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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Juin 2023

Carnet n°295
Nomade des bois (part 1)

Juillet 2023

Carnet n°296
Nomade des bois (part 2)

Juillet 2023

Carnet n°297
Au jour le jour

Juillet 2023

Carnet n°298
Au jour le jour

Août 2023

Carnet n°299
Au jour le jour

Septembre 2023

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Octobre 2023

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Novembre 2023

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Janvier 2024


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Février 2024


Carnet n°305
Au jour le jour

Mars 2024

 

Carnet n°306
Au jour le jour
Avril 2024

 

Carnet n°307
Comme à la pointe du rêve
Mai 2024

 

Carnet n°308
A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

30 octobre 2022

Carnet n°279 Au jour le jour

Février 2022

Des ailes blanches sur la chair bleuie par les coups…

A la nuit tombante – l’éclipse du mal ; une forme de providence…

L’enfer qui cesse pour quelques heures – au profit d’une réconciliation – du réchauffement des corps qui se rapprochent…

Les sourires silencieux qui remplacent les larmes et les cris…

Comme au cœur du temple ; la vie et ce que nous en faisons…

Le feu et la mort ; partout – sur le sol et sous les paupières…

 

 

Des mouvements sur lesquels passe – et repasse – le regard caressant…

A longueur de jour – l’une des rares activités immobiles sur la pierre…

A contempler les allées et venues de la soif erratique – des désirs contradictoires…

Le temps passé les yeux en soi…

Après l’ardente saison des fouilles…

Et, un jour, l’audace du front qui s’incline – qui daigne (enfin) s’incliner – devant la fragilité du vivant…

Tantôt propice au nomadisme – tantôt soumis au balancement…

Les yeux face au soleil ; et l’âme (presque) toujours fuyante…

Comme une danse (étrange) jusqu’à l’heure de la disparition ; avec de la lumière – à l’intérieur…

 

 

L’ombre – inlassablement…

Seul – au seuil de ce qui (nous) inquiète…

Mille dangers – et autant de manières de fuir et de lutter ; et à terme – quoi que nous fassions – la chute ; plus âpre que ce qui déboulonne nos images et nos statuts…

L’essence de l’être – à travers tous ses spectacles ; davantage (bien davantage) qu’un songe – le prolongement (inévitable) de la solitude…

 

*

 

Derrière les murs – l’absence – celle qui gouverne le monde – d’une double manière – autant à travers ce que l’on imagine être la raison qu’à travers l’invisible qui agit sans – et par l’intermédiaire de – ce que l’on imagine être l’individualité…

Le grand maître du jeu – en somme ; celui qui invente – celui qui préside à tous les spectacles ; celui qui initie et met un terme à tout ce qui existe…

Du grand art ; le seul chef d’œuvre – en vérité ; ce qui se crée – ce qui se façonne ; toutes les choses qui emplissent (très provisoirement) l’espace…

 

 

Ce qu’offrent les arbres…

Sur le sable ; tant de tristesse et de colère…

Le royaume des ventres – des bouches – des dents carnassières…

Terre d’élection – paraît-il…

L’antichambre de l’enfer – quoi que fassent les vivants – à l’ombre des frondaisons…

Sous la sagesse (inaccessible) des grands êtres – tant que le sommeil durera…

Et eux – apparemment impassibles – compatissants (bien sûr) devant toutes nos impossibilités…

La tête dans la lumière – comme pour nous indiquer la règle à suivre (ce que nous prenons – à tort – pour un privilège octroyé aux Dieux)…

 

 

Des bouts de terre – des bouts de vie – dans la tête – dans le corps – dans la bouche – dans le sang…

Toutes ces choses – ces idées – ces créatures – rampantes – gesticulantes – vibrionnantes – animées – agitées – qui finissent pendues à des crochets ou rangées dans des cases…

Le cœur à l’écoute de ce que l’on tait (en général) ; cet invisible dans les interstices du bruit et de la matière…

Le silence exposé comme un miroir qui reflète l’épouvante ; et nos figures détestables…

A vivre comme les bêtes qui s’entre-tuent et s’entre-dévorent…

Et pleurant sur la perte ; et heureux (et nous félicitant même) de ce qui tombe dans l’escarcelle…

 

 

Seul – face à l’ombre…

Au seuil de l’homme…

Ce qui cède devant la lumière…

Ce que la vie – apparemment – abandonne…

L’essence et le feu – sans conteste…

La solitude et le souffle…

L’évidence du sol…

Et dans l’âme – le ciel en apesanteur…

Ce qui restera, sans doute, après le naufrage…

 

 

Des abîmes à demeure…

Tout ce qu’il faut pour satisfaire notre goût pour l’impossible…

Des blessures et des rêves – à foison…

La perplexité de l’œil face à l’étendue – face à l’envergure du labyrinthe…

Au fond du cœur – la foi abandonnée…

Et dans les mains – ce miroir que l’on tourne tantôt vers soi – tantôt vers les visages rencontrés…

Et le feu nécessaire (bien sûr) pour changer d’horizon et de perspective…

 

 

En silence – sous les astres…

Assis sur le sol – le ciel à la verticale…

Et nous – encore dans l’herbe – le verbe – la faim ; la part organique de l’âme ; et l’autre – déjà surplombante – à une hauteur variable selon la lumière – selon les circonstances et l’angle du jour…

La terre – sans recoin – comme une fête – un banquet – une invitation ; ce que l’on pourrait considérer comme une récompense – une sorte de facilité…

Mille choses à cueillir – à ramasser ; et l’essentiel – en soi – à creuser ; comme un trou dans l’invisible pour accéder au vide…

 

*

 

Éreinté par la tâche à accomplir…

Comme une bête – en soi – animée par la faim – lancée à la poursuite de ce qui constituera son repas…

Une course folle dans l’herbe – à courir (à perdre haleine) au milieu des pierres…

Le visage tendu vers la chose à capturer – vers le but fuyant…

Rien qui ne sépare de la vie ; rien qui ne sépare de la mort ; le souffle mugissant – le souffle déclinant – jusqu’au soupir de la délivrance…

 

 

Ce qui guide la main du monde – entre le temps et la mort…

A pas lents – le trésor et le secret en partage – dissimulés au cœur de l’intimité la plus familière – au cœur du cercle le plus sauvage – inconnus de ceux qui explorent l’enveloppe – qui ne fouillent que la surface ; et que toute profondeur rebute – effraye – peut-être…

Occupés – trop occupés – à jouir du jeu et de la fièvre qui les anime – qui les emportent – à chercher (à peu près) toujours sous la même étoile…

 

 

Le cœur retourné par la violence et le sang…

Et tout ce rouge – à l’intérieur – impossible à soustraire…

Des cadavres entassés au milieu des racines…

Et ces cris – comme des flèches maléfiques qui s’enfoncent dans la chair…

L’immense chagrin – le cœur ébranlé jusque dans ses cercles les plus secrets…

L’invraisemblable – comme un cauchemar qui nous traverse – à l’instar du poison inoculé par les hommes à tout ce qui existe sur cette terre…

 

 

A force de brûlure – la peau-soleil – les lèvres closes…

Moins de calculs ; et davantage de poésie…

Ce que la mort recompose…

Sur le ciel-escalier – à compter (un peu vainement) le nombre de marches que nous avons montées…

Et la terre-prison – où les barreaux sont faits de rêves et de matière…

Auprès du bleu insaisissable dont nous sentons le rayonnement – jusque dans les anfractuosités de la pierre…

 

 

Par la fenêtre – le ciel et la forêt…

Le chant – à demeure – des oiseaux…

Notre univers – aussi précieux que l’éclat dans nos yeux…

La proximité des arbres et de l’infini ; et le fond de l’âme amoureux…

Les gestes et les pas qui respirent l’envergure ; à hauteur d’étoile – sans offenser personne…

Bouleversé par nos chaînes et nos infirmités ; et libre d’y consentir ou d’y échapper…

Sur un coin de page – au creux de la main ; bien davantage que le monde…

 

 

La foulée étreinte par la lumière – guidée par la nécessité du silence…

Sous les ruines – recouvertes – tant de merveilles…

Le destin – de plus en plus anonyme…

L’existence – faite de mille petits riens qui se défont…

Au-delà de la complexité apparente – l’abandon ; et au-delà de l’abandon – le vide et la joie ; notre nature délestée de la mémoire des hommes…

 

*

 

L’odeur du rêve – au-dedans des choses ; ce que l’on imagine qu’elles offriront…

De hauts plateaux – un peu d’altitude – une hauteur digne de nos attentes – un statut, peut-être, pour avoir l’air (encore) davantage…

Un peu d’abondance et de gloire pour compenser (tous) les malheurs…

 

 

Derrière la porte – la mort déjà – si impatiente…

Le cœur prisonnier du temps ; et l’âme qui rêve de liberté et d’affranchissement…

Et le ciel – maître du jeu et des angoisses – indifférent aux rites et aux fêtes que nous lui offrons…

Le doigt pointé sur les figures arrivées au terme de leur expérience ; l’œil lucide et éclairé – guidé, sans doute, par le contraire du hasard…

 

 

Déchirée – l’étoffe de la peur…

Les paupières agilement soulevées…

Par la neige et le froid – l’enfance redressée…

Et des empreintes à suivre – jusque dans l’invisible…

La véritable raison ; ce que les hommes prennent (encore) pour de la magie…

Le ciel dans la main – au plus près des choses – en silence – (très) discrètement…

 

 

Ici – l’espace – l’essentiel…

Le geste et le pas – face à la nuit qui s’approche – qui s’essaye à l’envahissement…

Les yeux ouverts – le cœur ouvert – face à tous les assauts…

La possibilité d’être pénétré – et traversé – sans que cela ne laisse de trace…

Comme une nudité impossible à enlaidir – à corrompre – à dégrader ; un réceptacle – un simple réceptacle – pour ce qui passe…

 

 

De la terre – le monde poussiéreux…

Et comme des cercles – sur la route…

Des communautés aux rideaux fermés…

Des murs d’épaisseurs différentes…

Des pierres en tas – des autels où l’on célèbre les Dieux – où l’on attire la providence – où l’on s’éreinte à façonner des destins plus prometteurs…

Et autour – des foules aux tenues identiques – si promptes à rejeter la différence…

L’esprit et les traditions – millénaires – des hommes…

De l’orgueil – des guerres et des conquêtes…

Mille choses à défendre – à obtenir – à réaliser…

Le règne des frontières ; et tous les instincts (ancestraux) érigés en règles civilisationnelles (que l’on saupoudre, au fil du temps – ici et là, de quelques aménités)…

Si loin du ciel – encore ; ce monde peuplé de bêtes à la figure (vaguement) humaine…

 

 

Le front impatient – l’œil (trop) désireux ; les pieds et les mains ligotés au temps – à la durée de l’aventure – au lieu de poser, à cet instant, les yeux sur le plus proche et de se laisser guider par ce qui vient (indépendamment de ce qui est préféré)…

Pleinement présent à ce qui est ; et affranchi du reste (de tout le reste) ; vivant simplement…

 

*

 

Au soir arrivé – les yeux brûlés à force de contempler le monde…

Que le souvenir – à présent – et l’imaginaire ; et lorsqu’ils seront épuisés – apparaîtra le regard – la beauté – l’évidence de ce que l’on porte – incarné…

 

 

Couleur de brume et de forêt – sur ce chemin que l’on devine à peine…

Senteurs boisées et odeurs de pluie…

Paysages blancs et ombres…

Quelque chose de réconfortant dans ce monde de certitudes et de lumières artificielles…

Un pas ; et le regard appuyé contre le vitrail ; ainsi le ciel se dessine derrière les yeux – au milieu des arbres et du silence…

 

 

La porte ouverte sur les profondeurs et l’éloignement…

Les mains posées contre l’invisible – à la fois socle et perspective – horizon et point d'appui…

La direction que prendra le jour ; et notre exil…

Le vide et la plénitude qui n’ont besoin de sens…

Comme une fleur offerte à la terre – au soleil ; confiant – (totalement) abandonné…

 

 

Aussi mystérieuse que ces longues stries blanches dans le ciel ; l’irréalité de la terre peuplée de figures étranges…

Des chemins au milieu de l’invisible – entre les cimes et les soubassements du monde…

La matière errante – au cœur de l’espace – vertical(e)…

L’infini contre la chair fragile – douloureuse – comme un miroir – les reflets superposés de l’abîme et de la lumière…

Ce qu’enseigne l’expérience ; et ce qui, peu à peu, se détache des nécessités du ventre…

Le doigt levé – pointé vers le (grand) mystère – en soi…

 

 

L’homme à l’état brut – comme la force – sans entêtement – la blessure exposée – la parole intériorisée…

L’essentiel qui s’exprime – sans sourciller…

Ce qui doit se réaliser ; et ce qui a lieu – simplement…

Dans la gorge – sur le visage – tous les bruits et tous les reliefs du monde…

L’énigme de la mort – sur les lèvres – entrouvertes – souriantes…

La possibilité de se relever de toutes les chutes ; et d’enjamber tous les abîmes…

Ce qui persiste – au-delà des apparences…

Une éclosion – une égratignure – une place quelconque dans l’espace…

 

 

Sur la pierre – bâtir – à la manière de la neige qui recouvre la surface – un peu de ciel sur la roche ; pas une stèle vouée à la célébration de l’homme ; un hymne à l’innocence naturelle – au provisoire – à l’effacement…

Les cimes et le sol – sans marque – sans masque – merveilleusement dénudés…

 

 

Porté par les couleurs du périple…

Le sens inné du voyage – en soi…

Et ce que la terre susurre entre nos doigts…

Des lignes et des lignes de silence – en dépit de ce qu’on lit – en dépit de ce que l’on voit…

Le fond des choses ; l’essence même de la pierre ; et l’invisible au cœur de l’essence…

Ce dont nous avons l’air ; et ce que nous sommes – profondément…

 

 

En bordure de soi – l’exil – si proche – si lointain – selon l’inclinaison du cœur – le besoin de solitude ; et le rôle (plus ou moins) prépondérant de la tête…

Ce qui veille sur les malheurs et l’absence – les jeux du monde ; et toutes les balançoires bruyantes qui bercent les hommes…

La métamorphose de la terre et le ciel froissé…

Le cœur entre les doigts qui s’interroge sur sa place ; et sur la nature des choses…

Les querelles incessantes et ce qui – inlassablement – vient contrarier tous les plans tirés au cordeau…

Tout ce qui amuse le vide – en vérité…

La nuit et son collier d’étoiles (qu’elle affiche orgueilleusement sur sa poitrine) – comme si elle voulait nous séduire – nous montrer son rang et sa richesse…

Et devant tous ces gestes – toutes ces farces – tous ces spectacles insolites ; un rire immense – irrépressible…

 

*

 

La pierre et l’arbre – à notre passage – qui nous saluent – en silence…

Le visage souriant – l’âme sensible ; de la gratitude au fond du cœur…

Un mot – et une révérence – comme une prière – qu’eux seuls percevront…

 

 

L’oiseau et la pluie – sur la même branche – au-dessus des fougères – face au vent…

Comme un dialogue dans une langue étrangère – inconnue – incompréhensible par les hommes…

Et tout se parle ainsi à l’insu de ceux qui se sont (orgueilleusement) placés au sommet de la hiérarchie – sans même qu’ils s’en rendent compte ; la plus belle ironie du sort – peut-être…

 

 

Entre nous – ce que l’on confond…

Peu d’indices – le cœur resserré…

Le temps qui s’effiloche – que l’on disperse en jetant des poignées de sable devant soi ; des grains comme autant d’instants figés ; le futur entièrement comblé ; et le seul espace qui reste à présent – cet instant suspendu au cœur du monde – cet instant où entre et sort l’air que l’on respire…

La terre devant soi – sans aucun visage…

Une main posée contre un arbre ; et l’autre qui s’éreinte (vainement) à soulever l’aurore pour apprendre à marcher à la verticale – juste au-dessus de notre tête…

 

 

L’existence entière passée à remuer de l’air – des choses – et, peut-être (rien n’est moins sûr), quelques idées (très communes)…

Et ce qu’il restera de notre vie ; un minuscule tas de poussière ou de cendre que le vent balaiera d’un geste débonnaire…

Le monde – comme un agrégat – une agglomération de visages indifférents – seuls – ensemble – occupés à mille choses (plus ou moins inutiles) ; et l’Amour ; cet étrange objet – sur lequel rien ne peut être dit – contre lequel rien ne peut être tenté…

 

 

Derrière les mots – la présence et les gestes de l’âme…

Ni affectés – ni complaisants ; témoins du monde tel qu’il se présente – tel qu’il va…

Besogne joyeuse et quotidienne…

Des feuilles volantes – au milieu de la forêt…

Assis dans notre roulotte ; la main qui – humblement – qui involontairement – compose un hymne au feu et à la terre ; des mots où se reflètent tous les visages…

A destination de personne ; juste un chant silencieux dans lequel se reconnaîtront (peut-être) tous ceux qui aspirent à vivre debout – un peu à l’écart de la société des hommes ; un hymne aux arbres et aux bêtes – à la vie sauvage réfugiée dans les interstices du monde pour échapper à l’hégémonie colonisatrice de ceux qui, partout, exploitent et instrumentalisent de manière monstrueuse – industrielle – éhontée…

 

 

La part la plus pauvre – et la plus éloignée – du ciel ; ce qui nous habite…

Et l’esprit inquiet qui s’enquiert de la nature du jour – réfractaire à toute forme d’avilissement – s’imaginant à l’abri derrière ses remparts d’images et de mots – rétif à l’idée de devoir fréquenter la plèbe – la lie de la terre – barricadé dans sa citadelle de papier…

Entouré de livres sans (véritable) poésie ; ce que nous désapprouvons nous autres qui prônons le réel ; ce à quoi (bien sûr) obligent l’existence et le monde…

 

 

Sans emblème ; sur le dos du jour qui serpente ; le monde – derrière nous – qui, peu à peu, s’éloigne…

Et la marche qui, au fil des pas, brise l’étrangeté et souligne l’inutilité des signes – à mesure que s’approche la lumière…

 

 

En chemin – sans cesse – le même passage…

Sans alibi ; ce qui s’échappe…

Et ce qui recommencera tant que l’esprit sera hanté…

Le corps pas même prisonnier ; la matière (seulement) soumise à ses propres règles…

Comme une combinaison – un équipage…

Et l’écoute – et l’obéissance – dont il faut faire preuve pour se laisser mener par l’invisible…

Vers l’Amour et la liberté – l’apothéose solitaire…

 

 

A l’abri de ce qui nous poursuit…

Au-dedans – au cœur de ce refuge de chair…

Dieu – cette pure affection (sans volonté) qui habite nos bras et notre carcasse autant que le fond de nos yeux et de notre âme…

En miroir – ce que nous percevons dans le regard et le geste de l’Autre…

Une œuvre grandiose – magistrale – nécessaire – à travers toutes ces portes et toutes ces fenêtres qui s’ouvrent – à travers tous ces murs et toutes ces frontières qui disparaissent…

Une besogne d’ampleur pour accéder à l’envergure…

 

 

Moins dialogue que soliloque…

Moins rencontre que croisement – effleurement (à peine)…

La solitude comme notre seule (bonne) fortune – qui ouvre sur l’espace que nous portons…

Le plus merveilleux (sans doute) enveloppé d’une douleur (apparente) – la blessure recouverte…

La plus courte des distances ; et (trop souvent) le plus long des voyages…

A faire le guet – comme si nous étions observé(s) et observateur(s)…

 

*

 

Les icônes – à nos pieds – piétinées…

En vrac – les Dieux et les choses…

Le sang qui ruisselle et les sacrifices – relégués au temps antérieur…

A présent – le silence qui se dresse contre tous les mensonges…

La fin des indulgences et des marches hâtives vers le ciel…

Le temps des naissances – du voyage et de la lumière…

La lente éclosion de la vérité au détriment du mythe – des fables – des histoires…

 

 

Ce qui ne peut se monnayer ; l’essentiel (bien sûr)…

Entre le silence et la joie ; la possibilité du monde…

Ermite – au-delà de toute aventure ; célébrant la neige et le vent ; la vie solitaire en compagnie des arbres et des esprits de la forêt…

Aux frontières de la violence et de la douleur…

Au cœur de cet espace révélé ; de plus en plus – pèlerin sans visage…

 

 

Le royaume le plus secret – au milieu des arbres et des mots – auprès des bêtes qui se cachent et que l’on abat…

A nos côtés – toujours…

Au fond du silence ; de ce que l’on porte…

Le plus précieux que rien ne peut entamer ; l’espace – l’Amour – la lumière – présents ; nous accompagnant jusque dans nos plus terrifiantes absences…

Loin – de plus en plus – de tous les manquements de l’homme ; de toutes les transgressions du sacré…

 

 

Cette parole forgée qui apparaît ; et, aussitôt, se délite – impersonnelle (de toute évidence) ; à la manière d’une (dérisoire) calligraphie – un (très) modeste avant-goût du silence dans le tumulte (inévitable) du monde et du temps…

 

 

Le jour – comme le reste – scindé en deux ; d’un côté – la danse ; et de l’autre – ce qui relève du langage ; d’un côté – le geste et l’immensité ; et de l’autre – ce qui tente de circonscrire…

Ainsi – pour l’heure – fonctionne l’esprit de l’homme…

 

 

L’existence et l’œil – ronronnants – à moins que n’aiguillonne la souffrance…

L’âme et la figure – absentes…

La futilité et la fête – histoire d’oublier la tragédie – le plus précieux…

Et tout – ainsi – qui se déroule – sans nous…

 

 

Le feu roulé en boule – au fond du ventre ; et qui se déplie dans la poitrine et les bras ; et qui se transforme en souffle et en gestes…

Le monde – simple excroissance de la matière brute – première ; comme un excès qui fait apparaître la vie ; et qui lui donne ses mouvements…

Et l’invisible – secrètement – qui tire les ficelles…

 

 

L'âme – comme plongée dans la lumière – si gracieuse – si aérienne – laissant, à son passage, des fragments de monde ébahis – quelque chose de sensible dans les cœurs ; la traversée du plus intime ; comme si l’innocence nous pénétrait…

 

 

