Carnet n°208 Notes sans titre
Ce qui vient – l’unique – l’essentiel – le plus fondamental – un pas – un oiseau – un chant – une pensée – un geste – la pluie – l’orage – le soir – la lumière – la moindre chose qui se présente…
Un cœur – un vol – une vie – tout finit, un jour, par s’arrêter…
La plus belle couleur de la terre – celle qui se marie avec l’étendue intérieure…
La plus grande envergure de l’âme…
La consistance de l’être – l’épaisseur métaphysique – comme un tourbillon d’air pur – un feu immense – une joie silencieuse ; la seule manière de vivre – sans doute…
Un arbre qui se dresse – un insecte qui vole – un visage que l’on oublie – un nom définitivement effacé – une raideur dans le verbe – un geste de joie – une pensée. Tout apparaît – et se défait au-dedans de l’œil – au-dedans de la psyché…
Le monde – ainsi – passe en nous…
Rien à la source du malheur – si – le plus sombre de l’esprit – ce qui se cache, parfois, derrière le plus attrayant – le plus plaisant – le plus joyeux…
De l’esprit et de la lumière – de l’âme et du cœur – de l’intelligence et de l’Amour – autant que nous le pouvons – et autant, bien sûr, que nous le pourrons…
Cette haute colonne de lumière – comme une ogive bleue – l’axe central du monde – le soubassement de l’esprit – le socle des âmes – notre pays natal sûrement…
En nous – ce que la nuit a déposé et ce qu’elle ne peut nous dérober ; un étrange mélange de douceur et de puissance qui revêt tantôt les robes du malheur, tantôt la pèlerine de la providence…
A osciller sans cesse entre la joie et l’infortune – entre la violence et la tendresse…
Une terre – une pierre où l’on pourrait vivre – et mourir – celles dont le nom (et les reflets) se marient si bien avec ce que l’on porte en soi ; rudes et délicates – grises et argentées – comme un peu de bleu, de silence et d’infini au milieu de ces contrées si ternes – si étroites – si bruyantes…
Qui a déjà ressenti l’envergure d’un seul jour – d’un seul instant…
Ce qui s’annonce avec l’aube – avec la nuit – et ce qui arrive réellement à leur suite…
Le réel et son ombre – ce qui est et sa représentation (imaginaire)…
D’une verticalité à l’autre – reliées par la fine cordelette que tiennent nos mains…
Des nuages et des horizons – ce qui empourpre les visages – ce qui inaugure le voyage – ce qui attise l’ardeur des pas ; la conjonction de toutes les coïncidences…
Une étoile, parfois, hissée au bout d’un fil que traîne le vent. Et les pieds comme des racines qui plongent au-dedans de ce que nous croyons être le monde…
Et l’âme – déjà ailleurs – qui tente sa chance…
Parfois, le délice – parfois le supplice – comme ça – sans raison ; une simple inclination – une simple coloration – de l’âme. Le passage tantôt blanc – tantôt noir – du monde et des idées…
Des visages comme des bouées dans l’immensité de la foule – un sourire – un attrait – une confiance – comme si rien ne nous séparait. Le partage du même lieu – du même lien – du même océan ; l’infini en commun…
Des dérives passagères – quelques passages particuliers. Un défi – rien d’insurmontable – le destin qui se vrille – la nécessité d’un arrêt – d’un retrait. Un pas de côté – la tête en arrière – les yeux en haut plantés dans le ciel. L’infini sans image – l’esprit sans pensée – quelque chose comme une jonction verticale qui ouvre l’espace – qui éclaire, pendant un instant, le dédale de la psyché et donne à voir l’envergure de l’âme…
Derrière la noirceur – les espiègleries du ciel – le bleu volontairement entravé – obscurci – entaché. Comme une manière de se moquer de lui-même – une sorte d’auto-dérision à travers notre tête…
Ce que le regard efface – ce que la marche estompe – la grande incompréhension de l’âme face à tant de pertes et d’oubli…
Miracle – parfois – de bout en bout…
Comme un horizon sans fin – un voyage sans avarie…
Le lieu magique par excellence…
