restée humble...

Avec des larmes au fond du cœur ; au fond des yeux...

Apprenant, peu à peu, le détachement ; la liberté...

 

 

Aussi sombre(s) que servile(s)...

Emporté(s) par ce qui se présente...

Les paupières closes...

Comme attaché(s) à la roche...

Ouvrageant (toujours) sur la pierre...

Frère(s) du reste ; sans (même) le savoir...

Et encore cannibale(s) – en dépit de Dieu – en dépit de la ressemblance – en dépit de la proximité...

 

 

Personne pour soi ; sinon ce qui nous habite ; cet indicible – cette présence...

Le cœur sensible aux douleurs du monde ; et à l'intensité de la couleur...

Et dans la voix ; mille figures précipitées...

Comme si nous étions à la fois l'abîme ; l'éclipse et le feu de l'âme...

Si proche des bêtes – pourtant ; et du Dieu infaillible...

 

 

La rupture recouverte de rire ; avant que la joie ne survienne...

A la trace ; ce que l'on invente – au lieu de suivre ceux qui se parent ; au lieu de suivre ceux qui affabulent...

Au fond de la chair ; ces sanglots inguérissables...

Au milieu de la nuit ; nos bras – nos tentatives ; ce si peu de lumière...

 

*

 

Dans le corps du reste ; déjà...

Intégré(s) – assimilé(s)...

Dans la servitude et la déraison...

Dans l'infamie et le sang versé...

Aussi bien que dans l’allégresse et la lucidité...

En soi ; les mille combinaisons – les mille possibilités...

Tout ce qui pourrait nous détourner – puis, nous affranchir de la séparation (du sentiment de séparation)...

 

 

Si près du cœur – de l’œil – de l'Autre ; et du haut (du plus haut) quelques fois...

Dans un vertige ; bien au-dessus du rêve...

Si loin de l'homme terne et morose...

Comme un bain de lumière...

Le silence en pleine bouche – en plein front ; dans l'intimité de la matière...

En soi – à plusieurs ; le jeu et la simplicité...

Et la célébration du seul visage – au milieu de la multitude – au milieu de la confusion...

 

 

L'épreuve clandestine ; le plus immédiat ; comme des jalons successifs ; visant à nous extraire...

Vers le corps nu et transparent ; la chair morcelée ; l'espace réunifié...

L'extrême simplicité de l'exercice ; l'absence de volonté ; ce qu'ordonnent les circonstances...

Qu'importe la nuit – les yeux ouverts – le cœur cadenassé – pourvu que l'on jubile à chaque découverte ; et que la mort se mêle à tous les remous...

Incroyablement vivant – en somme ; malgré la fumée et les illusions...

 

 

La chute ; et ses (fameuses) retombées amoureuses...

Comme un chant ; le temps suspendu...

Au cœur de l'abîme permanent – sans échappatoire – sans imaginaire résiduel...

Et sur le seuil – la porte toujours entrouverte...

Déjà engagé dans l'issue ; en dépit du labyrinthe...

 

 

Le déchaînement des yeux sur la neige...

Au cœur de ce qui vient ; après le délire – le déluge...

Face à la lune ; la perte en premier lieu ; puis, l’ascension ; ce à quoi il (nous) faut renoncer...

Encore trop aveugle(s) – sans doute...

Tombant ; et retombant ; tantôt devant les grilles ; tantôt (juste) derrière...

 

 

Ce que nous sommes ; en plus du reste ; autant que lorsque tout a été soustrait...

Envahi(s) ; et envahissant ; puis, nous effaçant – déclinant les offres (toutes les offres) au profit de la lumière...

Le ciel plutôt que la chair ; plutôt que le néant...

La mort par devers soi...

Si proche(s) du bleu malgré les étoiles ; malgré la résistance de l'homme...

 

 

Au croisement du sable et de la malice ; la disparition décuplée...

(Presque) aussi fraternellement vivace qu'aux origines...

L'inconnu soulevé par pans entiers...

Et l'invisible, peu à peu, reconnu ; en dépit de l'obscurité ; en dépit de l'obscénité – apparentes...

 

 

Les yeux trop rouges pour se détacher de la terre...

Sur les épaules – le poids ; à la hâte vers le sang – la terre – les cendres...

Toute l'étendue de la course ; dans une seule foulée...

Fuite davantage qu'issue ; qu'importe que la mort soit souveraine...

A l'origine du monde et du silence ; la même lucidité – le même enchevêtrement – la même confusion...

 

*

 

Les mains dans l'ombre ; errantes...

Autour de la plaie ; pleine(s) d'épines...

Entre la lumière et le néant...

Éclaboussé par le sang des bêtes ; et la sève des arbres à l'horizontale...

Extirpé du sommeil par le sensible (le plus sensible)...

Cherchant au-delà des instincts – au-delà de l'homme...

De l'autre côté du monde ; puis, de l'âme...