Aucun murmure – face au miroir…

A travers le reflet – deux yeux qui pénètrent le secret – qui révèle la danse au danseur qui s’ignorait ; et la beauté à celui qui, partout, ne voyait que la laideur…

Une forme de miracle – entre la magie et le merveilleux – sur la route qui serpente – au-dedans – entre nos résistances et nos aspérités…

 

*

 

Sur la peau du monde – les lèvres craquelées…

La roche en sacrement…

Le vent ; et la mort qui se balance au-dessus des têtes – ravie – souriante – se moquant des rêves et du déguisement des vivants – jetant tous nos masques à terre ; et nos croyances par-dessus…

Et dans le miroir – la poitrine qui se soulève ; la respiration saccadée…

 

 

A pieds joints sur les Autres qui ne sont plus là…

Le feu – dans le regard – en éclats…

Dans les yeux – le reflet de l’absence…

Quelque chose d’un soleil gelé ; et des restes de rancœur…

Le malheur – sous la peau – qui a, peu à peu, fait disparaître ce que l’on aurait pu être…

 

 

Ce que l’on dure ; l’âme – la chair ; et ce rire – comme un grincement de dents dans les rouages du rêve ; la mécanique à exister…

Des rites désordonnés – célébrés par le corps rageur – désespéré par ce qui lui est offert ; ce si peu de chose(s) dont il ne sait que faire…

 

 

Du soleil – ces mots jaillissants – comme une explosion – une musique de l’âme – quelque chose du ciel – dans la poitrine et le sang…

La main exaltée – foudroyée – électrique – qui accouche de pierres et de sourires – de paroles et de passages…

Comme un chant pour que se décadenassent les cœurs et que les citadelles se transforment en arc-en-ciel…

 

 

Les pas épris d’espace et de liberté…

La foulée – de plus en plus légère…

Sans souci de destination ; chaque lieu comme une étape – un univers en soi ; et chaque lien comme une rencontre – la possibilité d’exprimer ce qui nous unit (et de révéler, parfois, à l’Autre ce qu’il porte)…

Et en chemin – la nudité, de plus en plus évidente, de l’âme – de la route et du voyage…

De la poésie ; et de la solitude – (fort) joyeuses…

Une danse – plutôt – avec les choses et les mots ; avec le vent sur le visage ; et cette inclinaison (obstinée) pour les points de suspension…

Entre deux souffles – entre les lignes ; l’instant et l’éternité qui s’invitent ; notre manière de célébrer le silence et l’infini – la vie naturelle des bêtes et du langage…

 

 

A coups de soustractions – s'érigent la liberté – la nudité – la qualité d’une présence – le degré de compréhension et la sensibilité de l’âme…

Et face à ce qui arrive ; face à ce qui s’en va ; la gratitude et l’humilité ; le sourire devant ce qui a lieu…

Les gestes et la foulée guidés par on ne sait quoi – par l’Amour – la nécessité – la joie de pouvoir approcher tous les visages du mystère…

Comme le silence et la lumière que tout appelle…

 

 

Ce qui vole vers nous – l’espace à la main…

Le verbe et le jour ; ce qui se révèle dans notre absence consentie et joyeuse ; bien davantage que nous-même(s)…

La parfaite vacuité – sans passé – sans devenir – sans interdit – sans restriction…

La part du vide – au cœur duquel peut se déployer le vivant ; et s’épanouir la joie…

 

*

 

Parce que trop persévérant – jaillit l’éclair…

La fulgurance du monde sur la vérité très laborieusement acquise

La lumière – en jets brûlants…

Jusqu’à la source – l’appel ; et le retour…

 

 

Que jamais la main ne se referme sur le message…

Inoccupée – offerte – disponible ; comme ce qu’elle offre ; comme ce que nous portons…

Cette quiétude bien plus que saisonnale – à l’heure juste – à chaque instant…

Cette neige sur les arbres en fleurs ; et ce souffle chaud sur les premières gelées…

L’enfance si ancienne ; et son devenir dans notre âme apaisée ; tous les possibles ; et (bien sûr) la nécessité grandissante du ciel…

 

 

Ne plus voir que le jeu dans les allées et venues de la douleur – dans le balancement du cœur impuissant – dans la main obstinée qui résiste – dans la précarité du monde et la variabilité du temps…

Tous les Dieux – toutes les bêtes – tous les hommes – à l’épreuve…

Au milieu des grands arbres qui ne disent rien ; qui nous regardent en silence…

 

 

Jamais l’Autre ; ce qui tombe – ce qui nous échappe…

Le feu dans le sang qui donne aux bras – et aux pas – leur frénésie…

Comme un manque – une douleur – que nous portons depuis des millénaires – bien avant (sans doute) la première naissance…

Le remplacement de l’éternité par le temps et la course…

Et le besoin cruel – désespérant – (de plus en plus) manifeste – de lumière et d’intelligence…

 

 

La terre touchée par nos yeux tristes…

Ce qui circule dans la parole et les larmes…

L’univers entier appuyé contre la vitre opaque…

Et cet espace – au-dedans – qui tarde à s’ouvrir et à s’éclairer…

Comme un défaut de lumière – une combinaison à haut risque – compte tenu de l’aveuglement…

L’humanité – comme un feu – des milliards de feux infimes – allumé(s) au milieu de la forêt…

 

 

L’espace – l’aire de l’oiseau et du vent…

Face à l’océan – tantôt l’angoisse – tantôt l’absence…

La soif au fond des yeux et des âmes curieuses…

Cet élan vers l’infini – l’au-delà des rêves et des certitudes…

Comme un cri poussé dans le gouffre du temps…

Une remontée des origines – la pierre comme fondation qui s’ouvre sous nos pieds…

Notre épaule contre celle du monde – sous le regard d’un Dieu ravi…

Le jour qui invite à emprunter son plus secret chemin…

A deux doigts du ciel – déjà…

 

 

L’expérience de l’enfance et de la couleur…

Au cœur du monde – l’âme revisitée…

D’un lieu à l’autre – d’une ligne à l’autre – le chemin qui se précise – au milieu des yeux aveugles et fermés…

Quelque chose de la fenêtre – du miroir – de la lumière…

 

*

 

Entre nos jambes – la fabrique de l’espèce ; la perpétuation du monde et de la folie…

Tant de labours – de semence – de peines perdues…

Ce qui se replie sous la chair ; et ce qui se déploie dans le ventre…

Tout un peuple à la dérive – qui peinera encore à se tenir debout ; et qu’il faudra encore éduquer…

Des corps entraînés à la copulation – des têtes programmées pour se reproduire…

Malgré le temps et les expériences accumulés – toujours aussi peu enclins à mourir et à disparaître – à transformer le processus instinctif et organique…

 

 

Au-dedans de soi – le miroir – la violence et la mort…

Ce qui égorge et éventre la vie ; ce qui contamine la chair…

L’âme assujettie jusqu’aux dernières volontés…

A compter les jours dans cette nuit si épaisse – irremplaçable…

De la glace sur le cœur et les yeux ; tous les gestes recouverts ; et la bouche gelée qui éructe sa plainte…

Et les os déjà en tas ; que la terre avale peu à peu…

 

 

Sur chaque pierre – le même monde – la même parole ; et le vent qui éclabousse la surface ; et qui la recouvre de peines et de poussière…

Et ces larmes qui coulent sur la roche ; tous ces visages défaits par le désastre…

L’absence terrifiante des âmes – comme un drame supplémentaire…

L’impossibilité de Dieu dans les regards…

Moins homme que rêve ; moins homme que désespérance ; le désir comme seule prière…

 

 

De jour en jour – l’écho (de plus en plus) déformé ; de la tendresse à la confrontation – de l’innocence à l’hostilité…

Chacun – derrière sa fenêtre fermée – claquemuré – arc-bouté sur sa ligne de défense – sur sa ligne de démarcation…

Les frontières du désir et de la volonté …

Et l’ensemble du périmètre transformé en territoires jonchés d’interdits et de barbelés…

L’édification de murs et de barreaux ; sans doute – l’une des principales activités de l’homme ; et, peut-être même, l’un de ses gestes fondamentaux – né (bien sûr) de l’ignorance – de la peur – de la faim – du manque érigé en institution…

 

 

La nuit partielle – marginalisée…

Comme le trait qui souligne l’appartenance des visages…

Ce qui engendre l’anxiété…

Sous le ciel qui s’affranchit de toute paternité…

L’œuvre de l’homme sur la terre…

Le naufrage de toutes les histoires – de tous les destins…

L’expérience de l’audace face au danger ; la naissance du courage face au péril…

La vie ; l’épreuve à laquelle nul – ici-bas – ne peut échapper…

Le jour – comme la seule ressemblance admise ; et la seule ascendance possible ; et le reste – simples contingences – excepté (peut-être) le verbe et le geste poétiques…

 

 

Porteur(s) des liens les plus naturels…

Ce qui est sauvage et spontané – (quasiment) indomptable…

Par-dessus la blessure – l’épaisseur et la transparence ; la plaie ouverte – inspirante – inguérissable – que l’Amour élargit jusqu’à la béance – jusqu’à devenir l’entière étendue ; un socle sur lequel peut se transformer le monde ; l’aire de tous les possibles – le cercle de tous les enfantements…

 

*

 

Comme de grands enfants boudeurs – rétifs à toute forme d’apprentissage – qui sautent dans des trous et des flaques de boue en criant – qui trépignent sur la terre puis qui, sans crier gare, se mettent à courir après les nuages ou à prier sous la première étoile – et qui finissent, un jour, par s’endormir, les paupières lourdes, sur l’herbe crépusculaire…

Et chaque matin – le même cirque – les mêmes élans – qui recommencent…

Le même rêve – la même folie – que reflète le monde…

 

 

Le rire et l’Amour – ce qui peut nous délivrer de toute forme d’emprise ; du sol – du ciel – du monde et du sommeil…

Comme deux hautes fenêtres que ne peuvent atteindre ni la lie – ni les images – ni les couleurs…

L’espace teinté de lumière – au dos de l’ombre – derrière les étoiles…

 

 

Le même frémissement – à chaque passage…

La feuille et le feutre à la main – dans leur tentative de témoignage…

Et la solitude blottie contre soi…

Dans nos bras réconfortants – celui qui s’inquiète – celui qui pleure – celui qui refuse d’ouvrir les yeux…

Au milieu du printemps et de la mort…

Comme chaque jour qui passe ; à nommer l’aurore depuis notre fragilité…

La beauté d’une présence que l’on oublie ; et qui nous efface…

Sur la courbe changeante du même ciel…

 

 

A l’heure tardive – hors du cercle des appartenances…

L’oreille collée au vent pour écouter le ciel – loin (très loin) du bavardage et de la plainte des hommes ; attentif comme si la neige allait nous révéler la part du mystère que nous ignorons encore…

A mi-chemin entre l’espace et l’oubli ; sans doute – l'une des plus belles manières d’habiter le monde ; de célébrer l'existence ; et de convertir en sacre chaque circonstance – chaque instant...

 

 

Par le même sentier que l’air – le silence…

Ce qui renverse notre idée de la lumière…

Le soleil par le versant opposé – de l’intérieur…

Et l’immensité au-dessus des vagues – comme un miroir derrière l’invention…

Au-delà du monde des possibles – à travers la langue…

Le réel – au-delà de la nuit et du sommeil – au-delà des ombres et des légendes passagères…

(Bien) plus conséquent que notre parole qui n’a davantage de valeur que le sang versé par les assassins…

Nos gestes sans limite ; le Divin dans sa volonté sans restriction…

 

 

Terre de source et d’asile – sur laquelle la pierre hante nos pas…

La chance de celui qui va – poussé par l’intuition et la complicité du vent…

Malgré les menaces – les blessures – la fatigue ; sur des sentes de plus en plus étroites – de moins en moins fréquentées…

D’ici aux cimes secrètes…

Entre l’arc-en-ciel et la neige des sommets…

Un regard qui ne croise plus que la roche et le déroulement naturel des saisons…

Sur le sable – toujours ; et encore toute la mémoire de l’homme à épuiser…

 

 

Au cœur de cette (étrange) étendue ; l’immensité qui semble exister et qui, peut-être, n’existe pas…

Comme une île – une vague ; une illusion comme une autre ; nous – comme n’importe quelle chimère…

L’absence et le délire ; sans doute – les seuls points d’appui – alternativement ; alors qu’il faudrait être présent(s) [bien plus présent(s)] là où la raison nous quitte…

 

*

 

Ce qui nous retarde ; ce qui vient à notre rencontre…

L’Amour et la joie – au cœur des apparences…

A travers d’infimes détails – l’essentiel…

La vibration de l’air – à chaque respiration…

Ce qui nous touche ; ce par quoi nous nous laissons caresser…

Aucune image – l’herbe – le vent – l’écorce…

Tout – à sa place – en dehors de la mémoire…

Ce qui arrive – ce qui se passe ; comme un écho du silence qui nous traverse…

A l’âme de trouver l’accord – la capacité d'accueillir et l’accord ; la justesse de l’être – à notre manière ; de la plus authentique façon…

 

 

Le soleil aux lèvres – autant que la pluie…

Le jaune et le gris – à chaque souffle – à chaque syllabe…

Et le retour à la ligne ; après le chapitre de l’oubli – la page blanche – éclairée de l’intérieur par la blessure et la possibilité de la guérison…

Rien de vain – entre l’os et le dérisoire ; à mesure que l’on approche l’essence…

L’épaisseur d’un cheveu ; l’envergure de l’univers ; et cet espace habité comme un rire ; une fête silencieuse où l'intensité de la joie se mesure à la profondeur à laquelle les yeux accèdent…

La nature de l’être et la besogne du cœur…

Rien que le regard et le geste ; et le reste qui s’efface…

Juste avant l’infranchissable ; ce qui n’est, sans doute, un secret pour personne…

 

 

Ce qui – en nous – tremble (imperceptiblement)…

La loi solitaire qui gouverne toute présence ; et jusqu’au moindre geste…

Rien qui ne puisse (véritablement) l’emporter sur soi…

Derrière tous nos voiles rivaux – et souverains…

La mort – l’œuvre (permanente) de la mort – à grand renfort de propagande…

A quoi d’autre pourrions-nous ressembler…

 

 

Le temps (quasi) éternel de l’errance…

Un peu partout – entre l’œil et notre pays

A longueur de temps ; en toute saison…

Et cette danse dans le cercle de la lumière ; le cœur proche de la plénitude…

Personne – à nos côtés ; seulement le silence – comme au-dedans ; le vide sans la moindre espérance ; ce qui nous rend intensément joyeux…

De toute évidence – l’essentiel entre nos mains dociles – sous la férule de ce qui ne s’explique pas…

 

 

La parole honnête – spontanée – naturelle – imprévisible – qui, malgré elle, accompagne le devenir du monde – la somme des malheurs et des chances…

L’exercice permanent du temps ; et le cours (inéluctable) des choses ; une longue suite de circonstances qui apparaissent dans l’ordre décidé…

Sans certitude – au cœur d’un univers fantomatique où les ombres et la mort se font face…

Un déroulement qui, sans cesse, s’improvise ; des décisions involontaires ; des alternatives dans le tumulte…

L’inconnu – la tête haute ; et nous, le plus souvent, sur la pointe des pieds…

 

*

 

Sans limite – la peau…

La terre – la chair – l’espace…

Ce qui nous relie ; ce qui nous unit…

La vie – la mort – qui se conservent – sans jamais (réellement) se répéter…

Ce qui nous saisit – d’alliance en trahison…

L’âme en dessous des vagues qui déferlent…

Dans ce bain commun – comme un baptême…

La chair tentée – tentante – malgré tous les cadavres fidèles à la loi…

Et l’âme qui s'efforce de franchir les limites de la mémoire (humaine) et d’écrire une histoire (la sienne peut-être) au-delà de la fable habituelle – si réelle – si vivante – que tous les enfants du monde la connaissent avant même qu’on ne la leur raconte…

 

 

Prophétie sans impatience – indifférente à l’instant opportun – à l’époque favorable – à la chute et à l’élévation…

Et l’âme qui guette, malgré elle, l’extinction du jeu des corps crédules ; et qui témoigne de la chair marbrée de veines qui s’imagine immortelle…

L’âme qui s’attarde – qui s’éternise même peut-être – pour apaiser les têtes inquiètes – les têtes angoissées ; et qui regarde la foule instinctive s’en remettre à quelques figures prétendument pensantes ; et qui attend (sans doute) le temps où la nudité sera privilégiée – le temps où le monde deviendra frugal – le temps où les cœurs seront prêts à s’ouvrir et les esprits prêts à se transformer ; ce jour où l’on pourra apprendre sans les lèvres – sans les mots – sans les Autres ; le jour où les prophéties n’auront plus besoin d’exister…

 

 

L’Amour étreint ; et la vie (presque) éteinte…

Sur l’Autre appuyé – comme le monde et la mort…

La marque du soleil sur l’âme ; et celle de la terre sur les corps…

L’œil vivant – posé sur la peau flétrie des vieillards et des nouveaux-nés…

Quelque chose de la douceur ; et cette ardeur (incontrôlable) entre les mains…

 

 

Indistinctement – les coups du sort et les battements du cœur…

Les échos de la langue d’autrefois…

Ce qui distingue et décortique – selon des critères (très) superficiels – en simple jouet des apparences…

Et entre la douleur et l’errance – la tentative du mot juste…

Comme un retournement de la pensée ; la transformation de la parole en silence…

La vie sans cri – sans empreinte…

Le glissement involontaire d’un lieu à l’autre – au cœur du même vide – tantôt enfoui – tantôt en apesanteur…

Et cette inclination à durer malgré la détresse et le néant…

 

 

Immobile face au jour infranchissable…

Sans appui – sans référence – sans fierté ; ce qui est (bien sûr) préférable…

La veille patiente – les yeux posés sur ce qui est en train d’émerger…

Des siècles et un instant – au milieu des éléments déchaînés – du désordre – entre les figures de l’ombre et celles qui se réclament de la lumière ; comme si cela existait – comme si cela avait un sens…

La présence – la perte et la démesure ; ce qui, en ce monde, semble le moins irréel…

 

 

Épris de nous-même(s) – à travers nos yeux – nos gestes – notre posture…

Entouré(s) de murs et d’interdits…

A l’abri des assauts les moins décisifs…

Gonflé(s) de soi – au lieu de la source…

A tous les endroits possibles et imaginables…

Et le nombre d’heures entrées dans la mémoire – comme si l’on pouvait venir à bout de l’infini – comme si l’on pouvait défier l’éternité…

 

*

 

L’invention du monde – de la lumière…

L’or avalé par l’œil ; et recraché par le ventre…

Ce qui ne tourne pas aussi rond que cela en a l’air…

Des obstacles – des blocages – au-dedans…

Des congestions – des obstructions – dans la tuyauterie qui va des pieds à la tête – qui parcourt la terre…

L’irrigation imparfaite de la chair – du ciel à l’âme…

Et cette absence ; et cette solitude à laquelle on renâcle…

Tantôt dans l’axe du cou – tantôt dans l’axe du sexe – comme s’il n’y avait nulle autre alternative…

Et toutes ces incidences (si particulières) sur la langue – la perspective ; et le devenir de l’intériorité…

 

 

L’essence et la peau – ensemble – parfaitement collées – sur la feuille – l’existence…

Ce que tout voyage enseigne – par mille détours (très souvent) – tant nous sommes soumis aux habitudes et à la défiance…

 

 

Un jour – face à la nuit – face à la mort – la tête sur les genoux pour pleurer et cacher notre angoisse…

Et un autre jour – la figure face au vent – prêt à vieillir au milieu des Autres et des choses…

Ce qui s’incarne ; tout et son contraire…

Tous les visages du vivant éclairés par toutes les possibilités du monde…

 

 

Ici – sans autre incarnation que celle de l’absence…

La nuit qui nous entoure ; tous les angles bouchés ; et les mille recoins nauséabonds où se cache la chair…

Notre attente – au seuil de l’oubli – entre l’exil et le monde…

Tout (encore) baigné de sommeil…

 

 

Tout dire – témoigner des choses du monde de façon exhaustive – mais qui pourrait donc l’entendre…

Ne suffirait-il pas – plutôt – d’accepter de tout vivre – pour comprendre ce que nous sommes…

 

 

Comme un équipage – au cœur de l’infini…

Comme un visage penché sur son propre reflet…

Des ondes – du feu – de l’eau ; et la respiration aussi peu scandaleuse que les armes attachées à notre ceinture…

Comment pourrait-on se tenir autrement devant le miracle – la douleur – l’incompréhension et la folie – de ce monde…

 

 

Au-dessus du gouffre – l’obscurité…

Au-dessus de l’obscurité – les étoiles…

Au-dessus des étoiles – le silence…

Et au-dedans de tout – la possibilité de la lumière…

Et au cœur de la lumière – l’inévitable aventure à laquelle tout est convié (de manière obsédante – de manière acharnée)…

 

 

Assis – dans la nudité et les cendres de l’ancien monde…

L’errance – au seuil franchi de tous les masques – de tous les rôles…

Le visage et la main – innocents – de plus en plus…

Le vide qui persiste ; et à tort ou à raison – nos résistances…

Ce que l’on ressasse au lieu de vivre l’espace…

Ce que l’on entasse au lieu d’habiter le vide…

Dans notre précarité – solitaire(s) ; l’être promis à l’unité – au retour vers l’un de ses états naturels – au même titre que tous les autres (bien sûr) – au même titre que ce que chacun d’entre nous est en train de vivre…

Qu’importe alors les circonstances ; qu’importe alors vers quoi nous sommes emporté(s) ; tout fait sens – tout nous mène d’un lieu à l’autre – d’une situation à l’autre – totalement familier(s) – parfaitement chez nous…

 

*

 

Entre la blancheur et le soleil ; l’insaisissable…

Les extrémités de l’espace ; tous les recoins infréquentés – non parcourus – non explorés…

Et la douleur effacée par ses propres principes…

L’attente perpétuelle annihilée…

L’exil intérieur grandissant ; comme un impératif naturel ; l'un des plus exigeants – sans doute…

Ce qui se glisse entre nous et les Autres – ce rien – cette distance – qui confinent au vide et à l’assemblage parfait ; la configuration du puzzle – avec toutes ses pièces – avec tous ses éléments et toutes ses combinaisons possibles…