Comme une source qui jaillit – quelque chose d’intarissable – pourvu que nous soyons pleinement présent – vide et attentif – là où nous sommes…
De soi à soi – sans la volonté d’un Autre ; le plus urgent à rencontrer et le plus immuable sans doute – ce qui ne peut ni se décréter, ni se destituer. Ce qui – au-dedans – est le plus précieux – et qui manque parfois (trop souvent) au-dehors…
Une frontière ténue – trois fois rien – sépare le désastre du miracle. Un souffle de plus – un souffle de moins – et tout bascule…
Et cette chose – au fond de soi – tantôt mourante – presque effacée – tantôt renaissante – virevoltante – vive – si incroyablement vivante. Comme si nous abritions – à la fois – le feu et son absence – la bête et l’innocence – l’immonde et la grâce. Tout condensé dans un espace si restreint – l’infini dans un confetti…
L’exploration déconstruite – inversée – non du plus singulier vers l’universel – non du plus étroit vers le plus large – mais l’individualité qui creuse vers le plus intime – vers le plus spécifique – avec, à la fin, le franchissement de l’ultime frontière où tout se rejoint – où tout devient étonnamment semblable…
Un point au-dessus de l’horizon – une aubaine pour l’œil – un repère dans l’espace. Et voilà soudain une destination pour la marche – un lieu enfin où se rendre…
Un sombre éclat d’étoile – quelque chose d’épineux qui crée comme un enfer au-dedans…
La douleur et l’impuissance – la culpabilité et l’enfermement – ce qui rend chaque instant insupportable…
Des barreaux plantés dans l’esprit qui, peu à peu, se resserrent…
Au coin de l’œil – ce qui alterne et change inlassablement de forme et de couleur. L’éternel parfum des jours – la récurrence des saisons – ce que l’on considère communément comme le monde – cette étrangeté – cette bizarrerie extérieure…
Le recours à la prière – la confiance en l’intention – en la volonté – en l’impossible…
Et derrière le dogme – la croyance en l’esprit et en la pensée – et en leur aptitude à transformer la matière – les mouvements – le cours des choses…
Le pouvoir de l’invisible sur le visible…
Le substrat et l’apparence du monde…
Tout – dans le déclin – la lente détérioration des choses. Le plus à même, parfois, de nous éveiller à ce qui ne peut périr…
Le malheur et l’abomination – révélateurs de la grâce et de la beauté…
Le plus concret nous plongeant dans la plus grande abstraction – et inversement, parfois…
La force du réel et la pauvre imagination du monde. Ce que peuvent percevoir les sens et le plus haut degré de l’invisible…
Ces mots – comme le préambule d’un autre langage – d’une autre manière d’exprimer – la tentative, peut-être, d’effleurer l’indicible – l’ineffable – ce qui ne se laisse enfermer ni par les concepts, ni par les représentations…
L’inconcevable – l’irreprésentable – que les gestes et la manière d’être au monde révèlent davantage que la parole et les images…
Les balbutiements, peut-être, de mots-gestes – de mots-émotions – de mots-esprit – de mots-conscience – les prémices maladroites (et encore restreintes) du courant de l’infini traversant le plus infime – le plus singulier…
Comme un bandeau au milieu du visage – recouvrant partiellement les sens. Comme une lame enfoncée dans le cerveau – sectionnant des pans entiers d’intelligence et presque toutes les possibilités de compréhension…
Un jour sans lendemain – un monde sans avenir. La nécessité de l’exacte justesse du pas présent – la seule chose qui soit – en vérité. La seule chose dont on peut être sûr à cet instant…
Ce que le vent nous révèle – la puissance et l’emprise de l’invisible…
La domination du mystère dans nos vies…
Quelque chose de redoutable pour la raison…
De soi à soi – sans autre chemin qu’en soi-même – emprunté, si souvent, après mille errances dans le monde et mille désillusions dans la fréquentation de l’Autre…
Passages incontournables – semble-t-il…
