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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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A l'orée du plus intime

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Au bord du monde – la lumière

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Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

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Un œil au cœur de la fable

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Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

25 janvier 2020

Carnet n°220 Notes sans titre

De la stupeur parmi ceux qui sont supposés être les siens – ces étrangers aux gestes étranges – qui se nourrissent de chair et usent de choses à des fins absurdes – grotesques – tragiques…

 

 

Rien du ciel censé résoudre le mystère sous les apparences – l’ombre et nos (pathétiques) battements de cœur…

Réunies la folie et les cimes rejetées – la mort et l’infini – sans réussir (un seul instant) à anéantir la terreur d’aller seul dans ce monde aride…

L’égarement – toujours – dans le même refuge…

 

 

Le visage d’un monde sans rivage…

Mille ports au milieu des eaux – des trous – des tombes – des tourbillons qui nous entraînent plus bas – plus haut – ailleurs – vers un crépuscule sans soleil…

 

 

Des rêves et de la faim – chez la plupart. Et la feuille et le tranchant – chez quelques-uns – d’autres nécessités ; l’accès à la lumière et à l’Amour – pas pour être éclairés – pas pour être étreints – pour devenir ceux qui les serviront…

 

 

Des pierres – comme un socle – celui d’un ciel accessible – ni lointain – ni au-dessus – tissé entre nous…

 

 

Un collier d’attributs sur la poitrine – à distribuer le temps et la nécessité des choses – l’usage de l’épée et de la tête pour assouvir la faim – et, parfois, essayer de la transcender…

 

 

Un temps amassé – un temps écarté – presque toujours dissolu. Ce que l’esprit juge le moins désirable – plonger au cœur de ce qui semble nous dévorer – devenir la victime – pleinement consentante – offrir à ce qui nous effraye nos tripes et notre peau – être comme le sol devant le jour – à la merci de ce qui passe…

 

 

Parfois – le feu – l’autre région du monde – la tête recroquevillée qui, soudain, se redresse – la bouche muette depuis des siècles qui, soudain, s’autorise à parler. L’ombre et le froid brusquement balayés par la chaleur et la lumière. Le plus indocile – et le plus naturel – de l’âme enfin réveillés. Tous les sens – et l’orifice originel – enfin ouverts…

 

 

Celui qui porte les pierres dans son sommeil – le temps qui court dans la tête – les saisons auxiliaires – la faim dans les entrailles – ce qui s’élance après ce qui s’écoule – la course folle – la course vaine – les mille choses du monde irrattrapables…

 

 

Tout ce qui nous dénude jusqu’à rendre inutile la tête ; l’enfance aux aguets – là où se rejoignent la vision et le pas…

 

 

Immergés dans la lie du monde – chevilles au cou – à se dépêtrer – des débris de lune dans l’âme qui lacèrent nos vieux rêves – l’haleine noire – le puits sans fond – le terrible chemin qu’il nous faut suivre jusqu’à l’issue – le songe retourné – le réel sans prise qui – toujours – nous glisse entre les doigts…

 

 

Rien que du bruit dans la boîte du temps. Du bruit et un peu d’espérance – là où s’illustre (merveilleusement) l’aptitude des hommes – et leur (in)expérience…

 

 

Une chambre au-dessus de laquelle planent l’Amour et le silence – parmi le brouillard – dense – épais – dans l’océan tourbillonnant des désirs…

 

 

Du temps – comme une couverture de braises et d’étoiles – de l’eau qui s’écoule le long de l’échine – la nuit qui avance dans l’âme – notre visage inquiet – effrayé – devant la mort…

 

 

Ça tourne – comme du vent dans une chambre – un tourbillon dans la tête – ce qui précipite la chute – l’exploration de la blessure au fond de l’abîme. Les seuls pas nécessaires sur terre. Le furtif passage de notre visage sur l’éternel miroir…

 

 

Ce qui a disparu émergera encore – se teintera, peu à peu, de blanc – éclipsera les vieilles lunes de l’enfance – les débris des âges passés – rencontrera la nuit – le monde – toutes les désillusions imaginables – pour réapparaître comme neuf – lavé des (principaux) stigmates humains…

 

 

Le front au plus près de la fissure – la pierre dissoute dans la chair – la flamme au fond de l’âme – allumée – le chant qui monte des viscères – par la gorge – vers le nuage – le ciel patient – sans fébrilité – fidèle autant aux cimes qu’aux failles du monde…

 

 

L’homme – du fond de son sommeil – prédateur – vigie endormie des profondeurs – habile comme à l’accoutumée – suffisamment – pour croire à son ascension – à la rugosité de la roche que ses mains agrippent…

Dormeur – aventurier, sans doute, d’un autre périple…

 

 

L’œil sur la bougie – à chercher le feu – un peu de lumière et de chaleur – qui font défaut à l’âme et à la terre…

 

 

La nuit égarée au fond du ventre qui, peu à peu, envahit tout l’espace…

A battre des ailes comme l’oiseau dans le ciel – le visage raclant le fond du miroir…

L’âme à peine frémissante – à peine vivante – sous le jour…

 

 

De feu en feu – jusqu’à de plus amples frémissements – sur les mêmes eaux – refoulés – jetés contre les rives et les vaisseaux adverses…

Ainsi se dessine la route…

 

 

Entre le livre et la fleur – le trou immense que les hommes ont creusé – de la terre plein les entrailles – à maudire les larmes versées sur le monde – sur les morts – et leur impuissance à devenir plus agiles que les bêtes et les fous…

 

 

Comme un parfum passager sur la souffrance – des airs de rien sur notre (pathologique) prétention…

Une manière tragique de se croire tiré d’affaire. Quelques couches légères sur des tourbillons ravageurs. L’humus de l’automne jeté au fond de la fournaise…

 

 

La sève du jour dans le sang. Le rythme employé à précipiter le déclin et la mort. Un rêve sous le front qui mêle sa course à l’insolence du vent…

 

 

Partout – des miroirs – pour propager son visage – se croire présent – et déployé – dans le monde – au cœur de la célébration insensée du rêve. Soi comme réalité mensongère – apparence trompeuse – comme un feu de paille au milieu des flammes – un peu de sable au milieu du désert…

 

 

Hanté par l’autre immensité – celle qui se dissimule – invisible – à travers le monde – choses et visages – comme un plein ciel dans une pièce étroite – dans une chambre close – avec les arbres comme seules vigies et la pierre comme seule assise…

 

 

Dans l’incroyable étreinte des vivants – un regard engendré par l’extinction naturelle de l’interrogation – les prémices d’un savoir involontairement incarné…

 

 

Des frontières encore – sans transparence. Le poids des étoiles sur le monde. Et ce repli (mortifère) vers le rêve. La main – la distance – la moindre avancée vers ce qui s’éloigne. La nuit en flammes sous les paupières – quelque chose comme un visage troué – un bout de ciel sous le front – un peu de vent par-dessus la tête qui cherche à s’engouffrer…

 

 

Comme un tombeau au milieu des eaux – chahuté par les reliefs de l’océan avec, au-dedans, un cadavre endormi – un peu de sang séché – un feu presque éteint – la mort – toutes les civilisations du sommeil…

 

 

Un royaume de fleurs et d’argile – le soupçon du monde – le chant et les larmes du plus étranger – ce que nous négligeons au profit de l’histoire – avec la primauté (toujours) du récit – du mensonge – sur la vérité insaisissable…

 

 

Un fond marécageux – le vide pour socle – recouverts d’une mosaïque de chair – épaisse – anonyme – inégalement répartie – suffisamment pour dessiner quelques reliefs – des abîmes et des faîtes – avec, en un même lieu, des altitudes différenciées selon la distance qui sépare le cœur de la vérité…

Avec l’identité et le monde comme principaux mirages…

 

 

Le silence – à la source du monde – choses et visages – pierres et bêtes – comme un fleuve – long – indomptable – presque impénétrable – bordé par deux rives étranges : le manque et la folie…

 

 

Des souterrains – des tunnels – les voies sous-jacentes du monde – ce à quoi a recours l’invisible pour insuffler l’essentiel – nouer un peu de sagesse aux chimères – offrir un peu de lumière à la pénombre – éclairer tous les recoins où vivent les hommes – débusquer le refuge où se terrent toutes les bêtes…

 

 

Les signes annonciateurs de l’épaississement de la nuit. Les rêves au fond des tripes – et jusqu’au bout de la hampe. Le sommeil en alliance universelle. L’encerclement des vivants. L’absence et la mort qui se rapprochent – sur le point de tout recouvrir. Et nous autres bientôt submergés…

 

 

La vie dans la main – creusée – comme une tombe – une histoire assassinée – avec ses rites millénaires – et le sang engourdi dans les veines. La compagnie presque toujours nocive du monde. Du sable à perte de vue avec des têtes enfouies dedans jusqu’au cou…

Des massacres – du déni – de l’aveuglement – une sorte de cécité pathologique…

 

 

D’une rive à l’autre – sans que le fleuve apparaisse – sans que rien ne soit jamais effleuré – ni transformé – des pas (de simples pas) sur les eaux – une fièvre au-dessus des flots – la nudité des corps surplombant la nuit – des ponts de chair pour tenter de relier le ciel – avec un soleil immense enfermé sous la peau – et qui cherche une âme – une main – n’importe qui – n’importe quoi – pour le délivrer du piège tendu par la matière…

 

 

Un chant dans le lointain – cheminant – comme un enfant vers sa mère – un peuple vers sa terre – allant aussi loin que possible – en route vers nulle part sans doute – davantage pour fuir que pour chercher refuge…

 

 

Autour de l’âme – des remparts de chair – une prière pour échapper au pire du monde – une volonté de dissiper l’erreur – d’affaiblir le risque – de creuser la voie routinière – la tête immobile – les yeux absorbés par ce qu’il nous faudra ramasser sur la route pour satisfaire la faim…

 

 