Ainsi apparaît – devant nos yeux – l’apparence du monde ; cette chose qui, à force de tourner sur elle-même, finit (peu à peu) par disparaître…

 

 

Poussière d’autre chose que de nous-même(s)…

Tant d’influences et de couleurs – à l’intérieur…

Reflet plutôt que vérité – plutôt que consistance…

Et l’unité à chercher ailleurs – au centre du périmètre…

Quelque chose du secret – du regard – de l’immensité – à faire apparaître en chaque élément – au cœur de la solitude perpétuelle (qu’importe la distance à laquelle se trouvent les Autres)…

L’infini intérieur – bien plus vaste que le monde – que le ciel et le cosmos réunis…

Et en chacun – la même déchirure – le même voyage ; et la même possibilité de guérison ; ce qu’offre la réconciliation…

 

 

La vie-tiroir – la vie-caisse – la vie-étagère – où tout s’entrepose – comme si nous étions un magasin de choses et de rêves ; un lieu étrange où tout s’échange – s’achète et se vend…

Le monde – comme un grand bazar où le bonheur se mesure à ce que l’on gagne et à ce que l’on perd…

Une sorte d’enfer pour ceux qui n’ont pas l’âme marchande…

 

 

Et ce carré bleu à chaque fenêtre – qu’importe la hauteur et l’orientation – qu’importe l’horizon…

Au-dehors et au-dedans – cette même parcelle d’infini…

Présence calme – perpétuellement invitative…

Comme un espace au-dessus du monde – une manière de nous convier à contempler et à disparaître – à plonger (et à nous fondre) dans l’immensité céruléenne…

 

 

Le soleil tapi dans l’âme – comme un coin de ciel caché – invisible depuis le dehors…

Une réserve de tendresse et de joie pour les jours difficiles – les heures de tristesse – les instants gris…

Dieu au milieu des replis et des recoins – comme encagé dans le noir…

Au milieu de l’œil – au milieu du sang – invisible aux yeux des hommes…

Et une voix – parfois – à l’intérieur – pour guider nos pas entre les failles et les fissures ; et que chacun (bien sûr) peut entendre ; et écouter…

 

 

Des traces – esquissées comme pour elles-mêmes…

Rien qui ne puisse dessiner l’itinéraire entre le monde et l’infini – entre le corps et l’âme – entre l’âme et Dieu…

Quelque chose de soi – en tout ; et quelque chose du tout – en soi ; les mêmes couleurs – les mêmes substances – mélangées de manière différente…

Et ce manque inassouvi qui se jette à corps perdu vers l’idée de plénitude…

Sur nos propres ailes – la vie qui se porte ; ce qui se déroule entre la douleur et l’Amour…

Nous – nous perpétuant – tantôt vers l’éparpillement – tantôt vers l’unification…

Nous – vivant – au cœur de la (grande) respiration du monde – dans ce jeu (permanent) entre l’invisible et la matière…

 

 

L’amplitude variable du cœur et des mots – des bras qui enlacent – de la main qui offre…

Et l’âme – parfois – dans son ivresse sans objet – comme un présent – une traversée – qui (presque jamais) ne dit son nom…

La ronde perpétuelle qui se vide et se renouvelle ; la vie qui se façonne et se modèle…

Le fruit de toutes les expériences…

Et ce chemin que l’on invente pour tenter de rejoindre ce qui ne nous a jamais quitté(s)…

Le feu (sans cesse) reconduit pour que l’on puisse assouvir notre besoin urgent et pathétique de l’Autre – du monde ; comme un vide impossible à combler – sinon par la présence d’un plus grand que soi

Et l’âme et Dieu – dans leur secret tête-à-tête – à leur place – parfaitement installés – tantôt s’éloignant – tantôt se retrouvant – toujours solitaires – en dépit du reste…

 

*

 

De l’autre côté de l’âme – là où le silence s’épaissit (sans gravité) – devient palpable (si réel)…

Les yeux fermés ; sous notre aile – le monde…

Quelque chose qui respire ; sous la chair – la source…

L’évidence de la terre et du ciel (sans la moindre frontière)…

La nuit changée en porte ; et la joie qui persiste au-delà de la chute et de l’effacement…

Notre visage – et tous nos pas – et toutes nos lignes – sur la lame intraitable de l’oubli…

Le cœur en son royaume – en somme…

Partout – le rien ; et le vide souverain…

 

 

A contempler son existence ; le déroulement (inéluctable) des choses – à travers les fenêtres de l’âme ; la transparence du monde ; et ce puits de douleur au fond duquel stagne cette eau noire que nous accumulons et qui vient abreuver tous nos manques…

Le front appuyé contre la vitre – le seul refuge – si souvent – à nos tourments ; à ces jours sans sommeil – à ces jours sans joie – où les gestes et les pas s’exécutent mécaniquement – comme des machines programmées (et sans réinitialisation possible)…

Une façon (si facile) de rêver à d’autres horizons…

 

 

La lumière si loin du passage…

Et la chair – au fil des jours – s’effilochant…

Les racines – en tête – cherchant, en vain, un point d’ancrage…

Et partout le ciel – et partout le vent ; et dans certains cercles – les seuls éléments que l’on autorise…

 

 

Ici – sans promesse – sans dévoilement excessif…

Ce qui a lieu – cette pente sur laquelle nous glissons…

La mémoire vide – la main docile – l’âme réjouie – sans idée préconçue…

D’un bout à l’autre de l’espace – de l’expérience – de ce côté de la terre – sur ce chemin…

Et, sans surprise, une partie du monde (la plus vile sans doute) qui brûle – en nous – devant nos yeux…

 

 

Les yeux fendus en deux – de nos propres mains…

Un livre (le livre) ouvert à la juste page…

L’âme – la voix – le silence ; et ce qui saute au visage ; la nudité de la parole qui souligne notre insuffisance – notre absence d’appartenance aux diverses communautés humaines…

Et ce qui vient ; ce qui remplace le bruit et la possibilité ; la solitude et l’évidence…

La part divine – que nous dissimulons ; et qui, soudain, sort de son abri…

 

 

La langue contre le poing ; à la fois refuge et confrontation – simultanément ; et, parfois, l’un ou l’autre – question de vocable et de perspective…

Ce qui s’ouvre et se révèle…

Ce qui grandit – en soi ; tantôt la distance – tantôt le rapprochement…

Et tout entremêlé – y compris (et surtout – bien sûr) la vie – l’Amour – le temps et la mort…

L’éternité qui passe devant les yeux trop crédules ; et l’infini qui nous fait face…

La beauté et la faim – main dans la main – au milieu du miracle…

Ce à quoi nul ne peut (véritablement) renoncer – malgré la bêtise et la cécité – malgré l’illusion – malgré la peur et les résistances que portent tous les vivants…

Nous tous – au cœur du monde – au milieu des âmes aveugles et des paupières cousues…

 

*

 

Anonyme – depuis toujours…

Invisible – de plus en plus…

Tel le plus familier qui sort de son cercle…

Tel le voyageur qui renonce à son itinéraire et à ses archives…

Maintenant – la mort – à sa demande ; l’engloutissement et l’indistinction…

Quelque chose comme du blanc sur du blanc ; sans doute – un peu de bleu dans l’abîme…

 

 

Dans la profondeur du chant – le ciel…

Ce qui s’étend sans fierté – ce qui se répand sans bannière ; pas une conquête – le retour à l’origine – à l’étendue…

Et cette vibration dans la voix – comme le signe (la preuve peut-être) d’une âme passée du supplice au rayonnement…

A l’instar du silence ; la seule vérité ; et, sans doute, la seule issue pour la matière ; la transformation du regard et du vulgaire en sacré…

 

 

Vagabond de l’âme…

Dans ce face à face avec le monde ; la fuite – l’exil et l’errance…

La porte – à l’arrière – entrouverte – pour les éventuelles (et très rares – trop rares peut-être) rencontres humaines…

Et pour les Autres – arbres – fleurs – pierres – bêtes – rivières – tous les plus beaux visages du monde – les bras grands ouverts…

La langue comme un baume naturel…

Et une oreille pour écouter les doléances – apaiser (un peu) la souffrance…

Et un œil – et une main – pour caresser l’âme et la peau ; pour toucher du bout des doigts la beauté primitive du monde (non humain)…

Et une prière pour bénir le sauvage – l’indompté – l’inapprivoisable…

Et notre cœur – ému – vivant – parmi tout cela…

 

 

Ce que trace la main…

L’abîme trop peuplé…

La nuit alentour – enveloppante…

Les marges affranchies des règles et des hommes…

Ce dont témoigne le livre ; toutes lumières éteintes…

 

 

Sous un autre soleil que celui du jour…

Le monde porté à bout de bras – hissé au-dessus de la cécité…

La nuit entière – réduite en poussière ; et que l’on jette au milieu des étoiles ; l’ombre nécessaire au regard et aux choses…

Ce que l'on ne peut ignorer lorsque l’on a les yeux ouverts…

Et l’incessant labeur de l’âme et du feutre – malgré la fatigue ; comme un espace accru sur la feuille – dans la vie ; et jusque dans la respiration et les gestes quotidiens…

 

 

Le signe – de plus en plus évident – que l’on doit se taire – avancer avec discrétion – en deçà des yeux qui scrutent – sans abuser quiconque – sans jamais rien promettre…

Ni ici – ni ailleurs – là où poussent les vents – là où nous sommes involontairement emporté(s) – le jour et la nuit au fond de l’âme ; et au creux de la main…

Porté(s) par le jeu et la joie des Dieux qui s’amusent à nous voir rêver et nous débattre – se moquant de notre orgueil et de notre présomption – de tous nos gestes trop volontaires (comme si l’on se sentait capable d’influer sur la vie – le monde – les circonstances)…

Dans le désert – au milieu de la mort ; le corps et l’esprit – emplis de semence et d’a priori ; d’un terme à l’autre ; avec, parfois, quelques larmes qui coulent – malgré soi…

 

*

 

Un rêve de rondeur et de légèreté ; un nuage enveloppant ; pour guérir la tête – apaiser la raideur de la nuque et la rigidité de l’âme…

Une manière de plier le souffle – de le mettre en retrait pour qu’il devienne capable (par la suite) de se déployer totalement ; comme un envol – une giclée de sang neuf tournoyant dans l’air – un peu de matière ; une tentative humaine pour retomber en enfance – entre le ciel et la magie – une sorte de percée poétique nécessaire pour enjamber les choses du monde – si lourdes – si épaisses…

 

 

Trop (bien trop) de ce monde – les arrêtes très anguleuses de l’esprit – tous les périmètres circonscrits ; et les mille recoins de la terre fouillés et exploités…

Les désirs et les conquêtes…

Ce que l’on saisit – ce que l’on entasse – ce dont on se sert – tout ce qui pourrait nous être utile – bénéfique – favorable ; cette affreuse perspective où l’on est le seul point de mire – le centre de tous les cercles – et toutes les choses dont on a besoin à l’intérieur – et le reste que l’on jette au feu – au Diable – aux Autres – comme une simple manière de se débarrasser…

Cette si belle philosophie des mendiants – des accroupis – qui font bombance en cachette – à l’abri des regards – l’âme pauvre (si pauvre) – mus part l’étroitesse et le sentiment du manque…

Cette odieuse inclination commune…

 

 

Assis dans le sang des bêtes – pataugeant dans les entrailles – avec l’étrange assentiment des étoiles…

Nous autres – les barbares – les hôtes passagers des enfers que nous façonnons…

 

 

Au chevet d’un monde malade – à l’impossible convalescence…

La main sur le front de ce qui agonise – à l’avenir épuisé…

Et contre l’arbre – la source ; et la rivière qui serpente entre les survivants…

Et dans le houppier – l’oiseau dont le chant célèbre l’héritage préservé…

En nous – à la fois le rire et les larmes – la colère et la tristesse…

Le cœur trop tendre – l’âme trop sensible – pour vivre au milieu des choses terrestres

 

 

Au-delà – au-dessus – là où le secret est partagé – comme le trésor qui s’offre à tous…

Sans âge – l’œil et la main qui s’éveillent ; et qui échappent au temps…

Au cœur de la blessure – les ailes et l’envol…

La joie qui se tient dans l’ombre – patiente (très patiente) ; et ce qui résiste à l’épaisseur – à la gravité…

 

 

Rien que l’oubli et la mort – des tombes et du néant – la puanteur de la chair – la crasse et le sang…

Le ventre vide ; et la bouche ouverte…

Loin (très loin) du bleu censé nous accompagner – guider nos pas d’égarés…

Au fond de l’âme – le ciel – pourtant – l’ouverture et le salut ; et la possibilité du vide à chaque foulée – à chaque instant…

Un peu de vie ; et la soif nécessaire pour continuer à vivre ; et découvrir la source…

Nous autres – avec nos désirs – nos histoires – nos tentatives – encerclés par tous les horizons…

 

*

 

A peine le temps – le dessein du jour…

Sans limite – la parole – sur toutes les lèvres délicates…

Ce qui se laisse contempler – entre deux courses…

La vie ainsi – disciplinée – faussement attentive…

Au cœur de ce mensonge creusé en nous-même(s) ; les bruits de la terre ; et quelques reflets du ciel…

La tête comme un papillon – d’un lieu à l’autre – sans même parvenir à butiner – à virevolter…

Une existence frivole et distraite qui s’enveloppe de rêves et de prétention…

Et pas même un sourire (le moindre sourire) dans le sommeil…

 

 

La chair caressée par la respiration – le souffle intérieur – comme un ciel suspendu aux ordres de ce qui s’impose ; tantôt le jeu – tantôt la nécessité…

Le monde aux mains rouges délaissé – abandonné à ses images et à ses croyances – à ce que l’esprit de l’homme a inventé…

La douceur et la tendresse plutôt que toutes ces histoires sculptées à la serpe…

Le moelleux de la solitude plutôt que les piquants de l’Autre (de tout Autre)…

La clé – ici – qui se tient dans la main libératrice…

Des larmes et du feu – de l’ardeur et de la sensibilité…

La vie surprise par elle-même ; et nous (bien sûr) à l’intérieur…

 

 

Tout – lié à l’être…

Et ici – et en soi – et partout – la poésie et le sacré (autant que possible) ; et le vulgaire – et la violence – aussi – lorsqu’ils s’invitent ; lorsque l’âme ou les circonstances l’imposent…

Docile et obéissant – dans tous les cas…

Ainsi s’inscrit-on dans le réel – sans jamais s’opposer à ce qui surgit – fût-ce le rêve – le sommeil – l’imaginaire…

Plus inconsistant qu’humain – sans (véritable) qualificatif – comme (à peu près) toute chose…

 

 

L’eau et le temps – qui coule – s’écoule ; en plus de l’eau – en plus du temps…

La terre – la surface du monde ; toutes les existences…

Et l’air – et le feu ; en plus du reste…

Et cette soif de savoir – de se reconnaître

La vie en chantier ; et la besogne de l’âme…

Sans rite – sans cérémonie ; ce qui nous est, sans doute, le plus naturel…

 

 

A tourner en rond dans la nuit qui nous encercle…

L’absence comme recroquevillée sur elle-même – à la manière d’une toupie d’air dans le vide déjà tourbillonnant…

Du noir sur le noir – un surcroît d’obscurité – de la matière opaque – sur l’épaisseur déjà sombre du monde…

Sacrifié(s) – sans laissez-passer – au centre de l’enceinte – livré(s) au sommeil et à la mort…

Notre déroute ; ce désastre dont nul ne se soucie…

 

 

Le ciel – entre le désert et la lumière – le sol irrigué – le sable où tout s’enfonce – s’enterre – où les passages ne laissent aucune trace ; et le vent sur toutes les vies déjà penchées – achevant la besogne – effaçant les empreintes trop visibles…

A ce point que le chemin invite à l’abandon et au soleil – à la contemplation du vide et des rives rivales ; ce à quoi nous sommes occupés – ce que nous laissons derrière nous…

L’immensité vierge – malgré les étoiles – malgré les yeux – malgré la mort…

La seule présence – le seul décor – en vérité…

 

*

 

Des étoiles au fond des yeux – comme un cierge face à la mort – contemplant sa propre lumière…

Le sacré corrompu par l’orgueil – par ces hordes de guerriers qui défilent depuis l’origine – presque toujours – trop fiers…

Sur la route – des coups d’éclat et des coups de sang…

La majorité – perpétuellement – écrasante…

Des menaces ; et nous – en retrait – passablement désespéré(s)…

 

 

La raison mise en échec par le geste et la danse…

La fausse intelligence qui tient davantage du rêve que de l’esprit…

Toutes ces constructions sophistiquées et pyramidales…

Le monde – hébété – renvoyé à son apprentissage…

Vers le socle le plus sûr…

Le cœur et l’expérience qu’il faudrait restaurer – seul gage de connaissance – aux antipodes du savoir qui construit des murs et fabrique des chaînes…

Ce qui ouvre et libère plutôt que ce qui édifie…

Porté(s) à redevenir pleinement l’espace ; l’accomplissement soustractif ; l’effacement plutôt que l’absence…

 

 

Rien du nom ; tout du jeu…

L’essentiel au milieu des choses…

Du sommeil aux fleurs – sans trop s’attarder sur les images et les rêves…

Le séant et les paumes – sur la terre…

Et toujours davantage de sable – à mesure que nous grandissons – sous les pas – dans toutes les mécaniques (trop) machinales – pour accéder au royaume ; entre la chambre et l’infini ; le lieu de l’inconsistance et de la métamorphose…

 

 

Sur la stèle vers laquelle on s’avance – en lettres noires – violentes – une célébration de l’arrière-monde – louant l’orgueil et les passions sanguinaires – le rôle de l’épée et du feu au sortir de l’enfance…

L’aveu d’une ignorance ; le signe que le vulgaire gouverne le monde…

Une inclinaison – un versant – qu’il faudrait inverser – renverser – pour s’affranchir des instincts – du meurtre – de la superficialité – pour qu’émerge (pour que puisse émerger) un peu de ciel au cœur des fils de l’homme…

 

 

Les mains dans la neige – à nettoyer le sang du monde avec quelques restes de nuages ; et à désenfouir ce qui n’a jamais vu le jour…

Le visage bleu – illuminé – de ce qui ne peut être arraché à la matière ; cette part de vide – comme un voile translucide (attaché à la trame) – ce qui soigne le manque et l’infirmité – cette tristesse d’en être réduit à cela ; un peu de matière terrestre…

Comme une lumière discrète – presque clandestine – qui nous habite…

 

 

Les mots alignés sur le trouble – le destin – au point de garder le silence…

Un léger sourire – peut-être ; un imperceptible tremblement…

L’avenir jeté devant soi – se vidant de toute possibilité…

Et le passé – en contrebas – antérieur à la chute – inutilisable…

Ne reste donc que ce qui est là ; et ce qui vient ; l’existence – le monde entier – en somme…

 

*

 

A mesure que s’étiole la tristesse – la chambre s’éclaire ; le noir de la tête bleuit – peu à peu…

Le cœur laisse passer l’absence…

Le miroir s’opacifie ; et les reflets deviennent de plus en plus flous…

Le monde – l’avenir – la bête – dont nous avions si peur – perdent leur puissance de dévoration…

Vers la transparence – vers la maturité…

Au bord de la perte ; fidèle à la pierre – au ciel – au chemin…

 

 

Égal au visage de la bête – à l’herbe coupée – au fossé que l’on néglige – à la main tremblante qui hésite – au cœur qui aime en secret – au temps que l’on découpe – à la terre que l’on piétine…

Parmi tous ces fragments de monde (si) familiers ; une immersion au milieu des choses – au milieu des Autres – dont nul (bien sûr) ne se souviendra…

 

 

Comme le soleil qui monte dans le ciel – à son propre rythme – sans discrimination – sans secret ; tous les signes exposés ; et les profondeurs (sans doute) insoupçonnées…

L’homme qui sait et celui qui imagine savoir…

Recouverts de la même enveloppe – et pourtant – aussi différents que la pierre et l’étoile ; que le sang et la bête que l’on assassine…

Le cœur retourné et le cœur creux – ce qui se vide et ce qui s’épanche…

L’un à la dérive – l’autre retranché…

Et leurs racines communes qui s’enfoncent dans le silence – entre les fleurs qui partagent le mystère…

 

 

L’infernale machinerie du monde et du temps sur l’être – l’essentiel – la soif ; l’écrasement de ce qui résiste – de ce qui aimerait émerger du sol tassé – comprimé – du poing qui se lève au-dessus de l’uniformité – de la volonté de trouver une forme de salut – d’échapper à la pesanteur conventionnelle et collective…

Une main hissée aussi haut que possible qui saisirait un fil sorti d'on ne sait où ; et une autre qui s’appuierait sur le ciel – pour s’extraire du labyrinthe…

 

 

Sans être vu par le monde…

Sans être touché par la mémoire et le bruit…

A la marge du songe…

L’aventure au-delà de la sauvagerie des fauves et de la férocité des flammes – dans un périmètre sauvegardé – à l’abri des Autres – des attentes – des soucis…

A l’avant-garde ; (presque) hors du temps…

 

 

La route et l’infini – décrits par des signes esquissés à l’encre noire – jamais très durables – à la façon d’un doigt qui dessinerait sur le sable quelques hiéroglyphes – quelques gribouillis ; et qu’effaceraient (très vite) la mer et le vent…

Et ce sourire – énigmatique (pour la plupart) – et fort compréhensible (pour quelques-uns) – face à l’incessant défilé des saisons…

La présence et le regard – plutôt que le geste et le mot – face au vide – au milieu de rien…

 

 

L’absence célébrée de mille manières…

Nous – à demeure – en plein réveil – en plein rêve – en pleine insomnie…

L’intermittence tout au long du voyage…

Et la forme des murs qu’épousent les yeux – les mains – les âmes…

A califourchon sur la bête immobile – le chemin que nous avons emprunté – parmi les mille manières de voyager…

 

*

 

La peur – la pierre ; la main qui hésite…

Le cœur sans étoffe – l’âme quasi matérielle – presque minérale…

Autour de nous – le monde et le silence ; ce qui ouvre tantôt sur la neige – tantôt sur le vertige…

 

 

L’enfance face aux malheurs…

Et nous – dans l’assemblage…

Emmêlé(s) avec les cris et la terre…

Pas encore délivré(s) ni de l’espoir – ni de la mort…

L’essentiel – notre manière de nous tenir face au vent – dans le noir…

L’invisible – dans la profondeur des gestes et du langage…

 

