Carnet n°214 Notes sans titre
De la grandeur exagérée du monde. Et l’âme pas aussi inexistante – pas aussi inconsistante – pas aussi infime – que le laisse entendre la vie des hommes…
Un monde devenu particulier à force de limitations – d’œil restreint – de perspectives étroites – au-dedans comme au-dehors – que nous distinguons parce que nous nous imaginons séparés du reste par une frontière apparente – illusoire, bien sûr – révélatrice seulement de notre perception limitée – infiniment partielle – presque (totalement) erronée…
D’un monde à l’autre – d’un temps à l’autre – sans que nous comprenions cette alternance – cette oscillation – lien, peut-être, entre les extrémités – joint entre ce qui existe de part et d’autre – ici – ailleurs – entre un peu plus loin et là-bas – un peu partout à vrai dire…
Ce que l’on imagine n’est rien d’autre – en vérité – que la conséquence d’un réel lacunaire – déficient – altéré – une manière de combler le manque – entre compensation et consolation – et qui est devenu la règle tant cette perception du monde et cette perspective sont communes (et répandues)…
Ce qui se tord – ce qui se rompt – sous la pression des Autres – pure infamie – conséquence malheureuse – inconvenante – inutile…
L’axe central au-dedans – inflexible – déterminant – aussi invisible et puissant que le vent – devenu le levier corrompu du monde – de ces armées de visages sous le joug de leur propre volonté – essayant d’anéantir ou de rallier à leur cause toutes les tentatives de résistance – de rébellion – d’indépendance…
Au cœur d’une clarté moins mensongère qui – jamais – ne nie la nécessité (régulière) de l’ombre…
Quotidien et existence anomiques – sans règle – sans loi – organisés selon les nécessités de l’instant et les exigences de l’âme – entre pragmatisme circonstanciel et essentiel métaphysique…
Ni exil – ni déracinement – véritables. Une manière – simplement – de se sentir partout étranger au monde (humain) – d’appartenir essentiellement à une autre sphère du vivant – plus proche, peut-être, de l’être (dans ses balbutiements) que des instincts terrestres les plus grossiers – que des mécanismes (presque primitifs) de la survie…
Et, en définitive, plus solitaire que soumis à un quelconque besoin d’appartenance…
Les jardins dérivés – ce qui s’est créé avec l’errance – une fantaisie de l’âme en mal d’ailleurs – en mal de rêve ; la recréation d’un monde naturel. Une manière de vivre, chaque jour (à chaque instant) au milieu des arbres…
Sous un ciel de joie où que l’on aille – où que l’on soit…
Des choses en désordre – un monde souterrain – le chaos apparent – l’ordre sous-jacent. Rien qui n’obéisse à une forme quelconque d’esthétisme. Seule la nécessité compte – et lorsque celle-ci est naturelle et totale, elle engendre inéluctablement la justesse et la beauté…
L’harmonie quels que soient l’ordonnancement de la surface et la logique des profondeurs…
Cet incroyable dégradé de joies jusqu’au bleu. Le ciel sans rival – et l’âme sans prétention. Les clés de tout véritable destin – l’apparence d’un parcours où seule compte la transformation perceptive – le passage (progressif) de l’œil au regard – de l’individualité à l’infini…
Toutes les choses du monde – et ce que l’âme peut porter…
Au fond – dans ce creux de nulle part – là où tout émerge – là où tout finit par retomber…
Le flux et le reflux du monde sur l’âme – comme sur une terre infertile – impénétrable – aux récifs acérés – taillés comme des remparts…
A vivre et à voyager – comme si l’instant était la seule loi – l’unique certitude – comme si plus tard – comme si demain – n’existaient pas – comme si la terre était une vallée sans importance – comme si le ciel était la seule réalité – comme si l’âme n’avait soif que de gestes justes et de vérité…