Au fond de soi ; ce qui nous porte – en vérité...

 

 

Le cœur rouge et ruisselant ; aussi rouge que la terre ; aussi ruisselant que les larmes...

Sous la lumière ; tâtonnant ; puis, grandissant...

Aussi près des bêtes que possible ; sous l'égide du jour...

Le front (de plus en plus) rayonnant...

De pierre en pierre ; puis, d'arbre en arbre ; jusqu'à l'impénétrable...

 

 

L'air vif ; à travers l'espace...

Tous les remparts ; et toutes les frontières ; anéantis...

Alors que l'oubli règne (un peu partout)...

Plus ni lignes ; ni points – à compter...

L'étendue déployée ; avec quelques abris (ici et là) pour les âmes les plus craintives...

Comme les arbres ; sans jamais renâcler...

 

 

Nous éloignant, peu à peu, du manque ; et des hommes...

Dans la trame (de plus en plus) ; avec notre nom qui s’effrite ; qui s'éclipse ; que l'on oublie – comme un poids – une surcharge – un mensonge – qui nous quitte...

A se détacher du monde ; et du sommeil...

Invariablement présent ; l'assise en soi...

 

 

A s'étreindre ; comme les arbres – en secret...

Le sentier – dans la voix ; la lumière...

A rebours de la douleur ; les traits, peu à peu, s'éclaircissant...

 

*

 

La nuit pleine d’orgueil et d'étoiles...

Dans ce sommeil éveillé...

Cette obscurité si familière...

Au cœur de cette brume noire ; cette épaisseur...

Guère plus avancé(s) qu'en naissant ; et si loin (encore) de l'enfance...

A s'imaginer ; seulement...

 

 

A saluer la terre ; ce lieu d'incessants passages...

Comme un miroir ; l'essentiel de l'espoir déchiré...

A cette distance ingrate...

Rien que des paroles...

Comme une rive (hostile et trop peuplée) sur laquelle on échoue (sur laquelle on finit par s’échouer)...

Le désir de l'image qui amplifie (qui semble amplifier) la consistance des grilles...

Plus solides que jamais ; qu'importe le style – qu'importe l'élégance – lorsque l'on sabote le moindre labeur – la plus infime des possibilités...

 

 

Le vide jamais repoussé ; jamais franchi (non plus)...

Comme un lieu à découvert où seraient projetés l'esprit – le corps – le cœur...

Sur ses jambes – peut-être ; au milieu des pierres ; l'espace plus amplement...

Ce que dissimule (sans doute) le secret...

 

 

La substance du vent ; bleue...

Sans trace ; dans le ciel...

Sans que l'on nous arrache (sans que l'on parvienne à nous arracher) un seul cri...

Indolore – en somme – l'aveuglement ; sans compter les conséquences – bien sûr...

La chair boursouflée par-dessus l'ossature – indigente – misérable – si lacunaire...

Le goût sans la saveur...

Le cœur lisse ; et trop froid – sans doute...

 

*

 

Au fond des bois...

Au cœur de ce qui nous échappe...

Sans rien saisir ; sans déception...

Goûtant l'invisible ; et les fruits de la mort...

Obscurément ; comme l'ombre sur notre visage ; comme le temps qui éclaire le passage...

En s'achevant ; à la manière du rêve et du langage...

L'ivresse d'un Dieu qui brûle...

 

 

Dans le rayonnement de ce qui nous regarde...

Le cœur fébrile ; puis, réconcilié...

La mort dans nos veines qui se diffuse ; qui se propage (très insidieusement)...

A se souvenir du seuil jamais franchi...

A la manière d'un songe ; l'impossible...

 

 

Le trésor ; et le surcroît...

Au plus bas du monde...

Au plus près de l'âme...

Au fond du plus rien – en quelque sorte...

Et ce qu'il (nous) a fallu abandonner pour y descendre – s'y retrouver – s'y rejoindre...

Un travail de titan (pour l'homme – si familier des ajouts – des accumulations – des amoncellements)...

Jusqu'au dernier geste soustractif ; et moins encore...

 

 

Face à soi – toujours ; le vide – le monde – les pierres ; et l'Autre quelques fois...

Au coin des yeux ; l'amorce d'un sourire ; celui qui, peut-être, saura nous délivrer...

Au recommencement de tout ; d'est en ouest – puis, le retour vers le grand nord ; là où l'horizon devient le pas ; là où chaque visage se transforme en la pièce manquante – en la pièce maîtresse – de son propre puzzle ; bien davantage (Ô combien) qu'un peu de matière mouvante ; jusqu'à la lumière en face...

 

*

 

Le silence ; à demi...

N'étant plus que cela ; cet étrange mariage avec le monde ; avec les choses...

La multitude des visages...

Et des pelletées d'infini...

Et par-dessus la main qui donne...

Et le vide par-dessus l'offrande...

La même chair ; le même esprit – à travers la farandole des figures...

