Carnet n°262 Notes journalières
Traverser les murs – l’horizon – les forces engrangées – se répétant le silence jusqu’à l’obsession – avançant sans jamais se réinventer…
Un monde de sable – très ancien – et qui le restera jusqu’aux (vaines) confidences du très grand âge ; la mort, peut-être, comme ultime frontière…
D’un bout à l’autre du monde – inconcevable par l’âme – cette distance ridicule – la somme des existences – des amas de chair et de rêves – le mensonge et l’illusion qui coulent à flots – et les fruits de l’ivresse – la médiocrité…
Il suffirait – pourtant – d’un pas pour ouvrir un passage – s’abandonner au courant – faire de l’invisible l’essentiel – la perspective centrale – l’axe autour duquel se réinventerait le quotidien…
Des épousailles – des découvertes successives – une étendue – en soi – que l’on explore peu à peu…
Rien que du vent – des échanges ; jamais de rencontre – d’intimité ; les surfaces – les peaux – qui se touchent – à peine – de médiocres cabrioles – la chair (très) mollement vibrante ; des âmes – nulle mention – la vie comme si elles n’existaient pas…
Le passé – comme des milliards de choses oubliées ; en haut – ce qu’il reste ; en dessous – ce qui devra, un jour, être abandonné…
Des profondeurs de plus en plus sombres – obscures – nauséabondes – à mesure que l’on s’enfonce…
Des tempêtes et des errances avant que n’advienne le silence ; la tristesse – la pestilence – le dégoût – comme le gage d’une voie authentique – inauguratrice d’une joie véritable…
Cet attrait des hauteurs et l’attraction de l’abîme – ce qui pousse notre pas et notre âme dans des directions, si souvent, opposées – le ciel de l’un considéré (en général) comme le sous-sol de l’autre – et inversement…
Et nous – tournant et tournant – la tête à l’envers – de haut en bas – puis de bas en haut – à droite et à gauche…
Et cette ignorance qui rêve d’azur – et nos pieds qui glissent sur des sentes que nul ne connaît – qui échappent à toute volonté…
En nous – entre nous – ce dont nous avons l’air – et tous les au-delà – tous les possibles – ce que nous sommes aussi…
La chaîne glorieuse – discrète – sans triomphe…
Tant de choses et d’existences amputées – incomplètes – douloureuses – foudroyées…
Nous – sans brouillon – sans préparation – depuis le premier jour – et antérieurement aussi…
Nous – de répétition en répétition – jamais hors de nous-même(s) – identique(s) quels que soient notre état et notre degré de proximité avec la source…
Mûr(s) – de bout en bout – prêt(s) à toutes les expériences – malgré nous – en dépit des apparences…
Au fond – en surface – la même essence – avec des textures, parfois, différentes – une sensibilité – un regard – qui se manifestent selon notre position sur l’échelle de la présence…
La vérité – jamais – n’est ailleurs…
Des cercles – des milliards de cercles…
Des fils et des nœuds – encore plus nombreux…
Ce qui s’impose ; la matière – l’esprit – le vide – le désir et la faim…
Rien – entre nous – à découvrir…
Ce qui est là – ce qui s’éloigne…
L’essentiel du temps – l’absence – parfois le néant…
Notre manière de vivre – de regarder – de tendre la main – de toucher – d’étreindre – de nous abandonner…
Ce qui se révèle naturellement…
Rien de plus simple – en vérité…
Un espace habité – de l’air respiré…
Un minuscule coin de terre…
De la lumière – parfois…
Ce que l’esprit réclame…
Ce que la bouche proclame…
Ce que la main impose…
Des insanités…
Ce qu’il convient de négliger…
Du silence – de l’intelligence – de l’Amour – toutes les formes imaginables de tendresse et de sensibilité…
Du vent – ce que l’on est et ce que l’on contemple…
En nous – quelques oiseaux – quelques saisons…
Ce qui – jamais – ne se lasse du monde – des jours…
Des fleurs – du soleil – des habitudes…
Les mêmes couleurs – à la suite du noir…
Le cœur chantant – des lignes radieuses et quotidiennes – oscillantes…
Au fond – tout ce que nous savons réinventer…
Le regard – et nos mains exonérées de la moindre malice…
L’existence – l’âme – le geste – au cœur du mystère qui – jamais – ne craint de se dévoiler…
A la jonction du monde et des circonstances – dans le périmètre parfois des urgences – parfois des inerties – le dos courbé – chargé du poids des Autres – l’esprit docile – l’âme enracinée ; tout notre être voué à sa cause – et à travers elle – à l’inconnu dont chacun est – et dessine – un infime fragment – une portion minuscule du contour général (incroyablement fluctuant)…