Une solitude à même les pierres – les arbres comme seuls visages. Entre le ciel et la roche – les pas – les pieds – hors des chemins où l’on piétine – hors des cercles – comme affranchis de ces danses sans fin. Le cœur brave et courageux – à regarder la lune – l’horizon – et ceux qui participent à la construction du monde – immobile – sur le bord de la route…
Le monde fantôme et ses superflus – ce qui existe pour remplir – occuper – se divertir – le règne de la distraction – partout – de façon permanente ; l’Autre – les Autres – les gestes – les tâches – comme échappatoire et vaine consolation à la misère et à la solitude terrestres…
Engourdissement et sommeil – comme unique manière d’essayer d’échapper à ce que l’on apparente – à tort – au pire…
Dans le retrait – la hauteur et la solitude – des nuages. Fort de cette inconsistance – de cette irréalité pour que l’œil demeure lucide…
En soi – cette colonne de lumière – à même la chair – à même l’esprit – tunnel vertical – jonction avec tout le reste – avec ce que nous imaginons être le monde…
L’assise au fond de l’âme – dans cette simplicité quotidienne – de geste nécessaire en geste nécessaire – de silence en espace de contemplation – de dialogue en rencontre avec soi – ce que l’on porte – l’infini et ses fenêtres – la matière – la psyché – et leurs lourdeurs – et leurs doléances parfois – ce que chacun espère, sans doute, en secret – en son for intérieur – dans l’intimité de son tête-à-tête…
Proche de tout – dans l’intimité des choses – lorsque le geste devient caresse – prolongement du monde – extension de la matière – jonction avec l’esprit…
L’expérience de la non séparation ; la matrice de toutes les joies…
C’est dans cette profondeur et cette densité que se creusent la sensibilité et la tendresse…
L’Amour comme seule manière possible d’être au monde…
Le grand jour – la grande heure – l’instant souverain – la grande vie – celle qui ne nécessite qu’une présence – la vacuité de l’esprit – le plus simple de l’âme – ce qui se présente et nos deux bras offerts – la totalité de l’être sans la moindre restriction…
La joie sereine – le cœur innocent – la main tendre – le regard ouvert – sans attente – désengagé…
Ce qui surprend l’esprit – ce que le corps savait ; l’intelligence et la mémoire des cellules. L’oubli de la psyché – l’éviction et l’enfouissement comme seule manière de survivre. L’homme et l’animal – en nous – qui s’ignorent (et que seule la conscience peut réunir et réconcilier)…
La tristesse invisible – silencieuse – du monde…
Ah ! Si nous pouvions entendre les cris et les prières des pierres – des arbres – des bêtes – et voir leurs larmes couler – la barbarie humaine cesserait (peut-être*) sur-le-champ…
* pas si sûr, après tout…
Nous sommes tout ce qui fut – composés de cela – depuis l’origine jusqu’à aujourd’hui – et, en nous, toutes les potentialités – mêlées aux caractéristiques de la matrice qui échappe à l’usure – à la durée – au temps…
La main trop funeste du monde. L’ignorance – l’inconscience – en actes. Et les hommes qui ont la prétention de l’intelligence. Ingénieux peut-être – tout au plus…
La frivolité existentielle n’est pas la légèreté de l’âme. Comme le prosaïsme instinctif et utilitariste n’est pas le pragmatisme impersonnel. Il y a un monde – et un très long chemin – entre l’individualité superficielle tournée vers ses besoins physiologiques et matériels et le regard – la présence simple et nue – qui initie les gestes justes pour répondre aux nécessités circonstancielles…
Le monde comme objet de contemplation – espace où les yeux et le cœur s’affolent – où l’âme et le silence se cherchent…
Le jour qui se montre au revers de l’apparence – au fond de l’âme creusée en son centre…
A genoux – les mains ouvertes – paumes face au ciel…
Faire face – accueillir – être là – présent…
Circonstances – visages – idées – émotions…
Ce qui se vit – ce qui s’expérimente…