Se poser là où l’échancrure du monde révèle sa profondeur – les abysses de l’être – l’énigme magistrale d’exister – autrement dit, à peu près partout…
Ce qui passe – avec les nuages – à peu près toute chose…
Rien ne résiste au temps – à la durée…
Rien ne dure jamais plus d’un instant…
Et ce qui s’éternise a besoin de notre attention – de notre Amour – puis, de notre oubli…
Au-dedans de soi autant qu’à côté du monde – là où l’Autre, à la fois, n’existe pas et pourrait être reconnu comme un frère (si d’aventure l’altérité existait)…
L’apparence et la profondeur – ce qui semble et ce qui est – le perceptible et le mystère. Cette manière si humaine d’osciller entre le pragmatique et l’abstrait – entre les possibilités horizontales et la verticalité…
Il y a – toujours – en soi – les prémices de l’altérité – la distance – la proximité – l’union – la séparation – la fusion – et l’éradication de tout Autre – l’avant-goût du centre et de son rayonnement jusqu’aux plus lointaines périphéries…
L’âme à genoux qui, parfois, prie – et qui, d’autres fois, fléchit. Ce à quoi nous nous soumettons et ce à quoi nous sommes contraints. D’une manière ou d’une autre – nous n’avons jamais la main…
Des lignes et de folles enjambées à travers les forêts et l’impossible. Des frontières franchies qui ouvrent sur d’autres horizons – d’autres sommets – et des choses de l’âme parfois terribles. Des monts – des abysses – des merveilles. Et tout l’attirail de la marche et de l’esprit. Et la main qui écrit toujours prête à prendre des notes…
Et cet effroi au-dedans de soi – comme une rive intérieure – l’artère principale par laquelle doivent passer toutes les choses du monde avant de pénétrer l’âme…
Nous sommes cette résistance au partage – à la multitude – à l’existence de l’Autre. Cette étrange crispation de l’infini qui retient le monde comme s’il était le sien…
L’archipel de l’oubli – la mémoire et ses abysses – et nous autres à la dérive sur le grand océan du monde – entre le risque de naufrage et la lointaine possibilité d’une île – d’un refuge – d’un lieu où il nous serait (enfin) possible d’être sans la moindre condition – sans la moindre restriction…
Les bruits des Autres – et les siens – comme manière de recouvrir le silence – et la voie même qui peut, en nous, enfanter la fureur – la folie – l’enfer – ce qui est susceptible d’éveiller, au fond de notre âme, le plus sombre…
Des reliefs particuliers – des textures différentes – le goût des paysages sauvages bien davantage que celui des visages humains aux contours trop restreints – trop similaires – trop prévisibles…
Ce que le vide – en nous – creuse. Et ce qui jaillit de cette excavation. Les tréfonds de l’âme et du monde. L’abîme commun. Les profondeurs inexplorées. Là où réside la source du feu originel – intarissable. La mesure de toutes choses – en soi – celle qu’offre le regard – tantôt envergure, tantôt restriction – tantôt vacuité, tantôt encombrement – tantôt beauté, tantôt barbarie. Au-dedans – la focale et la mise au point – et tous les filtres du réel dont on doit se débarrasser pour retrouver des yeux nus – la blancheur et l’innocence nécessaires à l’accueil des contenus bruts – non déformés…
La matière du monde – pâte à façonner. Comme une mélasse bigarrée…
Le plus mystérieux parcours entre l’origine et l’ombre – quelque chose d’inconnaissable…
L’émergence et l’intégration des puissances obscures. Ce qui s’est sournoisement mélangé au reste au point de ne plus rien distinguer…
Le point zéro de l’ignorance en deçà duquel nul ne peut remonter…
Le désastre a, parfois, une couleur inattendue ; on l’imagine gris alors qu’il lui arrive de se dissimuler sous les airs les plus joyeux et les plus colorés…
Ce que la nuit – en nous – a corrompu. Ce que la nuit – en nous – a révélé…
Le monde comme une permanente étrangeté…