L’espace – comme un appel que personne n’entend. La lune dans le ventre – le soleil dans la tête – à se prendre (vainement) pour le monde – à épouser la suffisance (un peu niaise) des routes trop fréquentées – comme si nous étions – à nous seuls – la grande histoire de l’homme…

Des balivernes et de la prétention…

 

 

L’ardeur et la servitude – la pesanteur de l’homme – de tout labeur – de toute édification…

Le mensonge du centre et des confins – du socle et des hauteurs…

Il faudrait revenir au vide et à l’innocence – déchirer l’épaisseur de la terre et de l’esprit – et laisser s’évaporer les souvenirs – les idées – les repères – toutes nos pauvres certitudes sur le monde…

 

 

Esclave d’une route qui n’est pas la nôtre – et qui ne l’a jamais été. De la matrice au cimetière – à traîner ses guêtres en ces lieux fantômes au lieu de fréquenter les fleurs et les rivières – les chemins de terre – les prairies sauvages – les grands arbres aux lisières du ciel…

 

 

Des miroirs comme des soleils biaisés – qui donnent le vertige aux yeux indigents – affamés. L’emblème du seul tropisme (possible) – cette fausse auto-fraternité qui rejette tout ce qui existe au-delà de la peau…

Le centre de l’enfer…

 

 

Des visages – comme des étoiles inanimées – un peu de rêve entre le début et la fin…

La nostalgie du cocon…

De la glaise – de la terreur – des ruines…

Et le monde sous-jacent comme inconnue principale…

 

 

De l’herbe comme du jour – comme le premier souffle de la parole – les dernières cendres du monde. La couleur de la surface – étrangère à l’épaisseur et à la texture. La nature des choses pour le dormeur – le rêveur – celui dont l’âge nous indiffère – et qui sème – et qui sème – pour satisfaire sa faim – enrichir son destin – recouvrir la lumière de toute son ombre déployée…

Le tragique vertige de l’homme…

 

 

L’herbe rouge – toujours trop rouge – et tous les désirs sous le front – reconduits – développés – accumulés siècle après siècle – civilisation après civilisation…

Toujours trop de semences et de sang sur le même rivage – et toujours trop éloigné(s) de la source – bien sûr…

 

 

Sur le versant d’un autre monde où nul visage ne nous est étranger – où rien ne se décide à l’avance – où l’on s’élève comme des grains de poussière dans la lumière…

 

 

Des tombes – des larmes – et rien sur ce que nous perdons – sur ce que nous manquons – avant le cercueil. De l’aveuglement – la tête ailleurs – à peine une tête à vrai dire – deux yeux à moitié clos sur un tas d’idées – d’images – de souvenirs – rien qui ne mérite d’être retenu – et, pourtant, ce qui fait l’histoire – toutes les histoires…

 

 

Un peu de feu sur la lassitude – et nous voilà comme neuf – comme ressuscité – après qu’aient explosé la routine et l’habitude…

 

 

Ici – rien qu’un long râle – un cri animal – primitif – l’effroi de ce qui tremble sur son tas d’immondices…

 

 

Des larmes – de l’encre – du vent – à la place du sang. Le siège de l’âme – là où l’œil est le ciel – et la terre, l’horizon – le socle – la trame – avec le soleil comme la seule lumière possible sous les paupières – la même chose, bien sûr, qu’au-dehors – sous la voûte…

 

 

Comme un astre errant – incertain – fragile – qui rayonne et illumine les pas – les seuils – les racines – jusqu’aux premières traces de nos plus primitifs ancêtres…

 

 

L’étreinte du monde – comme un étau contre les tempes – une morsure dans la chair de l’âme – presque l’enfer – un exil insupportable sur un tas de pierres sans éclat – sans envergure. Une forme de supplice sadique – et notre contribution inévitable au mal – au pire sans doute. L’obéissance – en nous – aux forces obscures et sournoises…

 

 

Nous-même – comme une autre source que le monde – la même, pourtant, à certains égards. Avec l’œil (indifférent) du temps sur l’or et la soif – et les quantités qui s’échangent. Et, parfois, un long silence derrière les grilles – comme une prière – mille prières – qui nous rapprocheraient du ciel en nous éloignant de l’idée d’un autre possible…

 

 

Comme de la terre tassée contre un mur – avec un peu de ciel au-dedans – et mille attaches à la surface – pour s’emmêler au reste – aux mille cordes du monde…

 

 

Des colonnes de nuit – comme des grilles – épaisses – infranchissables – entre lesquelles on aperçoit une vague lumière – trop lointaine – presque abstraite – comme si elle avait été inventée par l’imaginaire…

Tout est si noir que le monde semble irréel – et jusqu’à nos yeux qui devinent davantage qu’ils ne distinguent…

 

 

Des lignes – dans l’œil – jusqu’à l’infini – et (presque) rien d’autre. Le monde depuis sa naissance. Et cette présence, en nous, du moins tangible…

 

 

La tête dans les bras – le buste et les foulées libres – comme si l’on renonçait à comprendre – comme si vivre suffisait…

Et – étrangement – cela suffit – pour peu que les questions aient rencontré le regard – sa clarté – son envergure – son silence…

 

 

Des portes – des pentes – des chutes – mille petites aventures sur l’itinéraire de l’effacement…

Et entre l’abîme et la fenêtre – toute une série de verrous – de clés – de cadenas – tous les accessoires de la peur – tout l’attirail de l’homme…

 

 

Tout existe déjà dans le feu ; la direction – le rêve – la parole – ce que le temps, peu à peu, entame et anéantit…

Et derrière – et autour – et en-dessous – et par-dessus – et au centre – la source matricielle – le lieu qui entretient les flammes – et qui les laissent jouer avec le monde – le jouet de leur création…

 

 

A vivre loin du vacarme – des têtes trop noires du monde – des lois – des cimetières et des pensées – de ce qui imagine définir la présence des hommes et du soleil. Loin du temps et des voyages d’agrément. Au plus près de soi – dans l’assise franche de la solitude – en accord avec les règles (implacables) du silence…

 

 

Deux pieds dans la fosse. Le monde en soi. La fin de l’histoire. Et la continuité des saisons au-dehors…

Des entraves scellées dans la terre. Le destin de l’homme qui se renouvelle au-dedans de la faille étroite et gorgée de glaise…

 

 

Du sable – des dalles – l’humanité agglutinée sur ses rochers artificiels – main en visière – paupières mi-closes vers l’horizon opaque – à se chamailler en attendant la fin du temps…

Et nous mourrons tous, bien sûr, sans que rien n’arrive – sans que rien ne se transforme…

L’éternité triste et figée du monde et des yeux fébriles – immobiles – morts bien avant l’heure…

 

 

L’écorce du monde – et en-dessous un fleuve tempétueux – l’avancée d’un visage – une tête qui se hisse hors de la foule – le peuple pareil à un spectre. Et – soudain – la hache qui s’abat sur le tronc de l’arbre – comme un appât – comme un piège tendu au peuple de la terre…

 

 

Une aurore sans grâce – chaque jour que le monde a connu. Des hommes – peu de semblables. Quelques lumières trompeuses à l’horizon – de minuscules lanternes accrochées ici et là pour donner l’illusion d’une perspective. La terre qui tourne – le sommeil qui s’éternise. Le doute – comme le seul écho possible de la parole. Le besoin de visages et de miroir pour ne pas sombrer dans la folie – pour essayer d’échapper au vertige du pire dans la nuit inéclairée…

 

 

Aussi effacé que l’arbre qui s’incline devant la lumière. Comme la pluie qui se répand – et imbibe le sol. Comme le cri des bêtes que l’on égorge au milieu de la nuit. Comme ces jardins gorgés de sang et de rosée. Avec ce regard étrange – et le ciel comme seul témoin…

Notre vie – notre monde – et, peut-être aussi, notre délivrance – espérons-le…

 

 

Tombé là – sans aucune ressource – isolé – au milieu de nulle part – seul avec le soleil – une étoile choisie (presque) au hasard parmi mille autres – à distance de tout – et, en premier lieu, des visages humains – comme une aile – hagarde – flottant dans le vent – prise par des courants tantôt ascendants – tantôt descendants. Comme un vaisseau qui porte nos pas et nous fait traverser les mille péripéties du désert…

De légende en histoire – d’histoire en balbutiements vers la vérité – le visage de plus en plus nu – de plus en plus immobile – au cœur de la poussière…

 

 

L’entêtement – le sommeil vissé au front. Le temps qui passe sur du sable tourbillonnant. L’ombre et l’ardeur comme seul héritage – la malédiction commune des vivants…

 

 

Rien ne nous appartient – tout se fait au nom de l’enfance – les images – les rencontres – la moindre foulée – la moindre aventure – sous le soleil…

 

 

Ce sont les gestes qui dessinent la route qu’empruntent les pas…

 

 

Tout, un jour, finit par ressembler à l’exil – à l’effacement – au désarroi de l’âme face au vide – à la désillusion devant l’hégémonie et le déploiement – partout – de la décrépitude et du déclin…

 

 

Sous le joug des ténèbres – le monde tel qu’il est – sans rencontre possible – contraint d’arpenter son intimité et de l’habiter comme une terre sainte – une terre promise – le lieu de l’errance et de l’envergure possible – aux confins des ombres terrestres – au seuil, peut-être, de l’aube naissante…

La clarté comme un vent qui cingle les visages – qui déchire l’inutile – qui nous déleste de tous nos bagages…

L’horizon comme un trait – un trait minuscule – sur la main – avec l’âme tout entière dans le geste – comme notre seule récompense, peut-être…

 

 

Parmi les arbres – comme en exil – le retour au pays natal. La pauvreté au front comme d’autres portent des bijoux…

Et le monde – en nous – comme un soleil – noir – minuscule – presque sans incidence sur l’immensité…

 

 

Rien – dans le principe (et la perspective) d’un Autre – inutile…

 

 