Un esprit curieux – un cœur ouvert – une âme innocente – gages d’une existence étonnante – bouleversante – déterminante (pour la compréhension de ce que nous sommes)…
Le jour – la lumière – ce que nous cherchons – ce que nous sommes – ce qu’il faut découvrir au-dedans de soi…
Tout devenir jusqu’à l’effacement – jusqu’à la disparition…
Toutes les tentatives d’un seul passage…
S’ouvrir et se laisser creuser – il n’y a d’autre cheminement…
Rien à faire – rien à dire – rien à penser…
Être là – simplement…
Ce qui éprouve la tendresse – la seule instance à conserver – ce qui subsiste d’ailleurs malgré nous…
Des feuilles moins lourdes – gorgées, peut-être, d’un peu plus de soleil et de silence…
Dans le règne de ce qui nous entoure…
Rien – au fond – ne disparaît. Tout s’entasse en nous – et se transforme. L’infini – la multitude des combinaisons – jusqu’au point le plus dense – évolutif – toujours…
Aujourd’hui – en cette époque trop bruyante où chacun fait entendre sa voix, il faudrait crier plus fort que les autres pour être (un tant soit peu) écouté. Et je n’aspire qu’à demeurer silencieux – à côté – à l’écart – en retrait – sans participer aux vaines affaires du monde – à ce grand cirque immuable…
Des murs derrière lesquels on imagine mille secrets – où rien, pourtant, n’est différent de ce qui se passe à l’intérieur des nôtres…
Des gestes triviaux – des existences d’une affligeante banalité. Mille secrets de polichinelle…
On croit devoir se protéger de ce qui n’aspire qu’à nous révéler – qu’à nous soustraire à l’inutile – au superflu – à ce qui nous embarrasse…
Personne plutôt que quelqu’un – ainsi serons-nous (presque) assuré(s) d’être encore là dans mille siècles…
Au fur et à mesure de l’expérience – la solitude et la nécessité de l’Amour – et le dégoût de plus en plus vif du sommeil…
L’Absolu sous-jacent à nos gestes – c’est lui – et non la terre – qui leur donne cette densité…
De l’infini qui offre au quotidien toute son envergure…
Du silence qui engendre la parole – et contribue à sa valeur…
Tout existe dans cette offrande. Rien d’autre n’est nécessaire pour vivre pleinement son humanité – cette proximité – cette alliance – avec ce qui relève du Divin…
On ne peut faire comme si de rien n’était. Être là revêt toute son importance – mais inutile d’aboyer avec la meute ; prendre soin de ce qui nous échoit devrait suffire à combler les désirs et les aspirations de l’âme…
On n’a rien d’autre à porter que l’essentiel. Le nécessaire, lui, se révélera – bien sûr – avec les pas…
De jour en jour – de lieu en lieu – sans le souci du monde – ni celui du temps – quelque chose comme une confiance grandissante – un élan sans désir non pour l’ailleurs mais pour ce qui a lieu – pour ce qui nous est offert – ni le pire – ni le meilleur – le nécessaire – l’humble offrande – l’humble présent qui nous est donné pour rien – pour avoir, bon gré mal gré, consenti à cet (étrange) destin terrestre…
Les mêmes drames sur toutes les pierres de la terre – chaque jour – depuis la naissance de la première créature…
L’immensité ne possède rien – elle est – et offre l’illusion à ceux qui s’imaginent propriétaire de posséder mille et une broutilles. Rien – absolument rien – au regard de l’infini…
Nous cherchons notre pareil(le) – celui (ou celle) qui pourrait nous faire renoncer au rêve – au sommeil – à l’imaginaire…
Il n’y a rien que nous puissions faire pour être nous-même(s) – nous sommes déjà ce qui est – ce qui vient – ce qui refuse – ce qui insiste – ce qui s’oppose – ce qui accueille – les passagers exhaustifs d’un temps incomplet – une collection de désirs – un chapelet de frustrations – ce qui n’a pas encore découvert l’envergure de ce qui nous porte – et de ce qui nous anime – au-dedans…
Rien qu’une furie passagère – sans véritable assiduité. Quelque chose de nocturne qui mourra bien avant que naisse l’aurore…