De la misère et de l’ennui – et tout ce que l’on peut mettre par-dessus pour tromper le monde et l’esprit…
Un condensé du pire dans les cités et au fond de certaines âmes…
Ce que devient le monde – dans l’imaginaire – lorsque personne ne nous attend – lorsque la solitude est devenue le seul repère – la seule possibilité ; un spectacle – un décor – une sorte d’inimportance. Une chose lointaine – abstraite – et dont on se passe très facilement…
De petites parcelles et de petits cubes – sans grâce – alignés les uns à côté des autres – comme un puzzle géant. Des pièces et des pions – des mouvements et du bruit. Des fonctions, des rôles et des représentations…
Et au cœur de cette effervescence organisée – le plus essentiel qui agit en silence – qui façonne les apparences recouvertes de torpeur et de boue…
Le mystère à l’œuvre… Ce qui se manifeste dans le sens (profond) de l’histoire du monde. Et ce qui se perçoit ici et là chez chacun – par moment – par période parfois ; le plus précieux face au pire – face à l’inertie – face aux résistances…
Un coin de ciel – parfois – suffit. Rien qu’un peu de bleu au fond de l’âme – et nous voilà sauvé de ce gris affreux du monde – de cette gaieté d’apparat qui nous navre et nous écœure…
Un monde sans larme – sans profondeur – ou alors seulement théâtralisées…
Des visages – des vies – qui se ressemblent…
Comme une étrange fratrie orpheline…
Des règles trop strictes – des choses trop séparées – de petits carrés – de petites frontières – de petites étiquettes…
La psyché essayant de régenter la vie – d’organiser le monde – de mettre un peu d’ordre dans ce joyeux fourbis – d’instaurer une manière restrictive d’être au monde – de vivre – d’aimer – de respirer. Un étau et des compartiments insupportables pour l’esprit…
Du blanc – partout – pour souligner, peut-être, l’inimportance de la couleur – ou la présence de l’innocence en toutes choses – ou notre devoir de ne jamais faillir sur le chemin de la vérité et de l’abandon…
De la misère et de l’imbécillité – ce que l’on nous offre – ce que l’on nous propose – ce à quoi l’on nous invite. De la connerie fabriquée à la chaîne – de manière industrielle – distribuée en boîtes et en bâtonnets. L’indigence et la niaiserie organisées à grande échelle. Ce à quoi aspirent les hommes – ce dont ils ne peuvent se passer…
Une perspective à laquelle l’humanité ne semble pouvoir échapper…
Des rubans multicolores dans les cheveux du monde – le vent autour de la taille qui s’engouffre dans la poitrine. Les pas parfaits – la posture impeccable. Ce pourquoi le monde est fait ; la représentation et le spectacle – le jeu permanent de l’illusion – le divertissement et les farandoles. Une manière d’oublier les enjeux – de s’en écarter – de s’en affranchir – jusqu’au dernier souffle – une manière de se distraire en permanence de ce réel à l’apparence si rude – si triste – si déroutante – si incompréhensible…
Ce que dessine l’instant – une manière d’être – une façon d’accueillir – exactement ce que nous sommes…
Mille – cent mille – des milliards d’instants – et toute la palette des Je suis – toute la palette des possibles – exprimée…
Pas de règle – pas de loi – pas de principe. Ce qui jaillit – fatalement – ce qui jaillit…
Nulle autre possibilité…
Un instant, ceci – un autre, cela. Et le rouge que soulignent les jours – ce qui revient – ce que l’on prend pour une habitude – une tendance – un sillon – ce qui se démarque – ce qui surprend – ce qui désarçonne ; toujours nous – entièrement – des orteils à la pointe des cheveux – le ciel et la terre mélangés – ce qui, parmi tous les horizons, s’éveille au fond de l’âme…
L’œil sur la devanture – le chemin des apparences. Ce que l’on a l’air d’être. Le plus en surface de soi – ce qui varie – ce qui change – et ce qui est offert au reste…