 

 

La part qui prend ; et la part qui s'élève...

La part qui sait ; et la part qui demande...

Sous les signes ; des étoiles et des divisions...

Ce qui semble se partager...

A travers la nuit terrestre ; le sort (éternel) des mortels...

L'esprit – le souffle ; à travers les feuillages et la poussière...

 

 

Être ; uniquement le creux...

Cet air qui tourbillonne d'un monde à l'autre ; comme un silence déguisé – une parole – à travers les bruits du jour...

Une pluie d'étoiles sur le front enneigé...

L'homme hissé jusqu'au plus haut de lui-même...

 

 

Sur cette corde branlante – fragile – très provisoirement attachée entre deux points fixes dans le temps...

Aux prises avec les vents et les risques de collision et de bascule...

Poussière suspendue – sous le soleil – en attendant la chute (inévitable – bien sûr) ; puis, l'envol (le déplacement vers d'autres contrées peuplées d'autres cordes – d'autres fils – d'autres particules)...

Ainsi se dessine le chemin des rencontres – l'itinéraire soustractif – la possibilité d'une histoire (infime) ; le monde affranchi du hasard...

 

*

 

Écoutant ; se redressant ; et découvrant son vrai visage...

La boue bleue ; rayonnante...

Les chaînes hissées au-dessus des têtes ; tournoyant...

La danse de la terre ; au fond de l'emprisonnement nocturne...

Et au seuil ; le leurre descellé ; arraché avec la chair – avec le geste et la chair...

Une existence – des signes ; sans la nécessité des Autres – sans (même) la nécessité du langage...

 

 

La bouche close ; vide de mots…

L'âme ouverte ; affranchie de l'assombrissement...

Et l'ardeur aussi fraîche que la sève nouvelle qui se hisse jusqu'au faîte...

Défaisant la charge ; et appelant la lumière...

Comme le couronnement de cette veille interminable...

 

 

Le souffle et le sens ; (parfaitement) accueillis...

A se réjouir de la perte consentie...

Ni tien – ni mien ; nôtre assurément...

Et l'infini en plus ; sans qu'il soit nécessaire de le mesurer...

Une certitude non chiffrable ; intelligible...

Face à soi – encore ; au cœur de la soif rassasiée...

 

 

Le jour – la tâche ; l'un s'épaississant – l'autre s'amenuisant ; sans que (jamais) ne cessent ni la lumière – ni le labeur...

Ce à quoi il faut, un jour, être confronté....

Rejoint(s) – en quelque sorte – par la nécessité du partage...

Ouvert(s) – en somme ; et indifférent(s) à ce qui nous est retiré...

 

*

 

Sur la terre ; passant...

Vers l'autre rive ; l'âme gorgée de matière...

Au fond des yeux ; dérivant...

D'une épaisseur à l'autre ; guidé(s) par l'intelligence (mystérieuse) de ce qui nous porte...

Enveloppés et recouverts ; par trop d'orgueil ; et quelques pelletées d'argile ; l'esprit – le chemin – la possibilité...

 

 

Tourné vers soi...

A la place du vent...

Les mains dans l'ombre ; discrètes...

L’œil aux aguets...

Penché sur ce qui a besoin d'attention...

Le froid – la faim ; et la grossièreté des âmes...

Le cœur ballotté par ce qui lui échappe...

Aux prises avec la (douloureuse) insomnie ; l'esprit qui s'attarde (incompréhensiblement)...

Au cœur de l'invisible – déjà ; la chair flamboyante...

Sous le feu de ce qui nous consume – pourtant...

 

 

D'autres habitants – peut-être – dans la chambre ; l'étendue...

A ne pas croire les Autres ; le Dieu absent...

L'oreille et la parole trop crédules...

Entre le retour et le recommencement...

La route ; pas à pas...

Entre le voyage et l'immobilité...

 

 

Face aux cœurs trop querelleurs ; face aux fronts trop fiers ; la figure humble (presque toujours)...

Offerte aux couleurs (changeantes) de la traversée ; l'âme agenouillée...

A notre place ; jusqu'aux lèvres muettes...

Et nous retrouvant, un jour, dans l'entre-deux du dehors et du dedans...

Avec quelques traces esquissées en silence...

Sur toutes ces pentes qui se succèdent ; glissant – peu à peu et de manière ininterrompue – jusqu'au centre de l'étendue...

 

*

 

Comme le cœur sur la pierre ; sensible et besogneux...

Là où règne le feu...

Là où la voix est arrachée au rêve...

A l'origine – peut-être ; avant que n'explose l'unité...

 

 

Le corps en mouvement ; le reste refoulé...

Contre le vent qui déchire – qui tourbillonne...

L'Autre – en soi – appelé ; et tournoyant avec nous...

Comme une flèche ivre lancée vers le ciel ; invalidée par sa nature ; la matière...