Ce qui nous tient en nous enfonçant la tête dans le tonneau des illusions. Et nous vivons – et nous marchons – ainsi – en croyant pouvoir décrocher la lune – apprivoiser les étoiles – côtoyer le ciel et fréquenter les Dieux…
Quel aveuglement ! Quelle prétention ! Nous ne voyons pas même où se posent (ni où se dirigent) nos pas…
Rien qu’une parole – un chemin – quelques foulées imprécises – et quelque chose comme un abri qui se cherche – quatre planches pour le corps (à la fin du voyage) – un refuge pour l’âme. Et des pierres – et des trous – et des fleurs – jusqu’à l’horizon…
Comme un brin d’herbe dans une meule de foin. Une histoire comme les autres. Une apparence pareille au reste. Ce que nous avons à raconter alors qu’il serait tellement plus raisonnable de garder le silence…
L’horizon – en nous – et ce qui nous écrase – au-dessus de notre tête…
Il n’y aurait qu’à s’abandonner – comme le brin de paille au vent…
Dans la compagnie de son propre infini – comme si cela était possible – une sorte d’appropriation (malsaine) de l’espace – porteuse de folie et d’anéantissement…
A l’origine du monde – à l’origine du temps – le même désir – la même tension – le même malaise – l’irrépressible élan de l’infini pour se goûter à travers les mille limitations de la matière…
Une incroyable manière d’enflammer l’espace…
Plus tard – demain – on ne sait pas – mais l’avenir, bien sûr, est toujours possible…
Nulle autre manière de vivre qu’en soi-même – là où rien ne peut ternir le ciel – là où rien ne peut enlaidir le monde – là où les insultes – les outrages – les abominations – sont jetés dans les eaux de l’innocence (et du pardon) – là où les victimes et les bourreaux – après avoir échangé leur rôle le temps nécessaire – se retrouvent – côte à côte – à égalité – sur la rive de tous les jeux – là où chacun – chaque chose – chaque visage – embrasse ce qui ne lui a jamais été familier. L’étranger – ainsi – se rapproche – entre lentement dans le cercle – au bord – puis, peu à peu, au centre – trouve sa place aux côtés de tout ce que nous avons déjà fait nôtre…
Puis – lorsque tout est réuni – en fratrie fraternelle – tout s’efface – d’un seul coup ; en un seul geste – tout disparaît – plus rien – le brusque règne de l’absence…
Puis, un jour, tout recommence sans que l’on sache comment – à travers un nouveau souffle ou un nouvel élan – peut-être…
Rien qu’un peu d’or dans l’âme et au fond des yeux…
Quelque chose qui nous est offert…
Des jours aussi étrangers que ce que nous sommes…
Ce qui devient la mer – ce qui devient la roche – ce qui devient l’âme ; l’énergie n’a le choix de sa destination – de sa fonction – de son usage. Mais sa forte inclination au mélange (et à la mobilité) fait que nous sommes – partout – dans tout ; des parcelles d’origine et d’horizon assemblées ensemble de manière incroyablement provisoire…
Autour des pierres – autour des âmes – les mêmes visages – les mêmes vibrations…
Le silence qui ne parle qu’à ceux qui n’ont plus de question…
L’innocence sans simagrées – simplement accueillante…
Des yeux et du ciel – dans leur plus belle alliance – une ouverture soudaine à la tendresse et à la bonté…
D’une terre à l’autre – puis, un jour, d’un souffle à l’autre – comme si le seul lieu – le seul centre – se trouvait en soi…
L’âme – le regard – le ciel – ne sont pas des choses qui se périment – hors du cercle du temps – là où le monde ne se rend qu’après s’être ruiné (à son propre jeu)…
Entre l’âme et ce qui l’entoure – cette indéfectible amitié…
Le monde et l’innocence pris dans la même trame – et, parfois, dans la même ronde…
Et la nécessité (impérative) d’un chemin pour découvrir – et vivre – l’Amour et la lumière – une perspective réelle – qui s’incarne…
En nous – des gouffres – des absences désespérées – des cris – ce que l’on étouffe – ce que l’on camoufle – pour faire bonne figure et se croire vivant – ce qui nous précipite (lentement) vers la mort – ce qui retarde (assurément) la venue de l’éternité ; sans doute l’erreur humaine la plus commune…