 

De la fumée – sous les paupières – le passé…

Devant l’arbre – l’absence (absolue) d’histoire…

Une présence épaisse et verticale…

Et cette façon de s’élancer dans le ciel et de trouver une assise sur le sol…

Comme une vigie entre la terre sombre et la lumière…

Ce que l’on nous invite à réaliser ; le regard vide – le regard bleu qui se laisse envahir par le passage et la force des vents…

 

 

Ce que nous sommes – de mille manières ; la seule chose dont nous disposons…

 

 

L’âme ouverte – même par temps de grand froid – lorsque la faim et la peur nous saisissent…

Les mains posées sur le vide – bien à plat…

Sans prière – en guise d’offrande plutôt – prêtes à se laisser guider par les courants du jour…

Sans aucun sens – seulement ce qui est donné ; qu’importe la force et la direction…

 

 

Sous le règne de l’éternité – que dire du temps – de la durée – de l’instant et du provisoire…

Et ces heures – et ces siècles – et ces millénaires – et ces éons – innombrables – au cours desquels les âmes oscillent entre le sommeil et la lumière…

Une terre arrachée au doute ; et des fleurs (bien) droites sur leur tige qui, parfois (sans raison), se courbent devant l’espace…

Quoi que l’on en dise – sans doute – l’une des plus belles aventures…

 

 

De l’autre côté du monde ; le soleil-douceur – l’enfance du cœur et le reflet de l’océan…

L’immensité qui sait contenter tous les désirs…

Et ici – les larmes – les ailes – posées – ruisselantes – sur le rocher…

Mille nuits sans pareilles – comme un poignard que l’on nous enfoncerait sournoisement dans la chair – pour nous rendre raison – paraît-il…

Les bras en croix – à la suite de celui que l’on avait autrefois coiffé d’une couronne d’épines – mort avant l’heure en quelque sorte ; comme s’il nous était possible aujourd’hui de ressusciter en d’autres lieux – ou de renaître ici différemment…

Le ciel partagé en parcelles – en territoires – un côté pour la mort – un côté pour la tristesse – un côté pour l’imaginaire et l’espérance ; et tous les autres mélangés – aux contours et aux desseins (très) imprécis…

Et les ombres qui collent à la peau – sur le sol ; et qui allongent les silhouettes – sous le soleil parfois indifférent – parfois complice…

Et nous – entre nos quatre murs – à l’étroit – entre nos désirs et ceux des Autres – entre ce qui est possible et notre (très partielle) compréhension ; et cette âme bancale (et chavirée) qui nous est offerte pour apprendre à naviguer entre ces rives incertaines…

 

*

 

La disparition de la crainte…

Au jour qui vient – les yeux fermés…

Ce qui se donne – sans plus chercher le sens…

A voix basse – le périple raconté (sans détail particulier)…

Davantage que l’expérience – davantage que le récit…

L’existence vécue – face au miroir – face à ses propres reflets…

Ce qui s’inscrit dans l’âme ; et sur la pierre ; et que le vent emportera pour l’ajouter ailleurs – plus tard – à ce qui n’existe pas encore…

 

 

En ce centre – rejoint – comme une naissance…

La pierre angulaire du temps – en quelque sorte…

La matrice et la récurrence des saisons…

Là où s’effectue le passage (sans peine ni application particulière)…

A l’instinct ; comme ça – l’air de rien…

Le seul indice que nous ayons…

 

 

Des oiseaux au-dessus du soleil…

Une traversée – sans préparation – qui se réalise (presque) par effraction – en laissant les masques brûler sous la lumière ; et l’intensité des prières sur la roche…

Le monde qui s’effrite – par pans entiers d’images…

La pensée (quelque peu) amère face au vent des hauteurs qui joue (délibérément) avec les idées qu’on lui lance…

L’esprit – et le langage – si étrangers à l’espace – à la surprise – au merveilleux – comme déconnectés de la danse – de ce qui tourne naturellement…

Sans parade face à la parodie du réel…

Un rêve seulement – contre soi – contre l’homme – pour tenter d’apaiser l’angoisse de l’affrontement…

 

 

Sentir le souffle et le resserrement du temps…

Face à la flamme – le rêve et la terre qui s’assèchent…

Et le devenir du monde – déclinant – sous l’aile de ceux qui disparaissent…

 

 

Entre le sommeil et la mort – déjà…

Des rires plein les lèvres – comme pour nous tenir compagnie…

Des brassées de fleurs jetées dans le vent…

Ici – à entendre l’esprit soulever le monde – toujours plus haut – sur la terre – et sous le ciel inchangé – en dépit du cours des choses qui semble, peu à peu et inéluctablement, se dérouler…

L’oubli – comme fixé à la pointe de l’âme – malgré la tristesse qui, souvent, nous accable…

 

 

Tous les visages arborés – au fil des rencontres – au fil du chemin…

Comme des traits déguisés en masques…

Et ces yeux tristes (tous ces yeux tristes) derrière la vitre ; la vie immobile qui se traîne depuis des années – d’un bout à l’autre du périmètre – de la pièce exiguë…

La main qui ne touche que son propre reflet ; la bouche qui n’embrasse que le carreau froid…

Presque mort alors que d’Autres semblent déambuler (avec nonchalance) dans la joie – et dessiner, pas à pas, un itinéraire qui a des allures de danse et de célébration – comme s’ils jouaient avec la liberté qui se déployait (et se laissait incarner)…

 

 

La foulée qui épouse le vent ; et l’âme, le sol ; et la parole, le ciel…

Un regard qui porte de plus en plus loin…

Un chemin sans visage ; un voyage sans retour possible…

Le sommeil comme abandonné derrière soi – posé sur un amas de rêves et de désirs obsolètes…

Et ce chant – puissant – profond – en attendant le lever du jour – la lumière…

 

*

 

Le crachat de l’homme sur le monde…

Et nos larmes – derrière les taillis – sous les frondaisons…

Pas un seul compromis possible jusqu’à l’aurore…

Personne – jamais ; tel que la vie passe…

Assis dans les cendres d’un feu très ancien…

Et sous le sable – la conscience oubliée…

 

 

La folie du sang – partout célébré(e)…

L’âme oblique ; et sur le seuil des présages – des yeux aveugles…

Ainsi se bâtit le monde – avec de grands gestes frivoles et instinctifs…

Le regard planté dans la main armée qui s’active – comme hypnotisé(s) par les barreaux de notre cellule que nous prenons pour une aire de (grande) liberté…

La débâcle de l’esprit que l’on ne parvient jamais à hisser au-dessus du ventre…

 

 

Le visage de la joie sur l’ultime douleur…

Au milieu du jour – ce qui se lève là où autrefois se poussaient des cris…

L’hiver devenu naissance ; et la hâte devenue sagesse…

Rien (absolument rien) en dehors de la lumière…

 

 

L’arbre – sans doute – plus honnête – plus vrai et authentique – que le voyageur…

En ce lieu où s’attardent les ombres – où se déroule le récit…

Chez l’un – la fable ; chez l’autre – la réalité…

Et la même inscription – pourtant – sur l’écorce et sur la peau ; le signe tantôt discret – tantôt ostentatoire – de l’aventure…

 

 

En ce monde où tout est périssable – excepté (bien sûr) l’Amour – l’espace – le silence ; et la possibilité du passage – d’une rive à l’autre de l’infini qui nous contemple…

 

 

Au fond des larmes – la vertu de ce qui s’épanche…

Nous-même(s) – bâti(s) comme un (étrange) château de cartes…

Face au ciel – nos mains qui brassent de l’air – des moulinets (quasi) comiques – de grands gestes inutiles…

Fragile(s) – comme tous les miracles…

A la merci du premier venu – du premier fou qui passe – du moindre souffle de vent – du moindre élan de destruction…

 

 

Épaule contre épaule – soi et le ciel – sur la route – le visage penché – la tête de moins en moins pensive…

Pas à pas – à travers tous les rêves et toutes les idées du monde – jusqu’à l’étendue aux bras ouverts – affranchie des saisons – des fables (humaines) et des astres qui tournent ; cette chose – encore – si parfaitement – inconnue…

 

 

A la croisée du miroir et de la chute…

Le chant qui surprend les lèvres closes – les lèvres muettes…

A la dérobée – mille rendez-vous ; et (parfois) autant de rencontres…

La lampe allumée jusqu’à l’aube pour accompagner la résistance au sommeil…

L’étreinte vagabonde et solitaire – parmi nos frères silencieux à l’âme verticale…

L’Amour et la vérité (telle qu’on se la représente) – soudain à notre portée ; à se demander ce qu’ont manqué les hommes…

 

 

Toutes les craintes cessantes…

Les adieux – sans cesse – reculés ; et ce qui s’attarde – coupé net – comme les liens qui entravaient nos pieds et nos poings…

Et – en nous – cette lente remontée du fond de l’abîme labyrinthique…

 

*

 

D’un lieu à l’autre de l’héritage…

Le voyageur en son royaume…

Du dedans et du dehors…

Les yeux aux aguets ; l’âme à l’affût…

Fouillé – pas à pas – sans que la sagesse ne se dévoile…

L’expérience du monde ; et toutes les émotions au contact des visages et des choses – ce qui (à certains égards) ressemble au chaos…

Autant de violence que de caresses ; errance ou promenade – un apprentissage permanent…

Et l’œil témoin – compagnon de tout séjour – de tout périple…

Avec le sens du déguisement et de l’équivoque ; ces mille situations où nous sommes plongés…

 

 

Jour après jour…

Sous le joug de ce qui s’impose…

Les lèvres jointes – la chair cadenassée – pour affronter les événements…

Couteau et carapace plutôt qu’ouverture et sacrement…

Le vent et la pierre contre la possibilité du rêve…

Jusqu’à la mort – et parfois davantage – les fesses (très) serrées…

 

 

La chair nue célébrée…

Du désespoir à l’œil apaisé…

Au-delà des rites et des prières…

Quelque chose d’accordé à l’incertitude et au foudroiement ; l’espérance de la lumière remplacée par la confiance et l’abandon…

Ni ailleurs – ni autrement ; ce qui est présent – exactement – qu’importe le sourire ou la grimace – qu’importe la taille des piquants…

Sous le règne du jour ; ce qui démasque le mensonge et l’illusion ; la vie-et-le monde-arcs-en-ciel…

 

 

La douleur et la mort – dont on s’approche – regardées de plus près…

Sur la terre – le chemin ; ce qui brille encore dans les yeux éteints ; ce qui palpite encore dans la chair souffrante (et éprouvée) ; ce qui espère encore dans l’âme confrontée aux malheurs et au provisoire…

Des chants d’oiseaux plein le cœur ; ce qui sifflote au milieu des arbres qui ont réussi à inventer une autre sente…

La possibilité de l’homme – au-delà de son infirmité – de son épuisement – de ses embarras…

 

 

Le ciel – tout entier – peuplé d’étoiles et de vent…

Sur la terre abondante ; les âmes démunies…

Cet étrange partage ; la (grande) diversité des destins…

Et – en nous – la réjouissance à l’œuvre ; et la compréhension façonnée par l’expérience ; qu’importe qui nous sommes – qu’importe ce que nous faisons ; en chemin – vers la chute – vers ce qui meurt – peu à peu…

 

 

Brisé(s) – comme si nous ne pouvions aller plus loin…

Étranger(s) au reste – de plus en plus…

Ce qui cherche – en l’homme – comme désactivé…

Un pied dans la tombe ; et l’autre à la dérive au milieu du désastre – sur le point de le rejoindre…

Le manque accru malgré la soif arrachée ; et l’impossibilité du voyage qui entame, peu à peu, la joie (le peu de joie) récoltée…

La vie – le périple – comme un songe indéfini – et interminable – au milieu de nulle part ; le prolongement (peut-être) du même cauchemar…

 

*

 

Sous l’arbre – l’appel…

Le ciel entrevu ; le corps calme et vertical…

La matière à l’apparence immobile et la danse (perpétuelle) des périphéries…

Et les saisons qui passent (insidieusement) ; et le silence (à peu près) égal…

Les hauteurs tantôt peuplées de neige – tantôt peuplées d’oiseaux…

L’existence et la nécessité…

L’enfance croissante guidée par (et vers) l’essentiel…

Le sol – à l’épreuve des possibles ; l’assise et la légèreté – la puissance et la vulnérabilité…

Offert(s) à tous – offert(s) à chacun ; à la merci du premier qui passe…

 

 

Les mots qui viennent…

Une sorte de face à face avec la prolifération et l’exubérance…

L’existence – le monde et la poésie ; le cœur dans ses allées et venues…

Ça jaillit – ça ruisselle – ça éclabousse ; comme le sang de l’âme – peut-être…

L’encre éclairée par la lumière – le silence – l’immuable…

La danse du provisoire qui s’imprime sur la page ; et qui fait tournoyer les yeux ; et le cœur aussi (espérons-le)…

La bêtise tenue à distance (autant que possible)…

L’or et la parole – dans leur corps à corps – subtil et délicat…

Les vibrations de l’âme et du feutre ; l’anneau de l’être passé à tous les doigts sensibles et respectueux…

Sans embarras – comme un goutte à goutte versé dans l’océan ; l’intimité qui s’expose à l’espèce (entière) ; des yeux que le ciel, sans doute, aura choisis…

Comme une prière – à genoux – devant le monde incrédule…

 

 

L’homme qui cherche – des yeux – des mains – de toute son âme – le mystère – sa résolution…

Ce qui l’habite – par-dessus tout – au-delà du temps – au-delà des terres – au-delà de la douleur – au-delà de l’ignorance et de la mort…

Cette soif qui s’exerce sans le moindre contentement…

 

 

Distraitement vivant – le cœur, pourtant, assis sur un feu…

A compter les jours – les choses amassées – les visages aimés ou rencontrés…

Presque immobile sur le fil tendu entre la naissance et la rosée…

Respirant par habitude – vieillissant par impuissance…

Entre claques et caresses – reçues et distribuées – ici et là – sans (vraiment) savoir ce qui anime le monde et les gestes…

(Très) instinctivement – la nécessité du confort et de la tranquillité – en tête…

Mille actes guidés par la paresse et la facilité…

Toute une vie (presque) interdite…

 

 

Des râles et des conspirations…

Des intentions florissantes…

Des espoirs et du sang…

Des fêtes et des morts (à ne plus savoir qu'en faire)…

Le visage figé (comme un masque) ; et l’âme insensible…

Quelques surprises (minuscules) qui entrecoupent une sorte de long sommeil…

 

 

L’âme – les mains – le ciel – complices ; qu’importe les gestes – les événements – les conséquences…

Et malgré l’inertie du monde et l’indolence des bêtes et des hommes – l’attente (toujours vaine) d’une transformation…

La lumière écartée par impatience ; et le rôle – si puéril – de la prière…

Au milieu des hyènes et de la corruption ; la bouche entrouverte ; ni (vraiment) mort(s) – ni (vraiment) vivant(s) ; soumis (seulement) à la faim et au temps qui passe ; sous le joug (inévitable) du monde et des Autres ; et contraint(s) de vivre ainsi asservi(s) jusqu’à notre dernier souffle…

 

*

 

Les mains tendues vers le temps ; les pas de plus en plus rapides ; le monde qui tourne ainsi…

Et au fil des saisons – chez ceux que la ronde a happés – la lassitude de l’âme et l’usure (quasi) mécanique du corps…

Comme une course perdue d’avance (bien sûr) ; pas même une préparation à la mort ; plutôt l’illusion de l’immortalité et le caractère frivole (et insignifiant) de l’existence (presque toujours) occupée à mille broutilles…

 

 

Des siècles d’attente – pour rien…

Partout le néant – inscrit en lettres sombres…

Mille couches de matière qui interdisent toute lumière…

Le corps recroquevillé ; l’âme repliée…

Le règne de l’absence qui, depuis si longtemps, s’est installé…

Et la mort qui vient – pas même considérée comme une délivrance ; la continuité du même néant – sans doute…

 

 

A même la neige – l’Amour ; ce qui semble froid et lointain – et pourtant…

A travers le vent – le geste – la parole ; ce qui est capable de remuer la chair – de caresser la pierre – de guetter la moindre larme – d’embrasser le sensible en train de naître…

Les yeux du monde sur la peau du temps ; et les yeux du temps sur la peau du monde…

Et de temps à autre – un visage sur le chemin de la source ; en quête d’un unique regard…

 

 

La forêt miraculeuse ; l’ombre à la lisière…

Contre le visage – le bois tendre…

L’âme étreinte par les bras ouverts…

Les yeux et les lèvres – au seuil du vent – comme à travers une fenêtre…

Le ciel en plein cœur (si l’on peut dire)…

Et le secret – et le rire – qui, soudain, ruissellent sur la pierre…

Le pas enraciné ; et ce qui s’enfonce – et s’élargit – à l’intérieur…

 

1 octobre 2022

Carnet n°278 Au jour le jour

Janvier 2022

La seule patrie – peut-être – (bien) plus qu’un territoire ; l’esprit – ni tête – ni psyché – bien sûr ; l’espace silencieux – cette présence invisible – vivante et habitée ; et qui s’incarne quelques fois…

Avec – ici et là – une foule de peuples à instruire – à éduquer – si ignorants de ce qu’ils sont – de ce qu’ils portent – de la nature des choses et du monde…

Et toujours – d’une seule manière ; avec l’expérience – à travers le rire – la joie et les malheurs…

Comme mille fragments de cœur attirés les uns par les autres ; et mille parts se retrouvant – s’agglomérant – se remboîtant ; ne formant plus que deux bras ouverts ; une bonté capable de pardonner – et de dissoudre – toutes les blessures – tous les engorgements…

 

 

A courir sous le ciel – sans ailes – avec des pavés dans les poches – en espérant s'envoler [animé(s), il va sans dire, par une bêtise acharnée]…

Un monde d’âmes obstinées – prêtes à pleurer – pendant des millénaires…

Un mythe – une légende – qu’il faudra un jour – le moment venu – faire voler en éclats…

Et en attendant – vider les têtes et les poches ; éclaircir le regard et explorer l’espace – celui du dehors et celui du dedans (et comprendre puis, percer ce qui semble les séparer) ; ce qui prendra, sans doute, quelques millénaires supplémentaires…

 

 

Le rêve et le temps – l’humanité – trop honorés…

Il faudrait apprendre à s’écarter – et à méconnaître – à ignorer toutes les règles et toutes les lois – les mille mensonges et les mille explications inventés – bricolées – par nos aînés ; et tendre l’oreille à tous les échos – à toutes les résonances – en soi…

Découvrir ce que porte l’homme au lieu de célébrer son image ; briser (peu à peu ou d’un coup sec et décisif) la toile des illusions tendue comme un piège ; s’accorder à rompre toutes les choses – et apprendre à regarder – et apprendre à écouter – comme pour la première fois…

 

 

Dans la lumière ; comme effacé…

Vivant – plus que jamais pourtant…

Des ailes – une allure de phare et de flèche…

Quelque chose d’insensé ; de franchement déraisonnable…

A la pointe de l’obéissance ; au-delà de la volonté…

La seule réponse, sans doute, face aux jeux terrestres ; et la seule issue aussi pour mettre un terme à l’épreuve…

 

 

La pente sur laquelle on se perche – comme une hampe qui émergerait du sol – une tête au-dessus des autres – non pour se singulariser (bien sûr) mais pour échapper à la foule – s’extraire de la mélasse ; amorcer un passage pour gagner le ciel approbateur…

 

 

Blessé – attristé – par tous ces rassemblements – par tous ces reflets – par cet envahissement de l’espace – par la place du rêve et de la distraction – par la suspension de tous les voyages – par l’obstruction de tous les passages – par cet empilement de choses et d’idées – par la terre malmenée – par les bêtes que l’on extermine – par le désastre du monde et l’indifférence des hommes ; comme englués dans la peur – la bêtise et l’inertie…

Et quelque chose – en nous – plus fort (bien plus fort), sans doute, que l’assombrissement et le désespoir – au-dessus des têtes et des danses tristes ; une présence – un peu de distance – un peu de joie – à habiter…

 

 

Trop heureux de s’approfondir – de s’élargir – de s’affiner – en tâtonnant – en traversant le monde et la nuit – au-delà des agonies – au-delà des retrouvailles…

Tout entier dans ce cri qui monte comme un surplus de joie – une explosion tonitruante du jour ; sans doute, une autre manière d’être vivant…

 

*

 

Quelque chose de l’inquiétude en chaque pierre qui nous regarde – en chaque arbre qui nous supplie – en chaque bête qui courbe l’échine plus bas encore…

Et quelque chose de libre aussi que jamais les hommes ne pourront dompter – que jamais ils ne pourront s’approprier ; cette sauvagerie naturelle qu’ils ont perdue – à force de civilités – à force de civilisation…

Ce collectif devenu mou et tiède – doucereux et pleutre – qu’on ne peut désormais plus arracher à ses exigences de protection et de confort ; ce que nos congénères appellent (avec, dans la voix, cet orgueil puéril et déplacé) le progrès au service de l’humanité…

 

 

La terre noire – au-delà du soupçon…

Nos gestes et nos chuchotements – discrets – tenus à distance de l’officiel – du solennel…

Si réfractaire à tous les rites humains…

D’un seul regard – d’un seul élan – si loin déjà – si seul aussi (bien sûr) ; à l’écart de ceux qui désirent – de ceux qui gémissent – de ceux qui briguent des récompenses et des consolations…

Sans effort – sans fierté…

Au cœur de l’enfance dépenaillée – presque gisant ; et les lèvres (délicatement) posées sur l’aube – cette contrée lumineuse – ce pays accueillant…

En soi – le lieu de l’origine et des liens réparateurs – sans lutte – sans personne – merveilleusement ouvert et exposé…

Dans notre chambre sombre – et le cœur ailleurs – l’âme juste au-dessus – à veiller ainsi sans raison ; pleinement impliqué dans ce geste d’innocence absolue ; si profondément humble et anonyme ; si heureux de n’être plus rien…

 

 