Ainsi domine l’invisible – ainsi nous impose-t-il nos gestes – une suite d’actes – quelques rêves – dont nous ne serons jamais maîtres – comme une invitation permanente à la posture ancillaire – sans autre contrepartie que la joie et la liberté (véritables) – cette obéissance pleinement acquiesçante à ce qui s’impose – source de la plus haute satisfaction terrestre accessible à l’homme…
Au bord du déséquilibre – dans l’asymétrie des forces contraires – sur un sentier qu’ont choisi les circonstances…
Des pentes – des courbes – toute la perfection du monde…
Comme l’eau – ce qui coule vers son origine…
Toujours – à un stade du cycle – changeant…
D’une manière ou d’une autre – très proche de la beauté du jour…
Au seuil du ciel – à chaque instant…
Exilé du monde…
Chair et esprit…
Regard clair – sans pensée…
Au cœur – au centre – pénétré(s) de toutes les apparences…
Du feu et du vide – originels…
Les uns dans les autres – jusqu’à la découverte du secret…
Hors de nous – trop fréquemment…
Nos alliances – notre sourire…
Ce qui favorise le désengagement et l’innocence – un regard – sans hypothèque – sans condition…
Ce qui s’envole…
Du sol boueux au ciel sans image…
Entre – des fleurs – des arbres – des bêtes – des hommes…
Des tribus et des civilisations – le socle de tous les ensembles…
La perspective de tous les horizons labyrinthiques…
Ce que nous réalisons – de la tête aux pieds – puis, ce qui a lieu – véritablement – ce qui fait suite à l’élan initial…
Entre le désert et le temple – moins qu’un souffle – moins qu’un pas – à peine un regard – un infime degré de différence dans la présence – moins d’un barreau sur l’échelle de la proximité…
En nous – le centre – le plus sensible – ce qui mérite (réellement) de demeurer l’axe central – ou de le devenir pour ceux (tous ceux) qui lui ont substitué leur visage – leurs désirs – ce qu’ils imaginent nécessaire et déterminant pour échapper à l’indigence – à la tristesse – à l’infortune – à l’inévitable pauvreté de l’existence terrestre…
Au centre – ce qui est là – les pierres et le ciel – ce qui se dessine (très) provisoirement…
Les circonstances qui nous imposent d’abord d’apprendre à devenir un regard ; la besogne du spectateur – du témoin – ce qui contemple ce qui advient – ce qui naît – ce qui passe – ce qui disparaît – la condition préalable (si l’on peut dire) à l’ouverture et à la transformation (perceptives) – puis, le cœur aimant et les bras ouverts – l’âme et le geste nécessaire – puis, (enfin) ce qui est – l’ensemble de l’Existant (sans la moindre discrimination)…
Notre présence comme la seule réponse possible – véritable – vivable – vivante – capable, peu à peu, de guérir le monde…
Au-delà du regard – au-delà du ciel – qui sait si cela nous concerne…
Qu’y a-t-il hors de soi…
Est-il raisonnable d’alimenter l’imaginaire – de bâtir des mondes sur le socle de la pensée…
Vivre ici – sans autre entourage que l’invisible et l’apparent – tous deux perceptibles à leur manière…
Complice(s) de tous les crimes – de toutes les inventions – de cette marche inéluctable de la terre vers le plus lointain – de cette contraction provisoire de l’espace – de cette privation temporaire du soleil ; notre séparation – cette rupture radicale avec l’origine et le plus naturel – le langage comme simple outil de propagande et de séduction…
L’abîme plutôt que la métaphysique et la connaissance…
Les choses plutôt que la curiosité et l’interrogation…
L’assouvissement de la faim plutôt que le silence et la guérison…
Tous les défauts et tous les manquements de l’homme – sur la voie royale de l’exil et de l’exclusion…
A distance – comme un éloignement inexorable du centre – du plus sacré – du Divin – de cette perspective de tendresse – hautement nécessaire – hautement contagieuse – qui redonne au regard et aux choses leur beauté et leur liberté – originelles – inaliénables…
Au-dedans du monde qui se perd – sans même le savoir…
A travers cette force insoupçonnée – la source et le sourire – tournés vers ce qui se rapproche…
Comme un chant – un destin – un voyage – une vocation – la joie à l’œuvre – sans doute…