Des étiquettes déchirées – des fragments mélangés – et recollés n’importe comment – de manière infiniment provisoire – et qui se redécollent presque aussitôt pour s’assembler à d’autres – au fil des circonstances – des chemins – des rencontres…
Nous sommes – cette mosaïque changeante…
Sur fond gris – l’arc-en-ciel – parfois, le bleu intense – excessif – paroxystique – les couleurs de l’âme et les reflets bigarrés du monde. Une seule étoffe – une seule peau – faite de toutes les chairs assemblées et des esprits réunis. Le corps de l’univers – le corps de l’Existant – ce qui est né du plus lointain silence – du mystère le plus profond…
Le désossement de l’archipel – le déblaiement des embarras. L’inutile relégué. Et l’ensemble jeté au fond de l’abîme. Et ce qui reste ; le plus nu – ce que rien, ni personne ne peut dérober…
Comme chaque jour – à sa table de travail – au milieu du monde. Le labeur joyeux et assidu dans l’âme et sur la page…
Parfois – rien – à peine le bruit d’une mouche – le frémissement d’un feuillage – le chant lointain d’un oiseau. Le vent sur le visage. Les profondeurs de la forêt. La tranquillité du monde qui fait écho au silence – à la vacuité silencieuse du dedans…
Des histoires particulières comme seule manière d’être là – au monde – vivant. Rien que de petites histoires. Et à peu près les mêmes partout…
Lieu – lien – passerelle entre le dehors et le dedans – cet esprit démesuré. Partout où l’on est – partout où l’on va…
La clairière du dedans – cette étrange messagère de la clarté – les laborieuses prémices de la lumière – après mille siècles d’obscure besogne…
L’ensemencement de l’horizon – l’élagage – l’abattage – le débroussaillage – le tronçonnage – de moins en moins à planter – et de plus en plus vide – libre – dégagé…
Parfois le plus lourd – parfois le plus cruel – devant nous et au-dedans de l’âme – et au creux des mains – tant d’impuissance. Quelque chose qui creuse – en nous – de la rage d’abord (et de la tristesse souvent), puis, peu à peu (et parfois très lentement) la nécessité de l’abandon – ce lieu-refuge au cœur du monde – au cœur de la plus grande intranquillité…
Regard-créateur et regard-réceptacle – celui qui initie l’élan – les mille mouvements du réel – et celui qui les reçoit…
Ce que nous laissons – comme des pierres sur le chemin… tantôt repères – tantôt obstacles – selon les âmes et les pas…
Ce qui s’invite au centre du regard a besoin d’attention – d’un geste – d’une parole – d’une chose – d’une indication – d’une explication ; qu’importe ce qu’il réclame, on le lui offre pendant le temps nécessaire…
Il n’y a d’itinéraire – de destin – de voyage. Il n’y a que ce qui est à cet instant. Avant – après – ne sont que des mirages…
Tout mêlé – emmêlé – mélangé – puis, selon les conditions – quelque chose émerge – jaillit – croît – ni le meilleur – ni le pire – le nécessaire – l’inévitable – le plus approprié…
Le monde – ce qui passe – un défilé permanent – l’inéluctable en mouvement…
L’horizon qui se rétrécit – qui s’élargit – notre manière de voir – de vivre – d’être au monde…
Des jours qui passent – au creux de l’âme – seulement. Des pages et du silence – et les bruits du monde à côté – un peu plus loin…
Des traits sur une grande toile – aussitôt tracés – aussitôt effacés – le monde et les circonstances qui traversent l’esprit un court instant – l’existence comme le temps du passage…
La profondeur et le jaillissement. L’envergure et la surface. Et l’ambivalence de cet étrange mélange…
Le flux et le reflux du monde et de la pensée – de la matière visible et invisible – dans l’esprit – ce lieu de présence introuvable – non localisable physiquement – à la manière des vagues sur la grève – à la manière des vagues dans l’océan…
Cette ambivalence – cette confusion – cet écartèlement – parfois de l’homme – du vivant peut-être – à l’intersection de plusieurs dimensions – de plusieurs perspectives – de plusieurs réalités…
Limites et potentialités qui s’entremêlent – se conjuguent – s’opposent – se répondent…