Parfois – de l’autre côté du monde naît une joie qui vient jusqu’à nous ; elle arrive avec le vent du jour…
Piégés (trop souvent) jusqu’à la mort par l’absence et le temps…
Tout ce qui s’acharne à demeurer refuse l’abandon – la primauté de l’essence et de la source sur les apparences – s’enlise, en quelque sorte, dans la croyance d’une possible pérennité de surface…
Du commerce – du loisir – de l’insouciance – de l’exploitation. Et par-dessus tout – du déni et de la mauvaise foi – tout ce que nous exécrons…
Si – au moins – les hommes avaient l’honnêteté d’avouer leurs faiblesses – leur(s) ennui(s) – leur incompréhension – leur folie – on les trouverait moins méprisables – et, sans doute même, serait-on prêt à pardonner (en partie) leur paresse – leur étroitesse – leurs outrances – leurs manquements…
L’avenir n’est – jamais – une chance – une invitation ; plutôt un obstacle – un empêchement à ce que nous pourrions être – plus pleinement – aujourd’hui…
Le temps n’est – au mieux – qu’une forme de restriction – au pire – une forme d’amputation…
Ce qui glisse entre nos doigts n’est – jamais – le plus précieux ; c’est, bien sûr, l’impossibilité de la saisie qui est le miracle ; ainsi – sommes-nous toujours capables (potentiellement) d’accueillir pleinement ce qui s’invite…
Vivant – (presque) à chaque instant – cette perspective – cette dimension – cette consistance – ce que l’on pourrait appeler la métaphysique du regard – qui interroge chacun de nos gestes dans ce qu’ils portent de plus essentiel – de plus nécessaire à l’instant où ils se réalisent…
L’être dans son paroxysme discret (et léger) qui offre à nos actes et à nos paroles (et jusqu’au plus anodin d’entre eux) une densité – une justesse – une présence – quelque chose d’incroyablement joyeux – et d’incroyablement puissant – comme une jonction déterminante entre la matière, l’âme et l’esprit – une sorte de lien primordial entre le particulier et l’infini – entre le visible et l’invisible – entre l’éternité et l’apparent déroulement du temps…
Assise de la surface – de l’extériorité horizontale – dans nos profondeurs – dans notre vertigineuse intériorité…
Chaque souffle – chaque instant – vécus ainsi – comme de l’or – avec tout son poids d’Absolu – de vie pure – de vie pleine – de vie authentique…
Enraciné au cœur du cercle et rayonnant, de toute son envergure, dans l’alentour cosmique…
Tout s’écoule – de part en part – dans la communion des genres…
Ce que nous percevons – ce que nous ne comprenons pas – ce que nous imaginons – ce que nous tentons de deviner ; tout ça se mélange – savamment…
Une étendue d’eau où se reflètent les franges du ciel – des bouts de terre délavés – l’air que nous respirons – et qui vient du plus lointain cosmique – et au-dedans duquel s’aventurent toutes les matières du monde…
Tout dans tout – avalant tout – absorbant le nécessaire et rejetant le superflu…
Toutes les danses du monde – des rythmes et des arabesques – mille mouvements initiés par la faim – l’impératif organique – toutes les forces de survie…
D’équilibre en équilibre – dans l’accompagnement des éléments dans le paysage – ce que nous sommes – ce que nous délaissons dans ce labeur permanent de l’enfantement…
Des dimensions incorporées – des vagues qui nous découvrent…
Et ce que nous offrons pour rester en vie…
Au bord de l’océan intérieur dont les tempêtes fracassent l’âme – ses aspirations – ses résistances – ce qui, au fond, nous fait toujours glisser – plus ou moins – dans l’idéalisme – le refus de ce qui est – la source première de toutes les souffrances…
Une seule étendue entre ce que nous appelons le dedans et le dehors – le même espace. La fréquentation ni du bord – ni du fond. Le grand bain qui émiette la pierre et la douleur – et qui réunit tout ce qui est immergé – les jours – toutes les figures du monde – les rives universelles…