L'âme si malhabile au sein de cet attelage aveugle et bruyant ; et se dénudant (malgré elle – malgré nous) au fil du voyage...

Le prix de l'exil ; de moins en moins exorbitant à mesure que l’œil s'ouvre ; à mesure que le cœur voit et reconnaît...

 

 

En soi – le bruit – Dieu – la parole...

Au cœur du vide et du silence – pourtant ; là où la matière est célébrée...

A l’œuvre ; le temps – le monde et la lumière...

Le feu – l'infime et l'appel...

Comme un rêve ; et du sommeil...

La mort ; et un peu de couleur ; là où demeure l'infini ; là où l'on sait s'agenouiller...

 

 

La terre ; par poignées...

A écouter le jour paraître...

En plein silence ; au milieu des images...

Des corps ; et toutes les choses du monde...

Mille reflets sur le visage...

Et le sourire ; et les étoiles...

Le Dieu vivant ; au lieu du rêve ; au lieu de l'or ; plus proche que jamais...

 

2 juin 2023

Carnet n°290 Au jour le jour

Février 2023

Seul – à bout de force...

Las de l'étrangeté du monde...

Comme un cœur parmi les pierres...

A nous projeter trop bas – vers le plus commun...

Et roulant – avec le reste – dans notre chute...

Le cri de l'innocence au fond des yeux...

Nous abandonnant à toutes les larmes qu'exige notre vie...

Sans (jamais) pouvoir enjamber ni le langage – ni le bruit...

Devant la mort et les Autres ; notre mutisme (involontaire)...

Le silence et le monde ; dans leur face à face...

 

 

Équipé(s) pour la faim et la nuit...

La bouche parfois béante – parfois béate...

L'âme engourdie qui tente sa chance...

A travers tant d'opportunités apparentes ; (presque) jamais rien des profondeurs...

La torpeur et le manque ; la respiration en surface...

Et, aux lèvres, ce filet de bave ; entre torture et débilité...

Et cette (incompréhensible) folie de poursuivre sa route ; quoi qu'il arrive ; quoi qu'il nous en coûte ; de trouver un passage au milieu des tombes et des survivants (provisoires)...

 

 

Passionnément ; la montée du jour...

Le risque de vivre...

Au-delà des choses ; des découvertes...

Blanc ; comme l'étoile ; et la main assassine...

Sans jamais voir l’œil ; la disparition...

Offrant à l'âme ce rougeoiement tenace...

 

 

Adossée à la mort ; la parole...

Le poème ; tel un (infime) rouage du ciel...

Comme un chant obstiné...

Une résistance au mutisme et à la folie ; à cette cavalcade indifférente du monde...

Plongés au dernier degré de l'absence ; ces Autres aux traces si minuscules – si dérisoires ; aux existences si burlesques – si funestes – si tragiques...

Contre l'épaississement de la gorge et du cri ; cette sorte de silence habité...

 

*

 

A nos côtés ; insistant(s)...

Et cette compagnie – commune – discrète – anonyme – inconnue – essentielle – permanente – singulière ; que l'on pare (si souvent et à tort) des couleurs (tristes) de la solitude...

Comme un cercle que l'on ignore ; et qui ne cesse (pourtant) d'inviter l'âme à se révéler – à se réaliser – à naître au jour ; comme l'exercice le plus simple – et le plus quotidien – et le moins pratiqué (sans doute)...

A la manière d'une bouée – d'une embarcation – d'une île – dans l'immensité mystérieuse...

Qu'importe les grilles apparentes ; et la férocité de ceux qui peuplent les rives et les eaux qui nous entourent...

Nous pénétrant ; nous explorant – par à-coups – de plus en plus inséparable(s) du reste – laissant l'âme, le corps, l'esprit et le monde s'emmêler et se confondre ; comme la découverte d'une seule figure – d'une entité à mille facettes – à géométrie (très) variable ; et que les yeux humains découpent (en général) en parts distinctes qu'ils considèrent comme des objets circonscrits et (quasi) hermétiques...

 

 

A travers soi – l'Absolu peut-être...

De l'indigence à l'apothéose...

Dans l'attente d'un réveil qui brise ce qui nous enserre ; la carapace du monde ; cette sorte d'incarcération...

Le corps fêlé – au supplice ; comme une gangue au fond de laquelle l'âme s'est (subrepticement) glissée ; comme dans un piège...

Et, à présent, un feu – des flammes – dans le néant ; cette ardeur désespérée (et désespérante) pour tenter de se rejoindre...

 

 

Le fond du jour...

La langue tirée au cordeau...

Comme sur des échasses ; (très) maladroitement...

A fouiller tous les recoins de la terre...

Le cœur et l'esprit – infirmes ; deux béquilles brisées – nous obligeant à ramper sur le sol...

Indifférent à la légèreté de l'air – à l'immensité que nous sommes (et qui nous environne) – cet espace insensé qui passe (somme toute – assez) inaperçu...