Dans la poussière du monde – maintes et maintes fois – la volonté contre la nuit – l’un des combats les plus atrocement inégaux…

 

 

Quelques lignes – un frémissement dans l’espace – quelques vibrations – des déformations (très) provisoires – à peine perceptibles – puis, l’air qui reprend sa place – l’immensité silencieuse…

 

 

Un passage – là où est la béance – la trame des interrogations – le secret caché au fond de l’abîme – avec par-dessus la chair – et encore par-dessus le ciel – ce bleu étrange – ce vide mystérieux…

 

 

Comme un feu passager dans le froid. La seule manière d’exister sur la pierre. Et ce ciel – au-dedans – dépeuplé – que l’on apprend, peu à peu, à habiter…

 

 

Le silence est le seul (véritable) consentement. Le plein acquiescement des Dieux et de la providence. Notre état le plus haut…

 

 

Tant d’agitation – de gesticulations – d’effervescence – avant que naisse l’aurore – le jour inachevé…

Et ces fleurs dans la fatigue font-elles (elles aussi) partie du voyage… Sont-elles l’autre nom de la beauté – l’autre versant de la folie – la possibilité d’un autre monde – plus conscient – émergeant de l’ancien où l’infamie est quotidienne…

Qui pourrait nous dévoiler l’évidence – et la grâce – de ce chemin (de cet autre chemin) – et faire fleurir notre chant dans d’autres cœurs que le nôtre…

Des traces – quelque-unes – infimes – comme manière (maladroite, sans doute) de réduire la distance entre l’écume et la vérité – de refaire surface après des siècles de vie (trop) souterraine…

 

 

Assis dans le jour déclinant – sans rêve – sans appui – offert à tous les murmures – en silence…

 

 

Des voix entremêlées dans la tête – de l’écume dans le vent – rien qui ne nous sépare…

Des masques – et au-dedans – ce que nous avons cru comprendre – un peu d’eau – comme un reste très ancien d’océan – l’espace commun…

Des larmes précises à l’aube naissante – un chant qui monte des profondeurs de la terre. L’assise sans blessure…

La poursuite du voyage sur ce chemin inachevable…

 

 

Où que nous soyons – des feuilles – des traces – mille tentatives – et autant de mensonges. L’horizon – partout – ce que l’on nous dérobe et ce qui se retire. Les rêves des Autres dans nos yeux – le feu et le foudroiement…

Ce qu’il nous faut soustraire et abandonner pour rejoindre l’aube…

Rien que des histoires qu’il faudrait mettre de côté – et oublier – au profit de ce qui s’avance à présent…

 

 

Au seuil de la folie – nos rêves – quelque chose d’excessif (et d’inutile) – les portes du malheur entrouvertes – le plus terrible qui s’acharne – l’œuvre d’une domination – l’aire élargie des servitudes…

Ce qui nous enchaîne – de la matière asservie…

 

 

Rien que des grilles et des prisons – des esprits enfermés et des pieds enferrés. De la distance et de la solitude. Et le manque en commun…

 

 

Tous les alphabets réunis dans les flammes. Des éboulis d’horizon – au-dedans – qui emportent nos derniers rêves. La fin du monde – et l’apocalypse bientôt. L’effondrement des édifices – de toutes les petites Babel terrestres. Nos âmes frémissantes et frigorifiées – et les mains de Dieu – toutes tremblantes…

 

 

Sous les paupières – plein de rêves de yeux ouverts. Quelque chose de l’ordre de l’ambition souterraine – encore invisible lorsque l’on fait face aux visages…

 

 

Des ombres – partout – comme révélatrices d’une lumière lointaine – au-dessus. Le lieu de l’œil descendu et partagé – ce que chacun croit posséder…

 

 

L’œil lucide – sans la moindre certitude…

Des choses – seulement – qui passent – qui se pensent – qui se rêvent – qui s’échangent…

Le monde – en soi – et rien de plus…

 

 

Ce que nous fûmes – à chaque instant – explosé – dispersé – effacé. Un éclatement et des éclats mille fois recommencés. Rien de volontaire – l’énergie en actes – brute – qui joue et se déploie – comme un jeu étrange dans l’espace…

Des signes – des mots – des phrases – provisoires – infiniment – qui naissent – s’assemblent – se séparent – disparaissent – remplacés aussitôt – indéfiniment – par d’autres…

Des dessins sur le sable – réalisés, à travers nous, par la main habile des Dieux…

 

 

Le silence – ce qui soigne – et ce qui guérit – toutes les blessures…

 

 

Des yeux immobiles sur tant de phénomènes et d’incidences – les échanges incessants – cette mobilité permanente – sans frein…

 

 

Comme une évasion – une échappée au-dedans de soi – avec, au centre, cette fenêtre sur l’infini…

 

 

Déjà plus – comme tout ce qui passe…

 

 

En ce lieu si dense qu’il concentre tous les possibles…

L’issue sans échappatoire – la seule piste à suivre – le seul chemin véritable…

 

 

L’aube s’étend – se déverse – devient, peu à peu, le jour – puis se dilue lentement en autorisant ce qu’elle porte à s’assombrir – à se transformer en crépuscule, puis en nuit. Comme la nuit, en son heure, permet à ce qu’elle enserre de devenir la prochaine aurore…

Nous sommes – comme ce cycle – ces permanentes métamorphoses intriquées – cette respiration du mélange – assidue – régulière – inévitable…

 

 

Rien que des corps qui tournoient dans le vent…

Le règne de la matière régie par le provisoire – par le provisoire et l’invisible que si peu soupçonnent…

 

 

La fréquentation régulière du non-humain nous fait désapprendre le faussement humain – ce que l’on assimile (un peu hâtivement – un peu paresseusement) à l’homme – et initie la véritable humanité – vaste – ouverte – qui ne se place jamais ni au centre, ni en premier – celle qui porte – en elle – le regard de l’Amour et de la lumière – l’infini silencieux humble et incarné…

 

 

Ce magma épais et mobile – voilà à quoi nous appartenons – voilà à quoi le corps appartient. Le reste – une partie du reste – relève du regard – du silence – de l’invisible – ce que les hommes apparentent au mystère…

 

 

Sous des airs de fierté – tout, en vérité, s’incline. Et sous l’apparence de l’identité autonome des choses et des visages règne l’interdépendance…

 

 

Nous ne sommes qu’un alphabet oublié – quelques signes incompréhensibles sur les pages d’un vieux carnet. Et nous demeurerons ainsi – jusqu’à ce que tout tombe en poussière…

 

 

Du vent – le ciel – du bleu – l’immensité jusqu’à l’horizon. Rien de fixe malgré l’apparente stabilité. Rien de défini malgré nos définitions…

Tout ressemble à ce qu’il a l’air d’être – mais rien, bien sûr, n’est plus faux. Tout est mélangé – et ne cesse d’interagir. Rien ne peut être séparé – et ce que l’on circonscrit n’est qu’un bout que l’on arrache à l’ensemble – une chose coupée des mille liens qui la constituent et lui donnent vie – comme vidée de sa substance – une chose morte (en vérité)…

La ronde (permanente) de la matière – des combinaisons – des noms – des fonctions et des usages – ce que jamais la langue ne saura appréhender…

Le poème est une vaine tentative – comme des bouts d’étoffe déchirée – abandonnés par les fantômes – presque des haillons – les guenilles de quelques ombres – des taches d’encre – à peine – rien qui ne puisse restituer l’ensemble – le réel – la globalité du monde et la lumière projetée sur la surface et dans les profondeurs de ces mille parcelles toujours changeantes…

Le tout – le rien – le sans nom…

Et devant tant de merveilles et de complexité – si simples pourtant – le silence – la bouche qui reste muette…

 

25 janvier 2020

Carnet n°219 Notes journalières

Rien qu’un œil – une écoute – dans le silence – au-dessus des variables du monde…

Les clés du mystère…

 

 

Un seul jour éparpillé en autant de fragments nécessaires…

 

 

La masse indistincte – sans visage – à gesticuler dans la fosse…

Et du temps qui s’échappe – en apparence…

 

 

Des champs d’écume – à perte de vue. La surface d’un océan – une épaisseur opaque. Et un chant – une parole – comme une fenêtre – une éclaircie – un peu de lumière – un peu de ciel offert – pendant un court instant…

 

 

Chaque jour – tout revient – le soleil comme la nécessité de la page – la parole qui jaillit du silence pour s’imprimer sur la feuille blanche…

Les mille gestes que réclame le quotidien terrestre…

Le monde tel qu’il est…

 

 

Rien – pas même un élan – pas même une ressemblance – quelque chose d’inconnu, à chaque fois, et qui se répète – comme l’exacte contrepartie de l’oubli…

 

 

L’absence lézardée – de part en part – comme une étoffe que l’on déchire – un visage lacéré – une blessure nécessaire…

Le gouffre, à présent, exposé – la faille douloureuse soudain devenue béance criante. Manière de faire aboutir le réel – l’essentiel – la voix, puis, plus tard, le silence – comme un baume – une épaisseur réparatrice – dense et légère – le seul remède aux souffrances du monde – aux souffrances de vivre…

 

 

L’attente d’une lumière ou d’un souci – le labeur de l’homme – à creuser jusqu’à la source…

Le soleil convoqué à heure fixe pour une étreinte – la sauvagerie dans le sang – le temps – le rêve – l’espérance – les voies humaines les plus communes…

 

 

Présent là où la besogne doit se faire – l’attention portée à l’exacte place – le travail incessant de la tendresse – la percée progressive de la lumière…

La parole entre la lune et le sang – comme une flèche censée faire exploser la mémoire et le temps…

 

 

Des jours – et personne – un peu de ciel dans la tête – et le silence du monde devant soi. La vie sans la moindre image. Le soleil concentré dans l’âme…

 

 

Au commencement du monde – l’heure exquise – puis, la lente dégradation – ce que n’avaient pas prévu les Dieux dans leur ivresse – dans leur vertige…