Notre marche (éreintante parfois) sur la pierre…
Puis, peu à peu, plus rien du champ de bataille…
Un peu de neige et un reliquat de temps…
Ce qui initie l’élan – ce qui va à son terme…
Le pacte scellé au fond de l’âme et la main nue…
Personne – devant soi ; le passé – derrière – oublié…
Seul – dans la main de la tendresse – un peu de chaleur – un peu de douceur – un peu de bonté ; ce dont nous avons besoin pour vivre hors du monde – exilé de tous les horizons – affranchi de toutes les perspectives – des petites affaires et des petites histoires des hommes…
Vivant – un oiseau dans la poitrine – libre d’aller dans le plein ciel – au-dedans – de chanter – de voler – d’offrir son allégresse ou sa folie – de s’exiler en son centre – de disparaître à jamais…
En un instant – en nous – l’espace qui s’ouvre – que nous devenons – ensemble ; un peu de fumée – quelques tourbillons d’air – dans l’immensité bleue – notre cœur non projeté au-dehors – ce qui nous arrive aux uns et aux autres – ce qui émeut et rapproche nos individualités ; la distance et la tendresse que fait naître la longue suite des circonstances ; la beauté de l’expérience terrestre…
Dans la confiance du jour et du silence…
Dans les bras de la solitude et de la lumière…
La joie vissée au cœur – comme un mécanisme d’horlogerie – dégagé de la durée et du temps ; à sa place – à notre place – naturelles…
Tous les mondes parallèles – réunis – pour célébrer l’Amour naissant…
La terre honorée par notre présence – et inversement…
L’humilité du geste et du regard…
Le lieu de tous les possibles – libéré…
L’infini déguisé – comme le seul recommencement possible…
L’Amour visible – présent – invisible – apparemment absent – qu’importe ce que nous privilégions – le silence et la possibilité de la rencontre comme les seules permanences – l’espace de tous les enjeux – infimes et primordiaux…
L’alignement des astres – ce qui rapproche les cœurs – les pauvretés – toutes les fraternités possibles – notre proximité avec les choses – la plus haute intimité avec le monde – la matière – le silence ; ainsi vivons-nous – dans le discernement du mystère et du sommeil – et dans la tendresse qui les relie – qui pardonne leur profondeur et leur dévoiement – tout ce qui creuse la distance (apparente) qui les sépare…
Parfois – nous rêvons d’une joie et d’un labyrinthe – si éloignés l’un de l’autre – qu’ils semblent inhabitables simultanément…
Et – pourtant – nous sommes la terre et l’allégresse – ensemble ; et – pourtant – nous pouvons vivre le silence et la faim au même instant…
Ce qui se tourne vers nous – d’abord un visage – quelques Autres parfois – puis, un jour, peu à peu, l’Amour tant espéré – ce nous-même(s) – ce regard sans nom – impersonnel – cet espace – cette perspective – cette dimension – cette intensité – que nous avons cherché(e) partout – depuis que nous avons ouvert les yeux…
Comme un soleil qui se tourne vers nous – le monde agenouillé – l’aube apprivoisée – la joie comme un surcroît de vie – et la terre – et la chair – incroyablement sensibles – vivantes – tremblantes d’émotion…
De l’automne vers l’hiver – de plus en plus serein et solitaire – insouciant – insoucieux des choses du monde – au plus près de l’élémentaire naturel – ce qui est sans autre promesse que ce qu’il offre à l’instant où il se présente à nous…
Le silence comme seul horizon…
Et la gratitude scellée au fond du geste – au fond du cœur…
L’aube – ce qu’aucune nuit – jamais – ne pourra faire disparaître…
Le cœur semblable – dans le même frisson…
Ce qui rapproche – ce qui égare…
Le poids anticipé des choses – ce qu’il faut traîner derrière soi – ce qu’il faut porter sur son dos – ce qui encombre l’âme et le pas…
Soudain fissuré pour laisser entrer un peu de lumière – cet éclat préalable à l’Amour – le seul remède possible – véritable – ce dont nous avons tous besoin – sans exception…
Nulle autre alliance – nulle autre consigne – ne sont nécessaires…
Devant nos yeux – le monde insatiable – indifférent à notre fouille – à nos recherches – à notre témoignage ; l’annonce d’une autre destination que le tour récurrent de la terre – nos territoires – nos habitudes ; la découverte, puis l’exploration du mystère – cet espace – ce silence qui nous habite…