Habité(s) seulement par la peur et l'ignorance ; et ce fond de gravité ; l’œil hagard et la tête ahurie; essayant de nous aguerrir pour faire face au reste du monde qui nous semble si hostile – si étranger...

 

*

 

A l'approche des rives mortuaires...

Le temple vide...

Le cœur serré ; l'âme légère...

Le corps dans son coffre de bois dur...

Avec pour seuls témoins quelques oiseaux criards – (parfaitement) vivants – se querellant pour d'autres raisons que l'infini (présent pourtant autant dans leur existence – et leur chant – que dans l'horizon immédiat des trépassés)...

Accompagné par les larmes – quelques larmes (discrètes) – d'un frère à cornes (paissant non loin de là) et la prière silencieuse d'une poignée de pâquerettes – légèrement inclinées par le vent et la solennité (joyeuse) de l'instant...

Ainsi seront réunis les conditions – et les rares visages – pour la cérémonie qui initiera notre passage dans le monde suivant...

 

 

L'enlacement quotidien...

Dieu et la mort ; détenteurs des souffles – des élans...

La durée arrachée à l'espace...

Le cœur à cœur improvisé avec le monde – le silence...

Là où tout s'engouffre...

De terre – de ciel ; et d’absence...

Ce qui est – involontairement – prôné ; ce qui est – involontairement – vécu...

 

 

Entre la parole et la pierre ; cette étrange dérive...

Ce long voyage sous l'égide de la lumière...

Des instincts – de l'innocence – qui s'emmêlent (amoureusement)...

Sans la nécessité du monde ; sans même le besoin de la proximité des hommes...

Ce que l'on recueille ; un peu d'écume – un peu de sang – l'essence et l'origine (supposées)...

Sur le sentier de la cessation et de la nudité (du moins – en apparence) ; ce que peut constater le cœur (authentique) de l'homme...

 

*

 

Aussi sombre qu'étranger ; le monde offert – le monde proposé...

Sous le joug de l’œil et du temps...

Sans cicatrisation possible...

Porté(s) – comme la veille – et depuis toujours – par le reste...

Sans sourciller ; d'une chose à l'autre...

Cette existence (triste et grise) sur la pierre...

 

 

La terre arpentée...

Sous l'étoile couronnée – inventée – accessible...

Le sang versé...

L'horizon rouge au cœur de l'immensité...

Et dans les yeux – ce vide criant...

Partout – le reflet de soi – jusqu'à ce monde ignare...

Aux lèvres – un rictus discret ; une sorte de grimace indifférente...

La figure inexpressive sur laquelle se lisent (pourtant) le dégoût et la lassitude...

Jusqu'à l'impossibilité du recommencement...

Ainsi se dessinent tous les préludes de l'absence...

Nos vies de (funestes) mortels portés à l’aguerrissement – de moins en moins innocents (à mesure que s'esquisse l'histoire)...

A aller toujours – le rêve en avant...

 

 

Égaré dans la fissure ; le trait...

Ce qui marque et s'insinue...

Comme ancré dans l’œuvre de l'élargissement (naturel)...

D'un écart à l'autre ; la légèreté...

L'esprit (incroyablement) sponsal de la lumière – sans emprise – sans embâcle...

Droite ; dans son (dans ses) interstice(s)...

Sans alternative ; comme le parfait reflet du monde...

 

 

Le dédoublement de la douleur...

Sous la férule des tentatives de rejet – de refus – d'amoindrissement...

L'esprit (pleinement) arc-bouté contre le corps...

Dans une lutte acharnée ; une lutte à mort...

Toutes les forces qui s'escriment – qui s'obstinent – à expulser le monstre ; au lieu d'élargir l'espace ; et se faire accueillant ; hôte et réceptacle acquiesçant ; capable d'héberger le plus sordide – d'embrasser le plus vil – d'étreindre (avec tendresse) ce qui semble le plus éloigné de l'Amour ; prêt à s'effacer – à se laisser dévorer – à laisser l'entièreté de la place ; seule perspective en mesure d'initier une altération (voire une suppression) de la souffrance [lorsque l'on sait disparaître de manière (plus ou moins) complète]...

 

*

 

L’œil cintré...

Paupières (presque) closes...

Sans un regard...

Ignorant le réel – l'Autre – le monde ; les imaginant seulement...

Le reste – et soi – comme un rêve ; malgré les murs labyrinthiques – malgré l'apparente proximité – malgré ce qui (nous) heurte (à chaque mouvement)...

Sans lumière ; l'âme amorphe ; sans même la force de deviner...

Tout bêtement étranger(s)...

 

 

Serrés l'un contre l'autre...

Le cœur et le silence...

La bouche et le bruit...

L’œil et le monde...

L'âme et le vide...

La chute et l'envol...

Le corps et l'effacement...

La mort et l'éternité...

Ce qui nous anime ; et ce que nous contemplons...

A chaque instant ; à chaque recommencement...