Au premier jour déjà – l’enfance déclinait. Et au premier automne – le tourbillon du sommeil s’était déjà installé. Le reste ne fut qu’une progressive asphyxie – et l’attente distraite (et douloureuse) de la mort…

 

 

Des pierres et des larmes – nous-mêmes – ces visages durs – perdus déjà peut-être – incorruptibles – qui ne se laisseront jamais défigurer par le silence – arc-boutés sur leurs cris coincés au fond de la gorge – la poitrine suffocante – l’esprit trop fier pour oublier – s’abandonner – se laisser pénétrer par l’ambition de l’Amour – notre seul territoire – pourtant…

 

 

De la vieillesse sans célébration – l’intimité, peu à peu, réduite à l’intérieur silencieux des lèvres – à cette forme de silence desséchant – le souffle chaotique – l’œil sans étonnement – presque éteint – aussi épuisé que l’âme inutile – abandonnée au fil des saisons…

 

 

Ce qui circule entre le bleu et l’être – ce qui maintient vive la flamme de chacun – malgré la nuit – le froid – malgré les eaux noires et la terre qui, peu à peu, nous ensevelit – nous étouffe – nous condamne à trouver une autre issue…

 

 

Ce qui monte vers les terres mensongères – le bleu sans tache – un langage clair – l’identité sans usurpation – un monde sans folie – une humanité sans illusion. Et ce qui nous rassure – ce qui nous protège – ce que nous édifions – tous ces actes (et tous ces gestes) inutiles – ce à quoi nous occupons notre vie – les (trop longues) prémices du réel labeur de l’homme…

 

 

Nous sommes – comme cette flamme ensevelie – pas même une espérance d’île au milieu des ténèbres – la barque qui fera naufrage (avec tout le reste) – des tourbillons de sommeil dans la nuit agitée – sans remède…

 

 

Immobile sous la lampe – comme ces pierres à l’ombre de la mémoire – dans la respiration d’un silence étranger – presque hors saison…

Ce qui résiste – le grand écart qui nous fera chuter…

Comme un retour nécessaire à la source – au plus simple – au geste originel…

 

 

Ce que les ruines nous annoncent – nous révèlent – non pas la malédiction du temps – mais son absence déterminante – le lieu où les choses sont réunies pour transformer les combinaisons – les incessants échanges de matière et d’énergie que nous additionnons dans un sentiment illusoire de continuité…

 

 

Le vent des cimes et du silence – sur les voyageurs – les oiseaux – la lune – ce qui prétend exister – ce qui secoue – martèle – déchire – manière d’effacer toutes les certitudes – invitation à s’incliner – à ôter l’apparence et l’inutile – la tentative appropriée pour retrouver le regard simple – innocent – des origines. La nudité parfaite que nous avons – toujours – trop recouverte – trop habillée…

 

 

De l’ombre à rebours – comme un lent décompte vers la lumière – le monde devenant, peu à peu, comme autrefois – un immense jardin – l’infini terrestre sans visage – un caillou dans le cosmos – et dans cette confusion des échelles – au cœur de ce cafouillage, soudain, la naissance d’un regard plus lucide qui donne à voir autrement – de manière plus simple – plus large – plus souterraine…

Ce qui demeure – partout – en attente d’Amour – ce qui émane de l’intérieur – le même appel – la même nécessité – quels que soient le lieu et la forme…

 

 

Ce qui s’élève avec le rire – dans le vent – les bras ouverts – des gestes – une voix – et qui retombe sur la terre avec délicatesse – comme de la neige sur les chemins noirs – comme une épaisseur sur le froid – pour initier une autre manière de vivre et d’habiter le monde…

 

 

Rien sur les pierres – pas même le temps – pas même la chair – plus légers – envolés – comme les portes et l’angoisse. Tout s’est ouvert au ciel. Et le silence est devenu le sol – comme au premier jour du monde…

 

 

Un jour et une nuit sans rive – comme un centre tournant autour de lui-même – qu’aucune main ne peut saisir – qu’aucun bras ne peut hisser sur notre épaule. Nous portons autre chose – le poids du sommeil et la promesse de l’invisible – les clés des saisons indolores – rien qu’un changement de peau apparent…

 

 

Ce que l’invisible nous révèle du bleu – du temps – du sentiment. Quelque chose qui change d’humeur et de visage – des fragments assemblés avec un peu de joie ou d’orage – l’innocente étrangeté du monde – rien qu’une surface – qu’une étoffe – avec au-dedans – partout éparpillé – le mystère…

 

 

Le rideau – obscur – épais – misérable – comme de la boue accrochée aux yeux – aux pas – au-dedans de la tête…

La tristesse orageuse de l’homme – l’inertie de l’âme – comme un écart que rien ne peut combler – que rien ne peut effacer…

La nuit – comme son propre visage qui se reflète dans celui de l’Autre – deux miroirs sombres qui se font face…

 

 

Rien qu’un lieu – pas même une énigme qui mêle la source et la voix – le silence et le foisonnement – la trace du périple et le triangle externe – étendu – ce qui subsiste après l’homme – l’envergure…

 

 

Entre l’effroi et l’apaisement – le désenchantement du monde – l’éloignement des yeux. Les vertus invisibles du regard – ce qui s’allège avec l’hiver. Le fond de l’esprit face à la mort. Ce qui arrive, un jour, après avoir vécu trop près des hommes…

 

 

Le martèlement de l’âme dans la (trop grande) proximité de la chair. Des fables sur les pierres qui se déversent dans les têtes – avec un peu de sable autour…

 

 

Des rêves et du langage – l’alphabet de l’illusion. Les balbutiements d’un questionnement. Le début, peut-être, d’un autre voyage…

 

 

Des questions – plus bas – qui s’entassent. Et la nuit par-dessus qui donne aux yeux – à l’esprit – cette épaisseur opaque. L’indifférence de la réponse pourvu que la faim soit satisfaite…

Devant les Autres – la tête face au sommeil. Là – tout à côté – parallèle au monde. Le visage au-dessus du théâtre – au-dessus du cirque. La parole enjambant les Dieux endormis – la torpeur des hommes. L’âme sensible – parmi la tragédie des bêtes et des choses…

 

 

Ce que l’on griffonne parmi les ruines – poussière sur laquelle on soufflera bientôt – sur laquelle aucune larme ne sera jamais tombée…

 

 

Le ciel à l’envers – et la tête en bas – le front enfin à hauteur d’herbe. Des lignes – des choses – un visage – que l’on oubliera aussitôt le tombeau fermé…

Personne aux funérailles – l’azur – le vent – quelques oiseaux – de grands arbres et l’herbe fidèles. Pas la moindre face humaine. Le même cercle de solitude que de son vivant…

 

 

Le bleu – encore – comme une lumière à peine aperçue – à peine décrite. Le prolongement de la figure et de l’étoile. Et la danse ininterrompue sur la route des ombres – ce que nous inventons pour nous sentir vivants – faussement libres – malgré le jeu du monde et du temps…

 

 

Rien de ce que nous traversons – l’interrogation pulvérisée – le sang et la cendre – l’axe déroutant de la rencontre – ce qui impose l’éloignement et la solitude. Quelques traces dans le sable sale et piétiné – une succession de pas qu’effaceront les prochaines vagues…

 

 

L’envol comme le prolongement naturel de la chute – et non comme miracle – ni comme ascension hasardeuse ou inattendue…

 

 

La voix de la parole – et non l’inverse – ce qui tend à la rencontre – les racines – quelque part – au cœur du silence – en soi – comme la douleur et la lumière…

 

 

Rien à poser dans les bras de l’Autre – dans la main du monde. Un regard seulement – qui s’éloigne. Une assise au-delà des lieux – des ombres – des postures – dans ce que rien n’épuise. Hors du temps qui se succède à lui-même. Hors du sable et des songes – dans l’imperceptible aux yeux humains…

 

 

De brisure en brisure – jusqu’à la dislocation totale – parfaite…

Loin – très loin – de la colonie moutonnante…

La célébration de la soustraction jusqu’aux cendres – jusqu’aux racines du vide – après le douloureux (et salvateur) labeur du vent…

Rien que des traces invisibles dans le silence…

 

 

Le jour et la solitude – comme seul repos – seule nécessité de l’âme…

 

 

Avec le monde – rien que des ombres à partager. Et rien que des tombes à la fin du temps prêté – donné pour (presque) rien…

Des figures et des chemins – immobiles. Des existences sans vertige – sans métamorphose…

 

 

L’image du monde – des Autres – et ce rire – et cette colère – qui n’en finissent pas – et qui n’en finiront, sans doute, jamais…

 

 

Trop peu d’étreintes sur la pierre…

Trop de douleur et de gestes insensés…

Rien que le déplacement des ombres – ce que s’échangent les âmes…

 

 

L’enchantement d’un Autre – en nous – dans ce corps gisant – presque de la jubilation à vivre si peu – dans la proximité de la mort…

 

 

Le cœur chamboulé – bancal – déchiré – défait par trop de présence grise – de faces opaques et désenchantées – le manque criant de soi en l’Autre – l’approche terne des saisons – les yeux sans interrogation – l’âme fate et sans réponse – de la terre partout comme une épaisseur brunâtre dans laquelle s’empêtrent les gestes et la possibilité de la lumière…

 

 

Ce que la nuit dilapide – ce que l’esprit peut comprendre – Dieu entre nous et la vérité – le monde en-dessous – et la tête en flammes – ce qu’il nous arrive d’entendre…

Main dans la main avec tous les délires…

Des fragments de source dans la parole…

Notre solitude la plus solide…

 

 

On se lève – perdu – déjà le jouet d’un Autre – du monde – des Autres – de quelques-uns. Le cœur brûlant au milieu de l’hiver – long – interminable – la seule saison en ces terres oublieuses des âmes…