A aimer comme d’Autres s’entre-tuent – écartent et bannissent…

A accueillir comme d’Autres refusent et rejettent…

A contempler comme d’Autres s’agitent – gesticulent – fabriquent et édifient…

A demeurer comme d’Autres voyagent – séjournent et visitent…

A être comme d’Autres survolent – papillonnent – se distraient…

Et si nous n’étions tous qu’un rêve – un équilibre – une sorte de complémentarité – un peu de fantaisie ; aussi inutiles et inexistants les uns que les autres…

 

 

En cette vie – ou avant – ou après – ou jamais – dans la lumière ou l’obscurité – sous les caresses ou les coups – la terre en tête ou sous les pas…

De passage – brinquebalé(s) – assurément…

 

 

En silence – la marche et la parole – en deçà des têtes – l’horizon – oublieux de l’histoire des hommes…

Sans le monde – sans la nécessité des Autres – sans la nécessité de se raconter…

Une veille assidue et familière…

Porteur(s) et porté(s) – au gré des courants qui se heurtent ou se chevauchent…

Nous – au cœur de l’absence – au cœur de ce qui se manifeste…

Jamais coupable(s) de ce qui survient – de ce qui a lieu…

 

 

Autour de soi – la terre…

Des ombres sans appartenance…

Quelque part – en des lieux qu’exige la douleur…

Involontairement ; selon les circonstances ou la nécessité des Autres…

Ce qui blesse ; ce qui s’éprouve ; ce qui fait mal…

Des innocents – guidés par une main fébrile – qui s’entre-tuent – l’âme attachée à ce qui l’affame…

Le souffle et le ciel ; et, quelques fois, le regard implorant…

Aussi peu assuré(s) que leur chemin…

 

 

L’existence – sans crainte…

Ce qu’il y a à écouter ; à découvrir – à suivre ; le vagabondage ; ce qui nous emporte – plus exactement…

Sur l’étendue – sans maître – sans destination – sans plaidoyer…

Et, en désespoir de cause – parfois…

Comme une invention – à chaque fois ; loin des fables communes…

Des heures et des Autres – contournés…

A être – à vivre – sans se poser de questions ; l’âme en avant – en retrait – discrète ; et la tête en voie d’effacement…

 

*

 

Ce qui naît de nos préférences – de nos partialités…

Des angles morts en série ; l’essentiel de l’étendue voilé…

L’impossibilité de comprendre…

L’œil et le pas – trop étriqués…

Et l’irritation – et la colère – qui monte – qui gronde – face à l’insaisissabilité de l’infini qui s’offre – de manière permanente – pour que naissent, peu à peu, l’envie de l’embrasser sans restriction – et le souffle – l’élan nécessaire – pour y consacrer tout son temps (et toute son énergie) ; pour que cette perspective devienne notre seule préférence – celle qui englobe toutes les autres…

 

 

Ensemble – la fraternité des profondeurs…

Et les hommes – assis à la surface des choses – si loin de la source première – immobiles et dispersés – eux qui s’imaginent raisonnables – lucides et avisés ; hors du cercle des rencontres – à la périphérie de la lumière ; pas encore assez ouverts au mystère – à l’invisible – qu’ils prennent (trop souvent) pour une illusion – un égarement – une étrangeté…

 

 

En soi – la tendresse de s’appartenir – sans autre appui – sans autre référence que celles que l’on porte – secrètement – involontairement…

Sans le souci de l’ordre – des Autres ; sans le souci de la distraction et de la fête…

Passager – intensément passager…

Une vie proportionnelle à la puissance du souffle (ou à peu près)…

A travers soi – déjà le rêve – déjà le monde…

Et ce qui demeurera après nous…

 

 

Le monde – ainsi – devant nos yeux…

Et nous – peut-être – comme le reste – nous adonnant à mille choses (et nous abandonnant quelques fois – trop rarement – sans doute)…

Relié(e)(s) à l’âme – au regard – la bonté…

Ce à quoi l'on aspire ; et ce que l'on aimerait savoir – sans être maudit – sans être relégué aux marges – aux confins du cercle…

Au cours de cette vertigineuse existence – une succession d’instants sans pareils…

 

 

Ce qui, en nous, est exalté – involontaire – éteint ; comment pourrions-nous le savoir sans le vivre…

L’espoir soustrait – comme toutes les choses inutiles…

Heureux l’œil qui s’élève et surpasse son support apparent…

L’amitié de ce qui nous entoure ; et l’Amour que l’on porte – au-dedans…

Responsable(s) – en aucun cas – des couleurs qui nous ont été assignées…

Le souffle du beau et l’inexistence du monde ; l’illusion de toute vie et de tout chemin ; sans la moindre singularité significative…

Ici – seul – en cas de besoin…

 

 

Autour de soi – l’absence et le mouvement…

Ce qui jamais ne console…

Enfoncé dans la disparition – sans jamais se faire entendre…

Ce qui ne viendra jamais ; ce qui ne pourra se dire…

Cette lueur – cet avant-goût d’éternité avant la mort – au plus près de l’humus – comme dévoré avant l’heure – sans douleur – sans malédiction ; et même le contraire – au grand étonnement des yeux (trop) naïfs…

 

*

 

A la surface – installé(s) – imitateur(s) sans doute – ici – sans (réellement) chercher…

Le corps – à même le sable et le vent – comme une illusion soulevée de terre ; moins qu’un fait – une réalité corrompue – dégradée – travestie…

Quelque chose – sous le ciel ; un peu plus que rien – peut-être…

Ce qui dure (ce qui a l’air de durer) un peu – sur la roche ; quelques jours – tout au plus ; rien de très stable – rien de très net – rien de très précis ; une image dans la nuit déjà floue…

Ce qui pourrait nous ressembler ; bien davantage qu’un air de famille ; l’une des figures du monde – semblable à toutes les autres – à bien y regarder…

 

 

Un jardin plus qu’une terre…

Seul avec l’eau – les arbres – le ciel – les bêtes ; toute la fratrie – dans le désordre…

Avec ceux qui n’ont jamais (vraiment) quitté leur demeure – le temps des origines ; partout chez eux pourvu que l’homme (cet étrange habitant du monde – aussi provisoire qu'inquiétant) n’y soit pas…

Familiers des pierres – de la nécessité – de la poésie…

Transportant, avec eux, l’invisible – le chant imprononçable – la parole inaudible – l’essence du langage et de l’offrande…

Brûlant toutes les tristesses – (presque) toujours à proximité de la source…

Nous – entre la joie et la poussière – dans l’œil du monde et du cyclone – immobiles au milieu des danses qui nous font bouger (qui ont l’air de nous faire bouger – à la surface – en apparence) – au milieu des têtes tournoyantes – au milieu des tourbillons et des tempêtes…

Dans la grande solitude de ceux qui se savent délaissés – écartés…

Comme le temps et l’oiseau ; insoucieux des choses (trop) terrestres – contrairement à ce que l’on pourrait penser…

 

 

La source qui s’écoule sans cesse – intarissable ; l’origine de tous les royaumes ; ce qui enfante la matière depuis le commencement du monde…

Le vide ressenti – en communion…

Partout – à ce que l’on devine…

Ce qui se donne avant d’être repris – un jour…

La danse – joyeuse et tragique – de ce qui est né…

 

 

Le ciel – au fond de soi…

Ce qui s’impose ; et ce que l’on croit subir ; au-dessus de la faille qui s’élargit à mesure que grandissent le refus et la colère…

Réceptacle que nous sommes ; et dont (en général) nous ne savons rien…

L’équilibre qui se cherche dans les profondeurs de l’âme ; qui échappe aux yeux trop superficiels…

L’assemblage de tous les éléments jusqu’à l’effacement – jusqu’à l’extinction de la volonté ; une manière de toucher – et de participer à – l’infini…

Le corps à même la vague – à même ce qui passe – à même ce qui a lieu…

 

 

Au fil du temps – le sable que l’on répand…

Une sorte de douleur à laquelle l’âme se soumet – à laquelle on finit par se livrer…

Sans furie – sans offense ; simplement – le jeu du monde – le destin de toute existence…

Le vide qui se remplit de choses et d’autres – des circonstances infimes ; et pour nous – comme d’immenses tourbillons qui font naître la peur et toutes les vocations…

En équilibre – sur le fil tendu – entre tous les coins du monde – la trame vivante…

 

*

 

A travers le temps – la lame effilée comme un poignard dressé contre l’écume…

Notre vie – ces pauvres confidences…

Ce que l’âme et le sang attendent depuis la première heure…

Toute l’histoire du monde – flottante dans notre tête…

Le ciel peuplé d’oiseaux et de tempêtes…

Et l’aube – si lointaine – à laquelle songe celui qui émerge du sommeil – encore titubant – encore somnolant – ivre de tous les rêves des hommes…

Et au fond du cœur – le geste qui accueillera (qui saura accueillir) tous les malheurs – la seule manière d’habiter le mystère – de faire de nous des dépossédés…

 

 

L’enfance à genoux dans ce corps moribond…

Au coin des lèvres – la substance nuptiale – le cri bestial – les joues empourprées de fougue…

Prêt à abattre – d’un seul coup de hache – l’armée de désirs qui montent dans le sang…

Un trophée de chair à la main…

L’obscurité carnivore…

 

 

Pleinement présente – cette candeur sensible – vivante – comme un diamant posé (en évidence) sur la pierre noire…

Devant soi – le grand théâtre du sauvage…

Et en tout homme – l’humilité recueillie…

A l’ombre des combattants – à l’ombre des conquérants…

Avec ce presque rien dans l’âme – dissimulé dans les parties les plus enfouies – les plus reculées – les plus secrètes – du corps…

Le rire subtil ; et le silence élémentaire – suffisant ; la tête prête – encore étourdie par le sommeil ; partie prenante de cette danse des simples…

 

 

A travers le jour – l’autre lumière qui nous porte (tous) – comme un christ solitaire…

Quelque chose d’immense et d’insensé – quelque chose d’insaisissable ; comme un centre discret et sans échappatoire ; l’exact prolongement de l’origine…

L’essentiel à travers le défilé des mirages…

 

 

Notre propre miroir – à bien y regarder – partout emporté avec nous…

Et, parfois (trop rarement), des yeux-océans au fond desquels le monde apprend à se perdre…

Rien n’est plus vivant que les visages et les choses pénétrés ; un à la fois ; ce que l’on éprouve assez longtemps pour devenir une part de soi indissociable…

La terre et le ciel de moins en moins lourds ; la foulée légère lorsque la juste inclinaison de la pente a été trouvée…

L’instant et la contemplation parfaitement incorporée ; le regard et le geste de plus en plus affranchis de ce qui anime habituellement la chair…

 

 

Le vent – droit dans les yeux…

L’être et le rire – traversés…

Retrouvé(s) à l’intérieur…

Et cet Amour pour tout – pour soi ; l’Autre devenant, peu à peu, autre chose qu’étranger ; invisible d’abord – horizon lointain et périphérie ensuite – puis, de plus en plus proche – jusqu’à se transformer en élément central de son intime trinité* ; inséparable – en somme – ce qui semble séparé…

* Corps – cœur – esprit

 

 

Un grand cri vers le ciel – comme une prière violente – né de ce qui a creusé la chair et l’âme – de ce qui a percé l’épaisseur et pénétré l’espace ; la voix, en réalité, s’adressant à elle-même ; du silence au silence – à travers toutes nos incompréhensions – à travers toutes nos résistances…

 

*

 

Sur le sang séché des mortels ; ce que furent nos (pauvres) vies…

De fausses promesses – des pas qui traînent sur la pierre ; ce qu’emportent les oiseaux en prenant leur envol ; et ce qu’ils abandonnent à ceux qui sont privés d’ailes…

Des rives gorgées de peines et d’ennuis – comme tous les cœurs – comme toutes les âmes…

L’aube jamais atteinte ; peut-être – le plus pitoyable des rêves…

 

 

La surprise des cimes – inversée(s)…

Ce qui jalonne nos existences ; un pied déjà de l’autre côté du monde…

L’âme capable de sentir le vent – où qu’elle se trouve – sans jamais défaillir…

Ce qui voit – ce qui respire – malgré les miroirs et l’étouffement…

De la neige au-dessus de l’abîme au fond duquel on ne sépare jamais les vivants et les morts pour que leur œil et leurs os – ensemble – soutiennent le ciel trop bas…

 

 

Jamais de souvenirs – trop passés – trop intacts – trop douloureux (sans doute) – comme la pointe d’une dague qui s’enfonce dans la chair…

Blessures semées – sous le désenchantement…

L’Autre – monde ou amour – nous poignardant sournoisement – dans un long râle silencieux – malgré les fleurs et les visages accorts et souriants…

Derrière les murs d’une demeure abandonnée – notre veille d’avant-garde et nos pensées empreintes de mélancolie…

Les fantômes – tous les fantômes – qui nous habitent…

Entre le bagne et la folie – notre préférence (évidente – sacrilège sans doute) pour l’oubli – pour l’évaporation – pour l’effacement ; pour cette rive sans mémoire où l’esprit peut côtoyer le silence et les Dieux – tous les esprits affranchis du temps…

 

 

En chemin – le jeu qui se déploie…

Sans règne – sans légende…

Ce qui nous émeut ; ce qui nous étreint et nous dépossède…

Cette chose – en soi – commune à toutes les existences…

Ce qui passe – sans rien établir – sans rien régenter…

Un monde où tout s’invente à chaque instant…

Le souffle – l’élan et l’immensité – simultanément…

 

 

Ce que nous devinons de l’être ; comme un pressentiment ; cette (indispensable) présence – au cœur du monde – au fil des malheurs – au gré des circonstances…

Ce qui arrive ; et ce qui nous revient…

Quelque part – qui que l’on soit…

La surface devenant cercle – puis, sphère – puis, silence…

Au centre du royaume ; l’ardeur et l’immobilité – l’infini et l’éternité ; notre essence la plus intime…

 

 

Libéré des profondeurs élémentaires – de ces terres subalternes où s’exhibent (où aiment s’exhiber) le tapage et l’orgueil ; la religiosité des croyants – affables mais sans tendresse – amènes mais sans Amour…

Au-delà du désir de Dieu – au-delà des ambitions et des tractations simoniaques…

Le plus simple ; le ciel – en plein cœur – dans sa parfaite nudité…

 

 

Ce que nul ne sait – le plus secret – l’intimité de l’être – en chaque pierre – en chaque plante – en chaque bête – en chaque homme ; que l’on apprend, peu à peu, à découvrir en explorant l’espace qui nous habite et qui nous relie au reste (à tout le reste) ; l’infini qui nous porte et qui nous déploie – l’infini que nous portons et que nous déployons…

 

*

 

Instants de fête – sans cesse – parmi les arbres – à contempler le ciel ancien – aussi beau aujourd’hui qu’hier…

Sur toute sa longueur – cette fabuleuse (re)découverte…

Nous-même(s) – nous rencontrant à nouveau…

Des racines communes profondes alors que sur le sol règne la différence – ce à quoi les yeux s’attachent – ce à quoi les yeux se bornent…

Très en deçà des travaux invisibles – très en deçà de la trame qui s’étend à perte de vue…

 

 

Sur la même courbe que les étoiles ; le temps et la lumière…

A l’abri des obscénités…

Le langage dénudé et silencieux…

Au-delà de la science qui songe – au-delà de la science qui invente trop chichement ; et qui progresse à petits pas…

Ici – plutôt de grandes enjambées qui s’étonnent de ce déploiement – de cet infini vivant qui occupe la terre et le ciel – les corps et les âmes…

Rien qui n’échappe à l’invisible – à l’ineffable – partout présent – occupé à toutes les tâches malgré les refus et les résistances – malgré la bêtise et l’ignorance qui règnent à la surface…

 

 

Contre la (fausse) complexité couronnée (un peu partout) et l’uniformité maladive ; contre la célérité que l’on encense ; contre la raideur et la docilité (infantile) des âmes ; contre l’horizontalité trop radicale du monde ; ce que l’on propose ; ce qui s’avance naturellement ; le vagabondage et l’agenouillement – la lenteur et la simplicité – la couleur singulière des visages ; le fabuleux (et mystérieux) flottement de l’esprit parmi les choses…

 

 

Le constat enjoué de la vacance ; cette résistance aux savoirs officiels – inutiles…

Comme une oasis dans cette confusion permanente du jour et de la parole ; comme si l’on pouvait éduquer les hommes – enseigner la lumière – satisfaire tous les désirs – défendre tous les intérêts…

Rien que du bruit et des réserves d’ardeur…

Et cette fatigue qui, un jour, finit par nous terrasser…

La solitude et le silence ; de plus en plus éloigné(s)…

L’impossibilité de la corruption et du dévergondage…

Une croix à soustraire sur la longue liste des obstacles…

 

 

Ce qui apparaît avec le sourire ; le silence…

Au royaume commun ; la hiérarchie des visages – la hiérarchie des gestes et des choses…

Et le seul sanctuaire – en nous – à mesure que l’espace se libère…

De moins en moins de poids…

 

 

Livré(s) au monde et à la pesanteur – comme s’il était possible de vivre ainsi – condamné(s) à la multitude et à la gravité ; comme si l’immensité pouvait – à ce point – s'alourdir et se fractionner…

Soumis aux souffles qui emportent et congédient…

A vivre dans l’absence – en exil – à la périphérie…

Contraint(s) à l’incapacité d’aimer et à l’impossibilité du ciel…

Un ventre et une tête – à remplir de victuailles et d’agréments…

Et parfois – sans crier gare – l’envolée de la main et du langage – au-dessus des murs – dessinant des arabesques – un chemin ; un chant – une voix – un peu de poésie…

 

*

 

Quelques consolations échappées du grand sac ; le monde et tous les noms que nous lui donnons…

Peu (très peu – trop peu) d’étreintes innocentes – de sourires sages – d’or au creux de la main tendue…

Des bouches tordues par la fièvre et la faim – des mains qui s’affairent – qui se précipitent pour saisir un peu de matière ensoleillée – le seul présent, sans doute, qu’on leur fera jamais…

Des rêves – par millions – dans la grande nuit où tout sommeille – jusqu’aux passages – jusqu’aux envolées ; rien que des tentatives d’évasion…

 

 

Ce qui flotte – un peu timidement – entre nos lèvres et nos doigts ; cette transparence sur le monde ; une prière – un peu de lumière – pointées vers ceux qui se sentent coupables ; esclaves de leur esprit – des mailles piégeantes du labyrinthe ; mille mythes et autant de mensonges auxquels il faudrait se soustraire pour commencer à voir et à entendre…

Ce qui s’offre – sans répit – à ceux qui peuplent le centre de la maisonnée…

 

 

Rien que des ruses et des songes – au fond des têtes qui dansent jusqu'au crépuscule – sans nuit claire – sans lendemain qui chante…

Le cœur trop chaviré – l’âme trop embarrassée…

Ce qui se balance – aveugle à toute magie…

Vivant – sans jamais être là…

L’obscurité rayonnante qui allume ses feux sur tous les territoires propices…

Des têtes – toute une série de têtes – bruyantes et réfractaires à toute poésie – que l’on ne pourra (fort heureusement – fort malheureusement – qui peut savoir…) jamais rencontrer…

 

 

Mille rassemblements – en soi – s’approfondissant – goûtant la saveur des Autres – le silence vivant – au-delà du monde et du temps…

Passés – tous les désirs et toutes les attentes de fusion…

La lumière attirée par ce qu’elle offre ; le plus lumineux de la matière ; toutes nos ombres éclairées…

Ce qui – en chacun – est en mesure de fraterniser…

 

 

Que dire aux Autres qu’ils ne pourraient comprendre sans nous…

L’impossible équation à laquelle la tête offre mille fausses bonnes résolutions…

Le neuf – à tout âge – à tout instant ; à travers l’expérience du monde ; ce avec quoi il convient de se familiariser…

Cette suffisance à exister à l’écart des hommes…

A notre approche – toujours plus loin…

 

 

Cette ivresse face à l’étendue…

La sensation de l’immensité…

Ce que l’on épouse – ce que l'on épuise ; et ce en quoi nous nous transformons – au fil des ajouts et des soustractions…

Et ce qu’il reste à découvrir dans les replis du mystère…

L’irréductible essence derrière les apparences déguisées…

De moins en moins de choses – de près et de loin…

Et de bas en haut – tout entier s’enfonçant ; et s’élevant ; et s’effaçant ; le plongeon et l’aire de l’envol que l’on peaufine ; la disparition que l’on apprend, peu à peu, à façonner…

La terre et le ciel – dans le même espace – dans le même abîme ; ce qui ne cesse de nous échapper…

 

*

 

Là où la roue tourne – (très) fraternellement – en général…

Le temps fixé sur la pendule ; et les yeux posés sur le mouvement…

Comme écrasé(s) – en quelque sorte – à chaque heure – à chaque instant – au fil des jours qui passent ; le sillon toujours plus profond qui marque les existences et les visages…

La chair du monde sur laquelle tout s’imprime…

 

 

La mort – indifférente au poids de la tristesse – comme si quelque chose s’enfonçait dans l’âme ; la pointe de l’épée suspendue au-dessus de nos têtes…

Le jeu du temps sur les vivants aux expériences (plus ou moins) douloureuses – qui traversent la vie cahin-caha – entre le soleil et les larmes…

Le destin singulier qui se dessine ; ce qu’il nous faut, patiemment – laborieusement, expérimenter ; de bout en bout…

 

 

La lumière – sur la chair – rayonnante ; le fond de l’âme – illuminé…

Ce qui, peu à peu, émerge des profondeurs – du plus lointain sommeil…

Ce qui – au-dedans – se dresse pour respirer…

L’invisible – dans sa nécessité vivante…

L’herbe et l’aube – parallèlement…

La pierre et le Divin – à la même hauteur…

Et nous tous – à égalité (bien qu’à inégale distance du mystère)…

Ensemble – dans cette danse inépuisable – ici et ailleurs…

Inséparables – contrairement à ce que s'imaginent les hommes…

 

 

Auprès de l’arbre – couronné…

Entre soi et le triomphe…

Le silence sachant…

Le temps des fiançailles…

La danse sur le sentier déserté…

Quelque chose d’immense – comme une perte – un espace – une force – qui nous accompagne ; qui vagabonde dans nos pas…

 

 

Ce que l’on décide – ce que l’on institue – (presque) toujours en vain…

Ce qui s’édifie – sans douceur – à force de volonté ; la laideur qui, peu à peu, se dresse ; la laideur qui, peu à peu, se déploie et s’incarne…