 

 

Se heurter ; sans résonance...

Ce qui compte ; à coups de saccages...

Égaré(s) ; du sol aux cimes ; (à peu près) la même chose...

Le cœur errant ; sans même explorer l'inconnu...

Une sorte de crucifixion (mobile) ; la poitrine contre le vent ; et la tête (malgré elle) qui pend vers les racines...

 

 

La peau lacérée par tous les maléfices...

Féroce ; sans (réelle) dignité...

Au cœur des ténèbres ; jouet entre les mains de la mort...

Trop indécis ; trop insipide ; l'esprit et ce qui est goûté...

Quelque part – à la marge – au fond d'un trou...

Dans une sorte de halte obscène pour échapper aux sévices et à la sauvagerie...

Avec le monde de biais ; (juste) au-dessus...

 

*

 

Sur cette terre épineuse et pentue...

Contre le ciel ; la blessure – notre néant...

Un voile (discret) sur la nudité du monde...

Devant soi – là-haut ; une étoile...

Et plus bas ; des bavardages ; des mortels obéissants ; des bouches inquiètes qui fouillent la rocaille...

Comme des ombres ; des traces sur la neige...

Ces (pauvres) vies qui passent...

 

 

Avec nos gestes ; un surplus de sommeil ; sans doute – l'un des seuls apprentissages possibles...

Debout ; les yeux fermés...

La lumière que l'on cherche – aveuglément – dans les ténèbres...

Les mains tendues devant soi – jusqu'à l'autre bout de la terre...

Dans le même sillon ; sans jamais voir le jour...

 

 

Le monde ; dans son reflet qui ricoche sur l'étendue brumeuse...

Le souffle éternel – en chacun...

L'aube et le sommeil ; sous leur masque grossier ; et qui aiment à se mélanger en toute chose – en chaque élan ; là où s'initient la structure et le mouvement...

Sous la lumière capable de métamorphoser ce qu'elle éclaire...

Au plus près ; au plus large ; (presque) jamais là où nous l'attendons...

Présente jusque dans les plus profondes fondrières...

Qu'importe l'échec – l'ampleur – la vérité – de ce que nous vivons...

Ce qui enveloppe la peur – le chemin et la mort...

Nos pas ; dans la (parfaite) continuité du voyage...

 

 

La chair tendre ; tremblante ; tandis que nous respirons ; tandis que nous traversons l’épaisseur du labyrinthe ; tandis que l'âme et le monde se révèlent l'un dans l'autre ; tandis que la langue et le pas approchent du silence ; avant que la mort ne nous emporte ailleurs ; avant que le temps ne nous porte vers un autrement...

 

*

 

Gracieuse – la danse des âmes...

Le tournoiement des couleurs dans la lumière...

Ces pas – tous ces pas – dans l'invisible ; le cœur au bord de l'indicible ; le plus sensible habité...

Si près du feu – de la source...

Le souffle (imperceptible) du temps sur la pierre...

Et nos fronts rayonnants...

Entre l'herbe et le vent ; le sourire aux lèvres ; comme si la joie s'était affranchie des circonstances...

 

 

La ligne portée à la rencontre...

Le ciel déployé sur tout le territoire...

Avec des ombres ; et des traces sur la pierre blanche...

Des étoiles ; et toutes les possibilités réunies ; dans la main – le geste qui sait...

A travers la matière – le monde ; l'espace – ce qui doit arriver...

 

 

Le vent ; encore...

Cette furieuse traversée de l'espace...

Contre soi ; les forces d'immersion...

Et ce qui nous hante ; soudain – redressé...

Des coups de hache pour détacher le bruit de la parole ; l'esprit de la matière...

Des signes à la silhouette gracile...

Vers la raréfaction – le tarissement ; et la possibilité (patente) du renouveau – de la transformation – du saut dans le silence ; vers l'issue la moins fatale...

 

 

De chaîne en chaîne ; ce tourbillon...

La figure intacte...

Sous cet amoncellement de couleurs...

La chambre simple ; la voix sans tremblement...

Qu'importe que la nuit nous ait pénétré(s)...

A travers le ciel ; l'âme qui se risque en dépit des périls que le monde recèle...

 

*

 

Parfois dedans ; parfois trop tard...

A l'angle du jour que la nuit a choisi...

Insidieusement – amoureusement ; la cendre...

Quelque chose de la blessure ; du retard...

L’œil triste...

Et le reste qui vacille ; emporté par quelques tourbillons ; éphémère(s)...

En nous ; ce qui s'érige ; une sorte de verticalité naissante...

 

 

Comme attrapé par le silence sous-jacent ;

L'idée et le mot ; à la place du ciel – trop souvent...

A la manière d'un couperet...

Comme une incidence sur le voyage – la volonté...

L'univers construit de travers...

A l'heure des réparations...

Le déferlement de l'invisible...

Et ces mains tremblantes ; et ce cœur battant...