Pas même une enfance – des chemins trop prévisibles – édifiés par de faux sages – tous ceux qui voudraient qu’on leur ressemble ou qui aimeraient se maintenir au-dessus de nos têtes…

Et puis – soudain – toute cette solitude offerte – conquise peut-être – patiemment édifiée avec les briques de l’invisible…

 

 

Ça se tord – ça s’enlace – ça se heurte – au-dedans. Et l’on a vite fait d’attraper quelques lettres pour jouer avec – découvrir un bout de vérité – se tenir debout – seul face au monde – seul face à la foule. On ne dit rien – on n’aboie pas (jamais) avec la meute – on reste silencieux – on est là – présent – à vivre – à respirer, peut-être, pour la dernière fois…

 

 

Des fissures qui dessinent sur notre âme – notre visage – une géographie particulière. Des trous à la place des pensées – des failles grandissantes – mobiles – qui s’élargissent sous les assauts du vent et de l’oubli. L’âme libre – aussi folle que la main qui tente d’agripper autour d’elle quelque chose – un peu de sable – pour avoir l’air moins nue devant la source – invisible – introuvable – au milieu de l’absence – au milieu des Autres – ces fantômes…

Quelque part – là où l’on s’imagine vivre – parmi les ombres…

 

 

De brisure en rupture – autant de soustractions nécessaires – jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien – pas même un nom – juste un regard égal sur toutes les variables (et toutes les variantes) du monde…

 

 

Autant de visages autour de soi – et pas un seul d’humain. L’œil qui se retourne sur personne – à courir le long des miroirs – reflets encore – sans la moindre présence…

 

 

Du silence et du sommeil – en quantités égales – et (approximativement) la même épaisseur – ce qui laisse présager un long et rude labeur…

 

 

De la blancheur et de l’écume…

Tout s’use excepté le vide – le regard – l’innocence…

 

 

Des yeux – une âme – un regard – des mains – tournés vers l’invisible…

Nulle part ailleurs – où prédominent (toujours) les images…

 

 

Des pas dans la poussière – quelques traces sur la neige – la vie bras ouverts au vent. Une chambre dans la lumière…

D’un soleil à l’autre – silencieusement…

 

 

Une âme – une table – du papier. Et l’encre jetée sur la feuille par le ciel – à travers la main – ce qui guide le feutre patiemment – avec fougue – comme la seule activité possible – salutaire. Et le reste offert au nécessaire – à l’essentiel – à l’être – à ce qui contemple…

Encore trop de zones imprécises pour s’offrir pleinement – entièrement (et de manière permanente) au silence…

 

 

Mille signes – mille pages – mille livres. Un peu d’âme et de sang – de la chair et de la sueur – ce que nous avons été – et ce qui restera pendant quelques saisons – le temps d’un soupir – le temps d’un souffle retenu…

Toute la besogne possible au cours de notre (très) bref passage…

 

 

Du monde – à la rescousse de rien – de personne…

Des gestes pour soi – en sa propre absence…

Des chemins qui s’ignorent…

Des reflets de visage dans le miroir qui s’inclinent…

Le garant d’aucune exigence – ce qui pousse sur le sable avec les fleurs…

Partout – toujours – les mêmes têtes de l’ignorance et de la cruauté – les pires, sans doute – celles qui s’imaginent savantes et généreuses…

 

 

De l’entente ignorée – bannie – interdite presque. Le combat des fronts appuyés les uns contre les autres – béquilles et lances – tout à la fois…

Comme un soleil gris – annonciateur et pourvoyeur de toutes les pluies à venir – dans l’âme – les veines – sous la peau – partout où règnent le manque et le rêve – de la tête aux pieds – jusqu’à l’épuisement – jusqu’à la mort…

 

 

Personne – ni devant – ni derrière soi. Seul sur les pierres – à regarder le ciel – le monde – le désert – à écrire sur le sable que nul n’existe – qu’il n’y a personne (pas la moindre âme) sur ces rives – et voir cela comme une offrande – le privilège (parfois douloureux, bien sûr) d’un regard qui cherche sa nature – son envergure – l’infini amoureusement silencieux…

 

 

Il y a des époques où tout sommeille – où même les monstres et les Dieux sont endormis. Et malgré les protestations – l’agitation – l’effervescence – ces siècles ont les yeux clos…

 

 

Du dedans – un autre jour – comme un soleil téméraire qui s’avance vers la main – vers la tête – malgré la nuit enveloppante et les ombres alentour…

Nous n’affrontons que nos fantômes que nous prenons pour les pires démons du monde. L’Autre – c’est nous – en plus réel – en moins déformé par notre prisme pathologique – le socle de nos images et de nos idées – de toutes nos (trop) trompeuses représentations…

 

 

Un peu d’encre sur la matière lisse – pour vider ce qu’il reste dans l’âme – comme un transfert du dedans vers le monde – un peu d’intériorité offerte au vent…

 

 

La volonté éteinte – pas une seule pierre dans la poche. La légèreté du souffle – la fluidité du sang. La voix et la nécessité de la parole comme seules rugosités…

Les mains vides – les fleurs à leur place – le long des berges sauvages – dans le prolongement des grands arbres de la forêt…

La somme des douleurs – et les flots de larmes qu’elles ont suscités – perdus – au fond de la mémoire peut-être – dans un recoin de l’esprit qui saura les retrouver le moment venu…

Rien d’effacé – jamais – tout en soi – à l’état de possible (ou d’imaginable)…

 

 

On reste – en soi – devant les portes du monde – devant l’absence manifeste – le sommeil et la confusion – l’ignorance et l’aveuglement – les mille petites lampes inutiles – sans portée – quelque chose d’infime…

Plus un fardeau qu’une possibilité…

 

 

Le plus modeste – en nous – que l’on dénonce – que l’on tente (en vain) de redresser – que l’on voudrait rendre plus présentable – au lieu de le laisser envahir tout notre être – jusqu’à nos plus infimes recoins – jusqu’à ce qu’il imprègne toutes nos (absurdes) prétentions…

 

 

Le seul visage – en soi – celui de l’innocence – cette figure antérieure à l’enfance – celle qui n’a jamais consenti au monde – à cette (inévitable) corruption du premier jour…

 

 

Tout s’éloigne – tout s’efface – à présent. Ne reste plus que ce vieil abri au fond de soi – le premier – l’originel – celui que nous avons découvert avant tous les autres – cette chambre ouverte sur les vents dont les fenêtres (toutes les fenêtres) sont tournées vers le jour – le silence – l’infini – notre visage au-dedans qui, parfois, se reflète sur les choses et les figures du monde…

 

 

La mort – comme une route d’ombre et de sang – et comme chemin de rapprochement ; ce qui bougeait, à présent, ne bouge plus – comme un écart, peu à peu, réduit entre ce que nous sommes et ce à quoi nous ressemblons…

 

 

L’absence – comme le monde alentour – jamais le centre – jamais le regard – l’attention innocente…

Tout s’écarte – s’éloigne – puis pourrit – non à cause du temps – qui, bien sûr, n’existe pas – mais à cause de l’acharnement des choses entre elles – cela seul abîme – corrompt – dégrade ; l’humus et la régénérescence du monde – la ronde tragique des vivants – de la matière rongée – égorgeante – ballottée…

 

 

De plus en plus étranger au monde – comme un éloignement (naturel) de l’absence – les pas qui vont sans volonté vers le lieu du silence – du réel – de la vérité – là où la sensibilité et la lumière s’offrent sans effort – là où il est impossible de vivre sans elles…

 

 

Après la perte et l’oubli – le plus vaste étalé. L’air frais – nouveau – pour couronner le naufrage…

 

 

Comme un Autre – là où l’on est – sans refuge – sans cachette – sans mystère – offert (presque entièrement) aux flammes – à tous les incendies du monde…

 

 

A force d’errer – on glisse – imperceptiblement – vers soi – de plus en plus près – on se rapproche du centre – au fil des pas – au fil des cercles concentriques…

 

 

Des histoires – des ombres – de la brume – effacées d’un seul geste – lent – continu – progressif – la manière de disparaître après l’invention de soi (sans cesse consolidée à mesure que les années passent) – le lent déclin malgré la force (persistante) des rêves – unique façon, sans doute, de se tenir debout au milieu des Autres et des massacres – au cœur de cet étrange décor aux gestes funestes…

 

 

Notre nom sans la mémoire. Des lèvres muettes devant cette invention. L’impossibilité de l’avenir. Ce qui a lieu – à cet instant même…

Le réel célébré sans rituel – sans décor – sans sacrifice – sans massacre…

La flamme et l’accueil dans le regard – sans le moindre artifice – sans la moindre ornementation…

 

 

En l’état – sans intention – là où le vent (nous) pousse…

Faire face et obéir à ce qui s’impose…

 

 

Sans appui – sur cette corde tendue entre les seuils – du plus grossier au vertige de l’invisible. La plus haute simplicité – la nudité la plus élémentaire – sans exercice – sans apprentissage. Au plus proche, peut-être, de ce que l’homme peut espérer approcher…

La résultante naturelle de mille soustractions…

La conscience et la vie brute qui arrive – qui nous traverse – qui s’efface…

 

 

La solitude sans les songes – le sang naturel de l’homme. Le ciel sur la pierre. La faim réduite – l’accomplissement du silence. La grande humilité – la souveraineté radieuse…

Rien – sauf, peut-être, l’apparence d’un visage…

 

 

Plus souvent le geste que le mot…

Et des pages, pourtant – les quatre saisons – le silence d’avant le monde – la fête de l’âme (enfin) comprise. La solitude partout à la ronde – comme le seul territoire possible – presque un fief – un rempart contre le rayonnement de la bêtise…

 

 

Le sang au service de la lumière – et non sous le joug de la faim et de la main meurtrière…

 

 

Si peu de chose – un regard – un sourire – le monde déserté. Le visage d’un autre lieu qui se dessine – ni l’ombre – ni l’ailleurs – un vieux restant d’Amour qui (enfin) se libère – qui (enfin) se déploie…