Le jour – parfois – la confiance et la lumière – qu’importe les paysages du monde pourvu que l’espace – en l’âme – respire – soit vivant…
Dans le silence somptueux qui défie les âges – l’apparente consistance du temps…
Le bleu qui émerge – à l’intérieur…
Comme un espace vivant – qui respire…
Une main – une âme – lumineuses…
Quelque chose fait pour aimer – étreindre – embrasser…
L’irruption inespérée de cette tendresse – en nous – sur la terre – dans nos gestes – la moindre relation…
Cette intensité – cette intimité – amoureuses – avec les visages et les choses du monde…
Notre cœur silencieux – liquéfié – qui répand – partout – sa précieuse substance – là où les yeux se posent – là où les pas nous mènent…
Tous les pays – tous les chemins – propices à l’émergence – et au règne – de l’Amour…
Salutations sans manigance – du bleu au bleu – à travers la chair innocente – apaisée – (entièrement) pardonnable…
Le silence coloré – un peu de lumière sur nos blessures – ce que l’on offre à ce qui a toujours été, plus ou moins, oublié ou relégué…
Ni prêche – ni utopie – ce dont le geste est capable – cette présence – à travers soi…
Rien que l’air – parfois – le vide et l’inconsistance – sans la moindre profondeur…
Ce que l’on étale ; ce qui se dissipera avec un peu de conscience…
Sans saisie – sans rumination – le premier élan qui jamais ne se répète…
La durée – parfois – sans que la fatigue et l’ennui ne puissent s’installer…
Rien à pourchasser – nul besoin de voyage ; la course du soleil devant nos yeux – au-dedans de l’espace – en nous – non comme un rêve – non comme un impératif extérieur – mais comme une offrande – d’un ciel à l’autre – au même titre que le silence – sans jamais tarir – sans jamais restreindre – son intensité ; une lumière ininterrompue – sans éclipse possible…
Un regard incapable de s’absenter – habité ou non – dépeuplé ou non – présent – quoi qu’il advienne…
A l’instant – en cette heure incertaine – en ce jour éventuel – en cette existence à peine probable – hypothétique (seulement) – à la manière d’une image vivante – ou plutôt à laquelle on aurait donné vie artificiellement…
Discret – sans prétention – naturellement…
De passage – sans assurance – tout simplement…
A vivre – comme si nous pouvions nous installer – sans interrogation – jusqu’à la mort…
Là – parmi les racines – dernière pousse de la généalogie – mais sans la sève nécessaire pour dépasser le feuillage – l’horizon dessiné par nos ancêtres – comme emprisonnés dans les contours du périmètre déjà tracé…
Au cœur des forêts – la solitude – l’existence sans compagnie…
Arbres – pierres – chemins – et les bêtes – comme seul entourage…
Notre communauté de joie et d’instincts – informelle – aux marges de la société des hommes…
Distincts et solidaires – reliés par les forces de l’invisible…
Mains sur l’écorce – pieds dans la terre – cheveux dans les feuillages ou les fougères – la tête parmi les cimes…
Sur la peau – le même vent que celui des hauteurs ; et dans le cou – l’haleine des quadrupèdes et le souffle des Dieux…
En ces collines – notre royaume…
L’esprit – comme une étendue désertique – la nuit alentour peut-être – parfois – éclairée jusqu’aux ultimes confins – jusqu’aux plus lointaines profondeurs ; le même éclat qu’au faîte de la lumière ; l’eau claire – transparente – qui coule sur les âmes et le sommeil – vivifiant sur son passage ce qui a trop longtemps été abandonné aux habitudes – à la torpeur – à cette pesanteur non originelle – façonnée par des siècles – des millénaires – d’accumulations et d’entassements – tous les embarras du monde collectés qui reléguèrent, peu à peu, les vivants au fond d’un abîme de choses – de tourments et de malheurs – devenu, à l’insu de toutes les volontés, la trame substitutive de l’espace désert originel – la source de tous les tracas – de toutes les malédictions – qui donnèrent à nos vies cette terrifiante gravité…
L’air impassible – comme le fleuve – malgré nos frasques secrètes – qui creusent – qui sculptent les rivages – la terre…
Le regard vertical – comme un passage – le seul sans doute…
Ce qui demeure lorsque vient le jour…