Le monde ; dans sa trop grande crainte de se laisser porter – emporter – comme l’eau confiante qui suit les courants de la rivière et les reliefs de la terre – sans jamais se soucier ni du voyage – ni de la destination…

Comme les oiseaux qui laissent au ciel le soin d'inventer leur existence ; des traits – des chants – mille arabesques invisibles – que dessine l'univers…

Comme le vent et le mystère qui unissent leurs mouvements et leur pudeur à travers les circonstances ; ce qui se manifeste naturellement dans nos vies…

Si ignorants ; et à si bonne école pourtant…

 

 

Sous le grondement de la cascade – le visage rafraîchi…

A l’écart du monde – cette traversée…

Consacré (e) à ce qui s’invite – à ce qui a lieu…

Aussi loin des rêves que possible – aussi loin des Autres que possible – de toutes ces consolations qui ne cessent de corrompre le regard ; tous les gestes qui nourrissent l’espace et la lumière – toutes les prières qui célèbrent le silence et la source – dans tous les lieux du monde ; toujours au pas de notre porte…

 

*

 

Le seuil silencieux ; et les mains désunies…

Les récompenses de l’aube, soudain, avalées…

Tout qui se dérobe ; et ce que ronge le feu ; des restants de rêves…

L’imaginaire ; les vents déviant de leur trajectoire – échappant à l’inintention de la source…

La foi reprogrammée – à l’envers…

Le sens et la vérité – comme disqualifiés…

Rien que le vide et les gestes quotidiens ; cette présence sans posture…

 

 

Le sol et le soleil – indifférents – protecteurs – laissant le monde œuvrer à ses propres fins – sans intervenir – abandonnant les vies à ce qu’elles sont ; des actes (trop souvent) inutiles – des aventures presque jamais menées à terme – et qui, en définitive, finissent (dans le meilleur des cas) par se résumer à deux dates ; celle de la naissance et celle des funérailles ; et qu’importe ce que contient l’intervalle ; ce que l’on y met ; ce que l’on s’obstine à y mettre ; ce que l’on s’acharne à accomplir ; des choses et d’autres – un bric-à-brac – mille vétilles – en vérité…

Un parmi tant d’Autres ; comment cela pourrait-il compter…

Aussi nombreux que les pierres – aussi nombreux que les herbes et les feuilles des arbres qui tourbillonnent et s’entassent à l’automne…

De la matière merveilleuse et ignorante ; pas de quoi noter en lettres d’or la moindre ligne – le moindre mot – dans les annales du monde…

En marge de l’histoire ; notre (si bref) passage sur terre ; un tumulus et des excréments – ce que nous laissons tous – en somme…

 

 

L’âme – plus solitaire que la chair – sans aucun doute…

La première de l’intrigue ; à la suite de toutes les autres…

Quelque chose composé de mille choses ; et qui, assemblées, seraient plus nombreuses – et plus lumineuses – que les étoiles ; et aussi ardent(es) (bien sûr) que le feu qui brûle au fond du cœur de chacun…

 

 

Le destin – renouvelé – en apparence…

L’appel du silence – en secret…

L’âme amoureuse – la terre vibrante…

Entre sol et ciel – sans assaut…

L’élan de l’engagement par-dessous l’innocence…

Le sourire – le soleil salué – l’horizon soustrait ; le regard émerveillé…

La vie grandeur nature…

 

 

Des lieux sans préjudice ; comme si tout s’invitait (très) naturellement ; le jour – le regard – les circonstances…

A être – sans jamais imiter ; inégalable – en somme ; dans le plus parfait équilibre des forces…

Ce que l’on ne peut ni réfréner – ni subtiliser…

La terre – le ciel – le geste – sans propriétaire – sans propriété…

Le monde à portée du jeu ; comme si tout était dissoluble dans l’espace et le silence…

A peu près toujours – ce qui s’impose…

 

 

Ce qui est vécu – sans résistance…

Cette existence peuplée de choses et de réalité ; et son lot de gestes sans croyance…

Toute la force recentrée sur le destin…

Une forme de béatitude sur la pierre habitée…

Sans image – sans compensation ; le même statut que le soleil et la neige ; plus qu’un pacte – une alliance naturelle…

Le pas qui échappe au temps ; la nudité – sans caution – sans hypothèque – sans garantie…

La vie qui nous saisit et qui nous mène – ici et là – avec cette bonté un peu sauvage ; comme un jeu – comme une farce ; le tour du monde et du mystère – sans (réelle) importance…

 

*

 

Ici – face aux saisons passantes…

Le temps des mirages et des frissons…

Les jours hésitants…

Et le ciel au-dessus des rêves…

Impatient(s) – intranquille(s) – déraisonnable(s) ; si inquiet(s) devant l’espace – la ronde des possibilités – l’incessante métamorphose du monde – l’inconséquence du regard…

Homme(s) aux obscurs secrets…

 

 

Monstrueusement juvénile – cette humanité barbare…

Sous le moindre signe – derrière le moindre geste – le désir et la crainte du danger…

Les mains devant les yeux ou au-dessus de la tête pour échapper aux châtiments d’un ciel ignoré et à la lumière posée sur soi – vécue comme un doigt accusateur pointé sur le coupable…

Préférable notre sort – au fond de notre trou sombre ; la nuit si féroce qu’elle a envahi le crâne…

 

 

Sur cette mer aux vagues querelleuses – qui nous condamnent au désastre – au naufrage…

En déséquilibre – toujours proches de la chute – sur nos esquifs fragiles – inadaptés à la furie pélagique…

A notre échelle – l’immensité – l’infini peut-être – à moins que nous ne rêvions – à moins que nous n’inventions des histoires de grandeur – d’aventure – d’épopée ; en vérité – pas le moindre remous au fond de notre minuscule flaque de boue…

 

 

Sans savoir – assis là où le vent nous a posé…

Ému et étonné de nous retrouver sous la lumière et les frondaisons des grands arbres ; une partie du visage éclaboussée par la clarté et la joie ; et l’autre fascinée par l’ombre qui la guette – par l’ombre qui la ronge déjà…

Au milieu du chemin et des vents – entre le mystère et l’origine – cherchant, derrière les apparences, la délivrance – la disparition (dont nous ignorions, autrefois, l’étrange et parfaite parenté)…

 

 

Ici – aussi – ce qui surplombe le désastre…

D’un lieu à l’autre – la même calamité…

L’apparence de l’espace ; le vide rempli de choses – de désirs – d’interrogations…

Et ce qui est penché sur nous – l’œil attentif et le cœur attendri ; la main immense toujours prête à soulever l’âme au-dessus de ceux qui s’imaginent propriétaires de leur existence – de leur nom – du sol où sont posés leurs pieds…

Entre nos racines et la solitude ; le sens, sans doute, de cet accompagnement…

 

 

D’un bout à l’autre de l’étendue – cette traversée…

Tantôt secousse – tantôt caresse…

Dans l’épaisseur de la trame – pas à pas…

Le jour et le silence – au-dessus et entre les mailles…

Et ce qui monte – en nous – du fond des âges ; notre reconnaissance

 

 

A deviner – derrière les mouvements – les changements – les apparences – le maître d’œuvre du monde…

Ce qui anime – et transforme – l’invisible et la matière…

Ce couple inséparable – pieds au ciel et tête en bas – partout à son aise – trouvant au-dedans son assise…

Comme une présence – en couches successives et verticales – au cœur de ce qui ressemble tantôt à un chaos – tantôt à un néant ; l’espace des rencontres et des coïncidences – les cercles d’intersection entre les âmes – les visages et les choses…

Et le jeu entier – et tous les joueurs (bien sûr) – éclairé(s) par la tendresse qui, peu à peu, les envahit…

 

*

 

Adossé au rire des Dieux – à la force des titans – au discernement des sages ; lucide – puissant et joyeux – vivant à la rencontre du monde – sans crainte des circonstances – enchaînant les épreuves et les expériences…

De cette race qui ne s’offusque (presque) jamais de ce qui a lieu…

L’esquisse d’une figure projetée – sans hasard – vers une terre sans homme ; sur le point de quitter cette rive sans âme…

 

 

Le chaos de la tête prête au sacrifice…

L’inconscience de l’âme qui précipite le temps…

Ce qui échappe à la lumière…

L’ombre et la mort – main dans la main – imposant leurs forces – leurs intentions – leurs prérogatives…

Les puissances de destruction à l’œuvre – sans retenue – sans explication ; dans le juste prolongement des nécessités de l’origine…

 

 

Sur le sol noir – le vent qui cingle…

La neige oblique…

La blancheur accumulée ; ce qui dissimule, pour quelque temps, l’écume sombre du monde – les mille rebondissements inutiles de l’histoire…

Les yeux caressants ; et l’âme réfractaire…

L’esprit partagé entre l’acquiescement et la résistance – et, à sa suite, la main qui ne sait si elle doit agiter le sceptre ou brandir l’épée…

Un minuscule éclat de l’ensemble – à l’image de l’infini qui danse – tantôt à droite – tantôt à gauche – tantôt sur les pieds – tantôt sur les mains – créant ainsi une valse saccadée aux élans qui apparaissent contradictoires aux yeux trop naïfs…

 

 

Au bord du monde – près de soi – comme partout ailleurs – le sommeil et le mystère…

Affranchi de toutes les luttes – l’Amour…

La tendresse sans prix – offerte à celui qui la ressent…

Au-delà des yeux et des appartenances…

Ce qui se fond en nous ; sans doute – quelque chose de durable…

 

 

Hors du labyrinthe ; moins de rêves et plus de joie…

Dans la solitude qui nous entraîne loin des tromperies du monde…

Oscillant – sur le fil qui traverse les nuages – si près d’un ciel sans demande – serviable – tourné vers soi…

La même offrande – au fil du temps qui se ralentit – peu à peu ; sans plus jamais tourner autour inutilement…

 

 

Le désir éteint – l’horizon sans attrait…

Au service de l’espace – de ce qui apparaît…

Qu’importe les périls ; tout d’un seul tenant ; et le plus lointain qui, sans cesse, se rapproche…

Au centre – l’essentiel ; et le reste qui tourne – sur l’orbite habituelle des explorations…

Et à chaque expérience – et à chaque découverte – la fissure qui s’élargit – la fissure qui s’approfondit ; le vide qui se creuse – l’inutile qui s’érode – qui s’émousse…

Ainsi – sans doute – apparaît (et croît) la lumière…

 

 

La main posée sur l’ultime frontière qui sépare le bleu du reste – la joie de la peur – le familier de l’utopie…

De la même couleur ; l’âme – le ciel et la main…

Un léger frémissement dans le silence – la tête inclinée qui se courbe davantage face à la puissance du réel ; une gratitude – une révérence – plus marquées au contact de la vérité qui s’incarne et s’enfonce à mesure que nous comprenons…

 

*

 

A la dimension appropriée ; l’esprit – l’œil – la perspective ; sans hésitation (selon la situation et la sensibilité)…

A l’instar des ailes ; inexistantes – embryonnaires – repliées – déployées (selon le contexte et les possibilités)…

Sans cécité – la conscience – parfaitement adaptée à la créature et au territoire…

 

 

Désarmé – silencieusement…

La page maculée d’encre – de sueur – de sang – de semence ; comme le monde imprimé avec la parole ; la substance des mortels qui se mêle à l'invisible et au silence ; à l'essence des Dieux…

Des mots sombres pour assouvir la soif…

Un cri – comme le hurlement de tous ceux qui vivent…

Comment la langue pourrait-elle faire office de pain ; comme si un mince bandage pouvait guérir d’une amputation ; nous aider à surmonter cette si étrange infirmité à vivre…

 

 

Immense – comme l’oiseau sans cruauté dont le chant scande le passage du temps…

Le monde-soleil sous ses ailes protectrices…

Et les saisons clouées à l’arbre docile…

Comme quelque chose de l’eau dans l’air ; une sorte de transmutation à moins que la magie du regard n'ait opéré…

Dans un autre monde que celui dans lequel (sur)vivent les hommes…

Et nos bras mutiques – et notre langue inerte – face à la beauté fougueuse de la terre et à ses alliances déroutantes avec le ciel fertile…

Partout – le même silence ; partout – le même secret…

 

 

Tant que dureront les tentatives – le brouillon de nos vies – il n’y aura d’engagement suffisant ; pour se révéler pleinement – l’être ne peut souffrir la demi-mesure…

A la frilosité ne répondra jamais qu’un monde en demi-teinte ; un entre-deux ni (vraiment) agréable – ni (vraiment) déplaisant ; une posture incapable de rapprocher les bords de l’abîme dans lequel nous vivons ; quelque chose, peut-être, de la vie – de l’homme – si provisoires – qui rêveraient de s’installer définitivement ; soulignant l’illusion de toute croyance – de tout pouvoir (apparent) – en mesure seulement de voiler notre incapacité et notre impuissance…

 

 

Claudiquant dans ce monde de fausse droiture…

Hésitant là où d’Autres semblent si assurés – si convaincus – si engagés…

L’incertitude parmi toutes ces âmes gorgées de croyances…

Exposé là où l’on s’évertue à dissimuler l’immontrable – l’impartageable – le plus ordinaire – le plus honteux peut-être (aux yeux des hommes)…

A courir contre le temps – comme si l’on avait la moindre possibilité de gagner cette course (truquée – et perdue d’avance) – comme si l’on ignorait que l’immobilité révèle l’espace – et guide l’ardeur (inévitable) vers les gestes les plus essentiels…

La présence plutôt que la gesticulation…

Le respect plutôt que l’asservissement…

L’infini au-dedans – davantage (bien davantage) que l’envol défaillant…

 

 

Attaché au même labeur que l’arbre…

Entre terre et ciel – sous la lumière qui s’offre à chacun (d’une égale manière)…

Au cœur de cette nuit qui corrompt toute compagnie…

Seul(s) – parmi d’Autres (quelques-uns) qui se dressent, eux aussi, sur le socle (incontournable) des racines communes…

 

*

 

Le corps rompu – si humblement – si docilement…

Ventre à terre ; et presque déjà un vestige vivant…

Sous une lumière sale ; et sur un sol ensanglanté…

Le sort des bêtes…

Et nos larmes qui coulent – comme celles des arbres rouges – témoins de toutes ces atrocités…

 

 

La tête nue – pesant moins qu’un sifflement – valant moins qu’une veille féconde…

A éclabousser vainement le ciel de ses paroles – de ses crachats…

Mieux vaudrait contempler en silence – se laisser guider par la blessure – laisser les vents décider de l’itinéraire – caresser l’incertitude – au lieu de traverser le monde – boursouflé d’orgueil et d’assurance…

Moins sérieuse – moins solennelle – devrait être notre manière de vivre…

 

 

La beauté compacte – discrète – intérieure – invisible – sous une apparence triviale – presque grossière – si commune – si ordinaire…

La couronne portée au-dedans de la tête – pour soi et l’écrin du monde – pour rayonner modestement – en simple reflet de la lumière…

L’Amour jeté en bras ouverts…

L’âme comme un antre délicat – sensible et bienveillant…

La solitude et l’oubli – comme la seule ossature nécessaire pour que le ciel et les vents puissent la parer de ce qu’ils ont de plus haut…

Transmué en pierre des sommets – en quelque sorte ; en point d’intersection des rencontres – en centre des cercles secrets et anonymes…

Imperceptible avant d’apparaître – en amont du noir et des flamboyances du monde…

Et porté (bien sûr) par la main du plus secourable…

 

 

Autour du point – de la cime – jour après jour – depuis le sous-sol…

La tendresse encore (très) insulaire qui ignore ce qui circule à la périphérie ; le centre entièrement occupé à se déployer…

La conscience – comme une fleur immense qui s’épanouit à mesure que s’intensifie la lumière…

 

 

La vigilance originelle…

Sans être vue – présente…

Discrète – glissant sur tous les yeux…

Vécue depuis l’intérieur…

Sans autre justification que celle d’être là…

Nécessaire autant aux âmes qu’au monde…

Entité à deux faces – que l’on peut habiter – et refléter – simultanément ; l’Amour et la lumière…

 

 

Comme une eau verticale – qui remonte le lit de la rivière – de l’océan à la source – à travers mille péripéties ; ni vraiment parcours – ni vraiment voyage – le cycle (tous les cycles) familier(s) ; et toutes les possibilités expressives et de transformation (de manière simultanée)…

Comme si cela signifiait ; n’ayez crainte de vivre ce qui s’offre ; qui que vous soyez – où que vous soyez – où que vous alliez – vous êtes aussi cela…

L’invisible et la matière – sculpture vivante dont l’existence et le monde ne représentent qu’une infime parcelle…

 

 

Le seul passage ; que l’on cherche (toujours) en vain ; et qui apparaît – et qui s’offre – le moment venu ; lorsque disparaît toute volonté d’échapper à ce qui est – à ce que nous sommes ; à partir de cet acquiescement – tout s’ouvre – comme le prolongement de l’offrande perpétuelle qui, selon les cas, se répète ou se transforme…

 

*

 

A genoux – face aux danses inutiles…

Les prières balancées – à la hâte – à la chaîne ; et qui s’entassent sous la même étoile…

Le visage fébrile…

La désespérance au fond de l’âme…

Là où nous vivons…

Les yeux ouverts sur tant d’embarrassement(s)…

Solitaire ; et un peu à l’écart (bien sûr)…

Ce lieu qu’il faut, sans cesse, réinventer pour échapper à la foule…

 

 

La nuit si gigantesque pour nous autres – lilliputiens…

Comme une persécution ; une sorte de malédiction que le destin, sans cesse, prolonge (sans doute – à dessein)…

A humer, au loin, l’air frais de la liberté…

A suivre des yeux la courbe déclinante du jour…

L’obscurité grandissante ; et l’asphyxie programmée…

Et ne restera bientôt plus que ce que l’on ramasse à la pelle pour l’enfouir ou le jeter un peu plus bas…

 

 

Les mots hurlants – brandis (inutilement) contre le monde…

Comme retranché dans son innocence…

Veillant sur le feu et l’assaut des questionnements…

Ni bavardage – ni (fausse) vérité philosophique…

La traversée et l’éloignement des pas…

Ce qui nous sépare (de plus en plus) des hommes…

A l’abri du collectif et des fausses raisons…

L’insupportable qui se transforme – peu à peu ; et qui invite le silence à s’approcher ; et que l’on reçoit comme un vertige – une caresse – une glissade – pour couper court à toute forme de protestation…

 

 

La nuit incertaine – plus fragile qu’on ne l’imagine…

Des passages – au bas de l’espace – cachés aux yeux trop hautains ; déserts – l’essentiel du temps – car nul ne peut s’y aventurer sans engagement…

Une fuite irrépressible – bien davantage que la recherche d’un répit – offre l’élan nécessaire ; le courage de s’enfoncer, la tête la première, dans un étroit conduit qui, aux yeux des hommes, semble interminable (et dont la longueur varie selon la distance qui nous sépare du jour – de la lumière – du plein ciel)…

Pas de quoi effaroucher les plus obstinés – ceux qui, à mesure du franchissement, se sentent pousser des ailes…

 

 

D’abord – en soi – la jubilation…

La certitude de l’être…

Le désert et la tendresse – (absolument) manifestes…

Ce qui ne s’offre – et ce qui ne se reçoit – que dans une parfaite solitude…

Comme un chant né des profondeurs du labyrinthe – capable de survoler les murs – de traverser le monde – de répondre à toutes les interrogations – de répandre partout ses promesses ; les délices de la source…

Un peu d’air – un vent rafraîchissant ; de l’eau (enfin) pour étancher sa soif…

Le seul geste possible ; celui qu’imposent les nécessités de l’âme et les circonstances ; qu’importe ce qui advient ; l’obéissance impérieuse et impériale ; ce qui fait de nous des serviteurs souverains – des instruments prompts et joyeux entre les mains (vigoureuses et déterminées) du mystère…

 

*

 

Par-delà les murs – les monts – la mort – la mer…

Ce qu’il y a ici – exactement – ni plus ni moins – le monde – et cette étrange folie entre les tempes qui invente des rêves – des barreaux et des labyrinthes – des mythes et des horizons – et autant d’au-delà que d’œils qui regardent…

Ce songe – cette voix – ce cri – que nous sommes ; où que nous soyons…

 

 

Aux marges des suppositions – derrière la clôture inamovible – la fatigue et les moqueries – le désir assassin passé – les yeux qui se hissent – péniblement – au-dessus des instincts et des besoins organiques…

L’attention qui redouble malgré l’éloignement des hommes ; l’inconnu qui se dévoile – sans doute – sans méprise – sans lendemain…

Le geste-cœur qui, peu à peu, s’ouvre et s’émerveille ; et l’âme à genoux – ruisselante de larmes et de joie…

 

 

Ce que l’on frôle ; le goût des Autres…

Les secrets du monde – des choses en vrac – sans (réelle) importance…

Ce qui soutient les rêves…

Et le cœur qui se pince à l’énoncé de tous les noms ; l’esprit et les mains qui s’agitent…

La perte et l’abîme – comme un vertige ; la douleur de n’être que cela…

La laideur des hommes – la rudesse des cœurs et l’âpreté des malheurs…

Comme si nous n’étions pas (totalement) de ce monde – pas seulement de la matière vivante…

 

 

Le ciel né de la source – née du regard…

L’infini qui jamais ne dit son nom…

La plainte du vent dans les frondaisons…

Au pied de l’arbre – le visage et la neige…

La tendresse et la joie malgré les blessures ; la présence des hommes à quelques encablures de la forêt…

L’aube naissante dans l’âme de toutes les bêtes…

 

 

L’heure inaperçue – comme l’oiseau – l’océan et le passage…

La main invisible qui nous relève…

Tout ce qui œuvre derrière – et à travers – les apparences…

Ce qui nous fait arpenter la terre et le ciel – ce qui semble nous manquer ; et dont nous sommes riches, pourtant – sans le savoir, jusqu'à profusion…

Ce qui était installé là bien avant nous – depuis toujours – sans aucun doute – et qui s’offre à mesure que nous nous engageons – à mesure que nous nous pénétrons…

 

 