 

 

Par-dessus la croix ; l'invisible...

Ce qui n'ose se dire en ce monde...

Sous quelques rais de lumière ; le temple et la prière...

Au bord de la perte ; déjà...

Des traces de blanc sur la pierre grise...

Quelques soubresauts sur le territoire...

A point nommé ; cette sorte de récompense...

 

 

Le reflet du ciel dans l'astre ; et la prunelle ; si mal regardé(e)(s)...

D'un autre monde – sans doute...

A cette heure où se dévoile (où peut se dévoiler) la vérité...

Le souffle perturbé par le vécu aveuglé...

Le feu croissant à mesure que s'estompe le gouffre ; la possibilité...

Ce qui pourrait provoquer le ruissellement de la substance ; et son débordement dans l'âme...

 

*

 

La joie-monde – soustraite du carcan...

Adossé contre la hampe ; inconfortablement...

Dans l'épuisement de ce qui s'est passé...

De part et d'autre de l'étendue rocheuse...

Sans bruit ; sans rien voir...

A cet instant ; le centre entrevu ; jamais atteint...

Au milieu des pierres ; le cercle – l'immobilité...

Appuyé contre la perte ; le salut...

A grandes pelletées de vent...

L'écoute ; le seul labeur – la seule possibilité – de l'homme...

 

 

Ainsi confondus ; l'âme et le point du jour...

A se heurter sans raison...

Malgré mille détours ; les obstacles du monde et du temps...

Les lèvres rêches ; et des mots du dedans ; quelque chose de soi (immanquablement)...

 

 

Ce qui se dresse – face au néant...

Parmi nous – (presque) sans effet...

Ici et là ; entre quelques étoiles...

Aussi vaste que l'espace...

Aussi lointain que l'origine...

Quelque chose qui veille ; de vivant...

Là où l’œil reste ouvert...

A mesure que l'argile se désagrège...

Sous le règne de la poussière ; le vide jamais déclinant...

Sans personne pour séduire ; et nous plaire...

A notre rencontre ; le rien qui fleurit...

Comme un chant au-dessus du ciel...

 

 

Par-delà le silence et la fusion...

Le secret délibérément exposé...

Au terme de toute les pertes ; l'âme si légère...

 

*

 

Dans le flot continu ; le monde et le temps...

L'espace mortifère...

Passages de mendiants et de rois ; mélange de bruit et de matière – dans le silence (presque) jamais célébré...

Comme mille traces de fumée à suivre...

Des pas dans la neige ; la nuit...

Automatiquement reconduits...

 

 

La douleur d'un Autre ; enfoncé(e)...

Le poids du rien ; des choses sans nom ; au fond de l'âme...

Ignorant cette voix qui nous appelle...

Dans le vide abyssal ; le cœur en désarroi...

Ici – contre soi ; tout près du ciel...

Ailleurs ; autrement que la vie assassinée...

 

 

Trop souvent prisonnier(s) de ce qui nous protège – nous soutient...

Là – contre soi ; la tentative d'un abri...

Dans l'optique d'une fuite...

La perspective du repli...

Sans pouvoir faire face ; à peine regarder...

La tête enfouie quelque part ; plus haut – plus bas ; ailleurs...

A côté de soi ; malgré le bleu qui s'est installé ; présent, sans doute, depuis tous les commencements ; et bien avant même – peut-être...

 

*

 

La terre répandue en prière...

Jamais rongée par l'ombre cachée sous les paupières...

Au-delà des mots – bloqués dans la bouche par d'étranges éboulis de pierres ; la raison des Autres transformée en paroles de plomb...

Le doigt arraché à la gâchette ; indocile – obéissant encore à la mémoire du corps méfiant – hostile à toute forme d'étrangeté – à la chair du reste – aux intentions dissimulées – à ce que représente le monde...

 

 

Là-bas ; au loin ; au large...

Quelque part derrière soi...

A l'origine de toutes les séries visibles – tangibles – terrestres ; et présent déjà dans ce qui leur succédera...

Lumineuse ; comme la bouée de l'ensemble – l'immensité...

Devinant (bien sûr) toutes nos attentes ; et leur devenir ; ce qui nous propulsera au-dedans ; ce que nous abandonnerons au monde...

 

 

La pierre chantante...

Contre la nuit installée...

Autrefois plus bas ; ailleurs – enfoui(e) peut-être...

Dans notre absence ; les figures assassinées...

Avec comme des mains dans le ciel...

Un buste béant – penché – semblable à un abîme...

Et sur la tête – une couronne cabossée...

 

 

Des yeux ; sous lesquels poussent des chemins...

Aveuglément ; tantôt vers l'obscur – tantôt vers la lumière ; l'immensité blanche...

Et entre la pierre et la prière ; la possibilité de la couleur – le monde étalé ; et, parfois même, la transparence...

Ce qui s'installe sous la couronne...