 

 

Rien – le réceptacle du jour et de la blessure. Le monde qui revient – sans courage face à la rouille et aux ruines à rebâtir. Et ce soleil – ce grand soleil promis – introuvable au-dedans…

De l’herbe – du ciel – du sang – et – absolument – rien d’autre jusqu’à l’horizon…

 

 

Ça a l’air d’être un homme – mais ce n’est rien – bien davantage que cela – quelque chose qui, à présent, refuse de se battre – malgré les apparences – quelque chose sur le point de renoncer – qui offre au ciel la part belle et ce qui était – en lui – le moins libre – le plus insoumis…

De la tendresse – à présent – comme le nectar le plus ensoleillé des fleurs – dispensée à ce qui arrive – à ce qui passe – à ce qui se présente avec, souvent, les deux mains liées derrière le dos…

 

 

Des cortèges qui vont et viennent – et qui font halte parfois – qui n’ont jamais su – ni même essayé de deviner – le sens de cette marche incessante – absurde. Des pas – de simples pas – qui s’enchaînent les uns après les autres – le groupe – la troupe – les têtes autour de soi – qui rassurent et impriment la cadence. Le front baissé sous la couche des autres fronts – comme une épaisseur infranchissable – le destin de l’homme, nous a-t-on dit, lorsque nous avons rejoint – à notre insu – à notre naissance – la longue procession des ignorants…

 

 

Un peu de ciel sur le sol – pour rendre plus vivante – plus vibrante – la chair – pour que le feu remplace les lampes et que le monde devienne (enfin) un refuge…

 

 

L’homme pourra-t-il, un jour, être comme l’oiseau dans le vent – une aile pour la peine des Autres – un sourire (un simple sourire) – un jour de liesse dans la tristesse incorruptible des siècles – celui que le monde attendait…

Ni ombre – ni malheur. Un souffle joyeux et rafraîchissant. Une âme plutôt qu’un corps – un peu de silence et de poésie à la place de la faim – un esprit ouvert plutôt qu’une main méfiante et armée – celui qui pourrait – sans crainte – sans honte – s’annoncer comme un (réel) représentant de l’espèce humaine…

 

 

Tout – dans l’espace – comme un pauvre contenu – des choses mobiles – terriblement – qui s’accumulent – qui s’empilent en couches hétéroclites – l’écorce du monde – changeante – avec du noir – la nuit – par-dessus. Souvent (trop souvent) – rien de déterminant pour le jour et le silence – pour la joie et la justesse des gestes…

Des âmes à genoux qui prient – qui ne savent comment faire – ni à qui s’adresser. Juste des mots tristes – triviaux – pleins d’espérance – aussi pauvres que ce que contient l’espace – la même matière…

 

 

De l’eau – comme sur des lèvres assoiffées. Le jour – comme la source. Et les pas – le feu de l’âme – pour dessiner un chemin. Rien à emprunter à l’Autre – personne à imiter. Dans la solitude qui cherche – qui débroussaille – qui innove et invente – sur la voie véritable…

 

 

Le feutre sur la page – comme un bâton sur le sable – un geste dans l’espace et une voix dans le silence – une manière de danser dans le monde avec le mystère…

 

 

Ni angle – ni calcul – ni mur – ni pierre – pas la moindre parole…

Tout est déjà pris dans la trame – comme nos mains – nos lèvres – qui s’essayent à l’invention – à l’aventure – à repousser les seuils et les confins – dans un je ne sais quoi de désespéré – avec cette part obscure de l’âme sur la langue – au bout des doigts…

 

 

Tout dans tout – et toutes les portes fermées. Le destin ouvert – presque libre – affranchi des peurs les plus grossières – le sang et le souffle – sûrs – provisoires – énergiques – avec le sablier renversé dans la tête – avec les grains du temps éparpillés dans la tuyauterie – en suspens – laissant les pas et les mots franchir toutes les lisières successives – sans un nom – sans personne – juste avec des larmes – comme les seules traces possibles sur la pierre…

 

25 janvier 2020

Carnet n°218 Notes sans titre

Le jour du départ – la tête tournée à l’intérieur. Des bateaux plein les songes – des rêves d’azur – d’horizon infini – un peu d’écume sur le visage. Les pieds bien ancrés sur la rive – assis – immobile – la tête ouverte – traversée par le vent – des tempêtes – des ciels d’orage…

L’air du grand large qui parcourt la peau – qui pénètre l’âme – en pensée – tandis qu’au-dehors règnent la vie ordinaire – la routine – les soucis quotidiens…

Et cet ailleurs rêvé – malheureusement – le temps d’un assoupissement…

 

 

De la pluie – du froid et de la peur – dans cette nuit épaisse – sans consigne – sans âme sœur – aveuglante…

Et ces tremblements aperçus au milieu des miroirs – comme un enfer labyrinthique – sans issue – sans espoir – cette vie terrestre…

 

 

Pas assez d’effroi – pas assez d’étonnement – ni assez de questions face à l’inutile – aux tourmentes – à ces lieux sans lumière…

Et ce gris opaque – partout – au-dehors et au-dedans – comme une épaisseur sur les yeux – sur l’esprit – sur la sensibilité. Comme une couche de neige sale qui aurait recouvert le monde – les cœurs – les visages…

Une terre de traces habituelles – des sillons qui durcissent et se transforment en glace – l’horreur journalière – le désastre – rien qui ne change – rien qui ne s’envole…

De l’ardeur qui tourne en rond – comme plongée au fond d’un piège…

Et nous autres – prostrés dans un coin – en désordre…

 

 

Le rythme dansant des ombres dans nos têtes innocentes – un foyer sans artiste – sans chef d’œuvre. Un monde de labeur trivial – de gestes mécaniques – de vies prosaïques faites (essentiellement) de besoins – de désirs – d’attente…

 

 

Un monde de vieilles lunes – avec ses vies funestes et ses idolâtries – ses fenêtres opaques et ses faux horizons – avec ses monstres et ses pas trop pressés – avec ses longs rideaux sombres dans le sillage de la nuit…

 

 

De la chair et des âmes blessées – usées – et jetées sur le bord des routes – au fond des fossés – au fond des ravins. Et la terre qui devient, peu à peu – au fil des millénaires – une gigantesque fosse commune…

Des couches d’os, d’idées et de matière organique – le terreau sur lequel se bâtissent toutes les cités – toutes les civilisations…

 

 

Du soir – parfois – descend un reste de tristesse – une nostalgie ancienne qui ramène le passé à la surface – la persistance d’un rêve qui nous blesse – qui nous malmène (et nous torture trop souvent). Une manière de racler la chair de l’esprit – de nettoyer, peut-être, le contenant du monde et des choses – l’aire centrale dédiée à l’accueil des phénomènes présents…

 

 

Rien qu’un trait au milieu des sourires…

Un univers sans prestige – comme un ballet de feuilles mortes soulevées par le vent…

Et ce fond de lumière derrière les visages – que je peine à voir…

 

 

Rien ne s’atteint – bien sûr. Tout est – déjà. Il n’y a la moindre nécessité d’un pas – et moins encore celle d’un voyage. Et s’il nous fallait mettre un pied devant l’autre, seul l’intérieur est à explorer – pas pour comprendre ou saisir la moindre chose – pour la joie de découvrir – pour l’émerveillement du regard qui est – qui voit – qui contemple…

 

 

Sur le devant du monde – l’avenir en déclin – les raz-de-marée – l’éradication des cimes et des sols. Et au fond de la poitrine – le poids (insoutenable) de la peur…

 

 

La nuit – notre terre commune – notre aire de compagnonnage et de retrouvailles – là où naissent toutes les idylles – et toutes les alliances entre le rêve et le sommeil – comme pour imiter (en pensée) l’oiseau dans son envol…

Ouvrir les yeux – la main – les ailes et l’âme (si possible) – ce qui nous sortirait de la cécité et du piège commun…

 

 

Une nudité sans faille. Une vie sans mirage. Les paupières décousues. Et mille cicatrices sur la peau…

 

 

De l’espace comme de la pluie – à foison. La douleur et l’usure révélées par les chemins initiatiques – les sentiers de la mémoire. L’audace d’un destin qui affronte le plus funeste et le plus âpre. La longue route du retour vers les origines – vers le ciel où la mort devient célébrante – presque désirable tant elle réinitie l’essentiel et ouvre les possibles…

 

 

Au fond des yeux – dans la tête – les mêmes dangers – le même périple recommencé des milliards de fois. De dénouement triste en dénouement triste…

Une vie sans recours – sans possibilité de réduire l’ignorance et l’incompréhension – ni d’aménager avec justesse l’écart entre ce que nous percevons et la réalité…

Une existence (presque) pour rien – soumise aux lois du monde – aux nécessités des Autres – aux itinéraires trompeurs…

 

 

Chaque jour – les mêmes briques à poser sur le même mur – sans voir ni l’horizon, ni le sens du geste…

 

 

De l’air au milieu du monde – comme un vent de joie – une bouffée de fraîcheur – une manière de rire malgré la tristesse et la mort – malgré la rudesse des existences…

La seule alliance possible – celle qui nous condamne à disparaître – à nous effacer – à célébrer le vide et le rien – la valse provisoire des insignifiances – à devenir aussi discret – et aussi agile – que le silence…

 

 

Plongé en soi mille ans avant ses funérailles – bien avant que ne s’éteignent les lampes et les voix – bien avant que ne tombent la tristesse et la nuit…

Sur les épaules de l’âme pour voir plus loin que le corps disparu…

 

 

L’herbe trop épaisse pour voir le jour – pour ces yeux au ras du sol…

Et la mort à toute heure qui vient obstruer la perception…

Et face au noir – quelques lampes impuissantes – et des silences gênés qui s’empilent…

Et, sans doute, trop d’ivresse encore devant les miroirs…

 

 