Nous sommes – cet étrange mélange de tout – ce presque rien au cœur de la vacuité…
A la source même du souffle et du langage. Là où naissent la vie et le verbe. Dans les profondeurs de la matrice du monde…
Ce que les Dieux nous cachent et ce qu’ils nous révèlent. Au fond de leur poitrine – dans l’antre étrange des origines. Ce que l’expérience des jours nous fait, peu à peu, découvrir…
Ce qui pénètre l’esprit – glisse à sa surface – et tombe tout au fond – est évacué à la manière des eaux souterraines – à la manière de l’eau qui s’évapore – transformée(s) en autre chose – et qui reviendra – et qui reviendront – traverser l’esprit de mille autres manières – ailleurs – un peu plus tard…
Au cœur même du mur – l’horizon – le ciel – l’envergure et la liberté – ce que nous pouvons à peine imaginer…
Des mots comme des gestes pour exprimer – répondre à l’éternel retour des choses – à la cyclicité du monde ; une manière de tout refaire à neuf – de tout recommencer chaque jour – à chaque instant – de vivre comme pour la première fois toutes les nécessités – toutes les servitudes consenties – l’essence même de la matérialité…
Parfois, rien – parfois, le monde – ce qui est là – simplement – ce qui est là…
La plus grande immersion possible et le plus lointain faîte accessible – à chaque instant – entre l’enracinement et l’envol…
De la haute voltige permanente…
Des portes – des crêtes – des fosses à foison. Des chemins qui serpentent – des passages par milliers entre les obstacles posés ici et là – un peu partout – par les hommes – par le monde – par l’esprit. D’étroits sillons à travers les reliefs. Et ce que le pas décide au cours de la traversée…
Des trous – des impasses – le retour vers le centre – l’origine des élans. Mille étapes – sans doute, le plus long des voyages…
Des jours – des nuits – des rêves et de la fébrilité. Comme un allant infatigable. Des forces profondes – obscures – souterraines – intarissables. Ce qui ne peut s’arrêter – ce que rien ne peut immobiliser. Le mouvement même – perpétuel…
De l’entité à la ruine – du temps à l’éternité – d’étranges changements de perspective…
Les heures rares – rougeoyantes. Ce que l’on ne manquerait pour rien au monde…
Le jour espiègle qui se cache, parfois, derrière le changement – parfois, derrière la routine. Et les yeux qui cherchent ailleurs – derrière – à côté – plus loin – au lieu de plonger – et de disparaître – dans l’épaisseur, si légère, du regard…
La vie sans appui – le saut sans filet – le monde sans masque – ce que l’on aime vivre et expérimenter. Ce qui ôte toutes les certitudes. L’existence – l’instant – dans l’éclatement de tous les repères – ce qui est sans la moindre référence…
Du dedans et du dehors entremêlés – des choses pas à leur place – mal rangées – qui traînent au milieu de tout – le bazar – le fouillis – ce qui ne s’aligne, ni ne s’emboîte. L’intrication – le détour – la boucle – l’extrême mélange où tout change et varie – où tout s’étoffe et se défait – où tout s’enracine et s’efface…
Dans le même instant – la prolifération et l’éradication du monde. Le plus utile et ce que l’on oublie. Ce qui s’en va et ce qui nous est nécessaire…
La danse des circonstances et des visages…
Mille – cent mille – voyages en un seul…
De l’or et du malheur – les mêmes phénomènes réunis – mis bout à bout…
Tout qui se chevauche et s’écarte…
Le monde à la manière de mille toupies sur mille circuits différents – comme les sillons d’une peau immense…
Dans le même instant – la mort et le regain du monde. Nos pertes et nos découvertes – ce qui nous blesse et nous offre un peu de joie…
Le monde – la vie – les pierres et les visages – comme nouveauté et éternel retour…
Ce que nous sommes et essayons de décrire – de définir – les contours variants d’une surface – d’une profondeur – d’une présence – inchangées – invariables…