Le cœur – comme autrefois (bien sûr) – battu par les vents ; mais inaliénable – à présent...

 

 

Vers soi ; animé...

Le jour et l'histoire du monde...

Toutes les comédies inventées ; et qui s'achèvent (à peu près toujours) par le même drame...

Mille égarements – quelques détours – vers le bleu...

Ni leur ; ni nôtre ; sans appartenance...

Au milieu des fables et des gerbes de lumière...

 

*

 

Venir – aussi – à soi...

Prière seule – peut-être – non advenue ; éclipsée par trop de volonté...

Poussières d'or qui fascinent – qui continuent de fasciner – les yeux fermés...

Avec des noms auréolés de mystère...

Et des êtres dévoués à la dissémination de la semence...

Simplement ; quelques mortels sur notre chemin ; envahi par la terre ; la signature de ce monde promis à la perte – condamné à l'abîme...

 

 

Parvenu(s) ; le vide ; la voix...

Au plus fort de la tempête ; l'Amour enflammé...

Les formes entremêlées – folles – (trop souvent) insatisfaites...

Et de nouvelles choses pour contenter les impératifs du nombre...

Peu à peu – oublié le jeu initial...

Transformé, malgré soi, en naufrage – en sépulture (et, parfois, en charnier – en nécropole) ; dans un (lent) dépérissement sous l’œil (parfois amical – parfois narquois) de ce qui a initié le monde – le voyage...

 

 

En soi ; ce qui nous accompagne...

Sur toutes les voies de la terre ; entre elles (parfaitement) tissées...

Main sur le bâton ; au cœur des obstacles et des reflets...

Guidé(s) vers le haut – au-dedans – peu à peu...

Puis disposé(s) au milieu des pierres...

Nous montrant le seul chemin ; la seule direction parmi tant de possibles...

 

 

Le peuple des rives ; au cœur de leur territoire...

Sans arbre – sans forêt...

Sans voix pour dire la douleur – pour célébrer la beauté...

Le ciel ouvert – simplement – (atrocement) nuageux – encombré – parsemé de rêves qui entravent la vision – qui voilent la réalité...

Quelque chose de l'illusion et du poing levé ; et cette plainte continue qui s'élève depuis le premier frémissement – avant (bien avant) même la naissance du monde et du temps ; et qui se perd – s'abîme – s'efface – avalée – engloutie par l'immensité...

 

*

 

Au plus bas ; là où la glaise rejoint le ciel...

Là-haut ; là où la terre devient miracle ; merveille...

La clé de tous les voyages ; de tous les exils...

Tous les membres de la parentèle rencontrés – et retrouvés – sur ces pentes abruptes...

Et le cœur qui – peu à peu – se réchauffe...

Comme un feu (un feu nouveau) au fond de l'âme – elle, depuis si longtemps, éconduite – délaissée – abandonnée – ressuscitant, à présent, sous le regard fraternel – spacieux – sans sentence – qui autorise cet étrange balancement entre le ciel et la chair – entre l'Amour et la faim...

Réconcilié(s) – en quelque sorte...

 

 

Comme un passage à gué ; entre Dieu et les étoiles...

Devant ; des yeux qui interrogent...

Méfiant face à la neige offerte – face aux caresses invisibles – face aux malentendus de l'hiver...

Malheureux ; en dépit des épaules – et, parfois, des mains – qui se touchent...

 

 

Le jour – dans la main – recroquevillé...

Dégagé de tout langage...

Sur la blancheur ; la terre emportée...

Notre nom – dans le monde – chaviré...

Entre la tempête et l'étendue...

Au cours de ces quelques pas que l'on nous accorde...

 

 

Aux cimes recouvertes ; retiré...

Face au vent qui dissipe toute consistance...

La parole d'un Dieu que le ciel efface...

Entre deux eaux – le cri qui monte – au milieu des stèles dressées...

Et cette angoisse qui se propage ; qui prolifère – au détriment de la soif...

Nous pardonnant pour toutes les fois où nos gestes chiffonnèrent les âmes ; où nos paroles découragèrent les premiers élans de l'innocence ; à califourchon sur le monstre – dans cette posture inappropriée...

 

*

 

Au fond du filet ; enhardi...

A l'ombre des pierres ; vivant...

A se soustraire aux alliances trop nombreuses ; étouffantes...

L'âme rampante (et désabusée) – sous le sommeil...

Là où s'affrontent le monde et la liberté ; là où s'affrontent les créatures et l'innocence...

Sous ses airs belliqueux ; personne pourtant...

Assis dans l'espace ; à s'émerveiller du silence (trop rare) dans la parole...

 

 

Trop près de ce cœur dépossédé...

Dans ce désert sans sable – sans lumière...

A attendre un chant qui ne viendra pas atténuer la danse folle des hommes...

Qu'importe nos pensées incandescentes...

Pris dans le tumulte – le déclin – la débâcle – en dépit de la persistance du miracle – au-delà...