Le jeu commun du monde – à l’envers de la solitude. Comme des oiseaux qui auraient renversé le ciel – un désastre – une catastrophe qui, pour l’heure, indiffère les hommes…

 

 

Des gestes aussi solides que les pierres – et qui s’abreuvent à la même source…

Nous sommes – comme un livre ouvert devant l’éternité dont le vent tournerait les pages – presque rien et d’une richesse incalculable – vertigineuse…

 

 

De la joie et du silence – à peu près tout ce dont nous avons besoin…

 

 

Vivre ne réclame ni histoire – ni malheur ; du souffle – un peu de pain – et ce qui nécessite d’être franchi – une forme minimale de compréhension…

 

 

A la dernière étape du sol – peut-être…

Après – on ne sait pas – le gouffre – les souterrains – le ciel – l’envol – et, sans doute, tout à la fois, mélangés…

 

 

Le doigt du ciel pointé sur le crâne – comme une flèche censée percer l’impossible – pour que coule à flots ce qui restera…

 

 

Amoureux autant de ce qui nous révèle que de ce qui nous fait chuter…

La même blessure – pendant longtemps – et qui demeurera peut-être…

 

 

A pieds joints dans les malheurs – les nôtres et ceux des Autres – dans cette bouillie épaisse – inconsistante – fictive ; résultante des individualités imprégnées de désirs – insensibles au territoire et au mystère communs…

 

 

De l’âme sur la pierre – tantôt comme une fleur – tantôt comme une blessure…

Mille malheurs avant la tombe…

A chercher le remède dans le brouillard – comme si l’on pouvait guérir de vivre…

 

 

Toutes les histoires – les unes contre les autres…

Et toutes les âmes – côte à côte – marchant avec pudeur – comme si rien n’était entremêlé – comme si l’on pouvait échapper à la transparence…

 

 

Le monde – comme un drap rêche sur nos rêves – un peu de vinaigre au fond d’une cruche pour étancher la soif – un nuage – une lumière éclatée – une possibilité d’envol et d’engloutissement – des malheurs à foison – et la maigre espérance de trouver, un jour, l’étroite issue – le sas inversé vers l’infini…

 

 

Des nœuds autour du cou – au-dedans de la poitrine – qui emprisonnent quelques restes de lumière – et qui, peu à peu, les enserrent jusqu’à la cécité – jusqu’à l’étouffement…

 

 

A déambuler sur les chemins sans autre couronne que celle qui ne se voit pas – mais que l’humilité – au fond des yeux – révèle…

 

 

Harassé – parfois – comme un voyageur sans cesse dérouté – au bord du chemin – de la défaite permanente – de la capitulation finale. A deux doigts du renoncement – de l’extinction. Les deux mains du destin autour du cou – sans la moindre issue sauf à plonger au-dedans…

Et l’on voit, peu à peu, dans l’âme se dessiner l’abandon…

 

 

Au coude à coude avec le monde et le ciel dispersé. Dans cette furie de sons et d’images – de mouvements au rythme insensé – avec le couvercle de la nuit sur la tête – à déambuler en tous sens comme si l’on pouvait toucher la lune – et nous hisser dessus…

 

 

L’âme dans une chute perpétuelle – dans l’espace – flottante – cherchant à tâtons une lanterne – sur les rives – une place – un coin de terre suffisamment solide – suffisamment durable – pour s’établir – en vain…

 

 

Tout glisse – tout passe – entre le sommeil et l’abîme – et ce qui reste – pendant quelques instants – est presque aussitôt écrasé…

La roue du monde – la roue du temps – à l’œuvre…

 

 

Si loin que tout semble irréel…

Si près que tout semble menaçant…

Et entre les deux – à peine vivable…

Rude – rude – absolument – l’incarnation terrestre…

 

 

Entre les tempêtes et le vide de l’esprit – la barque amarrée – plus ou moins – aux terres du monde…

De rive en rive – au cœur du même océan…

Enlisés au pays de la folie et de la faim…

 

 

Tout passe en un éclair – et se prolonge indéfiniment derrière les yeux – au fond de la tête – barreaux du monde – lieu mortifère où tout finit en ruines et en larmes. Le plus odieux de l’ombre au-dedans. La mort perpétuelle des lignes et des traces…

Le tombeau des vivants incarcérés…

Un trou où tourbillonnent les rêves et les étoiles. Là où s’accumulent les choses et le sommeil…

 

 

Voix multiples – contradictoires – acharnées – au-dedans de la tête. Et les rebonds – et les échos – nés des parois – des recoins – des replis – comme un bruit perpétuel – insupportable…

Et le vent qui tarde à balayer tout ce sable – à faire place nette – peau neuve – pour transformer les lieux en aire-réceptacle…

 

 

Des barbelés – comme le signe révélateur de notre volonté de démarcation hostile et apeurée – incroyablement ignorante – pour nous séparer de la bête – du prisonnier – du fou – du meurtrier – de l’étranger – de tous ceux qui nous paraissent trop lointains – trop différents – de tous ceux dont on a peur et dont on voudrait se protéger…

 

 

Ce qui veille – en nous – comme une vigie – le haut du temple qui surplombe le sommeil et les ténèbres – et le sang qui coule dans nos traces. La ligne verticale autour de laquelle s’affrontent les têtes et les âmes. Les infimes soubresauts en contrebas de la source…

Le spectacle (franchement) obstiné du monde…

 

 

Un peu d’hiver entre l’âme et le monde – comme un gouffre – une vaste étendue déchirée – un océan d’encre et de sang inconciliables – un peu de ciel disparu…

 

 

Le sommeil de l’infortune – comme une nappe de brouillard qui envahit la terre – et toutes les têtes – une à une – qui submerge tout jusqu’à l’étouffement…

Et ceux qui survivent à cette invasion doivent se résoudre à cohabiter avec cette buée occultante – les yeux mi-clos malgré le labeur des livres et la lanterne tenue par les mains sages que nous croisons parfois…

La cécité au-dedans – comme une impossibilité (presque) totale à percevoir – à s’interroger – à comprendre – à s’émerveiller…

 

 

Rien qu’un peu de vent au creux des mains – dans nos paumes tournées vers le ciel – et dans nos têtes devenues si larges – comme un océan au milieu duquel tout serait rassemblé…

 

 

Tous les amas déstructurés – tous les tas mis à plat…

Tout éparpillé sur le même plan – à égalité…

L’inventaire complet du monde et de l’esprit…

Toutes les listes de l’âme…

Tout ce qui existe ou pourrait exister…

La collection exhaustive des choses…

Les semences – les rêves – les brouillards…

Les mille événements du jour – les mille événements de la nuit…

Toutes les aventures nées de la soif…

Et ce qui apparaît encore – inlassablement…

Tout cela – étalé sur le sol – regardé longuement (avec attention) – puis jeté au fond d’un trou immense – la béance de l’esprit – les profonds précipices de l’oubli…

 

 

Un verbe sans édifice – aux mille fenêtres. Du souffle – suffisamment – pour faire exploser les repères – pour poser un soleil au milieu du front et faire fuir les ombres et les idoles – pour devenir la possibilité d’un baiser ému sur toutes les choses (et toutes les lèvres) de passage…

 

 

Sentinelle suspendue au centre du cercle – à ces hautes colonnes qui jalonnent la soif – entre désirs et crachats – entre liberté et cachots engloutis – entre le soleil et les pas qui se précipitent sur l’asphalte pour essayer d’échapper à l’épaisseur du temps…

 

 

Trop de semences et de brouillard – de rêves et de jeux malheureux – dans la compagnie du même désir…

L’itinéraire sans escale…

Des forces qui émergent – des feuilles – des chants…

L’Amour qui naît sur nos lèvres…

 

 

Un cri au fond de la poitrine qui glisse jusque dans la gorge pour se mêler à l’air expiré ; la naissance d’une parole – atténuée (presque toujours) par les certitudes du monde…

 

 

Toutes ces pensées qui coulent sur les visages. Toutes ces servitudes dans les têtes. Le vide et la liberté cadenassés – écrasés par la gravité et nos âmes sans ailes…

 

 

Vivre comme si rien n’était vrai – en dehors du silence. Des contenus apparents et mensongers. Quelque chose d’inconnu – de mystérieux – qui prend de faux airs de réalité…

 

 

L’ignorance et le sourire face à tant de blessures possibles – avérées – douloureuses. De la chair – du souffle – quelques pas au-delà de l’aire autorisée – au-delà des lois – des conventions – de l’horreur et de la barbarie organisées – vers la promesse d’un bleu possible – d’une existence sans mur – sans frontière – sans corps blessés – meurtris – où l’âme serait centrale – prioritaire sur les désirs – les choses – les instincts – la fortune – un monde où l’esprit, la sensibilité et le silence seraient privilégiés – et le reste abandonné – peu à peu…

 

 

Des instincts de chasseur et d’acrobate – ce qui nous a maintenu (plus ou moins) à la verticale jusqu’à aujourd’hui – et qu’il nous faut transformer à présent ; ouvrir l’esprit à la conscience – redéfinir notre nature terrestre – la place de l’homme au sein du monde…

 

 

Du silence et de l’humilité – au-delà des murs de l’enfance – au-delà des frontières du monde – au-delà de l’ignorance et de la barbarie communes…

 

 

Aucun lieu – aucune absence – n’est condamné(e) par le silence…

 

 

Des cercles de sanglots et de somnambules – aux marges d’un autre monde – aux abords d’autres cercles – dans la géométrie des surfaces inventée par chaque visage. Notre nature compartimentée – et compartimentante. Au cœur de tout pourtant – au centre de chaque parcelle – de chaque songe – de chaque miroir – quelle que soit la dimension du réel et de l’espace habitée…

 

 

Le sourire affranchi de la course et de la nuit – de ce que l’on nous impose. L’esprit au fond de la plaie – à cureter les restes de chair et les souvenirs de l’originelle douleur…