Sans intervenir – la roche et le vent…

Le soleil et le monde – heureux de leurs retrouvailles…

La tendresse éprouvée – au cœur même de la pesanteur…

Ce qui nous enveloppe sans nous alourdir…

Le labeur de la lumière au fond de l’obscurité ; et le noir (espiègle) au milieu de la clarté…

De moins en moins vite – en goûtant la saveur (inégalable) du quotidien…

Ce à quoi nous nous consacrons – chaque jour – à chaque instant…

Ce qui porte l’âme et le corps ; et ce qui anime les gestes (tous les gestes) ; l’esprit sans mémoire ; l’espace d’avant l’artifice…

Ce qui se vit – en silence – l’Amour – la joie – la liberté ; sans jamais feindre ce qui n’est pas…

Sans doute – un peu au-delà de la (simple) tentative d’exister…

 

 

A moins résister – le jeu s’accroît…

La terre, peu à peu, remplace le bitume ; et les arbres, le béton…

Moins de tête(s) et moins d’espoir ; la respiration plus ample – plus libre ; et le ciel (dans sa nudité) perçu dans l’expérience…

L’âme (simplement) accolée à la lumière – ivre de sa propre solitude (presque saoule) – et qui s’affirme sans rien endommager – sans offenser personne ; à l’écart (bien sûr) de ce qui s’agite et de ce qui se pense…

 

*

 

Parmi les hommes – dressé contre leurs flèches et leurs murailles – résistant sans haine – les mains ouvertes à leur folie ; pendant trop de siècles (sûrement)…

Puis, un jour – las de ce labeur – l'éloignement du monde – d'une manière radicale – comme une évidence ; comme basculé de l’autre côté – là où la tendresse et le silence peuvent faire oublier la haine et l’épouvante…

Là où la voix répond au temps passé – au temps volé – au temps où la nuit recouvrait notre visage…

Comme une douleur qui écartelait nos lèvres…

Et la vaine attente de la lumière – depuis trop longtemps…

Si semblable autrefois à ceux qui piétinaient nos espoirs – à ceux qui brûlaient le fond de notre âme…

Rien que des larmes face à la férocité des dents…

Et, à présent, nous seul(s) – en héritage ; à se dépêtrer encore avec les battements de ce cœur vivant…

 

 

Comme des traces sur l’oubli…

Quelque chose de mortel qui refuserait l’évidence…

Des mains qui s’agrippent – une voix qui crie – ce que nous dessinons sur la cendre et le sable – des ongles contre la roche…

Le sang et la sueur séchés sur le sol…

La poitrine ouverte devant le désastre ; et tous les Dieux de la terre…

Sur l’autel érigé à notre effigie…

Ce qui advient avec le temps désacralisé de la mort – l’abîme au fond duquel nul ne sera jeté…

 

 

Par excès de gravité – la tristesse…

Le ciel étreint – la terre abandonnée…

L’innocence – sans compensation…

Ce qui n’a l’air de rien ; et pourtant…

 

 

A reculons – comme le soir qui se couche ; l’enfance qui s’efface…

A même la lumière – l’égalité (aisément accessible – autrement dit)…

Le lent défilé des jours – imperturbable ; et nous – infirme(s) – emporté(s)…

A des allures différentes – selon l’intensité de la soif ; chacun à sa manière…

 

 

Nous – d’épreuve en épreuve – sur notre axe…

Les croyances qui s’estompent à mesure que s’affermit l’emprise du réel…

Des lieux – des choses et d’autres ; avec tout l’attirail et le déguisement nécessaires – selon les offices et la tournure du monde…

Des couleurs provisoires – malgré notre attachement – malgré notre insistance à demeurer…

Des orages et des angoisses avant de franchir le seuil de l’immensité…

L’espace qui dissout tous les rêves…

 

 

Les promesses du monde ; mille tâches à réaliser…

Des ombres qui s’agitent – sur le sol – contre les murs…

Une collection de choses – à découvrir ; mille trésors à amasser…

Ce que d’Autres délaissent – mettant à profit le passage du temps ; s’abandonnant, en quelque sorte, à une forme (involontaire) de sagesse…

Face à l’agonie des beaux jours…

La courbe des promesses qui, peu à peu, s’arrondit ; et hors cadre – une nouvelle pente qui se dessine – aux éclats saillants – aux gouffres vertigineux – aux cimes lointaines...

Une manière de s'affranchir de la tiédeur des élans et de ces chapelets de prières sans ardeur…

Une manière d'échapper à la torpeur et à la nuit que les gestes des hommes ensemencent ; aux existences frileuses – à l'abri derrière leurs barrières – portées davantage à l'agrément – au confort – à la villégiature qu'au voyage et à la résolution du mystère ;

 

*

 

Les jeux du monde – si reconnaissables…

De la fatigue et du sommeil – ignorés du ciel…

Et cette étrange cécité qui nous accapare…

Mille fois vécus ; mille fois dévoré(s)…

Trop de morts ; et, sans doute, pas assez de joie…

Et toutes ces faces de brute qui nous dévisagent…

 

 

Tandis que l’on amasse – mille choses ; des objets – des idées – des titres – des honneurs – les couteaux continuent de meurtrir la chair des arbres et des bêtes ; tout ce dont nous avons besoin pour nous remplir la panse au coin du feu…

L’homme ancien – si insensible – qu’il y a, entre son cœur et le nôtre, une vaste étendue – un abîme (apparemment) impossible à franchir…

 

 

Le vent qui balaye la honte et les regrets – les manquements et les impossibilités…

Toute notre histoire – comme de la neige grise sous le soleil…

Poussé(s) ici et là – vers quelques légendes – vers quelques mirages…

La grande ivresse du rêve…

Les yeux fermés sur toutes les illusions…

Puis, un jour, (presque) sans raison – se mettre à pleurer sous la pluie – devant son miroir – devant l'indifférence du monde – la mort qui s’approche…

 

 

La terre et l’aube – ensemble – dans notre ardeur – notre joie et notre chagrin…

Où que l’on soit – où que l’on aille – guère dépaysé (il faut bien le dire)…

Dieu, parfois, attrapé dans nos prières ; mais encore trop éloigné(es) du cœur…

L’immensité – en nous – (presque) inerte – (presque) inutile – pour les mille choses à faire – pour tous les gestes quotidiens...

L'existence telle que se l'imagine l'homme ordinaire…

 

 

Le cœur chantant – au milieu du monde installé dans ses habitudes ; le sommeil et le rêve auxquels les hommes se cramponnent ; les seules choses, peut-être, qui apaisent les tourments (incessants) de la tête…

Pas une prière – le reflet (joyeux) de la joie…

Le provisoire et l’incertitude – comme seules réponses à demain – comme seules réponses au temps qui passe – au temps inventé…

 

 

A l’envers de la pierre – la parole gravée ; pareille au silence et aux horizons lointains…

Le verbe greffé au-dedans de la chair ; la matière vivante…

Le potentiel de l’espace et de la source – dissimulé en chacun…

L’innocence qui coule comme les insultes et l’angoisse glissaient autrefois dans la gorge et les veines…

Une fête – un banquet – auxquels nous sommes (tous) conviés…

Le monde dégagé de tout devoir – de toute responsabilité…

Seul(s) – face au miroir…

Le ciel – en soi ; le vide vivant malgré l’absence apparente…

 

 

Quelque part – là où la douleur entre en jeu…

Comme l’eau et le pas – qui creusent leur ornière – leur sillon…

L’espace déformé – replié – comme roulé en boule face aux assauts du monde ; face au règne du piétinement et du poing levé…

Ce que l’on blesse – par le même chemin…

Et cette fosse au fond de laquelle tout finit, un jour, par être jeté ; un réceptacle incroyable – en vérité – où tout se métamorphose – où tout est retourné…

 

*

 

La vie – en soi – ravie du monde qui se raconte – et qui, parfois, se révèle…

D’une histoire à l’autre – au-dedans de la chair – frémissante…

Sans doute – plus réelle que le temps…

La longue caresse des jours sur notre impatience…

Le front enflammé ; le cœur comme un brasier ; et l’âme qui se consume…

Et l’espace vide au lever du jour ; pas une seule âme – pas un visage – seulement un sourire sur des lèvres qui n’appartiennent à personne…

 

 

Longtemps après la mort – le chant qui monte – très lentement – d’un ciel à l’autre – du plus inventé au plus réel ; comme un pont entre deux invisibles…

L’immensité assise ; et le rythme qui la remplit…

De l’ombre à la joie – en enjambant tous les inventaires…

Comme les pieds campés sur les deux rives à la fois…

 

 

Le Divin sur nos épaules tombantes – comme un rappel à l’ordre invisible du monde…

Pas un fardeau ; le poids du réel…

Ce que la tête – trop souvent – oublie sous son étoile ; l’espoir comme un vertige…

La proie du rêve…

Le lieu de l’aveuglement et de la cécité ; quelque chose des ténèbres…

Soumis au tumulte et à la glissade du temps…

La mémoire plutôt que la lucidité – l’intention plutôt que le vent…

L’ombre du silence sur le visage ; les yeux fermés ; l’esprit assoupi ; l’existence comme un songe qui s'éternise…

 

 

Parfois – sur le chemin – sans oser – comme si l’horizon et la perspective nous intimidaient…

Assis – en désespoir de cause – incapable de faire un pas supplémentaire…

Quelque chose – en soi – d’inerte…

Et tout qui se referme – malgré les alentours ouverts…

Comme une pierre sur nos possibilités…

Un barrage dans l’âme et la chair – les mains sur les yeux – le sang qui se fige…

La crainte – comme une muraille derrière laquelle on se recroqueville…

 

 

Seul – devant la forfaiture du monde…

Ce qui nous entoure – par intermittence…

L’âme tantôt exaltée – tantôt accablée – au gré de ce qui nous épargne – au gré de ce qui nous assaille…

Le ciel responsable du souffle – des haltes et des élans…

L’expérience de Dieu sans la prière…

Sur la feuille – ce qui est convoqué et que l’on mêle à la substance des choses que la vie intrique et emboîte ; le grand puzzle de la matière que la main de l’invisible, sans cesse, achève et redéfait ; le vide qui, à la surface – à la périphérie – se transforme…

 

 

L’œil sans besoin…

Et cette ardeur qui s’enfonce dans l’absence…

L’œuvre vaine du monde – comme le cri des vivants qui souffrent et qui meurent – sans (jamais) se faire entendre…

Et ce qui reste – sans cesse – transformé – faisant (et refaisant) indéfiniment le tour de l'âme – sans omettre un seul recoin…

Maudit(s) et miraculé(s) – en somme…

 

*

 

Ce que l’aube accueille ; et ce qu’elle permet…

L’exigence affûtée – comme un silex inépuisable…

Nulle place pour les frileux et les frivoles ; tous ceux qui refusent d’étreindre le tombeau…

Qu’importe l’âge et le temps – pourvu que notre course serpente, à travers l’existence et le monde, entre la mort – le sommeil et la vérité…

Ainsi peut-on s’élancer – sans rien espérer – ni l’accomplissement – ni la certitude d’être accueilli…

 

 

Des choses – mille choses – devant la nudité…

Ce qui porte l’âme devant le jour…

Sans rien à parfaire – l’alliance déjà conclue…

Seul(s) – au milieu de l’Amour…

Et tous les seuils – devant nous – comme si nous étions l’horizon et le pas…

Le visage ravi ; et cette joie visible depuis les lieux les plus lointains ; les yeux (amoureusement) posés sur ce qui passe…

 

 

La route – comme un chant – un cœur blessé – une âme avalée par la nuit…

La pierre qui, peu à peu, s’incarne ; au creux de la main – la terre…

Ce qui, cahin-caha, nous rapproche de l’émerveillement…

Avec un peu de tristesse pour ce qui a été laissé de côté – pour ce qui n’a réussi à se hisser…

 

 

Dans la chair – l’éloge de la mort – déjà…

La glorieuse destruction – si vivante – en soi...

La matière – comme un peu de Divin malaxé – sans autre stigmate que le souffle et le sang…

A hauteur de toutes les intentions…

Et partout – et toujours – la possibilité de la lumière…

 

 

Soi – enserré par ce qui existe ; le prolongement du vide – en vérité…

Toutes les choses – sans en oublier une seule…

L’ensemble du royaume ; ce qui est, à la fois, accolé et emboîté – et (totalement) changeant…

Le grand entremêlement du monde – malgré le règne (irrécusable) de la vacuité…

 

 

L’absence – là où rien n’existe – subsiste le ciel…

L’espace auquel rien ne peut être ôté ; l’espace auquel rien ne peut être ajouté – malgré les désirs et les prières – malgré les manques et la colère…

Seulement – un peu d’air balayé par les vents…

Et pourtant – le plus haut de soi ; et le plus profond des choses…

Comme un équilibre précaire et éternel – inamovible et changeant ; cette si singulière manière de vivre – à la frontière entre l’invisible et la matière – entre l’infini et l’individualité…

Sans doute – la plus grande des bénédictions…

 

 

Ici – sans subir ; l’insistance des choses sur un fond de ciel…

L’essentiel de la terre ; ce que l’on ne pourrait (bien sûr) confondre avec l’indigence…

La tête et la main – (juste) au-dessus des joutes…

Ce qui s’offre – à travers les paysages…

Nous – incorporé(s) au monde ; et le monde incorporé au(x) corps ; toutes les manières de nous enfanter – de perpétuer, ici et là, le règne de la matière…

Et pourtant, sans doute – encore, au bord inférieur de l’invisible ; et, sans doute – encore, à la périphérie de la lumière…

Et ce (très) long chemin qu’il (nous) reste à accomplir…

 

*

 

L’étendue bleue – le regard nu – la chair audacieuse ; l’enfance (parfaitement) à son aise…

Sur la pierre ; et (pourtant) affranchi…

L’Amour et le silence – amoureusement entremêlés…

La liberté – comme les ailes de l’oiseau ; une façon d’échapper à la gravité…

Les yeux comme deux soleils ; et la main trempée dans la tendresse…

Des mots pour exprimer l’essence et la nécessité ; une façon d’accompagner la soif ; et le labeur de la source…

Dieu jamais en devanture ; mais mille accès à défricher dans toutes les arrière-cours…

 

 

A voix haute – et les yeux apparemment ouverts ; le sommeil des pénitents – à grandes enjambées vers le ciel – le printemps ; l’ombre inventée derrière la frontière…

Et (presque) toujours – de hauts murs pour obscurcir la vue – et exacerber l’imaginaire…

Des journées à genoux pour récolter les fruits de la terre et amadouer l’inconnu – le maître des destins…

Le monde – immodeste et impuissant – dans toutes ses œuvres terrestres…

 

 

A la lisière du temps – l’éternité qui affleure…

A l’orée du monde – là où nous habitons…

A la même latitude que tous les Autres ; à la même latitude que le néant…

Le désir – l’absence et la pesanteur…

Comme une douleur infime et (absolument) vertigineuse…

L’œil envoûté par ce qu’il pénètre…

Le ciel et la tendresse – à peine – entrevus – à l’intérieur…

Et la nécessité d’affronter la mort ; à l’aube naissante – sur nos joues mouillées…

 

 

La grimace silencieuse devant la pierre ensanglantée – les faces rubicondes et renfrognées ; le monde tel qu’on le voit…

A l’instar des bêtes exterminées…

Et, au-dedans, la colère qui cherche un point d’appui ; mais tout s’effrite – tout s’effondre ; ne reste que la source souriante – cet acquiescement auquel il faut consentir – derrière lequel il faut se ranger…

 

 

Sur le rêve – comme si nous voguions au milieu des nuages…

Au-dedans – l’imaginaire cotonneux…

Et au-delà – l’espace – l’infini – le réel abrupt – la pierre tranchante – la pente où l’on glisse – le soleil et la lumière – là où la plupart des hôtes hésitent – trébuchent et tombent…

La tête encore (trop) sagement posée sur l’oreiller…

 

 

Quelque chose que l’on porte ; qu’il faut étreindre…

Notre propre Amour auquel on aurait lâché la bride ; et qui rend amoureux de tout ce qu’il touche ; et, lorsqu’il atteint le regard, de toutes les choses sur lesquelles se posent les yeux…

Sans rien chercher ; rien (absolument rien) qui n’échappe…

 

 

A polir le miroir de l’immensité pour y contempler (plus finement) son visage…

Ce qu’emportent l’errance et l’oubli…

Les choses parcourues que l’on éprouve…

La vie – ce que l’on est – la seule offrande nécessaire pour communier…

 

*

 

Devant la tombe – à contempler l’étendue…

Ce qui s’immisce entre les dates ; et l’élargissement (inévitable) de l’intervalle ; ce qui le précède et ce qui le suit…

Comme un vertige – un éclatement du cœur – la possibilité qui se distend jusqu’aux extrémités du temps – au-delà de ce qui le précède et de ce qui le suit…

Une destruction – un anéantissement – comme un suspens dont l’instant serait l’un des reflets (accessible à l’homme)…

Et voir ainsi tous les visages et toutes les choses vivantes du monde – dans leur itinéraire complet – dans leur ascension verticale exhaustive – d’un bout à l’autre de l’immensité ; de l’origine à l’origine ; et dont le point de retournement serait le centre…

 

 

Le verbe descendu de ses (vaines) barricades – abandonnant tout combat – toute revendication – tout intégrisme – au profit d’une distance – d’un rire – d’une légèreté – en dépit de l’abondance – en dépit de la prolifération des mots…

Le désordre et l’exubérance (parfaitement) consentis…

Oubliant le secret ; et la clé du coffre où il a été enfermé…

Défait le cri des sombres jours pour une danse (authentique – extatique) avec l’écume – portée à son point d’intensité maximal qui donne à la densité des allures d’étoile et de vent…

Le ciel dans la chair ; et le soleil dans la plume qui virevolte au milieu de ce qui joue avec nous…

Comme une pierre sur laquelle auraient poussé des ailes et des yeux…

Et ces chaînes qui, autrefois, entravaient la vie et la joie, donnent, à présent, le rythme aux pas…

Partout – la musique – les vagues et l’immensité ; le sort du monde qui tournoie entre nos mains joyeuses ; le sacre simultané de la fête et du silence…

 

 

Le ciel descendu – au-dessus de notre enfermement…

Comme un plongeon en nous-même(s) – un saut dans la contemplation…

L’immensité dans nos mains prisonnières…

Yeux dans les yeux – face à l’étendue bleue…

Le prolongement de la courbe entre le dehors et le dedans…

Le seul passage – la seule traversée – possibles – à pas lents – à travers tous les chemins et tous les horizons – disloqués…

Le seuil de la fin au-delà duquel tout continue ou recommence…

 

 

La seule demeure – le seul repos ; au creux de ce ciel que nous abritons…

Là où s’originent le silence et le monde ; là où l’espérance et le temps relèvent (réellement) de l’ineptie…

Quelque chose d’indestructible malgré la matière en (perpétuelle) transformation…

L’existence – la vraie vie – sans aucun pourquoi…

 

 

La création sans régence – sans gouvernement…

Les choses éparpillées – en vrac – qui s’agencent – sans maître – sans la moindre autorité ; le règne (absolu) du désordre et de la multitude qui – naturellement – s’organisent…

La nécessité à l’œuvre sous l’apparence du chaos…

Ce qui se dessine – et évolue – dans l’espace et le temps (tels que les connaissent – et les appréhendent – les hommes)…

De cercle en cercle – tout passe – tout arrive – tout disparaît ; et tout revient (tout finit par revenir)…

Un monde sans frontière – seul occupant de son royaume ; et le silence – visité ou non – habité ou non – toujours contemplatif ; un œil sans orgueil – teinté de tendresse (et parfois même d’admiration) pour le déroulement (miraculeux) du spectacle…

 

*

 

Sous le ciel ancestral du monde – bêtes et hommes – ensemble – les uns contre les autres – dans toutes les postures imaginables…

Peau et poils – pieds et pattes – à s’user les dents contre l’os et la pierre…

Ongles et griffes dans les mêmes empreintes – dans les mêmes anfractuosités…

L’enfance (assez) cruelle de la terre…

 

 

L’errance silencieuse – de plus en plus…

Sans poids – sans vitrine…

Un rôle – un seul – celui de figurant parmi les arbres et les feuilles – en compagnie des pierres et de quelques poètes…

L’âme joyeuse et solitaire ; le front et les yeux plantés au milieu du bleu et du brouillard…

L’hiver – à toute heure – tous les jours – en toute saison – sans mur – dans l’amitié de ceux qui croissent et fleurissent – de ceux qui jouent et se réjouissent…

L’éternité – au bout de chaque instant…

Et cette joie – inépuisable – comme une flamme au fond de la prunelle…

 

 

Au-dessus de la tête – les malheurs et l’invisible…

Le labeur (méconnu) de l’Amour et du temps…

Ce qui arrive – au nom de la terre et du ciel – sans le moindre éblouissement…

La trace des Autres par-dessus les nôtres…

Ce qui s’installe – ce qui importe ; le jeu et la transformation des couleurs – puis, la métamorphose (irrépressible – inévitable) du regard…

Le déploiement de l’oubli – seul gage (sans doute) pour pardonner toutes ces maladresses – toutes ces atrocités…

Sans même attendre le renversement de l’aventure – le sens du voyage – le chemin à rebours – cette trajectoire (terriblement) asymétrique – fiévreuse – errante – discursive – jusqu’au point originel…

Notre simple présence – humble et discrète…

 

 

L’espièglerie du silence ; et la bonté des profondeurs – présentes au cœur du monde – créant tous ces bruits de surface (plus ou moins attrayants) auxquels nous nous empressons de donner un sens…

Manière de se satisfaire des premières découvertes – au risque de détourner de la fouille les plus paresseux – les moins exigeants…

Au-delà de l’encouragement – la présence du ciel dans les choses ; et dans les désirs et les instincts des vivants ; la marque de la tendresse dans le chaos ; une part de l’origine au cœur de tout ce qui existe…

 

 

A vivre – humblement – sans volonté – sans promesse – au fil de ce qu’offrent les jours…

D’un cercle à l’autre – sans la moindre restriction – selon le cours (immuable) des choses – les cycles de l’invisible et de la matière qui transcendent toutes les frontières…

Ensemble – pénétré(s) et pénétrant – habité(s) et habitant – expérimenté(s) et expérimentant – goûté(s) et goûtant ; le vivant – (toujours) entre rêve et réalité – passant d’un royaume à l’autre…