Parmi l’écume et les nuages – au cœur du rêve sans mesure – sauvage – excessif – où l’espace n’est qu’un imaginaire – une manière d’échapper au réel – d’en défaire le règne – de le destituer – un stratagème du songe pour gagner les cœurs – envahir les esprits et le monde – prendre le pouvoir…
Victoire presque totale aujourd’hui où l’on ne circule plus qu’entre quelques étoiles lointaines et mille soleils factices – et où le sommeil se définit comme la voie unique – l’hôte de toutes les lumières…
Il faut tout déconstruire – absolument tout – épargner le monde – bien sûr – ce qui semble réel – mais faire table rase des idées et des représentations – pour demeurer innocent – vierge et innocent – devant ce que l’on apparente à la réalité – devant chaque chose – devant chaque visage – devant chaque événement. N’être sûr de rien – s’abandonner aux élans – aux attractions – aux répulsions – devenir le jouet consentant du monde et de la psyché – se laisser submerger et engloutir – et continuer à contempler la danse – les pas – les va-et-vient – et rire de ces choses – sans sérieux – sans gravité…
Tout nous regarde nous emporter – de la périphérie vers le centre – de l’idée du plus haut vers le sol le plus concret – une chose après l’autre – élément après élément…
On écoute – on ne parcourt pas – on regarde – on éprouve – on n’envisage rien. On ne décide plus – on s’abandonne – on a l’air de vivre – mais, en vérité, on est…
Ça ressemble à la vie – à l’homme – à une existence humaine – mais, en réalité, on n’en sait rien – ça agit depuis les profondeurs – bien en deçà de la surface – bien en deçà des apparences qui ne comptent presque plus sauf lorsque le monde les replace au centre…
Une seule chose dont on est sûr ; notre absolue ignorance de tout – et le doute qui fait que les pas se perpétuent…
Le plus audacieux – en nous – ce qui ne craint ni la défaite – ni le déclin – ce qui ambitionne la communion – ou, au moins, la rencontre – plutôt que le croisement, le nombre de passages et la vitesse du défilé…
De l’instant particulier d’être – une manière – à la fois – de descendre en soi – et de s’élever au-dessus de sa tête – une sorte de désenfermement – quelque chose qui ouvre et relie – porte et passerelle, peut-être, entre le monde – les hommes – la terre et ce que l’on appelle l’infini…
Nous – sans le sang – ni la passion – dans la stricte contemplation et l’austérité de l’ascèse – plongé en soi et découvrant, peu à peu, ce bleu étrange partout immergé…
D’une autre couleur que le monde – que le temps – cet intervalle de découverte – comme un promontoire – une résistance à la routine et à la paresse…
Ce qui nous plonge là où nous sommes – là où il n’y a plus personne – un espace au fond des yeux qui s’étale – qui se déploie partout – un infini qui explose les frontières qui séparent communément le dedans du dehors…
Tout à l’intérieur – dans l’attention – dans l’espace occupé – habité – au cœur de cette présence qui rend le monde – tous les objets – tous les visages – complices de notre joie…
Un regard que tout traverse – et qui pénètre tout – au point de tout transformer en prolongement de l’être – en prolongement de soi…
En un éclair – comme si le monde devenait enfin le monde – rien – ni personne – pas même une idée – pas même ce qui est devant soi – un phénomène dérisoire (bien sûr) – quelque chose de déterminé – de circonscrit – comme un horizon bordé de bleu – séparant le rien du reste – et le reste de tout – pas grand chose en somme – un peu de brume – un peu de buée sur la vitre sur laquelle dansent et dessinent nos doigts…
Un peu d’azur sans le temps – une réponse à cette longue quête fébrile – le plus simple – ce qui est – là – à cet instant – ce qui se présente à nous – sans repère – sans référence – et notre main tendue – offerte à tout ce qui s’offre – la boucle ad hoc…