Les larmes au bord du précipice – tête en l’air – les yeux tournés vers le ciel immense – la parole effleurant les lèvres – l’âme de plus en plus habitée…

 

 

Debout malgré les assauts et les lames du monde pointées vers nous – malgré l’éclatement des miroirs – malgré l’absence humaine autour de soi…

Seul avec cet autre âge au fond des yeux – au faîte de notre infortune – là où la nuit – la lumière – les échos – n’ont (presque) plus d’importance pour affermir l’âme – l’être – la justesse des gestes…

 

 

Pointe vers l’inconnu – flèche dispersée – presque horizontale – déverticalisée, en quelque sorte, pour demeurer accessible – compréhensible – représentable…

Comme une énigme vulgarisée – simplifiée à l’extrême…

Avec des corps ensevelis dessous – un amas d’âmes et d’os qui, s’il était visible, donnerait le vertige – nous éloignerait de nos jeux – et nous imposerait de demeurer attentifs – alertes – (réellement) vivants – aussi sensibles et lucides que possible…

 

 

Des bords du monde oubliés – des clés qui brûlent devant des fantômes grimaçants et affolés. Et le centre, lui aussi, abandonné par les foules – les masses communes – en contact avec trop peu de réel – avec trop peu de morts – et qui n’ont d’appétit que pour la continuité du rêve – la perpétuation de la même illusion trompeuse et rassurante qui jette de la poussière sur la réalité – des voiles et des couches de songes sur le jour – du bleu – mille couleurs mensongères – pour cacher l’apparente grisaille qui entoure le plus vif – le plus éclatant – le plus incisif…

 

 

De leur vivant – les héritiers de l’ignorance – les partisans (inconscients) de l’aveuglement – sont confinés aux murs – au gris – et à la récurrence des tâches. Et à leur mort – à la boîte – aux couches de terre ou à la cendre…

 

 

Des rêves trop épais – comme un mur sans fenêtre – des routes monotones – des surprises imaginaires – du sommeil et de l’absence…

Le monde aux yeux cousus – au courage défaillant – à l’esprit sans substance…

 

 

L’expérience de la coulée sur les pierres – l’inadéquation de l’Autre – son non-emboîtement dans notre puzzle – le naufrage permanent – la dégringolade – la chute – puis, l’effacement…

Rien qui ne change (vraiment). Rien qui ne se découvre (vraiment). La même parole et la même indigence qui, inlassablement, se répètent – jour après jour – siècle après siècle – comme la seule litanie possible…

 

 

Le feu et la neige – sous les apparences ; nos substances les plus intimes…

 

 

Le bleu-transparence qui entoure – qui enrobe – qui pénètre les choses du monde – le moindre fragment de matière…

Et cet hiver mystérieux – au-dedans – qui persiste…

 

 

Au pied de l’arbre – dans la joie surprenante – virevoltante – des saisons – avec la métamorphose de la terre et des feuilles – et les couleurs infiniment changeantes du ciel…

 

 

Aux portes du désert – le front adouci – l’âme courbée – assouplie – le ventre assagi – la faim (presque) éteinte – au fond des yeux – le regard – au fond de l’âme – l’Amour naissant – les clés du mystère au-dedans – les pourtours du monde élargis – l’infini (enfin) à portée de geste…

Et l’éternité, peut-être, sur le point de se substituer au temps…

 

 

De la matière et du monde transformés – libérés, en quelque sorte, par la perception…

 

 

Peu de gestes – peu de signes – nécessaires…

Quelques traces inévitables – le monde (presque) sans visage – simple décor – simple miroir – nécessaire parfois – et, plus que tout, éléments de soi à aimer…

Des âmes de passage – comme des oiseaux exilés…

Des terres et des routes incomprises – communes – singulières (trop rarement)…

Le sort qui, peu à peu, scelle les destins et les itinéraires…

L’impossibilité de la rencontre…

L’Amour qui tente de combler les gouffres – en vain – lorsqu’il ne peut se déployer pleinement…

Ce qui – toujours – souffre sur la pierre – sur la même terre – malgré l’expérience et le grand âge…

 

 

De la pierre à la prière. La rude ascension de l’humilité. De la matière à l’invisible. De l’usage (utilitaire) à ce qui s’abandonne. Du destin et de la poussière aux premières rives de l’infini…

Ce qui, sans doute, devrait être les pas de l’homme…

 

 

Le refuge est infime – et l’âme, profonde – et d’envergure…

La terrasse est minuscule – et le jardin – et le monde – immenses…

 

 

Un peu de temps entre les doigts – comme une matière qui se consume – un grand feu – quelques braises – puis, très vite, de la cendre…

 

 

De mensonge récréatif en absence – le monde dans ses tentatives désespérées d’échapper au réel – une manière incessante de réinventer le songe…

 

 

De l’herbe – des arbres – du silence – jusqu’à l’infini…

 

 

Demain comme un jour incertain – et, sans doute, impossible…

L’extinction de l’espérance pour une intensité immédiate – le vertige présent – l’Absolu dans l’instant – ce qui renvoie Dieu à un avenir défaillant – sinon imaginaire…

 

 

Une voix entre les pierres – ni cri, ni murmure – une parole appropriée sur les rives du sommeil. Les mains vides – tournées vers ceux qui pourraient écouter – l’âme mélangée au sang – le ciel dans ses profondeurs – à exposer à tous la possibilité du silence…

 

 

Des instincts comme des lames – pointées vers ce qui peut apaiser la faim – atténuer la peur – faire oublier (provisoirement) la mort. Une permanente tentative d’échapper à la malédiction de l’existence terrestre…

L’illusion du monde au détriment du réel – de l’Amour – du silence…

 

 

Aucun orgueil – le jour appauvri – le monde sans filiation – comme un désert – un périmètre vierge – sans ancêtre – sans secret – sans mimétisme – sans descendance – sans révélation possible. Le seuil des choses – l’aire des âmes – la destination de tous les voyages – le sens même de chaque périple…

La terre la moins du monde étrangère – le socle du sang et des récoltes – du labeur acharné – des gestes qui percent la pierre – qui raclent le sol – qui sèment les graines et ramassent les fruits – le lieu de toutes les existences qui hésitent – qui tentent – qui patientent – qui renâclent à percer le mystère avant la mort…

 

 

Au-dehors – l’effleurement – à peine. Le jeu des gestes et du granite – la chair sur la pierre – l’hésitation et les blessures. La patience des pas – comme des forçats – des galériens enchaînés…

La vie sans recours…

 

 

Des armées d’esclaves édifiant des murs – des tours – des cités. La fatigue déjouant toutes les possibilités de révolte – le soleil et la mort au-dessus des têtes. L’humanité perdue – en larmes – abandonnée à son sort atroce – triste et atroce. Et l’innocence, partout, piétinée…

 

 

Ne pas écouter le monde – les Autres – leurs paroles – leurs commentaires. Prêter l’oreille à ce qui est devant soi – au ressenti au-dedans – dans les profondeurs – pour laisser émerger le geste juste…

 

 

Ni règle, ni loi – la trappe de l’oubli et le socle de l’innocence – l’aire de surgissement spontané des choses – des actes – des paroles – ce que le silence et les Dieux font passer à travers notre âme – notre bouche – notre main…

 

 

Des rêves comme des îles dans l’océan – quelques pauvres rochers – des pierres grises – dans les eaux (si noires) du monde…

 

 

Comme un voyage entre des digues – entre ces rives édifiées pour rompre la puissance des eaux – atténuer les aléas – les risques de naufrage – les incertitudes de l’itinéraire et la magie de l’inconnu…

Des existences confinées à l’étroitesse d’un seul sillage…

 

 

Frères de la nuit et de l’hiver – en plein sommeil – à se mouvoir dans le rayonnement effrayant des monstres inventés par le monde et la psyché – silhouettes hagardes et somnambuliques – à traverser des seuils sans mystère – à vivre (si cela peut être appelé ainsi) sans nécessité…

Un univers d’insectes virevoltant autour d’artificielles lumières – courant au rythme d’un tambour immense manipulé par des masques – des entités sans visage – sans épaisseur – les doigts, peut-être, de Dieux hilares et moqueurs…

 

 

Du monde – parfois – comme une outrance – un écueil – une sorte de dérive – le privilège de l’ombre et du sommeil. Et le cri des bêtes sous le ciel découpé – fragmenté…

Tout un peuple en déperdition – avec les vivants au centre de l’histoire…

 

 

L’infécondité du rayonnement lorsque l’absence est trop criante – l’axe central du monde – la seule chose perceptible à des lieues à la ronde – comme un désert au centre duquel seraient concentrés tous les hurlements – l’impuissance face à l’Autre et au mystère…

L’homme déchu – jeté hors de son règne sous les cris des tribus indigènes – des meutes animales – de la vie sauvage…

 

 

Des chemins d’orgueil et de faim – comme les seules voies possibles – des aires de rassemblement…

Des visages – comme des miroirs enroulés sur eux-mêmes. Des reflets – mille images morcelées – l’œil et le sommeil – toutes les illusions du monde – ce que l’esprit fabrique à la chaîne – sur demande – comme les preuves ridicules de son existence extérieure…

L’or enfoui sous les affres – le secret sous chaque motte de terre – sous chaque parcelle de boue. Et le silence au-delà de la cime inversée – aux lisières du temps – lorsque, un jour, tous les siècles seront consommés – Dieu et la gloire promise par tous les prophètes – ce que nous nous échinons à bâtir – à découvrir – à enterrer – à réinventer…

L’effarante existence de l’homme – son espérance et sa besogne – incessantes…

Cette fièvre qui initie toutes les danses – la soif et l’entêtement…

Et nous autres, porteurs d’inutiles bagages – à la traîne – toujours à la traîne (bien sûr) – à chercher la chaussée parfaite – à crier dans la pénombre – sans même savoir – sans même pouvoir – accueillir les échos de nous-même(s) – ces évidences de l’existence du monde et de Dieu…