Notre œuvre – peut-être – pour l’éternité…

 

 

Au milieu des Autres – de la douleur ; la solitude et la joie – convoquées…

Sans acharnement à vivre – ce qui, sans cesse, nous prépare à la destruction – au vide – au recommencement – auxquels il faut s’abandonner – sans espoir de chasser le trouble…

Le lent (le très lent) labeur de la familiarisation…

 

*

 

A notre aise – dans cette simplicité – ce désordre – ces éclats de chair et de silence…

Des échos du monde qu’écoute le corps…

La réalité sans les mots ; mille couleurs…

Comme une enfance sans visage…

Des danses solitaires – joyeuses – inépuisables…

Notre peau contre celle des arbres – tatouées par le soleil et le vent…

Un sol sans rail – la terre inconnue – à arpenter – le pas et l’imprévu – ce que le jour nous réserve…

Nomade ; pas voyageur…

A explorer les cercles au-delà du petit carré des rêves…

Ce que l’on est ; et ce que l’on peut aimer – au-delà de notre existence apparente…

 

 

Sur la ligne verticale – imprécise – qui serpente au milieu de personne – au lieu des recoins sombres (et surpeuplés) où l’on s’éternise pendant des siècles…

Toujours recomposé – défait et recomposé – fait de bric et de broc – un peu de terre et de vent – la figure de l’abandon ; et celle (bien sûr) du saltimbanque…

Présent – occupé à quelques tâches quotidiennes – qu’importe l'intensité de la lumière – les gouttes de pluie et les étoiles qui tournent au-dessus des têtes…

Le règne de l’authenticité ; et de ce lieu (comme de tout lieu) – les pas nécessaires…

Sans ami – sans trahison – sans pacte ni cœur à briser…

Dans les traces de la solitude précédente – très largement élargie…

Le séant posé sur la pierre – la tête au milieu des feuillages – sous le ciel acquiesçant – approbateur ; aux mains du jour qui se lève…

 

 

Divisé – malgré le jour et l’innocence (intermittente)…

Épais comme le pelage des bêtes…

Compagnon de jeu des autres jouets…

L’humilité sereine ; les lèvres souriantes ; et les yeux grands ouverts sur le monde et la mort…

Sans la moindre terreur devant la croix (celle que l'on porte autant que celle qui verticalise le regard et l'au-delà)…

Un rire (étrange) – du genou posé à la main tendue…

Le visage éclairé par l’œil du dessus…

Sur un chemin – n’importe lequel ; sur sa pente – sans que rien – jamais – ne s’y oppose…

 

 

Comme une course (incessante) dans l’âme et le sang ; et qui s’exporte au-dehors ; et qui contamine tous les gestes – tous les pas…

Si pressé(s) d’arriver ailleurs – en un autre lieu – quelque part – sans raison (véritable) ; simplement mu(s) par le mouvement intrinsèque des choses – de tout ce qui existe (dont la nature ontologique est d’aller)…

Une lutte – un peu inepte – contre le temps et la finitude – cette (apparente) échéance – ce terme dont nous ne savons (à peu près) rien…

Et cette existence – comme toutes les existences – soumise à la fuite et à l’effleurement – une débandade triste – insignifiante – superficielle…

 

 

La soif journalière – suscitée par le souvenir (inconscient) de l’apaisement initial ; quelque chose qui s’offre (comme le reste) à ceux capables de le recevoir…

La joie qui se dessine – en silence – à travers les gestes quotidiens…

Les pas – comme les lignes à écrire – à la manière d’une fête…

La célébration (naturelle) de ce qui – en nous – réussit (à chaque instant) à s’affranchir du sommeil…

 

*

 

Le rire qui ébranle la menace ; et le maléfice…

Jusqu’à la pointe du cœur – cette vibration…

Le parfum d’un autre monde ; le ciel posé devant nous…

La poitrine – si longtemps oppressée – qui respire enfin…

Moins (beaucoup moins) de soupirs et d’égarements ; comme gagné par l’indifférence au froid qui, autrefois, nous terrassait…

Les paupières soulevées ; les lèvres disjointes…

Moins grave (beaucoup moins grave) – face à ce qui se présente…

Une manière (très) involontaire de rendre hommage à l’invisible – à la douceur – à l’humilité ; à toutes les circonstances qui nous secouent et qui, en définitive, nous guérissent…

 

 

La pierre ronde – face au monde – comme une roche roulée en boule – imperméable aux assauts – parfaitement autonome ; davantage que l’arbre qui nous contemple – incapable d’échapper à la scie des hommes ; davantage que les bêtes soumises à la faim des Autres…

Comme la neige qui se pose délicatement – et qui disparaît discrètement ; ainsi se révèle notre séjour parmi tous ces visages – la figure magnanime et rayonnante – mais les lèvres closes…

 

 

Une parole – quelques paroles – au milieu des fleurs…

D’un langage à l’autre ; une offrande des Dieux…

Et ce que l’on tait pour respecter le pacte passé avec le silence – (très) joyeusement…

Au pied d’un arbre – la tête posée contre le tronc – amoureusement…

La main sur la pierre – caressante…

Et cette saveur de terre qu’ont les mots que l’on mâche – (très) longuement…

En ce lieu – le verbe ; et notre (lente) métamorphose…

 

 

Le ciel – contre la peau – comme appuyé…

Une longue traînée de cendre – derrière nous…

Un regard par-dessus l’épaule ; une sorte d’étonnement…

Au loin – le pays des rêves – là où l’on meurt d’indifférence – sans parole – sans silence – sans Amour – seul(s) – totalement seul(s) – au milieu des yeux fermés – au milieu des yeux occupés ailleurs ou qui se détournent…

Et au-dedans – le vent et le chant – les seuls apôtres du vide qui prônent (bien sûr) l’extrême simplicité – l’affranchissement des dogmes – des contraires et des contradictions (apparentes) – pour goûter la liberté – sur la pierre – au milieu du monde qui s’en fout…

Personne ; et nulle part – les seules conditions (peut-être) pour survivre en toutes circonstances…

 

 

Peu (très peu) de choses nécessaires – en vérité…

Malgré l’abondance du monde – la nuit souveraine ; et le jour agenouillé ; la chair putréfiée – et entassée ; que l’on recouvre d’un peu de terre – de quelques symboles et de quelques prières – sans rien savoir de la mort…

Et de notre vivant – l’indifférence des yeux – l’indifférence du cœur – mille mains qui s’affairent à remplir tous les sacs que l’on porte en bandoulière…

La terre et l’existence tristes et traversées ; au milieu de la rage – de la bêtise – de la cruauté – de ceux qui vivent – leur intérêt en tête…

Un désastre collectif qui angoisse et rassure les visages mouillés de sueur et de larmes ; et tous les ventres que l’on engrosse ; et qui grossissent ; et qui enfantent ; et qui perpétuent le malheur et la calamité du monde…

En terrain déjà conquis ; déjà épuisé(s) – encore endormi(s) – et s’ensommeillant toujours davantage ; ravi(s) – s’extasiant des quelques tourbillons réalisés à l’envers du ciel ; de ces mille vétilles – de ces mille niaiseries – qui viennent enlaidir – et absurdifier (plus encore) – ces rives déjà hideuses et insensées…

 

 

A trop se frotter au ciel – les ailes déchirées…

Sur le sol-repère – le lieu du corps…

Sur le sable ; et sous les astres – dans cet ordre-là ; pas une romance (jamais une romance) ; le monde comme nécessité…

Pas la vie secrète ; les gestes quotidiens et les pieds sur le chemin….

Parmi les fleurs – les arbres – les bêtes…

L’argile comme seul horizon ; et le reste ; le silence – le regard – la joie – l’immensité – offerts sans que jamais n’interviennent ni le désir – ni la volonté…

Ce qui se déroule – naturellement ; à travers les circonstances – le destin…

 

 

Les yeux couleur de lune…

Les fenêtres du monde grandes ouvertes…

L’espace du mystère – ce que l’on aperçoit…

La dislocation des lignes et de la raison…

La lueur – en soi – grossissante ; promesse d’élans – d’enlacements et d’étreintes…

Ce qui se cache dans les replis du poème ; et qui se déploie avec la lumière – avec le temps et l’attention nécessaire…

Homme ; et ce qu’il y a par-dessus et par-dessous – tout autour et au-dedans – l’invisible et ce qu’il porte ; en soi – le plus universel et le plus singulier…

L’espace fécond – le jour et la solitude – sans les Autres – sans la mesquinerie – sans le moindre traquenard…

Dans la voix – comme un chant qui déborde – qui longe l’enfance – de bout en bout ; de l’origine jusqu’à la peur ; et de la peur jusqu’au retour (non triomphal) à la source…

 

*

 

Ce qui précède l’enfance et le chemin pour la retrouver…

Cette période magique où la source était la multitude assemblée et unie ; un monde de regard et d’Amour…

Un seul jour – interminable…

Au cœur du silence et de la lumière…

La vie ouverte et contemplative…

Des mouvements naturels – comme une danse – une fête…

Quelque chose que nos têtes ont oublié (ou n’ont jamais su) et dont nos cœurs se souviennent…

 

 

Juste à côté du monde – pas si loin du reste – l’espace – des oiseaux de passage – cette étrange invitation au voyage – quelque chose d’un chemin qu’il faudrait emprunter les yeux fermés – le cœur confiant – les mains dans les poches ; les pas aussi légers que l’air – sans un mot – sans le désir d’arriver quelque part – de découvrir un autre monde – de s’installer sur une rive enchantée…

Une porte dans la nuit – un seuil (seulement) qu’il faudrait franchir…

 

 

La tête balancée en arrière – comme abandonnée…

Sous la lumière qui attise la soif ; et donne aux pas leur ardeur…

Dans la poitrine – trop d’étoiles désuètes – de chiens qui aboient et de fenêtres fermées…

D’épreuve en épreuve ; et y jetant toutes nos forces – le poing (presque) toujours brandi…

Et ce passé, à présent, qu’il faut abandonner…

Et ce sommeil dont il faut s’extirper…

De plus en plus solitaire ; et de plus en plus incompris (bien sûr)…

 

 

Au cœur de la tempête – l’ardeur aiguisée – les yeux au milieu des pierres et des bêtes…

Derrière la lutte apparente – l’évidence de la beauté…

L’infini – porteur (comme le reste – comme tout le reste) d’instincts sous-jacents et familiers…

Quelques ondes – quelques vagues – au pays des cercles et des carrés…

Sur l’axe vertical – une mystique simple et établie ; loin (très loin) de ce qui semble humain et raisonnable…

Comme une oasis de joie au milieu de la douleur ; une tête au-dessus des eaux ; le soleil au fond des yeux – sans rien décider – sans rien implorer – sans rien enseigner…

En retrait – comme rangé parmi ce que l’on ne peut voir – parmi ce que l’on peut, parfois, deviner…

 

 

N’être que cela ; la vie – les choses – la poésie…

Ce qui ressemble à un visage ; les lèvres rouges – les lèvres closes…

Au milieu des rires ; au milieu des pleurs inaudibles des bêtes…

Dans cette lumière – dans ce silence – dans cet Amour – qui s’offrent – se livrent – se partagent – inlassablement…

Le cœur – à la pointe de l’offrande ; et la main guidée (et soutenue) par celle d’un plus grand que soi – invisible – inconnu – d’une manière si naturelle – si spontanée…

L’infime et l’infini – comme entremêlés ; et convertis en chair et en âme ; l’incarnation d’un possible…

Entre le sol et le ciel – ce qui se déroule ; le métier de l’homme ; cette tâche si ardue…

 

*

 

La vérité – dans les mains – à chaque geste naturel – précis – involontaire – comme les vagues sur l’océan…

Qu’importe le vent – qu’importe les rives – allant là où l’on est mené – allant là où il faut aller…

Que le soleil prie en silence – que le brouillard forme un mur infranchissable…

Emporté(s) – sans résistance – au-delà des grilles formées par les ombres dormantes – tirant sur la grosse chaîne dont nous ne sentons plus le poids…

 

 

Le monde qui œuvre sans jamais s’arrêter…

Et nous – en nous ; la (rude et nécessaire) besogne ; cette chose chargée de terre qu’il faut rendre à la raison pour enjamber l’intelligence mensongère (cette intelligence discriminante et dolosive) au profit d’une perspective sans hiérarchie où le jour vaut la nuit – où la peine vaut la joie…

L’incessant labeur du rassemblement et de la réconciliation ; des parcelles de matière et d’esprit à réunir ; et à unifier…

Qu’importe le temps – qu’importe l’abîme ; l’action du feu et de la mort – nécessaire à la disparition et au rapprochement…

Ainsi vivons-nous – de moins en moins étranger(s) au reste – de moins en moins lointains (les uns par rapport aux Autres)…

 

 

A l’origine – la paix que le monde et le temps – à force d'instincts – à force d'habitudes – ont fini par flétrir (très largement)…

Des fleurs ; et parmi elles – comme jetés – des bouquets d’immondices…

Et au milieu de cette odeur de charogne qui plane au-dessus des luttes et des ébats – la matière rongée ; la terre qui nous dévore…

Et la plupart d’entre nous – les yeux fermés – encore soumis au rêve et au sommeil…

 

 

Le jour – pris à témoin…

Roulant sur sa pente…

Le vent initiant – et prolongeant – la chute…

Les feuilles noircies de signes…

Comme un (étrange) escalier vers l’exil…

Une manière d’aiguiser les angles – d’élargir les recoins ; et d’abattre (enfin) les murs inutiles…

Les deux pieds sur le seuil du reste ; à l’envers de l’espace – peut-être…

La poussière collée sous les semelles ; et la terre à la parole…

L’infini et la pierre – mêlant leur souffle et leurs racines…

Le ciel – dans le sang – qui délimite notre présence ; et nos possibilités…

Au milieu de l’étendue – au milieu de nulle part – entouré(s) de vide – sur nos frêles embarcations – à pagayer sans relâche vers les terres de l’enfance…

 

 

Le nez dans l’humus – les doigts humides de terre – accroupi – parmi les arbres – au milieu de la forêt – dans la compagnie des bêtes cachées dans les buissons…

Le cœur sauvage – de plus en plus…

Et l’âme fauve – tapie derrière la peau ; les entrailles comme de l’écume – de plus en plus légères…

La vie qui se façonne – à grand renfort de gestes…

Tous les horizons qui s’allongent et se verticalisent…

Et ce que l’on jette depuis les hauteurs – tous ces rêves périssables ; et la substance des hommes dont nous ne savons plus que faire…

La chair – en nous – qui chuchote – qui se défait – qui devient protolangage – qui s’initie à l’aube et au Divin ; comme une déflagration silencieuse dans l’espace ; cette manière (si singulière) de se hisser jusqu’à la disparition…

 

*

 

En longue procession – du premier au dernier jour – au milieu de la mort…

Et le léger balancement des ombres devant la fenêtre de l’enfance – irrémédiablement close…

Des murs – autour de soi – très haut (trop haut)…

Et un étroit chemin entre la tristesse et l’absence…

Quelques tremblements ; et le souffle qui manque à mesure que se rétrécit le passage…

Et notre chance à mesure que s’intériorise l’obéissance…

Ainsi – peut-être – jusqu’à l’ultime soupir…

 

 

Ce qu’il faut de tendresse et de consolation pour guérir de la proximité du monde et de l’écoulement du temps…

Cette porte ouverte – en soi – qui ouvre sur l’espace – qui livre à ce qui aime – à la source de la tendresse ; que nul autre ne peut offrir…

Jouet de tout – de tous – aux jours comptés – capable, en rejoignant le silence, de tout embrasser ; chaque chose et chaque visage…

Renaître et respirer – apprendre à vivre sans plus jamais s’écarter du vide – le cœur et les mains détachés du monde…

Ce que, sans cesse, la vie enseigne…

 

 

La couleur de nos gestes sans attente…

La réalité défaite du rêve…

Le défilé des saisons ; et l’âme affranchie des yeux des Autres…

Quelque chose – en nous – qui s’écarte…

La parole passagère ; et le cœur (toujours aussi) nomade…

Ce qui glisse – (très) lentement – vers le ciel ; comme la fleur qui éclot à force de lumière…

Sur la pierre – la vie (cette vie – notre vie) silencieuse…

 

 

D’une terre à l’autre – d’un Dieu à l’autre – sans fin – sans autre raison que celle d’aller – comme si, malgré nous, le secret (de la matière et de l'invisible) devait être percé…

A la manière d’un défi pour le profane qui s’entoure d’idoles et s’exerce à tous les rites nécessaires…

Pour chacun – le même voyage – à vrai dire…

Un seul pas jusqu’à ce que le vide apparaisse…

Le vertige et la liberté – au-dedans et au-dehors…

 

 

Devant le jour – agenouillé…

Le ciel à la place de l’absence…

L’inconnu dans la voix qui découvre l’inimaginable…

Et ce passé – des milliards d’années – qui pèse(nt) – (bien) moins lourd(s) que le silence…

La figure – (très) étroitement liée à l’éclat des couleurs…

Et tous les recoins du monde et de l’esprit qu’il (nous) reste à explorer…

 

 

Le besoin d’un Autre qui nous porte plus haut – plus loin – à l’intérieur ; comme un élan qui traverserait le monde et le froid – cette épaisseur apparente qui, parfois, nous heurte – nous bloque – nous repousse – jusqu'à ce que quelque chose – en nous – puisse façonner l'outil de pénétration nécessaire…

 

 

Derrière les bruits – le silence ; et la même chose – à travers eux…

Ce qui est accessible à l’attention pénétrante…

 

 

Plus humain que la bête – l’assassin ; celui qui ne vacille qu’en face de son propre reflet…

Et la plainte que l’on entend au loin – est-ce la peine du monde – est-ce la peine des âmes – qui nous voient souffrir et disparaître…

A qui – à quoi – ressemblons-nous – lorsque la voix – qui précède, toujours – de quelques mesures, la main traînante – se délivre de l’aveuglement…

 

*

 

A la dérobée – notre visage – l’infini passager…

A faire le tour – entre le monde et l’Amour – sans savoir où donner de la tête…

A se demander comment vivre et occuper le temps…

A mourir déjà sans avoir fait un seul pas…

 

 

Ici – le néant – comme ailleurs…

La terre à se partager – réduite au rang de territoire…

Le cœur avide et belliqueux – sombre – comme la couleur des chemins qu’il emprunte…

D’une rive à l’autre – la vie et le trépas…

Au cœur de la trame souple et mouvante ; quelque chose comme des nœuds ; des points d’attache…

Du sable sous la lumière – en apparence…

De la pierre et du vide ; ce que voient les hommes ; ce que pénètrent les Dieux…

Au ras du ciel – quelques étoiles – comme si la nuit n’existait pas – était une invention ancestrale (la première, peut-être, d’une interminable série)…

 

 

Là où l’écume est la plus haute…

Le monde – en soi – au seuil – livré à ses (étranges) aventures…

Et la parole – transportée d’un cercle à l’autre – sur un fil invisible qui serpente entre les âmes ; des mots chuchotés à toutes les oreilles inattentives ; une manière de guider les vivants vers la couleur et la lumière – de découvrir le relief et les profondeurs de la matière – et la beauté du chemin (bien sûr) sur lequel l’oubli, peu à peu, se glisse dans le pas…

 

 

A l’origine – le vide…

Et toutes les terres successives…

A la suite de la source – la lumière…

L’Absolu – le chant du désir…

Les pieds sur la pierre ; et la tête occupée à inventer – comme si nous n’avions que cela ; quelques gestes pour vivre – quelques rêves pour exister…

Et en deçà du songe – nos membres entravés – comme une excroissance (passablement mobile) du sol…

Lentement (très lentement) – vers l’immensité – la promesse des origines…

 

 

L’évidence de la lumière sur les débris et la poussière…

Une terre pleine d’ailes et d’alibis ; et le ciel – davantage qu’une image – le socle des jours…

Et cette manie de la parole pour témoigner de la moindre expérience…

Un langage – à coups de hache dans le réel ; quelques éclats – quelques reflets – que l’on assemble (très) maladroitement en miroir…

Et nos pieds nus écorchés par les ronces et la roche…

A porter sur nos épaules le reste du monde…

A aller (obstinément) d’un lieu à l’autre – au lieu d’attendre, ici, l’aube – immobile – paisiblement…

 

 

Disséminés – ici et là – les fleurs et les gestes nécessaires…

Rien qu’une détresse dans le cri que l’on pousse…

Rien qu’une promesse après la mort…

L’existence durant ; le poids de Dieu – si léger – presque imperceptible – sur l’âme…

Et à qui veut l’entendre – nous disons le miracle journalier – en dépit des apparences – sombres et trompeuses…

 

*

 

Ce que les mains recueillent ; davantage que la lumière…

L’Amour – jamais vaincu – jamais découragé…

Ce qui se cache dans les interstices…

Comme une brûlure ou un chagrin…

La joie éprise de la pauvreté ; et le rire qui s’entête contre ce cri qui a oublié le langage…

Ce qui se porte – au-delà de l’homme ; le ciel comme rendu à lui-même…

 

 

Des bourrasques dans les veines…

Tous les Dieux du soleil dans le sang…

Et de grands gestes pour célébrer le printemps…

Les deux yeux grands ouverts sur le monde pour attiser le feu et la tempête et regarder par la fenêtre le spectacle des ténèbres…

Des étincelles pour déchirer la nuit…

Et le cœur blessé pour échapper à l’assoupissement…

La vie – comme une fleur – un minuscule carré de terre – au centre de ce qui a l’apparence d’un néant…

L’âme épanouie – et compatissante – à l’exacte altitude – comme une fulgurance – une nécessité – une possibilité de rapprochement avec ce qui peuple notre intimité…

Ce qui – en soi – se retire ; ce qui fait, peut-être, que nous nous ressemblons…

 

 

Parmi les élans et les vagues…

Le vent et la respiration…

L’insaisissable et le temps confisqué…

Notre amitié pour ce qui s’inquiète et se laisse exposer – à la merci du monde et de la mort…

Cette fragilité que guide la lumière…

Notre dénuement ; et notre noblesse…

Ce rayonnement sans orgueil qui perce la matière – l’ignorance – l’épaisseur ; l’intelligence de la gangue et du mystère qu’elle protège…