Tout en bas – là où il fait noir – là où le vent cingle – là où personne ne veut aller – là où aucun homme – aucune bête – ne peut vivre décemment – durablement – là où il nous faut pourtant demeurer le temps nécessaire – comme une plongée – une chute jusqu’au fond de l’abîme – jusqu’à la (presque) totale asphyxie – la mue de l’âme – la perte de l’ancienne peau intérieure – avant la renaissance – la légèreté – la nudité – l’envol peut-être…
Le vent – l’oiseau – ce qui est apte à franchir…
Ni arbre – ni montagne – l’air sans aspérité…
Ce qui porte – ce qui creuse – son refuge – en lui-même – en plein mouvement…
Des grilles horizontales – ce qui ampute la vue – ce qui borne l’esprit – le monde tel qu’il nous apparaît…
La vie chargée – effrayante – l’abri au fond duquel on croit pouvoir vivre en paix – au fond duquel on s’imagine protégé – cette part (dérisoire) du dehors que l’on a intériorisée – ce fragment extérieur que l’on s’est approprié – comme un accaparement – une manière de se sentir (faussement) rassuré au milieu du monde – à l’étroit (presque toujours) dans cet infime périmètre…
Des grilles horizontales et des barbelés – puis, un jour, la mort par asphyxie – dans un long (très long) étouffement – ou, trop rarement, dans un sursaut désespéré, l’enjambement – l’exil et la liberté…
Nous – obstiné(s) jusqu’à l’acharnement – parce que incroyablement fragile(s) – sans doute…
Le vivant dilapidé – comme une poignée de possibilités jetées sur le sol – à l’instar des fourmis ailées qui s’élancent dans les airs – avec des pertes massives – peu (très peu) de survivantes dans le cheptel…
Parfois le pas – parfois la main…
La solitude de l’âme dans son labyrinthe imaginaire – comme une pure invention – parmi les Autres – les tourments – sans interrogation…
Le monde qui nous agrafe sur le front des étiquettes – en nous subtilisant les identités les plus utiles – les plus prometteuses…
Ce chant – nos paroles – originaire(s) de la source – né(es) de cette proximité immédiate avec Dieu – la terre – le silence…
Une voie directe – sans détour – sans questionnement – dans le sens de la pente où s’écoulent toutes les eaux – nos retrouvailles – jusqu’à la circulation illusoire des formes et du temps – le chimérique voyage que nous inventons – cette étrange aventure à laquelle nous croyons participer…
Ni périple – ni déroulement – l’alternance (nécessaire) entre le sol et la feuille – entre le verbe et le silence – à l’exacte jointure de l’être et de l’homme – au cœur du Dieu bicéphale – lui en nous et nous en lui – et ce qu’il faut de sagesse et d’insolence pour nous tenir aux confins de la terre et de l’infini – au-delà du périmètre autorisé – au-delà de tous les interdits – là où il est possible de nous rencontrer – de nous retrouver – d’être (enfin) un peu plus que ce que l’on nous avait promis…
De la différence, si souvent, infime…
Très semblables – en réalité – presque identiques – si comparables que l’on pourrait aisément nous confondre…
La même apparence – la même texture – la même histoire – à quelques détails près – insignifiants…
Soumis aux mêmes lois terrestres…
Jamais de quoi s’enorgueillir…
Parfois – devant – comme au retour d’un voyage ; parfois – derrière – lorsque nous nous ébrouons ensemble ; parfois seul – sans nous – dans la compagnie des hommes les plus sages ; parfois absent – lorsque les rêves prennent (insidieusement) le pas sur le réel…
Tous ces (précieux) instants où affleure l’éternité…
A chaque passage – l’absence – puis, à terme, la disparition…
Ce qui naît – toujours – à notre insu…
Formes et phénomènes – insoucieux du décor et du degré de conscience – de ce qui est là – de ce qui contemple (de ce qui est censé contempler) – parfois témoin – parfois aveugle et obturé…
Des choses qui passent – ce qui est plutôt que rien – malgré le vide ambiant – la prédominance du vent dans l’espace – la béance qui s’ignore – puis, de temps à autre, des intervalles habités qui relèguent l’absence au néant…
De petits miracles – qui, mis bout à bout, forment des vies – des rêves – notre voyage – plus ou moins pourvu(e)(s) du désir d’être là – réellement…
Les jours qui passent – comme les nuages – dans notre ciel dépeuplé – si souvent…
Ceux qui savent devinent, derrière l’immobilité, le visage de Dieu – l’invincible – l’irrésistible – tendresse à laquelle nous aspirons tous – ce qui nous habite – ce qui nous entoure ; nous-même(s) au cœur ; notre royaume et notre règne – à l’intérieur…